lundi 2 juin 2014

L'avenir radieux


Voilà
donc le job c'est ça. Mettre un costume, se rendre dans le quartier d'affaires. Y rencontrer régulièrement des inconnus dans des salles impersonnelles et climatisées. Payer de sa personne pour obtenir leur confiance un jour ou deux et d'une certaine façon, veiller sur eux, les accompagner sur un chemin qu'ils ne pratiquent plus depuis longtemps, le chemin qui conduit vers l'autre. Les encourager à retrouver un peu de tact dans les relations professionnelles qu'ils entretiennent avec leurs subordonnés, d'ailleurs appelés "collaborateurs", pour leur donner l'illusion d'être ainsi associés aux tâches qu'ils ont mission d'exécuter. Les conseiller afin qu'ils se rendent plus pertinents dans la transmission de messages imposés par leur hiérarchie et dont bien souvent le sens et la nécessité leur échappent. Ce n'est pas qu'ils soient stupides. Au contraire, pour la plupart, ils comprennent que le dispositif de la vaste et tentaculaire organisation qui les salarie a quelque chose d'absurde et d'incohérent. Le simple fait de sa perpétuelle réorganisation est d'ailleurs pour eux un symptôme dont ils n'hésitent pas à parler à demi-mots. Nombre d'agents restent d'ailleurs en attente de réponse sur les choix stratégiques de leur société. Segmentée en entités concurrentes à l'intérieur d'une même enseigne, l'Entreprise, au fur et à mesure que se révèle l'incapacité de ses dirigeants à rassembler les talents, mobiliser les énergies et les compétences sur un projet fédérateur, suscite un sentiment d'insécurité croissant dans sa population. Le déficit de communication le manque de transversalité, les surcharges de travail, l'absence de reconnaissance génèrent des souffrances psychologiques chez les salariés tributaires de ce que ces derniers appellent des "décisions politiques" sur lesquelles, selon eux, ils n'ont aucune prise. Tout est managé selon des normes de résultats, des indicateurs et des chiffres qui sont la plupart du temps truqués. C'est que chacun a peur de sauter s'il rend compte, à son échelle de la réalité de la situation. Aussi l'information, en interne, ne remonte pas, ou difficilement. D'où un malaise croissant. Par l'intermédiaire de prestataires externes l'Entreprise organise donc des formations comportementales aux titres martiaux où il est question d'affirmer ses positons, de communiquer pour convaincre, d'optimiser son potentiel. Là on dispense aux collaborateurs, l'art d'être assertif c'est à dire d'être patient envers ses subordonnés et poliment soumis à ses supérieurs. Ces formations pourtant commandées et validées par la Direction des Ressources Humaines, sont néanmoins en parfaite contradiction avec la logique et la pratique managériale des hauts-responsables de l'Entreprise. Aussi le job finalement se résume à requinquer un peu - afin qu'ils ne soient pas prématurément usés -  ces cadres qui disposent de trop peu de temps pour avoir ne serait-ce que l'opportunité de penser. Il faut à la fois former, mettre en forme, formater tous ces salariés entrevus et dont les visages s'effacent généralement aussitôt la session achevée. Romain Gramon est formateur. C'est son métier, c'est pour ça qu'on le rétribue. Il fait le job. 

dimanche 1 juin 2014

Un dimanche solitaire


Voilà,
c'était il y a quelques semaines un dimanche, je me souviens. Après m'être promené en vélo une partie de l'après-midi depuis les Invalides jusqu'au quai de Javel, j'avais eu l'envie de visiter le musée de la manufacture de Sèvres où je n'étais encore jamais venu. Une exposition sur Picasso et la céramique s'y tenait et j'avais aimé déambuler dans ce lieu nouveau pour moi. Une fois de plus j'avais pensé à Gérard Tiry, me demandant s'il connaissait cet endroit. A un moment saisi par une vive sensation de solitude (l n'y avait personne auprès de moi avec qui partager) j'avais éprouvé le besoin de partir. Ensuite, un peu maussade je m'étais attardé sur les bords de Seine au niveau de Meudon, face à l'île Seguin où désormais il ne reste plus rien des anciennes usines Renault. Ce type en train de téléphoner (désormais il y a toujours quelqu'un en train de téléphoner où que l'œil se porte). avait attiré mon attention et je n'avais pas immédiatement vu les canards apparaître au premier plan.

vendredi 30 mai 2014

Du côté de chez Caillebotte


Voilà
Comme on n'avait pas pu s'y rendre la veille on est allé à Yerres le lendemain
j'ai gardé mon imperméable
il n'a pas plu mais moi j'étais plus vieux oui d'un an plus vieux
c'était bien d'être là ensemble pour l'anniversaire
au bout d'un moment comme il faisait frais le "mastic" a changé d'épaules

dimanche 25 mai 2014

Météorologie


Voilà,
sous ces latitudes il songe comme on dit qu'en d'autres lieux il pleut il neige ou qu'il fait soleil. Les choses y sont mouvantes fugitives comme une odeur qui se laisse à peine saisir, un reflet un instant serti dans une éphémère transparence, une réminiscence évanouie aussitôt qu'apparue. C'est que tout est possible à Entrelande, autant qu'improbable. Ainsi, quelque part entre marge et lisière, une femme un peu mutine en chemise de pluie sous son manteau de fou-rire attend peut-être qu'un autre - qui te ressemble vaguement sans être vraiment toi - lui offre un bouquet de violettes ou une barquette de fraises. Mais pour le moment tu ne sais plus qui tu es. En tout cas pas l'homme au pied de l'escalier ni celui qui grimpe sur l'échelle. Oui, il songe car dans le ciel de tes yeux ou dans celui d'Entrelande brille un grand sommeil. Non loin, quelqu'un sifflote une chanson d'un autre siècle. Et c'est très bien comme ça. (Linked with weekend reflections)

mardi 20 mai 2014

Un peu plus qu'une ombre un peu moins


Voilà,
on croit n'apercevoir qu'une ombre, c'est une angoisse qui affleure. Devant tous ces livres qu'une vue déficiente rend désormais difficiles à consulter, l'idée s'insinue, qu'un jour on ne sera rien d'autre qu'une absence dont le contour finira bien par disparaître lui aussi. Consentir à l'inéluctable probabilité d'un temps où on ne sera plus parmi les choses ne va pas de soi. On a encore du mal à s'y résoudre. Et bien que la nécessité de l'envisager calmement, et de s'y préparer ne fasse aucun doute, le simple fait d'y songer suscite la crainte d'être déjà sur le point d'abdiquer. Comme si cette forme de démence qui nous entretient dans une illusion d'éternité, comme si cette aveuglante procrastination face à la perspective de notre propre néant était un signe de santé et de vitalité. C'est étrange cette obstination à vouloir durer, demeurer. Et une voix (c'est la conscience ou bien cet autre truc là, qu'on appelle le for intérieur ?) une voix une petite voix aigrelette nous murmure et répète comme une antienne "s'y être si peu attardé et si souvent cependant y avoir trouvé le temps long" 

dimanche 18 mai 2014

Un bouquet


Voilà,
depuis le 8 mai, anniversaire de la victoire de 1945, les murs de Paris fleurissent. De modestes bouquets ont été accrochés sous des plaques auxquelles ordinairement on ne prête guère attention. Un nom une date y sont gravés. Ils nous rappellent qu'en tel endroit quelqu'un est tombé sous les balles de l'occupant d'alors. Parfois le regard induit d'étranges associations. La liberté pour laquelle des gens (souvent jeunes) ont payé de leur vie parait aujourd'hui se résumer à cette silhouette aguicheuse. La Marchandise exige d'être consommée. Désormais c'est à elle qu'on se doit de rendre hommage. Il suffit d'y mettre le prix.

jeudi 15 mai 2014

A l'abandon


Voilà,
un jour je me suis retrouvé là, dans cette gare fantôme, gigantesque, perdue dans la montagne. Des gens avaient eu des grands projets pour cet endroit. Et finalement rien ne s'est passé comme prévu. L'Histoire a balayé des rêves d'ingénieurs, d'architectes, de planificateurs. Des rêves de grandeur. Ne restent désormais que des ruines et des épaves, sur lesquels des promoteurs immobiliers et des spéculateurs ont envisagé d'autres projets. Peut-être se sont ils réalisés depuis. Je n'ai pas trop suivi l'affaire comme on dit aujourd'hui. Pas plus que je n'ai pas pris la mesure du temps qui s'est écoulé entre le moment où cette photo a été prise et celui où j'écris ces lignes. Une chose est sûre : les gares abandonnées ont quelque chose d'effrayant pour moi. Elles me rappellent ces destinations vers lesquelles, en un temps pas si lointain, convergeaient, traversant toute l'Europe, des convois remplis d'hommes destinés à l'abattoir. 

mardi 13 mai 2014

Espiègle nuage


Voilà
ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent les gens je m'en fous. Si ça me plaît à moi de traîner, de rien foutre, d'aller de ci de là, de dormir la nuit sur un banc quand j'en trouve. Ou ailleurs. Hein ! en quoi ça les regarde. Je traîne. Et alors ? J'aime ça traîner. La nuit je traîne le jour je traîne. J'ai toujours mon cabas avec moi. C'est bien rare qu'il n'y ait pas quelques trucs à ramasser. Des trucs et des machins, et des bidules aussi. Là j'ai trouvé des bouts de fil électrique. Je ne sais pas à quoi ça peut me servir, mais on ne sait jamais. J'embarque. C'est toujours quand on ne les a pas qu'on a besoin des trucs. Ou des machins. Ou des bidules. Je crèverai pas sans rien. J'en aurais plein les poches. j'aurais des choses. Bientôt je serai comme ce mur. Je me fondrais dans ce mur. On ne verra pas la différence. De toute façon je fais déjà partie du paysage. Attention je ne ramasse pas n'importe quoi. A chaque chose, à chaque débris, correspond une idée. Oui j'ai encore des idées. il y en a que ça fait bien chier. Mais c'est comme ça. La bête rumine encore. Je n'ai pas dit mon dernier mot. D'ailleurs je les emmerde. Je crache par terre. Que ça leur plaise ou non. Et si ça me gratte, je me gratte. Un jour j'en pousserai un sous une bagnole il comprendra que moi faut pas me chercher, aussi vrai que je m'appelle Robert Ribier. J'avais un chien avant. Il est sale il a les yeux jaunes qu'ils ont dit. Ils l'ont piqué. Et moi j'ai gueulé vous me piquez pas. Ce qui leur faudrait à tous ces nazes c'est une bonne guerre. Regarde moi ces conneries. Ils ont collé une grimace là-haut. C'est les pompiers qui font ça ils ont des grandes échelles. Bah oui il n'y a que les pompiers pour faire des conneries comme ça c'est sûr. Ah ouais tu dis que c'est un nuage pas une grimace. D'accord, va pour le nuage. Pour ce que ça change. 

dimanche 11 mai 2014

Comme une idée qui prend forme


Voilà,
ce que j'écrivais il y a quatre ans (ici, ou bien  ou encore là) je le maintiens encore aujourd'hui. Et si j'y reviens c'est que ces publications n'ont pas eu alors beaucoup d'écho, leur diffusion était encore trop confidentielle. Quoiqu'il en soit, je me rappelle - même si cela pouvait à l'époque sembler quelque peu obsessionnel - combien l'apparition de ces images m'a apaisé et contribué à ce que je ne sois pas totalement privé de moi-même. Elles ont donné une forme à ma solitude et à ma détresse. Elles furent comme un talisman et m'ont aidé à traverser ces jours mauvais. Et quand j'étais en proie aux idées sombres, elles ont permis donner un contour à ce qui demeurait vague et confus. Hegel aurait parait-il déclaré que l'oeuvre d'art concrétise et incarne ce qui est abstrait. Je n'irai pas jusqu'à dire que ces images sont des œuvres, mais elles relèvent néanmoins d'une intention plus ou moins consciente et voisine de celle qu'exprimait le philosophe. Je crois me souvenir que cela a peut-être commencé dans une chambre d'hôtel à Nancy, mais je n'en suis plus tout à fait certain. Durant les mois qui ont suivi je suis resté fasciné par ce que je découvrais : l'image numérique émancipée de la lumière, simple surface optique composée de pixels, n'est en fait constituée que d'un ensemble d'informations ; par une suite d'approximations successives il est possible de la transformer de la triturer jusqu'à trouver des chemins vers sa part obscure ; les voies sont infinies ; ainsi l'image a sa vie propre ; elle peut se déplacer arbitrairement à l'intérieur d'elle-même et générer des formes aléatoires, des représentations abstraites. Ce qui me fascinait (mais je l'ai déjà dit je crois), c'était ce sentiment enfantin et régressif que l'image m'obéissait au doigt et à l'œil. Et puis c'était toujours là, à portée de main sur l'IPhone, comme un médicament que l'on prend dès que l'on se sent mal, comme une pompe à morphine à l'hôpital. Quand je sentais monter l'angoisse je me saisissais de l'appareil et j'intervenais comme le faisait Henri Michaux lorsqu'il s'ennuyait à Honfleur. Cela pouvait se passer dans le métro, une chambre d'hôtel, à la terrasse d'un café, dans mon lit pour donner un sens à une insomnie, à chacun de ces moments où la pensée s'égare et menace de vous faire chavirer. Je pouvais plier les images, les froisser, les chiffonner, les retourner sur elles même, les essorer, leur faire violence. À présent, je suis en mesure de considérer tout cela avec moins d'affects. Mais j'ai encore envie de quelque chose de nouveau. De formes pures et saisissantes. Intenses. 

vendredi 9 mai 2014

Traversé


Voilà,
parfois la nuit te disperse vers d'autres lieux, le matin me réveille où je ne suis pas
des mondes m'ont traversé, des spectres frôlé ton corps
et c'est en vain qu'entre songe et chimère on cherche à s'affranchir de l'informe fardeau du jour qui point.

mardi 6 mai 2014

Encore les mains, encore


Voilà,
Les mains n'aiment guère le repos. Surtout quand le reste du corps est contraint à une relative immobilité. Ainsi dans le métro il est rare qu'elles restent longtemps sans bouger. Sans que le besoin ne se manifeste de saisir quelque chose d'entrer en contact avec quelque chose. La vie moderne est ainsi faite que désormais il y a toujours un téléphone portable dont s'emparer. Persévérantes et obstinées, ainsi sont les mains. Je tiendrai coûte que coûte, tel est leur credo. Lorsqu'aucun objet ne se trouve à portée, alors les mains s'appellent s'agrippent s'étreignent. L'une dans l'autre encastrées, les voici qui s'abandonnent à leur rassurante harmonie. Bien sûr il en est toujours une plus volage plus dégourdie peut-être, plus émancipée et voyageuse que l'autre. Mais de façon générale les mains finissent toujours par se retrouver. Souvent je les regarde. Que ferions nous sans elles ? Ce sont elles nos meilleures amies. Pourtant nous sommes si habituées à elles que nous avons fini par les oublier.

dimanche 4 mai 2014

Entre Paupière et Regard


Voilà,
j'étais songe et matière, nuage et rivière, un cristal dans son ambre préservé, le promeneur sur la grève cheminant paisible aux premières lueurs. Mais j'étais aussi la pierre impassible sur le bord du chemin, le chant de la mésange, le bruissement du vent dans les hauts peupliers. Sans inquiétude, sans mesure ni limite, abandonné au doux vertige d'une étreinte bienveillante, flottant dans un énigmatique félicité, je passais de l'enchantement au mystère. Entre paupière et regard, émergeaient des formes changeantes. Et dans la chambre des murmures, la nuit docile faisait un grand remous de saisons mêlées.  

jeudi 1 mai 2014

À ce point tout de même


Voilà,
j'étais plutôt circonspect à l'époque. J'ai toujours pressenti dans les enthousiasmes populaires les lendemains qui déchantent. Très tôt j'ai fais mienne cette formule de Bob Dylan "Don't follow leaders", et je m'y suis tenu. Il fallait se débarrasser d'un crétin egomane et hystérique. Mais bon un con chasse l'autre. Arrive avec son style. L'incompétence demeure. Le mépris des citoyens aussi. Je ne pensais quand même pas que ce serait à ce point. Même si très vite j'ai eu des doutes. Et si ce qu'il se passe aujourd'hui n'était que la confirmation de ce que je redoutais ?

mercredi 30 avril 2014

Au train bleu


Voilà,
il traînait parfois le soir dans les gares songeant aux destinations où jamais plus il ne retournerait. Des femmes passaient qui détournaient le regard, évitant soigneusement le sien, lui qui attendait un miracle souhaitant que dans cette foule quelqu'un peut-être le reconnaisse. Mais les gens sont toujours pressés qu'ils reviennent ou qu'ils repartent toujours de passage. Il avait un jour mangé au restaurant Le train bleu" (c'était quand déjà si loin une autre vie). Dans cette confusion il ne savait même plus à quoi il ressemblait ; d'ailleurs il évitait les miroirs, détournait les yeux quand une vitrine lui offrait son reflet. Lui aussi avait autrefois connu une vie normale faite de joies simples et de de menus bonheurs : un appartement, un balcon avec des plantes vertes qu'il aimait arroser aux premiers jours du printemps et des fenêtres fleuries, et une valise toujours prête pour un voyage décidé au dernier moment. Mais le malheur avait frappé et jamais depuis il n'avait trouvé la force ni le courage de s'en remettre. Mathieu Minella traînait ce qui lui restait d'apparence avec des souvenirs d'un autre âge d'une autre vie d'un autre visage qui n'avait pas encore été mangé par la flamme. Jamais plus personne ne le prendrait dans se bras il en avait désormais la certitude. D'ailleurs cela faisait longtemps que le désir l'avait quitté. A quoi bon songer à des choses impossibles. Un jour peut-être trouverait-il le courage de se jeter sous un train. Mais de cela même, il n'était pas très sûr. S'il n'avait plus la force d'espérer, lui manquait cependant le courage de renoncer.

samedi 26 avril 2014

Que ça


Voilà
parfois le désir étrange de n'être que cela, mais cela tout à la fois, le bouquet de fleurs séchées, la naïve statuette, le pli du rideau le reflet dans la vitre. Devenir chose dans la perfection et la paix de cet instant retenu un jour d'été pluvieux du côté de l'île de Ré. (première publication 26/04/2014 à 17:20)

vendredi 25 avril 2014

Villa "Les Arbouses"


Voilà
maintenant elle n'existe probablement plus, (je confirme j'ai vérifié sur google view) et lorsque j'ai pris cette photo à l'été 96, c'était une ruine. C'est la deuxième maison habitée à Biscarrosse plage : la villa "Les Arbouses", après la villa "La Jamaïque". C'était un meublé pas cher, terriblement humide dans lequel nous avons vécu à l'étroit pendant un an car mes parents y avaient entassé un partie de leur mobilier dans l'attente d'une de ces villas (à l'américaine comme disait ma mère) qui nous était déjà attribuée par l'armée. Sa construction n'était pas encore achevée, mais nous y habiterions incessamment sous peu. Je garde de ce logis qui dégageait une forte odeur de moisi un souvenir à la fois tendre et mélancolique et aussi très heureux en raison du sentiment de liberté éprouvé durant cette année là. J'étais la plupart du temps livré à moi-même. Je sortais de l'école, rentrais chez moi où mes parents qui travaillaient tous les deux n'étaient pas encore arrivés et j'allumais la radio a l'heure où passait l'émission "Salut les copains". Je faisais vaguement mes devoirs, lisais "le journal de Tintin" qui paraissait le mercredi c'est à dire la veille du jour de repos qui était alors le jeudi, m'attardant en particulier sur les aventures de Michel Vaillant, un pilote de courses. L'histoire en cours s'appelait "Suspense à Indianapolis", et elle était en effet haletante. Je dévorais aussi les anciens numéros du journal de Tintin que mon père avait reliés avec du chatterton vert, et je me souviens avoir, dans l'un de ces albums, découvert l'existence de Graham Hill le coureur automobile qui devint aussitôt mon héros car il était né la même année que lui (ce n'est qu'un peu plus tard que je me suis rendu compte du genre de type qu'il était vraiment). Graham Hill était déjà un des plus vieux pilotes du circuit mais réputé pour son flegme (c'est a cette époque sûrement que j'ai appris la signification de ce mot). Il conduisait une BRM avec le numéro 8 qui est depuis resté un de mes chiffres fétiches, et portait un casque facile à identifier à cause de sa décoration. Dans ces années-là j'étais incollable sur les pilotes et les voitures de courses. J'associe encore cette maison à des refrains des Supremes qui passaient souvent en radio et je crois qu'une part de moi vit encore dans ces chansons devenues une sorte d'invisible territoire. Évidemment je ne savais pas non plus à quoi ressemblaient ces chanteuses (peut-être alors ma libido en eût-elle été transformée). Bien des sensations, des émotions de ce temps-là remontent au présent quand j'entends "Baby love" par exemple, mais aussi la chanson de Gainsbourg "Couleur café". C'est la dune de Biscarrosse-Plage, le souvenir de son église ou encore le cinéma Atlantic, les parties de Rugby derrière la poste, l'école et sa cour de récréation recouverte d'aiguilles de pin... Oui c'est à cela qu'elles servent les chansons, à nous faire voyager dans le temps, à ranimer les braises dormantes de la mémoire. 
 première publication 25/4/2014 à 20:23

mercredi 23 avril 2014

Une réjouissante maxime


Voilà,
entendu il y a quelques semaines dans un spectacle qui à mon goût ne valait le détour que pour cette réjouissante maxime qui pourrait aussi bien être de Samuel Beckett 
(l'épitaphe paraît-il de Martinus Von Biberach mort en 1498).
"Je vis et je ne sais pas pour combien de temps, 
je meurs et je ne sais pas quand, 
je m'en vais je ne sais pas où, 
je m'étonne d'être joyeux". 
 shared with friday face off -

dimanche 20 avril 2014

Aquabonisme


Voilà,
j'aime bien ce cliché que j'ai fait l'autre soir à Arcueil près du métro Laplace. Surtout à cause du type à l'arrière-plan en train de pisser contre son arbre. Je l'aime oui comme bien d'autres photos de ce blog d'ailleurs qui n'ont pas été beaucoup vues : celle du petit matin à Marrakech, par exemple, ou bien le skater du palais de Tokyo, ou Clifton beach, ou la procession des filles de Lyon, ou encore le miracle de Lourdes et la fillette de Londres. J'en oublie. Je sais qu'elles ont été peu regardées parce qu'il y a une sorte de compteur indiquant les pages les plus consultées. Je me suis retourné donc. Au cœur de la nuit, dans la caverne de l'insomnie, je suis revenu sur ces publications passées. Ce sont toujours les images que je retiens d'abord, rarement les textes. D'ailleurs les libellés sur la colonnes de droite ne réfèrent qu'aux images (sauf la rubrique personn(ag)es). Et puis, ce sont les images qui m'ont aidé bien souvent, c'est elles qui ont en quelque sorte constitué un baume qui tenait à distance l'angoisse, en différents moments de ma vie. Seulement j'en ai quand même besoin des mots, il faut qu'ils soient là, mais c'est comme ça, les images d'abord. Pourtant il y en a quand même beaucoup, huit-cents posts ça fait pas mal de mots, et le projet au départ c'était bien ça, c'était de faire venir les mots, de trouver une relation juste entre des images et des mots. Je ne suis pas sûr d'avoir réussi mon coup. Je trouve que c'est trop propre tout ça, trop raisonnable, trop souvent raisonneur. Insatisfaisant au bout du compte. Ça manque de tripes ça manque de nerfs ça manque de viande. À quoi bon continuer si ne parle pas le fou en soi, le fou caché en soi, le fou tapi dans la trop lisse image de soi. À quoi bon insister si n'est pas rendue plus vive la tension que suscite la volonté le désir - je ne sais comment dire - la nécessité d'en passer par les mots qui jamais ne viennent comme il faut, jamais exacts au rendez-vous, toujours infidèles faux-culs fuyants tirant à hue et à dia ? C'est absurde cette tentation souvent répétée au fil des publications de vouloir donner l'impression de maîtriser la pensée plus précisément l'illusion d'avoir une pensée quand c'est justement de sa confusion dont il faudrait témoigner, de son chaos de ses débâcles et des séismes qui l'agitent, la transforment. Oui seules importent ces failles, ces lignes de fractures, ces intensités soudaines, ces moments de friction de frottement de flottement de suspension de vertige de chute ou d'ascension, de décélération brusque de bafouillage de ressassement de bégaiement. J'ai essayé parfois. Peut- être faut-il pour cela un courage que je n'ai pas, un acharnement ou une détermination dont je manque, à moins que je m'obstine à chercher quelque chose qui peut-être n'est qu'une lubie : l'idée que je pourrais avoir un style une singularité par exemple - je ne sais pas - un truc immédiatement identifiable. C'est misérable au fond cette volonté d'exister à tout prix, de s'exprimer à tout prix, alors que n'importe quel connard peut le faire. On peut le constater dans le bus, le métro : tu marches sur les pieds de quelqu'un et aussitôt il s'exprime, il dit aīe ou bien il dit vous vous pourriez quand même faire attention. Oui au fond si tout cela n'était que ça : se marcher soi-même sur les pieds juste pour dire faites attention je suis là je suis là

vendredi 18 avril 2014

Rustres et malpolis


Voilà,
je commence sérieusement à en avoir ras-le-bol qu'on me dise que je ressemble à Pierre Desproges. D'abord ça m'angoisse, parce qu'à chaque fois je pense qu'il faudrait que je fasse un check-up. Ensuite je trouve que je suis quand même plus beau que lui. Ouais quand même. En plus je lui en veux d'avoir, il y a longtemps, (à l'époque des "letraset" et des "rhodoïds") refusé la proposition d'illustration que j'avais faite et qui convenait aux Éditions du Seuil et d'avoir choisi à la place une photo stupide où il mangeait sa cravate en même temps que sa soupe. Enfin, on m'aura tout de même versé la moitié de mes honoraires pour ce premier volume de la collection Point virgule dont j'aurais pu signer la couverture. Je trouvais que c'était du bon travail (je l'ai d'ailleurs refilé plus tard pour une affiche de spectacle) et de sa part une vraie faute de goût. C'était néanmoins et incontestablement un grand artiste. Son interview avec Françoise Sagan reste inoubliable (mais la générosité de Sagan y est pour beaucoup) et son sketch avec Dominique Valadié et Tonie Marshall sur les poulpistes me réjouit toujours autant. Peut-être qu'un jour on fera un biopic sur lui et que j'aurais la possibilité de faire des essais. Sinon, à part ça, Garcia Marquez est mort, et c'est quand même plus important. J'ai découvert "Cent ans de solitude" l'été 1996, sur la recommandation de Margarita Mladenova et Ivan Dobtchev avec qui je venais de travailler et je me souviens de la sensation éprouvée (c'était sur la plage de Biscarrosse) lorsque survient cette très longue phrase de deux pages vers le milieu du roman...
shared with  - Rain'sTADD -

mercredi 16 avril 2014

Dix-septième parallèle

Love song (Madonna & Prince)
Voilà
j'avais chopé une insolation en restant tout l'après-midi vautré sur une gigantesque chambre à air de camion, dérivant au gré de la brise non loin de ce ponton où l'on passait en boucle "Like a prayer" l'album de Madonna. Quelques jours auparavant, en rêve, j'avais aperçu porté par les flots, le corps d'un petit singe vêtu d'un costume marin qui était venu s'échouer sur le rivage. Comme il bougeait encore un petit peu, je m'étais précipité pour le ranimer, et après l'avoir sauvé j'avais envisagé de le ramener avec moi en Europe afin de l'adopter. Oui oui... j'avais une vie intérieure à l'époque, et l'altruisme ne me faisait pas défaut. Mais depuis ce  jour je crains le Soleil. Pourtant ce soir là je suis resté longtemps à le regarder se coucher, presque en extase devant le spectacle de la lumière et des nuages perpétuellement changeants qui dressaient des châteaux dans le ciel.

dimanche 13 avril 2014

Salon du livre ancien de l'estampe et du dessin


Voilà,
ce matin sous la verrière du Grand-Palais, grâce à l'invitation de l'ami Nicolas, brièvement croisé sur place, visite du salon du livre ancien et de l'estampe où je n'étais encore jamais venu. Beaucoup de belles choses donc, et des images plein la tête en sortant de là... On est dans le monde feutré des collectionneurs qui sont encore de véritables amateurs d'art et de beaux ouvrages. Et si, vraisemblablement on doit ici aussi effectuer des placements, on le fait avec élégance et discrétion. Quant aux gens qui tiennent les stands, ils prennent quand même le temps de parler et d'informer le visiteur un peu curieux. J'y ai vu aussi de remarquables reliures contemporaines et des livres-objets très singuliers.

samedi 12 avril 2014

La fille qui téléphone


Voilà,
j'étais juste venu déposer un courrier
et puis il y a eu cette fille en double
la silhouette s'effaçant dans le battant de la porte
la courbe et les pavés
et une fraction de seconde il m'a semblé avoir déjà vécu cet instant
(linked with weekend reflection)

jeudi 10 avril 2014

Dans la cuisine, à Châteaudouble


Voilà,
cette photo je l'ai restaurée il y a peu, je l'ai nettoyée de ses poussières : Dominique et Philippe dans leur cuisine à Châteaudouble. Elle date du milieu des années soixante-dix. S'agit-il ce jour-là de mettre en bouteille du vin que faisait Louis Peyre, ou celui que nous allions chercher à la coopérative de Figanières ? C'est Philippe qui m'a appris à apprécier le vin, entre autres. Mettre du vin en bouteille était un rituel réjouissant auquel on se prêtait aussi le dimanche à Paris, parfois. Ou bien a-t-il l'intention de fabriquer un pastis un peu sauvage ? Je ne sais plus.... J'aimais cette cuisine avec sa grande table, c'était alors le centre névralgique d la maison. Sur le mur de droite on aperçoit un morceau de bas-relief en plâtre représentant Adam et Ève au jardin d'Éden réalisé dans l'atelier des enfants de la Maison de la culture d'Amiens dont Philippe avait été le directeur de 1965 à 1970. Je ne le connaissais pas encore alors, mais il arrivait que lui ou Dominique évoquent ces années-là. Il existait alors en France une réelle effervescence culturelle et ce qu'ils en racontaient - et bien sûr aussi leurs filles qui avaient passé une partie de leur enfance là-bas - me faisait rêver d'une vie parallèle et imaginaire. J'ai photocopié un jour une brochure rendant compte du bilan d'activité de ces cinq années. Mnouchkine, Chéreau, Jean-Pierre Vincent y ont donné leurs premières mise en scène, Strehler, Jiri Menzel, Lavelli, Gatti, Vitez y sont aussi passés. Les spectateurs ont pu entendre Cathy Berberian chanter ou Lily Laskine jouer de la harpe, découvrir les œuvres de musique contemporaine de Mauricio Kagel, Luc Ferrari, Betsy Jolas, Ivo Malec, Iannis Xenakis, assister à des concerts d'Ella Fitzgerrald, de l'Art Ensemble of Chicago, Oscar Peterson, Thelonious Monk, Soft Machine, Coleman Hawkins et tant d'autres, parcourir de nombreuses expositions voir des films. Je me souviens d'une photo vue chez eux dans un album. Thelonious Monk est assis sur une banquette du hall de la Maison de la culture sous un tableau de Soulages. Mais revenons à Châteaudouble et à cette cuisine, où j'ai aussi goûté pour la première fois de la confiture de gingembre de chez Wilkin & Sons, de la "Rose's lime marmelade", du lemon curd et même du "Marmite" que Gérard le frère de Philippe ramenait de ses voyages à Londres. C'est aussi dans cette maison que j'ai pour la première fois entendu les concertos RV 454,  et RV 455 de Vivaldi que Philippe ou Dominique aimaient bien écouter en fin de la journée quand la chaleur tend à se dissiper et que l'on peut de nouveau ouvrir les volets. C'est étrange quand même comme une simple image peut raviver de souvenirs, pourtant si lointains, et comme ces visages demeurent si présents... parfois je me souviens aussi de Dominique fredonnant le poème d'Aragon mis en musique par Ferré "Je chante pour passer le temps..."

mercredi 9 avril 2014

Chèvre et chaises


Voilà,
j'aime bien cette relation entre les deux chaises métalliques du MoMa dont j'ignore qui en fut le concepteur et la chèvre de Picasso qui y est exposée. D'ailleurs je réalise qu'il m'arrive assez souvent de mettre Picasso en relation avec autre chose. Une fois au Centre Georges Pompidou et une autre à l'Orangerie des Tuileries. Oui, l'art moderne observant le design contemporain. (première publication 9/4/2014 à 21:51)

dimanche 6 avril 2014

Août 14


Voilà
Depuis quelque jours on peut apercevoir sur les murs de Paris une photo illustrant une affiche d'exposition consacrée aux derniers jours précédant la guerre de 14-18. On y distingue un groupe d'hommes pour la plupart coiffés de canotiers (car on est en été) de dos face à un mur où sont placardés les ordres de mobilisation générale. L'un d'entre eux pourtant regarde en arrière, non pas tout à fait dans notre direction, mais hors cadre, comme s'il se retournait sur son passé, sur la paix qui désormais s'enfuit. Mais paradoxalement, faisant face à l'appareil qui le saisit en cet instant, c'est aussi à l'avenir qu'il s'adresse. Il ne sait pas que par sa seule présence muette, ce sont toutes les générations futures qu'il interpelle cependant. Il est la figure candide et pour cela tragique de l'homme des foules pris dans dans la tourmente de l'Histoire, qui ne réalise pas encore que son existence a déjà basculé. Il fait songer à ce personnage décrit par Robert Benchley au début d'un article intitulé "Un homme bien de son temps" : "Qui veut avoir une vision rétrospective satisfaisante de l'histoire en train de se faire n'a qu'à feuilleter une collection de photographies d'actualités prises au moment même où des événement cataclysmiques se produisent. Sur la plupart de ces images, vous pourrez repérer un personnage en chapeau melon occupé à regarder exactement dans la direction opposée à l'événement, tout à fait inconscient que le monde tremble sous ses pieds". On voudrait être certain que rien de mauvais n'arrivera à cet homme, être sûr qu'il aura échappé à cette boucherie que personne encore n'imagine à cet instant, mais on sait, nous homme du futur que cela est peu probable  - car tout de même : près de huit millions de mobilisés en France, un million quatre cent mille tués et disparus, quatre millions trois cent mille blessés -. Et quand bien même aura-t-il survécu, il sera sans doute devenu un autre homme, brisé par tout ce qu'il aura vu et enduré. Dans le spectacle de Didier Flamand "Prends bien garde aux Zeppelins", il y avait une séquence de déclaration de guerre qui ressemblait à cela. Ensuite un homme traversait le plateau avec une valise tentant de fuir le plus discrètement possible. On voudrait qu'il en fasse de même celui-ci avec son canotier, qu'à ce moment précis il puisse sortir du cadre, disparaître du présent où il est enfermé, et fuir s'évader loin, dans un autre futur que celui qui lui est promis. Je pense aussi à l'annotation de Kafka dans son journal : "2 Août 14. L'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. Après-midi piscine."

samedi 5 avril 2014

Explorez vos limites


Voilà,
c'était un beau programme et bien sûr que j'en avais envie, mais même la réalité me semblait inaccessible
shared with  art for fun friday

jeudi 3 avril 2014

Le fumeur de Chicha


Voilà,
parfois au détour d'une rue il pouvait éprouver tout à coup la sensation de marcher dans une ville étrangère. C'est à cela qu'il avait songé en sortant de ce bistro où il avait bu un sirop jaune paille au goût vague de citron mais de cela il n'en était plus vraiment certain. La patronne n'avait alors cessé de se confondre en excuses parce qu'elle lui avait un peu tardivement servi sa consommation, et Benoît Savagnin lui avait bêtement souri pour la remercier, mais peut-être aussi pour dissimuler sa gêne tant l'enthousiasme que manifestait l'écrivain à la mode en lui vantant les mérites d'une machine à écraser les steaks découverte lors d'un récent voyage à New-York, lui paraissait disproportionné. C'était, selon lui un truc phénoménal, bien qu'il ne comprenait pas pourquoi les steaks ainsi aplatis s'appelait des "deep burgers" et en effet c'était tout à fait incompréhensible. Puis la conversation avait glissé sur les derniers films à l'affiche, mais trop brièvement car il avait fallu se séparer. Benoît Savagnin craignait d'arriver en retard à la répétition publique d'un spectacle dont il ignorait tout, bien qu'il en fût l'un des protagonistes. Dépêche toi semblait lui souffler l'homme à la chicha, on n'attend plus que toi. Et il pressa le pas. (Linked with Monday murals)

dimanche 30 mars 2014

L'Énigme


Voilà,
je n'ai pas de mots pour cette image, pourtant elle me raconte quelque chose 
oui mais quelque chose qui m'échappe
shared with friday face off

vendredi 28 mars 2014

L'Écran tactile de mes nuits grises


Voilà
l'élaboration de ce genre d'image me paraît ce que j'ai trouvé de plus efficace au cours de ces dernières années pour tenir à distance ou plus précisément afin d'occuper - aménager disons - ce que faute de mieux je nomme l'inquiétude, ou l'intranquillité, comme dirait Pessoa. Et lorsqu'elle se métamorphose en peur, c'est un de mes moyens pour l'exorciser, elle qui si souvent m'épuise et m'éreinte. Cette force insidieuse qui cherche à m'anéantir et à quoi je dois farouchement m'opposer pour ne pas perdre la raison, je la combats avec les outils de mon temps. Je la tords je l'essore la triture la presse la déchire l'écraplatis. Je la coinche et la surinule, je la forquète la griffe la racagne l'étire la presse la malaxe, puis je la michaude un bon coup, la bréchique la queniche par le travers la valdingue et la tribusque dans un sens puis dans l'autre  - mais attention hein ! - tout ça proprement, avec tact sur le minuscule écran lisse de mes nuits grises. Je le fais d'une manière tout à fait régressive, comme l'enfant qui peint avec ses doigts (possibilité qui d'ailleurs ne m'a jamais été donnée quand je l'étais), mais sans me salir. A la fin je me sens calme, reposé. Ça remplace avantageusement une petite branlette. C'est que passé un certain âge on n'a plus trop envie de se tirer l'élastique tout seul. On a besoin d'assistance. Et de sollicitude. Bien sûr j'ai la sensation parfois que folie me guette, mais j'essaie de me rassurer en me disant que c'est le monde autour qui est vraiment dément. Et puis l'important comme en toute chose est de ne pas céder - j'aime beaucoup le caractère définitif de cette phrase, quelle épiphanie ! -, c'est dingue parfois comme on peut être inspiré ; moi aussi somme toute je peux pondre des slogans à la con ; je deviens peut-être enfin un vrai communiquant, d'ici peu j'arriverais à faire illusion sur moi-même. L'important comme en toute chose est de ne pas céder ça pourrait faire une belle épitaphe après tout. Au risque d'être pris au sérieux. Mais d'ici-là peut-être serai-je visité par la grâce, comme le fut Claudel au pied de son pilier, on peut toujours rêver non ? Comme on peut toujours espérer que le point d'ironie fasse enfin son apparition sur les claviers... 

mercredi 26 mars 2014

Ce train ou un autre


Voilà,
ce train ou un autre peu importe car il n'est désormais de voyage qu'intérieur. Oui le paysage défile par la fenêtre, mais c'est tout autre chose qui traverse la pensée, un vieux chagrin d'enfant qui fatigue un corps usé, une étreinte fugitive et inattendue qui rassure, un sourire dessiné sur le givre. Continuer donc, puisqu'il le faut, sur un chemin qui n'est pas le sien, en dépit de la fatigue, de l'indifférence grandissante aux choses, en dépit des mots qui ne viennent pas tout à fait comme il faut, des étourdissement répétés, de l'œil qui ne voit plus vraiment et n'aperçoit qu'à grand peine.

lundi 24 mars 2014

Ik-men-ha-kaf


Voilà,
ce matin j'ai repensé aux chats adespotes d'Hammamet. Et aussi à cette autre histoire de félins du même Rodolfo Wilcock déjà évoqué précédemment. Celle-ci s'appelle donc Ik-men-ha-kaf : "Les yeux d'émail fixent le mystère de l'au-delà comme si c'était une souris, et il est bien possible que ce le soit. Il vécut il y a trois mille ans ; il s'appelait Ik-men-ha-kaf, ce qui veut dire quelque chose comme l'éclair ou la foudre, mais en ces temps-là comme maintenant personne n'usait du nom entier pour s'adresser à un chat ou lui deman­der une faveur, si bien qu'on l'appelait Ik, et plus souvent Ik-ik, qui est foudre en abrégé. Il habitait à Abydos, une maison aux toits bas, mais même ce toit lui semblait encore trop élevé, gaspillage inu­tile pour un labyrinthe aussi simple, si élémentaire qu'après deux ou trois tours il en connaissait toutes les entrées et toutes les sorties.  Ik-ik avait été apporté de Thèbes à l'âge de trois mois, et les premiers jours en vérité il ne parvenait pas à distinguer les entrées des sorties, il devait s'arrêter sur le seuil pour étudier les trajets les plus appro­priés ; jusqu'au jour où il arriva à la conclusion qu'entrées et sorties concidaient, qu'il s'agissait d'une distinction purement académique. A partir de ce jour il passa de nombreuses heures dehors, parfois il poussait jusqu'au Nil et retournait avec un poisson pourri, la tête levée pour ne pas le faire traîner dans le sable et la boue. Une nuit, de la rive, il vit passer une barque lumineuse avec une grosse vache dessus qui portait la lune entre ses cornes ; elle était très brillante, cela il le vit, mais ce fait rentrait dans l'ordre pour lui étranger des choses du fleuve, et il n'y fit pas attention. Malgré ce toit ridiculement distant du sol, il accepta cette maison pour sienne ; mais pendant de nombreuses années, et même jusqu'à sa mort, il dut la partager avec un nombre variable d'êtres humains, qui peut-être étaient toujours les mêmes, ou paraissaient les mêmes. Ceux qui le connais­saient l'appelaient Ik-ik, ceux qui ne le connais­saient pas l'appelaient “ Mjw ”, ou Miaou, qui est le mot égyptien pour chat ; les uns disaient qu'il était blanc avec des taches noires, les autres qu'il était noir avec des taches blanches. De quelque nom qu'on se servît pour l'appeler, Ik ne vint jamais. Il mourut héroïquement, comme on dit, d'un abcès à la queue provoqué par la morsure d'un autre chat ; longtemps avant de mourir il perdit la connaissance et tant qu'il l'eut perdue il crut qu'il s'agissait d'un malaise passager, et il en était peut-être ainsi. Il s'était réfugié près de l'entrée d'un sépulcre brisé ; ses serviteurs le retrouvèrent et le firent embaumer.
L’embaumeur, comme c'était l'usage ces années­-là, lui confectionna avec les bandelettes un petit corps humain, avec ses deux pieds ou plutôt son unique pied ou piédestal d'argile ; tel était l'usage à Abydos, doublement blâmé à Thèbes : parce que les chats n'ont ni un pied ni deux mais bien quatre pattes, que l'on enveloppe avec le corps, et parce qu'au cimetière des chats les momies ne reposent pas dressées mais couchées comme tous les mortels. Les longues bandes étroites de lin qui emmaillotent son petit cadavre, de couleurs point trop vives convenant à un chat âgé, apparaissent entrecroisées selon le plus élégant dessin géomé­trique pour chats ; autour du cou la bandelette se resserre en un étroit collier laissant libre la tête impeccable. Le visage est plein, le nez souligné d'un trait savant, les oreilles dressées et atten­tives ; le regard est prêt à bondir dans les millé­naires. Sur une plaquette de plomb, son nom en démotique “ Ik-men-ha-kaf Mjw. ” 

dimanche 23 mars 2014

Matin pâle


Voilà,
au moins Retourdecampagne et Retourdemanœuvres, peuvent-ils, malgré leurs différences, se parler de façon intelligible, fraternellement, avec tendresse et amitié. Et c'est comme s'ils suivaient ce chemin côte à côte dans la pâle clarté du matin qui dissipe les songes ténébreux d'une nuit griffée de questions. (Linked with our world tuesday)

samedi 22 mars 2014

Dormir pour oublier (15)


Voilà,
"Plus la désocialisation ou la maladie mentale sont fortes, plus le territoire se rétrécit et a tendance à se confondre avec l'enveloppe corporelle de l'individu. Au fil du temps les espaces fréquentés se restreignent et les endroits investis deviennent un moule du corps". D. Zeneidi-Henry in "Les SDF et la ville géographie du savoir-vivre"

jeudi 20 mars 2014

Happy birthday Vera Lynn

Voilà,
j'aime bien cette photo des petites anglaises et de leur copain, que j'ai prise sur l'esplanade de Chaillot il y a trois ans. Je la mets aujourd'hui en ligne parce que c'est l'anniversaire de Vera Lynn qui va avoir 97 ans. C'est une gloire nationale de l'autre côté du channel car pendant la seconde guerre mondiale, elle animait une émission destinée à remonter le moral des troupes britanniques. Sa chanson la plus célèbre est aussi au générique de fin de "Docteur Folamour" de Stanley Kubrick. Même si les anglais m'agacent lorsqu'ils jouent au Rugby, je ne peux m'empêcher d'aimer ce peuple (malgré Margaret Thatcher) à la fois pour sa tradition d'excentricité et pour l'attitude héroïque qui a été la sienne au début des années quarante. Et puis aussi pour les Beatles, les Stones, les Kinks, Chrissie Hynde qui est si spéciale et Mary Quant.

mardi 18 mars 2014

Arrivé trop tôt

Voilà,
arrivé un peu plus tôt que prévu, je vais traîner au CNIT qui fut le premier bâtiment construit à la Défense. A huit heures y passe la foule des cadres et employés qui vont travailler dans le quartier d'affaires. J'étais venu ici pour la première fois il y a longtemps, lorsque le CNIT était encore un hall d'exposition. Oui c'était vers 1969 ou 70 et se tenait là le salon nautique, et aussi le salon du jouet. J'étais enfant et j'imaginais que plus tard j'aurais peut-être un bateau à moi. Eh bien non. Dans les années 2000 l'espace intérieur a été réaménagé, et j'aime bien m'y retrouver parfois. Cet endroit me fascine je ne sais trop pourquoi. Peut-être à cause de cet hôtel dont les fenêtres donnent sur l'intérieur du bâtiment. C'est peut-être ça l'illustration du "cauchemar climatisé" dont parlait Henry Miller. Une architecture de prison pour le confort de cadres supérieurs et d'hommes d'affaires. Je constate d'ailleurs qu'on n'y trouve plus ces étranges fauteuils rouges que j'avais photographiés il y a quelques mois.

lundi 17 mars 2014

Nostalgie du clair obscur


Voilà,
"comment l’homme devient-il tragique ? Et qu’y gagne t-il ? On voit bien ce qu’il y perd : l’aisance, l’oubli, de doux malaises, de fades plaisirs, une tendre inconstance, une nausée presque heureuse, pas de vérité et pas de mensonge mais l’illusion de l’une et de l’autre, une vie mystifiée qui n’est pas une vie. Tout de même une vie d’apparences qu’on fait tout pour ne pas perdre. Mais l’homme tragique est celui pour qui l’existence s’est soudain transformée : de clair obscur elle est devenue à la fois exigence d’absolue clarté et rencontre d’épaisses ténèbres, appel à une parole vraie et épreuve d’un espace infiniment silencieux, enfin présence d’un monde incapable de justice et n’offrant que la décision de compromis, quand c’est l’absolu – et l’absolu seul – qu’il faut, monde inhabitable où il est nécessaire de demeurer. Pour l’homme tragique, tout s’est en un instant durci, tout est affrontement d’incompatibilité". Maurice Blanchot

samedi 15 mars 2014

Les ombres de la cinémathèque


Voilà,
dans le petit matin, longtemps elle marche dans un parc inachevé. Elle finit par trouver, à proximité d'un homme indifférent qui lit son journal, un banc sur lequel elle s'assied. Et elle pleure. Beaucoup. Encore et encore. Sans savoir exactement pourquoi. Si sa voiture avait démarré, peut-être ce jour aurait-il été semblable à tous les précédents. Non loin, les ombres de la cinémathèque glissent, indécises, dans le mirage d'une nuit américaine. 

vendredi 14 mars 2014

Un rêve d'air pur

 
Voilà, 
depuis deux jours le forsythia sur le balcon commence à fleurir. Pour moi, ses petites fleurs jaunes sont vraiment le signe que le printemps arrive. Et cette année il est particulièrement précoce. Le figuier du Mont St Michel, que m'ont offert Toune et Inès en mai 2006 bourgeonne aussi et fait ses feuilles. Mais jamais il ne m'a paru aussi difficile de respirer dans cette ville, pourtant si belle en cette saison mais très polluée depuis quelques jours. Ce matin j'ai repensé à l'air si pur tout en haut de la vallée de Swat. J'y avais alors éprouvé l'étrange sensation d'être en plusieurs lieux à la fois. Les odeurs m'évoquaient des paysages suisses, et je songeais qu'à mon retour en Europe il faudrait que j'aille plus souvent à la montagne. Bien sûr lorsqu'il m'était arrivé de croiser par hasard un berger pachtoune, enturbanné avec sa kalachnikov en bandoulière, j'avais alors réalisé l'absurdité de ma rêverie et la pensée de la paisible Suisse aussitôt s'était dissipée. Pourtant quand au détour d'un sentier m'était apparue cette modeste mosquée de bois si émouvante dans sa simplicité, je n'avais pu m'empêcher de l'associer au souvenir des chapelles de montagnes aperçues quelques années auparavant. Enfin tout ça c'était il y a fort longtemps. Nul doute que là-bas aussi les choses ont bien changé. Il est vraisemblable qu'on n'y vit plus aussi sereinement qu'alors. Mais où peut-on vivre sereinement aujourd'hui lorsque partout ce qui reste d'équilibre et d'harmonie est devenu si précaire et semble céder à une grande hâte de chaos ? Au fait, les abeilles butinent-elles encore dans ces hautes vallées ?  première publication 14/3/2014 à 10:55) 

mercredi 12 mars 2014

Le chat d'Irina


Voilà
J'ai bien vu lorsque j'ai répondu à sa demande qu'Irina était très déçue par mon dessin de chat. Heureusement, l'ordinateur n'était pas loin, et j'ai pensé à ceux de Siné, et pour remonter dans son estime je me suis empressé d'en recopier un à la main sur une feuille. Je crois que j'ai sauvé la face. Ensuite Irina l'a peint et décoré à sa façon et je le trouve vraiment très joli comme ça. Avec sa guirlande sur le museau c'est presque un chat peint de Noël.

lundi 10 mars 2014

Charlie et les ménines


Voilà,
quand je n'ai pas d'idée je me venge sur les chefs-d'œuvre. Je sais, c'est assez misérable et très mesquin. On n'est hélas pas toujours comme on souhaiterait l'être.
Au moins, ça occupe l'esprit, ça fait diversion

dimanche 9 mars 2014

Plus léger


Voilà,
ce n'est pas grand chose, juste des fleurettes sur un fraisier, mais bon cela suffit à redonner un peu le moral quand la joie s'est absentée,
quand il n'est de jour où l'intranquillité ne jette son ombre 
Allez ! écouter "greetings from L.A." de Tim Buckley et faire un peu de jardinage de balcon
comme si de rien n'était
comme si au monde les couleurs étaient toujours les mêmes
balancer quelques images à l'avance
on verra bien
et prendre chaque jour comme il vient 

Publications les plus consultėes cette année