vendredi 22 octobre 2021

"À cinquante ans, si tu n'as pas de Rolex..."

Voilà,
il y a quelques années, le publiciste Jacques Séguela, proclama dans un interview que "si à cinquante ans tu n'avais pas une rolex, tu avais raté ta vie". J'ai donc raté la mienne.  C'est le même qui avait conçu pour François Mitterrand lors de la campagne électorale de 1981, cette affiche devenue célèbre vantant la force tranquille. L'affiche, bien que destinée à promouvoir un candidat socialiste, s'inspirait de l'iconographie pétainiste enracinant le futur président  dans la France profonde et rurale, pour qu'il apparaisse comme le rassembleur de tous les français
 
 
"Je hais ces mensonges qui vous ont fait tant de mal, la terre, elle ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même" avait déclaré Pétain le 25 juin 1940, "Elle", s'opposant probablement à ceux qui mentent : politiciens de la IIIe République, intellectuels dégénérés et bientôt les Juifs. 
Comme l'Histoire est parfois une farce, on rappellera que ce discours — celui de la reddition — avait été écrit par l'un d'eux : Emmanuel Berl. Et comme on admet aussi que l'histoire bégaye — en l'occurrence elle bafouille plutôt —, rappelons qu'aujourd'hui une grande partie de l'extrême-droite et de la droite bourgeoise et conservatrice, n'a d'yeux que pour un polémiste de télévision dont la presse capitaliste et les média main-stream ont fait leur nouvelle idole en propageant ses idées nauséeuses à l'indiscutable relent vichyste. L'individu vante même le bilan du vieux maréchal, arguant, au mépris de toutes les études historiques à ce sujet, qu'il a protégé les juifs français alors que lui, avec sa gueule et son patronyme il aurait sûrement été un des premiers à être raflé et déporté. 
Les gauchistes révolutionnaires de mai 68 scandaient dans les rues "Nous sommes tous des juifs allemands" pour soutenir leur leader Daniel Cohn Bendit, qui, au fil de sa vie, s'est peu a peu droitisé jusqu'à devenir un soutien de Macron. Peut-être que les néo-fascistes d'aujourd'hui qui comptent apporter leurs suffrages à l'homoncule qui, dit-on se rêve un destin national, gueuleront "nous sommes tous des juifs sépharades". Ça serait plutôt cocasse. Quoi qu'il en soit, l'étalage de toute cette connerie au grand jour, a de quoi consterner. Mais ce pays où la bêtise se répand aussi vite que la misère, n'en est pas à une incohérence près. L'indigence intellectuelle qui caractérise ses élites, l'inculture de la plupart des journalistes, la complaisance de ces derniers et leur asservissement à l'égard des puissances de l'argent, a quelque chose de consternant. Heureusement  que "Le canard enchaîné", exception notoire dans la presse française, nous rappelle de quoi Zemmour se fait l'écho. Doriot, de sinistre mémoire, transfuge du Parti communiste, qui devint fasciste et collabo et bien sûr antisémite, a lui aussi écrit un "Destin Français".


 
Souhaitons à notre infatigable prêcheur du "grand remplacement", qu'il ne connaisse pas la même fin que son prédécesseur. Il serait dommage pour lui que "l'Histoire se venge" vraiment. Quoique... Si un suprémaciste blanc, furieux de voir ses idées xénophobes représentées par un "métèque", s'en prenait à lui, ça serait plutôt tordant et même, comme l'a une fois écrit Proust tout à fait "épastrouillant". 
On peut divaguer bien sûr. 
D'ailleurs je ne m'en prive pas comme en témoignent ces lignes. De plus en plus souvent — mais je ne postule pas à de hautes responsabilités —, je m'abandonne à l'association libre, au coq à l'âne, à la digression, aux errements. J'espère que ce n'est pas une séquelle du covid. Selon un article de Futura science, SARS-CoV-2 a "un effet direct sur le fonctionnement du cerveau. À partir de son propre matériel génétique, il fait fabriquer des ciseaux moléculaires par les cellules endothéliales qu'il infecte, transformant les vaisseaux sanguins en vaisseaux "fantômes", (qui n'ont rien de wagnérien). Les conséquences majeures de cette mort cellulaire sur l'irrigation du cerveau pourraient prédisposer certaines personnes ayant contracté la maladie à développer des troubles cognitifs, neuro-dégénératifs, voire des démences". Comme en ce moment, je suis confronté à des symptômes nouveaux qui me déconcertent, je ne sais s’il faut les mettre sur le compte de l’hypocondrie cette névrose qui ne m’appartient pas, ou bien si ils sont vraiment significatifs d’autre chose de bien réel. Alors j'attends de voir comment ça évolue, tout en me demandant si je n'ai pas tort d'agir ainsi.
Bon. Comme disait Roger, tant que j'arrive encore à pisser tout seul...

jeudi 21 octobre 2021

Tour aux Figures


Voilà,
le parc de l'île St Germain, abrite la tour aux figures de Jean Dubuffet. Avant de devenir l’édifice monumental dans lequel il est aussi possible de pénétrer, la Tour aux figures fut d’abord une maquette en polystyrène expansée conçue en 1967 dans le cadre du cycle d’œuvres intitulé  L’Hourloupe.
En 1968, à l'occasion de l’exposition « Édifices, projets et maquettes d’architecture » au musée des Arts décoratifs l’œuvre est présentée dans l’ouvrage Édifices, consacré aux projets d’œuvres monumentales de Jean Dubuffet. Quinze ans plus tard, en 1983 l’artiste la choisit pour la honorer la première commande publique initiée par le ministre de la culture Jack Lang, faite par l’État français d’une œuvre à bâtir à Paris. Plusieurs sites  (place d’Italie, parc de la Villette, parc de Saint-Cloud) sont envisagés, puis abandonnés en raison de polémiques et de protestations de riverains. Cependant quelques collectivités locales se portent volontaires pour accueillir la sculpture. La proposition d’André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux suscite l'intérêt de Jean Dubuffet qui visite l’Île Saint-Germain en janvier 1985, peu de temps avant son décès. A cette occasion, il recommande que la tour soit édifiée sur la petite butte où elle se dresse aujourd’hui. Il meurt en mai, et c'est donc la Fondation Jean Dubuffet, créée par l'artiste en 1974, qui assure la continuité du projet et appuie le Centre National des Arts Plastiques lors de la réalisation qui commence en 1986 par la structure intérieure en béton. La structure extérieure, la peau en résine époxy peinte, est confiée à Richard Dhoedt, l'un des anciens de son atelier, que Dubuffet avait accrédité pour ce projet avant de mourir. Malgré le décès de l’artiste, qui ne verra jamais son œuvre édifiée la Tour aux figures existe telle qu’il l’a souhaitée.
(sources wikipedia)

mardi 19 octobre 2021

Rusticage au Parc Montsouris


 
Voilà,
le XIXe siècle a, dans ses parcs et jardins alors nouvellement créés, vu apparaître des imitations de bois et de rochers grâce au mélange de béton et de ciment. Ainsi sont apparues les pratiques de rusticage qui imite des rondins de bois pour créer bancs et rambardes, et de rocaillage consistant à reproduire la pierre des rochers.
Comme l’explique Michel Racine dans son ouvrage “Jardins au naturel”, "les rocailleurs composaient de vastes paysages géologiques en recourant aux fers ronds et à des fils de fer en guise d’armatures pour les fausses concrétions et les faux bois, puis en accumulant ensuite les couches de ciment de plus en plus finement sculptées.
 
Achevé pour l’Exposition universelle de 1878, et aménagé par l'ingénieur Jean Charles Alphand entre 1867 et 1878 sur le site d'anciennes carrières, le Parc Montsouris s'est inscrit dans le programme ambitieux des grands travaux du baron Haussmann, Préfet de la Seine, répondant ainsi aux souhaits de l’empereur Napoléon III qui voulait doter Paris d'espaces verts afin d'assainir la ville et d'offrir aux classes laborieuses des poumons de verdure comme on pouvait en trouver à Londres. Il a en effet été pensé comme le pendant sud du parc des Buttes-Chaumont, où l'on peut d'ailleurs toujours voir, la plaque de l’entrepreneur de travaux publics, spécialisé dans les ouvrages de ciment armé, qui a confectionné ces aménagements : « J. Chabrat : Rocaillage – Cascades, grottes, rivières ».
Toujours à propos du rusticage, il existe même dans le calvados, à Colleville-Montgomery, un château d'eau décoré selon cette technique.

dimanche 17 octobre 2021

Le nouveau siège de Christian Dior

Voilà, 
sur l’avenue des Champs-Élysées, afin d'y installer son siège social, la maison Dior a pris possession d’un  immeuble de style Art Nouveau appartenant à un fonds d'investissement qatari.
Depuis quelques mois, sur la façade de ce qui fut le siège de la banque HSBC, a été dressé un monumental auvent sur lequel est inscrit le nom Dior et où figurent, pour rappeler le savoir-faire et l'excellence des ateliers de cette vénérable institution, des images de  ces prototypes blancs utilisés dans la confection de vêtements de haute couture que l'on appelle "toiles". (Linked with Monday Mural - through my lens - wordless wednesday - travel tuesday
 

jeudi 14 octobre 2021

La Figure du Refus


Voilà 
"La figure du refus que je rencontrais toujours n'était pas celle qui dit : "je ne t'aime pas", mais celle qui dit "tu ne peux pas m'aimer, si fort que tu le veuilles, tu aimes sans espoir l'amour de moi, l'amour de moi ne t'aime pas". En conséquence, il n'est pas exact de dire que j'ai connu le "je t'aime", je n'ai connu que le silence plein d'attente que mon "je t'aime" eût dû interrompre, je n'ai connu que cela, rien de plus" (Kafka, journal 13 février 1920)

mardi 12 octobre 2021

Bayan-Ko


Voilà,
il y a quelques temps je suis allé voir Bayan-Ko un film de Lino Brocka, réalisé en 1984 et qui se donne depuis quelques semaines au Reflet-Médicis dans une version restaurée. Je ne trouve plus beaucoup d'agréments à la vie parisienne, mais celui de pouvoir accéder à des films rares projetés dans de bonnes conditions en est un, tout comme pouvoir me rendre dans cette courte rue Champollion située à deux pas de la Sorbonne où trois cinémas se succèdent sur un même trottoir.
Tournée dans les dernières années de la dictature Marcos, cette œuvre mêle réalité (les scènes de manifestations avec les portraits brandis de Ninoy Aquino, qui venait d'être assassiné sur l'aéroport de Manille à son retour d'exil en 1983) et fiction  — l'histoire de Tuning cet ouvrier imprimeur, contraint par son patron de s'engager à ne pas adhérer au syndicat en train de se former dans son entreprise, en échange d'une avance de salaire —, parce que Luz, sa femme, en raison d'une grossesse difficile, ne peut plus travailler. Le prix prohibitif des médicaments, et le coût d'un séjour hospitalier amène le couple à s'endetter. Lorsque la grève éclate dans son entreprise, et qu'il ne s'engage pas aux côtés de ses compagnons, Tuning se retrouve seul et ostracisé par ses collègues qui le considèrent comme un "jaune" . C'est alors que Tuning participe à un cambriolage. 
Ce film, nerveux, en partie auto-produit (Brocka réinjectait l'argent gagné avec des films populaires et commerciaux dans des réalisations plus ambitieuse à caractère social et politique) va bien au-delà du fait divers dont il s'est inspiré. Il fut bien évidemment interdit aux Philippines mais parvint clandestinement au Festival de Cannes en 1984. 
Plus de trente ans après, cet opus ne perd rien de sa puissance ni de son efficacité. Bien qu'il témoigne d'un contexte géographique et historique différent du nôtre, il se révèle cependant, par certaines situations d'une évidente actualité. Les portraits souvent subtils de ces personnages confrontés à la détresse révèlent sans manichéisme une humanité poignante. Le récit quant à lui, se développe, inexorable, avec des accents de tragédie, tout en évitant les écueils du mélodrame.
Ça change évidemment de toutes ces daubes américaines à grand spectacle, où dans une débauche d'effets spéciaux, seuls contre tous, des héros décérébrés sauvent le monde libre et surtout les USA, en se sortant des situations les plus invraisemblables, sans que ne bouge une mèche de leur brushing. 
J'étais en outre, très heureux de partager ce moment avec Peggy (dont le blog m'enchante depuis des années) qui était de passage à Paris. Je savais que ce film la toucherait particulièrement, pour des raisons qu'il ne m'appartient pas de développer ici, qu'elle n'aurait besoin des sous-titres pour comprendre, et qu'il constituerait une expérience plutôt singulière pour elle, et d'une certaine façon pour moi aussi, car la circonstance après tout, n'était pas banale.

lundi 11 octobre 2021

Musarder à la Butte-aux-Cailles

Voilà,
lundi dernier, profitant d'une journée ensoleillée, je suis allé me promener à la Butte-aux-cailles, où je n'étais pas retourné depuis longtemps. Ce quartier avec ses airs de village en plein cœur de Paris semble être un spot très apprécié des grapheurs et des muralistes. J'y ai pris de nombreuses photos, que je publierai au cours des prochaines semaines.
 

J'ai bien aimé musarder par là-bas, me faisant l'effet d'un touriste dans ma propre ville. Attablé à une terrasse où j'ai mangé, j'y ai même longtemps discuté avec un israélien venu passer quelques jours de vacances à Paris. J'étais content d'avoir engagé la conversation avec un inconnu car ce n'est vraiment pas dans mes habitudes. Je vis des jours étranges en ce moment. J'ai l'impression d'être désynchronisé de moi-même, comme dans un film où lorsque les acteurs parlent, les paroles ne correspondent pas au mouvement des lèvres. J'éprouve aussi cette sensation certains soirs lorsque je joue au théâtre, et ce n'est pas très confortable. 
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vendredi 8 octobre 2021

Devant une porte, rue des rosiers

Voilà,
de temps en temps ça me reprend, une photo de corps fragmenté, comme j'en ai tant réalisé déjà et publié ici ou bien ou encore . J'ignore pourquoi ce genre de cadre me plaît autant. Peut-être ai-je une inclination particulière pour ce qui se dérobe et auquel je n'ai pas accès. Cela me fait penser à cette histoire lue dans un recueil d'histoires juives : "Le manque me manque, je suis comblé", signé Rabbi Yaakov Lacan. Lequel Lacan, s'y connaissait en matière de choses cachées et de corps fragmentés. Il fut en effet le dernier possesseur de l'Origine du monde, — vous savez ce tableau de Courbet souvent censuré sur facebook — . Lacan avait confié au peintre André Masson, beau frère de sa femme, la mission de concevoir un masque pour habiller ce tableau "que les enfants et les voisins pourraient ne pas comprendre…". Celui-ci peignit donc sur un panneau de bois une œuvre intitulée "terre érotique" évoquant de manière abstraite le tableau qu’il dissimulait.  
Epaiement des droits de succession, les héritiers du psychanalyste firent en 1995 dation à l’état du tableau de Courbet, qui se trouve désormais au musée d'Orsay. En revanche j'ignore ce qu'il en est de l'œuvre de Masson et où elle se trouve à présent. Au fait, exprimer les pensées qui viennent à l'esprit à partir d'un élément donné ou de façon spontanée, ne serait-ce pas ce qu'on appelle l'association libre ?

jeudi 7 octobre 2021

Enbata


 
Voilà,
"aucune civilisation humaine n’a été capable, en dépit de ses génies, de ses héros et de ses talents parfois prodigieux, de se hisser durablement et massivement hors de son bourbier originel. Depuis les temps bibliques, la même plainte revient, dans la bouche ou sous la plume des témoins en tous genres, mêlée tantôt de colère, tantôt de tristesse, voire de désespoir, que le genre humain finit toujours par succomber sous le poids de sa propre bêtise" remarque Alain Accardo, dans une interview. 
Il semblerait que de nos jours un grand vent de connerie déferle sur nos contrées, semblable à cette bourrasque qu'on appelle au pays basque Enbata et qui désigne un impressionnant coup de vent qui balaye la plage, fait voler le sable, les serviettes, les parasols. ... L'enbata arrive du sud sous la forme d'une énorme masse nuageuse, franchit le Jaizkibel, le recouvre et sévit. Le phénomène se déclenche en période de fortes chaleurs, lorsque survient un vent de nord-ouest froid et humide. 
Si Hamlet se proclamait "fou que par vent de nord-nord Ouest", il semble qu'aujourd'hui les girouettes de la sottise tournoient en tous sens. Et avec la pré-campagne électorale qui s'amorce, il est à craindre que nous ne soyons pas au bout de nos surprises

mercredi 6 octobre 2021

Travail rapide et soigné

Voilà,
cette cordonnerie qui fait aussi office de serrurerie et vraisemblablement de bien d'autres choses se trouve rue de la Grande Chaumière  dans le quartier de Montparnasse. J'aime particulièrement les plantes vertes sur le perron de la boutique, et aussi l'enseigne, très années cinquante, ainsi que la mention "travail rapide et soigné", ornant la façade,  dans ce qui semble être une typographie mistral, fruit d'une longue recherche du graphiste Roger Excoffon, qui voulut par ce caractère "reproduire l'écriture de l'homme moderne du XXème siècle, et ainsi recréer le symbole graphique de l'homme présent"
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dimanche 3 octobre 2021

Un vieux Speedy Graphito

 
Voilà,
je ne me rappelle plus dans quelle rue de Paris j'ai, en 2012, aperçu cette peinture murale de Speedy Graphito devenu depuis ses débuts dans les années quatre-vingt, une star du street art. Ce graphisme me rappelle ma jeunesse. Dans ces années là, on vit les murs et les palissades de Paris (en particulier celle du chantier du nouveau Louvre), mais pas seulement — je me souviens durant un séjour d'une quinzaine de jours à Strasbourg fin 1984 avoir photographié des dizaines de pochoirs — devenir le support de nouvelles formes et de propositions parfois audacieuses. C'était les années de la nouvelle formule du journal Actuel qui se prétendait "nouveau et intéressant". Elles commencèrent en France dans l'enthousiasme, avec l'élection de Mitterrand et puis très vite elles furent plombées par l'apparition du SIDA qui assombrit notre jeunesse. Et puis Tchernobyl nous rappela que les nuages passent les frontières. Pour ma part, ce furent de belles années professionnelles durant lesquelles je fus très épanoui dans mon travail. Je ne pensais pas à l'époque atteindre l'âge que j'ai, ni même que j'aurais un enfant. Je faisais alors beaucoup d'expériences consommant parfois des substances illicites. Mon corps était beaucoup plus résistant, mon esprit moins encombré.
Ce furent aussi les années d'ascension médiatique de Bernard Tapie, un self made man, assez hâbleur, plutôt escroc dont on parlait beaucoup trop à l'époque. Il est mort aujourd'hui.
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samedi 2 octobre 2021

Comme un bruit de plumes


ESTRAGON
toutes les voix sont mortes
 
VLADIMIR
Ça fait un bruit d'ailes
 
ESTRAGON
De feuilles
 
VLADIMIR
De sable
 
ESTRAGON
De feuilles
 
Silence
 
VLADIMIR
Elles parlent toutes en même temps
 
ESTRAGON
chacune à part soi
 
VLADIMIR
Plutôt elles chuchotent 

ESTRAGON
Elles murmurent
 
VLADIMIR
Elles bruissent
 
ESTRAGON
Elles murmurent
 
VLADIMIR
Que disent elles ?
 
ESTRAGON
Elles parlent de leur vie
 
VLADIMIR
il ne leur suffit pas d'avoir vécu
 
ESTRAGON
il faut qu'elles en parlent
 
VLADIMIR
Il ne leur suffit pas d'être mortes
 
ESTRAGON
Ce n'est pas assez
 
VLADIMIR
Ça fait comme un bruit de plumes 

ESTRAGON
De feuilles
 
VLADIMIR
De cendres
 
ESTRAGON
De feuilles 

Samuel Beckett in "En attendant Godot"
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vendredi 1 octobre 2021

Solastalgie

  

Voilà,
nous sommes rentrés dans l'automne. Le soleil dispense toujours ses rayons. Les feuilles s'accrochent encore aux arbres. Le fond de l'air est juste un peu plus frais. Entre midi et deux, le jardin du Luxembourg s'est repeuplé de collégiens de lycéens et d'étudiants. Les joggeurs courent et trottinent pour en faire le tour.  
Ici je me sens un peu hors du monde, dans une sorte de temps suspendu. Je musarde, je traîne. J'ai aimé apercevoir cette scène, insolite dans cet arrondissement bourgeois. C'était une autre douceur, un autre rythme, dans les gestes et les intonations des voix. C'était doux.
Ailleurs la vie continue, plus âpre. Et souvent même la lutte pour la survie. Comme par exemple en Inde. Bien sûr, en France, les chaînes d'actualités mainstream ne s’attardent pas sur ce qu'il s'y passe. Après tout ce n’est qu’un huitième de la population mondiale, et accessoirement la plus grande démocratie parlementaire du monde, même si elle est aux mains de dirigeants ultranationalistes hindous.
Cela fait dix mois que les paysans se sont soulevés. Ce 27 Septembre, Le SKM, la coordination qui anime le mouvement, a, pour la troisième fois en dix mois,  appelé au blocage général de l'Inde, afin d'obtenir le retrait des lois anti-paysannes et anti-ouvrières, de rétablir la démocratie, de mettre fin aux divisions entre castes, religions et sexes et enfin pour libérer l'Inde du gouvernement BJP de Modi et des griffes d'un capitalisme de plus en plus sauvage. 
Cet appel a été soutenu par l'ensemble des organisations syndicales ouvrières, d'employés, de commerçants, pécheurs, étudiants, enseignants, de transports, les organisations féministes, celles de jeunesse, des Intouchables, des tribus et des gouvernement de plusieurs Etats opposés au BJP : le Kerala, le Tamil Nadu, l'Andhra Pradesh, le Chhattisgahr, le Jharkhand et le Pendjab  que la plupart des occidentaux sont incapables de repérer sur une carte. Partout, voies ferrées, aéroports, marchés, transports, routes, autoroutes, entreprises, commerces, administrations, écoles, universités ont été totalement paralysés. 
Dans ces Etats, le blocage a été colossal mais également dans les Etats dirigés par le BJP, ce parti de la droite nationaliste hindoue, malgré leurs violences policières, l'Uttar Pradesh, l'Haryana, le Bihar, le Gujarat et Tripura. Le mouvement a été également suivi comme cela n'était jamais arrivé dans le reste du pays, au Telangana, dans le Rajasthan, l'Odisha, le Bengale Occidental, le Maharashtra, l'Uttarakhand, le Madhya Pradesh, le Jharkhand, l'Assam, le Karnataka, l'Himachal Pradesh et Manipur.
C'est la première fois que l'appel des paysans qui était traditionnellement suivi jusque là dans les États du nord, l'a été avec autant d'ampleur et d'intensité dans le reste du pays et que les paysans ont réussi à entraîner derrière eux l'ensemble des organisations populaires, syndicales, politiques et associatives du pays et même un certain nombre d'Etats dirigés par l'opposition. Cette journée a marqué un nouveau et immense succès du soulèvement paysan face à un gouvernement ultra réactionnaire et violent qui cependant, devient de plus en plus impuissant face à cette vague populaire qui s'amplifie. 
J'ai eu de la chance de vivre jusqu'à présent dans une région relativement prospère, dans une période historique et sous des latitudes préservées du chaos. Rien ne dit que cela durera encore longtemps. Je veux dire, la vie, la paix civile. Vraisemblablement les désordres climatiques auront des répercussions sur nos organisations sociales et, d'ici quelques années nos existences risquent d'être fort bouleversées. De plus, savoir tout ce qui se passe dans le monde, constitue un poids supplémentaire. Peut-être suis-je sujet à ce qu'on appelle la solastalgie — j'ai découvert ce mot il y a peu — qui définit  une forme de souffrance et de détresse psychique ou existentielle causée par exemple par les changements environnementaux passés, actuels et attendus, en particulier concernant le réchauffement climatique et la biodiversité. Peut-être s'agit-il d'autre chose que j'ignore encore ou que je me refuse à admettre. Quoi qu’il en soit je joue le soir au théâtre trois fois par semaine. Ça me fait du bien. J'oublie le reste. Le reste. Ce dont on ne peut peut parler. Et qu'il faut taire, selon la célèbre formule.

mardi 28 septembre 2021

Le petit mousse

Voilà 
j'ai retrouvé cette photo datant de Juillet 2006, du "petit mousse" au jardin public de Bordeaux. Cette embarcation dans le style des pinasses arcachonnaises naviguait sur la rivière du parc depuis la fin du XIXe siècle. Pour des raison de sécurité on l'a supprimé en 2007.
Pendant 113 ans, le bateau a proposé des promenades bucoliques sur la rivière du Jardin Public, avant d’être finalement abandonné par manque d’entretien. Je me souviens l'avoir pris enfant, en compagnie de ma grand-mère paternelle et de mes géniteurs. 
A l'initiative de Michel Suffran, un médecin bordelais malheureusement décédé en 2018, une association notamment animée par le guide Yves Simone et l’historien Kevin Desmond s'est constituée afin de lever des fonds pour  que le jardin public ne soit plus privé de sa présence. 
 

La réplique, mise à l’eau le jeudi 15 juillet et inaugurée le 26 du même mois, nommée Va, Petit Mousse pour se différencier du bateau historique, a été réalisée à l’identique. Même longueur, même forme, même détails, comme on peut le constater sur la photo ci-dessous.
 

Ce nouvel embarquement, réalisé par le chantier naval Dubourdieu (Gujan-Mestras) avec le soutien de 22 mécènes, a toutefois été mis aux normes en vigueur. Totalement électrique, il dispose contrairement à son prédécesseur, d’une coque en résine, au lieu d'une coque métallique. En outre un accès pour handicapés a été aménagé, raison pour laquelle il n’accueillera que 22 personnes maximum au lieu de 40.

dimanche 26 septembre 2021

Rue Alain

 
 
Voilà,
non loin de chez moi, existe ce paysage dépourvu du moindre charme : une sorte de bretelle routière entre la place de Catalogne et l'axe de la rue Vercingétorix qu'enjambe une passerelle en béton. Sans doute est-ce un surgeon de ce projet dément qui vit le jour dans les années soixante et faillit se concrétiser dans les années soixante-dix. Il avait pour nom "la radiale Vercingétorix", et se proposait de bâtir une voie rapide à l'intérieur de Paris, qui aurait constitué un prolongement dans la capitale des autoroutes A10 et F10 en provenance du Sud. Parvenu à un stade très avancé au début des années 1970 puisque des emprises avaient été achetées et des immeubles présents sur le tracé préalablement démolis, cette opération fut d'abord retardée puis annulée grâce à la mobilisation des riverains. 
Ce n'est pas un endroit où je passe souvent, mais dimanche dernier, j'y ai aperçu ceci qui m'a intrigué. Je ne suis pas parvenu à identifier l'auteur de cette peinture, mais je lui suis gré d'avoir ajouté un peu de fantaisie à ce paysage urbain, particulièrement sinistre. Cette rue porte, en outre, le nom d'un philosophe ayant eu son heure de gloire dans l'entre-deux guerres, et qu'on ne lit plus beaucoup de nos jours, me semble-t-il.

 

vendredi 24 septembre 2021

Flagrant Délit


Voilà
"Comme dans tous les endroits publics de la grande ville, les consommateurs de ce banal café buvaient en silence ou murmuraient des mots fonctionnels, figés, momifiés dans le sérieux ambiant, engrisé par une discipline sans faille. 
Personne ne parut prêter la moindre attention à l’irruption brutale des policiers de la brigade spéciale des mœurs que la direction venait d’appeler par téléphone. Il se ruèrent sans hésiter vers une table du fond, empoignèrent deux clients qu’il jetèrent sans ménagement dans le fourgon cellulaire. Leurs comptes étaient bons, ils en auraient pour 10 ans au moins : on les avait pris en flagrant délit de rire et de plaisanter au cœur d’un endroit public". 
(Jacques Sternberg in 188 contes à régler

lundi 20 septembre 2021

Cet été


Voilà 
cet été 
la fonte de calotte glaciaire au Groenland a semblé désormais inéluctable et on s'est aperçu que des forêts séchaient sur pied à cause du réchauffement climatique. 
cet été, 
j'ai lu que des taux de CO2 atmosphérique supérieurs à 415 parties par million (unité de mesure utilisée pour quantifier la pollution dans l’air avaient été enregistrés au printemps dernier par l'observatoire de Mauna Loa, à Hawaï. Du jamais vu dans l'histoire de l'humanité. Et que ces taux semblaient devoir croître. La dernière fois où la Terre a été soumise à de telles conditions, remonterait à plus de 3 millions d'années, alors que le niveau de la mer était plus élevé de plusieurs mètres et des arbres poussaient en Antarctique.   
cet été 
un jour, il a fait 51°centigrades à Portland Oregon
cet été
dans l'archipel San Blas, au large du Panama, la montée des eaux a chassé les habitants vers le continent. Certains irréductibles pourtant demeurent sur place pour tenter de sauver leur territoire avec des moyens de fortune. 
cet été, 
le ministre français de l’agriculture a rallié le camp des défenseurs d’une exploitation intensive des forêts. 
cet été, 
des inondations monstrueuses ont ravagé une partie de l’Allemagne faisant une centaine de morts et de considérables dégâts. Des pluies se sont aussi abattues sur Zhengzhou, le 20 juillet 202, les plus fortes jamais mesurées sur la région. En vingt-quatre heures, la capitale du Henan a reçu 552 mm de précipitations, soit 86 % de la moyenne annuelle, dont plus de 200 mm en une heure seulement. Dans la ville, située au sud du tumultueux fleuve Jaune, l’eau a envahi les rues, les maisons, les commerces. 
cet été, 
le plus gros incendie de Californie, qui avait déjà dévoré une surface de végétation équivalente à la ville de Chicago, a généré à cause de son volume, son propre climat, au risque de rendre la tâche des pompiers qui le combattaient encore plus ardue. Environ 5 400 soldats du feu ont été mobilisés ; ce brasier n’a fait que grossir depuis la mi-juillet, attisé par une chaleur étouffante, une sécheresse alarmante et des vents continus. Le Dixie Fire était si gros qu’il a créé certains jours des nuages appelés « pyrocumulus » provoquant foudre, vents violents qui alimentaient en retour l’incendie. 
cet été
une lagune située dans le sud de l’Argentine a, le 26 juillet, conservé une teinte surprenante, due au déversement de produits chimiques par des industriels de la pêche de la région. La couleur s’expliquait par la présence de sulfite de sodium, un agent de conservation antibactérien utilisé pour le stockage des langoustines avant exportation, qui avait contaminé les eaux souterraines du fleuve Chubut. Les habitants de la région se sont également plaints d’odeurs nauséabondes et de la prolifération d’insectes. 
cet été
en France, les responsables de l’industrie automobile on demandé l’aide des pouvoirs publics face à une transition énergétique considérée comme dévastatrice.  
cet été,
la circulation méridienne de renversement de l’Atlantique (AMOC), un courant océanique qui joue un rôle fondamental dans la redistribution de la chaleur sur Terre, était en perte de vitesse et des scientifiques de premier plan ont constaté que les «signes vitaux» de la planète s'affaiblissaient sous les coups de l'économie mondiale. Ce groupe de  14.000 scientifiques inquiets de l'imminence possible de certains «points de rupture» climatiques et de la surexploitation de la Terre  a plaidé pour la déclaration d'une urgence climatique mondiale, estimant que les gouvernements avaient de manière systématique échoué à s'attaquer aux causes du changement climatique
cet été
les incendies qui ravageaient les forêts de Sibérie ont été plus importants que tous les autres réunis dans le monde. Pour la première fois, leur fumée a, selon la NASA également atteint le pôle Nord géographique. 
cet été
l’ambition de circonscrire l’augmentation globale des températures à 1,5 °C d’ici à la fin du siècle, convenue lors de l’accord de Paris, a semblé d'ores et déjà inaccessible,  
cet été
quelques milliardaires se sont offerts des excursions coûteuses et énergivores hors de l'atmosphère. Ce qui a fait penser à certains que les ovnis étaient peut-être des milliardaires de lointaines planètes venus passer des vacances
cet été
Une vague de froid féroce s’est abattue sur le Brésil. Les sans-abri en furent les premiers à souffrir, mais les planteurs de café ont aussi craint la perte de leurs récoltes. A São Paulo, la plus grande ville du Brésil, le mercure est tombé à -4 degrés Celsius durant une journée. Ces températures ont perduré un week-end. En altitude, les températures ont chuté à -10 degrés.
cet été
dans les Alpes, une pollution diffuse aux microplastiques a été constatée sur des glaciers du mont Blanc et dans des lacs d’altitude, éloignés de toute activité humaine. 
cet été
il est apparu probable que la ville de Lagos peuplée de plus de 24 millions d'habitants deviendrait, en raison de l'élévation du niveau de la mer provoqué par le changement climatique, inhabitable d'ici la fin du siècle. 
cet été
près de quatre-vingts feux se sont déclarés en à peine vingt-quatre heures en Grèce. En Turquie, où les températures ont dépassé 50 degrés, les feux  ont provoqué un désastre écologique. 
cet été
on a révélé que tous les sites du patrimoine mondial étaient menacés par le changement climatique. 
cet été 
pour la première fois il a plu au sommet du Groenland
cet été
les forêts de Carélie, non loin de la frontière finlandaise, ont été frappées par des incendies inédits pour cette région d’ordinaire humide. 
cet été
des pluies diluviennes ont fait quarante morts à New-York
cet été  
dans la nature exsangue la vie des humains a continué, plus chaotique que jamais : un artiste américain a reproché au plasticien italien Salvatore Garau de lui avoir volé le concept de sculpture invisible, et menacé d'engager des poursuites s'il n'était pas crédité, un homme a braqué la boutique du joailler Chaumet, près des Champs-Élysées à Paris, faisant main basse sur un butin évalué entre 2 et 3 millions d'euros, puis il est reparti à trottinette comme il était venu, les jeux olympiques, pour la première fois qu'ils existent se sont déroulés dans des stades vides ; Lionnel Messi a été recruté à Paris moyennant un salaire annuel de 41 millions d'euros net par an ; Hala Mouganie a écrit depuis Beyrouth un terrible et désespéré message ; on a vu des milliers d'afghans courir sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul pour tenter de s'embarquer dans des avions-cargos américains ; pendant ce temps à Paris, les gens se vautraient sur les terrasses, et à la radio on parlait de retrouver enfin le monde d'avant,
celui 

le ministre de l'éducation a préféré proposer de légiférer sur le voile des mères musulmanes accompagnant des sorties scolaires alors qu'une directrice d'école s'est suicidée en dénonçant les conditions de travail à l'éducation nationale
le gouvernement a réduit le périmètre de la commission qui lutte contre les sectes au prétexte que cela coûtait 500 000 euros par an à l'état,

les étudiants se font tabasser par des flics dans les facs, 
où l'on gaze les enfants en Syrie,
où les ancien soixante-huitards font l'éloge de Macron, 
où des fanatiques religieux tuent des enseignants
la télévision fait son miel d'engueulades entre vedettes de la télévision dans des émissions débiles, 
des migrants sont chassés aux frontières par de jeunes néo-fascistes,
où 
le coût de l'occupation de l'Irak par les USA est équivalent aux investissements chinois pour la nouvelle route de la soie
des députés corrompus par les lobbyistes de l'agroalimentaire et du nucléaire, votent dans ce pays ou un autre des lois antiécologiques

les accidents industriels polluent et menacent ta santé 

pullulent les commentaires débiles sur des millionnaires en short courant après des ballons, et les spéculations sur le mercato d'été, puis d'hiver, puis d'été, puis d'hiver, puis d'été,
les Kurdes sont massacrés par les Turcs dans l'indifférence générale
etc etc....
Rien inventé.
Des faits rien que des faits.
Certes il est aussi possible que pour d'aucuns de belles choses soient advenues, mais que pèsent elles dans la macabre farandole des jours aux jours ajoutés ?
Cet été,
j'ai découvert Bonga un chanteur angolais lusophone et en écoutant ses chansons, j'ai beaucoup pleuré, et aussi peut-être en raison de grands désastres intimes, et à cause de cette sensation que l'époque était en train de nous dévorer
comme le vent mange de la pierre
cet été
plus que jamais fut le participe passé du verbe être.

dimanche 19 septembre 2021

Étrange et amusant

Voilà,
l'idéal concernant ces publications consisterait à ne plus mentionner les émotions suscitées par le monde tel qu'il déconne, ou les effrois qui me traversent, mais plutôt à ne décrire, sans affect et le plus objectivement possible, que des choses, des lieux, des situations. S'en tenir, par exemple, à de lapidaires recensions parfois agrémentées de notations historiques comme le fait admirablement Jean-Louis Boissier sur son blog.  
Ainsi : mentionner que ce papier collé a été aperçu mercredi dernier, Boulevard Arago, à proximité de l'arrêt de bus Pascal, lorsque l'on remonte vers Denfert Rochereau. Je venais d'envoyer un SMS, alors que j'étais en route,  pour que l'on me confirme que la réunion de travail à laquelle je me rendais avait bien lieu. La réponse fut qu'elle était reportée au vendredi suivant. Je m'apprêtais donc de rebrousser chemin, tout en conversant téléphonique lorsque j'ai aperçu ce dessin, œuvre d'un certain Mr Pee, collé sur un mur. Le trouvant aussi étrange qu'amusant, il m'a semblé qu'il mériterait de figurer sur le prochain monday mural.

vendredi 17 septembre 2021

La Mémoire


Voilà,
" - Mais, demanda tout à coup Dieu en plein cœur du XXIe siècle, que sont devenus ces terriens qui faisaient un tel vacarme dans leur galaxie ? 
On lui expliqua qu'ils faisaient beaucoup moins de bruit parce qu'ils n'étaient plus que deux cents sur leur planète. Dieu s'en étonna et se demanda ce que ces derniers survivants pouvaient bien faire, sachant que l'homme demeurait rarement inactif.
On le lui dit en quelques mots.
 - Ils sont jour et nuit en réunion exceptionnelle au sommet. Pour régler d'urgence les problèmes des déchets radioactifs et ceux de l'épuration des eaux polluées. Il s'agit d'assurer la survie de l'humanité.
Dieu approuva en silence, assez perplexe, puis retourna à ses occupations." 
Jacques Sternberg In  "188 Contes à régler" 

jeudi 16 septembre 2021

Un jour étrange


Voilà, 
exposition Vivian Maier ce matin mais la journée hantée par la disparition de Philippe Adrien, un metteur en scène avec lequel j’ai beaucoup travaillé à une époque. Nombre de souvenirs sont remontés surtout en raison de toutes les publications sur facebook depuis l’annonce de son décès hier. Pourtant, souffrant de la maladie d'Alzheimer cela faisait plusieurs années qu'il s’était en quelque sorte déjà effacé de ce monde. Mais bon j'ai repensé à ce spectacle formidable intitulés "Rêves de Kafka" et à la passionnante aventure collective que cela avait été il y a plus de trente-cinq ans. Et combien elle avait contribué à me transformer. J'en reparlerai peut-être. Ce fut une rencontre déterminante parce qu'elle tombait au bon moment, et pour lui et pour moi. 
Ensuite j’ai traîné au jardin du Luxembourg où j’ai fait quelques photos. J’aime bien les derniers jours de l’été quand on va vers l’automne et qu’il fait encore beau et que les gens profitent du soleil qui va se faire rare. Puis mes pas m'ont porté vers la rue de la Montagne Sainte-Geneviève. J'ai vaguement envisagé d'aller au cinéma, mais j'étais trop fatigué. Je suis rentré chez moi en début d'après-midi. Je me suis aperçu que je ne pouvais plus supporter les conversations à la radio. Mais je ne suis pas certain de supporter encore les conversations de façon générale. J'ai relu des passages de "Chaminadour" de Marcel Jouhandeau. Cela m'a inspiré quelques idées que je n'aboutirai pas, faute de temps et de force. Je voudrais surtout changer d'air, de ciel et de fréquentations. Je ne crois plus en grand chose.

mercredi 15 septembre 2021

Bouillon Chartier


Voilà, 
on peut considérer les restaurants Bouillon Chartier, comme une véritable institution parisienne.  Le plus célèbre d'entre eux, situé au 7 rue du faubourg Montmartre et fondé en 1896 à la place d'une fabrique de cartouches et de douilles par les frère Camille et Frédéric a même été classé monument historique à la fin des années quatre-vingt en raison de la décoration belle Epoque de la salle.
Le restaurant est ouvert 365 jours par an, avec une carte proposant de la cuisine française traditionnelle et à prix bon marché. Des garçons de salle habillés en rondin (un gilet noir près du corps à poches nombreuses), et long tablier blanc assurent le service. Le placement en salle se fait en fonction des places qui se libèrent au gré de l’affluence, si bien que les tables sont partagées entre clients. Et la tradition veut que la note soit rédigée directement sur la nappe en papier. Il existe aussi un "Bouillon Racine" créé au 3, rue Racine en 1906 par Camille Chartier et qui a également conservé son décor originel. 
Celui de la photo se situe au 59 Boulevard du Montparnasse. Sa destinée fut un peu différente. Créé en 1858, il fut ensuite racheté en 1903 par Edouard Chartier. En 1906 on entreprit d'importants travaux pour donner naissance à ce somptueux décor tout en retrouvant les revêtements en céramique de Louis Trézel, un peintre-verrier, céramiste, et concepteur de la décoration des précédents établissements éponymes. ce lieu est lui aussi inscrit aux monuments historiques depuis 1984. Après 1923, l'établissement fut repris par le restaurateur Rougeot jusqu'à l'administration suivante, qui nomma l'endroit "Bistro de la Gare" puis encore une autre qui lui donne le nom de "Montparnasse 1900". L'endroit est redevenu Bouillon Chartier en 2019.

mardi 14 septembre 2021

De première main


Voilà, 
parce qu'il a récemment cherché à me nuire, un sinistre et malfaisant petit crétin, con à bouffer du grillage, encombre ces temps-ci, à distance, mon esprit par ailleurs déjà fort contrarié.
Il vit dans un coin perdu du Cambroustan où sa seule présence pollue un paysage splendide qu'il ne mérite d'ailleurs pas.
Je l'ai connu dans sa jeunesse, qui n'était plus la mienne. Je l'ai perdu de vue, puis recroisé voilà bien des années.
Paresseux, velléitaire et procrastinateur, non content de toucher quelquefois, des chèques de sa vieille mère, afin de combler ses découverts il vivait alors au crochet de la buraliste du coin qu'il accablait pourtant de ses sarcasmes car, selon lui, "elle manquait de culture". Sans même prendre la peine de la dissimuler, il manifestait en outre une jalousie maladive à son égard, trouvant insupportable qu'elle échange des plaisanteries avec les clients. Aux dernières nouvelles ces deux-là sont pourtant toujours ensemble. Certaines personnes aiment se faire humilier et cette minable crapule développe un ascendant sur les gens faibles et dépressifs.
Ces derniers temps, quelques messages laissés sur mon répondeur m'enjoignent de le rappeler. Comme si je n'avais que ça à foutre. Ce spécimen de tête à claques, qui arbore sa stupidité avec une superbe déconcertante, illustre parfaitement l'adage selon lequel "les cons ça ose tout et que c'est même d'ailleurs à ça qu'on les reconnaît". 
C'est le genre de gars qui, au téléphone, passe son temps à ne parler que de lui. Il flatule ses inepties à grands coups de clichés et de poncifs, avec l'assurance de celui se croit intelligent. Même le peu de silence qu'il laisse entre ses phrases suinte de connerie et de prétention. 
Ce pipoteur a son mot à dire sur tout, et de façon générale, il ne vous parle même pas, il vous explique. 
Il relève en outre de cette sous-espèce d'abrutis qui s'approprient ce qui ne leur appartient pas ou qui prétendent détenir, par un parent lointain ou une connaissance haut placée une indiscrétion qu'ils sont trop heureux de divulguer.
Désireux de briller quand au contraire il aurait fort intérêt à se faire oublier, il ne reculera devant aucune bassesse pour tenter de se rendre intéressant et se donner l'illusion d'exister. Dénué du moindre tact, il n'hésitera pas à parler de corde dans la maison d'un pendu, et se haussera du col en assurant connaître le nom de celui qui l'a vendue et la manière dont elle a été fabriquée.
Sa vie demeure si insignifiante, si misérablement terne que de surcroît, il tient absolument à faire étalage d'un savoir dont il est totalement dépourvu mais qu'il imagine détenir au prétexte qu'il en possède quelques rudiments glanés dans la presse ou sur internet. 
Ainsi glosera-t-il sur le commentaire du compte rendu d'un article rapportant la critique d'un livre étranger en faisant croire à son interlocuteur qu'il l'a lu dans sa version originale, peut-être d'ailleurs au point de s'en persuader lui-même. 
Évidemment ce pauvre type, à force de s'imaginer qu'il est quelqu'un, n'est pas même devenu quoi que ce soit. 
Confit de fatuité, marinant dans sa sottise, ce gourdiflot n'a aucunement conscience de ce que la plupart des gens le considèrent au mieux avec une commisération amusée, sinon avec un agacement qui souvent confine au dédain.
Il se trouve aussi que ce fieffé raseur s'obstine à caqueter à droite et à gauche que j'ai autrefois eu une grande influence sur lui et qu'il me doit beaucoup.
Je tiens cela d'une source que je considère fiable, et ça m'a consterné.
J'ai bien évidemment décliné toute responsabilité.
J'apprécierai grandement que ce "m'as-tu-vu" m'oublie totalement, et que, s'il veut continuer à rancir dans sa connerie, il le fasse sans m'y associer d'aucune façon. Bref, qu'il ferme sa petite gueule de mouchard et qu'il s'enfonce la tête dans la cuvette des chiottes voilà ce que je lui recommande. Et s'il se noie au passage, je n'y verrai aucun inconvénient. On peut passer sa vie à décevoir les gens, mais jusqu'à un certain point et un certain point seulement.
Il paraît qu'il me lit de temps à autre.
il tient donc là une information de première main.

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