vendredi 5 juin 2026

Spectateurs



Place de l'hôtel de Ville, Paris Juin 2010
Voilà,
parce que ce blog va au gré des humeurs sans souci d'ordre ou de cohérence, qu'il se joue des temporalités relevant plutôt de la logique du coq-à-l'âne, de l'association libre — quoique il m'arrive souvent de ne pas en dire autant que je le souhaiterais — eh bien pour aujourd'hui ce sera cette photo prise il y a quelques années sur la place de l'hôtel de ville à Paris. Un écran géant y avait été installé pour permettre aux passants de suivre le tournoi de tennis de Roland-Garros qui — du moins si la météo le permet, puisqu'après une brève embellie d'une semaine, il pleut de nouveau et que la température est retombée de cinq degrés — cette année s'achève aujourd'hui. Outre le fait que l'image suggère qu'il puisse aussi faire beau fin mai début juin à Paris (c'est fou ce qu'on oublie vite) ce qui me plaît là — comme sur bien d'autres photos publiées sur ce blog — c'est le rapport qui, dans ce moment fugace, s'établit entre ces spectateurs qui en regardent d'autres en train de voir quelque chose qui nous échappe. De plus, la distorsion d'échelle entre ceux qui sont au loin dans l'écran, que l'image projetée rend plus grands et ceux qui se trouvent au pied de l'écran, spectateurs de ce qu'ils ne sont pas, crée un vague effet d'étrangeté qui me séduit. Cette fraction de seconde dévoile aussi un rapport de classe. Il y a les spectateurs privilégiés souvent des "people" confortablement assis dans les gradins au bord du court et que la retransmission nous montre parfois en plan de coupe quand les joueurs se reposent, et les autres réduits à la condition de badauds, tournés vers l'écran, ceux que l'ancien Premier Ministre Raffarin  — personnage français bien grotesque — appelait "la France d'en-bas", celle en somme du parterre qui autrefois au théâtre levait la tête vers les loges pour y apercevoir les nobles assistant à la représentation. première publication 9/6/2013 à 8:36)

jeudi 4 juin 2026

Qu'il est vieux ce monde


Voilà,
"Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s'anéantit, tout périt, tout passe. Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure. Qu'il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités. De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m'entourent m'annoncent une fin, et me résignent à celle qui m'attend. Qu'est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de celle de ce rocher qui s'affaisse, de ce vallon qui se creuse, de cette forêt qui chancelle, de ces masses suspendues au-dessus de ma tête, et qui s'ébranlent ? Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière ; et je ne veux pas mourir ! et j'envie un faible tissu de fibres et de chair à une loi générale qui s'exécute sur le bronze ! Un torrent entraîne les nations les unes sur les autres, au fond d'un abîme commun ; moi, moi seul, je prétends m'arrêter sur le bord, et fendre le flot qui coule à mes côtés !
Si le lieu d'une ruine est périlleux, je frémis. Si je m'y promets le secret et la sécurité, je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi. C'est là que j'appelle mon ami. C'est là que je regrette mon amie. C'est là que nous jouirons de nous sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux. C'est là que je sonde mon cœur. C'est là que j'interroge le sien, que je m'alarme et me rassure. De ce lien, jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte, au séjour de l'intérêt des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y a loin.
 

 
 Si mon âme est prévenue d'un sentiment tendre, je m'y livrerai sans gêne. Si mon cœur est calme, je goûterai toute la douceur de son repos.
Dans cet asile désert, solitaire et vaste, je n'entends rien, j'ai rompu avec tous les embarras de la vie. Personne ne me presse et ne m'écoute. Je puis me parler tout haut, m'affliger, verser des larmes sans contrainte."
Denis Diderot, Salon de 1767 à propos du tableau d'Hubert Robert "Grande galerie antique".
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mercredi 3 juin 2026

Petite nature

 

Voilà,
Les vieux qui parlent tout seuls dans les cimetières me font peur. 
Les brusques changements de températures m’incommodent.
Les chiens solitaires attachés qui attendent docilement leur maître
m’arrachent des larmes.
Je suis une petite nature
certes
mais les gens qui consacrent leur vie
 à détecter les infimes secousses de l’espace-temps 
n’en continuent pas moins de me fasciner.

mardi 2 juin 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (23)

 
Voilà,
ça me revient : j'ai pris cette photo à la kermesse de la paroisse St Sulpice qui se tient rue Cassette, en général vers la fin du mois de Mai. J'aime y passer tous les ans, en dépit du fait que je sois un affreux mécréant.
 
ça me revient : la photo du "Hirschsprung im Hollental" sur mon livre d'allemand de sixième, le "Chassard & Weill".
 
ça me revient : en 1988, le dramaturge et scénariste Jean-Pol F., qui ordinairement vivait à Marseille était venu loger chez moi, et il avait vraiment tapé l'incruste plus que de mesure ne participant pas beaucoup aux frais parce qu'il était assez pingre de nature. Il ne cessait à l'époque d'écouter le premier disque de Tracy Chapman qui venait de sortir, celui ou se trouve le morceau "talkin' bout revolution".
 
ça me revient : lorsque "les shadoks" sont apparus à la télévision, j'adorais imiter la voix de Claude Piéplu, qui assurait le commentaire. Je me souviens que ces petites vignettes de deux à trois minutes avaient déclenché des réactions complètement disproportionnées. Il y avait les proshadoks et les antishadoks. Certains criaient même au scandale ne comprenant ni ne supportant cet humour absurde.

ça me revient :  ce prof de musique alors que j’étais en troisième qui nous avait fait écouter "Pacific 231" d’Arthur Honneger. De façon générale il voulait nous prouver que le rock que nous aimions, ou la musique pop, n'était pas si novateurs que cela. Il acceptait de diffuser en classe un morceau de notre choix, mais c'était pour aussitôt essayer de nous convaincre qu'il y avait plus de train chez Honneger que dans "big railroad blues" du Dead, plus d'audace chez Pierre Henry que chez Pink Floyd. Il avait certainement raison, mais sa tactique n'était pas très convaincante

Ça me revient : le sous-titre et le slogan du journal "Pilote" à la fin des années soixante et au début des années 70.  "Pilote mâtin quel journal". Mâtin était à l'époque une interjection vieillie déjà sortie du dictionnaire, exprimant en même temps l'étonnement et l'admiration. On le trouve dans "le dictionnaire des 100 mots à sauver" de Bernard Pivot, mais j'étais étonné qu'on ne trouve le slogan de Pilote en guise d'exemple;
 
Ça me revient : avoir été pris d’une violente crise d’angoisse un matin sur ma moto, lors d’un embouteillage rue du faubourg Montmartre parce que j’avais imaginé que la camionnette devant allait exploser

ça me revient : quand j’étais enfant alors que j’habitais à Chalons sur Marne, être allé voir avec mes géniteurs, le château de Godefroy de Bouillon près de Sedan

ça me revient : Proust écrivait dans la Recherche du Temps perdu : "Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables que celles que l’imagination avait formées et la réalité détruites".

ça me revient :  l'époque  où Joe Allen était le seul restaurant américain de Paris, qu'il n'y avait pas encore de Mac Do en France, et que le Harry's bar  était l'un des rares bar de nuit fréquentable avec le "rosebud" où l'on pouvait rencontrer des yankees pur jus

ça me revient  : lorsque j'allais parfois avec des adultes boire un verre à la caravelle dans la baie d'Ispe. Cet endroit me semblait alors paradisiaque ou plus précisément hors du temps.
 
ça me revient : les billets de Robert Escarpit dans le journal "Le Monde", lorsque je commençais à le lire et que Philippe Tiry appréciait particulièrement

Ça me revient : le slogan de publicité "tout à coup un inconnu vous offre des fleurs dans la rue c’est l’effet Impulse"
 
ça me revient : Agnès avait dans sa chambre un corail orange et aussi un tapas tahitien que son père avait acheté juste en face de chez eux, rue de Vaugirard à la mission des îles

ça me revient : avoir visité l’exposition sur les papiers collés de Matisse en étant fort contrarié, parce que juste avant de m'y rendre j'avais après avoir reçu de la part d’une amie un mail avec une pièce jointe qu’elle trouvait intéressante et qui n'était autre qu'une communication de l’ELNET un lobby pro-israélien critiquant la position du gouvernement français par rapport à la guerre déclarée à l'Iran par Israël et les Etats-Unis

ça me revient : un nom, Gérard Engelbach, c’était un ami d’enfance de Dominique, un poète qui écrivait des textes très délicats, que j’ai du croiser une ou deux fois, je m'en souviens comme d'un homme très courtois
 
ça me revient : dans les années soixante-dix un documentaire sur le varan de Komodo  qui s'appelait je crois "L'île des dragons" avait été réalisé par Maurice Ronet, l'acteur du feu-follet de Louis Malle et de nombreux autres films. je cois qu'il avait été diffusé à la télévision et il m'avait fort impressionné. C'est là que j'avais découvert l'existence de ces monstres quasi- préhistoriques

ça me revient : une amie m'avait raconté que lorsqu'elle était petite, ses parents, pour lui faire manger du lapin — idée qui la répugnait — avaient inventé un stratagème : ils lui disaient que c'était du "poulet américain". Bien des années après, elle en voulait encore à ses parents d'avoir ainsi trahi sa confiance

ça me revient, lors d'une pause de notre petit cabaret au théâtre de l'Athénée, elle m'avait suivi dans les rayons de la FNAC Saint Lazare Opera, où les vendeurs étaient de vrais disquaires très compétents, et j'avais acheté ce jour-là "Riverruns" de Toru Takemitsu, ainsi que aussi "Farewell to Philosophy" de Gavin Bryars, et aussi peut-être "the Repentant Thief" de John Taverner. Au retour à un carrefour, devant un passage clouté, elle m'a dit "Quand est-ce que tu m'embrasses ?". Je l'ai donc embrassée. C'était une fille déterminée.

ça me revient : j'ai dîné en Mai 1989 au Hilton de Manille avec Didier Flamand, Patrick Bauchau et Jennifer Beals. Au cours du repas, Bauchau nous avait parlé du cimetière chinois de Manille, nous encourageant à le visiter et aussi du petit livre vert de Khadafi qu'il avait récemment acquis dans une édition en anglais et dont il nous lut ensuite quelques pages dans sa chambre où nousétions allés boire un dernier verre. 
 
ça me revient, mais peut-être l’ai-je déjà évoqué, en 1976, j’ai participé au recensement national en tant qu’enquêteur et j’ai recensé Georges Franju qui habitait une petite piaule assez misérable quai des grands-Augustins. Il était très étonné que je sache qui il était
 
ça me revient les numéros des plaques d'immatriculation des voitures familiales de mon enfance 542HM51 et 711FR40 et aussi celle de l'Algérie dont je ne me souviens que de la fin... elles se terminait par K9E et je pensais toujours à neuf œufs de cane

ça me revient : Lucien Rosengart un musicien qui travaillait avec le metteur en scène Philippe Adrien avait paraît-il produit et enregistré un disque avec Anthony Braxton dans une église en France.
 
ça me revient Donald Campbell avait établi en 1964 un record de vitesse sur un lac salé en Australie, le Lac Eyre avec un véhicule aux formes étranges qui s’appelait le bluebird. Je l'avais lu dans le journal de Tintin
ça me revient quand j’étais enfant la chanson "le petit cheval" de Georges Brassens d'après un poème de Paul Fort me faisait pleurer

ça me revient le duo Fontaine et Areski aujourd’hui qu’Areski est mort. Je crois que sa tombe est prête depuis longtemps au cimetière du Montparnasse.

ça me revient quand je me réveillais chez M-A, j'aimais aller à la boulangerie de la rue Ramey et ramener du pain frais et de la fouace pour le petit déjeuner.  

samedi 30 mai 2026

Edgar Morin et l'inattendu

 
Voilà.
Edgar Morin est mort. 104 ans en ayant gardé toute sa tête, c'est remarquable. Ma vie durant il aura été dans le paysage intellectuel français, et ses points de vue n'auront jamais perdu de leur acuité ni de leur pertinence, (ce qui n'est pas le cas de tout le monde) et il aura su, sans compromission, se tenir tout au long de sa vie avec droiture et une grande rigueur morale. Il constitue, pour moi, la quintessence de ce qu'est le métier de penser. En cela, il est la continuation de Vladimir Jankélévitch qui fut son professeur de philosophie dans sa jeunesse à Toulouse.
Les nécrologies sont prêtes depuis longtemps et facilement accessibles sur le net, pour ceux que cela intéresse. Je reproduis simplement cet article paru il y a quelques années à la veille de ses cent ans.
′′J'ai été surpris par la pandémie mais dans ma vie, j'ai l'habitude de voir arriver l'inattendu. L'arrivée de Hitler a été inattendue pour tout le monde. Le pacte germano-soviétique était inattendu et incroyable. Le début de la guerre d'Algérie a été inattendu. Je n'ai vécu que pour l'inattendu et l'habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise énorme mais qui a toutes les caractéristiques de la crise. C'est-à-dire que d'un côté elle suscite l'imagination créative et de l'autre des peurs et des régressions mentales. Nous recherchons tous le salut providentiel, mais nous ne savons pas comment.
Il faut apprendre que dans l'histoire, l'inattendu se produit et se reproduira. Nous pensions vivre des certitudes, des statistiques, des prévisions, et à l'idée que tout était stable, alors que tout commençait déjà à entrer en crise. On ne s'en est pas rendu compte. Nous devons apprendre à vivre avec l'incertitude, c'est-à-dire avoir le courage d'affronter, d'être prêt à résister aux forces négatives.
La crise nous rend plus fous et plus sages. Une chose et une autre. La plupart des gens perdent la tête et d'autres deviennent plus lucides. La crise favorise les forces les plus contraires. Je souhaite que ce soient les forces créatives, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin qui s'imposent, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre mais ne devons pas nous enfermer dans l'indignation.
Il y a quelque chose que nous oublions : il y a vingt ans, un processus de dégradation a commencé dans le monde. La crise de la démocratie n'est pas seulement en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens. La maîtrise du profit illimité qui contrôle tout est dans tous les pays. Idem la crise écologique. L ' esprit doit faire face aux crises pour les maîtriser et les dépasser. Sinon nous sommes ses victimes.
Nous voyons aujourd'hui s'installer les éléments d'un totalitarisme. Celui-ci n'a plus rien à voir avec celui du siècle dernier. Mais nous avons tous les moyens de surveillance de drones, de téléphones portables, de reconnaissance faciale. Il y a tous les moyens pour surgir un totalitarisme de surveillance. Le problème est d'empêcher ces éléments de se réunir pour créer une société totalitaire et invivable pour nous.
À la veille de mes 100 ans, que puis-je souhaiter ? Je souhaite force, courage et lucidité. Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité."
Source Franceinfo : Interview publiée le 1/01/2021
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vendredi 29 mai 2026

Vieille traction

Voilà,
au lendemain de mon anniversaire je constate mon âge avec la même perplexité que celle qui fut la mienne en mai 2008, place St Germain-des-prés devant cette installation. Moi aussi d'une certaine façon j'ai l'impression d'être sens-dessus-dessous comme cette vieille traction-Avant Citroën. Cela me semble incompréhensible d'en être là. Comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre.

jeudi 28 mai 2026

Komorebi

 
Voilà,
le japonais a le mot Komorebi pour évoquer non seulement le doux chatoiement de la lumière qui filtre à travers les feuilles des arbres, mais encore l’éphémère beauté des motifs ainsi créés. Dans l'esthétique japonaise, ce n'est pas seulement un moment visuel, mais aussi une expérience du temps, de la nature et de la présence, car le komorebi n'est jamais le même deux fois. Il reflète une sensibilité à la l'impermanence et une profonde conscience du temps qui passe. 
Ces derniers jours, cette expérience est altérée par une chaleur parfois suffocante. La canicule inédite qui s'est abattue sur nos régions frappe par son intensité, avec des températures supérieures à 35 °C, par sa précocité, par sa durée (une dizaine de jours) mais aussi par son étendue régionale : il touche toute l’Europe de l’Ouest, dont le Royaume-Uni et l’Irlande. Selon Christophe Cassou, climatologue au CNRS, il s'agit d’un événement sans précédent, dans le millénaire passé, ayant la probabilité d’une chance sur 1 000 de survenir à cette période de l’année, si l'on s'en réfère aux données couvrant la période de 1979-2025. 
Dans un entretien au journal "Le Monde" il constate que le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus précoces. En outre, toutes ont été favorisées ou amplifiées par le carbone accumulé dans l’atmosphère. Désormais, la question n’est plus de savoir si, en France, l’on va dépasser les 50 °C, mais quand cela adviendra.  
Magali Reghezza-Zitt a une formule extrêmement percutante pour illustrer la situation climatique actuelle : "Nous vivons certainement une des années les plus froides du reste de notre vie "
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

mardi 26 mai 2026

Jazz

Voilà, 
Il y a cent ans exactement naissait Miles Davis. Je me souviens de la première fois où j'ai entendu "Kind of Blue", en 1984 ou 1985 lors d'une soirée chez la fille de l'actrice Josephine Derenne, dans un petit appartement du quinzième, non loin des voies ferrées de la gare Montparnasse, vers la porte de Brançion. J'avais été saisi par la beauté de l'album et particulièrement par le morceau "All blues", et dès le lendemain, je me l'étais procuré. Je me rappelle aussi l'avoir vu en concert à Clermont-Ferrand en 1990.


Curieuse coïncidence le saxophoniste Sonny Rollins, a quitté ce monde hier à l’âge de 95 ans, laissant derrière lui une œuvre elle aussi considérable.  Entre 1958 et 1962, traversant une crise d'identité artistique, s'interrogeant sur les raisons de jouer et la façon de le faire, il cessa de se produire en public et d'enregistrer, au lieu de quoi il alla jouer sous le pont de Brooklyn tous les jours pour travailler inlassablement sont instrument et parfaire sa pratique. Le disque suivant qu'il publia s'appelait "The Bridge".
Au paradis des jazzmen ils pourront de nouveau faire le bœuf ensemble.

lundi 25 mai 2026

L'Offrande


Voilà,
un jour la vie t'aura offert ce paysage. Tu auras songé au miracle d'être là, à la chance qui t'a souri un jour. Aux mots qui ne peuvent plus se dire, à ce qui se dévoile et à tout ce qui demeure caché et incompréhensible. Et au bonheur précaire de marcher encore et de rêver.
première publication 9/8/2014 à 11h22

dimanche 24 mai 2026

Le courage des Ukrainiens 🇺🇦

 
Voilà, 
de terribles menaces pèsent sur le peuple ukrainien, ces temps-ci. L'envahisseur russe, incapable de mener à bien ce qui n'était au départ qu'une "opération militaire spéciale", pour asservir son voisin, s'apprête à envoyer des bombes de destruction massive encore plus létales que celles qu'il a utilisées depuis quatre ans. À défaut de pouvoir en piller les ressources, Poutine veut anéantir l'Ukraine dont le peuple continue  — ce que peu de gens avaient imaginé au début de la guerre —de résister avec héroïsme et sans beaucoup d'aide extérieure.
J'ai repensé aujourd'hui à ces trois images que j'avais photographiées sur les murs de l'ambassade d'Ukraine, il y a un peu plus d'un an.
La première réalisée par Romana Romayishin et Andriy Lesiv illustre le fait qu'en raison de l'invasion à grande échelle opérée par les russes, de nombreuses familles ukrainiennes ont été contraintes de fuir et de devenir des réfugiés. Cela constitue un grand défi et une tragédie pour elles. Leur maison restera à jamais dans leur cœur tout comme l'espoir d'un retour à la paix et la possibilité de retourner dans leur patrie.
La seconde image d'Olga Shtonda suggère que dans cette période sombre, ce qui aide le plus les victimes de l'agression, ce sont l'humanité et les bonnes actions. Un tel soutien n'a ni frontières ni barrières linguistique.
la troisième illustration d'Anna Andreeva rappelle le blason de l'Ukraine, symbole de résistance et d'héroïsme des combattants ukrainiens qui luttent pour la liberté et la démocratie.
Le courage des Ukrainiens face à l'impérialisme russe, me rappelle celui du peuple vietnamien dans les années soixante résistant contre les américains.
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samedi 23 mai 2026

Quand mon cerveau découvrait le monde

Voilà,
j'ai la nostalgie de ce temps où mon cerveau découvrait le monde. Quand tout était nouveau, quand chaque lieu, chaque expérience constituait une information enregistrée pour la première fois. Le temps où se fabriquaient les futurs souvenirs. Maintenant je vieillis, il y a de moins en moins de choses neuves dans ma vie. Mon cerveau reconnaît presque tous les schémas du quotidien. Ma manière de percevoir le temps en est modifiée. Tout passe trop vite désormais.
Je fabrique encore des images parfois. Pour continuer de me surprendre. Cela ne va pas toujours de soi. J'essaye, je tente. Je laisse venir. La pensée se déploie autrement. Les idées s'associent selon un principe de non contradiction. C'est plus simple que d'écrire. Agencer les mots exige trop d'effort.
De toute façon et peu importe la raison. Ces derniers temps, il y a un grand désordre dans ma tête. Affolement, incohérence. Incapacité à élaborer un raisonnement.  
Je suis comme un joueur fatigué qui n'a pas la main et abat son jeu. 
Je sais qu'il me faudra bientôt quitter la table mais je ne me sens pas prêt.  
Je m'accroche encore.
Je m'occupe, tant que je le peux. 
il faudrait que je voie des gens, des nouvelles personnes, d'autres paysages.
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vendredi 22 mai 2026

Nouvelles des extraterrestres


Voilà
"extraterrestrials have scientifically created mankind"
est-il inscrit sur le panneau de ces étranges hommes-sandwiches.
À eux trois, ils constituent, s'il en est encore besoin, une preuve évidente
 que les extra-terrestres doivent vraiment être très cons
première publication 6/9/2018 à 7:00

mardi 19 mai 2026

Les souvenirs et la couleur

Voilà,
j'ai de nouveau envie d'images granuleuses et saturées comme celle-ci réalisée en 2011 lors d'un séjour à l'île de Ré. Je m'en fous du bon goût, de ce qui se fait ou ne se fait pas. C'est une photo prise et développée par un dyschromate qui cherchait juste à se faire plaisir et qui me plaît encore.
Il ne me reste que les souvenirs et la couleur que j'étais alors en mesure de leur donner.
Donc, je me promenais en vélo avec ma fille. 
Un instant je me suis arrêté au bord de ce marais-salant. Je crois que j'aime bien les marais-salants. Et les îles aussi.
La lumière était belle et j'ai voulu retenir ça. Ce paysage que nous avions en partage. 

lundi 18 mai 2026

Le grand Café

Voilà,
chaque fois que je passais devant le grand café Baretta,  – sa terrasse à l’ombre du micocoulier de la place St Didier est l’une des plus prisées d’Avignon – me revenait en mémoire cette chanson de Charles Trénet dont j'avais appris par cœur les paroles afin de la chanter le soir à ma fille, quand elle était petite. 
 
Au Grand Café, vous êtes entré par hasard
Tout ébloui par les lumières du boul’vard
Bien installé devant la grande table
Vous avez bu, quelle soif indomptable
De beaux visages fardés vous disaient bonsoir
Et la caissière se levait pour mieux vous voir
Vous étiez beau vous étiez bien coiffé
Vous avez fait beaucoup d’effet
Beaucoup d’effet au Grand Café

Comme on croyait que vous étiez voyageur
Vous avez dit des histoires d’un ton blagueur
Bien installé devant la grande table
On écoutait cet homme intarissable
Tous les garçons jonglaient avec Paris-Soir
Et la caissière pleurait au fond d’son tiroir
Elle vous aimait, elle les aurait griffés
Tous ces gueulards, ces assoiffés
Ces assoiffés du Grand Café

Par terre on avait mis d’la sciure de bois
Pour qu’les cracheurs crachassent comme il se doit
Bien installé devant la grande table
Vous invitiez des Ducs, des Connétables
Quand il fallut payer l'addition
Vous avez déclaré: " Moi, j’ai pas un rond "
Cette phrase-là produit un gros effet
On confisqua tous vos effets
Vous étiez fait au Grand Café

Depuis ce jour, depuis bientôt soixante ans
C’est vous l’chasseur, c’est vous l’commis de restaurant
Vous essuyez toujours la grande table
C’est pour payer cette soirée lamentable
Ah, vous eussiez mieux fait de rester ailleurs
Que d’entrer dans ce café plein d’manilleurs
Vous étiez beau, le temps vous a défait
Les mites commencent à vous bouffer
Au Grand Café, au Grand Café. 

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samedi 16 mai 2026

En passant par la rue Crémieux

 
Voilà,
située dans le 12ᵉ arrondissement, à proximité de la gare de Lyon, la Rue Crémieux est considérée comme l’une des rues les plus pittoresques et insolites de Paris. Longue d’environ 144 mètres et totalement pavée elle contraste totalement avec l’architecture haussmannienne classique de la capitale. Ses façades colorées, ses volets pastel et son ambiance de “village” en font aujourd’hui un lieu très apprécié des photographes et des visiteurs. Entièrement piétonne depuis 1993 elle est bordée de petites maisons mitoyennes de deux étages aux couleurs vives : rose, bleu ciel, vert d’eau, jaune pâle ou lavande. Certaines façades sont décorées de fresques ou de trompe-l’œil, ce qui renforce son charme atypique. L’atmosphère y demeure calme et résidentielle malgré sa grande popularité touristique. 
Créée en 1865 par le promoteur et homme d’affaires Moïse Polydore Millaud, elle portait initialement le nom d’Avenue Millaud. Construite sur le modèle des cités ouvrières du dix-neuvième siècle elle  proposait des logements modestes mais confortables. Les 35 pavillons construits avaient tous une architecture similaire et comprenaient plusieurs pièces réparties sur trois niveaux. En 1897, l’avenue devint rue Crémieux en hommage à l'avocat et homme politique français célèbre notamment par le décret de 1870 portant son nom qui accorda la nationalité française aux Juifs d’Algérie. La rue a également été marquée par la grande crue de la Seine de 1910. Visible au numéro 8 une plaque rappelle que l’eau est montée jusqu’à 1,75 mètre à cet endroit. Depuis les années 2010, extrêmement populaire grâce à Instagram et aux réseaux sociaux, cette ancienne rue discrète est devenue l’un des lieux photographiques les plus connus de Paris. 
J'y suis passé par hasard, en me rendant à pied de la place de la Bastille à la Cinémathèque et par chance il n'y avait pas grand monde. J'en ai profité pour photographier cette entrée avec ses oiseaux peints et aussi ces fausses fenêtres.
 
 
Cela contraste avec la toile monumentale — et malheureusement avec son gigantesque et très laid panneau publicitaire — qui recouvre la façade de la gare de Lyon.
 
 
 
Sur le parvis, en hommage aux chinois qui furent déportés de leur pays — pour la plupart de la province du Shandong — entre Août 1916 et Février 1918 pour contribuer à l'effort de guerre au côté des armées françaises et britanniques, se dresse une statue représentant l'un d'entre eux.  40 000 furent placé sous l'autorité française à l'arrière du front ou dans des usines. 3000 choisirent de rester en France et constituèrent la première communauté chinoise qui s'installa non loin de la gare, rue de Chalon. Le père de l'ami Roger Wen aujourd'hui disparu, fit partie de cette première vague d'immigration.

vendredi 15 mai 2026

En attendant



Skater sur l'esplanade du palais de Tokyo
Voilà,
selon St Augustin il n'y a pas trois temps qui seraient le passé, le présent et l'avenir. Il y a le présent du passé qui est la mémoire, le présent du présent qui est la perception, et le présent de l'avenir qui serait l'attente. Donc hier en début de soirée, il fallait, pour donner un sens au présent du présent occuper le présent de l'avenir. car mon ami Pascal qui m'avait filé rendez-vous au pied du palais de Tokyo, (un des endroits les plus nazes de Paris ou les skaters viennent faire leurs gammes) était, comme souvent, en retard. Il fallait bien s'occuper, compenser la sensation de perte de temps. J'ai donc pris quelques photos. Quelqu'un a dit qu'on photographie toujours plus ou moins au futur antérieur ou au passé antérieur — je ne sais plus et puis d'ailleurs je m'en fous —. Quoi qu'il en soit, mon présent du passé est comme une vieille passoire et j'ai de la fuite dans les idées. Évidemment je regrette maintenant de ne pas en avoir fait d'autres lors du très sympathique dîner avec nos filles respectives dans l'arrière cour du conservatoire Rachmaninoff où la cantine russe a disposé quelques tables pour les beaux jours.  première publication 7/8/2013 à 12:38

mercredi 13 mai 2026

Noctambule

 
 
Voilà 
des promeneurs déambulent de part et d’autre des larges avenues dépourvues de trottoirs mais bordées par des pelouses. Nombre d'entre eux portent des masques de babouins. Je n'ose demander mon chemin. Pénétrant dans un tunnel supposé me permettre d’accéder au métro, je débouche dans une cour d’immeuble où des enfants jouent au foot pendant que d’autres incendient des poubelles. 
Plus tard, longtemps j'erre seul dans la nuit noire et les rues de Morlante. 
 
 
Je finis par accéder au centre ville. Ses néons multicolores bien que fort énigmatiques me rassurent néanmoins. Je pénètre dans une boutique illuminée où derrière des façades constituées d’aquariums de jeunes employées plutôt avenantes invitent les passants en à franchir le seuil. Leurs paroles sont inaudibles, mais leurs gestes sans équivoque. Dans ce quartier, les babouins semblent mieux s'orienter que les hommes.

mardi 12 mai 2026

À votre place



Voilà,
"dites-moi, cela ne vous est il jamais arrivé ? Vous êtes couché dans la nuit, vous fixez le plafond dans le noir, paralysé de terreur et de douleur et soudain, quelque part à l'étage un enfant pleure, et pleure à votre place. Ne vous est il jamais arrivé qu'au théâtre, des hommes meurent, se battent et chantent à votre place ? Ne vous est il jamais arrivé de voir à l'horizon un oiseau qui vole à votre place, les ailes déployées, tranquille, heureux, disparaissant au loin pour ne jamais revenir ? N'avez vous jamais trouvé une route dont les pavés peuvent supporter précisément autant de pas qu'il vous en faut pour vous libérer de la douleur ?" (Milena Jesenskà) première publication 18/9/2015 à 00:12

dimanche 10 mai 2026

Rue des Périchaux


 
Voilà 
dans le 15ᵉ arrondissement de Paris, rue des Périchaux à proximité de la Petite Ceinture et derrière le parc Georges Brassens, où je suis venu me promener hier avec fille — et c'est à chaque fois un grand bonheur que ces moments passés ensemble —, se trouve cette fresque monumentale réalisée par Da Cruz. Elle constitue l’une des œuvres de street art les plus marquantes de l'arrondissement. 
Commandée dans le cadre du projet participatif Les œuvres d’art investissent la rue, le projet fut voté lors de l’édition 2014 du Budget participatif du quartier. Il a également impliqué les habitants de la résidence auxquels deux esquisses ont été présentées. leur choix s'est porté vers la version la plus vive et la plus colorée.
Haute d’environ 50 mètres, la fresque couvre la tranche d'un d’immeuble regroupant des appartements à bon marché gérés par la mairie de Paris. Sa réalisation a nécessité près d’un mois de travail, dont plusieurs semaines de préparation sur chantier. Pour atteindre les parties les plus élevées, l’artiste a travaillé depuis une nacelle culminant à une dizaine de mètres au-dessus du niveau de la rue. Da Cruz était accompagné des graffeurs Michel et Sitou, ainsi que de membres de l’association Art Azoï, en collaboration avec le centre culturel La Place.
L’œuvre s’inspire directement des masques précolombiens découverts par l’artiste lors de voyages en Amérique du Sud, notamment à Nazca. Ces figures totémiques, devenues emblématiques de son univers visuel, mêlent influences sud-américaines, africaines et moyen-orientales dans une composition extrêmement colorée. Achevée le 17 mai 2018, la fresque a été largement saluée dans le quartier comme un symbole de réappropriation esthétique de l’espace urbain.
Je me suis demandé d'où venait le nom "périchaux".  La rue doit son nom au lieu-dit "clos des Périchaux" où il y avait autrefois des vignobles et un champ d’horticulture "Périchaux" est la déformation du mot "périchot," cépage noir cultivé en ce lieu. 
Je publierai prochainement un article plus ample sur le Parc Georges Brassens, car je viens de m'apercevoir que je ne l'ai évoqué que de façon périphérique ici ou bien 
Sinon, je me suis aperçu que je savais exactement ce que je faisais le 10 Mai, il y a quarante cinq ans. C'était aussi un dimanche, et ce fut le jour de l'élection du premier président de gauche  de la cinquième République. J'ai déjà évoqué ce jour dans un précédent post. C'était un grand changement dont je me réjouissait fort. Son slogan de campagne était "La force tranquille" et le slogan du parti Socialiste "Changer la vie".

vendredi 8 mai 2026

Accordéoniste et oiseau


Voilà,
les accordéonistes sur des ponts parisiens, je m'aperçois que j'en ai photographié une flopée dans ma vie. En général au Pont Saint Louis ou sur le pont des arts immortalisé par Georges Brassens. Mais jamais en même temps que des mouettes première publication 25/4/2019 à 20:30
 

jeudi 7 mai 2026

Un Saint Patron inattendu


Voilà,
"Gangon ou Gengoul supporta avec une grande patience et une grande fidélité son épouse infidèle, non sans lui avoir adressé de salutaires avertissements. Il préféra quitter la cour du duc de Bourgogne et se retirer dans ses terres. Elle le fit assassiner par son amant alors qu'il dormait dans son château près d'Avallon. Plusieurs localités rappellent la mémoire de celui qui est le patron des mal-mariés. De temps immémorial on vénère à Gruson dans le Nord, Saint Gangon pour la guérison des maux de jambes ou, nous dit l’Hagiographie 'pour le rétablissement de la paix dans les ménages qui, comme le sien, sont troublés et désunis!" ai-je lu alors que je me demandais qui pouvait être ce Saint-Gengoux ayant donné son nom à un charmant bourg de Saône-et-Loire où je me trouvais hier en fin d'après-midi sous un ciel qui ressemblait vraiment à un ciel de printemps première publication 5/5/2016 à 6:59
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mercredi 6 mai 2026

Pas trop tard



Voilà
je continue malgré tout je vais mon chemin 

je m’approche du bout je suis bien moins gaillard

qu’autrefois un peu bancal et ne vois plus bien

pour le yoga me dit-on ce n’est pas trop tard

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lundi 4 mai 2026

Assomption du tardigrade


 
Voilà,
certains de mes occasionnels lecteurs trouvent excessive ma sensibilité aux aléas de ce monde. Ils considèrent que je remâche trop de pensées sombres. D'ailleurs, quand l’occasion se présente ils ne rechignent pas à ironiser comme ce fut le cas il y a une quelques semaines. Sans doute ont ils raison de se gausser sinon de mes inquiétudes, du moins de mon obstination à les ressasser. Rien ne sert de "vitupérer l'Époque", puisque malgré tout, de nos jours, il existe bien des motifs de se réjouir. L’existence des tardigrades par exemple, en est un. 
Ils sont exceptionnels — on le sait déjà en long et en large — : quasiment invincibles, même dans des conditions extrêmes. Les radiations dans l’espace ? Peu leur chaut ! les tardigrades survivent. Et même à des doses plusieurs milliers de fois supérieures à ce que les autres êtres vivants, (dont les humains) peuvent endurer. Ils disposent en effet d’une sorte de bouclier chimique très utile, qui intéresse les scientifiques. Une nouvelle étude parue le 26 février 2025 montre comment ces recherches pourraient conduire à l'amélioration des thérapies contre le cancer.
Les radiothérapies — notamment utilisées pour des tumeurs au niveau de la tête, du cou, de la poitrine —  nécessitent l’usage de radiations pour détruire les cellules cancéreuses. Sauf que ces denières ne détruisent pas seulement les cellules cancéreuses, elles génèrent aussi des effets secondaires très importants et dangereux. "Cela affecte un très grand nombre de patients et peut se manifester par quelque chose d’aussi simple que des plaies buccales, qui peuvent limiter la capacité d’une personne à manger en raison de la douleur et des saignements qui s’ensuivent", explique James Byrne, l’un des chercheurs en oncologie ayant participé à cette étude. « Cela peut être très dangereux, et c’est quelque chose que nous souhaitons vraiment résoudre." Ces effets graves peuvent pousser certains patients à interrompre temporairement et parfois même définitivement ces traitements. S'il existe quelques solutions, très imparfaites, telles que des médicaments ou des gels, la recherche médicale reste en quête de nouvelles solutions pour protéger les patients et les patientes, afin de limiter le plus possible les dommages.
Des chercheurs se sont donc concentrés sur la protéine Dsup, celle qui, chez les tardigrades, participe activement à la suppression des dommages liés aux radiations. Ils ont eu l'idée  de délivrer une dose d’ARN messager, comportant le code génétique de la protéine Dsup, dans les tissus des patients, en amont de la radiothérapie. Grâce à l’ARN messager et ses particularités, les cellules pourraient alors apprendre à exprimer d’elles-mêmes la protéine Dsup au bon moment afin de protéger l’ADN pendant la thérapie. L’un des points forts de notre approche est que nous utilisons un ARN messager, qui ne fait qu’exprimer temporairement la protéine, ce qui s'avère beaucoup plus sûr que quelque chose comme l’ADN, qui peut être incorporé dans le génome des cellules", expliquent les auteurs. En clair : comme l’ARN messager est temporaire, il ne modifie pas l’ADN, ce qui permet de protéger l’ADN des radiations sans l’altérer. 
Les tests effectués chez des souris ont été concluants. On a pu observer une réduction de 50 % du nombre total de "cassures" génétiques causées par des doses de radiation similaires à celles reçues par les patients en radiothérapie. Autre réussite déterminante : la précision de l’ARN messager porte aussi ses fruits, puisque la protéine Dsup ne semble pas étendre sa protection au-delà du site d’injection. Il est donc possible de contourner le site de la tumeur afin que celle-ci puisse être détruite, comme prévu, par les radiations. On détruit le cancer  tout en protègeant le reste du corps, en somme. La prochaine étape de ces recherches consistera à étudier la réaction du système immunitaire face à l’injection de cette protéine par ARN messager. Pouvoir mobiliser cette solution à l’échelle humaine reste encore un défi. Certes, je n’en profiterai pas, mais, ce sont là des résultats plus qu’encourageants pour les générations futures.
Illustration : L'Assomption du tardigrade d'après Le Titien

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