mardi 1 septembre 2026

L’Été 2026

 
Voilà,
La rentrée officielle commence. Et même s’il reste trois semaines avant l’automne, et que l’été n'est pas fini, c'est toutefois la fin de la trêve estivale. Les programmes des radios des chaînes de télévision retrouvent leurs animateurs vedettes et leurs créneaux horaires réguliers ; les écoliers, collégiens et lycéens s'apprêtent à regagner le chemin des classes. La saison théâtrale va recommencer, le cours habituel des choses reprend. Le train-train de la vie quotidienne quoi. C'est à dire que l'on s'efforce de faire comme si le monde n'allait pas de mal en pis. On continue de se voiler la face. Sept des neuf limites planétaires ont été franchies, — soit trois de plus qu' il y a quatre ans — ; on doit se dire en hauts lieux que ce n'est pas si terrible puisqu'il en reste encore deux

Cet été aura commencé en France par une vague de chaleur d’une précocité sans précédent qui m’aura fait comprendre que je suis devenu un vieux corps bien fragile en de telles circonstances 

cet été les commémorations du 250eme anniversaire de l’indépendance des États-Unis auront surtout mis en valeur s’il en est besoin, le grotesque du Président de cette nation en plein effondrement

cet été je n’aurai pas joué à Avignon et ne m'en serai pas porté plus mal

Cet été fin juin, près de 6500 personnes auront trouvé la mort dans un tremblement de terre au Vénézuéla et cela n’aura fait les grands titres que quelques jours 

Cet été j’aurais grâce à la coupe du monde de football découvert le drapeau des Îles du Cap-Vert
 
Cet été j'aurais — entre autres— lu "Tous Immortels " l'excellent livre de Paul Pavlowitch, le neveu de Romain Gary, qui dut endosser l'identité de Emile Ajar, l'écrivain imaginaire que Gary s'inventa pour écrire tout autrement sans être exposé à la vindicte des critiques qui ne l'aimaient pas. Le livre retrace la complexité de leur rapport et décrit Romain Gary sous l'angle familial. C'est très intéressant et émouvant. J'aurais aussi lu un recueil de poèmes de Raoul Ruiz, un livre de Pascal Quignard "il n'y a pas de place pour la mort" une monographie très conséquente du peintre Erro, relu "le mal qui vient" de Pierre Henri Castel
 
Cet été durant la première semaine d'Août trois anciennes partenaires de jeu seront passées de vie à trépas et cela m'aura bien déprimé

Cet été au parlement français une loi contraire au droit européen visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions aura été adoptée. Un amendement gouvernemental instaurant une présomption de légalité des tirs ayant déjà été adopté en première lecture le 22 janvier 2026, cela revient à légitimer un régime policier en France et à soustraire la police à toute enquête. Cela en dit long sur le fascisme rampant dans ce pays.

Cet été La France aura été sèche et brûlée. Après avoir déjà dépassé 2003 avec la journée la plus chaude jamais observée en France, l’année 2026 aura dépassé désormais les sécheresses de 1976 et 2022. L’indice d’humidité des sols aura atteint son niveau le plus bas jamais mesuré pour un 9 juillet. Et la situation n’aura pas cessé de se dégrader. Vue du ciel, la France apparaît encore aujourd'hui littéralement brûlée : prairies desséchées, défoliation des forêts, cultures d’été en grande souffrance (maïs, soja, tournesol), et moissons d’hiver précoces contribuent à cette couleur. Comme si cela ne suffisait pas, le record national de la nuit la plus chaude jamais observée a été battu avec 30.6°C à Céret dans les Pyrénées Orientales au plus "frais" de la matinée.

Cet été les frappes nocturnes ordonnées par le dictateur russe Poutine visant les populations civiles de Kiev auront été chaque nuit plus intenses et meurtrières, et quotidiennement les ukrainiens auront répondu par de massives attaques de drones sur des objectifs stratégiques russes
 
Cet été l'agence américaine d'observation océanique et atmosphérique a constaté que le phénomène climatique El Niño devrait très probablement "se classer parmi les plus importants jamais enregistrés lors de son pic prévu entre octobre et décembre. On estime désormais à 81 % les probabilité que cet épisode d’El Niño soit très fort, ce qui en ferait l’un des plus intenses enregistrés depuis le début des mesures en 1950.
 
Cet été, Donald Trump aura sans ciller, offert une nouvelle fois au monde une leçon de géographie improvisée, aussi grotesque que révélatrice de son état mental. Lui qui tient entre ses mains le feu nucléaire aura évoqué une attaque de "111 missiles tirés par la République islamique du Japon". Dans la même conférence de presse, il se sera aussi adressé à Zelenski en l'appelant Poutine

Cet été l'Espagne aura connu son pire incendie depuis quarante ans 
 
Cet été aux États-Unis, en Espagne on aura enregistré le mois de juillet le plus chaud depuis que les relevés existent. De même que selon le site Copernicus, les océans auront franchi un nouveau record de chaleur
 
Cet été, en République démocratique du Congo, le virus Ebola se sera propagé à une vitesse alarmante. Trois mois auront suffit pour que le nombre de morts atteigne le bilan de l'épidémie de 2018 qui avait duré vingt-deux mois

Cet été la Chine aura pour la première fois fait revenir et atterrir un lanceur de fusée sur une plateforme en pleine mer afin de le réutiliser par la suite

Cet été une guerre piteusement conclue quelques semaines auparavant aura recommencé pour le contrôle du détroit d’Ormuz sans succès d'ailleurs
 
Cet été, la banque mondiale aura abandonné un objectif crucial pour le financement climatique suite à une pression intense des Etats-Unis. Les pays actionnaires européens, aux côtés de nombreux pays en développement, avaient plaidé pour le maintien de l'objectif et le sauvetage du plan d'action pour le climat, tandis que les États-Unis – qui détiennent un droit de veto actif est le plus grand vote de contrôle à la banque mondiale – ont insisté pour qu'il disparaisse
 
Cet été, Le lac Powell, deuxième plus grand réservoir des États-Unis situé en Arizona et dans l’Utah, approche des niveaux d’eau critiques, comme le montrent les dernières données.Sa gestion peut devenir « très compliquée » dès que le niveau descend en dessous de 3 500 pieds et que le volume d’eau utile passe sous la barre des 4,3 millions d’acre-pieds, selon Jack Schmidt, directeur du Centre d’études sur le fleuve Colorado à l’université d’État de l’Utah. À ce stade, le Bureau of Reclamation serait "gravement préoccupé", a-t-il ajouté. Le réservoir pourrait atteindre un "niveau de mort" lorsque son niveau d’eau descendra à 3 370 pieds ; à ce stade, l’eau ne pourra plus s’écouler par gravité au-delà du barrage de Glen Canyon. Dans un "dead pool", environ 240 pieds d’eau seraient piégés au fond du canyon, incapables d’alimenter les millions de personnes qui en dépendent en Arizona, en Californie et au Nevada, a rapporté le Lake Powell Chronicle.

Cet été au Japon on a introduit une nouvelle terminologie pour qualifier les canicules exceptionnelles. On parle désormais de températures "cruellement chaudes". Une expression qui aurait semblé exagérée il y a encore quelques années, mais qui correspond de plus en plus à la réalité vécue par les habitants. Ceux qui souffrent le plus sont, sans surprise, les personnes âgées aux revenus insuffisants pour acquérir la climatisation.
 
cet été, depuis la canicule européenne on aura appris que le Chili faisait, durant son hiver, face à l'une des tempêtes les plus intenses de ces trois dernières décennies, et que de fortes pluies des inondations et des vents extrêmes avaient causé de graves dégâts aux habitations et aux infrastructures 
 
Cet été on aura autorisé à Paris la baignade au canal St Martin  dès le courant du mois de Juin

Cet été l'équipe d'Espagne de football aura gagné sa deuxième coupe du monde avec brio

Cet été, en France, François-Noël Buffet, figure liberticide de la droite réactionnaire, aura été nommé par Macron au poste de défenseur de droits et des libertés 
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Cet été, la loi écocide d'urgence agricole, portée par une ministre, pantin de la FNSEA, qui ment et se comporte d'une manière vulgaire et déplacée lors des débats de l'assemblée, loi servant juste à favoriser l'agro-industrie votée par l'assemblée nationale en pleine canicule alors que les fleuves et les rivières sont à sec, que les forêts brûlent et que des milliers d'animaux crèvent dans les fermes usines — une loi donc, conçue pour maintenir des modèles qui deviennent intenables et même les amplifier,  et qui favorise l'agro-industrie tout en étranglant les petites exploitations agricoles...

Cet été j'aurais pour la prmière fois prêté attention à la chanson "les amis d'autrefois" d'Anne Sylvestre, et je me serai aussi souvenu des étés de mon enfance et des vacances impatiemment attendues comme une promesse d'éternité

cet été en France une repris de justice a annoncé qu'elle se présenterait à la présidentielle, alors que son comportement "interroge sur sa capacité à exercer un mandat électif et à en respecter tous les devoirs, le premier étant celui du respect de la loi" selon les attendus du jugements.
 
cet été de considérables inondations seront survenues à Surat, ville indienne peuplée de cinq millions d'habitants, dite la capitale du diamant puisque 90% des diamants du monde y sont taillés 

cet été j'aurai passé beaucoup de temps — sans doute à cause du confinement lié à la canicule — à regarder les événements sportifs à la télévision, la coupe du monde de football, les championnat des nations de Rugby, un peu le tour de France, des championnats d'Europe d'Athlétisme, de natation, la tournée des All Blacks en Afrique du sud

Cet été le le jour du dépassement de la terre qui signifie que l'humanité a consommé à ce jour plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la terre n'est en capacité d'en produire ou d'en absorber au cours d'une année sera passé inaperçu à cause des canicules des incendies de la sécheresse et de l'étiage très bas des grands fleuves européens.

cet été sur France Musique, une série d'émissions aura été consacrée à Martha Argerich,  une autre sur la musique brésilienne et une autre sur France Culture à François d'Assise ce qui dans le contexte ambiant aura apporté un peu de baume au cœur. 
 
Cet été près de 600 000 hectares seront partis en fumée en Europe ce qui représente la taille moyenne d'un département en France et 160 millions dans le monde, ce qui représente trois fois la taille de l'Espagne; 

Cet été l’armée américaine aura cessé des manœuvres conjointes avec la Corée du Sud

cet été de nombreuses personnes du milieu du théâtre plus ou moins proches auront quitté ce monde, Elisabeth Mortensen, Doncheva, Stephane Ricordel, Dominique Frot, Bérengère Bonvoisin ou des personnalités importantes pour ma génération (Raoul Vaneigem auteur du "traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations")

Cet été des centaines de jeunes marocains bernés par une rumeur selon laquelle l’Espagne ouvrait ses frontières pour une journée seront morts au large des côtes de Ceuta une enclave espagnole en Afrique du Nord. Ils espéraient ainsi pouvoir rejoindre ensuite l'Europe
 
Cet été comme l'été dernier plusieurs réacteurs de la centrale de Gravelines au nord de la France auront été mis à l'arrêt en raison de présence de méduses bloquant les tambours filtrants des stations de pompage d’eau de mer servant au refroidissement.

Cet été il y aura une éclipse solaire partielle à Paris

Cet été le ministre de la sécurité nationale israélien Ben G’vir aura dit qu’il fallait éliminer entre 30 ou 40 palestiniens chaque nuit à Gaza en précisant qu'il ne faut pas uniquement viser les personnes représentant un danger."
 
Cet été Poutine aura mené de plus en plus d’actions menaçantes en direction de l’Europe et proférées des menaces dont on dit qu’elles sont assez fondées 

Cet été l'administration des USA aura tenté d’imposer d’ignobles conditions commerciales au Canada, ainsi que la suppression de subventions du Canada à la culture française, à la présence de medias francophones en ligne et aura refusé de se soumettre à l'exigence du Canada d'étiquettes bilingues sur les produits vendus dans le pays, manifestant ainsi une volonté hégémonique à laquelle les canadiens refusent de se soumettre. Et c'est ainsi ue les Étas-Unis se seront fâchés avec leur meilleur allié

Cet été à la Ferme aux crocodiles, de Pierrelatte, dans la Drôme, dix bébés crocodiles du Nil auront éclôt sans aucune assistance humaine. Pour la première fois, leur incubation s’est intégralement passée dans des conditions naturelles en raison de la longue canicule sur la région qui a créé les conditions idéales permettant à cette espèce subtropicale de se reproduire naturellement dans un sable conservant la chaleur du jour.

Cet été une crue phénoménale probablement liée à l'effondrement d'un glacier au dessus d’un lac de montagne auront ravagé l’amont de la vallée de la rivière Trishuli à la frontière du Népal et du Tibet faisant au moins 903 morts et 4 247 disparus, de part et d’autre de la frontière, à l’heure où sont rédigées ces lignes. Avec le réchauffement climatique ces tsunami d’altitude seront de plus en plus fréquents
 
Je repense à ce que j'avais écrit au début de cette année. Les faits semblent confirmer ce qui était plus que prévisible. Cet été aura juste été juste un peu plus inquiétant que le précédent Pas de surprise donc — nos étés sont pourris depuis un moment —, mais une évidente sidération. Comme au jour de l'éclipse. Et puis une actualité chassant l'autre tout sera oublié.

lundi 31 août 2026

L'Innocence

 
 
Voilà,
c'est étrange tout de même, un peu de vent, une pluie froide et le corps oublie les journées caniculaires où il fallait prendre une douche fraîche toutes les deux heures, où l'on vivait à moitié nu, volets clos jamais loin du ventilateur à la recherche d'un courant d'air. On oublie ces heures chaudes et pesantes quand il était impossible de faire quoi que ce fut tant la fatigue engourdissait, et que même la perspective de s'endormir devenait angoissante parce qu'on redoutait que le cœur fatigué cessât de battre durant le sommeil. 
Sans doute dans les semaines à venir le chaos climatique prendra-t-il d’autres formes comme ces violentes et brèves tornades qui ces derniers jours ont saccagé en quelques minutes des bourgs en divers endroits de France. On aura droit à quelques inondations à des glissements de terrains, on parlera d'épisode méditerranéen, les chaînes d’infos en continu en feront un temps leurs choux gras avec leurs experts patentés, leurs journalistes sur le terrain posant comme à l’accoutumée des questions stupides et puis on passera à autre chose. 
Elle risque d’être bien pénible, sous ces latitudes, l’année qui vient. Des conneries, il va s’en dire beaucoup, à l'approche des élections. C'est dans huit mois, mais, déjà sur les réseaux sociaux, ça a bien commencé. Et c'est souvent très nauséabond. De tous bords c’est déjà un florilège. Il va falloir tenter d’être zen. C’est pas gagné. 
Une chose est certaine, il sera — et je ne suis pour cela guère équipé — encore plus difficile d’avancer optimiste et léger. D’ailleurs pour nous mettre dans de bonnes dispositions, sur France-culture la première semaine de l'émission intitulée "Avec philosophie", est consacrée à la fin du monde. Voilà pour l’ambiance. 
J’essaierai de songer plutôt à cette merveilleuse apparition, qui m’a récemment été offerte, dans le quartier indien de Paris, lors des fêtes de Ganesh. L’impassible et pure beauté de ce jeune visage qui semble touché par une grâce indéfinissable, son insondable mystère son innocence m’ont bouleversé. Puisse un temps son souvenir constituer un rempart contre la laideur du monde et les effrois dont notre époque est si prodigue.
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vendredi 28 août 2026

Où je n'étais encore jamais venu





Vue sur la Salpêtrière depuis la terrasse de la Cité de la mode et du design

Voilà,
il y a eu ça aussi hier, cette longue flânerie et la découverte de nouveaux lieux, d'architectures récentes et de perspectives qui ne m'étaient encore jamais apparues dans le paysage parisien. Le hasard m'a conduit sur le toit-terrasse végétalisé de la cité de la mode et du design ouvert en avril 2012 et qui est un des endroits branchés de Paris, avec un bar lounge et un club ouvert toute la nuit. Il faisait soleil et j'ai vu ce couple allongé face au dôme de la chapelle de l'hôpital de la Salpêtrière. Sans doute ai-je alors pris cette photo en songeant à S. qui m'a récemment rapporté bien des anecdotes relatives à l'histoire de cet endroit où depuis le milieu du XVIIème siècles furent incarcérés les mendiants les folles les enfants épileptiques et les femmes que l'on considérait comme démentes juste parce qu'on voulait s'en débarrasser. A la fin du XIXème siècle Charcot y pratiquait des séances publiques d'hypnose sur des patientes hystériques. C'est aussi à la Salpêtrière que tous les ans à la mi-carême se donnait le fameux bal des folles qui attirait le Tout-Paris de la Belle-Époque. première publication 1/11/2013 à 1:28

mercredi 26 août 2026

Azzurro...


Voilà
entre mer et azur dériver paisible et indolent sur un matelas pneumatique se laisser légèrement secouer et bercer par le doux clapotis des vagues goûter la saveur d'une parcelle d'éternité dans la splendeur de l'été méditerranéen ne plus penser à rien oublier le monde s'oublier soi-même ... première publication 6/8/2014 à 20:28

mardi 25 août 2026

Jardins en pots


Voilà
ce jardin en pots photographié en juillet 2011 sur l'île de Ré (c'était à La Flotte, je crois) me rappelle celui d'une grand-tante qui vivait près de Niort et qui m'émerveillait enfant. Je ne sais si c'est de là que me vient cette attirance pour ces fouillis savamment organisés, mais ils m'émeuvent toujours autant. Je prête à ceux qui les ont arrangés une patience, une quiétude et une confiance dans le temps qui passe, que je n'ai pas et n'aurai sans doute jamais. Ce sont des endroits qui respirent la paix et rassurent. Moi qui, en dépit des années accumulées, éprouve encore le blues du dimanche soir, c'est l
à que j'aimerais bien être à l'heure où j'écris ces lignes. première publication 23/09/2012 à 19:26

vendredi 21 août 2026

La femme la dune le parasol



Voilà,
c'était au siècle dernier, un été à Leffrinckoucke. Bien qu'il y fit souvent soleil, je ne m'aventurai pas à me baigner tant la mer me semblait un peu trop fraîche à mon goût. J'étais venu accompagner une femme à qui des amis avaient prêté un appartement sur cette côte qu'on dit, je crois, d'Opale. Pour des raisons professionnelles, elle passait beaucoup de temps au téléphone (les portables n'existaient pourtant pas à l'époque) et moi pendant ce temps-là, je vaquais à l'extérieur, photographiant des blockhaus affaissés sur les dunes, des éoliennes qui ne rentraient pas dans le cadre, des cheminées de raffineries au loin ou bien des joggers sur les plages désertes, ou encore des poupées cassées dans des brocantes locales. C'est dans ces circonstances que j'ai aperçu cette jeune femme près de son parasol première publication 17/1/2016 à 20:04

mercredi 19 août 2026

Prosopagnosie (2)

 
 
Voilà,
il y a quelques jours, traversant le cimetière après être allé voir un film dans une salle climatisée, j'ai croisé une femme qui avait l'air de bien me connaître. Alors je l'ai embrassé sur les joues pour lui dire bonjour. Peut-être était-ce un peu trop ai-je pensé après coup. Pour ma part, son visage m’évoquait bien quelque chose, mais je n'étais pour autant pas en mesure de l’identifier. Bien sûr je ne l'avais jamais vue en tenue d'été avec une casquette et des lunettes de soleil, mais tout de même ! Heureusement elle était pressée car elle aussi allait se mettre à l’abri dans un cinéma, et nous n’avons échangé que quelques mots. J’espère que mon embarras devant une familiarité que je ne comprenais pas n’a pas été trop perceptible.
J’ai passé un certain temps à chercher d'où je la connaissais. Je me suis posé de nombreuses questions. Fait-elle partie du groupe des amis de Chris Marker, (mais si c'est celle à qui je pense elle habite fort loin d'ici) ? Est-ce quelqu'un du quartier ? Mais je connais fort peu de gens dans le quartier. Je suis toujours pris au dépourvu dans ces conditions. Bref je ne sais toujours pas de qui il s’agit.
Il m'est arrivé quelque chose de semblable à Avignon, voilà quelques semaines quand je n'ai pas reconnu la jeune femme qui s'occupait du bar au théâtre où je jouais l'année dernière, alors qu'elle était exactement à la même place. Son visage me disait bien quelque chose, mais je n'osais la saluer parce que je n'étais pas certain que ce fut elle. Du coup j'ai du passer pour un grossier personnage. 
Ce genre d’épisode m’arrive de plus en plus souvent et ne manque pas de me préoccuper. Comme si cela s’aggravait.
Mais bon pour les paysages et les monuments ça va. Celle-là je la reconnais et je la retrouve toujours avec plaisir. La tour Montparnasse.

jeudi 13 août 2026

Éclipse

Voilà,
pour désigner des journées d’une chaleur accablante le japonais dit "kokushobi". Hier, comme aujourd'hui, ce fut très "kokushobi". Mais il y avait l'éclipse partielle qui, en fin de journée a poussé les foules dehors. Puisque l'occasion ne se représentera plus de mon vivant, je suis donc allé au parc André Citroën faire quelques photos.


Il y avait une foule considérable et j'ai pris pas mal de clichés intéressants, mais qui, à l’exception de ces deux là ne seront jamais publiés tels quels, pour éviter des problèmes de droit à l'image. Peut-être traficoterais-je quelques photos comme je l'ai déjà fait, afin que les visages ne soient pas identifiables. En même temps, il me semble que les lunettes protectrices anonymisent les sujets mais je n'en suis pas certain. Je me souviens de photos extraordinaires envoyées par l'amie Sophie, lors d'un séjour à New-York à l'occasion d'un semblable événement avec des spectateurs la tête dissimulée dans des cartons. 
 
 

Quoi qu'il en soit, pour revenir à ce début de soirée, il y avait de la bonne humeur, de la joie, l'atmosphère était détendue "bon enfant" comme on disait autrefois. Certaines personnes étaient venues pique-niquer en attendant l'événement. Après tout, en ces temps de chaos climatique, politique, intellectuel, ces menus plaisirs sont bons à prendre. Moi qui, hier encore faisait un éloge nostalgique de la futilité, je ne vois pas pourquoi je trouverais à y redire. Pour une fois que les gens peuvent se rassembler en foule à Paris sans que la police ne leur envoie des flash-ball à tir tendu...

mercredi 12 août 2026

Futilité


 
 Voilà,
je rêvais autrefois d'étés sereins
de paisibles villégiatures
et d'improbables bords de mer 
je trouvais souvent bon d'être futile, sinon frivole

samedi 8 août 2026

C'est moi qui suis l'univers


 
Voilà,
"Éternels passagers de nous-mêmes, il n’est pas d’autres paysages que ce que nous sommes. Nous ne possédons rien, car nous ne nous possédons pas nous-mêmes. Nous n’avons rien parce que nous ne sommes rien. Quelle main pourrais-je tendre et vers quel univers ? Car l’univers n’est pas moi, c’est moi qui suis l’univers." (Fernando Pessoa 123 Livre de l'Intranquillité)
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vendredi 7 août 2026

Elisabeth


Voilà,
ça me revient, la première rencontre avec Elisabeth, ce fut dans la salle de ce qui s'appelait alors l'ARC, sous le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, en Avril 81, pour la création de la pièce « Société1 » sur une partition de Luc Ferrari que mettait en scène Didier Flamand. C'était un spectacle assez barjo. Nous n’étions pas une grosse distribution pour un spectacle de Didier. À peine huit sur le plateau. Il y avait cinq comédiens plus ou moins musiciens de la bande à Didier, deux musiciens de la compagnie de Georges Aperghis qui co produisait l’entreprise et Elisabeth qui ne connaissait aucun autre comédien et qui débarquait là avec sa clarinette. Elle avait, quelques années auparavant travaillé assez longtemps avec le Grand Magicien Circus de Jérôme Savary. Elle s’est immédiatement intégrée à notre équipe avec son charme et sa fantaisie et ce fut un bonheur de l’avoir parmi nous. Très vite elle s’est prise d’affection pour Agnès et moi. Ces répétitions et ce spectacle demeurent dans ma mémoire comme un des meilleurs moments de ma vie professionnelle.

Ça me revient l’appartement du 60 rue Caulaincourt (une des plus belles rues de Paris qui constitue une vaste boucle ombragée sur les contreforts de Montmartre) qu’elle partageait avec son époux et ses enfants.

ça me revient à la naissance de ma fille, Élisabeth lui avait offert un petit chien en peluche. Il est toujours là.
 
ça me revient, quand je jouais à Béziers au début des années 90, il y avait encore dans les loges l'affiche du film "Le boucher, la star et l'Orpheline" de Jérôme Savary, et sur le dessin de l'affiche on reconnaissait bien Elisabeth que j’avais alors perdue de vue.
 
ça me revient, Elisabeth et Agnès s'aimaient beaucoup. Il existe une photo où elles sont toutes les deux vêtues en alsaciennes. Je l'avais prise lors d'un essayage costume dans la salle de répétition du JTN rue des fossés-St Paul dans le marais.
 
ça me revient Elisabeth n'avait jamais perdu son accent norvégien
 
ça me revient la photo ci-dessus fut prise lors d'une répétition de "prends bien garde aux Zeppelins" en Octobre 1981. J'interprétais, dans un des tableaux du spectacle, un photographe lors d'une réception d'ambassade, et un soir, j'avais utilisé un vrai appareil pour faire des photos de mes camarades en situation.
 
ça me revient Elisabeth m'appelait parfois Arnito en roulant le R et en prolongeant la voyelle sur le i ça donnait arrrniiito
 
ça me revient Elisabeth conduisant sa Rancho verte
 
ça me revient, lors de Société 1, nous avions du mal, les membres de la troupe à nous séparer après les répétitions, et nous prolongions la soirée au Grand Corona, près du pont de l'Alma. Nous étions aussi allé y boire un verre un fin d'près midi, et je me souviens qu'on y avait entendu "Sunny afternoon" des Kinks et c'était tout à fait de circonstances

ça me revient Maxime Ferrier le mari d'Elisabeth l'appelait souvent Mortensen, et pour beaucoup de ses relations elle était Mortensen
 
ça me revient Elisabeth avait, dans sa jeunesse, suivi des cours chez Jacques Lecoq 

ça me revient, il y a quelques années j'avais mis en relation Elisabeth et Sophie qui allait à Oslo pour un événement autour de Jon Fosse où des compagnies françaises avaient été invitées. Je crois qu'Elisabeth s'était proposée comme traductrice en certaines circonstances
 
ça me revient nos conversations à propos de l'écrivain Kjell Askildsen, dont elle était la seule parmi mes amis à connaître l'œuvre
 
ça me revient, comme Elisabeth, au début où nous nous connaissions nous racontait à Agnès et moi comme c'était bien d'avoir des enfants.
 
ça me revient, Elisabeth comme la plupart des norvégiens de Paris, se procurait à la période des fêtes du saumon de Norvège grâce à une association dont le siège se trouve je crois au Vésinet

ça me revient, alors que nous nous étions perdus de vue depuis des années, un jour une femme m'a sollicité pour une lecture de textes de Nicolas Vatimbella, et lorsqu'elle m'a dit qu'elle attendait la réponse d'une comédienne norvégienne qui jouait de la clarinette j'ai tout de suite pensé que c'était Mortensen, et lorsque j'en eu la confirmation je n'avais plus qu'une hâte : la revoir 
 
ça me revient, après s’être installée en Norvège, Élisabeth revenait souvent à Paris pour visiter sa fille et son petit fils et chaque fois elle me prévenait et nous nous retrouvions toujours au même bar "au pause-café" 41 rue de Charonne.

Elisabeth connaissait bien Isabelle Nanty, elle aussi ayant de la famille norvégienne, et avec qui j’ai tourné il y a fort longtemps.
 
ça me revient Elisabeth me parlant de sa sœur avec qui les relations ne semblaient pas faciles
 
ça me revient le père d'Elisabeth avait habité en Suisse et avait été un musicien de jazz
 
ça me revient après être retournée en Norvège, Elisabeth travaillait comme clown dans les hôpitaux d'Oslo
 
ca me revient Elisabeth était amie avec Luca, un metteur en scène italien qui m'a mis en scène en 1989, et j'ignorais à l'époque qu'ils se connaissaient 

ça me revient c'est Claire Denis qui avait recommandé Elisabeth à Didier, car Claire avait aussi travaillé avec le Grand Magic Circus de Jérôme Savary
 
ça me revient la fête surprise organisée par sa fille pour ses 75 ans. Nous nous sommes vus l'année suivante, et peu après une maladie neuro-dégénérescente a rapidement détérioré sa santé. Elle a quitté ce monde le premier jour d’Août. Depuis la tristesse ne me quitte pas

Ça me revient mais il y a tant de choses qui m’échappent
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mercredi 5 août 2026

Weltschmerz

 
 
Voilà,
je ne suis pas le seul à être moralement laminé par la montée de l'extrême-droite, par la destruction de Gaza, par la famine au Soudan, par l’impérialisme russe et ses crimes de guerre, par la folie meurtrière de certains dirigeants, par le mépris croissant à l’égard de la culture, par le triomphe de politiques stupides et arrogantes, par la pauvreté qui augmente, par la loi de présomption d’innocence de la police récemment votée en France dans un contexte d'explosion des violences policières, par le désordre climatique, la sécheresse et les incendies par-ci les inondations et les glissements de terrains par là, et par tant et tant de choses encore que je n'ai même plus la force de nommer. Weltschmerz désigne, en allemand, un état de souffrance morale né du décalage entre le monde tel qu’il est et celui auquel on aspire. La langue allemande est vraiment formidable, tu assembles des mots pour en faire des nouveaux, comme dans un jeu de construction. La langue allemande a une solution à tout, sauf aux pulsions génocidaires qui peuvent saisir tout un peuple en peu de temps.  "C'est donc ça je suis en plein Weltschmerz" pensai-je, ce soir là, en passant devant la mairie du quatorzième après une trop brève et à peine rafraîchissante, pluie d’été. À défaut de soulager, ça réconforte un tantinet de savoir qu'un mot existe déjà pour nommer une sensation qu'on éprouve. On se sent moins égaré, n'est-ce pas ⸮
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mardi 4 août 2026

Ce qui me gomme

 

Voilà
ce qui me gomme
à grande rafale 
me lacère au-dedans
me chignole et me tronçonne
ce qui m’esquiche me pèle me râpe 
ce qui me ronge les os
me dévore la moelle me grignote et me mastique
avide gourmand
ce qui file rapide sous la viande
Comme un arc électrique 
 quand je cherche les mots
pour savoir où j'en suis
si je suis encore
ce qui me pousse et me presse
me piétine et m’écrase
ce qui m’étire me tord me vrille
m’explose comme grenade
et me brûle et me glace tout à la fois
m'émiette me calcine me disperse 
cendres que vent éparpille
ce qui hurle en moi, me perce, m’assourdit
me chavire, dérive dans l’incertain dans l’opaque puis se dilue
ce qui enserre et comprime le thorax 
ce qui arrache griffe déchire
ce qui saigne en silence
me transforme en ombre me rend étranger
à moi-même autant qu'aux autres
que je ne reconnais plus
ce qui me cherche autant que je le cherche
ce qui me défie, m’épuise, me hante
ce qui, toujours, m’échappe.
ce qui me broie m’émiette me précipite
sans fin s’effondre s’écrase sans fin éclate 
pas silence mais bruit fracas tambourin.
ce qui me pompe la sève 
pas lentement
non vite bien trop vite 
qui tout aspire tout avale tout engloutit 
moi ni dedans ni dehors 
moi rien  
moi rien .
ce qui tourne 
non pas tourne mais vrille en boucle 
non pas boucle mais spirale 
Ce qui
creuse tire tout hors moi 
dedans plus rien.
ce qui charcle 
pas la peau mais dedans 
chair os moelle 
qui sans fin craque me vide me ronge 
me crie dedans-dehors partout.
Ce qui ne court pas mais hurle fond 
non pas comme neige 
mais plomb bouillant 
coule dans veines casse crâne fait éclat dedans.
Ce qui moi plus moi mais éclat poussière 
cri sans son mais hurlement constant fracture.
arraché
harassé
ce qui
ce qui

lundi 27 juillet 2026

Meurtrissure

Voilà,
j'ai passé les plus belles années de mon enfance à Biscarrosse dans les Landes. Je me suis promené en vélo sur des routes traversant des forêts de pins qui aujourd'hui sont réduites en cendres. J'ai puisé là des sensations et des souvenirs qui m'accompagneront jusqu'à ma mort. Je me suis en partie construit sur les émotions intenses que j'ai éprouvées au contact de cette nature. L'odeur de la forêt landaise me bouleverse, quel que soit le temps qu'il fait. Je me souviens aussi de mon bonheur d'avoir fait découvrir à Agnès cette région. Et puis aussi de ces quinze premiers jours de Septembre 1996 à Biscarrosse, avec Christelle qui plus tard m'a donné ma fille.
Et de ces années où ensemble nous descendions vers Pau. Nous faisions toujours étape à l'hôtel des grottes de Matata en Charente maritime. Le lendemain nous prenions le bac, pour traverser l'estuaire. C’était comme un rituel. Vraiment le début des vacances. Depuis le Verdon nous redescendions par la forêt de Gironde, sur les routes départementales. Souvent nous faisions halte à Hourtin ou Lacanau pour manger au bord du lac. C'est là que ma fille a, pour la première fois, marché pieds nus dans le sable. Là encore un souvenir puissant.

Ensuite nous descendions tout droit en contournant le bassin d'Arcachon, en direction du parc des Landes de Gascogne que nous traversions pour atteindre le Béarn. Merci la vie qui me permet encore d'être relié à ces moments si précieux.
Aujourd'hui, certains de ces endroits sont encore la proie des flammes après une semaine d'une lutte, rendue difficile pour les pompiers, à cause du vent et de la sécheresse. C'est une meurtrissure que de savoir cette forêt ravagée, cette région sinistrée et que tant de gens y ont perdu tout ce qu'ils possédaient.
Dans ce combat on s'est aperçu que la flotte des avions canadair n'a pas été renouvelée en dépit des nécessités qui avaient été pointées il y a quatre ans, lors d'un précédent méga-feu dans la région. De nouveaux appareils font terriblement défaut. Ces dernières années l'État a préféré investir dans des blindés pour que la police puisse violemment réprimer des manifestations écologistes en certains endroits sensibles du pays. 
Quant à l’Office national des forêts, dont le rôle est essentiel pour, dans un contexte de désordres climatiques, préserver les espaces boisés et œuvrer à leur adaptation, ses effectifs ont connu une chute vertigineuse, de 12 500 agents au début des années 2000 à environ 8 000 aujourd’hui, avec un budget en forte tension. Au point que même la Cour des comptes s’en alarme : "Les moyens humains de l’établissement apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées". Le choix d’investir massivement dans la répression plutôt que dans la préservation du vivant et dans l’adaptation au chaos climatique est aussi stupide qu’irrationnel. Il est à l’image de ceux qui nous gouvernent depuis dix ans : une petite caste de technocrates ultralibéraux au service d'Intérêts privés.
Heureusement depuis quelques jours on peut compter sur la solidarité européenne pour ce dur combat qui n'est pas encore gagné. Le feu s'approche de Bordeaux, recouverte depuis plusieurs jours d'un épais nuage de fumée. Et dans les prochaines heures est prévue une nouvelle vague de chaleur.

dimanche 26 juillet 2026

Paradis perdu

Voilà,
on s'émerveille et l'on a presque envie de pleurer devant un paysage champêtre naïvement peint sur un portail en fer. C'est comme une image de paradis perdu, alors que tout autour le monde brûle, et nous rappelle de façon de plus en plus pressante que nous sommes déjà bien avancés dans la catastrophe, comme nous l'indique cette carte qui répertorie au jour le jour tous les feux qui à cette heure ravagent la planète. Je pense à celles et ceux qui ont tout perdu. Ils sont vivants mais les traces de leur existence sont réduites en cendres.
 

On pourrait en outre ajouter que si les années qui viennent de s'écouler ont été les plus chaudes jamais enregistrées, que si la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'a jamais été aussi élevée depuis 3 millions d'années, le 23 Juillet 2026 aura aussi été, selon les données du service Flight radar, une journée record dans l'histoire de l'aviation. 153 359 vols y auront été comptabilisés, ce qui signifie que sur la planète un avion décolle toutes les 0,27 secondes. Ainsi dans ce monde chaud, des touristes voyagent d'un endroit trop chaud à un autre endroit trop chaud à bord d'engins brûlant des combustibles fossiles qui créent encore plus d'endroit trop chauds.
Selon qu'on soit cynique ou crédule, c'est avec délectation ou amertume qu'au regard de ce qui se passe aujourd’hui, on se rappelle l'époque du confinement et son cortège de soi-disant prises de conscience, de spéculations et de promesses au sujet du monde d'après.  
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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lundi 20 juillet 2026

Vivre du rêve

 

Voilà,
"Vivre du rêve et pour le rêve, en démontant l’univers et en le recomposant, discrètement, selon le flux et le reflux, des instants où nous rêvons. Faire cela, tout en étant bien conscient, parfaitement conscient, de la totale inutilité de cette activité.
 

Ignorer la vie avec tout son corps, se couper de la réalité avec tous ses sens, Renoncer à l’amour, avec toute son âme. Emplir de sable vain, les vases que nous portons à la fontaine, les vider, puis les remplir à nouveau, le tout avec la plus extrême futilité.
Tisser des guirlandes pour, sitôt, achevées, les défaire entièrement, minutieusement.
Prendre nos couleurs et les mélanger sur la palette, sans avoir devant nous, la moindre toile à peindre."  Fernando Pessoa, Livre de l'Intranquillité, 41 

dimanche 19 juillet 2026

Si l'on se fie aux apparences

 
Voilà,
au pied de la passerelle Simone de Beauvoir, en bord de Seine, sur le Quai de la Gare, j'ai aperçu il y a quelque temps ce mural représentant la paix avec des colombes. Images, ce ne sont que des images.

Oui, il est bien paisible ce paysage urbain, si l'on se fie aux apparences. Les gens devisent paisiblement au bord du fleuve, le ciel est bleu, l'ombre est revenue. Il fait bon flâner ou entretenir son corps.
 

Sur l'autre rive, on a même aménagé une piscine, car le fleuve a été nettoyé ces dernières années, si bien que depuis les jeux Olympiques on peut de nouveau se baigner dans la Seine, comme au cours des années cinquante.  
Profitons des choses qui nous sont données. C'est vers la fin qu'on s'aperçoit que la vie est courte et bien plus précaire qu'il n'y paraît.

mardi 14 juillet 2026

Regarder passer le défilé

 

Voilà,
ce quatorze juillet 1983 je m'étais tout de même bien régalé. J'avais fait une pellicule entière. J'aimais bien le principe de la série. J'en ai beaucoup publié des photos de ce jour-là sur ce blog. Celle-ci n'était pas encore apparue. J'aime beaucoup la tronche du type avec son programme à la main. Ce qui me réjouissait c'était les différents axes de regards. Ceux qui voient venir, ceux qui voient ce qui est passé, les suspicieux qui se méfient du photographe mais qui ne quitteraient leur place pour rien au monde de peur de la perdre. C'est fou tout de même cette fascination des gens pour les défilés militaires.
Si tu tapes, chère lectrice cher lecteur, sur la rubrique "spectateurs", eh bien oui, tu retrouveras parmi d'autres, toutes les photos de cette mémorable matinée. Et si tu cliques sur ce lien tu verras comme j'étais joli garçon (mais je ne le savais pas à l'époque et cela n'a qu'un relatif intérêt aujourd'hui). Je venais de passer un mois en Algérie, sur les traces de mon enfance, j'avais un peu d'argent devant moi, j'étais aimé, je savais que bientôt je partirais en Provence pour finir l'été, l'âge que j'ai aujourd'hui me paraissait une échéance improbable. Bref j'étais jeune, pas forcément insouciant, mais quand même assez souvent désinvolte. Aujourd'hui le monde brûle, et malgré les faits, l'on ne parvient pas tout à fait à se rendre à cette idée. La langue japonaise possède un mot pour exprimer ce que je ressens : yaruzenai : comprendre tout ce qui ne va pas, mais ne pas pouvoir faire grand-chose pour améliorer la situation, et garder ce sentiment à l’intérieur de soi. Enfin plus vraiment puisque je viens de l’écrire sur cette page.

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