vendredi 28 février 2020

Six heures du soir l'hiver quand la nuit tombe


Voilà,
La solitude c'est pénible vers six heures du soir, l'hiver quand la nuit tombe et qu'il faut se faire à manger tout seul. La nuit par contre quand apparaît l'insomnie, et qu'aucune obligation sociale ou professionnelle encombre le lendemain et qu'il est possible de s'organiser pour confortablement travailler dans son lit — un bon oreiller, l'ordinateur sur un plateau, la musique classique en fond sonore — alors c'est vraiment bien, je suis tranquille pénard. Dans une légère hébétude, hors du temps, personne ne me regarde, ne me juge, ne risque de se trouver agacé par ma présence. C'est  le meilleur moment pour écrire, bidouiller des images. Un sentiment de liberté. Bien sûr le lendemain je vais le payer, je serai complètement à côté de la plaque, même si je me lève tard, mais tant pis, sur le moment je n'y pense pas. Je suis seulement occupé à divaguer, et dans mes errances nocturnes j'emprunte des sentiers détournés, je m'abandonne à la confusion des images qui me traversent. Je suis un voyageur sans âge, voyeur de ces apparitions juxtaposées qui me surprennent et me déconcertent. Je n'aurais jamais vraiment été adulte.
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mercredi 26 février 2020

Moment délicat

 
Voilà,
je réalise bien que je suis à un moment délicat, sinon critique de ma vie. D’une certaine façon elle devient plus périlleuse et précaire. Cela dit, c'est inévitable, c'est dans l'ordre des choses et c'est même assez banal. C'est juste la prise de conscience de tout ça qui est pénible : la certitude que, physiquement, rien n’ira en s’améliorant. Il y a un certain désagrément à constater sa propre dégradation physique et son chaos mental. Les tâches les plus infimes exigent un effort de concentration jusqu'à présent inédit. En fait, de moins en moins de choses suscitent mon intérêt. Et si j'ai toujours envie de bricoler des images, comme je le fais depuis un peu plus de quarante ans, je me fatigue des mots. Construire une phrase, un paragraphe, s'avère de plus en plus laborieux. Tout comme élaborer un raisonnement. J'ai désormais plus de souvenirs que de réflexions, bien que je commence à oublier certaines règles de grammaire.
Je cherche de nouvelles sources d’étonnement et de joie de vivre. J'ai encore du goût pour le bonheur. Mais une effrayante pensée me hante. Pas un jour ne passe sans que, à force de m’effleurer elle ne devienne obsédante. Je sais qu’elle relève en partie d’une névrose qui ne m’appartient pas en propre, mais elle n'en demeure cependant pas moins présente. Je me sens de plus en plus fragile et d'une certaine façon menacé. Mais bon question menace, il paraîtrait, si l'on en croit les journaux radiophoniques du matin, qu'il en est une qui se profile en Europe à grande vitesse. On parle désormais plus de l'épidémie de coronavirus que du débat sur la réforme des retraites à l'assemblée nationale. A suivre.
Quoiqu'il en soit, en dépit des sombres perspectives que l'on semble nous promettre, je continue de tenter de découvrir des formes cachées — seules la douleur ou l'incapacité physiques pourraient m'en empêcher —, je m'obstine à traquer l'insolite autant que la beauté partout où je peux les déceler parmi les choses de ce monde. Et même s'il m'est difficile d'être productif — le sommeil gagne le plus souvent sur ma volonté — je m'efforce de partager mes trouvailles, et de poursuivre ce silencieux entretien avec tout ce qui n’est pas moi, c'est à dire vous, mes quelques lecteurs et lectrices, présences virtuelles mais cependant bien vivantes en différents endroits de cette terre.
Pour les semaines et les mois à venir il est probable que je laisserai la parole à des auteurs qui expriment avec beaucoup plus d'élégance et de précision ce que je peux penser ou ressentir.
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mardi 25 février 2020

Quelques incipit



Voilà,
oui, il y a des livres que je me souviens avoir vraiment commencés, comme "L'Etranger" de Camus, "Le Voyage au bout de la Nuit", parce leurs premières phrases étaient des entrées en matière percutantes.  Je ne parle pas de "A la recherche du temps perdu" dont bien des gens qui ne l'ont pas lu en connaissent pourtant l'incipit. Par ce terme on désigne les premiers mots (ou paragraphes) d'une œuvre littéraire. L'incipit généralement, sert à définir le genre du texte et annonce le point de vue adopté par le narrateur ainsi que les choix stylistiques de l'auteur. 
J'en propose une liste qui s'avère bien sûr aucunement exhaustive et en appellera sûrement d'autres au gré de mes humeurs. 
Il y a parfois de beaux débuts qui ne font pas forcément de grands livres. Certains ouvrages pourraient même se réduire à la géniale promesse des premières lignes. Ceux que j'ai ici répertoriés se rappellent à moi, par l'effet qu'ils ont produit sur la suite de ma lecture. Je n'y ai aucun souci d'ordre ou de préférence, sauf pour ce qui concerne le premier — pour moi une sorte de pépite stylistique.

"Il n'y a pas de commencement. J'ai été engendré, chacun son tour, et depuis c'est l'appartenance.
J'ai tout essayé pour me soustraire, mais personne n'y est arrivé, on est tous des additionnés." 
(Emile Ajar in "Pseudo")

 La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
Aragon in "Aurélien"

A Miniville la ville du pays des jouets, chaque habitant est très actif. Il y a une maîtresse d'école, un garagiste, un gendarme, un policier...
Comme maintenant Oui-Oui a une jolie voiture jaune aux ailes rouges, il sera donc chauffeur de taxi. le problème, c'est qu'il n'est pas un as du volant. Il renverse les lampadaires, conduit en zigzagant, ses passagers ne sont pas toujours contents. Attention, Monsieur Flod le policier, l'a a l'oeil ! Heureusement que son ami le nain Potiron est là pour l'aider quand il a fait des bêtises. Et puis, si Oui-Oui abime sa belle voiture, il y aura toujours Monsieur Polichinelle le garagiste pour la réparer.

Enid Blyton "Oui-Oui chauffeur de Taxi"

"Elle s'appelle Teresa Ann Gravatt, elle a sept ans, et elle a dans sa chambre un miroir qui donne sur un autre univers.
Christopher Priest "Les extrêmes"

« Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul. Je descends d’une des meilleures famille de la rive droite du lac de Zurich, qu’on appelle aussi la Rive dorée. J’ai eu une éducation bourgeoise et j’ai été sage toute ma vie. Ma famille est passablement dégénérée, c’est pourquoi j’ai sans doute une lourde hérédité et je suis abîmé par mon milieu. Naturellement j’ai aussi le cancer, ce qui va de soi si l’on en juge d’après ce que je viens de dire. »
Fritz Zorn in "Mars"

Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace.
Gabriel Garcia Marquez  "Cent ans de solitude"

"Ses amis l'appelaient Harry. Mais Harry n'enculait pas n'importe qui. Uniquement des femmes... Des femmes mariées 
(Hubert Selby Jr in "Le Démon")

Ich sterbe. Qu'est ce que c'est ? Ce sont des mots allemands. Ils signifient je meurs. Mais d'où, mais pourquoi tout à coup ? Vous allez voir, prenez patience. Ils viennent de loin, il reviennent comme on dit (comme on dit "cela me revient") d'une ville d'eaux allemande. 
(Nathalie Sarraute in "L'usage de la parole")

 "Il avait demandé à sa femme ce qu'il y aurait à dîner, et elle avait répondu "du foie". Ce fut à cet instant précis qu'il la vit soudain morte, qu'il imagina sa vie sans elle. Et, après avoir surmonté le premier moment de honte, il caressa cette idée, il l'approfondit, il s'en servit pour se donner des forces. C'est ainsi que Frederick Benson allait devenir un assassin." 
Walter Kempley in "L'Ordinateur des pompes funèbres".

Le voyage de Mercier et Camier je peux le raconter si je veux, car j'étais avec eux tout le temps.
Samuel Beckett in "Mercier et Camier"

Je suis un produit d'avant-guerre. Je suis né dans un ventre corseté, un ventre 1900. Mauvais début. 
(Henri Calet in "La belle lurette")

"Quand on observe des poissons à travers une couche d'eau qui interdit entre eux et nous tout contact, on les voit rester longtemps immobiles, sans raison, puis d'un frémissement de nageoires aller un peu plus loin pour n'y rien faire qu'attendre à nouveau" 
Georges Simenon in "L'écluse N°1" 

...Il me fut impossible de trouver la pièce correspondant au numéro qui figurait sur mon laisser-passer. J'arrivai d'abord au Service de Véristique, puis à celui de Désinformation. Un employé de la section des Pressions me conseilla de monter au huitième étage, mais là-bas personne ne daigna faire attention à moi.
Stanislas Lem "Mémoires trouvés dans une baignoire"

"On était en Novembre, mois de la pluie, des morts et des ciels sombres.
Serge Gorodish n'avait pas quitté son Steinway depuis huit jours. Il travaillait les inventions à deux et trois voix de J.-S. Bach car ces œuvres donnaient à son esprit, outre la joie musicale profonde, les structures propres à la naissance et au développement des grandes idées"
Delacorta in "Rock" 

L'œil d'abord, glisserait sur la moquette grise d'un long corridor, haut et étroit. Les murs seraient des placards de bois clair, dont les ferrures de cuivre luiraient. Trois gravures représentant, l'une Thunderbird, vainqueur à Epsom, l'autre un navire à aube le Ville de Montereau, la troisième une locomotive de Stephenson, mèneraient à une tenture de cuir retenue par de gros anneaux de bois noir veiné, et qu'un simple geste suffirait à faire glisser. La moquette alors, laisserait place à un parquet presque jaune, que trois tapis aux couleurs éteintes recouvriraient partiellement.
Georges Perec in "Les choses"

La bêtise n'est pas mon fort. j'ai vu beaucoup d'individus ; j'ai visité quelques nations ; j'ai pris ma part d'entreprises diverses sans les aimer ; j'ai mangé presque tous les jours ; j'ai touché à des femmes.  Je revois maintenant quelques centaines de visages, deux ou trois grands spectacles, et peut-être la substance de vingt livres. Je n'ai pas retenu le meilleur ni le pire de ces choses : est resté ce qui l'a pu.
Paul Valéry in "Monsieur Teste"

La vie est faite comme ça. on peut passer beaucoup de temps sans qu'il vous arrive grand chose d'exceptionnel : une grosse angine attrapée en changeant une roue sous la pluie, une pénible discussion avec un banquier qui s'obstine à découvrir des découverts qu'il ne veut pas recouvrer, une immense peine parce que Barbara est partie avec un belge, et puis au moment où l'on s'y attend le moins, un homme vous propose calmement d'aller construire une pyramide en Egypte.
Noel Howard "Hollywood sur Nil"

A la différence de la plupart de ses semblables, Konrad Vost avait une personnalité clairement définie : par dessus tout il était précis dans ce qu'il faisait et exact dans ce qu'il disait. Mais Konrad Vost n'était qu'un homme d'âge moyen, sans distinction ni pouvoir d'aucune sorte, si bien que ces deux qualités fort voyantes de sa personnalité paraissaient aux autres d'autant plus odieuses
John Hawkes in "L'Homme aux louves"

Daimler est assis sur un chaise au milieu d'une pièce. Un rayon de soleil se promène sur le parquet. Le silence est complet. Daimler ressemble à un détective privé dont les affaires ne marcheraient pas très fort.
Frédéric Berthet "Daimler s'en va" 

Si vous marchez dehors à cette heure en ce lieu, c'est que vous désirez quelque chose que vous n'avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ; car si je suis à cette place depuis plus longtemps que vous et pour plus longtemps que vous, et que même cette heure qui est celle des rapports sauvages entre les hommes et les animaux ne m'en chasse pas, c'est que j'ai ce qu'il faut pour satisfaire le désir qui passe devant moi, et c'est comme un poids dont il faut que je me débarrasse sur quiconque, homme ou animal, qui passe devant moi 
(Bernard-Marie Koltès in "Dans la solitude des champs de coton")

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dimanche 23 février 2020

Des sensations qui sont comme des sommeils



Voilà,
Il est des sensations qui sont des sommeils, qui occupent comme une brume toute l'étendue de notre esprit, qui ne nous laissent  ni penser ni agir, et ne nous permettent pas d'exister clairement. Comme si l'on n'avait pas dormi de la nuit, il survit en nous quelque chose du rêve, et une torpeur de soleil diurne vient réchauffer la surface stagnante des sens. C'est une saoulerie de n'être rien, et la volonté est un seau renversé au passage dans la cour, d'un geste indolent du pied.
On regarde, mais on ne voit pas. La longue rue animée d'animaux humains, est une sorte d'enseigne couchée à l'horizontale, où les lettres seraient mobiles et n'auraient aucun sens. Les maisons sont simplement des maisons. On a perdu la possibilité de donner un sens à ce que l'on voit, mais on voit parfaitement ce qui est, cela oui. Fernando Pessoa in "Le Livre de l'Intranquillité"
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jeudi 20 février 2020

Présent trompeur


Voilà,
le souvenir est paraît-il selon Maurice Blanchot, la liberté du passé. Je ne comprends pas trop cette phrase mais la formule est jolie. Faut-il entendre par là que, du passé, le souvenir s'en arrange ? Sans doute puisque nous ne l'apercevons que toujours recomposé et depuis un présent illusoire souvent trompeur, non seulement peuplé d'ombres et de reflets, encombré de pacotilles, mais aussi hanté par le mensonge et la duplicité de ceux qui s'efforcent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes afin que la société marchande continue de prospérer en nous intoxiquant au poison des rêves factices et des satisfactions éphémères
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mardi 18 février 2020

J'aime / Je n'aime pas (9)


Voilà,
j'aime repenser à ces vacances en Calabre passées avec ma fille l'été 2012, nous y avons fait une des plus belles photos de nous deux
Je n'aime pas le timbre et surtout les intonations de la voix de Caroline Broué qui présente la matinale de France Culture le samedi
J'aime cet adage de Mark Twain "quand les riches volent les pauvres on appelle ça les affaires, quand les pauvres se défendent on appelle ça la violence"
Je n'aime pas ces passages d'une saison à l'autre où l'on ne sait comment se vêtir
J'aime avoir des inspirations soudaines qui me déconcertent favorablement lorsque j'en vois le résultat
Je n'aime pas les gens qui parlent fort dans les musées
 J'aime la subtilité de la palette d'Edouard Vuillard
Je n'aime pas constater la vitesse à laquelle les cols de chemises se salissent
J'aime dormir dans des parures de lit très colorées avec du rouge du jaune de l'orange du vert-pomme
Je n'aime pas mais absolument pas du tout les bouchons de sécurité sur lesquels il faut appuyer avant de les dévisser
J'aime l'émission "En pistes" d'Émilie Munera et Rodolphe Bruneau-Boulmier pour leur bonne humeur leur joyeuse complicité et leur érudition
Je n'aime pas cette sensation d'étourdissement et de fatigue qui de plus en plus souvent est mon lot quotidien
J'aime les saucisses de Nüremberg cuisinées avec des pommes
Je n'aime pas devoir vider ma boîte mail de toutes les conneries dont je me suis pourtant désabonné des dizaine de fois
J'aime les pulls en cachemire
Je n'aime pas, mais vraiment pas du tout les misogynes et je les tiens pour des gros connards
J'aime les peintures d'Albert Gleizes  et de Jean Metzinger qui mériteraient chacun une rétrospective
Je n'aime pas les gens qui ont aucun humour
j'aime entendre le chant du merle dans une ville déserte peu avant que le jour ne se lève
je n'aime pas l'expression "mieux-disant", et ceux qui l'utilisent sont en général des gros cons
j'aime le son du vibraphone et les musiciens comme Gary Burton
je n'aime pas que mon interlocutrice au téléphone me réponde sans cesse "pas de soucis pas de soucis" alors que si précisément j'appelle son service c'est que j'ai des soucis
j'aime quand les jours rallongent et que le printemps s’annonce
je n'aime pas quand ça me gratte en un certain endroit inaccessible au milieu du dos
j'aime les jours où la solitude ne me pèse pas et que je ne vois pas le temps passer
je n'aime pas me couper les ongles des pieds je trouve ça très laborieux
j'aime de plus en plus les toiles de Picasso des années soixante et soixante dix, c'est de l'art brut
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lundi 17 février 2020

Le Bal des Tartuffes

Comment l'information suce le pouvoir
 
Voilà,
le mec un jour il s'est branlé devant son smartphone a envoyé la video avec quelques sextos à sa copine — une liaison passagère — laquelle copine quelques mois plus tard fraie avec un artiste russe d'avant garde, connu pour ses performances à caractère politique qui l'ont amené à fuir  la Russie parce qu'il était menacé par la police de Poutine. A l'époque l'artiste en question était présenté comme un résistant. Le branleur lui est un politicien, jeune, ambitieux et très con. Il postule à la mairie de Paris avec un programme débile : mettre la gare de l'est en banlieue, raser celle qui est à Paris pour la remplacer par un vaste espace vert, une sorte de central park. Il propose aussi la création de managers de rue qui contrôleraient un quartier. Au Maroc, on appelle ça des “moqaddem”. Il y en a un par quartier. Officiellement ils sont là pour améliorer la vie des habitants mais dans les faits ils sont surtout payés à épier leurs moindres faits et gestes à des fins de surveillance fit remarquer quelqu'un sur un tweet. Dans un pays qui a fait de la délation un sport national entre 1940 et 1944 voilà une idée qu'elle est bonne. Rajoutons que ce mec qui a commencé sa carrière politique dans l'entourage de Dominique Strauss-Kahn, fait  dans ses déclarations politiques et ses promotions médiatique, l'apologie des valeurs familiales. N'oublions pas comme le note Julien Salingue que "ce candidat est le représentant d’un pouvoir qui insulte chaque jour les salariéEs et les chômeurs, qui détruit méticuleusement les services publics, qui brise des vies par ses contre-réformes ultra-libérales, qui veut nous faire travailler jusqu’à la mort, qui blesse, qui mutile, qui soutient les flics tueurs, qui persiste dans une politique climaticide, qui participe à des sales guerres, qui vend des armes à des dictatures… la liste n’est pas exhaustive". Bref, que ce politicien complètement con qui représentait le parti présidentiel jette immédiatement l'éponge, lorsque sa branlette est divulguée sur un site créé par l'artiste russe Piotr Pavlenski  puis sur les réseaux sociaux, ne me rend pas particulièrement triste. Au fait qui propage la rumeur ? Ah là on rigole encore. Un ancien député du parti présidentiel LREM qui présente de sérieux symptômes d'instabilité psychique, et Laurent Alexandre ardent défenseur de l'intelligence artificielle, mais parfait échantillon de connerie bio et tout ce qu'il y a de plus naturelle, pseudo-savant qui commet tout de même quelques conférences dans les écoles de l'Elite où il raconte n'importe quoi, prônant par exemple une sorte d'eugénisme sélectif sur les gilets jaunes. 

Bon l'objet de mon agacement n'est pas là. Griveaux peut bien montrer sa bite. Il a peut-être des excuses. Des traumatismes liés aux chansons qui ont bercé son enfance et qu'on entendait à la radio. Non ce qui me daille vraiment, c'est l'indignation de certains de ces prétendus journalistes.  D'ailleurs je devrais régler mon réveil radio sur France-Musique, et non sur le radiojournal de France-inter ou France culture. Car ce matin toute la petite caste des jacasseurs officiels s'alarmait de la menace sur la démocratie que constituait ce non-événement. Ils se sentaient tous concernés. Ça pouvait arriver à n'importe qui d'entre eux. On avait soudain l'impression que toutes les bites les chattes et les culs de la nomenklatura politico-médiatique risquaient de se retrouver en ligne. On s'en fout, "retournez a vos partouzes" comme le dit Hamm dans "Fin de partie" de Beckett.
Faites plutôt votre métier
Au passage je relaie cet excellent article paru dans un blog.
Ce qui me gonfle c'est que lorsque la police commet les exactions que l'on sait en France, pénètre dans les écoles, les églises, les hôpitaux pour pourchasser des manifestants pacifiques, quand le droit de manifester est bafoué, quand on utilise abusivement des grenades et des flashballs pendant des rassemblements autorisés avec la ferme intention de blesser (Amnesty International parle de "Violences policières choquantes", faisant état de 24 éborgnés, de 5 mains arrachées, 2500 manifestants blessés), quand les interpellations et garde à vue préventives se multiplient lors de certaines manifestations, quand même l'ONU et le parlement européen condamnent le recours disproportionné de la force contre les manifestants en France, quand un politicien notoirement corrompu est libéré de prison pour raisons de santé, alors que tant de prisonniers malades  n'y sont même pas soignés, que les droits de l'Homme y sont bafoués, eh bien là on ne les entend pas s'indigner ces journalistes.  Non ce n'est pas assez sensationnel. Parce que pour eux la démocratie c'est surtout ce qui doit préserver les privilèges dont ils disposent et ne pas menacer leur droit de dire n'importe quoi et de taire l'essentiel.
Allez, du calme. On attend avec impatience les sextapes de Léa Salamé et les dickpics de Nicolas Demorand nos sémillants présentateurs de la matinale de France Inter souvent si serviles avec les puissants, comme dans cet interview, bien plus obscène que l'image qui précède ce billet.


dimanche 16 février 2020

Bruno Ganz

 
Voilà,
je repense à Bruno Ganz, qui a quitté ce monde il y a un an jour pour jour, et dont il m'est arrivé de parler quelquefois, parce qu'il a joué dans des films qui m'ont marqué, comme "L'Éternité et un jour" de Théo Angelopoulos ou "Messer im Kopf" de Reinhard Hauff, où son interprétation se révèle extraordinaire, ou encore "Dans la ville blanche" d’Alain Tanner, qui est une sorte d’ode cinématographique à la ville de Lisbonne, et aussi ce film très dérangeant de Volker Schlöndorff  "Le Faussaire". Son visage a été présent pendant des années dans ma vie quotidienne, puisque, dans le premier appartement que j'ai partagé avec Agnès, sur un des murs du salon se trouvait l'affiche de "l'Ami américain" de Wim Wenders, dessinée par Guy Pellaert.



J'ai toujours été sensible à son grain de voix, à cette façon de jouer sans concession au spectaculaire au tape-à-l'œil, au m'as-tu-vu. Dans le film de Terrence Malick, "Une vie cachée", il fait une brève apparition — peut-être même est-ce sa dernière au cinéma — , mais comme à son habitude il est très bien, très touchant et donne au personnage qu'il interprète, un juge nazi un peu las et désabusé, une humanité qui pourrait déranger si elle ne mettait en évidence la complexité et la somme de contradictions que chaque individu porte en lui.

vendredi 14 février 2020

Saint Valentin, donc


Voilà,
vu dans le quartier du Marais en août 2017.
puisque c'est aujourd'hui la Saint Valentin
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jeudi 13 février 2020

C'est le monde qui nous quitte



Voilà 
une chose dont on ne prend conscience qu'avec les années accumulées et qu'on ne peut réaliser tant qu'on ne l'a pas ressenti, éprouvé physiquement — et c'est en cela que l'expérience est intransmissible et que l'écrire est par conséquent absurde mais tant pis je persiste — : avant de quitter le monde c''est le monde qui nous quitte. Le monde où l'on s'est construit, dans lequel nous avons acquis nos réflexes, trouvé nos repères, élaboré notre pensée. Ceux qui constituaient notre environnement sensible et intellectuel meurent, les chanteurs de variétés, les philosophes, les présentateurs de télévision, les acteurs, des auteurs de bandes dessinées... Les magasins disparaissent, les architectures se transforment, des quartiers entiers sont rebâtis. Les lois, les mœurs les coutumes aussi se modifient. Et peu à peu on se trouve sur une terre étrangère qui paraît de plus en plus hostile à mesure que nos facultés physiques et cognitives décroissent. Les formes que prenaient nos rêves se dissipent. On comprend doucement que notre temps est passé, que désormais le monde se fera sans nous. Les heures passent sans illusions et les souvenirs aussi, en bribes, comme de tièdes nuages dans le ciel incertain de notre mémoire. Il nous faut apprendre à cheminer en paix parmi les choses et consentir à la fatalité de n'être que ce qu'on est sans pour autant renoncer à l'espérance qu'un violent bonheur puisse une fois encore nous étreindre. Cependant parmi les ombres et les reflets où se hâte tout un peuple de spectres furtifs, on cherche sa demeure, comme on croyait la trouver autrefois, à l'abri d'une cabane de branchages et de fougères entre les  pages colorées des illustrés de l'enfance. (Linked with weekend reflection)

mardi 11 février 2020

Un noyau de spiritualité


Voilà
"Oui, il y a, là-haut, pour qui sait écouter et sentir au cœur de la matérialité la plus brutale, au cœur de ce qui paraît le plus éloigné de ce que nous sommes convenus d'appeler le beau, un noyau de spiritualité d'autant plus déchirante qu'elle est là fois familière et hors d'atteinte. L'esprit du lieu se tient là : la présence de l'au-delà dans la pesanteur même des choses. La volonté éperdue de trouver sa place, en se sachant de nulle part. Une sorte de vaste corps englobant les maisons, les êtres, les prés, les fantômes. Et pas seulement parler, mais donner à ces paroles la substance qui demeure, qui porte ton nom et l'emporte sans limites" Pierre Jourde
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dimanche 9 février 2020

Câlins


Voilà,
j'ai lu quelque part que ce bienfaiteur rapprochement qu'on désigne communément par le terme câlin agit sur notre bien-être physique et notre équilibre affectif. Platonique, amoureux ou confraternel, avec un proche, un inconnu, ou un animal, le câlin aurait de bénéfiques vertus. D'après le site journee-mondiale.com, sept minutes de câlin par jour permettent de se sentir heureux. Une psychothérapeute américaine Virginia Satir suggère que : « nous avons besoin de quatre câlins par jour pour survivre, de huit pour fonctionner, de douze pour croître. » Si cette affirmation s’avère exacte je suis donc en train de mourir à petit feu.
Quoiqu'il en soit cette peinture murale, aperçue la semaine dernière rue d'Aboukir mettant en scène Tintin et le capitaine Haddock m'a bien réjoui, même si les silhouettes qui en donnent l'échelle se promènent solitaires. Au pied de ce mur, sur la gauche il y avait aussi ceci
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jeudi 6 février 2020

Sur la piste de l'arbre


Voilà,
"Sur la piste de l'arbre, on rencontre l'homme. Ils se tiennent par la main. L'un prépare l'arrivée de l'autre. Il lui fabrique de l'oxygène, de l'ombre, de la beauté, de l'émotion, du calme et du bois pour faire le feu. De quoi d'autre peut on avoir besoin.
On a toujours intérêt au moment de partir à se renseigner sur les arbres que l'on risque de rencontrer. Ils sont là depuis plus longtemps, ils en savent plus. Ils connaissent le pays, ils peuvent en parler. un arbre ne se trompe jamais de séjour. Il vit là où la température, le vent, le sol, l'ensoleillement, l'humidité lui conviennent. Il ne s'égare jamais ou bien il en meurt." (Alain Hervé in "La proximité folle du paradis")
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mercredi 5 février 2020

Remise de peine


Voilà,
longtemps il marche en solitaire longeant à travers une sombre banlieue des rues désertes et peu éclairées. Enfin parvenu au centre-ville généreusement illuminé, Léon Durif pénètre dans une boutique aux lumières tamisées où derrière des parois constituées d’aquariums, de jeunes employées font des avances aux clients qui entrent. On ne comprend pas ce qu'elles disent ; on ne voit que leurs gestes plus ou moins équivoques et leurs attitudes parfois subrepticement obscènes. Là, par hasard, il croise avec plaisir un vieux camarade de promotion, un diplomate revenu depuis peu de Moscou. Un vieil ami d'enfance dont le regard est dissimulé derrière d'épaisses lunettes noires en raison d'une hyperphotosensibilité, l'accompagne. Après avoir traîné un temps dans cette boutique ils décident de se rendre ensemble dans un autre magasin tenu par un ancien coiffeur qui désormais vend des bijoux lumineux. L'ami d'enfance du diplomate s'inquiète car il doit bientôt partir en voyage et il s'en veut de n'avoir toujours pas trouvé de cadeaux pour les gens qui l'accueilleront. Rien ne le satisfait et il désespère de trouver quelque chose à son goût. Plus tard, tous trois s'engagent dans une vaste galerie couverte où sont exposées des sculptures monumentales. Approchant de cet empilement de roues de bicyclettes, œuvre du plasticien chinois Ai WeiWei, l'ami d'enfance croit reconnaître, assise sur une antique chaise roulante, une jeune femme, qui s'appelle Sixtine, et à qui, nous informe-t-il, on vient d'accorder une remise de peine, en raison de son état physique. Elle a passé plusieurs mois en prison pour avoir, dit-il "commis quelques petits meurtres et de menus larcins".
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lundi 3 février 2020

Toutes ces choses qui nous survivent.


Voilà,
c’est la nuit tu entends la radio qui diffuse une sicilienne de Bach interprétée par Jacques Loussier. Autour de ta bière ouverte, des gens pleurent dont quelques hypocrites, qui autrefois te firent souffrir, et cela te déplaît. Mais aucun mot ne sort de ta bouche pas même un râle, juste une légère nuée de cendres à peine visible, raison pour laquelle sans doute, nul ne s'en étonne. Tu es celui qui voit et celui qui repose. Tu te sens à l'étroit et intérieurement furieux de ne pouvoir bouger, agacé par ce fourmillement chatouilleur qui reste cependant à la limite du supportable. Mais lorsqu'un homme glabre que tu as toujours connu moustachu, s'attarde longuement, l'air interrogateur, au dessus de ta dépouille, puis s'exclame "mais ce n'est pas lui", le vacarme du camion poubelle et les éclats de voix des éboueurs dans la rue, sans pour autant te délivrer de la poisseuse sensation de l'avoir échappé belle, t'extraient de ta torpeur. Et tu te retrouves au bord du jour, hébété comme un boxeur sauvé par le gong, mais qui ne se sent plus la force de continuer le combat. Espérant toutefois le miracle d'en réchapper, et sans pour autant savoir la forme qu'il pourrait néanmoins prendre, tu redoutes le sort tragiquement banal qui selon les statistiques paraît devoir inévitablement te frapper, comme il accable depuis peu tant d'amis autour de toi. Et tu songes alors à toutes ces choses qui nous survivent.
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dimanche 2 février 2020

Étranger à ce monde

 
Voilà,
ce n'est pas nouveau je l'ai déjà souvent écrit, je me sens de plus en plus étranger à ce monde. Ou plutôt celui-ci me semble-t-il de plus en plus difficile à saisir dans sa complexité. Il me paraît souvent absurde. Ces adultes qui circulent en trottinette dans le quartier d'affaires, ces gens dans le métro l'œil rivé sur leur smartphone jouant à des jeux ou bien coupés de leur environnement qui écoutent de la musique dans leur casque audio dont certains sont si gros que cela les fait ressembler à des personnages de dessins animés, les corps usés, épuisés ravagés qui gisent parfois dans la rue comme des cadavres cette épidémie de misère qui se répand depuis des années et dont nos dirigeants n'ont aucune conscience car ils ne marchent pas dans les rues, ne prennent pas le métro. Dans les transports je regarde les visages et me demande "comment font-ils pour tenir dans ce monde, moi je n'y arrive plus". Je trouve la plupart du temps l'environnement dans lequel j'évolue d'une laideur pénible à supporter, bien conscient cependant de vivre dans une région relativement privilégiée et les quelques trompe-l'œil ou décoration murales ne suffisent pas à atténuer ce sentiment que la décrépitude est en train de gagner. Peut-être est il temps de laver mon regard à des paysages moins urbains, de me retirer dans quelques campagne et de ne plus photographier que paysages, nature, animaux arbres fleurs sous-bois, comme le fait, si loin d'ici, Bill dont les photos de plus en plus dépouillées de toute trace de présence humaine suggèrent à mes yeux, la nostalgie d'un eden d'avant la présence humaine...
Allez, en ce jour palindrome 02/02/2020 (ce qui ne se représentera pas de sitôt avec simplement deux chiffres) Bach, pour consolation, C'est ce que l'humanité a produit de plus subtil et délicat. Comme écrivit Cioran, s'il en est un à qui Dieu doit tout, c'est bien Bach. (Linked with monday murals)



jeudi 30 janvier 2020

Poussière


Voilà,
elle est partout la poussière, sur l'aspirateur supposé aspirer la poussière, sur le chiffon à poussière bien sûr, sous les meubles sur le dessus les meubles là-haut tout en haut, sur la tranche des livres, sur les enceintes, dans ma mémoire, sur les cadres des tableaux, sur la tranche des portes, sur les plainthes, sur le rebord des marches, en suspension dans l'air, entre la machine à laver et le mur, derrière le réfrigérateur, sur le disque dur externe, sous la table du salon, sous le canapé, sur les tissus d'ameublement dans le petit théâtre en carton, sur l'objectif de l'appareil photo, sur le rouleau de scotch, poussière tu es poussière tu retourneras à la poussière, m'en fous ne l'ai jamais quitté, respire la poussière depuis tout le temps et j'époussette au dessus de l'encadrement de la porte et je balaye devant la porte derrière la porte, le pire concerne les objets les bibelots, la poussière infatigable revient tout le temps quand tu crois aérer c'est encore de la poussière que tu invites et qui pénètre chez toi, elle se fixe sur les boîtes de crayons se colle au plafond de la cuisine à l'intérieur des abat-jour sur les ampoules électriques c'est pénible la poussière l'inépuisable poussière à nouveau, nous sommes tous poussière d'étoiles, paraît-il je veux bien c'est joli, c'est poétique, poussière des astres, désastres de la poussière, tant d'étoiles qui ne brillent plus, grisaille déjà, respire mal, sombre bientôt, sombre oui, corps et maux, bientôt noir, fondu au noir et fin de l'histoire
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dimanche 26 janvier 2020

Travailleur à domicile


Voilà,
"Tout le monde est d'une certaine manière occupée est employé comme travailleur à domicile. Un travailleur à domicile d'un genre pourtant très particulier. Car c'est en consommant la marchandise de masse – c'est-à-dire grâce à ses loisirs – qu'il accomplit sa tâche, qui consiste à se transformer lui-même en homme de masse. Alors que le travailleur à domicile classique fabriquait des produits pour s'assurer un minimum de biens de consommation et de loisirs, celui d'aujourd'hui consomme au cours de ses loisirs un maximum de produits pour, ce faisant, collaborer à la production des hommes de masse. Le processus tourne même résolument au paradoxe puisque le travailleur à domicile, au lieu d'être rémunéré pour sa collaboration, doit au contraire lui-même la payer, c'est-à-dire payer les moyens de production dont l'usage fait de lui un homme de masse (l'appareil et, le cas échéant, dans de nombreux pays, les émissions elles-mêmes). Il paye donc pour se vendre. Sa propre servitude, celle-là même qu'il contribue à produire, il doit l'acquérir en l'achetant puisqu'elle est, elle aussi, devenue une marchandise."  (Gunther Anders in "L'obsolescence de l'homme)"
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vendredi 24 janvier 2020

Paris contemporain


Voilà, 
tu te souviens ce jour là en compagnie de ta fille, t'être arrêté pour cadrer, et lui avoir confié, que tu n'aimais pas du tout prendre ce genre de scène mais que là tu ne pouvais t'en empêcher, car tu y voyais quelque chose de vraiment révélateur du Paris contemporain, avec d'un côté cette accumulation de trottinettes électriques encombrant les trottoirs et de l'autre une réfugiée du Moyen-Orient, comme il s'en trouve de plus en plus, même dans les quartiers bourgeois. Tu as ensuite ajouté reprenant ta marche, qu'il te semblait que les autorités préféraient les laisser crever à petit feu aux yeux de tous, plutôt que de les loger décemment en attendant qu'ils soient établis dans leurs droits au regard des règles internationales. C'était, disais-tu, une façon de susciter leur rejet par les habitants, afin que la population trouve normales les opérations de "nettoyage humain" qui ne manqueraient pas de se produire dans les prochaines années, pour rendre, par exemple à l'approche des Jeux Olympiques, à la ville un aspect plus présentable.
D'ailleurs, le Journal officiel a récemment relaté le fait que la France vient de rembourser plus d’un million d’euros d’argent européen destiné de l’accueil des réfugiés sur le territoire et qui n'a pas été utlisé. Si l'on n'a pas recouru à ces fonds, c'est principalement en raison de la complexité décourageante des dossiers administratifs d'appels d'offre de l'État français en direction des associations. Et sans doute aussi parce que la politique de maîtrise des flux migratoires a pris le pas sur la politique d'asile. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 22 janvier 2020

Quand viendra le printemps



Voilà,
Quand viendra le printemps, si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts
qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.
J'éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.

Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon
en son temps ?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même
si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et tout est précis.
 On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.
Fernando Pessoa

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dimanche 19 janvier 2020

Sage comme une image


Voilà,
La promenade c'est bien.
Souvent on y entend ou on y voit des choses surprenantes, et délicieusement incongrues.
Quelqu'un par exemple qui dit "ça fait un peu jeu paquet de céréales".
Ou un autre qui s'exclame "elle est trop belle elle a plein de sœurs"
En promenade les pensées s'agrègent de façon chaotique.
Est-ce pour cela que l'errance est un autre mot pour désigner la folie ?
Parfois les gens causent un peu trop fort.
Ecouter certaines personnes médire de de leurs connaissances permet de comprendre comment ils parlent aux autres de vous.  
De temps en temps, dans la rue des silhouettes que je crois reconnaître semblent jaillir du passé.
Mais cela peut aussi se produire dans la nature quand je suis seul.
Des visages autrefois familiers surgissent furtivement (il suffit d'une odeur de pins et de fougères humides)
On flâne souvent avec des morts
A Paris si je je vois écrit quelque part Pont Mirabeau alors la chanson me revient en tête.
Je peux ensuite la fredonner  pendant des heures sans même m'en rendre compte.
Il n'est pas nécessaire de sortir pour être ailleurs.
Parfois je revisite de vieux rêves, jadis consignés lorsque j'étais encore un homme sans postérité.
Il m'arrive aussi de tomber sur des notes énigmatiques répertoriées sur mon smartphone.
Ainsi :
le réflexe de Babinski, c'est quand on a les orteils en bouquet de violette
Le chameau a autant de bosses que de syllabes n'en déplaise au cigarettier.
Chez Verrocchio on préfère la peinture à l'œuf chez Pollaiuollo la peinture à l'huile
  les notes de Kafka sont à l'expérience historique, ce que la géométrie non euclidienne est à la géométrie empirique.
Comment parfois ne pas demeurer perplexe?
Quoiqu'il en soit
chaque journée est une nouvelle aventure mais chaque matin il faut aussi renouer avec le dépit d'être soi-même.
Et aussi avec toute une macédoine de pensées et d'images de réflexions à peine ébauchées
de réminiscences de constats
par exemple on se rappelle que l'actrice Maya Vignando ressemble au "Nu au divan" de Marquet,
et de fil en aiguille
que Gabriela Baumbrück avec qui je passais des après midi à tirer des photos et à bavarder
tout en buvant de la becherovka pendant que le lecteur de CD jouait en boucle l'album de John Coltrane et Duke Ellington
Gabriela donc ressemblait alors l'actrice Lucia Bosè qui a joué dans des films d'Antonioni
(mais je ne m'en suis rendu compte que bien plus tard)
Un souvenir en convoque un autre pour une raison indéterminée.
La fois où ma fille de cinq ans, voyant un champ d'éoliennes par la vitre de la voiture s'était exclamée "elles ont toutes la même manière".
Le jour où, peu avant la pause de midi, Michel par provocation sans doute,
avait, sur le plateau de la Scène nationale d'Alençon, déclaré
"J'éclaire l'espace pas les comédiens".
 Cette fin d'après-midi où dans une rue en terre battue de Djelfa, ma mère avec sa 4CV m'a renversé  et failli m'écraser.
Une triste nuit dans un hôtel d'Amsterdam.
Se remémorer que,
"Pays sans chapeau" de Denis Laferrière est un livre vraiment génial,
que
ce film de David Byrne, intitulé "True stories" que j'avais trouvé vraiment bien à sa sortie, ça vaudrait le coup de le revoir,
que
la fragrance sucrée qui me saisit parfois et me renvoie à l'enfance et celle du labdano.
(Je l'avais enfin identifiée au Palazzzo Mucenigo de Venise quand je visitais le musée des parfums en compagnie de ma fille)
qu'il
existe, au 26 rue Tiphaine à Paris, un restaurant coréen, paraît-il excellent et peu onéreux, où il faudrait déjeuner un de ces jours,
que,
un bouquiniste à l'accent marseillais qui a sa boite face à l'académie française m'a fait découvrir Lenny Tristano,
qu'à huit ans
 il me semblait n'avoir que des souvenirs, pas seulement les miens mais aussi ceux de mes parents, qui toujours parlaient du passé.
Et puis devant ce mur j'ai repensé à ça,
à l'expression sage comme une image et à la tentation de se taire définitivement pour ne plus rien faire d’autre qu'écrire et dessiner
Ou bien parler mais simplement pour interpréter les textes des autres.
Mais,
impossible je suis une vraie pipelette.
(Linked with monday mural)

vendredi 17 janvier 2020

Comme si de rien n'était



Voilà,
Il est difficile de marcher d'un pas léger. Il faudrait pouvoir faire abstraction du monde tel qu'il va, ou plus justement tel qu'il ne va pas. Impossible d'écouter une radio, de lire les actualités sur le net sans tomber sur des nouvelles alarmantes. Oh pas seulement les bruits de bottes au Moyen-Orient ou la prolifération des populismes, l'écart sans cesse grandissant entre les riches et les classes moyennes en voie de paupérisation dans les pays occidentaux ou encore les désastres écologiques disséminés sur la planète et j'en passe. Je sais bien qu'en être affecté ou pas ne change rien à la marche du monde. Que la vie n'en continue pas moins pour autant. Cela fait tant d'années que cela déconne. Une nouvelle chasse l'autre, un massacre succède à un carnage, on s'en émeut et puis on oublie. Les saisons rythment les catastrophes auxquelles on finit par s'habituer. Il y a la saison des naufrages de migrants en Méditerranée, celle des ouragans aux Caraïbes, des incendies estivaux dans chacun des hémisphères. De temps à autre une éruption volcanique ou une nouvelle pandémie fait événement et rompt le cycle prévisible des calamités. Ce qui est étrange ce que cela ne mobilise ni les peuples ni les politiques. C'est comme si on n'avait décidé qu'il n'y a pas d'alternative aux désastres en cours et que de toute façon les choses se règleront d'elles-mêmes. 
Donc je marche encore dans les rues de cette ville, je fais des photos, quelquefois. Mais, ces jours-ci, cette sensation d'Absurde, et d'Inéluctable me hante plus que d'habitude. Je fais comme si de rien n'était, mais le cœur n'y est pas vraiment. J'ai toujours la tête un peu ailleurs. Par exemple, quand je me suis attardé devant cette vitrine, c'est à l'Australie que je pensais. Oubliés les inondations de l'année dernières, les troupeaux noyés, les crocodiles dans les rues...
Les tragiques événements survenus là-bas ces dernières semaines donnent beaucoup à réfléchir. Comme le fait fait remarquer sur sa chaîne Youtube un dénommé Vincent que je cite largement ici à l'attention de mes correspondants non francophones, ce pays, l'un des plus riches de la planète (premier exportateur mondial de charbon, deuxième exportateur de gaz) doté d'un système de démocratie représentative s'est trouvé,  — d'ailleurs peu de temps après que ses représentants aient saboté les négociations de la COP 25 au nom d'intérêts économiques —  confronté à une catastrophe climatique d’une ampleur phénoménale provoquée et aggravée par le réchauffement climatique.
La réaction de ses dirigeants donne une idée de la manière dont la civilisation thermo-industrielle va dans les décennies qui viennent, se comporter face aux catastrophes qui en raison du désordre climatique ne manqueront pas de survenir et de proliférer, se manifestant sous des formes variées, que l'on peut d'ores et déjà observer : ouragans de plus en plus vastes, tempêtes surpuissantes, incendies gigantesques, inondations, phénoménales avec une infinité de dommages collatéraux dont chaque jour nous révèle l'ampleur insoupçonnée.

 Confronté au ravage de son écosystème, le pays, premier exportateur de charbon, ne modifie en rien le cours de sa production. Business as usual. On est à la fois dans le déni, l'impuissance, due en particulier à une absence totale d'investissement dans la prévision du risque, et à l'aveuglement résumé par cette remarque de Proust "les faits ne pénètrent pas le monde de nos croyances".  Autrement dit, plusieurs milliers d’animaux sauvages meurent, des espèces disparaissent à tout jamais parce qu'elles ne vivent que dans certains écosystèmes de l'Australie, et que se passe-t-il ?  le coût de ce désastre n'est évalué qu’à partir des pertes liées au tourisme. On ne  compte que les pertes du bétail et pas celles des animaux sauvages. Un gouvernement qui comptabilise en ces termes fait forcément fausse route.
Si on ce trompe dans la manière dont on évalue une situation, on se trompe évidemment dans les solutions qu'on va y apporter. C'est le diagnostic qui suggère le remède.
Ainsi lorsque les feux de brousse se sont rapprochées de Sydney, la ville a alloué 620 000 $ australiens à la lutte contre les incendies. Mais dans le même temps elle avait déjà déboursé 6,5 millions de dollars australiens pour l'organisation du feu d’artifice du Nouvel An. C'est ce qui s'appelle avoir le sens des priorités.
Il faut prendre la mesure de ce qui s'est passé. Les incendies Australiens se sont avérés si puissants qu’ils ont généré leur propre microclimat, leur propres orages, foudre, vents violents qui créent de nouveaux incendies. L’incendie  a créé de nouveaux incendies. C'est ce que les pompiers appellent un impossible opérationnel
Comme pour Fukushima (mais qui s'émeut, qui pense à Fukushima aujourd'hui, à part ses victimes collatérales et ceux qui tentent de circonscrire ses ravages) une fois de plus l’Humanité a vu un pays pourtant riche, incapable de faire face à une catastrophe qui va se répéter en raison des choix économiques des cent dernières années. Pire encore, elle a pu constater l'indifférence des dirigeants de ce pays face à la situation avec un premier ministre parti se bronzer à Hawaï qui n'est revenu que sous la pression de l'Opinion publique.
On a bien évidemment vu alors se multiplier, pour conjurer désespoir, le beau hashtag "pray for Australia", et les foules s'en remettre à une hypothétique puissance divine pour corriger les conséquences des choix économiques et politiques. Mais plutôt que de prier n'aurait il pas mieux valu écouter les scientifiques qui disent depuis des années que les feux de brousse sont  aggravée par le réchauffement climatique lui même causé par les émissions de CO2 liées aux activités humaines ? 
Si on les avait écoutés, l’Australie n’aurait pas augmenté ses émissions de cO2 de 46% depuis les années 90. Le vice-premier ministre a balayé cet argument avec morgue et mépris en déclarant que ceux qui faisaient le lien entre incendies et réchauffement climatique étaient des tarés de centre ville.  
Tous ces gouvernants détruisent leur propre pays pour répondre aux exigences des oligarchies financières et  servir les intérêts des groupes industriels soutenus par la presse de Murdoch. Et peu importent les "angry summers"
Le rendement agricole de l'Australie a été divisé par deux en 2019 en cause des cycles de sécheresse suivi d'inondations qui ravagent les sols. Il faut aussi ajouter à ce propos que ce pays est précurseur dans le domaine de la privatisation de l'eau. Le prix de l'eau ayant atteint des sommets avec cette canicule et ces incendies, les agriculteurs ne peuvent pas arroser comme il veulent leurs terres donc ils achètent le minimum d'eau. donc ce processus va aller croissant. Pour la première fois depuis 10 ans l'Australie importe des céréales. Mais le premier ministre a déclaré, à propos de la transition écologique "nous n'allons pas nous engager dans des objectifs irresponsables, destructeurs d'emploi et nuisibles à l'économie". L'emploi donc, avant l'autosuffisance alimentaire. Ils mangent quoi les employés ?
Et en même temps l'emploi c'est le business. Une petite comparaison d'ailleurs. Les feux actuellement en Australie c'est 350 millions de tonnes de CO2.  Les exportations annuelles de gaz et de charbon de l'Australie c'est 1200 millions de tonnes de CO2 émis dans l'atmosphère 
Ainsi lorsque l'économie fonctionne parfaitement bien, elle détruit toujours plus l'équilibre climatique que précisément  les catastrophes climatiques qui en découlent.
Faut-il en conclure que pour maintenir le statu quo il n'hésitent pas à détruire le monde ?
Quoiqu'il en soit ils ne savent pas réparer (comme à Fukushima).
Seulement détruire. Détruire toujours plus. 
Que des dromadaires sauvages, en quête d'eau s'approchent des habitations, la seule solution trouvée c'est d'en abattre 10 000 à l'aide de snipers depuis des hélicos.
Aujourd'hui les chameaux demain les humains.
C'est évident c'est comme ça que ça se passera.
C'est déjà la même logique qui est à l'œuvre en Méditerrannée avec les migrants qui fuient la misère.
On ne les tue pas encore, on les laisse juste se noyer.  
Une société qui ne sait pas répondre ou répond tellement mal, est une société en échec..
Le pire c'est qu'il est vraisemblable que de leur point de vue la catastrophe est bien gérée.  Il n'y a pas trop de pertes humaines, la pénurie alimentaire est évitée par les importations. Il n' y a pas vraiment de désordre, on peut maintenir le feu d'artifice et buter les dromadaires gênants, le secteur de l'économie qui est le plus important pour ce gouvernement n'est pas impacté, l'économie du charbon prospère. Et tant pis si dans dix ans des milliers de gens seront atteints de troubles respiratoires.
Combien de temps ce déni va-t-il durer ? Le coût est trop grand. On voudrait croire que ce coût pourrait bouleverser nos prétentions de toute puissance et nous rendre humble face à la nature.
Est ce que la croyance tes hommes dans l'ingéniosité la créativité le développement technologique pour faire face au dérèglement climatique s'effondre au regard des piètres résultats qui sont obtenus ? Non pas du tout.
La mentalité générale, est de penser qu'à un moment la situation sera tellement critique, qu'une prise de conscience s'opèrera. Mais on est déjà au seuil critique. Cependant comme on peut encore aller au restaurant, prendre l'avion, se chauffer, que nos habitudes ne sont pas encore bouleversées, que la catastrophe est toujours pour l'autre, on continue de procrastiner. Sauf évidemment, ceux qui ont tout perdu.
Ceux qui détiennent aujourd'hui le pouvoir pour défendre leurs intérêts et qui sont incapables de trouver des solutions au présent, ne lâcheront rien et s'accrocheront à leurs prébendes. Les pays riches érigent des murs pour refouler au loin les cohortes de miséreux. Et dans leurs frontières, ils s'efforcent de mater toute contestation. Ils maintiennent une partie des populations dans un servage consumériste, dressant les classes moyennes contre les plus pauvres  (celui qui gagne un million dit à celui qui gagne mille, que tous les problèmes sont dûs à ceux qui gagnent cent et ça marche).  Mais bon, à quoi sert il de ressasser tout ça, cela fait si longtemps que l'on sait... Peut-être y-a-t-il un tropisme destructeur  et suicidaire inhérent à la nature humaine... (Linked with weekend reflection)

jeudi 16 janvier 2020

Pas encore lus 積ん読


Voilà,
une liste de livres dont j'ai noté le titre sans pour autant les avoir encore lus, ni même achetés ou empruntés à la bibliothèque
et peut-êtte d'ailleurs ne le ferais-je jamais
"La persuasion et la réthorique" de Carlo Michelstaedter
"Personne(s)" de Sarah Chiche
"600 exercices à l'usage des acteurs" de Patrick Pezin
"Je vous laisse juge" de Luc Frémiot
"A la manière de " par Paul Reboux et Charles Muller
"Mes rêves" d'Adorno
"Train de nuit pour Lisbonne" de Pascal Mercier
"Vers une écologie sémiotique de la culture" Pierluigi Basso Fossali 
"De la visibilité" de Nathalie Heinich
"La chair interdite" de Diane Ducret
"Terre à ciel" de Carlos Drummond de Andrade
"Clavel Soldat" et "33 jours" de Léon Werth
"Le Sergent dans la neige" de Mario Rigoni Stern
"De la tragédie grecque comme art politique" de Christian Meier
"la langue du troisième Reich" de Viktor Klemperer
"Life" de Keith Richards
"Faits" de Marcel Cohen
mais j'en ai tant déjà qui sont empilés au pied de mon lit.
Il existe d'aillleurs un mot japonais pour désigner la pratique qui consiste à empiler les livres sans les lire
"Tsundoku"
(Linked with the weekend in black and white)

lundi 13 janvier 2020

Trois Motifs sombres





Voilà,
de quarts d'heure en quarts d'heure passés à des occupations ineptes et dénuées d'intérêt, on repousse l'idée de la mort, qui est cependant bien là au travail. Bien sûr ce n'est pas l'apaisement qu'on va chercher dans la contemplation de l'éphémère, du fugace, de l'à-peine-visible, de ce qui a priori ne mérite pas de retenir l'attention, tout au plus un répit. Enfant on pouvait s'émerveiller du frémissement d'une feuille, car ce frémissement-là semblait receler tout le mystère su monde. La caresse du vent sur la joue était une énigme, le mouvement des nuages toujours changeants un enchantement sans cesse recommencé.
Pour ma part je m'étonne encore des ombres, celles des chantiers, par nature transitoires, qui jamais ne se représenteront comme telles. Au fond ne suis pas déjà un peu comme elles ?



dimanche 12 janvier 2020

Nous sommes de trop



Nous sommes de trop.
Ici ou n'importe où :
quelque part nous sommes de trop.
Nous sommes l'excédent
de quelques pierres transversale du destin.

La musique est faite
des foulées d'un adroit animal
qui s'approche et soudain disparaît.
Les paroles sont les spasmes minuscules
d'une herbe menue qui a trop hâte de pousser
et ne trouve pas son propre soleil, sa propre pluie.
Les amours ou personne,
les amours avec personne,
ou personnes avec ses amours,
sont des orphelins qui tètent
à un sein depuis longtemps épuisé.

Les dieux qui sont tombés,
les dieux qui ne tombent pas
parce qu'ils n'ont jamais été en haut,
la forêt non végétale des dieux,
dialogue uniquement
avec la ligne d'horizon qui nous cerne.

Les mains, qui furent jadis
et les choses qui ne furent jamais
S'ajustent dans ce nœud
qui n'emprisonne rien.
Non, il n'y a pas que nous seulement :
tout est de trop.
Ici ou ailleurs.
(Roberto Juarroz)
Linked with Monday murals)

jeudi 9 janvier 2020

Menu Picasso


Voilà,
j'ai déjà évoqué ce séjour à Malaga, en compagnie de ma fille, de ma cousine et de son époux. Plazza de la Merced, à proximité de la maison natale de Picasso, tout est un peu sous le signe de l'illustre peintre, même les menus. Nous n'avons pas mangé dans ce restaurant. Ce jour là, j'ai eu, un certain flair en trouvant dans les parages une excellente cafétéria populaire et bon marché. J'y ai  d'ailleurs pris une photo qui me plaît encore.



 Toutefois nous avons aussi commis quelques clichés touristiques sur le banc représentant un Picasso adulte et dégarni qui n'est jamais venu là  dans sa maturité puisque son dernier séjour remonte à  la fin de l'année 1900 quand il tint à montrer à son ami peintre Carlos Casagemas les lieux de son enfance : la place de la Merced, l’église Santiago où il fut baptisé le 10 novembre 1881, les arènes de la Malagueta, où il avait coutume d'accompagner son père. Il quitta définitivement Málaga le 28 janvier 1901 pour Barcelone, puis pour Paris, en 1904. Quant à Casagemas, il remonta à Paris Fin Janvier 1901, et le 17 février après avoir tenté de tuer la femme qui lui refusait son amour, il se suicida dans une brasserie Bd De Clichy.


 Je me souviens aussi, sur cette même place peu après que ma fille eût pris la photo précédente, avoir volé ce plan. Cette femme absorbée dans la lecture de son smartphone m'intriguait. Elle semblait heureuse. Je l'imaginais aimée autant qu'éprise et l'enviais pour cela. Le monde n'existait plus autour d'elle.
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mardi 7 janvier 2020

Rendre les armes



Voilà,
Incendies monstres en Australie, inondations sans précédent en Indonésie, glaciers recouverts de suie en Nouvelle-Zélande – ce qui à terme en précipitera la fonte  –,  lacs formés dans les hauteurs de  la chaîne de l'Himalaya en raison du réchauffement climatique, et qui un jour ou l'autre se déverseront dans les vallée en contrebas ou provoqueront de considérables glissements de terrains, menaces de guerre sur le Moyen-Orient, folie contagieuse de dirigeants confits dans leur ego et sans autres visions que celles de leurs intérêts particuliers, soulèvements populaires en différents endroits de la planète contre les injustices croissantes que génèrent les oligarchies de tous poils ou des dictatures religieuses. Actes déments individuels, crimes de masse perpétrés un peu partout dans le monde, par des déséquilibrés plus ou moins illuminés
Tout cela vu depuis le chaos, certes encore bien modeste, mais déjà fort instructif, d'une ville à certaines heures saturée de véhicules et de pollution en raison des grèves de transports et où s'exacerbent alors les tensions, les réflexes hideux du chacun-pour-soi, du ressentiment, de la peur aussi, de sorte qu'il m'arrive de plus en plus souvent d'avoir l'impression que c'est plié, qu'il ne sert plus à rien de protester, de s'indigner, de s'insurger, que le genre humain est désespérant. Accablé, découragé, puisque de toute façon les virus de la discorde de la connerie semblent se propager partout dans le monde, la tentation me gagne de lâcher l'affaire, de rendre les armes, d'abandonner définitivement la partie.
Je n'ai plus la force ni les moyens de nager à contre-courant. De toute façon mon temps est passé.

(...)

"Cependant, je peux aisément citer avec reconnaissance tout ce dont la vieillesse nous fait grâce. Le présent le plus cher à mon cœur est le trésor d’images que nous gardons en mémoire après une longue vie et vers lequel nous nous tournons avec un nouvel intérêt lorsque notre activité décroît. Les silhouettes des visages évanouis depuis soixante, soixante-dix ans continuent de vivre en nous, font partie de nous-mêmes, nous tiennent compagnie et nous regardent avec des yeux vivants. Les maisons, les jardins, les villes que nous revoyons sont exactement comme autrefois, alors qu’ils ont disparu ou totalement changé entre-temps. Dans notre livre d’images nous retrouvons, vivants et colorés, les montagnes et les rivages éloignés que nous avons aperçus en voyage des décennies auparavant. Regarder, observer, contempler, devient progressivement une habitude, un exercice, et, insensiblement, l’état d’esprit, l’attitude que cela entraîne influencent tout notre comportement. Comme la majorité des hommes nous sommes poursuivis par nos désirs, nos rêves, nos envies, nos passions, propulsés à travers les années et les décennies de notre existence, impatients, curieux, plein d’espoir, violemment agités par tous nos bonheur et toute notre déception. Mais aujourd’hui, feuilletant avec précaution le grand album de notre vie, nous sommes étonnés de constater à quel point il est merveilleux et bon de se retirer de cette course poursuite, de cette course folle et d’accéder à la vita contemplativa", écrit dans "Éloge de la Vieillesse" Hermann Hesse.
Si nombre de ses livres accompagnèrent ma jeunesse, je dois bien admettre que pour justes que me semblent ses remarques, elles se révèlent cependant d'un piètre secours. Elles ont été écrites après la catastrophe de la seconde guerre mondiale, à un moment où l'histoire offrait en occident un peu d'espoir. Difficile aujourd'hui d'être contemplatif, quand on sait que le monde qu'on laisse à nos enfants ressemble déjà à l'enfer.
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Publications les plus consultėes cette année