vendredi 15 décembre 2017

Falafel


Voilà
la jeune touriste japonaise qui, dans le quartier juif a commandé un falafel, en filme la confection par le vendeur qui le lui prépare

mercredi 13 décembre 2017

Insomnie encore


Voilà,
chaotiques elles fièvrent les pensées, ils tumultent les souvenirs, et si les noms tohubohutent de-ci de là, je ne reconnais pourtant plus rien, ne retiens plus rien, ne suis plus rien. Des moments passés s'agrègent, mais peut-être n'ont ils été que rêvés. Je ne sais pas qui est cette danseuse arrivée des Etats-unis, que j'étais supposé attendre dans un aéroport et dont j'ai aperçu  – c'était où déjà – le visage triste à travers une vitre. Je suis l'hôte du vertige et de la confusion. Parfois tout semble aller à une vitesse folle et quelques temps après tout paraît s'engluer dans l'épaisseur d'un présent sans relief. Je suis dans le frottement, dans tout ce qui vibre et s'effrite, dans le temps grumeleux de l'incertitude, dans le froissement du silence où trébuchent les fantômes. Mon sommeil agité tousse des songes informes. Des obsessions grattent, en bourdonnant comme des mouches, au fond du terrier de l'épuisement dont j'espérais pourtant quelque répit. Alors comme dit le poème d'Aragon,"on veille on pense à tout à rien / on écrit des vers, de la prose / on doit trafiquer quelque chose / en attendant le jour qui vient"

dimanche 10 décembre 2017

Les "Funérailles populaires"


Voilà....
il y a bien des années lors de l'enterrement de Tino Rossi où fut prise la photo pathétique de l' homme au petit sac, et celle plus tendre de l'enfant au pied des barrières sous les jupes de sa mère, j'avais envisagé la possibilité des funérailles de Johnny Hallyday. Donc hier matin je ne pouvais faire autrement que d'aller traîner du côté des Champs-Elysées et de la place de la Concorde, pour prendre quelques photos. C'était comme un vieux contrat que j'avais avec moi-même. Il faisait froid, un grand soleil, une lumière crue et il y avait bien plus de monde que pour Tino Rossi, ça c'est sûr. Une France assez peu métissée, une France bien blanche se trouvait là, avec sans doute pas mal d'électeurs du Front national dedans. Des familles, des vieux rockers avec leur cuir, des motards, des gens modestes, ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts. Nombre d'entre eux semblaient avoir fait le déplacement de province pour rendre hommage à leur idole. Mais aussi des gens plus aisés aux vêtements chics. Beaucoup de gentillesse, de fraternité. De la tristesse mais aussi des chansons que certains fans connaissaient par cœur. J'ai ainsi de nouveau entendu pour la première fois depuis des années "Pour moi la vie va commencer" qui m'a rappelé mes sept ans. Quand sont arrivées les bikers sur leurs Harley-Davidson et leurs Triumph, je me suis tiré. Trop de dioxyde de carbone à ce moment là ; je sais bien que Johnny est mort d'un cancer du poumon, mais quand même... J'ai pensé que la COP21 étaient déjà loin, et les priorités écologiques de notre petit pharaon de la foutaise. Et puis j'ai encore plus la phobie des foules depuis les attentats. Je suis assez vite rentré à la maison. J'ai un peu regardé la cérémonie à la télévision. Le discours de Macron était plutôt médiocre. J'ai cru au début qu'il avait pompé sur la tirade de Depardieu "ton pote Mozart, réincarné, tu vois le coup bonhomme, il est là dans la rue..." dans "Préparez vos mouchoirs" de Bertrand Blier. Heureusement, après il y a eu de belles interventions d'artistes, et les musiciens ont assuré avec beaucoup de classe et de dignité. Ce soir, la télévision raconte que c'est un événement rare, tant de monde dans la rue pour un enterrement. On oublie que le cercueil d'Ambroise Croizat, l'un des fondateurs de la sécurité sociale et du régime des retraites fut accompagné au cimetière du Père-Lachaise par un million de personnes, tout comme celui de Maurice Thorez. Mais tous deux étaient communistes, alors évidemment c'est de l'histoire plus qu'ancienne et surtout c'est celle des vaincus en ces temps de néolibéralisme triomphant.


Bref, beaucoup de gens ce sont aujourd'hui fabriqués des souvenirs. Dommage qu'il n'y en ait pas eu autant pour protester contre la réforme patronale du code du travail ou les nouvelles dispositions liberticides adoptées récemment. Mais bon, on vit dans un monde où l'émotion prévaut sur la réflexion. Quoiqu'il en soit, il est vraisemblable que dans certaines familles on parlera longtemps, de cette journée on se montrera les videos et les photos qui auront été faites au cours de ces heures. Car on se sera beaucoup photographié durant la matinée. Beaucoup. Peut-être que certains se souviendront "c'était quand Trump a décidé de déménager l'ambassade US en Israël de Tel Aviv à Jerusalem !!!". 
Non je déconne.

samedi 9 décembre 2017

John Lennon


Voilà,
le 8 décembre 1980 John Lennon a été assassiné à New-York. C'était le 9 pour nous en Europe. C'était peu de temps après la parution de l'album "Double Fantasy", qui semblait être celui d'un homme enfin apaisé. A l'époque je répétais un spectacle qui s'appelait "Les fils meurent avant les pères" d'après un livre de Thomas Brasch. Un de mes partenaires était un de ces militants communistes qui s'employaient alors à saboter l'union de la gauche à six mois des élections. En plus c'était un gros connard dénué de talent. Le jour où la mort de Lennon a été annoncée, il est venu me faire chier avec un article du journal "L'Humanité" où il était question d'un truc que Mitterrand aurait dit ou fait. J'avais juste envie de lui coller un grand coup de boule et lui latter les couilles, mais bon la production était fragile et les metteurs en scène un couple d'amis. Même par la suite ils n'ont d'ailleurs jamais vraiment été foutus de m'expliquer clairement pourquoi ils avaient engagé une telle buse, qui jouait tout de même le rôle d'un allemand de l'est qui veut passer à l'Ouest. Enfin bref, c'est une autre histoire. La mort tellement absurde et si injuste de Lennon m'avait alors terriblement attristé, parce qu'il me semblait qu'il avait encore beaucoup à inventer et que sa sensibilité manquerait désormais terriblement au monde. Cet homme à l'humour si subtil était aussi un écorché vif. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de chanteurs qui se soient aussi exposés et livrés de manière aussi déchirante que lui dans cette interprétation de "Cold Turkey". Il ne triche pas quand il exprime la douleur du sevrage. Le timbre si particulier de sa voix me bouleverse toujours autant.


vendredi 8 décembre 2017

J'aime / Je n'aime pas (4)


Voilà,
j'aime les journées ensoleillées d'hiver quand il fait froid et sec
je n'aime pas devoir me réveiller tôt contre mon gré
j'aime déambuler mollement parmi des œuvres d'art contemporain
je n'aime pas nettoyer le dessus des meubles de cuisines ni derrière le réfrigérateur
j'aime marcher dans les amoncellements de feuilles mortes en traînant des pieds
je n'aime pas ce que Trump et les Evangélistes américains font au monde ni le tour que prennent les événements
j'aime la voix sensuelle de Chrissie Hynde
je n'aime pas l'heure d'hiver
j'aime les paysages merveilleux que les rêves peuvent parfois vous offrir
je n'aime pas cette panique d'attentat qui me saisit parfois dans les transports en commun
j'aime encore à mon âge les calendriers de l'avent 
je n'aime pas les gens qui toussent dans les espaces publics sans mettre leur main devant la bouche
j'aime aller regarder des matches de rugby au pub écossais de la rue François Miron
je n'aime pas les homme assis  les jambes écartées dans les espaces publics
j'aime quand la foule du stade de Murrayfield, juste après les cornemuses reprend a capella "Flowers of Scotland"
(linked with the weekend in black and white)

mercredi 6 décembre 2017

Un Mort chasse l'autre



Voilà,
une mort éclipse l'autre. Hier on n'en avait que pour Jean d'Ormesson, cet aimable écrivain de droite mais si médiatique, et si sympathique, télégénique, affable, courtois au point qu'on se disait, "ah si tous les aristocrates avaient été aussi distingués, il n'eût point été nécessaire d'en décapiter autant". Et puis cette nuit Johnny Hallyday est mort. Les journaux du matin n'ont pas pu faire leur première page sur ce  récent événement qui supplante l'autre. Du coup deux images de la France sont offertes en couverture du journal "Le Monde" et du "Figaro". C'est vrai que la disparition d'un artiste de variétés renommé ou d'une vedette de cinéma populaire atteste du fait que, quoiqu'on veuille, on est assigné à une appartenance, une histoire collective, une identité nationale. Johnny Hallyday, malgré son pseudo à consonance américaine (assez ridicule quand on y songe) et le fait qu'il soit d'origine belge, constitue un élément important et particulièrement représentatif de la culture populaire française des soixante dernières années. Même si je ne l'ai jamais particulièrement apprécié (je ne possède aucun disque de lui dans ma discothèque et j'avais plutôt tendance à le considérer comme un gros blaireau), il a toujours existé et fait partie du paysage. Dans le milieu des années soixante il était la vedette incontestée des baby-boomers. C'était l'époque où tout ce qui venait d'Amérique, et en particulier le rock, les vêtements (c'est l'apparition des jean's) les films était objet d'adoration. Et puis les Américains avaient délivré la France, ils disposaient de bases militaires dans ce pays, et le commandement intégré de l'OTAN se trouvait même non loin de Paris. Ce chanteur tout au long de sa carrière a épousé presque toutes les modes sans jamais quitter le paysage médiatique national. Je ne peux pas m'empêcher pour ma part de l'associer à un oncle ( l'oncle Jean-Jacques, tu me rappelles Jean-Jacques disait la génitrice quand elle voulait être blessante) que je trouvais très con et qui était un de ses fans absolu, et aussi bien sûr à des souvenirs souvenirs d'enfance. Par exemple l'Algérie, ses disques  — mais aussi ceux de Danyel Girard (Petit Gonzalez) ou Richard Anthony (quand j'entends siffler le train) — diffusés sur le bord de la piscine de l'hôtel de Djelfa, lors de soirées dansantes. Je me rappelle après l'une d'elles, un retour terrifiant dans une Mercédès décapotable conduite par un certain Sportès, où debout derrière, je hurlais d'effroi à cause de la vitesse, et mon géniteur assis à la place du passager s'esclaffait joyeusement. Je me rappelle aussi de vacances chez mon grand-père, et l'on rapportait dans le journal Ouest-france que lorsqu'il était passé dans la commune de Doué-la-Fontaine, des jeunes (ceux qu'on appelait alors les blousons noirs) avaient dévasté la salle de concert (c'était comme un rituel). Enfin bref, Johnny est mort, il a toujours fait partie de mon paysage sonore, et donc pour beaucoup c'est le premier jour de la France sans lui. Mais ce peuple n'en continuera pas moins d'être arrogant braillard chauvin râleur et d'une grande veulerie, et ses garçons de cafés seront toujours aussi désagréables dans l'ensemble.
A part ça les Italiens ont encore Adriano Celentano. C'est un autre style, plus roublard, plus coquin, et assez déjanté. Il a quand même fait en 1973 un rap en mishmash.

mardi 5 décembre 2017

Between the moonlight and the lane


Voilà,
l'hiver t'angoisse. Tu te sens plus fragile que jamais, périssable. Est ce à cause de tous ces arbres nus, des jonchées de feuilles mortes, de ce gris uniforme où le jour se noie ? La pâle clarté de la lune émergeant des nuages derrière un lacis de branches te semble un cadeau. Cette maison te fascine. Tu t'es toujours demandé à quoi pouvait ressembler son intérieur. Tu voudrais refaire le chemin inverse. Retrouver ce temps où tu n'étais pas encombré de ce que tu es devenu. Où tu avais encore quelques croyances et de naïves certitudes. Où tu étais encore au printemps de ta vie. Le soir tu écoutais "Songs of love and hate". A présent tu te sens "between the hour and the age". And "the street is the very same". Peut-être es tu simplement en train d'éprouver ce que la langue allemande nomme la Torschlusspanik, la peur qu'il soit trop tard pour faire quelque chose, pour trouver une solution afin de se tirer d'affaire


dimanche 3 décembre 2017

Dans des temps et des espaces enchevêtrés


Voilà,
une image qui rend (un peu) compte de ce que j'éprouve et de la façon dont je perçois les choses. J'existe dans des temps et dans des espaces enchevêtrés. Ma perception elle est comme ça, et je ne peux pas faire autrement. Elle est dans l'intrication de lieux et de moments différents. Mon imaginaire, ou plus précisément l'imaginaire dans lequel je me trouve, ce par quoi je suis possédé, je me le représente comme un univers perpétuellement en inflation, constitué de rubans de moebius aux surfaces légèrement réfléchissantes où s'inscrivent de nouvelles images. Ils ne cessent de s'ajouter les uns aux autres et de s'entrelacer tels des anneaux boroméens de sorte que tout ce qui peut apparaître, apparaît toujours dans un infini processus de transformation. Je ne peux me satisfaire qu'ici et maintenant ne soit pas non plus ailleurs et entre-temps. Je voudrais être musique.

samedi 2 décembre 2017

Seine, hiver, jour tombant


Voilà,
c'était le mercredi 29 Novembre 2017, vers 17h30. Le jour était en train de tomber, je traversai la Seine, et la lumière m'a soudain paru très belle. En fait un bateau-mouche venait de passer, un autre allait venir. Je regrettais de n'avoir pas eu le réflexe de prendre une photo de gens sur le pont en train de photographier avec leur smartphones et leur tablettes. J'aimais bien toute ces petites lueurs. Et puis je me suis aperçu que les batteries de mon appareil photo et de mon smartphone étaient épuisées. Alors je me suis dépéché de saisir cet instant. J'étais quand même content d'être là, à ce moment précis. J'ai pensé que cette ville était vraiment splendide à certaines heures. Une vie que je traîne, que je flâne dans ces quartiers, que je m'étonne toujours de la beauté des bords de Seine, à quelque saison que ce soit de l'année. Les jours qui avaient précédé, ne vague et hivernale mélancolie s'était pourtant insinuée en moi, à cause de la faiblesse, de la santé déclinante, des symptômes divers de dégradation, de la fatigue, bref à cause de la jeunesse enfuie. Je songeais à toutes les choses que je n'ai pas accomplies parce que je suis fondamentalement lent paresseux et velléitaire, et à celles que je n'aurais pas la force ni le courage de réaliser ou d'achever. Le temps passe de plus en plus vite. Il me faudrait encore mille vies pour jouir de toutes les beautés du monde.

vendredi 1 décembre 2017

J'ai enterré ma raison dans ma main


Voilà,
"J'ai enterré ma raison dans ma main, ma tête je la tiens droite et gaiement, mais ma main pend d'un air las, ma raison la tire vers la terre. Voyez la un peu cette main, cette petite main à la peau dure, parcourue de vaisseau, couturée de rides, avec ses grosses veines et ses cinq doigts, comme il est bon que j'ai pu sauver ma raison en la mettant dans ce récipeint discret. Ce qui est surtout avantageux, c'est que j'ai deux mains. Comme dans un jeu d'enfant je demande : dans quelle main ai-je mis ma raison ? Personne ne peut le deviner, car en un clin d'œil je peux joindre les mains et faire passer ma raison de l'une à l'autre" Franz Kafka (Cahiers divers et feuilles volantes) - the weekend in black and white

vendredi 24 novembre 2017

Blue Lagoon


Voilà,
sans doute ai-je tendance à montrer autre chose que ce que j'ai vraiment vu, ou plus précisément, j'entrevois toujours autre chose que ce qui s'offre réellement à mon regard. L'image de la réalité ne me suffit pas, ne m'a jamais suffi. J'ai besoin que cela soit autrement, à ma convenance. Si je ne transforme pas un tant soit peu, j'ai l'impression que cela ne vaut pas la peine d'être là. Déjà, que toutes ces photos ne représentent en fait qu'une poignée de secondes dans mon existence (comptons en un bon millier sur ce blog, prises au 125ème de seconde et faites le calcul ça ne fait pas bézef). Evidemment, je ne suis pas architecte et je n'interviens que fort modestement sur le monde. Je suis plutôt du genre contemplatif voire paresseux, alors les photos c'est très bien. Mais revenons à celle-ci. Elle a été prise au blue lagoon, considéré par ses promoteurs comme une des vingt-cinq merveilles du monde. Oui c'est vrai, c'est bien, ça m'a plu, j'ai adoré, en dépit de l'odeur d'œuf pourri, me tremper dans cette boue chaude et soufrée dont la couleur fait vraiment la joie du daltonien que je suis, mais bon faut pas exagérer non plus, ce n'est pas la barrière de corail, ni les Marquises. Comme je n'avais que du noir et blanc, et que je ne pourrais pas faire la même photo que tout le monde, j'ai plutôt imaginé ça. D'ailleurs, il s'agissait moins pour moi de garder le souvenir de ce paysage que d'en imaginer une possibilité (the weekend in black and white)