mercredi 13 novembre 2019

L'autre qui porte mon nom



Voilà,
L'autre qui porte mon nom 
a commencé à me méconnaître. 
Il se réveille où je m'endors, double la conviction que j'ai de mon absence,  
occupe ma place comme si l'autre était moi, 
me copie dans les vitrines que je n'aime pas, 
creuse les cavités que j'élude, 
déplace les signes qui nous unissent 
et visite sans moi les autres versions de la nuit.

Imitant son exemple,
 j'ai commencé à me méconnaître. 
Peut-être n'est-il d'autres manière 
de commencer à nous connaître
(Roberto Juarroz)

lundi 11 novembre 2019

Gastronomie orientale



Voilà,
il n'y a pas très longtemps la docteure de la sécurité sociale, pour m'inciter à équilibrer mes repas, m'a cité une phrase de Mao Zedong qui aurait dit quelque chose comme "le repas du matin c'est pour moi, celui de midi pour mon ami, celui du soir pour mon ennemi" J'ai voulu m'assurer de la véracité de ce propos, non seulement parce que je n'aime pas faire des citations approximatives mais aussi parce que l'embonpoint (et là, au passage, je relève une incohérence orthographique dont la langue française a le secret) de Mao ne me semblait pas attester une diététique convaincante. J'ai donc cherché sur internet et je n'ai rien trouvé à ce sujet. En revanche, les hasards de la sérendipité m'ont amené à cet article fort intéressant que je reproduis ici intégralement:
"Le 31 mars 2012, l’illustrateur tokyoïtes Mao Sugiyama a fêté son 22e anniversaire en optant pour une chirurgie élective d’extraction génitale, connue sous le nom « d’annulation de genre ». Une fois ses organes génitaux retirés, ils ont été congelés et remis à Sugiyama dans un sac en plastique.
Pour couronner le tout, il a offert de vendre ses organes sous forme de repas pour 100 000 ¥ (1 250 $). Et aussi surprenant que cela puisse paraître, six personnes ont précommandé le repas…
Voici le tweet qui a tout déclenché :
« Veuillez retweeter. J’offre mes organes génitaux masculins (pénis complet, testicules, scrotum) comme repas pour 100 000 yens…. Je vais préparer et cuisiner comme l’acheteur le demande, à son emplacement choisi. »
Sugiyama, qui se dit « asexué », est un illustrateur japonais qui aspire à se départir de tous traits sexuels au point de pouvoir « porter publiquement des vêtements transparents ». Pour atteindre son but, le jeune homme a décidé d’enlever tous ses organes génitaux. Mais ce qui vient ensuite est encore plus choquant. Au début, il envisageait de consommer ses propres organes génitaux, mais il a ensuite décidé de les offrir sur Twitter, pour 100 000 ¥ à la première personne ou groupe intéressé. Il a reçu six commandes…
Après que son tweet soit devenu viral, Sugiyama a annoncé qu’il organisait un banquet public, dans lequel il cuisinerait et servirait ses propres organes à la demande de ses clients. La veille de l’événement, l’artiste a tweeté « Je commence à les décongeler », accompagné d’une photo. Le 13 avril, une foule d’environ 70 personnes s’est présentée à l’endroit du banquet, qui a été organisé à Suginami, l’un des 23 arrondissements spéciaux formant Tokyo. L’un des six acheteurs a finalement annulé, mais les cinq autres étaient prêts à obtenir ce pour quoi ils avaient payé.
Habillé comme un cuisinier, Mao Sugiyama a découpé et cuit ses propres organes génitaux le jour J, et les a servi à ses clients curieux. Afin d’être complètement dépourvu de tout trait sexuel, Sugiyama a également enlevé ses mamelons et prévoyait de les servir également, mais après les avoir brûlés avec de l’hydroxyde de sodium, il ne restait apparemment pas grand-chose à cuisiner.
Avant d’organiser le banquet, l’illustrateur japonais s’est fait examiner pour d’éventuelles maladies sexuelles. Les cinq personnes assez folles pour manger ses organes génitaux ont également dû signer un accord libérant Sugiyama et les organisateurs de l’événement de toute responsabilité découlant de la consommation d’organes génitaux humains.
Sugiyama avait plaisanté en disant que se débarrasser de ses organes génitaux réduisait les chances qu’il soit un jour accusé « d’exposition indécente ». Malheureusement pour lui, son événement a été considéré par les autorités comme un acte d’exhibitionnisme. Le maire de Suginami n’était pas content de l’événement ni de la mauvaise publicité qu’il faisait.
La police de Tokyo a ouvert une enquête et a accusé Sugiyama « d’exposition indécente », ce qui aurait pu lui coûter deux ans de prison. La police a tenté d’obtenir un aveu de culpabilité de la part de Sugiyama, mais l’artiste a refusé, affirmant qu’il ne violait pas la loi de quelque manière que ce soit. Il faut dire que le cannibalisme n’est pas illégal au Japon, et l’accusation d’indécence ne s’appliquait pas parce que tous ceux qui assistaient à l’événement savaient exactement dans quoi ils s’engageaient.Une fois que l’histoire a commencé à s’estomper, la colère du maire a également baissé. En février 2013, l’affaire contre Sugiyama a finalement été abandonnée.
On vit une époque formidable non ?
Et puis cette photo, prise il y a quelques années au musée du Louvre, de visiteurs asiatiques dont je suis incapable de deviner s'ils sont japonais ou  chinois, et qui attendait depuis longtemps un texte pour l'accompagner me semble avoir enfin trouvé sa place. De cela je ne suis pas mécontent.

samedi 9 novembre 2019

Trente ans déjà

 

Voilà,
il y a trente ans, lorsque le mur de Berlin est tombé, j'avais l'âge des résurrections et j'étais de passage dans un théâtre de la banlieue de Lyon pour y jouer en tournée la pièce de Brecht "Tambours dans la Nuit". Une femme venait de s'installer chez moi, à Paris, sans m'avoir prévenue qu'elle était mariée (je me rappelle soudain ce détail auquel je n'avais pas pensé depuis des années). Pendant les semaines qui avaient précédé, Jean-Paul Wenzel, notre metteur en scène, avait été tout excité par ce bouleversement d'autant plus historique — je parle bien entendu de Berlin — qu'en plus d'être inattendu, il se produisait sans effusion de sang. Mais là, évidemment, l'émoi était à son comble ."Tu te rends compte" répétait-il, "cet été j'ai déjeuné à Avignon avec Heiner Müller, et il disait que jamais de son vivant il ne verrait la chute du mur". 
Célèbre dramaturge est-allemand, Heiner Müller, pour ceux qui ne le connaissent pas, avait cette particularité d'être un écrivain qui, après avoir été censuré et exclu de l'union des écrivains de son pays dans les années soixante, avait été réhabilité en 1973. Par la suite, il fut toujours un ardent défenseur du socialisme et de la RDA tout en étant critique à l'égard des autorités de son pays. Il a néanmoins pu, dans le courant des années quatre-vingts, disposer du privilège de pouvoir librement circuler non seulement en République Fédérale Allemande, mais aussi dans les pays de l'Ouest, où nombre de ses pièces étaient représentées.
Son cas est significatif : cet écrivain et metteur en scène  résolument socialiste qui s’est somme toute maintes fois brouillé avec le Parti qui le considérait trop critique a toujours trouvé une façon de se faire publier ou de monter des spectacles – malgré des difficultés administratives périodiques. En fait, c’est peut-être par la menace de ternir l’image de la RDA à l’étranger qu'il parvenait à créer un espace de négociation dans les coulisses du régime afin d’obtenir des avantages (et ils étaient nombreux ceux accordés à l'intelligentsia) pour sa propre carrière et sa propre liberté d’expression. 
Que Heiner Müller, lui même n'eut pas soupçonné un tel bouleversement — je prête, peut-être à tort, aux artistes une plus grande capacité de ressentir les frémissements du monde  — nous rappelle combien ce fut alors une fracture dans la compréhension des phénomènes historiques. D'ailleurs avec certains membres de l'Intelligentsia est-allemande il s'est par la suite opposé à la réunification.
Je me souviens avoir regardé avec une vague stupéfaction ces images joyeuses où les berlinois des deux bords fraternisaient en s'étreignant devant la porte de Brandebourg côté ouest, et des premiers coups de pioches contre le mur, et puis le concert de Rostropovitch et tout ça. Une amie, dont la conscience politique ne s'est jamais démentie depuis que je la connais, et qui est encore active et toujours engagée dans les luttes émancipatrices qui secouent le monde, avait aussitôt décidé de se rendre à Berlin, afin d' être au cœur de l'événement. De cette époque j'ai retrouvé cette photo de nuit à Bourg en Bresse, où nous avions joué quelques jours plus tard, prise sur le chemin de mon hôtel, après un de ces dîners au restaurant réunissant la troupe après la représentation.
(linked with the weekend in black and white)

vendredi 8 novembre 2019

Pensif et perplexe

un bel éphèbe, pensif et bien musclé


Voilà,
ce blog a dix ans
et ma fille dix-huit
je suis certes bien moins musclé que ce Marius
méditant au jardin du Luxembourg
mais tout aussi pensif et perplexe que lui.
Pardon, ma fille, pardon
pour ce monde où tu vas faire ta vie d'adulte
ce n'est vraiment pas celui que je voulais 
Shared with skywatch Friday

mercredi 6 novembre 2019

Ces Retrouvailles



Voilà,
Je ne parviens pas à écrire sur ces retrouvailles début Septembre, lors de l'anniversaire de ma très chère amie Delphine, dans la maison du Loir et Cher, parce que j'en ai été fort secoué et que depuis je me sens dans un état étrange.  Delphine et moi nous connaissons depuis quarante-six ans. Nous nous croisons de temps à autre à Paris. Entre mes dix-sept et mes trente et un ans nous sommes beaucoup vus. C'est la petite sœur d'Agnès, mon premier amour avec laquelle, lorsque nous nous sommes séparés, nous avions passés la moitié de notre vie ensemble. Elle sont toujours là les trois sœurs. Les filles de Philippe et Dominique. Laurence, Agnès et Delphine. C'était ma famille.
La première image de Delphine qui s'est imprimée dans ma mémoire je m'en souviens très bien. Hilare, et plutôt moqueuse. Elle devait avoir quatorze ans. C'était un dimanche midi rue de Vaugirard. J'y avais été invité pour déjeuner. Pour mes parents c'était bizarre. C'était la première fois que j'étais invité chez des gens qu'il ne connaissaient pas. Ma génitrice avait insisté pour que je n'arrive pas les mains vides, et en effet lorsqu'elle m'a ouvert la porte Delphine a vu un gars légèrement emprunté avec un modeste bouquet de fleurs à la main, et elle m'a souhaité le bonjour en se foutant un peu de ma gueule. Je débarquai dans un monde étrange, dans une famille à la fois bourgeoise et assez anticonformiste. Le repas m'avait un peu décontenancé. Ce jour là le père n'était pas là. On ne mangeait pas une entrée, un plat principal et un dessert, mais on picorait dans une multitude de plats différents autour d'une table ronde dans la cuisine dont la fenêtre donnait sur la tour Montparnasse en construction, qui n'était encore qu'une colonne de béton centrale autour de laquelle on montait les différents étages.
Mais je reviens à ce week-end. Il y avait là beaucoup de gens que je n'avais pas revus depuis dix ans vingt ans et même quarante. Et puis ceux que j'avais connus enfants, qui jouaient dans mon salon et qui sont à présent parents. Pendant ces deux jours j'ai vu défiler une grande partie de mon existence, et aussi des possibilités inaccomplies de ma vie. C'était en même temps merveilleux, étrange, déconcertant, paradoxal. Je me sentais à la fois bien et complètement déconnecté. Intensément dans le présent tout autant que dans le passé, errant dans une familière étrangeté, comme si j'avais absorbé une substance hallucinogène. Moi qui ne vais pas souvent dans les fêtes, j'avais accepté l'invitation, sans doute parce que je me suis dit qu'il n'y aurait peut-être plus beaucoup d'occasion de s'apercevoir, parce que désormais bien des choses vont probablement avoir la saveur des dernières fois sans que je ne le réalise vraiment. Peut-être d'ailleurs m'avait on invité persuadé que de toute façon je déclinerais la proposition comme il m'est arrivé tant de fois de le faire. Enfin bref j'y étais. Je devais avoir l'air idiot. Je crois que je n'ai jamais autant souri bêtement.

En fait, Je n'avais rien anticipé, rien imaginé. À cause de ma prosopagnosie j'ai mis un certain temps à reconnaître des gens jeunes, à refaire des connections, à deviner qui est la fille ou le fils de qui. Pareil pour la maison. Il y avait des pièces que j'avais totalement oubliées. Ou qui avaient complètement changé. Les arbres dans le jardin avaient poussé. Tout me racontait que les années avaient passé sans moi, et plus que jamais je me sentais comme un vieil enfant qui somme toute s'est bien peu aventuré. Je réalisais que j'avais tout fait en dépit du bon sens et un peu trop tard. Ou peut-être n'avais-je rien fait rien choisi, Je m'étais laissé porter au gré de ma fantaisie, et parfois au gré de celle des autres. J'ai toujours eu l'impression de ne pas vraiment coïncider avec la réalité, d'être toujours plus ou moins en décalage, inadéquat. Au fond j'ai toujours pensé que ma présence au monde était une anomalie, un accident et que j'étais en trop. Du moins, tant que je vivais avec mes géniteurs. Ensuite beaucoup d'amour m'a été donné et d'amitié. Oui c'est pour ça que j'avais accepté l'invitation. Parce que certains parmi ces gens avaient été ma famille et que j'avais grandi avec eux. Et que même si nos chemins s'étaient séparés, ils étaient toujours là, et leur empreinte demeurait en moi, indélébile. Qu'ils devaient bien se souvenir quelle sorte d'infirme de l'existence je suis, et qu'ils ne m'en tiendraient pas trop rigueur. Mais quand même, il y a toujours eu ce sentiment d'être en inadéquation. Jamais à la bonne place. Peut-être même que lorsque je mourrais, j'aurais encore la sensation que ce n'est pas tout à fait à moi que cela arrive.

J'ai, en particulier revu Suzan, la correspondante anglaise de Delphine, qui était à Châteaudouble en 1973, lorsque Dominique avait transformé la maison en une colonie de vacances pour les amis et amies des filles. Nous ne sous étions pas retrouvés depuis, et ce fut quelque chose de fort et de chaleureux. Comme si ces quarante six ans n'avaient été qu'une parenthèse. C'est cela qui me trouble.

Dans cette parenthèse je suis tout de même devenu le père d'une fille intelligente et talentueuse qui m'émerveille qui d'ici peu sera déjà une adulte. Il a fallu donner plus d'amour que je n'en possédais et faire preuve d'un courage que je n'avais pas, pour qu'elle vienne au monde, pour qu'une femme qui n'a jamais pris la mesure de ce qui m'inquiétait, la porte et la délivre, et fasse de moi un homme que je n'imaginais pas être. Et pour cela, pour cette obstination, pour ce désir, qui n'était pas simplement pas juste un désir d'enfant, mais aussi que je sois le père de cet enfant, je lui suis reconnaissant. Ma fille a donné un autre sens à ma vie. Par la suite des choses, des comportements, des valeurs acquises au contact de cette famille, lui ont été transmises. Si ma fille lorsqu'elle était petite, s'est endormie en écoutant des suites de Bach, ou le concerto pour clarinette de Mozart, ou des pièces de Vivaldi, c'est que j'ai découvert ça grâce à eux qui m'ont en partie éduqué.
Ma vie a pris un autre tour... Je ne suis sûrement pas devenu ce que je souhaitais être. Sous bien des aspects je m'y suis pris comme un manche, j'aurais peut-être du faire quelques concessions à un moment donné, maisj'en étais bien incapable. Et puis je ne me suis jamais vraiment projeté dans le futur. Je crois que j'ai toujours eu un problème avec le temps. Je ne pensais pas que j'arriverai jusque là. J'ai oublié d'arriver à maturité. Je suis passé directement d'immature à blet.
 Tout cela est très confus. J'ai du mal en ce moment à faire la part des choses. La vie n'est pas simple ces temps-ci. Je pense à ces trois vers d'Aragon "La pièce était-elle ou non drôle / Moi si j'y tenais mal mon rôle / C'était de n'y comprendre rien". Plus que jamais, j'en suis là. Les temps redeviennent difficiles. Vieillir, je ne trouve pas ça terrible pour le moment. Ça passe trop vite une vie. Comme l'a dit je ne sais plus trop qui, la vieillesse vient trop vite et la sagesse trop tard.
Mais est-ce bien le lieu où raconter tout ça, et le moment de le faire ?
D'ailleurs est-ce bien nécessaire ? Et pourquoi ne puis-je m'en empêcher ?
Quoiqu'il en soit, ce fut un beau weekend. Deux mois déjà.
Depuis, j'ai retrouvé des images du temps où nous étions insouciants...
Quand je laissais les sœurs me maquiller et que je ne rechignais pas à me déguiser.
"Ah jeunesse ! (il marmonne quelque chose qu'on ne peut pas comprendre) la vie, elle a passé, on a comme pas vécu (il se couche)" . Firs, dans "La Cerisaie" de Tchekhov


mardi 5 novembre 2019

Le Courage des Oiseaux


Voilà,
je n'ai pas beaucoup l'occasion de portraiturer des animaux, et ce n'est pas quelque chose qui me vient spontanément à l'idée. Et puis j'habite dans une ville. Mais, il y a quelques jours, c'était la fin de l'après midi, le temps commençait à fraîchir, j'ai aperçu par la fenêtre de la cuisine, ce moineau, tout recroquevillé sur la rambarde de la coursive. Je l'ai photographié derrière la vitre pour ne pas le déranger. Sa présence m'a ému à ce moment là, sans doute parce qu'il me paraissait si vulnérable, si démuni, et si courageux. J'ai repensé à la chanson de Dominique A. (ce chanteur qui n'a pas son pareil pour me filer le bourdon), qui, chaque fois que je l'entends, me ramène dix ans en arrière et fait surgir dans ma mémoire un certain visage et quelques épisodes de ce qui fut une heureuse illusion. (shared with our world tuesday

jeudi 31 octobre 2019

Squelettes et Citrouilles


Voilà,
Halloween n’est arrivé en France qu’en 1997, promu part les entreprises américaines comme Disneyland, Coca-Cola, McDonald’s qui l'ont présenté comme une vieille tradition celte, venue de Gaule, pour dissimuler une opération marketing et augmenter les ventes du mois d'Octobre. Mais s'il est avéré qu'en France, les confiseurs enregistrent une hausse de 30 % des ventes en octobre, l'engouement n’est pas le même qu’aux Etats-Unis, car Halloween n’est pas enracinée dans la culture française, même si de la fin du Moyen-Age, jusqu'au début du XXéme siècle, les petits bretons, notamment du Finistère, creusaient les betteraves pour leur donner une allure inquiétante à cette époque de l'année, pratique qui existe parait-il, encore sous le nom de nuit des betteraves grimaçantes (Rommelbootzen) mais cette fois-ci en Moselle. 
Néanmoins, c'est l'occasion pour les boutiques  de déguisement et de farces et attrapes de se surpasser dans la décoration de leurs vitrines comme ici au bas du Boulevard Arago. Hier, j'ai vu une longue file d'attente devant un semblable magasin car la fête, liée à cet événement connaît, dans les milieux urbains, un certain succès auprès des jeunes et des trentenaires, comme s'il s'agissait d'un carnaval d'hiver. A Paris et dans plusieurs grandes villes, de nombreux bars et discothèques se mettent ce soir à l’heure d’Halloween.
Pour ma part, je trouve toujours plutôt étrange l'exposition de ces crânes de ces squelettes, car la mort est tout de même déjà très présente dans nos actualités. Les grands massacres de populations civiles en Afrique, au Moyen-Orient, les cadavres de migrants en Méditerrannée et en de nombreuses frontières du monde, sans parler des meurtres de masse souvent perpétrés aux Etats-Unis, nous rappellent que c'est Halloween un peu toute l'année. (Shared with weekend reflections)

mercredi 30 octobre 2019

Dormir dans le Métro


Voilà
Il n'a pas choisi. S'est débrouillé pendant des années. A tenté de résister, de s'adapter. A bien fait semblant dans la mesure de ses moyens. Peu à peu les distractions s'étaient réduites. Il ne trouvait plus le moyen de donner le change. Et puis sa façade de rires a fini par se lézarder. Trop d'usure, trop de fatigue. Tout était devenu insipide. Emilio Tempranillo a senti ses forces décliner. Peu à peu il a fini par renoncer. Sans vraiment s'en rendre compte il s'est lentement laissé déchoir. L'espace étriqué de la petite chambre qu'il avait acquise pour ses vieux jours l'oppressait. Afin d'y échapper et de ne pas rester des heures allongé sur son lit, il s'est mis à voyager dans le métro, passant ses journées sur ce réseau qui n'était pas virtuel. Mais il n'y avait personne à qui parler. Ou plus exactement, personne qui voulait lui répondre lorsqu'il parlait. Alors de plus en plus souvent il a commencé à s'assoupir sur les banquettes. A se laisser transporter comme un vieux paquet abandonné. Le soir il retournait chez lui. Puis il a fini par rentrer de plus en plus tard. Un soir, c'était au cœur de l'été, il eut du mal à se souvenir de l'endroit où il demeurait. dans la journée il y avait eu comme un petit claquement dans son œil. Il avait éprouvé une certaine gêne. Tout paraissait un peu plus flou. Il s'est tassé sur lui lui-même, sans s'en rendre compte il s'est pissé dessus. A un moment il a cru entendre quelqu'un lui faire une remarque. Ou peut-être un reproche. Ou bien une menace. C'était une langue qu'il ne comprenait pas. Un enfant pleurait. Fini pensa-t-il. Et en effet il était déjà mort.

dimanche 27 octobre 2019

Vampires


Voilà,
en ce moment la cinémathèque française propose un festival de films de vampires ainsi qu'une exposition qui leur est consacrée. A l'intérieur sur la plupart des murs du bâtiment construit par Frank Gehry se découpe cette silhouette inspirée du "Nosferatu" de Murnau.  (linked with Monday mural)

vendredi 25 octobre 2019

Bus de nuit à Montparnasse


Voilà,
ces reflets urbains et nocturnes dans la vitre du bus me ravissent. Je veux dire par là qu'ils m'emportent autant qu'ils me séduisent. Ils offrent un peu de poésie à la confusion du monde et aux désordres de la pensée. Dans ces superpositions fugitives glissant à la surface du verre, toutes choses — visages incertains ou enseignes lumineuses — s'égalisent et se renvoient les unes aux autres dans les dédales d'une réalité fantôme qui ne cesse de se dérober.
En outre, toutes ces apparitions disparaissantes, témoignent aussi d'un bref moment de l'humanité circonscrit à quelques régions du monde, où l'on s'est efforcé de conjurer la peur de la nuit par une débauche de lumière artificielles, d'éclairages, de néons... C'est dans la clémente parenthèse de cet espace-temps relativement préservé de la barbarie qu'il m'aura été donné de vivre et c'est tout de même une chance.
Certains, prédisant un vraisemblable effondrement de cette civilisation, augurent que cela ne saurait durer et que d'ici quelques décennies nous en serons de nouveau réduits à devoir affronter nos peurs ancestrales. Quoiqu'il en soit, la surprise toujours renouvelée de ces visions, de ces plans juxtaposés, de ces enchevêtrements de motifs, où bien des mystères semblent pour toujours cachés, continue d'étonner l'enfant qui a préservé sa demeure dans un corps qui certes n'est plus aussi alerte qu'autrefois, mais s'efforce encore, autant que faire se peut, de penser "à sauts et à gambades".(shared with weekend reflections)

mardi 22 octobre 2019

Les Tortues du jardin des plantes


Voilà,
cette photo fut prise il y a dix ans au Jardin des Plantes à Paris. J'étais venu me promener avec ma fille. J'aurais tendance à supposer que la vie intérieure des tortues est assez sommaire, surtout celle des tortues de zoo, mais il est tout à fait possible que je me trompe. Je vivrai évidemment moins longtemps qu'elles (quoique de récentes informations démentent cette intuition) mais j'ai parfois l'impression de leur ressembler, tant je passe d'heures dans mon lit sans grande envie de sortir ni de bouger, à penser à la taille de mes ganglions, aux douleurs de plus ou moins grande intensité disséminées un peu partout dans mon corps et que je ne puis décrire précisément, à mon compte en banque, au désordre domestique, aux projets en plan, au peu de choses nécessaires et au trop de choses inutiles que je laisserai à ma fille, sans pour autant être capable d'agir en conséquence. 
"Impossible de mettre de l'ordre dans l'élémentaire" écrivait Beckett dans "Le Monde et le pantalon". Eh oui. 
Mais pour passer à un sujet plus gai cette histoire que j'aime bien :  un pauvre homme très âgé transporte sur la route un énorme fardeau. La route monte et l'homme n'en peut plus. Il souffle de plus en plus, se courbe à tel point que sa charge tombe à terre. Il se lamente alors :
- Je ne veux plus vivre  ! Que la Mort vienne et m'emporte !
La Mort se présente à lui. 
- Tu m'as appelée, me voici
- Oui aide moi à remettre cette charge sur mon dos.

dimanche 20 octobre 2019

J'aime / Je n'aime pas (9)


Voilà
J'aime cette péniche aux parois peintes sur le canal de l'Ourcq
Je n'aime pas les escalators qui ne fonctionnent pas
J'aime faire les courses le dimanche matin rue Daguerre
Je n'aime pas les gens qui circulent en trottinette électrique n'importe comment sur les trottoirs
J'aime le fait qu'Henri Salvador ait transformé la chanson "shame on you" en "j'aime tes genoux"
Je n'aime pas les critiques d'art de théâtre et de littérature
J'aime les maisons à l'intérieur desquelles flotte une bonne odeur de soupe
Je n'aime pas les commentaires politiques de la chaîne BFMTV et je ne comprends pas  qu'elle soit diffusée dans les lieux publics
J'aime retrouver la nuit en rêve des personnes perdues de vue depuis longtemps ou qui ne sont plus de ce monde
Je n'aime pas l'utilisation abusive du mot acteur dans les expressions telles que les locataires acteurs de leur cadre de vie, ou bien comment devenir un acteur du changement
J'aime les dimanche après-midi quand on fait des gâteaux avec les enfants
Je n'aime pas les intonations de curé de notre président qui transpire l'hypocrisie
J'aime mélanger des couleurs au pastel sec
Je n'aime pas quand les supporters anglais de rugby chantent le "swing low, sweet chariot"
J'aime la sensation d'accomplissement que procure une journée de ménage complet
Je n'aime pas qu'il y ait de plus en plus de brutalités policières disproportionnées lors des manifestations contre la dérégulation sociale
 J'aime les après-midi studieux à la maison quand il pleut dehors
Je n'aime pas cet acharnement de toute une tripotée de vieux cons envers Greta Thunberg
J'aime écouter la radio la nuit
Je n'aime pas cette sensation de suicide collectif de l'humanité
j'aime la musique composée par Quincy Jones pour "In cold blood" de Richard Brooks
Je n'aime pas le manquement à la parole donnée
J'aime raconter des blagues qui font rire ma fille
Je n'aime pas quand la lunette des toilettes ne tient pas à la verticale
J'aime la Suze Perrier avec deux glaçons

shared with Monday murals)

vendredi 18 octobre 2019

Dormir pour oublier (29)


Voilà
"Chacun s'en va comme il peut,
les uns la poitrine entrouverte,
les autres avec une seule main,
les uns la carte d'identité en poche,
les autres dans l'âme,
les uns la lune vissée au sang,
et les autres n'ayant ni sang, ni lune, ni souvenirs.

Chacun s'en va même s'il ne peut,
les uns l'amour entre les dents,
les autres on se changeant la peau,
les uns avec la vie et la mort,
les autres avec la mort et la vie,
les uns la main sur l'épaule
et les autres sur l'épaule d'un autre.

 Chacun s'en va parce qu'il s'en va,
les uns avec quelqu'un qui les hante, 
les autres sans s'être croisés avec personne,
les uns par la porte qui donne ou semble donner sur le chemin,
les autres par une porte dessinée sur le mur ou peut-être dans l'air,
les uns sans avoir commencé à vivre
et les autres sans avoir commencé à vivre.

Mais tout s'en vont les pieds attachés,
les uns par le chemin qu'ils ont fait,
les autres par celui qu'ils n'ont pas fait
et tous ce par celui qu'ils ne feront jamais."
(Roberto Juarroz)
Shared with the weekend in black and white

jeudi 17 octobre 2019

La Plage de Cabourg


Voilà,
ce matin, après une nuit luxueuse, — comme seuls peuvent en offrir certains tournages — passée dans le grand hôtel de Cabourg, devenu mythique grâce à Marcel Proust, elle était belle et apaisante la vision de cet attelage au loin et de ce promeneur solitaire avec son chien sur la grève. La triste réalité de ce monde entraîné dans une macabre farandole semblait irréelle alors que c'était la sensation de paix suggérée par le lieu et le moment qui sans doute était illusoire. Ailleurs continuaient les déclarations délirantes de quelques présidents les répressions policières en Equateur, en Catalogne, en Belgique, en France, sournoisement tues par les médias, mais toutefois relayées par les réseaux sociaux, les massacres de Kurdes perpétrés en toute impunité, ceux des yéménites, et de tant d'autres populations qui ne font pas la une de l'actualité. Non loin, des chalutiers géants continuaient d'assécher la mer de ses poissons, des particules toxiques de contaminer les sols, et d'empoisonner le sang de ceux qui ont combattu le gigantesque incendie dont on a peu parlé parce que l'hagiographie d'un ancien président corrompu que l'on savait particulièrement affaibli avait la faveur de l'actualité des médias soucieux de diffuser une rubrique nécrologique abondante car préparée depuis longtemps.  Oui j'en étais là, non pas à étirer de longues phrases dans ma tête, mais à jouir de cet air iodé qui n'était peut-être pas aussi sain qu'il y paraissait. Qu'importe, il y avait la joie fragile et enfantine du dépaysement, le bruit des vagues au loin, et le martèlement bien audible des sabots du trotteur sur le sable mouillé. Ces menus plaisirs qui font le sel de la vie, étaient là, offerts, comme ces mets délicieux à la table de petit-déjeuner du salon Balbec, que j'avais préalablement dégustés avec bonheur et gourmandise. Longtemps que je n'avais mangé de bon cœur du saumon au petit-déjeuner. (shared with skywatch friday)

mardi 15 octobre 2019

Contemplation



Voilà, 
à nous (mes rares semblables et moi) qui vivons sans savoir vivre, 
que reste-t-il, sinon le renoncement pour mode de vie, 
et pour destin la contemplation ? 
(Fernando Pessoa)

dimanche 13 octobre 2019

Faire le gogol


 
Voilà,
J'aime bien faire le gogol. Le gars qui articule pas bien, qui parle fort en bavant un peu, le regard fixe les bras ballants. Je fais ça avec des copains... tout seul... quand j'ai besoin de relâcher la pression... Je ne fais pas semblant. D'ailleurs je ne fais jamais semblant. Je fais un point c'est tout. Mais quand je gogolise, je suis au plus près de moi. Je suis dans la juste expression d'une part de moi. Certaines personnes croient que je me moque. Je me suis jamais moqué des déficients, des handicapės, des bancals. J'en suis un. Au bout d'un moment ça finira bien par se voir. Je sais que ça en effraie quelques uns quand je suis dans cet état. Peu de gens, sont capables d'accepter cette dimension d'eux mêmes. Évidemment parfois j'ai peur que ça me porte malheur. Je pourrais tout aussi bien me retrouver à parler comme ça après un accident vasculaire cérébral, par exemple.

(...)

Débile, "clown, ras risible" comme écrivait Michaux. J'ai joué il y a longtemps dans un court métrage intitulé "Pointête", un gars un peu simplet qui se premait pour un coureur cycliste. Je crois avoir été assez convaincant, puisque des gens pensaient que ce n'était pas un acteur qui jouait. A l'époque, j'attendais ma fille, et j'avais peur que cette interprétation me porte malheur et que mon futur enfant soit autiste. J'étais sacrément ébréché à l'idée de devenir père. D'ailleurs la mère de ma fille, en dépit de ses nombreuses qualités, ne m'a jamais vraiment pardonné cette faiblesse, mais c'est une autre histoire.

(...)

Il y a ce film aussi dans lequel j'aurais adoré jouer. "Les Idiots" de Lars Von Trier. Lui je n'aime pas tous ses films – ce qui ne signifie pas que les films de lui que je n'aime pas soient pour autant mauvais –, mais "Les Idiots" me paraît un chef d'œuvre absolu. Je me souviens en particulier d'une scène ou deux personnes ne peuvent baiser ensemble qu'en faisant les débiles.
D'ailleurs arrive-t-il que les clowns fassent les clowns en baisant ? Il faudrait que je demande à Violaine qui est clown et prof de philo si elle l'a déjà fait.

(...)

Il y a aussi me semble-t-il un exemple littéraire de quelqu'un qui décide de tomber le masque et de faire parler son fou-écrivain : c'est Gary quand il devient Ajar. Le "dispositif Ajar" me fascine encore aujourd'hui pour le paradoxe qu'il constitue : montrer tout en restant caché, tomber le masque et le garder à la fois, être l'un et l'autre, tout en préférant être l'autre plutôt que l'un. De toute façon quand on a offert au monde une certaine image de soi, les gens ne veulent plus vous voir autrement. Et Gary a très bien compris qu'il ne pourrait renouveler son art qu'en devenant un autre, et précisément cet autre là.

(...)

Tous ces trucs auxquels je pense en traînant de-ci de là, entre deux photos, avec des projets dans la tête, de plus en plus difficiles à réaliser en raison de la fatigue. Peter Handke, le dernier prix Nobel de littérature a écrit un essai sur la fatigue, mais je ne me suis jamais résolu à le lire. Trop fatigant, je crains. La photo pour ça c'est bien, c'est ce que je connais de plus reposant. Je peux le faire en me promenant. Oui, mes propos sont peut-être décousus, (quoique j'ai déjà fait pire) mais même si j'ai de plus en plus de mal à articuler une pensée j'ai cependant encore quelques trucs à raconter. Ça me fait du bien.
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mercredi 9 octobre 2019

Passager de la nuit


Voilà,
"Il m'est arrivé à plusieurs reprises, au cours de ma vie accablée par les circonstances, de vouloir me libérer de certaines d'entre elles, et de me retrouver assiégé par d'autres circonstances du même ordre, comme s'il existait définitivement une inimitié à mon égard dans la trame incertaine des choses. J'arrache de mon cou une main qui m'étouffe. Je vois alors que ma propre main, qui vient d'arracher l'autre, a fait tomber une corde autour de mon cou dans le geste même qui me libérait. J'écarte la corde prudemment, et c'est de mes propres mains que j'en viens presque à m'étrangler."  Je me suis replongé depuis peu dans la lecture du Livre de l'Intranquillité, récemment rebaptisé " Livre de l'Inquiétude" — mais je m'en tiens cependant toujours à cette première traduction, sans doute parce que c'est sous ce titre que j'ai découvert cette œuvre, et que c'est toujours cette même version que je consulte — et plus encore qu'autrefois certaines pages m'évoquent Kafka, sans doute à cause de leur proximité commune avec l'univers nocturne et celui des rêves. "Si loin que je m'enfonce en moi-même, tous les sentiers du rêve me ramènent aux clairières de l'angoisse" pourrait, comme le passage précédemment cité avoir été écrit par l'auteur de "La Métamorphose". Oui tous deux sont vraiment des passagers de la nuit, comme cet homme solitaire aperçu au cœur d'une nuit qui n'était ni de Prague ni de Lisbonne. (shared with the weekend in black and white)

mardi 8 octobre 2019

Quatre espèces d'hommes


 Voilà
"Quatre espèces d’hommes se mêlent dans le monde : les rusées et les simples, les circonspects et les agités. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie sans se comprendre. Et chacun estime qu’il a atteint la plus profonde sagesse.
Quatre espèces d’hommes se mêlent dans le monde : les discoureurs adroits et les simples d’esprit, les niais et les serviles. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie sans jamais se fréquenter. Chacun considère son attitude comme la plus subtile.
Quatre espèces d'hommes se mêlent dans le monde : les malicieux et les impudents, ceux qui ont un jugement hâtif et les railleurs. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie. Ils ne s'éveilleront jamais les uns aux autres à la connaissance vraie et chacun croira être maître de ses talents. 
Quatre espèces d’hommes se mêlent dans le monde : les hypocrites et les importuns les impavides et les hésitants. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie. Ils ne se font aucune critique, mais chacun tiendra sa voie pour la meilleure. 
Quatre espèces d'hommes se mêlent dans le monde : les mondains et les solitaires, les tyranniques et les volontaires. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie. Ils ne daigneront pas se jeter même un regard, car chacun croit marcher avec son temps. 
Voilà la conduite de la foule et son aspect est multiforme. Tous cependant suivent la voie du destin". (Lie Tseu in "Le vrai Classique du Vide parfait")

vendredi 4 octobre 2019

Une légère perturbation


Voilà,
D'une fois sur l'autre il semble que cela ait bougé. Est-ce une illusion ? On dirait que la disposition n'est plus tout à fait la même. Que les choses se trouvent à un autre endroit que précédemment. Ou bien ai-je déjà la tête à l'envers ? D'ailleurs se trouvent-elles les choses, ou bien font elles semblant de se perdre ? Ce médaillon, cette sculpture, ces dominos, ce portrait dans son ovale, cette broche étrange et vaguement équivoque, étaient-ils déjà là ou ne les avais-je point remarqués ? Ces choses, il me semblait bien pourtant les avoir vues. Et sans doute est-ce le cas, mais les avais-je pour autant bien vues ? Se donnaient elles à voir ou voulaient elles seulement prêter à confusion ? Ici est le lieu d'une douce et perturbante étrangeté. Et si toute chose est toujours à sa place sans qu'aucune place ne lui soit définitivement assignée, c'est que l'esprit du lieu, terriblement espiègle et prenant un malin plaisir à créer du trouble, commande aux choses de toujours s'ordonner différemment. Ici, tu es comme dans un poème qui ne cesserait jamais de s'écrire de se modifier de se transformer. Ces choses que tant de chairs, à présent décomposées, ont touchées palpées transportées, les serrant peut-être contre une poitrine où battait fort un cœur, ces miroirs sur le tain desquels ont glissé des légions de silhouettes depuis longtemps évanouies dans l'oubli, ces objets qui ont parfois traversé plusieurs siècles en survivant à ceux qui les avaient aimés et possédés, sont les héritiers des morts et les messagers des fantômes. Voilà pourquoi ils ne tiennent pas en place : ils ne cessent de s'appeler et de se répondre. Tant d'histoires les traversent, tant de songes les occupent. 
(shared with weekend reflections)

mercredi 2 octobre 2019

Quelque chose de si rare qu'on se le cache



Voilà,
"Parfois, un souvenir d'un ordre particulier vous tient tout le jour en haleine. On retrouve dans sa mémoire, un détail que l'on reconnaît pour l'avoir vu, sans savoir où on l'a vu, sans pouvoir l'identifier tout à fait. Il s'agit d'un ameublement, d'un paysage, d'un parfum, d'une bribe de conversation, d'un fragment de visage, de l'expression fugitive d'une physionomie connue et anonyme et chaque fois une émotion vous étreint de bonheur, de regret ou de désir. On voudrait savoir, on voudrait voir davantage. On sait qu'on a été heureux à cet endroit, à cause de telle chose, de tel être, mais quand ? Où ? Il s'agit là d'un rêve en partie oublié, qui ne s'est pas fixé dans la mémoire avec toutes ses circonstances bien qu'il représente parfois une de nos expériences les plus profondes, les plus sûres, peut-être la seule que nous ayons du bonheur, et demeure en nous ce prestige, ce charme répandu sur tout le jour, et parfois sur toute la vie, mieux qu'un charme, une science, la certitude, la certitude d'avoir un secret, quelque chose de si rare qu'on se le cache, qu'on se le dérobe même à soi-même pour mieux le garder". Marcel Jouhandeau in " De l'abjection"
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mardi 1 octobre 2019

Effleuré d'un présage de mort

 
Voilà
"Je me sens parfois effleuré, je ne sais pourquoi, d'un présage de mort… Que ce soit une maladie vague, qui ne se matérialise pas en douleur et tend par là même à se concevoir comme une fin, ou que ce soit une fatigue si grande, réclamant un sommeil si profond, que même dormir ne puisse lui  suffire – ce qui est sûr, c'est que j'ai l'impression d'être un malade proche de sa fin et qui laisse, sans violence ni regret, ses faibles mains lâcher la courtepointe qu'il sent sous ses doigts. (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité")
Sinon, je me souviens de Jessye  Norman, en 1983 au théâtre des Champs-Elysées, dans ce spectacle de Bob Wilson, "Great day in the morning". Elle y interprétait des spirituals "expression de l'âme d'un peuple et témoignage de la douleur humaine" comme elle le disait elle-même. Sa présence immobile, et la facilité avec laquelle elle chantait, m'avait fasciné. Plus tard, grâce à mon ami Pascal, je la vis en 1988, dans Elektra, Ariane à Naxos de Strauss, au Metropolitan de New-York. Et puis un an plus tard, place de la Concorde, chantant la Marseillaise pour les fêtes du bicentenaire...

dimanche 29 septembre 2019

En sortant de l'école


Voilà,
cet été à Avignon, non loin des remparts, il y avait cette fresque sur un mur à proximité d'une école, et j'ai alors repensé à ce poème de Jacques Prévert que chantaient si merveilleusement Yves Montand mais aussi les Frères Jacques (shared with Monday mural)




En sortant de l'école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré
Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires
des cinq doigts de la main
tournant la manivelle
d'un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins

Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la Terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l'hiver
qui voulait l'attraper
Mais nous sur notre chemin de fer
on s'est mis à rouler
rouler derrière l'hiver
et on l'a écrasé
et la maison s'est arrêtée
et le printemps nous a salués
C'était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie du chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture
et en bateau à voiles.

jeudi 26 septembre 2019

Longtemps après, un autre Septembre


Voilà,
tout au bord du lac, ce bar avec son palmier et son toboggan, se donne des airs de tropiques. On se croirait sur un lagon. Cela n’existait pas autrefois. Mais cela aurait pu. Port-Maguide, sur le lac de Cazaux, pour moi, c’était le bonheur paisible, la joie de mes jeudi après-midi, la récompense après dix kilomètres de pédalage sur ces routes qui traversaient la forêt puis longeaient la rive. C’était l’enchantement de vivre non loin de là tout au long de l’année, et de pouvoir me rendre au lac, parfois en bande, mais le plus souvent seul, avec le sentiment de vivre une grande aventure. L’enchantement de vivre tout simplement. Là tout à ma solitude, allongé sur le sable fin, submergé par l’odeur des pins, je rêvassais, j’espérais du monde qu’il puisse toujours être harmonieux, et juste comme ce paysage. C’était ma Californie, mes îles Marquises, c’était un paradis. Ce temps est passé, quant à cet espace je ne m’y suis pas enraciné. D’ailleurs, je ne me suis enraciné nulle part. Tout au plus ai-je été greffé ici ou là. N’étant de nulle part, je cherche toujours un ailleurs. Cette photo ne capte pas le Réel, elle redonne forme et matière à ce qui a disparu, mais demeure encore vif. Non pas photo-souvenir, mais photo d’un souvenir. 
(shared with the weekend in black and white)

dimanche 22 septembre 2019

Au bord du cercle de famille


Voilà,
je me tenais au bord du cercle de famille. Il ne pouvait en être autrement puisque ce n'était pas la mienne. D'ailleurs de famille je n'en avais plus depuis longtemps. Je pouvais enfin mettre parfois des visages sur des noms. Ou bien des visages m'évoquaient une possibilité de nom mais sans pour autant que je parvienne à trouver lequel. On me reconnaissait parfois sans que je sois néanmoins capable de rendre la pareille. Il arrivait qu'on me demandât la raison pour laquelle j'étais là, et je ne savais trop quoi répondre ne sachant pas quelle place prendre ni même si une place m'était vraiment assignée. (shared with Monday murals)

vendredi 20 septembre 2019

Près du bord



Voilà,
Ils disparaissent peu à peu ceux qui, parce qu'ils en étaient les voix les visages, ont enchanté ta jeunesse. Les refrains qu'ils chantaient, les films où ils apparaissaient, accompagnaient tes joies tes inquiétudes autant que tes espérances et tes chagrins. Ils agrémentaient ton quotidien et coloraient une époque. Tu ne soupçonnais pas leur puissance émotionnelle qui à bas bruit déjà commençait à propager son onde secrète vers ce futur incertain où tu te tiens à présent. Au fur et à mesure que disparaissent tes vieilles idoles c'est aussi quelque chose de toi qui s'arrache, pareil à un bout de chair laissant la plaie à vif. Et comme s'aiguise alors la conscience que toi aussi tu approches dangereusement du bord, tu retournes, vers les lieux que tu as toujours connus plus ou moins semblables. et où tant d'objets qui survivent depuis si longtemps à ceux qui les ont conçus ou possédés sont si harmonieusement disposés. La beauté qui s'en dégage, chaque fois retrouvée quand que tu passes dans les parages te rassure alors. Sans doute parce qu'elle te donne, une illusoire sensation de  pérennité.
 (linked with weekend reflections)

mercredi 18 septembre 2019

Tu le connais toi Ralph Vaughan Williams ?



Voilà,
tu le connais toi Ralph Vaughan Williams ? Tu en as déjà entendu parler ? Parce que moi jamais. Bon c'est vrai j'ai de grandes lacunes en musique classique en dépit de tous les efforts que je pourrais faire (j'ai écrit un post il y a longtemps au sujet de mon rapport à la musique classique mais je ne l'ai jamais publié — un jour peut-être, il y en a tant qui attendent...) mais je ne suis pas sûr que beaucoup le connaissent. C'est un anglais. Si tu veux en savoir plus, tu fais comme moi, tu cherches sur internet. Je te mets même pas le lien parce que j'ai la flemme. Bill peut-être il doit connaître, parce qu'il touche sa bille apparemment question musique. Ce matin, j'ai entendu ça, à 6h 45. Je me suis souvenu qu'il fallait que je le retrouve. C'est la surprise du jour. Ça me réjouit toujours de découvrir quelque chose que j'ignorais surtout à l'orée d'une journée où je dois consacrer le peu d'énergie qu'il me reste pour une activité stupide et absolument pas culturelle et à une période où j... mais bon passons à autre chose. C'est dommage que les anglais pauvres imposent au reste de leur pays de quitter l'Union européenne. Revenez les anglais, on vous aime parce que vous n'êtes pas comme nous, parce que vous avez inventé des tas de sports avec des règles toutes plus absurdes les une que les autres, parce que vous êtes excentriques, parce que c'est si bon de voir une autre équipe vous battre au rugby, parce que c'est vous qui retapez le mieux les bicoques en Dordogne (même si vous y cachez dans votre garde-manger des boîtes de baked beans), parce qu'il n' y a que vous pour inventer un truc aussi stupidement drôle et délirant que le Portsmouth symfonia orchestra  parce que les monthy python et le ministère des marches ridicules, parce que Shakespeare parce que l'accent so délicieusement british de Francis Bacon, parce que c'est le seul pays où les vendeuses de cigarettes t'appellent "darling", parce que les tenues vestimentaires de la reine qui te confiment qu'être daltonien n'est pas un handicap, parce que les Beatles les Stones et les Sex Pistols et Vera Lynn aussi, parce que Ralph Steadman, and so on and so on vous pouvez continuer la liste moi je vais me coucher je suis trop fatigué. Bref tout ça pour dire qu'il y a encore plein de choses qu'on ignore des Anglais et qui sont tout à fait valables, et que voilà, c'est trop con de se séparer, on a encore des tas de choses à se raconter. En attendant je vous envoie, aux anglais et à tous les autres, une petite carte postale de Paris prise hier, alors qu'il faisait beau et chaud. D'ailleurs j'étais en short, comme un parfait touriste. Le saule du bout de l'île de la Cité que je n'avais pas vu depuis longtemps m'a paru magnifique (Linked with skywatch friday)

lundi 16 septembre 2019

Le Doute


Voilà,
parfois au contraire de ceux qui passent indifférents et pressés à proximité de ces trop nombreux corps inanimés gisant sur l'asphalte, il arrive que, déconcerté par une telle immobilité, quelqu'un se rapproche, inquiet peut-être à l'idée de se retrouver en présence d'un cadavre.

dimanche 15 septembre 2019

Au coin d'une rue



Voilà,
Il mord ses doigts, gratte ses croûtes, mange ses peaux mortes. Mâchoire serrée il avance à pas lents dans les rues sales et répugnantes de cette ville perpétuellement en chantier qu'il ne reconnaît plus. Des questions l'assaillent comme des flèches. Voudrait somnoler. Dans certains pays paraît-il existent des bars à sieste, pas ici, dommage. Car, de plus en plus souvent cotonneuse, la réalité. Ou bien poreuse friable transparente peuplée de figurants sans épaisseur ni densité. À cause de la fatigue son rayon d'action s'amenuise. Plus goût à rien. N'avance pourtant pas les bras ballants. Conserve encore quelque maintien. Observe à droite à gauche respecte les feux tricolores traverse au passage-piétons. Même si dedans délabré. Se souvient de cette lointaine époque où  transporté de ci de là, sans avoir à décider de quoi que ce fût, il n'avait qu'à regarder. Premiers temps de la vie où tout n'était que contemplation sans projet. Sans nécessité aucune de formuler, de rendre des comptes. De se justifier. C'était bon. Aurait pu tout aussi bien s'arrêter de vivre alors. Bien sûr n'aurait pas connu les plaisirs de la chair. Ni ses démons. Ah ! Jours sans fantômes et sans autre désir que chier manger dormir et pour le reste simplement voir entendre. Sûrement les choses n'étaient-elle pas aussi simples. C'est fou comme on enjolive. Finalement ne restent que les bons moments. Bonne nature tout de même. Optimiste, oui. Presque joyeux drille en dépit de la mélancolie cette méduse qui remonte sournoisement des profondeurs de l'être, c'est joli ça, les profondeurs de l'être. Il devait y avoir de la souffrance c'est pas possible autrement. Mais oui les dents les boyaux et tout plein d'autres trucs. De la sensation d'abandon aussi, de la méduse déjà. Aujourd'hui n'a plus envie de responsabilité. Sent bien qu'il lâche l'affaire. N'aura finalement pas su conduire sa barque. On dit conduire ou mener sa barque ? Épuisé de toujours donner le change, de sauver les apparences. Parfois les mendiants lui demandent la monnaie qu'il n'a pas. À quoi bon se lever se laver sortir marcher il pourrait tout aussi bien rester dans son lit dormir se branler écouter la radio procrastiner peu importe l'ordre, mais il s'obstine encore à marcher. C'est donc qu'il y a de l'insurgé en lui, du résistant. Il lui reste encore un peu de révolte. D'ailleurs, la fugitive vision d'un vieillard crispé sur trottinette électrique suffit amplement à justifier un telle rébellion. Le ridicule ne tue pas, mais l'on en vient parfois à se réjouir du danger des carrefours. Qu'il crève ! Et puis il y a les murs aussi. Bien énigmatiques parfois les murs, au détour d'une rue. 
(Shared with Monday murals)

jeudi 12 septembre 2019

Liste des bonnes nouvelles



Voilà,
Un soir, dans une gare au milieu de nulle part, en attendant un train qui me ramènerait sur Paris j'ai songé qu'il me fallait répondre au défi lancé par Francis J. en commentaire d'une de mes publications du mois d'Août. Je me suis donc efforcé d'écrire une liste de bonnes nouvelles.

Un particulier vietnamien invente des pailles faites d'herbes sauvages et emballées dans des feuilles de bananiers.

L’association Faire Avec, fondée par trois femmes architectes récupère les déchets de chantiers du secteur du bâtiment qui en produit plus de 50 millions de tonnes chaque année, pour rénover les logements des personnes en situation de précarité.

Développé avec l’institut de microbiologie de Guangzhou en Chine, le Cleansebot est un petit robot qui se glisse sous vos draps pour nettoyer votre lit des acariens et bactéries récalcitrants avec une technologie baptisée « désinfection par rayonnement ultraviolet ». Il se faufile partout dans la maison et peut même nettoyer votre clavier d’ordinateur, nid à bactéries par excellence (400 fois plus que dans vos toilettes !).

Une start-up danoise invente des sous-vêtements qui ne se lavent que toutes les quatre semaines… Un réflexe écologique dans des conditions d’hygiène parfaitement pensées. .Les sous-vêtements sont recouverts d’une formule à base d’argent. Cette fine couche d’argent a des propriétés antibactériennes et va détruire au fur et à mesure plus de 99.9% des bactéries présentes dans le tissu. Les bactéries sont responsables des odeurs et donc si les bactéries sont éliminées, les odeurs le sont aussi. Il suffira de laver en machine les sous-vêtements toutes les quatre semaines pour les porter de nouveau. 

Des gens optimistes nous délivrent des messages d'optimisme (bah oui logique !!!) comme par exemple Mitchell Joachim, professeur de pratique à l’Université de New York (États-Unis) qui considère que « L’humanité a créé la majeure partie des problèmes de notre société et, par conséquent, l’humanité a le pouvoir d’apporter des solutions. » ou bien Giulio Prisco, écrivain, expert en technologie, futuriste, cosmiste et transhumaniste (Italie) qui pense que "L’humanité a fait des choses merveilleuses sur Terre et peut continuer à faire des choses encore plus merveilleuses parmi les étoiles, à condition que nous conservions une saine réserve d’optimisme sans bornes, irrévérencieux et déraisonnable." et puis aussi "La thèse de l'effondrement peut nous aider à construire un monde meilleur" (Pablo Servigne) 

Mise au point en 2012 par deux chercheuses promises au prix Nobel, la Française Emmanuelle Charpentier et l’Américaine Jennifer Doudna, la méthode “CRISPR Cas9” permet de couper, de remplacer ou de modifier un gène dans l’ADN d’un être vivant. Une technique extrêmement prometteuse, qui sera très utile dans la thérapie génique. On pourra mieux combattre les maladies en intervenant directement dans l’ADN.

Des chercheurs de l’Université du Wisconsin ont réussi à écrire un message sur Twitter uniquement par la pensée, en se concentrant sur des lettres apparaissant sur un écran. Objectif : concevoir des « prothèses neurales », qui permettront à des personnes handicapées de communiquer par ordinateur ou de piloter leur fauteuil roulant au moyen de la pensée.

Des Américains ont fabriqué deux enzymes artificielles d’une complexité sans précédent, qui pourraient s’avérer utiles pour détruire le pétrole lors d’une marée noire ou créer des bioplastiques. La fabrication d’enzymes artificielles progresse à grands pas. Les enzymes que fournit le corps humain ou d’autres êtres vivants ont beau être capables de prouesses qu’aucun produit de synthèse ne parvient encore à imiter, elles sont parfois instables et longues à produire. 

Ce sont les chiens eux-mêmes qui éclairent depuis peu un parc canin de Cambridge, au Massachusetts, grâce à un biodigesteur qui transforme leurs excréments en méthane, lequel alimente un réverbère à gaz. Un outil simple et efficace pour convertir directement des déchets en source d’énergie.

Des Japonais ont inventé la machine qui au lieu de broyer les documents les transforme en un doux papier toilette qui ne vous martyrisera pas plus la pastille. Bon ça coûte encore à peu près 100 00 dollars, mais souvenons nous qu'au début un lecteur DVD ça coûtait 4000 francs

Donc je devrais pouvoir chanter comme Maurice Chevalier "dans la vie faut pas s'en faire" 

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mardi 10 septembre 2019

Une image paisible


Voilà,
vers la fin Aout 2019 au bois de Vincennes. Une journée paisible et ensoleillée. Mon frère est reparti de chez moi le matin même. J'ai lavé les draps les ai fait sécher. Ensuite je vais voir l'exposition "Paris-Londres music migrations 1962-1989" au Musée National de l'Histoire de l'Immigration. Puis je loue un vélo et me balade autour du lac de Minimes à Vincennes où ça canote pas mal. Paris ne s'est pas repeuplé car il reste encore une semaine entière de vacances. L'image donne une impression paisible. Sans doute au moment où je déclenche, ai-je envie que le monde ressemble à cela, à cette illusion. Verdure et azur limpide. Farniente. La simple beauté des choses et l'acceptation sereine du temps qui passe. Oui je voudrais tant y croire. (Linked with Our world tuesday)

jeudi 5 septembre 2019

We're the one to the sun


Voilà,
lors de ce lointain séjour à New York, j'ai souvent réalisé des photos volées, dans le métro, dans la rue où il pleuvait souvent. J'errais essayant d'oublier. Il me semblait que ma vie s'écroulait. J'avais tout le temps envie de pleurer. Évidemment, la plus belle et la plus métaphorique du séjour, je ne l'ai pas prise. Quand j'y pense encore aujourd'hui, je réalise à quel point j'étais perdu. Mon ami Pascal m'avait offert le voyage, et organisé à la hâte tout le séjour, pour ne pas me laisser dans cet état à Paris. Ce jour-là, j'ai trouvé que ce type ressemblait à William Burroughs, alors j'ai déclenché en espérant que le métro ne se transforme pas en machine molle.
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mardi 3 septembre 2019

De quelques piscines



Voilà,
celle de Djelfa, dont il reste une photo quelque part et qui fut sans doute la première où je suis allé
celle de Saumur où à douze à treize ans je sautais du plongeoir de dix mètres
celle de Draguignan où nous allions après les courses avant de remonter sur Châteaudouble
celle de Malakoff avec sa pelouse où nous passions des après midi entières avec Jacques Nolot
les Bains Deligny sur la Seine que nous fréquentâmes beaucoup l'été 1979 avec Thierry, Mimi, Jacques et Didier
celle de cet hôtel en Tunisie où Constance, infatigable et fière me montrait comme elle savait plonger
celle toute petite de l'École Polytechnique à Paris qui sentait le chlore
celle de la rue de Sèvres avec ses cabines à l'étage et qu'on voit dans "les bonnes femmes" de Chabrol
celle de Parentis en Born où j'ai appris à nager
celle de la porte de Vincennes où j'ai passé l'épreuve de natation du brevet
celles de ces gens aux Arcs qui ne cessaient de parler de leurs amis les Martin-Chauffier
celle de la maison d'Aline où nous avons passé tant d'étés et en particulier celui caniculaire de 2003
celle du bateau qui nous a conduit de Travenmüde à Helsinki lors de la tournée des Zeppelins en 1979
celle du Hilton de Manille au bord de laquelle on prenait le soleil et des cocktails avec Didier avant d'aller donner nos cours 
celle de l'île de la Barthelasse à Avignon où je ne suis pas retourné depuis 1996, c'était avec Christelle et Beatrice Catry
celle de Mussidan un peu vétuste et guère ombragée à laquelle je pense pourtant assez souvent
celle un peu sale du Luxury beach hôtel de Karachi
la piscine Joséphine Baker en bord de Seine dont le toit ne s'ouvre jamais vraiment, même l'été
celle de cet Hôtel de Madère avec une vue plongeante sur la mer
celle de la villa de Villeneuve-lez-Avignon louée par Sophie et ses copines au milieu des cyprès et des pins
et la plus récente celle de la maison des parents d'Elsa, enserrée dans un jardin
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lundi 2 septembre 2019

Entre deux mondes



Voilà,
ta langue passe et repasse derrière la dent qui bouge un peu. Tu es intrigué par ce légère ébranlement. Tu traînes sur les berges du fleuve qui scintille sous le soleil de midi. Tourmenté cependant par de lancinantes pensées dues à ce message découvert le matin même sur ton portable alors que tu étais à peine réveillé. Ces mots sobres et pudiques publiés par une lointaine connaissance sur un réseau social qui ne te lâchent pas "Comment écrire l’impensable...Mon amour, mon ami, mon amant, le père de mes enfants, mon *** s’en est allé, trop tôt. Assis face à la mer, son cœur a lâché... Grande est notre douleur mais nous tiendrons le cap."
Tu ne cesses de penser à elle, que tu connais depuis des années sans vraiment la connaître, toujours souriante, toujours aimable, simple et solaire, et dont tu as des nouvelles régulières par ce réseau social qui donne l'illusion d'une proximité. Et tu te souviens l'avoir croisée cet été un soir au festival. Elle était toujours aussi jolie.
À présent tu marches à côté de tes pas. Tu regardes les passants. Les joggers qui transpirent dans l'effort. Les lourds cumulus immobiles dans le bleu du ciel semblent presque artificiels. C'est le premier jour de Septembre. Tout semble pourtant paisible, en suspens. Dans un coin de ta tête une bluette qui te rappelle ton enfance. Tu n'as plus envie de regarder tes mails. D'entendre les actualités. Tu veux juste marcher seul, sachant pourtant combien la solitude te coûte. Ne plus vivre que dans un monde futile de musique et de refrains. Être encore plus improductif. Jouir du temps présent. Tu voudrais que la mort ne te trouve pas maussade si elle devait te prendre par surprise.


(...)

Le lendemain, tu marches encore. Cette fois dans ce quartier où tu as tant et tant de fois déambulé depuis tant et tant d'années. Comme souvent tu reviens vers la boutique des songes, celle qui a toujours été là, devant laquelle sans jamais oser en franchir le seuil, tu t'es si souvent attardé depuis que tu habites cette ville. Une jeune femme t'en ouvre la porte, affirme qu'elle te reconnaît et c'est vrai puisqu'elle articule ton prénom. Elle t'accueille avec une bienveillance inattendue. Bientôt, elle te raconte l'histoire de ce lieu qui appartenait autrefois à une aïeule, t'explique qu'elle y a grandi. Elle te confie ce qu'elle imaginait qui s'y passait la nuit quand tout était fermé, elle te montre des objets, t'indique leur provenance. Tu te sens vaguement embarrassé de ton corps tu voudrais n'être qu'un pur esprit ça serait tellement plus simple tu as peur de casser quelque chose tu ressens un léger vertige dans ce cabinet de curiosités où certains hivers tu aurais voulu te réfugier comme dans une maison de poupée tu ne te la figurais pas si jeune la bergère du troupeau des rêves mais il faut la laisser il faut t'en aller et tu la quittes à regret. Tes pas te mènent vers le grand jardin que tu traverses en somnambule et sur lequel se répand une tendre et douce lumière de fin d'été. Les ombres commencent à s'allonger. Tu n'entends pas les bruits de la ville. Juste le chant des oiseaux dans l'air tiède et les cris joyeux des enfants qui traînent après leur premier jour de classe, et profitent des derniers rayons de soleil. Et tu tiens frêle entre deux mondes, étonné, pensif, surpris d'être là encore, parmi tant de questions irrésolues, mais vaguement détaché aussi, comme si au fond, plus rien n'avait vraiment d'importance. Ni ce qui a été accompli, ni ce qui reste à faire.



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