dimanche 26 juin 2022

Un heureux concours de circonstances

Voilà,
hier, je me suis retrouvé par hasard rue Jean-Pierre Timbaud et j'ai aperçu de loin, cette gigantesque peinture murale, en partie dissimulée par le feuillage des arbres. Comme elle recouvre un vaste pan de mur, et que de près, il est difficile de la photographier, j'ai choisi de n'en montrer que le haut, car le graphisme et les couleurs me plaisent. Elle a été réalisée en 1997 par Sarah Wilkins, dont je viens de découvrir sur internet, qu'elle est une illustratrice néo-zélandaise plutôt réputée. Il est d'ailleurs possible de voir sur son remarquable site une photo où l'on distingue plus nettement la fresque. Cet heureux concours de circonstances m'aura permis de faire connaissance avec le travail de cette artiste talentueuse et inspirée. 
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vendredi 24 juin 2022

Miracle à Lourdes



Voilà 
d'autres encore qui s'accrochent aux grilles... Le type au fond en blanc s'était déjà hissé sur le parapet. Le petit chauve à lunettes s'apprêtait à faire de même pour mieux voir la procession dans l'enceinte de la basilique. Quant à moi avec cette apparition au premier plan, ce n'est pas, vraiment pas à la vierge que j'ai songé. Pardonnez moi seigneur car j'ai beaucoup péché en pensées en actions et en paroles. Mais le vrai miracle ce jour-là, fut que nous trouvâmes à nous garer gratuitement. (shared with the weekend in black and white - weekend street reflections)
première publication 11/1/2012

mardi 21 juin 2022

Le fleuve comme un miroir


 
Voilà,
ce n'est pas moi qui me répète, c'est l'humanité à laquelle j'appartiens qui non seulement recommence les même erreurs et reproduit les folies dont elle est si coutumière depuis des siècles mais qui en plus, mettant toute l'intelligence et le savoir-faire ancestral dont elle dispose, au service du mal et et de la destruction, s'ingénie à en inventer d'autres, désormais irréversibles.

*
 
Le 3 juin 1958, Enzo Paci écrit dans son journal métaphysique "dans le vent frais qui se lève dans la nuit – et nos espérances et nos douleurs sont parfois liées aux saisons et semblent se fondre dans la pluie la neige le réveil du printemps — se ravive peut-être un souffle de confiance : confiance dans le fait que les horreurs de la vie puissent être oubliées et que ces problèmes labyrinthiques et déchirants se transforment en valeur avec le passage du temps, la tolérance, la patience, dans le lent et irréversible chemin qui nous mène à la mort. Un sourire nous console, un élan d’affection nous attend, même s'il ignore notre angoisse". Certes, certes... Mais il y a trois jours, en cette fin de printemps il faisait 39° à Paris et dans le sud Ouest de la France des records absolus de températures ont été battus. Ils dataient pour la plupart de la canicule de 2003. Et c'est cloîtré chez moi, les volets clos, les fenêtres ouvertes, à proximité d'un ventilateur que j'ai rêvé du sourire consolateur et de l'élan d'affection.
 
*
 
Il n'est déjà pas très réjouissant de vivre dans une époque chaotique, mais encore moins lorsque ceux qui sont supposés nous gouverner ou qui aspirent à nous représenter disposent pour la plupart du QI d'une limande, et d'une conscience historique proche du zéro,  
 
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Je vois bien à travers ce que je lis — sur les réseaux sociaux ou dans la presse — à quel point, concernant l’invasion ukrainienne la plupart des gens prennent leurs désirs pour des réalités. Ceux que la détermination de l’autocrate russe inquiète, se raccrochent à des signes ténus pour dire que Poutine a déjà perdu. Bien sûr qu’il perdra, à terme, mais entre aujourd’hui et sa disparition du circuit, combien de morts, de blessés, de vies brisées, de champs de ruines, de surfaces agricoles contaminées, de pays ravagés, de villes dévastées ? Et qui aura gagné ? Pas les civils c’est sûr, ni la civilisation. Un peu plus de surface terrestre aura juste été rendue inhabitable, sur cette planète où la place vient à manquer.

*
 
Un petit peu de sarcasme. Tous mes camarades artistes bien pensants de gauche, si prompts à s'insurger quand l'extrême-droite gouverne en Autriche, qui refusent la venue d'artistes russes au prétexte de la guerre en Ukraine, qui mettent un point d'honneur à ne pas bouffer des oranges de Jaffa par solidarité avec les palestiniens, vont quand même aller jouer à Avignon, dans ce département du Vaucluse qui a élu 4 député sur 5 du Front National, boire des verres de rosé là-bas, claquer leur fric dans les restaus là-bas, bref s'accommoder du fascisme local, parce que "tu comprends, le festival d'Avignon c'est une vitrine importante, pour le spectacle."

*

Ce qui caractérise notre époque c'est vraiment l'ivresse du présent et son corollaire, la mémoire courte. Ici en Europe, on a déjà oublié le sénile aux cheveux orange, avec ses colères, ses caprices, ses délires paranoïaques traduits en tweets compulsifs, ses solutions fantasques comme de détourner les ouragans à coup de bombe atomique ou de soigner le covid avec des injections d'eau de Javel. On ne se rappelle pas le président brésilien qui encourageait les incendiaires de la forêt amazonienne. Ce premier ministre britannique totalement fantasque qui s'obstine à suivre sa propre idée sans écouter les conseils de son entourage continue de gouverner. Ces gens là ont été élus. Ils ne sont pas arrivés au pouvoir par la force. Ce sont des tyrans ou des idiots qui ont été désirés. Et il y a tous les autres, plus ou moins sanguinaires qui usent et abusent de la force et de la violence et qui sont persuadés que le monde s'arrêtera à leur mort. Ils sont tout de même mes semblables. A présent dans mon pays, un parti d'extrême droite constitue le premier parti d'opposition alors qu'il y a cinq ans le président nouvellement élu faisait la promesse solennelle de réduire son influence. 

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Je repense à ces mots de Cioran. ... "nous voici maintenant à la fin des anomalies prévues, plus d'un signe annonce l'hégémonie du délire... ". Que la réalité puisse être dramatique, ne me surprend pas vraiment. Mais que les principaux protagonistes du drame soient à ce point grotesques, m'étonne encore en dépit de tous les précédents historiques. "Tis the time's plague when madmen lead the blind"
La puissance de la bêtise est fascinante. Surtout lorsqu'elle apparaît dans des pays qui se réclament d'une ancestrale culture. L'apparition du nazisme au pays de Kant, Goethe, Hegel, Bach, Brahms, etc aurait dû nous servir de leçon. Mais non, l'art, la Culture, l'éducation ne nous immunisent pas contre la force brute de la stupidité. Ces brasiers qui s'allument un peu partout constituent de sinistres présages. Cioran encore "Nous savons maintenant que la civilisation est mortelle, que nous galopons vers des horizons d'apoplexie, vers les les miracles du pire, vers l'âge d'or de l'effroi". 
 
*

Le fleuve comme un miroir d'eau, sans aucune ride. Cette image paisible d'un pêcheur, prise il y a quelques jours en bord de Seine, au petit matin d'une journée s'annonçant caniculaire, a quelque chose d'irréel et de trompeur. Elle ne dit pas cette sensation de plus en plus vive que chaque seconde qui passe me sépare un peu plus du monde.

dimanche 19 juin 2022

Une curieuse coïncidence


Voilà,
rue de la mare, dans le vingtième arrondissement de Paris, j'ai découvert cette fresque récemment réalisée en mémoire de Josette et Maurice Audin. Ce dernier, né le 14 février 1932 à Béja (Tunisie) et déclaré mort le 21 juin 1957 à Alger fut un mathématicien français, assistant à l'université d'Alger, membre du Parti communiste algérien et militant de l'indépendance algérienne. Après son arrestation le 11 juin 1957 au cours de la bataille d'Alger, il disparaît et meurt assassiné à une date inconnue. Son corps n'a jamais été retrouvé. Pour ses proches ainsi que pour nombre de journalistes et d'historiens, il a été tué par des parachutistes pendant son interrogatoire. Cette thèse a longtemps été rejetée par l'armée et l'État français, qui prétendait qu'il s'était évadé, jusqu'à ce que le général Aussaresses affirme avoir donné l'ordre de le tuer au couteau pour faire croire à un meurtre par des Algériens. Quant à Josette sa femme, qui partageait les engagements politiques de son époux, elle a passé toute sa vie pour que soit établie la vérité sur la mort de son mari. Ce n'est qu'en 2018, que le président Macron a reconnu la responsabilité de l'État français dans la mort de Maurice Audin en même temps qu'il prononçait la dérogation générale des archives relatives aux disparus de la guerre d'Algérie encourageant les témoins à faire connaître la vérité. Josette  est morte en 2019 à Bobigny.
La coïncidence — Chris Marker disait des coïncidences, qu'elles étaient "les pseudonymes de la grâce pour ceux qui ne savent pas les reconnaître"— m'a étonné car, quelques heures auparavant j'avais lu la publication de Mae faisant mention d'un livre de leur fille Michèle Audin, elle aussi mathématicienne, et en outre romancière et membre de l’Oulipo.
 
 

 
Il est à probable que cette fresque, réalisée par l'artiste Orel Ruys, (vraisemblablement une commande municipale commémorant par la même occasion le soixantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie) ne restera pas longtemps en l'état dans un pays où, avec son entrée fracassante à l'assemblée nationale, l'extrême-droite, dès ce soir, s'installe durablement dans le paysage politique français. D'ailleurs une plaque à eux dédiée a déjà été vandalisée en janvier 2021, à Bagnolet.
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vendredi 17 juin 2022

Tu peux encore m'embrasser


Voilà
j'ai de plus en plus de mal c'était où c'était quand déjà, New-York, Prague Strasbourg Valladolid ? Je me souviens vaguement l'époque (vers 1984 ou 85) un peu moins les lieux. Tout cela commence à se mélanger dans une sorte de bouillie indistincte. Ce n'est pas plus mal après tout... Les rêves je les notais alors, ils étaient mes vrais paysages. Je peux les retrouver facilement. Carnets de voyages dans l'infra-monde. J'aimais déjà les traces les papiers décollés les maisons à moitié démolies les bois flottés et ce qui pourrit ce qui moisit ce qui persiste encore avant de disparaître. Cela suffisait à mon transport. Au fond plus que le déplacement seul compte ce qui en subsiste et comment ça se transforme. Là est vraiment le lieu du ravissement. New-York je crois que c'était New-York et qu'il y faisait une chaleur suffocante...

jeudi 16 juin 2022

Déjà l'été dernier

 
Voilà,
Garris, Quintin, Arradon, Saint-Laurent-du-Var, Saint-Georges-sur-Cher, Marcilly-en-Villette, Harnes, Maizières-la-Grande-Paroisse, Rezé, Pignan, Saint-Hilaire-lez-Cambrai, La Roche-Chalais, Beausoleil, Saint-Sebastien-de-Morsent, Saran, Ramatuelle, Hagetmau, Vescovato, Port-Louis, La Gaude, Treillieres, Meracq, Crasville-la-Mallet, Albens, Quiberon, Amendeuix-Oneix, La Fouillouse, Carnoux-en-Provence, Gastes, Vilars-les-dombes, Cires-lès-Mello, Charpey, Saint-Julien-de-Chédon, La Wantzenau, Ramonville-Saint-Agne, Paray-le-Monial, Villenave d'Ornon, Cassis, Bagnols-sur-Cèze, Allonzier-la-Caille, Le Rouret, Volvic, Archamps, Verniolle, Roscanvel, Soleymieu, Bon-Encontre, Saint-Felix-de-Villadeix, Le Mazis, Coursan, Montillot, Jarsy, Uckange, Sablé sur Sarthe, Marcellaz-Albanais, Collonges-sous-Salève, Dinan, Avon, Ferrassières, Combo-les-bains, Saint-Paul-de-Varces, Allauch, Limeray, Meythet, Grand-Champ, Illkirch-Graffenstaden, Ladon, Bois-Guillaume, Cléon, Aucamville, Gigean, Seveux, Sallebœuf, Cambo-les-bains, Le Coteau, Châtres-sur-Cher, petits patelins de France et de Navarre où se tiennent peut-être des brocantes semblables à celle des Lèches en Dordogne et que sans doute je n'aurais jamais l'occasion de traverser, sauf à y passer par hasard  — ce qui me semble désormais plus qu’improbable —, mais où des inconnus songent peut-être à moi de temps à autre sans pour autant savoir à quoi je ressemble, comment je parle, quel est le timbre de ma voix, et pour qui je ne suis que d’images et de mots. Mais au fond, n’est-ce pas ce que je désirais ?
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mercredi 15 juin 2022

Je ne demande qu'à voir

 
Voilà 
comme je ressens le plus souvent les choses. Je les ai parfois déjà montrées ainsi, à l'occasion. Pour évoquer des traces de rêveries adolescentes. Ou bien pour exprimer un sentiment de lassitude, pour communiquer une fugitive sensation de ne faire qu'un avec le monde, ou encore pour tenter d'évoquer le sortir d'un rêve — effort souvent infructueux que l'allemand nomme Traumneustartversuch
D'ailleurs, je suis surpris, (tant il y en a dans mes fichiers), de ne pas avoir publié un plus grand nombre d'images de cette facture, qui est bien plus qu'un effet de style, un filtre ou une forme de dégradation. C'est ça que j'ai envie de montrer ces derniers temps.
Les familiers de ce blog, le savent depuis longtemps, j'ai besoin d'interpréter ce que me renvoie la réalité, et que je saisis comme un chasseur de papillons (au petit bonheur la chance, au gré des événements). J'ai beau essayer, je suis incapable, en dépit d'ailleurs du désir que j'en ai, d'objectiver les choses. 
Il me semble nécessaire d'adopter un point de vue, au sens où, de vue il n'en est point. Car on croit voir, mais on ne fait que percevoir, entr'apercevoir. Cela fait longtemps que j'ai des doutes sur ce sens que constitue la vue. D'abord je ne vois que d'un œil et de l'autre je suis hypermétrope, et dyschromate. Souvent il m'est arrivé de ne pas être certain que ce que je voyais était vrai. Ou de faire comme si ce que je voyais n'existait pas. Ai-je vraiment vu l'homme égorgé à Djelfa ? Ai-je vraiment vu quelqu'un se noyer au loin alors que j'étais assis en compagnie de ma mère et de ma grand-mère sur la dune de Biscarrosse ? Pourquoi ai-je détourné les yeux dans cet ascenseur d'un hôtel d'Amsterdam, refusant d'admettre ce que j'avais vu ? Ai-je imaginé avoir vu enfant cette vallée en Allemagne ou cela a-t-il bien été réel ? Et tous ces films que j'ai "vus" (je pourrais même dire la date et les circonstances) dont je réalise qu'il ne me reste si peu d'images lorsque je les revisionne... 
Donc les visions de l'intramonde, entre visible et invisible, entre sommeil et veille, entre raison et déraison, mémoire et oubli sont mes territoires, les zones où je me sens le moins en péril. Du réel je n'en apprécie que les interstices, les lacunes, les failles. Ce que j'imagine, est plus vrai que ce que je vois. Et ce que je vois, n'est vrai que lorsque je le photographie. Et encore, il m'arrive souvent, de photographier des choses qui m'avaient échappées, que je n'avais pas vraiment vues. J'aime bien. De toute façon je suis de passage, souvent distrait, ni vraiment ici, ni tout à fait là. Je dois composer avec ça. Et s'il n'en demeure pas moins vrai que "Le réel c'est quand on se cogne", je fais tout mon possible pour éviter les embûches.

dimanche 12 juin 2022

En revenant du bureau de vote


Voilà,
en revenant du bureau de vote, en ce beau dimanche de Juin, j'ai aperçu, passant par ce square où je n'étais jamais venu, cette magnifique rose qui était autrefois l'emblème du Parti Socialiste désormais quasi moribond. Peu de citoyens ont voté pour désigner leurs représentants au parlement. Sans doute, les gens sont-ils désabusés. Ou ont ils préféré sortir par cette chaude journée de printemps. On dit que les jours qui viennent vont être particulièrement chauds. 
 
 
 
Il est vrai que si la dictature c’est "ferme ta gueule", il n'en demeure pas moins vrai que la démocratie c’est "cause toujours". Et puis comme le faisait si judicieusement remarquer Clémenceau "on ne ment jamais tant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse". 
De toute façon force est d'admettre que ceux qui sont aux affaires sont souvent très sots, quel que soit leur bord. Beaux parleurs, ne doutant de rien, leur assurance, leur faconde en imposent. Là où l’intelligence hésite, la sottise fonce. Voilà pourquoi, ainsi que le constatait déjà Montaigne en son temps, "les sots tout naturellement mènent le monde. Ils le mènent mal, mais ils le mènent."
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vendredi 10 juin 2022

De bonnes surprises

Voilà,
une journée comme je voudrais qu'il m'en arrive plus souvent. Hier, une amie que je n'avais pas vue depuis longtemps m'a proposé de me rendre à un colloque intitulé «Chris Marker écrivain en premier» qui se tenait à l'université Gustave Eiffel à Noisy. Je n'étais jamais allé là-bas. Sur le chemin du campus, devant ce bâtiment conçu par Dominique Perrault abritant l'école d'ingénieurs en électronique, j'ai associé, sans trop savoir pourquoi, cette perspective au souvenir du film "La jetée". J'ai passé une très bonne journée. Eu des échanges très intéressants avec des gens que je ne connaissais pas. J'ai appris et aussi vu des choses que j'ignorais. Rien de tout cela n'était prévu. Je devrais plus souvent aller au devant de l'inconnu. Et ce soir je me sens revigoré par toutes ces surprises.

jeudi 9 juin 2022

Penser aux homards

 
 
Voilà,
"Jamais nos mots ne disent les choses ; voici mon enfer le plus secret, écrire, c'est se séparer, c'est admettre douloureusement qu'à chaque étape de l'écriture, quelque chose renonce et meure. On a beau polir, enrichir, sculpter le corps des phrases, on ne cesse de se trahir soi-même, il y aura nécessairement des perditions entre l'idéal et le monde, entre le monde et la représentation que l'on s'en fait, puis entre cette représentation et l'image mentale qui en surgit, puis entre l'image mentale et sa mise en mots, puis entre la mise en mots et ce qui va pouvoir s'écrire, puis entre l'histoire dont on a rêvé et ce qui sera vu ou imprimé et la page noircie n'est que la pauvre doublure grimaçante de ce qui ne cesse pas de s'écrire mais qui toujours échappe à l'écriture".
Est-ce pour ces raisons que j’écris de moins en moins sur ce blog ? C’est possible. Ce dont Pessoa se plaint, sans que cela ne l’ait toutefois empêché d’accomplir une œuvre considérable, est un symptôme que j’ai maintes fois constaté, et même douloureusement éprouvé. Il m'a toujours tenu dans un rapport conflictuel à l’écriture. Avec ces publications régulières depuis treize ans, j’ai tenté de le surmonter. Mais aujourd'hui encore mon constat ne diffère guère de celui que je formais déjà dans mon devoir du bac philo consacré au langage : les mots ne sont que l'anamorphose de la pensée. Trop de pièges dans la langue. On est condamné à se trahir. Et rédiger au plus près de sa pensée nécessite un temps que mes dispositions physiques et mentales ne me permettent pas.
Là n’est pourtant pas, dans cette entreprise dont il me semble, presque à mon insu, me déprendre, peu à peu, la principale raison de ma désaffection. C’est que, — je l'ai déjà mentionné à bien des occasions — de nombreux brouillons de textes ont été accumulés, qui attendent une image. Et grand nombre d'images n’ont pas non plus encore trouvé de texte. Tout cela manque désormais de spontanéité. Je ne me sens pas plus en adéquation avec moi-même qu'avec le monde et en outre, l'inspiration me fuit, tant l’actualité mondiale autant que les vicissitudes du corps alimentent des frayeurs qui me paralysent. Il est à craindre que désormais rien n'aille en s'améliorant.
C'est quoi déjà la phrase de Nietzsche ? Ah oui "dangereux de passer, dangereux d'être en chemin, dangereux de se retourner, dangereux de trembler et de rester sur place". 
 

*

Quelque chose s'est cassé, je n'ai plus la force. Tout me semble dérisoire et inutile au regard de ce qui se passe sur cette planète. Je n'arrive pas plus à me projeter qu'à me préserver. Et sous la guirlande des jours aux jours ajoutés je me sens parfois comme un boxeur dans les cordes, je n'ai plus la force de lutter contre mes démons intérieurs, contre la pieuvre invisible qui m'enserre m'étouffe et m'injecte je ne sais quel venin, contre les menaces du dehors et la farandole macabre de notre époque qui voit un autocrate fou, semblable à ceux des bandes dessinées de mon enfance menacer du feu nucléaire certaines capitales européennes. Il y a des moments où je comprends le suicide de Stefan Zweig.
Même prendre des photos ne m'amuse plus autant qu'autrefois. Les traficoter, les transformer, les subvertir, encore un peu, oui. Mais je vois bien que ça n'intéresse pas les gens. Les images comme celles du 28 mai, du 4 juin et du 6 juin qui ont exigé de ma part le plus d'effort et de travail et qui sont parmi celles que je préfère de ma production, laissent mes lecteurs parfaitement indifférents, lorsque je les publie. Cela me navre. Alors je traîne. Je me promène quand je ne suis pas trop fatigué. Je vais au cinéma, ou voir des expos. Tant que je peux encore regarder et marcher. Je découpe des bouts de cartons pour les lombrics de mon lombricomposteur, il parait que c'est bon pour eux. Je passe des matinées à écouter de la musique classique mais aussi de la variété vietnamienne des années soixante dix, des vieux morceaux de jazz. Le matin j'épluche des légumes, pour mettre en place le régime alimentaire supposé me sauver. Parfois j'ai l'impression de partir à la dérive. Je vaque. Sans goût sans désir. Il est vrai que sur ce point je suis assez peu sollicité. Je n'ai pas beaucoup de vie sociale.
Il y a peu, sur internet j'ai lu ceci : "Quand tu n'as plus d'espoir, pense aux homards qui se trouvaient dans l'aquarium du restaurant du Titanic".
Ouais. Bof. Pour ma part ça ne le fait pas trop.
Sinon, cette photo, il y a longtemps que je voulais la publier. Au bord de l'abstraction. Mais plus vraiment figurative. Comme une forme donnée, autant à l'inquiétude qu'à la menace.

lundi 6 juin 2022

Dans le sommeil est-ce que je vis seulement comme sujet ?



Voilà
"Dormir. La pensée semble en accord avec le corps : Elle n'émerge pas du corps. Dans le sommeil, est-ce que je vis seulement comme sujet ? Non pas seulement comme un rêve, de toute façon. Je suis dans un contact profond avec une espèce de corporéité anonyme. Dans la veille, je commence à regarder, à me mouvoir. Le corps devient une expression qui est mienne. Dans le rêve, l'expression est désincarnée, elle ne s'actualise pas dans le mouvement réel mais dans le fantasme. C'est seulement dans la veille qu'il y a une expression kinesthésique, un geste effectivement accompli. Le Langage même a son origine dans le geste, dans la vie du corps. Langage gestuel. "( Enzo Paci 23 juillet 1956)

samedi 4 juin 2022

La petite porteuse d'eau

Voilà,
"Perspectivité de la nature. La nature dans le complexe de ses relations, contient aussi bien les formes qui émergeront en elle dans les yeux d'un insecte que celles qui émergeront dans les yeux de l'homme. La structure et le rythme sont traduisibles en de nombreuses langues, en de nombreuses formes émergentes" écrivait le 5 Juillet 1956 Enzo Paci dans son "Journal phénoménologique". Pour ma part, je ne sais si je vois avec les yeux d'un insecte ou ceux d'un rêveur, si je rêve ainsi parce que je me suis hybridé à des machines, et que ce qu'il me reste de nature et de merveilleux tient à la fois dans une jardinière de balcon et sur un écran d'ordinateur. C'est ainsi que m'est apparue ma petite porteuse d'eau.
Je procède comme autrefois, lorsque, enfant, je disposais mes soldats de plomb dans les plis d'une couverture qui devenaient autant de tranchées, ou bien quand jeune homme j'assemblais, faute de voyages, des bouts d'images pour m'inventer des paysages. Je bricole, j'assemble je juxtapose, je mets en relation des choses qui n'ont aucun rapport, je sample je mixe je triture je crée des formes à partir d'autres formes, je mélange et cache le diable dans les détails, je m'interstice, je fraude, passe en contrebande des fictions décalées, des représentations subverties afin d’enrayer, d'infléchir le cours de la réalité immédiate. Je joue, je ne fais que ça, parce que je suis immature, parce que je ne veux pas regarder la réalité en face. Je n'y peux rien c'est comme ça. Au reste c'est de loin la part de moi qui m'est la plus supportable. Si au moins j'étais capable de m'en tenir qu'à ça. Mais je ne peux m'empêcher de commenter, d'émettre un avis, une réflexion sur ceci-cela. Un peu comme Gaev, dans "La Cerisaie" de Tchekhov, à qui sa nièce Ania répond ainsi : "mon oncle mon gentil tu ferais mieux de te taire, de te taire "

vendredi 3 juin 2022

Promiscuité

 
Voilà,
c'est un lointain souvenir car cette photo, prise au parc floral de Paris, lorsque des concerts de jazz y étaient donnés durant les week-end de juillet, remonte au début des années 2010. Je ne sais à quoi j'ai pensé à ce moment là, sûrement ai-je déploré qu'il y ait trop de monde, que je ne puisse cadrer seulement la femme et le volatile, j'ai aussi dû vraisemblablement songer à Léda et son cygne, des conneries comme ça... En fait je n'aime pas trop ces oiseaux-là. Ils sont assez méchants. De façon générale je ne les supporte que de loin. Tout ce qui porte plumes, quoique nécessaire à la nature, ne m'inspire en outre, guère confiance. Ce n'est pas à proprement parler une phobie, mais je me méfie. J'imagine toujours que ces bestioles, pourtant souvent très belles, trimballent des maladies potentiellement transmissibles. Néanmoins je considère qu'elles méritent le respect. Ainsi dans la proximité que révèle cette scène, je vois le signe d'un abus manifeste, d'un empiètement, qui me dérange ; les humains y sont vraiment trop intrusifs. 

dimanche 29 mai 2022

L'amateur de singes

Voilà,
c'était en mars dernier, près du salon de coiffure où je me rends ordinairement, il y avait cette boutique où l'on vend du thé, avec sa devanture peinte que je n'avais jamais vue auparavant. J'ai trouvé ça surprenant. Surtout cette fausse perspective avec le jeune homme sur son banc, dont on pourrait imaginer qu'il soit par exemple en train de lire l'histoire de l'amateur de singes dans "Le vrai classique du vide parfait" de Lie Tseu : "A Song vivait un amateur de singes. Il aimait les singes et en  possédai tout un troupeau. Il était capable de comprendre leurs désirs et les singes (de leur côté) comprenaient leur maître. Il restreignait sa propre nourriture pour satisfaire les singes, mais survint une disette, et il dut diminuer la nourriture des animaux. Cependant, craignant que ceux-ci ne se rebellent, il leur dit tout d'abord avec ruse : «si je vous donnais le matin trois châtaignes, et le soir quatre, cela suffirait-il ?". Tous les singes se levèrent furieux. Se ravisant, il dit alors : "Soit, vous aurez le matin, quatre châtaignes et le soir trois. Sera-ce suffisant ?". Les singes se couchèrent, satisfaits.
C'est ainsi que les êtres, les uns habiles, les autres sots, se dupent les uns les autres. Le cheng-jen dupe, grâce a son intelligence, la foule des sots de la même façon que fit l'amateur de singes qui dupa ceux-ci. Sans changer le nom ni la chose, il sut les rendre furieux, puis joyeux. J'aime beaucoup cette fable qui pourrait se rapporter à la vie politique du pays où je vis.
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samedi 28 mai 2022

Les 24 préludes

 
Voilà,
j'ai entendu par hasard cette nuit à la radio, quelques uns des 24 préludes pour piano de Maurice Ohana, et j'ai repensé à l'amphithéâtre Poincaré de l'École Polytechnique, rue de la Montagne Sainte Geneviève. J'en ai déjà parlé il y a quelques années. Je suis donc allé sur Youtube, pour les réécouter plus attentivement. Étrangement, comme pour le morceau de Feldman "Palais de Mari", je retrouve la même sensation et d'une certaine façon le même transport en réentendant ces préludes. Non d'ailleurs, je ne les réentend pas, puisque je les découvre. Mais c'est l'écho d'un lointain désir qui me parvient aujourd'hui (dans le dixième ou onzième prélude par exemple) C'était ainsi que j'éprouvais, intuitivement le son. Ce type d'harmonies et de timbres, ces alternances de rythmes. J'explorais maladroitement le clavier, fasciné par la profondeur des graves, les échos de la pédale que je faisais durer jusqu'au silence. Ou alors je dispersais d'aigrelettes notes sur les dernières touches. Recommençant, osant même parfois quelques trilles — comme au début du huitième du dix septième, ou dans le 22 ème prélude — et aussi de vagues accords dispersés et — puisque je n'y connaissais rien —  forcément dissonants que je faisais durer. Mais ça me plaisait. J'aimais ce que cela me faisait, à moi. J'avais l'impression de pénétrer du mystère. Que ce soit clair. Je ne dis pas que je faisais du Ohana — j'ignorais jusqu'à son existence —, mais c'est vers quelque chose de semblable, que m'entraînait le contact de ce piano dans l'amphithéâtre désert. Oui le lieu et le moment appelaient ça, ce genre de climat musical. C'était comme si le présent se matérialisait en une suite d'instants aux couleurs dissemblables, comme si je pouvais tout à coup palper le temps, lui assigner une forme. Rien d'autre alors ne comptait que ce qui advenait au hasard des touches.
Je ne veux pas dire non plus, que la musique d'Ohana ressemble à celle d'un ignorant musical. Ce sont au contraire des compositions subtiles qui ont exigé beaucoup de temps pour être conçues. Mais elles possèdent pourtant la force et la puissance de la spontanéité. Ces pièces, dit-on constituent un hommage aux préludes de Chopin. Pour ma part, c'est surtout l'affranchissement des conventions qui me touche. Le côté "buissonnier" face au clavier. Enfin, je dis peut-être des conneries, parce que je n'y connais pas grand chose en musique, je n'ai pas les mots pour en parler — et c'est bien en cela que la musique est stupéfiante, c'est qu'elle peut aisément se dispenser des mots — mais pour moi, ces préludes d'Ohana ont la saveur et le charme infini des premières fois, la grâce des commencements, et constituent une suite d'apparitions disparaissantes comme aurait dit Vladimir Jankélévitch.
Il est aussi possible que les formes ne soient pas crées, mais qu'elles apparaissent soudain et que certains les perçoivent les saisissent et les transforment, à la façon d’un cristal que l'on taille et qui devient diamant. C'est exactement ce que j'éprouve à l'écoute cette musique. Elle exprime parfaitement ce dont je rêvais alors, secrètement sans être en mesure de le formuler.
En plus je trouve les partitions très belles graphiquement.
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