jeudi 29 février 2024

Le temps qui passe et le temps qui reste

 
Voilà,
depuis longtemps, j'aime accoster à cet endroit, où tout ce qui s'y expose demeure une source d'étonnement. J'y assiste aux noces toujours recommencées de la magie et de la poésie. Derrière cette vitrine et dans ses reflets, ressurgit le temps d’avant niché dans le temps présent. Et parfois je crois reconnaître à sa surface l'image inversée du jeune homme curieux, inquiet, aux aguets qui, voilà maintenant bien longtemps, promenait sa silhouette dans les parages. Souvent mes pérégrinations dans le quartier me ramenaient à cette fenêtre ouvrant, me semblait-il, par des voies invisibles et secrètes sur un monde parallèle et propice à toutes les rêveries. Et il en est encore ainsi aujourd'hui.
Des sensations anciennes, des souvenirs de lectures, des rêves dont l'empreinte demeurent encore vivace, des visions fugitives qui continuent de me hanter ( je ne sais toujours pas si elles relèvent de mon imagination ou si elles sont réellement advenues), émergent puis s'abolissent aussitôt comme autant d'énigmes dont j'espère, qu'un jour peut-être, une fin paisible pourra m'offrir la résolution. Quoi qu'il en soit, ici dans les reflets de la rue mêlés au fatras savamment organisé des choses anciennes, le temps qui passe et le temps qui reste se fondent dans la douceur d'un mystère toujours recommencé.

mardi 27 février 2024

L'art n'a rien fait

 
Voilà,
"et l'art n'a rien fait sinon nous montrer le trouble dans lequel nous sommes la plupart du temps. Il nous a inquiétés, au lieu de nous rendre silencieux et calmes. Il a prouvé que nous vivons chacun sur son île ;  seulement les îles ne sont pas assez distantes pour qu'on y vive solitaire et tranquille. L'un peut déranger l'autre, ou l'effrayer, ou le pourchasser avec un javelot – seulement personne ne peut aider personne". (R.M. Rilke "Notes sur la mélodie des choses")

dimanche 25 février 2024

Pays nantais

Voilà,
il y a deux ans jour pour jour, je suis allé à Trentemoult un ancien village de pêcheurs aux maisons colorées situé, juste en face de Nantes sur la rive gauche de l'estuaire de la Loire. On y accède après cinq minutes de traversée à bord de ce qu'on appelle là-bas le Navibus. En quittant la Gare Maritime de Nantes on ne peut ignorer cette longue fresque peinte sur un mur de la rive droite. J'ignore si elle existe encore.
 
 




Bientôt sur l'autre rive apparaît une ligne de bâtisses bigarrées. L’une des façades arbore une peinture publicitaire « Petit Beurre Lu » d’une autre époque. Juste à côté, la crêperie "La Reine Blanche" . Les pêcheurs peuplant jadis ce petit village à l’allure étonnante, avec ses allées sans voiture et des terrasses le long de la Loire, enduisaient leurs maisons avec les restes de peinture destinée aux coques des bateaux. La tradition a perduré et sied parfaitement à l’ambiance bohème qui flotte désormais ici, loin de l’agitation urbaine.
 
 
 
Il y avait quelque chose d'incongru à profiter des timides rayons du soleil, et à déambuler dans ces ruelles si paisibles en songeant à l'agression sauvage de l'armée russe en Ukraine, et à l'invasion qui venait de commencer la veille.
 

Plus tard, revenu à Nantes et déambulant au hasard des rues, j'ai aperçu ce magnifique trompe-l'œil, voisin de cet autre que j'ai déjà montré dans ces pages
 

vendredi 23 février 2024

Coincé là-dedans

 
 

Voilà,
il me semble parfois qu'il n'en réchappera pas, le petit bonhomme enfermé dans la bouteille, j'ai beau essayer de grimper, d'en sortir, il restera coincé là-dedans, avec mes pensées impossibles à mettre en ordre, oui coincé à mi-chemin sur l'échelle appuyée au réel, au monde réel que je ne comprends pas, à la fois loin et proche et tout déformé, il ne bouge plus je me tiens sur son barreau, il s'accroche, immobile, je n'ai plus les mots il n'a plus d'horizon combien de temps encore allons nous tenir lui et moi, combien ? une ombre lui survivra-t-elle quand je lâcherai prise ? première publication 20/2/2013 à 12:20

jeudi 22 février 2024

Intersection

 
 
 
Voilà,
il m'arrive parfois d'être aussi un photographe sensible à la lumière, à la façon dont elle magnifie le paysage, le plus ingrat fût-il. C'était un jour de décembre 2019, à l'intersection du canal de l'Ourcq, et du canal St Denis alors que je répétais un spectacle dans le nord de Paris. Je me souviens qu'il y avait des grèves de transports à ce moment là. On commençait en outre à évoquer cet étrange virus apparu en Chine, mais comme un truc exotique qui ne pourrait jamais nous concerner. C'est là que j'ai entendu pour la première fois parler du pangolin. 
Si je parle du passé, et ne commente plus l'actualité c'est parce que ce que je vois et entends me consterne. Lire les infos, c’est être inévitablement saccagé par des nouvelles toutes plus mauvaises et accablantes les unes que les autres et assister impuissant au tour chaque jour un peu plus chaotique pris par le monde. 
De toute façon, en ce moment, seul m'importent l'évolution de l'état de santé de ma fille et la nécessité de lui rendre la vie aussi douce que possible lorsqu'elle est en ma compagnie. Le reste du temps, suivant le précepte de Matisse selon lequel "la couleur ne nous pas été donnée pour imiter la nature, elle nous a été donnée pour que nous puissions exprimer nos émotions", je tente, dans la mesure de mes moyens, et avec les outils dont je dispose, de tenir l'inquiétude à distance. 




dimanche 18 février 2024

Relax

 
Voilà,
boulevard Raspail, on pouvait apercevoir il y a quelques mois, cette peinture sur la vitrine d'un salon d'esthéticienne je crois. Une fois de plus j'ai pensé à ces illustrations du dessinateurs Kiraz dans les années soixante, qui mettaient en scène "les parisiennes", des femmes élégantes aux yeux en amande et aux jambes interminables qui firent les beaux jours des magazines  Jours de France et Paris Match. Avec le temps, elles sont devenues le symbole d’une élégance un peu surannée, d'une futilité mutine qu'incarnaient dans le cinéma français des actrices comme Mireille Darc ou Marlène Jobert. Pour ma part je trouvais ces dessins complètement ringards et je ne jetais sur eux qu’un regard distrait et souvent consterné en feuilletant les journaux dans les salles d'attente de médecins ou de dentistes. Je n'imaginais pas qu'ils s'imprimeraient pourtant de façon durable dans ma mémoire.
 
*
 
 
 
Peut-être que cette femme piqueniquant seule devant un bar de St Germain des prés, où des coussins ont été disposés à cet effet pourrait être une illustration vivante de ces filles dessinées que j'associe aussi à ce vieux tube de Jacques Dutronc qui enchanta mon enfance.
 
*
 
 
Sinon je suis retombé par hasard, en rangeant ma bibliothèque sur le livre d'Emmanuel Carrère "d'autres vies que la mienne". En le feuilletant j'ai noté ce passage auquel je ne peux que souscrire : "Je suis terriblement choqué par les gens qui vous disent qu’on est libre, que le bonheur se décide, que c’est un choix moral. Les professeurs d’allégresse pour qui la tristesse est une faute de goût, la dépression une marque de paresse, la mélancolie un péché. Je suis d’accord, c’est un péché, c’est même le péché mortel, mais il y a des gens qui naissent pécheurs, qui naissent damnés, et que tous leurs efforts, tout leur courage, toute leur bonne volonté n’arracheront pas à leur condition. Entre les gens qui ont un noyau fissuré et les autres, c’est comme entre les pauvres et les riches, c’est comme la lutte des classes, on sait qu’il y a des pauvres qui s’en sortent mais la plupart, non, ne s’en sortent pas, et dire à un mélancolique que le bonheur est une décision, c’est comme dire à un affamé qu’il n’a qu’à manger de la brioche". Avec l'âge il arrive que la mélancolie se teinte d'effroi. Les nouvelles que l’on peut lire ici ou là n’incitent guère à l’allégresse, mais relax, tout de même,  puisqu'ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

vendredi 16 février 2024

Des hommes rassemblés



Voilà
 « Il y a des hommes rassemblés, et quelqu’un qui leur fait un récit. Ces hommes rassemblés, on ne sait pas encore s’ils font une assemblée, s’ils sont une horde ou une tribu, mais nous les disons "frères", parce qu’ils écoutent le même récit. Ils n’étaient pas rassemblés avant le récit, c’est la récitation qui les rassemble. Avant ils étaient dispersés, se côtoyant, coopérant ou s’affrontant sans se connaître. Mais l’un d’eux s’est immobilisé, un jour, ou peut-être est-il survenu, comme revenant d’une absence prolongée, d’un exil mystérieux et il a entamé le récit qui a rassemblé les autres… » Jean-Luc Nancy in La Communauté désœuvrée

jeudi 15 février 2024

The Rainbow

  
 
Voilà,
My heart leaps up when I behold
A Rainbow in the sky:
So was it when my life began;
So is it now I am a Man;
So be it when I shall grow old,
Or let me die!
The Child is Father of the Man;
And I could wish my days to be
Bound each to each by natural piety.
  
William Wordsworth (1770-1850)

lundi 12 février 2024

Un vieux dessin

 
Voilà
quelques années, j'ai scanné de nombreux dessins de ma fille. Celui-ci, fait en avril 2005, alors qu'elle n'avait que trois ans et demi, me plaît particulièrement et m'émeut par son absolue simplicité. J'aimerais être capable de dessiner de la sorte, plus précisément d'oser tenter de le faire. Mais je n'en ai plus la naïveté.
Aujourd'hui ma fille vit une épreuve qu'elle traverse avec autant d'élégance que de ténacité, sans jamais se plaindre. Dans cette adversité, elle se révèle admirable. Elle m'étonne par sa vitalité. Comment fait elle pour surmonter la peur, les doutes, les angoisses ? Je ne sais d'où lui viennent cette force intérieure et cette apparente sérénité. Un ardent désir de vivre, sans doute. Des amitiés nombreuses et fidèles aussi, certaines mêmes déjà longues. Peut-être aussi, parce que sa mère et moi nous l'avons toujours encouragée à croire en elle, partageant avec elle cette confiance. Je lui envie cette aptitude, moi qui suis demeuré un sauvage solitaire et méfiant, travaillé par trop de doutes. 
Je n'ai ces derniers temps, depuis quatre mois que nous traversons cette tourmente, qu'une seule envie, d'être près d'elle, marcher à ses côtés, tenir sa main, respirer près d'elle, aller au cinéma au théâtre en sa compagnie, partager des émotions. Le reste du temps, je n'ai envie de rien. J'essaie de dormir, sans trop y parvenir aisément. J'arrête là. 
Tout ça pour dire que je me sens parfois comme ce petit bonhomme.

dimanche 11 février 2024

Un grand homme

 

Voilà,
il y a quelques mois, rue de Vaugirard, en face du Sénat, j'ai aperçu cette peinture de l'artiste C215, représentant Robert Badinter, qui vient de mourir. Avocat devenu ministre de la Justice (je le précise pour mes lecteurs étrangers), il permit l'abolition de la peine de mort en 1981, qui fut le principal combat de sa vie. C'est aussi sous son ministère qu'advint la dépénalisation de l'homosexualité en France. J'avais, dans une publication antérieure, déjà évoqué son nom en relatant une histoire singulière qui lui était arrivée dans sa jeunesse.
shared with monday murals - blue monday

vendredi 9 février 2024

Grand et petit


 
Voilà,
Durant l’été 2018, dans le cadre d'un cycle intitulé Enfance, s’est tenue à Paris au Palais de Tokyo, sous le patronage de la fondation Bettencourt Schueller, l'exposition "Encore un jour banane pour le poisson rêve" allusion à la nouvelle de Salinger "A perfect day for banana fish". Les commissaires en étaient Sandra Adam-Couralet et Yoann Gourmel associés à Kodama Kanazawa. La dramaturgie était assuré par l’artiste Clément Cogitore, et la scénographie de Laure Pichat.
Ce name dropping correspond à l'air du temps. A ce qu'Annie Le Brun nomme "l'art officiel de la mondialisation commandé, financé et propagé par les forces réunies du marché, des médias et des grandes institutions publiques et privées sans parler des historiens d'art et des philosophes appointés qui s'en font les garants"
L’exposition mettant ainsi à l’honneur les œuvres d’artisans d’art et d’artistes contemporains avait pour thème "les imaginaires de l’âge tendre, ses mythes fondateurs et ses transformations contemporaines". Elle se proposait d'inviter les visiteurs à "se replonger dans des souvenirs de cette époque plus ou moins lointaine et à réfléchir à leur influence sur la construction de nos identités et leurs représentations".
Ce salmigondis ferait bonne figure dans une conférence gesticulée de Franck Lepage. Ou dans un équivalent contemporain des "précieuses ridicules" de Molière
Quoi qu'il en soit je me souviens en ce mois d'Août, de cette salle de Tomoaki Suzuki avec ses minuscules silhouettes hiératiques éparpillées dans un vaste espace de déambulation. Ces sculptures réalisées avec précision, dans du bois de citronnier ou de peuplier  et soigneusement décorées à la peinture acrylique étaient supposées évoquer "les modes de vie et les styles vestimentaires contemporains tout en réactualisant des traditions orientales plurimillénaires qui donnent à voir une communauté sans revendication apparente". 
J'ai pompé ces citations sur le site du palais de Tokyo, et aussi du CACP de Bordeaux. Je les trouve pour ma part assez vasouilleuses. L'art contemporain a ceci de particulier que le discours sur l'œuvre est inhérent à l'œuvre elle-même. Il se veut transgressif il n'est la plupart du temps qu'un avatar de la société du commentaire et de la consommation.
En fait je n'ai aucun souvenir sensible de cette exposition sinon par les photos que j'y ai faites, retrouvées dans mon ordinateur. Je n'y ai ressenti aucun éblouissement. Je l'ai déjà écrit dans ce blog, il m'apparaît la plupart du temps que les sites d'art contemporain (fondations, musées) s’offrent souvent comme des lieux de déambulation, de flânerie pour bourgeois bohèmes et étudiants, un peu plus sophistiqués mais tout aussi futiles que ces centres commerciaux où s’agrègent les enseignes à la mode. On n’y fait pas du shopping mais on y jette un œil. Ce qu'on y voit relève le plus souvent du display, de l'art de la devanture. On fait ses courses d'images et d'impressions. Cela vous a son petit côté parc d'attractions, aussi. On s’y distrait. On s’y abandonne à un suspens de vie. Ce n’est pas désagréable. On occupe son temps dans des espaces que d'autres ont investis. On déambule dans l'art institutionnel qui, malgré un vernis de fausse provocation fleure bon l'optimisation fiscale. Et pour une œuvre puissante, combien de médiocres artefacts ne faut il pas s'infliger.

jeudi 8 février 2024

Paysage champêtre


Voilà,
c’est un paysage aperçu un été en Bourgogne. Des meules de foin empilées, enveloppées dans du plastique, offrant l’apparence d’une muraille. L'enrobage des balles de foin dans des couches de film d'enrubannage crée, parait-il, un environnement anaérobie qui permet une fermentation contrôlée du fourrage à l'intérieur de la balle. C’est aussi du Land Art qui s’ignore. La même chose dans le parc d’une fondation d’art contemporain s’appellerait une installation et vaudrait plusieurs millions. Si j’ai pris la photo c’est que je trouvais ça insolite, digne d’intérêt. Mais bon je suis un citadin ; à la campagne un rien m’étonne 

jeudi 1 février 2024

Étrange


Voilà
cette réalité me semble tellement étrange, énigmatique
comme un terrain vague peuplé de fantômes et jonché de déchets
mais il ne faut pas trop lui en demander n’est-ce pas à la réalité 
il arrive qu'elle nous fasse parfois des faveurs à la mesure des frayeurs
dont elle est si souvent prodigue

dimanche 28 janvier 2024

Rien qu'en me prenant la main

 Voilà,
 
 
                                                         J’avance en âge mais vraiment
                                                         je recule en tout autre chose
                                                         et si l’enfance a pris du temps 
                                                         à trouver place en moi je pense
                                                         voilà qui est fait et je suis
                                                         devenu susceptible au point
                                                         qu'on peut me faire pleurer rien
                                                         qu'en me prenant la main Je traîne
                                                         en moi ne sais quelle santé
                                                         plus prompte que la maladie
                                                         à me faire sentir la mort
                                                         Tout m'émeut comme si j'allais
                                                         disparaître dans le moment
                                                         Ce n’est pas toujours amusant.
      
                                                                            (Georges Perros) 
 
 *
 
 
Sinon, récemment j'ai découvert, tout près de chez moi ce très beau mural d'inspiration surréaliste réalisé par Loraine Motti. Il a été peint sur l'un des murs d'une petite courette dissimulée et totalement inutilisée.
 

J'ai de la sorte réalisé qu'il y avait des directions que, dans mon environnement immédiat, je ne prenais plus, des lieux qui autrefois, pour moi, avait été de passage et que j'ai complètement déserté.
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vendredi 26 janvier 2024

J'aime / Je n'aime pas (16)

 
 
 Voilà
J'aime cette tradition du grand nettoyage de printemps qui consiste à faire le ménage de fond en comble à la maison aux premiers beaux jours

Je n'aime pas devoir remettre les vêtements d'hiver

J'aime être surpris par une réflexion lumineuse et intelligente au hasard d'une émission de radio 

Je n'aime pas le mépris souvent répété que le président de ce pays manifeste à l'égard des citoyens qu'il est supposé représenter

J'aime regarder des vieux albums de photos ou de vieilles vidéos avec ma fille 

Je n'aime pas la tension croissante que je ressens dans la rue, les transports en commun

J'aime les maisons où l'on sent une bonne odeur de soupe 

Je n'aime pas au cours de la nuit rester coincé dans des images de rêves montées en boucle

J'aime regarder de temps à autre ces listes et m'apercevoir que j'ai des inclinations et des détestations récurrentes

Je n'aime pas les porte-mine dont la mine s'enfonce dans le stylo dès qu'on écrit
 
J'aime la chanteuse de jazz Helen Merill, parce qu'elle chante droit et ne fait jamais de trémolos (tout comme Jeanne Lee)

Je n'aime pas entendre à la radio tous ces trous du cul qui touchent des salaires qu'ils ne méritent pas demander à la majorité des gens de se serrer un peu plus la ceintures

J'aime l'épitaphe de Stanislaw Lem "J'ai fait ce que j'ai pu que ceux qui le peuvent fassent mieux"

Je n'aime pas que des gens proches et adultes s’imaginent que je peux répondre à toutes leurs questions

J'aime réécouter de temps en temps "Colossal Youth" l'unique album des Young Marble Giants

Je n'aime pas mais définitivement pas le festival off d’Avignon
 
J'aime quand vient la fin de l'été regarder par la fenêtre ouverte regarder la pluie tomber

Je n'aime pas qu'on réponde à une question par une autre question

J'aime le goût le parfum de la violette

Je n'aime pas ces acteurs ou ces actrices qui tiennent à ressentir mais ne sont pas précis sur le texte

J'aime les femmes qui vont voir des matches de rugby

Je n'aime pas les gens qui se gaussent de mots qui vous font des grandes déclarations d'amitié et qui sont aux abonnés absents dans les moments difficiles

J'aime bien finalement le tirage de cette photo prise en Juillet 2012, depuis les escalators de Beaubourg, par un jour de pluie. 

mercredi 24 janvier 2024

Un cliché très parisien

 

Voilà,
quelques minutes auparavant, dans le jardin des Tuileries, j'avais pensé, en dépit des douleurs et des angoisses, que malgré tout, c'était bien d'être là, par ce temps froid et sec, encore vivant, encore mobile, encore capable de voir et de ressentir. J'avais aussi songé à cette amie de jeunesse qui ressemblait alors à un portrait du peintre préraphaelite Dante Gabriel Rossetti et je m'étais demandé, si à l'époque, ou plus tard, quelqu'un lui en avait déjà fait la remarque. Et puis j'ai vu cette scène, et j'ai eu envie, le temps de traverser le pont, d'être touriste dans ma propre ville

dimanche 21 janvier 2024

Sens dessus-dessous

 
Voilà
une réalisation d'une artiste peintre catalane Cinta Vidal, qui a été aussi scénographe et a exercé son talent de muraliste un peu partout dans le monde, à Miami, Hong-Kong, HawaÏ, dans de nombreuses villes des Etats-Unis. Cette œuvre commandée par la mairie de Paris a été réalisée au Collège Jules Verne, rue de la brèche aux loups dans le douzième arrondissement. Elle exprime l'attention portée au quartier et au le mode de vie collectif où nous sommes tous connectés, grâce à l'architecture et à la végétation. Elle représente une ville organique et flottante, chaotique et organisée à la fois, en fait valoir une multiplicité de points de vue. Les animaux qui y figurent semblent en mesure d'observer ce qui échappe à notre regard.

vendredi 19 janvier 2024

Dormir pour oublier (32)


Voilà,
c'est l'entrée de la station Denfert-Rochereau, durant l'hiver 2018. La même photo aurait pu être prise hier, sous d'autres publicités tout aussi connes. Cela fait des années que ça dure et ne cesse d'empirer. Les gens crèvent, la gueule ouverte aux yeux de tous, sur des places, dans les gares sur les trottoirs. Tout le monde s'en accommode, passe en détournant le regard. On manifeste contre la vie chère, contre les massacres du Moyen-Orient, pour l'Ukraine, contre les violences policières, pour les opposants iraniens et c'est sans doute très bien mais personne ne manifeste contre cette aberrationPendant les confinements des gens sont morts dans la rue parce qu'il n'y avait pas un rond à quêter. On s'en foutait. Leur mort pesait moins que celle des milliers de gens que le covid emportait et moins que la peur qui s’était alors emparée de la population. Oui des gens dorment où ils peuvent, glissant peu à peu du sommeil au cadavre, et la plupart du temps, nous détournons le regard, impuissants et vaguement honteux aussi, que d'autres affaires plus urgentes nous appellent.

jeudi 18 janvier 2024

Frontière(s)


Voilà,
un peu de neige, du soleil, un ciel bleu le froid sec et c’est comme si je me retrouvais à l’aube de ma vie. Mais tout de même, j’avance étourdi, le pas incertain en repensant à cette très belle phrase de Chris Marker dans son livre "Le Dépays" publié en 1982 et qui m'a cependant toujours paru énigmatique  "le passé c'est comme l'étranger : ce n'est pas une question de distance, c'est le passage d'une frontière". Si c'est vraiment le cas, j'en ai alors franchi beaucoup de frontières, ici. Plus ou moins clandestinement. Tant de souvenirs se sont déposés dans ce jardin, depuis que je le fréquente. Et tant d'autres aussi me sont revenus, le long de ses allées sous ses frondaisons, au bord de ses fontaines.

mardi 16 janvier 2024

L'Équilibre

 
Voilà
"Alors, dans la nuit des temps, le premier homme pensant sortir de son antre, toisa le grandiose paysage qui l'entourait et crut sentir monter en lui le besoin larvaire, mais lancinant, d'autre chose. 
Alors, ce matin de printemps, le directeur d'une banque sortit de son hôtel particulier, toisa sa journée bien remplie et crut sentir tourner en lui le besoin confus, pernicieux, d'autre chose. Mais de quoi ? De quoi? " Jacques Sternberg in "188 contes à régler"

dimanche 14 janvier 2024

Mallette

 
Voilà,
en janvier de l'année dernière, la boutique Louis Vuitton sur les Champs-Elysées s’était littéralement transformée. Une métamorphose haute en couleurs réalisée par l’artiste japonaise Yayoi Kusama. En 2021 j'avais photographié la bâche spectaculaire qui recouvrait  l'immeuble situé entre le 103 et le 111 de l'avenue où se trouvait autrefois le siège social de la banque HSBC. On annonçait que la marque Christan Dior installerait à son tour le sien dans ce prestigieux immeuble  — un bail ayant été sur signé sur le cet ensemble (propriété de la famille royale qatarie) avec le groupe LVMH dont fait partie la maison Dior
 

 
Finalement la bâche précédente a été remplacée par une structure de bois et d’aluminium  donnant l’illusion d’un édifice en forme de mallette géante ornée du monogramme de la célèbre marque de luxe. Selon les rumeurs, ce bâtiment de 22 000 m² serait finalement destiné à abriter le tout premier Hôtel  de luxe Louis Vuitton. 
Quoi qu'il en soit le trompe-l'œil est très réussi.

vendredi 12 janvier 2024

Voir ce que ça donne


 
Voilà, 
j'ai dans la tête une petite usine à brasser du désir, à recycler des déchets de mémoire, qui ne sont pas tout à fait des souvenirs, à transformer des traumas plus ou moins décomposés, en surfaces colorées. Que veulent elles signifier ces surfaces ? Est-ce qu'elle veulent même signifier quelque chose ? Peu importe au fond. S'il y a du sens à ça, il tient moins à l'interprétation qu'à l'expérimentation. Je réalise ça pour m'oublier. Dans cette expérience, je me livre tout entier à un processus de dépersonnalisation, comme ça je ne pense pas, je me laisse guider par lui et j'exaspère certaines procédures pour voir ce que ça donne. Voir ce que ça donne. C'est ça la nature de l'expérimentation. Les idées sont là, mais on ne les voit pas, ce sont des images non formées. Sentir que ça veut paraître et voir la forme que ça prend. Les formes elles sont comme ça, elles exigent de s'arracher au néant. Mais mon désir, c'est — paradoxalement — de tenter de figer leur fugacité de me tenir au lieu à peine discernable de leur apparition, et que ces formes soient comme un grand minuit où "n'importe quoi déteint sur n'importe quoi (où) les contradictoires nouent dans l'ombre des pactes occultes (...) où absence et présence sont l'une de l'autre indiscernables" comme l'écrivait Jankélévitch.
Mais ce matin, en me réveillant, je me suis demandé si ce que je tentais de réaliser,  était perceptible par les autres. Personne ne voit la même chose. Personne ne perçoit, d'un point de vue chromatique, la même échelle de nuances et de contrastes. Je me suis souvenu du test d'Ishihara si problématique pour moi, sans parler du test de Farnsworth que je viens de refaire (en me concentrant bien et avec moult corrections en cours de route) qui suggère que je suis protanope et deuteranope, c'est à dire vraiment daltonien.

jeudi 11 janvier 2024

Chantier

 

Voilà,
sur ces ruines, à compter de 2028 — mais vraisemblablement plus tard — s'élèvera l'Hopital de Saint-Ouen, fruit de la fusion des hôpitaux Bichat et Beaujon. Comme l'écrivait Emeline Cazi, en Juillet 22 dans le journal "Le Monde"  "Ce projet fait écho à de nombreux autres de même nature menés en France qui reposent sur la promesse de locaux flambant neufs, d’équipements "innovants",  et de performances accrues en échange d’une réduction des capacités d'accueil et des durées de séjour. On parle de 30% de lits en moins.
Souvent, les mêmes cabinets de conseil ont utilisé les mêmes formules mathématiques pour proposer les mêmes solutions, notamment celle de la médecine ambulatoire et de la coopération accrue avec la médecine de ville. Or, en Seine-Saint-Denis la densité médicale par habitant compte parmi les plus faibles de France", et la démographie — c'est bien connu les riches font des affaires, les pauvres font des enfants — ne cesse d'augmenter. C'est ainsi : le néolibéralisme dépouille tout ce qui relève du bien public pour en faire un marché. Mais il est des lieux où la loi du marché ne prend pas. Ou plus exactement prend un autre nom — celui de trafic. On verra bien ce que nos experts feront de cette réalité-là. De toute façon, pour le moment de nombreux recours ont été déposés pour que ce projet soit reconsidéré.  L'état doit l'ajourner en raison d'une irrégularité de procédure : le dossier de l’enquête publique ne comportait pas le rapport de contre-expertise et l’avis émis par le commissaire général à l’investissement (tout deux datant de 2016) sur l’évaluation socio-économique du volet hospitalier du projet. Or, cette absence a nui à l’information complète du public. En conséquence, en Octobre 2023 la cour d’appel a donné six mois à l’État pour organiser une nouvelle consultation de la population, portant sur un dossier d’enquête publique comprenant l’ensemble des documents requis.

Publications les plus consultėes cette année