lundi 22 juillet 2019

Au secours


Voilà,
ce collage réalisé comme celui-ci ou celui-là, ou encore cet autre, il y a quarante ans (je l'ai un peu corrigé depuis), un de mes premiers, j'y suis toujours autant attaché. Je m'y reconnais encore. C'est le commencement de quelque chose dont j'ignore alors que cela ne me quittera jamais : ce besoin de fabriquer des images avec les moyens du bord. On est fin Juillet début Août 79. Je suis terriblement malheureux. Je viens de finir une grande tournée en Europe, avec un beau spectacle, mais il me faut faire face à de nouveaux chagrins. J'écoute souvent le double live de Bowie "Stage", que j'ai acheté quelques semaines auparavant à Rome. La version de "wild is the wind" me file à chaque fois un bourdon terrible. Je bois du Cynar ramené de là-bas. Je feuillette l'almanach d'Actuel, et des livres d'art sur le constructivisme. Je fume de l'herbe que j'ai fait pousser dans mon appartement exposé plein sud au seizième étage sans vis-à-vis. Je me sens nul. J'ai honte d'être comme je suis. Je sens qu'il me faut devenir adulte et je ne sais pas comment m'y prendre. J'ai peur de n'être pas équipé pour le monde qui vient. Je rêve de m'acheter un appareil photo mais je n'ai pas l'argent. C'est à cette époque qu'apparaissent les premières photocopieuses couleur Rank-Xerox, et que je commence à réaliser ce qu'on appelait alors des Xérographies. J'écris mon désarroi en toutes petites lettres au Letraset
Une vie a passé depuis. J'ai, selon la formule de Cioran "bricolé dans l'incurable", m'employant à survivre, tant bien que mal, à ce sentiment d'abandon et d'incompréhension qui d'aussi loin que je me souvienne ne m'a jamais quitté.

dimanche 21 juillet 2019

Cinquante ans après.


Voilà,
c'était donc il y a cinquante je me souviens exactement, de ce que j'ai fait ce jour là. Dans l'après midi je suis allé en vélo à Port-Maguide, au bord du lac de Cazaux, me baigner. J'ai acheté des gâteaux Twist au bar de chez Charlet. J'étais un peu fatigué parce que je m'étais réveillé vers 3h30 du matin pour les voir fouler le sol de la lune. Je crois que je m'inquiétais pour eux. J'espérais qu'ils pourraient repartir sans problème. J'ai somnolé sur la plage au bord du lac en proie à tout un tas de considérations sur l'avenir qui – pensais-je alors – ne manquerait pas d'être exaltant maintenant que l'humanité avait fait un grand bond. J'avais été agacé, par une conversation, non loin, où un jeune homme trouvait que tout cela ne servait à rien, alors que j'étais pour ma part persuadé que cet événement était riche de promesses, et qu'une nouvelle ère s'ouvrait devant nous. Le futur commençait enfin.

la buvette de Port Maguide "Chez Charlet"

Quelques semaines plus tard le poète W.H. Auden, exprimait un avis moins enthousiaste dont j'ai eu connaissance par hasard il y a quelques jours et dont je vous livre la teneur : "Il est naturel que les garçons fêtent leur immense triomphe phallique, une aventure dont les femmes n'auraient pas songé qu'elle en vaille la peine, rendue seulement possible car nous aimons nous réunir en bande et connaître l'heure exacte. Oui notre sexe, en toute honnêteté, acclame son exploit, bien que les raisons qui lui donnèrent la primauté furent sans doute moins que "menschlich". (In "Atterrissage lunaire", Aout 1969).

jeudi 18 juillet 2019

Rituel intime


Voilà,
vautrée sur le banc, sans doute atteinte du syndrome de Tourette, elle ne cessait d'émettre des grognements qu'elle ponctuait parfois de couinements aigus. De temps à autre, d'un geste brusque, c'est un invisible intrus qu'elle semblait vouloir chasser. Ou bien encore, trois fois du plat de la main elle frappait le haut de sa cuisse, presque à hauteur du pli de l'aine, avant de pousser un petit gémissement évoquant celui d'un nouveau-né. Puis au bout d'une minute le cycle recommençait. Soudain me revint en mémoire ce rituel que je m'étais inventé enfant et qui, pendant quelques mois, m'avait rassuré chaque fois que je devais au retour de l'école rentrer seul dans la maison familiale.

mardi 16 juillet 2019

Apollo XI


Voilà,
il y a 50 ans, décollait l'expédition d'Apollo XI. La conquête spatiale, avec ses drames et ses exploits a marqué mes années d'enfance passées à Biscarrosse. J'étais fasciné par les cosmonautes russes et les astronautes américains. Et même après toutes ces années j'ai toujours la même admiration pour leur courage et leur audace. Ils étaient des héros. Ils le restent encore. C'est aussi le moment où l'on a vu à quoi ressemblait notre planète, avec cette fameuse photo d'un "lever de terre" sur un paysage lunaire. On s'est ému de tant de beauté et puis on l'a saccagée avec une furieuse obstination.

samedi 13 juillet 2019

Bitume


Voilà,
parfois des choses anodines me sautent aux yeux, comme ces lignes de failles sur le bitume d'un trottoir du quai Louis Blériot dans le seizième arrondissement. C'était il y a quelques mois. Un endroit de Paris sans grâce où je ne vais jamais. Je me rappelle très bien ce jour là. Déambulations dans un paysage industriel du bord de Seine. Méditation fugace sur le temps historique. Ce jour là je réalise que soixante années seulement se sont écoulées entre la traversée de la Manche par l'aviateur français défoncé au vin Mariani, et le moment ou Armstrong a posé le pied sur la Lune (j'y pense alors parce que j'ai vu "First man" de Damien Chazelle avec ma fille peu de temps auparavant), et que les cinquante années qui ont suivi ont consisté en un saccage organisé de la planète pour en exploiter les richesses afin de satisfaire notre artificiel besoin de consommation et d'enrichir quelques multinationales. Je ne nie pas qu'il y a eu aussi de grandes avancées technologiques depuis. Mais hélas elles nous servent essentiellement à évaluer avec précision à quel point nous nous sommes fourvoyés sans que nous puissions pour autant trouver de solution aux ravages commis depuis par l'humanité.  Plus particulièrement par une part de l'humanité, la part européenne, judéo-chrétienne qui a essaimé jusqu'aux Amériques avec les conséquences que l'on sait. L'homme blanc quoi. Et voici que désormais cette ivresse de consommation se propage sur tous les continents avec une allégresse suicidaire. L'année dernière, le 2 août toutes les ressources annuelles de la terre avaient été consommées. Il ne fait guère de doute que cela adviendra cette année avant la fin Juillet. Pareillement à chaque époque on s'en émeut, puis on oublie jusqu'à l'année suivante. D'ailleurs au passage je recommande la lecture du billet de Natacha intitulé sidération environnementale qui analyse très finement notre attitude face au désastre en cours.

jeudi 11 juillet 2019

En passant par Arles


Voilà,
j'ai profité hier de mon jour de relâche pour me rendre à Arles où je n'étais encore jamais venu. Cette ville romaine et romane m'est apparue très belle et très émouvante, d'autant que la chaleur n'était pas accablante en raison d'un léger mistral qui par la même occasion chassait les moustiques assez nombreux dans la région puisque on se trouve aux portes de la Camargue. J'y ai vu bien sûr quelques expositions des rencontres internationales de la photographie. J'en reparlerai plus tard. J'ai aussi visité la cathédrale Saint Trophime et en voyant, dans l'une des allées la lumière sur les dalles, j'ai songé à tous ceux qui les avaient foulées au cours des siècles passés, Van Gogh et Gauguin sans doute lors de leur sinistre séjour dans cette ville. J'ai regretté que le temps me manque et de n'être pas parti plus tôt d'Avignon comme je l'avais initialement prévu. Mais j'ai eu du mal à me réveiller. Peut-être pourrais-je y retourner avant la fin du séjour. Je craignais que la ville fût surpeuplée à cause des rencontres, mais ce n'était pas du tout le cas ; rien de commun avec ce qui se passe ici.

mercredi 10 juillet 2019

Avignoneries


Voilà
Dix jours que j'y suis et j'en ai déjà marre de tout ce Barnum. Je suis bien évidemment content d'être sur une scène, d'autant que le public apprécie, vient de plus en plus nombreux et que je trouve petit à petit mes marques en même temps que le plaisir de jouer. J'essaye de bien faire ce pour quoi je suis là, en même temps je me rassure sur mes capacités mentales, car tout de même ce n'était pas simple cette affaire là. C'est aujourd'hui mon premier jour de "relâche" comme on dit, alors que précisément il ne faut pas se déconcentrer. Je ressens toujours une certaine fragilité en raison de la vitesse à laquelle j'ai dû intégrer toutes les informations relatives au spectacle. Les trois denières représentations m'ont tout de même grandement rassuré. Et puis ma fille, en vacances non loin d'ici est venue me voir jouer hier, et ce fut un doux cadeau que sa présence et une grande joie pour moi. Nous en avons profité pour visiter ensemble le Palais des Papes puis ensuite nous promener dans la ville.
Mais cette foule, cette cohue, tous ces gens qui se précipitent d'un thėâtre à l'autre pour consommer de la distraction, parfois de la culture, tout cela me semble souvent relever de l'irrationnel. Sans parler des punks à chiens, des militaires qui patrouillent en armes, des témoins de Jehovah, et autres doux illuminés qui annoncent le retour de Jésus, des déguisés de toutes sortes qui vous tendent tous les jours leurs tracts, jamais lus et très vite jetés. Tout ça m'épuise et m'exaspère. Je n'aime définitivement pas les foules. Ce panurgisme professionnel, ces espèces de grandes messes ont quelque chose d'absurde. Mais surtout ce qui angoisse c'est cette dimension de surconsommation effarante avec ses dommages collatéraux, affichage sauvage, poubelles débordantes de détritus, multiplication des machines à air conditionné, etc. C'est tout de même près de 700 000 personnes qui, pendant toute la durée du festival, transitent ou restent durablement dans la ville, soit trois fois et demi la population du grand Avignon. Le festival constitue la principale activité économique de l'agglomération qui fait l'essentiel de son chiffres d'affaires annuel l'été. Même les marchands de jouets vendent plus en Juillet que pour les fêtes de Noël en décembre. En fait tout continue comme si de rien n'était. On ne change surtout pas le modèle économique. C'est l'occasion pour les jeunes de trouver des petits jobs d'été comme serveurs, serveuses, hommes et femmes-sandwiches, colleurs d'affiches, distributeurs de tracts. C'est une manne pour la population assez déshéritée dans l'ensemble. Mais, dans cette ville historique autrefois important carrefour de l'Occident chrétien, la dimension culturelle proposée par René Char et Jean Vilar qui fut à l'origine du festival, celle qui proposait de repenser, et réinterroger le monde à travers les grandes œuvres dramatiques s'est depuis longtemps noyée dans ce que Marx appelait "les eaux glacées du calcul égoïste". En fait, on voit ici, à l'échelle locale, ce qui se passe dans la plupart des pays riches sur l'ensemble de la planète. Personne n'est vraiment prêt à renoncer à ses habitudes, à changer son mode de vie. On est en plein dans la dissonance cognitive.
Ne reste plus qu'à se réfugier dans la contemplation de ce qu'il subsite de paysages enchanteurs où les visionnaires d'un monde aboli projetaient leurs rêves.

lundi 8 juillet 2019

L'Hommage de Pignon-Ernest à Pasolini


Voilà,
En ce moment se tient au Palais des Papes en Avignon, une rétrospective de l'œuvre d'Ernest Pignon-Ernest, qui est un des inventeurs du street-art (cela ne s'appelait alors pas encore comme cela) en France. Son principe est le suivant : il dessine dans son atelier un motif (souvent des personnages) et ensuite il colle son dessin dans les rues. Je me souviens d'un portrait d'Arthur Rimbaud en pied que l'on voyait dans le quatorzième arrondissement de Paris lors de la démolition du quartier Bobillot -Vercingétorix dans les années 70. Il doit me rester quelques photos de cette époque. Celle-ci représente le poète et cinéaste Pier-Paolo Pasolini qui fut assassiné sur une plage d'Ostie de façon particulièrement horrible (en fait sûrement un assassinat politique déguisé en crime crapuleux), portant lui-même son propre cadavre qui ressemble à celui du Christ descendu de la croix. Pignon-Ernest l'a collé dans les rues de Rome et de Naples. Cette photo est la copie d'une reproduction à l'échelle d'une photo prise dans une rue de Rome. (Linked with Monday murals)

vendredi 5 juillet 2019

Un jour très particulier



Voilà,
Je n'ai jamais mis de photos de ma fille en ligne, pour la protéger. Mais celle-ci est assez ancienne pour que je puisse la publier. J'aime beaucoup ce portrait que nous avons pris ensemble en Calabre, durant l'été 2012. C'est elle qui, après avoir trouvé la fonction retardateur sur mon appareil a  souhaité voir ce que ça donnerait si on  activait le flash dans la lumière du jour. Elle avait alors 11 ans. Son sourire, cette façon qu'elle a de passer son bras autour de mon cou et son regard me bouleversent sans que je ne puisse trop expliquer pourquoi. 
Aujourd'hui, est un jour particulier. Elle a obtenu son bac avec la mention "Très bien". Je suis fier d'elle. Je suis heureux pour elle et pour sa mère. Ce succès nous remplit de joie. Lorsque je l'ai appris ce matin, j'ai été submergé par l'émotion. Je n'imaginais pas que cela me ferait tant d'effet.
C'était peu de temps avant que j'aille jouer devant une salle plutôt clairsemée pour ma deuxième représentation publique (hier nous avons fait une sorte de générale) et cela s'est plutôt bien passé. La satisfaction n'est en général pas mon fort, mais je trouve que j'ai plutôt bien assuré, et même mieux que ça. Bon évidemment c'est encore très perfectible, mais tout de même. Je ne suis pas mécontent d'en être déjà là. Et assez surpris. Le plus difficile maintenant c'est de ne pas se relâcher de garder la tension et la concentration et de continuer à progresser sur cette base. 
À part ça, cette débauche de spectacle sur Avignon, cette hallucinante quantité d'acteurs, tous ces gens qui ne cessent de vous solliciter, de vous proposer des tracts, de vous encourager à venir les voir a quelque chose d'absurde et de vertigineux tout à la fois. Cette fin d'après-midi, j'ai déambulé dans les rues encore chaudes de la ville, dans une sorte d'hébétude presque hallucinée. Jai croisé des gens que je connaissais, parfois accompagnés d'inconnus qui m'ont été présentés, et dont je ne me souviens déjà plus, parce que je souffre de prosopagnosie. J'ai serré des mains, fait des bises (c'est dingue le nombre d'inconnus qu'on peut embrasser dans cette profession, le côté "grande famille" sans doute), j'ai formé des phrases, j'ai parlé, j'ai moi aussi fait des présentations. Avec la femme de Pierre croisée par hasard, nous avons brièvement évoqués nos vingt ans, lorsque nous venions déjà au festival. C'est tellement étrange de me trouver là, cette année, si inattendu... 

mardi 2 juillet 2019

Croissants chauds



Voilà
ce qui m'a principalement occupé ces derniers semaines : je reprends un rôle (le comédien initial s'étant engagé sur un autre projet) dans un spectacle qui a déjà été joué l'année dernière au festival d'Avignon, et qui est reprogrammé cette année. J'ai donc dû apprendre un texte la plupart du temps tout seul, avec parfois l'aide occasionnelle mais précieuse d'une amie attentive qui m'a aidé à mémoriser certaines séquences affrontant au passage mes impatiences, mes inquiétudes et en la circonstance mon caractère soupe-au-lait. Je crains d'ailleurs d'avoir au bout d'un moment découragé sa bonne volonté. J'ai aussi dans le salon de mon partenaire, qu'il a plutôt large, parfois répété avec lui afin de mémoriser, brochure en main, quelques déplacements. En guise de spectateurs j'avais les nombreux livres de sa bibliothèque et quelques masques africains. Enfin j'ai passé quatre matinées à essayer d'intégrer les déplacements et les manipulations d'accessoires en présence d'un regard extérieur dans un étroit studio de répétition. Cela ne fait pas beaucoup de préparation et depuis il s'est passé une semaine sans que je ne voie mon camarade, parti travailler dans le sud. Comme le principe du festival off est l'alternance sur toute une journée de plusieurs spectacles dans une même salle j'aurais peut-être une répétition dans les conditions de représentation, ce qui laisse augurer un début d'exploitation assez périlleux pour ma part. J'ai beau avoir visionné et revisionné une captation du spectacle, c'est quand même avec pas mal d'appréhension que je me lance dans cette expédition. Le texte manque de fluidité, ne vient pas facilement en bouche, et, à l'heure où j'écris ces lignes, tout me semble très approximatif.

Bon je sais que ce n'est pas Verdun, ou le Vietnam, et j'ai fait suffisamment d'autres métiers dans la vie pour savoir, qu'il y en a quand même de bien plus cons et de plus pénibles. Après tout personne ne m'a obligé à me lancer dans cette affaire. Peut-être m'y suis-je simplement engagé de façon un peu inconsidérée, sans vraiment réfléchir, flatté sans doute de ce que j'ai pris pour un gage d'amitié et de confiance, ce qui a priori ne se refuse pas de la part de quelqu'un qui me connaît depuis longtemps avec lequel j'ai déjà joué, et pour qui j'ai de l'estime.
Probablement y ai-je aussi vu l'occasion de changer d'air en bonne compagnie tout en donnant à entendre avec humour des choses qui susciteront la réflexion. En effet notre duo proposera, sous la forme d'une conférence un peu fantaisiste, une adaptation de l'ouvrage du philosophe Ruwen Ogien, récemment disparu, intitulé "De l'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine".
 On trouvera dans ce spectacle des histoires de canots de sauvetage qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, de trains fous qu’il faut arrêter par n’importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie. On y évoquera des récits d’expériences montrant qu’il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et encore moins pour se comporter comme un saint … But du jeu : montrer que tout, en morale, peut et doit être questionné. Que les intuitions dont on se réclame ne sont jamais si claires qu'on croit ni si assurées qu'on dit. Que les doctrines se contredisent toujours, les principes parfois. Et que l'entraide et la bienveillance tiennent à peu de chose. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d'évidences mettez-vous en œuvre pour vous prononcer ?

Bref c'est pour cela que je redescends là-bas. Des images d'Avignon l'été me reviennent en mémoire. L'agitation, la chaleur, le bruit, les murs couverts d'affiches qui enlaidissent cette ville belle et endormie tout le reste de l'année... Les moments heureux aussi et ceux où je me sentais submergé par une sensation d'absurde et de solitude. Tout se mélange. Les souvenirs de jeunesse, quand j'imaginais le futur où je suis désormais, les visages, des gestes furtifs, des spectacles bien sûr, des repas pris sur le pouce, des expositions saisissantes, des discussions, des conférences mais aussi les heures accablantes où l'on cherche l'ombre, les murs chauds en fin d'après-midi. En plus c'est la canicule, il est prévu entre 34° et 38° pour la semaine qui vient... Je redoute tout ça, d'autant plus que je ne suis jamais resté dans cette ville durant toute la durée du festival. Ah si, mais j'avais alors 20 ans, c'était le même corps, mais jeune, vigoureux, impatient de s'éprouver toujours plus intensément. Les belles années passent vite. J'espère que je n'ai pas présumé de mes forces. Jamais je ne me suis senti aussi vulnérable. Allez, haut les cœurs, je vais faire l'acteur. 
À l'heure qu'il est j'ai programmé deux trois articles pour Juillet. Je ne sais pas si je publierai beaucoup ces prochaines semaines. Ou alors des trucs écrits il y a longtemps, sans grand rapport avec l'actualité. Il serait bon que je prenne un peu de recul, tout de même.



jeudi 27 juin 2019

J'aime / je n'aime pas (8)


Voilà,
j'aime quand la réalité offre des perspectives cubistes comme celle-ci
je n'aime pas devoir penser à tout ce qu'il faut checker avant un départ
j'aime voir une jolie femme lire un bon livre dans les transports en commun
je n'aime pas m'apercevoir que de nouvelles douleurs ont pris possession de mon corps et s'y installent
j'aime quand je suis capable (rarement) de faire preuve de sens pratique ; je me sens alors prodigieusement intelligent 
je n'aime pas devoir me résoudre à l'idée que j'ai désormais plus de souvenirs que de projets
j'aime refaire de temps à autre des photomontages comme autrefois, mais sans colle ni papier
je n'aime pas le silence encombré de non-dits
J'aime savoir qu'il y a le bar "Les philosophes" à Draguignan, je ne sais pas si je le reverrai un jour
Je n'aime pas devoir à la fin de chaque semaine devoir remplir le pilulier pour la suivante car c'est un geste de vieux
j'aime préparer des salades niçoises quand arrivent les beaux jours
je n'aime pas l'eau croupie au fond des vases
j'aime ranger mes livres dans la bibliothèque après les avoir recouverts de papier cristal
je n'aime pas que des organismes de crédit dont je n'ai rien à foutre me harcèlent par mail ou SMS
j'aime me réveiller tôt le dimanche et écouter cette émission sur France musique consacrée à Bach
je n'aime pas cette sensation de devoir toujours me presser
j'aime quand des choses imprévues et agréables surviennent dans ma vie
je n'aime pas ce moment où je dois admettre qu'il faut que je prenne rendez-vous chez le coiffeur
j'aime particulièrement les dessins d'enfants, ils me fascinent littéralement
je n'aime pas le sentiment de solitude et d'abandon qui m'étreint à l'approche de l'été
J'aime Dumka, du Quintet pour piano en la, Op 81 de Dvoràk que j'ai récemment découvert, bien que le thème initial ne m'était pas inconnu
je n'aime pas me sentir comme "la bonne poire" ou "le dindon de la farce"
j'aime beaucoup les artichauts, je les ai toujours aimés
(Linked with the weekend reflections)

mardi 25 juin 2019

Soleil sur l'église St Sulpice.


Voilà,
c'était le dimanche 5 aout 2018 au soir. Il avait fait terriblement chaud, et les deux jours suivants seraient encore pire. Sur les réseaux sociaux commençaient à se multiplier les messages sur le point de bascule du climat. Ce soir-là j'avais beaucoup pesté contre la maire de Paris et de son équipe municipale, parce qu'il était impossible, de trouver un vélo en libre service, à cause du changement d'opérateur chargé de les mettre à disposition. Finalement après maints échecs nous étions parvenus à trouver avec ma fille deux bicyclettes pour nous accorder une petite balade et jouer aux touristes dans notre ville. Ce n'était que l'année dernière, mais tout cela me semble bien loin, irréel presque. Aujourd'hui est une autre journée caniculaire. Je ne me sens pas très bien. "Comme une poupée cassée de l'intérieur". Certains amis me manquent. Cette nuit j'ai rêvé que je me noyais. (Linked with skywatch friday)

lundi 24 juin 2019

En vain


Voilà,
"la solitude ce n'est pas d'être seul, mais d'aimer les autres en vain". Ce vers de Mario Stefani qu'elle avait découvert, bien des années auparavant, écrit par des mains anonymes sur des murs de Venise, peu après que le poète s'y fut suicidé, lui revenait en mémoire. Les lampions de la fête n'allaient pas tarder à s'éteindre. Elle savait qu'elle continuerait à vagabonder dans les rues, vaguement grise. Elle chercherait d'autres bars, et sans doute une fois de plus y trouverait elle un inconnu aussi paumé qu'elle auprès de qui s'abandonner. Combien de temps allait-elle encore tenir à ce rythme là ? Parfois, dans une vitrine, au détour d'un reflet — et c'était toujours le même saisissement — Nathalie Marselan croisait le visage de sa mère, à la fois reproche et menace. Et elle s'étonnait qu'on pût ainsi vivre tant d'années au bord des larmes.

dimanche 23 juin 2019

En passant devant un mur peint


Voilà,
toute la semaine dernière, je suis passé devant cette fresque peinte sur un mur de Montreuil. Je n'ai rien d'autre à en dire, si ce n'est qu'au fur et à mesure des jours, ma présence à ce moment-là dans cette ville m'apparaissait de plus en plus absurde. Ce que j'allais y faire là-bas, j'en parlerai peut-être courant Juillet, selon la tournure que prendront les événements. Mais j'ai d'ores et déjà l'impression de m'être fourvoyé en acceptant une proposition pour laquelle j'aurais dû exiger plus de garanties. Une fois encore, au goût du travail bien fait s'oppose la dure loi des contraintes économiques. Pas de temps pas d'argent, mais cependant on exige de vous un résultat immédiat. Il faut être efficace, c'est à dire capable de produire le maximum de résultats avec le minimum d'effort et de dépense. Je veux dire de dépense de la part de celui qui manifeste cette exigence à votre égard. Et l'on vous fait aimablement sentir que cette confiance qu'on vous témoigne, sans pour autant vous donner les moyens d'y répondre, est une faveur dont, à moins d'être ingrat, vous devriez être reconnaissant, car tout de même, si ça marche il pourrait y avoir au bout quelques gratifications narcissiques. Et soit dit en passant il arrive qu'en de telles circonstances l'amitié en prenne un coup. (Linked with Monday murals)


mardi 18 juin 2019

Vallée de la Roya


Voilà,
cette photo a été prise dans la vallée de la Roya, l'été 1986, lorsque, Philippe, Dominique, Gérard Agnès et moi étions en chemin vers le parc naturel du Mercantour et la vallée des Merveilles. À l'époque, mais personne ne le savait vraiment, ce fut une des régions la plus contaminée de France par le nuage de Tchernobyl. Quelques trente après c'est devenu un endroit de forte concentration policière en même temps qu'un lieu de passage pour des hommes et des femmes venus d'Asie centrale et de l'Afrique subsaharienne qui fuient la misère et les guerres qui ravagent leurs régions. 
Les mirages de la mondialisation heureuse que l'on ne cessait de nous vanter au début des années 1990, sont loin derrière nous, et désormais tous les laissés-pour-compte de ce qu'on appelait autrefois le tiers-monde remontent vers les contrées où règne une paix relative et une prospérité de façade. Les lois récentes adoptées un peu partout en Europe, les résultats des élections européennes, ainsi que les dispositions prises à l'encontre de ces personnes courageuses qui ont traversé tant d'épreuves au regard desquelles les pérégrinations d'Ulysse font figure d'aimable plaisanterie, prouvent qu'ils ne sont pas les bienvenus. Un article paru début juin pointe la responsabilité des autorités européennes dans la mort de 14000 migrants sur les cinq dernières années. En France notre ministre de l'intérieur a récemment accusé les ONG qui se sont données pour missions de sauver ceux qui voyagent en mer sur des embarcation de fortune d’être “complices” des passeurs. Sur le sol français, On poursuit ceux qui accueillent et aident les migrants démunis, eux mêmes arrêtés dans des conditions qui rappellent la Police de Vichy — mais la police reste la police — au motif qu'ils contreviennent aux lois de la République. Pourtant, dans ces régions particulièrement rudes (surtout pendant l'hiver où de nombreux migrants on trouvé la mort) ils font juste preuve d'humanité et de générosité en portant secours et assistance à des hommes et des femmes en grand danger. 
Le regard que l'on porte sur les paysages change en fonction de ce que l'on connaît de leur histoire. Les Alpes provençales, qui ont tant souffert de l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, et où la résistance a payé un lourd tribut, nous rappellent qu'elles demeurent de vraies montagnes, hostiles à ceux qui ne les connaissent pas. 
Quant à la Méditerranée si bleue, apparemment si accueillante elle ne se roucoule plus comme le faisait Tino Rossi. Elle constitue aussi un redoutable gouffre rejetant des cadavres, qui parfois font la une des journaux et que l'on oublie trop vite ensuite. Là encore, on maltraite ceux qui ne font que respecter le code de la mer, régi par des conventions internationales. Ainsi Pia Klemp. Cette jeune capitaine, avec son navire, s'est portée au secours des exilés qui risquent de se noyer en pleine mer et a sauvé des centaines de vies dans la mer Méditerranée conformément au droit maritime qui prévoit qu'un capitaine doit porter secours aux personnes en détresse. Plutôt que d'être félicitée et soutenue, Pia Klemp est poursuivie par le gouvernement italien d'extrême droite. Elle est jugée pour "aide à l'immigration", et risque 20 ans de prison en ce moment même !

dimanche 16 juin 2019

Une fresque de Miquel Barceló


Voilà 
le détail d'une fresque éphémère, intitulée "Le triomphe de la mort" réalisée par Miquel Barceló, le grand peintre natif de Majorque. Elle est réalisée avec de l'argile sur une des baies vitrées du musée Georges Pompidou, dans le cadre et pour la durée de la très passionnante exposition "Préhistoires" qui, dans une élégante scénographie, propose un éclairage subtil et original sur le lien unissant la préhistoire à l'art moderne et contemporain. (Linked with Monday mural)

vendredi 14 juin 2019

Le printemps qui manque


Voilà,
j'ai trouvé dans cette vitrine les couleurs qui manquent à cette fin de printemps. Quasiment tout le mois de Juin, à l'exception d'une journée caniculaire, a été gris et pluvieux en région parisienne avec quelques rares éclaircies entre deux ondées. Celle que j'ai vue au Palais-Royal mercredi dernier après une bonne saucée rendait une belle lumière. Il a même fait assez froid ces dernières semaines, et voilà qu'on annonce pour les jours à venir, un pic de chaleur avec des températures de 30°. Ces écarts sont assez pénibles pour l'organisme. mais peut-être enfin vais-je pouvoir remiser les pulls au placard.


Quoiqu'il en soit c'est un mois de Juin déjà étrange pour moi. Une fois de plus je n'ai pas fait ce que je me promets de faire depuis des années : prendre quelques jours de vacances à ce moment là, avant la saison touristique. Toujours, à pareille époque, des obligations professionnelles me retiennent ici, obligations auxquelles je ne peux me soustraire évidemment liées au fait que je manque toujours d'argent. Cette année, pourtant j'avais envisagé de passer quelques jours à la campagne dans le sud, mais des choses imprévues sont advenues. Cette fois-ci, c'est d'une bien étrange affaire dont il s'agit. J'en reparlerai plus en détails d'ici quelques jours. Une opportunité me fait renouer avec une activité que j'avais vaguement délaissée depuis quelques années. L'effort et l'énergie que cela requiert, je les avais oubliés. Et me voilà contraint de solliciter une part de moi-même longtemps demeurée en friche. Et c'est un gros travail pour obtenir le résultat que je souhaite car il y a beaucoup de vents contraires, paresse, fatigue et autres contingences. Je me demande parfois si je n'ai pas été un peu présomptueux. (Linked with weekend reflections)

jeudi 13 juin 2019

Comme la Troie de Schliemann



Voilà
" Londres a tout d'une cité en constante évolution : se superposant aux strates antérieures, couche après couche et jusqu'à un temps reculé, le prėsent y recouvre le passé à la manière d'un filtre transparent, exactement comme la Troie de Schliemann est enfouie sous d'autres habitats ( Oliver Sacks) linked with skywatch friday)

mardi 11 juin 2019

Devant la porte


Voilà,
j'ai une tendresse particulière pour les pauvres d'esprits, les attardés, les trisomiques, les idiots congénitaux, dont au fond je me sens assez proche, et cela bien avant cette histoire dans le métro que j'ai déjà évoquée, il y a longtemps. Il paraît que pour l'expression française "un ange passe" qui désigne un long silence dans le cours d'une conversation, l'équivalent russe se dit "un crétin est en train de naître". Linked with the weekend in black and white

dimanche 9 juin 2019

En repartant de Marie-Galante


Voilà,
j'ai retrouvé ça par hasard, en cherchant tout autre chose. Je me suis dit que cela ferait une bonne image pour Monday murals. J'avais pris cette photo sur le port, juste avant de quitter Marie-Galante, où j'étais venu passer la journée. J'avais loué un scooter, moyennement sécurisé et je m'étais baladé sur l'île, m'arrêtant sur des plages, dans une mangrove aussi, que j'avais visitée en canoé. Je m'étais promené à l'intérieur des terres, et c'était bon de rouler comme ça, de renouer avec des sensations adolescentes, de découvrir les paysages variés de cette île, fredonnant cette mélodie de Laurent Voulzy qui évoque avec douceur le sentiment de solitude et de séparation. Et puis, quand même, tout ce soleil en plein mois de février, c'était vraiment bon.




À l'époque, en 2010, ce blog avec lequel j'entretiens un rapport de plus en plus ambigu, n'en était qu'à ses balbutiements. C'était un dérivatif, une vague tentative encore confuse. Je m'étais lancé là-dedans sur les conseils de Coralie, qui en tenait un qu'elle a depuis fermé, mais je n'en avais parlé à personne. C'est elle d'ailleurs, qui écrivit le premier commentaire, lorsqu'elle découvrit par hasard son existence. Au cours de ce voyage aux Antilles, je n'y songeai pas trop. Ce n'est qu'au retour que je me suis peu à peu investi dans cette entreprise. Je n'imaginais pas alors, que cela finirait par prendre tant de place dans mon existence. Cela me rappelle un peu cette tranche de vie entre 1984 et le début des années 2000 durant laquelle j'ai noté mes rêves. J'ai cessé de le faire un peu par lassitude, par angoisse aussi, car je faisais beaucoup de cauchemars où la vie de ma fille encore bébé était en danger si bien que j'ai renoncé à les noter, et peu à peu j'ai fini par me désintéresser de mes rêves. Je me demande si je ne parviens pas, avec ce blog au même point de lassitude et d'angoisse. La seule différence tient au fait que j'ai des lecteurs. Un lien de connivence s'est établi avec eux puisque j'éprouve de l'intérêt pour leurs publications, et qu'il arrive que nous correspondions.
Je m'en suis déjà expliqué quelquefois, il s'agissait, lorsque j'ai commencé, d'oser écrire en admettant la possibilité d'être lu. D'autre part je tenais absolument à ce qu'il y ait des images, souhaitant établir un lien entre texte et images. Disons que la plupart du temps, ces dernières ont constitué un prétexte. D'ailleurs l'ordonnancement de la page le montre bien : c'est, à de rares exceptions, l'image qui apparaît en premier, et la plupart des libellés sont en relation avec l'image.
Pourtant, au cours des années, le fait d'écrire a pris une place de plus en plus importante. Aujourd'hui, de nombreux billets bien que rédigés depuis longtemps, sont programmés pour être publiés ultérieurement. Ce qui est totalement absurde. D'autant qu'en les relisant je me demande s'il est bien nécessaire de les porter à la connaissance du public. L'humeur qui les a générés n'est plus la mienne. Ou bien l'actualité à laquelle ils font référence se trouve à présent ensevelie sous l'avalanche d'autres nouvelles à leur tour devenues anciennes. Désormais me voici encombré de mots et de pensées dont l'intérêt me semble douteux. Encombré aussi de cette entreprise qui peu à peu s'est dévoyée en une sorte de journal extime, plutôt qu'une entreprise esthétique.

vendredi 7 juin 2019

Rien n'est futile dans la nature


Voilà,
Rien n’est futile dans la nature. On ne saurait en dire autant des hommes.
Vue de plus près, l’histoire est un roman stupide.
Je dépense, donc je suis…
Nous avons l’usufruit du monde entier mais nous ne savons qu’en faire, 
hormis l’abîmer chaque jour un peu plus.
Pour moi, vivre fut une impardonnable imprudence.
Même les saints font des cauchemars.
Je ne sais pas me cacher quand je pleure.
Ah, si l’on pouvait transiger avec le mépris que la nature nous voue !
Dans toute mort volontaire, il y a du théâtre.
Dans l’être, la pensée ne tient au cerveau que par un fil de la vierge.
On peut faire n’importe quoi avec des mots mais on est incapable de fabriquer une rose.
Un peu comme le Roquefort, les bonnes idées ont besoin de pourrir pour devenir excellentes.
Beaucoup de nos prétendus intellectuels sont des imbéciles. Je crains d’être du nombre.
Je ne me suis vraiment jamais aimé.
(Jean Rousselot in "Minimes")
 linked with weekend reflections

jeudi 6 juin 2019

Revolution 9


Voilà,
comme cela doit être sûrement le cas pour bien des gens non éduqués ou comme moi, de basse extraction sociale, "Revolution 9" des Beatles a du constituer une sorte de sésame pour une compréhension différente de la musique et de l'univers sonore. Ce morceau qui me semblait si bizarre à l'époque je l'ai souvent écouté dans le noir de ma chambre d'adolescent. Il suscitait des rêveries où se succédaient des images dépourvues de lien. Peut-être ma façon de penser par association, mon goût du collage, de l'incongru se sont aussi constitués à partir de là. Bien des années après je demeure encore ému par cette composition. Aujourd'hui j'ai essayé de donner forme à ces lointaines impressions. Cela faisait longtemps que j'en avais le projet. Je suis content de ne pas avoir perdu l'impertinente candeur qui me permet encore d'improviser ce genre de fantaisie. (Linked with photo tunes)

lundi 3 juin 2019

Un 3 Juin à Kierling


Voilà 
ce qui se passa au sanatorium Hoffmann, à Kierling aux premières heures du 3 Juin 1924. La veille, il avait commencé une lettre adressée à ses parents qu'il avait interrompue à cause de la fatigue, puis il s'était endormi. Dora s'était tenue à son chevet, veillant sur l'homme qu'elle aimait. Vers quatre heures, constatant que Franz avait du mal à respirer elle avait appelé Robert Klopstock, un ami, étudiant en médecine résidant à la clinique. Ce dernier percevant immédiatement le danger appela aussitôt le médecin qui lui fit une injection camphrée sans grand effet. Quelques minutes après, Franz demanda à Robert d'envoyer Dora poster la lettre qu'il avait écrite à ses parents. Ce qu'elle fit, malgré ses réticences. Après qu'elle elle fut partie, Il exigea de Robert une injection de morphine. Cela le calma un moment mais Franz en réclama davantage. Robert s'éloigna pour nettoyer la seringue. "Ne me quittez pas" murmura Kafka. "Je ne vous quitte pas" répondit Robert. "Mais c'est moi qui vous quitte" protesta Kafka d'une voix faible. Quelques instants plus tard, Robert souleva la tête de Franz qui dans un délire cru reconnaître sa sœur. "Allons Elli, pas si près pas si près" chuchota Franz Kafka. Robert se recula "Oui comme ça s'est bien" dit il dans un dernier souffle. Puis il mourut. Dora pendant ce temps là, ne savait pas qu'elle postait la lettre d'un fantôme.


dimanche 2 juin 2019

Viva Puerto Rico libre


Voilà,
je me souviens juste que c'était à new-York en 1985,
vraisemblablement Downtown mais je n'en suis pas certain
et que la fresque s'appelait Viva Puerto Rico Libre
Linked with Monday Murals

mardi 28 mai 2019

J'ai compté mes années


Voilà
J'ai trouvé par hasard ce poème. Comme c'est aujourd'hui mon anniversaire, il me parait tout à fait de circonstance, même si, au regard de ce que j'ai vécu il me reste somme toute, assez peu à vivre. Il propose une ligne de conduite que j'aurais du adopter depuis fort longtemps. Je l'accompagne d'une image florale et colorée, celle d'un coquelicot. J'associe les coquelicots à un souvenir d'enfance dont j'ai déjà parlé il y a fort longtemps, un de ces moments ordinaires, et sans relief particulier quand ils adviennent et qui, sans qu'on puisse se l'expliquer, persistent par delà les années. Je ne suis pas doué pour les photos florales comme Bill ou Laura, j'habite une ville et les occasions d'en réaliser sont plutôt rares, mais je comprends qu'on puisse s'émerveiller de leur beauté. Enfin quoiqu'il en soit c'est mon trésor du mardi.

"J'ai compté mes années et j'ai découvert que j'ai moins de temps à vivre ici que je n'en ai déjà vécu.
Je n'ai désormais pas le temps pour des réunions interminables, où on discute de statuts, de règles, de procédures et de règles internes, sachant qu'il ne se combinera rien...
Je n'ai pas le temps de supporter des gens absurdes qui, en dépit de leur âge, n'ont pas grandi.
Je n'ai pas le temps de négocier avec la médiocrité. Je ne veux pas être dans des réunions où les gens et leur ego défilent.
Les gens ne discutent pas du contenu, à peine des titres
Mon temps est trop faible pour discuter de titres.
Je veux vivre à côté de gens humains, très humains.
Qui savent sourire de leurs erreurs.
Qui ne se glorifient pas de victoires.
Qui défendent la dignité humaine et qui ne souhaitent qu'être du côté de la vérité et de l'honnêteté.
L'essentiel est ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue.
Je veux m'entourer de gens qui savent arriver au cœur des gens.
Les gens à qui les coups durs de la vie ont appris à grandir avec des caresses minces dans l'âme.
Oui... J'ai hâte... de vivre avec intensité, que seule la maturité peut me donner.
J'exige de ne pas gaspiller un bonbon de ce qu'il me reste...
Je suis sûr qu'ils seront plus délicieux que ceux que j'ai mangé jusqu'à présent.- personne n'y échappe riche , pauvre intelligent , démuni ..."

Mario de Andrade

lundi 27 mai 2019

Nul ne peut sauter à pieds joints


Voilà
Si l'affirmation d'Hegel "les peuples sont sacrifiés aux fins de l'histoire" ne souffre aucune contestation, tant ce début de siècle confirme chaque jour les preuves déjà apportées par ceux qui ont précédé, l'assertion du même Hegel qui laisse entendre que "nul ne peut sauter à pieds joints par-dessus son temps" me laisse quant à elle plutôt perplexe. Je crois y comprendre que nous ne pouvons saisir la réalité présente ni penser le monde ni entrevoir le futur en dehors des lois et des dogmes de notre époque, et que même si nous nous y opposons individuellement, nous en sommes toutefois le produit. Nous serions en quelque sorte déterminés par les circonstances historiques et les contingences géographiques. Les récents résultats des élections européennes nous disent peut-être quelque chose là-dessus. Ils offrent d'évidents contrastes selon les pays. Dans certains les sociaux démocrates arrivent en tête, dans d'autres les partis populistes creusent les écarts. Parfois les écologistes progressent. On ne sait si c'est une réelle prise de conscience, ou un choix par défaut. Comme les modes de scrutin sont différents, de même que les taux de participation, il est bien sûr difficile de se faire un idée précise. Cependant, une chose dans toute cette confusion se révèle très claire. Ce n'est, en France, ni l'audace, ni le courage, ni l'intelligence ni la générosité qui ont obtenu la faveur des urnes.
Autre chose, qui en dit long sur l'état de déliquescence morale et intellectuelle de ce pays et laisse penser qu'on a franchi un seuil : plus personne aujourd'hui dans la presse et les médias ne s'étonne qu'un parti d'extrême droite, que l'on peut avec raison qualifier de fasciste dont la plupart des cadres sont des nazillons notoires et dont les dirigeants sont l'objet de poursuites judiciaires pour de nombreuses malversations arrive en tête des élections. En dépit de l'incompétence révélée au grand jour, lors du débat de la récente élection présidentielle de la cheftaine de ce parti, de nombreux français ont néanmoins choisi de continuer de lui accorder leurs suffrages. Le temps politique est vraiment celui de la mémoire courte. A présent que la droite modérée et humaniste tout comme la gauche sociale démocrate se sont allègrement suicidées après s'être couchées devant la finance et l'Oligarchie, on légitime aujourd'hui l'abjection, comme en Italie, en Hongrie, en Pologne... Que ce soit dans ce monde qu'il me faille mourir, l'idée m'en est plutôt désagréable mais que ce soit dans celui-ci que ma fille ait à grandir, m'afflige et me désole encore plus. (Linked with our world tuesday)

samedi 25 mai 2019

Sollicitude


Voilà,
je me souviens que c'est, l'été dernier, dans cet escalier un peu raide du Muséum d'Histoire Naturelle, qu'avec une bienveillante sollicitude tu m'as recommandé de bien tenir la rampe. J'ai alors songé que bientôt tu me parlerais comme à un vieil homme. J'espère que tu n'auras jamais avec moi ces agacements que j'ai pu voir parfois chez certains adultes vis à vis de leurs parents.

jeudi 23 mai 2019

J'aime / je n'aime pas (7)


Voilà,
 j'aime ce sourire dans le reflet d'une sculpture autrefois exposée au jardin des Tuileries
je n'aime pas devoir apprendre des textes par cœur
j'aime ce nouvel itinéraire du bus qui me permet d'aller de chez moi jusqu'au palais de Tokyo et au Musée d'art moderne de la ville de Paris
je n'aime pas la lâcheté de ce lecteur anonyme qui n'intervient que pour faire des remarques désobligeantes
j'aime le vinaigre de mangue
je n'aime pas devoir me résoudre à admettre que désormais de plus en plus de choses me sont interdites voire même impossibles
j'aime le vacarme des oiseaux le matin dans la ville, le chant du merle et celui du rossignol
je n'aime pas les applications GPS qui racontent n'importe quoi et proposent des chemins absurdes
j'aime mon salon inondé de lumière au printemps aux alentours de sept heures du matin
je n'aime pas les climatosceptiques, ils m'inspirent d'inavouables pensées
j'aime les petits SMS affectueux et plein d'émoticones que me laisse parfois ma fille
je n'aime pas être obligé de me presser
j'aime "L'encyclopédie capricieuse du Tout et du Rien" de Charles Dantzig qui me semble être ce qui s'est écrit de mieux en matière de listes
je n'aime pas réserver des billets de trains des chambres d'hôtel ça me stresse
j'aime particulièrement, l'eau de parfum "Cédrat intense" de chez Nicolaï pour me parfumer l'été
je n'aime pas être incapable de me souvenir depuis combien de temps je mets ce parfum : cinq ans ? dix ans ?
j'aime faire la sieste à l'ombre dans un hamac à la campagne
(Linked with weekend reflections)

mercredi 22 mai 2019

Booste tes sens


Voilà,
évidemment j'ai tout de suite établi une relation entre les mots dans la vitrine et l'homme abandonné sur le trottoir. Je ne crois pas qu'une image vaille mieux qu'un long discours. Par contre une image peut susciter une  plus ou moins longue réflexion. En ce qui  me concerne, j'ai eu envie d'en savoir un peu plus sur ce produit. Il y a bien sûr aucune relation de cause à effet entre le produit et l'état du mendiant. Juste un curieux téléscopage, comme il m'est déjà arrivé d'en entrevoir.
"Booste tes sens" c'est une injonction que je trouve vraiment très conne. La voilà complétée par "Stay strong" sur le site internet dédié à Actimel que la société Danone présente comme "une délicieuse boisson au lait fermenté, disponible dans une vaste gamme d’incroyables saveurs, dont une délicieuse saveur sans matières grasses. Chaque bouteille contient 10 milliards de bactéries L. casei Danone ainsi que des vitamines B6 et D !"
Par ailleurs on nous encourage, parce que tout de même on est un peu con, un peu branleur aussi. On nous conseille avec bienveillance de nous ressaisir.
"Aller de l’avant est une attitude. Elle donne le ton de ce que nous faisons et de la façon dont nous le faisons. Quand on est positif, la journée se déroule mieux. On met tout en œuvre pour atteindre ses objectifs et on aide les autres à en faire de même, même lorsque les choses se compliquent. Le monde a besoin de davantage de personnes avec cette attitude. Alors dès le matin, adopte cette façon d’être et quoi que ta journée te réserve, ne lâche rien !"`
Et surtout pas ta petite fiole en plastique particulièrement polluante.
Si l'on souhaite en savoir plus il existe une page sur la campagne "Stay strong".
Dans notre monde en constante évolution, chacun doit, chaque jour, faire face à de nouveaux défis. Certaines personnes font preuve, au quotidien, d’une grande force d’esprit. Elles adoptent une attitude constamment positive et ne lâchent jamais rien, quelles que soient les circonstances. Actimel met aujourd’hui ces héros du quotidien sur le devant de la scène, dans le cadre d’une nouvelle campagne qui véhicule cette attitude consistant à ne rien lâcher. Cet enthousiasme est un ingrédient essentiel pour profiter pleinement de la vie. La campagne se concentre de manière concrète et positive sur des situations du quotidien : parents coincés dans un embouteillage, citadins dans les transports aux heures de pointe, employés de bureau un lundi matin, professeurs dans une salle de classe, etc.
Les personnes mises en avant dans cette campagne sont des exemples d’optimisme dans leur manière de relever les défis de tous les jours. Un optimisme contagieux, puisqu’elles inspirent les autres à aller de l’avant avec elles. Nous côtoyons ces personnes chaque jour !  Elles font partie de notre vie !
Ne Lâche Rien!

Je me demande quel genre de crétin décérébré peut encore gober toutes ces âneries. Quant à ceux qui les écrivent... Dans les agences de communication on les appelle des créatifs. Souvent, des gens arrogants et cyniques persuadés qu'un adjectif bien placé constitue en soi un concept. Cela fait une bonne trentaine d'années qu'ils manipulent les même mots "positive attitude", "héros du quotidien" "enthousiasme" "défi" "optimisme". Ce sont les mêmes qui fournissent aux politiques ces fameux "éléments de langage" pour leur langue de bois .

On connaît bien Danone, pour toutes les casseroles que traîne cette société. Selon Jeremy Hobbs, directeur général d’Oxfam International, «Aucune des dix grandes sociétés du secteur agroalimentaire ne fait assez d’efforts pour rompre avec des pratiques leur permettant de tirer parti d’une main-d’œuvre et de terres bon marché pour réaliser des bénéfices colossaux et fabriquer des produits de grande consommation à un coût social et environnemental inacceptable. Danone en fait partie. 
On connaît aussi son implication sur sur les scandales du lait en poudre. En Indonésie, des bébés nourris au lait en poudre SGM, fabriqué par Danone, souffraient en effet de problèmes de santé, parfois fatals. Dans un pays pauvre et en forte natalité, le lait en poudre souvent mal recomposé, trop dilué, avec une eau non potable, fait des ravages. Les conséquences sont dramatiques  : chute de l’allaitement, déshydratation malnutrition mortalité infantile. Certes, Danone a cessé ses activités en Indonésie après la diffusion d'une enquête de l'émission "Cash investigation". Et bien sûr je ne parle pas des emballages en plastique de la plupart des produits de cette société.

Quant au comportement de cette société vis à vis du fisc je renvoie à cet article d'Eric Rydberg paru sur  www.gresea.be . Certes il date un peu, mais on sait que les pratiques n'ont pas beaucoup changé.
"Chacun a pu suivre les coups de poker menteur de la multinationale de l’agrobusiness Danone. Après avoir joué la carte du patriotisme économique pour repousser une OPA présumée du méchant américain PepsiCo, il s’empresse, très patriotiquement, de vendre sa division biscuits (rentable mais pas assez pour les actionnaires) à l’américain Kraft pour 5,3 milliards d’euros afin de gober – un compatriote ? – le groupe néerlandais Numico. Voilà qui est bien connu. Voici qui l’est moins. Jusqu’il y a peu, la loi française prévoyait que la plus-value d’une pareille opération devait être imposée à 33%. Achetée au fil du temps pour 1,7 milliard et vendue 5,3 milliards, la division biscuits a dégagé une plus-value de A – B, soit 3,6 milliards d’euros, dont 33% devait donc revenir à l’Etat, c’est quelque 1,2 milliard. Mieux : la loi française prévoyait encore que la majeure partie du bénéfice devait être investie dans l’entreprise et non être distribuée aux actionnaires. C’était sans compter avec l’ingéniosité du législateur qui – en toute indépendance, insensible au lobbying patronal, soyons-en sûrs – a voté une exonération fiscale pour les ventes de filiales, ramenant la taxe à... 1,66% de la plus-value, un cadeau qui pourrait priver l’Etat et la collectivité de quelque 3 milliards de recettes par an. A voté comment ? Par un banal amendement introduit au dernier moment par une main invisible de la commission des Finances du Sénat français et ingénieusement enfoui dans le "budget rectificatif de 2004" pour entrée en vigueur au 1er janvier 2007. Ni vu, ni connu. Enfin, presque. Puisque la plaisante combine a été révélée par le Canard Enchaîné qui, observateur attentif de la chose publique, s’est pour cela appuyé sur des informations publiées par le magazine "Options Finances" et la revue "Les Nouvelles fiscales", des publications qu’on qualifiera volontiers de spécialisées, voire de confidentielles. C’est la leçon essentielle de ce petit fait sociopolitique, car le "législateur ingénieux" comptait sans doute aussi sur cela. L’information critique circule peu et l’information indépendante se fait rare. Il faut se réjouir de ce que le Canard Enchaîné existe."
Du coup on se rappelle que l'évasion fiscale, confisque à l'Etat de l'argent qui pourrait servir pour les services publics, et l'on se dit qu'il y a peut-être alors une relation entre la misère de plus en plus apparente et l'argent de plus en plus caché par ces multinationales qui nous incitent à consommer à n'importe quel prix.

mardi 21 mai 2019

Et le matin comme le soir...


Voilà,
"et le matin comme le soir et dans les rêves de la nuit, s'activait dans cette rue une circulation toujours dense, qui vue d'en haut se présentait comme un mélange inextricable, et sans cesse renouvelé, de silhouettes humaines déformées et de toits de véhicules de toutes sortes, d'où s'élevait un autre mélange encore plus sauvage, fait de bruit, de poussière et d'odeurs, et tout cela était happé et traversé par une puissante lumière sans cesse dispersée, emportée, puis aussitôt frénétiquement rapportée par cette multitude d'objets, de sorte qu'elle avait pour l’œil envouté l'aspect précis d'une cloche de verre recouvrant toute la rue et qu'une force brutale eût, à chaque instant, fait voler en éclats". (Franz Kafka in "Amerika")

dimanche 19 mai 2019

La Fresque de l'église Sainte Bernadette de Biscarrosse



Voilà,
en fait j'ai repensé à cette peinture murale devant laquelle j'ai rêvé enfant, et que je ne peux pas revoir en photo sans une certaine émotion, parce qu'elle me rappelle cette première année passée à Biscarrosse-Plage quand j'avais huit ans et qui fut sans doute l'une des plus belles et des plus surprenantes de mon existence. C'est là où j'ai sans doute pour la première fois de ma vie éprouvé le sentiment de paix et de bonheur. Cette année 1964 fut celle où j'ai commencé mon catéchisme pendant peut-être un mois ou deux, dans la petite chapelle en bois située en face de l'école avant que l'abbé Lapeyre, n'officie enfin dans l'église qu'il avait appelée de ses vœux. Cette fresque me semblait immense (j'avais sept ans) et quand je l'ai revue elle m'a paru minuscule.



Un souvenir me revient de cette époque. Curieusement je ne crois pas en avoir déjà parlé. Lorsque je suis arrivé avec mes parents à Biscarrosse plage à la fin de l'été 1964, j'avais donc huit ans, nous avons emménagé dans cette villa de vacances qui s'appelait la Jamaïque, que j'ai par contre déjà évoquée, parce que la cité militaire dans laquelle nous devions être logés n'avait pas encore été achevée. Mes deux parents travaillaient au centre d'essais des Landes (le CEL). A l'époque, la rentrée scolaire arrivait mi-septembre. Il n'y avait pas de cantine, puisque l'école n'était pas encore ouverte, et donc mes parents avaient négocié mon déjeuner avec les propriétaires d'un restaurant qui s'appelait "Au bon landais" je crois, situé derrière la nouvelle église. Pendant deux semaines je suis allé tous les jours là-bas ma pièce de cinq francs serrée dans la main. J'étais reçu comme un roi. la décoration me semblait raffinée et jolies les nappes et les serviettes. Je découvrais que la cuisine était bien meilleure qu'à la maison. C'est là que j'ai réalisé que le poulet pouvait être préparé autrement que rôti et que pour la première fois j'ai mangé du "poulet basquaise". La grosse aubergiste à l'accent rocailleux était d'une gentillesse déconcertante. C'était la première fois que des étrangers s'adressaient à moi avec tant de bienveillance et j'éprouvais une grande fierté à être traité avec les mêmes égards qu'un adulte. Cette sensation nouvelle de liberté et d'indépendance, la douceur atlantique de cette fin d'été, l'étonnement de vivre tout près de l'océan, de découvrir avec une telle intensité tant d'impressions nouvelles, c'était aussi la joie inattendue et informulée de se sentir soudain accordé au monde qui m'entourait. (Linked with monday murals)

samedi 18 mai 2019

Canard et parapluie


Voilà,
c'était une grosse pluie à la fin du mois de mai, l'année dernière, et bien à l'abri sous un auvent, j'avais réalisé cette image. Un an déjà, je réalise que pas grand chose de nouveau n'est arrivé dans ma vie, à part mes visites de plus en plus fréquentes au cabinet dentaire dont je me passerais volontiers. Pas grand chose d'intéressant de surprenant et de positif en tout cas. Une année blanche en quelque sorte. Ma vie n'est pas très exaltante et il m'est de plus en plus difficile de gérer mes propres contradictions. Mon ami Pascal, toujours en vadrouille à l'étranger dans des coins dangereux me manque. Vieillir en étant perpétuellement sur la brèche, et toujours plus ou moins dans la précarité me fatigue de plus en plus, et même m'accable parfois. La plupart du temps, ce que je vois ce que j'entends me consterne, les nouvelles du monde m'affligent. J'essaie de faire l'autruche, en écoutant de la musique classique lorsque je suis chez moi mais la condition de l'homme moderne, est de ne pouvoir échapper à la rumeur du monde. Et puis hier, ma fille m'annonce comme ça entre le Hoummous et une sorte tartare d'agneau libanais appelé kébé Nayé que je n'avais jamais mangé auparavant qu'elle a un copain avec lequel elle va passer une semaine dans la région de Montpellier en juillet. Je n'ai pas posé de question. J'ai pris l'information. Aujourd'hui je n'arrive pas trop à me concentrer sur les choses que j'ai à faire. Les cheveux blancs vont désormais vite venir, je sens. Mais bon, après tout j'ai moi aussi eu dix sept ans, et je n'étais alors pas aussi pertinent qu'elle ne l'est.

jeudi 16 mai 2019

Mur, Tour, Nuages et la question du nom


Voilà,
en même temps que son regard avait été attiré par le ciel il avait soudain réalisé qu'il n'avait aucun souvenir que son père l'eût appelé par son prénom. Pourtant sa mémoire de façon générale, lui faisait rarement défaut. Il se sentait même souvent encombré par toutes sortes de réminiscences. S'il se souvenait avoir souvent été appelé "fils" ou "fiston", il ne parvenait aucunement à se remémorer le vieux prononçant son prénom. Cela ne pouvait être objectivement ni vrai ni possible, mais pourtant cela lui paraissait tout à fait vraisemblable. Si cela avait été bel et bien le cas, hypothèse qu'il s'efforçait de considérer comme absurde, Grégoire Ganson  — surnommé durant toute son enfance Gégé par ses copains et même ses profs (de cela par contre il se souvenait parfaitement) —  ne pouvait imaginer qu'il fût en plus, capable d'un tel refoulement. Et puis pourquoi ces pensées l'avaient-elles traversé à un moment aussi insignifiant, si tard dans son existence et dans un un endroit si dénué de grâce ? (linked with skywatch friday)

mercredi 15 mai 2019

De quelques Anciens


Voilà,
"Archaos de Milet maître de Socrate croyait que les tremblements de terre étaient dus à une explosion de vent comprimé sous terre. Démocrite y voyait pour sa part des flux d'eaux souterraines. Anaxagore de Clazomènes imaginait le ciel comme une voûte de pierres emboîtées sujette à des affaissements et à des écoulements. Puis il rejeta les verbes "naître" et "mourir" pour les remplacer par "se composer" et "se séparer". Puis il appela le blanc de l'œuf "lait d'oiseau". Diogène d'Appolinia a dit que le soleil était comme une pierre ponce et que les rayons de l'éther s'y fixaient. Leucippe affirma que la terre était un tambour. Pour Démocrite elle avait au contraire la forme d'un disque concave en son milieu. Posidinius et Denys conclure que la terre était en forme de fronde. Aujourd'hui nous savons qu'ils se trompaient alors qu'ils scrutaient le monde de tous leurs sens, le méditaient en entier et habitaient la nature. Ils avaient en leur possession tous les éléments du savoir de l'époque, Ils connaissaient les étoiles aussi bien que les visages de leurs proches, ils annonçaient des éclipses et des comètes, à l'écoute de l'univers, dans l'intention de le prévoir. Nous, nous sommes installés dans les chambres protégées contre la nuit, la Terre et l'espace libre. Nous nous occupons de fragments de plus en plus minuscules. Nous sommes des gnomes face a leurs pensées imprécises, mais profondes, fruits de nuits entières passées sur des terrasses de toit, à discuter d'infini" Erri de Luca in "Alzaïa"

mardi 14 mai 2019

Prendre la pose


Voilà,
quoiqu'on ait à vivre, un jour c'est derrière nous. Je me souviens de ces deux japonaises qui avaient passé beaucoup de temps à se photographier au mirador del Palau devant le musée national d'art de la Catalogne. C'était début janvier 2018, il faisait très doux. L'année ne pouvait mieux commencer. Nous rentrions doucement après avoir passé la journée à Monjuich et visité le musée Miro et en redescendant vers la place d'Espagne nous nous étions arrêtés pour profiter du panorama. Il nous fallait repartir le soir même. J'étais un peu triste de devoir si tôt quitter cette ville qui m'avait tant ébloui dans la lumière de l'hiver. Ces deux filles m'avaient intrigué. J'essayais d'imaginer leur vie. J'enviais leur jeunesse, leur apparente insouciance. Je ne réalisais pas comme l'existence m'était relativement facile alors, en dépit de quelques signes avant-coureurs auxquels je ne voulais pas trop accorder d'attention.