dimanche 21 juillet 2024

Fin de partie



Voilà,
le festival est fini.
Cette étrange parenthèse se clôt.
Il a plu le dernier jour



Il n’y a plus rien à voir.
Shared with monday murals 

vendredi 19 juillet 2024

Question de Temps

 
Voilà
"Jusqu'à ces derniers mois, il ne s'était jamais autant mépris sur son intime conviction selon laquelle ce qui devait lui arriver prendrait du temps, et peu importait qu'il estimât en avoir ou non. Vraisemblablement, il ne l'avait pas, ou ne l'avait, pour ainsi dire, que dans une mesure infime — de sorte que, assez tôt, à la façon dont les choses se passaient pour lui, il n'y eut d'autre déduction que celle à laquelle devait se résoudre sa vieille obsession : et ne l'aidait pas en cela, l'apparence de plus en plus confirmée qu'il ne restait plus guère de marge pour que s'éclaircisse l'ombre du grand flou sous lequel il avait vécu. Puisque c'est dans le Temps qu'il devait rencontrer son destin, c'est donc dans le Temps que son destin devait agir".
 
He had never, till within these last few months, been so false to his conviction as not to hold that what was to come to him had time, wether he struck himself as having it or not. That at last, at last, he certainly hadn't it, to speak of, or had it but in the scanties the measure – such, soon enough, as things went with him, became the inference with such his old obsession had to reckon : and this it was not helped to do by themore and more confirmed appearance that the great vagueness casting the long shadow in which he had lived had,to attest itself, almost no margin left. Since it was in Time that he was to have met his fate, so it was in Time that his fate was to have acted (Henry James)

Ça me parle bien finalement ces quelques lignes. Je me les répète et, devant cet improbable et fascinant reflet sur le mur, m’étonne du sens que mon état leur donne à présent....

mercredi 17 juillet 2024

Négligence de l'État


Voilà,
"plus de la moitié des droits fondamentaux, comme la santé, l’accès à l’éducation ou à un logement digne sont menacés en France par la "négligence de l’Etat" en matière d’adaptation au changement climatique, un sujet auquel le nouveau gouvernement "devra s’attaquer d’urgence", estime Oxfam.
"Le sujet du climat […] a été totalement éclipsé pendant la campagne des législatives mais il ne peut être ignoré plus longtemps", dénonce ce lundi 15 juillet un rapport d’Oxfam France, alors que le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc-3), fondé sur l’hypothèse d’un réchauffement de 4 °C en France d’ici 2100, se fait toujours attendre.
Selon l’analyse de l’ONG, proche du Nouveau Front populaire (NFP), au moins 26 des 50 droits humains fondamentaux "sont directement menacés en  France […] du fait de l’improvisation des pouvoirs publics en matière d’adaptation » qui "attendent que les catastrophes se produisent pour tenter de les réparer".
Les impacts seront particulièrement importants pour "les plus précaires, les femmes, les enfants, les minorités, les personnes âgées ou isolées", prédit le rapport. 
 

 
Ainsi, 1,3 million d’écoliers de maternelle pourraient être exposés en classe à une chaleur excédant les 35 °C d’ici 2030, menaçant le droit à l’éducation, selon Oxfam qui s’appuie sur une étude du cabinet EcoAct. Plus d’une classe sur deux est concernée dans le pays, et même 100 % dans quatre départements (Bouches-du-Rhône, Seine-Saint-Denis, Paris et Gironde).
Dans une France à +4 °C, les jours de vague de chaleur seront multipliés par au moins cinq. En Ile-de-France, ils pourraient atteindre 94 jours, soit un quart de l’année, selon des projections de Météo-France.
Oxfam dénonce l’inadaptation du droit du travail à cette réalité dangereuse pour les travailleurs, dont 36 % sont déjà exposés aux chaleurs, notamment dans le bâtiment, l’agriculture ou chez le personnel soignant.
D’ici 2100, 5 % des hôpitaux seront menacés de fermeture car inadaptés aux évènements climatiques extrêmes (canicules, inondations ou incendies), selon une projection de l’administration (Cerema).
Selon Oxfam, "il faudrait plusieurs dizaines de milliards d’euros a minima par an" pour adapter la France aux effets du changement climatique.
Mais aujourd’hui, en plus de "jeter l’argent public par les fenêtres" en finançant des infrastructures qui « ne seront plus adaptées dans vingt ou trente ans », "67 milliards d’argent public […] subventionnent toujours des activités contribuant au dérèglement climatique", notamment dans les énergies fossiles, dénonce Quentin Ghesquière, chargé de plaidoyer climat chez Oxfam France.
L’ONG réclame donc des financements importants et des investissements publics "conditionnés à des critères d’efficacité et de réduction des inégalités", ainsi que de rendre le Pnacc "opposable et contraignant" en justice.  (Article du Nouvel Observateur 15 Juillet 2024). Avec un gouvernement démissionnaire chargé d’expédier les affaires courantes, alors que depuis quelques mois, tout revêt plus ou moins un caractère d’urgence, on n’est pas près de voir des améliorations sur ce point.

mardi 16 juillet 2024

Modeste contribution


 
Voilà,
je ne sais pas si cela tient à la disposition particulière où je me trouve pour des raisons très personnelles ou bien au fait que j’évolue depuis maintenant trois semaines dans une sorte de bulle où je ne croise que des gens obsédés par les jauges de leurs spectacles, le nombre de professionnels de critiques et d’acheteurs potentiels qui y assistent, mais ma perception du temps et des événements me paraît particulièrement altérée. Tout se révèle absurde, incohérent et chaotique. Je ne comprends rien, ni à ce que je vois ni à ce que j’entends. Dans "The dictionnary of obscure sorrows", John Koenig désigne par le mot Wytaï ce sentiment utilisé pour décrire l’étrangeté, l’absurde ou le grotesque ressenti face aux phénomènes de la vie moderne. À mesure que je lis la presse, la confusion ne cesse de croître. Je ne perçois que désaccords, dissonances. Pas seulement en France, mais un peu partout dans le monde. C’est comme si les gens n’étaient plus en mesure de faire communauté. L’humanité se trouve confrontée à des périls de tous ordre qu’elle a elle même générés  — guerres, désastres écologiques, maladies de plus en plus nombreuses liées aux substances toxiques absorbées par tout la chaîne alimentaire —, mais aucune volonté commune ne semble émerger pour endiguer cette tendance. Les idées de toutes parts se dressent comme des herses, plus acérées les unes que les autres. Chacun y va de ses menaces, de ses invectives.  Tout se passe comme si un grand désir d’abîme et de naufrage s’était emparé de notre espèce. Je ne vois pas beaucoup d’intelligence et de générosité dans le spectacle du monde, plutôt des gens, des groupes qui cherchent à tirer profit de toute cette confusion. Il en a sans doute été ainsi de tout temps, mais nous vivons une époque où tout est plus visible. Ce spectacle sidère autant qu’il effraie. Et aussitôt il se perd, il s’oublie. Un événement chasse l'autre. La situation intérieure par exemple. C’est à cela que je songeais en commençant cette rubrique. Il y a une semaine, on parlait beaucoup du péril politique auquel nous étions supposés avoir échappé. Certains se congratulaient d'avoir été en mesure de s'unir pour dresser un front républicain. Aujourd'hui c'est la foire d'empoigne entre les anciens alliés de tous bords. L'intérêt du pays, l'amélioration du bien-être des citoyens, semble le cadet de leurs soucis.
 
 

 
Je vais aller "jouer". Je vais juste essayer de faire en sorte que les spectateurs qui seront venus ressortent contents, émus, heureux d'avoir assisté à un événement certes mineur, mais cependant singulier. Ce sera ma manière de dispenser un peu de bien, de sourire de poésie, de réflexion aussi, par ma présence et celle de mes camarades sur scène. C'est le moins que je puisse faire. Après tout, c'est pour cela, pour ce partage, pour cette communauté éphémère que nous constituons à chaque représentation, que je suis ici. Pour représenter, c'est à dire remettre, chaque jour au présent, ces petits signes noirs disposés par un auteur sur une page blanche. Pour leur donner de la chair et du corps. C'est ma modeste contribution à la lutte contre la dégradation générale de la situation ambiante. Tant que je peux encore le faire.

dimanche 14 juillet 2024

Pêle-mêle avignonnais

Voilà, 
les merveilleux et certainement très vieux platanes du jardin des Doms. Havre de douceur et de paix en période de festival. Coins d'ombre et de végétation au-dessus de cette ville si minérale.


De cette ville surpeuplée pendant l'été, où l'offre des spectacles est insensée, comme en témoignent non seulement la foule mais aussi les affiches accrochées sur tous les murs de la ville.
 

Parfois au détour d'une rue on tombe sur une grande fresque murale évoquant le monde du théâtre et de la scène. Les auteurs de cette opération « fenêtres-festival » sont Marion Pochy et Dominique Durand

vendredi 12 juillet 2024

Si je regarde la vie qui passe...



Voilà
"Je vois les paysages rêvés avec la même précision que les paysages réels. Si je me penche sur mes rêves, je me penche sur quelque chose de bien réel. Si je regarde la vie qui passe, je rêve tout autant.
On a dit de quelqu’un que, pour lui, les personnages de ses rêves avaient autant de relief et de netteté, que ceux de la vie réelle. En ce qui me concerne, je pourrais comprendre qu’on m’applique une phrase de ce genre, sans toutefois la faire mienne. Les personnages de mes rêves ne sont pas, pour moi, semblables à ceux de la vie. Ils leur sont parallèles. Chacune de ces deux vies – celle des rêves, celle du monde – possède une réalité propre, aussi vraie que l’autre, mais différente. Il en va de même pour les objets proches et les objets lointains : les personnages de mes rêves se trouvent plus proches de moi, mais…
"(Fernando Pessoa LI 96)
photo Avril 2012 

jeudi 11 juillet 2024

Besoin de temps

 
Voilà,
au moment de prendre cette photo, un type au pied du crucifix dressé, devant Notre-Dame des Doms à Avignon fumait tranquillement un joint. Ces effluves ont fait remonter des souvenirs de jeunesse, me rappelant les premières années où j'étais venu ici, et que j'avais toute la vie devant moi, sans imaginer comment et de quoi elle serait faite.
C’est passé trop vite et moi j’étais beaucoup trop lent. J’avais besoin de temps pour sentir frémir les choses autour de moi, pour ferrer les fantasmagories cachées, les images indécises plus ou moins enfouies ou qui ne demandaient qu’à prendre forme, quelque part en moi ou à travers moi. 
Oui vraiment cela n’allait pas de soi de s’abandonner d’être comme la feuille au vent ou la brindille au fil de l’eau, de se mettre à disposition du monde sans pour autant de certitude que le monde s’en accommoderait. Comme le disait Pessoa (LI 343), "en fin de compte, il reste d’aujourd’hui, ce qui est resté d’hier et restera de demain : le désir insatiable, innombrable d’être toujours le même, et d’être toujours un autre". Cela doit être une des raisons pour laquelle j'ai du vouloir faire l'acteur...
 
 
 
@iokoni_lens
 
C'est tellement étrange d'être encore là, ou même d'en être encore là. J'ai tout fait en dilettante, jamais  rien à fond. J'ai fait ce que j'ai pu. Mais bon, je ne boude pas le plaisir de jouer devant des salles combles en dépit de l'heure matinale. Vraiment ce festival est une bien étrange chose. A propos dans la rue, j'ai fait cet étrange plan.


mercredi 10 juillet 2024

Nescao


 
Voilà
quand j'étais enfant, je croyais que la femme sur la boîte de Nescao était ma mère. J'adorais cette boîte, cette simple image m'évoquait un monde paisible auquel je n'avais pas accès. Un monde sans attentats, sans embuscades, sans sourires kabyles, sans fellagahs, sans routes coupées,  sans prises d'armes, sans sonnerie aux morts. J'habitais aux confins de la steppe et non loin du désert, dans une région en guerre, j'avais la nostalgie de pays que je ne connaissais pas, et déjà du goût pour les chansons mélancoliques et nostalgiques... première publication 25/06/2011 à 14:02

lundi 8 juillet 2024

Répit


Voilà, 
je ne vais pas le cacher. Je suis comme nombre de mes amis, momentanément soulagé. Tout le monde craignait pire. Mais on sent bien que c'est un répit.
Je partage cette publication de l'écrivain Eric Pessan sur sa page facebook. Elle me semble assez pertinente : On se réjouit, j’ai dansé hier soir, j’ai trinqué à l’annonce du résultat surprise, on se réjouit, c’est normal, c’est humain, après toute cette tension, après ces semaines la boule au ventre, on se réjouit, mais de quoi exactement ? On se réjouit que la catastrophe ne soit pas un cataclysme ? Il faudrait une échelle de la peur en politique comme il y a une échelle de la puissance des cyclones. Jamais l’extrême-droite n’est passée aussi proche, jamais l’extrême-droite n’a bénéficié d’un tel soutien des électeurs, d’une telle place à l’Assemblée nationale. Ce matin j’ai la gueule de bois, pas à cause de l’alcool, la boule dans mon ventre est montée jusqu’à la tête, elle nidifie, elle a trouvé sa place, elle va y rester longtemps. On se réjouit, c’est une évidence, mais la peur est encore là. Hier soir, le restaurateur du village où j’habite postait "Les putains de gauchos passe (sic) au national, fait chier va falloir que j’aille demain chez gam vert acheter pelle, pioche et huile de coude". Hier soir, dans plusieurs villes, les gens spontanément descendus dans la rue fêter la victoire se sont heurtés aux forces de l’ordre. Alors, on se réjouit, mais les déçus du résultat sont encore là, le syndicat Alliance reste l’un des plus puissants au sein de la police, cette même police dont on a pu constater la violence ces dernières années. Nous vivons dans un pays où les déçus d’hier soir se tiennent sur le seuil de la violence. Nous vivons dans un pays où l’extrême-droite continue de progresser, même dans ses défaites. Les forces de gauche ont une responsabilité : ne plus nous décevoir. Hier soir, déjà, des voix individuelles s’élevaient là où nous espérions une voix commune, un nous qui nous rassemble et nous donne de l’espoir. On se réjouit, on ne peut pas tout le temps vivre dans la peur, une amie raconte sur ce réseau qu’en quittant la place de la République hier, les yeux en larmes à cause des lacrymos, un CRS lui a dit « rendez-vous en 2027 ». D’ici là, le nous reste à construire. Pas un nous assemblé à la va-vite, pas un nous de barrage, un nous d’adhésion, d’espoir, une force, un nous idéal et rêvé.
Pour ma part, dès l'annonce des résultats il m'a paru que cette alliance nouée à la hâte aura du mal à tenir. Les  résultats à peine énoncés les ego, les calculs mesquins sont repartis de plus belle. Personne ne semble disposé au centre et à gauche à faire des compromis, alors que nombre des députés de ces formations doivent justement leur mandat à un compromis. Des gens épris des valeurs de la république ont souvent offert leur suffrage à des candidats dont il ne partagent pas les opinions pour faire barrage au parti national-raciste. Ne pas perdre de vue pourtant que 10 millions de français, au premier tour ont donné leur adhésion à ce dernier. 
Il est étrange de constater que tant de citoyens de ce pays, et j'inclus dedans — en vertu de l'adage "qui ne dit mot consent" — ceux qui se sont abstenus de voter, souhaitent que leurs intérêts soient gérés par les membres d'une même famille, d'un clan dont on a pu souvent voir comment le linge sale s'y "lavait" en public. La violence et l'indélicatesse des uns et des autres, la soif de pouvoir et l'absence de scrupules caractérisant les divers membres de la constellation Le Pen laissent facilement augurer des méthodes dont ils useront quand ils auront en main les affaires du pays. 
Mais de cela il n'est guère tenu compte. Comment pourrait-il en être autrement quand on constate le faible niveau d'instruction qui caractérise la majeure partie de l'électorat du rassemblement national. Ainsi que son inculture et son intolérance. Sans parler de ces candidats recrutés à la hâte d'une bêtise et d'une incompétence crasse. Sans parler de ceux qui tiennent, sans retenue, des propos ouvertement racistes. Me revient en mémoire cette affligeante discussion amorcée dans une manif des gilets jaunes avec un jeune qui clamait ouvertement son admiration pour Hitler. Ou il y a quelque année cette sortie d'un élu du FN contre la mémoire d'Erik Satie dans lequel il voyait un musicien gauchiste. 
Pendant des années les médias mainstream ont bien aimé parler des Le Pen, et de leur entourage. Ils les ont invités sur les plateaux, leur ont permis de propager impunément leurs idées pour augmenter leurs taux d'audience. Ces derniers temps, ils ont semblé s'étonner du péril qui les menaçait et les menace encore. Je ne sais pas s'ils s'en souviendront encore dans les mois à  venir...
Mais bon, le ciel est bleu à Avignon, et les vieilles pierres de la cité papale invitent à les admirer en silence.

dimanche 7 juillet 2024

Tu me fends le cœur

Voilà,
sur un mur d'Avignon, rue de la Campane, ce portrait de Raimu, évocation de la merveilleuse partie de cartes du film "Marius" de Marcel Pagnol. On préfère ne pas penser à demain.
 
 

Sinon, toujours la foule des festivaliers, spectateurs qui badent de-ci de-là entre deux spectacles, acteurs qui tractent et vous dérangent pendant que vous êtes en train de boire un verre ou de manger. Je perçois tout cela dans une vague confusion mentale. J'ai le sentiment d'être ici depuis un mois. Et puis cette sensation aussi que tout ce petit monde ne semble en rien concerné par la situation politique. Me revient en mémoire cette phrase de Kafka "J'avais honte de moi quand j'ai réalisé que la vie était une fête costumée ; et j'y ai assisté avec mon vrai visage."

*
 

Donc on y est. L'impensable, l'incompréhensible est entré dans notre vie collective. On a réellement affaire à un événement, en cela qu'il constitue une rupture dans l'ordre de l'intelligible. Même si on s'était plus ou moins fait à cette hypothèse depuis quelques temps, on ne parvenait pas trop à y croire. Les loups sont désormais dans la place. Si dans ce pays la plupart des syndicats de salariés se sont prononcés  (un peu tard) pour un front républicain en vue d'empêcher l'accès du Rassemblement national au pouvoir, — à l'exception notable de quelques syndicats de la police qui soutiennent ouvertement ce parti — aucune organisation patronale ne s'est opposée à ce dernier. Ce n'est pas une surprise. Le capital s'est toujours bien accommodé du fascisme. Aujourd'hui le parti raciste qui dans la législature précédente s'est opposé aux résolutions contre la Russie, à voté contre l'augmentation du smic, contre l'indexation des salaires sur l'inflation, contre la limitation des polluants éternels, contre l'exploitation minière sous la mer, contre l’interdiction du glyphosate, contre les quotas de médecins dans les déserts médicaux, pour les durcissements des critères d'immigration, pour la limitation de l'aide médicale aux étrangers, contre la création d'un délit de harcèlement scolaire, contre la loi de fin de vie aide à mourir, qui s'est abstenu sur toutes les propositions de loi de justice fiscale, ce parti donc, a plus que doublé son nombre de voix et devient le premier parti de l'assemblée nationale. Preuve que les votants ne lisent pas les programmes électoraux. Pour autant il ne dispose pas d'une majorité, car le barrage républicain a permis d'endiguer sa progression. Mais pour combien de temps encore ? Le président sort affaibli après son coup de poker, puisque son parti a perdu des sièges et que la gauche en a gagné. Il dispose de peu de crédibilité, même dans ses rangs. Quant à trouver une majorité de gouvernement, cela va être particulièrement difficile. Au vu des résultats, la France risque d’être ingouvernable. Il faudrait que les politiciens des partis républicains soient en mesure de faire des compromis et des alliances de circonstances. C’est au fond le sens de ce vote. Mais à entendre les réactions des responsables de ce front républicain on est loin du compte. Le soulagement des foules célébrant comme une victoire ce qui n’est qu’un répit a quelque chose de pathétique.
 

vendredi 5 juillet 2024

Mal à la tête

 
Voilà,
"J’ai mal à la tête et à l’univers entier. Les douleurs physiques – plus nettement douleurs que les souffrances morales – entraînent, en se reflétant dans notre esprit, des tragédies qui leur sont étrangères. Elles provoquent une impatience à l'égard de tout qui, concernant tout, n'exclut aucune étoile" Pessoa "Le livre de l'Intranquillité (331)"

mardi 2 juillet 2024

Tant que c'est encore possible


 

Voilà,
les choses n'arrivent jamais comme on l'imagine et rien ne sert de faire des prédictions, mais,  vraisemblablement des temps fort obscurs sont devant nous. Des temps de grande confusion. Les rancœurs accumulées favorisent les bas instincts, et nul ne peut dire ce que seront les prochaines semaines sous nos latitudes. Pourtant, il arrive qu’au détour d’une de ces rues d’Avignon, où je traîne mon spleen, je puisse être ému, sans trop comprendre pourquoi. Ou plus exactement sans vouloir m'avouer pourquoi. Depuis huit mois, je suis en quelque sorte totalement désaccordé. Je suis en totale inadéquation avec cette réalité. Mais la réalité elle-même a depuis quelques semaines pris un tour délirant. On ne pouvait, ne voulait imaginer que la folie, l’incompétence l’immaturité d’un homme persuadé de son destin et de la pertinence de ses décisions, et peu enclin à tenir compte de l’avis des autres, enchaîne autant de choix absurdes qui ébranlent à ce point nos institutions. C’est comme un temps suspendu. Un temps de sidération. Les choses, les lieux sont là, mais plus rien n’a la même saveur. Je m'étonne d'être de nouveau, dans l'insupportable microcosme du théâtre qui tient ici son rendez-vous annuel. J'y suis un peu malgré moi, car mes partenaires tenaient à ce que nous y retournions ensemble cette année. J'ai cédé à la pression du groupe. J'ai du plaisir à jouer ce spectacle, certes, mais je n'aime pas cette ambiance. Toutefois cette année, le contexte est si étrange, que cela rend l'affaire un peu plus piquante. 
Quel paradoxe, ce festival qui se tient dans une région chaque année un peu plus gangrénée par l'extrême droite nationaliste. 
Quoi qu'il en soit, hors du festival officiel, chacun est là pour vendre son produit. C'est le règne de l'ultralibéralisme culturel. On retrouve les réflexes habituels, chacun cherche à contacter spectateurs, programmateurs, tourneurs. Mais cela n'a aucun sens désormais. Ce secteur d'activité va être un des premiers à subir les foudres de ceux qui s'apprêtent à nous gouverner. On le sait depuis longtemps, ce ne sont pas vraiment des amis de la culture. Ils s'efforceront très vite de mettre au pas nombre de ces gens qu'ils considèrent comme de dangereux perturbateurs. 
  

 photo Guillaume Samama

Ce genre d'image et de propos n'aura sans doute plus cours d'ici quelques mois. Il faudra juste distraire le public, et surtout ne pas, en même temps, lui donner matière à réflexion. De tels spectacles deviendront tout simplement indésirables. Alors, profitons, tant que c’est encore possible du peu de liberté qu'il nous reste, et partageons cette pièce de Laurent Gaudé, « Cendres sur les mains » qui donne un peu à rire de notre misérable condition. Et gardons en mémoire ces mots de Kafka né un 3 Juillet qui sonnent si étrangement depuis peu : “Quand une fois on a accueilli le Mal chez soi, il ne demande plus qu'on lui fasse confiance. ”

lundi 1 juillet 2024

Comme si de rien n'était

Voilà, 
dimanche soir, à Avignon, sur la petite place du cloître, si charmante.
Comme si rien ne s'était passé.

samedi 29 juin 2024

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (15)


 
Voilà,
ça me revient : les slogans publicitaires des années soixante à la télévision française "ça serait meilleur avec du concentré de tomates" ou encore "on a toujours besoin de petits pois chez soi", vous vous changez changez de kelton" "la blancheur c'est ça le premier cadeau bonux"
 
ça me revient, le vélo que l'on m'a offert pour me dix ans était un vélo rouge "hirondelle" de la manufacture des armes et cycles de Saint-Étienne

ça me revient, lorsque j'ai connu Didier F. vers 1976 il s'habillait toujours en blanc. Il avait des chemises Lacoste et une petite Austin Rouge avec un siège baquet et un volant de course

ça me revient entre 1977 et le début des années 80 j’ai beaucoup écouté l’album "The survivors suite " de Keith Jarrett surtout lorsque je travaillais à mes collages
 
ça me revient, Didier à la conférence de presse du festival d'Avignon en 1978 devant un parterre de journalistes intellos de gauche qui se demandent pourquoi il est là invité dans le in alors que personne ne le connaît, et qui déclare son inculture en disant "je suis un enfant de FIP et de la bande dessinée"
 
ça me revient lorsqu'il fallait composer un numéro de téléphone spécial pour avoir la référence d'un morceau sur fip justement

ça me revient, le film "Images" de Robert Altman, qui fut un des premiers films d'art et d'essai comme on disait à l'époque que j'ai vu. Il m'avait alors beaucoup impressionné, mais aujourd'hui je ne me souviens d'aucun plan, ni de ce que cela racontait

ça me revient, lorsque Philippe était pris à table en flagrant délit de gourmandise

ça me revient à dix ans, j'avais acheté au marchand de journaux un supplément de France football qui racontait toutes les coupes du monde depuis la création de la compétition. C'était l'année où l'épreuve fut organisée en Grande Bretagne. Je savais à l'époque que Botafogo avait été le club de Garrincha qui avait brillé en 1962 à la coupe du monde du Chili, et Santos celui de Pelé

ça me revient, j'ai possédé le 45 tours de Jésus-Christ superstar

ça me revient lorsque vers 1964-1965 "baby elephant walk" de Mancini, dans l'orchestration de Quincy Jones était un générique d'émission mais je ne sais plus laquelle ni si c'était à la radio ou à la télé

ça me revient que Lee Krasner a sacrifié sa carrière de peintre pour son époux Jackson Pollock

ça me revient, un nom soudain je ne comprends pas pourquoi, si longtemps que je n'y ai pas pensé, Christian Delacampagne que j'ai lu jeune homme, et qui était si brillant, je me rappelle des articles fort intéressants sur l'Art Brut, bien que ce ne fut pas là son principal champ d'investigation

ça me revient le fait que le velcro partout présent dans la cabine d'Apollo 1 brûlait cinq fois plus rapidement sous forte pression, ce qui était le cas sur le pas de tir, et même explosait littéralement. C'est en partie à cause de cela que White, Grissom et Shafee sont morts au cours d'un exercice de routine. Je m'en souviens, c'était en 1967 j'ai beaucoup pleuré

ça me revient "Au chat huant", rue Galande, j’allais acheter les petits cadeaux de première

ça me revient qu’à une époque de la vie, pour rien au monde je n’aurais manqué le départ des 24 heures du Mans, surtout lorsque pour le départ les voitures étaient disposées en épis (ce qui a cessé en 1971) et que les pilotes couraient vers leurs bolides

ça me revient aussi que le seul pilote à avoir gagné à la fois le grand prix de Monaco, les 24 heures du mans, les 500 Miles d'Indianapolis (dont j'ai appris l'existence en 1965 grâce à la lecture des aventures de Michel Vaillant) fut le britannique Graham Hill

ça me revient Sara M. qui m’avait dit, me voyant avec une chemise blanche, qu’elle aimait les hommes qui osaient la chemise blanche

ça me revient,  un jour lors d’un repas une fille, une étrangère avait dit qu’elle adorait lire les modes d’emploi et tout le monde en avait été très étonné

ça me revient une sérigraphie de Fromanger intitulée Hymnen dans le long couloir qui menait de l'entrée à la cuisine chez Dominique et Philippe, rue de Vaugirard

ça me revient "Les Shadoks". Cette série fit scandale en France. Certains trouvaient ça génial, d’autres complètement stupide. Moi j’adorais. La voix de Claude Piéplu et aussi les sons.

ça me revient cette boîte de nuit after hours qui s’appelait "Save the robots", 25 avenue B au coin de la deuxième rue. C’est là je crois que j’ai rencontré Paul de Vries, qui habitait en Hollande et à Majorque, et qui était venu juste pour un weekend à New York.

ça me revient, au Carbon-blanc, près de Bordeaux, il y avait dans les années soixante, toujours beaucoup de bouchons sur la route des vacances

ça me revient, la première fois où j'ai bu du vinho verde, c'était à Châteaudouble, lorsque Giancarlo et Angelo, revenant du Portugal en voiture pour rejoindre Florence, avaient fait une haltr chez Philippe et Dominique. Je pense toujours à eux chaque fois que j'en bois

ça me revient, chez Agathe, il y eut un moment où, en vitrine, il y avait beaucoup de lampes et de photophores en plus des capipotes.

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vendredi 28 juin 2024

Dernières fois


 
Voilà,
lui revenaient en mémoire
tous ces lieux visités ces gestes accomplis sans savoir qu'ils l'étaient pour la dernière fois
car bien évidemment il était impossible alors de supposer les impondérables
Jamais plus il ne serait un estivant sur cette plage
où gisent chaque été des songes indolents et dénudés 
tout ça lui paraissait désormais d'une vie qui déjà n'était plus tout à fait la sienne

jeudi 27 juin 2024

Le Fleuve

Voilà,
j'aime cette ville, j'aime la lumière qu'elle offre parfois. Et ce fleuve aussi je l'aime bien. Ce jour là — c'était vendredi dernier je crois —, ce gros cumulus au loin m'a impressionné. il avait plu dans la journée, mais il faisait une moiteur de mousson tout à fait inhabituelle. C'était aussi le premier jour depuis longtemps où l'on pouvait enfin voir du ciel bleu. Pour un temps, j'ai oublié les tracas, la confusion et l'agitation médiatique qui accable le pays. J'étais content d'être là.

mardi 25 juin 2024

Liste des embarras (la première)

 
Voilà,
l'embarras devant qui, vous recommande habituellement d'excellents livres et attend avec impatience votre avis au sujet de celui, pas très bon, qu'il vient d'écrire.
 
l'embarras devenu quotidien depuis le covid lorsqu'on rencontre un ami ou une connaissance et qu'on ne sait s'il faut l'embrasser le checker ou lui dire bonjour sans l'approcher
 
l'embarras lorsqu'au cours d'une conversation on commence à s'ennuyer des propos de l'autre et qu'on sent bien qu'on a du mal à dissimuler son désintérêt

l'embarras devant celui ou celle qui a beaucoup changé physiquement au point de se demander si une maladie n'est pas la cause de cette transformation

l'embarras à parler de l'avenir avec son enfant quand l'humanité semble mûre pour la catastrophe

l'embarras provoqué par les chauffeurs de bus parisiens qui conduisent leur véhicule en freinant brutalement sans se soucier du confort de leurs passagers
 
l'embarras de n'être ce que l'on est quand on comprend vaguement que l'autre se méprend sur vous

l'embarras en constatant que depuis dix ans je ressasse les mêmes pensées qui pourtant sont justes, vérifiées dans les faits, confirmées par la réalité et qu'au fond je ne suis pas capable de parler de grand chose d'autre, 
 
l'embarras parce que j'ai du mal à faire comme si tout allait bien pour moi alors que l'humanité me paraît courir à sa perte
 
l'embarras au moment de tenter de rédiger ses directives anticipées concernant les dernières volontés sur les soins en fin de vie

l'embarras autant que le sentiment de gâchis éprouvés chaque fois que j'entends la chanson "le vent nous portera" composée par Bertrand Cantat. L'impression que j'avais eue alors, dès la première écoute d'une chanson parfaite, en adéquation avec son temps (sortie peu de temps avant la chute des twin towers). J'avais alors pensé qu'il avait trouvé sa maturité artistique. Et puis il y eut cet horrible meurtre commis deux ans plus tard, l'été de la canicule, sur sa compagne Marie Trintignant

l'embarras de constater que quelques amis pour qui on avait autrefois de l'estime sont devenus complètement cons, pro-russes et complotistes, et sont prêts à justifier les massacres des populations ukrainiennes par de fumeuses considérations géopolitiques
 
l'embarras devant le nom qui ne vient pas, le visage qu'on ne reconnaît plus
 
l'embarras lorsqu'il s'agit de faire sa valise
 
l'embarras quand il faut prendre une décision

l'embarras lorsqu'il m'arrive de plus en plus souvent, à l'écrit, de m'interroger sur l'orthographe de tel ou tel mot, ou quand je ne me souviens plus d'une règle de grammaire, ou pire encore, lorsque je ne m'aperçois même pas d'une erreur

l'embarras devant le persistant spectacle de la misère que la rue nous inflige chaque jour.

dimanche 23 juin 2024

Pêle-mêle avec dormeur

 
Voilà, 
le plasticien et mangaka Yuichi Yokoyama explore dans ses bandes dessinées un monde fragmenté, géométrique, composé de volumes simples. le projet "Travaux publics" présente une série de grands travaux qui modifie en profondeur de paysage. Pas de narration ici, l'auteur ne donne avoir que les matériaux, le travail. Les cases étant presque dépourvues de parole, les onomatopées tiennent un rôle important :Yuichi Yokoyama joue sur les idéogrammes pour ajouter à la géométrie des planches. Rien d'autre n'est donné à voir que l'agencement des formes comme si finalement le sujet était finalement le dessin, le processus de création. J'ai vu ce grand mur dans l'exposition du centre Pompidou consacré à la bande dessinée.
 
*
 

 
Sinon je l'ai déjà évoqué à plusieurs reprises, mais le contraste entre les œuvres et les gardiens de musées qui se tiennent dans leurs parages m'a toujours captivé. Je ne les juge pas. Je comprends l'ennui qui, dans des salles où personne ne vient, peut les engourdir. L'expérience pure du temps qui passe s'avère quelquefois particulièrement éprouvante. Mieux vaut parfois se réfugier dans le sommeil. Même à proximité de toiles fulgurantes comme celles de Bernard Réquichot, cet écorché vif, qui ne put survivre longtemps aux intensités qui le traversaient.
 
*
 

En traînant du côté de la rue de la Huchette, je n'ai pas résisté au plaisir de photographier la porte du théâtre où, depuis 1957, l'on joue sans interruption "La cantatrice chauve" d'Eugène Ionesco. C'est la reproduction d'une œuvre de Massin, un célèbre typographe qui, en 1964, conçut un livre illustré (livre théâtre)  édité par les éditions Gallimard

*

 
Hier, je suis repassé devant l'église Saint-Étienne-du-Mont, qui est sans doute celle que je préfère à Paris. Non que je fréquente tant les églises, mais, je l'ai vue tant de fois, en revenant du collège, lorsque j'étais adolescent. Sa pierre n'était pas aussi blonde à l'époque. En fin d'après-midi, alors que le soleil tapait sur sa façade, elle m'a particulièrement ému. Peut-être aussi, à cause de la journée sympathique passée avec des visiteurs étrangers, sous un température douce et estivale. Ou bien la raison se trouvait-elle dans cette l'hypersensibilité aux choses et aux événements que j'éprouve en ce moment, tant je me sens vulnérable. Ce que je pressentais depuis longtemps, que je nommais pour exorciser, j'y suis désormais. Je peux donner un autre nom à ma fatigue. Baste ! Aller malgré tout au devant du soleil, du ciel bleu, je peux encore voir, entendre, marcher, parler...  Oggi fa bel tempo. 

*
 

... et il y avait même une fanfare sous le kiosque à musique du jardin du Luxembourg. Quelque chose d'absolument désuet et parfaitement paisible contrastant avec les nouvelles liées à la campagne électorale et les commentaires parfaitement anxiogènes auxquels on a droit.

vendredi 21 juin 2024

Downtown Beirut

 
Voilà,
non loin de l'atelier que m'avait prêté cet été-là Yoshiko Chuma, une chorégraphe dont la compagnie de danse s'appelait "The school of hard knocks" — en échange je devais nourrir le chat —  , se trouvait au 158, 1st Avenue, le Downtown Beirut. Ce bar disposait d’un excellent jukebox les bières n'y étaient pas chères et la musique plutôt bonne. 
Le lettrage de l'enseigne était très en vogue dans les années 80. Cet oblique ascendant, je l’ai, dans des propositions d’affiches, quelquefois utilisé à la même époque. On utilisait ces feuilles en plastique sur lesquelles étaient surimprimés des lettres et des symboles que l'on décalquait ensuite sur un rhodoïd placé au dessus de l'illustration et que l'on appelait "Letraset", du nom de l'entreprise qui les fabriquait. Cette phase du travail était particulièrement pénible et chronophage et m'exaspérait souvent, surtout lorsqu'il y avait beaucoup de noms à disposer.

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