vendredi 18 mai 2018

Drôle de Réveil



Voilà,
des rêves qui ressemblent à des délires d'agonisant où pêle-mêle s'enchâssent à toute vitesse des situations idiotes : je passe un examen scolaire, je retrouve les sensations et les angoisses que j'avais lorsque je passais moi-même le bac, sans doute parce que je travaille avec ma fille pour son bac de français, je remonte l'escalier de la rue des Saints-Pères où habite Delphine, mais c'est aussi celui de la rue de la Devise à Bordeaux où vivait ma grand-mère (ils exhalent tous deux cette odeur de moisi) et tout à coup mon géniteur apparaît, (et je déteste la sensation qu'il s'immisce ainsi dans mes pensées) raconte qu'à un certain étage on accédait à un puits de lumière et qu'il voyait sa mère penchée sur une rambarde. De nouveau, je suis dans l'appartement des Saints-Pères, mais il y a la Philippe et Dominique. Je vais aux toilettes, au retour je suis très embarrassé parce que j'ai les urines très rouges. Je crains d'avoir du sang dedans, des problèmes rénaux ou autres, je me réveille. J'ai encore sommeil pourtant. Il faudrait trouver un mot pour désigner cet état. Je propose Nowaybeurk.

Dreams that look like deliriums of an agonizing body. Stupid situations jumbled up at a frightening speed. I have a school exam. I 'm overwhelmed by sensations and anxieties similar to those I felt when I passed my baccalaureate, probably because, yesterday I worked in the evening with my daughter to prepare for her year-end exam. I go up the stairs of the rue des Saints-Pères where my old friend Delphine lives, but it's also the one in the rue de la Devise building in Bordeaux where my grandmother stayed for years, a long time ago (they both exhale that special musty smell). Suddenly my progenitor appears, (and I hate the feeling he interferes in my thoughts like that). He tells that on a certain floor as reaching a light shaft he used to see his mother leaning over a railing. Again, I am in the apartment rue des Saints-Pères. Here are Philippe and Dominique. I go to the closets, on the way back I am very embarrassed because I have very red urine. I'm afraid of possible blood in it, kidney problems or something i avoid thinking about. I wake up. I'm still sleepy, though. You'd need a word for that state of mind. I propose nowaybeurk.

jeudi 17 mai 2018

Marché aux puces de Saint-Ouen


Voilà,
il n'y a aucun rapport avec cette image
mais aujourd'hui je me suis, comme on dit dans la novlangue de l'entreprise
externalisé
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mercredi 16 mai 2018

Le Peintre


Voilà
ce peintre m'en a rappelé un autre que j'avais photographié à Central Park il y a bien longtemps et dont je réalise que l'image n'a jamais été publiée. À celle-ci je voulais donner une légère patine, parce que je me suis aussi souvenu de vieilles photos en couleur représentant Claude Monet se promenant dans son jardin.  "En dehors de la peinture et du jardinage je ne suis bon à rien" disait-il. Pour ma part, je ne sais plus trop ce dont je suis capable. Au moins ce billet aura-t-il servi à illustrer un point de grammaire qui prête souvent à confusion.

mardi 15 mai 2018

Retouche au billet de la veille


Voilà,
c'est toujours pareil, chaque fois que je cède à un petit accès d'optimisme, oh pas grand chose, une timide invocation à la beauté, une modeste tentative, comme je l'ai fait hier, d'évoquer le sel de la vie et la douceur des choses simples — ce qui n'est pas dans ma nature, bien des publications de ce blog l'attestent —, l'actualité me rattrape. Clément Rosset écrivait "Je suis le mot de Terrtullien, "credo quia absurdum", je crois parce que c'est absurde. Aussi paradoxal que cela puisse paraître la conception tragique de la vie peut nourrir du pessimisme, mais peut aussi attiser la joie de vivre en ce que celle-ci peut entendre les raisons de condamner la vie, de maudire toutes les tristesses et les misères qui lui sont attachées et cependant résister à toutes les raisons qui lui sont contraires. C'est une expérience ultime de la joie.". Mais intégrer la connaissance du pire à un exercice jubilatoire de la vie me semble nécessiter une force physique et morale qui me fait défaut. Les signes de plus en plus nombreux de détérioration de l'Etat du monde, la folie meurtrière qui s'empare des dirigeants de certains pays, et bien d'autres choses ont plutôt tendance à m'accabler. Alors j'écoute de la musique.  C'est une façon illusoire de se couper du monde. Cette nuit j'ai découvert la messe pour double chœur de Frank Martin (la connais-tu Bill ?), et hier le minuscule cimetière de Charonne où je n'étais encore jamais venu, dans le quartier Saint Blaise, et où je repasserai car je n'avais pas beaucoup de temps devant moi pour m'y attarder. J'ai tout de même réalisé une vue qui sous un certain angle donne l'illusion d'un autre temps (que j'ai accentué par un tirage sépia), puisqu'on n'y aperçoit pas les hautes tours qui cernent le quartier. W.G. Sebald écrivait :  "J'ai toujours ce sentiment, avec les photographies, qu'elles exercent un attrait sur le spectateur, et qu'elles le font sortir pour ainsi dire prodigieusement du monde réel dans un monde irréel, un monde dont on ne sait pas exactement comment il est constitué, mais dont on pressent néanmoins qu'il est là". Et pas tout à fait, serais-je tenté d'ajouter.


Au fond du cimetière, il y a une petite dalle surélevée de trois marches avec cette statue sur le socle de laquelle sont inscrits les mots suivants : "Ycy repose Bègue dit Magloire, peintre en bâtiments, patriote, poète, philosophe et secrétaire de Monsieur de Robespierre, 1793".  Je ne sais pas pourquoi ce petit monument m'a touché. En fait après une brève recherche, j'ai appris que ce Père Magloire était ce qu'on appelle aujourd'hui, un "gros mytho".

lundi 14 mai 2018

La Beauté est là


Voilà,
quoiqu'il en soit, là Beauté est là. Il suffit de lever les yeux, de regarder le ciel, les nuages, un coucher de soleil pour savoir qu'elle existe. Le riche et le pauvre, l'inculte et le lettré peuvent s'en émouvoir en même temps, il partagent le même ciel. C'est du reste la seule chose qu'ils ont en commun. La beauté et dans le tronc d'un arbre dans un graffiti parfois, un beau poème, une affiche lacérée.
Pour peu qu'on soit à même de la reconnaître ou de la susciter, ainsi permet-elle au moins d'apaiser cet insidieux tourment qui nous ronge une fois admis le constat que l'absurdité est au principe de notre appartenance. 
Ce que je cherche à montrer est précisément ce qui ne se voit pas, ce qui échappe à l'attention. Je tente de me rapprocher de l'invisible ou de l'inaperçu. Pour ma part, je ne crois pas à ce proverbe qui affirme que le diable est dans les détails, puisque souvent ce sont les anges qui attirent vers eux notre regard, quand ils ne s'y cachent pas. Mais bon je crois l'avoir déjà écrit. Ne serais-je pas en train de sérieusement radoter là ?

dimanche 13 mai 2018

Nuit tombante


Voilà,
tu as vu à la cinémathèque "The collector" de William Wyler, tu as trainé un peu dans le parc, et comme il faisait froid tu as repris le métro après un détour du côté de la Grande Bibliothèque. Comme à ton habitude tu empruntes la même sortie. Mais en gravissant les marches, tu t'étonnes de ce qui s'offre à ton regard qui n'a cependant rien que de très banal. Cette lumière particulière, ce moment où le jour bascule vers la nuit, où dans la nuit le bleu du ciel est encore très dense. Tu ne veux pas perdre ce moment-là de ton existence, qui à cet instant te semble infiniment précieux, comme s'il était la vie même. 

vendredi 11 mai 2018

Groupe, Boulevard de Rochechouart


voilà,
celle-ci, je l'ai prise en mai 2017, le même jour que cette autre. C'était le jeudi de l'Ascension, et j'avais fait le touriste à Paris, je m'en souviens. J'avais marché à pied depuis Montmartre, passant par le boulevard Rochechouart qui est quand même un des endroits les plus laids et les plus hostiles de Paris, afin de rejoindre Rachel et Sophie vers Stalingrad au bord du canal. Nous avions pris un verre là-bas, avant de nous rendre tous les trois à Bobigny pour assister à un spectacle de danse d'Alain Platel. Et ce billet que tu es en train de lire, je l'ai rédigé l'année dernière, le 29 Décembre au soir. Je n'avais pas un gros moral, me sentant bien seul, et n'ayant pourtant guère envie de voir du monde. Je relisais "Narcisse et Goldmund", ayant beaucoup de mal à me concentrer et à échapper à l'addiction des réseaux.

jeudi 10 mai 2018

La Découverte du Jour

   

Voilà,
l'intranquillité me hante et c'est la raison pour laquelle je publie autant ces derniers temps. Incapable de dire, je ne puis que montrer. Je ne suis bon qu'à ça. Ce triptyque me paraît être ce que j'ai fait de mieux depuis longtemps. Ces images attendaient depuis Août dernier d'être traitées avec une certaine considération
A part ça je viens de découvrir que le thème de la chanson "calling you" dans le film Bagdad Café de Percy Adlon était inspiré du mouvement de la sérénade pour corde en C major op 10 d'un compositeur hongrois nommé Erno Dohnayi dont j'ignorais jusqu'à l'existence. C'est à 10'30 sur la vidéo ci-dessous. Au moins aurais-je appris quelque chose aujourd'hui grâce à Denisa Kershova. (Linked with the weekend in black and white)


mercredi 9 mai 2018

Éteindre la lumière chaque nuit


Voilà,
Éteindre la lumière, chaque nuit, 
est comme un rite d'initiation: 
s'ouvrir au corps de l'ombre,
 revenir au cycle d'un apprentissage toujours remis :
se rappeler que toute lumière est une enclave transitoire.
Dans l'ombre, par exemple, 
les noms qui nous servent dans la lumière n'ont plus cours. 
Il faut les remplacer un à un. 
Et plus tard effacer tous les noms. 
Et même finir par changer tout le langage
 et articuler le langage de l'ombre. 
Éteindre la lumière, chaque nuit, 
rend notre identité honteuse, 
broie son grain de moutarde 
dans l'implacable mortier de l'ombre. 
Comment éteindre chaque chose ? 
Comment éteindre chaque homme ? 
Comment éteindre ? 
Éteindre la lumière, chaque nuit, 
nous fait palper les parois de toutes les tombes. 
Notre main ne réussit alors
qu'à s'agripper à une autre main. 
Ou, si elle est seule,
 elle revient au geste implorant 
de raviver l'aumône de la lumière. 
(Roberto Juarroz, traduction Jacques Ancet)

mardi 8 mai 2018

L'ordre règne


Voilà,
au moment où l'on prend la photo quelques détails échappent. J'avais bien sûr vu les flics et le SDF. Pas le panneau de la banque. En fait l'Époque est là, ramassée dans une image ordinaire. La police en faction sous le panneau d'une banque réputée pour blanchir l'argent sale mais dont la puissance garantit l'impunité (même aux Etats-Unis). La misère à côté du distributeur de billets. Et le bourgeois bohème qui demande aux CRS au service du Capital plutôt que de la République le droit de poursuivre paisiblement son chemin. Comme si de rien n'était. Comme si tout cela était normal.

lundi 7 mai 2018

Quais de Seine


Voilà,
les beaux jours arrivent peut-être. Avec les variations climatiques de ces dernières semaines, difficile d'être tout à fait affirmatif. Et puis je me souviens des pluies des inondations et du froid en mai et juin 2016. Enfin quoiqu'il en soit, dès les premiers rayons du soleil les gens recommencent à lézarder, et pour ça les quais de Seine c'est vraiment bien. J'ai été attiré par la pose de cette jeune femme et le flamboiement de sa chevelure rousse. Et puis c'est un cliché bien parisien. Évidemment, désormais on ne peut échapper au smartphone. En d'autres temps peut-être aurait elle tenu un livre. 

dimanche 6 mai 2018

En descendant l'escalator


Voilà,
descendant l'escalator je songeais à tout ces gens qui manquent d'imagination. Ceux que T.S. Elliot appelait "les hommes vides". Il disait d'eux qu'ils "bouchent leur vide avec des brins de paille qu'ils ne sentent pas, et ne se rendent pas compte de ce qu'ils font. Et avec leurs mots creux ils essaient d'imposer leur propre insensibilité aux autres" Ce que je ne supporte pas, ajoutait-il, ce sont les gens creux. Pour ma part, ce n'est d'ailleurs pas tant le manque d'imagination qui m'accable, plutôt ceux qui, en sont dépourvus mais vous assènent cependant avec arrogance qu'il faut "faire preuve de pragmatisme". Le pragmatisme se réduisant pour eux à la répétition du pareil au même dans des tâches absurdes et dénuées de sens, qui leur assurent toutefois la possibilité d'acquérir des biens matériels et des services où ils trouvent une compensation au vide de leur existence. 

samedi 5 mai 2018

Nuit à la Cartoucherie



Voilà,
c'est à toi que je pensais en traversant de nuit la Cartoucherie, cette ancienne enceinte militaire qui abrite désormais quelques théâtres, où il est vraisemblable que tu ne viendras jamais cher XS. Et même s'il est peu probable que tu me lises, je t'adresse tout de même ce petit message. Comme tu as pu le constater j'ai souscrit à ta requête écrite en bon français et sans faute d'orthographe, ce qui, en dépit du ton légèrement condescendant qui fut le tien, a nettement joué en ta faveur. Et puis, quelqu'en soit la raison, le fait que tu n'appartiennes plus (bien que je sois conscient qu'on ne la quitte jamais tout à fait car quand on s'est donné à elle une fois, elle ne vous lâche plus) à la corporation des képis et des esclaves de la grande muette, ne m'a pas laissé indifférent. J'ose espérer que tu t'es lassé des grandeurs et servitudes de la vie militaire, et que ce n'est pas une blessure, une invalidité ou une peu avouable exaction qui t'ont rendu à la vie civile. Tu travailles désormais dans le bâtiment. Comme on dit chez le cimentier Lafarge, quand le bâtiment va tout va.
Tu as appris des choses dans ton école de sous-off, et sais tirer profit ta spécialisation dans "l'administration et le soutien de l'homme", aussi je te remercie pour ta recommandation de consulter un spécialiste. J'en compte pas mal parmi mes amis. Je suis hélas accablé d'une incurable mélancolie dont nulle médecine ne peut venir à bout. Je n'ai d'autre solution que de m'en accommoder. Je suis condamné à la joie de l'idiot qui s'émerveille du jaune des genêts, du bleu du ciel, de la forme changeante des nuages qui vont en troupeau, ou de la vigilante impassibilité du lézard se chauffant sur un muret. D'ailleurs soit dit en passant un idiot peut être de bon conseil, c'est sans doute pour cela que les rois avaient autrefois leur fou, et je te dispense donc le mien. Toi qui sembles si soucieux d'invisibilité, sache qu'il est quelque peu déraisonnable par les temps qui courent d'exhiber ses enfants sur une vidéo relatant les vacances chez tonton et tata (qui je l'espère vous auront recommandé Palawan et ses eaux transparentes). De récents faits divers ont en effet montré que des militaires, ou d'anciens militaires ayant remisé leur uniforme continuaient à faire d'efficaces tueurs en série. Qui sait si tu n'en comptes pas parmi tes anciens camarades. Mieux vaut ne pas trop les tenter. Quoiqu'il en soit je te souhaite un bon printemps et de t'épanouir dans ton nouveau métier

vendredi 4 mai 2018

Carrelet entre Pornic et Sainte-Marie sur mer


Voilà,
Chaque fois que je vais là-bas, je reprends les mêmes photos. Si les choses m'apparaissent différentes, c'est que la lumière a changé. Et moi bien sûr aussi. Je veux retenir ces moments, ou durant une fraction de seconde on s'accorde à la beauté du paysage. Lorsque fut pris ce cliché, il faisait froid, en dépit du soleil. Durant la dernière semaine du mois de février de cette année, une dépression polaire venu de Sibérie, réfrigéra la France. Mieux valait cependant se trouver là plutôt qu'à Paris où la température était vraiment glaciale. Mais j'aimais bien la lumière sur le toit de tôle, le gris de la mer, et la presqu'île de Noirmoutier au loin. Cela méritait un noir et blanc. Sont encore présentes aujourd'hui les pensées que je tentais alors de chasser de mon esprit, les inquiétudes et les sensations suspectes qui vous assignent d'une certaine façon une autre identité. Je songe à Alain Gautré, à Dominique Répécaud, à Dominique Hubin, à Christophe, et à quelques autres. Je tente de me convaincre qu'il doit en être autrement pour moi. Les beaux jours reviennent. J'essaie de me délivrer des idées sombres. Depuis je suis retourné sur ce même sentier qui longe la côte. Cette fois-ci j'ai résisté à la tentation de refaire une semblable photo. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 3 mai 2018

La Vengeance du Daltonien


Voilà,
du temps a passé depuis cette image. Je me souviens l'avoir prise un matin alors qu'il n'y avait personne et que la plupart des manèges étaient fermés. La jeune fille assise, certainement étudiante dans une école d'art, dessinait, une autre non loin faisait de même. J'en avais repéré plusieurs dans les parages, qui avaient sans doute un sujet imposé. Je n'arrive pas vraiment à retrouver la date exacte, au printemps ou l'été 2013 peut-être. Je ne fais plus des tirages couleur aussi saturés et contrastés, accentuant le côté artificiel et graphique. C'était un peu, à l'époque, la vengeance du daltonien que je suis. Je me souviens du plaisir que j'éprouvais à l'époque en fabriquant cela — qui me plaît toujours — .

mercredi 2 mai 2018

Encore le déjeuner sur l'herbe


Voilà,
les variations autour du "Déjeuner sur l'herbe" commencées il y a quelques mois, alors que je consacrais beaucoup d'heures à des explorations formelles, ne sont pas achevées. Vraisemblablement cela m'arrivera encore de temps en temps. Je n'ai de toute façon aucune possibilité d'agir sur le monde. Je ne peux rien faire de mieux que cela.

mardi 1 mai 2018

Confusions


Voilà,
s'apercevoir de la fréquence grandissante de fautes d'inattention, agace et inquiète tout à la fois. Auparavant si soucieux de grammaire et d'orthographe, je laisse de plus en plus souvent passer des erreurs que je n'aurais pas commises autrefois. Ces petits signes attestent d'une détérioration de ma capacité cérébrale. En outre j'ai du mal à construire un raisonnement, à formuler une pensée structurée. Mes rêves sont chaotiques. Ce matin je me suis réveillé avec la sensation d'avoir passé une partie de la nuit à tenter de recomposer un espace qui ne cessait de se transformer et de se dérober à la fois. Tout se passe comme si le sentiment d'être au monde se dissipait peu à peu. Je vois le réel, je le perçois (il m'arrive de me cogner aux meubles). Je m'accroche aux petites choses. Au parfum du basilic dans son pot, à la lumière du matin qui inonde le salon. A la musique que j'écoute de plus en plus. Je ne supporte plus d'entendre des conversations dans le poste. Ni ma propre voix. Sauf à interpréter les textes des autres. Heureusement il y a les œuvres qui peuplent le monde. Ainsi ai-je vu pour la première fois "All what heaven allows" de Douglas Sirk, et aussi ce film de Loïc Paillard, dont les interprètes sont tous formidables et qui raconte avec beaucoup de délicatesse un jolie histoire. Cela s'appelle "Les étoiles restantes" 

dimanche 29 avril 2018

Le Spectre


Voilà,
quelques lignes qui semblent toujours d'actualité en ces temps où tant de gouvernants sont pris d'une frénésie martiale tout à fait glaçante. "En dépit des apparences démocratiques, en France, le peuple ne contrôle pas ses gouvernements. Un groupe étroit s'est emparé des conseils d'administration des grandes sociétés financières. Ces quelques hommes tiennent entre leurs mains, les banques, les mines, les chemins de fer, les compagnies de navigation, bref tout l'outillage économique de la France. Sans oublier, la sidérurgie et les fabriques d'armes, d'où sortent de croissants profits. Ils dominent le parlement et ont à leur solde la grande presse. La guerre ne leur fait pas peur et ils la considéreraient même avec intérêts. Nos banques ont gardé le souvenir des bénéfices énormes réalisés par elles en 1871." Francis Delaisi, in "La guerre qui vient" (1911)

jeudi 26 avril 2018

Dénué d'identité


Voilà
quelque chose que je n'avais encore jamais fait et qui m'a réjoui au plus haut point. Pendant une heure et demie je n'ai songé à rien d'autre qu'aller le plus vite possible en prenant le vent au plus juste. Je n'ai pas pensé à mes vertèbres à ma moelle épinière à mon ventre à mon cœur, à l'argent, à ma situation sociale et plus généralement à tout ce qui se perd s'altère et se dégrade en ce moment dans ma vie. J'étais absent de toute préoccupation et dans la joie pure et enfantine de ce moment de jubilation que m'offrait l'existence. J'étais tout à coup dénué d'identité et c'était bien. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 20 avril 2018

Farid


Voilà
dix ans déjà que Farid Chopel a quitté ce monde. Je me souviens de lui, de son premier spectacle "Chopelia", que j'avais vu tant de fois, de Hambourg et Amsterdam où nous étions croisés parce que nous avions presque les mêmes circuits de tournée, de cette nuit à San Pauli, où nous avions fini à 4 heures du matin au Fischmarket. Ce collage (que j'ai un peu retravaillé pour cette publication) fut un de mes premiers. Même si c'est loin d'être un des meilleurs, j'y tiens pour ce qu'il me rappelle de cette époque. Dans le courant de l'été 1979, je me pris de passion pour cette technique. Je l'ai déjà dit, c'était une façon d'occuper le terrain, de contrarier la terreur qui me submergeait parfois. Mais revenons à Farid. Il avait sur scène une façon si drôle si singulière de se mouvoir. Il était vraiment incroyable. Il avait connu un grand succès avec le spectacle "Les Aviateurs" en compagnie de Ged Malon. Le cinéma l'avait alors sollicité. Mais cette reconnaissance lui avait peu à peu fait perdre contact avec la réalité, il avait fini par sombrer dans les drogues et l'alcool. Il y eu même une époque où il était presque devenu une épave. Vers la fin de sa vie, quelqu'un l'avait aidé à se relever à s'en sortir à mener une vie plus saine, mais c'était trop tard. Il a pu faire un dernier film intitulé "Un si beau voyage" où il a donné toute la mesure d'une autre facette de son talent. Il y a peu, j'ai retrouvé ce clip où on le voit bouger, comme dans "Chopelia", spectacle dont il n'existe, à ma connaissance, aucune trace sur le net.

jeudi 19 avril 2018

La Tricoteuse


Voilà,
cette vieille dame tricotant devant un panneau de photos lors de la foire Paris-Photo le 4 Novembre 2017 avait quelque chose à la fois d'incongru dans cet environnement, et en même temps de très rassurant. Elle semblait liée à une jeune japonaise qui régentait l'espace alentour et venait souvent la voir. Étaient-elles de la même famille ? l'idée m'avait aussi traversé qu'il s'agissait peut-être là d'une performance réalisée par une artiste conceptuelle et que cet espace constituait une installation. De nos jours, de plus en plus d'artistes comme Anette Messager, Olga Bodyreff, Frank Rizzo, Aurélie Mathigot, Anu Tuominen, Sheila Hicks, Joana Vasconcelos, Orly Genger tricotent des œuvres d'art. (linked with the weekend in black and white)

mardi 17 avril 2018

"La fascination spectrale des écrans"


Voilà,
quand je suis passé rue Daguerre, ce soir là, j'ai été saisi par la solitude de cet enfant penché sur son écran, et par sa posture, recroquevillée, foetale, régressive, qui m'apparaissait aussi comme une posture de soumission. je ne sais pas pourquoi, j'ai songé que cette image aurait pu être prise en Asie. J'ai aussi pensé que c'était bien une image de notre temps et je me suis alors souvenu d'un article lu, il y a peu que j'avais mis de côté, parce qu'il me semblait évoquer avec justesse des symptômes de notre époque. Le voici : "la vacuité du sujet néo-libéral et de son monde, la généralisation de la guerre de tous contre tous comme norme comportementale, l’absence d’idéal, de toute spiritualité et souvent de toute capacité à la sublimation, ne laisse plus qu’une alternative à la fascination spectrale des écrans : le passage à l’acte violent; Ce genre d’itinéraire n’est pas seulement l’envers d’une impuissance et d’une désocialisation organisées, c’est aussi la marque d’un « désamorçage du désir », trouble qui requiert toujours plus d’excitants pour pallier cette désaffection vitale et l’approfondissement abyssal de la solitude qui en découle. 
En outre, la pensée est désactivée par un maelstrom médiatique diffusé en continu dans les yeux, les oreilles, le cerveau et l’ensemble du corps. Le langage se voit systématiquement appauvri (aussi bien dans ses ressources lexicales que syntaxiques) ce qui diminue la possibilité de se construire un jugement libre et critique ; la route de l’intellection, de la compréhension, de l’analyse est ainsi barrée ; c’est la possibilité d’agir pour modifier les conditions d’existence qui est ainsi neutralisée. De ce point de vue, il est urgent de reprendre les termes de la discussion, de rectifier les non sens, de mettre à nu les injonctions subliminales etc."(Jean Marc Royer)

vendredi 13 avril 2018

Ombres dans la galerie marchande


Voilà,
ces lieux de transit où la plupart du temps, quand je m'y trouve, j'ai l'impression de ne pas y être tout à fait. Prendre un avion me semble toujours une chose surprenante. Que le rêve d'Icare se soit à ce point banalisé continue toujours autant de m'étonner. Là, plus qu'ailleurs il me semble que nous ne sommes que des ombres de passage, en fragile équilibre entre le monde des apparences et celui de nos songes, plus illusoire encore. (linked with the weekend in black and white)

jeudi 12 avril 2018

Encore une tentation de Saint Antoine


Voilà
"Il y en a qui accouchent, d’autres copulent, ou, d’une seule bouchée, s’entre-dévorent ; tassés, pressés, étouffant par leur nombre, se multipliant à leur contact, ils grimpent les uns sur les autres. Et cela monte en pyramides, faisant un tas complexe de corps divers, dont chacun s’agite de son mouvement propre, tandis que l’ ensemble oscille, bruit et reluit à travers une atmosphère que rayent la grêle, la neige, la pluie, la foudre, où passent des tourbillons de sable, des trombes de vent, des nuages de fumée, et qu’éclairent à la fois des lueurs de lune, des rayons de soleil, des crépuscules verdâtres." Gustave Flaubert

mardi 10 avril 2018

Un autre Temps


Voilà,
il est possible que bientôt, ces menus plaisirs ces joies simples nous paraissent d'un autre temps. Non pour leur caractère désuet, mais parce qu'ils nous sembleront la trace d'une époque où l'on entretenait l'illusion qu'il ne pouvait en être autrement et qu'il en serait toujours ainsi. La Guerre était une chose lointaine qui n'aurait pas lieu. Bien sûr il y avait ces réfugiés de plus en plus nombreux, mais pour se voiler la face et non sans une certaine duplicité nombreux étaient ceux qui s'efforçaient de nous convaincre que la misère qu'ils fuyaient étaient "seulement" économique, comme si la Guerre n'avait jamais rien eu à voir avec l'économie. Ces migrants n'étaient pas des victimes mais des envahisseurs dont il fallait se débarrasser. On voulait pêcher tranquille, bronzer tranquille, profiter du soleil sans avoir de questions à se poser. Mais au fond, si on ne voulait pas se l'avouer on réalisait pourtant que tout allait de traviole et que tôt ou tard ça finirait par vraiment déconner. Le culte du présent amplifiait la capacité d'oubli. Un attentat chassait l'autre, un nouveau massacre faisait oublier le précédent. Certains pressentaient, supputaient, sans vraiment savoir par où ni comment cela se manifesterait. Une étincelle mettrait le feu au poudre, c'était possible. Mais on se voilait la face espérant que cela soit peu probable. C'est à cela qu'on pensera d'ici quelques années, et l'on se rappellera comme alors il avait alors semblé doux le premier soleil du printemps. Et charmante, avec son ombrelle, cette bourgeoise d'un autre temps ainsi que ce pêcheur paisible.


Et les gens attablés en terrasse, s'efforçaient de ne pas penser aux enfants gazés de Kahn Sheikhoun, aux morts du métro de Saint Petersbourg, à l'homme en voiture qui avait foncé dans la foule à Stockholm, à ceux qui quelques jours auparavant avaient fait de même à Londres, et qui, quelques semaines plus tard feraient pire encore. C'était un temps de campagne électorale aussi, plus affligeante et médiocre que toutes celles qui avaient précédé. L'arrogance le disputait à la bêtise, et l'homme à la tête d'enfant, comme je l'avais lu dans la traduction d'une publication chinoise, celui à qui personne un an auparavant n'accordait la moindre chance, avait fini par gagner. Espéraient-ils que le désenchantement serait plus supportable parce qu'il avait le visage de la jeunesse ?

lundi 9 avril 2018

Baudoin de Bodinat lisant au fond de la couche gazeuse


Voilà,
ainsi, hier, Dimanche, ai-je participé à une lecture collective de "Au fond de la couche gazeuse" de Baudoin de Bodinat publié par les éditions Fario. Tout cela à l'initiative des Editeurs associés, dans le cadre du festival Raccord(s). Et ce fut un grand plaisir. C'était sous le kiosque du jardin du Luxembourg, par un bel après-midi ensoleillé mais qui se couvrit peu à peu, comme si le récit de la Catastrophe où nous n'avons d'autre choix que de nous tenir avait fini par influer sur notre microclimat. Et c'était tout à coup étonnant de voir l'auteur lire quelques passages de son ouvrage pendant qu'une ocre poussière, levée par des rafales de vent, s'éparpillait alentour.

dimanche 8 avril 2018

Hypocondrie


Voilà,
pendant une grande partie de sa vie, il s'était beaucoup préoccupé de sa santé, manifestant même une propension certaine à l'hypocondrie. Puis après avoir compris que cette névrose ne lui appartenait pas, qu'elle avait été transmise par sa mère il était parvenu après bien des années à cesser de trop s'écouter, et de fréquenter les médecins pour un oui ou pour un non. C'est précisément à ce moment que la maladie s'insinua dans la vie de Jérôme Frontenac.

samedi 7 avril 2018

Jim Clark


Voilà,
cinquante ans que Jim Clark, double champion du monde automobile est mort sur le circuit de Hockengheim. Je me rappelle très bien comment je l'ai appris. C'était un dimanche. Il y avait une fête foraine à Biscarrosse-Bourg. Je m'y étais rendu dans l'après-midi. Un peu plus tard mes parents étaient venus m'y retrouver. C'est là que me fut annoncé l'accident fatal. J'étais à l'époque très passionné par les courses automobiles, sans doute à cause des aventures de Michel Vaillant dans le journal de Tintin. Jim Clark n'était pas mon coureur préféré, bien qu'il fut le meilleur. Je lui préférais alors son adversaire souvent malchanceux Graham Hill, parce qu'il avait un casque très reconnaissable. C'était d'ailleurs lui aussi un excellent pilote. D'ailleurs c'est le seul à avoir gagné le championnat du monde, des pilotes, les 500 miles d'Indianapolis, et les 24 Heures du Mans, et aussi, la triple couronne, c'est à dire le grand prix de Monaco, (longtemps considéré comme la plus difficile et la plus prestigieuse épreuve du championnat) dont il fut cinq fois vainqueur, les 500 miles et les 24 heures du Mans. A l'époque, dans mes cahiers je dessinais des prototypes de voitures de courses. Je faisais le contour des roues avec des pièces de 1 franc, mais qui ne valaient plus que 1 centime, celles qui portaient encore la francisque et qui avaient été frappées sous Pétain. Aussi incroyable que cela paraisse, elles étaient toujours en circulation. Aujourd'hui elles se vendent à 300 Euros pièce


vendredi 6 avril 2018

La Prise de Conscience


Voilà,
ce jour d'Avril 1998,  en voyant passer cette femme qui dirigeait la poussette de son enfant en se déplaçant en roller, j'ai pris conscience du fait qu'il existait désormais avec certaines personnes un fossé générationnel que je ne pourrais jamais combler, des femmes qui ne seraient jamais pour moi, juste parce qu'elles iraient trop vite. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 4 avril 2018

Un Cliché très parisien


Voilà
Les humains disent que le temps passe. Le Temps dit que les humains passent. C'est un proverbe sanskrit. Je pensais à cela l'autre jour où j'ai eu envie de prendre un cliché vraiment parisien dans ce quartier où j'ai toujours aimé musarder depuis que je vis dans cette ville. Autrefois, si je me souviens bien, rue de l'Échaudé, se trouvait la galerie du Point-Cardinal qui exposait les peintures du poète Henri Michaux – la passion littéraire de ma jeunesse – et aussi je crois les œuvres de Louis Pons qui me stupéfiaient alors par leur diversité et leur brutalité parfois morbide. Ses dessins étaient souvent très sombres et chargés de traits, mais ses assemblages de reliques, d'os d'oiseaux morts, de cadavres d'animaux, de bois secs, de pièces de mécaniques démontées, tout ces agencements de déchets trouvés dans les campagnes avaient quelque chose de brut et d'irréfutable qui vous clouait sur place.

mardi 3 avril 2018

Mixage



Voilà,
je mixe parfois des images. C'est une technique qui n'est ni du collage, ni de la surimpression, et que seul permet l'outil numérique. L'objectif que je me fixe alors est de faire advenir une représentation incertaine, ambigüe, douteuse, légèrement abstraite ou organique, afin qu'on se laisse intriguer par elle, et qu'on y devine des motifs ou bien des figures. Je procède ainsi pour que celui ou celle qui s'y attarde, découvre quelque chose qui lui appartient en propre ou entrevoie une possibilité à laquelle je n'avais pas songé. Il m'arrive à moi aussi lorsque je réalise ces digigraphies de me faire surprendre et d'être quelquefois sidéré par ce que je suis en train d'élaborer.
De même que les tubes de peintures à l'huile ont permis aux impressionnistes d'aller travailler dehors, que l'acrylique a transformé le rapport à la couleur, que l'électronique a permis de composer des œuvres sonores jusque là inouïes, les outils informatiques et l'intelligence artificielle permettent de nouvelles approches du sujet, et donnent accès à des représentations qu'il n'aurait pas été possible d'envisager auparavant. 

lundi 2 avril 2018

La Vitrine du magasin d'antiquités


Voilà,
il existe à Paris, Rue de Furstenberg, une boutique d'antiquaire dont les vitrines sont toujours merveilleuses. C'est tellement raffiné que je n'ose jamais entrer dans cette boutique, comme je l'ai raconté une fois, il y a bien longtemps, dans un autre post.  Chaque fois que je suis là, j'éprouve ce que Debussy écrivait à son sujet dans une lettre : "J'ai le malaise inexprimable des choses qui ne se trouvent pas à leur place".

dimanche 1 avril 2018

Que sommes nous pour nous-mêmes ?


Voilà,
"mon esprit tout entier est pétri de doute et d'hésitation (...) A mes yeux tout est incohérence et changement. Tout est mystère et tout est chargé de sens. (...) Que sommes nous pour nous-mêmes ? Des songes qui passent dans la brume. Des lieux chargés d'angoisse." Fernando Pessoa

vendredi 30 mars 2018

Crucifixion


Voilà,
je l'avais promis il y a longtemps, et j'aime tenir parole. Il n'est guère probable que je me consacre à l'avenir à beaucoup d'autres sujets religieux — peut-être tenterai-je une Annonciation vers le mois d'Août — car ce n'est pas ce qui m'inspire le plus. Mais comme c'est le Vendredi Saint, l'occasion fait le larron. 

jeudi 29 mars 2018

Mendicité



Voilà
du monde, du mouvement du monde il ne perçoit désormais plus que le martèlement des pas frappant le bitume. Il ne lève plus la tête. Au début oui, il le faisait. Il voulait inspirer la compassion. La plupart du temps il ne suscitait qu'indifférence. Les chiens ne lui font pas honte. C'est pour ça qu'il reste à leur hauteur. Ce sont ses frères, ses semblables. Ils ne se détournent pas. Sinon, il observe les ourlets, les chaussures. Les siennes d'ailleurs s'usent beaucoup moins vite à présent. Tant qui passent et si peu qui donnent. Petit à petit il apprend à n'être plus personne. Plus rien. Qu'un regard. Et encore. La vue se fatigue dès lors qu'elle ne s'accommode plus que des choses au ras du sol. Mais il sent bien désormais qu'il ne relèvera plus guère. De toute façon même à ce stade, la concurrence est rude et sans pitié. Son carré de trottoir il faut le préserver, sa menue monnaie la protéger. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 28 mars 2018

Espiègle (et un post scriptum sur Clément Rosset)


Voila,
un peu de fantaisie en ce sinistre jour de pluie, sans quoi mes quelques lecteurs pourraient se décourager en imaginant que la mélancolie me gagne, ou que de sombres pensées me submergent. Mais je sais qu'il faut, selon les recommandations de Beckett, garder le sens de la proportion, et que pour commencer à creuser il faut vraiment toucher le fond. Alors en plus de cette image récente qui dénote un reste d'espièglerie de ma part, j'ajoute un petit texte de Thomas Bernhard qui fera bien l'affaire. J'avais coutume, lorsque j'animais des formations à la prise de parole dans une grande citadelle du capitalisme, de faire lire à mes stagiaires quelques brèves nouvelles du teigneux autrichien. Ses phrases longues, subtilement ponctuées étaient un excellent moyen pour les inciter à faire des pauses dans leur phrases, à respirer à être soucieux du sens et de l'adresse, à moduler leur énonciation afin de créer du relief et de la nuance dans leur propos (je crois que c'est le genre de boniment que je devais leur débiter). Et puis je me disais que je faisais œuvre de pédagogie en leur donnant à découvrir un auteur majeur de la littérature européenne de la seconde moitié du vingtième siècle. La plupart du temps mes stagiaires, souvent d'une inculture crasse, n'en saisissaient ni l'humour, ni la subtilité. Évidemment de mon côté, il y avait une joie, je l'avoue un peu perverse, à leur proposer ces histoires à l'humour noir toutes plus affreusement drôles les une que les autres. Eux au contraire les trouvaient sinistres et angoissantes. J'avais beau leur répondre que l'endroit où se déroulaient ces séminaires, ou bien encore le fait de travailler à des tâches dont il ignoraient la plupart du temps le sens ou la finalité me semblaient plus angoissants ils demeuraient dubitatifs. J'aimais particulièrement quand l'un d'entre devait lire ce bref récit intitulé "Espoir déçu" "A Atzbach, une femme a été battue à mort par son mari, parce que, dans l'incendie de leur maison, elle avait sauvé, en plus d'elle-même, l'un des deux enfants, mais, à son avis à lui, pas le bon. Elle n'avait pas sauvé le fils de huit ans, pour lequel il avait de grands projets, mais la fille, que l'homme n'aimait pas. Quand, au tribunal cantonal de Wels, on a demandé à l'homme quels projets il faisait pour son fils, qui a été carbonisé dans l'incendie, l'homme a répondu qu'il voulait en faire un anarchiste et un massacreur qui aurait détruit la dictature, et donc l'État." in "L'Imitateur"


P.S. 
le jour où précisément je m'efforce d'être plus léger, on annonce la disparition de Clément Rosset qu'il m'est arrivé d'évoquer quelquefois. Lui qui a dit "sois l'ami du présent qui passe" est à présent trépassé. De nombreux articles documents vidéo et réflexions pertinentes le concernant se trouvent sur La Main de Singe. C'est curieux, il y a une semaine une nuit j'ai relu des extraits de "Loin de moi" un de ses ouvrages. Au même titre que Thomas Bernhard, ses livres ne sont jamais très loin de mon lit. 

lundi 26 mars 2018

Derrière la vitre embuée


Voilà,
derrière la vitre embuée du bus, les silhouettes au dehors ressemblent à des spectres. Tu voudrais penser à autre chose, mais ton réseau social tient de plus en plus souvent de la rubrique nécrologique. Tant de gens qui disparaissent. Bien sûr, tu as beau savoir que c'est dans l'ordre des choses, ça te déprime quand même un peu. 
Sinon, pêle-mêle, le livre acheté samedi dernier, en compagnie de ma fille, chez le bouquiniste de la rue Vavin, une vieille édition de poche publiée par Gallimard dans les années cinquante, regroupant trois romans durs de Simenon que je ne connaissais pas. Sur la page de garde, le nom de Monique Mélinand. Je ne sais pas si c'est celle qui fut la compagne de route de Louis Jouvet. Le premier roman intitulé "Ceux de la soif", écrit à Tahiti en 1935, raconte la vie d'une petite communauté d'européens dans une île des Galapagos. Un roman moite, à l'ambiance malsaine, qui fait par moment penser à la nouvelle "Un avant-poste du progrès" de Conrad. L'écriture est précise, apparemment simple, en tout cas dénuée de fioritures. Récit d'une lente dégradation dans laquelle Simenon excelle bien souvent. Le soir je suis allé voir "Mille Francs de récompense" de Victor Hugo, dans une mise en scène enlevée et efficace. J'y ai retrouvé par hasard quelques vieilles connaissances que je n'avais pas vues depuis longtemps et c'était plutôt sympathique. Dimanche a été une journée assez blanche, mais en regardant les programmes de cinéma, j'ai vu qu'on donnait "The Master" de Paul Thomas Anderson tourné en 70mm avec Joaquin Phœnix et Philippe Seymour Hoffman, tous deux saisissants. Le film qui raconte les rapports ambigus entre le guru d'une secte naissante et un vétéran de la guerre du Pacifique, passablement déjanté et alcoolique n'a pas eu je crois une très bonne presse lorsqu'il est sorti, mais pour ma part, je l'ai beaucoup aimé. Je suis ensuite rentré à pied chez moi, depuis la rue Monge puisque dans cette ville on ne trouve plus de vélo en libre service depuis que la mairie de Paris a changé d'exploitant. Finalement c'était aussi bien de marcher que de pédaler. Sinon, c'est l'heure d'été, mais il fait encore bien frais et le printemps tarde à venir. La semaine recommence et elle n'est pas très emballante la semaine qui vient. Je n'avance pas beaucoup dans mes travaux.  Pas beaucoup d'idées une grosse flemme. J'aimerais bien être ailleurs. Faire le touriste. Je peux toujours rêver. De toute façon je suis dans un tel déni de ma situation réelle. Cela frôle l'inconscience. Ou peut-être ai-je atteint le stade du renoncement.

dimanche 25 mars 2018

Reconnaître


Voilà,
je me demande souvent pourquoi je parviens à identifier – péniblement – certaines personnes et pas d'autres. Comment se fait-il que je sois dans cet état de distraction permanent vis-à-vis des visages ? Distraction qui confine à l'angoisse lorsque l'un d'entre eux m'évoque vaguement quelque chose sans que je ne puisse pour autant le situer, et qui redouble si je réalise que ce visage, lui par contre, me reconnaît. Oui, bien sûr je peux mettre cette confusion sur le compte de ma vue déficiente, et que longtemps hypermétrope, j'ai plutôt eu tendance à me focaliser sur le lointain. À moins que cela soit lié à ma méfiance viscérale des autres, ou au sentiment de solitude éprouvé dès l'enfance, quand je me sentais étranger à ces géniteurs qui très tôt m'ont fait honte, bien avant que je sois en mesure d'en formuler les raisons, et dans lesquels je ne voulais précisément pas me reconnaître, sentiment de solitude qui a fait de moi un être souvent reclus, dès l'enfance et même par la suite lorsque je faisais un métier public. De là peut-être, mon goût pour les reflets, les images indécises, transformées déformées, déréalisées...

vendredi 23 mars 2018

Campagne au matin


Voilà,
je me souviens avoir réalisé le matin où j'ai pris cette photo, qu'on n'entendait pas beaucoup d'oiseaux dans cette campagne, où je ne viens plus que très rarement. Il se dégageait de ce paysage, un sentiment de tristesse infinie très mortifère. Bien des semaines après, en tombant sur une vidéo de Claude Bourguignon, j'en ai compris la raison. Elle est due à l'agriculture intensive pratiquée par un fermier, Jean-Pierre Pujos qui possède toutes les terres du coin. L'utilisation massive de pesticides et d'engrais chimiques depuis tant d'années a tellement appauvri le sol, que vraisemblablement il ne s'y trouve plus de vers ni d'insectes en quantité suffisante pour que les oiseaux puissent s'y nourrir, ce que confirme d'ailleurs ce récent et terrifiant article du journal "Le Monde". Il est possible que le phénomène s'amplifie de façon alarmante, et qu'une fois encore on en prenne conscience que très tardivement. Toutes ces entreprises comme Bayer et Monsanto, mènent des politiques écologiques dévastatrices. Il serait temps que les crimes contre la nature soient considérés comme des crimes contre l'Humanité, et que les responsables en soient punis avec sévérité. (Linked with The weekend in black and white)

mercredi 21 mars 2018

Benoît Vergne


Voilà,
Je me souviens de Benoît, dont j’avais fait, en 1990, la connaissance à Gray en Haute-Saône, lorsque nous répétions une pièce de Dürrenmatt, “Romulus le Grand” que nous irions plus tard jouer à Paris, puis à Alès. Dans le spectacle, nous formions tous les deux une paire de domestiques, et bien que l’ambiance de le la troupe ne fut pas très bonne, le tour grotesque que prenaient parfois les choses nous faisait souvent rire. Il arrivait cependant qu’il maugréât quelquefois contre l’incompétence du metteur en scène et de sa femme qui faisait office d’assistante. Il se mettait alors dans des états que je comprenais mais qui selon moi ne méritaient pas une telle dépense d’énergie. Il était jeune et sortait du conservatoire. Je lui disais que s’il ne prenait pas un peu plus de distance il se ferait beaucoup de mal dans ce métier. Je me moquais de lui parfois, parce qu’il passait beaucoup de temps à téléphoner, et je lui disais en le taquinant que cela faisait vraiment "très acteur." pendant ce temps-là, dès que j'avais un peu de temps libre je faisais des photos et des dessins. Je me rappelle aussi ces soirées passées au bar du théâtre à repasser dans le vieux jukebox “J’ai des doutes” de Sara Mandiano. Nous reprenions alors en chœur le refrain pour manifester notre point de vue sur la mise en scène. Finalement, comme cela arrive souvent tout se passa plutôt moins mal que nous l’imaginions. Le spectacle eut même un petit succès d’estime. A la dernière au festival d’Alès, Benoît avait en loge, à mon insu, préparé du champagne que nous bûmes sur scène pendant la représentation dans des coupes en étain.


 Puis comme cela arrive fréquemment, nous nous vîmes souvent les mois qui suivirent le spectacle, et puis par la suite de moins en moins, nous téléphonant seulement de temps à autre pour prendre des nouvelles. Une fois, à ma grande surprise, car nous nous étions perdus de vue, alors qu’il répétait à Béthune un spectacle qui devait être présenté au festival d’Avignon, il m’appela, pour évoquer avec nostalgie le bon temps de nos répétitions et le plaisir qu’il avait eu à travailler avec moi. Je ne m’étonnais qu’à moitié de tels épanchements que je mettais plus  sur le compte de son tempérament de diva qu’il aimait à cultiver que sur un réel élan d’affection. Il me demanda si je pensais descendre à Avignon pour le voir, je lui répondis que je ne savais pas que de toute façon je le verrais à la fin de la saison prochaine, puisque je savais son spectacle programmé dans un théâtre national. Ce fut en fait la dernière conversations que j’eus avec lui. Séropositif depuis des années sans que personne de son entourage ne le sût, sa maladie se déclara précisément durant le festival. Il mourut sept mois plus tard. Un ami commun m’apprit sa disparition début janvier, quelques jours après que j'eus envoyé  à Benoît mes vœux de nouvel an.
Je crois qu'il repose à Tulle, la ville où il est né.

vendredi 23 Mars Sidaction

lundi 19 mars 2018

Les vieux Fantômes (des histoires de prénoms)


Voilà,
Elle dit que leur père leur a donné, à elle et son frère, le prénom de chacun des grands-parents qui sont ceux du malheur, ceux du crime passionnel.
Il se souvient alors que sa mère lui avait demandé de choisir lui-même le nom de ses frères. Le cadet avait hérité du prénom anglicisé d'une vedette de variétés qu'il avait aimée dans son enfance. Au benjamin il avait attribué  celui d'un camarade d'école. Mais la mère en avait été effrayée car c'était un enfant turbulent et elle avait craint que cela ne contaminât son petit dernier. Elle avait en conséquence décidé d'y adjoindre le nom du père en un prénom composé. Il se rappelait aussi que la mère avait souvent évoqué le prénom (lui aussi composé) de son premier fiancé avec qui elle avait rompu, parce qu'il voulait la déflorer avant le mariage quand même il pouvait bien attendre non. Le fameux Pierre-Dominique ("Ah si j'avais épousé Pierre-Dominique je n'en serais pas là"). Mais revenons au benjamin qui a le nom du père. C'est précisément celui-là qui, des trois enfants, lui ressemble le plus. À la mort du père, qui coïncidait avec le moment où sa copine l'a quitté, le benjamin a racheté la maison familiale où il vit désormais avec la mère. Celle-ci, l'appelle désormais de plus en plus souvent par le seul nom du père. Celui que l'ainé lui avait attribué disparaît peu à peu, tout comme l'aîné d'ailleurs, qui est parti loin et donne de moins en moins de nouvelles.
Il y a aussi l'histoire de Jean-Caryl qui m'a été rapportée. Les parents de Jean-Caryl avaient une sensibilité de gauche. Pour témoigner de leur solidarité avec ce prisonnier américain, Caryl Chessman condamné à la peine de mort, en dépit de l'incertitude relative à sa culpabilité, et qui, avant d'être exécuté dut attendre 12 années au cours desquelles il écrivit plusieurs livres, il lui donnèrent ce deuxième prénom d'origine américaine. Il existe d'ailleurs une chanson française de Jean Arnulf concernant ce cas. Il est vraisemblable que Jean-Caryl a du avoir un peu de mal à porter le nom d'un repris de justice condamné à mort. Est-ce pour cela que plus tard il s'est engagé dans la police ?
Tout ça bien sûr me fait penser à l'histoire du petit Peau-Rouge qui demande à son père comment on choisit les prénoms des enfants. Mais vous devez sûrement la connaître. La première fois où je l'ai entendue, c'est racontée par Jane Fonda dans le film "le syndrome chinois". 

samedi 17 mars 2018

La Tranche


Voilà,
c'est la viande, la tranche de viande, je ne parviens pas à détourner mon regard, elle est là en train de cuire, dans la poêle la tranche, une belle entrecôte bien rouge et moi penché au-dessus, me demandant comment je peux l'assaisonner, j'ai ce mélange oui subtil mélange d'ailleurs, Sechouan Estragon Baies roses Niora Sumac Herbes de Provence Piment doux Moutarde jaune Boutons de rose Saté, mais non impossible de m'extraire de la vision de cette tranche, des visages des paysages émergent de la viande, de sa matière exsudant son jus sanglant je vois palais crânes os cavernes dents spectres succubes vers blancs, elle me suggère la tranche dans son grésillement, l'enfer de ma viande de ma propre viande, sa lente et irrémédiable décomposition mais aussi les chairs putréfiées des felouzes exposés au bord des routes dont on avait coupé les oreilles, souvenir remontant des abîmes, dents cassées tripes à l'air œil crevé, des bougnoules qu'il disait c'est eux ou nous sinon il te font le sourire kabyle ces raclures, ils habitent mon corps tous ces morts, mes yeux mes boyaux mon cerveau, c'est sûr je vais me mettre aux légumes rien qu'aux légumes aux graines et au céréales riz boulgour quinoa, dehors j'ai vu tout à l'heure le forsythia en fleurs