mercredi 16 septembre 2026

Liste des découvertes hasardeuses (5)



Voilà
j'ai découvert il y a peu la notion de "Sentiment océanique" définie par l'écrivain Romain Rolland et inspiré par sa lecture de Spinoza. Elle se rapporte à l'impression ou à la volonté de se ressentir en unité avec l'univers (ou avec ce qui est "plus grand que soi"). Ce sentiment peut être lié à la sensation d'éternité. Il s'agit même d'une sorte d'expérience-limite ou de révélation intime et fulgurante, où celui qui en est l'objet se sent comme élément d'une mosaïque insondable. J'ai ressenti cela il y a fort longtemps sous l'effet de psychotropes.
 
J’ai découvert il y a peu que la ville de Cheyenne constituait la plus grande gare de triage et le plus vaste nœud ferroviaire des États-Unis

J’ai découvert il y a peu que les émissions de gaz à effet de serre de Google et Amazon n’avaient considérablement augmenté cette année au lieu de diminuer les conduisant à ne pas tenir leurs engagements en matière de lutte pour le climat. Pour Google elles ont augmenté de 82% depuis 2019 et de 18% rien que sur l’année écoulée. Quant à Amazon c’est 58% sur la même période et de 16% en un an, alors que le groupe avait promis (mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient) d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.  Tout cela en raison d’investissements dans l’intelligence artificielle. Pour chaque dollar gagné. Leur pollution augmente d’avantage que leurs ventes.

J’ai découvert il y a peu que, sur 4500 espèces de mammifères, les homos sapiens sont la seule où les mâles sont aussi violents avec les femelles
 
J'ai découvert il y a peu que dans les années 1970, plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs furent immergés par plusieurs pays européens dans l’Atlantique Nord-Est à des profondeurs atteignant plus de 4 700 mètres. La localisation exacte de ces barils, et surtout leurs impacts possibles sur l’environnement des grands fonds restaient à ce jour largement inconnus depuis des études des années 1980.  Observés par le sous-marin Nautile, on a constaté que  plusieurs dizaines de ces fûts, sont dans un degré avancé d'usure et que de nombreux containers sont particulièrement corrodés. Le contenu de certains d’entre eux se répand sur le fond marin environnant. Différents organismes, notamment des anémones, des éponges et des crabes se trouvent à proximité et parfois même les colonisent.
 
J'ai découvert il y a peu que, suite à la célèbre exposition de Nicky de Saint Phalle en 1966 à Stokholm, intitulée "Elle - une cathédrale" où le public pouvait pénétrer dans une statue géante de femme, le taux de natalité avait particulièrement augmenté dans la capitale suédoise.
 
j'ai découvert il y a peu un vieux morceau de Franco Battiato, un chanteur italien à la mode à la fin des années 70 et dans les années 80, qui dure près de 18 mn et qui ressemble par moment à certaines pièces de Morton Feldman et aussi un peu à du Steve Reich. Cela s'appelle Sud afternoon
 
J'ai découvert il y a peu que Jimmy Page jouait de la guitare sur "Downtown" de Petula Clark

j'ai découvert il y a peu cette anecdote : un jour Glenn Gould ayant rencontré Errol Garner, lui fait part de son admiration "votre musique me rappelle un peu Debussy" ce à quoi le jazzman répond "c'est qui ce type ?" 
 
J'ai découvert il y a peu, grâce à l'émission "Retour de plage" un morceau de Paul Mc Cartney "Distraction" dont les arrangements sont de Clare Fisher et c'est vraiment beau 

J'ai découvert il y a peu que, avec le confinement de 1500 bateaux pendant plusieurs mois dans le détroit d’Ormuz, le danger d’une "super-propagation" d’espèces invasives se profile. Les eaux chaudes du corridor maritime et ses fonds sablonneux favorisent l'apparition d'organismes marins sur les coques et les hélices, compliquant leur entretien. Ce serait aussi potentiellement une catastrophe écologique à retardement, car ces espèces pourraient ensuite proliférer dans les eaux du reste du monde et particulièrement dans les ports où ces navires mouilleront. La prolifération du crabe bleu en Méditerranée est de nature à nous inciter à prendre la menace (très) au sérieux.
 
J'ai découvert il y a peu que lors de la sécheresse extrême causée par El Niño en 2023-2024, la forêt amazonienne a doublé ses émissions de sesquiterpènes et introduit de nouveaux alcools sesquiterpéniques dans l'atmosphère. Ce phénomène représente une réponse métabolique unique au stress oxydatif, mesurée pour la première fois sur le terrain.
 
J'ai découvert il y a peu la Symphonie N°3 de Gorecki, dite "Symphonie des chants plaintifs" et c'est beau
 
J’ai découvert il y à peu qu'à 45 km de Kyiv, des chercheurs testent la capacité du miscanthus géant à régénérer les sols dégradés et pollués par la guerre. Cette plante pourrait séquestrer du carbone et capturer les métaux lourds, un défi majeur pour le grenier à blé de l’Europe.

J’ai découvert il y a peu que le modèle qui a servi pour représenter la ville de Strasbourg sur la place de la Concorde n’est autre que Juliette Drouet qui était la maîtresse du sculpteur — un certain Pradier — qu’elle quitta avant de devenir par la suite l’amante de Victor Hugo
 
J’ai découvert il y a peu l’œuvre musicale insolite de Percy Granger, ainsi que sa biographie qui ne l’est pas moins

J’ai découvert il y à peu qu’il n’y avait officiellement plus de rhinocéros blanc sur terre
 
J'ai découvert il y a peu une étude de l'Institut national de santé américain selon laquelle les Américains des États-unis sont beaucoup plus gras que les cochons.  Ils ont 28 % de graisse corporelle, l'Américaine moyenne est à 40 %. En contraste saisissant, les cochons sont à 16 % de graisse corporelle. J'ai repensé à cette phrase de Pierre Dac "le gras double c'est du gras simple multiplié par six et divisé par trois.
 
j'ai découvert il y a peu la parabole du moine bouddhiste qui me plaît beaucoup. Dans un village lointain un couple donne naissance à un enfant "puisse-t-il vivre longtemps et heureux s'exclame les parents. Le moine bouddhiste dit "on verra". Une dizaine d'années plus tard l'enfant  a un accident et sa jambe est cassée "jamais plus il ne marchera normalement, il boitera toute sa vie disent les parent désormais  sa vie sera terrible. Le moine bouddhiste dit "on verra". Quelques années plus tard une guerre est déclarée l'armée réquisitionne les enfants en âge de combatte. Mais par chance grâce à son infirmité l'enfant n'est pas mobilisé. Les parents disent " c'est bien il pourra avoir une longue vie. Le moine bouddhiste dit "on verra".  Un soir le père de l'enfant rentre ivre mort  à la maison et là sur un accès de folie il tue sa femme et égorge son enfant. Lorsqu'il apprend cela le moine bouddhiste s'exclame "c'est horrible c'est vraiment affreux" et il ajoute "je ne sais vraiment pas quoi dire". Cela prouve que même la pensée bouddhiste a ses limites. 
 
j'ai découvert il y a peu que Bob Woodward, l'un des deux journalistes investigateurs du Washington Post ayant couvert l'affaire du Watergate était devenu une crapule Trumpiste. 

j'ai découvert il y a peu, dans une librairie qui vend des livres d'occasion, un volume des œuvres complètes de Jean Reverzy et j'ai fait une bonne affaire car il est désormais quasi introuvable
 
J'ai découvert il y a peu les berges de la Seine à Conflans Sainte-Honorine, un endroit près de Paris où je ne m'étais pas encore rendu et ce fut  l’occasion d’une plaisante excursion.

Qui dira encore que le curiosité est un vilain défaut.

mardi 15 septembre 2026

Your Life



Voilà,
muré dans le tourment de l’avenir on rêve d’un futur purgé de ses déchets. On voudrait respirer un air plus stimulant mais on n'en continue pas moins de macérer dans le dégoût de son espèce et l'aversion de son semblable. Difficile ainsi de s’accorder à ce monde si souvent séduit par la force et le mensonge et où tant de paroles semblent trempées autant à l’encre de la bêtise qu'à celle de la médisance. Pourtant c'est l'âme sereine qu'on voudrait se sentir, pareil à l'homme désormais sédentaire qui après une vie de voyages avance vers son achèvement avec la paisible certitude d'avoir donné un sens à son existence. première publication 4/9/2013 à 00:20

dimanche 13 septembre 2026

Burroughs sur un mur

 

Voilà,
un jour non loin de la rue Gît-le-Cœur, où se trouvait un hôtel fréquenté par les poètes beatniks lorsqu'ils venaient à Paris — il existe toujours mais c'est devenu un hôtel de luxe —, j'ai aperçu un pochoir représentant l'écrivain américain William Burroughs qu'aimait beaucoup l'ami Pierre dans notre jeunesse. J'ai retrouvé cette photo dans mes archives. C'est une amusante coïncidence car il y a quelques semaines j'ai visité l'exposition du Musée d'art moderne consacrée à Brion Gysin. Son nom est souvent associé à celui de William S. Burroughs. Gysin aurait inventé la technique du cut-up, où un texte original se trouve découpé en fragments aléatoires qui sont réarrangés pour produire un texte nouveau. L'écrivain américain qui voyait là l'aboutissement du langage comme virus et de l'écriture comme un lâcher prise de la conscience l'a expérimenté  dans les ouvrages "The soft machine" "The ticket that exploded" et "Nova express" tous trois écrits au début des années soixante. Livres qu'on aurait sûrement pu trouver dans l'incroyable librairie "Regard moderne", longtemps tenue par Jacques Noël. Par chance elle existe toujours mais est beaucoup plus clean.
Burroughs petit-fils de William Seward Burroughs, inventeur de la première machine comptable et fondateur de la "Burroughs Adding Machine Company", n'est pas simplement connu pour son œuvre complexe et aride, mais aussi pour un fait divers sordide. Le , en voyage à Mexico, Burroughs, ivre, tue sa femme d'une balle en pleine tête en essayant de reproduire la performance de Guillaume Tell. Arrêté Burroughs est inculpé pour homicide involontaire et passe un court séjour en prison avant d'être relâché. 
Eût-il été noir ou pauvre on peut bien évidemment supposer que la sentence aurait été d'une toute autre nature — mais ça, c’est une autre histoire. 
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samedi 12 septembre 2026

Les peuples


 
Voilà,
le peuple en général, d’où qu’il soit, adore se faire duper. Il adore qu’on lui raconte des histoires, un peu comme les enfants qui réclament une berceuse : ça endort ça rassure ça évite d’entendre les bruits du dehors. 
Le peuple tend la joue aux menteurs, s’éprend des amants volages : le peuple pressent obscurément qu'il va être trompé, mais il aime trop les mots doux. Il aime qu'on lui assure que "tout est possible", surtout ce qui ne se fera pas.  Il aime qu'on lui offre de l'espoir. L'espoir, en politique, est comme un crédit à taux variable : vous signez aujourd’hui, les intérêts vous ruinent demain. 
le peuple aime les hommes providentiels. On le sait depuis Étienne de La Boétie  et son "Discours de la servitude volontaire" (1576) écrit alors que son auteur avait 17 ans — ce qui prouve, contrairement à ce que proclamait Rimbaud, que l'on peut être très sérieux à 17 ans — que c’est bien le peuple qui délaisse la liberté, et non pas le tyran qui la lui prend. Et c'est bien ce qui se passe dans la plupart de nos démocraties qui élisent leurs dictateurs.
Surtout ne pas penser. Préférer le mensonge bien emballé. Pourvu que l’illusion soit désirable, polie, optimiste, et qu’elle vous tienne chaud la nuit. C’est tellement plus agréable qu’on vous peigne l’horizon en bleu même quand le ciel est noir.  Et cela demande tellement moins d’effort que de vérifier un fait ennuyeux. Parce qu'on on préfère la jolie visiteuse parfumée — même si elle vole l’argenterie — à la vérité,  qui entre sans frapper, mouillée de pluie, et laisse des traces de boue dans le salon. 
Fascinante tout de même, cette obstination des peuples à croire, à vouloir croire.
Les politiciens ont cet art, d’emballer l’espoir dans du papier doré. Seulement c'est du vieux papier. À leur image, juste bon pour les ordures, et déjà trop pourri pour le recyclage. Ils vous promettent la lune et vous livrent une pauvre lampe de poche. Ils parlent de "lendemains qui chantent" avec la conviction de quelqu’un qui sait déjà qu’il se sera barré au premier refrain.   
Chaque campagne est un festival d’illusions neuves sur des réalités usées. On repeint l’avenir à grands coups de mots comme "renouveau", "changement", "solidarité". Foutaises... la peinture sèche au soir de l’élection. 
Et puis on lui offre aussi  des boucs-émissaires au peuple. Et ça il aime, il aime vraiment, il en raffole. Il pourrait supporter presque n’importe quelle catastrophe, pourvu qu’on lui fournisse un coupable. Une économie qui s’effondre ? Une guerre qui tourne mal ? Des saboteurs, des traîtres agents de l'Étranger. Une institution qui dysfonctionne ? Des ennemis de l’intérieur. Une société qui ne sait plus très bien où elle va ? Parfait : il suffit de lui montrer quelqu’un à accuser,  et tout le monde retrouve immédiatement le sens de l’orientation. 
Le peuple ne demande pas grand-chose. Il ne réclame pas nécessairement la vérité. La vérité est compliquée, contradictoire, pleine de nuances, et surtout elle oblige parfois à se regarder dans le miroir. Le bouc émissaire, lui, est infiniment plus commode. Il possède l'immense avantage d'être responsable de choses qu'il n'a pas faites, d'événements qu'il ne contrôle pas et, avec un peu d'imagination collective, de phénomènes dont il ignorait même l'existence.
C'est ainsi que prospère le plus vieux commerce du monde politique : vendre une explication simple à des gens que la complexité rebute. Le procédé est admirable de simplicité. On commence par désigner un groupe. On lui attribue quelques malheurs réels, quelques malheurs imaginaires et, pour faire bonne mesure, deux ou trois catastrophes dont personne ne comprend vraiment la cause. Puis on répète. Encore. Et encore. À la fin, l'accusation n'a même plus besoin d'être démontrée : elle est devenue familière. Or l'être humain confond volontiers ce qu'il entend souvent avec ce qui est réel. C'est une faiblesse très en vogue  dans les démocraties occidentales de ce début de siècle.
On lui raconte : "Vous êtes victimes, mais vous savez qui est responsable." Il applaudit. On lui dit : "Vos problèmes sont complexes, mais nous avons trouvé les coupables." Il respire. On lui promet : "Débarrassez vous en et tout ira mieux." Il retrouve immédiatement cette confiance touchante des foules qui viennent de découvrir qu'une équation à vingt inconnues peut se résoudre en brûlant la feuille sur laquelle elle est inscrite. 
Et puis le bouc émissaire a aussi cette exceptionnelle qualité de permettre à chacun de se croire innocent.   
Si tout va mal à cause des étrangers, inutile de se demander ce que les institutions ont raté. Si c'est la faute des riches, inutile d'examiner les contradictions de la société. Si ce sont les pauvres, les intellectuels, les financiers, les fonctionnaires, les journalistes, les complotistes, les technocrates ou les "élites", Super ! Le problème est enfin identifié. Et surtout, il est situé ailleurs. Car le bouc émissaire n'est pas seulement celui que l'on accuse. C'est celui qui nous dispense de nous accuser nous-mêmes. 
Il est le miroir que l'on casse pour ne pas voir son reflet.

Et les peuples ont parfois une remarquable imagination lorsqu'il s'agit de fabriquer ce miroir. Ils peuvent transformer une minorité en menace existentielle, un individu en incarnation du mal, un adversaire politique en traître à la nation, une erreur collective en complot organisé. Plus l'explication est extravagante, plus elle peut devenir séduisante : elle donne au désordre une intention, à l'échec un responsable et à la colère une direction.

Prétenxdre qu'une crise résulte de milliers de décisions, d'intérêts contradictoires, d'erreurs accumulées, de circonstances imprévisibles et de mécanismes économiques complexes ? Quelle mauvais goût ! Beaucoup plus élégant de découvrir qu'un petit groupe tire secrètement toutes les ficelles. La tentation complotiste permet de transformer l'absurde en scénario.

Et le public adore les scénarios.

Il faut alors des méchants. Des vrais. Avec des visages, des noms, des signes distinctifs. Il faut pouvoir les reconnaître dans la rue, les montrer du doigt, les dénoncer dans un discours. Umne catastrophe avec coupable devient un divertissement. Ainsi se forme peu à peu une nouvelle "doxa" qui gagne majoritairement le peuple. Il s'indigne, partage, répète, amplifie. Il ne sait pas forcément qui a commencé la rumeur, mais sait déjà qui doit être puni. il ne possède pas les preuves, mais déjà une intime conviction le travaille. Et la conviction, lorsqu'elle devient collective, a cette étrange propriété de se prendre pour une preuve. Des millions de personnes se persuadent mutuellement qu'elles ont découvert la vérité parce qu'elles sont très nombreuses à croire la même chose.

Le nombre remplace l'argument.

L'indignation supplée l'enquête.

La répétition vaut pour preuve.

Et le bouc émissaire, au milieu de tout cela, constate, avec un effroi mêlé d'incrédulité, la puissance que ses accusateurs viennent de lui attribuer. Sidéré il ne réalise pas qu'en l'offrant à la vindicte publique ceux là peuvent ainsi conserver intacte l'estime qu'ils ont d'eux-mêmes. 
Le peuple a besoin de héros, de traîtres et de monstres. Il supporte difficilement l'idée beaucoup moins romanesque que ses malheurs puissent être, pour une part, le résultat banal de ses propres choix. 
Le peuple ne manque jamais d'imagination pour trouver des boucs-émissaires. Il manque seulement, de temps à autre, de mémoire. À l'échelle de l'histoire on sait désormais que quatre-vingts années suffisent pour que s'oublie totalement une abomination historique. L'élection avec 40% des voix d'un parti néo-nazi dans un Land de l'Allemagne semble en être la preuve.
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jeudi 10 septembre 2026

Akihi


Voilà,
Il existe à Hawaï un mot  – Akihi – pour signifier le fait de "marcher sans savoir où l'on va." Profitant du beau soleil qui réchauffait Paris, c'est ce que j'ai fait aujourd'hui. Est arrivé un moment où je me suis retrouvé square Jean XXIII entre la Seine et Notre-Dame. Des quelques photos que j'ai prises au cours de ma pérégrination c'est celle-ci qui à présent me charme le plus. Ce qu'on y voit me semble encore plus bizarre et incongru qu'à l'instant où ça m'est apparu. première publication 8/10/2018 à 23:54)

mardi 8 septembre 2026

Transport



Voilà
"Cherche à voir en toute chose quelque chose que personne n'a encore vu et auquel nul n'a jamais songé". Cet aphorisme de Lichtenberg convient à cette photo fabriquée dans un autobus, où le regard cherchait autant à fuir l'ennui qu'à donner un sens à ce déplacement. Contempler d'un œil neuf ce qui, si souvent et depuis si longtemps n'a été qu'aperçu, s'émerveiller de sa trivialité et dans le change des formes y trouver un autre mode de transport.
(première publication 14/1/2012 à 1:43)

samedi 5 septembre 2026

Impression nuit tombante


Avenue de France, Paris 13
Voilà,
je ne parviens pas à me souvenir de la raison pour laquelle vers l'âge de quatorze quinze ans je me suis pris de passion pour les impressionnistes. Ça reste un mystère. Rien dans mon environnement familial ne pouvait me guider vers eux. J'ai grandi dans des casernes. Les militaires tiennent les artistes pour des parasites inutiles. Ils ont tendance à penser qu'un peu de plomb dans la tête ne leur ferait pas de mal. Mon géniteur adorait citer cette formule : "Quand j'entends le mot culture je sors mon révolver" qu'il faisait suivre d'un rire sonore exprimant la satisfaction d'énoncer sa propre bêtise. Je n'ai appris que bien plus tard d'où sortait cette maxime. Je crois que c'est le mot, juste le mot qui m'a entraîné vers cette peinture.  Ai-je lu quelque chose dans un journal ? Suis-je allé voir seul une exposition ? Ai-je découvert ces peintres à la galerie du Jeu de Paume où ils étaient alors rassemblés avant l'ouverture du Musée d'Orsay ? Je sais que j'ai acheté quelques numéros de cette revue intitulée "Connaissance des arts" dont le format fort malcommode pour le rangement offrait cependant de larges reproductions. J'aimais par dessus tout Sisley Monet et Pissarro. Oui peut être cela n'a-t-il tenu qu'à un mot. Ne manifestant aucune disposition pour la logique, je me méfiais de la pensée raisonnante. Je le regrette encore aujourd'hui. Je n'ai que des intuitions. Il fallait que je me construise contre ce qui me faisait défaut. Je n'avais à l'époque aucune aptitude pour le dessin, aucun pratique de la photo ni d'aucun art. Ce domaine me semblait interdit. Mais j'aimais cette façon qu'ils avaient de rendre compte de ce qu'ils voyaient, de restituer leur perception. Et puis leurs images témoignaient d'un monde qui renvoyait a ce dix-neuvième siècle de Rimbaud de Verlaine dans lequel mes rêveries m'exilaient parfois. J'avais tant de mal a me sentir de ce monde d'où sans doute je voulais m'absenter. Évidemment j'étais alors trop naïf et ignare pour réaliser qu'il y avait beaucoup de travail pour parvenir à cette technique. Je pense encore à eux parfois, à ce désir qu'ils ont eu de transformer le réel, de l'interpréter d'une façon radicale à l'époque où apparaissent précisément les premières plaques d'impressions photographiques. Et parfois dans certaines images, il m'arrive de leur adresser un salut discret. (première publication 12/11/2013)

jeudi 3 septembre 2026

Avant de repartir



Voilà,
bye-bye l'été, bye-bye la glandouille, les grasses matinées, les siestes. J'ai essayé d'oublier le cours ordinaire des choses, j'y suis parfois parvenu, mais c'est tout de même difficile quand le monde alentour est si confus, incertain, tellement lourd de menaces. L'été on fait l'autruche, mais, c'est souvent l'été que les grands bouleversements se profilent. Maintes fois à la fin de l'été, je me demande, "Y aura-t-il un autre été ?" — je veux dire un été où la dose d'inquiétude est supportable. J'ai beaucoup rêvé autrefois, lorsque j'étais en classe, et j'ai naïvement cru aux illustrations qui me laissaient imaginer un monde stable et pérenne qui sans doute correspondait à mon désir de paix et de stabilité. Ce n'est peut-être pas la tonalité de cette image, mais elle me plaît bien avec son palmier kitsch, son vieux-beau tenant sa canette, l'entrepôt au fond, ces courbes et ces rondeurs en premier plan, le ballon des vacances, et les traînées persistantes des avions dans le ciel. Un peu caustique peut-être, mais bon, il faut s'armer pour la rentrée. De toute façon, ces gens parlaient très fort et disaient beaucoup de conneries. Quoi qu'il en soit, ce fut la dernière image des vacances. première publication 26/8/2014 à 11:03 

mardi 1 septembre 2026

L’Été 2026


 
Voilà,
La rentrée officielle commence. Et même s’il reste trois semaines avant l’automne, et que l’été n'est pas fini, c'est toutefois la fin de la trêve estivale. Les programmes des radios, des chaînes de télévision retrouvent leurs animateurs vedettes et leurs créneaux horaires réguliers ; les écoliers, collégiens et lycéens s'apprêtent à regagner le chemin des classes. La saison théâtrale va recommencer, le cours habituel des choses reprend. Le train-train de la vie quotidienne quoi. C'est à dire que l'on s'efforce de faire comme si le monde n'allait pas de mal en pis. On continue de se voiler la face. Sept des neuf limites planétaires ont été franchies, — soit trois de plus qu' il y a quatre ans sur notre pauvre planète — ; on doit se dire en hauts lieux que ce n'est pas si terrible puisqu'il en reste encore deux

Cet été aura commencé en France par une vague de chaleur d’une précocité sans précédent qui m’aura fait comprendre que je suis devenu un vieux corps bien fragile en de telles circonstances 

cet été les commémorations du 250eme anniversaire de l’indépendance des États-Unis auront surtout mis en valeur s’il en est besoin, le grotesque du Président de cette nation en plein effondrement

cet été je n’aurai pas joué à Avignon et ne m'en serai pas porté plus mal

Cet été fin juin, près de 6500 personnes auront trouvé la mort dans un tremblement de terre au Vénézuéla et cela n’aura fait les grands titres que quelques jours 

Cet été j’aurais, grâce à la coupe du monde de football, découvert le drapeau des Îles du Cap-Vert
 
Cet été j'aurais — entre autres— lu "Tous Immortels " l'excellent livre de Paul Pavlowitch, le neveu de Romain Gary, qui dut endosser l'identité de Emile Ajar, l'écrivain imaginaire que Gary s'inventa pour écrire tout autrement sans être exposé à la vindicte des critiques qui ne l'aimaient pas. Le livre retrace la complexité de leur rapport et décrit Romain Gary sous l'angle familial. C'est très intéressant et émouvant. J'aurais aussi lu un recueil de poèmes de Raoul Ruiz, un livre de Pascal Quignard "il n'y a pas de place pour la mort" une monographie très conséquente du peintre Erro, relu "le mal qui vient" de Pierre Henri Castel
 
Cet été durant la première semaine d'Août, trois anciennes partenaires de jeu seront passées de vie à trépas et cela m'aura bien déprimé

Cet été, au parlement français, une loi contraire au droit européen visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions aura été adoptée. Un amendement gouvernemental instaurant une présomption de légalité des tirs ayant déjà été adopté en première lecture le 22 janvier 2026, cela revient à légitimer un régime policier en France et à soustraire la police à toute enquête. Cela en dit long sur le fascisme rampant dans ce pays.

Cet été La France aura été sèche et brûlée. Après avoir déjà dépassé 2003 avec la journée la plus chaude jamais observée en France, l’année 2026 aura dépassé désormais les sécheresses de 1976 et 2022. L’indice d’humidité des sols aura atteint son niveau le plus bas jamais mesuré pour un 9 juillet. Et la situation n’aura pas cessé de se dégrader. Vue du ciel, la France apparaît encore aujourd'hui littéralement brûlée : prairies desséchées, défoliation des forêts, cultures d’été en grande souffrance (maïs, soja, tournesol), et moissons d’hiver précoces contribuent à cette couleur. Comme si cela ne suffisait pas, le record national de la nuit la plus chaude jamais observée a été battu avec 30.6°C à Céret dans les Pyrénées Orientales au plus "frais" de la matinée.

Cet été les frappes nocturnes ordonnées par le dictateur russe Poutine visant les populations civiles de Kiev auront été chaque nuit plus intenses et meurtrières, et quotidiennement les ukrainiens auront répondu par de massives attaques de drones sur des objectifs stratégiques russes
 
Cet été l'agence américaine d'observation océanique et atmosphérique a constaté que le phénomène climatique El Niño devrait très probablement "se classer parmi les plus importants jamais enregistrés lors de son pic prévu entre octobre et décembre. On estime désormais à 81 % les probabilité que cet épisode d’El Niño soit très fort, ce qui en ferait l’un des plus intenses enregistrés depuis le début des mesures en 1950.
 
Cet été, Donald Trump aura sans ciller, offert une nouvelle fois au monde une leçon de géographie improvisée, aussi grotesque que révélatrice de son état mental. Lui qui tient entre ses mains le feu nucléaire aura évoqué une attaque de "111 missiles tirés par la République islamique du Japon". Dans la même conférence de presse, il se sera aussi adressé à Zelenski en l'appelant Poutine

Cet été l'Espagne aura connu son pire incendie depuis quarante ans 
 
Cet été aux États-Unis et en Espagne on aura enregistré le mois de juillet le plus chaud depuis que les relevés existent. De même que selon le site Copernicus, les océans auront franchi un nouveau record de chaleur
 
Cet été, en République démocratique du Congo, le virus Ebola se sera propagé à une vitesse alarmante. Trois mois auront suffit pour que le nombre de morts atteigne le bilan de l'épidémie de 2018 qui avait duré vingt-deux mois

Cet été la Chine aura pour la première fois fait revenir et atterrir un lanceur de fusée sur une plateforme en pleine mer afin de le réutiliser par la suite

Cet été une guerre piteusement conclue quelques semaines auparavant aura recommencé pour le contrôle du détroit d’Ormuz sans succès d'ailleurs
 
Cet été, la banque mondiale aura abandonné un objectif crucial pour le financement climatique suite à une pression intense des Etats-Unis. Les pays actionnaires européens, aux côtés de nombreux pays en développement, avaient plaidé pour le maintien de l'objectif et le sauvetage du plan d'action pour le climat, tandis que les États-Unis – qui détiennent un droit de veto actif est le plus grand vote de contrôle à la banque mondiale – ont insisté pour qu'il disparaisse
 
Cet été, Le lac Powell, deuxième plus grand réservoir des États-Unis situé en Arizona et dans l’Utah, approche des niveaux d’eau critiques, comme le montrent les dernières données.Sa gestion peut devenir « très compliquée » dès que le niveau descend en dessous de 3 500 pieds et que le volume d’eau utile passe sous la barre des 4,3 millions d’acre-pieds, selon Jack Schmidt, directeur du Centre d’études sur le fleuve Colorado à l’université d’État de l’Utah. À ce stade, le Bureau of Reclamation serait "gravement préoccupé", a-t-il ajouté. Le réservoir pourrait atteindre un "niveau de mort" lorsque son niveau d’eau descendra à 3 370 pieds ; à ce stade, l’eau ne pourra plus s’écouler par gravité au-delà du barrage de Glen Canyon. Dans un "dead pool", environ 240 pieds d’eau seraient piégés au fond du canyon, incapables d’alimenter les millions de personnes qui en dépendent en Arizona, en Californie et au Nevada, a rapporté le Lake Powell Chronicle.

Cet été au Japon on a introduit une nouvelle terminologie pour qualifier les canicules exceptionnelles. On parle désormais de températures "cruellement chaudes". Une expression qui aurait semblé exagérée il y a encore quelques années, mais qui correspond de plus en plus à la réalité vécue par les habitants. Ceux qui souffrent le plus sont, sans surprise, les personnes âgées aux revenus insuffisants pour acquérir la climatisation.
 
cet été, depuis la canicule européenne, on aura appris que le Chili faisait, durant son hiver, face à l'une des tempêtes les plus intenses de ces trois dernières décennies, et que de fortes pluies des inondations et des vents extrêmes avaient causé de graves dégâts aux habitations et aux infrastructures 
 
Cet été on aura autorisé à Paris la baignade au canal St Martin  dès le courant du mois de Juin

Cet été l'équipe d'Espagne de football aura gagné sa deuxième coupe du monde avec brio

Cet été, en France, François-Noël Buffet, figure liberticide de la droite réactionnaire, aura été nommé par Macron au poste de défenseur de droits et des libertés 
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Cet été, la loi écocide d'urgence agricole, portée par une ministre, pantin de la FNSEA, qui ment et se comporte d'une manière vulgaire et déplacée lors des débats de l'assemblée, loi servant juste à favoriser l'agro-industrie votée par l'assemblée nationale en pleine canicule alors que les fleuves et les rivières sont à sec, que les forêts brûlent et que des milliers d'animaux crèvent dans les fermes usines — une loi donc, conçue pour maintenir des modèles qui deviennent intenables et même les amplifier,  et qui favorise l'agro-industrie tout en étranglant les petites exploitations agricoles...

Cet été j'aurais pour la première fois prêté attention à la chanson "les amis d'autrefois" d'Anne Sylvestre, et je me serai aussi souvenu des étés de mon enfance et des vacances impatiemment attendues comme une promesse d'éternité

cet été en France une repris de justice a annoncé qu'elle se présenterait à la présidentielle, alors que son comportement "interroge sur sa capacité à exercer un mandat électif et à en respecter tous les devoirs, le premier étant celui du respect de la loi" selon les attendus du jugements.
 
cet été de considérables inondations seront survenues à Surat, ville indienne peuplée de cinq millions d'habitants, dite la capitale du diamant puisque 90% des diamants du monde y sont taillés 

cet été j'aurai passé beaucoup de temps — sans doute à cause du confinement lié à la canicule — à regarder les événements sportifs à la télévision, la coupe du monde de football, les championnat des nations de Rugby, un peu le tour de France, des championnats d'Europe d'Athlétisme, de natation, la tournée des All Blacks en Afrique du sud

Cet été le le jour du dépassement de la terre qui signifie que l'humanité a consommé à ce jour plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la terre n'est en capacité d'en produire ou d'en absorber au cours d'une année sera passé inaperçu à cause des canicules des incendies de la sécheresse et de l'étiage très bas des grands fleuves européens.

cet été sur France Musique, une série d'émissions aura été consacrée à Martha Argerich,  une autre sur la musique brésilienne et une autre sur France Culture à François d'Assise ce qui dans le contexte ambiant aura apporté un peu de baume au cœur. 
 
Cet été près de 600 000 hectares seront partis en fumée en Europe ce qui représente la taille moyenne d'un département en France et 160 millions dans le monde, ce qui représente trois fois la taille de l'Espagne; 

Cet été l’armée américaine aura cessé des manœuvres conjointes avec la Corée du Sud

cet été de nombreuses personnes du milieu du théâtre plus ou moins proches auront quitté ce monde, Elisabeth Mortensen, Doncheva, Stephane Ricordel, Dominique Frot, Bérengère Bonvoisin ou des personnalités importantes pour ma génération (Raoul Vaneigem auteur du "traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations")

Cet été des centaines de jeunes marocains bernés par une rumeur selon laquelle l’Espagne ouvrait ses frontières pour une journée seront morts au large des côtes de Ceuta une enclave espagnole en Afrique du Nord. Ils espéraient ainsi pouvoir rejoindre ensuite l'Europe
 
Cet été comme l'été dernier plusieurs réacteurs de la centrale de Gravelines au nord de la France auront été mis à l'arrêt en raison de présence de méduses bloquant les tambours filtrants des stations de pompage d’eau de mer servant au refroidissement.
 
 Cet été il y aura une éclipse solaire partielle à Paris

Cet été le ministre de la sécurité nationale israélien Ben G’vir aura dit qu’il fallait éliminer entre 30 ou 40 palestiniens chaque nuit à Gaza en précisant qu'il ne faut pas uniquement viser les personnes représentant un danger."
 
Cet été Poutine aura mené de plus en plus d’actions menaçantes en direction de l’Europe et proférées des menaces dont on dit qu’elles sont assez fondées 

Cet été l'administration des USA aura tenté d’imposer d’ignobles conditions commerciales au Canada, ainsi que la suppression de subventions du Canada à la culture française, à la présence de medias francophones en ligne et aura refusé de se soumettre à l'exigence du Canada d'étiquettes bilingues sur les produits vendus dans le pays, manifestant ainsi une volonté hégémonique à laquelle les canadiens refusent de se soumettre. Et c'est ainsi ue les Étas-Unis se seront fâchés avec leur meilleur allié

Cet été à la Ferme aux crocodiles, de Pierrelatte, dans la Drôme, dix bébés crocodiles du Nil auront éclôt sans aucune assistance humaine. Pour la première fois, leur incubation s’est intégralement passée dans des conditions naturelles en raison de la longue canicule sur la région qui a créé les conditions idéales permettant à cette espèce subtropicale de se reproduire naturellement dans un sable conservant la chaleur du jour.

Cet été une crue phénoménale probablement liée à l'effondrement d'un glacier au dessus d’un lac de montagne auront ravagé l’amont de la vallée de la rivière Trishuli à la frontière du Népal et du Tibet faisant au moins 903 morts et 4 247 disparus, de part et d’autre de la frontière, à l’heure où sont rédigées ces lignes. Avec le réchauffement climatique ces tsunami d’altitude seront de plus en plus fréquents 
 
Cet été, la planète n’aura, selon les scientifiques, probablement jamais connu de telles températures depuis cent vingt-cinq mille ans. Les conséquences humaines et environnementales se sont partout aggravées. Particulièrement en Août, la chaleur a atteint des niveaux jamais vus partout sur le globe, a rapporté, le service météorologique européen Copernicus. Cela aura été le mois le plus chaud jamais mesuré à l’échelle du globe et le pire été pour l’Europe occidentale.

Je repense à ce que j'avais écrit au début de cette année. Les faits semblent confirmer ce qui était plus que prévisible. Cet été aura juste été juste un peu plus inquiétant que le précédent
Pas de surprise donc — nos étés sont pourris depuis un moment —, mais une évidente sidération. Comme au jour de l'éclipse. Et puis une actualité chassant l'autre tout sera oublié. Et on continuera notre course vers l’abîme étonné à chaque fois des formes nouvelles plus ou moins attendues que cela prendra. 
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lundi 31 août 2026

L'Innocence

 
 
Voilà,
c'est étrange tout de même, un peu de vent, une pluie froide et le corps oublie les journées caniculaires où il fallait prendre une douche fraîche toutes les deux heures, où l'on vivait à moitié nu, volets clos jamais loin du ventilateur à la recherche d'un courant d'air. On oublie ces heures chaudes et pesantes quand il était impossible de faire quoi que ce fut tant la fatigue engourdissait, et que même la perspective de s'endormir devenait angoissante parce qu'on redoutait que le cœur fatigué cessât de battre durant le sommeil. 
Sans doute dans les semaines à venir le chaos climatique prendra-t-il d’autres formes comme ces violentes et brèves tornades qui ces derniers jours ont saccagé en quelques minutes des bourgs en divers endroits de France. On aura droit à quelques inondations à des glissements de terrains, on parlera d'épisode méditerranéen, les chaînes d’infos en continu en feront un temps leurs choux gras avec leurs experts patentés, leurs journalistes sur le terrain posant comme à l’accoutumée des questions stupides et puis on passera à autre chose. 
Elle risque d’être bien pénible, sous ces latitudes, l’année qui vient. Des conneries, il va s’en dire beaucoup, à l'approche des élections présidentielles en France. C'est dans huit mois, mais, déjà sur les réseaux sociaux, ça a bien commencé. Et c'est souvent très nauséabond. De tous bords c’est déjà un florilège. Il va falloir tenter d’être zen. C’est pas gagné. 
Une chose est certaine, il sera — et je ne suis pour cela guère équipé — encore plus difficile d’avancer optimiste et léger. D’ailleurs pour nous mettre dans de bonnes dispositions, sur France-culture la première semaine de l'émission intitulée "Avec philosophie", est consacrée à la fin du monde. Voilà pour l’ambiance. 
J’essaierai de songer plutôt à cette merveilleuse apparition, qui m’a récemment été offerte, dans le quartier indien de Paris, lors des fêtes de Ganesh. L’impassible et pure beauté de ce jeune visage qui semble touché par une grâce indéfinissable, son insondable mystère son innocence m’ont bouleversé. Puisse un temps son souvenir constituer un rempart contre la laideur du monde et les effrois dont notre époque est si prodigue.

vendredi 28 août 2026

Où je n'étais encore jamais venu





Vue sur la Salpêtrière depuis la terrasse de la Cité de la mode et du design

Voilà,
il y a eu ça aussi hier, cette longue flânerie et la découverte de nouveaux lieux, d'architectures récentes et de perspectives qui ne m'étaient encore jamais apparues dans le paysage parisien. Le hasard m'a conduit sur le toit-terrasse végétalisé de la cité de la mode et du design ouvert en avril 2012 et qui est un des endroits branchés de Paris, avec un bar lounge et un club ouvert toute la nuit. Il faisait soleil et j'ai vu ce couple allongé face au dôme de la chapelle de l'hôpital de la Salpêtrière. Sans doute ai-je alors pris cette photo en songeant à S. qui m'a récemment rapporté bien des anecdotes relatives à l'histoire de cet endroit où depuis le milieu du XVIIème siècles furent incarcérés les mendiants les folles les enfants épileptiques et les femmes que l'on considérait comme démentes juste parce qu'on voulait s'en débarrasser. A la fin du XIXème siècle Charcot y pratiquait des séances publiques d'hypnose sur des patientes hystériques. C'est aussi à la Salpêtrière que tous les ans à la mi-carême se donnait le fameux bal des folles qui attirait le Tout-Paris de la Belle-Époque. première publication 1/11/2013 à 1:28

mardi 25 août 2026

Jardins en pots


Voilà
ce jardin en pots photographié en juillet 2011 sur l'île de Ré (c'était à La Flotte, je crois) me rappelle celui d'une grand-tante qui vivait près de Niort et qui m'émerveillait enfant. Je ne sais si c'est de là que me vient cette attirance pour ces fouillis savamment organisés, mais ils m'émeuvent toujours autant. Je prête à ceux qui les ont arrangés une patience, une quiétude et une confiance dans le temps qui passe, que je n'ai pas et n'aurai sans doute jamais. Ce sont des endroits qui respirent la paix et rassurent. Moi qui, en dépit des années accumulées, éprouve encore le blues du dimanche soir, c'est l
à que j'aimerais bien être à l'heure où j'écris ces lignes. première publication 23/09/2012 à 19:26

vendredi 21 août 2026

La femme la dune le parasol



Voilà,
c'était au siècle dernier, un été à Leffrinckoucke. Bien qu'il y fit souvent soleil, je ne m'aventurai pas à me baigner tant la mer me semblait un peu trop fraîche à mon goût. J'étais venu accompagner une femme à qui des amis avaient prêté un appartement sur cette côte qu'on dit, je crois, d'Opale. Pour des raisons professionnelles, elle passait beaucoup de temps au téléphone (les portables n'existaient pourtant pas à l'époque) et moi pendant ce temps-là, je vaquais à l'extérieur, photographiant des blockhaus affaissés sur les dunes, des éoliennes qui ne rentraient pas dans le cadre, des cheminées de raffineries au loin ou bien des joggers sur les plages désertes, ou encore des poupées cassées dans des brocantes locales. C'est dans ces circonstances que j'ai aperçu cette jeune femme près de son parasol première publication 17/1/2016 à 20:04

mercredi 19 août 2026

Prosopagnosie (2)

 
 
Voilà,
il y a quelques jours, traversant le cimetière après être allé voir un film dans une salle climatisée, j'ai croisé une femme qui avait l'air de bien me connaître. Alors je l'ai embrassé sur les joues pour lui dire bonjour. Peut-être était-ce un peu trop ai-je pensé après coup. Pour ma part, son visage m’évoquait bien quelque chose, mais je n'étais pour autant pas en mesure de l’identifier. Bien sûr je ne l'avais jamais vue en tenue d'été avec une casquette et des lunettes de soleil, mais tout de même ! Heureusement elle était pressée car elle aussi allait se mettre à l’abri dans un cinéma, et nous n’avons échangé que quelques mots. J’espère que mon embarras devant une familiarité que je ne comprenais pas n’a pas été trop perceptible.
J’ai passé un certain temps à chercher d'où je la connaissais. Je me suis posé de nombreuses questions. Fait-elle partie du groupe des amis de Chris Marker, (mais si c'est celle à qui je pense elle habite fort loin d'ici) ? Est-ce quelqu'un du quartier ? Mais je connais fort peu de gens dans le quartier. Je suis toujours pris au dépourvu dans ces conditions. Bref je ne sais toujours pas de qui il s’agit.
Il m'est arrivé quelque chose de semblable à Avignon, voilà quelques semaines quand je n'ai pas reconnu la jeune femme qui s'occupait du bar au théâtre où je jouais l'année dernière, alors qu'elle était exactement à la même place. Son visage me disait bien quelque chose, mais je n'osais la saluer parce que je n'étais pas certain que ce fut elle. Du coup j'ai du passer pour un grossier personnage. 
Ce genre d’épisode m’arrive de plus en plus souvent et ne manque pas de me préoccuper. Comme si cela s’aggravait.
Mais bon pour les paysages et les monuments ça va. Celle-là je la reconnais et je la retrouve toujours avec plaisir. La tour Montparnasse.

jeudi 13 août 2026

Éclipse

Voilà,
pour désigner des journées d’une chaleur accablante le japonais dit "kokushobi". Hier, comme aujourd'hui, ce fut très "kokushobi". Mais il y avait l'éclipse partielle qui, en fin de journée a poussé les foules dehors. Puisque l'occasion ne se représentera plus de mon vivant, je suis donc allé au parc André Citroën faire quelques photos.


Il y avait une foule considérable et j'ai pris pas mal de clichés intéressants, mais qui, à l’exception de ces deux là ne seront jamais publiés tels quels, pour éviter des problèmes de droit à l'image. Peut-être traficoterais-je quelques photos comme je l'ai déjà fait, afin que les visages ne soient pas identifiables. En même temps, il me semble que les lunettes protectrices anonymisent les sujets mais je n'en suis pas certain. Je me souviens de photos extraordinaires envoyées par l'amie Sophie, lors d'un séjour à New-York à l'occasion d'un semblable événement avec des spectateurs la tête dissimulée dans des cartons. 
 
 

Quoi qu'il en soit, pour revenir à ce début de soirée, il y avait de la bonne humeur, de la joie, l'atmosphère était détendue "bon enfant" comme on disait autrefois. Certaines personnes étaient venues pique-niquer en attendant l'événement. Après tout, en ces temps de chaos climatique, politique, intellectuel, ces menus plaisirs sont bons à prendre. Moi qui, hier encore faisait un éloge nostalgique de la futilité, je ne vois pas pourquoi je trouverais à y redire. Pour une fois que les gens peuvent se rassembler en foule à Paris sans que la police ne leur envoie des flash-ball à tir tendu...

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