jeudi 5 février 2026

Psycho the rapist


Voilà,
pas une journée sans quelque éructation. Rien jamais n'épuise cette diarrhée verbale. Psycho the rapist donne son avis sur tout avec le vocabulaire d'un enfant de six ans. Il occupe le terrain à longueur de journée. Certains spéculent que ce sinistre clown a perdu la raison. L’a-t-il jamais eue ? Quoi qu’il en soit c’est le visage que l’amerikkka s’est aujourd’hui choisi et qui fait l’affaire des capitalistes libertariens. 
Menaces, vociférations, décisions tonitruantes, visées expansionnistes, dérapages plus ou moins maîtrisés, brutalité administrative : le chaos, mais en costume cravate. Avec toujours un brin de mégalomanie : projet d'un arc de triomphe, d'institution culturelle à son nom, d'un défilé militaire ridicule. Sinon quoi d’autre ? Ah oui, l'État fédéral transformé en games center. Pour recruter, l'administration dite "républicaine" a publié des clips inspirés de jeux vidéo. Les migrants comme des silhouettes à abattre. ICE en mode joystick. Elle terrorise sa population pour la dissuader d'aller voter dans dix mois. Milices privées, intimidations, assassinats ciblés, mépris du peuple. Toutes les fraudes et tous les coups sont permis. C’est à la fois grotesque et effrayant.
Quand il ne tweete pas, Donnie le taré parle parle... partout, à n’importe quelle heure, dans son bureau, à l'étranger, dans son avion. C'est toujours stupéfiant de connerie, de bassesse, de vulgarité. Il fait le show. Mais il suscite encore l’adhésion d’un grand nombre de ses compatriotes. Gênés devant le triste spectacle de ce concentré de bêtise qui se pavane avec arrogance et se perd parfois dans des logorrhées délirantes, les dirigeants "alliés" de lOTAN qui soudain découvrent qu'ils n'ont toujours été que des vassaux et qu'ils seront désormais traités sans ménagement, le regardent, l’écoutent, sidérés. Lapsus en série, messages privés publiés par erreur. Gouverne-t-il encore ?  Improvise-t-il ? Quoi qu'il en soit l'ordre ancien vacille, une certaine idée du monde s’effondre.
La Chine calcule. Poutine sourit. Pour se soustraire des scandales, à quelques mois des midterms, Donnie le taré qui prétend avoir réussi haut la main tous ses tests cognitifs, les plus beaux les plus merveilleux que les médecins ont jamais vus, s'en va-t-en guerre. Un coup au Vénézuela, un autre en Iran. Menaces par-ci, invectives par là. Propositions indécentes ailleurs.  
Pendant que l’Américain moyen compte ses centimes, que l’inflation grignote les salaires, que le plein d’essence devient un luxe, la Maison-Blanche, elle, regarde vers le Nord. Très au Nord. Le gangster orange ne lâche pas son idée d’acquérir le Groenland au prix d’un gros chèque. Un million de dollars pour chacun des 57 000 Groenlandais. Soit plus de 40 milliards de dollars au total. De quoi faire rêver. Surtout quand on vit dans l’Ohio ou le Michigan, où le niveau de vie baisse mais où personne ne recevra jamais un chèque à sept chiffres. 
L’idée dit-on serait à l’étude. Un référendum, un vote et un virement bancaire géant. Une méthode présentée comme une alternative élégante et pacifique à la force militaire. Moins de missiles, plus de dollars, il suffit de faire marcher la planche à billets croit-on encore. L'administration républicaine juge l’opération raisonnable. Après tout, 40 milliards, ce n’est presque rien. Comparé aux 600 milliards du budget du Ministère de la Guerre (puisque c'est ainsi qu'il a été rebaptisé). Une broutille stratégique. Pendant ce temps, les citoyens ordinaires regardent leurs factures et se serrent la ceinture. Ils pourraient se dire que, décidément, mieux vaut être Groenlandais qu’américain. Aux premiers, on propose un vote et une prime ; aux seconds, on explique tranquillement que leur droit de vote, en novembre prochain, est une option négociable. Mais bon la vie continue : bientôt la cérémonie des oscars et la finale du super bowl… That’ s entertainment !
Haut les cœurs ! en ces temps déraisonnables, on n'est pas au bout de nos surprises. Mais cela me donne toutefois l'occasion de réaliser un collage comme j'en faisais dans mes jeunes années...
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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mercredi 4 février 2026

Jeux de Plage


Voilà,
plaisirs d'enfance. Sauter, rebondir. On pourrait faire ça des heures, j'imagine. Je suis trop vieux pour avoir connu les joies du trampoline. Je n'ai sauté, enfant, que sur des matelas posés sur des sommiers à ressorts. Mais je peux encore, en moi, par le souvenir, éprouver cette ivresse, ce sentiment exaltant de redessiner l'espace et de se sentir protégé, puisque même la chute est un plaisir, pourvu qu'on ne sorte pas du périmètre. Jouer, et oublier les nuages qui s'amoncellent au loin. prmière publication 6 Octbre 2017 à 13:04

lundi 2 février 2026

Kafka et Chaplin


Voilà,
souvent ces temps-ci, je repense au fait que Franz Kafka, dans les derniers mois de sa vie, alors qu'il vivait à Berlin a peut-être vu avec Dora Diamant (la seule femme, en dehors de ses sœurs avec qui il a partagé un toit) le film de Charlie Chaplin "The Kid". Il écrit dans une carte postale adressée à sa sœur "je ne sais même pas ce qui passe dans les salles de cinéma — et puis on n'en apprend guère ici à ce sujet, Berlin a si longtemps été pauvre, c'est tout récemment qu'on a pu s'y offrir The Kid. Il est donné ici pendant des mois entiers". La formule est ambigüe. A-t-il assisté ou non à une projection ? Quoiqu'il en soit — c'est du moins ce que rapporte Gustav Janouch dans son livre "Conversation avec Kafka" — ce dernier aurait vu des films de Charlot : Je le cite : Quand apparurent à Prague, après la Première Guerre mondiale, les premiers grands films américains, et avec eux les courts films burlesques de Charlie Chaplin, je reçus de Ludwig Venclick, alors jeune cinéphile enthousiaste et aujourd'hui journaliste de cinéma, tout un paquet de revues américaines de cinéma ainsi que quelques photographies publicitaires des films burlesques de Chaplin. Kafka, à qui je montrais les photographies, les accueillit d'un sourire amical. Vous connaissez Chaplin, demandai-je. "De loin", répondit Kafka. "J'ai vu un ou deux de ses burlesques". Il examina très gravement et attentivement les photographies que j'avais disposées devant lui et dit alors pensivement : "C'est un homme très énergique, un fanatique du travail. Dans ses yeux brûle la flamme du désespoir face au destin invariable des faibles, mais il ne capitule pas. Comme tout véritable humoriste, il possède une dentition de fauve et s'élance avec elle sur le monde. Il le fait d'une manière qui n'est qu'à lui. Malgré son visage blanc et les sombres cernes de ses yeux, il n'est pas un Pierrot sentimental ni non plus un critique hargneux. Chaplin est un technicien. Il est l'homme d'un monde de machines, dans lequel la plupart de ses semblables ne disposent plus du sentiment ni des outils mentaux nécessaires pour s'approprier vraiment la vie qui leur est accordée. Ils n'ont pas d'imagination. Chaplin commence alors à travailler. Comme un prothésiste dentaire fabrique de fausses dents, il fabrique ainsi des prothèses de l'imagination. Ce sont ses films. C'est en général cela, le cinéma". L'ami qui m'a donné les photographies m'a dit que toute une série de films burlesques de Chaplin vont passer à la Bourse du cinéma. Ne voulez-vous pas y aller avec moi ? Venclick nous y emmènerait certainement avec plaisir. "Non, merci. Je ne préfère pas", dit Kafka en secouant la tête. "Le divertissement est pour moi une affaire beaucoup trop sérieuse. Je pourrais facilement me retrouver là comme un clown entièrement démaquillé.". Mais revenons au dernier séjour berlinois de Kafka. Je ne peux m'empêcher de penser que l'anecdote de la poupée que j'ai déjà évoquée ici a quelque chose de très chaplinesque. Pour ma part je me souviens avoir été submergé par l'émotion lorsque nous étions allé voir le film en version restaurée au Cinéma Champollion avec Agnès et Delphine. Nous avions dix huit ans. Je l'ai revu il y a peu de temps et j'étais sensiblement dans le même état. (première publication 18/02/2016 à 20:42)

dimanche 1 février 2026

Pêle-mêle au pied de la lettre

 
Voilà,
le hasard de certaines promenades, m'a, ces derniers mois, remis en présence avec ces collages intitulés "au pied de la lettre" réalisés par le collectif "les murs ont la paroles". J'ai déjà montré leurs travaux ici ou bien ou encore . Ils illustrent des métaphores courantes de la langue française. Celle du haut s'intitule "le cœur sur la main" ; expression qui désigne la générosité et la seconde s'appelle "tourner de l'œil" ce qui signifie, s'évanouir.

 

Cela me fait toujours plaisir de tomber par hasard sur une nouvelle image de cette série, car je les trouve particulièrement élégantes. Et puis d'une certaine façon cela flatte mon goût pour la collection. 
 

 
À part ça, j'ai fini de lire "Portrait d"une traductrice", sous-titré "Ludmila Savitsky à la lumière de l'archive". C'est un ouvrage universitaire de Patrick Hersant et Leonid Livak, précis détaillé, regorgeant d'informations. J'ai souvent entendu parler de "Lud" dans ma jeunesse. C'était la mère de Nicole Védrès et la grand-mère de Dominique pour qui elle compta beaucoup. Elle fut la première à traduire Joyce, en français, mais aussi Ezra Pound, Virginia Woolf et Isherwood. C'est elle qui avait fait l'acquisition de la maison de Lestiou, à quelque kilomètres de celle du poète André Spire avec qui elle entretint une longue correspondance tout au long de sa vie. Je ne sais d'ailleurs lequel des deux attira l'autre sur les bords de Loire. 
Bien des passages de ce livre sont tout à fait passionnants. Entre autres, ceux concernant les vingt premières années du XXeme siècle où l'on évoque, entre autres  "la question juive" — c'est une expression de l'époque (l'affaire Dreyfus est encore fraîche) et plusieurs ouvrages portent ce titre —, mais aussi  les débats idéologiques après l'apparition du bolchevisme. Il y est fait mention des controverses qui opposaient à ce propos les intellectuels français, et de la situation des exilés russes en France. 
Cela résonne parfois étrangement avec notre époque ; on y trouve la même confusion idéologique, et cela me paraît incroyable qu'on en soit encore là, un siècle après. Comme le constatait Aldous Huxley "le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne".. 
Mais l'intérêt du livre réside surtout dans la découverte de la méthode de travail de Ludmilla Savitzky. On peut suivre, grâce à de nombreux documents — fac-similés de manuscrits — qui témoignent des différentes étapes sur un même texte, son lent et patient cheminement pour restituer au plus juste l'intention et le style de l'auteur qu'elle traduit. 
Lisant ceci ma pensée vagabonde. Je repense à Mireille Havet dont Ludmilla Savitsky était l'amie. A la valise que Mireille Havet confia au début des années trente à Lud avec la promesse que jamais elle ne serait ouverte de son vivant, et qui fut trouvée dans le grenier de Lestiou au début du siècle suivant. Elle contenait une correspondance avec Apollinaire (entre autres), et son journal intime. Dominique en favorisa l'édition et en assura la préface. 
 
 
Le photogramme de Dominique, est extrait du film de Nicole Védrès qui s'appelle "la vie commence demain". Elle a alors dix-neuf ans. La ressemblance sur cette photo avec sa fille cadette au même âge m'étonne toujours autant.
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samedi 31 janvier 2026

Soldes

 
Voilà
Ce sont les soldes d'hiver "Profitez en pour soutenir les banques et les multinationales dans leur effort continu pour asservir l'humanité en vous faisant dépenser de l'argent que vous n'avez pas, pour acheter des choses dont vous n'avez pas besoin."

vendredi 30 janvier 2026

Carrés cercles et lignes

 
Voilà, 
En septembre 2018, je faisais encore des formations en entreprise. Je me souviens qu'à cette époque il y en avait une que j'aimais particulièrement, et où je me rendais avec bonheur et très décontracté car ce n'était pas moi qui avait le lead, mais un autre animateur. C'était une formation s'adressant à des banquiers chargés de l'inspection et de l'audit. Pour ma part j'étais chargé de jouer le mauvais rôle dans des mises en situation correspondant à celles qu'il rencontraient dans l'exercice de leur fonction. C'était très sympa je n'avais aucune autre de responsabilité que celle de jouer toutes sortes de personnages qu'ils pouvaient rencontrer — ce que je sais faire assez bien, et les mettre en difficulté. Les participants appréciaient ma contribution, et moi je m'amusais beaucoup. C'est sûrement après une de ces journées que j'ai pris cette photo sous la Grande Arche de la Défense. 
Je ne veux pas pourrir l’ambiance, mais à l’époque, l'horloge de l'apocalypse, qui symbolise depuis 1947 l'imminence d'un cataclysme planétaire, était à 23:58. Je parle de ça parce que depuis le mardi 27 Janvier on s’est rapproché de minuit. Le Bulletin of the Atomic Scientists l'a réglé à 23:58:35, soit quatre secondes de plus qu'il y a un an. On s’approche, on s’approche…Ainsi vont les choses dans le meilleur des des mondes possibles (j’en bégaye…)

mercredi 28 janvier 2026

Déliquescence


Voilà,

quand on me traitait de pessimiste je répondais souvent que j’étais simplement lucide. En réalité je n’étais ni l’un ni l’autre, mais plutôt nigaud, puisque je n’imaginais pas que la bêtise pourrait se déployer avec une telle puissance et recueillir aussi vite autant d’adhésion un peu partout dans le monde. L’hégémonie du délire évoquée par Cioran dans un de ses aphorismes semble définir assez justement les temps que nous vivons.

Se réveiller tous les matins assailli par les annonces toujours renouvelées de massacres perpétrés contre des civiles un peu partout dans le monde est déjà pénible. Constater l’indifférence des décideurs et des masses face aux problèmes écologiques et environnementaux qui ne cessent de s’amplifier de manière irréversible, accable. Se confronter à la sottise ordinaire et assumée chez des gens dont l’histoire familiale devrait pourtant les en préserver, consterne. Si l'on est ici pour quelques temps encore préservé des bombes, on est tout de même submergé par la connerie.

Ici en France dimanche soir, avec sa belle tête de con l’avocat Arno Klarsfeld, juif et petit-fils de déportés, dont les parents ont consacré leur vie à la traque des bourreaux nazis et à la mémoire des victimes de la Shoah, faisait, la veille de la journée internationale dédiée aux martyrs du génocide, l’apologie de Trump et des méthodes de ICE proposant même d’organiser "de grandes rafles un peu partout contre les asociaux étrangers qui sont OQTF (obligation de quitter le territoire français), même si on commet des injustices".

Donc aujourd'hui en France, (pays qui en la matière a un certain passif), un homme peut à une heure de grande écoute, se sentir autorisé à prononcer le mot "rafle" sur un plateau de télévision nationale, et à le justifier sans que ne lui soit opposée la moindre objection. Cela prouve une fois encore, après sa complaisance à l'égard du délinquant Sarkozy, l'état de déliquescence intellectuelle et morale qui caractérise une partie de l’espace médiatique français, en particulier celui détenu par Bolloré. Cela montre aussi que dans le peuple soi-disant élu il y aussi une bonne proportion d'abyssale connerie.

Klarsfeld, en un étrange renversement sémantique qui tiendrait de la farce grotesque, si ce n'était aussi navrant, congédie la tragédie historique de la déportation et de l'extermination des juifs d'Europe au siècle dernier pour verser dans l'abjection et l'indignité. C'est étrange tout de même de vouloir, avec tant d'ardeur et au mépris du droit, infliger à d'autres ce que ses aïeux ont subi. Comme l’a constaté la LICRA (ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), le fascisme n’est pas à nos portes, il est déjà dans la maison.

Le lendemain, il était aussi à l’Académie des Sciences morales (où l'on a intronisé il y a peu le milliardaire et fraudeur fiscal Bernard Arnault). L’un des plus gros investisseurs dans la tech américaine, Peter Thiel, figure libertarienne, cofondateur de PayPal  et surtout de l’entreprise Palantir Technologies – géant de l’analyse des données pour les gouvernements –, a été convié par Chantal Delsol, philosophe catholique tenante de l’union de la droite et de l’extrême droite, à intervenir lundi 26 janvier pour parler de l’Antéchrist devant un groupe de travail sur la démocratie. Là encore on est en plein délire, puisque selon lui "l'Antechrist prendrait la forme d’une personne qui répand “des rumeurs de guerres” et effraie les populations “pour que vous lui donniez le contrôle sur la science” et que parmi les figures qui agitent les peurs il pointe dans sa présentation "Greta [Thunberg]” ou encore “les altruistes anti-IA".

Eh oui on en est là. Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles où se mêlent, paraît-il quatre espèces d'hommes ...

Pour oublier cela, je me réfugie dans la paix de ces formes douces, abstraites et colorées, un peu molles, ectoplasmiques. Leurs apparitions m'offrent un vague répit.

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lundi 26 janvier 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (21)

 
Voilà,
ça me revient,
en Janvier 2010 il était tombé beaucoup de neige au Havre. Je me souviens avoir vu dans cette ville le film de Coppola, "Tetro". Quelques temps auparavant, "L'homme sans âge" adapté d'un roman de Mircea Eliade m'avait beaucoup impressionné. Je m’étais alors promis de lire ultérieurement cet ouvrage, mais je ne l'ai jamais fait. 
De "Tetro", je ne me souviens que de plans sur la route transpatagonienne en noir et blanc. Et aussi que l'ensemble m'avait plu, même si je serais incapable aujourd'hui de raconter l'histoire. C'est aussi à la même époque que j'ai découvert au cinéma de la maison de la Culture un excellent western australien "The proposition" de John Hillcoat dont Nick Cave était le scénariste. J'étais chagriné à l'époque. J'aurais tant voulu partager ces visionnages avec celle qui, partie de l'autre côté de l'Océan, sous des cieux plus cléments avait, quelques semaines auparavant, jugé préférable de mettre un terme à notre relation. Il me semblait alors que nous avions encore tant à découvrir et partager. 
 
ça me revient
en 1991 fut fêté le bicentenaire de la mort de Mozart. Il y eut donc à cette époque beaucoup de coffrets et de promotions sur les œuvres du compositeur. Durant les années qui suivirent j'en ai beaucoup écouté. Le concerto pour clarinette avait souvent ma préférence

ça me revient 
rue de Vaugirard, non loin de chez Agnès, vivait, dans les années soixante-dix Paul Arzens cet inventeur qui avait crée une automobile biplace appelée "l'œuf électrique". Certains dimanches matins, on pouvait l'apercevoir, rue de Vaugirard, au volant de son véhicule transparent. Je n'appris que bien plus tard qu'il était aussi le designer de la plupart des locomotives de la SNCF
 
ça me revient 
parfois — mais de façon très fugitive — ces moments où, enfant, j'étais complètement happé par une mélodie, celle de "Hey Jude", ou de "Penny Lane" par exemple, ou encore "Wither shade of pale" ou "Baby love" ou "Only you"
 
ça me revient 
j’ai découvert l’adagio pour cordes de Samuel Barber grâce au film "Éléphant Man". Je me souviens que ce même morceau a été exécuté pour les obsèques de la Princesse Grâce de Monaco. Avant sa version orchestrale ce thème fut initialement composé pour un quatuor à cordes.
 
ça me revient 
il y a fort longtemps alors que j’étais encore jeune homme, je me suis retrouvé un soir à une table de restaurant en face de Hugues de Courson. C’était un musicien qui était à l’origine d'un groupe appelé Malicorne. Il a en outre composé des chansons avec Patrick Modiano, j'ai d'ailleurs le disque qui est un collector. Plus tard il a entrepris ce formidable projet qui s'appelle "Lambarena Bach to Africa"
 
ça me revient 
le géniteur avait appelé son affreux clébar, un berger allemand "kayser", 
 
ça me revient 
Jérôme Mistler et sa sœur Amélie. Leur mère s'appelait Corinne et leur père était surnommé Vercingétorix parce qu'il ressemblait au chef gaulois. C'était un artisan qui travaillait le cuir. Son logis et son atelier se trouvaient dans un petit mas retiré au fond d'un vallon près de Châteaudouble. Je les ai connus en 1973 lors de mon premier été à Châteaudouble. Je crois que c'est l'année suivante que Vercingétorix et Jérôme ont trouvé la mort dans un accident de voiture. Jérôme était un très beau jeune homme, et avait une merveilleuse complicité avec sa sœur.
 
ça me revient 
j'ai découvert José James à Madeire en 2015 grâce au morceau "While you were sleeping" que j'ai shazamé dans le lobby de l'hôtel où il passait en musique de fond

ça me revient,
les tisanes à la badiane le soir rue des Jonquilles, et aussi le riz aux oignons et à la sauce d’huîtres, notre plat de pauvre de l’époque

ça me revient
les Quatre barbus chantant la pince à linge sur l’air de la cinquième de Beethoven 

ça me revient
il y avait un journaliste qui présentait le dernier journal télévisé sur la troisième chaîne je crois. Il ressemblait à Droopy et parlait un peu comme lui. Il nous faisait beaucoup rire Agnès et moi. Il s'appelait Joseph Poli, et j'ai découvert il y a peu qu'il était enterré dans le petit cimetière de Grenelle.
 
ça me revient
le générique de Radioscopie, l'émission de Jacques Chancel, tous les après-midi vers 17 heures je crois sur France-inter écrit par Georges Delerue et qui ressemblait un peu à du Bach.

ça me revient
Quand j’étais enfant je n’étais absolument jamais intéressé par l’émission "au théâtre ce soir" qui consistait en la retransmission de pièces de boulevard. S'il m’arrivait d’y prêter quelque attention, je me lassais très vite, je n'aimais pas le théâtre, je détestais la façon de parler des acteurs sur une scène de théâtre
 
ça me revient
pendant longtemps j'ai été soigné à l'Institut Arthur Vernes par Jacques Chautemps qui était le grand-père d'Agnès. Lorsqu'il a pris sa retraite, son successeur fut un jeune médecin, le Dr Halopeau. Je me rappelle qu'il fumait dans son cabinet. Je ne l'ai pas vu souvent, car il est mort prématurément chez lui d'un AVC.
 
ça me revient
le manège enchanté à partir de l'année 1964. C'est Jacques Bodoin qui prêtait sa voix au chien Pollux et j'aimais bien l'imiter dans la cour de l'école de Biscarrosse plage

ça me revient
dans "Le château de Barbe bleue" composé par Belà Bartok l'accord qui précède le chant et se répète au cours de la mélodie pour désigner "le lac de larmes" qui se trouve derrière la sixième porte

ça me revient
la galerie Denise René, spécialisée en art optique (Op'art), se trouvait un peu excentrée par rapport aux autres galeries du quartier latin. Elle se trouvait sur le trottoir droit au 196 du Boulevard Saint-Germain quand on va vers l'Assemblée Nationale. On y trouvait dans les années 70 des tableaux de Vasarely et de son fils Yvaral, de Carlos Cruz-Diez ainsi que de  Jesus-Rafael Soto 

ça me revient
la galerie La Demeure (mais peut-être à la réflexion en ai-je déjà parlé) qui se trouvait  6 place St Sulpice et qui était spécialisée dans la la tapisserie contemporaine. Les œuvres exposées y étaient monumentales et les murs blancs et irréguliers de la galerie donnaient l'impression qu'on se trouvait dans une grotte. Je crois que c'est devenu une boutique Yves St Laurent, mais je n'en suis pas certain.

ça me revient
les larmes versées par ma fille après la défaite contestable du XV de France contre les Springboks en Octobre 2023, alors qu'elle vivait par ailleurs une épreuve dramatique
 
ça me revient 
la visite de l'exposition Braque un premier Janvier, et aussi "Les nuits blanches" de Visconti à la Cinémathèque Français, les spectacles de la compagnie FC Bergman au festival d'Avignon, ou à la grande halle de La Villette, l'excursion à St Brévin et la course de chars à voile, et cette intense représentation au Palais des Congrès de Nantes le jour de l'invasion de l'Ukraine par l'armée fasciste russe et ce qui lie ces souvenirs les uns aux autres
 
ça me revient
lorsque j'ai eu la rougeole à Châlons-sur-Marne, j'ai eu le droit de passer les journées dans le grand lit de mes parents absents qui travaillaient tous les deux. La génitrice revenait à midi pour me faire à manger et repartait ensuite. Seul à la maison, je lisais des bandes dessinées en écoutant la radio, c'était la belle vie

ça me revient 
sur le film de Jasmina Merelles à Genève la régisseuse brésilienne qui me faisait des "cafunés" entre les prises. Et c'est ainsi bien sûr que j'ai appris la signification de ce mot.

ça me revient,
notre voisin dans la cité où nous habitions à Biscarrosse-Bourg s’appelait Mr Vigneault et possédait une Peugeot 203 grise

ça me revient
mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe 

samedi 24 janvier 2026

Omission

 
Voilà,
parfois, un film intrigue moins par ce qu’il montre que par ce qu’il dissimule. Un détail s’immisce dans l’esprit grossit et révèle quelque chose de l'ordre du point aveugle. 
Ici donc, il est question de la genèse de "Hamlet", et de son lien avec la mort du fils de Shakespeare. Passons sur le traitement du personnage de Shakespeare. Il apparaît surtout comme un banlieusard appliqué, dont le travail l'occupe à Londres et qui revient à son foyer éloigné quand son agenda le permet.
Une représentation bourgeoise du travail artistique en somme.
On comprend qu'au cours des ans Les affaires s’améliorent. Bientôt il envisage ce qu'aujourd'hui on appellerait un "projet immobilier" à Stratford : une maison plus vaste pour sa famille. Comme quoi on peut-être un génie littéraire et gérer ses affaires "en bon père de famille". Sans doute aussi pour lui une façon de se dédommager de ses absences.
Je passe rapidement sur l'histoire, essentiellement centrée sur la femme et les enfants de Shakespeare. Le fils meurt alors que son père n'est pas là. Il y a du reproche dans l'air, du deuil impossible, le couple s'étiole, et William revient de moins en moins chez lui.
La matérialité du théâtre, elle, reste abstraite. Peu de planches. Peu de corps. Une seule scène de répétition, chichement offerte. Puis arrive le moment où la femme de Shakespeare assiste à la première représentation d'Hamlet dont elle ne sait rien. Cela occupe les dernière vingt minutes du film. On y montre surtout le premier acte ou Hamlet rencontre le spectre de son père joué par Shakespeare. Puis le duel de l'acte V qui révèle la vérité et à l’issue duquel les principaux protagonistes de l’histoire meurent.
Ophélie, en revanche, n’y est jamais évoquée. Aucune scène. Aucun regard. Pas même la première scène de l'acte III entre Hamlet et Ophélie, qui est une scène qui parle du couple de l'amour et du mariage. Étrange oubli, alors que la femme de Shakespeare est présente dans la foule des spectateurs. La correspondance possible entre la fiction et la réalité est écartée.
 Gertrude la mère de Hamlet dans la pièce n'a, elle non plus, droit à aucun gros plan. Même lors de la scène où elle boit par inadvertance la coupe empoisonnée.
Le film est une production américaine. Cela s’entend. Malgré quelques belles scènes, le pathos déborde. La musique souligne, insiste là où il faudrait laisser respirer. C'est en outre une production d’un pays qui censure ses archives, réécrit l'histoire, et bannit des milliers de livres de ses bibliothèques. Une question s’insinue alors. Est-ce parce que les rôles féminins étaient à l’époque élisabethaine, 
tenus par des hommes qu’on ne les montre pas ? Cela pourrait-il offenser aujourd'hui les femmes que leurs rôles soient joués par des hommes ? Ou bien, si l'on l'on respectait strictement la réalité historique n'y aurait-il pas un risque à montrer — ce qui pourrait être préjudiciable à l'exploitation du film — des travestis à l'écran ? Dans ce pays puritain qui, en toute connaissance de cause, a pourtant porté au pouvoir un prédateur sexuel et pédophile notoire, la question du genre est devenue si politique, si inflammable, que la représentation historique elle-même semble devoir être effacée. Comme si l’on préférait l’omission au trouble et à la vraisemblance.  
pendant la projection j'ai repensé à ce très beau film intitulé "Stage Beauty" que j'avais vu et aimé à sa sortie en 2004, et qui raconte précisément le moment où les femmes ont en Angleterre, acquis le droit de monter sur scène.
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mercredi 21 janvier 2026

Nage



Voilà,
quand Clément Rosset a évoqué le malaise qui l'avait saisi dans une crique des Baléares pourtant familière, je me suis alors rappelé ce moment de solitude éprouvé en rejoignant à la nage l'ilot Gosier. Durant cette courte traversée, une légère ivresse mêlée d'inquiétude m'avait alors gagné à l'idée que j'étais peut-être en train d'accomplir un acte au-dessus de mes forces, et qu'après tout je n'étais pas à l'abri d'une défaillance. Finalement l'îlot n'était pas aussi proche qu'il en avait l'air et les bateaux au mouillage plus éloignés les uns des autres que je me l'étais figuré. première publication 11/09/2013 à 00:47
 



Mais bon, une fois parvenu à destination, j'avais aussitôt eu envie de revenir à la nage, sûr que le courant me porterait. Et en effet, le retour avait été un jeu d'enfant et pris beaucoup moins de temps. J'en avais conçu par la suite une certaine fierté, me disant qu'après tout j'étais beaucoup plus robuste et vaillant que je ne me l'imaginais.

mardi 20 janvier 2026

Porcherie

 

Voilà,
il aura suffi d'un an
pour sombrer dans l'irrationnel 
"l'âge d'or de l'effroi"
nous y sommes presque semble-t-il

dimanche 18 janvier 2026

La fresque de la mairie de Cruas

 

Voilà,
dans le bâtiment de la mairie de Cruas, qui regroupe non seulement des services administratifs mais aussi une salle de spectacle faisant  aussi office de cinéma municipal (on en voit la porte d'entrée au  centre de la photo) se trouve une imposante fresque réalisée par André Auclair, dont j'ignorais l'existence avant de venir ici.  Né le 5 mars 1893 à Paris et décédé le 22 novembre 1976 à Saint-Thomé, cet artiste a poursuivi une carrière artistique multidisciplinaire, mêlant peinture, sculpture, céramique et gravure. Après avoir enseigné aux ateliers des Beaux-Arts du 80, boulevard du Montparnasse, formant des élèves renommés tels qu’Édouard Pignon et Marcel Mouly, il s'est retiré en Ardèche. A Cruas un musée à son nom situé dans une belle bâtisse des années 1920 jouxtant un magnifique parc arboré, rassemble paraît-il (je ne l'ai pas visité) plus de 300 de ses œuvres qu'il a léguées à la commune.


J'aime beaucoup le graphisme épuré de cette fresque réalisée en 1965, très dans le goût de l'époque et qui m'évoque à la fois certaines œuvres tissées de Jean Lurçat. et aussi à des peintures rupestres 
 

Cette évocation d'une sorte de paradis, me touche sans que je ne puisse me l'expliquer. Peut-être suscite-t-elle en moi la nostalgie d'une époque où le futur que l'on rêvait alors était plus exaltant et plus riche de merveilleux que le présent qu'il est devenu.

samedi 17 janvier 2026

La Maladie

 
Voilà,
"La maladie se tient tapie sous toute intention comme sous la feuille de l'arbre. Si tu te penches pour la voir et qu'elle se sent découverte, elle bondit, la maigre et muette diablesse, et au lieu d'être fracassée, elle exige d'être fécondée par toi" (Kafka, Journaux)

jeudi 15 janvier 2026

Un fantôme du voyage


Voilà,
"Alors que le rêveur de rêve nocturne est une ombre qui a perdu son moi, le rêveur de rêverie, s’il est un peu philosophe, peut, au centre de son moi rêveur, formuler un cogito. Autrement dit, la rêverie est une activité onirique dans laquelle une lueur de conscience subsiste. Le rêveur de rêverie est présent à sa rêverie. Même quand la rêverie donne l’impression d’une fuite hors du réel, hors du temps et du lieu, le rêveur de la rêverie sait que c’est lui qui s’absente – lui, en chair et en os, qui devient un "esprit", un fantôme du passé ou du voyage" écrit Fernando Pessoa  dans Le livre de l'intranquillité. 
Je crois que lorsque je déambulais, que je traînais avec mon appareil photo à la recherche de je ne sais quoi — comme ce fut le cas ce mois de Janvier 2010 au Havre —, moi aussi j'avais alors des manières de fantôme.

mercredi 14 janvier 2026

Tant que c'est possible

 
Voilà.  
ça ne prévient pas ça n'explique pas ça s’installe. Calmement. Je vais rester un peu semble-t-elle suggérer. Au bout de quelques jours tu comprends que cela ne va pas être aussi simple que ça, cette affaire. 
Au début, tu  penses que ça va se régler tout seul, comme beaucoup de choses qu’on préfère ne pas regarder de trop près, qu’il ne s’agit que d’une confusion passagère. Puis les jours passent. Sans tout à fait te le formuler, tu commences à modifier tes plans. Tu annules, tu reportes, tu renonces. Pas par choix réfléchi, plutôt par fatigue. Le corps, jusque-là relativement fiable, devient imprévisible. Certains jours, il coopère. D’autres, non. Impossible de planifier quoi que ce soit avec assurance. Certaines activités quittent discrètement l’agenda. Définitivement, parfois.
Peu à peu, une sensation dérangeante s’installe : tu ne te reconnais plus vraiment. Il te reste le souvenir de qui tu étais. Celui qui agissait sans calculer, qui décidait sans anticiper les conséquences physiques.  Sa présence obsédante épie cette version actuelle avec une curiosité mêlée de perplexité. Qui tu es devenu passe une partie non négligeable de son temps à évaluer des options très simples : rester debout ou s’asseoir, maintenant ou plus tard ?
  
La douleur chronique a des manies de petit fonctionnaire. Elle dresse des listes. Réprtorie avec soin ce qui disparaît : énergie, liberté de mouvement, projets, légèreté. Tout est enregistré. Elle agit aussi avec discrétion. À l’extérieur, rien de flagrant.  Pour ceux que tu croises tu as bonne mine. On s'en tient là pas de commentaire on passe à autre chose.
Quand il t'arrive de socialiser, tu évites les explications, tu simplifies. Par lassitude, surtout. Trop longues, elles fatiguent, les explications ; trop précises, elles pourrait inciter l'interlocuteur à prodiguer des conseils. Les gens n'en sont jamais avares, surtout lorsqu'ils sont inutiles. Alors tu dis avec un petit sourire : ça va, je tiens la rampe, les gens font "ah! ah!  quel déconneur tu fais". Le sujet est clos. 
Les relations se réorganisent. Certaines tiennent. D’autres s’effacent sans conflit. Pas de dispute, pas de scène. Juste moins de messages, moins d’invitations, moins de disponibilité. Tu découvres que la compréhension est une ressource inégalement répartie. Et que l’absence de mauvaise intention n’empêche pas l’incompréhension. 
Avec le temps, tu développes des aptitudes nouvelles. Pas celles que tu aurais désirées, ni ce qui impressionne en société. Plutôt des compétences pratiques et modestes : repérer les chaises disponibles, évaluer la durée acceptable d’une conversation debout, prévoir des sorties de secours. Tu deviens stratège à petite échelle adepte de l’efficacité. Rien d’héroïque ni de spectaculaire, mais du concret.
Progressivement, tu te coupes des gens. Tu apprends à dire au revoir. Sans cérémonie. Un jour, tu peux encore envisager beaucoup de choses. Le lendemain, beaucoup moins. Cette alternance devient familière. L’espoir revient, repart, revient encore, sans prévenir, sans logique apparente. Tu ne sais plus qui tu es vraiment. L'as-tu jamais su d'ailleurs ?
Change aussi ton rapport au temps. Avant, tu pensais en semaines, en projets, en échéances. Maintenant, tu raisonnes par plages supportables. Une heure correcte devient une réussite. Deux, un luxe. Le futur s’organise à court terme, avec des hypothèses prudentes. Tout engagement s'accompagne d’un astérisque mental. 
 Et puis il y a aussi cette comparaison permanente avec toi-même. Les autres, tu les as déjà mis hors concours. Mais ta version antérieure ? Elle se rappelle avec insistance. Chaque journée devient un exercice d’évaluation : est-ce suffisant ? est-ce acceptable ? Puis, parfois, sans que tu ne saches pourquoi, quelque chose se décale. Pas une amélioration franche, non. Plutôt une forme d’ajustement. Tu cesses d’attendre le retour à l’identique. Tu commences à composer avec ce qui est là. Non par sagesse, plutôt par pragmatisme. Ce n’est pas un renoncement glorieux. C’est un accord tacite. On fait avec. Avec ce qui reste possible et surtout  sans tout ce qui manque désormais. Tu avances autrement. Lentement, souvent. Pas pour te rassurer, mais parce que c’est plus viable ainsi.

Renoncer devient donc un principe récurrent. Tu ne t'es pas levé un matin avec cette résolution. C’est plus discret que ça. Tu t'aperçois un beau jour que malgré toi tu as simplement cessé d’insister. Tu ne forces plus certaines situations. Tu arrêtes de chercher à prouver. Te prouver. Tu laisses tomber des objectifs qui demandaient une énergie dont tu es désormais dépourvu. A peine en as tu pris conscence que le mot t'effraie. Renoncer sonne comme un aveu d’échec, une capitulation mal formulée. Puis, à l’usage, il perd un peu de sa charge morale. Tu réalises que renoncer, dans certains cas, consiste surtout à arrêter de se battre contre des contraintes réelles. A quoi bon ? l’entêtement coûte si cher. Il y a les renoncements visibles. Ceux que parfois tu expliques. Une activité qu’on abandonne, un rythme qu’on ralentit, une ambition qu’on met en pause pour une durée indéterminée pour ne pas dire définitive. Et il y a les autres. Ceux que tu ne te formules même pas. Les projections que tu ne fais plus. Les comparaisons que tu évites. Les phrases commençant par plus tard, tu les rayes de son vocabulaire. Renoncer oblige à trier. Tout ne peut plus rester. Certaines choses deviennent non négociables : le repos, les limites, une forme minimale de stabilité. Le reste est soumis à conditions. Ce n’est pas une philosophie élaborée, plutôt une gestion serrée des ressources. Étrangement, renoncer ne produit pas que de la perte. Il y a un soulagement discret à ne plus poursuivre l’impossible. À ne plus expliquer pourquoi on n’y arrive pas. À ne plus promettre ce qu’on ne pourra peut-être pas tenir. Le regard sur soi se modifie légèrement. Moins de reproches, un peu plus de lucidité. Ce n’est pas une victoire. Ce n’est pas non plus une défaite claire. C’est un ajustement permanent. Une manière de rester debout sans s’acharner. Renoncer, n'est pas abandonner toute perspective. Cela consiste juste à choisir ce qui mérite encore d’être tenté — et accepter, sans discours excessif, que tout le reste n’en fait plus partie. 

Vient bien sûr le moment où la mort entre dans le champ de ta réflexion et s’ajoute simplement à la liste des sujets qui méritent qu'on s'y attarde. Avant, elle appartenait à une catégorie abstraite, relevant de l'hypothèse, réservée aux autres, aux statistiques faisant l'objet de considérations métaphysiques entre amis à des heures d'ébriété tardives. Maintenant, elle est là comme une possibilité concevable, en exclusivité pour toi. Pas imminente, certes mais pas si lointaine. Suffisamment pour modifier légèrement les calculs. Ce n’est pas une pensée constante. Elle apparaît par intermittence. Souvent quand le corps rappelle ses limites, ou quand la fatigue rend les projections moins crédibles. Tu ne te dis pas nécessairement je vais mourir bientôt. Tu penses plutôt : et si je ne récupère pas. La nuance est importante. Elle évite le pathos tout en restant inconfortable. La peur, quand elle se manifeste, est assez pragmatique. Pas tant de disparaître que de laisser des choses en suspens. Des phrases non dites. Des décisions repoussées. Des mécompréhensions irrésolues. Des explications jamais formulées parce qu’il restait, pensais-tu, du temps. La mort ne fait pas peur pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle interrompt. Et cette idée devenue présence change aussi le rapport au reste. Certaines préoccupations perdent de leur poids. L’énergie manque pour les maintenir. Les conflits inutiles, les attentes excessives, les obligations sociales mal choisies passent à la trappe sans grand débat intérieur. Il n’y a pas de révélation. Pas de paix définitive. Juste une conscience plus nette de la finitude. Elle ne rend pas la vie plus belle au sens habituel du terme. Elle la rend plus précise. Plus limitée. Et, d’une certaine façon, plus honnête. La mort, finalement, ne devient ni une ennemie déclarée ni une idée réconfortante. Elle reste là, en arrière-plan, rappel silencieux que tout ne sera pas réglé, que tout ne sera pas accompli, et que vivre, dans ces conditions, consiste peut-être simplement à continuer tant que c’est possible. Et tout ne tient plus dès lors que dans ces cinq dernières syllabes. Tant que c'est possible.

dimanche 11 janvier 2026

Pêle-mêle avec neige

Voilà 
une bien étrange semaine sur le point de s'achever. Elle a commencé lundi dernier avec une jolie surprise, puisque j'ai croisé L. venue des antipodes. Par une froide matinée, nous avons pris un café et marché dans le cinquième arrondissement. La rencontre fut trop brève. Mais la croiser dans le vrai monde après des échanges ponctuels par nos blogs interposés, fut un plaisir.
 Et puis il y a eu la neige sur Paris. Mais j'ai déjà raconté ça dans un article précédent
 
 
 
Ensuite je suis tombé malade ; un de ces foutus virus qui ressemblent à la grippe — je me suis pourtant fait vacciner dès octobre — et qui, pendant trois jours et demi m'a mis dans un état semi-comateux au point que j'étais incapable de faire quoi que ce soit. Je me suis répandu dans un espace limité à mon appartement — mais le plus souvent dans mon lit — et dans un temps élastique traversé d'accès de migraines, entre souvenirs et absences, scrollant parfois sur mon smartphone, retombant de façon récurrente sur les horribles images de Minneapolis, sombrant de nouveau dans le sommeil, écoutant des entretiens de Gavin Bryars à la radio ou en podcast, étant ici et là par le truchement des machines mais la plupart du temps nulle part quand la fièvre m'emportait dans le sommeil vers de confuses contrées. 


L'engourdissement dans lequel m'a plongé ce bref et intense variant de la grippe ou du covid m'a suggéré l'image ci-dessus. il m'a aussi rappelé ce passage dans un excellent livre de Simenon "la neige était sale" : "Rien …Toujours cette grippe qui n’en finit pas, ne se déclare pas, ce mal de tête persistant, ce malaise dans tout le corps, trop vague pour mériter le nom de maladie. Le ciel blanc comme un drap de lit, plus blanc et plus pur que la neige, qui a l’air de s’être durcie et d’où ne tombe qu’un peu de poussière glacée". 
 

Et franchement, je ne me sentais pas sur un petit nuage. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé d'échelle pour y accéder comme ce personnage de Seth, aperçu il y a quelques semaines sur la paroi d'un immeuble du 19ème arrondissement.

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