dimanche 16 septembre 2018

Conversations privées


Voilà,
je suis revenu sur mes pas pour photographier cette fille, juste parce qu'en passant je l'avais entendue dire au téléphone "je n'ai pas de secret pour ma mère, je dis tout à maman".
La multiplication des portables conduit inévitablement à la prolifération croissante, dans les espaces publics de conversations téléphoniques. Et cela amène aussi à entendre parfois des choses absurdes,  qui de toutes façon ne nous concernent pas mais nous sont tout de même imposées. En la circonstance, j'étais moi aussi dans la confidence. Évidemment je tairai toutes les questions saugrenues, les pensées caustiques et vaguement obscènes que ce "je dis tout à maman" n'a pas manqué de susciter dans mon esprit. Je souhaite ne pas choquer le bigot ou la bigote qui vient de temps à autre polluer ce blog de ses commentaires.
Il arrive aussi, quel que soit le moment de la journée, qu'on ne puisse échapper à des échanges désagréables, parfois tendus, souvent même chargés de rancœur et de frustration. La revendication récriminante, l'exigence de reconnaissance voire d'amour se manifestent alors avec une intensité la plupart du temps, envahissante et désordonnée. Outre le désagrément sonore qu'elles suscitent, ces misérables manifestations de la nature humaine éveillent un profond sentiment de malaise et d'abattement.
Car, le bonheur semble souvent manquer, et dans les rapports entre les gens, la mesquinerie et la bêtise tiennent apparemment une part considérable. Ce n'est certes pas nouveau et autrefois déjà on pouvait s'en douter. Mais aujourd'hui il est quasiment impossible de ne pas le voir ni de l'entendre. Cette zone d'incertitude qui permettait de croire son semblable meilleur qu'il n'y paraissait, a désormais disparu. Comment dès lors ne pas céder à la misanthropie et l'envisager comme une forme d'hygiène, sinon de salut.

jeudi 13 septembre 2018

Vivre sur cette terre est devenu un problème


Voilà,
"vivre sur cette terre est devenu un problème conduisant à la folie, au suicide ou au meurtre. Et pour s’en rendre compte, il suffit de monter sur le tapis roulant de cette machinerie économique en tentant d’attraper les hochets qu’elle agite pour amuser notre simplicité d’esprit, de nous laisser emporter vers la « sortie » en traversant entre quatre murs ses paysages factices, dont la beauté clinquante écrase toute la subtilité du vrai beau, où nous pouvons éprouver les sensations virtuelles d’être bien vivants, tout en se construisant des souvenirs presque indiscernables des authentiques. Les passagers pleins d’illusions sont informés de leur arrivée à destination avec l’écroulement des décors. Et cette dernière expérience, certainement la plus authentique du spectacle, constitue un bouquet final riche d’émotion, où les passagers sont laissés à l’inventaire du factice dans ce qui constituait leur identité" (Baudoin de Bodinat in "Au fond de la couche gazeuse) Linked with the weekend in black and white)

mardi 11 septembre 2018

Une vie peut-elle tenir dans une valise ?


Voilà,
"Il se passe ainsi des choses que, plus tard, plus personne ne croit. Et ce qui vient maintenant est très important: il est nécessaire de fixer ces choses d'une façon ou d'une autre. On peut le faire en écrivant, naturellement, mais l'écriture n'est pas un document véritable. La photographie est le document véritable par excellence. Les gens se laissent convaincre par une photographie", écrit W.G. Sebald dans son livre "Austerlitz". Mais en quoi cette photo d'une valise pleine de photos abandonnées, constitue-t-elle un document véritable ? Et de quoi pourrait elle me convaincre, sinon qu'il serait pertinent de relire l'Ecclesiaste.

dimanche 9 septembre 2018

Dans le monde des hommes



Voilà
"Faire preuve de raison crée des conflits. Laisser parler son cœur mène à la dérive. Imposer sa volonté est source de fatigue. Bref il n'est pas facile de vivre dans le monde des hommes". Natsume Soseki in Oreiller d'herbes)

jeudi 6 septembre 2018

Nouvelles des extraterrestres


Voilà
"extraterrestrials have scientifically created mankind"
est-il inscrit sur le panneau de ces étranges hommes-sandwiches.
À eux trois, ils constituent, s'il en est encore besoin, une preuve supplémentaire
 que les extra-terrestres sont vraiment très cons

mardi 4 septembre 2018

Fête de Ganesh


Voilà,
Prise en Septembre 2013 à Paris dans le quartier indien de La Chapelle, lors de la fête de Ganesh et retravaillée fin 2017 cette photo n'est certes pas d'actualité. Je l'ai mise de côté jusqu'à présent parce que je n'avais jamais réalisé un semblable tirage. Je n'ai en effet pas coutume de blanchir l'image de la sorte. Blanche, telle est paraît-il la couleur du cobalt indispensable au bon fonctionnement de nos smartphones que des enfants-esclaves trient à la main près de mines sauvages au Congo.  (Linked with Our world tuesday)

samedi 1 septembre 2018

Les Cauchemars du mois passé


Voilà,
il y aura eu ces trois cauchemars du mois d'Août, le premier où d'abord il t'avait semblé qu'une présence s'était introduite chez toi, qu'elle se tenait non loin.  Tu pensais à un cambrioleur, mais il n'y avait personne. Puis tu avais entendu un bruit dans l'escalier, tu l'avais dévalé à la poursuite du possible intrus pour te retrouver sur la coursive. Là, par la fenêtre ouverte de la chambre du voisin tu avais aperçu une sorte de chemise flotter, puis s'avancer soudain menaçante dans ta direction. Cependant tu t'étais entendu crier de ce côté du réel, ou plutôt tu avais cru crier dans ton rêve, au lieu de quoi tu avais poussé des petits couinements en gesticulant désordonnément comme un qui se noie. La main crispée sur le cœur, à moitié étouffant, tu avais au réveil, vraiment cru que tu étais en train d'y passer tout en te reprochant d'avoir trop bu durant la soirée qui avait précédé. 
Une ou deux nuits plus tard, tu marchais sur un rivage prenant des photos de ces berges fantastiques qui ne cessaient de se transformer, au gré de ton errance comme si le paysage était vivant jusqu'à ce que tu te réveilles parce que tu avais fait tomber ton appareil dans l'eau.
Le troisième cauchemar, tu égarais ton ordinateur ou tu te le faisais prendre et, parce qu'il ne restait plus rien de tout ce que tu avais pu produire, tu sanglotais, tout désemparé.

vendredi 24 août 2018

Parvis de Notre-Dame


Voilà,
ce monde m'est de plus en plus lointain. Ce n'est plus vraiment mon affaire. De toute façon je n'y ai jamais compté pour grand chose. Sauf pour quelques uns. Si étroite, ma place désormais, qui n'était déjà pas bien grande. J'ai tant vécu dans les marges, en lisière, en bordure. Pour me préserver. Je ne me suis guère mêlé à mes semblables. la plupart du temps je les ai observés. Je ne voulais pas me joindre à leurs jeux. Il m'y ont parfois contraint. Toute une vie, aux aguêts, aux abois, à faire semblant. À donner le change. Le plus souvent à me dérober. On se fatigue à force. Désormais me voilà en zone de relégation. J'aurais dû faire un peu plus le pitre. Trop souvent j'ai été rattrapé par l'esprit de sérieux. Dommage. Cela dit maintenant ce sont les pitres qui gouvernent le monde. Des clowns sanguinaires et cyniques font la loi. Trump, Erdogan, Kim-Jong-Un, El Assad, Netanyahu, Poutine et tant d'autres. On a déjà connu ça par le passé. On a dit plus jamais ça. On y a cru. Et maintenant les enfants des victimes d'autrefois deviennent des bourreaux.
(...)
Pour les jeunes, ceux de ma génération portent une responsabilité immense dans la dégradation ds conditions de vie sur cette planète. Ils n'ont pas tort. Les voilà condamnés à faire mieux que leurs aînés. Ils n'en prennent cependant guère le chemin. Ce qui reste de civilisation suffoque et convulse. On commence à parler de courbes qui s'inversent. Cependant les touristes auxquels il m'arrive de me mêler parfois continuent de visiter Notre-Dame, en détournant le regard de la détresse devenue si ordinaire sous nos latitudes.
(...)
J'essaye encore de sortir, de me cultiver, de me rendre à des expositions. Mais là encore l'horreur apparaît en images lisses et soigneusement tirées.
Si je reste à la maison un samedi matin voici les intitulés d'émissions qu'il m'est donné d'entendre sur une chaîne de radio culturelle (c'était il y a quelques mois déjà) :
A 9 heures 
"L'inquiétude a remplacé l'optimisme consécutif à la chute du mur de Berlin. 
Au moment de la chute du mur de Berlin, l'opinion occidentale était convaincue, dans sa grande majorité, que l'économie de marché et la démocratie représentative allaient, après avoir battu leurs adversaires idéologiques à plate couture, conquérir ce monde
La fin de l'histoire Francis Fukuyama a donné ses lettres de noblesse philosophiques à cette certitude heureuse. L'opinion éclairée est aujourd'hui dégrisée, elle a perdu sa bonne humeur, l'avenir ne lui parait plus prometteur, mais menaçant. La grimace a succédé au sourire et l'inquiétude a remplacé l'optimisme." 
à 10 heures
"Le sucre, comme poison" voilà le titre d’une quantité d’articles qui ont prospéré ces dernières semaines, selon l’une de ces pulsions collectives qui surgissent de temps en temps. Une mode soudaine, mais qui ne porte pas moins probablement sa part de vérité et qui appelle une perspective historique
à 11 heures
Quels sont les enjeux de la pandémie d'obésité dans le monde? Pourquoi l'obésité apparaît-elle comme une maladie de la transition ?
Finalement ce matin-là j'ai préféré regarder le match de rugby opposant les deux franchises néozélandaises des Hurricanes et des Crusaders en streaming. Un soin palliatif en quelque sorte.

mardi 21 août 2018

C'est le monde qui sent la merde ou c'est juste dans mon nez ?


Voilà,
pour se distraire on se prend en photos dans des environnements numériques où l'on se plaît à rêver parmi des images de synthèses peuplées de tournesols de papillons, de fleurs multicolores, et de cascades irréelles. Cela fait de belles images. Mais dans le vrai monde, le réel fracasse. Et les journaux s'alarment, même en Août. C'est qu'il est de plus en plus difficile de dissimuler les faits. 
Températures caniculaires en Europe pendant l'Eté 2018, Feux de forêts gigantesques en Suède, mais aussi en Grèce et en Californie. Dans le Kerala des inondations monstres (évidemment vous aurez peut-être droit à une pub sur une crème dépilatoire avant de voir l'information, parce que le monde est absurde), température anormalement élevée de la mer, dans le nord mais aussi en méditerranée non seulement en surface mais en profondeur. Tout à coup on se préoccupe de cela dans les journaux. On fait des prévisions. Certaines parfois même très catastrophistes.
Pourtant tout cela était prévisible depuis des années, des esprits éclairés avaient donné l'alerte concernant les rapports entre l'économie et la pollution par exemple. Quoiqu'il en soit les scénarios optimistes du futur prévus il y a une dizaine d'années semblent déjà obsolètes et absurdes. Aujourd'hui on a des visions plus sombres.
Et puis, symptomatique, le dramatique écroulement du pont de Gênes, alerte les pouvoirs publics sur la vétusté de nos infrastructures. Tout à coup on ne parle plus que de ça dans les journaux (qui évitent cependant d'évoquer l'état lamentable des installations nucléaires qui elles aussi sont en béton). La grande presse commence à  établir un lien entre capitalisme et dégradation environnementale et fait semblant de découvrir que le capitalisme génère de la catastrophe et s'en nourrit. Mais on ne le dit pas encore trop fort
D'ailleurs au passage une chose amusante et paradoxale : un des livres phares, dans mes cours de sciences économiques s'appelait "Les cinq étapes de la croissance économique" de W.W Rostow. Cinquante ans après j'ai vu qu'un récent ouvrage s'intitulait les Cinq stades de l'Effondrement.
Et puis sinon pour finir un truc trouvé sur le net.


Mais bon, tout n'est pas si noir. Ou plus exactement le noir peut-être source de contemplation esthétique et de joie pure devant la grâce de l'instant et l'étincelle de l'inspiration. Ce qui fait le charme du rugby, c'est qu'avant d'être un sport il est essentiellement un jeu. Regarder jouer les All Blacks constitue pour moi une véritable source d'émotion et d'éphémère réconfort. Samedi dernier Australiens et néozélandais ont offert un magnifique spectacle. J'espère que le match retour samedi prochain sera du même niveau.




linked with weekend reflections

dimanche 19 août 2018

C'est comme ça la vie


Voilà,
"On ne peut pas s'empêcher de mourir, c'est comme ça la vie"
dit un petit enfant autrefois interviewé par Marguerite Duras


Daniel Isoppo qui aimait bien Duras était avec les années devenu un vieil enfant. Ces dernières années, Alain Cavalier a réalisé un portrait filmé de Daniel qui tout au long de sa carrière a aussi participé à une multitude de films car il avait ce qu'on appelle "un physique". Il s'est détaché de ce monde hier, ce monde où la lecture d'une carte de restaurant le laissait souvent perplexe. Il lui arrivait de beaucoup réfléchir avant de se décider.
Nous nous étions rencontrés à la fin des années 70 lorsque nous avions partagé (avec tant d'autres) le plateau de ce merveilleux spectacle "Prends bien garde aux zeppelins" de Didier Flamand, où il jouait un inoubliable garçon de café à l'immobilité hypnotique. J'avais fait quelques voice-over sur ses documentaires si singuliers, comme lui. Il m'avait aussi mis en scène dans une de ses pièces aux Rencontres de la Cartoucherie en 1997 et j'en avais fait autant avec lui sur deux pièces que j'avais écrites à l'occasion de cette même manifestation en 1998 et 1999. Il y était formidable. Daniel était parfois bizarre et surprenant mais terriblement attachant. L'enfance ne l'avait jamais tout à fait quitté et cela se voyait quand il souriait. C'était un être à part. Auteur, acteur, cinéaste. il avait beaucoup d'humour et de sensibilité. Je me souviens d'un documentaire de 26 mn tout à fait étonnant qu'il a réalisé pour la télévision sur l'histoire d'amour de ses parents : "Madame veuve Isoppo". 

mercredi 15 août 2018

Assomption


Voilà,
hier soir, par hasard je me suis retrouvé non loin de Notre-Dame. Une procession en l'honneur de la Vierge Marie en faisait le tour. Gardé par la police et par l'armée, le quartier était bouclé. Il a fallu franchir plusieurs barrages de sécurité pour accéder au parvis. La foule des badauds était à peine moins nombreuse que celle des croyants qui suivaient une statue en tenant des lampions chantant des cantiques et parfois même prenant des photos. "Il est grand le mystère de la foi"


Il paraît que ces processions mariales ont lieu dans toute la France, et qu'elle répondent à un vœu du Roi Louis XIII qui le 10 février 1638 a souhaité consacrer la France à la Vierge : Nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, et que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix, que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire"La première procession a eu lieu le 15 Aout de la même année devant Notre-Dame, ainsi devenue le mémorial perpétuel de cet acte de consécration. Le site internet de Notre-Dame de Paris précise que c'est à l'occasion du 350 ème anniversaire de ce vœu, que le père Jacques Perrier, alors curé-archiprêtre de la cathédrale, réinitia (sous un régime socialiste et avec un premier ministre protestant), cette tradition en sortant de la cathédrale la statue en argent de la vierge offerte par Charles X en 1826. Mais en dépit des apparences, la France demeure une République.


Dans l'assistance mon regard a été attiré par ce visage qui ressemble à un de ceux qu'on peut trouver dans les tableaux des primitifs italiens. Le maintien de cette jeune fille laissait aussi supposer une éducation bourgeoise traditionnelle et catholique. Je me suis demandé si elle était encore vierge et si de temps à autre elle cherchait toute seule son plaisir.

lundi 13 août 2018

Nuage


Voilà, 
ce qui est beau dans la langue française c'est que le mot nuage est la demeure de l'ange


samedi 11 août 2018

Reflet vénitien


Voilà,
"Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil, un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir" disait Blaise Pascal. Quoiqu'il en soit, dans cette moitié de vie, je suis fatigué des mauvais jeux de mots en titre des articles du journal Libération (genre "gafa les fieffés du logis" ou Trump fait la pluie et l'OTAN"), fatigué des commentateurs sportifs et en particulier ceux du foot, de la vision des SDF crevant dans la rue, des fans de Macron, des fans de Mélenchon, des looks de hipsters, des discussions politiques sur facebook, du malheur des uns et du bonheur des autres, des repentirs et des déclarations d'intention, des communicants de tous poils et de leur discours creux, de la saga des héritiers de Johnny Hallyday, des voix qui indiquent le nom des stations dans le métro, des codes et des mots de passe, des discours religieux de tous poils, de la misère en milieu étudiant, de la misère en milieu hospitalier, de l'art contemporain, du théâtre engagé, des chanteurs et chanteuses de la Star Academy, du présentateur de la matinale de France Culture, des vide-greniers qui donnent un aperçu de toutes ces petites conneries qu'on accumule, fatigué des états d'âme, des soucis de santé, des obligations que je me crée, de la solitude, des intonations de ma propre voix, de ne plus pouvoir trouver de vélos en libre accès à Paris, des nuits sans sommeil, du manque d'argent, fatigué des photos de vacances sur instagram, des incessantes discussions de boulot où les gens ne cessent de parler de leurs frustrations, fatigué de l'aveuglement de mon espèce et d'un monde sans futur, effrayé du cauchemardesque Trump et de tous ceux qui précipitent le monde dans une nouvelle forme de barbarie... Parfois, je voudrais m' égarer dans le labyrinthe de tous les reflets du monde, y demeurer à tout jamais, (linked with the weekend reflections)

lundi 6 août 2018

Canicule


Voilà,
juste pour corriger le post précédent. La station ne s'appelle pas Bougainvilliers, mais Boulainvilliers, qui est le nom d'un historien et astrologue du XVIII ème siècle. je cherchais à savoir si la maison de Balzac était ouverte aujourd'hui, et j'ai vu le nom de la station de métro. Donc, normal qu'on n'y trouve pas de fleurs. Pendant des années j'ai associé ce lieu à cet arbres aux fleurs si magnifiques. C'est absurde. Sinon c'est la canicule à Paris. Cette photo date de la semaine dernière, quai de Loire, au bord du bassin de la Villette. je crois que cette femme voulait que le soleil la pénètre tout entière. C'est aussi l'anniversaire aujourd'hui du bombardement d'Hiroshima. Question chaleur, on a encore de la marge. (linked to Our world Tuesday)

vendredi 3 août 2018

Bougainvilliers

ris, Ligne C, Station Bougainvilliers

Voilà,
j'aime, depuis le quai de la station Bougainvilliers (d'ailleurs, il n'y en a guère de ces fleurs dans les environs), la vue sur le "Front de Seine", cet ensemble architectural datant des années soixante-dix, quand Paris voulait se donner un petit air de Manhattan. D'ailleurs, une réplique miniature de la statue de la liberté de Bartholdi se dresse en contrebas sur l'île aux cygnes située au milieu de la Seine. Le front de Seine, me fait toujours penser à un plan du film "L'ami américain". On y voit le personnage interprété par Bruno Ganz, téléphonant dans une chambre d'hôtel située dans un de ces immeubles, alors que le quartier est encore en construction pendant que par la baie vitrée, en arrière plan, le bras d'une grue se déplace lentement autour de son axe. 

mercredi 1 août 2018

Les doutes d'Août


Voilà,
ce titre emprunté à celui d'un morceau de Chilly Gonzales que je viens d'entendre pour la première fois ce matin à la radio résonne étrangement en ce premier jour d'Août. Je ne sais plus trop que montrer ou écrire, qui ne soit trop triste ou mélancolique, trop vindicatif, amer, ou récriminant. 
Les nouvelles de certains proches me désolent, faites de deuils et de maladies. Amélia Frank vient de quitter ce monde et la lecture du dernier billet de son blog me tire les larmes des yeux. Des acteurs qui furent autrefois des camarades de travail ou de beuverie disparaissent au cœur de l'été. On se sent très vulnérable.
Celles de l'actualité française me révoltent, avec ces individus louches dans la proximité du président, qui à leurs heures perdues tabassent des manifestants sans qu'ils ne soient poursuivis, et surtout sans que cela soit considéré comme grave par celui qui tout de même est légalement le premier magistrat de la nation. Cela en dit long sur la dérive antidémocratique de ce pays. 
Enfin ce qui relève de l'actualité mondiale m'accable, autant que cette chaleur qui pèse sur l'hémisphère nord où dit-on, en bon nombre d'endroits des records sont d'ores et déjà battus.
Alors que faire ? (Oui je sais Lénine se posait déjà la question). Je n'ai plus la force de m'insurger. Pas même par écrit. Cela ne sert à rien. Je crois de toute façon en si peu de choses. Tout au plus qu'il est possible de partager amour et amitié dans le cercle de ses proches. 
Il est difficile aujourd'hui d'échapper aux bruits du monde. Je n'écoute déjà plus les radios qui parlent trop. Celle que j'écoute ne parle que de musique on peut y entendre des phrases comme celle-ci "parmi toutes les mazurkas de Chopin celle en la bémol majeur opus 41 numéro 4 est peut-être ma préférée. elle commence toute nue en retrait par une bagatelle de la main droite avant que la main gauche ne vienne subvenir à l'harmonie, puis elle s'enhardit petit à petit avant de se muer en fête dansante" (Julien Hanck). Et ma foi, n'est-ce pas plus digne d'intérêt que tant d'inepties qui nous sont débitées par ailleurs. Il faudrait se déconnecter, se forcer à ne pas tout savoir des horreurs du monde. 

Une image et quelques mots suffiraient peut-être bien assez. Celle qui illustre ce billet rappelle mon goût pour les corps à moitié cachés, comme je l'ai ici souvent évoqué



mercredi 25 juillet 2018

lundi 23 juillet 2018

Danseurs


Voilà
"Notre vie est un voyage 
Dans la nuit et dans le vent 
Nous trouvons notre passage 
À travers espace et temps 
Rien jamais ne nous arrête 
Et du soir jusqu'au matin 
Chaque nuit est une fête 
Et non pas un songe vain"
Fernando Pessoa 
in  
"Le Livre de l'Intranquillité"

vendredi 20 juillet 2018

Le Salut sur la Roche


Voilà,
le cédrat de chez Nicolaï acheté au printemps 2010 dans cette boutique juste parce la vendeuse, une brune quadragénaire assez stylée m'en avait aspergé le poignet avec un je-ne-sais-quoi d'un peu mutin, mais aussi parce qu'il m'évoquait ce lime de chez Crabtree&Evelyn offert par Pierre Guyot un dimanche matin rue Cassette où il venait d'emménager  (pour Agnès c'était un Ylang-Ylang de la même maison). Ce matin, associés à cette fragrance, me sont revenus des souvenirs de Châteaudouble. J'ai repensé au jardin de Gérard juste au dessus du tunnel. Les moments lointains se mêlent a d'autres plus récents sans que je ne puisse y faire grand-chose. Je ne vais pas les chercher ils remontent, c'est ainsi. Parmi eux, l'ombre de qui-je-fus m'adresse un amical salut. linked with the weekend in black and white)

mardi 17 juillet 2018

Le Lézard


Voilà,

Un jour, seul dans le Colisée, 
Ruine de l’orgueil romain, 
Sur l’herbe de sang arrosée 
Je m’assis, Tacite à la main.

Je lisais les crimes de Rome, 
Et l’empire à l’encan vendu, 
Et, pour élever un seul homme, 
L’univers si bas descendu.

Je voyais la plèbe idolâtre, 
Saluant les triomphateurs, 
Baigner ses yeux sur le théâtre 
Dans le sang des gladiateurs.

Sur la muraille qui l’incruste, 
Je recomposais lentement 
Les lettres du nom de l’Auguste 
Qui dédia le monument.

J’en épelais le premier signe : 
Mais, déconcertant mes regards, 
Un lézard dormait sur la ligne 
Où brillait le nom des Césars.

Seul héritier des sept collines, 
Seul habitant de ces débris, 
Il remplaçait sous ces ruines 
Le grand flot des peuples taris.

Sorti des fentes des murailles, 
Il venait, de froid engourdi, 
Réchauffer ses vertes écailles 
Au contact du bronze attiédi.

Consul, César, maître du monde, 
Pontife, Auguste, égal aux dieux, 
L’ombre de ce reptile immonde 
Éclipsait ta gloire à mes yeux ! 

La nature a son ironie 
Le livre échappa de ma main. 
Ô Tacite, tout ton génie 
Raille moins fort l’orgueil humain !

Alphonse de Lamartine


dimanche 15 juillet 2018

Soir de fête (et un large addendum)


Voilà, 
le peuple de reconnaît dans son équipe, s'identifie à elle. D'ailleurs il scande sur l'air des lampions "on est les champions", comme si c'était lui qui était sur le terrain. Les joueurs de l'équipe ne sont plus une sélection ils sont, pour ceux qui les regardent, les ambassadeurs de tous les français. Le peuple, on aimerait qu'ils soit aussi solidaire et combatif dans la défense du code du travail, et de ses acquis sociaux que l'ont été les joueurs du onze tricolore dans la défense de leurs buts face à leurs adversaires.
Mais bon aujourd'hui tout le monde s'aime. A 9h 30, déjà, au pied de l'escalier du grand Palais, un des préposés à l'entrée de l'exposition Kupka, à la peau d'un noir d'ébène, plaisante avec ceux qui n'ont pas de billets en leur disant c'est vous la file des sans-papiers. Ce qui amuse tout le monde.
Avant le match, dans les rues beaucoup de gens ayant endossés le maillot de l'équipe nationale, se trimballent avec des drapeaux, les trois couleurs peintes sur les joues. On sent une grande attente, une espérance qui autoriserait d'exulter et de se se lâcher pour faire la fête.
Les gens ont envie de se fabriquer des souvenirs, pour plus tard. Ils ne songent pas dans leur liesse, à un avenir qui sera climatiquement éprouvant, peut-être radio-actif, en tout cas très pollué et sûrement très inégalitaire, et où jouer au foot sera peut-être plus pénible. Ceux qui exultent aujourd'hui se souviendront de ce moment de communion, et de ferveur, durant lequel ils étaient si heureux de brailler leur joie toute la soirée et au-delà, sans penser un instant au racisme qui sévit en temps ordinaire dans ce pays. Les mexicains appellent "guateque", une fête très bruyante qui dure toute la nuit, ce qui paraît être la perspective à l'heure où j'écris ces lignes. Mais n'oublions pas que pendant que la France exulte de voir son équipe gagner, à trois heures d'avion de Paris, les habitants de la bande de Gaza essayent de se remettre d'un bombardement massif de l'armée israélienne sur leur territoire. D'ailleurs là-bas on y crée des équipes de foot pour amputés.
N'y songeons pas trop. Ce soir beaucoup d'enfants français sont très heureux. et ont des étoiles dans les yeux. Laissons leur un peu de rêve et aux adultes leur part d'enfance.



Je ne peux pas m'empêcher de rajouter cet article fort pertinent, comme à l'accoutumée d'André Markowicz sur sa page facebook.
"Bon, la France a gagné — je ne vais pas dire « nous », parce que, vraiment, nous, je veux dire, « on » a juste regardé. Mais, je ne sais pas, même si ce n’est sans doute pas poli de le dire, moi, j’étais content que la France gagne, d’abord, parce que, même si c’est devenu un lieu commun, mais enfin, quand même, ils sont de toutes les couleurs et de toutes les origines, et que, oui, quoi qu’on dise, ça fait plaisir, et puis, ça m’aurait fait de la peine que la Croatie gagne, parce qu’il y avait cet entraîneur croate, là, qui avait dit que la Croatie allait jouer contre l’Afrique, en fait, et qu’il y avait d’autres joueurs qui avaient souhaité mettre le feu à Belgrade ou des choses comme ça. — Et puis, je ne sais pas, je me dis que ça nous fait du bien, à nous, de voir la France gagner Bon, en même temps, j’avais une crainte : je me disais, houla lala, la liesse populaire, les klaxons, c’est une nuit d’insomnie garantie, — surtout en centre-ville. Mais, que voulez-vous, j’accepte de souffrir pour la patrie. Et total, fenêtres évidemment fermées, ça va, j'aurai même pu dormir 
*
La grisaille s'étendait chez nous. Une grisaille entretenue par une politique qui est d’une violence, j’ai l’impression, sans pareille, et qui me semble l’aboutissement à la fois du toutes les débandades hollandiennes et de toutes les redomontades sarkoziques, une mise en coupe réglée de la société (et c’est très loin d’être terminé) qui se résume par une remise au privé de toutes les sphères de l’existence. — Et ce que je crains aussi, c'est que les Bleus n'aient assuré à notre président une victoire jusqu'aux européennes, et même au-delà. Je n'en sais rien, j'espère que non, — mais enfin, quoi, si le panem est fourni au mininum, là, au niveau circenses, il faut vraiment être un esprit chagrin pour être triste aujourd'hui.
*
Je dois être un esprit chagrin
*
Theresa May aurait pu assister à la demi-finale, elle n'y est pas allée. — Emmanuel Macron avait promis qu'il y assisterait, histoire, sans doute, d'encourager nos troupes par cette honorifique perspective, — et il y est allé. Il a juste fait l'aller-retour à Pétersbourg. Il est revenu à Moscou. Il y a cette photo étonnante d'un président enthousiasmé, pris dans son geste après un but — un geste que, j'ai l'impression, la décence m'empêche de traduire, et qui est le geste de bien des supporters. Bon. Avant, il avait eu une conversation politique avec Poutine. 
*
Il y a eu l'orage. Et nous avons vu cette image stupéfiante du parapluie qui s'ouvrait tout de suite au-dessus de la tête de Poutine (Poutine et Macron ne se regardaient pas), alors que le président français et la présidente croate (qui m'a eu l'air très sympathique, ma foi — comme quoi, les préjugés... mais je ne la connais pas), restaient trempés comme des soupes, stoïques à embrasser les joueurs les uns après les autres, et¬, au-dessus d'eux, le parapluie s'est ouvert bien plus tard. Ils ont eu le temps de goûter l'hospitalité russe, et de comprendre qui était le patron.
*
Le président a-t-il obtenu la libération d'Oleg Sentsov ? Je n'ai pas l'impression. Mais Poutine ne va pas laisser mourir Sentsov, il le fait nourrir de force. — Non pas par des perfusions de glucose ou de je ne sais pas quoi, mais en lui faisant entrer sa soupe par le nez, ce qui est, on comprend bien, une torture incroyable. Nous venons d'apprendre cela par le journal "Moskovski Komsomolets", qui est un des très rares journaux où, de temps en temps, il passe encore une information réelle. L'administration de Poutine a aussitôt démenti, en disant que, justement, on lui donnait des vitamines, par voie intraveineuse. C'est-à-dire que non seulement Sentsov ne sera pas libéré, nous dit Poutine, mais plus l'opinion publique mondiale se ligue pour le faire libérer, plus il sera torturé.
Cette politique de la force cynique, sans la moindre trace de décence, sans la moindre considération de rien en dehors de la force, c'est ce que nous avons eu à l'œuvre avec le voyage de Trump en Grande-Bretagne, — pour dire aux Britanniques qu'ils n'étaient que des laquais, et dire aux Européens, à toute l'Europe, que c'était la même chose, tous, ils étaient des larbins, et ils ne payaient pas assez leur maître, — et l'OTAN a décidé d'augmenter les budgets militaires, Macron compris. Il y a cette confrontation avec ça : maintenant, les enfants, on a cessé de jouer. D'abord, tu te mets à genoux, ensuite tu dis merci, et on connait la suite. Aujourd'hui, à Helsinski, il y a la rencontre en tête à tête, sans aucune délégation, de ces deux forces brutes, Trump et Poutine — le dernier ayant mis le premier en place, en truquant les élections américaines.
*
Le match à un moment, vous vous souvenez, a été interrompu par des gens qui se sont mis à courir sur la pelouse. Ça aura duré deux minutes, cette interruption (ce qui est gigantesque) : on a appris que c'était une action des Pussy Riot, pour protester contre la politique de Poutine, et pour soutenir Sentsov. Des membres de Pussy Riot — des héroïnes, il n'y a pas d'autre mot, — déguisées en policiers, ont fait irruption sur la pelouse, pour demander qu'on le libère — mais pas que ça, vous verrez leur page FB en anglais. — Elles ont été arrêtées, ça va de soi, et, au moment où j'écris, je ne sais pas où elles sont."

jeudi 12 juillet 2018

Soir de Liesse


Voilà,
je me souviens bien de ce soir là, comme beaucoup en France, sûrement. Il y a tout juste vingt ans. J'étais allé, dans l'après-midi assister à la retransmission du match sur un écran géant au stade Charléty. Avec Christelle qui revenait de Lille nous étions convenus de nous y retrouver, grâce aux portables en offre duo que nous avions achetés peu de temps auparavant sur son initiative, et nous y étions effectivement parvenus. Peu avant la fin, avant le troisième but de Manu Petit nous étions partis pour éviter les embouteillages afin de retrouver Dominique et Blandine dans l'appartement de cette dernière du côté de Montmartre. Après avoir dîné tous ensemble, nous étions sortis faire un tour, pour voir la liesse populaire. C'est à cette occasion que j'ai pris la photo de ces deux enfants assoupis dans leurs poussettes en dépit des hurlements des trompettes et de l'enthousiasme du populo en délire. Peut-être étaient ils au nombre de ceux qui, avant-hier soir se sont rėpandus dans les rues de la capitale pour fêter l'accession de l'équipe de France à la finale de la coupe du monde. (Linked with  the weekend in Black and white)

lundi 9 juillet 2018

Déridons nous avec Derrida


Voilà
- You see, deconstruction is what happens. There is no reason for causality to anticipate it in the system in place...
- So, what happens, the singular event of deconstruction takes place, if I correctly understand, without assignable place, without localization, like an archi-writing that has no other substance than its own movement
- That's exactly what it is, yes

vendredi 6 juillet 2018

Spectres encore


Voilà,
je sais la solitude des spectres égarés et vagabonds qui se frayent un chemin parmi ces mondes virtuels dérobés à nos sens. Ils jettent des oiseaux bariolés dans la chambre, promènent des lézards sur le tain des miroirs. Ils viennent se distraire, flânent dans ma mémoire ou font leurs frasques dans le désordre de la mauvaise heure, pour moi, sept heures du soir, et mes frayeurs autant que mon embarras les amusent. (Linked with the weekend reflections)

mercredi 4 juillet 2018

Sur le bac de Royan au Verdon


Voilà,
longtemps après, ce moment revient en mémoire. Ce sont les vacances, la veille on n'a pas trouvé d'hôtel, on a dormi dans la voiture au bord de l'estuaire à Meschers. On descend vers le sud. Là-haut, sur le pont il y a des jeunes gens insouciants. C'est l'été. Au moment où je déclenche, je pense à une ou deux photos de Raymond Depardon dans sa "correspondance new-yorkaise".  (linked with the weekend in black and white)

lundi 2 juillet 2018

Une belle paire de valises


Voilà,
parfois la réalité offre des perspectives déconcertantes. Mais on a la certitude d'être le seul à capter ce moment qui ne se reproduira jamais plus. Tout y est incongru. Ma présence ici, la femme qui, à proximité de ses valises, se dore au soleil, celle du fond qui époussette sa couverture. Il suffit d'une fraction de seconde. La journée n'aura pas été tout à fait vaine, en dépit d'une certaine déception qu'on y aura éprouvée. Certes elle était prévisible, mais on s'efforçait de ne pas y croire tout à fait. (Linked with MySundayPhoto

dimanche 1 juillet 2018

Les amoureux du pont de Sully


Voilà,
sans doute, les apercevant, ai-je envié leur jeunesse et leur insouciance apparente dans un monde qui n'incite guère à la quiétude. Et leur vitalité sans doute aussi. C'était aux premiers beaux jours de l'année, début mai. Je n'ai pas vu le temps passer depuis. Il s'écoule de plus en plus vite. J'accomplis peu de choses à dire vrai en raison de la fatigue dont je ne connais pas la cause. En fait j'ai essentiellement consacré ces derniers temps à ma fille afin de la préparer à son oral de bac français. J'essaie de profiter au maximum de sa compagnie, des tendresses qu'elle me prodigue, de sa présence aimante car d'ici peu elle sera une jeune adulte et sa vie se fera loin de moi. 
Sinon, j'entretiens un rapport de plus en plus ambigu avec ce blog. D'un côté je voudrais lever le pied, étaler mes publications, puisque j'en ai de nombreuses en réserve. D'un autre, je me dis qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver, et qu'il faut continuer à produire, continuer de montrer des images, de rendre compte de ce que je suis encore en mesure de voir ou de penser, même si j'ai de plus en plus de mal à formuler ce qui me passe par la tête. Je prête une attention de plus en plus flottante au monde. Je passe des heures à écouter de la musique. J'ai découvert ce morceau de Josquin des Prés. Steve Reich est déjà là dans ce "Qui habitat".


vendredi 29 juin 2018

Rue Michelet


Voilà,
je me souviens de ce mois de Juin et des hirondelles qui tournoyaient avec grand vacarme au dessus de la rue Michelet déserte à l'heure de la rupture du jeûne parce que c'était ramadan cette année là. Je me rappelle aussi qu'une nuit — c'était au soir du 16 Juin —, la jeunesse algérienne s'était bruyamment répandue dans la ville avec force drapeaux et klaxons, parce que, ce soir là, on avait rediffusé, un an après jour pour jour le match de la victoire de l'Algérie contre l'Allemagne lors de la coupe du monde de 1982, et que cela était fêté avec le même enthousiasme que si cela venait tout juste de se produire. Le peuple de ce pays plaçait alors beaucoup d'espoir dans le président Chadli, car après les années Boumedienne, le régime semblait desserrer l'étau. Ensuite, dans les années qui suivirent, beaucoup d'histoire drôles circulèrent sur Chadli, qui était considéré par ses concitoyens comme un peu bobet. Celle-ci par exemple : un jour, lors d'un conseil des nations-unies, Chadli reste concentré toute la journée. Il semble réfléchir à un  gro problème, ce qui  intrigue les autres délégués présents au conseil. Alors au bout d'un moment on lui donne la parole pour s'exprimer. Chadli prend un air étonné et leur dit: "Depuis ce matin j'essaye de trouver comment ils ont pu faire passer une aussi grande table par d'aussi petites portes, je n'y comprends rien". C'est aussi cette année là, que j'ai vu, à l'occasion des fêtes du ramadan, un grand concert de Screamin'jay Hawkins place de la poste, que je suis retourné à Djelfa, que j'ai erré dans la casbah , visité le jardin d'essai qui m'a tant émerveillé, et Tipasa où j'ai fait la connaissance de Boudjema.  Et pendant ce temps là, le FIS tissait sournoisement sa toile sans que personne n'imagine les grands massacres de la décennie suivante. (Linked with the weekend in black an white).

mercredi 27 juin 2018

Captologie


Voilà,
récemment, Tristan Harris (Rue89, 2016), qui a été « philosophe produit » chez Google expliquait combien il était important de concevoir des interfaces qui avaient pour objectif de « faire perdre du temps ». Autrement dit, ajouter à une expérience utilisateur fluide une dimension persuasive et addictive où les notifications intempestives ne sont que les fonctionnalités visibles d’un système ayant vocation à « voler des heures » aux usagers. Il paraît d’ailleurs que cela s’apprend et cela constitue même une discipline scientifique que l’on peut découvrir au Persuasive Tech Lab de l’Université de Stanford sous le nom de "captologie". Ce terme a été créé par le chercheur B.J.Fogg. Celui-ci a publié en 2003 un ouvrage sur le sujet, dénommé "Persuasive Technology: Using Computers to Change What We Think and Do". Il souligne que la technologie n'est pas seulement un outil mais également un media et un acteur social.

(...)

Ce qu’il y a de nouveau, avec le capitalisme, c'est qu’il est réglé par des livres de compte, par un bilan comptable. En jeu, ça se traduit par le fait que tout ce qu'on fait est reconnu, tout donne lieu à une gratification, un badge ou une récompense. Et tout cela nous donne satisfaction. Chez John Dewey philosophe du pragmatisme, il existe une affinité entre jeu et travail : dans les deux cas, on a une forme d'effort, mais ce qui distingue ces deux notions, c'est que dans le travail les marqueurs de réussite sont plus lointains. Alors que dans le jeu, la gratification est immédiate. (Matthieu Triclot)

(...)

On rentre dans une économie de l'attention et du digital labor en effectuant des tâches numériques fun qui permettent d'extraire de la donnée. Les individus qui bénéficient de ce digital labor ont besoin du fun, de la dopamine. C'était déjà le mot d’ordre de la "gamification", avec des game designers qui vendaient le fait qu’ils savaient comment créer des boucles d'engagement pour que les utilisateurs reviennent sans cesse. C’est toute une industrie fondée sur le fait qu’elle sait comment rendre addict. (Matthieu Triclot)


(...)

Un des paradoxes des jeux se situe dans le fait que l’on peut éprouver de petites expériences de transe sur la machine symbole de la bureaucratie. D'un côté la machine à calcul, gestionnaire, et de l'autre des choses qui relèvent des expériences les plus primitives et les plus troubles. (Matthieu Triclot)

lundi 25 juin 2018

L'Illusion


Voilà,
l'illusion était parfaite. 
Un bref instant lui revint en mémoire
l'illustration qui ornait la boîte du jeu de construction
qu'on lui avait offerte quand il était enfant


linked with Monday murals

vendredi 22 juin 2018

L'Île




Voilà 
C'était au matin de la première excursion sur l'île. J'errais sans but réel, à la dérive, esseulé mais dans l'émerveillement des sensations neuves mêlées à certaines autres, plus anciennes et retrouvées. Ce dépaysement absurde se révélait bienvenu. Je venais de découvrir "Gouverneurs de la rosée", ce merveilleux roman de l'écrivain haïtien Jacques Roumain peu de temps après la catastrophe qui avait accablé Haïti. Mais ce qui faisait l'actualité c'était la l'éruption récente du volcan de Montserrat non loin. En certains endroits le sol était encore recouverts de ses cendres. Je comprenais qu'on pût avoir envie de rester là et d'imaginer une autre existence. (linked with the weekend in black and white

jeudi 21 juin 2018

mercredi 20 juin 2018

J'aime / Je n'aime pas (5)


Voilà,
j'aime cette photo prise en septembre 2014, que je n'ai jamais publiée je ne sais pas pourquoi
je n'aime pas cette allégresse surjouée, des présentateurs de matinales à la radio
j'aime paresser certains après-midi en lisant un bon livre
je n'aime pas la vulgarité des nouveaux riches
j'aime la délicatesse obsédante de la sonate de Scarlatti en do dièse mineur kk247
je n'aime pas l'expression "effet whaou" utilisée dans la presse et les boītes de com
j'aime regarder avec elle les videos de ma fille quand elle était petite
je n'aime pas les réflexions comme "il y a une marque Macron, une marque France"
j'aime tremper des tartines beurrées dans la soupe
Je n'aime pas ce sentiment d'impuissance que j'éprouve parfois devant la bêtise 
j'aime la couleur jaune, parce que c'est la couleur du soleil sur les dessins d'enfants
je n'aime pas les fortes chaleurs
j'aime les sketches de Blanche Gardin

mardi 19 juin 2018

Pont de la Chapelle


Voilà,
de mon point de vue, un des endroits les plus sinistres de Paris, un pont à suicides en quelque sorte, raison pour laquelle sans doute, on y a installé de haut grillages. Situé sur le boulevard de la Chapelle, il constitue une zone grise, un lieu de passage hostile où il ne fait pas bon s'attarder la nuit venue. Le jour, en outre, n'y est guère plus accueillant, même quand s'achève le printemps et que vient enfin l'été.

lundi 18 juin 2018

Le jour où sans le savoir


Voilà
Le jour où sans le savoir 
nous faisons une chose pour la dernière fois
 - regarder une étoile, passer une porte,
 aimer quelqu'un,
 écouter une voix -
 si quelque chose nous prévenait 
que jamais nous n'allons la refaire, 
la vie probablement s'arrêterait 
comme un pantin sans enfant ni ressort. 
Et pourtant, chaque jour 
nous faisons quelque chose pour la dernière fois
- regarder un visage, 
nous appeler par notre propre nom, 
achever d'user une chaussure, 
éprouver un frisson -
comme si la première fois ou la millième 
pouvait nous préserver de la dernière. 
Il nous faudrait un tableau 
où figureraient toutes les entrées et les sorties, 
où, jour après jour, serait clairement annoncé 
avec des craies de couleur et des voyelles 
ce que chacun doit terminer 
jusqu'à quand on doit faire chaque chose, 
jusqu'à quand on doit vivre 
et jusqu'à quand mourir. 
(Roberto Juarroz Quinzième poésie verticale, traduction Jacques Ancet)

jeudi 14 juin 2018

Tout m'échappe, tout s'évapore


Voilà
"Tout m'échappe et s'évapore. Ma vie entière, mes souvenirs, mon imagination et son contenu - tout m'échappe, tout s'évapore. Sans cesse je sens que j'ai été autre, que j'ai ressenti autre, que j'ai pensé autre. Ce à quoi j'assiste, c'est à un spectacle monté dans un autre décor. Et c'est à moi-même que j'assiste" (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

mardi 12 juin 2018

Drôle de coïncidence

Voilà,
ce matin devant la porte d'entrée de mon immeuble
j'ai aperçu cette feuille collée par terre.


Évidemment quand je vois 28
je pense à ma date anniversaire.
En plus c'est vraiment le 28 mai.
Etrange de trouver ça en bas de chez moi un douze juin


Alors je suis allé regarder ça d'un peu plus près.
peut-être quelqu'un qui me connaît un peu 
veut-il me faire passer un message
sans oser me le dire


Quoiqu'il en soit
c'est une drôle de coïncidence

lundi 11 juin 2018

L'Hypocrisie


Voilà,
j'ai réalisé cette image au salon Paris-Photo en Novembre 2017 où m'avait invité un ami retrouvé peu de temps auparavant après trop d'années passées sans se voir. J'en ai profité pour mollement déambuler dans les travées de cette immense foire commerciale qui se tenait au Grand-Palais à Paris. J'ai vu plusieurs grands formats de cette artiste américaine (je crois que c'est une femme, sans en être tout à fait certain) dont l'œuvre consiste essentiellement en portraits en pied, d'enfants nus posant devant un drap. Personnellement, ce n'est pas un truc qui m'intéresse vraiment, et je n'ai pas de commentaire particulier à faire là-dessus, si ce n'est que je m'étonne de la valeur marchande d'une telle photo dans la société puritaine américaine. Comme je n'ai pas noté le nom de ce ou cette photographe, j'ai cherché sur Google, en tapant "enfants ou adolescents nus devant un drap", mais sans succès. Au bout d'un moment, j'ai laissé tombé de crainte que cette recherche ne m'attire des ennuis. Mais si quelqu'un a une idée du nom de ce ou cette photographe (qui n'est pas Sally Mann) Je veux bien. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 8 juin 2018

Le Gardien des Ombres


Voilà,
Aujourd’hui je n’ai rien fait. 
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi. 
Des oiseaux qui n’existent pas ont trouvé leur nid. 
Des ombres qui peut-être existent 
ont rencontré leurs corps. 
Des paroles qui existent 
ont recouvré leur silence. 
Ne rien faire 
sauve parfois l’équilibre du monde, 
en obtenant que quelque chose aussi pèse 
sur le plateau vide de la balance.
Roberto Juarroz, traduction Roger Munier, 1993
(Linked with the weekend in black and white)

mardi 5 juin 2018

Gabriela


Voilà,
ce matin la radio diffuse "In a sentimental mood" avec Coltrane et Duke. Aussitôt les années s'effacent jusqu'à ce début d' hiver 93 ou nous avons passé tant d'heures tous les deux, Gabriela et moi, à développer ses photos dans mon labo afin de constituer un dossier pour une école de cinéma tchèque qu'elle souhaitait intégrer. Nous nous interrompions parfois pour boire des petits verres de becherovka, cet alcool de genièvre qu'elle rapportait de Prague à chacun de ses séjours. J'aimais son accent et son visage enfantin. Elle avait le physique des filles dont je m'éprenais, enfant, à l'école. Un soir, dans un bar elle a murmuré à mon oreille qu'elle était amoureuse de moi... J'ai fait comme si je n'avais pas bien compris... Je n'y croyais pas trop. Et puis elle avait encore un mari, une petite fille, une vie un peu chaotique. Quant à moi, je ne gagnais pas beaucoup d'argent, je ramais professionnellement. Je vivais de nouveau seul et n'en étais pas si mécontent. Mais j'aimais bien nos rendez-vous. On a fini par coucher une fois ensemble et ce n'était pas vraiment ça. Son corps n'était pas très ferme ni moi non plus d'ailleurs. Quelques mois plus tard, elle a rencontré un américain d'origine tchèque qui est devenu l'homme de sa vie. Nous avons continué de nous recroiser de temps à autre, et puis nous nous sommes perdus de vue.


lundi 4 juin 2018

Dans les vapeurs de soufre


Voilà,
parfois je m'attarde sur un paysage d'Hubert Robert 
Et je glisse dans une rêverie qui me le rend plus improbable encore