jeudi 8 décembre 2016

Fuir Paris


Voilà,
Aujourd'hui nouveau pic de pollution comme il n'en a jamais été enregistré à Paris à cette saison.
La gorge me pique je n'ai plus de voix
Je pense à Bill et à Laura dans leur Ouest lointain, immergés dans la nature.
Et j'ai aussi comme une envie de Dordogne et de grand air.

mardi 6 décembre 2016

Dans le train pour Saint-Quentin


Voilà,
vendredi dernier dans ce train presque vide qui m'emportait vers Saint Quentin (de Paris à Compiègne il avait été bondé) ce long morceau d'Iron Butterfly "In-a-gadda-davida" m'est revenu en mémoire. C'était tellement absurde incongru, inattendu, sans relation aucune avec ce que j'avais pu vivre ces jours derniers et encore moins avec l'endroit où je me trouvais. J'ai soudain eu une envie terrible de l'entendre. Pourtant, je sais très bien qu'au bout de cinq minutes ça m'exaspère, parce que cela me rappelle des états étranges et des époques de ma vie où j'étais très nonchalant et assez stupide, et aussi sans doute parce que cela me remet en prise avec la conscience du temps qui était alors la mienne bien moins douloureuse évidemment, que celle que j'éprouve désormais. Durant ce voyage, je suis allé fureter sur internet pour revoir la pochette du disque dont il me semblait qu'elle était argentée. Ce titre me paraissait autrefois fort énigmatique. Ce n'est que bien plus tard avec l'apparition du web que j'en ai appris l'origine.


dimanche 4 décembre 2016

Marché de Noël au Luxembourg (un rêve)


Voilà,
juste un rêve étrange. Dans un marché de Noël semblable à celui où je m'étais retrouvé au Luxembourg en 2013, j'aperçois un type très vouté, petit avec de longs cheveux blancs - une silhouette quasi beckettienne - qui s'agite conversant avec un autre un peu déchu comme lui. Avec une voix de fausset il tient des propos assez pertinents sur l'art le cinéma la photo. J'ai la certitude qu'il s'agit d'Olivier A. que j'ai connu quand j'avais 16 ans, un garçon autrefois brillant, très engagé politiquement et en son temps le plus jeune diplômé d'une prestigieuse école française de cinéma. Je m'avance vers lui. Je lui dis "bonjour Olivier". Il me répond "je suis content d'être encore Olivier pour quelqu'un". Ce qui est paradoxal dans ce rêve, c'est que c'est moi qui me retrouve dans la position de celui qui mène une vie régulière, alors qu'en réalité, il est devenu une sorte de serviteur et agent du grand Capital (lui qui était autrefois un gauchiste proclamé) avec lequel j'aurais vraisemblablement bien peu à échanger. Aujourd'hui il gagne fort bien sa vie en réalisant des séries télé stupides, et c'est plutôt moi qui suis dans une position marginale. Ce qui m'exaspère dans ce rêve, c'est d'endosser une fois de plus cette figure raisonnable et conciliante alors que je ne contrôle plus grand chose et que la vie matérielle devient de plus en plus incertaine.

jeudi 1 décembre 2016

Notre dernière illusion


Voilà,
"l'histoire est notre dernière illusion (...) ils sont venus, les salauds, effacer à coups d’obus, nous dire que tout simplement on n’existait pas. Alors, ils ont commencé par les oliviers, puis par les vergers, puis par les immeubles, puis toutes choses énumérées enfin disparues, pêle-mêle, ils ont jeté enfants, vieillards, et nouveaux mariés, morts ou à moitié morts, dans la fosse commune, et ont tout enfoui, et tout cela pour dire au monde des demi-vivants qu’on n’existait pas, qu’on n’avait jamais existé, et que donc, ainsi, ils avaient raison… de nous exterminer. Etel Adnan, in "Jenine" (2004).
Ce qui valait hier pour une région, vaut aujourd'hui pour d'autres. Otages d'enjeux qui les dépassent, ce sont les civils qui meurent, simplement parce qu'ils sont civils, et qu'ils ont le malheur de vivre là. L'histoire les réduira en chiffres, en nombre de victimes et rien ne subsistera d'eux. Pendant ce temps, ailleurs, la vie continue dans une sorte de crépuscule. Plus ou moins conscient mais toutefois impuissant on assiste à la débâcle généralisée du monde. On s'y contemple, on s'y admire, on essaie de trouver un peu de lumière ainsi que sa place sur la photo quand déjà nous ne sommes plus que des ombres qu'une grande nuit s'apprête à engloutir.

lundi 28 novembre 2016

Une merveilleuse actrice


Voilà,
c''était une rose qui lui avait été offerte le soir de sa dernière. Et puis ensuite elle était venue dormir chez moi. Au matin elle s'en était allée. Ses boucles d'oreille, cette fleur et le souvenir de douces étreintes étaient restés à la maison. Cette année là, il avait fait froid et neigé début mars. Elle était partie en vacances à la montagne et j'avais laissé la rose rouge devant la fenêtre de la cuisine en espérant qu'elle reviendrait souvent. J'ignorais alors de quoi mes lendemains seraient faits — je n'avais pas beaucoup de perspectives —, mais j'étais déjà terriblement épris de cette femme, si émouvante et si talentueuse.

mercredi 23 novembre 2016

L'année tirait à sa fin



Voilà
"Rien ne distingue les souvenirs des autres moments. Ce n'est que plus tard qu'ils se font reconnaître. À leurs cicatrices" 
(Chris Marker)

lundi 21 novembre 2016

Au réveil


Voilà
parfois l'inquiétude se résume à une image, absurde, incongrue, rêvée entre deux insomnies. La radio restée allumée durant la nuit suggère au cerveau de troublantes associations, qui laissent pantelant et déconcerté les yeux une fois ouverts. Et les nouvelles continuent de se mêler aux images alors que le corps s'éprouve comme une vieille machine rouillée. Une voix affirme "on nous a promis de la prospérité au motif que le secteur de la finance moderne possédait à la fois la partie à plus forte valeur ajouté du monde bancaire et du monde financier. Cette finance moderne a été présentée comme un moyen de mieux gérer les risques et de mener à davantage de prospérité et de croissance. Ainsi a-t-on a instauré des politiques de libéralisation des marchés de capitaux. Construites à partir de modèles sophistiqués et mathématisés ces politiques s'avèrent cependant une faillite intellectuelle totale et nous mènent au bord du précipice ." 
On se dit que oui c'est vrai, lorsqu'ons'intéresse à la théorie financière on ne peut que constater qu'elle est fragile et contestable et que sa représentation du fonctionnement des marché financiers est aussi trompeuse que dangereuse puisqu'elle minimise la notion de risque. 
Et cette voix, dont tu ne sais si elle est d'un homme ou d'une femme s'exalte "On nous fait croire que nous sommes actuellement dans une période de crise cyclique et que tout cela finira par se résorber. En fait si l'on réfléchit un peu, la crise est pour ainsi dire le moteur et le principe même du capitalisme moderne. Le capitalisme ne produit plus de richesses à partir du travail et de la transformation industrielle, mais par la spéculation sur des mouvements de capitaux pour la plupart fictifs dont est représentative la crise des subprimes de 2012 qui fut une crise de prêts hypothécaires à risques. Cette excroissance presque cancérigène de la finance devenue prédatrice s'est développée sous la conjonction de deux phénomènes : la libéralisation des marchés de capitaux qui ont permis aux banques de développer des produits financiers innovants présentés comme des outils de gestion de risque mais qui qui se sont en fait révélés comme des instruments de spéculation, et deuxièmement les politiques monétaires expansionnistes comme celle de la réserve fédérale des USA; font-style: italic;"> depuis le krach de 87 ou il y a eu une chute très forte des valeurs. Cette politique engendre de la dette qui est le carburant de la spéculation, mais qui est aussi, comme le remarquait Michel Rocard, "une création artificielle créée par les banques avec le consentement des états afin de dépouiller les peuples et en faire des esclaves à leur solde". Une politique monétaire expansionniste implique une baisse des taux d'intérêt à des niveaux bas corrélée à l'injection de liquidités dans le système financier. La combinaison des produits innovants et des produits dérivés qui se financent par un endettement de plus en plus massif crée un cocktail détonnant. Toutes puissantes, les banques centrales encouragent les errements de la finance moderne et cette politique monétaire expansionniste. Lorsqu'une crise survient comme en 2000 avec l'éclatement de la bulle internet, ou en 2008 elles ne tolèrent ni une baisse du marché des actifs ni que les marchés financiers baissent sur une période trop longue. Alors pour remonter le niveau des valorisations boursières, elles injectent des liquidités dans le système et contribuent ainsi à préparer la crise suivante. Depuis 30 ans depuis le krach de 1987 ce n'est qu'une succession de crises : 1990 crise asiatique, 2000, éclatement de la bulle internet, 2008 crise des subprimes, et chaque fois chacune est un peu plus dévastatrice. Les politiques monétaires actuellement menées par la BCE et la réserve fédérale américaine, la banque du Royaume Uni et celle du Japon, nous amènent à une situation de bulle spéculative sur les marchés obligataires. Il est possible que le récent Brexit ou les dernières élections américaines, combinées aux tensions croissantes dans le moyen-orient, au bouleversement des équilibres géopolitiques avec le possible renversement d'alliance de la Turquie en direction de la Russie ajoutent au désordre économique une possibilité de chaos qui semble désormais irréversible..." Je saisis alors le réveil radio et l'expédie violemment contre le mur. Quelques cachets de mélatonine et hop ! je m'enfouis sous la couette.

samedi 19 novembre 2016

Ce matin-là


Voilà,
ce matin là avec Irina, juste avant de repartir (parce que le problème avec les vacances, c'est qu'elles ne durent jamais) nous sommes allés faire un dernier tour à la plage. La lumière était douce et le temps s'était rafraîchi. On s'est un dernière fois rempli les poumons d'iode en improvisant une petite chanson agrémentée d'une danse pour dire au revoir au sable, aux vagues, à la digue, aux traces de pas sur la grève, au port, aux rochers, aux coquillages, aux algues, à l'horizon, à la brume, aux cabines de plage et à tout ce que nous apercevions. C'était bon de faire les pitres ensemble sans qu'il n'y ait personne pour nous regarder. C'était un moment paisible et enjoué malgré la perspective de ne pas retrouver la mer avant quelque temps. Aujourd'hui Irina à neuf ans. Cette image est pour elle.

vendredi 18 novembre 2016

Rue Daguerre, Février 2007


Voilà,
en février 2007, il y avait ce support pour afficher la carte d'un restaurant rue Daguerre. Je trie, je classe des photos, j'en jette surtout. Il y a parfois des bonnes surprises. Ces choses anodines que l'on avait totalement oubliées, et devant lesquelles pourtant on passait si souvent. Le menu n'était vraiment pas cher à l'époque. (Linked with The weekend in black and white)

mercredi 16 novembre 2016

Servitude volontaire



Voilà, 
quand un peuple choisit de confier son destin à un leader brutal, cynique, violent, sexiste, arrogant et sans scrupule, il est probable que le leader considère que c'est c'est après tout ce que le peuple désire et attend de lui. Je ne peux m'empêcher de repenser ces derniers jours à ces lignes introduisant le "Discours de la servitude volontaire" écrit en 1549 par Etienne de la Boétie, "Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante - et pourtant si commune qu'il faut plutôt en gémir que s'en ébahir-, de voir un million d'hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient pas redouter - puisqu'il est seul - ni aimer - puisqu'il est envers eux tous inhumain et cruel". Que ce qui se passe aujourd'hui dans la plus grande nation occidentale, ressemble à ce point à ce qu'évoque La Boétie a quelque chose de sidérant. Ainsi, l'histoire, les leçons du passé ne tiennent pour rien. La Boétie considérait que "Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, la compensation de leur liberté ravie, les instruments de la tyrannie". Que quelqu'un qui fut aussi animateur d'émissions de télé-réalité accède à la magistrature suprême d'un si grand pays est assez révélateur de l'état de délabrement de la pensée dans ce pays. Le tyran séduit ses esclaves pour réduire les sujets dans la servitude. Il accorde des faveurs à son peuple incapable de se rendre compte que c’est avec l’argent même soutiré à ses sujets que ces divertissements sont financés. Ils font parfois, avant de commettre leurs crimes, de beaux discours sur le bien général et la nécessité de l’ordre public. D’autres utilisent la religion pour susciter la crainte du sacrilège, utilisant la tendance de l’ignorant à la superstition. L'ère nouvelle qui s'ouvre, est à n'en point douter non seulement pleine d'incertitude, mais chargée de lourdes menaces. Et je trouve magnifique ce projet de couverture de "Der Spiegel".

dimanche 13 novembre 2016

Ombres dans la Nuit


Voilà,
comment ne pas se rappeler cet effroi qui nous a saisi l'année dernière à la même date, cette stupéfaction cette incrédulité devant la violence aveugle qui frappait la ville. A l'époque après les tueries nombre de gens écrivaient sur les réseaux sociaux que désormais il faudrait beaucoup s'aimer et s'embrasser et prendre soin les uns des autres. Foutaises. Les dirigeants de ce pays sont de plus en plus cons, et ce qui s'annonce pour les mois à venir ne laisse rien augurer de bon puisque ceux qui briguent leur succession, certes d'un genre différents, ne valent guère mieux, ne nous laissant d'autre choix que la sottise et la stupidité, avec à chaque fois une bonne dose d'arrogance. La bêtise, l'ignorance, la vulgarité s'affichent de plus en plus en plus impunément sur les murs, dans les journaux, à la télévision, dans les discours sans que cela ne choque plus grand monde. De ce point de vue, le précédent américain devrait nous inciter à la vigilance, mais non au contraire les langues se délient. Quant à la générosité elle ne paraît guère en vogue ces derniers temps. Liberté, Egalité, Fraternité la devise de cette république semble aussi obsolète qu'un vieux moulin à café ou que nos centrales nucléaires. 

samedi 12 novembre 2016

Un heureux hasard


Voilà,
pendant ces quelques jours en Bretagne j'ai eu envie de recommencer à faire des photos avec un appareil à viseur, et j'étais plutôt content du résultat. Mais cette fois-ci il s'était enrayé ou je ne sais trop quoi, l'électronique s'est mise à déconner tant et si bien qu'il a fallu que je reconfigure la carte sur la plage. Rien ne se passait comme je le voulais et je commençais à être maussade. En plus j'avais un peu honte d'être obligé de me concentrer sur le bidule comme un ado sur son smartphone. Plusieurs fois j'ai déclenché l'engin faisant des photos à l'aveugle, juste parce que je voulais comprendre ce qui se passait. Je ne voyais rien sur mon écran de contrôle, rien dans le viseur c'était pénible. J'ai même cru que mon appareil était foutu. Le soir venu je me suis aperçu que certaines images étaient là, que je n'avais pas vraiment choisi de prendre. Comme celle-ci. Elle me rappelle les photos italiennes de Claude Nori. Cet accident est à la fois troublant et heureux. Y serais-je parvenu si j'avais vraiment voulu la faire ? (Linked with The weekend in black and white)

vendredi 11 novembre 2016

On the side of the ghost and the king


Voilà,
le recueil de poèmes et de chansons de Léonard Cohen, c'est un peu le livre de mes dix-sept ans, et du premier été de Châteaudouble. Il est usé fatigué mais toujours là. Il m'a beaucoup accompagné au cours de mes pérégrinations dans des poches dans des sacs, toujours fidèle. Pendant des années, même si j'ai toujours été un piètre joueur de poker, j'imaginais que je pouvais être l'étranger de la chanson "it's hard to hold the hand of someone who is reaching for the sky just to surrender". Sa poésie, autant que ses chansons, me transportait. Celle-ci par exemple qui m'émeut toujours autant sans que je ne comprenne pourquoi et qu'il m'arrive de fredonner encore parfois. j'aimais la qualité de ses images, la beauté de ses métaphores. Je me souviens de son roman "The favourite game". J'aimerais bien le relire. C'est Delphine à qui je l'avais prêté qui l'a gardé. Enfin j'espère qu'elle l'a gardé. Je me rappelle aussi des pages de "The beautiful losers" où il évoque Catarina Tekawitha, cette jeune algonquin-mohawk qui bien des années plus tard, béatifiée par le pape Jean-Paul II, devint la première sainte indienne. je me souviens aussi que la veille de mon départ aux Philippines, où j'étais un peu angoissé à cause d'un attentat et des avions à prendre, j'ai vu le clip de "First we take Manhattan" à la télévision


Cela devait donc arriver. Il nous quitte au moment où le monde devient décidément bien laid, de plus en plus dépourvu d'intelligence de beauté et de poésie. There is no more music on Clinton street and that's no way to say goodbye.

mercredi 9 novembre 2016

The unbelievable truth


Voilà,
After nine eleven, eleven nine, la même sensation de catastrophe
entre ce nouveau cauchemar américain et le naufrage de l'Europe, l'accablement et  l'impuissance face au suicide des démocraties occidentales


Souvent j'ai l'impression que le monde est devenu encore plus délirant que les bandes dessinées de mon enfance


Sept ans hier que j'ai commencé ce blog. Comme il a changé le monde, en si peu de temps

lundi 7 novembre 2016

Un petit matin


Voilà 
Il y aura eu ce paysage comme imprimé sur la vitre d'un petit matin humide sur lequel s'achevait un doux séjour ensoleillé. Et dans l'imminence du départ tout se parait des couleurs de l'automne. La nuit pourtant avait fécondé de troublants panoramas. J'avais voyagé en compagnie de Pascal dans des trains improbables, des agglomérations incertaines. Je me souviens d'une ville hypothétique dans une Corse qui ne l'était pas moins. Au pied d'un lac la cité descendait en pente douce vers la mer. Des décorations de Noël ornaient les rues. Non pas des guirlandes électriques mais des fleurs de papiers et des anges en bois sculpté, qui évoquaient à la fois une atmosphère de sud italien et d'Andes péruviennes. Me revient aussi le souvenir de bars bondés alors que les rues semblaient désertes. Le lac tout en haut, son eau était orange. Cela me paraissait curieux qu'on eût construit la ville en dessous plus tôt qu'au dessus-de-lit celui-ci (je voulais juste écrire au dessus de celui-ci, mais mon ordinateur a fait ce facétieux lapsus que je garde). Le plus étrange tout de même s'avérait cette gare avec des trains ultramodernes peints en rouge comme autrefois les wagons du Capitole et qui étaient supposés nous mener jusqu'en Inde. Malgré ces incohérences le rêve s'est prolongé longtemps, avec la sensation résiduelle que jamais nous n'arrivions au bon moment, que les horaires ne correspondaient en aucune façon à ce qui était prévu. Ce qui est remarquable est que dans la réalité, une semaine plus tard, alors que j'avais rendez-vous chez Pascal, celui-ci, bien que présent chez lui, ne m'a pas répondu. Il m'a expliqué par la suite qu'il dormait et qu'il n'avait rien entendu. Peut-être cheminait-il dans les mêmes envers. Peu après le réveil, je me suis souvenu d'un autre paysage plus exactement d'un itinéraire idéal dans une île peut-être, permettant d'accéder à sa côte sud. Pendant plusieurs jours la vision de ces étapes m'a hanté. Avais-je rêvé cela voilà plusieurs mois plusieurs semaines ou était-ce quelque chose que j'avais visualisé parce que ce souvenir était évoqué par quelqu'un dans mon rêve ? Était-ce le souvenir d'un vieux songe enfoui que je me m'étais remémoré en rêvant ? C'est étrange cette sensation, comme s'il y avait plusieurs strates de mémoire à l'intérieur du rêve, comme si, même oubliés, ceux-ci se renvoyaient les uns aux autres.

vendredi 4 novembre 2016

Se préparer


Voilà,
difficile de se résoudre non pas seulement à l'idée mais aussi à l'évidence qu'il est nécessaire désormais de mettre ses affaires en ordre — au moins pour éviter de laisser un chaos à ma fille et à sa mère — ; se débarrasser des brouillons inachevés et des projets en friche qui dorment dans des classeurs, jeter les mauvaises photos ou bien celles prises pour composer d'hypothétiques collages qui jamais ne verront le jour.  Accepter d'envisager sa propre disparition comme une probabilité à plus ou moins brève échéance. Admettre sa condition de mortel et le fait que l'espace des possibles se réduit considérablement. Mais après tout, n'est-ce pas, entre autres, aussi pour cela qu'on nous enseigne la philosophie ? Alors ne pas procrastiner. Le temps est compté. C'est là que commence le deuil des illusions. Je ne serai désormais que ce que je suis, mais avec de plus en plus de difficultés et dans une précarité physique grandissante. Parfois je songe que c'est une forme d'abdication. Mais, apprenant la mort soudaine de certaines personnes plus ou moins proches et parfois bien plus jeunes, je suis bien obligé d'envisager que cela pourrait tout aussi bien m'arriver. Bien sûr je ne le souhaite pas. J'aime la vie. Malgré tout. En dépit du pessimisme. Malgré cette lucidité acquise dès l'enfance où j'ai perçu la réalité sous le prisme de la guerre, en Algérie puisque j'y étais. Il y avait là les attentats, les fusillades nocturnes sur la place du marché entre les différents mouvements indépendantistes, les égorgements qu'on appelait "sourire kabyle", et puis aussi plus tard, une fois revenus en métropole les récits d'expéditions et la fascination pour la guerre de mon géniteur : le soir à table il commentait celle que menaient les américains au Vietnam, et dont la télévision diffusait quotidiennement des images. La guerre donc, a fait de moi un être anxieux, aux abois souvent, en tout cas méfiant et sans grande inclination pour l'enthousiasme, circonspect dans la plupart des cas et plus enclin à la fuite qu'au combat. Mais j'aime pourtant ce que la vie peut offrir de douceur et de beauté. J'aime le rire joyeux des enfants sur les plages, j'aime la beauté des paysages, j'aime tout ce qui exalte les sens et suscite le plaisir, et je n'ai absolument aucun envie de m'effacer de ce monde. Mais je dois m'y préparer, c'est ainsi et il n'y a rien de dramatique à cela.

jeudi 3 novembre 2016

Avec la douleur


Voilà,
il y a une question en Afrique que les gens se posent quand ils se saluent : "Comment ça va avec la douleur ?" Je crois d'ailleurs que c'est aussi le titre d'un film de Raymond Depardon. Pour ma part j'apprends à m'en accommoder. J'entends la douleur physique. Je peux la nommer, la situer, considérer ses différents seuils d'intensité, la supporter plus ou moins. Elle est là, toujours présente comme un bruit de fond. Les médecins disent que c'est étrange car les examens ne relèvent rien de particulièrement alarmant. Parfois j'ai l'impression qu'ils ne me croient pas. Mais elle persiste cependant, accompagnée d'une grande fatigue. Je tangue au jour le jour, entre vergue et raban dans une sorte d´étourdissement qui rend la réalité extérieure incertaine, comme poreuse et friable. Je ne songe qu'à dormir pour me soustraire à cette sensation de délabrement progressif que j'éprouve de plus en plus souvent. Je pense parfois à Dominique, à cette fatigue qui avait été la sienne avant qu'elle ne tombe malade. Ce n'est peut-être que le changement de saison qui me fait ressembler à un terrain vague. Mais qui sait aussi l'effet de toutes les merdes ingérées respirées, tous les poisons que la pollution et les grands complexes agro-alimentaires et industriels ont mis dans mon corps. Alors je bois du jus de curcuma, je bouffe des pommes puisque paraît-il "an apple a day keeps the doctor away" et je fredonne  "Dans la vie faut pas s'en faire" de Maurice Chevalier en prenant l'accent de ménilmuche et en roulant les R.

mardi 1 novembre 2016

Lire à la plage


Voilà,
la douce lumière d'un paisible après-midi d'automne au bord de l'océan. Les vagues s'échouent avec nonchalance sur le rivage comme elles l'ont toujours fait quand la mer est calme. Quelque chose qui ressemble à la paix, à la sérénité. Bien sûr comme la plupart des images celle-ci est trompeuse. Mais on voudrait tant y croire. L'homme dans sa solitude studieuse est aussi une image du répit qu'on se donne face à la cruauté de l'époque. Autrefois il aurait eu un livre entre les mains. Aujourd'hui une liseuse kindle. Et moi je note ces quelques lignes, non au crayon sur un carnet, mais sur un smartphone avec lequel j'ai aussi pris la photo. 
Bientôt le soleil va disparaître de l'horizon. L'air déjà fraîchit. Une petite fille bâtit des châteaux de sable au bord de l'eau. Pendant quelques heures, l'inquiétude s'est tenue à distance, et c'est très bien. Considérer tant que c'est encore possible chaque jour comme une opportunité d'étonnements peut-être vouée à demeurer sans lendemain, tel est désormais mon programme. À la fois modeste et ambitieux, en ces temps de déroute et de chaos,  il en vaut toutefois bien d'autres.

jeudi 27 octobre 2016

Intervenir


Voilà,
je ne peux m'empêcher : deux photos hier soir publiées sur Instagram prises à la dérobée. L'une hâtivement cueillie depuis un bus me fait penser à une image de Hopper. il fallait absolument saisir "l'occasion qui jamais plus ne se représentera" comme disait Jankelewitch. Tout autre chose ici. Je passe par des états changeants. Des envies d'images très différentes me traversent. Là j'ai besoin de quelque chose de plus léger, plus enfantin, plus coloré. Même si les mots ne viennent plus, l'envie de bricoler des images persiste. Comme si désormais ce n'était plus que ma seule possibilité, non d'agir sur le monde, mais au moins d'y intervenir, et qu'il y avait urgence à le faire quand est si grande la tentation de renoncer. C'est aussi une façon d'être encore relié à moi. De plus en plus souvent l'impression de me quitter de me dissocier de m'effacer, de devenir transparent inconsistant me traverse. Seules les images attestent de ma présence, témoignent de mon répit, donnent un peu d'épaisseur à mes jours. Bien sûr il y a ces surprises qui font le sel de la vie. Ainsi la récente découverte de l'œuvre d'Ahmad Jamal, réponse tendre subtile sensible de la spiritualité authentique à tous les sanguinaires et décérébrés crétins se réclamant du radicalisme musulman au nom duquel toute musique devrait être bannie. Voilà quelque temps, circulait sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle l'imam de Brest expliquait à des enfants que la musique pouvait transformer en singe ou en cochon ceux qui l'écoutent. Cette bêtise consterne, afflige et pourrait même désespérer. Mais heureusement il y a Ahmad Jamal. Tant de délicatesse, apaise et élève l'âme, éloigne des pensées triviales, rend plus supportables les tâches quotidiennes de l'ordinaire des jours autant qu'elle distrait des douleurs d'un corps usé par trop de conduites déraisonnables. Je songe alors que la béatitude pour moi pourrait être cela : rester allonger au soleil sur un matelas pneumatique (en étant protégé bien sûr), flotter sur une eau paisible et avoir dans les oreilles l'album "Saturday morning". Mais bon, c'est le froid qui commence à gagner ici. Et l'envie de se calfeutrer.


mardi 25 octobre 2016

Zoo


Voilà,
les années ont passé sans qu'il ne s'en soit tout à fait rendu compte. Les enfants ont grandi, et désormais il ne marche plus en leur compagnie au jardin des plantes. Le zoo et sa ménagerie où les animaux en cages attendrissaient le plus jeune, ne sont désormais qu'un lointain souvenir. A peine se rappelle-t-il des bras étrangers auxquels il s'abandonnait alors et qui lui offraient un vague réconfort qui le dédommageait à l'occasion d'une vie devenue terne et routinière.

lundi 24 octobre 2016

London calling


Voilà,
je me souviens de cette inscription sous un pont, en février dernier, près de la jungle de Calais où s'entassaient des milliers de migrants. Le titre de l'album des Clash, tout à coup prenait une autre signification. J'y repense ces jours-ci où de nouveau l'on chasse des gens qui reviendront (les mêmes ou d'autres) tôt ou tard, en dépit des murs, des grilles et de la police. Il reviendront, parce tel est le sens de l'histoire. Inéluctablement du sud vers le nord. Jusqu'à ce qu'un accident nucléaire rende moins attrayantes nos latitudes.

samedi 22 octobre 2016

All Blacks


Voilà, 
Le sens du mouvement, l'audace, la puissance, la vélocité, la cohésion et cette immense confiance partagée telle que chacun peut à quiconque passer le ballon sans regarder son partenaire. La solidarité dans toutes les phases de la rencontre, l'harmonie dans la transmission ; ces hommes font d'un jeu un art. Ils donnent toute sa beauté à ce geste paradoxal qui consiste à aller de l'avant en se passant la balle en arrière quand des adversaires déterminés s'emploient à vous en empêcher. Parfois ils déferlent comme une meute terriblement organisée et impitoyable, d'autres fois ils semblent légers comme des anges. Peut-être sont-ils en train de transformer l'affrontement en un rituel. Ils ne combattent plus l'adversaire, ils l'utilisent pour se surprendre eux-mêmes, s'épanouir dans la grâce de l'instant et inventer des formes, des trajectoires, des assauts inédits. Je les regarde avec émerveillement. Elle est l'âme de tout un peuple cette tribu vêtue de noir et sous ces latitudes lointaines rudes et sauvages ceux qui la composent en sont les héros, Je me souviens la première fois où j'ai entendu parler d'eux. C'était en novembre 1967 au CES de Parentis-en-Born, j'étais alors en sixième. Nous avions cours de gymnastique un samedi après-midi sur deux. Cette année là, les Blacks étaient venus jouer en Novembre au stade de Colombes et le match avait été retransmis à la télévision, commenté par Roger Couderc qui a fait, avec son accent rocailleux du Sud-Ouest connaître et aimer le Rugby en France. Notre prof de Gym, monsieur Gallin, souhaitant regarder le match avait fait installer un poste TV dans les vestiaires du stade afin de nous donner selon ses propres termes "un cours théorique". D'ailleurs après le match nous avions dû reproduire certaines phases de jeu qu'il avait mis en évidence pendant la retransmission. Je me souviens que nous nous étions ensuite entraînés à faire des "mauls" après la récupération de la balle en touche (un maul commence lorsqu’un joueur portant le ballon est saisi par un ou plusieurs adversaires et qu’un ou plusieurs coéquipiers du porteur du ballon se lient à ce dernier. Un maul implique par conséquent quand il commence au moins trois joueurs, tous sur leurs pieds : le porteur du ballon et un joueur de chaque équipe. Tous les joueurs participant au maul doivent être dans le maul ou liés au maul et sur leurs pieds et avancer vers une ligne de but). Les All Blacks avaient à l'époque la réputation d'être imbattables, et en effet c'est une période où l'équipe a enchaîné 17 matches victorieux. L'équipe qui a ce matin battu l'Australie en est à sa dix-huitième victoire consécutive. Il est possible qu'elle ne s'arrête pas en si bon chemin.

mardi 18 octobre 2016

Chacun ses problèmes mon vieux


Voilà,
oui des fois c'est stupide dit-il. Il ne demande rien, les souvenirs remontent. Un peu comme l'eau croupie dans un évier bouché. (Ah je connais le problème des fois ça m'arrive à moi aussi, d'ailleurs à six ans je n'avais déjà que des souvenirs) C'est comme ça. S'en passerait bien. Souvent ça l'encombre. Oui souvent. Mais bien moins cependant que le présent... Comment font les autres ? C'est une question qu'il se pose bien des fois dit-il. Comment font-ils ? Oui comment pour s'accommoder du présent et du poids des choses passées ? Et où trouvez vous la force de croire encore en l'avenir ?  Il me demande ça à moi. Qu'est ce que j'en sais ? Moi aussi putain j'ai mes problèmes! Qu'est-ce qu'ils ont tous à me raconter leurs déboires, leurs questionnements métaphysiques, leurs coups de mou ? Qu'ils aillent se branler ça leur décongestionnera le cervelet! En ce moment tout m'accable qu'il dit. Tout est difficile qu'il rajoute. Et il en remet encore une louche : le moindre geste, la moindre action me pèse, un rien me fatigue. Eh bien fais un check-up, mon gars prends des vitamines, de la gelée royale et lâche moi la grappe. Et il déroule : pas envie d'être là. Pas sûr non plus que je sois capable d'être ailleurs. Oui parfois, je me verrais bien le cul dans le sable pas loin de la dune du Pyla par exemple, à regarder la mer et les nuages. Ah oui ça je comprends c'est beau la dune du Pyla, je m'y verrai bien moi aussi mais sans toi connard. Enfin bon j'imagine juste. Parce que je sens bien qu'une fois sur place j'aurais aussitôt la bougeotte. Me traîne un gros bourdon. La vie me semble sans autre issue que celle d'aller de mal en pis. Oh là là là là mais suicide toi mon vieux suicide toi va crever qu'on n'en parle plus si tu veux je te file un coup de main. Il me regarde avec son air de chien battu, et moi je lui souris bêtement. Je lui dis que j'ai connu ça aussi. Je ne sais pas comment m'en dépêtrer. Je ne comprends pas pourquoi il n'y a plus de feuilles aux arbres. Je songe au temps où j'avais une famille.

dimanche 16 octobre 2016

Nouveau Truc


Voilà,
C'était un nouveau truc.... Ma fille était allée acheter avec Henri son camarade de classe des bracelets chez le brésilien de la rue Maison Dieu. Depuis son commerc a fermé. Dommage, j'aimais bien sa boutique jaune verte et bleue dont la façade égayait la rue. Je me srappelle que j'allais y chercher, en 2009, des canettes de guarana avant de me rendre aux répétitions du Théâtre de la Tempête. Je ne me souviens plus exactement de quand date cette photo, 2012 peut-être, à l'époque on écoutait beaucoup la chanson "balado boa" de Gustavo Llima et aussi "Tacata"de Tacabro ou un peu avant la coupe de monde de foot de 2014. C'est étrange comme cette période, paraît à présent paisible, même si je ne l'étais pas vraiment intérieurement. La guerre, la terreur n'avait pas encore gagné nos latitudes. Et ma fille était encore une petite fille....

vendredi 14 octobre 2016

Deux Rombières


Voilà,
c'était en février 2015. A cette époque, pour faire sa promotion, un institut de langues étrangères affichait de mauvais jeux de mots sur ses panneaux publicitaires exclusivement placardés dans les wagons du métro parisien. Lorsque j'ai volé cette photo, j'étais en bonne compagnie. C'était une heure tardive, au retour d'un spectacle et ces deux femmes, (surtout celle avec sa fourrure), parlant de leur déboires familiaux – le mot argent revenant souvent dans leurs propos – m'ont immédiatement paru dignes d'intérêt. (Linked with the weekend in black and white).

mercredi 12 octobre 2016

Station balnéaire


Voilà,
C'était la dernière matinée de mon séjour, je m'apprêtais à quitter cette station balnéaire que je venais de découvrir avec ravissement et où je m'étais si bien reposé. Je regardais les maisons en songeant que cela devait être formidable d'appartenir à une de ces familles raisonnablement riche, catholique sûrement, où l'on se transmet du patrimoine de génération en génération. Bien sûr, pour l'avoir souvent entendu, je sais qu'une maison c'est coûteux à entretenir. Mais les pauvres ne se posent pas ce genre de question. Ils ne savent que bader et envier les bourgeois. Pour ma part je nourris à l'égard de ces derniers un mélange de fascination et de détestation, sans doute parce que je suis persuadé  que j'aurais été assez sournois pour profiter du confort et de l'éducation bourgeoise sans tomber dans le panneau de la subordination. J'ai tout de même eu affaire à pire dans mes jeunes années. Bref, j'étais sur la plage quasiment déserte et, un garçonnet, sans doute pour une mauvaise action (comme on dit au catéchisme) qu'il avait commise un peu plus tôt, tentait de s'excuser auprès d'une fillette en train de creuser un trou dans la plage. "Casse toi sale merdeux, dégage, je ne veux plus te voir" lui répondait celle qui semblait avoir sensiblement son âge. Était-ce une camarade de jeu, sa sœur ou une cousine ? Quoiqu'il en soit la violence de sa réaction sur la plage vide ("Ne t'approche pas, fous le camp petit con, je t'emmerde") contrastait avec le bon ton que j'avais pu constater les jours précédents, parmi ces familles catholiques qui fleuraient la France des rentes viagères de la gestion dite "de bon père de famille", et des banlieues cossues de l'ouest parisien. En me baignant j'avais même pu entendre, quelques jours auparavant cette savoureuse réplique d'une élégante et embijoutée quinquagénaire vêtue d'un maillot de bain deux pièces (ce qui me rendra la religion catholique toujours moins détestable que les autres) expliquant à une autre femme, "la semaine prochaine c'est la béatification de Mère Theresa, et c'est très important pour nous car notre paroisse possède des reliques de Mère Theresa". 

lundi 10 octobre 2016

L'Album "Black Star"


Voilà,
Jusqu'à présent j'en avais été tout à fait incapable, et puis je me suis résolu à le faire. J'ai enfin écouté l'album "Black Star" de David Bowie dans son intégralité. C'est tout à fait sidérant. Cette orchestration de jazz de Donnie McCasslin qui soutient l'album est puissante, et cela ne ressemble à rien de connu chez cet artiste. Longtemps que je n'avais pas été pareillement saisi. Bowie a offert au monde avant de le quitter, un immense cadeau. C'est beau, c'est émouvant, c'est parfois même déchirant. De sa mort à venir, il a fait une œuvre d'art intense et profonde

samedi 8 octobre 2016

Caricature



Voilà,
Il me semble parfois que je deviens fou. Le jeu social m'épuise. Je ne m'y reconnais pas. Je ne m'y retrouve plus. J'ai l'impression d'y faire une absurde figuration. J'accomplis des gestes, je tiens des propos. J'assiste à des événements, je me mêle à des manifestations. Je trimballe une sorte de caricature qui n'est pas moi et que je fais semblant d'être. Je n'ai envie de rien. Prendre l'air, le soleil, ça serait bien. Mais tout me coûte un effort considérable. Mettre de l'ordre dans mes affaires. C'est à cela que je vais m'atteler désormais. C'est tout ce qu'il me reste, pour avoir l'illusion que je maîtrise ma vie, et encore. Sinon j'achète de nouveaux parfums. Ça rend l'air du temps plus supportable.

mercredi 5 octobre 2016

Dépouilles


Voilà
ce que Jean-Paul Sartre écrivait au début des années cinquante après avoir visité la crypte des Capucins de Rome : "Ces moines conservent les dépouilles humaines pour faire durer le plaisir ; ils retiennent l'homme de devenir chose pour pouvoir le traiter comme une chose, ils arrachent les ossements à leur destinée minérale pour pouvoir les asservir à la caricature d'un ordre humain ; on les exhume en grande pompe pour en faire du matériau de construction. Les religieux jugeaient la beauté diabolique quand elle venait du siècle ; il se transforment en esthètes quand il s'agit de préférer tout, même le beau, à leur prochain ; ils décorent la chapelle avec de l'homme comme les gardiens de Buchenwald faisaient des abat-jour en peau humaine". Le lieu, insolite constitue un genre artistique unique d'une certaine façon, une sorte de kitsch funéraire. Ce qui est troublant dans la remarque de Sartre, c'est l'inversion chronologique, la revisitation et la critique du passé à la lumière d'événement récents. Comme s'il y avait une relation de cause à effet entre les deux événements. Les mettre d'ailleurs sur le même plan, paraît a l'heure présente assez faible. Comme quoi les conditions historiques, les circonstances déterminent aussi notre façon, sinon de penser, du moins de ressentir.

dimanche 2 octobre 2016

Regard Moderne, rue Gît-le-Cœur


Voilà, 
elle n'aura plus le même charme, la rue Gît-le -Cœur, maintenant que Jacques Noël son libraire, que l'on voit sur la photo s'est fait la belle. Hier soir, une rose était accrochée à la devanture de la librairie "Regard moderne". C'était, avec la salle de cinéma où j'ai vu autrefois le film de Peter Brook, "rencontre avec des hommes remarquables" et aussi le "Malaparte" de Liliana Cavani ce qui restait de l'esprit bohème de cette rue. En face de la librairie, l'hôtel où descendaient les écrivains de la Beat Generation, est devenu un établissement de luxe. j'aimais l'incroyable capharnaüm de cet endroit si singulier. 


Il y a quelques jours encore, alors que j'allais voir un film à côté, il était là à lire sur son pas de porte en fumant une clope. Que va-t-il advenir de tous ces trésors ? Sans doute ce lieu va-t-il à son tour, lui aussi disparaître.

samedi 1 octobre 2016

Ce Besoin d'évasion


Voilà,
les choses concrètes, les tâches ordinaires de la vie quotidiennes suscitent la plupart du temps, au mieux indifférence, si ce n'est contrariété. Dans cette grande ville d'où il ne parvient guère à s'échapper, il voit certes encore des gens, mais ce sont des vieux, comme il l'est peu à peu devenu lui aussi sans pour autant vraiment s'en apercevoir. D'ailleurs, depuis quelques années, on le convie plus souvent à des enterrements qu'à des mariages. Deux fois par nuit il se lève pour pisser, marchant difficilement. Son corps engourdi, perclus de rhumatismes, se dérègle peu à peu. Comment ne pas ressentir cela comme une trahison ? Ceux pour qui il aimerait compter le considèrent avec une affection distante. Ses enfants l'appellent encore de temps à autre. Le plus souvent pour lui réclamer quelques services. Il ne fait pas vraiment son âge, et il lui semble que sa peau est encore douce, mais personne désormais ne lui prodigue plus de tendresses. Si sa libido ne le torture plus autant qu'autrefois, quelqu'un pour  lui gratter le dos, le caresser ou l'embrasser serait tout à fait bienvenu. Oui mais il n'y a personne. Malgré sa maigre retraite il s'autorise néanmoins une fois par mois un petit extra chez la masseuse vietnamienne du coin de la rue. Ne vit on pas désormais dans une société de services ? Il possède des trésors en lui. Des connaissances, de l'expérience. Il a même acquis une certaine forme de sagesse. Mais il sent bien qu'au regard de ce monde il est devenu un produit périmé. Il voudrait parfois disparaître. Des traces, il en laissera bien assez. De qui aura-t-il vraiment été aimé ? Qui l'aura vraiment compris ? Pas grand monde. Autrefois il avait rêvé d'un véritable amour, il n'aura connu que malentendus et mécompréhensions. Depuis que sa fille ainėe lui a reproché, en fustigeant "son fascisme carnassier" de l'avoir nourrie avec trop de viande durant son enfance, Julien Moristel se retire de plus en plus souvent dans ses pensées. Il a besoin d'évasion. Il boit. Peut-être qu'un jour ses paupières se refermeront définitivement sur un de ces paysages crépusculaires qui le traversent parfois. Alors comme un nuage ou comme un parfum, il s'évanouira doucement, abandonnant son existence aux souvenirs des autres. La légèreté le recueillera comme poussière dans un rai de lumière.

samedi 24 septembre 2016

Dans les ruines



Voilà,
Comme il avançait avec difficulté dans une ville en ruine dont il ignorait le nom, il se rappela soudain avoir vu avec en compagnie de son père en 1965, une retransmission télévisée du jubilé de Sir Stanley Matthews, footballeur qui avait pratiqué son sport jusqu'à un âge avancé. L'image de cet homme porté, à l'issue du match, en triomphe par ses coéquipiers et par ses adversaires d'un soir, alors que le public entonnait le chant "ce n'est qu'un au revoir," lui était déjà quelquefois revenue en mémoire. Mais à présent que tout, dans les parages, semblait irrémédiablement détruit et sur le point de se fondre dans une brume épaisse et d'un gris uniforme, le souvenir de cette image et ce chant, suggérait une possible porte vers un monde adjacent où  — du moins, de cela, avait-il grand besoin de se persuader — déjà se déployait avec lenteur un éventail de virtualités inaccomplies. Hanté par la sensation de n'être plus qu'une ombre en train de se dédoubler, il s'apprêtait à se quitter lui-même pour accéder enfin à la Lumière, et, qui sait, devenir cette lumière qui paraissait l'appeler bien qu'elle lui demeurât encore invisible. Mais, autour de lui, des voix et toute une agitation qu'il percevait à grand peine, semblaient lui intimer l'ordre de revenir sur ses pas. 

mardi 20 septembre 2016

Le Nom sur le bout de la langue


Voilà,
J'étais content de ces retrouvailles imprévues avec une ancienne maîtresse. C'était si soudain, si improbable. Rien n'avait changé. Elle était toujours aussi séduisante et son appartement pareillement agréable. La première fois, après la représentation où je l'avais croisée par hasard au bar du théâtre, elle m'avait proposé de me raccompagner — d'accord c'est sympa — embarqué dans sa gigantesque automobile américaine, puis en cours de route suggéré de boire un dernier verre chez elle, c'est comme ça qu'elle avait dit, j'avais trouvé ça un peu vieux jeu comme expression mais j'avais quand même dit oui. Il m'est arrivé quelquefois de me faire enlever et j'ai toujours adoré ça, parce qu'au fond ça rend la suite bien plus simple et donc elle m'avait emmené dans son quartier résidentiel. Cette fois-ci je ne sais pas comment je m'étais retrouvé chez elle mais notre nuit d'amour avait été beaucoup plus torride que la première fois. D'ailleurs la première fois elle ne l'avait pas ėtė. Juste amicale, complice, mais somme toute assez raisonnable. Alors que là, vraiment oui quelle nuit ! Et puis toutes ces pizzas là qui flottaient dans sa chambre au-dessus de nous ! Très fines et odorantes ! Pourtant c'est seul — certes vigoureux comme un jeune homme au matin et c'est toujours bon pour le moral — mais seul que je me suis éveillé, surpris d'être là, chez moi, simplement chez moi. Le même mur en face les mêmes livres. Comment s'appelait elle déjà ? Je cherche je cherche j'ai beau chercher je ne trouve pas j'essaie de me concentrer ça ne vient pas du temps passe et toujours rien j'en suis au troisième bulletin d'informations matinal, où l'on parle de l'encellulement individuel inscrit dans la loi française depuis 140 ans et jamais appliqué dans les prisons de ce pays, trois fois qu'on me recommande aussi de voir un certain spectacle parrainé par la station pré-programmée de mon réveil-radio, et je ne parviens toujours pas à me souvenir du nom de cette femme. De ses gestes oui, de ses mots, de ses demandes, de son visage de sa voix et de quelques singularités anatomiques mais son nom, c'est quoi déjà son nom...

dimanche 18 septembre 2016

Sur la plage


Voilà,
Se tenant à distance le promeneur observait l'homme et l'enfant qui jouaient sur le rivage. La rentrée des classes était imminente. A présent désertée, la plage reprenait possession d'elle-même. En surplomb posée sur le rocher, la maison invitait à une rêverie désordonnée où s'agrégeaient les épisodes d'une existence imaginaire, à la fois paisible confortable et inspirée. Comme il semblait loin le tumulte du monde. Tant d'harmonie tenait du miracle. La douceur de l'endroit engageait au repos sinon à l'abandon. Et la vie fragile se tenait là tout entière dans un rayon de soleil. 

samedi 17 septembre 2016

Gérard s'en est allé


Voilà,
j'en ai quelquefois parlé, par-ci ou bien par là, au sujet de sa merveilleuse maison qu'il avait bâtie de ses mains, avec l'aide de maçons du coin, au sujet des cabanons qu'il avait restaurés dans la forêt, et parce que c'était une personne incroyablement ouverte et curieuse. Cette photo a été prise en 1986, c'est la seule que j'ai en ma possession où l'on me voit en sa compagnie. Ce jour là nous avions remonté  à plusieurs le four à céramique qui était assez lourd dans la maison de Molinario. J'avais alors trente ans, et lui soixante cinq. Il a quitté ce monde hier. Lui aussi, comme son frère Philippe, faisait partie de ceux que Peter Brook a nommés "des hommes remarquables". Il a eu une longue et belle vie. Je suis heureux de l'avoir croisé. En octobre 2014 il m'avait envoyé une réédition du livre qu'il avait écrit sur Châteaudouble avec une dédicace écrite d'une main sûre. Son dernier souffle aura été dans ce village qu'il aimait tant. 

vendredi 16 septembre 2016

Glaces Motta, louanges à dieu


Voilà,
celle-ci a été prise courant Août 1991, peu avant mon départ pour le Pakistan, à l'entrée du jardin du Luxembourg qui fait face à la rue Soufflot et au Panthéon. Les quatre hommes à chemise blanche sont américains, mormons ou témoins de Jéhovah je ne me souviens plus exactement et chantent une louange à dieu. Je me demande s'il existe encore aujourd'hui des glaces Motta ou si cette marque a disparu. (linked with the weekend in black and white)

lundi 12 septembre 2016

Lorsque l'enfant était enfant


Voilà,
un poème de Peter Handke que l'on entend si je me souviens bien dans me film "Les ailes du désir" de Wim Wenders

Lorsque l’enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
Il voulait que le ruisseau soit rivière
Et la rivière, fleuve,
Que cette flaque soit la mer.
Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.
Lorsque l’enfant était enfant,
Il n’avait d’opinion sur rien,
Il n’avait pas d’habitude
Il s’asseyait souvent en tailleur,
Démarrait en courant,
Avait une mèche rebelle,
Et ne faisait pas de mines quand on le photographiait.
Lorsque l’enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là ?
Quand commence le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est pas qu’un rêve ?
Ce que je vois, entend et sens, n’est-ce pas simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Le mal existe t-il vraiment avec des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi, avant de le devenir je ne l’étais pas, et qu’un jour moi qui suis moi, je ne serais plus ce moi que je suis ?
Lorsque l’enfant était enfant,
lui répugnaient les épinards, les petits pois, le riz au lait
et la purée de chou-fleur.
et maintenant il en mange même sans être obligé.
Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.
Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seule tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.
Sur chaque montagne, il avait le désir d’une montagne encore plus haute,
Et dans chaque ville, le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.
Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises, exalté
Comme aujourd’hui encore,
Etait intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.
Lorsque l’enfant était enfant il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours.

samedi 10 septembre 2016

Dormir pour oublier (22)


Voilà,
c'est une image de rentrée. Une image parisienne de rentrée. Je suis ensuite passé au commissariat du cinquième arrondissement de Paris pour leur demander d'envoyer police secours. On m'a ri au nez. "Si on devait ramasser tous les clodos on n'aurait plus le temps de vous protéger. Vous etes au courant qu'il se passe des choses en France non ?". J'ai montré la photo. J'ai dit "je me demande s'il n'est pas mort" on verra ça m'a-t-on répondu. Je suis reparti. Il n'y a pas très longtemps, en plein mois d'Août on a découvert non loin de chez moi un mort de la rue. Un collectif recense ceux qui décèdent ainsi dans l'indifférence générale. Il en est certains parmi eux dont on n'a même pas retrouvé les noms.

vendredi 9 septembre 2016

Ruines


Voilà,
"La poésie de la ruine est poésie de ce qui a partiellement survécu à la destruction, tout en demeurant immergé dans l’absence : il faut que personne n’ait gardé l’image d’un monument intact. La ruine par excellence signale un culte déserté, un dieu négligé. Elle exprime l’abandon et le délaissement. Le monument ancien était un mémorial, […] il perpétuait un souvenir. Mais le souvenir a été perdu, une signification seconde lui succède, annonçant dorénavant la disparition du souvenir que le constructeur avait prétendu perpétuer dans la pierre. Sa mélancolie réside dans le fait qu’elle est devenue un monument de la signification perdue." (Jean Starobinski in "L'invention de la Liberté") linked with The weekend in black and white

mardi 6 septembre 2016

Pierre Soulages et le Rugby


Voilà,
il n'y a pas très longtemps j'ai entendu une émission sur le Rugby à France Culture intitulé "Sport d'hommes jeu d'enfants" et l'un des invités était Pierre Soulages. J'ignorais sa passion pour ce jeu et cela me l'a rendu définitivement plus sympathique encore. Il y évoque à la 41ème minute une anecdote : venu à Paris pour y faire ses études d'Arts plastiques, il se promène un jour avec des amis du côté du boulevard St Michel. Là soudain un policier l'interpelle et lui demande s'il est bien Pierre Soulages. Interloqué autant que ses amis il répond par l'affirmative. Le policier se découvre alors. Il est lui aussi du sud où il a vu Soulages jouer au rugby et lui propose aussitôt de venir jouer au Stade Français où il aurait tout à fait sa place en équipe première. Le policier note même sur un bout de papier le numéro de téléphone de quelqu'un qu'il doit absolument joindre. Soulages précise alors qu'il a pris soin de ne pas donner son adresse parisienne de peur qu'on essaie de l'y retrouver. Il ajoute même qu'à ce moment là il a craint que son attrait pour le rugby ne le détourne de ce qu'il considérait comme plus important, à savoir la peinture. Évidemment, je ne peux m'empêcher, à la lumière de cette information d'établir une relation entre le noir des tableaux de Soulages et le maillot des All Blacks qui depuis toujours sont à la fois l'esprit même et l'incarnation de ce jeu. Quoiqu'il en soit il explique aussi dans ce documentaire la relation qu'il y a entre sa façon de peindre, d'envisager le tableau et ce qu'il a éprouvé du rugby.

dimanche 4 septembre 2016

Surgissements



Voilà,
Certains surgissements sidèrent. Ils sont au-delà des mots. Il faut les accepter avec leur violence et leur grimaçante obscénité. Ce sont les figures de ma déraison. Oui certaines images qui aboutissent après un long processus me laissent pantois, effaré. Celle-ci par exemple. Je sens bien que d'une certaine façon elle dérange. Pourtant elle me plaît bien. Elle m'étonne. C'est de cela dont j'ai envie. Être étonné. Si je produis une image qui m'étonne, alors je me désennuie de moi et c'est très bien, même au prix du dérangement. Qu'importe le moyen, le traitement, tout à coup une image s'impose par son énigme. C'est ce qui me la rend plaisante sinon belle. Je ne comprends pas comment elle a pu se retrouver là. Elle est une irruption une rupture dans l'ordre de ce qui m'est intelligible. À mes yeux donc, elle se constitue en événement. Je la trouve tragique et farcesque tout à la fois. Archaïque. Oui comme venue d'un autre temps. Celui où je taillais la pierre pour donner forme à la gargouille que je devinais en elle. Je ne savais faire que ça, mais parmi les compagnons ma réputation était grande. On m'acceptait tel que j'étais on me reconnaissait le droit de faire surgir les démons, les figures ténébreuses de la peur, et la joie grotesque des demeurés, l'effroi de toutes sortes de figures de la damnation. L'enfer et les gargouilles c'est tout ce que j'aimais sculpter alors, c'était ma spécialité. Les gens d'église ne m'aimaient pas. Se signaient en se détournant à mon passage. Je travaillais pourtant à leur maison. Heureusement les autres compagnons me soutenaient. L'un d'eux un jour, me demanda même de lui sculpter une tête de Salamandre sur un éclat de marbre noir. Lorsque, non sans une certaine appréhension, car ce marbre m'était inconnu et m'avait posé quelques problèmes, je lui avais présenté l'objet il s'en était saisi, l'avait longuement observé, puis refermant à main sur lui l'avait déposée dans poche, avant de me serrer fort et très longtemps dans ses bras. J'avais senti la chaleur de ses deux mains à plat sur mon dos. En avais éprouvé de l'embarras. En se déliant il m'avait dit droit dans les yeux, "non seulement compagnons mais frères aussi". Mais tout ça c'est de l'histoire ancienne. Désormais, dans un monde dépourvu de sens, seul devant mon écran, je rêve d'amitié, de cathédrales, et de chimères gravées dans la pierre.

jeudi 1 septembre 2016

Flux et reflux


Voilà,
"Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser".  (Jean-Jacques Rousseau, "Les rêveries du promeneur solitaire")