vendredi 20 juillet 2018

Le Salut sur la Roche


Voilà,
le cédrat de chez Nicolaï acheté au printemps 2010 dans cette boutique juste parce la vendeuse, une brune quadragénaire assez stylée m'en avait aspergé le poignet avec un je-ne-sais-quoi d'un peu mutin, mais aussi parce qu'il m'évoquait ce lime de chez Crabtree&Evelyn offert par Pierre Guyot un dimanche matin rue Cassette où il venait d'emménager  (pour Agnès c'était un Ylang-Ylang de la même maison). Ce matin, associés à cette fragrance, me sont revenus des souvenirs de Châteaudouble. J'ai repensé au jardin de Gérard juste au dessus du tunnel. Les moments lointains se mêlent a d'autres plus récents sans que je ne puisse y faire grand-chose. Je ne vais pas les chercher ils remontent, c'est ainsi. Parmi eux, l'ombre de qui-je-fus m'adresse un amical salut. linked with the weekend in black and white)

mardi 17 juillet 2018

Le Lézard


Voilà,

Un jour, seul dans le Colisée, 
Ruine de l’orgueil romain, 
Sur l’herbe de sang arrosée 
Je m’assis, Tacite à la main.

Je lisais les crimes de Rome, 
Et l’empire à l’encan vendu, 
Et, pour élever un seul homme, 
L’univers si bas descendu.

Je voyais la plèbe idolâtre, 
Saluant les triomphateurs, 
Baigner ses yeux sur le théâtre 
Dans le sang des gladiateurs.

Sur la muraille qui l’incruste, 
Je recomposais lentement 
Les lettres du nom de l’Auguste 
Qui dédia le monument.

J’en épelais le premier signe : 
Mais, déconcertant mes regards, 
Un lézard dormait sur la ligne 
Où brillait le nom des Césars.

Seul héritier des sept collines, 
Seul habitant de ces débris, 
Il remplaçait sous ces ruines 
Le grand flot des peuples taris.

Sorti des fentes des murailles, 
Il venait, de froid engourdi, 
Réchauffer ses vertes écailles 
Au contact du bronze attiédi.

Consul, César, maître du monde, 
Pontife, Auguste, égal aux dieux, 
L’ombre de ce reptile immonde 
Éclipsait ta gloire à mes yeux ! 

La nature a son ironie 
Le livre échappa de ma main. 
Ô Tacite, tout ton génie 
Raille moins fort l’orgueil humain !

Alphonse de Lamartine


dimanche 15 juillet 2018

Soir de fête (et un large addendum)


Voilà, 
le peuple de reconnaît dans son équipe, s'identifie à elle. D'ailleurs il scande sur l'air des lampions "on est les champions", comme si c'était lui qui était sur le terrain. Les joueurs de l'équipe ne sont plus une sélection ils sont, pour ceux qui les regardent, les ambassadeurs de tous les français. Le peuple, on aimerait qu'ils soit aussi solidaire et combatif dans la défense du code du travail, et de ses acquis sociaux que l'ont été les joueurs du onze tricolore dans la défense de leurs buts face à leurs adversaires.
Mais bon aujourd'hui tout le monde s'aime. A 9h 30, déjà, au pied de l'escalier du grand Palais, un des préposés à l'entrée de l'exposition Kupka, à la peau d'un noir d'ébène, plaisante avec ceux qui n'ont pas de billets en leur disant c'est vous la file des sans-papiers. Ce qui amuse tout le monde.
Avant le match, dans les rues beaucoup de gens ayant endossés le maillot de l'équipe nationale, se trimballent avec des drapeaux, les trois couleurs peintes sur les joues. On sent une grande attente, une espérance qui autoriserait d'exulter et de se se lâcher pour faire la fête.
Les gens ont envie de se fabriquer des souvenirs, pour plus tard. Ils ne songent pas dans leur liesse, à un avenir qui sera climatiquement éprouvant, peut-être radio-actif, en tout cas très pollué et sûrement très inégalitaire, et où jouer au foot sera peut-être plus pénible. Ceux qui exultent aujourd'hui se souviendront de ce moment de communion, et de ferveur, durant lequel ils étaient si heureux de brailler leur joie toute la soirée et au-delà, sans penser un instant au racisme qui sévit en temps ordinaire dans ce pays. Les mexicains appellent "guateque", une fête très bruyante qui dure toute la nuit, ce qui paraît être la perspective à l'heure où j'écris ces lignes. Mais n'oublions pas que pendant que la France exulte de voir son équipe gagner, à trois heures d'avion de Paris, les habitants de la bande de Gaza essayent de se remettre d'un bombardement massif de l'armée israélienne sur leur territoire. D'ailleurs là-bas on y crée des équipes de foot pour amputés.
N'y songeons pas trop. Ce soir beaucoup d'enfants français sont très heureux. et ont des étoiles dans les yeux. Laissons leur un peu de rêve et aux adultes leur part d'enfance.



Je ne peux pas m'empêcher de rajouter cet article fort pertinent, comme à l'accoutumée d'André Markowicz sur sa page facebook.
"Bon, la France a gagné — je ne vais pas dire « nous », parce que, vraiment, nous, je veux dire, « on » a juste regardé. Mais, je ne sais pas, même si ce n’est sans doute pas poli de le dire, moi, j’étais content que la France gagne, d’abord, parce que, même si c’est devenu un lieu commun, mais enfin, quand même, ils sont de toutes les couleurs et de toutes les origines, et que, oui, quoi qu’on dise, ça fait plaisir, et puis, ça m’aurait fait de la peine que la Croatie gagne, parce qu’il y avait cet entraîneur croate, là, qui avait dit que la Croatie allait jouer contre l’Afrique, en fait, et qu’il y avait d’autres joueurs qui avaient souhaité mettre le feu à Belgrade ou des choses comme ça. — Et puis, je ne sais pas, je me dis que ça nous fait du bien, à nous, de voir la France gagner Bon, en même temps, j’avais une crainte : je me disais, houla lala, la liesse populaire, les klaxons, c’est une nuit d’insomnie garantie, — surtout en centre-ville. Mais, que voulez-vous, j’accepte de souffrir pour la patrie. Et total, fenêtres évidemment fermées, ça va, j'aurai même pu dormir 
*
La grisaille s'étendait chez nous. Une grisaille entretenue par une politique qui est d’une violence, j’ai l’impression, sans pareille, et qui me semble l’aboutissement à la fois du toutes les débandades hollandiennes et de toutes les redomontades sarkoziques, une mise en coupe réglée de la société (et c’est très loin d’être terminé) qui se résume par une remise au privé de toutes les sphères de l’existence. — Et ce que je crains aussi, c'est que les Bleus n'aient assuré à notre président une victoire jusqu'aux européennes, et même au-delà. Je n'en sais rien, j'espère que non, — mais enfin, quoi, si le panem est fourni au mininum, là, au niveau circenses, il faut vraiment être un esprit chagrin pour être triste aujourd'hui.
*
Je dois être un esprit chagrin
*
Theresa May aurait pu assister à la demi-finale, elle n'y est pas allée. — Emmanuel Macron avait promis qu'il y assisterait, histoire, sans doute, d'encourager nos troupes par cette honorifique perspective, — et il y est allé. Il a juste fait l'aller-retour à Pétersbourg. Il est revenu à Moscou. Il y a cette photo étonnante d'un président enthousiasmé, pris dans son geste après un but — un geste que, j'ai l'impression, la décence m'empêche de traduire, et qui est le geste de bien des supporters. Bon. Avant, il avait eu une conversation politique avec Poutine. 
*
Il y a eu l'orage. Et nous avons vu cette image stupéfiante du parapluie qui s'ouvrait tout de suite au-dessus de la tête de Poutine (Poutine et Macron ne se regardaient pas), alors que le président français et la présidente croate (qui m'a eu l'air très sympathique, ma foi — comme quoi, les préjugés... mais je ne la connais pas), restaient trempés comme des soupes, stoïques à embrasser les joueurs les uns après les autres, et¬, au-dessus d'eux, le parapluie s'est ouvert bien plus tard. Ils ont eu le temps de goûter l'hospitalité russe, et de comprendre qui était le patron.
*
Le président a-t-il obtenu la libération d'Oleg Sentsov ? Je n'ai pas l'impression. Mais Poutine ne va pas laisser mourir Sentsov, il le fait nourrir de force. — Non pas par des perfusions de glucose ou de je ne sais pas quoi, mais en lui faisant entrer sa soupe par le nez, ce qui est, on comprend bien, une torture incroyable. Nous venons d'apprendre cela par le journal "Moskovski Komsomolets", qui est un des très rares journaux où, de temps en temps, il passe encore une information réelle. L'administration de Poutine a aussitôt démenti, en disant que, justement, on lui donnait des vitamines, par voie intraveineuse. C'est-à-dire que non seulement Sentsov ne sera pas libéré, nous dit Poutine, mais plus l'opinion publique mondiale se ligue pour le faire libérer, plus il sera torturé.
Cette politique de la force cynique, sans la moindre trace de décence, sans la moindre considération de rien en dehors de la force, c'est ce que nous avons eu à l'œuvre avec le voyage de Trump en Grande-Bretagne, — pour dire aux Britanniques qu'ils n'étaient que des laquais, et dire aux Européens, à toute l'Europe, que c'était la même chose, tous, ils étaient des larbins, et ils ne payaient pas assez leur maître, — et l'OTAN a décidé d'augmenter les budgets militaires, Macron compris. Il y a cette confrontation avec ça : maintenant, les enfants, on a cessé de jouer. D'abord, tu te mets à genoux, ensuite tu dis merci, et on connait la suite. Aujourd'hui, à Helsinski, il y a la rencontre en tête à tête, sans aucune délégation, de ces deux forces brutes, Trump et Poutine — le dernier ayant mis le premier en place, en truquant les élections américaines.
*
Le match à un moment, vous vous souvenez, a été interrompu par des gens qui se sont mis à courir sur la pelouse. Ça aura duré deux minutes, cette interruption (ce qui est gigantesque) : on a appris que c'était une action des Pussy Riot, pour protester contre la politique de Poutine, et pour soutenir Sentsov. Des membres de Pussy Riot — des héroïnes, il n'y a pas d'autre mot, — déguisées en policiers, ont fait irruption sur la pelouse, pour demander qu'on le libère — mais pas que ça, vous verrez leur page FB en anglais. — Elles ont été arrêtées, ça va de soi, et, au moment où j'écris, je ne sais pas où elles sont."

jeudi 12 juillet 2018

Soir de Liesse


Voilà,
je me souviens bien de ce soir là, comme beaucoup en France, sûrement. Il y a tout juste vingt ans. J'étais allé, dans l'après-midi assister à la retransmission du match sur un écran géant au stade Charléty. Avec Christelle qui revenait de Lille nous étions convenus de nous y retrouver, grâce aux portables en offre duo que nous avions achetés peu de temps auparavant sur son initiative, et nous y étions effectivement parvenus. Peu avant la fin, avant le troisième but de Manu Petit nous étions partis pour éviter les embouteillages afin de retrouver Dominique et Blandine dans l'appartement de cette dernière du côté de Montmartre. Après avoir dîné tous ensemble, nous étions sortis faire un tour, pour voir la liesse populaire. C'est à cette occasion que j'ai pris la photo de ces deux enfants assoupis dans leurs poussettes en dépit des hurlements des trompettes et de l'enthousiasme du populo en délire. Peut-être étaient ils au nombre de ceux qui, avant-hier soir se sont rėpandus dans les rues de la capitale pour fêter l'accession de l'équipe de France à la finale de la coupe du monde. (Linked with  the weekend in Black and white)

lundi 9 juillet 2018

Déridons nous avec Derrida


Voilà
- You see, deconstruction is what happens. There is no reason for causality to anticipate it in the system in place...
- So, what happens, the singular event of deconstruction takes place, if I correctly understand, without assignable place, without localization, like an archi-writing that has no other substance than its own movement
- That's exactly what it is, yes

vendredi 6 juillet 2018

Spectres encore


Voilà,
je sais la solitude des spectres égarés et vagabonds qui se frayent un chemin parmi ces mondes virtuels dérobés à nos sens. Ils jettent des oiseaux bariolés dans la chambre, promènent des lézards sur le tain des miroirs. Ils viennent se distraire, flânent dans ma mémoire ou font leurs frasques dans le désordre de la mauvaise heure, pour moi, sept heures du soir, et mes frayeurs autant que mon embarras les amusent. (Linked with the weekend reflections)

mercredi 4 juillet 2018

Sur le bac de Royan au Verdon


Voilà,
longtemps après, ce moment revient en mémoire. Ce sont les vacances, la veille on n'a pas trouvé d'hôtel, on a dormi dans la voiture au bord de l'estuaire à Meschers. On descend vers le sud. Là-haut, sur le pont il y a des jeunes gens insouciants. C'est l'été. Au moment où je déclenche, je pense à une ou deux photos de Raymond Depardon dans sa "correspondance new-yorkaise".  (linked with the weekend in black and white)

lundi 2 juillet 2018

Une belle paire de valises


Voilà,
parfois la réalité offre des perspectives déconcertantes. Mais on a la certitude d'être le seul à capter ce moment qui ne se reproduira jamais plus. Tout y est incongru. Ma présence ici, la femme qui, à proximité de ses valises, se dore au soleil, celle du fond qui époussette sa couverture. Il suffit d'une fraction de seconde. La journée n'aura pas été tout à fait vaine, en dépit d'une certaine déception qu'on y aura éprouvée. Certes elle était prévisible, mais on s'efforçait de ne pas y croire tout à fait.

dimanche 1 juillet 2018

Les amoureux du pont de Sully


Voilà,
sans doute, les apercevant, ai-je envié leur jeunesse et leur insouciance apparente dans un monde qui n'incite guère à la quiétude. Et leur vitalité sans doute aussi. C'était aux premiers beaux jours de l'année, début mai. Je n'ai pas vu le temps passer depuis. Il s'écoule de plus en plus vite. J'accomplis peu de choses à dire vrai en raison de la fatigue dont je ne connais pas la cause. En fait j'ai essentiellement consacré ces derniers temps à ma fille afin de la préparer à son oral de bac français. J'essaie de profiter au maximum de sa compagnie, des tendresses qu'elle me prodigue, de sa présence aimante car d'ici peu elle sera une jeune adulte et sa vie se fera loin de moi. 
Sinon, j'entretiens un rapport de plus en plus ambigu avec ce blog. D'un côté je voudrais lever le pied, étaler mes publications, puisque j'en ai de nombreuses en réserve. D'un autre, je me dis qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver, et qu'il faut continuer à produire, continuer de montrer des images, de rendre compte de ce que je suis encore en mesure de voir ou de penser, même si j'ai de plus en plus de mal à formuler ce qui me passe par la tête. Je prête une attention de plus en plus flottante au monde. Je passe des heures à écouter de la musique. J'ai découvert ce morceau de Josquin des Prés. Steve Reich est déjà là dans ce "Qui habitat".


vendredi 29 juin 2018

Rue Michelet


Voilà,
je me souviens de ce mois de Juin et des hirondelles qui tournoyaient avec grand vacarme au dessus de la rue Michelet déserte à l'heure de la rupture du jeûne parce que c'était ramadan cette année là. Je me rappelle aussi qu'une nuit — c'était au soir du 16 Juin —, la jeunesse algérienne s'était bruyamment répandue dans la ville avec force drapeaux et klaxons, parce que, ce soir là, on avait rediffusé, un an après jour pour jour le match de la victoire de l'Algérie contre l'Allemagne lors de la coupe du monde de 1982, et que cela était fêté avec le même enthousiasme que si cela venait tout juste de se produire. Le peuple de ce pays plaçait alors beaucoup d'espoir dans le président Chadli, car après les années Boumedienne, le régime semblait desserrer l'étau. Ensuite, dans les années qui suivirent, beaucoup d'histoire drôles circulèrent sur Chadli, qui était considéré par ses concitoyens comme un peu bobet. Celle-ci par exemple : un jour, lors d'un conseil des nations-unies, Chadli reste concentré toute la journée. Il semble réfléchir à un  gro problème, ce qui  intrigue les autres délégués présents au conseil. Alors au bout d'un moment on lui donne la parole pour s'exprimer. Chadli prend un air étonné et leur dit: "Depuis ce matin j'essaye de trouver comment ils ont pu faire passer une aussi grande table par d'aussi petites portes, je n'y comprends rien". C'est aussi cette année là, que j'ai vu, à l'occasion des fêtes du ramadan, un grand concert de Screamin'jay Hawkins place de la poste, que je suis retourné à Djelfa, que j'ai erré dans la casbah , visité le jardin d'essai qui m'a tant émerveillé, et Tipasa où j'ai fait la connaissance de Boudjema.  Et pendant ce temps là, le FIS tissait sournoisement sa toile sans que personne n'imagine les grands massacres de la décennie suivante. (Linked with the weekend in black an white).

mercredi 27 juin 2018

Captologie


Voilà,
récemment, Tristan Harris (Rue89, 2016), qui a été « philosophe produit » chez Google expliquait combien il était important de concevoir des interfaces qui avaient pour objectif de « faire perdre du temps ». Autrement dit, ajouter à une expérience utilisateur fluide une dimension persuasive et addictive où les notifications intempestives ne sont que les fonctionnalités visibles d’un système ayant vocation à « voler des heures » aux usagers. Il paraît d’ailleurs que cela s’apprend et cela constitue même une discipline scientifique que l’on peut découvrir au Persuasive Tech Lab de l’Université de Stanford sous le nom de "captologie". Ce terme a été créé par le chercheur B.J.Fogg. Celui-ci a publié en 2003 un ouvrage sur le sujet, dénommé "Persuasive Technology: Using Computers to Change What We Think and Do". Il souligne que la technologie n'est pas seulement un outil mais également un media et un acteur social.

(...)

Ce qu’il y a de nouveau, avec le capitalisme, c'est qu’il est réglé par des livres de compte, par un bilan comptable. En jeu, ça se traduit par le fait que tout ce qu'on fait est reconnu, tout donne lieu à une gratification, un badge ou une récompense. Et tout cela nous donne satisfaction. Chez John Dewey philosophe du pragmatisme, il existe une affinité entre jeu et travail : dans les deux cas, on a une forme d'effort, mais ce qui distingue ces deux notions, c'est que dans le travail les marqueurs de réussite sont plus lointains. Alors que dans le jeu, la gratification est immédiate. (Matthieu Triclot)

(...)

On rentre dans une économie de l'attention et du digital labor en effectuant des tâches numériques fun qui permettent d'extraire de la donnée. Les individus qui bénéficient de ce digital labor ont besoin du fun, de la dopamine. C'était déjà le mot d’ordre de la "gamification", avec des game designers qui vendaient le fait qu’ils savaient comment créer des boucles d'engagement pour que les utilisateurs reviennent sans cesse. C’est toute une industrie fondée sur le fait qu’elle sait comment rendre addict. (Matthieu Triclot)


(...)

Un des paradoxes des jeux se situe dans le fait que l’on peut éprouver de petites expériences de transe sur la machine symbole de la bureaucratie. D'un côté la machine à calcul, gestionnaire, et de l'autre des choses qui relèvent des expériences les plus primitives et les plus troubles. (Matthieu Triclot)

lundi 25 juin 2018

L'Illusion


Voilà,
l'illusion était parfaite. 
Un bref instant lui revint en mémoire
l'illustration qui ornait la boîte du jeu de construction
qu'on lui avait offerte quand il était enfant


linked with Monday murals

vendredi 22 juin 2018

L'Île




Voilà 
C'était au matin de la première excursion sur l'île. J'errais sans but réel, à la dérive, esseulé mais dans l'émerveillement des sensations neuves mêlées à certaines autres, plus anciennes et retrouvées. Ce dépaysement absurde se révélait bienvenu. Je venais de découvrir "Gouverneurs de la rosée", ce merveilleux roman de l'écrivain haïtien Jacques Roumain peu de temps après la catastrophe qui avait accablé Haïti. Mais ce qui faisait l'actualité c'était la l'éruption récente du volcan de Montserrat non loin. En certains endroits le sol était encore recouverts de ses cendres. Je comprenais qu'on pût avoir envie de rester là et d'imaginer une autre existence. (linked with the weekend in black and white

jeudi 21 juin 2018

mercredi 20 juin 2018

J'aime / Je n'aime pas (5)


Voilà,
j'aime cette photo prise en septembre 2014, que je n'ai jamais publiée je ne sais pas pourquoi
je n'aime pas cette allégresse surjouée, des présentateurs de matinales à la radio
j'aime paresser certains après-midi en lisant un bon livre
je n'aime pas la vulgarité des nouveaux riches
j'aime la délicatesse obsédante de la sonate de Scarlatti en do dièse mineur kk247
je n'aime pas l'expression "effet whaou" utilisée dans la presse et les boītes de com
j'aime regarder avec elle les videos de ma fille quand elle était petite
je n'aime pas les réflexions comme "il y a une marque Macron, une marque France"
j'aime tremper des tartines beurrées dans la soupe
Je n'aime pas ce sentiment d'impuissance que j'éprouve parfois devant la bêtise 
j'aime la couleur jaune, parce que c'est la couleur du soleil sur les dessins d'enfants
je n'aime pas les fortes chaleurs
j'aime les sketches de Blanche Gardin

mardi 19 juin 2018

Pont de la Chapelle


Voilà,
de mon point de vue, un des endroits les plus sinistres de Paris, un pont à suicides en quelque sorte, raison pour laquelle sans doute, on y a installé de haut grillages. Situé sur le boulevard de la Chapelle, il constitue une zone grise, un lieu de passage hostile où il ne fait pas bon s'attarder la nuit venue. Le jour, en outre, n'y est guère plus accueillant, même quand s'achève le printemps et que vient enfin l'été.

lundi 18 juin 2018

Le jour où sans le savoir


Voilà
Le jour où sans le savoir 
nous faisons une chose pour la dernière fois
 - regarder une étoile, passer une porte,
 aimer quelqu'un,
 écouter une voix -
 si quelque chose nous prévenait 
que jamais nous n'allons la refaire, 
la vie probablement s'arrêterait 
comme un pantin sans enfant ni ressort. 
Et pourtant, chaque jour 
nous faisons quelque chose pour la dernière fois
- regarder un visage, 
nous appeler par notre propre nom, 
achever d'user une chaussure, 
éprouver un frisson -
comme si la première fois ou la millième 
pouvait nous préserver de la dernière. 
Il nous faudrait un tableau 
où figureraient toutes les entrées et les sorties, 
où, jour après jour, serait clairement annoncé 
avec des craies de couleur et des voyelles 
ce que chacun doit terminer 
jusqu'à quand on doit faire chaque chose, 
jusqu'à quand on doit vivre 
et jusqu'à quand mourir. 
(Roberto Juarroz Quinzième poésie verticale, traduction Jacques Ancet)

jeudi 14 juin 2018

Tout m'échappe, tout s'évapore


Voilà
"Tout m'échappe et s'évapore. Ma vie entière, mes souvenirs, mon imagination et son contenu - tout m'échappe, tout s'évapore. Sans cesse je sens que j'ai été autre, que j'ai ressenti autre, que j'ai pensé autre. Ce à quoi j'assiste, c'est à un spectacle monté dans un autre décor. Et c'est à moi-même que j'assiste" (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

mardi 12 juin 2018

Drôle de coïncidence

Voilà,
ce matin devant la porte d'entrée de mon immeuble
j'ai aperçu cette feuille collée par terre.


Évidemment quand je vois 28
je pense à ma date anniversaire.
En plus c'est vraiment le 28 mai.
Etrange de trouver ça en bas de chez moi un douze juin


Alors je suis allé regarder ça d'un peu plus près.
peut-être quelqu'un qui me connaît un peu 
veut-il me faire passer un message
sans oser me le dire


Quoiqu'il en soit
c'est une drôle de coïncidence

lundi 11 juin 2018

L'Hypocrisie


Voilà,
j'ai réalisé cette image au salon Paris-Photo en Novembre 2017 où m'avait invité un ami retrouvé peu de temps auparavant après trop d'années passées sans se voir. J'en ai profité pour mollement déambuler dans les travées de cette immense foire commerciale qui se tenait au Grand-Palais à Paris. J'ai vu plusieurs grands formats de cette artiste américaine (je crois que c'est une femme, sans en être tout à fait certain) dont l'œuvre consiste essentiellement en portraits en pied, d'enfants nus posant devant un drap. Personnellement, ce n'est pas un truc qui m'intéresse vraiment, et je n'ai pas de commentaire particulier à faire là-dessus, si ce n'est que je m'étonne de la valeur marchande d'une telle photo dans la société puritaine américaine. Comme je n'ai pas noté le nom de ce ou cette photographe, j'ai cherché sur Google, en tapant "enfants ou adolescents nus devant un drap", mais sans succès. Au bout d'un moment, j'ai laissé tombé de crainte que cette recherche ne m'attire des ennuis. Mais si quelqu'un a une idée du nom de ce ou cette photographe (qui n'est pas Sally Mann) Je veux bien. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 8 juin 2018

Le Gardien des Ombres


Voilà,
Aujourd’hui je n’ai rien fait. 
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi. 
Des oiseaux qui n’existent pas ont trouvé leur nid. 
Des ombres qui peut-être existent 
ont rencontré leurs corps. 
Des paroles qui existent 
ont recouvré leur silence. 
Ne rien faire 
sauve parfois l’équilibre du monde, 
en obtenant que quelque chose aussi pèse 
sur le plateau vide de la balance.
Roberto Juarroz, traduction Roger Munier, 1993
(Linked with the weekend in black and white)

mardi 5 juin 2018

Gabriela


Voilà,
ce matin la radio diffuse "In a sentimental mood" avec Coltrane et Duke. Aussitôt les années s'effacent jusqu'à ce début d' hiver 93 ou nous avons passé tant d'heures tous les deux, Gabriela et moi, à développer ses photos dans mon labo afin de constituer un dossier pour une école de cinéma tchèque qu'elle souhaitait intégrer. Nous nous interrompions parfois pour boire des petits verres de becherovka, cet alcool de genièvre qu'elle rapportait de Prague à chacun de ses séjours. J'aimais son accent et son visage enfantin. Elle avait le physique des filles dont je m'éprenais, enfant, à l'école. Un soir, dans un bar elle a murmuré à mon oreille qu'elle était amoureuse de moi... J'ai fait comme si je n'avais pas bien compris... Je n'y croyais pas trop. Et puis elle avait encore un mari, une petite fille, une vie un peu chaotique. Quant à moi, je ne gagnais pas beaucoup d'argent, je ramais professionnellement. Je vivais de nouveau seul et n'en étais pas si mécontent. Mais j'aimais bien nos rendez-vous. On a fini par coucher une fois ensemble et ce n'était pas vraiment ça. Son corps n'était pas très ferme ni moi non plus d'ailleurs. Quelques mois plus tard, elle a rencontré un américain d'origine tchèque qui est devenu l'homme de sa vie. Nous avons continué de nous recroiser de temps à autre, et puis nous nous sommes perdus de vue.


lundi 4 juin 2018

Dans les vapeurs de soufre


Voilà,
parfois je m'attarde sur un paysage d'Hubert Robert 
Et je glisse dans une rêverie qui me le rend plus improbable encore

vendredi 1 juin 2018

Comme une légère démence


Voilà,
une fraction de seconde, au pied de cet escalier j'ai aperçu Lisbonne à Pornic. 
L'illusion était douce, comme une légère démence qui ne prête pas à conséquence
(Linked with the weekend in black and white)

lundi 28 mai 2018

Jadis déjà combien pourtant je me rappelle

 

Voilà,
"Depuis mon enfance, j'ai été sous l'empire d'une immense mélancolie dont la profondeur trouve sa seule expression véritable dans la faculté qui m'a été accordée à un égal degré immense, de dissimuler celle-ci sous l'apparence de la gaieté et de la joie de vivre ; la seule joie, si loin que remontent mes souvenirs a été que personne ne pût découvrir combien je me sentais malheureux" (S. Kierkegaard)

mardi 22 mai 2018

Pédaler


Voilà,
j'ai pris cette photo le jour de la fête du travail sur les quais de Seine, après avoir fait un saut à la manifestation du premier mai. Cette scène a attiré mon attention. J'y voyais l'image d'une transgression, Un moment d'émancipation, certes modeste mais néanmoins notable. Là, par cette journée de printemps ensoleillée, quoique encore un peu fraîche le corps avait envie de s'exprimer, et s'autorisait à le faire. Je trouvais à la fois touchante et incongrue la vision de cette femme foulardée d'un certain âge déjà, qui pédalait avec énergie et détermination. 
J'ai repensé à l'Iran chiite ou les Mollahs continuent de faire la loi. Les jeunes femmes, en signe de résistance, s'y photographient en train d'enlever leur voile. À l'Arabie Saoudite sunnite très sourcilleuse du dogme. Faire du vélo est interdit aux femmes. 
Pour garantir son anonymat autant que pour m'éviter un possible problème, j'ai choisi plutôt que de flouter le visage de cette dame, de le remplacer par un masque. Si la photo perd ainsi de son réalisme, elle en conserve cependant son aspect documentaire.

vendredi 18 mai 2018

Drôle de Réveil



Voilà,
des rêves qui ressemblent à des délires d'agonisant où pêle-mêle s'enchâssent à toute vitesse des situations idiotes : je passe un examen scolaire, je retrouve les sensations et les angoisses que j'avais lorsque je passais moi-même le bac, sans doute parce que je travaille avec ma fille pour son bac de français, je remonte l'escalier de la rue des Saints-Pères où habite Delphine, mais c'est aussi celui de la rue de la Devise à Bordeaux où vivait ma grand-mère (ils exhalent tous deux cette odeur de moisi) et tout à coup mon géniteur apparaît, (et je déteste la sensation qu'il s'immisce ainsi dans mes pensées) raconte qu'à un certain étage on accédait à un puits de lumière et qu'il voyait sa mère penchée sur une rambarde. De nouveau, je suis dans l'appartement des Saints-Pères, mais il y a la Philippe et Dominique. Je vais aux toilettes, au retour je suis très embarrassé parce que j'ai les urines très rouges. Je crains d'avoir du sang dedans, des problèmes rénaux ou autres, je me réveille. J'ai encore sommeil pourtant. Il faudrait trouver un mot pour désigner cet état. Je propose Nowaybeurk.

Dreams that look like deliriums of an agonizing body. Stupid situations jumbled up at a frightening speed. I have a school exam. I 'm overwhelmed by sensations and anxieties similar to those I felt when I passed my baccalaureate, probably because, yesterday I worked in the evening with my daughter to prepare for her year-end exam. I go up the stairs of the rue des Saints-Pères where my old friend Delphine lives, but it's also the one in the rue de la Devise building in Bordeaux where my grandmother stayed for years, a long time ago (they both exhale that special musty smell). Suddenly my progenitor appears, (and I hate the feeling he interferes in my thoughts like that). He tells that on a certain floor as reaching a light shaft he used to see his mother leaning over a railing. Again, I am in the apartment rue des Saints-Pères. Here are Philippe and Dominique. I go to the closets, on the way back I am very embarrassed because I have very red urine. I'm afraid of possible blood in it, kidney problems or something i avoid thinking about. I wake up. I'm still sleepy, though. You'd need a word for that state of mind. I propose nowaybeurk.

jeudi 17 mai 2018

Marché aux puces de Saint-Ouen


Voilà,
il n'y a aucun rapport avec cette image
mais aujourd'hui je me suis, comme on dit dans la novlangue de l'entreprise
externalisé
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mercredi 16 mai 2018

Le Peintre


Voilà
ce peintre m'en a rappelé un autre que j'avais photographié à Central Park il y a bien longtemps et dont je réalise que l'image n'a jamais été publiée. À celle-ci je voulais donner une légère patine, parce que je me suis aussi souvenu de vieilles photos en couleur représentant Claude Monet se promenant dans son jardin.  "En dehors de la peinture et du jardinage je ne suis bon à rien" disait-il. Pour ma part, je ne sais plus trop ce dont je suis capable. Au moins ce billet aura-t-il servi à illustrer un point de grammaire qui prête souvent à confusion.

mardi 15 mai 2018

Retouche au billet de la veille


Voilà,
c'est toujours pareil, chaque fois que je cède à un petit accès d'optimisme, oh pas grand chose, une timide invocation à la beauté, une modeste tentative, comme je l'ai fait hier, d'évoquer le sel de la vie et la douceur des choses simples — ce qui n'est pas dans ma nature, bien des publications de ce blog l'attestent —, l'actualité me rattrape. Clément Rosset écrivait "Je suis le mot de Terrtullien, "credo quia absurdum", je crois parce que c'est absurde. Aussi paradoxal que cela puisse paraître la conception tragique de la vie peut nourrir du pessimisme, mais peut aussi attiser la joie de vivre en ce que celle-ci peut entendre les raisons de condamner la vie, de maudire toutes les tristesses et les misères qui lui sont attachées et cependant résister à toutes les raisons qui lui sont contraires. C'est une expérience ultime de la joie.". Mais intégrer la connaissance du pire à un exercice jubilatoire de la vie me semble nécessiter une force physique et morale qui me fait défaut. Les signes de plus en plus nombreux de détérioration de l'Etat du monde, la folie meurtrière qui s'empare des dirigeants de certains pays, et bien d'autres choses ont plutôt tendance à m'accabler. Alors j'écoute de la musique.  C'est une façon illusoire de se couper du monde. Cette nuit j'ai découvert la messe pour double chœur de Frank Martin (la connais-tu Bill ?), et hier le minuscule cimetière de Charonne où je n'étais encore jamais venu, dans le quartier Saint Blaise, et où je repasserai car je n'avais pas beaucoup de temps devant moi pour m'y attarder. J'ai tout de même réalisé une vue qui sous un certain angle donne l'illusion d'un autre temps (que j'ai accentué par un tirage sépia), puisqu'on n'y aperçoit pas les hautes tours qui cernent le quartier. W.G. Sebald écrivait :  "J'ai toujours ce sentiment, avec les photographies, qu'elles exercent un attrait sur le spectateur, et qu'elles le font sortir pour ainsi dire prodigieusement du monde réel dans un monde irréel, un monde dont on ne sait pas exactement comment il est constitué, mais dont on pressent néanmoins qu'il est là". Et pas tout à fait, serais-je tenté d'ajouter.


Au fond du cimetière, il y a une petite dalle surélevée de trois marches avec cette statue sur le socle de laquelle sont inscrits les mots suivants : "Ycy repose Bègue dit Magloire, peintre en bâtiments, patriote, poète, philosophe et secrétaire de Monsieur de Robespierre, 1793".  Je ne sais pas pourquoi ce petit monument m'a touché. En fait après une brève recherche, j'ai appris que ce Père Magloire était ce qu'on appelle aujourd'hui, un "gros mytho".

lundi 14 mai 2018

La Beauté est là


Voilà,
quoiqu'il en soit, là Beauté est là. Il suffit de lever les yeux, de regarder le ciel, les nuages, un coucher de soleil pour savoir qu'elle existe. Le riche et le pauvre, l'inculte et le lettré peuvent s'en émouvoir en même temps, il partagent le même ciel. C'est du reste la seule chose qu'ils ont en commun. La beauté et dans le tronc d'un arbre dans un graffiti parfois, un beau poème, une affiche lacérée.
Pour peu qu'on soit à même de la reconnaître ou de la susciter, ainsi permet-elle au moins d'apaiser cet insidieux tourment qui nous ronge une fois admis le constat que l'absurdité est au principe de notre appartenance. 
Ce que je cherche à montrer est précisément ce qui ne se voit pas, ce qui échappe à l'attention. Je tente de me rapprocher de l'invisible ou de l'inaperçu. Pour ma part, je ne crois pas à ce proverbe qui affirme que le diable est dans les détails, puisque souvent ce sont les anges qui attirent vers eux notre regard, quand ils ne s'y cachent pas. Mais bon je crois l'avoir déjà écrit. Ne serais-je pas en train de sérieusement radoter là ?

dimanche 13 mai 2018

Nuit tombante


Voilà,
tu as vu à la cinémathèque "The collector" de William Wyler, tu as trainé un peu dans le parc, et comme il faisait froid tu as repris le métro après un détour du côté de la Grande Bibliothèque. Comme à ton habitude tu empruntes la même sortie. Mais en gravissant les marches, tu t'étonnes de ce qui s'offre à ton regard qui n'a cependant rien que de très banal. Cette lumière particulière, ce moment où le jour bascule vers la nuit, où dans la nuit le bleu du ciel est encore très dense. Tu ne veux pas perdre ce moment-là de ton existence, qui à cet instant te semble infiniment précieux, comme s'il était la vie même. 

vendredi 11 mai 2018

Groupe, Boulevard de Rochechouart


voilà,
celle-ci, je l'ai prise en mai 2017, le même jour que cette autre. C'était le jeudi de l'Ascension, et j'avais fait le touriste à Paris, je m'en souviens. J'avais marché à pied depuis Montmartre, passant par le boulevard Rochechouart qui est quand même un des endroits les plus laids et les plus hostiles de Paris, afin de rejoindre Rachel et Sophie vers Stalingrad au bord du canal. Nous avions pris un verre là-bas, avant de nous rendre tous les trois à Bobigny pour assister à un spectacle de danse d'Alain Platel. Et ce billet que tu es en train de lire, je l'ai rédigé l'année dernière, le 29 Décembre au soir. Je n'avais pas un gros moral, me sentant bien seul, et n'ayant pourtant guère envie de voir du monde. Je relisais "Narcisse et Goldmund", ayant beaucoup de mal à me concentrer et à échapper à l'addiction des réseaux. 

jeudi 10 mai 2018

La Découverte du Jour

   

Voilà,
l'intranquillité me hante et c'est la raison pour laquelle je publie autant ces derniers temps. Incapable de dire, je ne puis que montrer. Je ne suis bon qu'à ça. Ce triptyque me paraît être ce que j'ai fait de mieux depuis longtemps. Ces images attendaient depuis Août dernier d'être traitées avec une certaine considération
A part ça je viens de découvrir que le thème de la chanson "calling you" dans le film Bagdad Café de Percy Adlon était inspiré du mouvement de la sérénade pour corde en C major op 10 d'un compositeur hongrois nommé Erno Dohnayi dont j'ignorais jusqu'à l'existence. C'est à 10'30 sur la vidéo ci-dessous. Au moins aurais-je appris quelque chose aujourd'hui grâce à Denisa Kershova. (Linked with the weekend in black and white)


mercredi 9 mai 2018

Éteindre la lumière chaque nuit


Voilà,
Éteindre la lumière, chaque nuit, 
est comme un rite d'initiation: 
s'ouvrir au corps de l'ombre,
 revenir au cycle d'un apprentissage toujours remis :
se rappeler que toute lumière est une enclave transitoire.
Dans l'ombre, par exemple, 
les noms qui nous servent dans la lumière n'ont plus cours. 
Il faut les remplacer un à un. 
Et plus tard effacer tous les noms. 
Et même finir par changer tout le langage
 et articuler le langage de l'ombre. 
Éteindre la lumière, chaque nuit, 
rend notre identité honteuse, 
broie son grain de moutarde 
dans l'implacable mortier de l'ombre. 
Comment éteindre chaque chose ? 
Comment éteindre chaque homme ? 
Comment éteindre ? 
Éteindre la lumière, chaque nuit, 
nous fait palper les parois de toutes les tombes. 
Notre main ne réussit alors
qu'à s'agripper à une autre main. 
Ou, si elle est seule,
 elle revient au geste implorant 
de raviver l'aumône de la lumière. 
(Roberto Juarroz, traduction Jacques Ancet)

mardi 8 mai 2018

L'ordre règne


Voilà,
au moment où l'on prend la photo quelques détails échappent. J'avais bien sûr vu les flics et le SDF. Pas le panneau de la banque. En fait l'Époque est là, ramassée dans une image ordinaire. La police en faction sous le panneau d'une banque réputée pour blanchir l'argent sale mais dont la puissance garantit l'impunité (même aux Etats-Unis). La misère à côté du distributeur de billets. Et le bourgeois bohème qui demande aux CRS au service du Capital plutôt que de la République le droit de poursuivre paisiblement son chemin. Comme si de rien n'était. Comme si tout cela était normal.

lundi 7 mai 2018

Quais de Seine


Voilà,
les beaux jours arrivent peut-être. Avec les variations climatiques de ces dernières semaines, difficile d'être tout à fait affirmatif. Et puis je me souviens des pluies des inondations et du froid en mai et juin 2016. Enfin quoiqu'il en soit, dès les premiers rayons du soleil les gens recommencent à lézarder, et pour ça les quais de Seine c'est vraiment bien. J'ai été attiré par la pose de cette jeune femme et le flamboiement de sa chevelure rousse. Et puis c'est un cliché bien parisien. Évidemment, désormais on ne peut échapper au smartphone. En d'autres temps peut-être aurait elle tenu un livre. 

dimanche 6 mai 2018

En descendant l'escalator


Voilà,
descendant l'escalator je songeais à tout ces gens qui manquent d'imagination. Ceux que T.S. Elliot appelait "les hommes vides". Il disait d'eux qu'ils "bouchent leur vide avec des brins de paille qu'ils ne sentent pas, et ne se rendent pas compte de ce qu'ils font. Et avec leurs mots creux ils essaient d'imposer leur propre insensibilité aux autres" Ce que je ne supporte pas, ajoutait-il, ce sont les gens creux. Pour ma part, ce n'est d'ailleurs pas tant le manque d'imagination qui m'accable, plutôt ceux qui, en sont dépourvus mais vous assènent cependant avec arrogance qu'il faut "faire preuve de pragmatisme". Le pragmatisme se réduisant pour eux à la répétition du pareil au même dans des tâches absurdes et dénuées de sens, qui leur assurent toutefois la possibilité d'acquérir des biens matériels et des services où ils trouvent une compensation au vide de leur existence. 

samedi 5 mai 2018

Nuit à la Cartoucherie



Voilà,
c'est à toi que je pensais en traversant de nuit la Cartoucherie, cette ancienne enceinte militaire qui abrite désormais quelques théâtres, où il est vraisemblable que tu ne viendras jamais cher XS. Et même s'il est peu probable que tu me lises, je t'adresse tout de même ce petit message. Comme tu as pu le constater j'ai souscrit à ta requête écrite en bon français et sans faute d'orthographe, ce qui, en dépit du ton légèrement condescendant qui fut le tien, a nettement joué en ta faveur. Et puis, quelqu'en soit la raison, le fait que tu n'appartiennes plus (bien que je sois conscient qu'on ne la quitte jamais tout à fait car quand on s'est donné à elle une fois, elle ne vous lâche plus) à la corporation des képis et des esclaves de la grande muette, ne m'a pas laissé indifférent. J'ose espérer que tu t'es lassé des grandeurs et servitudes de la vie militaire, et que ce n'est pas une blessure, une invalidité ou une peu avouable exaction qui t'ont rendu à la vie civile. Tu travailles désormais dans le bâtiment. Comme on dit chez le cimentier Lafarge, quand le bâtiment va tout va.
Tu as appris des choses dans ton école de sous-off, et sais tirer profit ta spécialisation dans "l'administration et le soutien de l'homme", aussi je te remercie pour ta recommandation de consulter un spécialiste. J'en compte pas mal parmi mes amis. Je suis hélas accablé d'une incurable mélancolie dont nulle médecine ne peut venir à bout. Je n'ai d'autre solution que de m'en accommoder. Je suis condamné à la joie de l'idiot qui s'émerveille du jaune des genêts, du bleu du ciel, de la forme changeante des nuages qui vont en troupeau, ou de la vigilante impassibilité du lézard se chauffant sur un muret. D'ailleurs soit dit en passant un idiot peut être de bon conseil, c'est sans doute pour cela que les rois avaient autrefois leur fou, et je te dispense donc le mien. Toi qui sembles si soucieux d'invisibilité, sache qu'il est quelque peu déraisonnable par les temps qui courent d'exhiber ses enfants sur une vidéo relatant les vacances chez tonton et tata (qui je l'espère vous auront recommandé Palawan et ses eaux transparentes). De récents faits divers ont en effet montré que des militaires, ou d'anciens militaires ayant remisé leur uniforme continuaient à faire d'efficaces tueurs en série. Qui sait si tu n'en comptes pas parmi tes anciens camarades. Mieux vaut ne pas trop les tenter. Quoiqu'il en soit je te souhaite un bon printemps et de t'épanouir dans ton nouveau métier

vendredi 4 mai 2018

Carrelet entre Pornic et Sainte-Marie sur mer


Voilà,
Chaque fois que je vais là-bas, je reprends les mêmes photos. Si les choses m'apparaissent différentes, c'est que la lumière a changé. Et moi bien sûr aussi. Je veux retenir ces moments, ou durant une fraction de seconde on s'accorde à la beauté du paysage. Lorsque fut pris ce cliché, il faisait froid, en dépit du soleil. Durant la dernière semaine du mois de février de cette année, une dépression polaire venu de Sibérie, réfrigéra la France. Mieux valait cependant se trouver là plutôt qu'à Paris où la température était vraiment glaciale. Mais j'aimais bien la lumière sur le toit de tôle, le gris de la mer, et la presqu'île de Noirmoutier au loin. Cela méritait un noir et blanc. Sont encore présentes aujourd'hui les pensées que je tentais alors de chasser de mon esprit, les inquiétudes et les sensations suspectes qui vous assignent d'une certaine façon une autre identité. Je songe à Alain Gautré, à Dominique Répécaud, à Dominique Hubin, à Christophe, et à quelques autres. Je tente de me convaincre qu'il doit en être autrement pour moi. Les beaux jours reviennent. J'essaie de me délivrer des idées sombres. Depuis je suis retourné sur ce même sentier qui longe la côte. Cette fois-ci j'ai résisté à la tentation de refaire une semblable photo. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 3 mai 2018

La Vengeance du Daltonien


Voilà,
du temps a passé depuis cette image. Je me souviens l'avoir prise un matin alors qu'il n'y avait personne et que la plupart des manèges étaient fermés. La jeune fille assise, certainement étudiante dans une école d'art, dessinait, une autre non loin faisait de même. J'en avais repéré plusieurs dans les parages, qui avaient sans doute un sujet imposé. Je n'arrive pas vraiment à retrouver la date exacte, au printemps ou l'été 2013 peut-être. Je ne fais plus des tirages couleur aussi saturés et contrastés, accentuant le côté artificiel et graphique. C'était un peu, à l'époque, la vengeance du daltonien que je suis. Je me souviens du plaisir que j'éprouvais à l'époque en fabriquant cela — qui me plaît toujours — .

mercredi 2 mai 2018

Encore le déjeuner sur l'herbe


Voilà,
les variations autour du "Déjeuner sur l'herbe" commencées il y a quelques mois, alors que je consacrais beaucoup d'heures à des explorations formelles, ne sont pas achevées. Vraisemblablement cela m'arrivera encore de temps en temps. Je n'ai de toute façon aucune possibilité d'agir sur le monde. Je ne peux rien faire de mieux que cela.