lundi 1 juin 2020

Parmi les ombres et l'oubli


Voilà
"Plus je contemple le spectacle du monde, le flux et le reflux changeant des choses, et plus profondément je me pénètre de la fiction congénitale de tout, du prestige et de la pompe mensongers de toute réalité. Et au cours de cette réflexion, que tout homme sensé aura connu un jour ou l'autre  – la marche bariolée des coutumes et des modes, le cheminement complexe des progrès et des civilisations, la confusion grandiose des empires et des cultures –, tout cela m'apparaît comme un mythe, comme une fiction, rêvés parmi les ombres et l'oubli. Mais je ne sais si la définition suprême de toutes ces ambitions mortes (même quand elles se sont accomplies) doit se trouver dans le renoncement extatique du bouddha qui, comprenant soudain la vacuité de toute chose, est sorti de son extase en disant « maintenant je sais tout », ou bien dans l'indifférence (fruit d'une trop longue expérience) de l'empereur Septime Sévère : « Omnia fui, nihil expedit) « J'ai été tout ; rien ne vaut la peine. »  Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

dimanche 31 mai 2020

Poudre d'escampette


Voilà,
Ces deux filles semblent vouloir sortir en douce du cadre, pour prendre la poudre d'escampette. Vers un monde plus doux peut-être, moins laid moins sale, moins effrayant, plus harmonieux...
Parfois je me demande ce qu'elle est devenue Brikado qui écrivait des haïkus en dessous de ses photos. Elle est partie comme ça un jour, sans crier gare, sans explication, sans jamais depuis donner de nouvelles. J'espère que rien de grave ne lui est arrivé. Sur son dernier post il y avait des vélos, comme celui-ci dont on ne voit que le guidon sous ce dessin de Fred Le Chevalier aperçu il y a fort longtemps sur l'une des gaines d'aération de la plazza Beaubourg.  (linked with monday mural)

vendredi 29 mai 2020

Deux robes vertes assez laides


Voilà,
au cours d'un récent entretien accordé au journal "Le Monde" l'anthropologue Philippe Descola affirme : "Un virus est un parasite qui se réplique aux dépens de son hôte, parfois jusqu’à le tuer. C’est ce que le capitalisme fait avec la Terre depuis les débuts de la révolution industrielle, pendant longtemps sans le savoir. Maintenant, nous le savons, mais nous semblons avoir peur du remède, que nous connaissons aussi, à savoir un bouleversement de nos modes de vie. Sans doute les marchés traditionnels chinois contribuent-ils à la disparition du pangolin ou du rhinocéros. Mais les réseaux de contrebande d’espèces protégées qui les alimentent fonctionnent selon une logique parfaitement capitaliste. Pour ne rien dire du capitalisme sauvage des compagnies forestières chinoises ou malaises opérant en Indonésie, la main dans la main avec les plantations de palmiers à huile et les industries agroalimentaires." Ne pas être le seul à penser cela et de partager ce genre d'intuition avec des esprits éclairés dont la légitimité est reconnue, me rassure. Car pour ma part je n'en ai aucune. Je n'ai de notoriété dans aucun des domaines que j'ai effleuré, et par conséquent mon point de vue n'a guère de valeur. Mais comme le remarquait Stefan Zweig "celui qui pense librement pour lui-même honore toute liberté sur terre", ce qui somme toute n'est déjà pas si mal. Cela dit, je ne crois pas non plus que la pensée de Philippe Descola, soit d'un poids énorme. Elle a du sens, bien sûr dans le milieu universitaire, intellectuel. Mais il y a bien longtemps que les décideurs de tous poils, industriels, financiers et politiques, n'entendent plus les voix de l'intelligence et du savoir, surtout celles qui condamnent la course démente au  profit et au pillage des ressources. L'aveuglement de quelques uns qui se pensent invulnérables du fait de leur puissance et de leur richesse conduit à la ruine de l'humanité. Ceux qui, comme ces militants écologistes en Amazonie, tentent de s'y opposer sur le terrain se font assassiner. Difficile donc, d'avoir le désespoir joyeux, mais bon que faire ? Il est sans doute trop tard il faut l'admettre. Il n'y aura pas d'intelligence collective pour se mettre au travail et tenter de rendre le monde meilleur. Ça ne s'arrangera pas, il n'y a plus lieu d'épiloguer là-dessus. Mais il y aura toujours, dans ce monde,du moins tant que je peux encore voir, d'étranges ou saugrenus détails pour attirer mon regard.  Ainsi  la surface miroitante et déformante de ces mannequins exposés dans une vitrine de l'avenue du Général Leclerc.  (linked with weekend reflections)

jeudi 28 mai 2020

When i'm 64


Voilà,
Je suis donc arrivé jusque là. Donc ça c'est fait.
J’ai encore tous mes cheveux et ils n’ont pas blanchi.


Je suis loin cependant de cette vieillesse paisible qu’évoque la chanson
Parfois il me semble que je n’ai plus le temps de perdre du temps

lundi 25 mai 2020

Cadavres exquis

Voilà,
en fait — et je ne me le formule que maintenant, alors que je suis sur la pente déclinante de ma vie — je n'ai jamais vraiment créé. Quand j'ai commencé à faire des collages, je me suis juste contenté d'assembler des éléments hétérogènes, et lorsque je photographie je n'invente rien, je dérobe des fractions de secondes à la réalité ambiante. Il est possible que ma relative maîtrise de certains outils informatiques y ajoute quelque chose de singulier. Mais bon ce n'est pas vraiment de la création. J'ai certes fait quelques dessins, peintures et coloriages et c'est sans doute cela qui m'est le plus personnel. Ce n'est cependant pas d'un niveau extraordinaire. Je repense à cela parce que pendant quelques jours, vers la fin du confinement je me suis livré à une sorte d'activité maniaque, un peu obsessionnelle, qui heureusement m'a quitté aussi vite qu'elle est apparue (du moins je l'espère). Même si elle ne relevait pas de l'invention d'une forme, elle manifestait toutefois une intention artistique. J'empilais des livres se trouvant dans ma bibliothèque de sorte que, superposés, les titres de leurs tranches formaient ainsi un petit poème. C'est un peu con, un peu futile, ça a commencé comme un gag sur un réseau social, mais j'ai continué. Ai-je fait cela pour me donner la sensation d'exister auprès des autres, pour me sentir moins seul, susciter des réactions, faire mon intéressant en quelque sorte, peu importent au fond les raisons. J'y ai quand même passé du temps, et de la réflexion. Mais, ce qui m'a intrigué — en plus du constat que je ne me souviens assez peu du contenu de la plupart de mes bouquins — c'est la récurrence du procédé utilisé, à savoir l'assemblage, le collage le détournement à partir de quelque chose qui préexiste. Recycler en quelque sorte. Réagencer. Bref pendant quelques temps ça m'a occupé l'esprit. Bidouiller des trucs, même quand on se trouve dans la plus grande indigence intellectuelle, sans grand entrain ni inspiration constitue peut-être un signe de santé après tout. Même si c'est de l'art modeste, c'est quand même un peu de l'art, en tout cas c'est une volonté  d'élaborer une forme aussi succinte soit-elle. Louise Bourgeois faisait remarquer que "faire de l'art n'est pas une thérapie, c'est un acte de survie. Une garantie de santé mentale. La certitude que vous ne vous blesserez pas et que vous ne tuerez personne". Et d'ajouter : "J'exorcise les démons qui me poursuivent depuis l'enfanc. Une fois la sculpture terminée j'ai l'impression que l'œuvre a éliminé l'anxiété que je ressentais. Les artistes progressent comme ça : ils ne s'améliorent pas, c'est juste qu'à chaque fois ils sont capables de résister à leurs propres agressions. Toute ma vie a été l'art de combattre la dépression, la dépendance émotionnelle ... Tout ce qui m'importe c'est de vaincre la peur. Cacher, confronter, exorciser, honte, trembler et finalement avoir peur de la peur elle-même. C'est mon thème." Je trouve ça assez juste.


  

Je vous livre donc quelques un de ces poèmes sur tranches, ces sortes de cadavres exquis comme les nommaient les surréalistes. J'espère qu'ils amuseront mes quelques correspondants qui font vraiment œuvre de poésie. Pour ceux qui ne parlent pas français, j'en livre une traduction anglaise. De gauche à droite et de haut en bas.

Forgetting the time, the evil that's coming. The worst is already foreseen, I'm dead.
I give up the use of speech. Heading for the worst
Who are you, face found in the cafe of lost youth ? One can't see anything.
Dark Sunday, Laure. From the farthest reaches of oblivion, look at the snow falling on the side of Swann's house.
Ah youth! Said the two sons. Emilienne's legs don't lead to anything. It's advantageous to have somewhere to go.
Jerome, (an actor,) his wife Anne-Marie (a desolation), me, my sister, we killed Stella in the heart of darkness.
 On the edge of time, in the mountains of the Netherlands, dreaming of oneself
 gloomy delight face to darkness. Women and ghosts, tell me about love.
Bad news, very bad news. It's fucking war. Destroy, she says. To finish it off again, exterminate all those bully guys
What does love mean? Zig-zag, submission, big hugs for every day
Listen to me, I'm a strange loop, the whisper of ghosts, a moment in the wind, one, no one, and a hundred thousand. Fuck me. 
A flea in your ear, blood in your eyes, it all gets complicated.

dimanche 24 mai 2020

Ceci n'est pas une ordonnance


Voilà,
sur un mur de l'hôpital St Louis, un artiste du nom de Pablo Savon a conçu cette fresque amusante à double titre. Elle fait référence à un célèbre tableau de Magritte et représente une feuille manuscrite indéchiffrable, comme le sont paraît-il la plupart des écritures de médecins, et s'appelle donc "ceci n'est pas une ordonnance". Je ne sais pas si cela fera rire les étudiants en médecine, réquisitionnés au titre de stagiaires pour intervenir dans les hôpitaux durant la pandémie, dans les conditions de sécurité que l'on sait, et qui vu les circonstances ont assumé plus de responsabilités et ont du être plus opérationnels que ce que supposait leur statut, tout cela pour la glorieuse rétribution de 200 euros mensuels. Ainsi vont les choses dans le meilleurs des mondes possibles. (Linked with Monday murals)

vendredi 22 mai 2020

Porte dorée


Voilà, 
juste une histoire de symptôme qu'on néglige de prendre en considération on sait que ça pourrait être grave mais on s'efforce de ne pas y croire Où que se porte l'attention, on n'entrevoit guère de salut Douleur dans le haut de la cuisse On ne veut surtout pas prendre de disposition Sensation que l'histoire repasse les plats que la catastrophe est imminente que l'on a peut-être même un pied dedans Comment se démerdent-ils les autres avec les nouvelles du jour Quand je suis ici je voudrais être ailleurs  On dirait une douleur musculaire  Il n'y a aucune raison pourtant on ne fait rien ne bouge pas on ne fait pas d'effort. Difficile de trouver la joie tout en sachant que rien ne semble devoir s'améliorer  Étrange d'assister à ce délitement où tout devient déraisonnable et de ne pouvoir rien faire d'autre que de le constater  Non en fait c'est un ganglion Quand je fais cela je voudrais faire autre chose quand je suis ici je voudrais être ailleurs  Et je vois ces deux types sur un grand banc la tête dans les mains et le grand nageur derrière  Ce que je lisais autrefois dans les livres d'Histoire lorsqu'il était question de la montée des périls, je le comprends mieux aujourd'hui, disons que je l'éprouve Et puis toute cette fatigue, est-ce d'avancer dans la vie avec la conscience que l'avenir est pauvre en promesses mais on ne veut pas y croire Il y a le Brexit il y a la montée des populismes sur tout le continent, et maintenant la pandémie on se dit qu'on ne doit pas qu'il ne faut pas y croire  On verra bien quand la maladie se déclarera mais peut-être est-elle déjà déclarée Je regarde les gens qui sourient dans la rue, ceux qui semblent heureux d'être là malgré tout comme si de rien n'était  Comment font ils ont-ils conscience d'être en sursis mais bon même avant-guerre on fredonnait des chansons drôles Le monde sur lequel je me suis construit, émotivement, intellectuellement, s'effondre  Cela sera d'ici peu le monde d'hier  On continue à boire, à fumer, on sait que c'est mauvais, mais on ne va pas changer son mode de vie. on continue à dépenser l'argent qu'on n'a pas On ne regarde pas les analyses des spécialistes, on retarde le temps d'effectuer les examens on fait comme si rien ne pouvait arriver oui comment font les autres comment  ? s'obligent-ils à ignorer ce qui se trame ou bien ne le voient ils pas c'est sans fin croit-on mais ça finira Pendre un jour après l'autre Tu la connais celle du vieux patient et du jeune médecin ? Non Après un bilan approfondi le médecin dit au patient vous êtes en bonne santé Je vous assure dit le patient j'ai mal partout, j'ai sûrement une maladie vous ne voulez pas me le dire c'est sûrement grave  Mais pas du tout répond le médecin tout va très bien Docteur vous croyez connaître les maladies mieux que moi ?  Bien sûr je suis médecin Ah oui depuis combien de temps ?  Depuis huit ans  Ah bah oui voilà c'est ce que je dis, vous n'êtes médecin que depuis huit ans, alors que moi ça fait quarante ans que je suis malade
(Linked with the weekend in black and white)

jeudi 21 mai 2020

J'aime / Je n'aime pas (10)


 Voilà
J'aime réentendre un vieil air de musique qui m'était sorti de l'esprit
Je n'aime pas le mensonge et l'irresponsabilité des autorités françaises durant la pandémie
J'aime les couleurs chaudes de Bonnard dans le tableau "Soirée sous la lampe"
Je n'aime pas quand les gens oublient de s'acquitter de leurs dettes
J'aime les libertés que prennent les animaux dans Paris depuis l'instauration du confinement
Je n'aime pas le mot "ressenti" substantivé qui a peu a peu supplanté le mot sensation
J'aime les nouveaux mots français qu'inventent les québécois comme "les gougounes", "la douillette" ou "divulgâcher"
Je n'aime pas non plus "le vivre ensemble" je trouve cette expression moche ça m'a rappelle les discours politique de ce gros con de François Hollande
J'aime les chiottes japonaises et coréennes
Je n'aime pas que pas un jour ne se passe sans que j'aie mal quelque part
J'aime voir les enfants qui s'agitent dans les parcs de jeux, du moins le souvenir que j'en ai
Je n'aime pas devoir être obligé de porter un masque dans la rue
J'aime les ports, tous les ports pour leurs promesses de départs
Je n'aime pas être obligé de reparcourir ma carrière professionnelle pour vérifier mes points-retraite
 J'aime le melon (en tout cas cette année je préfère le melon à la pastèque
Je n'aime pas être tenaillé par la faim alors qu'il me faut perdre du poids
J'aime les danses polovtsiennes dans "Le Prince Igor" de Borodine
Je n'aime pas la novlangue du confinement et en particulier les mots "présentiel" et "distanciel'" qui n'ont rien de céleste
J'aime le calme des rues désertes au petit matin
Je n'aime pas être assigné à résidence
J'aime sentir l'odeur du jasmin fraîchement éclos
Je n'aime pas ce que le monde est en train de devenir
(Linked with skywatch friday)

lundi 18 mai 2020

Le Jaloux des Vivants


Voilà,
il y a quelques années j'ai interprété le monologue, d'un personnage appelé "le Jaloux des vivants" dans la pièce "L'Enfant rêve" du dramaturge israélien Anokh Levin, mise en scène par Philippe Adrien. J'y étais paraît-il très convaincant. Je me souviens de Mimi, qui pourtant a souvent la dent dure, mais un si beau sourire et une jolie fossette me refaisant après la représentation un gimmick que j'avais trouvé pour une scène.
J'étais père depuis peu, ma fille n'avait pas encore un an. Je coachais aussi de temps à autre des journalistes pour une des chaînes de la télévision d'État. A l'époque je roulais à moto, et c'était très pratique pour me rendre, en passant par les boulevards extérieurs du pont de Garigliano où je travaillais avec les journalistes jusqu'à la Cartoucherie de Vincennnes, pour les représentations. Un soir, en rentrant du théâtre il s'en est fallu de quelques mètres pour que je sois fauché par une voiture folle, du côté de la porte de Bercy.
A présent, je repense à tout ça et aussi à un spectacle assez loufoque de Christian Pereira que j'ai vu lorsque j'avais vingt ans et qui s'appelait "Mourir ! Beau ?". C'est Philippe Tiry qui m'avait recommandé de le voir. Le titre le faisait rire.
Cet après midi, je regarde les nombreux moineaux pépiant avec insouciance sur les branches. Ils me disent la vie. Toute la vie. Là. Terriblement. J'ai tellement sommeil pourtant.

dimanche 17 mai 2020

Le destin par derrière, ricane en silence



Voilà,
"Mais le fait est là. Pendant que les hommes, le dos courbé, font des petits calculs, échafaudent des plans pour les mois, les années à venir, le destin par-derrière ricane en silence. Son calendrier n'est pas celui des hommes, il a ses perspectives à lui, ses échelles de valeur à lui ; il fait fi des échéances humaines, soumises aux intérêts trop immédiats, trop visibles. De leurs sentiers précaires le destin arrache les hommes, au beau milieu de leur cheminement, pour les mettre sur une voie qu'ils ne peuvent prévoir, dont ils ne connaissent ni la distance ni la direction." En apercevant cette misérable porte de chantier, j'ai songé à cet extrait de François Cheng dans l'une de ses "Méditations sur la beauté" lues pendant le confinement. Sur cette paroi subsiste la trace d'une peinture réalisée il y a quelques mois pour célébrer l'année nouvelle. Celle que nous vivons encore, dans l'alarme et dans la crainte, quand tant d'autres y sont morts, et qui nous voit désormais contraints de sortir masqués, aux abois. Il y est écrit "respect, paix, amour", mais le dessin, d'inspiration cubiste suggère quelque chose de plus rude de plus âpre, et finalement plus conforme à ce que nous traversons aujourd'hui.  (Linked with Monday Mural)

vendredi 15 mai 2020

... mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe


Voilà,
ça me revient il y avait dans l'équipe de football des Girondins de Bordeaux dans les années 60, un joueur qui s'appelait Abossolo —je crois que son prénom était Gabriel — mais je n'en suis pas certain, et qui portait le numéro huit. Je m'en suis souvenu, un jour sur le quai de la gare du Raincy parce qu'une femme venait de prononcer ces quatre syllabes au téléphone, 
Ça me revient 
quand j'étais petit il y avait une émission sur les arts, présentée par une femme qui s'appelait Lise Elina je me souviens des noms de peintres Van Dongen, Modigliani,  Soutine ...
Ça me revient
le premier album du groupe Violent femmes, celui avec la chanson "Blisters in the sun" fut aussi un des premiers que j'ai intégralement téléchargés sur mon ordinateur 
Ça me revient, 
la fois où je suis allé au jardin d'Agronomie tropicale, je m'étais promis d'y retourner au printemps. Ça risque d'être difficile avec ce confinement qui n'en finit pas 
Ça me revient
Philippe Tiry, un jour m'a offert, en m'en vantant les vertus cicatrisantes après rasage, un bloc hyalin, que j'ai toujours, dans une boîte rétro. Le bloc osma je crois.
Ça me revient
dans ma classe en troisième il y avait un garçon qui s'appelait Pierre Tillol. Il fut le premier à me parler des sagas nordiques et du Kalevala. 
Ça me revient 
que dans les années quatre-vingts, parmi mes relations, les gens qui aimaient les livres de Marguerite Duras étaient souvent les mêmes que ceux qui aimaient les films d'Eric Rohmer 
Ça me revient 
les mercredi soirs d'hiver à la communale de Biscarrosse-Plage. Il faisait sombre dehors. Attendre impatiemment la parution du prochain numéro du journal de Tintin qui occuperait toute la matinée du jeudi qui était alors le jour de congé.
Ça me revient,
Dominique fredonnant dans le salon de la maison de Châteaudouble la chanson de Ferré d'après le poème d'Aragon  "je chante pour passer le temps / petit qu'il me reste de vivre..."
Ça me revient.
dans les années soixante, le jour de Noël, il y avait une émission présentée par Pierre Tchernia, la figure la plus joviale de la télévision, où n'étaient diffusés que des extraits de films de Walt Disney que les téléspectateurs étaient supposés choisir en direct dans une liste 
Ça me revient,
à la fin des années 80, avant que n'existent les téléphones portables, lorsque je partais en vacances (car à l'époque je partais en vacances) je mettais sur mon répondeur téléphonique ce vieux tube des années soixante chanté par les Happenings "see you in september"
Ça me revient
"Us and them" de Pink Floyd dans ma tente sur mon magneto à cassette, lorsque je faisais l'écimage du maïs en 1973. 
Ça me revient,
c'est Claudia Stavisky, la metteuse en scène franco-argentine qui la première m'a parlé du quinoa, au début des années 90, alors qu'il n'était pas encore introduit en France, 
Ça me revient 
qu’au début des années 80 les gens qui avaient une vie active avaient des agendas Filofax. 
Ça me revient 
la passion adolescente d’Agnès pour le poète Gerard de Nerval. Je crois même qu’elle avait fait une série de collages pour le recueil "les filles du feu".. 
Ça me revient 
j'aimais, enfant, paresser sur la plage et regarder les nuages. Et puis lorsque j'en avais assez avec les nuages je retournais plonger dans les vagues. Cette innocente insouciance, je voudrais être capable au moins pour quelques jours de la retrouver. 
Ça me revient
au dernier trimestre de 1964 au magasin CooP ou UNA, qu'on n'appelait pas encore supérette de Biscarrosse-Plage, j'ai découvert les bonbons PEZ au goût de citron ou verveine que l'on disposait dans un petit chargeur en plastique coloré à tête de Donald de Mickey ou de Pluto. Il doit bien exister des collectionneurs de tels objets et je demande bien de quel nom on peut les affubler.  Je me rappelle aussi de la petite chapelle en bois juste en face de l'école, où j'ai du assister à quelques leçons de catéchisme, avant qu'elles ne soient données dans la nouvelle église construite.
Ça me revient,
c'est de la bouche de S, que j'ai entendu pour la première fois l'expression "j'ai des papillons dans le ventre".  J'étais l'objet d'un désir partagé et je trouvais ça revigorant.
Ça me revient,
lorsque je suis retourné à Londres, en Novembre 1989, j'avais acheté là-bas une cassette de Flash and the Pan, un groupe australien que j'apprécie. J'habitais chez Kathie Owen, près de Portobello Road, dans un quartier très chic.
Ça me revient
la fois où j'ai acheté trois premiers disques  d'un coup à la Fnac des Halles, alors qu'elle venait tout juste d'ouvrir et que je travaillais au centre Pompidou. le premier album de Madness, le premier album des Specials, et le premier album des B52's 
Ça me revient 
mon oncle Philippe m'a dit un jour qu'il trouvait qu'une des plus belle chanson jamais écrite était "The Letter" des Box Tops. Maintenant on écrit plus de lettres mais des SMS 
Ça me revient 
Delphine chantant à tue-tête "yesterday's papers" que je lui avait fait découvrir vers 1973
Ça me revient
"Sunny afternoon" des Kinks que j'avais complètement effacé de ma mémoire, et que j'ai réentendu début mai 1981, dans le juke box du Corona, près du pont de l'Alma, quand nous nous retrouvions après les répétitions de Société 1, la pièce de Luc Ferrari que mettait en scène Didier Flamand. C'est à ce moment là que j'ai fait la connaissance de Mortensen. .Je crois que c'est un de mes plus doux souvenir de spectacle. Toute la troupe nous n'arrivions pas à nous quitter. Et puis peut-être aussi que nous entions que quelque chose était vraiment en train de changer dans ce pays.
Ça me revient
au début des années soixante dix quelqu'un avait transcrit la symphonie 40 de Mozart au synthétiseur et que ça avait eu un grand succès 
Ça me revient 
mais il y a tant de choses qui m'échappent
(linked with the weekend in black and white)

mercredi 13 mai 2020

La Gare de Caen


Voilà,
un jour devant la gare de Caen, je me suis souvenu des trains électriques de mon enfance, de la marque Jouef. Il me semblait en effet qu'elle ressemblait à celles que l'on pouvait trouver en modèle réduit. Pourtant cette rénovation de la façade qui a un petit air des années cinquante a été réalisée bien tardivement en 2009. (Linked with skywatch friday)

lundi 11 mai 2020

Chevaucher le tigre dit-il



Voilà,
pour avoir durant ma vie professionnelle souvent improvisé sur des plateaux de théâtre ou bien encore dans des cours ou des formations qu'il m'arrivait quelquefois d'animer, pour m'être aussi livré à des tentatives d'écriture, enfin bref, pour avoir un peu tâté de ce travail qui consiste à transmettre sa pensée, je crois savoir, qu'une métaphore, surtout lorsqu'on s'exprime oralement, ne vient pas de n'importe où. Et s'il peut nous arriver d'être surpris de l'énoncer, elle ne surgit jamais par hasard. Elle affleure parce qu'elle nous a marqués et il est rare qu'on ne se souvienne pas de qui l'a formulé, ni de quelle lecture elle se fait l'écho. Lors de sa pitoyable  — et là, je renvoie au pertinent article de Céline Nogueira — prestation destinée aux signataires d'une tribune parue dans le journal "Le Monde", répondant à ceux-ci inquiets du peu de cas qu'on faisait des professions de la Culture dans le programme de mesures économiques liées à l'Après-confinement, notre président, a, dans l'ivresse d'un monologue exalté et quelque peu confus, succombé à la tentation de la métaphore. "Il faut chevaucher le tigre" s'est-il exclamé sous le coup de l'inspiration à propos de laquelle Boris Vian, écrivait "il y a des gens qui n'ont pas peur des coups". Assurément notre petit président fait partie de ceux-ci. Pour tout dire j'ai trouvé la formule assez peu élégante. Je ne l'avais jamais entendue.  Ça m'a tout de même intrigué.
"Chevaucher le tigre" est le titre d'un livre de Julius Evola, un des théoriciens du fascisme. Ainsi, au détour d'une conférence de presse, de nouveau s'exprime le refoulé macronien. Déjà, il y a deux mois, qui paraissent d'ailleurs lointains, la référence maurrassienne au "pays réel" du président avait paru suspecte. Aujourd'hui, ses influences pseudo-philosophiques ajoutées à un hubris de plus en plus délirant ne manquent pas d'inquiéter. Du coup on comprend mieux dans quel fumier s'est épanouie une autre métaphore celle du "président jupitérien". Rappelons que l'hubris (du grec ancien ὕβρις "excès, démesure, orgueil"), désigne cette confiance excessive en soi, et sans doute aussi la foi en la Providence qui souvent mène à des erreurs fatales. Chez les Grecs anciens, cet orgueil inacceptable de la part d’un mortel, cette prétention à une supériorité insolente parmi les hommes devait, pour les dieux immortels, entraîner une punition cruelle. Mais ça c'est la mythologie.

dimanche 10 mai 2020

Un Drapé insolite



Voilà,
à l'angle de la rue Furstemberg et de la rue Jacob, où se trouve le magasin de l'éditeur de tissus d'ameublement Pierre Frey, on a, pour attirer l'attention, disposé un drapé au motif subtil et coloré. A partir de demain, le quartier St Germain-des-prés va, bien que les terrasses des cafés et des restaurants demeureront encore fermées, s'extraire de la torpeur du confinement. Maintenant que l'autorisation de sortir peut excéder 1 km de son domicile, nul doute, que je m'y rendrais d'ici peu si toutefois les rues ne sont pas encore trop encombrées et polluées, ni la circulation chaotique. Je reste pour ma part assez dubitatif. Tant qu'il est impossible de tester massivement les gens, la prudence s'impose. Et puis tout dépend de la discipline collective. De toute façon les fortes pluies qui s'abattent en ce moment sur Paris, et la chute des températures n'incitent guère à mettre le nez dehors (linked with Monday mural)

vendredi 8 mai 2020

Air du Temps (de quoi gerber)

linked with weekend reflections

Voilà
te souviens tu de ça ?
En Belgique, au carnaval d'Alost en plein cœur de l’Europe en 2020 des citoyens hilares costumés en nazis défilaient derrière un char représentant la caricature d’un juif, nez crochu et sac d’argent à la main, pendant que d'autres personnages en redingotes noires et schterimel étaient déguisés en cafards

A Idlib, pour préserver des relations économiques avec la Russie, le France et la plupart des nations occidentales ont perdu leur propre humanité en se rendant complices de crimes de guerre perpétrés par le gouvernement de Bachar El Assad vassal de Poutine.

il n’est pas impossible que l’on dénombre, à la fin de la décennie, plus de 50 000 nouveaux satellites dans le ciel. Un chiffre à comparer avec les quelque 8 000 engins envoyés en orbite depuis le début de l’ère spatiale, en 1957.

En Novembre 2018, Newsweek indiquait que les États-Unis avaient dépensé près de 6000 milliards de dollars dans des guerres qui ont directement contribué à la mort d’environ 500 000 personnes depuis les attentats du 11 septembre 2001. Pendant ce temps là, les chinois investissaient dans des infrastructures et modernisaient leur pays

les propos d'Aurore Bergé, députée du parti présidentiel La République En Marche relevaient-ils du cynisme ou de la bêtise lorsqu'elle affirma début 2020, lors de l'opposition d'une partie de la population aux nouvelles propositions de loi sur la retraite — le Conseil  d'Etat n'avait pas encore émis les réserves que l'on sait depuis  —  "Il convient de s’interroger sur la légitimité de ceux qui contestent nos choix politiques. Les retraités votent pour l’avenir de notre pays alors qu’il n’en feront plus partie. Il faut que cela change". Finalement la crise du covid aura sûrement éliminé bien des opposants.

L'abjection intégrale : l'Administration Trump avait annoncé le 31 janvier 2020 un changement de politique assassin sur les mines antipersonnel, autorisant de fait les États-Unis à reprendre la production, l'utilisation et le stockage de mines antipersonnel".

L'ignominie : pendant une heure le matin du 30 janvier 2020, les députés se sont déchirés dans l’hémicycle autour d’une question : faut-il allonger de cinq à douze jours le congé légal accordé pour le décès d’un enfant mineur ? Le député du Nord, Guy Bricout (UDI), avait déposé une proposition de loi en ce sens, profitant d’une des rares niches parlementaires laissées aux députés. Le gouvernement s’y était opposé, estimant qu’il ne revenait pas aux entreprises de financer cet acte de solidarité à l’égard des parents endeuillés. Le groupe parlementaire LREM avait suivi l’avis du gouvernement et le texte avait été repoussé par 40 voix contre 38. 

Un soir subissant les pubs au cinéma avant un film tu avais vraiment pensé qu’on ne s’en sortirait pas, que le monde occidental ne voulait pas changer de modèle, qu’il désirait vraiment crever au milieu de ses bagnoles pourries, dans ses clubs de vacances de merde, en consommant toujours plus de hamburgers sursaturés de graisses et de produits toxiques

Dans les campagnes, En France, sous la pressions des lobbies agricoles des milliers de cours d'eau avaient été volontairement rayés des nouvelles cartes préfectorales. Cette disparition administrative est synonyme de feu vert pour épandre des pesticides. Car suivant la même logique que pour les zones de non-traitement aux pesticides à proximité des maisons, les cours d'eau sont protégés, avec une interdiction d’épandage de quelques mètres autour d'eux
.
Une ministre de la République avait dit que l’insulte à l’encontre d’une religion est une atteinte grave à la liberté de conscience'!". Nicole Belloubet, ministre de la justice pourtant ancienne membre du Conseil constitutionnel, méritait ce jour-là un 0/20 en droit constitutionnel car en France, s'il est interdit d’insulter les adeptes d’une religion on peut insulter une religion, ses figures, ses symboles .

Les enseignants présents le 3 octobre dernier devant le rectorat de Bobigny, venus manifester leur soutien après la mort de leur collègue Christine Renon, avaient constaté une retenue sur leur salaire  Interrogé, le ministère n’avait pas réagi.

les équipes de construction du mur de Trump avaient déjà dynamité des lieux de sépulture de la tribu Tohono O’odham. Ce dynamitage avait été autorisé par le ministère de la Défense et servait de préparation au terrain sur lequel serait ensuite construit un mur de 9 mètres de haut séparant les États-Unis du Mexique

et j'en passe

mais ça c'était avant. C'est étrange comme tout cela paraît lointain, presque relégué aux oubliettes. Il y a bien d'autre saloperies depuis, mais c'est comme si cela n'existait pas

En France, pour ne parler que de ce que je connais aujourd'hui il y a des préfets qui réduisent les distances de protection d'épandage de pesticides au détriment de la santé des populations environnantes et les lobbies font passer des lois écocides en profitant de l'état d'urgence

en pleine crise sanitaire pendant que les gens, malades et soignants, démunis de tout, tombent comme des mouches tués par l'épidémie, pendant que les mensonges d'état s'accumulent et que le scandale dépasse toute limite, le gouvernement lance un appel d'offre pour grossir son stock de bombes lacrymogènes.

 La ZAD de la Dune a été brûlée par les partisans du Port de Brétignolles-sur-Mer, suite à un déploiement militaire impressionnant avec de nombreux effectifs de gendarmes, drones et un hélicoptère !Alors que la priorité des autorités devrait être d’ordre sanitaire, l’état paye le prix, par nos impôts, d’une opération militaire au moment même où le manque si primordial de tests, de respirateurs, de masques de protection pour les soignant.e.s et la population est incompréhensible. Pour rappel, une heure de vol d’un hélicoptère de gendarmerie peut coûter jusqu’à 4000€. »
Une évacuation armée qui s'est effectuée dans le mépris des règles de sécurité sanitaire et légales en cours pendant cette période de confinement, mais aussi de la trêve hivernale qui dure jusqu'à fin mai cette année. Les travaux de ce projet pensé en 2002 devraient reprendre à l'automne 2020. Au total, le port de plaisance va détruire une partie du Marais Girard, zone naturelle d’expansion des crues et havre de biodiversité, une ferme en agriculture biologique, et une réserve d’eau douce de 340 000m3.

En Seine et Marne, le préfet "afin d'assurer la sécurité des gens" a, par un arrêté, — heureusement invalidé ensuite, mais c'est l'intention qui compte —réquisitionné les chasseurs pour faire respecter le confinement. Pendant les quelques jours où ils ont disposé de ces prérogatives, (patrouiller, traquer les promeneurs se baladant en forêt et dans les espaces naturels et donc faire appliquer les restrictions liées au covid 19. Ils ont pu verbaliser au même titre qu'un fonctionnaire de police dont ils se distinguaient par leur uniforme  vert. Ceux dont le plaisir est d'exterminer la faune sauvage ont très vite mis le même zèle à sanctionner les promeneurs qui essayaient de recharger au contact des arbres et de la naturele peu d'énergie qui leur restait. Ces chasseurs, déconfinés, se baladant, eux, librement en forêt, ne furent un temps ni plus ni moins que l'ébauche d'une - milice d'Etat - une police à tendance totalitaire. Et dans certaines régions, ils se sont très vite acharnés sur ceux de leur voisinage catalogués anti-chasse.

Le confinement est le prétexte à tester  des nouveaux modes de surveillance installation de caméra  et de drones, traçage informatique. Quand aux flics, ils ont de plus en plus tendance à abuser de leur pouvoir 

La France laisse entrer Huawei sur son territoire avec une usine d'équipement pour la 5G — une première mondiale.

Benyamin Nétanyahou a réussi à former une coalition gouvernementale dont l’objectif principal est l’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie. Il dispose pour cela du soutien de Donald Trump et de la passivité complice de la communauté internationale 

Des dizaines de manifestants, dont certains armés, se sont rassemblés dans l’entrée du Capitole, siège du Parlement du Michigan à Lansing, sa capitale. Ne portant pas de masque, certains ont hurlé au visage de policiers masqués, pour réclamer l’accès à la Chambre et  exiger l’assouplissement des mesures de déconfinement mises en place pour lutter contre la propagation du Covid-19.

Allez on arrête là. la liste est trop longue, trop douloureuse.
Fuyons l'air du temps. Retournons vers les territoires de l'enfance

jeudi 7 mai 2020

Statue de Jean-Jacques Rousseau au pied du Panthéon


Voilà, 
au cours d'une de mes promenades de santé, j'ai revu, au pied du Panthéon, la statue de Jean-Jacques Rousseau, devant laquelle je n'étais pas passé depuis longtemps. J'aime cette ville avec ses rues vides. Certains soirs juste avant que ne tombe la nuit, reviennent les souvenirs de sensations anciennes, lorsque je me promenais seul dans les rues d'Alger déserte, un lointain mois de juin, juste avant la rupture du jeûne. (linked with skywatch friday)

mercredi 6 mai 2020

Colonnes Morris


Voilà,
en cette période de confinement, la mairie de Paris, sans doute pour suggérer aux rares passants la nécessité de rester chez soi, a eu l'idée d'habiller nos célèbres colonnes Morris privées d'affiches publicitaires, d'une image représentant des gens chez eux à leur fenêtres. Toutefois l'une d'entre elle demeure volets fermés. Mes quelques rares lecteurs qui ont appris à me connaître, peuvent aisément deviner quelle genre de pensée a pu germer dans mon esprit. Est-ce l'appartement d'un de ceux qui ont fui la ville pour confiner à la campagne, ou celui de quelqu'un en réanimation dans un service d'urgence hospitalier ? Quoiqu'il en soit, cela me plaît, lorsque les colonnes Morris affichent autre chose que des publicités pour des films ou des spectacles, comme ce fut le cas cet hiver, lorsqu'on rendit hommage de son vivant au génial Sempé, qui a su si bien traduire, avec une espiègle et délicate poésie les rêves de ceux qu'on appelait dans les années soixante dix "les français moyens", en exposant dans la ville quelques uns de ses dessins.

Linked with Signs 2

lundi 4 mai 2020

La Palette


Voilà,
hier en fin de journée au cours de ma promenade quotidienne, je suis passé devant La Palette, ce café très connu du quartier St Germain, et j'ai réalisé que je ne l'avais jamais vue fermé. J'ai ainsi découvert ces peintures sur le rideau de fer. 
En fait, j'aime beaucoup ces promenades dans les rues désertes. On entend les oiseaux chanter, tous les bruits désagréables de la ville ont disparu. Cette sensation d'irréalité ne me déplaît pas. Certes c'est parfois un peu angoissant, mais cela offre la possibilité de voir des immeubles comme on ne les a jamais vus, de ressentir la ville plus paisiblement. Je crois que je redoute ce moment où les voitures vont de nouveau envahir les rues. (Linked with monday mural)

vendredi 1 mai 2020

Les amoureux du premier mai 2020


Voilà,
en fin de journée je me suis promené dans le périmètre qui m'est autorisé. Je trimballais une inquiétude qui ne me quitte pas depuis hier soir, une inquiétude de vieux dont j'espère qu'elle n'est qu'un produit de ma névrose plutôt qu'une juste intuition. Et puis j'ai vu ça. Eux deux. Je les avais aperçus de loin, et bien sûr je m'étais dit qu'ils ne respectaient pas les règles de distanciation. Mais je les enviais, j'enviais leur jeunesse, leur insouciance, ou leur intense désir de vivre, d'aimer de s'étreindre, de braver le danger,  — mais quel danger il y a-t-il quand on a dix sept ans ? — oui, je les comprenais bien. Confinés dans leurs familles respectives, il y avait peut-être là un rendez vous furtif. Qui n'en a pas eu, de ces moments clandestins où l'on a que la rue et si peu de temps pour s'étreindre, sentir l'autre, la peau de l'aimé, de l'autre désiré qui vous manque tant, qui occupe toutes vos pensées, auprès de qui l'on voudrait être quand le printemps vous chauffe les sens et  que la vie appelle ? Oui, ils avaient bien raison de s'aimer de se toucher ces deux là. Et puis en face, cette pauvre banderole — oh je pense qu'ils y étaient pour rien, quand on s'aime on est seuls au monde — une banderole sans défilé, une revendication de fantômes, une colère sans voix. Et ce moment a réclamé son image.

jeudi 30 avril 2020

L'été dernier


Voilà,
j'avais de nombreux textes en chantier, ou plus ou moins achevés, en réserve pour alimenter ces petites chroniques. Aujourd'hui ils me semblent pour la plupart dénuées d'intérêt au regard de cet événement qui continue de sidérer par son ampleur et sa nouveauté autant que par les conséquences désastreuses qu'il va avoir sur nos vies dans les mois et les années à venir. Pourtant, nous savons que ce n'est rien si l'on songe aux transformations qu'impliquerait une nécessaire transition écologique. Désormais, au niveau des pouvoirs publics tout a un caractère d'urgence et de panique. Rien n'a été anticipé d'une telle situation. L'absence de tests ne permet pas d'opérer un déconfinement cohérent. Notre liberté de circuler est restreinte comme elle ne l'a jamais été depuis la seconde guerre mondiale. Ce n'est pas simplement le problème de la pandémie, c'est aussi en France, le résultat d'une politique outrancièrement néo-libérale, conduite au profit des intérêts privés des plus fortunés et non du bien commun. 
Je songe à l'été dernier. J'en suis à me demander si je pourrais de nouveau faire du vélo dans la campagne en compagnie de ma fille.
(linked with skywatch friday)
linked with our world tuesday

mardi 28 avril 2020

Petite fille au ballon


Voilà,
Puisses tu petite fille cachée derrière ton ballon, lire un jour et comprendre ces vers de René Char : "Ce sont les pessimistes que l’avenir élève. Ils voient de leur vivant l’objet de leur appréhension se réaliser. Pourtant la grappe qui a suivi la  moisson, au dessus de son cep, boucle ; et les enfants des saisons, qui ne sont pas selon l’ordinaire réunis, au plus vite affermissent le sable au bord de la vague. Cela, les pessimistes le perçoivent aussi."
Je ne sais plus qui, un antique et vénérable penseur chinois sans doute, a dit que la chose la plus difficile au monde était de saisir la vie avec des paroles justes et simples. Je n'en suis guère capable. Certains instants toutefois se trouvent, selon la façon dont on les envisage, chargés d'une fugitive poésie. Quand je me promène je les espère, je les guette. Parfois ils se laissent capturer.

dimanche 26 avril 2020

D'étranges fleurs


Voilà,
l'un s'est réveillé sans trop comprendre cette tristesse qui semble s'être insinuée en lui à la faveur de la nuit. Tel autre se rend bien compte que depuis quelques temps il se néglige. Autrefois si attentif au moindre symptôme, à la plus petite douleur, à présent il s'en fiche et c'est comme si le quittait peu à peu le goût de vivre. Il en est une qui longe les murs, se répétant ces mots que quelqu'un avait inscrits au pochoir sur une palissade : Notre passé est triste Notre présent est tragique Encore heureux que nous n'ayons pas d'avenir. Sans surprise ni perspective, les jours succèdent aux jours dans un temps qui n'en finit pas de durer. On sent bien que quelque chose se prépare, sans trop savoir ce qui succèdera à cette torpeur. Rien de bien fameux, probablement. Sur le pavé de nos rêves inquiets d'étranges fleurs s'épanouissent. Les mots manquent pour nommer ce qui sournoisement nous dérange.
Linked with Monday Murals

samedi 25 avril 2020

Les deux amies



Voilà,
maintenant qu'elles sont confinées à la maison en compagnie de leurs enfants de leurs maris respectifs les deux riches amies ne peuvent plus s'échanger désormais que des mots doux plus ou moins codés et des photos sur Telegram, et parfois aussi furtivement se parler au téléphone. Elles songent avec nostalgie à ces après-midi de liberté qu'elles s'octroyaient quelquefois, chez l'une chez l'autre lorsque c'était possible, mais le plus souvent, à une de ces bonnes adresses qu'ignore le commun des mortels.  Sinon, les journées s'écoulent paisibles mais légèrement frustrantes, dans une atmosphère de bougie parfumée, de tisanes et de fleurs fraîches qu'elles se font livrer deux fois par semaine. Parfois elles préparent des gâteaux avec les enfants ou initient des jeux de société souvent très vite ennuyeux, mais heureusement la jeune fille au pair qui sait si bien s'occuper d'eux — d'ailleurs c'est étonnant comme le enfants l'adorent — a accepté de rester, au prix de quelques aménagements, bien sûr. Les Tuileries, Toraya et le musée d'Orsay sont fermés, alors on feuillette la gazette de Drouot, ou quelques vieux catalogues d'exposition, regrettant ce week-end prévu, — mais reporté sine die quel dommage —, à Sète pour y visiter ensemble l'exposition Gromaire. L'une s'est remise à la broderie, l'autre a ressorti ses encres et ses pinceaux. Toutes deux, sur le conseil d'un ami commun un peu excentrique, ont commandé par correspondance du CBD+ et vraiment elles trouvent ça tout à fait formidable, c'est fou comme elles se sentent détendues mais comme ça part vite aussi. Enfin tout ça ne durera pas éternellement. Vivement l'été, qu'on retrouve la maison en Toscane, ou le petit château dans le Périgord. Là-bas la glycine doit commencer à fleurir et le jasmin embaumer.

vendredi 24 avril 2020

Ou bien



Voilà,
bien des années plus tard on se souvient de moments qui, comme ces étoiles mortes dont la lumière cependant continue de voyager, n'ont rien perdu de leur densité. Certains n'avaient pourtant rien d'exceptionnel, pouvaient même être d'une grande banalité.
par exemple être assis au fond bus 58 en compagnie d'Agnès et de passer, lors d'un dimanche caniculaire devant le restaurant du moulin vert. Il ne se passe rien de particulier, peut-être suis-je simplement bien, je ne sais pas. Et je songe qu'il doit être bon d'y déjeuner, et que je le ferai peut-être un jour, car j'ai toute la vie devant moi. Ben non.
Ou bien
Rue Jean Ferrandi, c'est le printemps, il y a Bente, il y a Renée et Jean-Jacques qui fait le pitre en chantant "kaya kaya" la chanson de Bob Marley. Nous sommes tous légèrement sous influence.
Ou bien
ce matin d'août qui vient tout juste de commencer. J'ai 17 ans je fais un long voyage en mobylette il est aux alentours de neuf heures je suis sur la nationale 624 un peu après Mazères, je m'arrête pour refroidir le moteur. Il me semble que le paysage change, qu'on passe du côté de la Méditerranée. D'ailleurs on entend des cigales. L'instant est parfait. Je ne fais qu'un avec le monde. Je suis libre, les possibilités sont sans mesure
Ou bien
ce déjeuner du dimanche chez Pierre Guyot, après son voyage en Tunisie d'où il avait ramené du sirop de violette ; il nous avait offert du parfum à Agnès et moi. Chaque fois que je passe rue Cassette, je pense à lui et à ce que ma vie aurait été s'il avait vécu plus longtemps
Ou bien
cette descente dans le lit de la rivière Nartuby depuis Ampus avec Gérard, Delphine, Didier et Agnès
Ou bien
Louise jouant au piano une arabesque  de Debussy par une de ces fins d'après-midi dans la merveilleuse maison de Jurançon
Ou bien
La fois où j'ai arrêté mon scooter sur le bord d'une route en Corse et qu'un papillon est longtemps resté posé sur mon sac à dos attaché au porte bagage
Ou bien
ces soirées de juin 1970 où nous jouions au foot sur la pelouse en face de l'immeuble en nous prenant pour les joueurs que nous voyions à la télé lors de la retransmission des matches de la coupe du monde avec le grand Brésil de Pelé, Rivelino, Jairsinho, Gerson, Tostao, Carlos Alberto qui cette année là marqua le dernier but de la compétition
Ou bien
cette promenade dans un sous bois de la forêt landaise après la pluie en compagnie d'une monitrice qui est si gentille avec moi et qui me prend par la main
Ou bien
ces après-midi passés dans l'aire de jeu du jardin du Luxembourg avec ma fille si fière de montrer comme elle monte bien sur, la toile d'araignée comme elle glisse bien dans le toboggan, comme elle sait remonter vite sur le tourniquet
Ou bien
cette soirée de mai 1973 à errer longuement sur les quais de Seine en compagnie d'Agnès et Delphine et le retour à Vaugirard et ce qui s'ensuivit
Ou bien
un dimanche matin avec Philippe et Agnès, on mange des charcuterie chez Goldenberg dans le quartier juif
Ou bien
Pascal jouant à "Waiting for my man" près d'une station service sur la route d' Ushu.
Ou bien
cette fois où un dimanche après-midi écoutant la tribune des critiques sur France Musique — différentes versions d'une cantates de Bach étaient proposées — il m'est arrivé d'être ému aux larmes dans la proximité et la chaleur d'une présence aimée
Ou bien
Me promenant sur mon vélo rouge et fredonnant "Penny Lane". J'ai onze ans
Ou bien
Quand avec Christelle nous avons dormi dans l'hôtel situé près des grottes de Matata à Meschers au bord de l'estuaire de la Gironde une fois tous les deux, une autre avec notre fille qui était toute petite
Ou bien
ces samedi matins où je me réveillais très tôt à cause du décalage horaire — cela semble si loin, alors que c'était encore l'année dernière — pour voir des matches du Rugby championship de l'hémisphère sud en streaming sur mon ordinateur, et c'était comme une joie enfantine
Ou bien
La veille du jour où Agnès passait son bac de français je crois, et pour qu'elle se change les idées (et cette suggestion m'avait étonnée) Dominique nous avait emmenés à Ermenonville au parc Jean-Jacques Rousseau où celui-ci passa les cinq dernières années de sa vie. Ce parc composé par le paysagiste René-Louis de Girardin, était destiné par son créateur à stimuler la réflexion des visiteur.
Ou bien
la découverte de Lisbonne, la première promenade là-bas, les premières marches gravies
Ou bien
lorsque l'été je me réveillais tôt à Châteaudouble et que je prenais ma pétrolette pour aller jusqu'à Ampus chercher le pain qui était particulièrement bon, et que l'air embaumait de senteurs de thym, de lavande...
Ou bien
les premières séances de la journée au Saint André des Arts, où j'ai vu tant de film de Bergman, et aussi "Rencontre avec des hommes remarquables" de Peter Brook, et "La peau" ce génial film de Liliana Cavani d'après l'œuvre éponyme de Malaparte
Ou bien
ce garçon dans ma classe en CE1 à Châlons sur Marne (aujourd'hui Châlons en Champagne parce que c'est plus chic) qui prétendait que sa gourde avait été achetée par son père au "marché commun"
etc, etc...
Un poète a déjà donné ce titre à un recueil. Mais j'appelle ça les moments tannés.
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jeudi 23 avril 2020

Le Temps du Répit


Voilà,
il semblerait donc que ce fameux Covid 19 soit, selon les dernières informations, un virus plus sournois qu'on ne l'imaginait initialement. Mais au regard du virus de la connerie, qui est quand même la pandémie dont l'homme, parmi toutes les espèces vivantes constitue le principal vecteur en même temps qu'il en est la souche, il faut bien avouer qu'il fait bien piètre figure. Je ne prends qu'un exemple local : la réouverture lundi soir du drive du McDonalds de Moissy-Cramayel, en Seine-et-Marne, a provoqué une incroyable cohue. De nombreuses vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent une file de voiture de plusieurs centaines de mètres, obligeant certains automobilistes à emprunter un autre chemin pour continuer leur route. Selon des journalistes, cette file ininterrompue a commencé à 17 h et duré jusqu’à 22 h. Je ne veux pas offenser mes amis désespérément optimistes —oui c'est cela je me demande parfois si l'optimisme n'est pas une forme de désespoir qui s'ignore ou une manière de folie douce —, mais je crois que la courbe du génie est beaucoup moins exponentielle que celle de la bêtise. Il est probable que le monde d'après qu'espèrent certains penseurs — et moi aussi — n'adviendra pas. Ce sera le même, en pire, du moins dans un premier temps, et puis le pire prendra des formes nouvelles. Dans le registre de l'abjection et de la bêtise, elle n'a pas fini de se surpasser, l'espèce. Ces derniers temps elle a produit quelques fiers spécimens.
Alors je regarde passer les nuages, je me souviens du temps où je pouvais descendre jusqu'au fleuve pour le voir couler, j'écoute les oiseaux chanter, je m'abandonne à la caresse du vent, à la lumière changeante. Et même si je me mouche, et me râcle la gorge, je goûte encore ce temps comme celui du répit. C'est encore la paix.
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lundi 20 avril 2020

"En disposant mes rêves"


Voilà,
"Je ne m'indigne pas, car l'indignation est le fait des hommes forts ; je ne me résigne pas, car la résignation est le fait des hommes nobles ; je ne me tais pas non plus, car le silence est le fait des grandes âmes. Or je ne suis ni fort, ni noble, ni grand. Je souffre et je rêve. Je me plains parce que je suis faible et, comme je suis artiste, je me distrais en tissant des plaintes musicales et en disposant mes rêves de la façon qui plaît le mieux à l'idée que je me fais de leur beauté. Je regrette seulement de ne pas être un enfant (je pourrais croire à mes rêves) ni un fou (je pourrais écarter de mon âme tout ce qui m'assiège)" écrit Fernando Pessoa dans " Le Livre de l'Intranquillité".
Pourtant ces dernières semaines, il m'est difficile de m'abandonner à la fantaisie de ma propre imagination. Les idées ne viennent plus. Le désir s'absente. Informulées, des questions me peuplent, évanescentes comme des spectres mais toxiques comme un poison. Parfois, je voudrais n'être plus qu'une de ces choses rendues à une existence plus désirable, par le soin, la sollicitude, l'attention souvent facétieuse qui leur sont accordés, en ce lieu où le regard peut se laver de la médiocrité de l'ordinaire des jours.
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dimanche 19 avril 2020

Good day Sunshine



Voilà,
je me suis réveillé tout bizarre, après un rêve ou une succession de rêves dans lesquels je ne cessai de passer des tests sanguins, qui révélaient que j'étais atteint d'une forme particulièrement étrange de coronavirus caractérisée par une forte charge virale malgré l'absence totale de symptômes respiratoires. Je renouvelai mes tests qui ressemblaient à des sauvegarde d'ordinateur sur time machine. Ma fille et moi avions les mêmes résultats, et l'on essayait de me convaincre que c'était plutôt une bonne chose, que nos organismes étaient très résistants et fabriquaient leurs anticorps sans que je sois pour autant convaincu. L'inquiétude m'a fait ouvrir un œil puis l'autre, j'ai allumé la radio, là j'ai entendu une voix masculine prononcer les mots suivants "... un aspect ubiquitaire de l'hypostase du verbe incarné...", j'ai immédiatement compris que ce n'était pas pour moi et j'ai changé de fréquence. Je suis tombé sur une cantate de Bach jouée très lentement au piano, par Alfred Brendel ai-je appris quelques minutes plus tard. France-Musique propose tous les dimanche matin, une émission sur Bach, et ça c'est vraiment bien. J'ai paressé un peu, me suis levé, ai entr'ouvert le rideau, vu que le ciel était tout gris, me suis recouché, envisageant une possible journée de chat, c'est à dire m'endormir, me réveiller, glander ne rien faire... je me suis rendormi bercé par Bach. Au second réveil le ciel était bleu. J'ai pensé à "Good day sunshine" des Beatles, l'ai aussitôt écouté sur la tablette qui est au pied de mon lit. J'avais oublié combien ce morceau me fait du bien
J'ai fait ma première salade grecque de l'année, mangé mon premier melon.
Je suis retourné dans ma chambre. Ai écouté la radio. Lu vaguement. Me suis assoupi. Puis un long coup de fil, où fut évoqué un projet pour l'été, avec des jeunes gens. Je suis désormais condamné à être le doyen des distributions. Mais tout relève de l'hypothèse, dorénavant. 
Me suis ensuite promené avec ma fille. C'était bien. Nous avons même acheté des glaces.
Me voilà de retour.
J'ai vu ça sur un mur.
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vendredi 17 avril 2020

Orgue de Barbarie



Voilà, 
on dirait une photo d'un autre temps. Et pourtant elle date du 21ème siècle, comme l'attestent l'ardoise indiquant le prix en euros et les chaussures du musicien.
Mais le vingt-et-unième siècle, depuis, nous a réservé une bien étrange surprise.
Je ne sais pas s'il jouera encore, au marché Edgar Quinet, l'homme à l'orgue de barbarie, cela fait longtemps que je ne l'ai vu, j'ignore même s'il est encore vivant. Et puis je ne sais pas quand il y aura de nouveau un marché Edgar Quinet. Quoiqu'il en soit, avec ses ritournelles d'un autre temps il alimentait la nostalgie d'un Paris qui n'existe plus, d'un monde rêvé.
Mais que faire de nos rêves désormais ?
Personne n'avait imaginé cela. La moitié de l'humanité enfermée, interdite de sortie, de circulation. Ayant pour consigne de ne pas même accompagner les mourants ni d'honorer les morts.
Comme le chanteur Christophe, cette nuit, le saxophoniste Lee Konitz,  l'écrivain Luis Sepulveda, il y a trois jours. Et tant d'autres plus ou moins connus.
Les morts c'est juste qu'ils nous abandonnent.
Et même si nous les avons perdus de vue ou qu'ils n'étaient que de vagues connaissances dont nous avions quelquefois des nouvelles par des tiers, ils nous laissent à la méditation mélancolique à quoi leur absence nous réduit. Quand ils étaient encore de ce monde nous appartenions ensemble a la communauté des vivants. Disparus ils nous renvoient à la fragilité de notre présent à la précarité de notre futur. Ils nous rappellent violemment notre condition de sursitaires.
Aujourd'hui plus que jamais.
Oui notre pas est moins véloce et sans doute est-ce lié à la pesanteur de nos pensées.
Et puis nous avons depuis un mois si peu l'occasion de marcher.
Il nous faut nous signer à nous-mêmes des bons de sortie.
Flâner trop longtemps ou loin de chez constitue désormais un délit.
En ce temps de grand confinement  — c'est ainsi que les responsable du FMI ont décidé de nommer cette période — la sagesse de Kafka — lui-même victime d'une autre grande pandémie qui (bien qu'on sache la prévenir) tue encore annuellement 1,8 millions de personnes dans le monde — nous fait défaut.
"Il faut quitter ta chambre. Reste assis à ta table et écoute. Tu n'as même pas à écouter. Attends simplement. Tu n'as même pas à attendre, apprends juste à rester tranquille, calme et solitaire. Le monde s'offrira alors à toi, et te proposera de le démasquer. Il n'aura pas le choix : il roulera en extase à tes pieds."
Après tout, un peu de poésie ne peut nuire. Mais le monde est il encore capable d'extase ?
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jeudi 16 avril 2020

Effets collatéraux



Voilà,
Les jeunes acteurs ou actrices, les vieux comédiens, les écrivains sur le retour, qui se sentent obligés de faire œuvre de bienfaisance en propageant – presque à la vitesse du virus d'ailleurs – sur les réseaux sociaux,  des vidéos où ils nous récitent ou lisent quelques poèmes, pas toujours très bien hélas
Les auteurs bourgeois, se prenant pour Saint-Simon ou la Sévigné qui nous livrent leurs états d'âme depuis des confinements luxueux, souvent à la campagne dans une prose rarement à la hauteur de l'événement
Les millions d'internautes qui manifestent une soudaine compétence en matière d'épidémiologie et de virologie
Les tropisme bien français pour la lâcheté et la délation anonyme, avec par exemple ces gens qui demandent à une infirmière  habitant dans leur immeuble de déménager par crainte d'être contaminés, ou d'autres appelant la police pour dénoncer le voisin qui ne respecterait pas le confinement
Les malfrats qui font du trafic de masques ou cambriolent des voitures de médecins pour s'approvisionner
Les défis stupides lancés sur facebook genre "poste une photo de toi petit" — la meilleure réponse que j'ai vue :  celle d'un ami renvoyant une reproduction d'un tableau de la nativité —.
La vie domestique transformée en une succession de mouvements de ramassage et d'essuyage, sans que pour autant rien ne semble vraiment accompli. 
Aller pisser sans tout à fait s'en rendre compte ni en avoir vraiment envie. Comprendre que l'expression "se faire chier" a un fondement (si je puis dire) quasi ontologique.  
Avoir quand même du mal à se concentrer et par conséquent trouver que poèmes, aphorismes et haikus sont des unités lexicales très adaptées à la situation.
S'apercevoir que sur les réseaux sociaux, sur les plateaux de télévision,  les mêmes qui, il y a quelques mois étaient incapables d'imaginer pour aujourd'hui un tel scénario, s'empressent de faire des prévisions concernant les prochains mois, voire au-delà
Le besoin partagé par de nombreuses personnes en France de défendre corps et âme un homme qu'ils pensent providentiel, comme si l'histoire ne nous avait pas servi de leçon,
L'impossibilité d'accompagner ses défunts
Voir grandir, au fur et à mesure que se dévoile l'ampleur du chaos à venir, la panique chez ses proches et sentir poindre en soi une sorte d'inquiétude
Entendre les délires de prêcheurs évangéliques confinés eux dans la bêtise depuis longtemps
Constater le cynisme et l'ignominie de ceux qui nous gouvernent ainsi que l'oubli, l'effacement dans l'actualité de toutes les autres catastrophes en cours,
Ne plus être capable d'imaginer l'avenir, parce qu'on perçoit confusément que toutes les règles sont en train de changer mais pressentir tout de même que ce ne sera pas pour le meilleur
passer un dimanche après midi à faire le ménage en écoutant de la variété vietnamienne rétro
Être parfois terriblement déconcerté par l'ampleur de l'événement et effrayé par ce qui s'ensuivra
Constater sur les réseaux sociaux plus encore que d'habitude des mots des images, de l'indignation de la revendication du commentaire lui même commenté surcommenté
les libertés que s'octroient les oiseaux et en particulier les pigeons et les corneilles
se demander plusieurs fois par semaine si on n'en aurait tout de même pas éte atteint de façon bénigne
Ne plus trouver les mots
Ne plus avoir envie
mais aussi les menus plaisirs pendant la promenade journalière autorisée
marcher au milieu de la route
lever les yeux, voir son environnement de façon différente,
découvrir soudain la beauté architecturale d'un immeuble auquel on n'a ordinairement pas l'espace pour y prêter attention, parce que d'habitude on est sommé de ne faire que passer, d'être en mouvement, et que de toute façon l'espace est encombré de gens d'automobiles de cyclistes de piétons, rythmé par les feux tricolores.
le silence le silence
découvrir aussi les polyphonies de Chiara Margarita Cozzolani nonne bénédictine au couvent de Sainte Radegonde à Milan au XVII ème siècle, et s'en trouver ravi
Etc... etc
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