mardi 30 août 2016

Légèreté


Voilà,
Pendant quelques jours, trop peu, j'ai retrouvé la légèreté. La légèreté c'est la plage. C'est le soleil. C'est se baigner. S'abandonner à ces joies simples. Marcher sur la berge, respirer le grand air. Prendre le temps. Retrouver les sensations de l'enfance. N'avoir de compte à rendre à personne. J'aimerais retourner là. Je m'aperçois que je ne m'autorise pas suffisamment de vacances et de changement d'air. Kafka disait de Prague que c'est une petite mère qui vous tient dans ses griffes. Peut-être ai-je le même rapport à Paris. Il faut que je me libère plus souvent de cette ville.

lundi 29 août 2016

Dans le pays de son passé

Juillet 1983
Voilà,
"Mais le plus souvent le voyageur dans le pays de son passé ne cherche pas à montrer ou démontrer, encore moins à convaincre. C’est à lui-même qu’il parle. Quand il essaie de reconnaître la forme de quelque chose qui fut, et qui fut lui, il essaie de trouver des points d’appui pour se persuader que ce fut réel, qu’il n’a pas rêvé, qu’il ne rêve pas : qu’il existe vraiment, comme une chose du monde, malgré la destruction, l’instabilité et la méchanceté. Il ne cherche pas à reprendre racine dans la stabilité d’un lieu du monde : il cherche, au contact de la fragilité des choses, à se reconnaître lui-même comme lieu d’enracinement. Un lieu provisoire et instable, mais le plus réel de tous." (Pierre Pachet)

vendredi 26 août 2016

Solitudes


Voilà,
hors-cadre, il y a un duo de musiciens qui joue. Je crois que la fille qui allume sa clope est la copine de l'un d'entre eux. Le type adossé contre le mur ne semble avoir aucun lien avec la fille. C'était il y a un an presque jour pour jour à Londres. Il y a pas longtemps avec C. on a reparlé de ce séjour. C'était vraiment bien m'a-t-elle dit. Je confirme. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 24 août 2016

L'Importun

Voilà,
il n'était pas attendu celui-là,
il a débarqué comme ça
il a convoqué ma main mon crayon
à mon corps défendant
enfin non pas tant que ça 
il y avait de la tentation
un crayon un crayon pourquoi pas un crayon
la tentation des gestes anciens
il me semble que parfois je les perds
ce sont eux qui me sauveront c'est sûr
ai-je alors songé 
donc petit à petit il est apparu
comme ça 
il a réclamé ses traits 
les a eus
mais quand même il a fallu que je le passe à la machine
pas pu m'empêcher non impossible 
je suis lié à la machine
la machine est une extension de moi.
mais je m'en méfie de plus en plus je m'en méfie
ses sollicitations sont sournoises
me happent parfois vers des enfers
que je m'efforce de retranscrire à ma façon
mais c'est éprouvant
bref l'ai passé à la machine donc, assez bien passé je pense
il me regarde d'un drôle d'air mais c'est comme ça
voilà je ne l'attendais pas
mais il est là 
il va falloir consentir à un peu de sympathie pour lui 
il ne semble pas très avenant au premier abord
il a l'air de me reprocher quelque chose mais je n'y suis pour rien
c'est lui qui est venu me chercher qui a voulu que je l'aboutisse comme ça
il aurait du envisager que je le passerais à la machine
j'aime me promener dans les formes que me suggère la machine
j'aime aussi jouer avec la machine
lui faire des propositions absurdes incongrues
et elle répond
la machine répond toujours quand il s'agit de générer des formes.
elle se fout de savoir où et quand elle a été fabriquée
mais sollicitez là délicatement
et il est possible qu'elle vous suggère alors des visions auxquelles vous n'aviez pas songé
et voilà c'est sur lui que c'est tombé
ah bin oui fallaît pas apparaître
cette apparition m'a laissé perplexe
elle s'est improvisée comme ça
oui bien sûr je l'ai laissée venir je lui espérais une chance
et puis bon j'ai voulu voir un peu plus loin
et puis à un moment je me suis dit mais qu'est ce qu'il fait celui-là
pourquoi il est là pourquoi il s'arrête
il est là donc il est là peut être las aussi
peut-être ailleurs déjà
peut-être ne voulait-il que passer
il n'avait pas conscience de sa forme
peut-être était-il déjà prêt à se transformer encore
mais non 
eh oui c'est comme ça que ça s'est passé


il est là dans son cadre à ce stade de son évolution de sa métamorphose
on peut appeler ça comme on voudra
ou ne pas l'appeler non ne pas l'appeler
oui c'est mieux de ne pas l'appeler ce stade
A moins 
à moins qu'il ne fut cet invité surprise 
dans le crayon.
Que sa forme ait été tout entière 
déjà dans le crayon
et que la forme dans le crayon savait qu'elle passerait à la machine
sans aucune idée toutefois de ce qui adviendrait après la machine 
car les formes pensent
les formes sont vivantes elles viennent vers nous
elles se proposent comme un divertissement
les formes nouvelles
comme disait Treplev
je les vois partout
ce sont des sons ce sont des images ce sont des gens avec des petites machines dans lesquelles il se mirent
le monde des vivants a pris une autre forme depuis l'apparition des petites machines
les dos sont voutés, les pouces hypertrophiés, ils avancent aveugles et courbés
mais lui dans le cadre il me regarde
il me regarde
je lui trouve un air de lutteur fatigué
il est encore un peu coincé dans son ancêtre qui était un insecte
et puis cette tête sur ce corps c'est pas de chance
ce corps non plus c'est pas d'chance
mais il est assez abouti dans son pas de chance
il est là donc
dans la réalité
peut-être va-t-il en appeler d'autres
c'est bien possible ça
peut-être est il tribu
tapie dans la page blanche
mais il est possible aussi que la tribu se trouve tranquille dans la page blanche
et qu'elle veuille y rester
c'est juste un affaire de crayons

vendredi 19 août 2016

Sans remède


voilà,
dans ma jeunesse j'ai travaillé à l'AFP. Il s'agissait de trier les dépêches. On me payait (mal) mais on me me payait pour ça. Maintenant par loisir, ou pour combler mon désœuvrement, ou bien lorsque le sommeil ne vient pas, j'en consulte d'autres, plus frivoles. J'y vois des chats qui ont peur des concombres, des questions qui me sont posées "si vous deviez être enfermé dans un film pendant un mois lequel choisiriez vous ?" on m'y affirme que le dernier clip de will.i.am est un chef d'œuvre (c'est vrai que c'est assez réussi), on me donne les noms des députés socialistes qui ont voté pour le secret des affaires au parlement européen, on m'indique la liste des produits monsanto à boycotter en France, et les marques vestimentaires qui ont opté pour la mode musulmane, on m'informe sur l'Achat par des sociétés chinoises de terre agricoles dans le Berry, on m'apprend que des photographies vieilles de cent ans ont été découvertes dans les glaces de l'Antarctique, qu'un comité du rire s'est tenu à l'entrée d'une conférence sur l'Éthique conclue par le président d'une grand groupe bancaire français, que des chinois (encore eux) utilisent la fumée des usine la nuit comme écran géant pour dénoncer la pollution. Une amie trouve que dans son réseau il y a des propos ouvertement racistes à l'encontre des femmes qui s'insurgent contre le port du voile, on diffuse des vidéos montrant des défilés d'enfants qui cherchent à être adoptés, d'autres où l'on voit que le troisième ligne des Reds de Melbourne est capable de claquer un drop de quarante mètres en toute décontraction, que Patti Smith nous recommande d'éviter tout ce qui pourrait faire de nous des esclaves (c'est cool Patti moi-même je me suis libéré je n'achète plus tes disques). Parfois on a envie de silence, un peu. De dire comme Hamm dans "Fin de partie" de Samuel Beckett : "vous êtes sur terre c'est sans remède, allez vous en et aimez vous. Léchez vous les uns les autres. Foutez moi le camp retournez à vos partouzes". Il suffirait de débrancher, de se couper du bruit du monde. Mais peut-être craint-on alors d'être plus seul encore, et de s'apercevoir qu'en ce monde justement on y compte encore moins qu'on ne le craignait et que oui peut-être qu'il est sans remède, ce sentiment d'abandon.

mercredi 17 août 2016

Tout va bien se passer


Voilà
"partir là-bas, pensant qu'on aurait aussi bien pu rester ici ou aller ailleurs. Partir, parce qu'on voudrait être nulle part et partout à la fois. Partir pour fuir une peur et aller au devant d'une autre. A moins qu'il ne s'agisse de la même sous deux formes différentes. Partir à cause d'une injonction qu'on s'est faite un soir dans un état second. Partir dans le vague, entre étourderie et étourdissement. S'absenter quand tant d'absences déjà vous traversent. Partir pour passer à autre chose. Pour fuir les fantômes. Partir seul puisqu'il n'est personne à cette heure avec qui partager le silence ni vers qui tourner son regard. Partir en laissant les fenêtres ouvertes comme si on allait revenir demain tout en craignant de ne revenir jamais. Partir parce qu'il n'y a nul horizon dans les murs. Partir avec l'illusoire et fugitive croyance que les larmes se changeront en rosée. Partir quand tout semble hors de portée. Partir avec des brassées de rêves et de mots éparpillés dans l'indifférence. Partir, car du vertige on ne peut longtemps faire sa demeure. Bref, s'arracher. Allez ! Tout va bien se passer."
Ces lignes que j'avais écrites, en Juillet 2015 avant mon départ pour Madère, j'avais finalement renoncé à la publier. Je les ai laissées quelques heures en ligne le 27 mai, avant de les déprogrammer. Écrites dans un grand moment de panique et de désarroi comme il m'arrive de plus en plus souvent d'en éprouver l'été, elles sont encore d'actualité. En fait, j'ai besoin d'un abri, j'ai besoin d'un refuge où me sentir en sécurité. Je suis fatigué, je n'arrive pas à décrocher. J'ai besoin d'un temps sans objectif sans contrainte sans nécessité sans optimisation sans jugement sans connexion sans planification sans ville sans foule. Ce n'est pas encore pour cette fois-ci. Je ne voudrais pas être comme ça. Perpétuellement inquiet. Mais c'est plus fort que moi. Parfois j'ai envie de baisser les bras. Je n'en peux plus d'être ainsi, perpétuellement aux abois. Je voudrais juste me retirer. Un peu. Un temps. Pas tout seul.

dimanche 14 août 2016

Le monde VUCA


Voilà,
parfois on lit de drôles de choses, des analogies étranges qui associent le monde de l'entreprise à celui d'un théâtre d'opérations sanglantes, la réalité manageriale à un chaos d'où le danger peut surgir à n'importe quel instant  "D’après le sociologue d’origine polonaise, Zygmunt Bauman, notre monde serait passé d’un état solide à un état liquide. Auparavant la terre, centre du cosmos clos, donnait un cadre stable à nos représentations. Aujourd’hui, l’infiniment petit, l’infiniment grand échappent à toute représentation, plongeant l’esprit humain dans les affres métaphysiques de chemins qui ne mènent nulle part. A un tout fini, bien ordonné, une hiérarchie de valeurs reconnue, succède un univers infini, que l’on découvre de plus en plus chaotique. A cette vision de la nature et de ses phénomènes correspond avec quelque décalage la transformation de la société. A une communauté majoritairement paysanne, ancrée dans son terroir d’origine et réglée selon le rythme des saisons, succède une agrégation d’individus soumis aux influences économiques erratiques. En bref, nous n’avons plus de vrai référentiel commun et les avancées technologiques nous offrent des instruments de plus en plus perfectionnés qui « fractalisent » nos représentations, ou, pour le moins, les éclatent."
 Une lecture de ce phénomène rencontre un certain succès dans les organisations ; elle est celle que proposent certains militaires (et ex-) de l’armée américaine : notre monde serait devenu VUCA, acronyme pour Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity. Les problèmes rencontrés en Afghanistan, en Irak, etc. seraient d’un type nouveau. Dans nos entreprises, cette description rencontre par analogie un certain écho : beaucoup d’organisations reconnaissent ce caractère volatile à l’exemple du côté éphémère de nombreux projets qui se succèdent sans être toujours aboutis. L’incertitude est présente là où les possibilités de planification réaliste n’excèdent guère trois mois – au-delà nous sommes dans le long terme! La complexité va de soi, avec l’infobésité dont nous sommes au quotidien les victimes plus ou moins consentantes, par le nombre de mails, d’alertes, de tweets, échangés. Quant à l’ambiguïté, elle se vit déjà au travers du manque de clarté dans les communications, manque de clarté lié soit à l’usage du sabir anglo-français bien éloigné de la précision anglaise, soit à une réflexion précipitée. Ce monde VUCA, complexe et en évolution permanente, exige des managers, de l’agilité, de l’intelligence collective, un investissement total. Si certains y voient une crise, c’est-à-dire un changement de paradigme, on peut y voir aussi le retour à un certain équilibre dans les relations humaines, et pourquoi pas une Renaissance.". J'ai lu ça il y a quelques mois c'était signé d'un certain Bertrand Caroy, saisi par ce que Roland Barthes appelait le démon de l'Analogie : "Toutes les explications scientifiques qui ont recours à l'analogie - et elles sont légions - participent du leurre, elles forment l'imaginaire de la Science". Double leurre, puisque le discours sur l'Entreprise se targue encore aujourd'hui de scientificité avec ce que l'on appelle encore de nos jours les sciences de l'information la communication. Quoiqu'il en soit, dans ce monde saturé d'images, de messages, d'informations, d'injonctions permanentes, de sollicitations, de connections, de mots de passe, d'identifiants, d'avatars divers et variés j'éprouve de plus en plus souvent l'impression de ressembler à cette silhouette dans l'image

vendredi 12 août 2016

Poissonnerie


Voilà,
cette image prise au marché couvert de Malaga en novembre dernier me touche parce que les silhouettes qui s'y trouvent me rappellent celles que j'ai pu croiser dans mon enfance. En fait ces personnes ne sont en quelque sorte "pas d'actualité", mais comme les vestiges d'un monde en voie de disparition, fait de proximité physique, de temps partagé de convivialité. Les vêtements du client ont quelque chose de désuet et même la balance semble d'un autre temps. (Linked with The weekend in black and white)

jeudi 11 août 2016

De la peur et des images


Voilà 
que je m'interdis la publication de certaines images. Des photos par exemple qui m'engagent trop auprès des personnes qui s'y trouvent et qui me sont chères. Ou bien des peintures digitales aussi, des dessins des collages des techniques mixtes dont je crains qu'ils soient trop choquants ou violents. D'ailleurs quelques images bien que je les ai conçues me foudroient. Sans trop m'expliquer pourquoi, je leur attribue une intention maléfique, non qui viendrait de moi, mais dont elles seraient porteuses en quelque sorte à mes dépens, comme si elles m'avaient échappé. C'est étrange une image. Tant qu'elle se fabrique, elle se laisse regarder d'une certaine façon. On est occupé par des problèmes bien techniques, de contraste de définition, de densité de couleurs, de transformation, de calques etc... Mais achevée, il arrive qu'une sorte d'effroi gagne. Car il semble à présent que ce soit l'image qui fixe, regarde scrute celui qui tout à coup ne peut plus observer tant il se sent à la merci d'un mystérieux pouvoir de persuasion qu'il ne peut s'empêcher de lui attribuer. Oui l'image regarde convoque d'insoutenables fictions que l'on voudrait aussitôt chasser de la pensée. Mais trop tard, le mal est fait. Sournoisement l'image a déjà commencé son lent travail de sape.
Certaines images il ne faut pas trop se laisser capter par elles. Il faut les tenir à l'écart. Les reléguer. Faut-il pour autant les détruire ? Je ne suis pas certain.
Est ce qu'une image peut porter malheur ? Pourquoi une image apparaît elle ? Les images ont-elles un pouvoir ? Peut on faire de la magie malgré soi ? Ai-je des heures où je suis sorcier ?  Parfois les images captivent et suscitent du bien-être, suis-je alors un bon chaman ? Comment tenir à distance les images ? Certaines formes génèrent elles des angoisses particulières ? N'est il pas stupide de charger une image d'intentions alors que ce n'est rien d'autre qu'une surface optique composée de pixels ? L'image provoque-elle un effet de dédoublement ? Est-il possible qu'on puisse être prisonnier d'une image comme l'enfant dont on raconte l'histoire dans "La Jetée", de Chris Marker  —  je mets en lien le film en version anglaise spécialement pour toi Bill au cas où tu ne le connaîtrais pas —. Suis-je d'ailleurs à jamais prisonnier de l'émotion que suscita ce film lorsque je le vis pour la première fois ? Mais ça c'est une autre histoire.
Donc, l'imagination enfante parfois des monstres. Ma propre imagination. Aujourd'hui je ne suis plus en mesure d'y faire face. Il arrive que je me détourne de ma propre production. Mais bon, pour ce qui est de cette photo, elle me plaît sans me faire peur. Et je suis parvenu à disparaître du reflet

mardi 9 août 2016

Visions de Saint-Antoine



Voilà, 
il y a quelques temps j'avais déjà fait une tentative, ceci en est une autre. Une réinterprétation de "La Tentation de Saint Antoine" donc. Rappelons brièvement l'argument : Antoine le Grand aussi appelé Antoine d'Égypte ou encore Antoine l'Ermite, considéré comme le fondateur de l'érémitisme chrétien, dont la vie nous est connue par le récit qu'en a fait Athanase d'Alexandrie vers 360 serait né vers 251 et mort vers 356 à l'âge de 105 ans, entre les bras de ses deux disciples, Macaire l'Ancien ou Macaire d'Égypte et Amathas. Retiré dans le désert d'Égypte, il est connu pour y avoir subi la tentation du Diable sous la forme de visions des voluptés terrestres. De nombreux peintres parmi lesquels, Bosch, Patinir, Grünewald, Brueghel l'Ancien se sont inspirés de ce thème. Plus près de nous Cézanne, Félicien Rops et aussi trois peintres surréalistes ont illustré cet épisode : Max Ernst, Delvaux, et Dali. Curieusement Picasso ne s'y est jamais intéressé. J'ai découvert les tableaux de Grünewald et Ernst vers 18 ans, dans un recueil de planches intiltulé "Painters of Fantasy" édité chez Phaidon Press et que j'avais acheté lors d'un de mes premiers séjours à Londres où vivait la sœur aînée d'Agnès. Mon intention avec cette image comme avec nombre d'autres depuis Janvier, c'est de faire jouer le principe de l'enchâssement, qui en grammaire générative se définit (pour faire simple) comme une transformation consistant à inclure une ou plusieurs phrases dans une autre. Ainsi devient elle intéressante, non pour ce qui s'y voit mais pour ce qui s'y cache ou s'y laisse entrevoir de façon incertaine. Un peu comme dans les peintures d'Arcimboldo qui faisait apparaître des visages dans des amoncellements de fruits de feuilles et de légumes. 

dimanche 7 août 2016

Dormir pour oublier (21)


Voilà,
j'aimerais ne pas avoir à m'attarder sur cela. Mais cela me choque à chaque fois. Je ne connais pas l'histoire qui a conduit à cette détresse. Simplement on est au cœur de l'été, rue Percier. Dans un quartier riche et désert en ce début du mois d'Août, où à trois rues de là je viens de voir de jeunes adultes traquer des Pokémon avec leurs portables, cette solitude absolue me dévaste. Les souffrances qui ont conduit à cet état des choses, à ce renoncement, cet abandon, cette démission, je ne peux que les imaginer. Mais je vois toute cette misère se répandre sur les trottoirs, et je ne parviens pas être indifférent. Ces personnes n'ont désormais plus d'autre refuge que le sommeil. C'est si long de mourir parfois, si difficile. Cette femme autrefois, elle aussi fut petite fille.

samedi 6 août 2016

Autoportrait dans la vitre


Voilà,
C'était il y a un an comme le temps passe. J'avais eu envie de faire un autoportrait, un selfie comme on dit aujourd'hui. J'étais en train de bidouiller quelques images et de nouveau, comme cela m'était arrivé à la fin du mois précédent, une terrible crise d'angoisse m'avait saisi. Sans doute le programme diffusé par la télévision y était-il pour quelque chose. Ce documentaire sur Hiroshima, soixante-dix ans après, expliquant l'enchaînement des événements et où se croisaient nombre de témoignages était vraiment flippant. Il mettait en évidence combien le commun des mortels a finalement peu de marge de manœuvre dans la maîtrise de son propre destin et combien les peuples ne sont que des otages et qu'ils comptent pour peu aux yeux des dirigeants – selon les époques banquiers militaires industriels de l'armement, oligarques de tous poils. Il m'avait alors semblé qu'il en était de même aujourd'hui. Un an donc a passé entre cet aujourd'hui d'alors et celui de maintenant, avec tous les ėvénements que l'on sait. D'année en année la situation me semble de plus en plus menaçante et incertaine. Il faut faire comme si de rien n'était. Programmer des projets pour l'année qui vient, remplir son agenda et faire encore semblant de croire que ce n'est ni la guerre ni la crise. À chaque attentat il y a des gens qui disent qu'il va falloir beaucoup s'aimer, se prendre dans les bras, se parler et bla-bla-bla. Mais cela n'est jamais comme cela que cela se passe bien sûr.

vendredi 5 août 2016

Livraison



Voilà,
je me souviens de ce lointain séjour à New-York avec C. Lorsque j'ai pris cette photo, cette rue downtown m'évoquait l'impasse dans laquelle avait été tourné le film où Bob Dylan, face à la camera montre des cartons avec inscrits dessus certains mots de sa chanson "subterranean homesick blues". Peut-être même ai-je alors pensé que c'était là que cela avait eu lieu. Là-bas ce qui souvent retenait mon attention, je ne sais pas pourquoi, c'était les choses à l'abandon, la décrépitude de certains lieux, qui me semblaient constituer l'envers du décor, la face sombre de la ville, les coulisse du cliquant et de la prospérité. Evidemment, je ne pouvais pas non plus penser à ce merveilleux recueil de textes et d'images de Raymond Depardon "Correspondance New-Yorkaise" qui reste pour moi un des livres les plus précieux de ma bibliothèque, je veux dire un de ceux auxquels je suis le plus physiquement attaché.(Linked with the weekend in black and white)

mercredi 3 août 2016

Hallucinations


Voilà,
flirter avec le vertige, titiller l'effroi, chercher les états limites, les états seconds, il avait aimé cela autour de ses vingt ans. Plusieurs fois il avait eu la sensation de mourir, de frayer avec sa propre disparition. C'était juste une affaire entre son corps et lui, mais son esprit lui avait alors semblé délivré de toute contrainte. Les choses les plus banales, se transformaient comme si d'autres mondes et d'autres temps s'y intriquaient ; et lui même devenait chacun des objets qui entraient dans son champ d'observation. Il croyait percevoir des dimensions de l'univers auxquelles nos sens ne permettent ordinairement pas l'accès, il s'éprouvait à la fois lenteur et vitesse, détail et totalité, angle et courbe tout ensemble. Parfois il discernait des formes fantomatiques si bien qu'un pauvre fauteuil pouvait receler bien des mondes cachés. Souvent il aspirait à rejoindre cette antériorité peuplée d'énigmes qui l'avait en partie constitué, ce lieu irréel, invisible, mathématique où un code tenait lieu de langue et dont il ne constituait qu'une des séquences aléatoires. Lointaine jeunesse propice aux expériences. Il ne pensait pas vieillir. Sa vie alors comme une impasse. Nul désir de se frayer un chemin. Comme le saumon, ne souhaitait que rejoindre sa source.

lundi 1 août 2016

Nuage, fumée


Voilà,
un message à peine codé pour qui s'y reconnaîtra sans peine

Ne cherchez pas à lire mon nom sur mes papiers
J'ai lavé mes empreintes et j'ai perdu mon âge
Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
Laissez le reste en blanc sans rien me demander


Je n'ai jamais volé que mes instants de chance
Je n'ai jamais tué que le temps qui passait
Mes poches sont percées mais je garde en secret
Le coquillage bleu du fond de mon enfance


Vous n'avez pas le droit de me prendre mes bretelles
Ouvrez-moi cette porte; rendez-moi mes lacets
Je n'ai rien demandé seulement je passais
Si je n'ai pas de nom c'est que nul ne m'appelle


Je suis très bien ainsi laissez-moi m'en aller
Je ne mendiais pas, n'étais même pas ivre
Et s'il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres
Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
                                               (Francis Blanche)

vendredi 29 juillet 2016

Projections



Voilà,
j'ai parfois la vision d'un monde d'après la catastrophe, un monde où le pétrole manque. Trop coûteuses les voitures, devenues rares sont réservées à une minorité fortunée ainsi qu'à la police et à l'armée. On a pris l'habitude se déplacer dans des carrioles légères en titane recyclé. Profilées comme des chaussures de sport, elles sont trainées par des chevaux, parfois même des chameaux ou encore tractées par des réfugiés climatiques du quart monde constituant une main d'œuvre à bas-coût. Les jeunes se déplacent vite, en rollers ou en skate. Sur les voies ferrées ne circulent que des draisines comme celles que l'ont voit dans "Stalker" le film de Tarkovski, ou d'autres sur lesquelles des vélos ont été posés. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 26 juillet 2016

Le pavillon chinois


Voilà,
Comment ça s'appelait déjà ce petit bar à côté de notre hôtel, le pavillon chinois je crois mais je n'en suis pas tout à fait sûr. C'était si doux ce voyage avec ma fille. J'étais content de lui montrer une ville que j'avais découverte quelques mois auparavant. Mais cet endroit, je n'y étais pas encore venu. Nous sommes allés y boire un verre, un soir. C'était bien. Il y régnait comme un parfum d'enfance.

vendredi 22 juillet 2016

Un certain Immeuble


Voilà,
depuis que j'habite cette ville, j'ai toujours été fasciné par cet immeuble et particulièrement cette tourelle, tout en haut, recouverte d'ardoises. J'ai commencé à traverser le jardin du Luxembourg dès mes 14 ans (c'est l'âge de ma fille cette année) pour me rendre au collège, et donc j'ai toujours aperçu le sommet de cet immeuble. Aujourd'hui encore je me demande bien à quoi cela peut ressembler à l'intérieur. Une fonction particulière était-elle dévolue à cette tourelle ou bien était-ce juste une fantaisie d'architecte ? (linked with The weekend in black and white)

mercredi 20 juillet 2016

Le Poème dans la vitre du train


Voilà
c'est à ce poème de Charles Reznikoff que je pensais ce jour là regardant à travers la vitre du train :

Ils étaient trois sur la locomotive
le signaleur le chauffeur et le mécanicien
À environ deux cents mètres de l’homme
– sourd comme un pot –
le signaleur commença à sonner la cloche ;
à moins d’environ une centaine de mètres
 le mécanicien commença à actionner son sifflet
trente ou quarante coups brefs. 


L’homme ne quitta les rails ni ne leva la tête.

Cela me fait penser à ce que nous vivons aujourd'hui, parce que bien sûr l'humanité ressemble à l'homme sourd. Depuis des années des gens expliquent que nous ne pouvons à ce point continuer avec ce mythe de la croissance permanente dans un monde fini, qu'il est malsain de faire perdurer un système financier basé non sur la production mais sur la spéculation, de saccager la planète à ce point et pourtant on continue, on continue comme si tous les signes annonciateurs de la Catastrophe ne comptaient pour rien. On continue avec cette idée folle que, puisque jusqu'à présent l'Humanité s'en est toujours sortie, il n'y a pas de raison que cela change

dimanche 17 juillet 2016

Panique


Voilà,
il n'est plus de lieu où je me trouve, dès lors qu'il y a du passage, de la foule, sans qu'une sensation de panique intérieure ne s'empare de moi. J'ai connu ça enfant lorsque je vivais en Algérie, pendant la guerre. Il fallait toujours être sur le qui-vive ; le danger, sans cesse présent pouvait surgir à tout instant. Vers l'âge de huit ans lorsque nous sommes arrivés dans les Landes, j'ai commencé à me détendre un peu. Même si, de façon générale, je continuais à me méfier des autres, j'ai fini par éprouver un sentiment de sécurité inconnu jusque là. Les landais étaient accueillants, généreux. La nature belle odorante et apaisante. Bien sûr parfois la violence de l'océan m'effrayait, mais il me procurait aussi tant de joies. On parlait toujours de guerre, à la radio, on la voyait à la télévision, celle du Vietnam, elle s'invitait ã l'heure des repas. Le géniteur suivait cela avec attention, lui qui, un peu plus de dix ans auparavant y était allé guerroyer quand ça s'appelait l'Indochine. Pour lui c'était encore très présent. Il vivait avec, imposait à son entourage cette proximité. D'une certaine façon, je n'ai jamais connu la paix, je veux dire la paix intérieure. Heureusement, il y avait la nature, les longues randonnées en bicyclette à travers la forêt de pins, le long du lac de Sanguinet. Aujourd'hui, je n'ai plus d'autre horizon que les murs de la ville et je sens une tension terrible dans les rues. Tout à coup la population réalise que le monde dans lequel nous vivons à généré des monstres qui sont parmi nous. Nos gouvernant sont impuissants. Ils utilisent de vieux mots, continuent à vendre des armes à des puissances qui financent des organisations qui nous sont hostiles. Ces fabricants d'armes détiennent aussi des organes de presse. L'art, la littérature ne me sont plus d'aucun secours. Je voudrais être parfum, la trille de l'oiseau, les embruns qui fouettent le visage, le chant de la cigale, l'ombre fraîche de l'église, la pierre sous le fenestron de la cuisine reposant contre le mur. Je voudrais que cette inquiétude me quitte, comme le font les idoles de mes vingt ans


vendredi 15 juillet 2016

Ruhl Plage


Voilà,
comment ne pas penser à Nice. Vingt ans déjà, c'est loin. Je suis là, au bord de la mer, il ne fait pas très beau, il y a du vent, ce n'est pas un printemps précoce, mais je me sens bien quand même. Je suis avec quelqu'un que j'aime, qui m'inspire confiance, logé dans un bon hôtel, on s'endort chaque soir dans du linge frais, le travail se passe harmonieusement. Chaque soir le spectacle se donne devant une salle comble. J'ai d'autres projets pour lesquels je suis déjà prêt. Je n'ai pas de problème d'argent. La vie semble simple, je surfe sur le cours des événements. Pourtant, ces soudains moments de plaisir et d'énigmatique félicité qui surgissent sans qu'on s'y attendent me semblent bien précaires, si peu conformes à ce que me semble être la loi du monde qu'il m'est difficile d'en jouir pleinement. Je ne peux m'empêcher de redouter le possible accident qui pourrait survenir. C'est ainsi, j'ai été élevé dans l'idée que le bonheur est suspect. Il m'en restera toujours des traces. Voilà pourquoi, même si j'ai le cœur léger je prends des photos de ce jour gris avec son ciel lourd de nuages. Pourtant à ce moment je suis heureux sur la promenade des Anglais. J'ai l'impression de voyager dans un autre monde comme ceux que l'on s'invente quand on est enfant. Jusqu'à ce sinistre 14 juillet, c'était cela pour moi Nice. Aujourd'hui je suis incapable de regarder la télévision, je n'allume pas la radio. Quelques photos sur les réseaux sociaux m'ont suffi. L'horreur, l'horreur. Je repense à ces vers de Paul Eluard lus il y a peu sur un site de poésie "J'avoue je viens de loin et j'en reste éprouvé / il y a des moments où je renonce à tout / Sans raison simplement parce que la fatigue / m'entraîne jusqu'au fond des brumes du passé / et mon soleil se cache et mon ombre s'étend " (linked with The weekend in black and white)

jeudi 14 juillet 2016

Révolution numérique


Voilà,
encore une photo de banc prise le 14 juillet 1983. Évidemment, ce qui est l'essence même de cette célébration s'est perdue au cours des années. Le 14 juillet commémore un acte révolutionnaire, une insurrection populaire. Maintenant des gros cons militaristes viennent voir défiler l'Armée française, et la Révolution n'est plus qu'une mythologie républicaine dont le sens s'est perdu pour la plupart de ceux qui viennent assister à ce rituel. Je ne suis pas dans l'actualité. J'ai écrit ce billet dix jours avant sa publication, avec une photo de plus de trente ans et un texte trouvé il y a quelques semaines et qui me plaît bien, et qui a sa façon est un manifeste révolutionnaire, rédigé je crois par l'homme qui a instigué l'affaire des Panama papers, raison pour laquelle il se fait appeler Mr X.
"La conséquence collective des échecs du droit international à punir la fraude fiscale est l’érosion totale des standards déontologiques, menant en fin de compte à un nouveau système que nous appelons toujours capitalisme, mais qui se rapproche davantage d’un esclavage économique. Dans ce système – notre système – les esclaves n’ont aucune idée de leur propre statut ni de celui de leurs maîtres, qui évoluent dans un monde à part où les chaînes invisibles sont soigneusement dissimulées au milieu de pages et de pages de jargon juridique inaccessible. L’ampleur terrifiante du tort que cela cause au monde devrait tous nous faire ouvrir les yeux. Mais qu’il faille attendre qu’un lanceur d’alerte tire la sonnette d’alarme est encore plus inquiétant. Cela montre que les contrôles démocratiques ont échoué, que l’effondrement est systémique, et qu’une violente instabilité nous guette au coin de la rue. L’heure est donc venue d’une action véritable, et cela commence par des questions. Les historiens peuvent aisément raconter comment des problèmes d’imposition et de déséquilibre des pouvoirs ont, par le passé, mené à des révolutions. La force militaire était alors nécessaire pour soumettre le peuple, alors qu’aujourd’hui, restreindre l’accès à l’information est tout aussi efficace – voire plus –, car cet acte est souvent invisible. Pourtant, nous vivons dans une époque de stockage numérique peu coûteux et illimité et de connexion Internet rapide qui transcende les frontières nationales. Il faut peu de choses pour en tirer les conclusions : du début à la fin, de sa genèse à sa diffusion médiatique globale, la prochaine révolution sera numérique. Ou peut-être a-t-elle déjà commencé." ( John Doe)

mercredi 6 juillet 2016

Terreurs


Voilà,
ces jours-ci, j'oscille entre le besoin de sortir de chez moi où j'ai l'impression de rancir, et la terreur croissante que m'inspirent la rue et l'espace public. Surtout lorsque je dois me rendre à La Défense et prendre les transports en commun aux heures de grande affluence. Heureusement, il arrive parfois qu'il y ait de bonnes surprises. Il suffit d'un rien. Le graffiti aperçu par hasard, il y a quelques jours, sur un mur du sixième arrondissement de Paris, m'a séduit et ému. Je n'en connais pas l'auteur, mais il me semble parent. J'aurais pu en tracer un semblable. Sinon, je me fatigue de plus en plus de cette dépendance croissante aux machines informatiques, et des addictions et contraintes que cela entraîne, de la dépendance que cela provoque. Je ne parviens pas à décrocher.

mardi 5 juillet 2016

Pique-Nique avec MDMA





Voilà,
comme promis, la suite de mes variations autour du Déjeuner sur l'herbe de Manet. Ce sont paraît-il les vacances, puisque toutes les chaînes de radio ont mis en place leurs "grilles d'été", pendant que leurs animateurs vedettes et journalistes s'absentent deux mois des ondes. Alors n'est-ce-pas on peut s'autoriser un brin de légèreté et même pourquoi pas une once de désinvolture.

lundi 4 juillet 2016

Pique-nique avec volatile et batracien


Voilà,
il y a sans doute quelque chose de paradoxal à traiter ce déjeuner sur l'herbe alors que mai, juin de cette année n'ont jamais été aussi gris et pluvieux ni aussi peu propices à des excursions champêtres, et que juillet s'annonce incertain. Cette version à défaut d'être bestiale est tout de même un peu plus animalière puisque j'y ai ajouté le bouvreuil et la grenouille qui sont sur le tableau de Manet. 

dimanche 3 juillet 2016

Pique-Nique



Voilà
J'ai retrouvé dans ma bibliothèque un recueil de nouvelles que je ne me rappelais absolument pas avoir en ma possession. Cela s'appelle "Le pique-nique des coiffeurs" et cela a été écrit par une allemande du nom de Félicitas Hoppe. Sur la page de garde il y était noté que je l'avais acheté à Grenoble le 1er juin 1999. Que pouvais-je bien faire à Grenoble le 1er juin 1999 ? Je n'avais aucunement le souvenir d'être allé à Grenoble le 1er juin 1999. J'ai donc jeté un œil sur mes carnets qui sont rangées dans un tiroir. En fait j'ai bien raison de garder des carnets et de noter sur les agendas ce que je fais chaque jour. Donc le 1er juin 1999, je suis allé rendre visite à Chantal Morel, une metteuse en scène de théâtre plutôt douée, que j'avais de temps à autre croisėe sur ma route. J'étais allé voir un spectacle qu'elle avait mis en scène dans une minuscule salle à Grenoble (le théâtre 38, je crois). Et c'est dans ces circonstances là que j'ai acheté ce livre. Je crois qu'il n'y a aucun rapport entre ce livre et le spectacle vu là-bas, dont je n'ai d'ailleurs pas grand souvenir, sinon qu'il s'agissait d'un monologue. J'ai reparlé de Chantal que je n'ai pas revue depuis longtemps avec Jean-Cyril V. un jeune auteur de la région que j'ai croisé au début du mois dernier alors qu'il était de passage à Paris. Quant à cette image, c'est l'une de celles que j'ai récemment bidouillées autour du "déjeuner sur l'herbe" de Manet. Il est possible que d'autres variations de cette série apparaissent dans les semaines ou les mois à venir. A part ça week-end de merde où un grand poète et aussi traducteur de Shakespeare (Yves Bonnefoy), un homme politique respectable  —ils sont rares — (Michel Rocard), un humaniste survivant des camps (Elie Wiesel), et un un grand cinéaste (Michael Cimino) ont tiré leur révérence.

vendredi 1 juillet 2016

Portrait de groupe avec chien


Voilà,
j'ai déjà mis en ligne des photos prises ce jour de juillet 1983, lors de l'arrivée du Tour de France. C'était une bonne moisson. Plus de trente ans après je me réjouis de revoir ces silhouettes inspirées que l'on sent toutes plus ou moins habitées par quelques grandes songeries, certaines même, frappées d'une illumination que rien ne laissait prévoir et comme prises d'un soudain élan pour changer enfin le cours fléchissant de l'Humanité. Oui oui, c'était l'année de "New Frontier" de Donald Fagen, de Original sin de INXS, de "Sweet dreams" de Eurythmics, de "Let's go dancing" et de "Sunshine reggae".Et c'est aussi l'année où j'ai découvert la merveilleuse musique de King Sunny Adé si délicieusement nonchalante. (linked with the Weekend in black and white).

lundi 27 juin 2016

Leur avant-guerre


Voilà,
Ils sont là, jeunes, paisibles et studieux dans une Europe devenue épileptique et gagnée par le Chaos. Bien sûr leur avant-guerre est aussi la mienne, mais en ce qui me concerne il me reste bien moins à vivre que je n'ai vécu. Les jeux sont faits. Je n'ai, désormais, plus guère d'autre choix que de me faire plaisir et tant que possible jouir de l'instant sans me soucier du futur, puisque, dans la succession des jours, son terme se précise ou du moins se laisse entrevoir sans que je puisse faire semblant de l'ignorer. Ainsi dois-je paisiblement me préparer à quitter sans trop de regrets ni d'amertume ce monde, quand, lassé, je sentirai que je n'ai plus rien à y faire et n'y suis plus utile pour personne. Sans doute m'en éloignerai-je insatisfait du peu que j'ai pu y accomplir, mais avec la certitude cependant qu'au moins j'aurais aimé, été aimé, et réalisé certaines choses qui valaient la peine d'échapper à la fugacité afin qu'elles demeurent dans ce qui subsiste, même modestement. J'évoque là, bien sûr une hypothèse optimiste et présomptueuse. Qui peut prétendre être vraiment maître de son destin ? En fait, je crains, dans cette époque de plus en plus imprévisible et tourmentée, de ne pouvoir disposer de la sérénité à laquelle j'aspire pour mes vieux jours, et souvent redoute que les circonstances ne m'autorisent même pas la possibilité de choisir une paisible issue.

vendredi 24 juin 2016

Statistique météorologique


Voilà,
il paraît que depuis 150 ans, il n'y a pas eu de printemps aussi pluvieux à Paris. Une chance pour nos misérables gouvernants. Eût-il fait plus chaud, la mobilisation sociale et les manifestations de rue auraient été probablement de plus grande ampleur, tant le mécontentement se propage dans la population. N'empêche, il y a eu quelques rayons de soleil dimanche dernier en dépit d'un ciel très couvert. Avec ma fille nous nous sommes longuement promenés en vélo, passant le long des berges de la Seine, peuplées de touristes, sans doute en raison de l'Euro de football qui a lieu en France. Non seulement la météo n'est pas fameuse, le climat social plutôt frais, et les pelouses de nos stades de foot dans un état lamentable, mais en plus il n'est pas un jour sans qu'on évoque de possibles attentats, ou que l'on nous rapporte qu'on en a empêché un. Le gouvernement joue bien évidemment avec cette peur pour interdire les manifestations sociales. Pourtant, on continue de vivre, malgré ces menaces. On s'efforce de sourire, mais ce ne sont pas forcément les refrains les plus gais qui remontent à la mémoire. La vie continue cependant. Depuis quelques jours, je travaille à des variations autour du "déjeuner sur l'herbe" de Manet, c'est à cela que je m'occupe quand je ne suis pas contraint à des travaux stupides qui me permettent de gagner ma vie. Pendant que je m'occupe à cela, je n'ai pas conscience que le temps passe sur moi. Cela m'ėvite d'être accaparé par des pensées qui me terrifient et que je ne peux chasser. C'est déjà l'été. Je ne sais pas comment ni où je vais le passer. (Linked with The weekend in black and white)

P.S.
Au moment où j'ai rédigé ce billet, un peu après minuit, les sondages annonçaient un maintien du Royaume-Uni dans la communauté européenne. Ce matin c'est un choc. Le vote anglais et gallois, au contraire de celui des écossais et des irlandais de l'Ulster s'est prononcé pour une sortie de l'Union. La peur de l'immigration des populations du sud plus que l'incohérence de la politique Européenne auront sans doute été déterminants. Il est probable que dans un premier temps une crise financière va secouer les places boursières du monde entier. Sensation d'un monde qui de plus en plus se délite. 

mardi 21 juin 2016

Comme une poussière de fleurs


Voilà,
"Être dans le tournoiement des mondes comme une poussière de fleurs, qu'un vent inconnu soulève dans le jour finissant, et que la torpeur du crépuscule laisse tomber au hasard, indistincte au milieu de formes plus vastes. Être que cela de connaissance sûre, sans gaîté ni tristesse, mais reconnaissant au soleil de son éclat et aux étoiles de leur ēloignement. En dehors de cela, ne rien être, ne rien avoir, ne rien vouloir"  (Fernando Pessoa in Le livre de l'Intranquillité)

dimanche 19 juin 2016

Variations sur un motif de Paul Klee


Voilà
                                                                                     Rêver, presque dormir. Dormir des paysages,
                                                                                     Peindre avec du sommeil de très lourds horizons
                                                                                     Où n'ont surgi jamais ni souliers, ni maisons,
                                                                                     Mais seulement parfois d'impalpables visages

                                                                                     Peindre rien, presque rien, en tons subtils et doux.
                                                                                     Ne se frôler les yeux qu'avec des robes d'âmes,
                                                                                     Ne pas troubler de bruit ces visions de femmes
                                                                                     Qui rôdent longuement dans l'intime de nous

                                                                                     Chanter, chanter très bas la chanson irréelle.
                                                                                     Souffler le dessin net et la touche cruelle,
                                                                                     Copier le non-être avec soin et très bien

                                                                                     Au bas d'un brouillard flou mettre sa paratafe.
                                                                                     Par impuissance, hélas... n'être rien, presque rien.
                                                                                     N'être rien !... mais surtout n'être pas photographe !

                                                                                    Georges Lorin (Revue "Le chat noir", 24 juin 1882)

vendredi 17 juin 2016

L'Appartement communautaire


Voilà,
lorsque j'ai pris cette photo, rue Boulard, je songeais à tout autre chose. cette apparition avait juste interrompu le cours de ma songerie. En effet, le confus tumulte des pensées qui souvent s'agrègent de façon inexpliquée lorsque je marche, et qui fait que je ne suis jamais tout à fait en réalité à l'endroit où je me trouve, avait sans raison objective convoqué le souvenir de l'appartement communautaire de la rue d'Athènes, où j'allais parfois, il y a une quarantaine d'années retrouver Olivier, pour y taper l'incruste et fumer avec lui quelques joints, car chez lui il y avait toujours de quoi fumer. Un soir, comme l'heure du dernier métro était passée, j'étais resté dormir. Sa copine absente, nous avions partagé le même lit, et continué à discuter, allongés l'un à côté de l'autre en écoutant les concertos brandebourgeois. Je crois que c'est ce soir là que je les ai découverts. C'était nouveau pour moi, Bach. C'était un signe distinctif d'une classe dont je ne faisais pas partie. Écouter Bach après une soirée de défonce, avait aussi quelque chose de très exotique. Je ne me souviens plus du cours de la conversation, probablement décousue, vu les circonstances mais Olivier s'était étonné lorsque je lui avais dit "J'aimerais bien voir la fin du monde". Il avait juste dit "Ah bon tu as des fantasmes eschatologiques toi ?". J'avais découvert un mot nouveau ce soir là, masquant toutefois mon ignorance. Pourtant le futur agonisant d'où j'écris à présent n'existait que comme une improbable fiction. Je n'imaginais pas faire de vieux os. J'avais opté pour "un lent et patient dérèglement de tous les sens". Inconsciemment j'aspirais à me dissoudre dans la folie. Toutefois il y avait en moi une instance vigile qui me recommandait de n'y demeurer qu'au seuil. J'obtempérai. J'avais grandi avec des images d'Apocalypse nucléaire dans la tête, en lisant ces vieilles bandes dessinées des éditions Artima, mais aussi des livres tels que "Le dernier rivage" de Nevil Shute, si bien que ma croyance en un avenir radieux s'en était sans doute trouvée terriblement amoindrie. Ceux qui vouaient ces lectures aux gémonies les considérant néfastes pour de jeunes esprits avaient probablement raison. Que l'apocalypse nucléaire n'ait pas encore eu lieu sous la forme d'une déflagration militaire en chaine, comme le laissaient supposer les scénarios élaborés au temps de la guerre froide, n'empêche cependant pas que nous sommes désormais et irrémédiablement condamnés à vivre ou survivre dans un futur obéré par le Nucléaire. Oui, on y est dans le No Future... Pour de bon pour de vrai. Ça prend un certain temps. Ce qui est surprenant c'est que l'on se voile à ce point la face. On oublie Tchernobyl. On fait comme si Fukushima n'avait jamais existé. On en parle peu. On ne veut pas y penser. Il y a peu j'ai lu un journal japonais édité en français où l'on évoque la reconstruction après le tsunami. A aucun moment n'y sont évoqués les ravages causés par le délabrement de la centrale. Mais bon il y a tout de même des informations qui fuitent, peut-être un peu moins vite que les radiations, mais il y en a. Quoiqu'il en soit je parviens encore à me projeter dans le futur puisque cet article commencé il y a plusieurs années, apparaît en ligne aujourd'hui. (Linked with The weekend in black and white)

jeudi 16 juin 2016

Un Fleuve et son Affluent


Voilà,
J'ai déjà parlé de cela. A l'occasion d'une brocante sans doute. Chaque fois que je retombe sur une de ces cartes Vidal-Lablache qui étaient accrochées dans les salles d'écoles de mon enfance, j'éprouve une sorte de transport non dans le passé, mais dans un monde parallèle qui peu à peu s'est constitué au cours des rêveries et des distractions que suscitait l'ennui de trop longues journées de classes. Lorsque l'attention se dissipait et que le discours de l'instituteur n'était plus que bribes, ces images accrochées au murs offraient alors la possibilité de divagations réparatrices. Je me suis souvent laissé absorber par ces paysages fixes qui selon S. ont quelque chose d'angoissant. Pour ma part au contraire ces images m'apaisaient, et m'apaisent encore. Toute chose y paraît à sa place, selon un ordre définitif et immuable. Ainsi de ce paysage. On le montre façonné par l'homme et cependant la vie semble s'en être absentée. Il est possible sinon probable que cette dimension fantomatique soit ce qui précisément me séduit. J'ai si souvent eu l'impression de grandir parmi des spectres. Enfant j'entendais souvent mes géniteurs parler d'un monde, de gens et d'un temps où je n'étais pas vivant. Et il est possible que j'associe aussi ces images à cela. Ces lieux n'existent pas vraiment. Ce sont des utopies qui illustrent des mots. Ici sans doute, "fleuve", "affluent", "confluent", "transport fluvial". Celle-ci me touche particulièrement parce que je suis né dans une ville située au confluent du Rhin et de la Moselle. Je pourrais rêver qu'elle fût ainsi, que c'est cet endroit qui m'a vu naître, et même aujourd'hui où la tombe est bien plus proche que le berceau, cette hypothèse bien qu'invraisemblable me semble toutefois plausible. Je voudrais me promener dans ces rues où la possibilité du terrorisme est exclue, longer ces berges que nulle pollution n'abîme, traverser ces champs où aucun pesticide n'a été pulvérisé. J'aime infiniment la naïveté de ces images, qui finalement évoquent un monde idéal et harmonieux. Tout à l'heure je me rends à La Défense. J'y ai beaucoup moins travaillé que l'année dernière, mais chaque fois que j'y passe, je devine les grands massacres qu'on peut y faire. Désormais, je n'y vais jamais sans une certaine appréhension.

mardi 14 juin 2016

Des Temps troublés


Voilà,
ce qui se passe dans ce pays est étrange. Du moins dans cette ville. Les gens ne veulent pas de cette nouvelle loi qui remet en cause les règles régissant les rapports entre les employeurs et les salariés. Au parlement, il n'y a pas de débat puisqu'un article de la constitution permet de faire passer ce projet sans discussion ni possibilité d'amendement. Les gens sentent bien que ce mode de gouvernance est exactement celui qui leur est promis dans leurs entreprises. Que cette loi émane d'un gouvernement qui se prétend de gauche, bien évidemment, choque, exaspère. A ceux qui descendent dans la rue pour protester on oppose une violence policière sans discernement. On veut imposer par la force des décisions édictées par la commission européenne. L'Europe des peuples n'existe pas. Celle des banques, oui. En France, il n'existe aucune alternative politique. Comme en Grèce, la majeure partie de la population est trompée par ceux qui avaient précisément promis d'assurer la défense de ses intérêts. Pourtant la classe politique relayée par les grands médias tous aux mains de grands capitalistes ne veut rien entendre de ce qui gronde. D'ailleurs en terme journalistiques on ne parle plus de mouvement ou de colère sociale, mais de "grogne". La revendication est réduite à un comportement animal dénué de toute réflexion, alors que la bestialité se trouve être la plupart du temps le fait des forces dites de l'ordre. Jamais un président de la République n'a été aussi impopulaire. On s'est débarrassé il y a quatre ans d'un crétin pour s'encombrer d'un nigaud. Aujourd'hui le favori de la prochaine élection est un septuagénaire dont le programme économique ultralibéral plongera encore plus de gens dans la détresse. On ne se souvient même plus que lorsqu'il était premier ministre, des millions de gens ont manifesté contre un projet de loi dont personne ne voulait à tel point que le Président d'alors a dissous le parlement qui lui était pourtant favorable, et fait perdre à son parti les élections qui s'ensuivirent. Ainsi, n'y a-t-il d'autre alternative en ce pays, que la peste ou le cholera. Pour nous divertir on nous jette en pâture le championnat d'Europe de football. À cette fin on a exonéré d'impôts sur les sociétés, l'UEFA et ses filiales françaises, au prétexte que les retombées de cette organisation sportive sont bénéfiques pour l'économie nationale. De quoi se plaint le populo ? Il devrait être content, avec tout ce qu'on fait pour lui.

vendredi 10 juin 2016

Le Coin des Tanneurs


Voilà,
celle-ci a été prise il y a longtemps, en Septembre 1991, au Maroc, mais je ne me souviens plus dans quelle ville. Était-ce Tanger, Safi, Essaouira ou Marakech ? Je me rappelle simplement que cet endroit se trouvait dans le quartier des tanneurs et que l'odeur y était insupportable pour des narines occidentales. Après mon voyage au Pakistan, j'étais allé jouer "Fin de partie" de Beckett dans le centre de la France avant d'aller ensuite retrouver des amis en tournée avec un Molière au Maroc. A Tanger j'avais logé au Minzah un grand hôtel assez luxueux, et mangé un soir chez un riche marocain du majoun, une préparation à la fois euphorisante et légèrement hallucinogène à base de kif de miel de dattes de cardamone et de datura que sa mère avait confectionnée. C'est du soleil pour la tête avait dit notre hôte qui nous l'avait servi avec l'inévitable thé à la menthe. (Linked with the weekend in black and white).