jeudi 19 avril 2018

La Tricoteuse


Voilà,
cette vieille dame tricotant devant un panneau de photos lors de la foire Paris-Photo le 4 Novembre 2017 avait quelque chose à la fois d'incongru dans cet environnement, et en même temps de très rassurant. Elle semblait liée à une jeune japonaise qui régentait l'espace alentour et venait souvent la voir. Étaient-elles de la même famille ? l'idée m'avait aussi traversé qu'il s'agissait peut-être là d'une performance réalisée par une artiste conceptuelle et que cet espace constituait une installation. De  nos jours, de plus en plus d'artistes comme Anette Messager, Olga Bodyreff, Frank Rizzo, Aurélie Mathigot, Anu Tuominen, Sheila Hicks, Joana Vasconcelos, Orly Genger tricotent des œuvres d'art.

mardi 17 avril 2018

"La fascination spectrale des écrans"


Voilà,
quand je suis passé rue Daguerre, ce soir là, j'ai été saisi par la solitude de cet enfant penché sur son écran, et par sa posture, recroquevillée, foetale, régressive, qui m'apparaissait aussi comme une posture de soumission. je ne sais pas pourquoi, j'ai songé que cette image aurait pu être prise en Asie. J'ai aussi pensé que c'était bien une image de notre temps et je me suis alors souvenu d'un article lu, il y a peu que j'avais mis de côté, parce qu'il me semblait évoquer avec justesse des symptômes de notre époque. Le voici : "la vacuité du sujet néo-libéral et de son monde, la généralisation de la guerre de tous contre tous comme norme comportementale, l’absence d’idéal, de toute spiritualité et souvent de toute capacité à la sublimation, ne laisse plus qu’une alternative à la fascination spectrale des écrans : le passage à l’acte violent; Ce genre d’itinéraire n’est pas seulement l’envers d’une impuissance et d’une désocialisation organisées, c’est aussi la marque d’un « désamorçage du désir », trouble qui requiert toujours plus d’excitants pour pallier cette désaffection vitale et l’approfondissement abyssal de la solitude qui en découle. 
En outre, la pensée est désactivée par un maelstrom médiatique diffusé en continu dans les yeux, les oreilles, le cerveau et l’ensemble du corps. Le langage se voit systématiquement appauvri (aussi bien dans ses ressources lexicales que syntaxiques) ce qui diminue la possibilité de se construire un jugement libre et critique ; la route de l’intellection, de la compréhension, de l’analyse est ainsi barrée ; c’est la possibilité d’agir pour modifier les conditions d’existence qui est ainsi neutralisée. De ce point de vue, il est urgent de reprendre les termes de la discussion, de rectifier les non sens, de mettre à nu les injonctions subliminales etc."(Jean Marc Royer)

vendredi 13 avril 2018

Ombres dans la galerie marchande


Voilà,
ces lieux de transit où la plupart du temps, quand je m'y trouve, j'ai l'impression de ne pas y être tout à fait. Prendre un avion me semble toujours une chose surprenante. Que le rêve d'Icare se soit à ce point banalisé continue toujours autant de m'étonner. Là, plus qu'ailleurs il me semble que nous ne sommes que des ombres de passage, en fragile équilibre entre le monde des apparences et celui de nos songes, plus illusoire encore. (linked with the weekend in black and white)

jeudi 12 avril 2018

Encore une tentation de Saint Antoine


Voilà
"Il y en a qui accouchent, d’autres copulent, ou, d’une seule bouchée, s’entre-dévorent ; tassés, pressés, étouffant par leur nombre, se multipliant à leur contact, ils grimpent les uns sur les autres. Et cela monte en pyramides, faisant un tas complexe de corps divers, dont chacun s’agite de son mouvement propre, tandis que l’ ensemble oscille, bruit et reluit à travers une atmosphère que rayent la grêle, la neige, la pluie, la foudre, où passent des tourbillons de sable, des trombes de vent, des nuages de fumée, et qu’éclairent à la fois des lueurs de lune, des rayons de soleil, des crépuscules verdâtres." Gustave Flaubert

mardi 10 avril 2018

Un autre Temps


Voilà,
il est possible que bientôt, ces menus plaisirs ces joies simples nous paraissent d'un autre temps. Non pour leur caractère désuet, mais parce qu'ils nous sembleront la trace d'une époque où l'on entretenait l'illusion qu'il ne pouvait en être autrement et qu'il en serait toujours ainsi. La Guerre était une chose lointaine qui n'aurait pas lieu. Bien sûr il y avait ces réfugiés de plus en plus nombreux, mais pour se voiler la face et non sans une certaine duplicité nombreux étaient ceux qui s'efforçaient de nous convaincre que la misère qu'ils fuyaient étaient "seulement" économique, comme si la Guerre n'avait jamais rien eu à voir avec l'économie. Ces migrants n'étaient pas des victimes mais des envahisseurs dont il fallait se débarrasser. On voulait pêcher tranquille, bronzer tranquille, profiter du soleil sans avoir de questions à se poser. Mais au fond, si on ne voulait pas se l'avouer on réalisait pourtant que tout allait de traviole et que tôt ou tard ça finirait par vraiment déconner. Le culte du présent amplifiait la capacité d'oubli. Un attentat chassait l'autre, un nouveau massacre faisait oublier le précédent. Certains pressentaient, supputaient, sans vraiment savoir par où ni comment cela se manifesterait. Une étincelle mettrait le feu au poudre, c'était possible. Mais on se voilait la face espérant que cela soit peu probable. C'est à cela qu'on pensera d'ici quelques années, et l'on se rappellera comme alors il avait alors semblé doux le premier soleil du printemps. Et charmante, avec son ombrelle, cette bourgeoise d'un autre temps ainsi que ce pêcheur paisible.


Et les gens attablés en terrasse, s'efforçaient de ne pas penser aux enfants gazés de Kahn Sheikhoun, aux morts du métro de Saint Petersbourg, à l'homme en voiture qui avait foncé dans la foule à Stockholm, à ceux qui quelques jours auparavant avaient fait de même à Londres, et qui, quelques semaines plus tard feraient pire encore. C'était un temps de campagne électorale aussi, plus affligeante et médiocre que toutes celles qui avaient précédé. L'arrogance le disputait à la bêtise, et l'homme à la tête d'enfant, comme je l'avais lu dans la traduction d'une publication chinoise, celui à qui personne un an auparavant n'accordait la moindre chance, avait fini par gagner. Espéraient-ils que le désenchantement serait plus supportable parce qu'il avait le visage de la jeunesse ?

lundi 9 avril 2018

Baudoin de Bodinat lisant au fond de la couche gazeuse


Voilà,
ainsi, hier, Dimanche, ai-je participé à une lecture collective de "Au fond de la couche gazeuse" de Baudoin de Bodinat publié par les éditions Fario. Tout cela à l'initiative des Editeurs associés, dans le cadre du festival Raccord(s). Et ce fut un grand plaisir. C'était sous le kiosque du jardin du Luxembourg, par un bel après-midi ensoleillé mais qui se couvrit peu à peu, comme si le récit de la Catastrophe où nous n'avons d'autre choix que de nous tenir avait fini par influer sur notre microclimat. Et c'était tout à coup étonnant de voir l'auteur lire quelques passages de son ouvrage pendant qu'une ocre poussière, levée par des rafales de vent, s'éparpillait alentour.

dimanche 8 avril 2018

Hypocondrie


Voilà,
pendant une grande partie de sa vie, il s'était beaucoup préoccupé de sa santé, manifestant même une propension certaine à l'hypocondrie. Puis après avoir compris que cette névrose ne lui appartenait pas, qu'elle avait été transmise par sa mère il était parvenu après bien des années à cesser de trop s'écouter, et de fréquenter les médecins pour un oui ou pour un non. C'est précisément à ce moment que la maladie s'insinua dans la vie de Jérôme Frontenac.

samedi 7 avril 2018

Jim Clark


Voilà,
cinquante ans que Jim Clark, double champion du monde automobile est mort sur le circuit de Hockengheim. Je me rappelle très bien comment je l'ai appris. C'était un dimanche. Il y avait une fête foraine à Biscarrosse-Bourg. Je m'y étais rendu dans l'après-midi. Un peu plus tard mes parents étaient venus m'y retrouver. C'est là que me fut annoncé l'accident fatal. J'étais à l'époque très passionné par les courses automobiles, sans doute à cause des aventures de Michel Vaillant dans le journal de Tintin. Jim Clark n'était pas mon coureur préféré, bien qu'il fut le meilleur. Je lui préférais alors son adversaire souvent malchanceux Graham Hill, parce qu'il avait un casque très reconnaissable. C'était d'ailleurs lui aussi un excellent pilote. D'ailleurs c'est le seul à avoir gagné le championnat du monde, des pilotes, les 500 miles d'Indianapolis, et les 24 Heures du Mans, et aussi, la triple couronne, c'est à dire le grand prix de Monaco, (longtemps considéré comme la plus difficile et la plus prestigieuse épreuve du championnat) dont il fut cinq fois vainqueur, les 500 miles et les 24 heures du Mans. A l'époque, dans mes cahiers je dessinais des prototypes de voitures de courses. Je faisais le contour des roues avec des pièces de 1 franc, mais qui ne valaient plus que 1 centime, celles qui portaient encore la francisque et qui avaient été frappées sous Pétain. Aussi incroyable que cela paraisse, elles étaient toujours en circulation. Aujourd'hui elles se vendent à 300 Euros pièce


vendredi 6 avril 2018

La Prise de Conscience


Voilà,
ce jour d'Avril 1998,  en voyant passer cette femme qui dirigeait la poussette de son enfant en se déplaçant en roller, j'ai pris conscience du fait qu'il existait désormais avec certaines personnes un fossé générationnel que je ne pourrais jamais combler, des femmes qui ne seraient jamais pour moi, juste parce qu'elles iraient trop vite. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 4 avril 2018

Un Cliché très parisien


Voilà
Les humains disent que le temps passe. Le Temps dit que les humains passent. C'est un proverbe sanskrit. Je pensais à cela l'autre jour où j'ai eu envie de prendre un cliché vraiment parisien dans ce quartier où j'ai toujours aimé musarder depuis que je vis dans cette ville. Autrefois, si je me souviens bien, rue de l'Échaudé, se trouvait la galerie du Point-Cardinal qui exposait les peintures du poète Henri Michaux – la passion littéraire de ma jeunesse – et aussi je crois les œuvres de Louis Pons qui me stupéfiaient alors par leur diversité et leur brutalité parfois morbide. Ses dessins étaient souvent très sombres et chargés de traits, mais ses assemblages de reliques, d'os d'oiseaux morts, de cadavres d'animaux, de bois secs, de pièces de mécaniques démontées, tout ces agencements de déchets trouvés dans les campagnes avaient quelque chose de brut et d'irréfutable qui vous clouait sur place.

mardi 3 avril 2018

Mixage



Voilà,
je mixe parfois des images. C'est une technique qui n'est ni du collage, ni de la surimpression, et que seul permet l'outil numérique. L'objectif que je me fixe alors est de faire advenir une représentation incertaine, ambigüe, douteuse, légèrement abstraite ou organique, afin qu'on se laisse intriguer par elle, et qu'on y devine des motifs ou bien des figures. Je procède ainsi pour que celui ou celle qui s'y attarde, découvre quelque chose qui lui appartient en propre ou entrevoie une possibilité à laquelle je n'avais pas songé. Il m'arrive à moi aussi lorsque je réalise ces digigraphies de me faire surprendre et d'être quelquefois sidéré par ce que je suis en train d'élaborer.
De même que les tubes de peintures à l'huile ont permis aux impressionnistes d'aller travailler dehors, que l'acrylique a transformé le rapport à la couleur, que l'électronique a permis de composer des œuvres sonores jusque là inouïes, les outils informatiques et l'intelligence artificielle permettent de nouvelles approches du sujet, et donnent accès à des représentations qu'il n'aurait pas été possible d'envisager auparavant. 

lundi 2 avril 2018

La Vitrine du magasin d'antiquités


Voilà,
il existe à Paris, Rue de Furstenberg, une boutique d'antiquaire dont les vitrines sont toujours merveilleuses. C'est tellement raffiné que je n'ose jamais entrer dans cette boutique, comme je l'ai raconté une fois, il y a bien longtemps, dans un autre post.  Chaque fois que je suis là, j'éprouve ce que Debussy écrivait à son sujet dans une lettre : "J'ai le malaise inexprimable des choses qui ne se trouvent pas à leur place".

dimanche 1 avril 2018

Que sommes nous pour nous-mêmes ?


Voilà,
"mon esprit tout entier est pétri de doute et d'hésitation (...) A mes yeux tout est incohérence et changement. Tout est mystère et tout est chargé de sens. (...) Que sommes nous pour nous-mêmes ? Des songes qui passent dans la brume. Des lieux chargés d'angoisse." Fernando Pessoa

vendredi 30 mars 2018

Crucifixion


Voilà,
je l'avais promis il y a longtemps, et j'aime tenir parole. Il n'est guère probable que je me consacre à l'avenir à beaucoup d'autres sujets religieux — peut-être tenterai-je une Annonciation vers le mois d'Août — car ce n'est pas ce qui m'inspire le plus. Mais comme c'est le Vendredi Saint, l'occasion fait le larron. 

jeudi 29 mars 2018

Mendicité



Voilà
du monde, du mouvement du monde il ne perçoit désormais plus que le martèlement des pas frappant le bitume. Il ne lève plus la tête. Au début oui, il le faisait. Il voulait inspirer la compassion. La plupart du temps il ne suscitait qu'indifférence. Les chiens ne lui font pas honte. C'est pour ça qu'il reste à leur hauteur. Ce sont ses frères, ses semblables. Ils ne se détournent pas. Sinon, il observe les ourlets, les chaussures. Les siennes d'ailleurs s'usent beaucoup moins vite à présent. Tant qui passent et si peu qui donnent. Petit à petit il apprend à n'être plus personne. Plus rien. Qu'un regard. Et encore. La vue se fatigue dès lors qu'elle ne s'accommode plus que des choses au ras du sol. Mais il sent bien désormais qu'il ne relèvera plus guère. De toute façon même à ce stade, la concurrence est rude et sans pitié. Son carré de trottoir il faut le préserver, sa menue monnaie la protéger. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 28 mars 2018

Espiègle (et un post scriptum sur Clément Rosset)


Voila,
un peu de fantaisie en ce sinistre jour de pluie, sans quoi mes quelques lecteurs pourraient se décourager en imaginant que la mélancolie me gagne, ou que de sombres pensées me submergent. Mais je sais qu'il faut, selon les recommandations de Beckett, garder le sens de la proportion, et que pour commencer à creuser il faut vraiment toucher le fond. Alors en plus de cette image récente qui dénote un reste d'espièglerie de ma part, j'ajoute un petit texte de Thomas Bernhard qui fera bien l'affaire. J'avais coutume, lorsque j'animais des formations à la prise de parole dans une grande citadelle du capitalisme, de faire lire à mes stagiaires quelques brèves nouvelles du teigneux autrichien. Ses phrases longues, subtilement ponctuées étaient un excellent moyen pour les inciter à faire des pauses dans leur phrases, à respirer à être soucieux du sens et de l'adresse, à moduler leur énonciation afin de créer du relief et de la nuance dans leur propos (je crois que c'est le genre de boniment que je devais leur débiter). Et puis je me disais que je faisais œuvre de pédagogie en leur donnant à découvrir un auteur majeur de la littérature européenne de la seconde moitié du vingtième siècle. La plupart du temps mes stagiaires, souvent d'une inculture crasse, n'en saisissaient ni l'humour, ni la subtilité. Évidemment de mon côté, il y avait une joie, je l'avoue un peu perverse, à leur proposer ces histoires à l'humour noir toutes plus affreusement drôles les une que les autres. Eux au contraire les trouvaient sinistres et angoissantes. J'avais beau leur répondre que l'endroit où se déroulaient ces séminaires, ou bien encore le fait de travailler à des tâches dont il ignoraient la plupart du temps le sens ou la finalité me semblaient plus angoissants ils demeuraient dubitatifs. J'aimais particulièrement quand l'un d'entre devait lire ce bref récit intitulé "Espoir déçu" "A Atzbach, une femme a été battue à mort par son mari, parce que, dans l'incendie de leur maison, elle avait sauvé, en plus d'elle-même, l'un des deux enfants, mais, à son avis à lui, pas le bon. Elle n'avait pas sauvé le fils de huit ans, pour lequel il avait de grands projets, mais la fille, que l'homme n'aimait pas. Quand, au tribunal cantonal de Wels, on a demandé à l'homme quels projets il faisait pour son fils, qui a été carbonisé dans l'incendie, l'homme a répondu qu'il voulait en faire un anarchiste et un massacreur qui aurait détruit la dictature, et donc l'État." in "L'Imitateur"


P.S. 
le jour où précisément je m'efforce d'être plus léger, on annonce la disparition de Clément Rosset qu'il m'est arrivé d'évoquer quelquefois. Lui qui a dit "sois l'ami du présent qui passe" est à présent trépassé. De nombreux articles documents vidéo et réflexions pertinentes le concernant se trouvent sur La Main de Singe. C'est curieux, il y a une semaine une nuit j'ai relu des extraits de "Loin de moi" un de ses ouvrages. Au même titre que Thomas Bernhard, ses livres ne sont jamais très loin de mon lit. 

lundi 26 mars 2018

Derrière la vitre embuée


Voilà,
derrière la vitre embuée du bus, les silhouettes au dehors ressemblent à des spectres. Tu voudrais penser à autre chose, mais ton réseau social tient de plus en plus souvent de la rubrique nécrologique. Tant de gens qui disparaissent. Bien sûr, tu as beau savoir que c'est dans l'ordre des choses, ça te déprime quand même un peu. 
Sinon, pêle-mêle, le livre acheté samedi dernier, en compagnie de ma fille, chez le bouquiniste de la rue Vavin, une vieille édition de poche publiée par Gallimard dans les années cinquante, regroupant trois romans durs de Simenon que je ne connaissais pas. Sur la page de garde, le nom de Monique Mélinand. Je ne sais pas si c'est celle qui fut la compagne de route de Louis Jouvet. Le premier roman intitulé "Ceux de la soif", écrit à Tahiti en 1935, raconte la vie d'une petite communauté d'européens dans une île des Galapagos. Un roman moite, à l'ambiance malsaine, qui fait par moment penser à la nouvelle "Un avant-poste du progrès" de Conrad. L'écriture est précise, apparemment simple, en tout cas dénuée de fioritures. Récit d'une lente dégradation dans laquelle Simenon excelle bien souvent. Le soir je suis allé voir "Mille Francs de récompense" de Victor Hugo, dans une mise en scène enlevée et efficace. J'y ai retrouvé par hasard quelques vieilles connaissances que je n'avais pas vues depuis longtemps et c'était plutôt sympathique. Dimanche a été une journée assez blanche, mais en regardant les programmes de cinéma, j'ai vu qu'on donnait "The Master" de Paul Thomas Anderson tourné en 70mm avec Joaquin Phœnix et Philippe Seymour Hoffman, tous deux saisissants. Le film qui raconte les rapports ambigus entre le guru d'une secte naissante et un vétéran de la guerre du Pacifique, passablement déjanté et alcoolique n'a pas eu je crois une très bonne presse lorsqu'il est sorti, mais pour ma part, je l'ai beaucoup aimé. Je suis ensuite rentré à pied chez moi, depuis la rue Monge puisque dans cette ville on ne trouve plus de vélo en libre service depuis que la mairie de Paris a changé d'exploitant. Finalement c'était aussi bien de marcher que de pédaler. Sinon, c'est l'heure d'été, mais il fait encore bien frais et le printemps tarde à venir. La semaine recommence et elle n'est pas très emballante la semaine qui vient. Je n'avance pas beaucoup dans mes travaux.  Pas beaucoup d'idées une grosse flemme. J'aimerais bien être ailleurs. Faire le touriste. Je peux toujours rêver. De toute façon je suis dans un tel déni de ma situation réelle. Cela frôle l'inconscience. Ou peut-être ai-je atteint le stade du renoncement.

dimanche 25 mars 2018

Reconnaître


Voilà,
je me demande souvent pourquoi je parviens à identifier – péniblement – certaines personnes et pas d'autres. Comment se fait-il que je sois dans cet état de distraction permanent vis-à-vis des visages ? Distraction qui confine à l'angoisse lorsque l'un d'entre eux m'évoque vaguement quelque chose sans que je ne puisse pour autant le situer, et qui redouble si je réalise que ce visage, lui par contre, me reconnaît. Oui, bien sûr je peux mettre cette confusion sur le compte de ma vue déficiente, et que longtemps hypermétrope, j'ai plutôt eu tendance à me focaliser sur le lointain. À moins que cela soit lié à ma méfiance viscérale des autres, ou au sentiment de solitude éprouvé dès l'enfance, quand je me sentais étranger à ces géniteurs qui très tôt m'ont fait honte, bien avant que je sois en mesure d'en formuler les raisons, et dans lesquels je ne voulais précisément pas me reconnaître, sentiment de solitude qui a fait de moi un être souvent reclus, dès l'enfance et même par la suite lorsque je faisais un métier public. De là peut-être, mon goût pour les reflets, les images indécises, transformées déformées, déréalisées...

vendredi 23 mars 2018

Campagne au matin


Voilà,
je me souviens avoir réalisé le matin où j'ai pris cette photo, qu'on n'entendait pas beaucoup d'oiseaux dans cette campagne, où je ne viens plus que très rarement. Il se dégageait de ce paysage, un sentiment de tristesse infinie très mortifère. Bien des semaines après, en tombant sur une vidéo de Claude Bourguignon, j'en ai compris la raison. Elle est due à l'agriculture intensive pratiquée par un fermier, Jean-Pierre Pujos qui possède toutes les terres du coin. L'utilisation massive de pesticides et d'engrais chimiques depuis tant d'années a tellement appauvri le sol, que vraisemblablement il ne s'y trouve plus de vers ni d'insectes en quantité suffisante pour que les oiseaux puissent s'y nourrir, ce que confirme d'ailleurs ce récent et terrifiant article du journal "Le Monde". Il est possible que le phénomène s'amplifie de façon alarmante, et qu'une fois encore on en prenne conscience que très tardivement. Toutes ces entreprises comme Bayer et Monsanto, mènent des politiques écologiques dévastatrices. Il serait temps que les crimes contre la nature soient considérés comme des crimes contre l'Humanité, et que les responsables en soient punis avec sévérité. (Linked with The weekend in black and white)

mercredi 21 mars 2018

Benoît Vergne


Voilà,
Je me souviens de Benoît, dont j’avais fait, en 1990, la connaissance à Gray en Haute-Saône, lorsque nous répétions une pièce de Dürrenmatt, “Romulus le Grand” que nous irions plus tard jouer à Paris, puis à Alès. Dans le spectacle, nous formions tous les deux une paire de domestiques, et bien que l’ambiance de le la troupe ne fut pas très bonne, le tour grotesque que prenaient parfois les choses nous faisait souvent rire. Il arrivait cependant qu’il maugréât quelquefois contre l’incompétence du metteur en scène et de sa femme qui faisait office d’assistante. Il se mettait alors dans des états que je comprenais mais qui selon moi ne méritaient pas une telle dépense d’énergie. Il était jeune et sortait du conservatoire. Je lui disais que s’il ne prenait pas un peu plus de distance il se ferait beaucoup de mal dans ce métier. Je me moquais de lui parfois, parce qu’il passait beaucoup de temps à téléphoner, et je lui disais en le taquinant que cela faisait vraiment "très acteur." pendant ce temps-là, dès que j'avais un peu de temps libre je faisais des photos et des dessins. Je me rappelle aussi ces soirées passées au bar du théâtre à repasser dans le vieux jukebox “J’ai des doutes” de Sara Mandiano. Nous reprenions alors en chœur le refrain pour manifester notre point de vue sur la mise en scène. Finalement, comme cela arrive souvent tout se passa plutôt moins mal que nous l’imaginions. Le spectacle eut même un petit succès d’estime. A la dernière au festival d’Alès, Benoît avait en loge, à mon insu, préparé du champagne que nous bûmes sur scène pendant la représentation dans des coupes en étain.


 Puis comme cela arrive fréquemment, nous nous vîmes souvent les mois qui suivirent le spectacle, et puis par la suite de moins en moins, nous téléphonant seulement de temps à autre pour prendre des nouvelles. Une fois, à ma grande surprise, car nous nous étions perdus de vue, alors qu’il répétait à Béthune un spectacle qui devait être présenté au festival d’Avignon, il m’appela, pour évoquer avec nostalgie le bon temps de nos répétitions et le plaisir qu’il avait eu à travailler avec moi. Je ne m’étonnais qu’à moitié de tels épanchements que je mettais plus  sur le compte de son tempérament de diva qu’il aimait à cultiver que sur un réel élan d’affection. Il me demanda si je pensais descendre à Avignon pour le voir, je lui répondis que je ne savais pas que de toute façon je le verrais à la fin de la saison prochaine, puisque je savais son spectacle programmé dans un théâtre national. Ce fut en fait la dernière conversations que j’eus avec lui. Séropositif depuis des années sans que personne de son entourage ne le sût, sa maladie se déclara précisément durant le festival. Il mourut sept mois plus tard. Un ami commun m’apprit sa disparition début janvier, quelques jours après que j'eus envoyé  à Benoît mes vœux de nouvel an.
Je crois qu'il repose à Tulle, la ville où il est né.

vendredi 23 Mars Sidaction