mercredi 27 janvier 2021

Le Moulin de la galette

Voilà,
nous cherchons en effet des signes qui nous donneraient une raison d'espérer, nous les guettons même, mais ils sont rares. Une rue déserte est elle un signe ? Sans doute oui, en ces temps de confinement. Celui de la joie abolie. Et le Moulin de la Galette, vestige d'un temps ancien qui fut au XIXème siècle une guinguette bruyante, ou le populo venait danser (de célèbres tableaux de Renoir et de peintres impressionnistes en témoignent) a désormais des allures de fantôme. 
Quand j'étais enfant, passait à la télévision un émission animée par Albert Raisner, intitulée "Age tendre et tête de bois"où les artistes de variétés en vogue venaient se produire. Je crois me souvenir qu'elle était enregistrée au moulin de la Galette. 
"La cloche de mon cœur chante à voix basse un espoir très ancien". Je ne sais pourquoi ce vers d'Aragon me revient en mémoire.

dimanche 24 janvier 2021

Fleur de pavé


Voilà,
Elle aura bien essayé, mais sans y parvenir. Les démons et les monstres étaient plus forts. Les fantômes aussi. Et le puissant instinct de destruction de cet homme. L'attention la tendresse et l'amour qu'elle lui portait n'auront pas suffi. Qui veut disparaître ne peut se reconnaître dans l'émerveillement des commencements et se hâte au contraire de les abréger. 
L'appel du gouffre aura été plus puissant que celui de la lumière. Tant qu'elle l'a pu, elle a tenté d'entretenir les braises, de maintenir la flamme pour le soutenir. Mais que faire quand il y a trop de fatigue, trop de chagrins, trop de souffrance pour durer dans le oui. Le poids de cette souffrance bien sûr qu'elle le comprenait. Mais parfois il s'égarait, en proie à une peur panique autant qu'irrépressible. Il fuyait, dévoré du dedans par une secrète terreur. Un jour elle n'a pu que constater l'étendue du désastre. Toujours plus vaste. Et c'est elle alors qui a pris la fuite. Un jour, bien des années après, le hasard la mène devant cette porte qu'elle a si souvent poussée. Sur laquelle parfois il lui était arrivé, redoutant le pire, de cogner des deux poings. Apercevant le dessin délicat de cette rose comme inopinément surgie du pavé, elle tressaille soudain et ne peut retenir ses larmes.
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vendredi 22 janvier 2021

Betty Boop La liste des voix



Voilà
Déchirante celle de John Lennon, quand il chante "Help", "I should have known better", "Julia", "Cold turkey", "Just like starting over", "Jealous guy", "Hey bulldog", "I'm losing you"
 
sensuelle Chrissie Hynde  gémissant presque "Brass in pocket" avec les Pretenders

si désespérée celle de  Billie Holiday

Il y a le miel de Nina Miranda la chanteuse brésilienne

celle très rauque de Angela RoRo

lascive et désinvolte chez de Ray Davies quand il chante Sunny afternoon

Flûtée comme Rickie lee Jones sussurant "dat dere"
 
alanguie la voix de Gainsbourg dans couleur café
 
la guimauve si douce de baby love chantée par Diana Ross
 
Janis Joplin si douloureusement inspirée chantant summertime on n'a jamais fait mieux pour ce morceau 
 
Joyeuses celles d'Ella Fitzgerald et Louis Armstrong chantant ensemble can't we be friends
Ella qui chante avec un cricket à Antibes Juan les pins
Ella qui commence Mr Paganini dans un rire à Berlin en 1961
 
déchirante de tom Waits dans invitation to the blues
 
chaude et reconnaissable entre toutes celle de Georges Brassens
 
quoiqu'il en soit
ne supporte plus les voix,
les voix du matin, les voix bavardes, ostentatoires,
et toutes plus ou moins semblables des animateurs infatués d'eux mêmes, des éditorialistes pontifiants, des pseudo-experts suffisants.

celles enregistrées du métro pour vous annoncer les stations, le danger des pickpockets ou du gap entre le train et le quai, 
seuls trouvent encore grâce à ses yeux, les présentateurs de musique classique, dont l'enthousiasme ou l'affectation ne le choquent pas trop,
ou les conversations scientifiques sur des chaînes culturelles, parce qu'elles offrent à l'esprit la possibilité de s'ouvrir sur d'autres horizons

mercredi 20 janvier 2021

Ombres



Voilà,
 ce poème de Louis Aragon intitulé "Ombres" dans le recueil "Le Crève-cœur" publié en 1941
résonne étrangement aujourd'hui et semble résumer l'année écoulée

"Ils contemplaient le grand désastre sans comprendre
D'où venait le fléau ni d'où venait le vent
Et c'est en vain qu'ils interrogeaient les savants
Qui prenaient après coup des mines de Cassandre

Avons-nous attiré la foudre par nos rires
Et le pain renversé qui fait pleurer les anges
N'avons-nous pas cloué la chouette à nos granges
Le crapaud qui chantait je l'ai mis à mourir

Aurais-tu profané l'eau qui descend des neiges
En menant les chevaux boire à la mare bleue
En août lorsque ce sont des étoiles qu'il pleut
Qui de vous formula des souhaits sacrilèges

La malédiction des échelles franchies
Devra-t-elle toujours peser sur nos épaules
Nos vignes nos enfants nos rêves nos troupeaux
La colère du ciel peut-elle être fléchie

Ils regardent la nue ainsi que des sauvages
Et s'étonnent de voir voler chose insensée
Sous l'aile des oiseaux leurs couleurs offensées
Sans savoir déchiffrer l'énigme ou le présage

Nostradamus Cagliostro le Grand Albert
Sont leur refuge d'ombre et leur abêtissoir
Ils vont leur demander remède pour surseoir
Au malheur étoilé des miroirs qui tombèrent

Leur sang ressemble au vin des mauvaises années
Ils prétendent avoir mangé trop de mensonges
Ils ont l'air d'avoir égaré la clef des songes
Le téléphone échappe à leurs mains consternées

A leurs poignets ils ne liront plus jamais l'heure
Reniant le monde moderne et les machines
Eux qui croyaient avoir la muraille de Chine
Entre la grande peste et leurs bateaux de fleurs

Quelle conjugaison des astres aux naissances
Expliquerait leur nudité leur dénuement
Et ces chemins déserts de Belle au Bois dormant
Sous la dérision des pompes à essence

Dans le trouble sacré qu'enfantent leurs remords
Tout ce qu'ils ont appris leur paraît misérable
ils doutent du soleil quand le sort les accable
Ils doutent de l'amour pour avoir vu la mort"
linked with skywatch friday

lundi 18 janvier 2021

Culture et Barbarie


Voilà,
dès lors que survient un attentat perpétré par des fanatiques se réclamant de l’islam — généralement, des crétins décérébrés manipulés par des fanatiques religieux sectaires —  il y a toujours un clampin qui se pique d'un discours opposant la barbarie à la culture. Ça me gonfle un tantinet. Les mêmes genres de connards existent chez les juifs les bouddhistes et les chrétiens. Ils sont tout aussi nocifs et pareillement cons. D’où ça sort cette idée ? Il me semble au contraire que la culture et la barbarie ont toujours fait bon ménage. Les exemples sont légions. Heidegger s'est très bien accommodé du nazisme. On faisait jouer aux déportés de la musique classique allemande à l'entrée de chambres à gaz pour accompagner ceux qui allaient y trouver la mort. Et encore, les nazis font, a posteriori, figures d'enfants de chœur quand on connaît le raffinement dans la cruauté dont les japonais, à la même époque, firent preuve en Mandchourie. Le Japon n'est pas une nation acculturée à ma connaissance. Je ne parle pas de toutes les horreurs commises au nom du christianisme et de la civilisation sur à peu près tous les continents. Et le peuple qui a produit des génies comme Dostoievski, Tolstoï, Tchekhov, Borodine, Tchaikovski, Rachmaninov, s'est, lors de la période communiste accommodé d'une tyrannie qui ne relevait pas exactement de l'idée qu'on se fait d'un comportement civilisé. Je ne parle même pas du gouvernement chinois dont on sait le sort qu'il réserve à ses opposants.
Évidemment, constater cela ne constitue en rien, une excuse quelconque pour des horreurs récentes.
Il faudrait aussi se rappeler bien des civilisations se fondent sur la barbarie. La judéo-chrétienne, comme les autres. Combien d'abominations décrites dans la bible, combien d'horreurs dans l'Iliade ?  Attaché au char d'Achille, le corps d'Hector traîné autour des remparts, constitue un bien joli moment d'ignominie — certes mise en poésie — qu'il me fut donné de traduire en cinquième alors que je n'avais que onze ans. Alexandre Vialatte dans une de ses chroniques rappelle que "à Rome les spectacles du cirque ne soulevaient aucune objection.(...) Pline, qui était l'homme le plus civilisé de l'époque et le plus scrupuleux aussi, trouvait à ces massacres un sens éducatif : ils habituaient les spectateurs au mépris stoïque de la vie ; mais il s'agissait de celle des autres". Quelle illusion d'imaginer que l'éducation et la culture seraient une garantie de nous préserver de la barbarie. D'ailleurs toutes les civilisations ont maintenu un certain attrait pour la barbarie.
Nos musées et même nos églises sont remplis de scènes horribles génialement peintes ou magnifiquement sculptées, et l'on pourrait multiplier les exemples à l'envi. Et que dire de l'idée républicaine telle qu'elle s'est développée en Europe ? Ne s'est elle pas construite sur quelques massacres et une longue période de terreur commandités par des gens qui connaissaient la philosophes des Lumières et s'étaient entichés de la Grèce antique ? Tout ça pour qu'advienne un général ivre de pouvoir qui se proclama Empereur, et se doubla vite d'un criminel pour exporter sa vision de la civilisation. Mais consolons nous les rois qui le précédèrent n'étaient guère plus vertueux. Ne parlons pas des européens ayant migré en Amérique du Nord et qui ont bâti une nation grâce à l'importation d'esclaves africains et au génocide des populations indiennes.
Croire que que l'éducation et la culture constituent une barrière me paraît bien naïf. Nos technocrates, qui ont grandi dans de belles familles cultivées, fréquenté les grandes écoles, ne sont pas avares d'actes barbares, non plus. Mais c'est une barbarie plus moderne plus sophistiquée qui s'exerce par procuration et demeure impunie. Empoisonner les travailleurs de l'amiante en connaissance de cause, favoriser l'épandage de produits hautement cancérigènes pour ceux qui les utilisent, polluer les nappes phréatiques au seul nom du profit, c'est une barbarie qui s'érige en norme et parfois même en morale : "nous préservons l'emploi". Elle procède aussi d'une croyance fanatique : celle de l'ultralibéralisme. Notre barbarie à nous est d'une autre nature. Elle s'accommode de l'indifférence autant que du sarcasme. 
Nombre d'activités accomplies quotidiennement et qui ne semblent pas prêter à conséquence ne sont possibles que grâce à l'exploitation de nouveaux esclaves rendus tels pour satisfaire nos besoins. On bouffe des tomates collectées dans les Pouilles par des clandestins privés de droits et corvéables à merci. Le cacao cueilli par des enfants exploités en Côte d'Ivoire utilisé pour confectionner de la crème au chocolat dont raffolent nos bambins, nous l'achetons quand même. En République démocratique du Congo, des enfants âgés de 10 ans à peine, s’enfouissent dans des trous guère plus larges que leur corps. Ils y passent des heures, à déterrer de minuscules morceaux de cobalt pour en faire des batteries de téléphone portable. Le tout pour 2 dollars par jour. Offrir un diamant
 probablement extrait dans une mine de Centrafrique conquise grâce à la corruption, des guerres, des massacres, avec leurs lots de mains coupées et d'enfants soldats sacrifiés, passe pour un geste qui fait toujours plaisir à qui le reçoit, paraît-il. 
Remplir de carburant le réservoir de sa voiture est un acte anodin qui suscite peu de questions. Souvent pourtant ce carburant est extrait dans un pays africain ou au Moyen-Orient, et constitue une manière de financer des familles et des gouvernements qui, avec cet argent, gardent des millions d'êtres humains dans l'asservissement et la pauvreté. 
Faut-il aussi parler de toutes ces personnes que nous forçons à émigrer, à mourir, à s'appauvrir, puisque, avec notre confort, nous avons réchauffé la terre, causant des désertification et des inondations.
Et moi aussi je suis barbare. Parce que pour être honnête, j'y pense et puis j'oublie. Je sais que ça existe mais qu'y puis-je ? Bien sûr je signerai des pétitions, je pourrais apposer le petit émoticône qui fait Grrr au bas d'une notifications facebook. Mais force m'est d'admettre ma complicité, et que somme toute ne cela me préoccupe pas tant que ça, en tout cas beaucoup moins que la précarité grandissante dans laquelle je me trouve, et l'incertitude où me tient l'approche de la vieillesse. Tout au plus puis je, avec un cynisme désabusé, m'autoriser le luxe de ces contradictions, faute de mieux. (Linked with our world tuesday)

dimanche 17 janvier 2021

Des visages sur un mur

 
Voilà
devant le mur peint constellé de figures grotesques lui revient à l'esprit, cette phrase de Charlie Chaplin : "aussi inévitable que la mort, la vie est une chose merveilleuse même pour une méduse". Ce dimanche, ses pas l'ont poussé jusqu'à cette proche et paisible banlieue. Ce n'est pourtant que la fin de l'après-midi, mais il éprouve déjà cette angoisse diffuse qui précède une nouvelle semaine. Vide, sans désir, sans idées, sans projet, tout lui semble hors de portée. Il s'en faut de peu pour que le moindre paysage ne se change en larmes. Depuis des jours sa propre parole lui semble n'être que du sable. Il parle à trop peu de gens. Et les visages qu'il croise ne lui indiquent rien d'immédiatement compréhensible ou d'identifiable. Ceux qu'il distingue sur ce mur apparaissent plus vivants que ceux aperçus dans la rue. 
Quoi qu'il en soit, il y a, ici, le chant mince et obstiné des oiseaux. c'est réconfortant. Ailleurs, au même moment des fourmis fourmillent, les termites termitent et la rimicaris hybisae,  — une espèce de crevette sans yeux qui vit à 5000 mètres de profondeur dans une eau à 450° au dessus d'un volcan sous marin des Caraïbes — attend son heure pour s'épanouir. 
Oui la vie est une chose merveilleuse. Mais la nuit va tomber bientôt. Bouger, il faut bouger encore pour échapper à ce qui nous quitte. Et rejoindre son terrier, aussi, avant que ne sonne l'heure du couvre-feu. (Linked with Monday mural)

samedi 16 janvier 2021

La paix à l'agonie


Voilà,
cela se passe il y a exactement trente ans : elle est venue me rejoindre dans cette petite ville où depuis bientôt un mois je répète un spectacle. Elle est arrivée depuis et elle me reproche déjà de ne pas être assez souvent avec elle à Paris, d’accepter de travailler loin, en province. Elle sait qu’après cette ville, il y en aura une autre encore où j’irai m’installer pour trois semaines, afin de préparer un autre projet. Je lui réponds que c’est comme ça, que c’est la vie de bien des comédiens, qu’elle devrait comprendre. Mais elle, qui est une actrice peu sollicitée m’accuse de ne penser qu’à mon métier. Que puis je répondre ? Je fais ce que je peux, je me débrouille. J’aimerais bien faire autre chose parfois, négocier des contrats plus juteux, ne pas avoir de soucis d’argent, et mener à bien des projets solitaires, voyager ou me retrancher du monde, qu’importe, et n’avoir de comptes à rendre à personne, mais bon c'est une période où l'on me propose assez souvent ce genre de travail, et comme j'ai alors le souvenir à vif des périodes de disette je prends ce qui vient. Et puis toutes ces discussions me semblent vaines, inutiles. Une guerre commence, peut-être va-t-elle embraser le monde entier. Une intervention militaire gigantesque se prépare qui s’appelle "Desert Storm". Il fait pourtant si beau dehors. Ce matin la lumière d’hiver inonde la petite chambre d’hôtel aux murs blancs. Aussi, lorsque je la vois lire ce journal dont le titre pourrait aussi bien résumer l’état présent de notre relation, je lui demande de garder la pose. Je sais exactement ce que je fais. Je veux que ce soit ça, la trace et la forme de ce moment où je deviens un autre qui commence à en avoir ras-le-bol et se projette déjà dans un futur qu'il bricolera sans elle. Ce moment où je commence à envisager la rupture. Elle sera lente, il y aura d’autres photos. Je l'aimais bien, pourtant. Hélas, il existe une loi implacable : les relations asymétriques sont rarement faites pour durer.

jeudi 14 janvier 2021

J'en sais ce que savent les mots


Voilà,
"Je dis ça maintenant, mais au fond qu'en sais-je maintenant, de cette époque, maintenant que grêlent sur moi les mots glacés de sens et que le monde meurt aussi, lâchement, lourdement nommé ? 
J'en sais ce que savent les mots et les choses mortes et ça fait une jolie petite somme, avec un commencement, un milieu et une fin, comme dans les phrases bien bâties et dans la longue sonate des cadavres.
Et que je dise ceci ou cela ou autre chose, peu importe vraiment.
Dire c'est inventer.
Faux comme de juste.
On n'invente rien, on croit inventer, s'échapper, on ne fait que balbutier sa leçon, des bribes d'un pensum appris et oublié, la vie sans larmes, telle qu'on la pleure.
Et puis merde."
Samuel Beckett

lundi 11 janvier 2021

Tranche de culture


Voilà,
j'ai pris ce cliché en Janvier ou Février mais je ne me rappelle plus l'année, je me souviens juste qu'il faisait froid et que j'étais tout seul et que je ne trouvais pas ça bien. Je me suis alors promis de refaire plusieurs fois la même photo, à différentes époque en gardant le même cadre. Mais chaque fois que j'ai essayé, il y avait un truc qui empêchait. Des travaux, des échafaudages, une bâche. Bref, au bout d'un moment j'ai renoncé.

dimanche 10 janvier 2021

Le Passe-Muraille


Voilà, 
"Dutilleul était comme figé à l'intérieur de la muraille. Il y est encore, à présent, incorporé à la pierre. Les noctambules qui descendent la rue Norvins à l'heure où la rumeur de Paris s'est apaisée, entendent une voix assourdie qui semble venir d'outre-tombe et qu'ils prennent pour la plainte du vent sifflant aux carrefours de la Butte. C'est Garou-Garou Dutilleul qui lamente la fin de sa glorieuse carrière et le regret des amours trop brèves. Certaines nuits d'hiver, il arrive que le peintre Gen Paul, décrochant sa guitare, s'aventure dans la solitude sonore de la rue Norvins pour consoler d'une chanson le pauvre prisonnier, et les notes, envolées de ses doigts engourdis, pénètrent au cœur de la pierre comme des gouttes de clair de lune."  
C'est ainsi que s'achève la nouvelle de Marcel Aymé, intitulée "Le Passe-Muraille". Cette statue, inaugurée en 1989, œuvre de Jean Marais, qui fut surtout un acteur de cinéma français très populaire de l'après-guerre jusqu'au milieu des années soixante-dix (même si sa carrière continua jusqu'à sa mort), et l'interprète favori de Jean Cocteau, se trouve à l'endroit même que ce passage évoque, tout à côté de l'immeuble montmartrois où vécut Marcel Aymé, et non loin de l'atelier du peintre Gen Paul, et de l'immeuble où demeura pendant la guerre l'écrivain Louis-Ferdinand Céline son grand ami. J'ai pris cette photo, lundi dernier, lors d'une promenade sur la butte déserte, alors qu'habituellement il est difficile dans la journée de s'y balader, à cause du grand nombre de touristes. Ce fut un très agréable après-midi, bien qu'il fît un peu frisquet, et j'en profitai même pour rendre visite à un ami que je n'avais pas vu depuis longtemps.  (Linked with Monday Mural

samedi 9 janvier 2021

Gnognotte

Voilà,
il y a quelques jours j'ai vu la fin de "Godzilla" à la télévision. Cela devait être un programme de Noël. J'ai alors pensé que ça irait, que les américains s'en sortiraient. Le Covid, c'est quand même de la gnognotte à côté des monstres préhistoriques mutants. Une fois de plus j'ai constaté à quel point la production cinématographique des grands studios, mais aussi les comics reflètent, depuis 1945 la paranoïa américaine, et la crainte de tomber sur plus impérialiste et plus envahisseur que leur nation. 
Et puis cette semaine, il y a eu ces images hallucinantes de l'occupation du Capitole à Washington : bien sûr, tous ces braillards à casquette se photographiant en divers endroits, ou se promenant avec les drapeaux des confédérés, les néo fascistes avec des T-Shirt arborant des inscriptions “Camp Auschwitz” ou des aigles nazis. Et aussi, particulièrement grotesque, ce type au torse nu et tatoué, déguisé en shaman préhistorique avec sa toque de fourrure surmontée de cornes,  les couleurs du drapeau peintes sur son visage, qui tient un étendard US à la main. Ça fait un peu fête d’anniversaire au Buffalo Grill du coin, ou bande annonce d’un mauvais clip de Jamiroquai. Il parait cependant que le clown en question a une petite notoriété. D'autres photos attestent son appartenance à la mouvance QAnon. Évidemment aucun de ces manifestants ne se protège du virus. Ils sont un autre genre de virus : celui de la connerie et de l'ignorance crasse. Plus difficile à éradiquer que le Covid. En tout cas cette vision absurde, régressive, quasi surréaliste offre une image dégradante de l'Amérique et de la démocratie représentative déjà mises à mal par la présidence Trump. Les mauvaises langues disent qu’en raison des restrictions liées aux voyages, les USA sont obligés de se livrer chez eux aux tentatives de coup d’état qu’il ne peuvent plus fomenter à l’étranger. Que de médisances !
Quand je pense qu'il y a une semaine on se souhaitait une année meilleure que la précédente, c'est mal barré. Parce que ne nous y trompons pas, l’Europe est à peine mieux lotie, et les populismes y sont aussi inquiétants. Nous aussi, sous ces latitudes nous avons notre lot de gros cons, et de leaders populistes, de droite comme de gauche d'ailleurs.

vendredi 8 janvier 2021

Convivialité


 
Voilà
j'ai pris cette photo au parc de Bercy. Il y a peut-être deux ou trois ans. Elle suggère à quel point et à quelle vitesse notre époque se transforme. Quoique relativement récente, elle paraît déjà d'un monde révolu où “être ensemble” consistait en cela. Ce qui déjà paraissait à l'époque incongru et quelque peu absurde. Mais encore y avait-t-il au moins la possibilité de se côtoyer, de se frôler, de se toucher. Désormais, et pour quelques mois encore, "ensemble" signifie "peu nombreux, chacun masqué, et à une distance raisonnable les uns des autres". (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 6 janvier 2021

Shakespeare and Company

 
 
Voilà,
c'est un de mes endroits préférés à Paris. La librairie Shakespeare et compagnie. J'y ai passé du temps, et inspiré parfois de bonnes photos
Le nom Shakespeare and Company fut d'abord celui d'une librairie antérieure, fondée et dirigée par l'Américaine Sylvia Beach, et située au 8, rue Dupuytren (de 1919 à 1921), puis au 12, rue de l'Odéon (de mai 1921 à 1941). Cet établissement fut considéré pendant l'entre-deux-guerres comme le centre de la culture anglo-américaine à Paris. Il était souvent visité par des auteurs appartenant à la « Génération perdue », tels qu'Ernest Hemingway, Ezra Pound, F. Scott Fitzgerald, Gertrude Stein et James Joyce. Considéré comme étant de haute qualité, le contenu de la librairie reflétait les goûts littéraires de Sylvia Beach. Shakespeare and Company, tout comme ses habitués littéraires, sont continuellement mentionnés dans Paris est une fête d'Hemingway. Les clients pouvaient acheter ou emprunter des livres comme le controversé L'Amant de lady Chatterley de D. H. Lawrence, interdit en Angleterre et aux États-Unis.

C''est Sylvia Beach qui a publié, en 1922, la première édition du livre de James Joyce, Ulysse, qui a par la suite été interdit aux États-Unis et en Angleterre. Shakespeare and Company publia plusieurs autres éditions d'Ulysse.

En , la librairie devient l'éditeur-distributeur de la revue d'avant-garde Transition fondée entre autres par Eugène Jolas.

Dans les années 1930, la librairie en difficultés financières obtient le soutient d'André Gide qui crée les Amis de Shakespeare and Co Il arrange notamment la venue à la librairie du fondateur de la Nouvelle Revue française Jean Schlumberger. Ce dernier fait à son tour venir Jean Paulhan. Elle reçoit également un soutien financier de riches Américaines telles que Helena Rubinstein et Anne Morgan.

Cette première Shakespeare and Company fut fermée en à cause de l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Le magasin aurait été fermé parce que Sylvia Beach avait refusé de vendre le dernier exemplaire de Finnegans Wake de Joyce à un officier allemand. Le magasin de la rue de l'Odéon n'a jamais rouvert.

En 1951, une autre librairie anglophone fut ouverte à Paris par l'Américain George Whitman , sous l'enseigne Le Mistral, au 37, rue de la Bûcherie. Le magasin devint rapidement un centre de la culture littéraire. Le nom de cette seconde librairie fut changé en Shakespeare and Company à la mort de Sylvia Beach en 1962. Dans les années 1950, beaucoup d'écrivains de la Beat Generation, tels qu'Allen Ginsberg, Gregory Corso et William S. Burroughs y logèrent.  Jim Morrison la fréquenta assidûment en 1971.

La fille de George Whitman, Sylvia, reprend la boutique en 2001. Elle a su donner un second souffle à la librairie en organisant plusieurs festivals culturels, qui remportent un franc succès. Par exemple, tous les deux ans depuis 2003 se tient le Festival and Co qui fait se rencontrer à Paris les écrivains anglophones en vogue et à découvrir. La librairie est également devenue un asile pour les écrivains qui souhaitent rester pour quelques nuits. En contrepartie, il faut respecter certaines conditions : lire un livre par jour, aider deux heures à la boutique, et rédiger une page autobiographique en y joignant une photographie

Sylvie Whitman dirige la librairie dans un souci de rencontre perpétuelle entre le livre et le lecteur. L'agencement de la boutique, les animations organisées, telles que la création en 2010 d'un prix littéraire, le Paris Literary Prize, ou les lectures hebdomadaires, sont autant de moyens de favoriser cette rencontre. 

Aux dernières nouvelles, l'existence de cette librairie serait menacée en raison de la crise du Covid, ce qui serait un véritable drame.

Source Wikipedia

Linked with signs2 

mardi 5 janvier 2021

Tu es venu trop tard

Voilà,
"tu es venu trop tard, il était là il y a un instant, en automne il ne reste jamais longtemps à la même place, il est attiré dehors, dans les champs sombres où il n'y a pas de clôture, il a quelque chose de la grue. Si tu veux le voir, vole aux champs, il y est sûrement". Franz Kafka in "Cahiers divers et feuilles volantes" 

lundi 4 janvier 2021

M'asseoir à une terrasse chauffée

 

Voilà,
j'aime ces hasards de lecture qui scellent d'étranges correspondances. En lisant le dernier tome du Manifeste Incertain de Frédéric Pajak, que j'ai parfois évoqué dans ce blog, ici ou bien encore , j'apprends au détour d'une page que lors d'une excursion en montagne, alors sur le point de tomber dans un ravin, il a été sauvé de la mort par un certain Killian Fritsch qui quelques années plus tard s'est suicidé à la station de métro Gaîté, d'ailleurs ma station la plus proche. J'en avais parlé dans un précédent billet puisque ce Killan Fritsch passe pour être l'auteur du célèbre slogan de mai 68 "sous les pavés la plage". Autre coïncidence, Frédéric Pajak a crée dans les années soixante-dix, une revue littéraire qui s'appelait "Station-Gaieté". J'écris cela de chez moi, en écoutant une émission à la radio consacrée à Dave Brubeck. Une guirlande clignote encore, même ce n'est plus Noël. J'aimerais pouvoir sortir, m'asseoir à une terrasse chauffée et regarder passer les femmes en buvant un rhum arrangé. (linked with our world tuesday)

dimanche 3 janvier 2021

Du mal à y croire

Voilà,
au bord du quai de Loire, qui longe le canal de l'Ourcq dans le nord de Paris, de nombreuses fresques recouvrent les murs. En décembre 2019, je suis souvent passé par là car nous disposions d'un local de travail où nous répétions la charmante pièce que Frédéric Bazin avait écrite pour un festival de formes brèves. J'en avais profité pour réaliser quelques photos.
A peine plus d'un an, mais cela semble tellement loin. Je me souviens de ce qui faisait parler à l'époque : les lois anti-sociales que le gouvernement tentait de mettre en place, les grèves qui engorgeaient Paris et paralysaient la France, les grands incendies en Australie. L'agitation du milieu littéraire parisien à propos de la sortie d'un livre relatant les agissements pédophiles d'un écrivain pour lequel le petit monde éditorial et politique avait fait preuve de nombreuses complaisances durant des années. Bien sûr on évoquait de la nouvelle épidémie en Chine, mais l'on ne se sentait pas vraiment concernés. Après tout nous ne consommions pas de pangolin. Comment avons nous pu être aussi aveugles, imprévoyants, et nous croire à ce point invulnérables ? Bien sûr un événement est ce qui par définition excède l'entendement et il se manifeste dans le surgissement, mais tout de même... Une année nouvelle commence, mais ici, en Europe on évoque une variante anglaise du virus qui le rendrait encore plus contagieux. Je voudrais espérer une vie moins contrainte, mais pour le moment j'ai encore un peu de mal à y croire. Je commence cette année aussi perplexe que circonspect.
(Linked with Monday murals)

mercredi 30 décembre 2020

Dans des limbes brumeux


 
Voilà, 
cela pourrait être n'importe quel bord de plage, mais c'est celui-là, celui d'un matin froid, en un temps qui semble lointain, bien qu'il ne le soit pas tant que ça. Le confinement a creusé une sorte de fossé temporel dans notre perception de la durée. Ce qui est advenu il y a plus d'un an, semble s'être perdu dans des limbes brumeux et confus. C'est comme un coma, qui nous a coupé du monde, renvoyé à une intériorité et à une solitude polluée par la peur et l'incertitude. Toutefois, durant cette période, sur les réseaux, il y aura eu tout un lacis d'informations contradictoires, et les divers spectacles de la bêtise médiatique, de l'arrogance de quelques mandarins et de leur soif de reconnaissance, de l'infantilisation humiliante et méprisante des pouvoirs publics à l'égard des citoyens, du mensonge et des omissions des politiques tentant de dissimuler leur imprévoyance et leurs erreurs, des atermoiements des uns, des imprécations des autres... 
Pendant les trois quarts de cette année un vague chagrin se sera tenu en coulisse, jamais très loin d'une scène déserte et lugubrement éclairée où l'on aura tout de même tenté de faire bonne figure. On aura fait des promenades de santé plus ou moins clandestines, on se sera accordé des attestations provisoires de déplacements. On aura passé des soirées à comparer des courbes sans y trouver la moindre logique ni quelque éclaircissement. On aura beaucoup mais vainement espéré, différant souvent nos souhaits d'hypothétiques lendemains enchantés. On aura cru quelques semaines au monde d'après, avant de comprendre qu'on y était déjà, et vraisemblablement englué dedans pour un long moment. On aura aussi plus souvent que de coutume traîné au lit et converti notre paresse en un geste barrière vertueux. Pour ma part jamais autant que ces derniers mois, je n'aurais entendu la septième de Beethoven. C'était son année. 
Sinon, ayant eu, la chance d'être préservé de la maladie, j'aurais tout de même eu la joie de suivre les matches du tournoi de rugby des provinces néo-zélandaises et envié ces visages heureux d'enfants jubilant dans des stades pleins en compagnie de leurs parents. Et à ceux pour qui cela peut paraître comme de la futilité, de la frivolité, je l'assure, c'était bon à prendre, cette rémission, car même si cela manquait de danseuses, souvent de belles chorégraphies furent improvisées avec l'espiègle ballon ovale.

lundi 28 décembre 2020

Conservatoire de danse de La Villette


Voilà,
il est parfois plus doux, plus mystérieux, plus rassurant, de contempler les choses de façon inversée, de chercher dans la réalité, la part de rêve qui manque tant, et contempler les choses ordinaires en s'oubliant dans un regard d'enfant. De toute façon ces derniers temps, à ce qu'il semblerait, tout est plus ou moins sens dessus dessous, non ?

dimanche 27 décembre 2020

En bas de la rue Mouffetard

  
Voilà, 
hier, je me suis promené du côté de la rue Mouffetard, où je n'étais pas repassé depuis quelques semaines. J'ai une affection particulière pour cette rue commerçante. C'est une des première que j'ai connue en arrivant à Paris. Celle où le dimanche matin, nous allions faire les courses avec mon géniteur qui pour l'occasion endossait une vieille veste qu'il avait parait-il portée dans sa jeunesse. Ce jour était d'ailleurs le seul où il s'habillait en civil. Pendant ce temps, la mère s'occupait de son nouveau rejeton, l'enfant si désiré tard venu après tant de fausses couches. Pour la première fois j'ai remarqué cette façade, tout en bas vers la Rue Daubenton. Autrefois devait s'y trouver un grand magasin de fromagerie charcuterie, comme il en existait tant autrefois. J'aime particulièrement le haut de la façade, avec ses cochons dans une forêt et qui évoque une tapisserie ancienne. Je suis ensuite remonté, en marchant lentement jusqu'au quartier latin. J'aime bien musarder et faire le touriste dans cette ville. (Linked with Monday murals
 

vendredi 25 décembre 2020

La petite photographe des Champs Élysées


Voilà,
dans un premier temps je m'étonne de ne l'avoir jamais publiée, celle-ci. Puis en regardant attentivement je devine bien ce qui a pu susciter mes réticences. Quelque chose dans le cadre ne me satisfait pas pleinement. Peut-être ai-je voulu y faire entrer trop de choses. J'aurais pu resserrer sur les personnages, afin qu'ils soient moins décentrés, mais au moment de déclencher, il est probable que je tenais à ce que la grille de l'entrée de la boutique "Abercrombie & Fitch", figure entièrement, de sorte qu'il y a un peu de vide à gauche de l'image que ne compense pas tout à fait la symétrie des deux arbres ni la croix que suggère la fenêtre. Dommage que personne ne soit passé en arrière plan entre l'arbre et la poubelle. Trois ans auront été nécessaires pour que je m'accommode de ces imperfections et que j'admette que, bien que pas complètement réussie cette photo demeure néanmoins honorable et mérite tout de même sa publication. Le regard de cette petite fille avec son gros appareil est si intense. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 24 décembre 2020

Presser le pas

Voilà,
peut-être sommes-nous composés de traces qui font aussi notre histoire les mots ont leur importance ils font advenir de l'invisible... Des formes inouïes s'entrelacent dans différents temps des absents redeviennent présence inattendues... le rêve parfois surgit comme amorce il crée de l'inédit...  Les images sont à la fois énigmes et vérités... Tous ces morts sur moi... Pourrions-nous chercher, non pas des signes à interpréter dans la lumière, mais des échos qui nous parviendraient dans un murmure... Comment se compose-t-on a partir de nos images... on écrit du temps et des images de temps... Les images surgissent de l'enfance et le présent nous tient la main dans le maintenant ... 
Il essayait de retrouver le cheminement de sa pensée en longeant le quai. Tout près le fleuve coulait impassible. "Le chaos demeure un ordre à déchiffrer". Cette phrase lue en exergue d'un film dont ne lui restait aucun autre souvenir lui traversa l'esprit. Pressant le pas il haussa le col de son pardessus. Un vent humide et froid lui cinglait à présent le visage.

mardi 22 décembre 2020

L'Album "Revolver"


Voilà,
j'ai pas mal réécouté l'album "Revolver" des Beatles, ces derniers jours. C'est mon préféré. Je ne sais pas si c'est mon préféré parce que c'est le premier que j'ai intégralement écouté réécouté et surécouté. Je l'avais enregistré sur mon mini K7 Phillips qui était l'objet à posséder quand on avait treize ans en 69. Ce fut d'ailleurs mon cadeau de Noël cette année là. J'avais trouvé un argument de poids. Le collège du Kremlin-Bicêtre où j'étais nouvellement arrivé ne dispensait pas de cours d'allemand en première langue pour les classes de quatrième. Il me fallait donc rattraper deux ans d'anglais au plus vite et pour cela un magnétophone sur lequel il serait très simple de m'enregistrer et de me réécouter était absolument indispensable. En mettant en avant tout ce que cet appareil pourrait avoir de bénéfique pour les heures studieuses que je ne manquerais pas de passer avec lui, je n'eus guère de mal à convaincre mes parents de ce coûteux achat pour eux (ils ne manquaient jamais de me dire combien à leur porte-monnaie plutôt qu'à leur cœur j'étais un être cher, insistant sur tout ce que je leur coûtais et tout ce qui leur en coûtait).
Mais revenons à Revolver. Sur le pick-up (c'est ainsi que l'on appelait autrefois les tourne-disques) de mes parents dont j'ai retrouvé (non sans émoi) un jour dans une brocante le modèle en bon état, et auquel,
sans pour autant être atteint de pareidolie, je trouvais  un air tout à fait souriant (moins cependant que la 4CV familiale), sur le pick-up donc, j'avais, au micro (il n'y avait pas de branchement direct) enregistré l'album à l'envers (la face B d'abord puis la face A). Un garçon du nom de Serge Santoro me l'avait prêté. Il était le seul de la classe à avoir les cheveux longs et une moustache. En fait il cultivait sa ressemblance avec George Harrison qui était son Beatle préféré.
Pendant des semaines je me suis endormi en écoutant ce disque dont certains morceaux suscitaient des images mentales. "Here, there, and everywhere" m'évoquait ces paysages enneigés que l'on voit sur les anciennes cartes postales de Noël, "Eleanor Rigby" des souvenirs de romans de Charles Dickens. "For no one", suggérait une détresse qu'il me semblait avoir déjà connue quelques années auparavant, alors que "good day sunshine" était parfait pour décider que la journée qui s'annonçait serait belle. "Tomorrow never knows" et "love you to" si bizarres et chacun exotique à sa manière, l'un avec son sitar l'autre avec ses cris de sioux et ses paroles si énigmatiques m'enchantaient. J'aimais aussi le joyeux "and your bird can sing", le nonchalant "i'm only sleeping" avec ces vers qui me touchent toujours particulièrement "please don't spoil my day i'm miles away", parce qu'ils semblent résumer ma nature profonde. C'est là aussi que j'avais redécouvert "Yellow submarine", souvent entendu à la radio sans savoir que c'était eux. Par la suite, je m'étais aperçu que je connaissais beaucoup de morceaux des Beatles, puisque dans les années soixante leurs chansons avaient inondé toutes les radio du monde. J'avais aussi découvert que Johnny Hallyday, — que je n'ai jamais vraiment beaucoup apprécié — avait adapté une de leurs chansons en français
En fait, pour faire court, c'est après être à Paris que j'ai commencé à m'intéresser aux chanteurs anglais et américains. Cette première année au Kremlin-Bicêtre, fut assez étrange. Contrairement à mes camarades, je venais assez souvent à Paris, profiter de la petite piscine de l'École Polytechnique où mon père travaillait à l'époque. Et puis c'est à ce moment que j'ai commencé à traîner dans le quartier latin, sur le Boulevard Saint Michel qui j'ai arpenté de haut en bas des milliers de fois dans ma vie, et où ma fille à présent poursuit ses études. Serge Santoro, m'avait une fois emmené chez un disquaire aujourd'hui disparu de la rue des écoles, juste en face du cinéma Champollion, et il y avait acheté l'album "Let it be". Pour ma part c'est à "Paris Musique" en bas du boulevard Saint Michel que j'avais fait l'acquisition de mon premier album qui fut "Sergent Pepper". 
Sinon la vie au Kremlin-Bicêtre n'était pas très exaltante. Je me souviens juste d'avoir été étonné qu'il y ait deux filles noires (et d'un noir très différent) dans ma classe. Je venais de province, et dans le sud-ouest à l'époque il n'y avait pas de mixité raciale. L'une d'elle, d'origine sénégalaise s'appelait Brigitte Prouha. Elle était très belle très gentille et sa peau très sombre. Elle habitait deux étages au dessus de chez moi, et sa famille nombreuse disposait de deux appartements sur le même palier. Il m'arrive quelquefois de penser à elle. Je l'associe à un sentiment de hontee que j'éprouve toujours rétrospectivement, en y songeant.
Un jour elle m'avait prêté des disques de musique soul, et de rythm'n blues, Otis Redding, Aretha Franklin, James Brown. "pour me faire partager sa culture" m'avait elle dit. J'avais accepté par politesse, en avais écouté quelques uns, mais j'avais trouvé ça "criard" c'était ainsi que je me l'étais formulé. Mais à la vérité, c'est parce que j'étais encore sous l'influence raciste de mes parents, et que je ne pensais pas nécessaire d'accorder une attention soutenue à cette musique, parce que ce n'était après tout que de la musique de noirs, alors que sans le savoir il y avait beaucoup de morceaux composés ou interprétés par des artistes noirs — les Supremes, Armstrong, Sydnet Bechet — que j'aimais et que j'avais entendus en radio...  Je regrette encore aujourd'hui de ne pas avoir prêté une oreille plus attentive à la généreuse proposition de Brigitte ni d'avoir compris comme c'était important pour elle. Je m'en veux en outre, d'avoir alors été aussi con et de ne pas avoir été en mesure de me débarrasser tout seul de toute cette merde qu'on m'avait collé dans la tête et de me débarrasser de tous mes préjugés. C'est aussi à cette période que l'on m'annonça de façon tout à fait inattendue qu'un frère ou une sœur viendrait compléter la famille. J'allais avoir treize ans j'étais fils unique et cette nouvelle ne me fit pas, sur le coup (c'est assez banal comme réflexe) particulièrement plaisir, mais ça c'est une autre histoire.

dimanche 20 décembre 2020

Changer de lunettes


Voilà,
il faut être positif m'a-t-on récemment fait remarquer en commentaire au bas d'une publication, et c'est vrai que je peine à saisir les nombreux motifs d'allégresse qui s'offrent à moi. Aussi vais-je derechef réparer cette erreur, changer de lunettes, observer le monde autrement, et sur-le-champ me réjouir de n'être pas Ouïghour du Xinjiang en ce début de vingt et unième siècle. Parce que franchement quand tu es Ouïghour en ce moment, pas grand monde se préoccupe de ton sort. Tu as beau être respectueux du Coran, aucune des monarchies pétrolières du Moyen-Orient, aucun grand pays musulman ne lève le petit doigt pour toi. Aucun Imam de banlieue ne se soucie de tes problèmes. Pas de Jihad pour te sauver. Pas de protestation officielle. Mon pauvre, tu n'as pas la chance d'être une caricature de papier, pour justifier une indignation. Tu peux crever la gueule ouverte comme esclave dans des champs de coton, te faire dépecer et prélever tes organes pour constituer des banques de greffons, on peut te traquer grâce à des logiciels de reconnaissance faciale qui te sont exclusivement destinés, personne n'en a rien à branler. Puisque toi aussi tu es turcophone tu pourrais espérer un peu d'aide sinon de compassion de la part de ce président toujours prompt, depuis son palais d'Ankara à traiter d'islamophobes les démocraties européennes. Mais pas de bol, si tu as eu la naïveté de penser que tu trouverais un asile politique dans la région, comme tu ne pèses pas grand chose en comparaison d'accords commerciaux, te voilà immédiatement réexpédié en Chine où tu rejoindras un de ces camps de concentration astucieusement renommé camp de rééducation par le travail et de transformation par l'éducation. Le monde ne se préoccupe pas plus de toi, pauvre Ouïghour qu'on ne se préoccupait des juifs européens dans les années trente et au début des années quarante. La plupart des gouvernements des grandes démocraties fermaient alors les yeux en se réjouissant secrètement que quelqu'un, sans aucune mauvaise conscience, fasse le boulot qu'ils n'osaient pas faire. Je me réjouis donc, non de ton malheur, mais de ne pas avoir jusqu'à présent subi l'injustice qu'il y a à naitre en telle époque et tel endroit plutôt qu'ailleurs ou en autre temps. Même si sous ces latitudes et ces jours-ci, il y a quand même de sérieuse raisons de douter de la possibilité d'une intelligence collective, quand on voit les gens se précipiter dans les magasins par temps de pandémie.
Je me demande si c'est typiquement parisien ou bien juste un ravage de la société de consommation, ces attroupements. Cette bêtise est-elle particulièrement française  ? Les gens ne se rendent-ils pas compte de l'affront fait à tous les soignants qui sont en première ligne ? Ou est-ce simplement la nature humaine, cette connerie là, alors qu'on sait que les courbes de contamination ne baissent plus depuis une semaine et que tout laisse augurer d'une troisième vague ?
Peut-être ne s'agit-il que de la manifestation de ce qu'on appelle un biais cognitif, c'est à dire "une distorsion que subit une information en entrant dans le système cognitif ou en sortant. Dans le premier cas, le sujet opère une sélection des informations, dans le second, il réalise une sélection des réponses"(Jean-François Le Ny). Il existe ainsi des biais d'attention lorsque les perceptions sont influencées par nos propres centres d'intérêts, par exemple, mais aussi des biais de raisonnement comme préférer les éléments qui confirment une hypothèse plutôt que ceux qui l'infirment, ou bien encore travestir la réalité d'un problème en le transformant en fonction des réponses (les outils) dont on dispose. De nombreux autres biais ont été répertoriés. La période que nous vivons offre bien des occasions d'observer ces travers autant que d'en être victimes. Ce n'est pas nouveau, mais cela atteint désormais un seuil critique. Le point positif, c'est que cela me donne l'occasion de réfléchir, m'incite à construire des phrases pour me frayer un chemin à travers de confuses pensées quand tout m'incite à me coucher et à me retrancher "du cocotier de l'espèce" comme écrivait Beckett
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jeudi 17 décembre 2020

Encore des livres


Voilà
comme je l'ai déjà fait ici, et là, je poursuis la liste de ceux qui m'ont conseillé de lire certains livres "Hurrah ou la révolution par les cosaques" d'Ernest Cœurderoy, c'est Engel, "Nos Adieux" de Timothy Findley et ensuite tous les autres livres de Findley, c'est Christelle, "Baise Moi" de Virginie Despentes, c'est Hervé Blanc, qui me l'a offert pour mon quarantième anniversaire je crois, "L'étoile du chien" de Bernard Puech, c'est Alain Neddam, au début des années 90, "Le Musée imaginaire" de Malraux c'est Dominique Tiry, ainsi que "Les mémoires d'Hadrien" et l'œuvre de Marguerite Yourcenar, "Le Roi des Aulnes" c'est Jean-Jacques Goron qui lisait beaucoup plus de romans que moi à l'époque, "le stéréoscope des solitaires" c'est Jean-Marie Lhôte, "le réel et son double" et "Le traité de l'idiotie", de Clément Rosset, c'est Jean-Paul Wenzel, les poèmes de Gottfried Benn, c'est Philippe Delaigue, les livres de Léo Perutz c'est Fabrice Bénard (un excellent acteur trop rare), "Qu'est ce que la philosophie antique" Pierre Hadot, c'est Hervé Dubourjal qui me l'a recommandé, "la Supplication" de Svetlana Alexievitch, c'est Michel Polac dans une émission de radio, Ramuz, c'est Thierry Bédard, "Mémoires trouvés dans une baignoire" de Stanislas Lem c'est Jean-Marie Verdi, et les livres de Philippe K.Dick, Jean-Baptiste Berthelin, les "Microfictions hispaniques" d'Andrès Neuman, Christine Saint-Geours... C'est au cours d'une promenade nocturne, il y a quelques jours, peu avant que la France ne soit de nouveau sous couvre-feu, que je me suis abandonné à ce petit exercice de mémoire... C'est incroyable comme cette ville peut-être belle parfois...  (linked with skywatch friday  & weekend reflection)

mercredi 16 décembre 2020

L'Absinthe oxygénée

  

Voilà,
un reflet pris du côté de la rue Saint-Jacques, dans une devanture de café parisien, fermé au moins jusqu'à mi-janvier. C'est la reproduction d'une vieille réclame, car l'absinthe Cusenier n'existe plus aujourd'hui, et je ne suis pas certain que l'absinthe soit de nouveau autorisée à la vente en France. Je me souviens que dans la région de Perpignan, au début des années 80 du siècle dernier, on en fabriquait, bien qu'elle fût interdite à la vente en France. Cependant elle était commercialisée en Espagne. C'est dans un bar de Madrid, attenant au théâtre où j'étais venu jouer, que j'en ai goûté pour la première fois. Elle était servie pure dans des verres à Cognac. Je me rappelle que Madrid, dans les premières années de la movida, juste après la tentative de putsch du général Tejero au parlement espagnol en février 81, était, en certains endroits une ville fantasque, débordante de joie et de vitalité, et que la jeunesse y était particulièrement excentrique et délurée (Linked with Signs2 & weekend reflections)

lundi 14 décembre 2020

Soleil vert


 
Voilà,
en commentaire de ma publication d'hier, Bill me fait remarquer à juste titre qu'en ce moment, aux USA, le Covid occasionne quotidiennement autant de morts que Pearl Harbour ou le 11 Septembre. C'est un fait. On pourrait cyniquement ajouter que cela diminuera considérablement dans les statistiques le nombre de décès dus au diabète, à l'obésité, et aux maladies cardio-vasculaires puisque, caractéristiques d'une société qui encourage la surconsommation  au détriment de la santé, ces pathologies constituent un terrain favorable au coronavirus. Il est d'ailleurs paradoxal — et il ne faut voir là aucune relation de cause à effet mais simplement une curieuse coïncidence — de constater à ce propos, que le Vietnam, pays par la force des choses frugal et sur lequel les États-Unis se sont si longuement acharnés avec le succès que l'on sait, compte très peu de victimes de cette maladie. Si le covid n'est pas une maladie américaine, nul doute qu'il a trouvé, dans ce pays, tous les facteurs, en plus de ceux cités auparavant, propices à son développement : système de santé déficient et guère favorable aux pauvres, président conservateur débile élu démocratiquement sur un programme incohérent, peuple bigot (qui inscrit sa croyance jusque dans ses billets de banque) persuadé de sa toute-puissance et de son invulnérabilité, exaltation de la foi au détriment de la rationalité, individualisme forcené... Que mes amis américains n'y voient aucun grief personnel. Tous les peuples ont leurs tares —  raison pour laquelle le nationalisme m'a toujours paru une forme de crétinisme rédhibitoire —. Pour ma part j'ai rarement eu dans ma vie, (sauf parfois pour le rugby) de raisons de me sentir particulièrement fier d'être français ; et je ne parle pas seulement de ces derniers temps.  Le nationalisme demeure pourtant un des principaux vecteur l'Histoire, ce qui tend à confirmer que l'Humanité est une cause définitivement perdue.
 
Même si Trump a qualifié ce virus de "chinois", cette épidémie qui ignore allègrement les frontières me semble un signe avant-coureur des effondrements qui s'annoncent, prévus, chiffrés, modélisés depuis au moins quarante ans durant lesquels on n'a cessé d'être dans le déni. Si elle a l'avantage de présenter (au niveau mondial) un relativement faible taux de létalité, sa considérable vitesse de propagation et les soins qu'elle nécessite pour certaines personnes fragiles constituent un problème. Et comme on manque de structures et de personnel pour soigner, il faut éviter que trop de personnes tombent malades en même temps. Donc, afin de ne pas engorger les hôpitaux on est obligé de confiner. L'inconvénient n'est pas que les gens meurent, ou tombent malades, mais bien qu'on se retrouve dans l'incapacité de gérer les flux, car on ne peut pas stocker. Ni du mort ni du malade. L'ultralibéralisme, c'est le flux permanent, et la réduction des stocks. Mais en matière de circulation, le virus est plus "agile". Il circule encore plus vite que les gens. Donc il faut les stocker chez eux, les confiner.
Mais comme on ne peut pas confiner tout le monde  — sans quoi la machine économique serait trop enrayée — on opère une sélection favorisant certaines professions et secteurs d'activité au détriment d'autres. Et petit à petit s'esquisse un monde où les populations seront discriminées en fonction de leur taux de rentabilité ou de productivité. D'une certaine façon, le coronavirus nous rappelle la situation écologique et économique dans laquelle nous nous trouvons. Il y a plus de demande que d'offre. Plus d'exigence de soins, que de matériel et de personnel disponibles tout comme il y a plus de population à nourrir que de ressources à disposition sur terre, plus de rejet de carbone que de capacité d'en absorber, et surtout, ce virus surpasse notre temps de réaction en même temps qu'il rend plus vivace le problème de l'excédent, de l'humain excédentaire. Et ça d'ici quelques temps cela va devenir un problème de plus en plus aigu, cette histoire de trop-plein, et il est fort à craindre que les solutions envisagées aient un petit air de déjà-vu, dans le registre de la barbarie planifiée par exemple et et la réactualisation du concept de "ressource humaine" tellement en vogue dans le monde de l'Entreprise ... En Chine on est d'ailleurs déjà assez avancé en la matière.

Tiens, à propos je me regarderais bien Soleil Vert un de ces jours prochains

dimanche 13 décembre 2020

14, Rue Bonaparte


Voilà
déjà quelques semaines, passant rue Bonaparte, j'ai remarqué au-dessus l'entrée de l'École des Beaux-Arts, cette peinture murale de Monsieur Chat comme il en existe beaucoup de variations à Paris. Je l'ai trouvée amusante et de circonstance, vu le lieu, puisque celle-ci représente le chat dans un tableau accroché à un mur. J'aimerais d'ailleurs tant voir un vrai tableau dans une exposition. Les musées me manquent. Je ne comprends pas pourquoi ils sont fermés. En l'absence de touristes étrangers, ils ne sont pas les lieux les plus fréquentés. Je suis allé au Louvre fin Août, juste avant la rentrée des classes, tout le monde était masqué, et il y avait fort peu de visiteurs et bien moins de risque de contamination que dans les grands magasins ouverts sept jours sur sept et bondés en cette période précédant Noël. Je me souviens aussi du bonheur que ce fut de commencer l'année 2014 en allant visiter avec Sophie l'exposition consacrée à Georges Braque. Avec la nuit qui tombe tôt, le froid et la pluie je n'ai guère envie de sortir. Marcher dans les rues pour se dégourdir. Oui un peu. Plus par nécessité que par envie. Mais j'évite les transports en commun, les lieux trop fréquentés. Je me replie sur moi. Heureusement, il y a encore en France des radios et des chaînes culturelles pour ne pas hiberner idiot. Il y a aussi des livres que je n'ai pas lus dans ma bibliothèque, je peux en profiter. Mais l'époque est mélancolique, et du chagrin brasille dans la gorge. 
Nous sommes quelques uns à réaliser que nous avons définitivement changé de paradigme, même si les chaînes de télévision mainstream entretiennent l'illusion que ce n'est que passager, et que nous retrouverons un mode de vie comparable à celui précédant l'épidémie, lorsque le vaccin sera disponible. Je pense souvent  ces dernières semaines à ce titre du livre de l'auteur nigérian Chinua Achébé "Le Monde s'écroule". Je crois que c'est à présent au tour de la civilisation occidentale, de voir ses croyances et ses valeurs voler en éclats. Car l'épidémie s'accompagne d'une réduction sournoise des libertés et des droits des citoyens, sans doute pour parer ultérieurement aux mécontentements et aux émeutes, dont on peut d'ores et déjà  entrevoir quelques prémices, et qui, dans les prochaines années, ne manqueront pas d'advenir de manière sans doute plus brutale, encore, lorsque, sur fond de changement climatique, de perturbations écologiques et migratoires, la crise économique et sociale succédera à la crise sanitaire. 'Linked with Monday murals)

Publications les plus consultėes cette année