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mercredi 6 mai 2026

Pas trop tard



Voilà
je continue malgré tout je vais mon chemin 

je m’approche du bout je suis bien moins gaillard

qu’autrefois un peu bancal et ne vois plus bien

pour le yoga me dit-on ce n’est pas trop tard

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mercredi 18 mars 2026

Jocondoclaste


 
Voilà,
une dizaine d'années, Jean Margat a fait don au Musée du Louvre de sa gigantesque collection d'objets dérivés du tableau de Léonard de Vinci "Mona Lisa". 
Pendant plus d'un demi-siècle il les a collectés et conservés chez lui, entre Val de Loire et Sologne, à Saint-Cyr-en-Val où il a, paraît-il, fait construire un pavillon de béton brut et de lumière imaginé au début des années 1970 par Jean Déroche, un ancien collaborateur de Niemeyer lors de la réalisation du siège parisien du Parti Communiste français.
Cet éminent géologue, père de l'hydrologie moderne, figure du département des eaux au Bureau de recherche géologique et minière qui, sa vie durant, est allé de colloques en séminaires afin de sensibiliser les esprits aux mécanismes fragiles de la régénération des ressources souterraines, avait baptisé cet endroit, son "Joncodéum", et, jusqu'à sa mort récente en février 2025 à l'âge de cent ans, il en fit sa demeure
Éric Biétry-Rivière, en 2013 dans un article du Figaro la décrit ainsi : "Dans son salon de plain-pied, kitsch, omniprésentes, fascinantes, inquiétantes, presque obscènes, onze "La Joconde" figurent sur les dizaines de sacs accrochés au portemanteau. Sur les parapluies et leur porte-parapluies. Sur les cendriers, les boîtes grandes ou petites, coffrets ou piluliers. Partout, sur la table du living aux étagères, des séries: pin's, magnets, Rubik's Cube, dés, boules à neige, bustes. En bronze, en plâtre, en bois, en plastique, en marbre, en papier mâché...
Dans le meuble hi-fi, que des disques à pochette avec "La Joconde" (coup de cœur pour Nat King Cole). Dans un carton de dessinateur, une centaine de posters, des affiches d'expos, des publicités et des portraits détournés. Amnesty International a représenté la belle avec un œil au beurre noir pour dénoncer les violences faites aux femmes. Sur un prospectus de la CFDT-culture, elle lève le poing. Dans un autre de la ligue italienne contre le cancer, elle est rasée pour les besoins d'une campagne en faveur de la non-marginalisation des malades.
Du salon aux chambres, des bibliothèques entières ont été garnies avec ce même soin monomaniaque. Dans leurs albums, les cartes postales (à tête de Staline, de Mao, de Giscard, de Godzilla...). Aux murs un hologramme, un tapis persan ou encore un tableau en plastique coréen. Lorsqu'on passe devant, il se met à chanter «poo-poo-pee-doo» façon Marilyn Monroe puis simule un orgasme.
Sur les fauteuils et canapés, des coussins fripés font grimacer le plus célèbre des sourires. En haut d'une armoire croulant sous les babioles made in Hongkong ou Taïwan, une Joconde à demi-dégonflée attend un coup de pompe. Au sol, paillassons et tapis renvoient le même visage, avec cette étrange pointe d'absurdité qui ne se trouve pas dans l'original.
Dans la salle à manger et la cuisine, on passe à table sans la moindre chance d'échapper à cet enfer itératif. Des boîtes à biscuits à celles à cigares, on déjeune et dîne Joconde. Emballages de charcuterie, d'apéritifs, mugs, assiettes, coquetiers, bouteilles, bols, tabliers, serviettes: on vacille entre indigestion et hallucination.
Mais le chef-d'œuvre de la Renaissance, la merveille des merveilles de l'humanisme cinquecento, n'a encore rien subi. Le premier étage pousse la désacralisation à des sommets. Poupées, cirages, bonbons, lessives, chaussettes, jarretelles, bigoudis (venus de Bali), rideau de perles (vietnamien), de douche, trousse de diagnostic d'hépatite B de l'Institut Pasteur... Et encore, eau purgative, papier-toilette, lunette de WC, préservatif, stérilet...
Jean Margat est en outre le fondateur de la "jocondologie", science qui théorise la "jocondoclastie". En résumé, il s'agit de déconstruire le chef-d'œuvre pour en ridiculiser l'idolâtrie. Lui-même s'était lancé dans cette opération de subversion tous azimuts. On lui doit de multiples décapitations, lacérations, découpages, étirements, anamorphoses, confections de puzzle à deux morceaux "pour débutants" et autres boîtes à sardines jocondomarines en hommage au commandant Cousteau... Ce fonds-là, pour le moment, ne sera pas exposé au Louvre. Il le mériterait. "La Joconde n'a jamais été pour moi qu'un prétexte, une matière première. Je ne sais même pas, au fond, si je la trouve belle" expliquait-il.
 
Pour ma part, comme l'attestent ces six photos (choisies parmi une douzaine) il m'est aussi arrivé d'être "jocondoclaste", en particulier lorsque j'ai commencé à utiliser Photoshop et que j'en explorais les possibilités et testais les différents outils que cette application mettait à ma disposition. J'ai aussi eu plaisir à trouver quelques variations sur cette icône au cours de mes pérégrinations, comme ce jour-ci ou cette fois-là. J'ai, en outre, aussi trouvé un article de blog qui présente quelques détournements du célèbre tableau

jeudi 5 février 2026

Psycho the rapist


Voilà,
pas une journée sans quelque éructation. Rien jamais n'épuise cette diarrhée verbale. Psycho the rapist donne son avis sur tout avec le vocabulaire d'un enfant de six ans. Il occupe le terrain à longueur de journée. Certains spéculent que ce sinistre clown a perdu la raison. L’a-t-il jamais eue ? Quoi qu’il en soit c’est le visage que l’amerikkka s’est aujourd’hui choisi et qui fait l’affaire des capitalistes libertariens. 
Menaces, vociférations, décisions tonitruantes, visées expansionnistes, dérapages plus ou moins maîtrisés, brutalité administrative : le chaos, mais en costume cravate. Avec toujours un brin de mégalomanie : projet d'un arc de triomphe, d'institution culturelle à son nom, d'un défilé militaire ridicule. Sinon quoi d’autre ? Ah oui, l'État fédéral transformé en games center. Pour recruter, l'administration dite "républicaine" a publié des clips inspirés de jeux vidéo. Les migrants comme des silhouettes à abattre. ICE en mode joystick. Elle terrorise sa population pour la dissuader d'aller voter dans dix mois. Milices privées, intimidations, assassinats ciblés, mépris du peuple. Toutes les fraudes et tous les coups sont permis. C’est à la fois grotesque et effrayant.
Quand il ne tweete pas, Donnie le taré parle parle... partout, à n’importe quelle heure, dans son bureau, à l'étranger, dans son avion. C'est toujours stupéfiant de connerie, de bassesse, de vulgarité. Il fait le show. Mais il suscite encore l’adhésion d’un grand nombre de ses compatriotes. Gênés devant le triste spectacle de ce concentré de bêtise qui se pavane avec arrogance et se perd parfois dans des logorrhées délirantes, les dirigeants "alliés" de lOTAN qui soudain découvrent qu'ils n'ont toujours été que des vassaux et qu'ils seront désormais traités sans ménagement, le regardent, l’écoutent, sidérés. Lapsus en série, messages privés publiés par erreur. Gouverne-t-il encore ?  Improvise-t-il ? Quoi qu'il en soit l'ordre ancien vacille, une certaine idée du monde s’effondre.
La Chine calcule. Poutine sourit. Pour se soustraire des scandales, à quelques mois des midterms, Donnie le taré qui prétend avoir réussi haut la main tous ses tests cognitifs, les plus beaux les plus merveilleux que les médecins ont jamais vus, s'en va-t-en guerre. Un coup au Vénézuela, un autre en Iran. Menaces par-ci, invectives par là. Propositions indécentes ailleurs.  
Pendant que l’Américain moyen compte ses centimes, que l’inflation grignote les salaires, que le plein d’essence devient un luxe, la Maison-Blanche, elle, regarde vers le Nord. Très au Nord. Le gangster orange ne lâche pas son idée d’acquérir le Groenland au prix d’un gros chèque. Un million de dollars pour chacun des 57 000 Groenlandais. Soit plus de 40 milliards de dollars au total. De quoi faire rêver. Surtout quand on vit dans l’Ohio ou le Michigan, où le niveau de vie baisse mais où personne ne recevra jamais un chèque à sept chiffres. 
L’idée dit-on serait à l’étude. Un référendum, un vote et un virement bancaire géant. Une méthode présentée comme une alternative élégante et pacifique à la force militaire. Moins de missiles, plus de dollars, il suffit de faire marcher la planche à billets croit-on encore. L'administration républicaine juge l’opération raisonnable. Après tout, 40 milliards, ce n’est presque rien. Comparé aux 600 milliards du budget du Ministère de la Guerre (puisque c'est ainsi qu'il a été rebaptisé). Une broutille stratégique. Pendant ce temps, les citoyens ordinaires regardent leurs factures et se serrent la ceinture. Ils pourraient se dire que, décidément, mieux vaut être Groenlandais qu’américain. Aux premiers, on propose un vote et une prime ; aux seconds, on explique tranquillement que leur droit de vote, en novembre prochain, est une option négociable. Mais bon la vie continue : bientôt la cérémonie des oscars et la finale du super bowl… That’ s entertainment !
Haut les cœurs ! en ces temps déraisonnables, on n'est pas au bout de nos surprises. Mais cela me donne toutefois l'occasion de réaliser un collage comme j'en faisais dans mes jeunes années...
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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samedi 24 janvier 2026

Omission

 
Voilà,
parfois, un film intrigue moins par ce qu’il montre que par ce qu’il dissimule. Un détail s’immisce dans l’esprit grossit et révèle quelque chose de l'ordre du point aveugle. 
Ici donc, il est question de la genèse de "Hamlet", et de son lien avec la mort du fils de Shakespeare. Passons sur le traitement du personnage de Shakespeare. Il apparaît surtout comme un banlieusard appliqué, dont le travail l'occupe à Londres et qui revient à son foyer éloigné quand son agenda le permet.
Une représentation bourgeoise du travail artistique en somme.
On comprend qu'au cours des ans Les affaires s’améliorent. Bientôt il envisage ce qu'aujourd'hui on appellerait un "projet immobilier" à Stratford : une maison plus vaste pour sa famille. Comme quoi on peut-être un génie littéraire et gérer ses affaires "en bon père de famille". Sans doute aussi pour lui une façon de se dédommager de ses absences.
Je passe rapidement sur l'histoire, essentiellement centrée sur la femme et les enfants de Shakespeare. Le fils meurt alors que son père n'est pas là. Il y a du reproche dans l'air, du deuil impossible, le couple s'étiole, et William revient de moins en moins chez lui.
La matérialité du théâtre, elle, reste abstraite. Peu de planches. Peu de corps. Une seule scène de répétition, chichement offerte. Puis arrive le moment où la femme de Shakespeare assiste à la première représentation d'Hamlet dont elle ne sait rien. Cela occupe les dernière vingt minutes du film. On y montre surtout le premier acte ou Hamlet rencontre le spectre de son père joué par Shakespeare. Puis le duel de l'acte V qui révèle la vérité et à l’issue duquel les principaux protagonistes de l’histoire meurent.
Ophélie, en revanche, n’y est jamais évoquée. Aucune scène. Aucun regard. Pas même la première scène de l'acte III entre Hamlet et Ophélie, qui est une scène qui parle du couple de l'amour et du mariage. Étrange oubli, alors que la femme de Shakespeare est présente dans la foule des spectateurs. La correspondance possible entre la fiction et la réalité est écartée.
 Gertrude la mère de Hamlet dans la pièce n'a, elle non plus, droit à aucun gros plan. Même lors de la scène où elle boit par inadvertance la coupe empoisonnée.
Même si les acteurs sont britanniques, le film est une production américaine. Cela s’entend. Malgré quelques belles scènes, le pathos déborde. La musique souligne, insiste là où il faudrait laisser respirer. C'est en outre une production d’un pays qui censure ses archives, réécrit l'histoire, et bannit des milliers de livres de ses bibliothèques. Une question s’insinue alors. Est-ce parce que les rôles féminins étaient à l’époque élisabethaine, 
tenus par des hommes qu’on ne les montre pas ? Cela pourrait-il offenser aujourd'hui les femmes que leurs rôles soient joués par des hommes ? Ou bien, si l'on l'on respectait strictement la réalité historique n'y aurait-il pas un risque à montrer — ce qui pourrait être préjudiciable à l'exploitation du film — des travestis à l'écran ? Dans ce pays puritain qui, en toute connaissance de cause, a pourtant porté au pouvoir un prédateur sexuel et pédophile notoire, la question du genre est devenue si politique, si inflammable, que la représentation historique elle-même semble devoir être effacée. Comme si l’on préférait l’omission au trouble et à la vraisemblance.  
pendant la projection j'ai repensé à ce très beau film intitulé "Stage Beauty" que j'avais vu et aimé à sa sortie en 2004, et qui raconte précisément le moment où les femmes ont en Angleterre, acquis le droit de monter sur scène.
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lundi 29 septembre 2025

Camembert le petit menteur

 
Voilà 
qu’aujourd’hui, les sensibles gardiens de l’ordre moral et pénal, les grands inquisiteurs de la "fermeté républicaine" se drapent dans l’indignation, face à "l'outrage" qui est commis à l'encontre de leur caste. Nicolas Sarkozy, ancien président corrompu a été enfin condamné. C'est un vœu que j'exprimai il y a longtemps dans un précédent photomontage. Il aura tout de même fallu dix ans d'enquête. Les lenteurs de la justice ne s'expliquent pas seulement par le manque de moyens. Elles sont aussi garantes du sérieux de l'investigation.  Mais ils sont nombreux dans la presse, les médias (détenus par une poignée de milliardaires) à pousser des cris d’orfraie comme s’il s’agissait d’un coup d’État judiciaire. Pour eux ce n'est rien moins qu’un complot ourdi par des juges gauchistes.
Il ne s’agit pourtant pas de n’importe quel délit. Association de malfaiteurs dans le cadre de l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Ce n'est tout de même pas rien. Le tribunal a estimé qu’il avait laissé ses collaborateurs du premier cercle solliciter des soutiens financiers auprès du dictateur lybien Kadhafi et des ses proches (dont Abdallah Senoussi un terroriste organisateur de l’attentat contre l’avion d’UTA qui fit 170 morts dont 54 français), en vue de financer sa campagne. Cela constitue une préparation à un délit de corruption. Et l’on oublie que ce verdict s’ajoute à deux condamnations précédentes où il était question de corruption, de trafic d’influence, d’atteintes lourdes à l’intégrité de la justice. 
Ce sont pourtant les mêmes qui, à longueur de plateaux télé et de tribunes rageuses, réclament des peines "exemplaires" pour la moindre incartade d’un pickpocket ou d’un môme pris avec un scooter volé ou un joint dans la poche, qui stigmatisent les fraudeurs aux allocations et j'en passe. "Pas de faiblesse ! Pas d’excuses ! La justice doit être implacable !" proclament-ils, la mâchoire serrée et le menton haut. Mais quand un ancien président de leur camp est rattrapé par les faits — ces détails agaçants qui contreviennent aux lois — soudain la justice devient politisée, excessive, voire "persécutrice". Le deux poids, deux mesures, élevé au rang d’art national. Et comme par miracle, l’empathie leur revient alors, mais exclusivement pour ceux qui ont un carnet d’adresses et un patrimoine planqué dans une holding au Luxembourg. L’égalité devant la loi ? Oui, bien sûr… mais en option premium, accessible uniquement par réseau.
Ce sont en outre les mêmes qui expriment leur opppsition à toute tentative d’imposer une contribution aux fortunes XXL et se proclament apôtres de la rigueur budgétaire. Larmoyants quand un ex-chef d’État se fait rattraper par la justice, impitoyables quand un smicard demande la retraite à soixante ans et un minimum de justice fiscale. 
La taxe proposée par Gabriel Zucman ? Bien timide à mon goût : elle se monte à 2% touche 1800 foyers fiscaux dont les patrimoine dépassent 100 millions d'Euros. Il s'agit en outre d'un impôt différentiel (impôt minimum) : si les ultra-riches paient déjà plus de 2% de leur patrimoine en impôts, ils ne paient rien de plus.
On crie au sacrilège ! "On veut punir la réussite", "assassiner l’économie", "exiler les talents" ou "attaquer la liberté " — ils en perdraient presque leur latin, s’ils en avaient encore un souvenir. Leur morale tient sur un format de carte de visite : implacable avec le faible, servile avec les puissants. Et quand la justice cesse d’obéir à leurs préférences, ils s’indignent bruyamment, comme si le vrai scandale n’était pas la corruption, mais le fait d’y répondre. Quand il s’agit d’étrangler les minima sociaux, on parle de "responsabilité collective". Mais quand on effleure les portefeuilles millionnaires, c’est la fin du monde civilisé.
C'est toujours la même histoire, ils sont allergiques à la justice dès lors qu'elle change de cible.  On peut matraquer les précaires, mais toucher à un portefeuille de milliardaire, c’est visiblement franchir la ligne rouge du sacré. 
Le pire, c'est quand le populo souscrit à ces conneries parce qu'en échange on lui promet qu'on va bouter tous les migrants hors de France. 
Ainsi vont les choses dans le meilleurs des mondes possibles.
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samedi 27 septembre 2025

Il y a peu de chance qu'on détrône le roi des cons



Voilà
je n’imaginais vraiment pas voir cela de mon vivant. Malgré toutes mes réserves sur ce pays, je ne pensais pas que cela arriverait de la sorte et même que cela surviendrait un jour. Bien sûr, il y avait eu le mac-carthysme, le Ku Klux Klan, les guerres impérialistes un peu partout dans le monde au nom de la liberté et de la démocratie. Mais les adversaires n'étaient pas non plus des exemples et les États-Unis offraient malgré tout une image de bien-être et de liberté.  
Oui bien sûr, la conquête spatiale avait été assurée grâce au savoir d’un ancien ingénieur nazi, mais c'était aussi le pays où Einstein, Hannah Arendt avaient trouvé refuge comme tant d'autres artistes exilés européens qui avaient pu exprimer leur talent et parfois leur génie.
Évidemment il y avait aussi tous ces westerns à la con exaltant la violence de la conquête de l'Ouest, et l'extermination des peuples autochtones et plus tard vers les années 90 ces super productions idiotes, où les États-Unis sont menacées d’invasion par des aliens, des terroristes des communistes, des méchants, de toutes sortes et qu’après moult bagarres, péripéties, explosions tueries poursuites, spectaculaires cascades, un gentil américain parvenait à sauver l'Amérique donc le monde. Mais quand même il y avait eu le nouvel Hollywood des années soixante-dix.
Je me disais bien que cette paranoïa était le "retour du refoulé" d’une société édifiée sur le génocide indien et enrichie grâce à l'esclavage des peuples déportés d'Afrique. Bien sûr, il y avait la maffia, la corruption, il y avait même eu un président qui s’était comporté comme un gangster, mais l’obstination de quelques journalistes, avait conduit à sa démission. C’était ça aussi ce pays, la liberté de la presse. 
Il ne m’échappait pas non plus que la bigoterie était souvent au rendez-vous que c’était bien louche qu’on parle si souvent de Dieu au point de l'invoquer sur des billets alors que Dieu n'est qu'une conjecture que rien ne prouve mais bref, il y avait eu aussi le rock, les grands mouvements pacifistes et de l'égalité des droits, les poètes de la beat génération, Bob Dylan... Et aussi des écrivains prodigieux, capables de raconter les histoires stupéfiantes. Sans parler de ces jeunes, ingénieurs en informatique, en mesure de révolutionner la pensée, et changer le monde depuis un garage. Il y avait cette formidable vitalité, cette faculté de surmonter les échecs et de rebondir. 
Et puis ça a commencé à déconner je ne sais quand exactement, avec Reagan peut-être. On a commencé à voir apparaître de plus en plus de gros, parce que les lobbies de l’industrie alimentaires, au nom du profit empoisonnaient les citoyens américains en toute impunité. Et puis il y a eu des présidents de plus en plus stupides, surtout chez les républicains, avec ces histoire d'axe du mal, le mensonge d'État pour inciter à mutualiser la guerre d'Irak et j'en passe. On a vu la bêtise au travail durant la pandémie s’exposer avec une indécence incroyable. Puis on s’est dit que c’était bizarre quand même, ces massacres de masse dans des écoles perpétrés par des enfants, la circulation des armes, le poids grandissant de sectes religieuses de plus en plus réactionnaires, le créationnisme, les théories  complotistes. 
J'ignore si c'est la faillite du système scolaire américain qui est à la base de ça. Où l'abrutissement des médias. Et puis il y a aussi le narcissime national. Avec ces bannières américaines partout. Cette auto-contemplation permanente. Et puis le manque de curiosité à l'égard du reste du monde. D'ailleurs la plupart des citoyens de cette nation ne savent même pas où se trouve le reste du monde. Surtout les supporteurs MAGA. Et ne pas oublier non plus la passivité du peuple si persuadé de sa supériorité et de la pérennité de ses institutions. Mais voilà la démocratie en Amérique c'est une démocratie où 60% de la population ne vote pas et un système électoral en décalage avec la répartition démographique de la Nation. 
Ce que je ne pouvais imaginer, c'est qu'après quatre ans de trumpisme, les gens pourraient en redemander, avoir envie d'être représentés par un tel crétin, capable de débiter des âneries comme "à tel endroit les migrants mangent les chiens domestiques". Il y a donc des américains qui se reconnaissent en lui qui est, à l'heure actuelle, une des plus grandes menaces pour le progrès humain. Aujourd'hui j'ai l'impression que ce sont les insurgés du Capitole qui ont gagné. Un coup d'État rampant a été perpétré avec la bénédiction des oligarques américains. Et c'est tout le monde occidental qui vacille.
La cité sur la colline plus personne ne peut y croire.
Les États-Unis sont plongés dans la crise la plus démente depuis la guerre de sécession. Et d'ores et déjà leur leadership est irrémédiablement passé à la trappe. Tout ce qui faisait la force de ce pays a été en dix mois démantelé. Les services secrets n'ont plus aucune crédibilité. Plus personne désormais ne voudra être espion aux service des USA. Ils sont tous cramés auprès des renseignements russes depuis la nouvelle présidence. C’est un virage à 180 degrés dans un contexte de cyberguerre latente. L’administration Trump a demandé aux agents fédéraux de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA) d’arrêter de suivre les activités de cybermalveillance des acteurs russes. "Tout le travail lié à la Russie est annulé"», a confirmé au quotidien britannique The Guardian une source anonyme au sein de la CISA. La raison ? L’État de Vladimir Poutine et ses groupes de hackers ne sont plus considérés comme une nation hostile ni une menace pour les infrastructures américaines depuis mars 25.
Sur le plan économique social c'est déjà un cataclysme. Ce mélange lunaire de protectionnisme commercial, de dérégulation, de relance budgétaire, de capitalisme d’Etat et de politique migratoire restrictive a créé beaucoup d’incertitudes, qui commencent à se lire dans les statistiques macroéconomiques.
Ce qui fascine, c'est la dimension grotesque, ubuesque de l'affaire. Taco Trump est un concentré de tout ce qu'on peut trouver de pire, mais de dispersé aux USA. Lui il coche toutes les cases. Et les membres de son cabinet ne valent pas mieux. Il n'y en a pas un pour racheter l'autre. Ils sont tous cons, méchants, ignares, grotesques. Mais revenons à Trump. On en rirait s’il ne passait son temps, avec le maigre vocabulaire dont il dispose, à nous inonder de merde au point qu’il soit nécessaire d’en parler. Le crétin en chef de l’Occident ne peut même pas  nommer correctement les pays dont il parle ni les situer sur un atlas géographique, il débite des discours incohérents sur tout et n’importe quoi, confond par exemple l’Arménie et l’Albanie ou encore l’Azerbaïdjan qu'il est incapable de prononcer et le Cambodge. C'est vraiment le roi des cons. Il ne se passe pas un jour où il ne dise une nouvelle ânerie. Ce type est inépuisable. C'en est devenu stupéfiant. L'adage "les cons osent tout, c'est à cela qu'on les reconnaît" lui colle à merveille.
Mais s'il n'y avait que lui. Les agissements des dirigeants qui l'entourent sont aussi placés sous le signe de l'irrationnel. La théocracie fasciste qu'avait anticipée Frank Zappa, est réellement en marche. Les récentes funérailles de la crapule Kirk, un homme favorable aux exécutions capitales en public mais hostile à l'avortement, anti vaccins, raciste, défenseur des armes à feu, partisan du maintien des femmes "à leur place" (au foyer donc bien sûr) —il a bien mérité la balle qui l'a tué —, devenu "héros des États-Unis" et "martyr de la foi chrétienne" en sont la preuve.  "Nous sommes la tempête et nos ennemis ne peuvent comprendre notre force, notre détermination, notre résolution, notre passion (…). Nous sommes du côté du bien, nous sommes du côté de Dieu" dit  Stephen Miller conseiller diplomatique de la Maison Blanche. Il ne vaut guère mieux qu'un mollah, quand il exprime ainsi sa mission civilisationnelle. "Nous défendons ce qui est bon, vertueux et noble. A ceux qui essaient de susciter de la violence contre nous (…), vous avez quoi ? Vous n’avez rien. Vous n’êtes rien. Vous êtes le vice, vous êtes la jalousie, vous êtes la haine, vous n’êtes rien. Vous ne pouvez rien construire, rien produire, rien créer" s'adressant ainsi vraisemblablement à tout ce qui ne pense pas comme lui. Tous ces faux prophètes sont la lie de l'Amérique. ils rappellent, comme l'a fait remarquer marie Lavin dans une de ses publications, ceux qui sont évoqués dans La Bible, et que fustigeaient Michée ("ces prophètes prédisent l'avenir pour de l'argent") ou Esaïe ("Dites-nous des choses flatteuses. Révélez-nous des chimères"), ou encore l'apôtre Pierre écrivant aux premiers chrétiens ( "En proférant des énormités vides de sens, ils séduisent..."). 
Ces sinistres bouffons qui ont ici aussi en Europe leurs pendants sont le véritable signe du déclin de l'Occident. Ici aussi ils suscitent l'adhésion des masses populaires à leurs discours d'extrême droite.
Trump fait tout ce qu'il a dit qu'il ferait. Il a menacé la planète d’un torrent de mesures économiques et politiques  dites "choc et effroi". Il s'en tient à son programme : droits de douane sur les alliés comme sur les adversaires ; tentative d'expulsion de millions d'immigrants sans papiers ; représailles contre les efforts de dédollarisation par de nouveaux droits de douane ; déploiement de nouvelles réductions d'impôts pour les plus riches ; création d’un Département de l’efficacité gouvernementale visant à éliminer les adversaires politiques, déréglementation des protections de travail ; menaces contre la presse d’opposition ; arrêt des aides à la protection de l’environnement ; suppression des aides aux facultés réticentes et expulsion des étudiants contestataires ; extension de l’interdiction du droit à l’avortement ; attaques contre les transgenres. Il a toujours en tête d'acheter ou conquérir du Groenland et de faire du Canada le 51e État des États-Unis
 Il est difficile de se faire une idée du futur. Tout au plus peut-on constater que la Chine semble la mieux préparée à affronter les décennies qui viennent. Si ce n'est pas non plus un modèle de démocratie, ses dirigeants ont toutefois le sens de l'Histoire et le sens politique, ses infrastructures sont récentes et de qualité. Elle dispose en outre d'un programme de recherche et d'éducation excellents, ses ingénieurs ses savants sont ultra-compétents, ses ressources énergétiques considérables. Son économie prospère. Sa diplomatie subtile. L'État y est fort et programme des plans cohérents. La question écologique est prise en compte dans ses projections. Enfin ce n'est pas un pays où l'injonction à prier tient lieu de solution quand on traverse une crise. Après le monologue délirant que Trump a livré à La Tribune des Nations-Unies qui a prouvé au monde entier qu’il était un taré incapable d’articuler la moindre pensée cohérente et qu'il était du même calibre que Jean-Bedel Bokassa, celui qui dans le courant des années soixante-dix s'était fait couronner empereur de Centrafrique, on est bien obligé de constater que si l'humanité doit progresser, cela ne passera plus par les États-Unis.
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mardi 29 juillet 2025

Liste des étonnements (3)


 
Voilà,
je m'étonne que l'espèce humaine, plutôt que d'affronter les défis écologiques qui s'imposent à elle, préfère s'autodétruire en diverses guerres

je m'étonne que les masses votent en majorité pour des hommes et des  femmes de peu d'intelligence.

Je m’étonne du nombre de cons qui sont persuadés d’être HPI (haut potentiel intellectuel)

Je m'étonne encore que périodiquement apparaissent dans la langue française des tics de langage qui ponctuent la communication orale de chevilles. Dans les années cinquante il y avait "n’est-ce pas" dont L-F Céline fit un fort usage dans ses interviews. Dans les années soixante-dix il y avait "je veux dire" qui revenait souvent et aussi "quelque part" . De nos jours les gens disent "voilà"  au milieu des phrases à tout bout de champ. "De base" a la faveur des jeunes. A quoi sert ce bruit de la parole sans aucun contenu ?

 

Je m'étonne encore de l'inconséquence du présomptueux de la République qui a déclenché une crise institutionnelle, qui a déclaré pendant la campagne des législatives que la guerre civile était à nos portes, qui ensuite s'est félicité de l'enthousiasme et de l'unité des français aux J.O. et qui aujourd'hui, un an après continue de faire le malin et de donner des leçons à tout le monde, et continue de considérer qu'il n'est responsable de rien et que les citoyens de ce pays sont une majorité de crétins qui ne le comprennent pas. Il est en outre persuadé d'avoir été choisi alors que la plupart des gens ont voté non pour lui mais contre son adversaire


Je m'étonne du degré de sagesse nécessaire pour vivre sur l’île d’Agashima au Japon. Il faut être philosophe ou croire très fort en la providence.


Je m’étonne que dans un journal pour CSP+ on puisse écrire "étoile universelle du cinéma français "à propos d’un acteur décédé. Étoile universelle ça ne veut rien dire…


Je m’étonne encore de ce moment de suspension de douceur qui fut celui des jeux olympiques de Paris. C'était une sorte de récréation. Les transports publics fonctionnaient, il n'y avait plus d'incidents voyageur, les policiers étaient courtois, les étrangers bien accueillis. La population considérablement rajeunie.


Je m’étonne de certaines coïncidences: alors que les jeux olympiques se terminaient sur l'épreuve du marathon, la ville grecque du même nom était évacuée parce que l’incendie gagnait ses abords. De même que la prochaine ville olympique est Los Angeles autour de laquelle chaque été se propagent de terribles incendies


Je m’étonne de lire dans le très sérieux journal "Le Monde" daté du 30 octobre 2024 que le jours où l’on a le plus de probabilités de mourir est en général celui de son anniversaire ou le 3 janvier. 


Je m’étonne que des gens fortunés dépensent beaucoup d’argent pour envisager d'aller vivre sur Mars au lieu de dépenser leur fortune pour préserver une planète encore viable ici-bas


Je m’étonne qu’un peuple qui a subi un génocide majeur devienne à son tour génocidaire.


Je suis étonné de l’apparition de cette expressions qui n’existait pas il y a trois ans dans le grand public comme "goutte froide" qui décrit un phénomène autrefois exceptionnel et qui tend désormais à se reproduire fréquemment. Cela désigne en météorologie un volume limité d’air froid représenté, sur une carte météorologique, entouré d'isothermes fermées. C'est ce qui a créé des pluies diluviennes et catastrophiques dans la région de Valence en Espagne.


je m'étonne de ma tendance de plus fréquente à fuir les bulletin d’actualités, les nouvelles à la radio ou à la télévision. Je sens bien que le chaos gagne partout, mais je n'ai plus le courage d'entendre cela et je fais l'autruche pour me préserver

 

je m'étonne que le rêve américain se soit en si peu de décennies transformé en cauchemar.

Comment ne pas en être tout de même un peu chiffonné

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mardi 11 février 2025

Le passé qui ne passe pas

Voilà, 
quand on commémore la sinistre découverte, il y a 80 ans par les alliés, des camps de concentration et d'extermination, l'autre, là-bas, qui vit encore dans sa campagne — quand tant de gens dignes, intelligents, généreux, nécessaires pour leurs semblables proches ou lointains, ont trop tôt déserté ce monde — se souvient-elle qu'autrefois, quand elle travaillait à Paris, elle parlait de certains de ses collègues en les désignant comme ceux de "la mafia de Mauthausen". Elle prononçait ses mots-là, oui. "Mafia de Mauthausen". Rien que cet agencement, cette association de mots reste, plus de cinquante après d'une insupportable obscénité pour qui se souvient les avoir entendus, enfant. Elle disait cela. Elle osait dire cela. Elle se plaignait. Elle récriminait souvent, le soir à table, contre certains collègues de son bureau qui travaillaient trop lentement. "Des pistonnés qui, selon elle bénéficiaient de protection juste parce qu'ils avaient été à Mauthausen". L'un des colonels de cette enceinte militaire, où l'on engageait aussi des civils était le président de l'Amicale des Anciens de Mauthausen. Du camp de concentration de Mauthausen. Le fait que "ces gens-là" comme elle disait, pussent s'entraider l'offusquait. 
A quinze ans, je savais pourtant déjà de quoi il s'agissait et ce que ces rescapés avaient pu endurer. Et elle aussi savait. Je ne pouvais bien évidemment pas éprouver l'horreur, à peine me la représenter, mais les  groupe de mots "chambre à gaz" et "four crématoire" avaient assez de puissance pour me glacer d'effroi. Et puis j'avais un jour entendu, lors d'une rediffusion, le discours d'André Malraux et cette phrase "avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le derniers corps trébuchant des affreuses files de "Nuit et Brouillard" enfin tombé sous les crosses", le film de Resnais je l'avais aussi vu à l'école, et je ne pouvais imaginer que les survivants de cet enfer soient associés à des mafieux, à des bandits à des crapules. 
Il y a toujours des connards pour dire qu'à un certain âge la sagesse exige de cesser de se révolter ou de s’indigner. Non. Je pense qu'il est nécessaire de préserver sa capacité de révolte. Contre la méchanceté  par exemple — la philosophe Simone Weil  disait l'acte méchant est un transfert sur autrui de la dégradation qu'on porte en soi, — la révolte contre la bêtise aussi (qui ne va pas sans une certaine colère), c'est là ma façon d'exorciser la honte d'avoir si longtemps vécu a proximité, et d'en avoir été probablement éclaboussé. 
Aujourd'hui, la haine, le ressentiment, la stupidité réactionnaire, la tentation fasciste, le racisme sont devenus monnaie courante. Ce qui autrefois ne s’avouait que dans le strict cercle familial s’exprime désormais de façon totalement décomplexée à la radio, la télévision les journaux les réseaux sociaux, au point que cela semble même encouragé au nom de la  « liberté de s’exprimer ». On en vient de plus en plus souvent à essentialiser les gens pour les accabler des pires intentions. Cela rappelle de très sombres heures de notre histoire, et ce n’est pas de très bon augure.
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vendredi 2 août 2024

L'âme humaine

 
 
Voilà,
"l’âme humaine est un asile de fous peuplé de caricatures. Si une âme pouvait se révéler dans toute sa vérité, et si il n’existait pas une pudeur plus profonde que toutes les hontes connues et étiquetées – elle serait, comme on le dit de la vérité, un puits, mais un puits lugubre hanté de bruit vague, peuplé de vies ignobles de viscosités sans vie, larves dépourvues d’être, bave de notre subjectivité". Pessoa "Le livre de l’intranquillité " - 242

vendredi 29 décembre 2023

Insomnies encore

Voilà,
combattre les insomnies
laisser venir les formes apparaître les visages
les questionner les travestir les maquiller
abandonner au silence ce qui lèvres closes gémit au dedans
et quand l'étau du chagrin enserre le corps tout entier
à défaut de ciel où prendre son envol 
rêver d'une chaude étreinte d'une caresse apaisante
 

vendredi 22 décembre 2023

Leaders


Voilà
j'ai déjà évoqué mon goût pour les affiches lacérées, pour tout ce qui relève de la trace, du déchet, pour ce qui s'altère se dégrade et menace de disparaître. Pour ces accidents graphiques que peut nous offrir la réalité, pour ces choses ténues qui apparaissent parfois, et m'émeuvent à un point que je ne m'explique pas. Il arrive oui, qu'une fêlure dans un mur ou de la rouille sur une benne rappellent la précarité de notre condition, et que tout comme ce que nous fabriquons nous aussi sommes aussi appelés à disparaître. 
Cela illustre aussi la façon dont notre cerveau fonctionne
Il y a souvent une dimension accidentelle dans la photo. Soit, on se retrouve ici ou là par hasard, et quelque chose que l'on désire retenir, sans trop savoir exactement pourquoi, passe dans le regard. Soit on s'attarde et l'on guette pour saisir l'heureux hasard qui peut ne pas advenir. En retenant ces menus détails, à défaut d'agir sur le monde, on l'honore cependant. C'est la solution médiane entre l'agir et la contemplation.
Ces deux photos ont été prises sur des murs d'Alger en 1983. Je ne me souviens plus qui était la personne sur la photo de gauche. Un politicien local sans doute. Sur celle de droite, c'est l'ancien président Chadli Bendjedid

vendredi 1 décembre 2023

Criminel et policier

 

Voilà,
"Quand certain policier arrête certain criminel, le criminel ne serait souvent pas moins fondé à demander au policier que le policier au criminel comment il en est arrivé là, si bas. (Marcel Jouhandeau)
 
*
 
 
Aujourd'hui a été annoncée la mort d'Eliott Erwitt, qui avait eu droit à une large rétrospective cette année au musée Maillol. Je me suis souvenu de cette photo que j'avais prise, un peu dans sa manière, en juin dernier lors de cette exposition.

mercredi 31 mai 2023

Un bon conseil (2)



Voilà,
Détruis-toi pour te connaître, construis-toi pour te surprendre, l'important n'est pas d'être, mais de devenir 
— Je veux bien mais quand même, t'as vu ma tronche ? 
 
- Destroy yourself to get to know yourself, build yourself to surprise yourself, the important thing is not to be, but to become
- I don't mind, but you've seen my face ? 
 

mercredi 19 avril 2023

Un certain anniversaire



Voilà,
peut-être existe-t-il un monde parallèle où l'on dit phanérothyme plutôt que psychédélique. Ce dernier terme a été inventé en 1956 par le psychiatre H. Osmond, dans un échange épistolaire avec Aldous Huxley.  Tous deux cherchaient comment désigner ces substances dont ils découvraient les effets sur la connaissance du psychisme. Huxley, en réponse à une proposition d'Osmond qu'il n'avait pas comprise, avait, à partir de deux mots grecs anciens (le verbe phaneroein et le nom thymos), forgé le terme phanérothyme qui peut se traduire par "qui rend l'âme visible, manifeste" et  avait conclu sa lettre par ces vers :
To make this trivial world sublime,/ Take a half a gramme of phanerothyme.  
 (Pour rendre ce monde trivial sublime, Prenez un demi-gramme de phanérothyme.)
 auxquels Osmond avait répliqué par ceux-ci :
To fathom Hell or soar angelic, / Just take a pinch of psychedelic.
(Pour comprendre l'enfer ou surgir angélique, /Prenez juste une pincée de psychédélique.
 
Quoi qu'il en soit, demain cela fera 80 ans que, après avoir isolé le principe actif du LSD. le suisse Albert Hoffman, chimiste employé aux laboratoires Sandoz à Bâle, absorba, volontairement, par voie orale, une infime dose de 250 μg du dérivé de l'acide lysergique. Il ressentit alors des sensations euphorisantes accompagnées d’hallucinations... Bien plus tard on découvrit leurs similitudes avec celles provoquées par l'ergot de seigle, un champignon qui contient aussi de l'acide lysergique, qui au moyen-âge pouvait parfois se retrouver dans la farine du pain et entraîner ce qu'on appelait alors le "mal des Ardents" ou le "feu de Saint-Antoine".
Dans son livre "Voyage acide" paru en 1970 il restitue les notes prises lors de cette expérience et en relate les différentes phases  : "16h20 : Absorption de la substance. 17h, Début d’étourdissement, angoisse, troubles de la vue, paralysies, rires. Retour en vélo à la maison". Lors de ce retour à domicile, il fut sujet à des hallucinations. Ce tour de vélo restera mythique, puisqu’il s’agit du début du premier « trip » jamais décrit. En effet une fois rentré chez lui, le chimiste suisse consigna par écrit les impressions qu’il continuait d’éprouver : "Je commençais alors progressivement à apprécier ce jeu insolite de formes et de couleurs qui continuait derrière mes yeux fermés. Des formes fantasmagoriques et bariolées déferlaient sur moi en se transformant à la manière d’un kaléidoscope, s’ouvrant et se refermant en cercles et en spirales, jaillissant en fontaines de couleurs (...) Un démon avait pénétré en moi, il avait pris possession de mon corps, de mes sens et de mon âme. Je sautai, je criai pour m'en débarrasser, mais finalement, je retombai épuisé sur le canapé. La substance que j'avais voulue expérimenter avait eu raison de moi. (...) Par moments j'avais l'impression d'être en dehors de mon corps ; et dans ces moments-là, comme observateur extérieur, je prenais conscience de tout le tragique de ma situation. (...) Lentement, enfin je revenais d'un monde étrange, inquiétant, dans la réalité quotidienne familière".
C'était donc en 1943 en Suisse. Pendant ce temps tout autour, les nazis occupaient l'Europe. Le même jour, commençait l’insurrection désespérée du Ghetto de Varsovie qui devait durer un mois et demie. Trois cents mille juifs y trouvèrent la mort. À se demander parfois si notre monde si cruel incohérent et tourmenté où coexistent des réalités si diverses, n’est pas lui-même l’hallucination de quelque divinité ivre.

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