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mardi 16 juin 2026

Le tombeau d'un saint homme

Voilà,
parfois au Pakistan sur le bord d'une route, des drapeaux plantés en terre signalent qu'un dirigeant politique (tant de l'époque précédant l'indépendance que de celle qui lui a succédé), ou un chef religieux ou un pirs — "saint" selon la tradition musulmane —, repose dans un mausolée voisin désigné sous le terme de marabout. Les gens viennent s'y recueillir en disposant sur sa sépulture des pétales de roses. Il arrive aussi que des vasques remplies de sel soient disposées à l'entrée. Les pèlerins s'en imprègnent alors les mains avant de se signer.

vendredi 1 septembre 2023

Notre ciel est sans dieu

 
 
Voilà,
il paraît — j'ai lu ça quelque part je ne sais plus où — que  pour René Girard le sacré et la culture avaient eu une origine conjointe instaurant pour les premiers groupes humains une forme de réponse à un risque structurel d’autodestruction violente. Son catholicisme l’avait même conduit à penser qu'au cours de son histoire, l’humanité se trouverait à nouveau confrontée à un tel moment de vérité et qu'elle devrait alors choisir entre l’autodestruction violente et une conversion à la non-violence radicale – c’est-à-dire, pour lui, à l’amour christique. 
Pourquoi pas  Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous vous, mais pour ma part j’ai vaguement l'impression qu’on n'en prend guère le chemin. Je ne veux pas pourrir l'ambiance, mais il me semble que l'amour christique depuis deux mille ans qu'on en parle ça marche pas des masses. On a commis plus de crimes que de bienfaits au nom du Christ. Et si on ne s'en tient qu'aux vingt premières années de ce siècle, celles-ci ont plutôt amplifié des fractures qui étaient là depuis longtemps. La violence de l'humanité, non seulement vis à vis d'elle-même mais encore à l'encontre de tout ce qui constitue son espace vital n'a cessé de s'intensifier. 

Si cette frénésie suicidaire bien évidemment se manifeste dans toutes les zones de conflits par des catastrophes humanitaires, d'autres désastres l'exacerbent : le désastre nucléaire rampant de Fukushima dont on ne parle plus mais qui n’est en rien résorbé (tiens à ce propos on a rejeté des eaux radioactives dans le Pacifique mais il paraît que ce n'est pas dangereux), les sols contaminés un peu partout sur la planète, les océans et les fleuves pollués, l’air devenu irrespirable en certaines régions, et bien sûr le bouleversement climatique et écologique impossible désormais de passer sous silence. Les nombreux fléaux qui en résultent (méga-incendies, canicules, violentes précipitations, inondations, glissements de terrains, disparitions des espèces etc) ont encore alimenté les nouvelles des derniers mois, sans pour autant susciter de décisions collective d'envergure.

Tout laisse à penser que face à cette adversité l’humanité ne semble plus disposer de l’intelligence adéquate pour réaliser — c'est à dire rendre tangible à son esprit — l’ampleur du désastre généré. Cette dissonance cognitive amène les hommes — enfin ceux qui ont le pouvoir de décider du sort du reste de leurs semblables —  à continuer d’inventer de super-moyens et de super-slogans pour perdurer dans l’illusion que l'on peut continuer comme avant. Et nombreux sont ceux qui les croient et doutent encore de l'ampleur de ce lent cataclysme. Sans doute sont-ils persuadés que la providence divine les sauvera.

Bref, tout se passe comme si la connaissance s’était dissociée de la conscience. C'était quoi déjà cette maxime si souvent rebattue pendant les années de philo ? Science sans conscience etc... Eh bien oui, la ruine de l'âme on y est. Un peu plus vite et plus intensément que prévu.

D'ailleurs, y a jamais-t-il eu d’âme collective ?

L’humanité se trouve à présent dans l'incapacité de gérer les informations qu’elle a collectées et les transformations qui en ont résulté. Comme si sa propre science, qui l’avait jusque-là guidée sur le chemin de son devenir, s'avérait désormais l’agent principal de destruction de l’intelligence collective. Comme si dépérissait aussi son principal organe. 

On a déjà vu cela chez certaines espèces. Ces oiseaux par exemple dont les ailes sont devenues inutiles et ne leur permettent plus de voler. Et bien peut-être qu’on en est là, que le cerveau ne permet plus a l’humain de penser les conditions de sa survie.

"Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve" proclamait Holderlin.  Foutaises…

Et si autrefois on pouvait penser "Il n’y a pas moins de vertu à fuir le danger qu’à l’affronter". Il est désormais impossible de fuir le danger. Car il est en nous. Il est le fruit de notre propre activité qui a détruit tout possibilité de refuge. 

Certes, la rosée brille encore sur cette terre meurtrie, mais notre ciel est sans dieu. 

Et il est fort à craindre que ni la dévotion ni la piété ni la prière ne nous sauveront. 

Ainsi vont les choses dans le meilleur des monde.

vendredi 21 avril 2023

Beach Luxury Hôtel


Voilà,
j'ai retrouvé de ce que j'avais écrit, alors que je venais tout juste d'arriver à Karachi, ce 22 Août 1991 : "mes habits collent à la peau et je ne réalise pas bien ce que je fais ici dans la chaleur moite de la mousson. Je suis fatigué, je n'ai pas envie de me baigner. De toute façon l'eau est sale. Je voudrais pourtant me débarrasser des scories du voyage. Je ne me sens guère à ma place dans ce luxe désuet. Tout autour, dans la mangrove, c'est un grand vacarme d'oiseaux que je ne vois pas. Ça pupule grisèle et caracoube de partout. C'est exotique mais ça ne chasse pas cette mélancolie qui m'accompagne encore, même sous ces latitudes. Que n'ai-je emporté les pensées pour moi-même de Marc-Aurèle". 
Je ne me serais jamais rendu là-bas si un ami diplomate, en poste au Pakistan, ne m'y avait invité. Quand je suis revenu en Europe quelques semaines après, le monde comptait de nouveaux pays, anciennes républiques de l’Union Soviétique qui s’étaient affranchies de la suzeraineté de Moscou. L'URSS, n'existait plus.

jeudi 22 octobre 2020

Transformer les morts en diamants

 

Voilà,
j'ai lu qu'à Hong-Kong, faute de place on transforme les morts en diamants. Comme ne l'a pas dit Confucius, "si ta vie n'a pas été brillante ta mort peut le devenir". Et je me suis rappelé ces larges avenues du cimetière chinois de Manille, ses tombes bâties comme des villas, et l'allée des nouveaux-nés avec son panier de basket. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 26 juin 2020

Lavandiers près de Karachi

Alentours de Karachi (1991)
Voilà,
je croyais avoir déjà mis en ligne des photos des lavandiers aperçus aux alentours de Karachi, et dont on peut voir le linge nettoyé à la cendre (riche en potasse) sécher au loin entre les arbres et les ballots de tissus. C'est une des premières photos que j'ai prises au Pakistan. Je crois que c'était sur le chemin de Clifton Beach, mais je n'en suis pas tout à fait certain. J'étais sidéré d'être là, fatigué du voyage, un peu perdu à cause du décalage horaire, ne comprenant pas grand chose à ce que je voyais ou entendais, en particulier l'anglais qu'on me parlait et que j'avais du mal à décrypter. J'avais quitté l'Europe au moment de la tentative de coup d'état militaire en URSS un mois plus tard à mon retour, l'URSS n'existait plus), et je me retrouvais là, —heureusement en compagnie d'amis plus ou moins rompus aux traditions locales — mais un peu comme un somnambule, incapable de trouver la bonne distance avec ce que je voyais. Je ne me sentais pas très à l'aise, appréhendant difficilement les codes en usage dans cette ville énervée et surchauffée où vivre consiste surtout à survivre. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 24 avril 2020

Ou bien



Voilà,
bien des années plus tard on se souvient de moments qui, comme ces étoiles mortes dont la lumière cependant continue de voyager, n'ont rien perdu de leur densité. Certains n'avaient pourtant rien d'exceptionnel, pouvaient même être d'une grande banalité.
par exemple être assis au fond bus 58 en compagnie d'Agnès et de passer, lors d'un dimanche caniculaire devant le restaurant du moulin vert. Il ne se passe rien de particulier, peut-être suis-je simplement bien, je ne sais pas. Et je songe qu'il doit être bon d'y déjeuner, et que je le ferai peut-être un jour, car j'ai toute la vie devant moi. Ben non.
Ou bien
Rue Jean Ferrandi, c'est le printemps, il y a Bente, il y a Renée et Jean-Jacques qui fait le pitre en chantant "kaya kaya" la chanson de Bob Marley. Nous sommes tous légèrement sous influence.
Ou bien
ce matin d'août qui vient tout juste de commencer. J'ai 17 ans je fais un long voyage en mobylette il est aux alentours de neuf heures je suis sur la nationale 624 un peu après Mazères, je m'arrête pour refroidir le moteur. Il me semble que le paysage change, qu'on passe du côté de la Méditerranée. D'ailleurs on entend des cigales. L'instant est parfait. Je ne fais qu'un avec le monde. Je suis libre, les possibilités sont sans mesure
Ou bien
ce déjeuner du dimanche chez Pierre Guyot, après son voyage en Tunisie d'où il avait ramené du sirop de violette ; il nous avait offert du parfum à Agnès et moi. Chaque fois que je passe rue Cassette, je pense à lui et à ce que ma vie aurait été s'il avait vécu plus longtemps
Ou bien
cette descente dans le lit de la rivière Nartuby depuis Ampus avec Gérard, Delphine, Didier et Agnès
Ou bien
Louise jouant au piano une arabesque  de Debussy par une de ces fins d'après-midi dans la merveilleuse maison de Jurançon
Ou bien
La fois où j'ai arrêté mon scooter sur le bord d'une route en Corse et qu'un papillon est longtemps resté posé sur mon sac à dos attaché au porte bagage
Ou bien
ces soirées de juin 1970 où nous jouions au foot sur la pelouse en face de l'immeuble en nous prenant pour les joueurs que nous voyions à la télé lors de la retransmission des matches de la coupe du monde avec le grand Brésil de Pelé, Rivelino, Jairsinho, Gerson, Tostao, Carlos Alberto qui cette année là marqua le dernier but de la compétition
Ou bien
cette promenade dans un sous bois de la forêt landaise après la pluie en compagnie d'une monitrice qui est si gentille avec moi et qui me prend par la main
Ou bien
ces après-midi passés dans l'aire de jeu du jardin du Luxembourg avec ma fille si fière de montrer comme elle monte bien sur, la toile d'araignée comme elle glisse bien dans le toboggan, comme elle sait remonter vite sur le tourniquet
Ou bien
cette soirée de mai 1973 à errer longuement sur les quais de Seine en compagnie d'Agnès et Delphine et le retour à Vaugirard et ce qui s'ensuivit
Ou bien
un dimanche matin avec Philippe et Agnès, on mange des charcuterie chez Goldenberg dans le quartier juif
Ou bien
Pascal jouant à "Waiting for my man" près d'une station service sur la route d' Ushu.
Ou bien
cette fois où un dimanche après-midi écoutant la tribune des critiques sur France Musique — différentes versions d'une cantates de Bach étaient proposées — il m'est arrivé d'être ému aux larmes dans la proximité et la chaleur d'une présence aimée
Ou bien
Me promenant sur mon vélo rouge et fredonnant "Penny Lane". J'ai onze ans
Ou bien
Quand avec Christelle nous avons dormi dans l'hôtel situé près des grottes de Matata à Meschers au bord de l'estuaire de la Gironde une fois tous les deux, une autre avec notre fille qui était toute petite
Ou bien
ces samedi matins où je me réveillais très tôt à cause du décalage horaire — cela semble si loin, alors que c'était encore l'année dernière — pour voir des matches du Rugby championship de l'hémisphère sud en streaming sur mon ordinateur, et c'était comme une joie enfantine
Ou bien
La veille du jour où Agnès passait son bac de français je crois, et pour qu'elle se change les idées (et cette suggestion m'avait étonnée) Dominique nous avait emmenés à Ermenonville au parc Jean-Jacques Rousseau où celui-ci passa les cinq dernières années de sa vie. Ce parc composé par le paysagiste René-Louis de Girardin, était destiné par son créateur à stimuler la réflexion des visiteur.
Ou bien
la découverte de Lisbonne, la première promenade là-bas, les premières marches gravies
Ou bien
lorsque l'été je me réveillais tôt à Châteaudouble et que je prenais ma pétrolette pour aller jusqu'à Ampus chercher le pain qui était particulièrement bon, et que l'air embaumait de senteurs de thym, de lavande...
Ou bien
les premières séances de la journée au Saint André des Arts, où j'ai vu tant de film de Bergman, et aussi "Rencontre avec des hommes remarquables" de Peter Brook, et "La peau" ce génial film de Liliana Cavani d'après l'œuvre éponyme de Malaparte
Ou bien
ce garçon dans ma classe en CE1 à Châlons sur Marne (aujourd'hui Châlons en Champagne parce que c'est plus chic) qui prétendait que sa gourde avait été achetée par son père au "marché commun"
etc, etc...
Un poète a déjà donné ce titre à un recueil. Mais j'appelle ça les moments tannés.
Link up with the wekend in black and white

vendredi 22 février 2019

Ushu, Kalam Hôtel


Voilà,
je m'aperçois que je n'ai jamais publié la photo ni raconté l'histoire du Kalam hôtel, alors que c'est l'un de mes plus marquants souvenirs de ce voyage au Pakistan en Aout 1993. Pascal, Catherine, sa future épouse, et moi, arrivons en fin d'après-midi à Ushu tout au fond de la vallée de Swat dont on dit alors, qu'elle est la Suisse du Pakistan (à présent, elle est administrée par les talibans). Nous avons voyagé dans une voiture de l'ambassade de France conduite par un chauffeur d'origine Afghane, ancien professeur de français exilé de son pays suite à l'invasion soviétique. Il fait déjà très sombre car le soleil a disparu derrière les montagnes himalayennes qui enserrent le fond de cette vallée. Ushu se trouve à 2300 mètres d'altitude et les sommets qu'on peut apercevoir alentour culminent dans les 5000 à 6000 mètres. A l'entrée de l'unique hôtel du village une pancarte écrite à la main indique "Safe place" Et en effet, l'endroit semble sécurisé, puisque, accroupi à l'entrée, un Pasthoun enturbanné monte la garde, sa Kalash en bandoulière. Nous prenons possession de nos chambres : celle du chauffeur au rez-de-chaussée avec une petite terrasse donnant sur le torrent que l'on peut apercevoir sur l'image et pour Pascal son épouse et moi la "Suite" une vaste chambre située sous les toits. Il est probable, si l'on en juge par l'architecture que cet hôtel a été autrefois construit par les anglais lorsqu'ils occupaient encore le Pakistan. Une fois nos affaires déposées nous nous retrouvons sur la terrasse de la chambre du chauffeur pour y boire un petit verre de Champagne, car les diplomates voyagent toujours avec leur glacière dans le coffre. Puis quand l'obscurité se fait trop dense et que l'air fraîchit nous nous dirigeons vers la salle à manger emplie de Pashtouns. Il n'y a pas d'électricité, et c'est à la lueur de lampes-tempête de contrefaçon (il y est inscrit made as in germany) que nous commençons notre dahl de lentilles aux épices. Nos verres ressemblent à ceux bien connus des cantines de notre enfance. "Duralec made as in Franc" est gravé sur chacun d'entre eux. Certes le moment est insolite, mais il manque quelque chose. Je remonte dans la suite pour y extraire de la glacière un Chinon rouge de chez Jean-Claude Bougrier que je débouche et ramène discrètement dans un pull. Il est très bon, et la circonstance le rend encore meilleur, puisque nous le buvons avec discrétion, quasi clandestinement. Le moment a quelque chose de magique et de puissant, et même notre chauffeur en goûte aussi. Et c'est là que je comprends que vivre ce moment était la raison de ce voyage. Que c'est là en quelque sorte la destination que j'ignorais. La nuit qui suit est étrange. A cause du vacarme du torrent et en dépit de la fatigue du voyage, j'ai du mal à m'endormir. Il y aura un peu d'agitation dans mon sommeil. Le lendemain, je fais une longue promenade au cours de laquelle je photographie une ravissante mosquée en bois que j'ai déjà évoquée il y a quelques années. Mais de ce repas partagé il ne reste d'autres images que celles qui se sont déposées dans ma mémoire et le souvenir d'une suite d'instants presqu'irréels. (linked with the weekend in black and white

mercredi 16 avril 2014

Dix-septième parallèle

Love song (Madonna & Prince)
Voilà
j'avais chopé une insolation en restant tout l'après-midi vautré sur une gigantesque chambre à air de camion, dérivant au gré de la brise non loin de ce ponton où l'on passait en boucle "Like a prayer" l'album de Madonna. Quelques jours auparavant, en rêve, j'avais aperçu porté par les flots, le corps d'un petit singe vêtu d'un costume marin qui était venu s'échouer sur le rivage. Comme il bougeait encore un petit peu, je m'étais précipité pour le ranimer, et après l'avoir sauvé j'avais envisagé de le ramener avec moi en Europe afin de l'adopter. Oui oui... j'avais une vie intérieure à l'époque, et l'altruisme ne me faisait pas défaut. Mais depuis ce  jour je crains le Soleil. Pourtant ce soir là je suis resté longtemps à le regarder se coucher, presque en extase devant le spectacle de la lumière et des nuages perpétuellement changeants qui dressaient des châteaux dans le ciel.

vendredi 14 mars 2014

Un rêve d'air pur

 
Voilà, 
depuis deux jours le forsythia sur le balcon commence à fleurir. Pour moi, ses petites fleurs jaunes sont vraiment le signe que le printemps arrive. Et cette année il est particulièrement précoce. Le figuier du Mont St Michel, que m'ont offert Toune et Inès en mai 2006 bourgeonne aussi et fait ses feuilles. Mais jamais il ne m'a paru aussi difficile de respirer dans cette ville, pourtant si belle en cette saison mais très polluée depuis quelques jours. Ce matin j'ai repensé à l'air si pur tout en haut de la vallée de Swat. J'y avais alors éprouvé l'étrange sensation d'être en plusieurs lieux à la fois. Les odeurs m'évoquaient des paysages suisses, et je songeais qu'à mon retour en Europe il faudrait que j'aille plus souvent à la montagne. Bien sûr lorsqu'il m'était arrivé de croiser par hasard un berger pachtoune, enturbanné avec sa kalachnikov en bandoulière, j'avais alors réalisé l'absurdité de ma rêverie et la pensée de la paisible Suisse aussitôt s'était dissipée. Pourtant quand au détour d'un sentier m'était apparue cette modeste mosquée de bois si émouvante dans sa simplicité, je n'avais pu m'empêcher de l'associer au souvenir des chapelles de montagnes aperçues quelques années auparavant. Enfin tout ça c'était il y a fort longtemps. Nul doute que là-bas aussi les choses ont bien changé. Il est vraisemblable qu'on n'y vit plus aussi sereinement qu'alors. Mais où peut-on vivre sereinement aujourd'hui lorsque partout ce qui reste d'équilibre et d'harmonie est devenu si précaire et semble céder à une grande hâte de chaos ? Au fait, les abeilles butinent-elles encore dans ces hautes vallées ?  première publication 14/3/2014 à 10:55) 

dimanche 14 juillet 2013

Clifton Beach



Voilà,
C'est la première excursion que j'ai faite au Pakistan. A Clifton Beach, où je ne retournerai vraisemblablement jamais, au bord de la mer d'Oman, non loin de Karachi, sur une plage qui sentait plutôt le crottin que l'iode. Les gens ne s'y baignaient pas, se promenant simplement sur la grève ou bien roulant à moto, ou se laissant balader à dos de chameau. Sans doute était ce un vendredi, jour de repos, car l'ambiance semblait familiale et détendue. J'étais d'humeur étrange, surpris de me retrouver ici, qui n'était pas vraiment prévu dans mon itinéraire, en compagnie de C. venue me chercher le matin même à l'aéroport, et qui détonnait particulièrement dans le paysage. A peine avais-je débarqué qu'elle s'était empressée de récriminer contre le chauffeur de taxi dont elle avait loué les services pour la journée. Il y a quelques années j'ai appris qu'une immense marée noire qu'on n'a évidemment pas évoquée sous nos latitudes avait depuis ravagé cette côté.
(From the archives)

lundi 25 février 2013

Sur la route de Taxila



Voilà,
il y avait eu des paysages parfois anodins, bien sûr, d'autres plus majestueux, ou rendus tels par la densité du moment, mais ce qu'on ne pouvait s'empêcher de voir, qui faisait partie du quotidien c'étaient ces vieux camions Bedford outrageusement décorés qui sillonnaient les routes du pays. Sans doute étaient-ils pour la plupart comme le vaisseau d'Ulysse, complètement transformés sans aucune pièce originale, mais il n'en continuaient pas moins de rouler, parfois sur des pistes vertigineusement impraticables, à flanc de montagne, conduits par des seigneurs du volant risquant tous les jours leur vie. Il y avait eu cette sorte de relais routier où nous avions fait une halte sur la route de Taxila, et cette dimension de bricolage généralisé qui caractérisait ce pays m'avait alors une fois de plus effrayé et fasciné.
 
 
Et puis aussi l'étrangeté des panneaux publicitaires Coca-Cola, le salut surprenant presque incongru du jovial bonhomme Michelin dans ces endroits pourtant peu souriants et parfois même hostiles
première publication 25 Février 2013

mercredi 26 septembre 2012

Père et enfant


Voilà
il y avait ce geste universel, empreint d'une grande tendresse : attentif, précautionneux, un père accompagne et guide son fils dans ses premiers pas. De ces deux corps délicatement liés en un temps partagé qui n'appartient qu'à eux, il y a le miracle de tous les commencements. Se tenir debout, marcher. Cette conquête si merveilleuse à éprouver, cette sensation de puissance qui en résulte, nous lie à nos origines, à notre animalité première, à nos lointains ancêtres de la préhistoire qui après bien des efforts peut-être, se sont aperçus qu'ils pouvaient enfin se dresser. C'est ce geste là qui nous fonde et de toutes les autres espèces, nous distingue comme la plus inventive, mais aussi la plus cruelle la plus rusée et la plus prédatrice. Mais cela c'est une autre affaire. Vingt ans ont passé depuis cette image où la douceur des corps contraste avec l'agressive monumentalité du lieu qui cependant les protège et exalte ce qui donne un sens à leur existence. L'homme et l'enfant sur les marches de la grande mosquée d'Islamabad, que sont-ils aujourd'hui devenus, dans les soubresauts d'une époque confuse et, sous ces latitudes, particulièrement sanglante et agitée ? (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 13 avril 2012

Cimetière chinois


Voilà,
en cherchant autre chose je suis retombé sur cette photo prise il y a longtemps au cimetière chinois de Manille, un vendredi après midi, ce détail a son importance. Le cimetière chinois ressemble à un petit village de vacances. Les tombes sont en fait de véritables villas aux architectures contrastées, certaines traditionnelles en forme de pagodes, d'autres plus récentes dans le genre pavillonnaire avec des jardinets. Le week-end, les riches familles qui ont des concessions là, viennent tenir compagnie aux ancêtres et y partager leur repas. Parfois, on y amène le cochon que l'on va griller au barbecue. Celui-là, ne passerait pas la semaine c'était sûr. Je crois que l'enfant le savait. Ce moment si redouté, auquel il ne voulait pas penser, il n'allait pas tarder à arriver. Depuis ce jour, dans mon existence il y a ce petit garçon grave, méditatif et peut-être mélancolique, qui partage les dernières heures du condamné afin de le réconforter. Peut-être lui adresse-t-il de secrètes prières en le caressant affectueusement. Bien sûr c'est une interprétation. C'est ce que j'ai cru comprendre de cette scène aperçue entre les tombes, dans le silence de ma promenade, par une chaude après-midi d'avril. C'était si surprenant et incongru comme ce panier de basket à Baby lane, la section réservée aux enfants morts-nés relégués dans leurs limbes de pierre. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 14 octobre 2011

Roxas Bd


Voilà
depuis notre hôtel, il fallait, pour rejoindre le centre culturel philippin où nous animions un stage avec des acteurs locaux, longer le front de mer. Beaucoup de pauvres gens vivaient là, dormaient là. Le premier jour, au pied d’un de ces arbres, j’ai vu une toute petite tombe d’enfant surmontée d’une croix. Nous sommes passés devant avec Didier, sans rien dire. Lorsque quelques minutes après je lui ai demandé s’il avait vu la même chose que moi, il m’a simplement répondu qu’il ne fallait pas croire tout ce qu’on voyait. J'ai repensé à cette histoire hier au café Marly, en discutant avec Marie que j'ai eu plaisir à voir avant qu'elle ne reparte au Québec. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 4 mai 2011

Vallée de Swat

Abida
Voilà
à la lumière des événements récents qui alimentent l'Actualité et nous font un temps oublier qu'à Fukushima rien n'est résolu et que les réacteurs de la centrale nucléaire continuent sans doute de fuir et de contaminer la mer proche et l'atmosphère, je repense à ce séjour au Pakistan, où sans doute je ne retournerai jamais plus, à ces scènes ordinaires de la vie quotidienne, à ces silhouettes croisées au bord des routes dans la vaste vallée de Swat, si prospère et si paisible, dont j'appris bien des années plus tard qu'elle avait été surnommée la Suisse du Pakistan et en effet, me promenant dans les montagnes j'avais alors éprouvé les mêmes sensations que dans les alpages, respiré de semblables odeurs de bouse et d'herbe grasse, avec ce léger détail qui faisait la différence : les bergers pashtounes qui se promenaient étaient tous armés de kalachnikov (contrefaçon locale sans doute fabriquée artisanalement à la forge ) et ma marche à moi était plus lente en raison de l'altitude et du manque d'air.  A cette époque, là-bas les Talibans ne s'étaient pas encore implantés pour y imposer la charia et il semblait que rien ne pouvait altérer la tranquillité de cette région plutôt agricole si loin de l'agitation désordonnée, de la brutalité, de la précipitation permanente, et du chaos de Rawalpindi.
J'éprouvais une sorte de malaise durant ce voyage. Car ici comme en tant d'endroits du monde, l'homme blanc qu'il soit américain ou européen n'est pas aimé, souvent même détesté pour tous les méfaits et parfois les crimes qui ont été commis au nom de la Civilisation Occidentale. Où que nous allions, il était clair que nous n'étions pas vraiment les bienvenus, qu'une suspicion pesait a priori sur nous, même si l'accueil était cordial, le rituel de l'hospitalité respecté (thé, parfois repas), et les apparence sauves. En discutant avec un antiquaire local à Madyan, chez qui nous étions allés acheter quelques boîtes à épices ainsi que des coffres et des tabourets sculptés, l'homme avait fait part de son amertume aux amis que j'accompagnais et qui avaient déjà été en affaire avec lui. Il s'était plaint du fait qu'un gros client venu acquérir de nombreux meubles (qui sans doute seraient vendus en Europe avec un bon bénéfice) l'avait, malgré sa promesse de le régler en liquide, payé avec un chèque qu'il était obligé d'aller encaisser à Peshawar, ce qui allait lui prendre deux jours. Il avait alors regretté ce temps où la cour était pleine de gens qui passaient là, et en l'interrogeant j'avais alors compris de son anglais plutôt hasardeux, que ce qu'il regrettait c'était l'époque des routards et des hippies des années soixante dix. Peut-être alors, était il plus facile de nouer des liens. Il ne comprenait pas pourquoi le monde avait si vite changé, et semblait penser que c'était notre faute à nous les Blancs forcément riches, qui étions devenus si pressés, si peu enclins à accorder du temps ne serait-ce que pour parler marchander, et ainsi créer une apparence d'échange. Au bout d'une heure passée dans sa boutique, nous avions du marquer le signal du départ après une brève négociation de principe et il avait alors semblé déçu comme si, nous aussi, avions manqué d'égard pour lui. (Linked with the weekend in black and white

samedi 5 février 2011

Beach resort


Voilà
même dans la plus grande détresse ils faisaient encore preuve de cynisme. Le monde les avait abandonnés, ils trouvaient cela injuste. Un temps ils avaient cru que tout était possible, les drogues, les femmes les hommes, l'argent flambé, le jeu, les plaisirs extrêmes, les nuits speedball au Palace, les seringues partagées sur des plateaux d'argent, c'était ça la vie intense avec la sensation vague que l'Empire s'écroulait doucement, et que tout était permis qu'il y avait quand même le temps de jouir d'une vie qui n'exigeait pas de postérité à quoi bon et puis l'effroi avait fait sa soudaine irruption dans leur existence, et certains fortunés dans leur infortune s'étaient dits que quitte à crever mieux valait le faire au soleil, alors ils étaient partis très vite sachant que le temps leur était désormais compté. Tant qu'ils pourraient ils continueraient de baiser  - car n'est ce pas la seule activité qui nous délivre de la pensée du néant ? - et ils ne s'en privaient pas contaminant sans scrupule de très jeunes garçons, des filles à peine pubères qu'ils payaient parfois, ce n'était plus leur problème puisque désormais songeaient-ils un grand temps de peste était revenu et qu'ils savaient eux que tout se paye en monnaie  de singe... Mais la bête était vorace et pressée avançant sans discernement. Bientôt l'on vit errer sur les plages paradisiaques de Boracay, Bali Goa, et tant d'autres, des corps décharnés, couverts de tâches, que l'on retrouvait parfois inertes et sans vie au pied d'un palmier, ou dans la chaleur moîte d'un bungalow comme ces baleines et ces dauphins qui viennent s'échouer parfois sur le rivage....

jeudi 16 décembre 2010

On the road to Lahore


Voilà
c'est survenu il y a longtemps, et pourtant c'est encore présent. Le passé n'est jamais simple, et le supposer en certaines circonstances plus que parfait est une illusion de grammairien. Pour désigner le temps, l'image photographique échappe aux ambiguïtés de la langue. Une fraction de seconde peut lui suffire pour retenir un geste un regard une attitude un agencement fortuit. Elle sépare de la durée, et s'offre en partage au regard d'inconnus qui sont éloignés du lieu et du moment représentés. Elle se réinscrit dans le cours de l'histoire de ceux qui l'observent. L'image suscite autant de lectures et d'interprétations que d'individus qui la scrutent. Elle est là, juste là, ouverte au chaos des pensées informulées, du désir qui vagabonde, des mondes qui se rencontrent. (Linked with the weekend in black and white - Rain'sTADD )

samedi 30 octobre 2010

Attock, un souvenir



Voilà
le temps d'une halte nous nous sommes attardés. Une pluie fine et persistante embuait le paysage, mais il m'a semblé que le lieu et le moment voulaient échapper au cours indifférent des choses et demeurer non pas ensevelis en moi sous d'autres souvenirs, mais survivre au regard que je portais sur eux. Un pont enjambait le fleuve, un camion solitaire le traversait. Les mots fuyaient encore, le ciel avait la couleur de l'eau. Je me tenais donc là (cela n'arriverait plus jamais) sur les bords de l'Indus, paisible et majestueux. Sénèque a dit autrefois  – je l'ignorais alors – que ses eaux tièdes charrient des diamants à travers les déserts.... J'aurais voulu me dissoudre dans la couleur uniforme de ce moment.

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