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lundi 16 mars 2026

Entre deux attitudes détestées


Voilà,
"il me faut choisir entre deux attitudes détestées - ou bien le rêve que mon intelligence exècre, ou bien l'action, que ma sensibilité a en horreur ; ou l'action, pour laquelle je ne me sens pas né, ou le rêve, pour lequel personne n'est jamais né.
Il en résulte, comme je déteste l'un et l'autre, que je n'en choisis aucun, mais comme, dans certaines circonstances, il me faut bien ou rêver, ou agir, je mélange une chose avec l'autre."
Fernando Pessoa " Le livre de l'Intranquillité" 

lundi 9 mars 2026

Impressions de Taizé

 
Voilà,
comment ça s'est passé : j'étais dans les parages l'été dernier avec un copain qui possède une maison dans la région. C'était un samedi matin, nous étions allés au marché du côté de la ville de Cluny, un marché très chic d'ailleurs, avec beaucoup de "pârisiens" fortunés. Comme sur la route j'avais vu un panneau indicateur, j'ai dit et si on allait à Taizé
Taizé c'était un nom qui traînait depuis longtemps dans ma tête. Depuis le début des années 70. Oui vers 74 quelque chose comme ça. Dans ma classe se trouvait alors un certain Yves Krier, un beau garçon à la beauté un peu trouble. De longs cheveux blonds qui lui donnaient une grâce presque féminine. Un gars brillant, cultivé, parfois arrogant, mais traversée d’ombres et de tourments. Je pressentais chez lui, sans pouvoir le formuler dans les termes d’aujourd’hui, une inclination secrète vers les garçons – ou peut-être seulement une fluidité, une liberté – que l’époque n’autorisait à nommer. J'ai retrouvé sa trace sur le net. C'est peu dire que la vie nous change.
 Je le croisais parfois en dehors des cours avec un garçon sensiblement plus âgé, qui semblait être pour lui une sorte de mentor. Ils avaient l'air assez liés. Le gars en question s'appelait Jacques Legay, il était plus ou moins chanteur à texte et à guitare, genre Maxime Leforestier, plutôt bon d'ailleurs, avec de jolies mélodies et des chansons assez bien tournées selon mon souvenir. Il avait organisé à Salers, en 1974,  un petit festival de chansons et de théâtre, où je m'étais rendu. C'est par ces gens-là que j'ai entendu parler de Taizé pour la première fois. Il me semble qu'ils avaient en projet de s'y rendre, ou qu'ils y étaient allés dans le cours de l'année. Ces deux gars étaient du genre cathos progressistes et vaguement rebelles (enfin comme on peut l'être chez les cathos). Ils avaient du grandir dans des familles où la religion tenait une grande place. Toutefois ils étaient sensibles aux mouvements qui traversaient alors la jeunesse, l'écologie, les manifestations contre la réduction du sursis militaire, ils fumaient de temps en temps des pétards, adoptaient un code vestimentaire un peu hippie, baba-cool, ce genre de truc. Je me demandais bien à l'époque ce qui pouvait à ce point susciter leur enthousiasme. Plus tard j'ai rencontré d'autres personnes qui en parlaient aussi comme quelque chose d'extraordinaire. Mais bon question religion je me suis arrêté à la communion solennelle, et les cathos même progressistes, ne m'intéressaient pas vraiment. En fait je suis plutôt du genre mécréant et anticlérical. Pour moi, ce qui est écrit dans la Bible n’a jamais eu plus de véracité que les récits de la mythologie grecque, le Mahabarata ou les textes sacrés amérindiens. Les énigmes de l’astrophysique et les mystères de la biologie moléculaire répondent mieux à mes interrogations sur la transcendance. Mais je digresse… Bref, les années passèrent, emportant Taizé dans l’oubli, reléguant ce nom dans un coin obscur de ma mémoire
Mais là, cet été, l'occasion faisait vraiment le larron. C'était trop idiot de se trouver si près et de ne pas y jeter un œil. Ce n'est pas Lourdes, mais tout de même. Donc on est venu un samedi en fin d'après-midi.
J'ai plutôt été déconcerté par cette affaire.
Étonné par la foule que ça draine. Des gens de tous âges et de toutes nationalités. Une organisation et une logistique très au point. Comme un gigantesque camp de vacances autogéré qui fonctionne. Évidemment l'architecture de la communauté a un aspect vaguement concentrationnaire, avec des communs pour la cuisine et la restauration, des baraquement pour dormir. Un petit côté stalag des gens heureux, autogéré avec des chapelles, et une boutique de souvenirs. J'exagère ? Non. Il suffit de regarder une vue aérienne sur le net. Bon il y a aussi des campings alentours pour accueillir la foule des pèlerins.
Ce qui m'a le plus étonné c'est l'air serein et plutôt épanoui de toutes ces personnes. L'effet communauté de gens qui, vus de l'extérieur, semblent se reconnaitre dans un même élan, une même quête.
 
 
 
 Voici ce qu’écrivait l’historien suisse Henri Guillemin en 1992, à propos de Taizé. "Reste ce constat irrécusables que Taizé devient d’année en année, plus vivant, plus attirant. Et ce n’est pas rien, dans notre monde, tel qu’il est, que ces foules de jeunes gens issus de tous les milieux. – excepté, je crois, malheureusement, les milieux ouvriers –, de tous les continents, (y compris, nombre d’agnostiques), se réunissant pour autre chose que des compétitions sportives ou vacarmes  rythmés ; pour causer, ensemble du sens possible de la vie, de l’emploi des jours, de l’existence de Dieu, certaine ou problématique ( et quel Dieu ?), Du message de Jésus-Christ. Et j’ai toujours été frappé, oui, remué, par l’extraordinaire, qualité du silence, respecté par ces milliers d’êtres humains. Pas un bruit, pas même une toux ; une prodigieuse intensité de silence. Que nous sommes loin, – Dieu, merci !– de l’atmosphère irrespirable de certains groupes, dits charismatiques, peuplés de gesticulations convulsives, vociférations. Une grande et belle bonne réalité, cette vie spirituelle, ardente et calme, de Pâques à tout l’été, sur la colline."
Ceci dit, beaucoup de trucs m'ont tout de même paru bizarres. Par exemple, ce qu'on voit sur la photo du haut prise dans ce qui s'appelle la crypte, située sous l'église qui, quant à elle, ressemble à un gigantesque hangar. Là aussi aussi c'est étrange, tous ces gens allongés sur une moquette, certains corps abandonnés au sommeil, à la méditation ou à la contemplation distraite de leur téléphone portable. Scène à la fois paisible et incongrue, comme si l’élan mystique et la banalité la plus prosaïque s’étaient donné rendez-vous dans un même espace.
Évidemment je n'ai pas voulu en rester là sur ces premières impressions et j'ai un peu, comme à mon habitude creusé la question. Je me suis intéressé à l'historique de cette communauté, Et puis j'ai fini par trouver — bien qu'il se trouve sur le réseau Voltaire, un site néo-fasciste et complotiste — un article de Fabien Gaulué très complet, très bien rédigé, extraordinairement clair en ce qui concerne l'historique de cette communauté œcuménique et ses divers développements depuis sa création. Il  y donne même quelques éléments de sociologie sur les personnes qui fréquentent ce lieu. C'est en fait ce qui m'intrigue le plus. Qui sont ces gens ?
Le lendemain, avec mon copain Pascal on a décidé d'assister à la messe.
Il y a avait vraiment du monde, comme en témoigne cette photo prise à la fin de l'office.

 
 Office très étrange d'ailleurs. Les "fidèles" sont pour la plupart assis par terre ou sur de petits tabourets. Le long des murs se trouvent aussi  des bancs pour les gens un peu plus âgés. Des chants méditatifs très caractéristiques de Taizé, courts, répétés plusieurs fois, souvent en plusieurs langues (latin, français, anglais, etc.) sont régulièrement entonnés. J'ai remarqué que nombre des participants les connaissaient par cœur. Pour les débutants ou les étrangers il existe des livres de chants que 'on peut se procurer à l'entrée, et le numéro des cantiques proposés à l'office est inscrit sur des écrans vidéos. Des lectures bibliques, un psaume, un texte de l’Évangile ou de l’Ancien Testament, lus lentement suivi d'un long temps de silence parfois plusieurs minutes, au cœur de l’office. C’est un élément central. Des prières simples et universelles pour la paix, la réconciliation, l’unité des chrétiens, le devenir du monde. Une atmosphère très dépouillée. Quasiment pas de sermon, ou très bref. La communauté est œcuménique : catholiques, protestants et orthodoxes prient ensemble, ce qui explique sans doute la pauvreté du rite. On reste dans le plus petit commun dénominateur.. La communion n’est pas systématique ; elle est proposée selon les traditions et expliquée clairement aux participants. On peut juste être présent, écouter, chanter ou rester silencieux : aucune obligation.  
Tout cela tient à la fois du feu de camp et à d'un woodstock chrétien en plus clean, et paraît être au christianisme ce que les hare krishna sont à l'hindouisme. Cela m'a paru gentil, convivial, peu exigeant et plein de bonnes intentions. Et aussi, sans doute un bon spot de drague, pour jeunes gens en quête de spiritualité et désireux d'échanger leurs fluides.

dimanche 1 février 2026

Pêle-mêle au pied de la lettre

 
Voilà,
le hasard de certaines promenades, m'a, ces derniers mois, remis en présence avec ces collages intitulés "au pied de la lettre" réalisés par le collectif "les murs ont la paroles". J'ai déjà montré leurs travaux ici ou bien ou encore . Ils illustrent des métaphores courantes de la langue française. Celle du haut s'intitule "le cœur sur la main" ; expression qui désigne la générosité et la seconde s'appelle "tourner de l'œil" ce qui signifie, s'évanouir.

 

Cela me fait toujours plaisir de tomber par hasard sur une nouvelle image de cette série, car je les trouve particulièrement élégantes. Et puis d'une certaine façon cela flatte mon goût pour la collection. 
 

 
À part ça, j'ai fini de lire "Portrait d"une traductrice", sous-titré "Ludmila Savitsky à la lumière de l'archive". C'est un ouvrage universitaire de Patrick Hersant et Leonid Livak, précis détaillé, regorgeant d'informations. J'ai souvent entendu parler de "Lud" dans ma jeunesse. C'était la mère de Nicole Védrès et la grand-mère de Dominique pour qui elle compta beaucoup. Elle fut la première à traduire Joyce, en français, mais aussi Ezra Pound, Virginia Woolf et Isherwood. C'est elle qui avait fait l'acquisition de la maison de Lestiou, à quelque kilomètres de celle du poète André Spire avec qui elle entretint une longue correspondance tout au long de sa vie. Je ne sais d'ailleurs lequel des deux attira l'autre sur les bords de Loire. 
Bien des passages de ce livre sont tout à fait passionnants. Entre autres, ceux concernant les vingt premières années du XXeme siècle où l'on évoque, entre autres  "la question juive" — c'est une expression de l'époque (l'affaire Dreyfus est encore fraîche) et plusieurs ouvrages portent ce titre —, mais aussi  les débats idéologiques après l'apparition du bolchevisme. Il y est fait mention des controverses qui opposaient à ce propos les intellectuels français, et de la situation des exilés russes en France. 
Cela résonne parfois étrangement avec notre époque ; on y trouve la même confusion idéologique, et cela me paraît incroyable qu'on en soit encore là, un siècle après. Comme le constatait Aldous Huxley "le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne".. 
Mais l'intérêt du livre réside surtout dans la découverte de la méthode de travail de Ludmilla Savitzky. On peut suivre, grâce à de nombreux documents — fac-similés de manuscrits — qui témoignent des différentes étapes sur un même texte, son lent et patient cheminement pour restituer au plus juste l'intention et le style de l'auteur qu'elle traduit. 
Lisant ceci ma pensée vagabonde. Je repense à Mireille Havet dont Ludmilla Savitsky était l'amie. A la valise que Mireille Havet confia au début des années trente à Lud avec la promesse que jamais elle ne serait ouverte de son vivant, et qui fut trouvée dans le grenier de Lestiou au début du siècle suivant. Elle contenait une correspondance avec Apollinaire (entre autres), et son journal intime. Dominique en favorisa l'édition et en assura la préface. 
 
 
Le photogramme de Dominique, est extrait du film de Nicole Védrès qui s'appelle "la vie commence demain". Elle a alors dix-neuf ans. La ressemblance sur cette photo avec sa fille cadette au même âge m'étonne toujours autant.
shared with  monday  murals - mosaic monday -

mardi 11 novembre 2025

Mais il y a toujours quelque chose qui m’échappe (20)

 

 
Voilà,
ça me revient
la mélancolie de ce matin d'hiver au Havre en 2009, quand j'y répétais un spectacle qui ne m'a pas laissé un grand souvenir. A l'époque j'avais enchaîné deux créations et une reprise et j'étais vraiment au taquet, mais ma vie privée quant à elle pas au top. Quoi qu'il en soit, je suis reconnaissant à l'existence de me permettre encore de collecter et formuler toutes ces remembrances.
 
ça me revient
Olivia Granville avec sa combinaison rayée dansant dans "Strange days", la chorégraphie de Dominique Bagouet créée à partir du disque éponyme des Doors

ça me revient
les tartes tropéziennes que j’ai découvert grâce à Philippe et Dominique et que l'on achetait parfois à Draguignan

ça me revient
le CIDJ (Centre d'Information et de Documentation Jeunesse) qui se trouvait quai Branly non loin de la tour Eiffel

ça me revient
Agnès adorait le film "Le Viager" de Pierre Tchernia. C'est elle qui m'en a parlé la première fois et me l'a fait découvrir. Et c'est en effet un film très réjouissant, magnifiquement interprété et d'une drôlerie absolue. Michel Serrault y est formidable, ainsi que tous les autres acteurs. Gérard Depardieu jeune y interprète un petit rôle.
 
ça me revient 
Les assiettes que Gérard fabriquait lui-même et l’étonnement qui fut le mien en 1973, lorsque je découvris qu’il avait intégralement conçu au service de table. Je me suis souvenu qu’il avait appris la poterie avec une femme réputée en son temps pour son savoir-faire. Je ne me souvenais plus de son nom, j’ai appelé Agnès qui m’a dit, qu'il s’agissait de Suzanne Dauliach. J’ai fait des recherches sur le Net. Ses œuvres se caractérisaient par leur émail moucheté oscillant entre beige sableux et ocre brûlé, ainsi que par l’utilisation de couleurs chaudes comme l’orange à l’intérieur. Elle a produit divers objets, notamment des pichet, des vases, des assiettes, et autres pièces décoratives, souvent signées de son nom ou d’un monogramme, avec une signature incisée sous la base. Les assiettes de Gérard s’inspiraient de cette technique. Je crois me souvenir qu’on se demandait si Gérard n’avait pas eu une liaison avec elle.
 
ça me revient
avec ma cousine Cathy, lors d'un de ses passages à Paris, nous étions allés voir ensemble Uccellacci e uccellini avec son générique chanté composé par Ennio Morricone, mon film préféré (pour son humour et sa poésie) de Pier Paolo Pasolini dont l'histoire est la suivante : Innocenti Totò (Totò) et son fils Innocenti Ninetto (Ninetto Davoli) errent dans la périphérie et les campagnes qui entourent Rome. Faisant chemin, ils rencontrent un corbeau. Le film précise dans un sous-titre : « Pour qui aurait des doutes ou aurait été distrait, nous rappelons que le corbeau est un intellectuel de gauche, disons ainsi, d'avant la mort de Palmiro Togliatti. »
Le corbeau leur raconte l'histoire de frère Ciccillo et de frère Ninetto (eux aussi interprétés par Totò et Ninetto Davoli), deux moines franciscains à qui Saint François d'Assise ordonne d'évangéliser les faucons (les puissants) et les passereaux (les humbles). Si les deux moines réussissent à évangéliser les deux "classes" d'oiseaux, ils échouent à mettre fin à leur rivalité, les faucons continuant à tuer les passereaux : Saint François leur explique la guerre dans une perspective marxiste et les invite à reprendre leur évangélisation.
La parenthèse du récit du corbeau étant refermée, le voyage de Totò et Ninetto continue. Le corbeau les suit en continuant à pérorer. Les personnages rencontrent successivement des propriétaires terriens dans le champ desquels ils se soulagent et qui les chassent à coup de fusil, une famille vivant dans la misère et à qui Totò ordonne de le payer ou de quitter la maison, un groupe d'acteurs itinérants à bord d'une Cadillac, un congrès de "dentistes dantesques", un propriétaire à qui, cette fois, c'est au tour de Totò de devoir de l'argent. Enfin, ils se retrouvent aux funérailles du dirigeant communiste Togliatti et finalement rencontrent une prostituée.
À la fin du film, les deux, fatigués du bavardage du corbeau, le tuent et le mangent.
 
ça me revient
les premiers disques du groupe "Chicago" étaient des double-albums. Je me souviens aussi que Jimi Hendrix considérait que Terry Kath était le meilleur guitariste de sa génération 
 
ça me revient 
les derniers vœux de François Mitterrand le 31 Décembre 1994 lorsqu'il a dit "je crois aux force de l'esprit et je ne vous quitterai pas". Tout le monde savait qu'il était très malade.

ça me revient
les cigarettes des années soixante-dix, les "look" mentholées, les "Rothmans" et les "Dunhill",  qui étaient très classe et chères, les parisiennes, les "Craven A" très fortes et sans filtre, les "Chesterfield" qui avaient ma faveur
 
ça me revient  
ces quelques semaines durant lesquelles je photographiais les menus détails, tout ce qui me paraissait étrange saugrenu, comme si je voulais prélever des fragments de cette réalité qui me dépassait, où je n'avais plus la place d'agir, dans cet espace aseptisé devenu si vite familier, et où désemparé, mais sans rien en laisser paraître j'accompagnais mon enfant 
 
ça me revient
ce moment si émouvant que l'on voit dans ce film où les Beatles pendant les sessions de l'album "Get back" qui deviendra "Let it be" reprennent "You really got a hold on me" pour se ressouder
 
ça me revient 
de fil en aiguille l'album des Flying Lizards que j'écoutais en boucle en faisant, plus ou moins sous influence des collages  au format 13x18 fin 1979 début 80. C'est à Noël 79 qu'Agnès m'a offert un appareil photo Polaroïd
 
ça me revient
cette période de travail plutôt intense où non seulement il fallait dire tous les mots dans le bon ordre — avec un peu de travail, ça c'est sûr ça pouvait se faire c'est la moindre des choses et c'est la règle du jeu —, mais les gestes et les déplacements adéquats il fallait aussi les trouver. On essayait, on recommençait ce n'était jamais ça. On rechangeait le texte. Quand on parvenait à trouver une piste on faisait une pause. Au bout d'un moment on ne se souvenait plus. On avait tellement tricoté et détricoté sans jamais rien fixer on ne savait plus où on en était. Les intentions non plus ne correspondaient pas d'ailleurs. On se demandait parfois pourquoi on était là. D'autres apparemment auraient pu mieux correspondre. Elle, devant nous, passait son temps à regarder. Elle ne disait rien ne proposait rien pour restituer cette histoire qui semblait pourtant lui tenir à cœur. Peut-être croyait que nous étions dans sa tête. Des mois passèrent, le projet semblait en friche. Un jour elle a proposé de s'y remettre, mais au bout d'un moment sa mollesse d'intellectuelle petite bourgeoise a fini par me dégoûter. En plus elle n'avait guère fait évoluer son texte
 
ça me revient 
mon géniteur alors qu'il regardait Brassens à la télévision chanter "Les passantes" s'exclama un soir "il ne va pas très fort Brassens".
 
ça me revient
à une certaine époque, à la fin des années quatre-vingts ou au début des années quatre-vingt-dix, je me suis pris de passion pour les romans policiers de Stuart Kaminski, narrant les aventures du détective Toby Peters dans les milieux du cinéma hollywoodien.
 
ça me revient 
rue Littré, à Paris au milieu des années 70 il y avait une libraire qui moyennant une modique somme, organisait un système de prêt pour lire des livres plus ou moins récemment publiés. C'est ainsi que j'ai lu "terra amata" de Le Clézio, "le voyage à Naucratis" de Jacques Almira, "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar et quelques autres dont je ne me souviens pas
 
ça me revient
"Le comptoir de l'Orient et de la Chine" où dans les années soixante-dix on pouvait acheter des produits chinois fabriqués en Chine populaire, théières en argile, tasses, encensoirs, mais aussi pyjamas et vestes et casquettes bleues 

ça me revient 
à la fin des années 70, j'avais vu le premier film d'un certain Jean-Louis Daniel, très réussi, dont j'aimais beaucoup le titre "Trottoir des allongés" qui hélas fut en suite modifié par le distributeur en "La bourgeoise et le loubard"
 
ça me revient
enfant j'avais paraît-il un rythme cardiaque très lent. Mon géniteur trouvait ça très bien, parce que c'était le rythme qu'avaient les marathoniens et les coureurs de fond. J'ignore d'où il tenait cette information, et en quoi c'était bien pour moi.

ça me revient  
mon premier médecin fut Jacques Chautemps, le père de Dominique, Bien des années plus tard j'ai appris que c'est lui qui assista le poète Roger Gilbert-Lecomte dans ses derniers moments.

ça me revient
Lors de mon premier séjour là New-York un peintre nommé Kostabi dont j’avais vu quelques toiles à New York avait suscité ma curiosité

ça me revient 
Lorsque j’étais en troisième ou en seconde au collège, Saint-Sulpice, Monsieur Brunel, le professeur de français et Monsieur Paulin celui d’anglais animaient un ciné club. C’est là que j’ai vu pour la première fois "Le voyage fantastique" de Richard Fleischer, "Pas de printemps pour Marnie" d’Alfred Hitchcock, et "les Cheyennes" de John Ford.. Je me souviens aussi que mes camarades évoquaient aussi souvent le film "Cat Balou", qui avait dû être projeté à une séance à laquelle je n’avais pu assister, film que je n'ai d'ailleurs toujours pas vu.
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe 

vendredi 1 août 2025

Plus loin encore dans le regard du sourd

 

Voilà,
hier, 31 Juillet, Bob Wilson est mort. Il est parti s'enfoncer plus loin encore dans le regard du sourd. Grâce à lui j'ai découvert en voyant "Einstein on the Beach" en 1976 au festival d'Avignon, du théâtre qui ne ressemblait pas à toutes ces vieilleries qu'on nous infligeait alors. C'était du théâtre de la modernité, un théâtre d'images où le texte n'était pas prépondérant. Un théâtre de visions, résolument contemporain et qui était parfois comme une réminiscence de choses que j'avais vues ou lues dans mon enfance. Un théâtre d'apparitions où l'inconscient, le rêve affleuraient  sans cesse. Un théâtre comme surgi d'un outre-monde qui semblait exaucer le vœu d'Arthur Gordon Craig pour qui "l’artiste du théâtre futur devrait composer avec le mouvement, le décor, la voix"
 Après avoir vu "Le Regard du sourd", Aragon, en Juin 1971, s'était, à l'adresse d'André Breton mort depuis cinq ans, fendu d'une sorte de lettre de réconciliation posthume, où il affirmait à propos du spectacle de Bob Wilson "Je n'ai jamais rien vu de plus beau en ce monde depuis que j'y suis né. Jamais. Jamais aucun spectacle n'est arrivé à la cheville de celui-ci, parce qu'il est à la fois la vie éveillée et la vie aux yeux clos, la confusion qui se fait entre le monde de tous les jours et le monde de chaque nuit (...) C'est le rêve de ce que nous fûmes, c'est l'avenir que nous prédisions".
 Il est probable que bien des collages que j'ai commis dans ma jeunesse au début des année 80, comme celui-ci ou bien cet autre ou encore celui-là ou ce dernier,  — autant d'images que je définissais comme appartenant à mon théâtre intérieur —, doivent beaucoup à la déflagration que constitua pour moi la découverte de "Einstein on the Beach". 
Après la disparition de David Lynch en Janvier dernier, c'est un autre artiste de mon panthéon personnel qui s’éteint. Je commence de plus en plus à me sentir d'une autre époque. Quoi qu'il en soit, pour ceux que cela intéresse, toutes les gazettes (du moins en Europe) sur tous leurs supports évoquent le départ de cet artiste majeur et délivrent — pour certaines — quelques savantes analyses de son œuvre. Je me contenterai pour ma part d'exhumer une vieille vignette d'autrefois, une de celles que, tel un somnambule égaré entre torpeur et hébétude, je réalisais parfois la nuit, pour conjurer la peur et donner une forme acceptable à mes angoisses. Les mots en la circonstance ne m’étant pas d’un grand secours, je trouvais une forme de salut dans la lente restitution d’images qui, presque à mon insu, s’élaboraient dans mon esprit.

mardi 22 juillet 2025

Extra-Muros


Voilà,
c'est une vue dont on ne peut se lasser. C'est l'un des plus beaux panoramas d'Europe. Le pont d'Avignon. Le Rhône. La cité des Papes, le Mont Ventoux au loin. En cette fin d'après-midi j'ai déjà le départ dans la tête. J'ai commencé à faire ma valise. Je suis allé me promener extra-muros, au-delà des remparts vers l'île de la Barthelasse. Comme d'habitude, il y aura eu des jours où j'aurais trouvé le temps long et finalement ce mois aura vite passé. Je n'aurais pas eu le temps de faire ce que j'avais supposé. Visiter des amis à Nîmes, Arles... L'été, durant le festival, Avignon vous tient captif. 
Ce jour là, j'ai réfléchi à ma mélancolie. Mais ma mélancolie, je ne sais pas d’où elle vient exactement. Peut-être de la solitude, d’avoir été longtemps un enfant unique qui en outre, ne pouvait pas avoir beaucoup d’amis parce que la petite cellule familiale déménageait fréquemment. Je me suis toujours senti en quelque sorte coupé du monde, à part. De plus, j’avais des dispositions pour la nostalgie ce qui n’arrange rien. Contrairement à ce que j’ai lu dans un article du journal « Le Monde », il y a quelques mois, j’ai des souvenirs qui datent de bien avant l’âge de trois ans. Oh pas vraiment des souvenirs mais des images associées à des sensations comme ça, précises. 
Et puis à partir de trois ans je peux dérouler le film de mon histoire. Sans doute parce que, à cet âge-là je me suis retrouvé dans un environnement totalement différent. D'ailleurs, j’avais déjà changé d’environnement précédemment. Je suis né en Allemagne. J’ai quelques souvenirs de poussette que j’ai déjà évoqués par ci par-là. Je me suis ensuite retrouvé dans la région de Saumur dans la douceur angevine. Là aussi j’ai des images précises : un accident de voiture, la nuit, la rampe qui menait à la maison de mon grand-père, l'odeur de la Loire. Et puis ensuite ce fut l'Algérie. Je me souviens très bien, non pas de la première partie du voyage parce que la génitrice m’avait drogué au sirop de Phenergan ou de Théralène pour que je sois calme durant le trajet en 4CV de Saumur à Marseille. En fait je réalise à quel point je devais être défoncé. Mais ensuite dans le bateau je me souviens des sensations, des images, de l’arrivée sur Alger, la mer verte, la ville blanche, la découverte du géniteur que j'avais finalement assez peu vu dans les premières années. Très peu de temps après ma naissance il est allé en Algérie parce qu’il était militaire de carrière. Ma génitrice qui quelques années auparavant avait épousé un homme qui une semaine, après leur mariage était parti en Indochine. Donc elle avait passé 18 mois seule et avait décidé que cela ne se reproduirait pas. Elle l'a rejoint en Algérie. De l’Algérie, j’ai des souvenirs nombreux et très précis, parfois pénibles que j’ai déjà évoqués dans ce blog. Je me souviens que là-bas, j’avais déjà la nostalgie de paysages d’endroits que je ne connaissais pas, mais qui m’étaient suggérés par des chansons, en particulier, l’adaptation de green fields par les Compagnons de la Chanson. Et vers huit ans il me semblait avoir énormément de souvenirs comme si j'avais déjà vécu une longue vie. Tout s'imprimait, les chansons les visions les odeurs... Les images du passé remontent, je n’y peux rien, c’est comme ça, je suis goupillé comme ça. Aujourd’hui encore c’est la même chose. Le présent me renvoie souvent au passé. Avignon par exemple, je suis à Avignon  à l’époque du festival. J'y ai exercé mes premiers jobs d'été quand j’avais 17 ans, 18 ans. Eh bien tout ça remonte terriblement. A cause des murs, des rues. Les visages, les noms, les gens de l’époque, les spectacles vus à ce moment là, oui la jeunesse, les souvenirs de jeunesse ont la même densité, peut-être même plus de densité que le présent. Je ne prenais pas de photos à l'époque. Aujourd'hui les photos aident à se rappeler. En ce temps là, la sensation s'imprimait sans que je réalise que cela serait pour longtemps. Pourtant, j'ai toujours autant de mal à reconnaître les visages. C'est curieux... Mais finalement, j'aime bien avoir cette faculté de souvenirs. Je ne m'ennuie pas. C'est juste parfois que cela me rend un peu vague, tout ce temps qui me traverse.

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mardi 15 juillet 2025

Comme un bateau-mouche

 
Voilà,
Je ne suis pas particulièrement hypermnésique, mais tout à coup reviennent en mémoire, ces mois de juillet que je passais à Paris, lorsque j'habitais sous les toits du bâtiment Boncourt de l'École polytechnique, rue de la montagne sainte Geneviève. Cela se passait lorsque mes parents avaient "posé leurs congés" pour Août. J'aimais ces temps de solitude où je traînais essentiellement au quartier latin, dans les librairies, chez les disquaires alors nombreux du côté du boulevard St Michel ou de la rue des écoles. J'aimais me promener. Parfois, je longeais la Seine avec ses bouquinistes et je poussais jusqu'au pont Alexandre III pour voir la Tour Eiffel. Je le fais encore souvent, c'est un panorama dont je ne me lasse pas car je suis toujours un touriste dans cette ville.
Ou bien lorsqu'il faisait très chaud je passais l'après-midi à la maison à regarder le tour de France, surtout les épreuves de montagne. C'était au temps de  la rivalité entre Eddy Merckx et Luis Ocaña. Je glandais pas mal, lisant parfois, écoutant de la musique sur mon Teppaz. Parfois, je me faisais du pop corn à la poêle. 
C'était une préadolescence paisible. Les deux parents travaillaient. Je pouvais jouir pleinement du temps qui passe. Tout était au présent ou au futur proche, et l'avenir pouvait bien attendre.
A présent j'entrevois le terme de ma vie trop vite passée. Impossible de ne pas y penser. C'est dans l'ordre des choses. On ne peut sans cesse procrastiner. Il faudrait que je me prépare. 
Trop de gens autour de moi disparaissent. Pour le moment je suis encore là, relativement valide. Tant que dure le miracle, quelle que soit sa nature, il faut à tout instant s'en réjouir, bien sûr. Mais tout de même, il arrive parfois que, telle un bateau-mouche sur la Seine, passe une légère angoisse...

vendredi 11 juillet 2025

Défilé nocturne

 
Voilà,
En choisissant d’offrir aux Français un "défilé nocturne" pour le 14 juillet 1982, François Mitterrand avait fait le choix de l’innovation protocolaire. De façon symbolique, c’était une manière pour ce premier président socialiste de la cinquième république élu depuis un peu plus d’un an seulement, de marquer la singularité de son septennat.


J'éprouvais alors un réel plaisir à saisir toutes ces personnes qui ne se préoccupaient absolument pas de moi tant elles étaient absorbées par le spectacle qui leur étaient offert. Ayant grandi dans l'armée, il va sans dire que je n'ai aucune appétence pour ce genre de manifestation, et j'ai toujours considéré les gens qui y trouvent quelque agrément, avec une certaine réticence.
 

L'occasion était trop tentante d'une série de clichés à la manière de Lisette Model, où les gens sont toujours plus ou moins ridicules. J'ai appris il y a peu, qu'elle déclarait photographier les choses qu'elles ne comprenait pas, et que, "appuyer sur le déclencheur était pour elle une façon de poser une question, dont la photo lui révèlerait possiblement la réponse". Je n'en crois évidemment pas un mot. J'ai plutôt tendance à considérer que dans l'Amérique puritaine, et au moment où la tendance était à la photographie humaniste, il lui était difficile d'admettre publiquement qu'on pouvait être fasciné par les tares, la laideur, les anomalies, les difformités, les comportements étranges qui se manifestaient dans une société d'abondance de loisirs et de confort.  
Pour en revenir à ces photos de défilés qu'on trouvera rassemblées sous le libellé spectateurs de ce blog, elles ne sont pas franchement généreuses, c'est sûr, mais plutôt effrontées. C'était une façon de montrer que le socialisme, dont le slogan  — pompé sur Arthur Rimbaud — était "changer la vie", ne changeait –de ce point de vue – rien du tout. Le populo quel que soit le régime en place, était comme avant, et comme il sera toujours, forcément assez con pour être au rendez-vous et regarder "défiler et complimenter" l'armée française.

vendredi 4 juillet 2025

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (19)

 
Voilà,
ça me revient 
j'étais au stade Charléty pour voir sur grand écran la demi finale de la coupe du monde 1998 opposant la France à la Croatie durant laquelle Lilian Thuram a marqué les deux seuls buts de sa carrière internationale. Je me souviens de la joie des guadeloupéens et guadeloupéennes présents. Et de cet inexplicable moment de grâce qui tenait du miracle
 
ça me revient ,
Une anecdote rapportée il y a longtemps par Philippe Tiry. Une compagnie bordelaise « Fartov et Belcher » du nom de deux personnages de Beckett avait du changer de nom, pour la programmation d’une tournée aux USA, parce que l’intitulé de la compagnie signifiait Pêteur et Roteur, et certains théâtres américains menaçaient de refuser d’accueillir une compagnie ainsi nommée 
 
ça me revient
dans les années 70 au théâtre, il y avait une imagerie récurrente dans bien des spectacles, celles d'hommes vêtus de noir avec des chapeaux melons et des parapluies
 
ça me revient 
Patrick Busignies, un jeune homme qui perdait progressivement la vue et qui venait souvent manger chez Philippe et Dominique vers 1974-75. Il était associé avec un groupe de gens et ils avaient créé le théâtre Essaïon dans une cave, située rue du Renard
 
ça me revient
enfin non, ça ne me revient pas, j'y pense souvent, à la gentillesse de Michel Jacquelin qui s'était mis en relation avec ma fille, parce qu'il avait eu la même maladie qu'elle, et qui l'appelait après chaque période critique de son traitement pour prendre de ses nouvelles.
 
ça me revient 
la sidération éprouvée à la lecture du livre de Jean Rouaud, "Les champs d'honneur" lorsque je suis arrivé à ces quelques pages de description de toutes les variétés de pluies qui peuvent tomber en pays nantais
 
ça me revient 
je possédais "L'astronomie populaire" de Camille Flammarion vers l'âge de 13 ans. Je crois que j'avais demandé à ma mère de me l'acheter à Arcachon, après une visite chez le médecin. C'était une de ces fois où j'avais simulé un terrible mal de ventre pour échapper à quelque composition de math
 
ça me revient
"Miroir du cyclisme" et "Miroir du football" des revues sportives dans le courant des années soixante. Plus tard j'ai appris que ces revues appartenaient à un groupe de presse proche du parti communiste, et qu'on y faisait des analyses marxistes du jeu. Ainsi considérait-on que la défense en ligne constituait l'acte progressiste alors que le catenaccio symbolisait "le fric pour ne pas perdre, soit le capitalisme le plus ordurier".
 
ça me revient  
Le Villars ce café en face du lycée Victor Duruy qui a depuis été remplacé par un "Monceau fleurs"

ça me revient
j'ai découvert l'existence du papier d'Arménie à 17 ans parce qu' Agnès en avait dans sa chambre
 
ça me revient 
une finale du championnat de France de rugby à l’époque où c’était encore un sport amateur que les joueurs du Racing avaient joué avec des nœuds papillons sur leur maillot et s'étaient fait servir du champagne à la mi-temps. Je crois que dans l'équipe il y avait Franck Mesnel et Jean-Baptiste Lafont (un joueur qui fut d'abord sélectionné chez les barbarians anglais, avant de l'être en équipe de France). Par contre je ne me souviens plus de l'année.

Ça me revient, 
la première fois où j’ai tiré directement de l’argent en devise locale avec une carte bleue. C’était à Hong Kong en 1989

ça me revient,
les réveils le matin à Londres lorsque nous étions venus avec Agnès passer des vacances dans la maison que sa sœur partageait avec des copains, au 41 Westbere road, dans le quartier de Kilburn. Quelqu'un posait le disque des doors sur la chaine et l’intro de "L’america" nous réveillait

Ça me revient 
lors de mon séjour en Guadeloupe à Gosier, j’achetai souvent de la boisson à l’Aloé vera à la boutique du chinois

Ça me revient 
comme c’était bon d’avoir seize ans et d’écouter "Exile on main street" des Stones. De la fenêtre de ma chambre, au loin on pouvait apercevoir le rocher des singes du zoo de Vincennes
 
ça me revient
il y avait un monsieur dans les années 80 et 90 qui venait voir les acteurs à la fin des spectacles pour qu'on lui signe des programmes, il connaissait le nom des acteurs ce qu'ils avaient fait il nous déclinait notre carrière
 
ça me revient 
le souvenir de Philippe Tiry chantant "l'alouette" pour nous faire rire
 
ça me revient
les noms bizarres entendus dans l'enfance, des collègues de régiments de mon père, et qui surgissent parfois comme cela Strapazon surnommé strapa, Lolivrel, Slivenski surnommé Sli, le capitaine Pompée en Algérie, le colonel Trébel
 
ça me revient 
ce prof de musique en troisième pour nous convaincre d'aimer autre chose que le rock nous faisant écouter "Pacific 231" d'Arthur Honneger, ou "variation pour une porte et un soupir" de Pierre Henry, alors que messe pour le temps présent aurait autrement suscité sinon notre adhésion du moins notre intérêt
 
ça me revient
dans la bibliothèque de Lestiou, il y avait un livre intitulé "Dieu est il français", publié dans les années trente. J'ai fait des recherches. Son auteur était allemand et s'appelait Friedrick Sieburg. Sous ce titre provocant l'auteur dresse un tableau pertinent de l'état moral et culturel des Français. Des études légères côtoient des réflexions sur le catholicisme ou le face-à-face France-Allemagne.
 
ça me revient 
il n'y a pas si longtemps j'ai vu un documentaire sur Pierre Boulez. C'est le seul homme qui en vieillissant a eu de plus en plus de cheveux sur la tête
 
ça me revient
dans la bibliothèque de mes parents les douze césars de Suétone et les pages concernant Caligula
 
ça me revient
la première fois — c'était au début des années 80, sur France-musique ou France-Culture — où j'ai entendu un enregistrement de musique javanaise du pays sunda, le début de ce disque précisément, de la collection "ocora musique du monde produit par Radio France". J'en fus saisi, et cela m'arrive encore souvent de le réécouter et cela me met dans un état de suspension tout à fait salutaire, cela touche une part de moi que je ne sais nommer,
 
ça me revient 
l’odeur du buis dans les jardins de la cité universitaire  en juin 1996 lorsque nous y répétions « la cerisaie de Tchekhov avec les metteurs en scène Margarta Mladenova et Ivan Dobchev pour les festival d’Avignon
 
ça me revient 
les camemberts de chez Barthélémy, un fromager situé au début de la rue de Varenne que Philippe ramenait de temps à autre rue de Vaugirard
 
ça me revient
c'est sous la halle du marché de Pau, à la fin des années 90 que j'ai découvert les pêches plates (paraguayo)  que j'adore et qu'on ne trouvait pas encore à Paris. 
 
ça me revient 
"locomotive d'or" de Claude Nougaro,  en 1973 un long morceau sur des rythmes africains, un truc complètement insensé qui durait 9 mn et qui constituait un tournant dans la discographie du chanteur, et que j'écoutais le soir sur mon magnétophone , c'était l'année de l'amour, l'année de la vie enfin, l'apprentissage de la liberté et de l'émancipation intellectuelle
 
ça me revient 
la fête pour les 19 ans de Laurence qui est née avec l'été. De la sangria avait été servie dans des pastèques. Le jour même j'avais passé l'oral de mon bac français au lycée Camille Sée.
 
 
ça me revient 
la boutique "Crabtree & Evelyn" boulevard St Germain, non loin de chez Lipp, avec une vasque pour pouvoir se laver mains et poignets après avoir testé crèmes et parfums. J'ai appris il y a peu que le nom de l’enseigne  désignait deux botanistes anglais du XVIIIe siècle (George Crabtree et John Evelyn) Rien que de voir une ancienne bouteille, cela me procure la même senstion que lorsque je vois une boîte de Dinky-toys 
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

mercredi 25 juin 2025

Antiquité sonores

 
 
Voilà,
au début de la rue de Vaugirard, se trouve le magasin Paléophonies qu'il me semble avoir toujours connu. Un endroit merveilleux pour tous les collectionneurs de vieux tourne-disques et de platines anciennes. Récemment dans la vitrine, j'ai vu un Revox. C'était le magnétophone qu'utilisait Didier Flamand lorsqu'il faisait ses spectacles. Il en possédait deux chez lui avec lesquels il réalisait ses montages sons. Cela m'a fait bizarre de constater que cela comptait désormais pour une antiquité.
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lundi 28 avril 2025

Bricolage

Voilà,
45 ans que j'ai réalisé ce collage, réinterprété il y a quelques semaines en estompant les formes et les contours comme j'aime à le faire depuis quelques années. Et pourtant il reste étonnamment présent pour moi. De cela je peux encore dire, comme dans la chanson, "ça c'est vraiment moi". Oui bien sûr, on peut aisément y déceler les influences, les inspirations, et sans doute n'est-il pas si original, mais je m'en fous. L'image me plaît encore. Sa composition, le mélange de courbes et de droites. Je suis content de l'avoir faite. C'était alors mon théâtre intime. Celui que j'avais envie de voir. Qui ne s'encombrait pas de mots. 
 
 
Aujourd'hui, je ne me sens guère différent de celui que j'étais alors. Les formes ont changé. Les outils aussi. La persévérance demeure toujours la même. Et aussi l'étonnement devant ma propre obstination à trouver de formes, à établir des relations entre des volumes. Tant d'années se sont écoulées entre ces deux images. Le monde alentour a tellement changé. C'est pourtant toujours le même bricolage pour tenter de m'en soustraire et me rendre la vie plus supportable. Même si parfois cela ne me semble plus marcher autant qu'autrefois. Je me lasse très vite de ce que je fabrique.

samedi 8 mars 2025

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (17)

 

Ça me revient
ces veilles ou journées de Noël devant la télévision lorsque l'on regardait en famille "SVP Disney", une émission animée par Pierre Tchernia. Au début de l'émission, une liste de classiques Disney était proposée. Les téléspectateurs téléphonaient au standard « SVP » pour choisir celui dans la liste dont ils souhaitaient voir un extrait. Les extraits les plus plébiscités étaient ensuite diffusés tout au long de la soirée. C'était l'époque où "l'Amérique" vendait du rêve. 
 
Ça me revient

le sélectionneur qui a qualifié l’équipe de France de football pour la coupe du monde de 1966 en Angleterre s'appelait Henri Guérin. Malheureusement son équipe n'a pas dépassé le premier tour

 

Ça me revient

La merveilleuse présence de Patti Hansen en chauffeure de taxi dans le film "Et tout le monde riait" de Peter Bogdanovitch


Ça me revient
Philippe aimait bien le générique de fin de France deux, avec les petits bonshommes de Folon disparaissant dans les étoiles et la composition de Michel Colombier inspirée de l'adagio de Marcello, qui fut d'ailleurs diffusé à ses obsèques à Lestiou

Ça me revient
le corps d'Eric Tabarly, un grand navigateur disparu en mer après avoir été projeté par-dessus bord avait été retrouvé un mois plus tard dans les filets de pêche d'un chalutier breton
 
Ça me revient
au concert pour le Bangla Desh quelques personnes avaient applaudi pendant que les musiciens de Ravi Shankar s’accordaient. Et Ravi Shankar goguenard avait dit que si les gens appréciaient ce moment là ils aimeraient sans doute la suite de leur performance
 
Ça me revient 
à la fin du siècle dernier j’ai participé un spectacle dont l’action se passait dans une salle d’attente où un musicien jouait les suites pour violoncelle de Bach
 
Ça me revient
Les Etats-Unis en 2020 avaient montré à quel point ils étaient terriblement mal préparés à une urgence sanitaire de l'ampleur de celle du covid. L'une des raisons était qu'en 2018, le président Trump avait dissous la cellule d'intervention en cas de pandémie de la Maison Blanche. Aujourd'hui il fait bien pire
 
Ça me revient
le premier Album de Kid Creole et les Coconuts, beaucoup écouté lors de l'hiver 80-81, endeuillé par la mort de John Lennon, mais durant lequel les affaires professionnelles ont commencé à reprendre, alors que j'avais décidé de quitter la sécurité pour tenter l'aventure. J'adorais la pochette du disque  et cette réjouissante version tropicale de Lili Marlène et il y avait dans cet album une joie une énergie qui rendaient la vie plus supportable
 
Ça me revient
la salle aménagée cette soirée là, le 2 février 1973.  Les bougies, la mise en scène de l'espace. La jeune fille qui a organisé cela est d’une beauté confondante. A un moment elle propose des cadavres exquis. Dans la pénombre je me me rapproche irrésistiblement d’elle. Est ce que nous faisons ensuite un bout de chemin ensemble. Je sais qu’après je n’ai qu’une hâte, la revoir. Notre rencontre s’est faite sous le signe du hasard objectif.

Ça me revient  
il n’y a pas si longtemps j’ai passé un weekend à la campagne avec des psychanalystes, que des femmes, toutes très bourgeoises qui trouvaient Alain Finkielkraut intéressant pertinent et pas du tout réactionnaire. Je me suis aperçu que j'avais des fréquentations de droite.

Ça me revient 
la fois où Dominique devant des anglophones a dit en français "je vous serre la pince-monseigneur"  et qu'ensuite elle avait beaucoup de mal à expliquer ce jeu de mots
 
Ça me revient
j'ai pleuré devant ma télévision en assistant à la retransmission en direct de la libération de Nelson Mandela en février 90
 
Ça me revient
combien j'avais été ému par la disparition de cette jeune photo-reporter Camille Lepage, tuée par une balle à 26 ans dans une embuscade en Centrafrique
 
Ça me revient
pendant quelques années au début des années 90 vers Noël ou le premier de l'an, j'allais chercher du Boudin blanc à la charcuterie Charles. Il y en avait une dans le quinzième vers La Motte-Piquet (je ne me rappelle plus précisément où) et une autre au début de la rue Dauphine. J'avais bien entendu eu connaissance de cet excellent commerçant grâce à Philippe. Je me rappelle aussi de Noblet place d'Alésia. Et du slogan sur une enseigne au dessus de sa boutique, qui faisait sourire Agnès. On voyait un cochon rose à qui une petite fille en robe rouge disait "pleure pas grosse bête tu vas chez Noblet"

Ça me revient 
que la première femme admise à l'École Polytechnique, Anne Chopinet, en 1972, est entrée  Major de sa promotion

Ça me revient
La fatuité béate de ce psychanalyste de renom devant un groupe de comédiens ayant lu une bien médiocre pièce de théâtre dont il est l’auteur

Ça me revient
Dominique trouvait la chanson de Maxime Leforestier "Education sentimentale" un peu niaise, je n'étais bien évidemment pas d'accord avec elle.

Ça me revient,
L’été 68 passé chez mon grand-père, les moments de mélancolie, la perte de mon chat et les chansons tristes comme la Maritza de Sylvie Vartan, ou "les vieux amants" de Jacques Brel

Ça me revient
j’ai 17 ans. Je le connais à peine. Depuis quelques semaines tout au plus. Nous nous tenons face à face debout près des rayonnages de cette incroyable bibliothèque dans le salon de ce vaste et confortable appartement. Jamais je n’en ai vu d’aussi luxueux. En fait il ne l’est pas tant que ça. Mais je n’en ai jamais vu de tel jusqu’à présent. Il me demande ce que j’aime lire, il me pose des questions, sur mes auteurs favoris s’intéresse à moi. C’est le premier adulte qui ne me parle pas comme à un inférieur hiérarchique

Ça me revient 
l'agacement devant l'insupportable prêchi-précha d'une pièce d'Olivier Py dont je ne me souviens plus du titre au théâtre de la ville, insupportablement complaisante, narcissique, truffée de poncifs, son infatuation verbeuse, l'indigence de sa pensée, sa théâtralité vieillotte qui se croyait moderne, parce qu'on s'encule un peu sur scène et qu'on y parle politique culturelle avec ironie, le mot théâtre répété sans cesse en boucle, jusqu'à l'écœurement, une vague histoire de recherche du père qui rendait à son auteur si difficile l'exercice du pouvoir, bref un opus prétentieux et boursouflé mais que la critique parisienne avait chaleureusement encensé et pour lequel le public s'extasiait. Et j'étais bien content d'être en décalage total avec ces parterres d'abrutis.

Ça me revient, 
les anciens qui lorsque j’étais enfant (j’avais dix ans), parlaient de l’hiver 56 qui avait été si rude, il y avait de la neige sur les dunes, un iceberg dans l’estuaire de la Gironde et le petit lac de Biscarrosse avait été gelé. Ils me parlaient d’un temps où je n’existais pas et donc ils me semblaient très vieux, et leurs histoires d’un autre monde et d’un temps lointain.
 
Ça me revient
en 2008, le nom de la sculpture de Richard Serra, exposée au jardin des Tuileries  était Clara-Clara, un hommage je crois à sa femme.
 
Ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

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