vendredi 29 juin 2018

Rue Michelet


Voilà,
je me souviens de ce mois de Juin et des hirondelles qui tournoyaient avec grand vacarme au dessus de la rue Michelet déserte à l'heure de la rupture du jeûne parce que c'était ramadan cette année là. Je me rappelle aussi qu'une nuit — c'était au soir du 16 Juin —, la jeunesse algérienne s'était bruyamment répandue dans la ville avec force drapeaux et klaxons, parce que, ce soir là, on avait rediffusé, un an après jour pour jour le match de la victoire de l'Algérie contre l'Allemagne lors de la coupe du monde de 1982, et que cela était fêté avec le même enthousiasme que si cela venait tout juste de se produire. Le peuple de ce pays plaçait alors beaucoup d'espoir dans le président Chadli, car après les années Boumedienne, le régime semblait desserrer l'étau. Ensuite, dans les années qui suivirent, beaucoup d'histoire drôles circulèrent sur Chadli, qui était considéré par ses concitoyens comme un peu bobet. Celle-ci par exemple : un jour, lors d'un conseil des nations-unies, Chadli reste concentré toute la journée. Il semble réfléchir à un  gro problème, ce qui  intrigue les autres délégués présents au conseil. Alors au bout d'un moment on lui donne la parole pour s'exprimer. Chadli prend un air étonné et leur dit: "Depuis ce matin j'essaye de trouver comment ils ont pu faire passer une aussi grande table par d'aussi petites portes, je n'y comprends rien". C'est aussi cette année là, que j'ai vu, à l'occasion des fêtes du ramadan, un grand concert de Screamin'jay Hawkins place de la poste, que je suis retourné à Djelfa, que j'ai erré dans la casbah , visité le jardin d'essai qui m'a tant émerveillé, et Tipasa où j'ai fait la connaissance de Boudjema.  Et pendant ce temps là, le FIS tissait sournoisement sa toile sans que personne n'imagine les grands massacres de la décennie suivante. (Linked with the weekend in black an white).

mercredi 27 juin 2018

Captologie


Voilà,
récemment, Tristan Harris (Rue89, 2016), qui a été « philosophe produit » chez Google expliquait combien il était important de concevoir des interfaces qui avaient pour objectif de « faire perdre du temps ». Autrement dit, ajouter à une expérience utilisateur fluide une dimension persuasive et addictive où les notifications intempestives ne sont que les fonctionnalités visibles d’un système ayant vocation à « voler des heures » aux usagers. Il paraît d’ailleurs que cela s’apprend et cela constitue même une discipline scientifique que l’on peut découvrir au Persuasive Tech Lab de l’Université de Stanford sous le nom de "captologie". Ce terme a été créé par le chercheur B.J.Fogg. Celui-ci a publié en 2003 un ouvrage sur le sujet, dénommé "Persuasive Technology: Using Computers to Change What We Think and Do". Il souligne que la technologie n'est pas seulement un outil mais également un media et un acteur social.

(...)

Ce qu’il y a de nouveau, avec le capitalisme, c'est qu’il est réglé par des livres de compte, par un bilan comptable. En jeu, ça se traduit par le fait que tout ce qu'on fait est reconnu, tout donne lieu à une gratification, un badge ou une récompense. Et tout cela nous donne satisfaction. Chez John Dewey philosophe du pragmatisme, il existe une affinité entre jeu et travail : dans les deux cas, on a une forme d'effort, mais ce qui distingue ces deux notions, c'est que dans le travail les marqueurs de réussite sont plus lointains. Alors que dans le jeu, la gratification est immédiate. (Matthieu Triclot)

(...)

On rentre dans une économie de l'attention et du digital labor en effectuant des tâches numériques fun qui permettent d'extraire de la donnée. Les individus qui bénéficient de ce digital labor ont besoin du fun, de la dopamine. C'était déjà le mot d’ordre de la "gamification", avec des game designers qui vendaient le fait qu’ils savaient comment créer des boucles d'engagement pour que les utilisateurs reviennent sans cesse. C’est toute une industrie fondée sur le fait qu’elle sait comment rendre addict. (Matthieu Triclot)


(...)

Un des paradoxes des jeux se situe dans le fait que l’on peut éprouver de petites expériences de transe sur la machine symbole de la bureaucratie. D'un côté la machine à calcul, gestionnaire, et de l'autre des choses qui relèvent des expériences les plus primitives et les plus troubles. (Matthieu Triclot)

lundi 25 juin 2018

L'Illusion


Voilà,
l'illusion était parfaite. 
Un bref instant lui revint en mémoire
l'illustration qui ornait la boîte du jeu de construction
qu'on lui avait offerte quand il était enfant


linked with Monday murals

vendredi 22 juin 2018

L'Île




Voilà 
C'était au matin de la première excursion sur l'île. J'errais sans but réel, à la dérive, esseulé mais dans l'émerveillement des sensations neuves mêlées à certaines autres, plus anciennes et retrouvées. Ce dépaysement absurde se révélait bienvenu. Je venais de découvrir "Gouverneurs de la rosée", ce merveilleux roman de l'écrivain haïtien Jacques Roumain peu de temps après la catastrophe qui avait accablé Haïti. Mais ce qui faisait l'actualité c'était la l'éruption récente du volcan de Montserrat non loin. En certains endroits le sol était encore recouverts de ses cendres. Je comprenais qu'on pût avoir envie de rester là et d'imaginer une autre existence. (linked with the weekend in black and white

mercredi 20 juin 2018

J'aime / Je n'aime pas (5)


Voilà,
j'aime cette photo prise en septembre 2014, que je n'ai jamais publiée je ne sais pas pourquoi
je n'aime pas cette allégresse surjouée, des présentateurs de matinales à la radio
j'aime paresser certains après-midi en lisant un bon livre
je n'aime pas la vulgarité des nouveaux riches
j'aime la délicatesse obsédante de la sonate de Scarlatti en do dièse mineur kk247
je n'aime pas l'expression "effet whaou" utilisée dans la presse et les boītes de com
j'aime regarder avec elle les videos de ma fille quand elle était petite
je n'aime pas les réflexions comme "il y a une marque Macron, une marque France"
j'aime tremper des tartines beurrées dans la soupe
Je n'aime pas ce sentiment d'impuissance que j'éprouve parfois devant la bêtise 
j'aime la couleur jaune, parce que c'est la couleur du soleil sur les dessins d'enfants
je n'aime pas les fortes chaleurs
j'aime les sketches de Blanche Gardin

mardi 19 juin 2018

Pont de la Chapelle


Voilà,
de mon point de vue, un des endroits les plus sinistres de Paris, un pont à suicides en quelque sorte, raison pour laquelle sans doute, on y a installé de haut grillages. Situé sur le boulevard de la Chapelle, il constitue une zone grise, un lieu de passage hostile où il ne fait pas bon s'attarder la nuit venue. Le jour, en outre, n'y est guère plus accueillant, même quand s'achève le printemps et que vient enfin l'été.

lundi 18 juin 2018

Le jour où sans le savoir


Voilà
Le jour où sans le savoir 
nous faisons une chose pour la dernière fois
 - regarder une étoile, passer une porte,
 aimer quelqu'un,
 écouter une voix -
 si quelque chose nous prévenait 
que jamais nous n'allons la refaire, 
la vie probablement s'arrêterait 
comme un pantin sans enfant ni ressort. 
Et pourtant, chaque jour 
nous faisons quelque chose pour la dernière fois
- regarder un visage, 
nous appeler par notre propre nom, 
achever d'user une chaussure, 
éprouver un frisson -
comme si la première fois ou la millième 
pouvait nous préserver de la dernière. 
Il nous faudrait un tableau 
où figureraient toutes les entrées et les sorties, 
où, jour après jour, serait clairement annoncé 
avec des craies de couleur et des voyelles 
ce que chacun doit terminer 
jusqu'à quand on doit faire chaque chose, 
jusqu'à quand on doit vivre 
et jusqu'à quand mourir. 
(Roberto Juarroz Quinzième poésie verticale, traduction Jacques Ancet)

jeudi 14 juin 2018

Tout m'échappe, tout s'évapore


Voilà
"Tout m'échappe et s'évapore. Ma vie entière, mes souvenirs, mon imagination et son contenu - tout m'échappe, tout s'évapore. Sans cesse je sens que j'ai été autre, que j'ai ressenti autre, que j'ai pensé autre. Ce à quoi j'assiste, c'est à un spectacle monté dans un autre décor. Et c'est à moi-même que j'assiste" (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

mardi 12 juin 2018

Drôle de coïncidence

Voilà,
ce matin devant la porte d'entrée de mon immeuble
j'ai aperçu cette feuille collée par terre.


Évidemment quand je vois 28
je pense à ma date anniversaire.
En plus c'est vraiment le 28 mai.
Etrange de trouver ça en bas de chez moi un douze juin


Alors je suis allé regarder ça d'un peu plus près.
peut-être quelqu'un qui me connaît un peu 
veut-il me faire passer un message
sans oser me le dire


Quoiqu'il en soit
c'est une drôle de coïncidence

lundi 11 juin 2018

L'Hypocrisie


Voilà,
j'ai réalisé cette image au salon Paris-Photo en Novembre 2017 où m'avait invité un ami retrouvé peu de temps auparavant après trop d'années passées sans se voir. J'en ai profité pour mollement déambuler dans les travées de cette immense foire commerciale qui se tenait au Grand-Palais à Paris. J'ai vu plusieurs grands formats de cette artiste américaine (je crois que c'est une femme, sans en être tout à fait certain) dont l'œuvre consiste essentiellement en portraits en pied, d'enfants nus posant devant un drap. Personnellement, ce n'est pas un truc qui m'intéresse vraiment, et je n'ai pas de commentaire particulier à faire là-dessus, si ce n'est que je m'étonne de la valeur marchande d'une telle photo dans la société puritaine américaine. Comme je n'ai pas noté le nom de ce ou cette photographe, j'ai cherché sur Google, en tapant "enfants ou adolescents nus devant un drap", mais sans succès. Au bout d'un moment, j'ai laissé tombé de crainte que cette recherche ne m'attire des ennuis. Mais si quelqu'un a une idée du nom de ce ou cette photographe (qui n'est pas Sally Mann) Je veux bien. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 8 juin 2018

Le Gardien des Ombres


Voilà,
Aujourd’hui je n’ai rien fait. 
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi. 
Des oiseaux qui n’existent pas ont trouvé leur nid. 
Des ombres qui peut-être existent 
ont rencontré leurs corps. 
Des paroles qui existent 
ont recouvré leur silence. 
Ne rien faire 
sauve parfois l’équilibre du monde, 
en obtenant que quelque chose aussi pèse 
sur le plateau vide de la balance.
Roberto Juarroz, traduction Roger Munier, 1993
(Linked with the weekend in black and white)

mardi 5 juin 2018

Gabriela


Voilà,
ce matin la radio diffuse "In a sentimental mood" avec Coltrane et Duke. Aussitôt les années s'effacent jusqu'à ce début d' hiver 93 ou nous avons passé tant d'heures tous les deux, Gabriela et moi, à développer ses photos dans mon labo afin de constituer un dossier pour une école de cinéma tchèque qu'elle souhaitait intégrer. Nous nous interrompions parfois pour boire des petits verres de becherovka, cet alcool de genièvre qu'elle rapportait de Prague à chacun de ses séjours. J'aimais son accent et son visage enfantin. Elle avait le physique des filles dont je m'éprenais, enfant, à l'école. Un soir, dans un bar elle a murmuré à mon oreille qu'elle était amoureuse de moi... J'ai fait comme si je n'avais pas bien compris... Je n'y croyais pas trop. Et puis elle avait encore un mari, une petite fille, une vie un peu chaotique. Quant à moi, je ne gagnais pas beaucoup d'argent, je ramais professionnellement. Je vivais de nouveau seul et n'en étais pas si mécontent. Mais j'aimais bien nos rendez-vous. On a fini par coucher une fois ensemble et ce n'était pas vraiment ça. Son corps n'était pas très ferme ni moi non plus d'ailleurs. Quelques mois plus tard, elle a rencontré un américain d'origine tchèque qui est devenu l'homme de sa vie. Nous avons continué de nous recroiser de temps à autre, et puis nous nous sommes perdus de vue.


lundi 4 juin 2018

Dans les vapeurs de soufre


Voilà,
parfois je m'attarde sur un paysage d'Hubert Robert 
Et je glisse dans une rêverie qui me le rend plus improbable encore

vendredi 1 juin 2018

Comme une légère démence


Voilà,
une fraction de seconde, au pied de cet escalier j'ai aperçu Lisbonne à Pornic. 
L'illusion était douce, comme une légère démence qui ne prête pas à conséquence
(Linked with the weekend in black and white)