vendredi 24 août 2018

Parvis de Notre-Dame


Voilà,
ce monde m'est de plus en plus lointain. Ce n'est plus vraiment mon affaire. De toute façon je n'y ai jamais compté pour grand chose. Sauf pour quelques uns. Si étroite, ma place désormais, qui n'était déjà pas bien grande. J'ai tant vécu dans les marges, en lisière, en bordure. Pour me préserver. Je ne me suis guère mêlé à mes semblables. la plupart du temps je les ai observés. Je ne voulais pas me joindre à leurs jeux. Il m'y ont parfois contraint. Toute une vie, aux aguêts, aux abois, à faire semblant. À donner le change. Le plus souvent à me dérober. On se fatigue à force. Désormais me voilà en zone de relégation. J'aurais dû faire un peu plus le pitre. Trop souvent j'ai été rattrapé par l'esprit de sérieux. Dommage. Cela dit maintenant ce sont les pitres qui gouvernent le monde. Des clowns sanguinaires et cyniques font la loi. Trump, Erdogan, Kim-Jong-Un, El Assad, Netanyahu, Poutine et tant d'autres. On a déjà connu ça par le passé. On a dit plus jamais ça. On y a cru. Et maintenant les enfants des victimes d'autrefois deviennent des bourreaux.
(...)
Pour les jeunes, ceux de ma génération portent une responsabilité immense dans la dégradation ds conditions de vie sur cette planète. Ils n'ont pas tort. Les voilà condamnés à faire mieux que leurs aînés. Ils n'en prennent cependant guère le chemin. Ce qui reste de civilisation suffoque et convulse. On commence à parler de courbes qui s'inversent. Cependant les touristes auxquels il m'arrive de me mêler parfois continuent de visiter Notre-Dame, en détournant le regard de la détresse devenue si ordinaire sous nos latitudes.
(...)
J'essaye encore de sortir, de me cultiver, de me rendre à des expositions. Mais là encore l'horreur apparaît en images lisses et soigneusement tirées.
Si je reste à la maison un samedi matin voici les intitulés d'émissions qu'il m'est donné d'entendre sur une chaîne de radio culturelle (c'était il y a quelques mois déjà) :
A 9 heures 
"L'inquiétude a remplacé l'optimisme consécutif à la chute du mur de Berlin. 
Au moment de la chute du mur de Berlin, l'opinion occidentale était convaincue, dans sa grande majorité, que l'économie de marché et la démocratie représentative allaient, après avoir battu leurs adversaires idéologiques à plate couture, conquérir ce monde
La fin de l'histoire Francis Fukuyama a donné ses lettres de noblesse philosophiques à cette certitude heureuse. L'opinion éclairée est aujourd'hui dégrisée, elle a perdu sa bonne humeur, l'avenir ne lui parait plus prometteur, mais menaçant. La grimace a succédé au sourire et l'inquiétude a remplacé l'optimisme." 
à 10 heures
"Le sucre, comme poison" voilà le titre d’une quantité d’articles qui ont prospéré ces dernières semaines, selon l’une de ces pulsions collectives qui surgissent de temps en temps. Une mode soudaine, mais qui ne porte pas moins probablement sa part de vérité et qui appelle une perspective historique
à 11 heures
Quels sont les enjeux de la pandémie d'obésité dans le monde? Pourquoi l'obésité apparaît-elle comme une maladie de la transition ?
Finalement ce matin-là j'ai préféré regarder le match de rugby opposant les deux franchises néozélandaises des Hurricanes et des Crusaders en streaming. Un soin palliatif en quelque sorte.

mardi 21 août 2018

C'est le monde qui sent la merde ou c'est juste dans mon nez ?


Voilà,
pour se distraire on se prend en photos dans des environnements numériques où l'on se plaît à rêver parmi des images de synthèses peuplées de tournesols de papillons, de fleurs multicolores, et de cascades irréelles. Cela fait de belles images. Mais dans le vrai monde, le réel fracasse. Et les journaux s'alarment, même en Août. C'est qu'il est de plus en plus difficile de dissimuler les faits. 
Températures caniculaires en Europe pendant l'Eté 2018, Feux de forêts gigantesques en Suède, mais aussi en Grèce et en Californie. Dans le Kerala des inondations monstres (évidemment vous aurez peut-être droit à une pub sur une crème dépilatoire avant de voir l'information, parce que le monde est absurde), température anormalement élevée de la mer, dans le nord mais aussi en méditerranée non seulement en surface mais en profondeur. Tout à coup on se préoccupe de cela dans les journaux. On fait des prévisions. Certaines parfois même très catastrophistes.
Pourtant tout cela était prévisible depuis des années, des esprits éclairés avaient donné l'alerte concernant les rapports entre l'économie et la pollution par exemple. Quoiqu'il en soit les scénarios optimistes du futur prévus il y a une dizaine d'années semblent déjà obsolètes et absurdes. Aujourd'hui on a des visions plus sombres.
Et puis, symptomatique, le dramatique écroulement du pont de Gênes, alerte les pouvoirs publics sur la vétusté de nos infrastructures. Tout à coup on ne parle plus que de ça dans les journaux (qui évitent cependant d'évoquer l'état lamentable des installations nucléaires qui elles aussi sont en béton). La grande presse commence à  établir un lien entre capitalisme et dégradation environnementale et fait semblant de découvrir que le capitalisme génère de la catastrophe et s'en nourrit. Mais on ne le dit pas encore trop fort
D'ailleurs au passage une chose amusante et paradoxale : un des livres phares, dans mes cours de sciences économiques s'appelait "Les cinq étapes de la croissance économique" de W.W Rostow. Cinquante ans après j'ai vu qu'un récent ouvrage s'intitulait les Cinq stades de l'Effondrement.
Et puis sinon pour finir un truc trouvé sur le net.


Mais bon, tout n'est pas si noir. Ou plus exactement le noir peut-être source de contemplation esthétique et de joie pure devant la grâce de l'instant et l'étincelle de l'inspiration. Ce qui fait le charme du rugby, c'est qu'avant d'être un sport il est essentiellement un jeu. Regarder jouer les All Blacks constitue pour moi une véritable source d'émotion et d'éphémère réconfort. Samedi dernier Australiens et néozélandais ont offert un magnifique spectacle. J'espère que le match retour samedi prochain sera du même niveau.




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dimanche 19 août 2018

C'est comme ça la vie


Voilà,
"On ne peut pas s'empêcher de mourir, c'est comme ça la vie"
dit un petit enfant autrefois interviewé par Marguerite Duras


Daniel Isoppo qui aimait bien Duras était avec les années devenu un vieil enfant. Ces dernières années, Alain Cavalier a réalisé un portrait filmé de Daniel qui tout au long de sa carrière a aussi participé à une multitude de films car il avait ce qu'on appelle "un physique". Il s'est détaché de ce monde hier, ce monde où la lecture d'une carte de restaurant le laissait souvent perplexe. Il lui arrivait de beaucoup réfléchir avant de se décider.
Nous nous étions rencontrés à la fin des années 70 lorsque nous avions partagé (avec tant d'autres) le plateau de ce merveilleux spectacle "Prends bien garde aux zeppelins" de Didier Flamand, où il jouait un inoubliable garçon de café à l'immobilité hypnotique. J'avais fait quelques voice-over sur ses documentaires si singuliers, comme lui. Il m'avait aussi mis en scène dans une de ses pièces aux Rencontres de la Cartoucherie en 1997 et j'en avais fait autant avec lui sur deux pièces que j'avais écrites à l'occasion de cette même manifestation en 1998 et 1999. Il y était formidable. Daniel était parfois bizarre et surprenant mais terriblement attachant. L'enfance ne l'avait jamais tout à fait quitté et cela se voyait quand il souriait. C'était un être à part. Auteur, acteur, cinéaste. il avait beaucoup d'humour et de sensibilité. Je me souviens d'un documentaire de 26 mn tout à fait étonnant qu'il a réalisé pour la télévision sur l'histoire d'amour de ses parents : "Madame veuve Isoppo". 

mercredi 15 août 2018

Assomption


Voilà,
hier soir, par hasard je me suis retrouvé non loin de Notre-Dame. Une procession en l'honneur de la Vierge Marie en faisait le tour. Gardé par la police et par l'armée, le quartier était bouclé. Il a fallu franchir plusieurs barrages de sécurité pour accéder au parvis. La foule des badauds était à peine moins nombreuse que celle des croyants qui suivaient une statue en tenant des lampions chantant des cantiques et parfois même prenant des photos. "Il est grand le mystère de la foi"


Il paraît que ces processions mariales ont lieu dans toute la France, et qu'elle répondent à un vœu du Roi Louis XIII qui le 10 février 1638 a souhaité consacrer la France à la Vierge : Nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, et que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix, que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire"La première procession a eu lieu le 15 Aout de la même année devant Notre-Dame, ainsi devenue le mémorial perpétuel de cet acte de consécration. Le site internet de Notre-Dame de Paris précise que c'est à l'occasion du 350 ème anniversaire de ce vœu, que le père Jacques Perrier, alors curé-archiprêtre de la cathédrale, réinitia (sous un régime socialiste et avec un premier ministre protestant), cette tradition en sortant de la cathédrale la statue en argent de la vierge offerte par Charles X en 1826. Mais en dépit des apparences, la France demeure une République.


Dans l'assistance mon regard a été attiré par ce visage qui ressemble à un de ceux qu'on peut trouver dans les tableaux des primitifs italiens. Le maintien de cette jeune fille laissait aussi supposer une éducation bourgeoise traditionnelle et catholique. Je me suis demandé si elle était encore vierge et si de temps à autre elle cherchait toute seule son plaisir.

lundi 13 août 2018

Nuage


Voilà, 
ce qui est beau dans la langue française c'est que le mot nuage est la demeure de l'ange


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samedi 11 août 2018

Reflet vénitien


Voilà,
"Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil, un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir" disait Blaise Pascal. Quoiqu'il en soit, dans cette moitié de vie, je suis fatigué des mauvais jeux de mots en titre des articles du journal Libération (genre "gafa les fieffés du logis" ou Trump fait la pluie et l'OTAN"), fatigué des commentateurs sportifs et en particulier ceux du foot, de la vision des SDF crevant dans la rue, des fans de Macron, des fans de Mélenchon, des looks de hipsters, des discussions politiques sur facebook, du malheur des uns et du bonheur des autres, des repentirs et des déclarations d'intention, des communicants de tous poils et de leur discours creux, de la saga des héritiers de Johnny Hallyday, des voix qui indiquent le nom des stations dans le métro, des codes et des mots de passe, des discours religieux de tous poils, de la misère en milieu étudiant, de la misère en milieu hospitalier, de l'art contemporain, du théâtre engagé, des chanteurs et chanteuses de la Star Academy, du présentateur de la matinale de France Culture, des vide-greniers qui donnent un aperçu de toutes ces petites conneries qu'on accumule, fatigué des états d'âme, des soucis de santé, des obligations que je me crée, de la solitude, des intonations de ma propre voix, de ne plus pouvoir trouver de vélos en libre accès à Paris, des nuits sans sommeil, du manque d'argent, fatigué des photos de vacances sur instagram, des incessantes discussions de boulot où les gens ne cessent de parler de leurs frustrations, fatigué de l'aveuglement de mon espèce et d'un monde sans futur, effrayé du cauchemardesque Trump et de tous ceux qui précipitent le monde dans une nouvelle forme de barbarie... Parfois, je voudrais m' égarer dans le labyrinthe de tous les reflets du monde, y demeurer à tout jamais, (linked with the weekend reflections)

lundi 6 août 2018

Canicule


Voilà,
juste pour corriger le post précédent. La station ne s'appelle pas Bougainvilliers, mais Boulainvilliers, qui est le nom d'un historien et astrologue du XVIII ème siècle. je cherchais à savoir si la maison de Balzac était ouverte aujourd'hui, et j'ai vu le nom de la station de métro. Donc, normal qu'on n'y trouve pas de fleurs. Pendant des années j'ai associé ce lieu à cet arbres aux fleurs si magnifiques. C'est absurde. Sinon c'est la canicule à Paris. Cette photo date de la semaine dernière, quai de Loire, au bord du bassin de la Villette. je crois que cette femme voulait que le soleil la pénètre tout entière. C'est aussi l'anniversaire aujourd'hui du bombardement d'Hiroshima. Question chaleur, on a encore de la marge. (linked to Our world Tuesday)

vendredi 3 août 2018

Bougainvilliers

ris, Ligne C, Station Bougainvilliers

Voilà,
j'aime, depuis le quai de la station Bougainvilliers (d'ailleurs, il n'y en a guère de ces fleurs dans les environs), la vue sur le "Front de Seine", cet ensemble architectural datant des années soixante-dix, quand Paris voulait se donner un petit air de Manhattan. D'ailleurs, une réplique miniature de la statue de la liberté de Bartholdi se dresse en contrebas sur l'île aux cygnes située au milieu de la Seine. Le front de Seine, me fait toujours penser à un plan du film "L'ami américain". On y voit le personnage interprété par Bruno Ganz, téléphonant dans une chambre d'hôtel située dans un de ces immeubles, alors que le quartier est encore en construction pendant que par la baie vitrée, en arrière plan, le bras d'une grue se déplace lentement autour de son axe. 

mercredi 1 août 2018

Les doutes d'Août


Voilà,
ce titre emprunté à celui d'un morceau de Chilly Gonzales que je viens d'entendre pour la première fois ce matin à la radio résonne étrangement en ce premier jour d'Août. Je ne sais plus trop que montrer ou écrire, qui ne soit trop triste ou mélancolique, trop vindicatif, amer, ou récriminant. 
Les nouvelles de certains proches me désolent, faites de deuils et de maladies. Amélia Frank vient de quitter ce monde et la lecture du dernier billet de son blog me tire les larmes des yeux. Des acteurs qui furent autrefois des camarades de travail ou de beuverie disparaissent au cœur de l'été. On se sent très vulnérable.
Celles de l'actualité française me révoltent, avec ces individus louches dans la proximité du président, qui à leurs heures perdues tabassent des manifestants sans qu'ils ne soient poursuivis, et surtout sans que cela soit considéré comme grave par celui qui tout de même est légalement le premier magistrat de la nation. Cela en dit long sur la dérive antidémocratique de ce pays. 
Enfin ce qui relève de l'actualité mondiale m'accable, autant que cette chaleur qui pèse sur l'hémisphère nord où dit-on, en bon nombre d'endroits des records sont d'ores et déjà battus.
Alors que faire ? (Oui je sais Lénine se posait déjà la question). Je n'ai plus la force de m'insurger. Pas même par écrit. Cela ne sert à rien. Je crois de toute façon en si peu de choses. Tout au plus qu'il est possible de partager amour et amitié dans le cercle de ses proches. 
Il est difficile aujourd'hui d'échapper aux bruits du monde. Je n'écoute déjà plus les radios qui parlent trop. Celle que j'écoute ne parle que de musique on peut y entendre des phrases comme celle-ci "parmi toutes les mazurkas de Chopin celle en la bémol majeur opus 41 numéro 4 est peut-être ma préférée. elle commence toute nue en retrait par une bagatelle de la main droite avant que la main gauche ne vienne subvenir à l'harmonie, puis elle s'enhardit petit à petit avant de se muer en fête dansante" (Julien Hanck). Et ma foi, n'est-ce pas plus digne d'intérêt que tant d'inepties qui nous sont débitées par ailleurs. Il faudrait se déconnecter, se forcer à ne pas tout savoir des horreurs du monde. 

Une image et quelques mots suffiraient peut-être bien assez. Celle qui illustre ce billet rappelle mon goût pour les corps à moitié cachés, comme je l'ai ici souvent évoqué