dimanche 31 janvier 2021

Les Résistants et les Essentiels

 
Voilà,
sur Instagram un copain, que j'aime bien pourtant, poste une photo de lui rentrant dans un théâtre au premier jour des répétitions, légendée de la sorte : "l'impression de rentrer en résistance". Rapport au fait que tous les théâtres sont fermés en raison de la pandémie. Étonnant de la part d'un acteur supposé connaître le poids et le sens des mots — la base tout de même du travail d'interprétation, non? —.
Rentrer en résistance, Vraiment ? 
T'inquiète pas copain, Déjà tu n'es pas dans l'illégalité. Si tu sors en dehors des horaires prévus, tu risques tout au plus une amende de 135 balles. Certes c'est beaucoup — dura lex, sed lex —. Cependant les flics ne t'emmèneront pas dans une cave, on ne te retournera pas les ongles, ta famille ne sera pas menacée, et personne ne te passera la gégène sur les testicules. Tu aurais risqué bien plus si tu étais allé manifester dans la rue ces deux dernières années en France. Je te rappelle juste les chiffres officiels assez effrayants : 2.448 manifestants blessés, 440 incarcérés, 11.000 en garde à vue, 1 décès. 19.071 tirs de LBD, 1.428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées, 5.420 tirs de grenades de désencerclement entre le 17 Novembre 2018 date de la première manifestation parisienne des Gilets Jaunes et le 1 décembre 2019. Peut-être d'ailleurs que toutes les lois liberticides passées en loucedé au prétexte de l'urgence sanitaire, t'offriront une raison valable d'ici quelques temps de vraiment rentrer en résistance. J'espère alors que tu n'en parleras pas sur Instagram. 
Allez, je veux bien supposer que c’était du second degré.
 
(...)
 
Je n'ai pas vérifié si mon camarade a mis sur son compte facebook  — parce que franchement j’ai autre chose à foutre —  un bandeau où est écrit non-essentiel, à l'instar de bien des comédiens qui ont ainsi manifesté par antiphrase à quel point ils se considèrent comme essentiels. Déjà là-dedans il y a un paquet de  crétins souvent très prétentieux, narcissiques et autocentrés. Beaucoup témoignent d'une grande indigence en matière de culture, et peinent à échafauder un raisonnement. Ce n'est pas grave d'ailleurs, l'intelligence du jeu, passe par d'autres canaux, elle est aussi faite de beaucoup d'instinct et d'intuition et d'une maîtrise de ses émotions. De nombreux artistes sont d'habiles artisans d'eux mêmes. Ils sont comme des Stradivarius, à la fois le luthiste et l'instrument. Mais il vaut mieux qu'ils ne s'occupent pas d'autre chose, d'épidémiologie en particulier, ce qui est très tendance depuis un an. Et puis nombre de mes amis comédiens n’ont fait ce métier que parce qu’ils ne pouvaient s’adapter au monde social, pour sauver leur peau en quelque sorte, pour exprimer ce qu’ils éprouvaient, pour canaliser leur névrose, pour donner forme à leurs angoisses. Je connais peu d'entre eux qui ont agi en se disant "je vais faire ça pour être essentiel". Pour ma part, cette idée ne m’a jamais effleuré. Sinon j'aurais fait médecine, infirmier, philosophe, rebouteux, ou de la recherche scientifique... Il est possible au contraire que la superficialité de l'affaire m'ait paru un excellent exutoire pour fuir les abîmes d'angoisse, les gouffres d'effroi où je craignais de sombrer, et ainsi échapper à une certaine réalité. Et puis la perspective de vivre des personnages, de continuer a faire semblant, de poursuivre cette activité  enfantine qui consiste à jouer, se déguiser, d'aller d'une époque à l'autre, de rester immature, est assez partagée par tous ceux qui se sont engagés dans cette voie. Quand tu es comédien, si tu interprètes un gros con, on te trouve drôle on te félicite, et en plus on te paye pour ça, alors que dans la vie, quand tu es con on te crache à la gueule. Si tu joues un pervers psychopathe avec talent, on peut même te filer une récompense au lieu que dans la réalité on t'envoie en taule ou en asile psychiatrique.

(...)

Pour ma part en ce moment, je finis de répéter un court spectacle qui se jouera la semaine prochaine devant une poignée de professionnels, et qui sans doute finira mort-né. En un an il y a eu tant de productions programmées annulées ou reportées qui attendent de trouver un théâtre, qu'il est probable qu'au regard de l'engorgement prévisible, il n'y aura pas suffisamment de dates de lieux ni d'argent disponibles pour tout le monde. J'en suis fort dépité mais pourtant ce qui me préoccupe, c'est que depuis l'apparition du nouveau variant, je redoute d'être contaminé dans le métro ou dans la rue, en dépit de toutes les précautions que je prends. Le couvre-feu en vigueur, n'empêche pas qu'il y ait beaucoup de monde dans les rues et les transports publics.
Je vois autour de moi, des gens qui se fatiguent de cette paralysie générale — et moi aussi je suis fatigué —, et qui voudraient que les lieux de culture réouvrent. Moi aussi, je voudrais retourner dans un musée, une salle de cinéma. Lacan disait "la réalité c'est quand tu te cognes". Aujourd'hui, la réalité c'est la pandémie qui révèle toutes les incohérences des organisations qui structurent nos existences. Il est étonnant de constater que les mêmes qui critiquaient   — à juste titre — Macron et sa rhétorique martiale ("nous sommes en guerre"), adoptent les la même posture et se fantasment aujourd'hui en résistants. 
C'est déjà pas mal de résister au virus quand tu l'as chopé, ou de résister en te planquant pour ne pas le choper. Et puis il est vraisemblable que ceux qui trouvent qu'on en fait trop aujourd'hui contre ce virus, seront les mêmes qui dans trois mois gueuleront qu'on en n'aura pas fait assez aujourd'hui, si par malheur la situation venait à empirer comme c'est le cas dans les pays voisins, dont pourtant les politiques sanitaires ont été très efficaces et pertinentes durant la première vague.
Depuis quelques temps il se trouve même des leaders populistes qui, en dépit des leçons qu'il y aurait à tirer de la débâcle trumpienne en matière de gestion de la pandémie, considèrent que porter le masque ne sert à rien, que la fermeture des restaurants est absurde, et le confinement inutile. Certains appellent à la désobéissance civile considérant qu'il y a là une dictature sanitaire. 
Bref, c'est le chaos dans les pensées. Et le pouvoir redoute par dessus tout le chaos dans les rues, car la colère qui existait ces deux dernières années demeure toujours vive. Le président a cristallisé sur sa personne beaucoup de ressentiment et parfois même une certaine haine en partie due à son mépris de classe et à son manque d'empathie envers les populations défavorisées. Et même lorsqu'il essaie de faire semblant, il est tellement peu crédible que cela redouble l'acrimonie des gens auxquels il s'adresse. 
Ce qui est le plus étrange, c'est que cette situation fait fi des clivages politiques, et l'on voit des personnes intelligentes se mettre à colporter des publications complotistes sur les réseaux sociaux. 
Souvent, il m'arrive aussi de douter, de me demander si cette maladie est vraiment aussi grave qu'on le prétend, si on ne pourrait pas s'en accommoder, comme le XIX eme siècle s'est accommodé de la tuberculose lorsqu'il n'y avait aucune solution pour l'enrayer. Pourtant je fais partie des populations à risque. J'ai conscience des troubles mentaux très préoccupants induits chez certaines populations par ce confinement, et de la misère qui grandit, en particulier dans le milieu étudiant. Et en même temps je me répète que cette situation n'est pas l'Afghanistan ou le Kurdistan, que les jeunes adultes mâles d'aujourd'hui ne subissent pas le sort de toute une génération appelée sous les drapeaux à la fin des années cinquante et au début des années soixante pour faire 18 mois de guerre en Algérie ; ce n'est pas l'occupation nazie, la déportation des juifs ou les tranchées sanguinaires de la guerre de 14, ou pour en revenir à notre époque, c'est sans commune mesure avec le siège de Sarajevo, ou encore avec ce que vivent aujourd'hui les libanais, ou ce qu'on vécu les syriens ces dernières années. Je n'ai pas de solutions j'ai conscience que la crise économique à venir risque d'être terrible. Surtout pour les vieux, et ceux qui ne sont plus sur le marché du travail. Je sais aussi que les spéculateurs se portent bien et se sont enrichis.
 
(...)
 
A part ça, c'est dimanche, il fait gris, il pleut et à présent la nuit est tombée. En début d'après midi ma fille m'a proposé que nous allions faire un tour. Elle avait envie de marcher avant de se remettre au travail. Nous avons poussé jusqu'à l'Odéon, sommes revenus par le Luxembourg, puis le Bd Raspail. Ce fut mon bonheur du jour. 
De retour à la maison, j'ai relu une partie du "Roman inachevé" d'Aragon, puis j'ai écrit cela en écoutant des sonates pour flûtes de Bach.
Bach oui, même dans ses œuvres profanes, on peut dire sans risque de se tromper que lui, est vraiment essentiel. Comme disait Cioran, "S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach c'est bien Dieu"
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jeudi 28 janvier 2021

Ce petit air de flûte

 
Voilà,
"Ce petit air de flûte s'enfonçait très bien dans le paysage. On glissait, on flottait, on effleurait des girouettes. C'était paisible comme une odeur de buis ; tout un jardin s'ouvrait pour faire plaisir au cœur. Le temps ? Mais il durait mieux. Et la petite flûterie continuait à l'ombre d'une vigne" Norge in "Les Oignons"
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mercredi 27 janvier 2021

Le Moulin de la galette

Voilà,
nous cherchons en effet des signes qui nous donneraient une raison d'espérer, nous les guettons même, mais ils sont rares. Une rue déserte est elle un signe ? Sans doute oui, en ces temps de confinement. Celui de la joie abolie. Et le Moulin de la Galette, vestige d'un temps ancien qui fut au XIXème siècle une guinguette bruyante, ou le populo venait danser (de célèbres tableaux de Renoir et de peintres impressionnistes en témoignent) a désormais des allures de fantôme. 
Quand j'étais enfant, passait à la télévision un émission animée par Albert Raisner, intitulée "Age tendre et tête de bois"où les artistes de variétés en vogue venaient se produire. Je crois me souvenir qu'elle était enregistrée au moulin de la Galette. 
"La cloche de mon cœur chante à voix basse un espoir très ancien". Je ne sais pourquoi ce vers d'Aragon me revient en mémoire.

dimanche 24 janvier 2021

Fleur de pavé


Voilà,
Elle aura bien essayé, mais sans y parvenir. Les démons et les monstres étaient plus forts. Les fantômes aussi. Et le puissant instinct de destruction de cet homme. L'attention la tendresse et l'amour qu'elle lui portait n'auront pas suffi. Qui veut disparaître ne peut se reconnaître dans l'émerveillement des commencements et se hâte au contraire de les abréger. 
L'appel du gouffre aura été plus puissant que celui de la lumière. Tant qu'elle l'a pu, elle a tenté d'entretenir les braises, de maintenir la flamme pour le soutenir. Mais que faire quand il y a trop de fatigue, trop de chagrins, trop de souffrance pour durer dans le oui. Le poids de cette souffrance bien sûr qu'elle le comprenait. Mais parfois il s'égarait, en proie à une peur panique autant qu'irrépressible. Il fuyait, dévoré du dedans par une secrète terreur. Un jour elle n'a pu que constater l'étendue du désastre. Toujours plus vaste. Et c'est elle alors qui a pris la fuite. Un autre jour, bien des années après, le hasard la mène devant cette porte qu'elle a si souvent poussée. Sur laquelle parfois il lui était arrivé, redoutant le pire, de cogner des deux poings. Apercevant le dessin délicat de cette rose comme inopinément surgie du pavé, elle tressaille soudain et ne parvient à retenir ses larmes.
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vendredi 22 janvier 2021

Betty Boop La liste des voix



Voilà
Déchirante celle de John Lennon, quand il chante "Help", "I should have known better", "Julia", "Cold turkey", "Just like starting over", "Jealous guy", "Hey bulldog", "I'm losing you"
 
sensuelle Chrissie Hynde  gémissant presque "Brass in pocket" avec les Pretenders

si désespérée celle de  Billie Holiday

Il y a le miel de Nina Miranda la chanteuse brésilienne

celle très rauque de Angela RoRo

lascive et désinvolte chez de Ray Davies quand il chante Sunny afternoon

Flûtée comme Rickie lee Jones sussurant "dat dere"
 
alanguie la voix de Gainsbourg dans couleur café
 
la guimauve si douce de baby love chantée par Diana Ross
 
Janis Joplin si douloureusement inspirée chantant summertime on n'a jamais fait mieux pour ce morceau 
 
Joyeuses celles d'Ella Fitzgerald et Louis Armstrong chantant ensemble can't we be friends
Ella qui chante avec un cricket à Antibes Juan les pins
Ella qui commence Mr Paganini dans un rire à Berlin en 1961
 
déchirante de tom Waits dans invitation to the blues
 
chaude et reconnaissable entre toutes celle de Georges Brassens
 
quoiqu'il en soit
ne supporte plus les voix,
les voix du matin, les voix bavardes, ostentatoires,
et toutes plus ou moins semblables des animateurs infatués d'eux mêmes, des éditorialistes pontifiants, des pseudo-experts suffisants.

celles enregistrées du métro pour vous annoncer les stations, le danger des pickpockets ou du gap entre le train et le quai, 
seuls trouvent encore grâce à ses yeux, les présentateurs de musique classique, dont l'enthousiasme ou l'affectation ne le choquent pas trop,
ou les conversations scientifiques sur des chaînes culturelles, parce qu'elles offrent à l'esprit la possibilité de s'ouvrir sur d'autres horizons

mercredi 20 janvier 2021

Ombres



Voilà,
 ce poème de Louis Aragon intitulé "Ombres" dans le recueil "Le Crève-cœur" publié en 1941
résonne étrangement aujourd'hui et semble résumer l'année écoulée

"Ils contemplaient le grand désastre sans comprendre
D'où venait le fléau ni d'où venait le vent
Et c'est en vain qu'ils interrogeaient les savants
Qui prenaient après coup des mines de Cassandre

Avons-nous attiré la foudre par nos rires
Et le pain renversé qui fait pleurer les anges
N'avons-nous pas cloué la chouette à nos granges
Le crapaud qui chantait je l'ai mis à mourir

Aurais-tu profané l'eau qui descend des neiges
En menant les chevaux boire à la mare bleue
En août lorsque ce sont des étoiles qu'il pleut
Qui de vous formula des souhaits sacrilèges

La malédiction des échelles franchies
Devra-t-elle toujours peser sur nos épaules
Nos vignes nos enfants nos rêves nos troupeaux
La colère du ciel peut-elle être fléchie

Ils regardent la nue ainsi que des sauvages
Et s'étonnent de voir voler chose insensée
Sous l'aile des oiseaux leurs couleurs offensées
Sans savoir déchiffrer l'énigme ou le présage

Nostradamus Cagliostro le Grand Albert
Sont leur refuge d'ombre et leur abêtissoir
Ils vont leur demander remède pour surseoir
Au malheur étoilé des miroirs qui tombèrent

Leur sang ressemble au vin des mauvaises années
Ils prétendent avoir mangé trop de mensonges
Ils ont l'air d'avoir égaré la clef des songes
Le téléphone échappe à leurs mains consternées

A leurs poignets ils ne liront plus jamais l'heure
Reniant le monde moderne et les machines
Eux qui croyaient avoir la muraille de Chine
Entre la grande peste et leurs bateaux de fleurs

Quelle conjugaison des astres aux naissances
Expliquerait leur nudité leur dénuement
Et ces chemins déserts de Belle au Bois dormant
Sous la dérision des pompes à essence

Dans le trouble sacré qu'enfantent leurs remords
Tout ce qu'ils ont appris leur paraît misérable
ils doutent du soleil quand le sort les accable
Ils doutent de l'amour pour avoir vu la mort"
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lundi 18 janvier 2021

Culture et Barbarie


Voilà,
dès lors que survient un attentat perpétré par des fanatiques se réclamant de l’islam — généralement, des crétins décérébrés manipulés par des fanatiques religieux sectaires —  il y a toujours un clampin qui se pique d'un discours opposant la barbarie à la culture. Ça me gonfle un tantinet. Les mêmes genres de connards existent chez les juifs les bouddhistes et les chrétiens. Ils sont tout aussi nocifs et pareillement cons. D’où ça sort cette idée ? Il me semble au contraire que la culture et la barbarie ont toujours fait bon ménage. Les exemples sont légions. Heidegger s'est très bien accommodé du nazisme. On faisait jouer aux déportés de la musique classique allemande à l'entrée de chambres à gaz pour accompagner ceux qui allaient y trouver la mort. Et encore, les nazis font, a posteriori, figures d'enfants de chœur quand on connaît le raffinement dans la cruauté dont les japonais, à la même époque, firent preuve en Mandchourie. Le Japon n'est pas une nation acculturée à ma connaissance. Je ne parle pas de toutes les horreurs commises au nom du christianisme et de la civilisation sur à peu près tous les continents. Et le peuple qui a produit des génies comme Dostoievski, Tolstoï, Tchekhov, Borodine, Tchaikovski, Rachmaninov, s'est, lors de la période communiste accommodé d'une tyrannie qui ne relevait pas exactement de l'idée qu'on se fait d'un comportement civilisé. Je ne parle même pas du gouvernement chinois dont on sait le sort qu'il réserve à ses opposants.
Évidemment, constater cela ne constitue en rien, une excuse quelconque pour des horreurs récentes.
Il faudrait aussi se rappeler bien des civilisations se fondent sur la barbarie. La judéo-chrétienne, comme les autres. Combien d'abominations décrites dans la bible, combien d'horreurs dans l'Iliade ?  Attaché au char d'Achille, le corps d'Hector traîné autour des remparts, constitue un bien joli moment d'ignominie — certes mise en poésie — qu'il me fut donné de traduire en cinquième alors que je n'avais que onze ans. Alexandre Vialatte dans une de ses chroniques rappelle que "à Rome les spectacles du cirque ne soulevaient aucune objection.(...) Pline, qui était l'homme le plus civilisé de l'époque et le plus scrupuleux aussi, trouvait à ces massacres un sens éducatif : ils habituaient les spectateurs au mépris stoïque de la vie ; mais il s'agissait de celle des autres". Quelle illusion d'imaginer que l'éducation et la culture seraient une garantie de nous préserver de la barbarie. D'ailleurs toutes les civilisations ont maintenu un certain attrait pour la barbarie.
Nos musées et même nos églises sont remplis de scènes horribles génialement peintes ou magnifiquement sculptées, et l'on pourrait multiplier les exemples à l'envi. Et que dire de l'idée républicaine telle qu'elle s'est développée en Europe ? Ne s'est elle pas construite sur quelques massacres et une longue période de terreur commandités par des gens qui connaissaient la philosophes des Lumières et s'étaient entichés de la Grèce antique ? Tout ça pour qu'advienne un général ivre de pouvoir qui se proclama Empereur, et se doubla vite d'un criminel pour exporter sa vision de la civilisation. Mais consolons nous les rois qui le précédèrent n'étaient guère plus vertueux. Ne parlons pas des européens ayant migré en Amérique du Nord et qui ont bâti une nation grâce à l'importation d'esclaves africains et au génocide des populations indiennes.
Croire que que l'éducation et la culture constituent une barrière me paraît bien naïf. Nos technocrates, qui ont grandi dans de belles familles cultivées, fréquenté les grandes écoles, ne sont pas avares d'actes barbares, non plus. Mais c'est une barbarie plus moderne plus sophistiquée qui s'exerce par procuration et demeure impunie. Empoisonner les travailleurs de l'amiante en connaissance de cause, favoriser l'épandage de produits hautement cancérigènes pour ceux qui les utilisent, polluer les nappes phréatiques au seul nom du profit, c'est une barbarie qui s'érige en norme et parfois même en morale : "nous préservons l'emploi". Elle procède aussi d'une croyance fanatique : celle de l'ultralibéralisme. Notre barbarie à nous est d'une autre nature. Elle s'accommode de l'indifférence autant que du sarcasme. 
Nombre d'activités accomplies quotidiennement et qui ne semblent pas prêter à conséquence ne sont possibles que grâce à l'exploitation de nouveaux esclaves rendus tels pour satisfaire nos besoins. On bouffe des tomates collectées dans les Pouilles par des clandestins privés de droits et corvéables à merci. Le cacao cueilli par des enfants exploités en Côte d'Ivoire utilisé pour confectionner de la crème au chocolat dont raffolent nos bambins, nous l'achetons quand même. En République démocratique du Congo, des enfants âgés de 10 ans à peine, s’enfouissent dans des trous guère plus larges que leur corps. Ils y passent des heures, à déterrer de minuscules morceaux de cobalt pour en faire des batteries de téléphone portable. Le tout pour 2 dollars par jour. Offrir un diamant
 probablement extrait dans une mine de Centrafrique conquise grâce à la corruption, des guerres, des massacres, avec leurs lots de mains coupées et d'enfants soldats sacrifiés, passe pour un geste qui fait toujours plaisir à qui le reçoit, paraît-il. 
Remplir de carburant le réservoir de sa voiture est un acte anodin qui suscite peu de questions. Souvent pourtant ce carburant est extrait dans un pays africain ou au Moyen-Orient, et constitue une manière de financer des familles et des gouvernements qui, avec cet argent, gardent des millions d'êtres humains dans l'asservissement et la pauvreté. 
Faut-il aussi parler de toutes ces personnes que nous forçons à émigrer, à mourir, à s'appauvrir, puisque, avec notre confort, nous avons réchauffé la terre, causant des désertification et des inondations.
Et moi aussi je suis barbare. Parce que pour être honnête, j'y pense et puis j'oublie. Je sais que ça existe mais qu'y puis-je ? Bien sûr je signerai des pétitions, je pourrais apposer le petit émoticône qui fait Grrr au bas d'une notifications facebook. Mais force m'est d'admettre ma complicité, et que somme toute ne cela me préoccupe pas tant que ça, en tout cas beaucoup moins que la précarité grandissante dans laquelle je me trouve, et l'incertitude où me tient l'approche de la vieillesse. Tout au plus puis je, avec un cynisme désabusé, m'autoriser le luxe de ces contradictions, faute de mieux. (Linked with our world tuesday)

dimanche 17 janvier 2021

Des visages sur un mur

 
Voilà
devant le mur peint constellé de figures grotesques lui revient à l'esprit, cette phrase de Charlie Chaplin : "aussi inévitable que la mort, la vie est une chose merveilleuse même pour une méduse". Ce dimanche, ses pas l'ont poussé jusqu'à cette proche et paisible banlieue. Ce n'est pourtant que la fin de l'après-midi, mais il éprouve déjà cette angoisse diffuse qui précède une nouvelle semaine. Vide, sans désir, sans idées, sans projet, tout lui semble hors de portée. Il s'en faut de peu pour que le moindre paysage ne se change en larmes. Depuis des jours sa propre parole lui semble n'être que du sable. Il parle à trop peu de gens. Et les visages qu'il croise ne lui indiquent rien d'immédiatement compréhensible ou d'identifiable. Ceux qu'il distingue sur ce mur apparaissent plus vivants que ceux aperçus dans la rue. 
Quoi qu'il en soit, il y a, ici, le chant mince et obstiné des oiseaux. c'est réconfortant. Ailleurs, au même moment des fourmis fourmillent, les termites termitent et la rimicaris hybisae,  — une espèce de crevette sans yeux qui vit à 5000 mètres de profondeur dans une eau à 450° au dessus d'un volcan sous marin des Caraïbes — attend son heure pour s'épanouir. 
Oui la vie est une chose merveilleuse. Mais la nuit va tomber bientôt. Bouger, il faut bouger encore pour échapper à ce qui nous quitte. Et rejoindre son terrier, aussi, avant que ne sonne l'heure du couvre-feu. (Linked with Monday mural)

samedi 16 janvier 2021

La paix à l'agonie


Voilà,
cela se passe il y a exactement trente ans : elle est venue me rejoindre dans cette petite ville où depuis bientôt un mois je répète un spectacle. Elle est arrivée depuis et elle me reproche déjà de ne pas être assez souvent avec elle à Paris, d’accepter de travailler loin, en province. Elle sait qu’après cette ville, il y en aura une autre encore où j’irai m’installer pour trois semaines, afin de préparer un autre projet. Je lui réponds que c’est comme ça, que c’est la vie de bien des comédiens, qu’elle devrait comprendre. Mais elle, qui est une actrice peu sollicitée m’accuse de ne penser qu’à mon métier. Que puis je répondre ? Je fais ce que je peux, je me débrouille. J’aimerais bien faire autre chose parfois, négocier des contrats plus juteux, ne pas avoir de soucis d’argent, et mener à bien des projets solitaires, voyager ou me retrancher du monde, qu’importe, et n’avoir de comptes à rendre à personne, mais bon c'est une période où l'on me propose assez souvent ce genre de travail, et comme j'ai alors le souvenir à vif des périodes de disette je prends ce qui vient. Et puis toutes ces discussions me semblent vaines, inutiles. Une guerre commence, peut-être va-t-elle embraser le monde entier. Une intervention militaire gigantesque se prépare qui s’appelle "Desert Storm". Il fait pourtant si beau dehors. Ce matin la lumière d’hiver inonde la petite chambre d’hôtel aux murs blancs. Aussi, lorsque je la vois lire ce journal dont le titre pourrait aussi bien résumer l’état présent de notre relation, je lui demande de garder la pose. Je sais exactement ce que je fais. Je veux que ce soit ça, la trace et la forme de ce moment où je deviens un autre qui commence à en avoir ras-le-bol et se projette déjà dans un futur qu'il bricolera sans elle. Ce moment où je commence à envisager la rupture. Elle sera lente, il y aura d’autres photos. Je l'aimais bien, pourtant. Hélas, il existe une loi implacable : les relations asymétriques sont rarement faites pour durer.

jeudi 14 janvier 2021

J'en sais ce que savent les mots


Voilà,
"Je dis ça maintenant, mais au fond qu'en sais-je maintenant, de cette époque, maintenant que grêlent sur moi les mots glacés de sens et que le monde meurt aussi, lâchement, lourdement nommé ? 
J'en sais ce que savent les mots et les choses mortes et ça fait une jolie petite somme, avec un commencement, un milieu et une fin, comme dans les phrases bien bâties et dans la longue sonate des cadavres.
Et que je dise ceci ou cela ou autre chose, peu importe vraiment.
Dire c'est inventer.
Faux comme de juste.
On n'invente rien, on croit inventer, s'échapper, on ne fait que balbutier sa leçon, des bribes d'un pensum appris et oublié, la vie sans larmes, telle qu'on la pleure.
Et puis merde."
Samuel Beckett

lundi 11 janvier 2021

Tranche de culture


Voilà,
j'ai pris ce cliché en Janvier ou Février mais je ne me rappelle plus l'année, je me souviens juste qu'il faisait froid et que j'étais tout seul et que je ne trouvais pas ça bien. Je me suis alors promis de refaire plusieurs fois la même photo, à différentes époque en gardant le même cadre. Mais chaque fois que j'ai essayé, il y avait un truc qui empêchait. Des travaux, des échafaudages, une bâche. Bref, au bout d'un moment j'ai renoncé.

dimanche 10 janvier 2021

Le Passe-Muraille


Voilà, 
"Dutilleul était comme figé à l'intérieur de la muraille. Il y est encore, à présent, incorporé à la pierre. Les noctambules qui descendent la rue Norvins à l'heure où la rumeur de Paris s'est apaisée, entendent une voix assourdie qui semble venir d'outre-tombe et qu'ils prennent pour la plainte du vent sifflant aux carrefours de la Butte. C'est Garou-Garou Dutilleul qui lamente la fin de sa glorieuse carrière et le regret des amours trop brèves. Certaines nuits d'hiver, il arrive que le peintre Gen Paul, décrochant sa guitare, s'aventure dans la solitude sonore de la rue Norvins pour consoler d'une chanson le pauvre prisonnier, et les notes, envolées de ses doigts engourdis, pénètrent au cœur de la pierre comme des gouttes de clair de lune."  
C'est ainsi que s'achève la nouvelle de Marcel Aymé, intitulée "Le Passe-Muraille". Cette statue, inaugurée en 1989, œuvre de Jean Marais, qui fut surtout un acteur de cinéma français très populaire de l'après-guerre jusqu'au milieu des années soixante-dix (même si sa carrière continua jusqu'à sa mort), et l'interprète favori de Jean Cocteau, se trouve à l'endroit même que ce passage évoque, tout à côté de l'immeuble montmartrois où vécut Marcel Aymé, et non loin de l'atelier du peintre Gen Paul, et de l'immeuble où demeura pendant la guerre l'écrivain Louis-Ferdinand Céline son grand ami. J'ai pris cette photo, lundi dernier, lors d'une promenade sur la butte déserte, alors qu'habituellement il est difficile dans la journée de s'y balader, à cause du grand nombre de touristes. Ce fut un très agréable après-midi, bien qu'il fît un peu frisquet, et j'en profitai même pour rendre visite à un ami que je n'avais pas vu depuis longtemps.  (Linked with Monday Mural

samedi 9 janvier 2021

Gnognotte

Voilà,
il y a quelques jours j'ai vu la fin de "Godzilla" à la télévision. Cela devait être un programme de Noël. J'ai alors pensé que ça irait, que les américains s'en sortiraient. Le Covid, c'est quand même de la gnognotte à côté des monstres préhistoriques mutants. Une fois de plus j'ai constaté à quel point la production cinématographique des grands studios, mais aussi les comics reflètent, depuis 1945 la paranoïa américaine, et la crainte de tomber sur plus impérialiste et plus envahisseur que leur nation. 
Et puis cette semaine, il y a eu ces images hallucinantes de l'occupation du Capitole à Washington : bien sûr, tous ces braillards à casquette se photographiant en divers endroits, ou se promenant avec les drapeaux des confédérés, les néo fascistes avec des T-Shirt arborant des inscriptions “Camp Auschwitz” ou des aigles nazis. Et aussi, particulièrement grotesque, ce type au torse nu et tatoué, déguisé en shaman préhistorique avec sa toque de fourrure surmontée de cornes,  les couleurs du drapeau peintes sur son visage, qui tient un étendard US à la main. Ça fait un peu fête d’anniversaire au Buffalo Grill du coin, ou bande annonce d’un mauvais clip de Jamiroquai. Il parait cependant que le clown en question a une petite notoriété. D'autres photos attestent son appartenance à la mouvance QAnon. Évidemment aucun de ces manifestants ne se protège du virus. Ils sont un autre genre de virus : celui de la connerie et de l'ignorance crasse. Plus difficile à éradiquer que le Covid. En tout cas cette vision absurde, régressive, quasi surréaliste offre une image dégradante de l'Amérique et de la démocratie représentative déjà mises à mal par la présidence Trump. Les mauvaises langues disent qu’en raison des restrictions liées aux voyages, les USA sont obligés de se livrer chez eux aux tentatives de coup d’état qu’il ne peuvent plus fomenter à l’étranger. Que de médisances !
Quand je pense qu'il y a une semaine on se souhaitait une année meilleure que la précédente, c'est mal barré. Parce que ne nous y trompons pas, l’Europe est à peine mieux lotie, et les populismes y sont aussi inquiétants. Nous aussi, sous ces latitudes nous avons notre lot de gros cons, et de leaders populistes, de droite comme de gauche d'ailleurs.

vendredi 8 janvier 2021

Convivialité


 
Voilà
j'ai pris cette photo au parc de Bercy. Il y a peut-être deux ou trois ans. Elle suggère à quel point et à quelle vitesse notre époque se transforme. Quoique relativement récente, elle paraît déjà d'un monde révolu où “être ensemble” consistait en cela. Ce qui déjà paraissait à l'époque incongru et quelque peu absurde. Mais encore y avait-t-il au moins la possibilité de se côtoyer, de se frôler, de se toucher. Désormais, et pour quelques mois encore, "ensemble" signifie "peu nombreux, chacun masqué, et à une distance raisonnable les uns des autres". (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 6 janvier 2021

Shakespeare and Company

 
 
Voilà,
c'est un de mes endroits préférés à Paris. La librairie Shakespeare et compagnie. J'y ai passé du temps, et inspiré parfois de bonnes photos
Le nom Shakespeare and Company fut d'abord celui d'une librairie antérieure, fondée et dirigée par l'Américaine Sylvia Beach, et située au 8, rue Dupuytren (de 1919 à 1921), puis au 12, rue de l'Odéon (de mai 1921 à 1941). Cet établissement fut considéré pendant l'entre-deux-guerres comme le centre de la culture anglo-américaine à Paris. Il était souvent visité par des auteurs appartenant à la « Génération perdue », tels qu'Ernest Hemingway, Ezra Pound, F. Scott Fitzgerald, Gertrude Stein et James Joyce. Considéré comme étant de haute qualité, le contenu de la librairie reflétait les goûts littéraires de Sylvia Beach. Shakespeare and Company, tout comme ses habitués littéraires, sont continuellement mentionnés dans Paris est une fête d'Hemingway. Les clients pouvaient acheter ou emprunter des livres comme le controversé L'Amant de lady Chatterley de D. H. Lawrence, interdit en Angleterre et aux États-Unis.

C''est Sylvia Beach qui a publié, en 1922, la première édition du livre de James Joyce, Ulysse, qui a par la suite été interdit aux États-Unis et en Angleterre. Shakespeare and Company publia plusieurs autres éditions d'Ulysse.

En , la librairie devient l'éditeur-distributeur de la revue d'avant-garde Transition fondée entre autres par Eugène Jolas.

Dans les années 1930, la librairie en difficultés financières obtient le soutient d'André Gide qui crée les Amis de Shakespeare and Co Il arrange notamment la venue à la librairie du fondateur de la Nouvelle Revue française Jean Schlumberger. Ce dernier fait à son tour venir Jean Paulhan. Elle reçoit également un soutien financier de riches Américaines telles que Helena Rubinstein et Anne Morgan.

Cette première Shakespeare and Company fut fermée en à cause de l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Le magasin aurait été fermé parce que Sylvia Beach avait refusé de vendre le dernier exemplaire de Finnegans Wake de Joyce à un officier allemand. Le magasin de la rue de l'Odéon n'a jamais rouvert.

En 1951, une autre librairie anglophone fut ouverte à Paris par l'Américain George Whitman , sous l'enseigne Le Mistral, au 37, rue de la Bûcherie. Le magasin devint rapidement un centre de la culture littéraire. Le nom de cette seconde librairie fut changé en Shakespeare and Company à la mort de Sylvia Beach en 1962. Dans les années 1950, beaucoup d'écrivains de la Beat Generation, tels qu'Allen Ginsberg, Gregory Corso et William S. Burroughs y logèrent.  Jim Morrison la fréquenta assidûment en 1971.

La fille de George Whitman, Sylvia, reprend la boutique en 2001. Elle a su donner un second souffle à la librairie en organisant plusieurs festivals culturels, qui remportent un franc succès. Par exemple, tous les deux ans depuis 2003 se tient le Festival and Co qui fait se rencontrer à Paris les écrivains anglophones en vogue et à découvrir. La librairie est également devenue un asile pour les écrivains qui souhaitent rester pour quelques nuits. En contrepartie, il faut respecter certaines conditions : lire un livre par jour, aider deux heures à la boutique, et rédiger une page autobiographique en y joignant une photographie

Sylvie Whitman dirige la librairie dans un souci de rencontre perpétuelle entre le livre et le lecteur. L'agencement de la boutique, les animations organisées, telles que la création en 2010 d'un prix littéraire, le Paris Literary Prize, ou les lectures hebdomadaires, sont autant de moyens de favoriser cette rencontre. 

Aux dernières nouvelles, l'existence de cette librairie serait menacée en raison de la crise du Covid, ce qui serait un véritable drame.

Source Wikipedia

Linked with signs2 

mardi 5 janvier 2021

Tu es venu trop tard

Voilà,
"tu es venu trop tard, il était là il y a un instant, en automne il ne reste jamais longtemps à la même place, il est attiré dehors, dans les champs sombres où il n'y a pas de clôture, il a quelque chose de la grue. Si tu veux le voir, vole aux champs, il y est sûrement". Franz Kafka in "Cahiers divers et feuilles volantes" 

lundi 4 janvier 2021

M'asseoir à une terrasse chauffée

 

Voilà,
j'aime ces hasards de lecture qui scellent d'étranges correspondances. En lisant le dernier tome du Manifeste Incertain de Frédéric Pajak, que j'ai parfois évoqué dans ce blog, ici ou bien encore , j'apprends au détour d'une page que lors d'une excursion en montagne, alors sur le point de tomber dans un ravin, il a été sauvé de la mort par un certain Killian Fritsch qui quelques années plus tard s'est suicidé à la station de métro Gaîté, d'ailleurs ma station la plus proche. J'en avais parlé dans un précédent billet puisque ce Killan Fritsch passe pour être l'auteur du célèbre slogan de mai 68 "sous les pavés la plage". Autre coïncidence, Frédéric Pajak a crée dans les années soixante-dix, une revue littéraire qui s'appelait "Station-Gaieté". J'écris cela de chez moi, en écoutant une émission à la radio consacrée à Dave Brubeck. Une guirlande clignote encore, même ce n'est plus Noël. J'aimerais pouvoir sortir, m'asseoir à une terrasse chauffée et regarder passer les femmes en buvant un rhum arrangé. (linked with our world tuesday)

dimanche 3 janvier 2021

Du mal à y croire

Voilà,
au bord du quai de Loire, qui longe le canal de l'Ourcq dans le nord de Paris, de nombreuses fresques recouvrent les murs. En décembre 2019, je suis souvent passé par là car nous disposions d'un local de travail où nous répétions la charmante pièce que Frédéric Bazin avait écrite pour un festival de formes brèves. J'en avais profité pour réaliser quelques photos.
A peine plus d'un an, mais cela semble tellement loin. Je me souviens de ce qui faisait parler à l'époque : les lois anti-sociales que le gouvernement tentait de mettre en place, les grèves qui engorgeaient Paris et paralysaient la France, les grands incendies en Australie. L'agitation du milieu littéraire parisien à propos de la sortie d'un livre relatant les agissements pédophiles d'un écrivain pour lequel le petit monde éditorial et politique avait fait preuve de nombreuses complaisances durant des années. Bien sûr on évoquait de la nouvelle épidémie en Chine, mais l'on ne se sentait pas vraiment concernés. Après tout nous ne consommions pas de pangolin. Comment avons nous pu être aussi aveugles, imprévoyants, et nous croire à ce point invulnérables ? Bien sûr un événement est ce qui par définition excède l'entendement et il se manifeste dans le surgissement, mais tout de même... Une année nouvelle commence, mais ici, en Europe on évoque une variante anglaise du virus qui le rendrait encore plus contagieux. Je voudrais espérer une vie moins contrainte, mais pour le moment j'ai encore un peu de mal à y croire. Je commence cette année aussi perplexe que circonspect.
(Linked with Monday murals)

Publications les plus consultėes cette année