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mardi 24 mars 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (22)

 
 
 
Voilà,
ça me revient,
il m'arrivait parfois de me rendre à Nantes pour animer des formations sur la prise de parole et la communication persuasive à destination des cadres d'une grande banque. Je m'arrangeais toujours pour partir tôt la veille et m'octroyer une petite journée de détente pour  musarder dans la ville ou les alentours. C'est en 2015 que j'ai pris cette photo, sur un ancien site industriel reconverti en zone de loisirs. Cette immense grue témoigne d'une activité portuaire passée. Toute l'activité se trouve désormais concentrée à St Nazaire au bout de l'estuaire.
 
ça me revient
quand j'habitais à l'École Polytechnique les généraux qui dirigeaient l'école s'appelaient le général Buttner, puis il y eut le général Briquet
 
ça me revient
mon oncle  Philippe et sa copine Aline avaient une amie qui s'appelait Pingala, qui est tout de même un prénom pas très commun
 
ça me revient
au lieu de dire aller aux toilettes la grand-mère d’Agnès utilisait expression aller chez snob 
 
ça me revient 
le rire de Philippe quand il évoquait les films anglais "Noblesse oblige" et "Tueurs de dames" dont l'humour le réjouissait
 
ça me revient
pendant les répétitions des "précieuses ridicules" à Genevilliers, c'était la période de ramadan. A proximité de la station de métro porte de Genevilliers se trouvait un marché où il était possible d'acheter des pastillas, des pâtisseries et des plats de fêtes pour l'occasion. C'était très bon. C'est à cette époque aussi que j'ai fait faire des travaux dans ma cusine
 
ça me revient
avoir découvert chez Guillaume Gronier, un des jeunes collègues de travail de Philippe à L’Onda, l’office de diffusion théâtrale qu'il avait créé, les versions moyenâgeuses des carmina burana, transcrites et enregistrées par le Clémencic Consort.  Carmina Burana est le titre que le linguiste allemand Johann Andreas Schmeller a donné à un manuscrit découvert en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern (Bavière) et dont la première édition date de 1847. Il s’agit de la compilation, partiellement notée en neumes et rédigée entre 1225 et 1250, de 315 chants profanes et religieux composés en latin médiéval — certaines parties étant en moyen haut-allemand, arpitan, ainsi qu'en français —, majoritairement par les goliards, des ecclésiastiques défroqués ou des étudiants vagabonds. Le manuscrit comporte des chansons d’amour, des chansons à boire et à danser ainsi que des pièces religieuses. C'est là que j'appris que "le petit château" était à l'époque  une métaphore du sexe féminin (prendre ton petit château).

ça me revient
J’ai vu Lakmé de Léo Delibes à l’Opera comique vers 1993 quelques jours après avoir acquis mon premier PC, un IBM. Pendant toute la représentation je ne cessais de penser à la façon de faire fonctionner "Windows 3.1"
 
ça me revient que la chaufferie de l'école polytechnique avait été baptisée le Styx. les élèves y avait aménagé une boîte de nuit, à laquelle on pouvait accéder par l'extérieur, en utilisant certain souterrains de paris aujourd'hui bien connus des cataphiles. Le responsable de la chaufferie était un type que tout le monde appelait le grand Laye en raison de sa taille. Ce type était assez effrayant. Il portait en lui une violence qui ne demandait qu'à éclater. Plus tard, en lisant "le roi des Aulnes", le roman de Michel Tournier, c'esrt sa silhouette et son visage que je prêtais à Abel Tiffauges.
 
ça me revient
Les cinq épuisantes dernières minutes du quart de finale de rugby 2023 entre l’Irlande et les All Blacks et l’héroïque défense de ces derniers qui s’est conclue par un grattage de Sam Whitelock me semble-t-il

ça me revient
Ce comportement de grande classe de l’entraîneur allemand du PSG, Thomas Tuchel, avec son employée de maison phillipine. Au fil du temps, ayant sympathisé avec elle jusqu’à échanger sur leur vie privée, il avait appris au travers de leurs échanges, que celle-ci travaillait dans l’objectif de payer les frais médicaux d’un de ses enfants, souffrant d’un dysfonctionnement cardiaque nécessitant une intervention. Il avait alors pris la décision de payer tous les frais de santé pour cet enfant. En outre lors de son départ du PSG en décembre 2020, Tuchel sachant que son employée souhaitait retourner vivre dans son pays d’origine l’aida à s’y installer en lui achetant une maison là-bas.
 
ça me revient
le gentil guitariste et compositeur Marcel Dadi mort accidentellement le  lors du vol TWA 800  dans l'avion qui explosa peu après son départ de New York.

ça me revient
mais peut-être l'ai-je déjà évoqué, car c'est une séquence qui reste dans ma mémoire sans que je ne me l'explique. Un garçon de ma classe, sous le préau de l'école communale de Biscarrosse plage s'était, au cours d'une récréation, debout sur un banc mis à chanter "la ferme du bonheur" de Claude François en imitant sa gestuelle, et tout le monde s'était assemblé pour le regarder. J'étais resté un peu en retrait observant tout cela avec circonspection. Déjà tout petit je n'aimais pas ce chanteur sautillant survolté (qui est d'ailleurs mort en s'électrocutant) qui dégageait pour moi quelque chose de déplaisant bien qu'il fût une idole
 
ça me revient
pour m’endormir enfant je remuais la tête de gauche à droite de droite à gauche assez violemment. C’est étrange que j’aie à ce point si longtemps refoulé ce souvenir
 
ça me revient
ce pique-nique un matin sur la plage de Sainte-Anne en Guadeloupe où des jeunes antillaises se demandaient  "et toi tu sais près de quel arbre est enterré ton placenta ?"
 
ça me revient
le souvenir du merveilleux petit livre de Frédéric Mitterrand, lu il y a quelques années qui s’appelle "Tous désirs confondus" où il commente des photos de famille. Je l'ai retrouvé dans ma bibliothèque ; cela s'achève ainsi : "C’est assez simple, en somme, il suffit d’écouter, de regarder, et puis de se laisser guider en veillant à ce que nul souvenir, jamais ne manque, parce que les souvenirs ouvrent mille chemins de traverse inattendus, à chacun des sons que l’on perçoit, à chacune des vues que l’on découvre…

Alors, avec le temps qui passe, les chagrins personnels et les drame du monde s’estompent aussi peu à peu. Oh, cela ne veut pas dire qu’ils disparaissent, ni qu’on ne veuille plus savoir qu’ils existent, malgré tout, non, il s’agit d’autre chose ; de sentir seulement qu’il est temps d’entrer à son tour dans la grande photo du monde, d’y apporter intacts, les élans et les joies de son enfance, de témoigner enfin du bonheur, unique de vivre".

 
ça me revient 
le Général Bigeard, lorsqu'il était ministre de la Défense nationale, appelait le président de la république d'alors, "le président Giscard" au lieu de le désigner par son patronyme complet Giscard d'Estaing
 
ça me revient,
Didier F. qui s'était invité à Châteaudouble en disant qu'il viendrait accompagné, et lorsqu'il avait débarqué ce n'était pas du tout la personne qu'on supposait qui était à ses côtés.
 
ça me revient  
dans la première décennie des années 2000, je me suis pris de passion pour l'œuvre graphique de Jiro Taniguchi
 
ça me revient
la première fois où j'ai entendu la chanson "Love calls you by your name" de Léonard Cohen, c'était un soir,  lors de l'émission "Campus" animée sur Europe1 par Michel Lancelot. J'en avais été très bouleversé. Bien plus tard j'appris le parcours chaotique et ambigu de cet animateur qui avait été le compagnon radiophonique de mes soirées solitaires quand j’avais quatorze quinze ans.

ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe
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lundi 15 septembre 2025

Questions


Voilà,
je me demande y aura-t-il un autre été
paisible et serein et des heures indolentes
ou bien n’est ce plus qu’un rêve déjà fané
qui s’efface dans une amère et morne attente 
 

lundi 7 avril 2025

Pourvu que cela soit beau

 Voilà,
Il semblerait que désormais notre monde soit de plus en plus souvent couleur d'acier. 
Je me souviens de paysages anciens
mais
tel un Treplev vieillissant 
je songe à des formes nouvelles
je veux dire des formes nouvelles pour moi. 
 
 
Pendant que je les cherche et travaille à les faire émerger
je ne songe à rien d'autre 
le chaos du monde sort de mon esprit.
Ne m'occupent que des questions techniques
des histoires d'équilibre de masses
de grain et de lissage
Les angoisses pour un temps se dissipent 
oui se dissipent comme le cirrus s'effaçant dans le bleu du ciel
elles reviendront bien sûr 
mais pour le moment 
— et c'est tant mieux —
rien d'autre ne compte
que le mystère de cette image 
et ce mystère me comble me soulage
Bien sûr je sais que secrètement par là je conjure
 ce que l'on n'ose en général guère énoncer pour soi
ce mot qui trop a été prononcé à travers les âges
qui dit toute notre terreur d'être au monde
mais qu'importe pourvu que 
cela soit beau comme la mer et la lumière

jeudi 15 août 2024

La mer



Voilà 
"La mer fascinera toujours ceux chez qui le dégoût de la vie et l’attrait du mystère ont devancé les premiers chagrins, comme un pressentiment de l’insuffisance de la réalité à les satisfaire. Ceux-là qui ont besoin de repos avant d’avoir éprouvé encore aucune fatigue, la mer les consolera, les exaltera vaguement. Elle ne porte pas comme la terre les traces des travaux des hommes et de la vie humaine. Rien n’y demeure, rien n’y passe qu’en fuyant, et des barques qui la traversent, combien le sillage est vite évanoui ! De là cette grande pureté de la mer que n’ont pas les choses terrestres. Et cette eau vierge est bien plus délicate que la terre endurcie qu’il faut une pioche pour entamer. Le pas d’un enfant sur l’eau y creuse un sillon profond avec un bruit clair, et les nuances unies de l’eau en sont un moment brisées ; puis tout vestige s’efface, et la mer est redevenue calme comme aux premiers jours du monde. Celui qui est las des chemins de la terre ou qui devine, avant de les avoir tentés, combien ils sont âpres et vulgaires, sera séduit par les pâles routes de la mer, plus dangereuses et plus douces, incertaines et désertes. Tout y est plus mystérieux, jusqu’à ces grandes ombres qui flottent parfois paisiblement sur les champs nus de la mer, sans maisons et sans ombrages, et qu’y étendent les nuages, ces hameaux célestes, ces vagues ramures.
La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir, une promesse que tout ne va pas s’anéantir, comme la veilleuse des petits enfants qui se sentent moins seuls quand elle brille. Elle n’est pas séparée du ciel comme la terre, est toujours en harmonie avec ses couleurs, s’émeut de ses nuances les plus délicates. Elle rayonne sous le soleil et chaque soir semble mourir avec lui. Et quand il a disparu, elle continue à le regretter, à conserver un peu de son lumineux souvenir, en face de la terre uniformément sombre. C’est le moment de ses reflets mélancoliques et si doux qu’on sent son cœur se fondre en les regardant. Quand la nuit est presque venue et que le ciel est sombre sur la terre noircie, elle luit encore faiblement, on ne sait par quel mystère, par quelle brillante relique du jour enfouie sous les flots.
Elle rafraîchit notre imagination parce qu’elle ne fait pas penser à la vie des hommes, mais elle réjouit notre âme, parce qu’elle est, comme elle, aspiration infinie et impuissante, élan sans cesse brisé de chutes, plainte éternelle et douce. Elle nous enchante ainsi comme la musique, qui ne porte pas comme le langage la trace des choses, qui ne nous dit rien des hommes, mais qui imite les mouvements de notre âme. Notre cœur en s’élançant avec leurs vagues, en retombant avec elles, oublie ainsi ses propres défaillances, et se console dans une harmonie intime entre sa tristesse et celle de la mer, qui confond sa destinée et celle des choses.Septembre 1892.
Marcel Proust in Les Plaisirs et les Jours

vendredi 28 juin 2024

Dernières fois


 
Voilà,
lui revenaient en mémoire
tous ces lieux visités ces gestes accomplis sans savoir qu'ils l'étaient pour la dernière fois
car bien évidemment il était impossible alors de supposer les impondérables
Jamais plus il ne serait un estivant sur cette plage
où gisent chaque été des songes indolents et dénudés 
tout ça lui paraissait désormais d'une vie qui déjà n'était plus tout à fait la sienne

dimanche 25 février 2024

Pays nantais

Voilà,
il y a deux ans jour pour jour, je suis allé à Trentemoult un ancien village de pêcheurs aux maisons colorées situé, juste en face de Nantes sur la rive gauche de l'estuaire de la Loire. On y accède après cinq minutes de traversée à bord de ce qu'on appelle là-bas le Navibus. En quittant la Gare Maritime de Nantes on ne peut ignorer cette longue fresque peinte sur un mur de la rive droite. J'ignore si elle existe encore.
 
 




Bientôt sur l'autre rive apparaît une ligne de bâtisses bigarrées. L’une des façades arbore une peinture publicitaire « Petit Beurre Lu » d’une autre époque. Juste à côté, la crêperie "La Reine Blanche" . Les pêcheurs peuplant jadis ce petit village à l’allure étonnante, avec ses allées sans voiture et des terrasses le long de la Loire, enduisaient leurs maisons avec les restes de peinture destinée aux coques des bateaux. La tradition a perduré et sied parfaitement à l’ambiance bohème qui flotte désormais ici, loin de l’agitation urbaine.
 
 
 
Il y avait quelque chose d'incongru à profiter des timides rayons du soleil, et à déambuler dans ces ruelles si paisibles en songeant à l'agression sauvage de l'armée russe en Ukraine, et à l'invasion qui venait de commencer la veille.
 

Plus tard, revenu à Nantes et déambulant au hasard des rues, j'ai aperçu ce magnifique trompe-l'œil, voisin de cet autre que j'ai déjà montré dans ces pages
 

mardi 19 septembre 2023

Hier

Tréguier, Mai 2005
  

Voilà,
hier la pluie tombait doucement, enveloppant le port d'une brume apaisante
 
hier, un homme a songé à rédiger ses directives anticipées sans pour autant y parvenir 
 
hier, sur l'autre hémisphère un vieux monsieur a profité de ce que personne ne pouvait le voir pour dessiner une bite sur le pare-brise embué d'une voiture parce que vraiment là c'était trop tentant

hier, un enfant a vu effrayé, tomber la grêle pour la première fois
 
hier un lobbyiste s'est réjoui d'avoir mis un député de plus dans sa poche
 
hier, une femme s'est demandé si elle reverrait un jour les gorges du Verdon
 
hier, assis confortablement dans un restaurant, consultant la carte, un commercial qui venait de faire une bonne vente a hésite entre un filet mignon au cidre et un sauté de veau Marengo
 
hier, un vieil homosexuel passant devant un sauna gay s'est dit qu'il avait une heure à tuer avant de prendre son train et qu'il pourrait en profiter pour aller se faire sucer un petit coup
 
hier un homme souffrant d'une douleur intercostale a dit à son interlocuteur au téléphone, alors qu'il marchait dans la rue "oui mais le choux au bout d’un jour c’est tout mou"
 
hier, un intellectuel dans un colloque a affirmé avec une excessive conviction que le zéro était la plus grande invention de l’humanité 

hier, quelqu’un a entendu pour la première fois le mouvement intitulé « le jour se lève » dans Daphnis et Chloé de Debussy et il en est resté tout transi
 
hier, quelqu'un, dans un lieu public s'est demandé comment trouver un endroit pour se gratter discrètement le cul
 
hier, une petite quadragénaire nerveuse affligée d'un tic labial suggérant des intentions ambigües s'est laissée rattraper par un souvenir et  a senti un irrépressible chagrin la submerger
 
hier, un type a demandé dans le métro "vous pouvez m’aider messieurs-dames cinquante centime un euro"
 
hier, assise sur la moelleuse banquette d’une terrasse de café une fille a dit à sa copine que Lucie n’est jamais actrice de sa relation et qu’il faudrait qu’elle arrête de vivre ses histoires comme au 19me siècle
 
hier, un chat errant a pissé sous un porche dans une ville du proche Orient
 
hier, un enfant kurde a sauté sur une vieille mine antipersonnel qui était là depuis des années
 
hier, un jeune homme est tombé dans le regard et le désir de l’étudiante qui lui souriait
 
hier, un homme grippé gardant la chambre, a lu dans son lit un article sur son smartphone selon lequel L’Angleterre était minée par "la marchandisation de la prise en charge" des personnes âgées dépendantes
 
hier, un zodiac surchargé de migrants a chaviré dans les eaux froides de la Méditerranée 

hier, un jeune homme dans un jardin botanique a eu l'intuition que les fleurs exprimaient toute la beauté d'une nature où l'humanité n'est qu'une tumeur 
 
hier, quelque part en Nouvelle-Zélande un petit garçon s'est réjoui de claquer pour la première fois un drop entre les perches devant son père présent dans les tribunes
 
hier, un spécialiste en oncologie pédiatrique s'est pris la tête entre les mains en se demandant combien de temps encore ça allait durer tout ça
 
hier un mec s'est réveillé et s'est dit c'est quoi ce rêve à la con avec des histoires de chargeur qui ne fonctionne pas
 
hier quelqu'un a songé que la sensation d'émerveillement devant la beauté, les premiers hommes avaient dû aussi l'éprouver lors de certains couchers de soleil, ou en voyant des papillons, ou en observant l'éclosion de certaines fleurs, ou plus simplement en découvrant des paysages. Que peut-être même l'attrait exercé par quelques uns de leurs semblables, avait pu éveiller quelque chose de l'ordre d'un sentiment esthétique. 
 
hier un homme s'est interrogé sur le temps qu'il a fallu pour que s'opère ce glissement de sens de compassion à compassé 
 
hier, un écrivaillon français végan et déprimé a fait rimer extase et métastase
 

dimanche 18 septembre 2022

Supercherie


Voilà,
" C'est une vie entre les coulisses. Il fait jour, c'est un matin en plein air, et puis aussitôt la nuit tombe, et c'est déjà le soir. Ce n'est pas une supercherie compliquée, mais il faut se soumettre tant qu'on est sur les planches. On n'a le droit de s'enfuir que si on a la force de se diriger vers le fond, de fendre la toile, de passer à travers les lambeaux de ciel peint et d’enjamber un ou deux accessoires pour se réfugier dans la rue réelle, une rue obscure et étroite qui, en raison de la proximité du théâtre, s’appelle encore rue du théâtre, mais est vraie et possède toutes les profondeurs de la vérité". (Franz Kafka)
Bien sûr cette rue de Nantes ne s'appelle pas la rue du Théâtre, mais, ni obscure ni étroite, elle est cependant réelle et possède néanmoins non pas la profondeur, mais l'illusion de la vérité. Et il faut y regarder à deux fois pour reconnaître la supercherie.
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jeudi 18 août 2022

Marais salant de la chèvrerie


Voilà, 
ça ne tient pas à grand chose, la sensation de bien-être. Juste à la surprise de se retrouver dans un paysage inconnu, de ne pas s'y sentir seul, en dépit de l'extrême austérité du lieu ; à la perspective d'une journée de découverte ; à l'amitié partagée ; aux plaisirs d'enfance retrouvés. C'est aussi que jamais peut-être auparavant je n'ai ressenti avec une telle densité le caractère fragile éphémère et superflu de ma présence au monde. La guerre autant que la rupture des grands équilibres écologiques menacent l’humanité, mais le corps aussi, se déglingue. La vie cependant, exige d'être vécue, même si le moral n'est pas au plus haut. Que le présent s'offre soudain sous un certain angle avec telle lumière et, dans l'air, un parfum particulier, aussitôt ça va mieux. Ça ne dure certes pas, mais c'est un menu plaisir toujours bon à saisir : cette fugitive sensation d'éternité.

mercredi 2 mars 2022

Florilège


Voilà,
j'ai constaté avec un étonnement à la fois amusé et légèrement dépité que, pour un site avec lequel je souhaitais me mettre en lien, ma publication d'hier était suspectée de contenir un message inapproprié à caractère politique. Que dire alors de celui d'aujourd'hui ! Je me contente  cette fois-ci de relayer une information que j'ai vu passer sur le net et qui en dit long sur la bêtise de certains commentateurs et correspondants de presse, et sur le racisme ordinaire qui les caractérise. Ces vidéos ont été collectées par AlanRMacLeod sur son compte Twitter, on peut vérifier de visu.
1. La BBC
"C'est très émouvant pour moi parce que je vois des Européens aux yeux bleus et aux cheveux blonds se faire tuer" - David Sakvarelidze, le procureur en chef adjoint de l'Ukraine
 
2. Nouvelles de CBS
« Ce n'est pas l'Irak ou l'Afghanistan... C'est une ville relativement civilisée et relativement européenne" - Charlie D'Agata correspondant étranger de CBS

3. Al-Jazeera (de toutes les chaînes)
« Ce qui est fascinant, c'est de les regarder, la façon dont ils sont habillés. Ce sont des gens prospères et de classe moyenne. Ce ne sont pas évidemment des réfugiés qui essaient de s'éloigner du Moyen-Orient... ou l'Afrique du Nord. Ils ressemblent à n'importe quelle famille européenne à côté de laquelle vous vivriez"

4. BFM TV (France)
« Nous sommes au 21e siècle, nous sommes dans une ville européenne et nous avons des tirs de missiles de croisière comme si nous étions en Irak ou en Afghanistan, vous imaginez !? "

5. Le Daily Telegraph
Cette fois-ci, la guerre est fausse parce que les gens nous ressemblent et ont des comptes Instagram et Netflix. Ce n'est plus dans un pays pauvre et reculé. - Daniel Hannan

6. ITV (UK)
"L'impensable est arrivé... Ce n'est pas une nation du tiers monde en développement ; c'est l'Europe ! "

7. BFM TV (France) (encore)
« C'est une question importante. On ne parle pas ici des Syriens qui fuient... On parle des européens. "
. « Pour le dire franchement, ce ne sont pas des réfugiés de Syrie, ce sont des réfugiés d'Ukraine... Ce sont des chrétiens, ils sont blancs. Ils sont très semblables [à nous]" - *expliquant pourquoi la Pologne accepte les réfugiés. *
 
Édifiant, n'est-ce pas ? Ne reste qu'à se souvenir de ces moments où le regard pouvait se tourner vers le ciel sans trop songer au malheur.

dimanche 27 février 2022

Temps déraisonnables

Voilà,
un joli trompe-l'œil aperçu à Nantes, avec deux boîtes électriques peintes elles aussi. J'ai réalisé quelques photos là-bas, mais je n'avais pas trop la tête à ça. J'étais pris entre l'émotion suscitée par la mise en place et l'émouvante réception de la forme brève du spectacle de Sophie T. présentée devant une assistance constituée de médecins, et la sidération provoquée par l'agression de l'armée russe sur le territoire ukrainien ainsi que par l'effrayante détermination et la folie destructrice de Poutine que rien ne semble pouvoir arrêter. 
Cette image qui évoque un monde paisible, convivial, où il fait bon partager le vin, semble en totale contradiction avec les temps déraisonnables que nous vivons. Alors qu'il faudrait faire preuve de solidarité au niveau mondial pour répondre aux défis que l'humanité doit relever en raison des périls écologiques qui la menacent, Poutine et son gang d'oligarques ne trouvent rien de mieux que de créer encore plus de chaos dans ce monde si dangereusement menacé. 
Quel sens trouver à notre présence sur terre ?
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vendredi 25 février 2022

Invasion


 
Voilà,
C’est dans la salle du petit-déjeuner dont la baie vitrée offrait ce paysage et ensuite dans la chambre du Novotel de Nantes situé à proximité du Palais des Congrès et où j'ai porté pour la première fois un pyjama gris que j’ai appris, hier matin, avec un effroi certain, la brutale déclaration de guerre de Poutine immédiatement suivie de l’invasion de l’Ukraine par les chars russes. 

jeudi 4 février 2021

Déplorations


Voilà,
Je déplore ne pas me trouver en ce moment à cet endroit, je veux dire non loin de la mer
 
Je déplore le fait que l’un des plus beaux disques jamais édités porte un nom aussi con et une couverture aussi peu en accord avec la musique qui y est gravée. Je veux parler d’atomic basie bien sûr.

Je déplore qu’en entendant aujourd’hui l’album « songs of Leonard Cohen » mon incapacité à l’écouter sans être hanté par le jeune homme que j’étais alors et accablé par le constat que ma vie n’a pas ressemblé à ce que je rêvais d’en faire.

Je déplore cet embarras dans lequel au moment d’un départ ou d’une arrivée, nous mettent les gestes barrière qui, depuis quelques mois nous privent du témoignage de la joie ou de la gratitude

Je déplore apercevoir autant de masques usagés jetés n'importe comment dans la nature 
 
je déplore le fait que les gens qui gueulent parce que les bars sont fermés ne gueulaient pas aussi fort quand on a fermé les lits d'hôpitaux, qu'on a réduit les budgets pour la recherche ou pour l'enseignement.
 
je déplore devoir  parfois me heurter à l'incommensurable bêtise et l'acrimonie des "imbéciles heureux fiers d'être nés quelque part", qui revendiquent leur terroir comme un étendard, et qui, pour peu qu'on écrive de Paris, vous assignent à ce lieu, vous reprochant soudain d'être de la capitale avec tous les clichés s'y afférant
 
je déplore avoir quelquefois la faiblesse d'accorder du temps à des gens qui n'en valent pas la peine et qui par conséquent me le font perdre

je déplore  constater que le proverbe "si jeunesse savait et si vieillesse pouvait" s'avère aussi juste
 
je déplore  ne pas savoir jouer du piano ou de la guitare
 
je déplore être aussi fauché en période de crise
 
mais heureusement je trouve qu'il y a encore bien des motifs de se marrer 
(Linked with skywatch friday

mercredi 9 décembre 2020

Au large

  
  
Voilà, 
pour commencer, — et je m'excuse auprès de mes lecteurs étrangers de ce billet bien-franco-français — une petite retouche à un récent post, puisque un article du journal "Le Monde" m'a livré des informations dont je ne disposais pas concernant le livre du Génénéral De Villiers oui je vois il y a une faute de frappe mais finalement elle me plaît bien je la laisse. Le titre d'abord : il n'est pas de lui — celui qu'il avait initialement proposé "Halte au feu" sonnait nettement plus militaire et puis cela rappelle la bande son de la fusillade de la Rue d'Isly à Alger —. Le titre définitif a été proposé par son éditeur (ex-conseiller de Laurent Wauquiez), "homme discret, fin connaisseur de la droite catholique il a ses entrées au Vatican, écrit de pieux ouvrages" selon le journal et très apte à générer des profits pour son employeur, ce qui est tout de même une forme de talent. Il a dégotté une obscure citation de Camus, Albert, pas Renaud. Au passage il paraît toujours selon "Le Monde" que le le général "assume sans ciller Renaud Camus et sa peur du grand remplacement sans même y mettre un guillemet". On apprend aussi dans cet article de Franck Johannès et Solenn de Royer que "sur la boîte de son casoar, qu'il conserve pieusement, son binôme de Saint Cyr a inscrit "mon âme à Dieu, mon corps à la patrie, mon cœur à la famille", ce qui, sans doute nos deux journalistes l'ignorent ils, n'est autre qu'une variation sur la devise du dictateur portugais Salazar. Finalement on peut dire sans grand risque de se tromper que Philippe de Villiers incarne une idéologie fort suspecte. Mais c'est une autre histoire. J'espère qu'il n'y aura pas lieu d'en reparler.
Albert Camus donc. Je ne retire rien de ce que je pense de cette formule dont Fayard a fait un titre. Comme quoi, on peut être prix Nobel, auteur de ce livre génial que demeure "L'Étranger" (à chaque fois que je le relis, je suis saisi par sa concision, son apparente simplicité, sa puissance, sa densité, sa perfection), et quand même pondre une phrase assez bancale. Peut-être d'ailleurs ne l'a-t-il pas écrite. Peut-être sort elle d'une interview. Allez un petit coup de "glottophobie", tant que ça n'est pas encore un délit. Peut-être qu'avec l'accent pied-noir ça sonne mieux. Peut-être même que c'est un proverbe pataouète.
Sinon, par trois décrets du 2 décembre dernier, le Gouvernement a modifié l’article R. 236-13 du code de la sécurité intérieure. Cet article, qui autorisait jusqu’à présent la collecte d’informations relatives aux "activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales" de personnes pouvant "porter atteinte à la sécurité publique" ouvre désormais cette possibilité pour de simples opinions. Ainsi, constate la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) dans son avis sur les décrets, ceux-ci étendent le recueil de données aux identifiants utilisés sur internet, dont les pseudonymes (mais pas les mots de passe), et à l’activité sur les réseaux sociaux. Le ministère a "précisé que les informations collectées porteront principalement sur les commentaires postés sur les réseaux sociaux et les photos ou illustrations mises en ligne". C'est ainsi qu'on glisse doucement vers un état policier
Décidément l'horizon s'obscurcit. Mais je suis trop fauché pour prendre le large et trop vieux pour fermer ma gueule. Je devrais peut-être songer à me procurer du pentobarbital. 
(Linked with skywatch friday)

jeudi 17 septembre 2020

Sans raison

 Voilà, 
"Peut-être que si je pleure sans raison, c'est la preuve que mon cœur est dans un tel état de faiblesse que je ne peux même pas me venir en aide moi-même. Mais pas du tout. C'est plutôt le contraire. Votre cœur revendique de toutes ses forces son existence" (Yoko Ogawa in "Cristallisation secrète")
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jeudi 27 août 2020

Un vent de sud, sud-ouest


Voilà,
hier, un vent chaud soufflait fort sur la ville. Comme un vent venu du désert, mais le désert est loin pourtant. J'ai vérifié sur mon smartphone. C'était un vent de sud sud-ouest, un truc anticyclonique donc. Je ne me souvenais pas avoir vu quelque chose comme ça, dans les rues de Paris depuis que j'y habite. Cela créait une étrange ambiance.

(...)

Il semblerait que les gens soient rentrés. La  ville se repeuple. La circulation est plus dense. Les piétons plus nombreux. Beaucoup de gens portent des masques. Quelques uns s'en dispensent. Les terrasses sont encore bondées, surtout le soir. Certaines petites rues sont même devenues des cafés et des restaurants à ciel ouvert en raison du dispositif adapté pour compenser les pertes des cafetiers durant le confinement. Bientôt ces terrasses provisoires qui empiètent sur les places de parking seront démontées. Il paraît que la vie doit reprendre son cours. Mais les informations sont confuses concernant une éventuelle reprise de l'épidémie. Tout le monde semble dans l'expectative. C'est un temps suspendu.

(...)

On semble avoir ou vouloir oublier le traumatisme de la première vague d'épidémie. Personne ne parle plus des mensonges de l'appareil d'État, comme si le remaniement ministériel de juillet avait suffit à résoudre les incohérences de l'époque. Plus rien concernant les sacrifices des médecins et des infirmières dans les hôpitaux, des aide-soignants dans les Ehpad dont le dysfonctionnement et la dimension carcérale se sont révélés au grand jour. La "raison économique" semble sournoisement avoir repris le dessus. Rien non plus au sujet des professions sinistrées par la pandémie et pour lesquelles des solutions peinent à être trouvées. C'est comme si ces visages d'infirmières marqués par les lunettes de protection et la fatigue, comme si ces vidéos de soignants vêtus de sacs-poubelle en guise de surblouses, ces messages désespérés de médecins éreintés, ces morgues provisoires dans le marché de Rungis, ces empoignades à propos de la chloroquine, ces parents désemparés avec leurs enfants à la maison, ces profs incapables d'assurer leurs cours, comme si tout cela s'était dilué dans l'été

(...)

On regarde le monde, la résistance populaire en Biélorussie, les velléités expansionnistes turques au large de la Grèce, la banquise qui fond, les incendies en Sibérie en Californie, les troubles civils aux USA, avec leurs cortèges d'émeutes, de meurtres, de revendications racistes perpétuelles, de menaces plus ou moins larvées de coup d'état, et l'on se prend à imaginer que ce pays peut possiblement imploser comme autrefois l'URSS, mais dans une violence et une folie sans commune mesure.

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On ne peut pas faire autrement que de subir ça. On éprouve un terrible besoin d'amour. On en vient presque à envier les amis qui meurent dans leur sommeil. On songe à de calmes paysages.
(Linked with skywatch friday and weekend reflections)

mercredi 24 avril 2019

Carnaval de printemps



Voilà,
Le dernier séjour à Pornic — je me souviens c'était avec Constance, Sophie, Gaspard et Irina — l'année dernière à la même époque, se révéla, un certain dimanche, prodigue en surprises d'une part grâce au carnaval de printemps qui s'était dispersé au port et et d'autre part en raison de la fête foraine qui s'y tenait tout autour. Il y eut ainsi cette apparition plutôt insolite parmi d'autres que je partagerai plus tard. Je suis parfois étonné de ce que les gens osent faire. Mais après tout c'est sans doute cela la vertu du carnaval. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 4 mai 2018

Carrelet entre Pornic et Sainte-Marie sur mer


Voilà,
Chaque fois que je vais là-bas, je reprends les mêmes photos. Si les choses m'apparaissent différentes, c'est que la lumière a changé. Et moi bien sûr aussi. Je veux retenir ces moments, ou durant une fraction de seconde on s'accorde à la beauté du paysage. Lorsque fut pris ce cliché, il faisait froid, en dépit du soleil. Durant la dernière semaine du mois de février de cette année, une dépression polaire venu de Sibérie, réfrigéra la France. Mieux valait cependant se trouver là plutôt qu'à Paris où la température était vraiment glaciale. Mais j'aimais bien la lumière sur le toit de tôle, le gris de la mer, et la presqu'île de Noirmoutier au loin. Cela méritait un noir et blanc. Sont encore présentes aujourd'hui les pensées que je tentais alors de chasser de mon esprit, les inquiétudes et les sensations suspectes qui vous assignent d'une certaine façon une autre identité. Je songe à Alain Gautré, à Dominique Répécaud, à Dominique Hubin, à Christophe Salengro, et à quelques autres. Je tente de me convaincre qu'il doit en être autrement pour moi. Les beaux jours reviennent. J'essaie de me délivrer des idées sombres. Depuis je suis retourné sur ce même sentier qui longe la côte. Cette fois-ci j'ai résisté à la tentation de refaire une semblable photo. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 6 octobre 2017

Jeux de Plage


Voilà,
plaisirs d'enfance. Sauter, rebondir. On pourrait faire ça des heures, j'imagine. Je suis trop vieux pour avoir connu les joies du trampoline. Je n'ai sauté, enfant, que sur des matelas posés sur des sommiers à ressorts. Mais je peux encore, en moi, par le souvenir, éprouver cette ivresse, ce sentiment exaltant de redessiner l'espace et de se sentir protégé, puisque même la chute est un plaisir, pourvu qu'on ne sorte pas du périmètre. Jouer, et oublier les nuages qui s'amoncellent au loin. prmière publication 6 Octbre 2017 à 13:04

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