mercredi 26 février 2014

Les extraterrestres

Marseille, Parc Longchamp (1998)
Voilà,
"A deux heures du matin, sous les étoiles que personne à cette heure ne regarde, les voyageurs d'outre-espace sont descendus du ciel froid et trans­parent de janvier. Comme un météore, la plate­forme tournant sur elle-même s'est posée sur les broussailles de Castel Fusano. Sur le disque, assis, couchés, se tiennent les extra-terrestres, en éveil, les yeux étincelants ; ce sont des chats, gris, plus gros que les chats humains. Arrivés sur la Terre, ils descendent du disque, pissent et flairent dis­traitement les buissons inconnus ; puis ils retour­nent sur la plate-forme. Les oreilles dressées, soup­çonneux, ils écoutent le bruit d'une automobile qui passe sur le boulevard Christophe-Colomb, jusqu’à ce que la voiture se soit éloignée avec ses ridicules petits yeux rouges allumés au derrière.
Les voyageurs d'outre-espace ont envoyé leurs ambassadeurs à Rome : ils veulent conférer avec les chats de la capitale. Arrivés au périphérique, les ambassadeurs voient pour la première fois l'espèce dominante : deux agents de la police de la route.  Indifférents, les extra-terrestres passent à côté des agents sans les honorer d'un regard, et sans être honorés d'un regard, car les agents ne font pas mine de voir la gent féline. Au Panthéon et place Vittorio les ambassadeurs sont accueillis par les terrestres avec un enthousiasme mêlé d'ef­froi. Le bruit se répand, arrivent les chats des quartiers du centre, puis ceux de la banlieue ; tous, une longue colonne de queues brillantes, se diri­gent par le boulevard Christophe-Colomb vers Castel Fusano, insoucieux du froid, agiles et noc­turnes, mâles et femelles. Les rues sont encore désertes ; personne ne les voit passer, conduits par les extra-terrestres dont les têtes grises et orgueil­leuses dominent la docile foule émerveillée.
A mesure qu’ils arrivent au lieu du rendez-vous, échauffés par la promenade insolite, les chats terrestres s'assoient autour du disque ; les plus éloi­gnés montent dans les arbustes dépouillés du domaine solitaire. Des milliers d'yeux scintillent dans l'obscurité, fixés sur les voyageurs d'outre-espace, qui, olympiens, lissent leur fourrure grise sur la plate-forme de métal poli. Les plus serviles parmi les terrestres ronronnent bruyamment. Il est six heures du matin, Mars semble une larme rouge sur la joue de la nuit, dans le silence d'une pureté de cristal le chef des extra-terrestres communique son message aux terrestres. C'est un message très bref ; aussitôt après, le disque se remet à tourner sur lui même et s’élève vers le ciel, puis disparaît. Sur la gelée blanche de l’aube, par petits groupes dispersés, les chats terrestres, ragaillardis, retournent à leur cité millénaire" J. Rodolfo Wilcock

5 commentaires:

  1. Wilcock, la maître des récits courts. Celui-ci, que je ne connaissais pas, est particulièrement réussi!

    Les gens à chats, souvent des femmes, existent partout, particulièrement parmi les plus pauvres ici. Solidarité des déshérités?
    Merci Kwarkito, bonne journée.

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  2. J'adore the cat woman Kwarkito, one day I may be one myself :)

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  3. En grèce, on les appelle adespotes, voir le greekcrisis.fr de Panagiotis Gregoriou

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  4. je regrette kwarkito, à deux reprises j'ai essayé de lire et relire ce texte, j'ai déchiffrer deux lignes sur trois je repasserai! la photo du piquenique de chat est très joli et réussi!
    je reviendrai probablment afin d'y comprendre de quoi cela retourne mais il me semble avoir de la fièvre depuis hier..
    jorge

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