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vendredi 30 janvier 2026

Carrés cercles et lignes

 
Voilà, 
En septembre 2018, je faisais encore des formations en entreprise. Je me souviens qu'à cette époque il y en avait une que j'aimais particulièrement, et où je me rendais avec bonheur et très décontracté car ce n'était pas moi qui avait le lead, mais un autre animateur. C'était une formation s'adressant à des banquiers chargés de l'inspection et de l'audit. Pour ma part j'étais chargé de jouer le mauvais rôle dans des mises en situation correspondant à celles qu'ils rencontraient dans l'exercice de leur fonction. C'était très sympa je n'avais aucune autre de responsabilité que celle de jouer toutes sortes de personnages — ce que je sais faire assez bien —, et les mettre en difficulté. Les participants appréciaient ma contribution, et moi je m'amusais beaucoup. C'est sûrement après une de ces journées que j'ai pris cette photo sous la Grande Arche de la Défense. 
Je ne veux pas pourrir l’ambiance, mais à l’époque, l'horloge de l'apocalypse, qui symbolise depuis 1947 l'imminence d'un cataclysme planétaire, était à 23:58. Je parle de ça parce que depuis le mardi 27 Janvier on s’est rapproché de minuit. Le Bulletin of the Atomic Scientists l'a réglé à 23:58:35, soit quatre secondes de plus qu'il y a un an. On s’approche, on s’approche…Ainsi vont les choses dans le meilleur des des mondes possibles (j’en bégaye…)

vendredi 9 janvier 2026

Entre quatre murs

 
Voilà,
au fond ça me va de passer la journée comme ça, entre mes quatre murs, sans qu'il ne soit nécessaire de parler à quiconque, en écoutant des émissions à la radio sur Bernard Hermann, les ballets suédois, ou l'œuvre de Camille Saint Saëns. Par ces temps difficiles, c'est bien d'avoir un abri où se retrancher. Et puis dehors il fait bien froid. Pourquoi faudrait-il sortir ?
Être là, juste là. M'occuper à des tâches plus ou moins nécessaires que je la plupart du temps je commence et dont je remets à plus tard l'achèvement. Vivre sans plan ni projet. Dans le déni de ce qui me guette. Lire des poèmes de Benjamin Fondane, des vieux romans de Simenon. Griffonner quelques croquis. Dormir quand j'ai sommeil. Me réveiller au milieu de la nuit. N'avoir de compte à rendre à personne. Savourer le présent tant que c'est possible. Se contenter de ce peu qui est encore la vie. Tant que le corps le permet.

vendredi 3 octobre 2025

Le Présent

 
 
Voilà,
le présent n’est qu’un leurre, un rêve qui s’efface
l’avenir le passé y sont liés à jamais
et l’univers se tient, immobile et fugace 
flaque de lumière où tout déjà demeurait

dimanche 18 mai 2025

En traînant dans Draguignan

  

 
Voilà,
alors que je me trouvais il y a quelques jours à Draguignan, je suis passé de bon matin par cette rue qui a la particularité d'être peinte au sol. C'est la rue de Trans. Trans est le nom d'un village en Provence (je crois que c'est là, que je suis allé pour la première fois de ma vie, un matin d'Août 1973 dans une salle de ventes, ou peut-être était-ce au village voisin des Arcs). 
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux Etats-Unis. Je me suis dit que si l'on était gouvernés par des tarés du même acabit que ceux qui sont aux affaires aux USA, il faudrait peut-être débaptiser ce village dont le nom paraîtrait désormais suspect. 
A propos des États-Unis, il faudrait qu'un cinéaste inspiré réalise, en contrepoint du film de Griffith, un autre qui s'intitulerait "Suicide d'une nation". Car depuis cinq mois c'est bien à cela que nous assistons. Quand je pense que Trump est persuadé que le fait d'avoir échappé à un attentat, est un signe que Dieu l'a désigné pour conduire les destinées de son pays, cela inciterait plutôt à l'apostasie. Il ne se passe pas une journée sans qu'une décision délirante ne soit prise par lui ou un de ses affidés outre-Atlantique. C'en est presque fatiguant. Jamais on aurait imaginé qu'autant de crétins soient aux responsabilités dans ce pays.
 

Sinon les motifs que les hasards de la promenade peuvent parfois offrir constituent une distraction opportune. Pour se reposer du flot incessant et accablant des nouvelles du monde, toutes plus anxiogènes les unes que les autres, le cerveau recompose à partir de menus détails une réalité intersticielle où trouver refuge et apaisement. Il suffit de se tenir comme un idiot devant le mur et attendre que la pression retombe.

mardi 15 avril 2025

En pensant à Moholy-Nagy

Voilà, 
parfois l'espace n'est plus que géométrie. 
L'instant impose sa forme.
Des idées germent alors 
qui plus tard deviennent des images
 

samedi 8 mars 2025

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (17)

 

Ça me revient
ces veilles ou journées de Noël devant la télévision lorsque l'on regardait en famille "SVP Disney", une émission animée par Pierre Tchernia. Au début de l'émission, une liste de classiques Disney était proposée. Les téléspectateurs téléphonaient au standard « SVP » pour choisir celui dans la liste dont ils souhaitaient voir un extrait. Les extraits les plus plébiscités étaient ensuite diffusés tout au long de la soirée. C'était l'époque où "l'Amérique" vendait du rêve. 
 
Ça me revient

le sélectionneur qui a qualifié l’équipe de France de football pour la coupe du monde de 1966 en Angleterre s'appelait Henri Guérin. Malheureusement son équipe n'a pas dépassé le premier tour

 

Ça me revient

La merveilleuse présence de Patti Hansen en chauffeure de taxi dans le film "Et tout le monde riait" de Peter Bogdanovitch


Ça me revient
Philippe aimait bien le générique de fin de France deux, avec les petits bonshommes de Folon disparaissant dans les étoiles et la composition de Michel Colombier inspirée de l'adagio de Marcello, qui fut d'ailleurs diffusé à ses obsèques à Lestiou

Ça me revient
le corps d'Eric Tabarly, un grand navigateur disparu en mer après avoir été projeté par-dessus bord avait été retrouvé un mois plus tard dans les filets de pêche d'un chalutier breton
 
Ça me revient
au concert pour le Bangla Desh quelques personnes avaient applaudi pendant que les musiciens de Ravi Shankar s’accordaient. Et Ravi Shankar goguenard avait dit que si les gens appréciaient ce moment là ils aimeraient sans doute la suite de leur performance
 
Ça me revient 
à la fin du siècle dernier j’ai participé un spectacle dont l’action se passait dans une salle d’attente où un musicien jouait les suites pour violoncelle de Bach
 
Ça me revient
Les Etats-Unis en 2020 avaient montré à quel point ils étaient terriblement mal préparés à une urgence sanitaire de l'ampleur de celle du covid. L'une des raisons était qu'en 2018, le président Trump avait dissous la cellule d'intervention en cas de pandémie de la Maison Blanche. Aujourd'hui il fait bien pire
 
Ça me revient
le premier Album de Kid Creole et les Coconuts, beaucoup écouté lors de l'hiver 80-81, endeuillé par la mort de John Lennon, mais durant lequel les affaires professionnelles ont commencé à reprendre, alors que j'avais décidé de quitter la sécurité pour tenter l'aventure. J'adorais la pochette du disque  et cette réjouissante version tropicale de Lili Marlène et il y avait dans cet album une joie une énergie qui rendaient la vie plus supportable
 
Ça me revient
la salle aménagée cette soirée là, le 2 février 1973.  Les bougies, la mise en scène de l'espace. La jeune fille qui a organisé cela est d’une beauté confondante. A un moment elle propose des cadavres exquis. Dans la pénombre je me me rapproche irrésistiblement d’elle. Est ce que nous faisons ensuite un bout de chemin ensemble. Je sais qu’après je n’ai qu’une hâte, la revoir. Notre rencontre s’est faite sous le signe du hasard objectif.

Ça me revient  
il n’y a pas si longtemps j’ai passé un weekend à la campagne avec des psychanalystes, que des femmes, toutes très bourgeoises qui trouvaient Alain Finkielkraut intéressant pertinent et pas du tout réactionnaire. Je me suis aperçu que j'avais des fréquentations de droite.

Ça me revient 
la fois où Dominique devant des anglophones a dit en français "je vous serre la pince-monseigneur"  et qu'ensuite elle avait beaucoup de mal à expliquer ce jeu de mots
 
Ça me revient
j'ai pleuré devant ma télévision en assistant à la retransmission en direct de la libération de Nelson Mandela en février 90
 
Ça me revient
combien j'avais été ému par la disparition de cette jeune photo-reporter Camille Lepage, tuée par une balle à 26 ans dans une embuscade en Centrafrique
 
Ça me revient
pendant quelques années au début des années 90 vers Noël ou le premier de l'an, j'allais chercher du Boudin blanc à la charcuterie Charles. Il y en avait une dans le quinzième vers La Motte-Piquet (je ne me rappelle plus précisément où) et une autre au début de la rue Dauphine. J'avais bien entendu eu connaissance de cet excellent commerçant grâce à Philippe. Je me rappelle aussi de Noblet place d'Alésia. Et du slogan sur une enseigne au dessus de sa boutique, qui faisait sourire Agnès. On voyait un cochon rose à qui une petite fille en robe rouge disait "pleure pas grosse bête tu vas chez Noblet"

Ça me revient 
que la première femme admise à l'École Polytechnique, Anne Chopinet, en 1972, est entrée  Major de sa promotion

Ça me revient
La fatuité béate de ce psychanalyste de renom devant un groupe de comédiens ayant lu une bien médiocre pièce de théâtre dont il est l’auteur

Ça me revient
Dominique trouvait la chanson de Maxime Leforestier "Education sentimentale" un peu niaise, je n'étais bien évidemment pas d'accord avec elle.

Ça me revient,
L’été 68 passé chez mon grand-père, les moments de mélancolie, la perte de mon chat et les chansons tristes comme la Maritza de Sylvie Vartan, ou "les vieux amants" de Jacques Brel

Ça me revient
j’ai 17 ans. Je le connais à peine. Depuis quelques semaines tout au plus. Nous nous tenons face à face debout près des rayonnages de cette incroyable bibliothèque dans le salon de ce vaste et confortable appartement. Jamais je n’en ai vu d’aussi luxueux. En fait il ne l’est pas tant que ça. Mais je n’en ai jamais vu de tel jusqu’à présent. Il me demande ce que j’aime lire, il me pose des questions, sur mes auteurs favoris s’intéresse à moi. C’est le premier adulte qui ne me parle pas comme à un inférieur hiérarchique

Ça me revient 
l'agacement devant l'insupportable prêchi-précha d'une pièce d'Olivier Py dont je ne me souviens plus du titre au théâtre de la ville, insupportablement complaisante, narcissique, truffée de poncifs, son infatuation verbeuse, l'indigence de sa pensée, sa théâtralité vieillotte qui se croyait moderne, parce qu'on s'encule un peu sur scène et qu'on y parle politique culturelle avec ironie, le mot théâtre répété sans cesse en boucle, jusqu'à l'écœurement, une vague histoire de recherche du père qui rendait à son auteur si difficile l'exercice du pouvoir, bref un opus prétentieux et boursouflé mais que la critique parisienne avait chaleureusement encensé et pour lequel le public s'extasiait. Et j'étais bien content d'être en décalage total avec ces parterres d'abrutis.

Ça me revient, 
les anciens qui lorsque j’étais enfant (j’avais dix ans), parlaient de l’hiver 56 qui avait été si rude, il y avait de la neige sur les dunes, un iceberg dans l’estuaire de la Gironde et le petit lac de Biscarrosse avait été gelé. Ils me parlaient d’un temps où je n’existais pas et donc ils me semblaient très vieux, et leurs histoires d’un autre monde et d’un temps lointain.
 
Ça me revient
en 2008, le nom de la sculpture de Richard Serra, exposée au jardin des Tuileries  était Clara-Clara, un hommage je crois à sa femme.
 
Ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

vendredi 29 novembre 2024

Au bord de l'écoulement des choses


Voilà
"Je m'arrête parfois, subitement, entre la vie qui va et la vie qui vient ; je stagne au bord de l’écoulement des choses. Et la stupeur de tout s’écroule sur ma tête. A d'autres moments il semble que brusquement, l'univers joue mal son rôle et trahisse ainsi son étrangeté ; il semble soudain me parler d'une autre voix, me révéler, un bref instant, une autre nature. Comme un rideau soulevé par le vent, et qui, en un éclair, entre-dévoile une parcelle irrévélée de quelque chose d'inconnu, d’inattendu..." Fernando Pessoa "Le livre de l'intranquillité" 

mardi 24 septembre 2024

Désarroi

 
Voilà
"ce que j’éprouve surtout, c’est la lassitude, et ce désarroi qui est frère jumeau de la lassitude, quand celle-ci n’a d’autre raison d’être que celle, précisément d’exister. J’éprouve une peur intime, des gestes que je dois esquisser, une timidité intellectuelle, des mots que je dois prononcer. Tout, à l’avance, me semble manquer. Le dégoût insupportable de tous ces visages, rendus stupides par l’intelligence, comme par l’absence d’intelligence, et grotesques, à donner la nausée, à force d’être heureux ou malheureux, horribles, simplement parce qu’ils existent – cette marée, à part de choses vivantes, auxquelles je demeure étranger…"( Fernando Pessoa 337  in Le Livre de l'Intranquillité)
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vendredi 22 mars 2024

Promener son chien au jardin des tuileries


Voilà, 
l'austère géométrie de ces lieux, l'hiver, quand les arbres dénudés offrent le tracé rectiligne de leur cimes, m'a toujours fasciné en même temps qu'inquiété. Chaque fois que je vois cela j'éprouve une sorte de malaise diffus. Il y a quelque chose de vaguement militaire dans cette obsession de l'uniformité, dans cette volonté de discipliner même une rangée d'arbres. Avec ce cadre, pour qui ne connaît pas la ville, on oublie, en cet endroit qui s'appelait autrefois "la terrasse des bords de l'eau" le vacarme de la circulation sur la voie rapide longeant le quai des Tuileries, au point que l'on pourrait même s'imaginer loin de Paris. 
 
 

Le type avec son chien de race, m'a paru intéressant à photographier et tout à fait accordé au décor aristocratique des lieux.  Ce jardin — le plus important et le plus ancien jardin à la française de la capitale —  était autrefois celui du palais des Tuileries, ancienne résidence royale et impériale, aujourd'hui disparu. Réaménagé par Le Notre en 1664, à la place d'un jardin à l'italienne commandé par Catherine de Médicis un siècle plus tôt, son accès devait initialement être exclusivement réservé à la famille royale. Mais c'est Charles Perrault, le célèbre auteur de  contes, qui convainc Colbert, contrôleur général des finances du roi Louis XIV, qui craignait que le lieu ne fût abîmé par le public, de l'ouvrir aux parisiens. 

vendredi 5 janvier 2024

A la surface



Voilà,
le pur plaisir de la géométrie, de l'occupation du cadre permet d'échapper au tumulte de la réalité autant qu'à l'hystérie de de l'interprétation. Demeurer à la surface sensible des choses,  et s'en tenir au hasardeux miracle des formes, à la surprise du quotidien. 
C'était à Avignon, en juillet dernier. Le mois du genou douloureux. Un mois lacanien en quelque sorte, pour peu qu’on aime les calembours. (Désolé pour les non-francophones que cette phrase laissera parfaitement de marbre).

mardi 24 octobre 2023

Taniyama

 

Voilà, 
cette histoire m'a toujours troublé. Il y a donc eu, à un moment de l'histoire de la pensée humaine, l’apparition de la conjecture de Shimura-Taniyama. Devenue le théorème de la modularité elle atteste que pour chaque forme modulaire dotée de bonnes propriétés (en particulier de poids 2 et à coefficients rationnels) il existe une courbe elliptique adéquate. 
Je n'ai jamais très bien su ce que cela signifiait, mais j'ai trouvé la formule assez poétique et l'ai quelquefois utilisée pour exprimer la sensation d'inadéquation vis-à-vis de ma propre existence.
C'est en travaillant plus particulièrement sur un point précis de la conjecture (le cas des courbes elliptiques semi-stables), que Wiles révéla l'exactitude du dernier théorème de Fermat. Lisant un livre sur la résolution de ce dernier, j'avais été particulièrement troublé par le destin de Yutaka Taniyama, une sorte de Maïakovski des mathématiques, qui se suicida à 31 ans, et surtout par cette note laissée à l'intention de ses collègues : "Jusqu'à hier, je n'avais aucune intention de me tuer. Mais quelques-uns ont dû remarquer que ces derniers temps j'étais fatigué physiquement et mentalement. Quant à la cause de mon suicide, je ne la comprends pas moi-même tout à fait, et elle ne résulte pas d'un incident ou d'une raison particulière. Je peux simplement dire que je suis dans un état d'esprit où j'ai perdu confiance en mon avenir. Il y aura sans doute quelqu'un qui sera troublé par mon suicide et pour qui cela sera un coup dur dans une certaine mesure. J'espère sincèrement que cet incident ne jettera aucune ombre sur l'avenir de cette personne. En tout cas, bien que je ne puisse pas nier qu'il s'agit d'une sorte de trahison, je vous prie de l'excuser et de le considérer comme le dernier acte d'un homme qui a toujours conduit sa vie comme il l'a entendu." 
C'est très élégamment écrit. 
Peut-être son acte était-il la meilleure issue pour accorder toutes les courbes elliptiques et les formes modulaires qui frémissaient en lui. 
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mercredi 25 janvier 2023

Sous le ciel uniformémént gris

Voilà,
c'était l'année dernière au mois de Janvier. Sous le ciel uniformément gris, je marchais dans le jardin des Tuileries. J'allais retrouver une amie perdue de vue depuis longtemps, afin de visiter en sa compagnie une exposition consacrée à De Kooning, au musée de l'Orangerie. Levant la tête, la possibilité d'une photo géométrique, presque constructiviste s'offrit à mon regard. En même temps émergeait de ma mémoire ce malaise éprouvé dans les allées du jardin des plantes, un autre matin d'hiver, alors que je n'avais que quatorze ans. Une vague de tristesse et d'incompréhension m'avait alors submergé. Le lugubre spectacle des arbres squelettiques dépourvus de feuilles et si absurdement taillés en avait été la cause. 
Un demi-siècle après, la perspective d'un cadre précis, le projet d'une composition froide et rigoureuse, presque abstraite, opposant les courbes de la nature à la férocité sécatrice de l'homme, me préserverait d'un brusque accès de mélancolie. 

vendredi 10 juin 2022

De bonnes surprises

Voilà,
une journée comme je voudrais qu'il m'en arrive plus souvent. Hier, une amie que je n'avais pas vue depuis longtemps m'a proposé de me rendre à un colloque intitulé «Chris Marker écrivain en premier» qui se tenait à l'université Gustave Eiffel à Noisy. Je n'étais jamais allé là-bas. Sur le chemin du campus, devant ce bâtiment conçu par Dominique Perrault abritant l'école d'ingénieurs en électronique, j'ai associé, sans trop savoir pourquoi, cette perspective au souvenir du film "La jetée". J'ai passé une très bonne journée. Eu des échanges très intéressants avec des gens que je ne connaissais pas. J'ai appris et aussi vu des choses que j'ignorais. Rien de tout cela n'était prévu. Je devrais plus souvent aller au devant de l'inconnu. Et ce soir je me sens revigoré par toutes ces surprises.

mercredi 28 juillet 2021

Les vendanges de l'amour

Voilà,
j'ai par hasard réentendu cette chanson de Marie Laforêt, disparue récemment. J'ai rarement repensé à l'une ou à l'autre, au cours de ma vie. Pourtant, écoutant ce qui fut en 1964 un succès sur les ondes, je ressens la puissance que peut receler un refrain. Des images lointaines, des sensations physiques éprouvées autrefois, alors que mon corps était si différent, que j'étais si petit, et qu'il me semblait pourtant avoir alors vécu une très longue vie, sans doute parce que ma capacité à mémoriser mes sensations a été presque immédiate, et aussi en raison de l'intensité de certaines situations.  
Les vendanges de l'amour... Je me rappelle les visions que générait cette chanson mais aussi ce bonheur de vivre en lisière de l'Océan, de respirer cet air, de baigner dans ce climat si doux, et aussi le sentiment de sécurité que j'éprouvais, dans cette région. C'était l'odeur des pins, de la résine, le jaune vif des genêts, le vert de la forêt, le goût de liberté d'autonomie et d'aventure avec mon vélo rouge de chez Manufrance, mon fidèle compagnon... C'était ces jeudi, où livré à moi-même parce que mes géniteurs travaillaient je profitais de cette solitude que j'appréciais, qui m'autorisait la paresse, l'errance, le temps sans mesure, la lecture, les jeux idiots et les histoires que je m'inventais, et la délectation de n'avoir de compte à rendre à personne, le plaisir de l'indépendance. Dans ces années là, j'ai aussi entendu pour la première fois "Ma bohème" de Rimbaud à la radio scolaire — était-ce dans la classe de Monsieur Peyreigne en CM1 ou celle de Mr Despons en CM2 — récité par Jean Topart, qui avait une voix magnifique. 
Oh c'est incroyable en faisant une recherche je l'ai retrouvé JE L'AI RETROUVÉ
Et ce poème avait immédiatement suggéré à mon imagination de douces et paisibles images. Bien plus en tout cas que le "Je vous salue ma France" d'Aragon, entendu dans les mêmes circonstances. Une part de moi est restée coincée dans cet espace-temps, où je savais alors vivre sans amour. On dit que lorsque l'on devient sénile, l'esprit se perd dans l'arrière-pays du passé lointain. J'y suis de plus en plus souvent, J'y étais en tout cas, me promenant dans ce nouveau quartier,  car le monde d'aujourd'hui,  — ou peut-être s'agit-il plus simplement de ma vie présente —, n'offre guère de motif de réjouissance.  Rarement je ne me suis senti aussi vulnérable.
(Linked with skywatch friday)

jeudi 14 janvier 2021

J'en sais ce que savent les mots


Voilà,
"Je dis ça maintenant, mais au fond qu'en sais-je maintenant, de cette époque, maintenant que grêlent sur moi les mots glacés de sens et que le monde meurt aussi, lâchement, lourdement nommé ? 
J'en sais ce que savent les mots et les choses mortes et ça fait une jolie petite somme, avec un commencement, un milieu et une fin, comme dans les phrases bien bâties et dans la longue sonate des cadavres.
Et que je dise ceci ou cela ou autre chose, peu importe vraiment.
Dire c'est inventer.
Faux comme de juste.
On n'invente rien, on croit inventer, s'échapper, on ne fait que balbutier sa leçon, des bribes d'un pensum appris et oublié, la vie sans larmes, telle qu'on la pleure.
Et puis merde."
Samuel Beckett

mercredi 7 octobre 2020

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (2)



Voilà
Ça me revient, 
j'ai été un des derniers lecteurs du journal "Combat" qui a disparu en Aout 1974. Il eut un éphémère héritier qui s'appelait "Le Quotidien de Paris"

Ça me revient, 
le labdanum est une fragrance que j'aime particulièrement, j'ai trouvé son nom au Musée des parfums du Palazzo Mocenigo à Venise

Ça me revient 
Je ne sais pas pourquoi n'associe la chanson "Paris s'éveille" à un cours de sport en plein air au lycée de Parentis-en-Born. Dans mon souvenir c'est un matin, il fait un peu frais. Paris m'est alors inconnu, mais ce matin-là cette chanson me rend nostalgique d'un endroit que je ne connais pas.

Ça me revient, 
à l'époque de la parution de l'album "Greetings from Asbury Park" on désignant Bruce Springsteen comme le nouveau Bob Dylan

Ça me revient, 
rue de la montagne Sainte Geneviève, il y avait dans les années soixante-dix, juste en face de l'Ecole Polytechnique, une boite de nuit appelée le Sélénite qui disait on appartenait à Johnny Halliday et  dont la façade argentée rappelait vaguement Le Lunar Module, mais peut-être que je confonds et qu'il s'agissait de "La bulle"

Ça me revient, 
ma mère trouvait dans les années soixante que la chanson de Gainsbourg "Couleur café", était raciste. Pourtant en la matière, elle avait quelques longueurs d'avance. Elle trouvait aussi que la chanson "Je voudrais être noir" de Nino Ferrer était du racisme à l'envers

Ça me revient, 
dans les années soixante, ce qu'on avait appelé le "drame de Cestas", un petit bled dans la Gironde, un type s'était retranché avec ses deux enfants dans sa ferme et avait fini par se suicider après les avoir tués

Ça me revient : 
les clarks, ces chaussures qui étaient à la mode quand j'avais entre 15 et 17 ans. De même qu'on était Soit beatles ou Rolling stones, qu'on achetait Best ou Rock et folk les journaux musicaux, eh bien on était soit Clarks, soit comme Agnès, Kickers. Pour ma part, les clarks finissaient toujours par être percées au niveau du gros orteil..

Ça me revient : 
certains noms, Dhuizon j'ai mis un moment à retrouver le nom du village où habitait Felix Guattari situé près de la clinique de la Borde et où je suis allé une fois . Celui qui tenait le bureau de tabac où se rendait mon grand père était-ce Malardeau ? par contre le boucher de Dampierre qui faisait une viande très tendre s'appelait Gentillot ou Gentilleau

Ça me revient, 
cette excursion en Février dernier avec ma fille à la fondation Vuitton pour voir l'exposition Charlotte Perriand, où j'ai pris cette photo

Ça me revient : 
le générique de fin de la deuxième chaîne dans les années 70 avec les hommes volants de Jean-michel Folon et la musique de Michel Colombier dont je me suis aperçu bien des années après, plus précisément lors de l'enterrement de PhilippeTiry, qu'elle était très inspirée d'un adagio du concerto pour hautbois en ré mineur de Alessandro Marcello qui fut diffusé en cette circonstance et qui fut retranscrit par Bach pour devenir l'adagio BWV 974

Ça me revient, 
cette histoire que racontait mon père à propos de Juliette Gréco qui vient de mourir. Il disait qu'elle lui devait un sandwich qu'il lui avait payé dans sa jeunesse à Saint Germain des prés où il l'avait soi-disant côtoyée dans les années d'après-guerre
 
Ça me revient, 
que pour mes quarante ans, lors de ce repas surprise organisé par Christelle, me fut offert un coffret de l'intégrale de Georges Brassens

Ça me revient, la première fois où j'ai failli tomber dans les pommes, c'était lors d'une répétition avec Didier au gymnase Japy — et cela me faisait bizarre de faire du théâtre dans un endroit où l'on avait parqué des juifs avant de les déporter —

Ça me revient
ces excursions que nous faisions parfois avec Dominique Philippe et les filles, le dimanche matin au  Musée des Arts et traditions populaires, près du jardin d'acclimatation

Ça me revient,
dans les années 70, il y avait souvent à l’angle de la rue de Buci et de la rue Jacob un type qui jouait de l’orgue de Barbarie posée sur une carriole noire qu’il poussait et sur laquelle se trouvait un babouin attaché à une chaîne. C’était aussi l’époque où de nombreux hare krisna vêtus de toges oranges se trimballaient dans le quartier en psalmodiant leurs prières
 
Ça me revient 
De Gaulle en1963 disant "la mano en la Mano"(j'habitais à Châlons sur Marne) à Mexico, et aussi pendant l'été 1967, j'étais en vacances avec mes parent à La Mongie "vive le Quebec libre" et je sais qu’il a aussi dit "Fécamp une ville du courage une ville du lointain, une ville de la mer et qui veut le rester et le reste", mais ça on me l’a rapporté bien plus tard

Ça me revient 
la librairie « La joie de lire » de François Maspero Rue Saint Séverin vers Saint Michel

Ça me revient
lorsque j'avais huit ans, c'est à dire vers 1964, il y avait encore des pièces d'un ancien franc qui dataient de l'époque de Pétain puisqu'il y avait la francisque sur l'une des faces et qu'elles comptaient pour un centime
 
Ça me revient, 
c'est Pierre Schoeller, le cinéaste qui le premier m'a parlé du livre d'Anna Tsing "Le champignon de la fin du monde"
 
Ça me revient 
le regard clair de Jean-Marie Lhôte dans son bureau du Musée des Arts Décoratifs, sa bienveillance sa modestie et sa grande érudition dont témoigne sa bibliographie, et sa connaissance des jeux à travers les siècles

Ça me revient, sans que je ne sache pourquoi, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe...

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lundi 10 août 2020

Rêverie à la Fondation Vuitton


Voilà
apprendre créer 
m’abandonner à des sensations nouvelles me confronter à des complexités jusque là ignorées
tel est mon premier besoin et sans doute aussi mon unique désir
un rempart contre la peur et la solitude aussi
Mais quoi qu’il en soit je m'effacerai de ce monde
sans en avoir compris grand chose

lundi 13 janvier 2020

Trois Motifs sombres





Voilà,
de quarts d'heure en quarts d'heure passés à des occupations ineptes et dénuées d'intérêt, on repousse l'idée de la mort, qui est cependant bien là au travail. Bien sûr ce n'est pas l'apaisement qu'on va chercher dans la contemplation de l'éphémère, du fugace, de l'à-peine-visible, de ce qui a priori ne mérite pas de retenir l'attention, tout au plus un répit. Enfant on pouvait s'émerveiller du frémissement d'une feuille, car ce frémissement-là semblait receler tout le mystère su monde. La caresse du vent sur la joue était une énigme, le mouvement des nuages toujours changeants un enchantement sans cesse recommencé.
Pour ma part je m'étonne encore des ombres, celles des chantiers, par nature transitoires, qui jamais ne se représenteront comme telles. Au fond ne suis pas déjà un peu comme elles ?
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vendredi 17 novembre 2017

Musée du Jeu de Paume


Voilà,
être là sans pour autant paraître indifférent.
S'en tenir à la simple présence des choses ou des formes.
Juste leur attribuer une densité particulière

Publications les plus consultėes cette année