dimanche 29 avril 2018

Le Spectre


Voilà,
quelques lignes qui semblent toujours d'actualité en ces temps où tant de gouvernants sont pris d'une frénésie martiale tout à fait glaçante. "En dépit des apparences démocratiques, en France, le peuple ne contrôle pas ses gouvernements. Un groupe étroit s'est emparé des conseils d'administration des grandes sociétés financières. Ces quelques hommes tiennent entre leurs mains, les banques, les mines, les chemins de fer, les compagnies de navigation, bref tout l'outillage économique de la France. Sans oublier, la sidérurgie et les fabriques d'armes, d'où sortent de croissants profits. Ils dominent le parlement et ont à leur solde la grande presse. La guerre ne leur fait pas peur et ils la considéreraient même avec intérêts. Nos banques ont gardé le souvenir des bénéfices énormes réalisés par elles en 1871." Francis Delaisi, in "La guerre qui vient" (1911)

jeudi 26 avril 2018

Dénué d'identité


Voilà
quelque chose que je n'avais encore jamais fait et qui m'a réjoui au plus haut point. Pendant une heure et demie je n'ai songé à rien d'autre qu'aller le plus vite possible en prenant le vent au plus juste. Je n'ai pas pensé à mes vertèbres à ma moelle épinière à mon ventre à mon cœur, à l'argent, à ma situation sociale et plus généralement à tout ce qui se perd s'altère et se dégrade en ce moment dans ma vie. J'étais absent de toute préoccupation et dans la joie pure et enfantine de ce moment de jubilation que m'offrait l'existence. J'étais tout à coup dénué d'identité et c'était bien. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 20 avril 2018

Farid


Voilà
dix ans déjà que Farid Chopel a quitté ce monde. Je me souviens de lui, de son premier spectacle "Chopelia", que j'avais vu tant de fois, de Hambourg et Amsterdam où nous étions croisés parce que nous avions presque les mêmes circuits de tournée, de cette nuit à San Pauli, où nous avions fini à 4 heures du matin au Fischmarket. Ce collage (que j'ai un peu retravaillé pour cette publication) fut un de mes premiers. Même si c'est loin d'être un des meilleurs, j'y tiens pour ce qu'il me rappelle de cette époque. Dans le courant de l'été 1979, je me pris de passion pour cette technique. Je l'ai déjà dit, c'était une façon d'occuper le terrain, de contrarier la terreur qui me submergeait parfois. Mais revenons à Farid. Il avait sur scène une façon si drôle si singulière de se mouvoir. Il était vraiment incroyable. Il avait connu un grand succès avec le spectacle "Les Aviateurs" en compagnie de Ged Malon. Le cinéma l'avait alors sollicité. Mais cette reconnaissance lui avait peu à peu fait perdre contact avec la réalité, il avait fini par sombrer dans les drogues et l'alcool. Il y eu même une époque où il était presque devenu une épave. Vers la fin de sa vie, quelqu'un l'avait aidé à se relever à s'en sortir à mener une vie plus saine, mais c'était trop tard. Il a pu faire un dernier film intitulé "Un si beau voyage" où il a donné toute la mesure d'une autre facette de son talent. Il y a peu, j'ai retrouvé ce clip où on le voit bouger, comme dans "Chopelia", spectacle dont il n'existe, à ma connaissance, aucune trace sur le net.

jeudi 19 avril 2018

La Tricoteuse


Voilà,
cette vieille dame tricotant devant un panneau de photos lors de la foire Paris-Photo le 4 Novembre 2017 avait quelque chose à la fois d'incongru dans cet environnement, et en même temps de très rassurant. Elle semblait liée à une jeune japonaise qui régentait l'espace alentour et venait souvent la voir. Étaient-elles de la même famille ? l'idée m'avait aussi traversé qu'il s'agissait peut-être là d'une performance réalisée par une artiste conceptuelle et que cet espace constituait une installation. De nos jours, de plus en plus d'artistes comme Anette Messager, Olga Bodyreff, Frank Rizzo, Aurélie Mathigot, Anu Tuominen, Sheila Hicks, Joana Vasconcelos, Orly Genger tricotent des œuvres d'art. (linked with the weekend in black and white)

mardi 17 avril 2018

"La fascination spectrale des écrans"


Voilà,
quand je suis passé rue Daguerre, ce soir là, j'ai été saisi par la solitude de cet enfant penché sur son écran, et par sa posture, recroquevillée, foetale, régressive, qui m'apparaissait aussi comme une posture de soumission. je ne sais pas pourquoi, j'ai songé que cette image aurait pu être prise en Asie. J'ai aussi pensé que c'était bien une image de notre temps et je me suis alors souvenu d'un article lu, il y a peu que j'avais mis de côté, parce qu'il me semblait évoquer avec justesse des symptômes de notre époque. Le voici : "la vacuité du sujet néo-libéral et de son monde, la généralisation de la guerre de tous contre tous comme norme comportementale, l’absence d’idéal, de toute spiritualité et souvent de toute capacité à la sublimation, ne laisse plus qu’une alternative à la fascination spectrale des écrans : le passage à l’acte violent; Ce genre d’itinéraire n’est pas seulement l’envers d’une impuissance et d’une désocialisation organisées, c’est aussi la marque d’un « désamorçage du désir », trouble qui requiert toujours plus d’excitants pour pallier cette désaffection vitale et l’approfondissement abyssal de la solitude qui en découle. 
En outre, la pensée est désactivée par un maelstrom médiatique diffusé en continu dans les yeux, les oreilles, le cerveau et l’ensemble du corps. Le langage se voit systématiquement appauvri (aussi bien dans ses ressources lexicales que syntaxiques) ce qui diminue la possibilité de se construire un jugement libre et critique ; la route de l’intellection, de la compréhension, de l’analyse est ainsi barrée ; c’est la possibilité d’agir pour modifier les conditions d’existence qui est ainsi neutralisée. De ce point de vue, il est urgent de reprendre les termes de la discussion, de rectifier les non sens, de mettre à nu les injonctions subliminales etc."(Jean Marc Royer)

vendredi 13 avril 2018

Ombres dans la galerie marchande


Voilà,
ces lieux de transit où la plupart du temps, quand je m'y trouve, j'ai l'impression de ne pas y être tout à fait. Prendre un avion me semble toujours une chose surprenante. Que le rêve d'Icare se soit à ce point banalisé continue toujours autant de m'étonner. Là, plus qu'ailleurs il me semble que nous ne sommes que des ombres de passage, en fragile équilibre entre le monde des apparences et celui de nos songes, plus illusoire encore. (linked with the weekend in black and white)

jeudi 12 avril 2018

Encore une tentation de Saint Antoine


Voilà
"Il y en a qui accouchent, d’autres copulent, ou, d’une seule bouchée, s’entre-dévorent ; tassés, pressés, étouffant par leur nombre, se multipliant à leur contact, ils grimpent les uns sur les autres. Et cela monte en pyramides, faisant un tas complexe de corps divers, dont chacun s’agite de son mouvement propre, tandis que l’ ensemble oscille, bruit et reluit à travers une atmosphère que rayent la grêle, la neige, la pluie, la foudre, où passent des tourbillons de sable, des trombes de vent, des nuages de fumée, et qu’éclairent à la fois des lueurs de lune, des rayons de soleil, des crépuscules verdâtres." Gustave Flaubert in "La Tentation de Saint Antoine"

mardi 10 avril 2018

Un autre Temps


Voilà,
il est possible que bientôt, ces menus plaisirs ces joies simples nous paraissent d'un autre temps. Non pour leur caractère désuet, mais parce qu'ils nous sembleront la trace d'une époque où l'on entretenait l'illusion qu'il ne pouvait en être autrement et qu'il en serait toujours ainsi. La Guerre était une chose lointaine qui n'aurait pas lieu. Bien sûr il y avait ces réfugiés de plus en plus nombreux, mais pour se voiler la face et non sans une certaine duplicité nombreux étaient ceux qui s'efforçaient de nous convaincre que la misère qu'ils fuyaient étaient "seulement" économique, comme si la Guerre n'avait jamais rien eu à voir avec l'économie. Ces migrants n'étaient pas des victimes mais des envahisseurs dont il fallait se débarrasser. On voulait pêcher tranquille, bronzer tranquille, profiter du soleil sans avoir de questions à se poser. Mais au fond, si on ne voulait pas se l'avouer on réalisait pourtant que tout allait de traviole et que tôt ou tard ça finirait par vraiment déconner. Le culte du présent amplifiait la capacité d'oubli. Un attentat chassait l'autre, un nouveau massacre faisait oublier le précédent. Certains pressentaient, supputaient, sans vraiment savoir par où ni comment cela se manifesterait. Une étincelle mettrait le feu au poudre, c'était possible. Mais on se voilait la face espérant que cela soit peu probable. C'est à cela qu'on pensera d'ici quelques années, et l'on se rappellera comme alors il avait alors semblé doux le premier soleil du printemps. Et charmante, avec son ombrelle, cette bourgeoise d'un autre temps ainsi que ce pêcheur paisible.


Et les gens attablés en terrasse, s'efforçaient de ne pas penser aux enfants gazés de Kahn Sheikhoun, aux morts du métro de Saint Petersbourg, à l'homme en voiture qui avait foncé dans la foule à Stockholm, à ceux qui quelques jours auparavant avaient fait de même à Londres, et qui, quelques semaines plus tard feraient pire encore. C'était un temps de campagne électorale aussi, plus affligeante et médiocre que toutes celles qui avaient précédé. L'arrogance le disputait à la bêtise, et l'homme à la tête d'enfant, comme je l'avais lu dans la traduction d'une publication chinoise, celui à qui personne un an auparavant n'accordait la moindre chance, avait fini par gagner. Espéraient-ils que le désenchantement serait plus supportable parce qu'il avait le visage de la jeunesse ?

lundi 9 avril 2018

Baudoin de Bodinat lisant au fond de la couche gazeuse


Voilà,
ainsi, hier, Dimanche, ai-je participé à une lecture collective de "Au fond de la couche gazeuse" de Baudoin de Bodinat publié par les éditions Fario. Tout cela à l'initiative des Editeurs associés, dans le cadre du festival Raccord(s). Et ce fut un grand plaisir. C'était sous le kiosque du jardin du Luxembourg, par un bel après-midi ensoleillé mais qui se couvrit peu à peu, comme si le récit de la Catastrophe où nous n'avons d'autre choix que de nous tenir avait fini par influer sur notre microclimat. Et c'était tout à coup étonnant de voir l'auteur lire quelques passages de son ouvrage pendant qu'une ocre poussière, levée par des rafales de vent, s'éparpillait alentour.

dimanche 8 avril 2018

Hypocondrie


Voilà,
pendant une grande partie de sa vie, il s'était beaucoup préoccupé de sa santé, manifestant même une propension certaine à l'hypocondrie. Puis après avoir compris que cette névrose ne lui appartenait pas, qu'elle avait été transmise par sa mère il était parvenu après bien des années à cesser de trop s'écouter, et de fréquenter les médecins pour un oui ou pour un non. C'est précisément à ce moment que la maladie s'insinua dans la vie de Jérôme Frontenac.

samedi 7 avril 2018

Jim Clark


Voilà,
cinquante ans que Jim Clark, double champion du monde automobile est mort sur le circuit de Hockengheim. Je me rappelle très bien comment je l'ai appris. C'était un dimanche. Il y avait une fête foraine à Biscarrosse-Bourg. Je m'y étais rendu dans l'après-midi. Un peu plus tard mes parents étaient venus m'y retrouver. C'est là que me fut annoncé l'accident fatal. J'étais à l'époque très passionné par les courses automobiles, sans doute à cause des aventures de Michel Vaillant dans le journal de Tintin. Jim Clark n'était pas mon coureur préféré, bien qu'il fut le meilleur. Je lui préférais alors son adversaire souvent malchanceux Graham Hill, parce qu'il avait un casque très reconnaissable. C'était d'ailleurs lui aussi un excellent pilote. D'ailleurs c'est le seul à avoir gagné le championnat du monde, des pilotes, les 500 miles d'Indianapolis, et les 24 Heures du Mans, et aussi, la triple couronne, c'est à dire le grand prix de Monaco, (longtemps considéré comme la plus difficile et la plus prestigieuse épreuve du championnat) dont il fut cinq fois vainqueur, les 500 miles et les 24 heures du Mans. A l'époque, dans mes cahiers je dessinais des prototypes de voitures de courses. Je faisais le contour des roues avec des pièces de 1 franc, mais qui ne valaient plus que 1 centime, celles qui portaient encore la francisque et qui avaient été frappées sous Pétain. Aussi incroyable que cela paraisse, elles étaient toujours en circulation. Aujourd'hui elles se vendent à 300 Euros pièce


vendredi 6 avril 2018

La Prise de Conscience


Voilà,
ce jour d'Avril 1998,  en voyant passer cette femme qui dirigeait la poussette de son enfant en se déplaçant en roller, j'ai pris conscience du fait qu'il existait désormais avec certaines personnes un fossé générationnel que je ne pourrais jamais combler, des femmes qui ne seraient jamais pour moi, juste parce qu'elles iraient trop vite. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 4 avril 2018

Un Cliché très parisien


Voilà
Les humains disent que le temps passe. Le Temps dit que les humains passent. C'est un proverbe sanskrit. Je pensais à cela l'autre jour où j'ai eu envie de prendre un cliché vraiment parisien dans ce quartier où j'ai toujours aimé musarder depuis que je vis dans cette ville. Autrefois, si je me souviens bien, rue de l'Échaudé, se trouvait la galerie du Point-Cardinal qui exposait les peintures du poète Henri Michaux – la passion littéraire de ma jeunesse – et aussi je crois les œuvres de Louis Pons qui me stupéfiaient alors par leur diversité et leur brutalité parfois morbide. Ses dessins étaient souvent très sombres et chargés de traits, mais ses assemblages de reliques, d'os d'oiseaux morts, de cadavres d'animaux, de bois secs, de pièces de mécaniques démontées, tout ces agencements de déchets trouvés dans les campagnes avaient quelque chose de brut et d'irréfutable qui vous clouait sur place.

mardi 3 avril 2018

Mixage



Voilà,
je mixe parfois des images. C'est une technique qui n'est ni du collage, ni de la surimpression, et que seul permet l'outil numérique. L'objectif que je me fixe alors est de faire advenir une représentation incertaine, ambigüe, douteuse, légèrement abstraite ou organique, afin qu'on se laisse intriguer par elle, et qu'on y devine des motifs ou bien des figures. Je procède ainsi pour que celui ou celle qui s'y attarde, découvre quelque chose qui lui appartient en propre ou entrevoie une possibilité à laquelle je n'avais pas songé. Il m'arrive à moi aussi lorsque je réalise ces digigraphies de me faire surprendre et d'être quelquefois sidéré par ce que je suis en train d'élaborer.
De même que les tubes de peintures à l'huile ont permis aux impressionnistes d'aller travailler dehors, que l'acrylique a transformé le rapport à la couleur, que l'électronique a permis de composer des œuvres sonores jusque là inouïes, les outils informatiques et l'intelligence artificielle permettent de nouvelles approches du sujet, et donnent accès à des représentations qu'il n'aurait pas été possible d'envisager auparavant. 

lundi 2 avril 2018

La Vitrine du magasin d'antiquités


Voilà,
il existe à Paris, Rue de Furstemberg, une boutique d'antiquaire dont les vitrines sont toujours merveilleuses. C'est tellement raffiné que je n'ose jamais entrer dans cette boutique, comme je l'ai raconté une fois, il y a bien longtemps, dans un autre post.  Chaque fois que je suis là, j'éprouve ce que Debussy écrivait à son sujet dans une lettre : "J'ai le malaise inexprimable des choses qui ne se trouvent pas à leur place". (Linked with weekend reflections)

dimanche 1 avril 2018

Que sommes nous pour nous-mêmes ?


Voilà,
"mon esprit tout entier est pétri de doute et d'hésitation (...) A mes yeux tout est incohérence et changement. Tout est mystère et tout est chargé de sens. (...) Que sommes nous pour nous-mêmes ? Des songes qui passent dans la brume. Des lieux chargés d'angoisse." Fernando Pessoa