jeudi 30 avril 2020

L'été dernier


Voilà,
j'avais de nombreux textes en chantier, ou plus ou moins achevés, en réserve pour alimenter ces petites chroniques. Aujourd'hui ils me semblent pour la plupart dénuées d'intérêt au regard de cet événement qui continue de sidérer par son ampleur et sa nouveauté autant que par les conséquences désastreuses qu'il va avoir sur nos vies dans les mois et les années à venir. Pourtant, nous savons que ce n'est rien si l'on songe aux transformations qu'impliquerait une nécessaire transition écologique. Désormais, au niveau des pouvoirs publics tout a un caractère d'urgence et de panique. Rien n'a été anticipé d'une telle situation. L'absence de tests ne permet pas d'opérer un déconfinement cohérent. Notre liberté de circuler est restreinte comme elle ne l'a jamais été depuis la seconde guerre mondiale. Ce n'est pas simplement le problème de la pandémie, c'est aussi en France, le résultat d'une politique outrancièrement néo-libérale, conduite au profit des intérêts privés des plus fortunés et non du bien commun. 
Je songe à l'été dernier. J'en suis à me demander si je pourrais de nouveau faire du vélo dans la campagne en compagnie de ma fille.
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mardi 28 avril 2020

Petite fille au ballon


Voilà,
Puisses tu petite fille cachée derrière ton ballon, lire un jour et comprendre ces vers de René Char : "Ce sont les pessimistes que l’avenir élève. Ils voient de leur vivant l’objet de leur appréhension se réaliser. Pourtant la grappe qui a suivi la  moisson, au dessus de son cep, boucle ; et les enfants des saisons, qui ne sont pas selon l’ordinaire réunis, au plus vite affermissent le sable au bord de la vague. Cela, les pessimistes le perçoivent aussi."
Je ne sais plus qui, un antique et vénérable penseur chinois sans doute, a dit que la chose la plus difficile au monde était de saisir la vie avec des paroles justes et simples. Je n'en suis guère capable. Certains instants toutefois se trouvent, selon la façon dont on les envisage, chargés d'une fugitive poésie. Quand je me promène je les espère, je les guette. Parfois ils se laissent capturer.

dimanche 26 avril 2020

D'étranges fleurs


Voilà,
l'un s'est réveillé sans trop comprendre cette tristesse qui semble s'être insinuée en lui à la faveur de la nuit. Tel autre se rend bien compte que depuis quelques temps il se néglige. Autrefois si attentif au moindre symptôme, à la plus petite douleur, à présent il s'en fiche et c'est comme si le quittait peu à peu le goût de vivre. Il en est une qui longe les murs, se répétant ces mots que quelqu'un avait inscrits au pochoir sur une palissade : Notre passé est triste Notre présent est tragique Encore heureux que nous n'ayons pas d'avenir. Sans surprise ni perspective, les jours succèdent aux jours dans un temps qui n'en finit pas de durer. On sent bien que quelque chose se prépare, sans trop savoir ce qui succèdera à cette torpeur. Rien de bien fameux, probablement. Sur le pavé de nos rêves inquiets d'étranges fleurs s'épanouissent. Les mots manquent pour nommer ce qui sournoisement nous dérange.
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samedi 25 avril 2020

Les deux amies



Voilà,
maintenant qu'elles sont confinées à la maison en compagnie de leurs enfants de leurs maris respectifs les deux riches amies ne peuvent plus s'échanger désormais que des mots doux plus ou moins codés et des photos sur Telegram, et parfois aussi furtivement se parler au téléphone. Elles songent avec nostalgie à ces après-midi de liberté qu'elles s'octroyaient quelquefois, chez l'une chez l'autre lorsque c'était possible, mais le plus souvent, à une de ces bonnes adresses qu'ignore le commun des mortels.  Sinon, les journées s'écoulent paisibles mais légèrement frustrantes, dans une atmosphère de bougie parfumée, de tisanes et de fleurs fraîches qu'elles se font livrer deux fois par semaine. Parfois elles préparent des gâteaux avec les enfants ou initient des jeux de société souvent très vite ennuyeux, mais heureusement la jeune fille au pair qui sait si bien s'occuper d'eux — d'ailleurs c'est étonnant comme le enfants l'adorent — a accepté de rester, au prix de quelques aménagements, bien sûr. Les Tuileries, Toraya et le musée d'Orsay sont fermés, alors on feuillette la gazette de Drouot, ou quelques vieux catalogues d'exposition, regrettant ce week-end prévu, — mais reporté sine die quel dommage —, à Sète pour y visiter ensemble l'exposition Gromaire. L'une s'est remise à la broderie, l'autre a ressorti ses encres et ses pinceaux. Toutes deux, sur le conseil d'un ami commun un peu excentrique, ont commandé par correspondance du CBD+ et vraiment elles trouvent ça tout à fait formidable, c'est fou comme elles se sentent détendues mais comme ça part vite aussi. Enfin tout ça ne durera pas éternellement. Vivement l'été, qu'on retrouve la maison en Toscane, ou le petit château dans le Périgord. Là-bas la glycine doit commencer à fleurir et le jasmin embaumer.

vendredi 24 avril 2020

Ou bien



Voilà,
bien des années plus tard on se souvient de moments qui, comme ces étoiles mortes dont la lumière cependant continue de voyager, n'ont rien perdu de leur densité. Certains n'avaient pourtant rien d'exceptionnel, pouvaient même être d'une grande banalité.
par exemple être assis au fond bus 58 en compagnie d'Agnès et de passer, lors d'un dimanche caniculaire devant le restaurant du moulin vert. Il ne se passe rien de particulier, peut-être suis-je simplement bien, je ne sais pas. Et je songe qu'il doit être bon d'y déjeuner, et que je le ferai peut-être un jour, car j'ai toute la vie devant moi. Ben non.
Ou bien
Rue Jean Ferrandi, c'est le printemps, il y a Bente, il y a Renée et Jean-Jacques qui fait le pitre en chantant "kaya kaya" la chanson de Bob Marley. Nous sommes tous légèrement sous influence.
Ou bien
ce matin d'août qui vient tout juste de commencer. J'ai 17 ans je fais un long voyage en mobylette il est aux alentours de neuf heures je suis sur la nationale 624 un peu après Mazères, je m'arrête pour refroidir le moteur. Il me semble que le paysage change, qu'on passe du côté de la Méditerranée. D'ailleurs on entend des cigales. L'instant est parfait. Je ne fais qu'un avec le monde. Je suis libre, les possibilités sont sans mesure
Ou bien
ce déjeuner du dimanche chez Pierre Guyot, après son voyage en Tunisie d'où il avait ramené du sirop de violette ; il nous avait offert du parfum à Agnès et moi. Chaque fois que je passe rue Cassette, je pense à lui et à ce que ma vie aurait été s'il avait vécu plus longtemps
Ou bien
cette descente dans le lit de la rivière Nartuby depuis Ampus avec Gérard, Delphine, Didier et Agnès
Ou bien
Louise jouant au piano une arabesque  de Debussy par une de ces fins d'après-midi dans la merveilleuse maison de Jurançon
Ou bien
La fois où j'ai arrêté mon scooter sur le bord d'une route en Corse et qu'un papillon est longtemps resté posé sur mon sac à dos attaché au porte bagage
Ou bien
ces soirées de juin 1970 où nous jouions au foot sur la pelouse en face de l'immeuble en nous prenant pour les joueurs que nous voyions à la télé lors de la retransmission des matches de la coupe du monde avec le grand Brésil de Pelé, Rivelino, Jairsinho, Gerson, Tostao, Carlos Alberto qui cette année là marqua le dernier but de la compétition
Ou bien
cette promenade dans un sous bois de la forêt landaise après la pluie en compagnie d'une monitrice qui est si gentille avec moi et qui me prend par la main
Ou bien
ces après-midi passés dans l'aire de jeu du jardin du Luxembourg avec ma fille si fière de montrer comme elle monte bien sur, la toile d'araignée comme elle glisse bien dans le toboggan, comme elle sait remonter vite sur le tourniquet
Ou bien
cette soirée de mai 1973 à errer longuement sur les quais de Seine en compagnie d'Agnès et Delphine et le retour à Vaugirard et ce qui s'ensuivit
Ou bien
un dimanche matin avec Philippe et Agnès, on mange des charcuterie chez Goldenberg dans le quartier juif
Ou bien
Pascal jouant à "Waiting for my man" près d'une station service sur la route d' Ushu.
Ou bien
cette fois où un dimanche après-midi écoutant la tribune des critiques sur France Musique — différentes versions d'une cantates de Bach étaient proposées — il m'est arrivé d'être ému aux larmes dans la proximité et la chaleur d'une présence aimée
Ou bien
Me promenant sur mon vélo rouge et fredonnant "Penny Lane". J'ai onze ans
Ou bien
Quand avec Christelle nous avons dormi dans l'hôtel situé près des grottes de Matata à Meschers au bord de l'estuaire de la Gironde une fois tous les deux, une autre avec notre fille qui était toute petite
Ou bien
ces samedi matins où je me réveillais très tôt à cause du décalage horaire — cela semble si loin, alors que c'était encore l'année dernière — pour voir des matches du Rugby championship de l'hémisphère sud en streaming sur mon ordinateur, et c'était comme une joie enfantine
Ou bien
La veille du jour où Agnès passait son bac de français je crois, et pour qu'elle se change les idées (et cette suggestion m'avait étonnée) Dominique nous avait emmenés à Ermenonville au parc Jean-Jacques Rousseau où celui-ci passa les cinq dernières années de sa vie. Ce parc composé par le paysagiste René-Louis de Girardin, était destiné par son créateur à stimuler la réflexion des visiteur.
Ou bien
la découverte de Lisbonne, la première promenade là-bas, les premières marches gravies
Ou bien
lorsque l'été je me réveillais tôt à Châteaudouble et que je prenais ma pétrolette pour aller jusqu'à Ampus chercher le pain qui était particulièrement bon, et que l'air embaumait de senteurs de thym, de lavande...
Ou bien
les premières séances de la journée au Saint André des Arts, où j'ai vu tant de film de Bergman, et aussi "Rencontre avec des hommes remarquables" de Peter Brook, et "La peau" ce génial film de Liliana Cavani d'après l'œuvre éponyme de Malaparte
Ou bien
ce garçon dans ma classe en CE1 à Châlons sur Marne (aujourd'hui Châlons en Champagne parce que c'est plus chic) qui prétendait que sa gourde avait été achetée par son père au "marché commun"
etc, etc...
Un poète a déjà donné ce titre à un recueil. Mais j'appelle ça les moments tannés.
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jeudi 23 avril 2020

Le Temps du Répit


Voilà,
il semblerait donc que ce fameux Covid 19 soit, selon les dernières informations, un virus plus sournois qu'on ne l'imaginait initialement. Mais au regard du virus de la connerie, qui est quand même la pandémie dont l'homme, parmi toutes les espèces vivantes constitue le principal vecteur en même temps qu'il en est la souche, il faut bien avouer qu'il fait bien piètre figure. Je ne prends qu'un exemple local : la réouverture lundi soir du drive du McDonalds de Moissy-Cramayel, en Seine-et-Marne, a provoqué une incroyable cohue. De nombreuses vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent une file de voiture de plusieurs centaines de mètres, obligeant certains automobilistes à emprunter un autre chemin pour continuer leur route. Selon des journalistes, cette file ininterrompue a commencé à 17 h et duré jusqu’à 22 h. Je ne veux pas offenser mes amis désespérément optimistes —oui c'est cela je me demande parfois si l'optimisme n'est pas une forme de désespoir qui s'ignore ou une manière de folie douce —, mais je crois que la courbe du génie est beaucoup moins exponentielle que celle de la bêtise. Il est probable que le monde d'après qu'espèrent certains penseurs — et moi aussi — n'adviendra pas. Ce sera le même, en pire, du moins dans un premier temps, et puis le pire prendra des formes nouvelles. Dans le registre de l'abjection et de la bêtise, elle n'a pas fini de se surpasser, l'espèce. Ces derniers temps elle a produit quelques fiers spécimens.
Alors je regarde passer les nuages, je me souviens du temps où je pouvais descendre jusqu'au fleuve pour le voir couler, j'écoute les oiseaux chanter, je m'abandonne à la caresse du vent, à la lumière changeante. Et même si je me mouche, et me râcle la gorge, je goûte encore ce temps comme celui du répit. C'est encore la paix.
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lundi 20 avril 2020

"En disposant mes rêves"


Voilà,
"Je ne m'indigne pas, car l'indignation est le fait des hommes forts ; je ne me résigne pas, car la résignation est le fait des hommes nobles ; je ne me tais pas non plus, car le silence est le fait des grandes âmes. Or je ne suis ni fort, ni noble, ni grand. Je souffre et je rêve. Je me plains parce que je suis faible et, comme je suis artiste, je me distrais en tissant des plaintes musicales et en disposant mes rêves de la façon qui plaît le mieux à l'idée que je me fais de leur beauté. Je regrette seulement de ne pas être un enfant (je pourrais croire à mes rêves) ni un fou (je pourrais écarter de mon âme tout ce qui m'assiège)" écrit Fernando Pessoa dans " Le Livre de l'Intranquillité".
Pourtant ces dernières semaines, il m'est difficile de m'abandonner à la fantaisie de ma propre imagination. Les idées ne viennent plus. Le désir s'absente. Informulées, des questions me peuplent, évanescentes comme des spectres mais toxiques comme un poison. Parfois, je voudrais n'être plus qu'une de ces choses rendues à une existence plus désirable, par le soin, la sollicitude, l'attention souvent facétieuse qui leur sont accordés, en ce lieu où le regard peut se laver de la médiocrité de l'ordinaire des jours.
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dimanche 19 avril 2020

Good day Sunshine



Voilà,
je me suis réveillé tout bizarre, après un rêve ou une succession de rêves dans lesquels je ne cessai de passer des tests sanguins, qui révélaient que j'étais atteint d'une forme particulièrement étrange de coronavirus caractérisée par une forte charge virale malgré l'absence totale de symptômes respiratoires. Je renouvelai mes tests qui ressemblaient à des sauvegarde d'ordinateur sur time machine. Ma fille et moi avions les mêmes résultats, et l'on essayait de me persuader que c'était plutôt une bonne chose, que nos organismes étaient très résistants et fabriquaient leurs anticorps sans que je sois pour autant convaincu. L'inquiétude m'a fait ouvrir un œil puis l'autre, j'ai allumé la radio, là j'ai entendu une voix masculine prononcer les mots suivants "... un aspect ubiquitaire de l'hypostase du verbe incarné...", j'ai immédiatement compris que ce n'était pas pour moi et j'ai changé de fréquence. Je suis tombé sur une cantate de Bach jouée très lentement au piano, par Alfred Brendel ai-je appris quelques minutes plus tard. France-Musique propose tous les dimanche matin, une émission sur Bach, et ça c'est vraiment bien. J'ai paressé un peu, me suis levé, ai entr'ouvert le rideau, vu que le ciel était tout gris, me suis recouché, envisageant une possible journée de chat, c'est à dire m'endormir, me réveiller, glander ne rien faire... je me suis rendormi bercé par Bach. Au second réveil le ciel était bleu. J'ai pensé à "Good day sunshine" des Beatles, l'ai aussitôt écouté sur la tablette qui est au pied de mon lit. J'avais oublié combien ce morceau me fait du bien
J'ai fait ma première salade grecque de l'année, mangé mon premier melon.
Je suis retourné dans ma chambre. Ai écouté la radio. Lu vaguement. Me suis assoupi. Puis un long coup de fil, où fut évoqué un projet pour l'été, avec des jeunes gens. Je suis désormais condamné à être le doyen des distributions. Mais tout relève de l'hypothèse, dorénavant. 
Me suis ensuite promené avec ma fille. C'était bien. Nous avons même acheté des glaces.
Me voilà de retour.
J'ai vu ça sur un mur.
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vendredi 17 avril 2020

Orgue de Barbarie



Voilà, 
on dirait une photo d'un autre temps. Et pourtant elle date du 21ème siècle, comme l'attestent l'ardoise indiquant le prix en euros et les chaussures du musicien.
Mais le vingt-et-unième siècle, depuis, nous a réservé une bien étrange surprise.
Je ne sais pas s'il jouera encore, au marché Edgar Quinet, l'homme à l'orgue de barbarie, cela fait longtemps que je ne l'ai vu, j'ignore même s'il est encore vivant. Et puis je ne sais pas quand il y aura de nouveau un marché Edgar Quinet. Quoiqu'il en soit, avec ses ritournelles d'un autre temps il alimentait la nostalgie d'un Paris qui n'existe plus, d'un monde rêvé.
Mais que faire de nos rêves désormais ?
Personne n'avait imaginé cela. La moitié de l'humanité enfermée, interdite de sortie, de circulation. Ayant pour consigne de ne pas même accompagner les mourants ni d'honorer les morts.
Comme le chanteur Christophe, cette nuit, le saxophoniste Lee Konitz,  l'écrivain Luis Sepulveda, il y a trois jours. Et tant d'autres plus ou moins connus.
Les morts c'est juste qu'ils nous abandonnent.
Et même si nous les avons perdus de vue ou qu'ils n'étaient que de vagues connaissances dont nous avions quelquefois des nouvelles par des tiers, ils nous laissent à la méditation mélancolique à quoi leur absence nous réduit. Quand ils étaient encore de ce monde nous appartenions ensemble a la communauté des vivants. Disparus ils nous renvoient à la fragilité de notre présent à la précarité de notre futur. Ils nous rappellent violemment notre condition de sursitaires.
Aujourd'hui plus que jamais.
Oui notre pas est moins véloce et sans doute est-ce lié à la pesanteur de nos pensées.
Et puis nous avons depuis un mois si peu l'occasion de marcher.
Il nous faut nous signer à nous-mêmes des bons de sortie.
Flâner trop longtemps ou loin de chez constitue désormais un délit.
En ce temps de grand confinement  — c'est ainsi que les responsable du FMI ont décidé de nommer cette période — la sagesse de Kafka — lui-même victime d'une autre grande pandémie qui (bien qu'on sache la prévenir) tue encore annuellement 1,8 millions de personnes dans le monde — nous fait défaut.
"Il faut quitter ta chambre. Reste assis à ta table et écoute. Tu n'as même pas à écouter. Attends simplement. Tu n'as même pas à attendre, apprends juste à rester tranquille, calme et solitaire. Le monde s'offrira alors à toi, et te proposera de le démasquer. Il n'aura pas le choix : il roulera en extase à tes pieds."
Après tout, un peu de poésie ne peut nuire. Mais le monde est il encore capable d'extase ?
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jeudi 16 avril 2020

Effets collatéraux



Voilà,
Les jeunes acteurs ou actrices, les vieux comédiens, les écrivains sur le retour, qui se sentent obligés de faire œuvre de bienfaisance en propageant – presque à la vitesse du virus d'ailleurs – sur les réseaux sociaux,  des vidéos où ils nous récitent ou lisent quelques poèmes, pas toujours très bien hélas
Les auteurs bourgeois, se prenant pour Saint-Simon ou la Sévigné qui nous livrent leurs états d'âme depuis des confinements luxueux, souvent à la campagne dans une prose rarement à la hauteur de l'événement
Les millions d'internautes qui manifestent une soudaine compétence en matière d'épidémiologie et de virologie
Les tropisme bien français pour la lâcheté et la délation anonyme, avec par exemple ces gens qui demandent à une infirmière  habitant dans leur immeuble de déménager par crainte d'être contaminés, ou d'autres appelant la police pour dénoncer le voisin qui ne respecterait pas le confinement
Les malfrats qui font du trafic de masques ou cambriolent des voitures de médecins pour s'approvisionner
Les défis stupides lancés sur facebook genre "poste une photo de toi petit" — la meilleure réponse que j'ai vue :  celle d'un ami renvoyant une reproduction d'un tableau de la nativité —.
La vie domestique transformée en une succession de mouvements de ramassage et d'essuyage, sans que pour autant rien ne semble vraiment accompli. 
Aller pisser sans tout à fait s'en rendre compte ni en avoir vraiment envie. Comprendre que l'expression "se faire chier" a un fondement (si je puis dire) quasi ontologique.  
Avoir quand même du mal à se concentrer et par conséquent trouver que poèmes, aphorismes et haikus sont des unités lexicales très adaptées à la situation.
S'apercevoir que sur les réseaux sociaux, sur les plateaux de télévision,  les mêmes qui, il y a quelques mois étaient incapables d'imaginer pour aujourd'hui un tel scénario, s'empressent de faire des prévisions concernant les prochains mois, voire au-delà
Le besoin partagé par de nombreuses personnes en France de défendre corps et âme un homme qu'ils pensent providentiel, comme si l'histoire ne nous avait pas servi de leçon,
L'impossibilité d'accompagner ses défunts
Voir grandir, au fur et à mesure que se dévoile l'ampleur du chaos à venir, la panique chez ses proches et sentir poindre en soi une sorte d'inquiétude
Entendre les délires de prêcheurs évangéliques confinés eux dans la bêtise depuis longtemps
Constater le cynisme et l'ignominie de ceux qui nous gouvernent ainsi que l'oubli, l'effacement dans l'actualité de toutes les autres catastrophes en cours,
Ne plus être capable d'imaginer l'avenir, parce qu'on perçoit confusément que toutes les règles sont en train de changer mais pressentir tout de même que ce ne sera pas pour le meilleur
passer un dimanche après midi à faire le ménage en écoutant de la variété vietnamienne rétro
Être parfois terriblement déconcerté par l'ampleur de l'événement et effrayé par ce qui s'ensuivra
Constater sur les réseaux sociaux plus encore que d'habitude des mots des images, de l'indignation de la revendication du commentaire lui même commenté surcommenté
les libertés que s'octroient les oiseaux et en particulier les pigeons et les corneilles
se demander plusieurs fois par semaine si on n'en aurait tout de même pas éte atteint de façon bénigne
Ne plus trouver les mots
Ne plus avoir envie
mais aussi les menus plaisirs pendant la promenade journalière autorisée
marcher au milieu de la route
lever les yeux, voir son environnement de façon différente,
découvrir soudain la beauté architecturale d'un immeuble auquel on n'a ordinairement pas l'espace pour y prêter attention, parce que d'habitude on est sommé de ne faire que passer, d'être en mouvement, et que de toute façon l'espace est encombré de gens d'automobiles de cyclistes de piétons, rythmé par les feux tricolores.
le silence le silence
découvrir aussi les polyphonies de Chiara Margarita Cozzolani nonne bénédictine au couvent de Sainte Radegonde à Milan au XVII ème siècle, et s'en trouver ravi
Etc... etc
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mardi 14 avril 2020

Jeune femme lisant en compagnie de son chien


Voilà,
celle-ci je l'ai prise en Octobre 2018. Je suis toujours envieux de cette capacité qu'ont certaines personnes à s'allonger sur les bords de Seine, pour prendre le temps de lire ou simplement de ne rien faire, de se laisser baigner par la chaleur du soleil. Je m'y attarde souvent pourtant, mais il me faut être en mouvement. Je ne parviens pas non plus à m'abandonner ainsi dans un lieu public. Même lire au bistrot m'est difficile. Cette image atteste d'un temps où l'insouciance, la légèreté et l'indolence étaient encore des possibilités. Désormais notre vie confinée nous prive de plaisirs simples dont rien n'augurait, il y a quelques mois à peine, qu'ils pussent nous être aussi vite dérobés.
Traîner, flâner dans les rues du quartier latin, de Saint-Germain et sur les quais de Seine, déambuler dans l'île Saint Louis qui, ressemble à certaines heures à un petit village, me manque. Et sans doute aussi ce plaisir d'être saisi par un instant, une situation, une fraction de seconde insolite, un détail incongru. Ces moments d'errance, de déambulation me lient à cette ville depuis que j'y vis. J'en ai besoin. Ils sont ma part nécessaire de poésie et de lumière, surtout au printemps. Ces promenades au printemps naissant m'apportent, sinon la joie, du moins de fugitives félicités, d'éphémères délices, de doux transports. Les photos que je peux alors y faire sont comme des cailloux ramassés sur le bord du chemin. Parfois c'est un plaisir semblable à celui que l'enfant éprouve lorsqu'il capture parmi les herbes une sauterelle ou un papillon, peut-être juste pour ce chatouillement sur les paumes des mains refermées en une cage éphémère avant que l'insecte ne soit rendu à sa liberté.
Oui les photos offrent un contrepoint aux images, la plupart du temps sombres et tourmentées, que je produis et qui sont celles qui me viennent le plus spontanément. Comme le confinement, avive cette tendance, je m'abstiens de les publier. Peut-être d'ailleurs ne le ferai-je jamais.
Heureusement il y a les voix chaudes de Louis et Ella. Je vais commencer avec ça. Ensuite en verra. La musique accompagne mes journées. Je ne supporte plus d'écouter les nouvelles. Words words et guignolades. Oui heureusement, il y a les musiques, toutes les musiques.
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PS : En regardant quelques nouvelles sur le net, je vois que le spectre d'une nouvelle catastrophe nucléaire se profile, trente quatre ans après la première, à Tchernobyl où flambent les forêts de la zone interdite. On rapporte que le taux de radiation y a considérablement augmenté. Ici un fort vent de Nord-Ouest, sans doute chargé de particules balaye la ville. Mauvais karma pour l'humanité semble-t-il. Au moyen-âge, ai-je lu quelque part, après les catastrophes et les pandémies, il y avait toujours de grosses orgies. Est-il vraiment nécessaire d'attendre ?

dimanche 12 avril 2020

Ondes magnétiques


Voilà,
j'étais tombé par hasard, il y a quelques mois sur cette fresque dans le 18 eme arrondissement de Paris. j'en avais trouvé le graphisme étrange, avec cette reproduction de vieille gravure. Il est somme toute très d'actualité, puisque notre gouvernement, à la faveur de la crise sanitaire, a autorisé l'implantation d'antennes relais 5 G. alors que de récentes études tendent à prouver la nocivité de cette technologie. D'ailleurs plus de 170 scientifiques et médecins de 37 pays demandent un moratoire sur le déploiement de la 5G – cinquième génération de téléphonie mobile – jusqu'à ce que des études d'impact sanitaires et environnementales sérieuses et indépendantes aient été réalisées préalablement à toute mise sur le marché. La 5G s'ajoutera au brouillard électromagnétique déjà produit par la 2G, 3G, 4G, Wi-Fi, etc., exposition dont il a été prouvé qu'elle est nocive pour les humains et pour l'environnement. 
Le déploiement de la 5G conduirait à une augmentation générale et massive de l'exposition aux ondes du sans-fil alors que les dangers de ces technologies sont établis. La technologie de la 5G est efficace sur des petites distances seulement. Elle se transmet mal à travers les solides. Il faudra beaucoup de nouvelles antennes-relais, et la nouvelle architecture du réseau exigera une nouvelle antenne toutes les 10 ou 12 maisons en zone urbaine créant de fait une exposition massive à laquelle nul ne pourra se soustraire. D'ailleurs, la Suisse a reporté son implantation, exigeant d'autres études d'impact.
Évidemment il n'y a pas, en France de débat au parlement concernant ces enjeux environnementaux. Aujourd'hui moins que jamais. Mais faut-il s'en étonner ? Sans doute que la 5G est essentielle pour booster l'économie. Et puis n'avons nous pas le meilleur système de santé au monde ? Celui où certains hôpitaux font des appels aux dons pour qu'on leur envoie des sacs-poubelle utilisables comme surblouses. Mais bon, ne soyons pas chagrins. Demain, le Pangolin de la République va faire son allocution. Après quoi sans doute pourrons nous dormir tranquilles.
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vendredi 10 avril 2020

Juste un malaise diffus



Voilà,
ce n'est pas vraiment de l'angoisse ou de l'inquiétude. C'est juste un malaise diffus. Bien sûr il y a cette maladie nouvelle, dont on ne sait exactement comment elle se propage, ni quel est son temps de latence et d'incubation, ni, si une fois qu'on l'a contractée, on en est ensuite préservé ou pas, ni dans quelle mesure elle va muter.  Pour ma part, j'ai pour le moment l'impression d'être passée à travers sans pour autant être certain de ne pas en avoir une forme mineure. En tout cas ce n'est rien, en comparaison des deux ou trois épisodes plus ou moins grippaux, subis l'année dernière dont un m'a beaucoup effrayé par sa violence sa durée et son intensité. En conséquence de quoi, cette année dès le mois de septembre j'ai renforcé mes défenses immunitaires. J'ignore si cela sera suffisant. De toute façon il n'y a pas de test disponible, donc on en est réduit aux supputations
Alors oui il y a le confinement et chacun s'en accommode comme il peut. Comme je suis assez paresseux et contemplatif, et que par ailleurs je dispose d'une bibliothèque plutôt conséquente et variée, d'une discothèque qui ne l'est pas moins j'en prends mon parti sans trop d'embarras. Un documentaire récemment diffusé sur Arte, au sujet de l'histoire de l'Afghanistan met les choses à leur juste valeur, et ce que nous vivons là et sans commune mesure avec les malheurs qui accablent certains peuples depuis des générations. Rien pourtant ne dit qu'il en sera toujours ainsi.
Cependant cette pandémie est aussi le symptôme de quelque chose d'autre. Il y a cette sensation imprécise, ce pressentiment flou que tout ce sur quoi nos habitudes de vie reposaient ne vont pas pouvoir se reproduire de la sorte. Comme si un voile d'illusion se déchirait. Un peu comme dans ce film "the Truman show" où l'un des personnages s'aperçoit que la réalité dans laquelle il évolue, n'est qu'une construction fictionnelle. Ainsi notre pays qui se pensait comme une puissance économique, avec un système de santé que le monde était supposé lui envier, prouve à quel point il est incapable de faire face à une crise sanitaire majeure. Et puis nous découvrons chaque jour les ravages causés par la politique gouvernementale et le cynisme d'un pouvoir moins soucieux d'assurer le bien-être et la sécurité de ses citoyens que de préserver les privilèges des détenteurs de richesses ayant permis l'élection d'un président qui, à la faveur  de l'état d'urgence sanitaire, fait passer en catimini des lois liberticides et antisociales sans précédent depuis un siècle.
Quant à l'Europe, dont la construction laborieuse lorsqu'il ne s'agissait que du marché commun, fut un permanent sujet d'actualité au cours de mon enfance, elle justifie à présent les doutes qu'on pouvait entretenir à son propos. Pas de solidarité, aucune efficacité, nul accord sur des solutions communes. De nouveau se manifestent les replis nationalistes frileux, une bureaucratie inefficace, une incapacité à changer de paradigme. Il est fort à craindre qu'elle ne survive pas à cet épisode.
Le malaise tient donc à cette incertitude devant un avenir où à l'heure des comptes, les pauvres s'apercevront qu'ils le sont encore plus et découvriront que les riches se seront enrichis. 
Avenir d'autant plus angoissant qu'il est difficile à envisager. Une chose paraît sûre : il risque d'être très chaotique si l'on continue avec la même logique économique et industrielle. Car une autre crise se profile autrement plus grave puisqu'elle n'a pas été anticipée, et au regard de laquelle cette pandémie n'est rien. Cette transition écologique, dont on se rend compte aujourd'hui qu'elle est nécessaire, dans quel contexte va-t-elle s'effectuer ? Selon quelles conditions ? 
L'impréparation flagrante voire l'aveuglement et le déni de la plupart des décideurs de cette planète, offrent là bien des motifs de tourment. Et dans cette ville où il fait enfin bon respirer, en cette journée silencieuse, ensoleillée, où par les fenêtres ouvertes parviennent, comme une célébration de la lumière, les trilles allègres des oiseaux, c'est à des horizons plus sombres qu'on ne peut, quoi qu'on en veuille, s'empêcher de songer.

mercredi 8 avril 2020

Fatiguée



Voilà
Fatiguée
des gens penchés sur leur smartphones dans les lieux publics
des voix qui te parlent en trois langues dans le métro
des conversations téléphoniques privées qu'il te faut subir dans les lieux publics parce que les gens causent trop fort
des injonctions par mail envoyées par des organismes de crédit, des voyagistes
fatiguée du sentiment croissant de vulnérabilité  de la conscience de plus en plus aigüe de sa propre finitude
d'apprendre que des amis tombent malades ou meurent
des déclarations vociférantes sur les réseaux sociaux
de la tête qui tourne et de l'épuisement dès le réveil
des fascistes qui, en France ont table ouverte au grand festin de l'information 
des pétitions pour ceci pour cela qui circulent sur les réseaux sociaux
Fatiguée des panneaux publicitaires électroniques
Fatiguée de de devoir remplir des formulaires informatiques, des doodles
Fatiguée des chroniques d'Aurélien Béranger sur France Culture
Fatiguée de devoir se réveiller tôt le matin
Fatiguée des tâches domestiques et répétitives
Fatiguée des revendications des récriminations sur les réseaux sociaux
Fatiguée de faire mes comptes
Fatiguée de mon banquier
Fartiguée du président
Fatiguée des escaliers des boîtes aux lettres des trousseaux de clés des codes et des mots de passe
Fatiguée de l'éclairage trop terne de la maison, des courses et du ménage
Fatiguée des parlottes insipides à la radio
Fatiguée des douleurs des pilules des potions
Fatiguée de toujours respirer le même air voir les mêmes têtes
de mon incapacité à formuler un raisonnement cohérent 
de l'effroi soudain ressenti parfois à la nuit tombante dans un un train de banlieue  
de toutes ces conversations où il n'est question que d'acheter et de vendre
fatiguée de tout cela
mais ça c'était avant,
avant ce grand silence sur la ville ce grand vide dans ma vie et cette attente qui n'en finit pas

lundi 6 avril 2020

Anagramme, providence, et super-héros



Voilà,
j'ai pris cette photo l'été dernier, dans la chapelle du château de Germolles que j'avais visité en compagnie de ma fille, de Pascal, et d'un couple d'amis. Pascal réside en Bourgogne et a la particularité de croire en la providence — il n'y a évidemment aucun lien de cause à effet entre ces deux assertions —. L'autre jour, après lui avoir envoyé une petite vidéo dans laquelle j'interviens aux côtés de Vincianne Desprêts, Odile Darbelley et Pierre-Olivier Dittmar, qui s'intitule les bonnes questions, je me suis avisé de lui en poser une autre qui me semblait assez bonne aussi : crois tu toujours en la providence ? "Plus que jamais" m'a-t-il répondu. "Il s'agit avant tout de se prémunir contre l'outrecuidance de penser que nous échappons à tout ce qui nous menace, musiques barbantes, spectacles affligeants, convives assommants, partenaires sans attraits, révolutions totalitaires, guerres mondiales et virus pervers par la seule puissance de nos talents. Il ne s'agit pas d'y croire donc, mais de ne pas en douter, ces privilèges immérités méritent bien un nom.". J'ai beau retourner ça en tous sens, il y a quelque chose qui m'échappe, je ne sais pas à quoi se rapporte le groupe nominal "ces privilèges immérités" et quelque chose me semble bancal dans cette réponse qui s'apparente plus à un sophisme qu'à un de ces paradoxes dont mon ami est si friand. Mais après tout, je ne suis pas comme lui, agrégé de grammaire et normalien, je n'ai jamais été très doué pour la logique, et c'est sans doute la raison pour laquelle je fais des images. Celle-ci me plaît bien puisqu'elle met en présence deux super-héros, Batman et Jésus. D'ailleurs quelqu'un m'a fait remarquer il y a quelques jours que l'anagramme de chauve-souris est "souche à virus"
linked with "our world tuesday"

dimanche 5 avril 2020

Act up !


Voilà,
comme bien des photographes dans le monde, ce temps de réclusion m'amène à retraverser des vieux fichiers photographiques. Je suis tombé sur ce mural que j'avais pris en photo un dimanche, lors de la campagne électorale de 2012, celle qui fut si porteuse d'espoirs pour tant de gens, et dont on ne pouvait imaginer combien la suite engendrerait de désillusions. C'était avenue Pierre Sicard où j'avais aussi pris cet autre cliché. Le mur était entièrement dédié aux activités d'Act-up France, qui depuis deux ans n'est plus aussi active qu'autrefois.
Le , les membres de l'équipe dirigeante d'Act Up-Paris ont démissionné, déplorant que "la vague de nouvelles arrivées" depuis le succès du film 120 battements par minute – selon eux, des "jeunes militants déjà politisés et expérimentés dans d’autres luttes, notamment antiracistes" – détournent et exploitent l’outil d’Act-up, en se servant de son historique, pour mettre en avant d’autres combats que celui pour maintenir et developper des moyens en faveur de la recherche sur le SIDA et du soutien aux malades". Ils ont estimé que le travail d’expertise était relégué au dernier plan au profit du "commentaire permanent de la critique spectacle". L'ancienne équipe a créé une autre association, les ActupieNEs. La nouvelle équipe dirigeante d'Act-up a décidé de poursuivre les ActupieNEs pour "atteinte à la dénomination de marque", "parasitisme de marque", et "concurrence déloyale". Ainsi donc, un mouvement construit sur la nécessité et l'urgence de la lutte et dont le nom claquait comme un mot d'ordre et un signe de ralliement, se voit-il désormais ramené au statut de marque déposée auprès de la propriété industrielle par la nouvelle équipe dirigeante. 
Initialement prévu du 2 au 5 avril, le week-end de collecte et de sensibilisation pour la lutte contre le virus du sida Sidaction 2020 a été annulé en raison des mesures de sécurité sanitaires liées à l'épidémie du coronavirus 
Linked with Monday mural

vendredi 3 avril 2020

Slogans


Voilà,
composé au cours des années, le poème absurde de toutes ces phrases qui étaient supposées nous inciter à aller voir les films. Aujourd'hui certaines d'entre elles ressemblent à des paroles de notre président ou d'autres grand dirigeants, et beaucoup apparaissent comme des prophéties en quelque sorte auto- réalisatrices. Vraisemblablement, nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Aujourd'hui une nouvelle guerre est menée
Il y a deux catégories de créatures dans l'univers : celles qui dansent et celles qui ne dansent pas.
C'est lorsqu'il est le plus vulnérable qu'il est le plus dangereux
une guerre a commencé
Un nouvel ennemi vient d'apparaître. A guerre nouvelle arme nouvelle
Un conflit naîtra entre les anges du bien et du mal qui nous constituent, 
Un conflit dont l'issue ébranlera notre monde jusqu'au point de non-retour, 
La victoire est elle possible je l'ignore mais je sais qu'un grand sacrifice sera nécessaire,
 Le destin de tous dépendra de quelques uns. nous devons nous préparer pour l'affrontement final
L'absence de guerre n'est pas la paix
 Scream now, while there's still room to breathe.
Take the stairs! Take the stairs! For God's sake take the stairs!
Vous ne pouvez pas vivre avec votre propre échec. Où cela vous a t il mené ?
L'amour quand c'est trop fort ça peut faire peur très peur
A tout moment un inconnu peut devenir votre pire ennemi
Le crime est un poison voici l'antidote 
Mari, seventeen, is dying. Even for her the worst is yet to come!
Et vous, qui vous regarde !
Don't get him wet, keep him out of bright light, and never feed him after midnight.
Deux flics l'un est teigneux l'autre... intelligent
In space no one can hear you scream."
Toujours au mauvais endroit au mauvais moment 
If Nancy doesn't wake up screaming, she won't wake up at all
One good bite deserves another !
 Part man. Part machine. All cop. The future of law enforcement."
Twelve terrorists. One cop. The odds are against John McClane... That's just the way he likes it.
A film that will touch your heart... after it's finished with your teeth, ribs, spleen and kneecaps.
Escape, or die frying 
Eight legs, two fangs and an attitude
It's cheaper than a chainsaw
 Le futur est de l'histoire ancienne 
Body of a boy! Mind of a monster! Soul of an unearthly thing!
You know the name. You know the number
We are not alone
Trapped in time. Surrounded by evil. Low on gas.
 Heads will roll
On every street in every city, there's a nobody who dreams of being a somebody.
Assume the position. 
A lot can happen in the middle of nowhere. 
 Mankind just became an endangered species
The lucky ones died first.
Too much for one movie 
Her life was in their hands. Now her toe is in the mail
When there's no more room in Hell, the dead will walk the earth
 To avoid fainting, keep repeating: "It's only a movie, only a movie, only a movie..
Don't give away the ending - it's the only one we have!
 A long time ago in a galaxy far, far away... 
He is afraid. He is totally alone. He is 3,000,000 light years from home 
Quand la violence s'empare du monde, priez pour qu'il soit là.. 
You see them on the street. You watch them on TV. You might even vote for one this fall.
You think they're people just like you. You're wrong. Dead wrong
 He's coming to town with a few days to kill
In space no one can hear you clean.
People never change. They'll do anything to get what they need. And they need Soylent Green
 Size Does Matter.
 A man went looking for America. And couldn't find it anywhere.
 We are going to eat you
Space. It's not as deep as you think
Man is The Warmest Place to Hide. 
 It will scare the living yell out of you 
 Oh yes.., there will be blood.
 This is the weekend they didn't play golf.
La mort a maintenant son application 
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mercredi 1 avril 2020

"Je sors de chez moi environ tous les six ans"

 

Voilà,
en cette période de confinement, en même temps que me reviennent en mémoire des images qui me semblent d'une réalité désormais inaccessible, je pense à Gérard Brach. Il fut, pour des réalisateurs aussi différents que Polanski (oups pour certaines j'ai dit un gros mot), Jean-Jacques Annaud, Antonioni, Kontchalovski, Marco Ferreri, un grand scénariste. Je passe sur sa biographie assez stupéfiante, pour ne pas dire effrayante (il y a des gens qui reviennent de loin et qui, malgré le putain de passif qu'ils doivent se traîner la vie durant, ne sombrent pas totalement). Brach donc, vécut plusieurs années reclus dans son appartement parce qu'il était agoraphobe. Souvent j'ai eu cette tentation. Ou pour être plus précis ce fantasme. Mais bien que, — sans doute, parce que j'ai toujours éprouvé une grande difficulté à me lier aux autres —  je demeure plutôt solitaire, je n'en suis pas pour autant si casanier que cela. J'aime bien bouger, musarder, traîner dans les musées, flâner.... J'ai toujours fait cela. Depuis quelques jours, comme des millions de gens sur cette planète, je passe beaucoup de temps devant mon ordinateur.
J'ai retrouvé sur le net cet article datant du 26 Juillet 2001 rédigé par Anne Diatkine, à partir d'un entretien où Gérard Brach raconte un "voyage" éprouvant qu'il a du accomplir. Je le livre in extenso.
"C'est venu sournoisement. Je sentais bien qu'il se passait quelque chose mais je ne savais pas quoi. Sous la tour Eiffel, j'étais pris d'un vertige à l'envers. J'en dégringolais sans même être dessus. J'étais de plus en plus mal à l'aise dans la rue, je me surprenais à me replier dans les encoignures des portes cochères, le front rivé à l'angle. Je mettais beaucoup de temps à m'en dégager, il me fallait alors de nouveau affronter des perspectives qui fonçaient sur moi et les mouvements intempestifs des passants, des pigeons, des voitures. Surtout des voitures, à cause de leur rapidité. Pendant longtemps, il m'était même pénible de raccompagner mes visiteurs sur le pas de la porte et de prendre le risque d'apercevoir le palier. Je connais les lignes de mon appartement par cœur: les fissures du plafond, les lattes du plancher, le rétrécissement léger de mon bureau à un bout.
Je sors de chez moi environ tous les six ans ; ­ ma femme beaucoup plus, et chaque déplacement est un voyage marquant, pour ne pas dire horrifiant. Je m'y prépare très longtemps à l'avance, en étudiant précisément l'itinéraire. La dernière fois, il s'agissait d'un dîner au restaurant, à 500 mètres de chez moi. Pourquoi m'infliger une telle épreuve alors que mon appartement est doté d'une salle à manger et d'une cuisine? Les amis ont parfois de drôles d'initiatives, d'autant que ma terreur de l'espace se double d'une autre difficulté: je ne supporte ni d'être à l'avance, ni d'être en retard.
Chronomaniaque. A l'époque où je me mouvais dans la rue comme une limande, quoi que je ne sache pas nager, j'étais rigoureusement ponctuel. Il est très contraignant d'être agoraphobe et chronomaniaque, parce qu'il est impossible de s'en tirer en prenant son temps pour avancer, si bien que lorsque je sors, je suis obligé de calculer la durée de chaque obstacle. Pour parvenir à ce fameux restaurant, il faut traverser plusieurs rues. Il est exclu que j'y aille à l'aventure comme Bougainville. Lors de mon précédent trajet jusqu'au même restaurant ­ j'étais jeune alors ­, j'ai compté mes pas et les ai notés. Pour ce trajet-là, j'ai dessiné un plan et décomposé la distance en 12 étapes comme autant de stations du calvaire du Christ.
Je suis donc parti à l'heure. J'ai utilisé l'ascenseur. A chacune des stations, je me remémorais des scènes de films que j'ai aimés. A la première étape m'attendait très gentiment Gene Tierney et j'ai échangé quelques propos avec elle. Je l'ai quittée sans la perdre des yeux. Je prévoyais d'apercevoir les enfants avec Robert Mitchum, dans "La Nuit du Chasseur" et peut-être même les tirer d'affaire ­ quitte à sortir autant avoir de grands objectifs. Les petits m'ont fait un signe qui m'a donné du courage et m'a permis d'atteindre le bord de la première traversée de rue. Si je parvenais de l'autre côté, Groucho Marx allait m'expliquer que certains imbéciles s'imaginent que les défenses d'éléphants sont faites avec des touches de piano. Et ainsi de suite.
Les visions étaient censées s'échelonner et rythmer le trajet. Mais je me suis bloqué à la première traversée. C'est une épreuve considérable. D'autant plus considérable que je ne veux pas qu'elle soit perceptible par les autres passants. Je connais beaucoup de gens dans le quartier qui viennent me voir chez moi. Donc, ils s'arrêtent et commencent à tailler une bavette. «Tiens, tu sors maintenant?» Après, il est difficile de stopper la rumeur. J'essaie de prendre un air aimable alors que ma plus grande crainte est de m'évanouir et, en ouvrant les yeux, de voir des bajoues au-dessus de moi, comme un nouveau-né dans son berceau. Avant de traverser la première rue, j'attends. Je me donne vingt minutes. Je m'élance sur la chaussée, mais sans regarder. Je ne peux pas tourner la tête à gauche et à droite pour vérifier l'absence d'automobiles. C'est le bruit qui me guide. J'arrive exténué en face.
Glaçon dans le cou. Je ne tiens plus debout. Je me suis précipité dans une pharmacie pour respirer. La vendeuse m'a assis et a constaté: «Vous n'avez pas l'air en forme.» J'ai avoué qu'effectivement ça n'allait pas fort. Elle m'a dit que je devais faire de l'hypoglycémie et elle m'a donné un bonbon. Je suis reparti. Ma pensée était peuplée de réflexions très rapides, de propos existentiels pour que je puisse toucher mon but: le restaurant. S'il n'y avait pas l'angoisse, l'agoraphobie serait peut-être à prendre comme une drogue. Sous son influence, les gens ont souvent l'impression de faire exploser leurs limites, d'éprouver une expérience métaphysique, alors qu'ils sont simplement en train de penser: «On est peu de chose.» J'ai fait ma petite auto-analyse à domicile, afin de dénicher la raison souterraine qui s'est épanouie comme une plante vénéneuse dont je respire le parfum. Si je peux me permettre de sauter du coq à l'âne, je me suis toujours demandé pourquoi on apprécie généralement les belles ruines avec de beaux clairs de lune, alors que les vestiges humains rebutent. Ce sont les seuls dont on souhaite qu'ils disparaissent loin de la vue.
Fort de ces considérations, je suis entré dans le restaurant. Je me suis affalé à la première table. J'ai demandé des glaçons. Je m'en suis glissé discrètement dans le cou. J'ai regardé ma montre: je n'étais ni en avance, ni en retard.
Étonnant, non ?
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