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vendredi 21 août 2026

La femme la dune le parasol



Voilà,
c'était au siècle dernier, un été à Leffrinckoucke. Bien qu'il y fit souvent soleil, je ne m'aventurai pas à me baigner tant la mer me semblait un peu trop fraîche à mon goût. J'étais venu accompagner une femme à qui des amis avaient prêté un appartement sur cette côte qu'on dit, je crois, d'Opale. Pour des raisons professionnelles, elle passait beaucoup de temps au téléphone (les portables n'existaient pourtant pas à l'époque) et moi pendant ce temps-là, je vaquais à l'extérieur, photographiant des blockhaus affaissés sur les dunes, des éoliennes qui ne rentraient pas dans le cadre, des cheminées de raffineries au loin ou bien des joggers sur les plages désertes, ou encore des poupées cassées dans des brocantes locales. C'est dans ces circonstances que j'ai aperçu cette jeune femme près de son parasol première publication 17/1/2016 à 20:04

vendredi 7 août 2026

Elisabeth


Voilà,
ça me revient, la première rencontre avec Elisabeth, ce fut dans la salle de ce qui s'appelait alors l'ARC, sous le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, en Avril 81, pour la création de la pièce « Société1 » sur une partition de Luc Ferrari que mettait en scène Didier Flamand. C'était un spectacle assez barjo. Nous n’étions pas une grosse distribution pour un spectacle de Didier. À peine huit sur le plateau. Il y avait cinq comédiens plus ou moins musiciens de la bande à Didier, deux musiciens de la compagnie de Georges Aperghis qui co produisait l’entreprise et Elisabeth qui ne connaissait aucun autre comédien et qui débarquait là avec sa clarinette. Elle avait, quelques années auparavant travaillé assez longtemps avec le Grand Magicien Circus de Jérôme Savary. Elle s’est immédiatement intégrée à notre équipe avec son charme et sa fantaisie et ce fut un bonheur de l’avoir parmi nous. Très vite elle s’est prise d’affection pour Agnès et moi. Ces répétitions et ce spectacle demeurent dans ma mémoire comme un des meilleurs moments de ma vie professionnelle.

Ça me revient l’appartement du 60 rue Caulaincourt (une des plus belles rues de Paris qui constitue une vaste boucle ombragée sur les contreforts de Montmartre) qu’elle partageait avec son époux et ses enfants.

ça me revient à la naissance de ma fille, Élisabeth lui avait offert un petit chien en peluche. Il est toujours là.
 
ça me revient, quand je jouais à Béziers au début des années 90, il y avait encore dans les loges l'affiche du film "Le boucher, la star et l'Orpheline" de Jérôme Savary, et sur le dessin de l'affiche on reconnaissait bien Elisabeth que j’avais alors perdue de vue.
 
ça me revient, Elisabeth et Agnès s'aimaient beaucoup. Il existe une photo où elles sont toutes les deux vêtues en alsaciennes. Je l'avais prise lors d'un essayage costume dans la salle de répétition du JTN rue des fossés-St Paul dans le marais.
 
ça me revient Elisabeth n'avait jamais perdu son accent norvégien
 
ça me revient la photo ci-dessus fut prise lors d'une répétition de "prends bien garde aux Zeppelins" en Octobre 1981. J'interprétais, dans un des tableaux du spectacle, un photographe lors d'une réception d'ambassade, et un soir, j'avais utilisé un vrai appareil pour faire des photos de mes camarades en situation.
 
ça me revient Elisabeth m'appelait parfois Arnito en roulant le R et en prolongeant la voyelle sur le i ça donnait arrrniiito
 
ça me revient Elisabeth conduisant sa Rancho verte
 
ça me revient, lors de Société 1, nous avions du mal, les membres de la troupe à nous séparer après les répétitions, et nous prolongions la soirée au Grand Corona, près du pont de l'Alma. Nous étions aussi allé y boire un verre un fin d'près midi, et je me souviens qu'on y avait entendu "Sunny afternoon" des Kinks et c'était tout à fait de circonstances

ça me revient Maxime Ferrier le mari d'Elisabeth l'appelait souvent Mortensen, et pour beaucoup de ses relations elle était Mortensen
 
ça me revient Elisabeth avait, dans sa jeunesse, suivi des cours chez Jacques Lecoq 

ça me revient, il y a quelques années j'avais mis en relation Elisabeth et Sophie qui allait à Oslo pour un événement autour de Jon Fosse où des compagnies françaises avaient été invitées. Je crois qu'Elisabeth s'était proposée comme traductrice en certaines circonstances
 
ça me revient nos conversations à propos de l'écrivain Kjell Askildsen, dont elle était la seule parmi mes amis à connaître l'œuvre
 
ça me revient, comme Elisabeth, au début où nous nous connaissions nous racontait à Agnès et moi comme c'était bien d'avoir des enfants.
 
ça me revient, Elisabeth comme la plupart des norvégiens de Paris, se procurait à la période des fêtes du saumon de Norvège grâce à une association dont le siège se trouve je crois au Vésinet

ça me revient, alors que nous nous étions perdus de vue depuis des années, un jour une femme m'a sollicité pour une lecture de textes de Nicolas Vatimbella, et lorsqu'elle m'a dit qu'elle attendait la réponse d'une comédienne norvégienne qui jouait de la clarinette j'ai tout de suite pensé que c'était Mortensen, et lorsque j'en eu la confirmation je n'avais plus qu'une hâte : la revoir 
 
ça me revient, après s’être installée en Norvège, Élisabeth revenait souvent à Paris pour visiter sa fille et son petit fils et chaque fois elle me prévenait et nous nous retrouvions toujours au même bar "au pause-café" 41 rue de Charonne.

Elisabeth connaissait bien Isabelle Nanty, elle aussi ayant de la famille norvégienne, et avec qui j’ai tourné il y a fort longtemps.
 
ça me revient Elisabeth me parlant de sa sœur avec qui les relations ne semblaient pas faciles
 
ça me revient le père d'Elisabeth avait habité en Suisse et avait été un musicien de jazz
 
ça me revient après être retournée en Norvège, Elisabeth travaillait comme clown dans les hôpitaux d'Oslo
 
ca me revient Elisabeth était amie avec Luca, un metteur en scène italien qui m'a mis en scène en 1989, et j'ignorais à l'époque qu'ils se connaissaient 

ça me revient c'est Claire Denis qui avait recommandé Elisabeth à Didier, car Claire avait aussi travaillé avec le Grand Magic Circus de Jérôme Savary
 
ça me revient la fête surprise organisée par sa fille pour ses 75 ans. Nous nous sommes vus l'année suivante, et peu après une maladie neuro-dégénérescente a rapidement détérioré sa santé. Elle a quitté ce monde le premier jour d’Août. Depuis la tristesse ne me quitte pas

Ça me revient mais il y a tant de choses qui m’échappent
shared with the weekend in black and white - weekend street

mardi 14 juillet 2026

Regarder passer le défilé

 

Voilà,
ce quatorze juillet 1983 je m'étais tout de même bien régalé. J'avais fait une pellicule entière. J'aimais bien le principe de la série. J'en ai beaucoup publié des photos de ce jour-là sur ce blog. Celle-ci n'était pas encore apparue. J'aime beaucoup la tronche du type avec son programme à la main. Ce qui me réjouissait c'était les différents axes de regards. Ceux qui voient venir, ceux qui voient ce qui est passé, les suspicieux qui se méfient du photographe mais qui ne quitteraient leur place pour rien au monde de peur de la perdre. C'est fou tout de même cette fascination des gens pour les défilés militaires.
Si tu tapes, chère lectrice cher lecteur, sur la rubrique "spectateurs", eh bien oui, tu retrouveras parmi d'autres, toutes les photos de cette mémorable matinée. Et si tu cliques sur ce lien tu verras comme j'étais joli garçon (mais je ne le savais pas à l'époque et cela n'a qu'un relatif intérêt aujourd'hui). Je venais de passer un mois en Algérie, sur les traces de mon enfance, j'avais un peu d'argent devant moi, j'étais aimé, je savais que bientôt je partirais en Provence pour finir l'été, l'âge que j'ai aujourd'hui me paraissait une échéance improbable. Bref j'étais jeune, pas forcément insouciant, mais quand même assez souvent désinvolte. Aujourd'hui le monde brûle, et malgré les faits, l'on ne parvient pas tout à fait à se rendre à cette idée. La langue japonaise possède un mot pour exprimer ce que je ressens : yaruzenai : comprendre tout ce qui ne va pas, mais ne pas pouvoir faire grand-chose pour améliorer la situation, et garder ce sentiment à l’intérieur de soi. Enfin plus vraiment puisque je viens de l’écrire sur cette page.

mardi 16 juin 2026

Le tombeau d'un saint homme

Voilà,
parfois au Pakistan sur le bord d'une route, des drapeaux plantés en terre signalent qu'un dirigeant politique (tant de l'époque précédant l'indépendance que de celle qui lui a succédé), ou un chef religieux ou un pirs — "saint" selon la tradition musulmane —, repose dans un mausolée voisin désigné sous le terme de marabout. Les gens viennent s'y recueillir en disposant sur sa sépulture des pétales de roses. Il arrive aussi que des vasques remplies de sel soient disposées à l'entrée. Les pèlerins s'en imprègnent alors les mains avant de se signer.

vendredi 22 août 2025

Silience


  
Voilà,
dans son dictionnaire des obscure sorrows
 John Koenig désigne sous le terme de silience
l'art caché autour de soi

vendredi 11 juillet 2025

Défilé nocturne

 
Voilà,
En choisissant d’offrir aux Français un "défilé nocturne" pour le 14 juillet 1982, François Mitterrand avait fait le choix de l’innovation protocolaire. De façon symbolique, c’était une manière pour ce premier président socialiste de la cinquième république élu depuis un peu plus d’un an seulement, de marquer la singularité de son septennat.


J'éprouvais alors un réel plaisir à saisir toutes ces personnes qui ne se préoccupaient absolument pas de moi tant elles étaient absorbées par le spectacle qui leur étaient offert. Ayant grandi dans l'armée, il va sans dire que je n'ai aucune appétence pour ce genre de manifestation, et j'ai toujours considéré les gens qui y trouvent quelque agrément, avec une certaine réticence.
 

L'occasion était trop tentante d'une série de clichés à la manière de Lisette Model, où les gens sont toujours plus ou moins ridicules. J'ai appris il y a peu, qu'elle déclarait photographier les choses qu'elles ne comprenait pas, et que, "appuyer sur le déclencheur était pour elle une façon de poser une question, dont la photo lui révèlerait possiblement la réponse". Je n'en crois évidemment pas un mot. J'ai plutôt tendance à considérer que dans l'Amérique puritaine, et au moment où la tendance était à la photographie humaniste, il lui était difficile d'admettre publiquement qu'on pouvait être fasciné par les tares, la laideur, les anomalies, les difformités, les comportements étranges qui se manifestaient dans une société d'abondance de loisirs et de confort.  
Pour en revenir à ces photos de défilés qu'on trouvera rassemblées sous le libellé spectateurs de ce blog, elles ne sont pas franchement généreuses, c'est sûr, mais plutôt effrontées. C'était une façon de montrer que le socialisme, dont le slogan  — pompé sur Arthur Rimbaud — était "changer la vie", ne changeait –de ce point de vue – rien du tout. Le populo quel que soit le régime en place, était comme avant, et comme il sera toujours, forcément assez con pour être au rendez-vous et regarder "défiler et complimenter" l'armée française.

vendredi 21 mars 2025

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (18)

 
Voilà
Ça me revient  
sur la face B du 45 tours "Let it be"  des Beatles il y avait ce truc complètement déconnant qui s'appelle "You know my name" et que j'adore toujours. C'est une sorte de earworn. Quant au morceau de la face A il fut livré sans le solo de guitare de George Harrison qu'on trouverait ensuite sur l'album
 
Ça me revient
Les cheminées de la centrale Consolidated Edison au niveau de la quinzième rue, vues depuis l’East River

 
Ça me revient, 
JJSS comme on appelait Jean-Jacques Servan Schreiber, patron du journal "l'Express", qui se rêvait en JFK français, avait en Avril 1970 ramené le compositeur Mikis Theodorakis emprisonné en Grèce à bord d'un avion privé

Ça me revient, 
ma première "boum" comme on disait à l'époque fut en 1969 au Kremlin-Bicêtre pour l'anniversaire de deux jumelles qui étaient dans ma classe à qui l’on avait offert "Abbey Road" des Beatles. Je cois qu'on leur avait offert qu'un seul disque, mais je n'en suis pas certain. On aurait du leur offrir le double album blanc.
 
Ça me revient, 
le critique et journaliste Bernard Pivot a l’apparition de twitter se fit fort de rédiger régulièrement des messages sous forme d'aphorismes ou de maximes dans la limite des 140 caractères autorisés

Ça me revient
 ce prof de maths cambodgien que j'ai eu en seconde. Les maths étaient déjà difficile pour moi, mais là avec son accent, c'était impossible à comprendre. Il n'était pas très pédagogues, mais il avait sûrement d'autres soucis en tête, il avait fui, le régime des kmehrs rouges. Et du coup me revient aussi en mémoire le prof principal de troisième au collège  St Sulpice qui était aussi le prof de Maths, Mr Michel, qui avait une belle tronche d’alcolo et un faux air de Jean Gabin. Il avait dit un jour « vous savez votre amour propre vous êtes assis dessus »

Ça me revient 
la troublante beauté de Mariel Hemingway dans le film. « Manhattan » de Woody Allen

Ça me revient Gérard Tiry — il n'était pourtant pas un spécialiste de théâtre — qui me dit après une représentation de "Rêves de Kafka "tu ne touches jamais le sol". Ce fut l'un des plus émouvant compliment d'après spectacle (surtout venant de lui). C'était en effet le cas.

Ça me revient, 
lorsque la chaîne franco-allemande Arte a été inaugurée  — en 1991 je crois —, la série "Heimat" a été diffusée durant la première semaine. C'était formidable que cela apparaisse dans le paysage audiovisuel français. Et j'ai adoré cette série.

Ça me revient 
parce qu’on en parle beaucoup ces derniers temps, la génitrice, lorsqu’on vivait dans les Landes, qui disait, lorsque je manifestais de l’indiscipline (mais peut-être le seul fait d’exister représentait pour elle une forme d’indiscipline) « si tu continues comme ça, on t’envoie à Bétharram ». 

Ça me revient 
les expressions qu'il employait souvent "c'est quoi ce souk ta chambre" ou bien "c'est un vrai gourbi  "il a rappliqué avec toute la smala", et aussi "quel binz"

Ça me revient, 
au tout début des années quatre-vingts j'ai découvert la chanteuse Lee Wiley grâce une émission de France-Culture qui s'appelait "Poissons d'or"

Ça me revient
 j'ai découvert Cioran à l'âge de 17 ans. Mon viatique à son œuvre fut un livre à la couverture bleu pâle des éditions Gallimard "La tentation d'exister" égaré dans la bibliothèque de Chateaudouble

Ça me revient,
Le nom de Lev Yachine ce footballeur soviétique des années cinquante-soixante qui fut le seul gardien de but auquel on décerna le ballon d’or, et dont on dit encore qu’il fut le meilleur de tous les temps.

Ça me revient 
ces compagnons de la Libération ayant fait de la résisitance qui disaient que lorsqu'ils étaient jeunes ils avaient après la guerre du mal avec la hiérarchie. Ils ne supportaient guère d'être sous l'autorité de gens qui avaient plus ou moins pantouflé, sinon passivement collaboré pendant l'occupation
 
 
Ça me revient la fascination que j'avais pour les paysages de Yves Tanguy, lorsque j'ai découvert le surréalisme. J'ai repensé à cela en réalisant cette image il y a quelques jours, bien qu' à la réflexion il n'y ait guère de points communs, si ce n'est cette immense envie qui est la mienne en ce moment de ne produire que de semblables paysages. Peut-être est-ce ma façon d'illustrer ce qui me hante. Ma mémoire devient de plus en plus trouée. D'où la raison de ces listes

Ça  me revient
À la fin des années soixante il y avait deux groupes de musique qui avaient presque le même nom l’un s’appelait Rare Earth et l’autre Rare Bird

Ça me revient
Bixente Lizarazu dans une interview télévisée relatant avec un grand sourire que son coéquipier Marcel Desailly avait une particularité physique étonnante, sans plus donner d'explications
 
Ça me revient
la détestation que j’avais enfant de l’acteur John Wayne qui représentait pour moi, sans que je puisse me le formuler de la sorte, la figure machiste la plus déprimante la plus la plus dégueulasse. Sans doute le détestais-je aussi parce que mon géniteur adorait cet acteur et les westerns. Quelle ne fut pas ma consternation lorsque Andréas Voutsinas qui a importé en France la méthode de l'actor studio m'a conseillé de mettre la même croyance dans mon interprétation que John Wayne

Ça me revient
"Le Wimpy" à l'angle du boulevard St Michel et de la rue Soufflot, un restaurant qui servait au début des années 70 des hamburgers ce qui était assez rare à l'époque. Un peu plus bas en allant vers la Seine il y avait un cinéma qui pendant plusieurs années n'a programmé que le film "Woodstock"

Ça me revient
lorsque j'étais enfant j'avais un jeu de société (je ne pouvais y jouer qu'avec mes géniteurs) qui s'appelait "le loto de l'histoire de France". C'était un utile moyen de se souvenir des grandes dates de l'histoire du pays. Dans le même ordre d'idée j'avais un livre d'histoire au format improbable, avec une couverture de couleur jaune, qui s'appelait "l'Histoire de la France racontée à tous les enfants"

Ça me revient
en mai 1989, cette incroyable sensation. Sur un boulevard de Manille, très polluée, passé sous un Ylangiuer, et être happé par le parfum de ses fleurs, et d'un coup penser alors à Pierre Guyot et Agnès 
 
 Ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

lundi 10 février 2025

Une photo retrouvée

 
Voilà, 
Éric Doye a disparu au cœur de l'été, un 31 Juillet 1996. Je ne ne l'ai pas su immédiatement. Je venais de terminer un spectacle éprouvant mais ô combien stimulant au théâtre municipal d'Avignon, lors du festival, une "Cerisaie" de Tchekhov montée par des metteurs en scènes bulgares. J'avais 80 dates en vue pour la saison suivante, l'horizon était dégagé, alors je me suis retranché du cocotier de l'espèce théâtrale avec mon amoureuse et on a filé loin du téléphone et de la profession. C'était plus facile à l'époque. Je n'ai appris la nouvelle que bien plus tard.
Cette photo d'Éric est plus lointaine. C'est une photo analogique prise en février 1987 à Montpellier dans la maison de ses parents absents. Il nous avait hébergé, Etienne Pommeret, Philippe Faure et moi, pour cette date de la tournée de Cymbeline de Shakespeare mis en scène par Gilbert Rouvière. Ce matin là, nous avions envisagé une petite virée dans les alentours avec la voiture de ses parents. Sylvie Laporte s'est jointe à nous. Voilà c'est le matin, on s'est réveillé peu de temps auparavant. Je me souviens très bien de cette journée, nous sommes allés à Saint Guilhem du désert. j'ai des photos de cette journée. On avait prévu de rentrer directement à Grammont, au théâtre des 13 vents où nous devions jouer.. Seulement la seule route pour Grammont été embouteillée, parce que ce soir là, il y avait un peu plus loin au Zénith local, un concert du chanteur Serge Lama. On n'avançait pas sur la route, on était un peu nerveux, on commençait à estimer la recette à rembourser. Et puis on s'est dit qu'il devait y avoir aussi des spectateurs venus nous voir dans notre cas... On est arrivés limite. Je cois que le spectacle a commencé avec un quart d'heure de retard. Nos camarades avaient disposés nos accessoires en coulisses. On s'est précipités dans nos costumes et on a joué, et tout s'est bien passé.
Sur la photo, on distingue un minitel et des annuaires – c’est vraiment un autre temps –, une toile aussi qui fut peut-être réalisée par Eric. Je me souviens qu'il m'avait montré des petits films qu'il avait réalisés en super8 , et des dessins aussi qui m'avaient beaucoup impressionné. C'était un être très beau très doué, très singulier. J'aime bien cette photo

vendredi 7 février 2025

Égarements nocturnes


Voilà,
j'ai de nouveau rêvé, — car ce rêve je l'ai souvent fait autrefois — qu'il y avait une reprise du spectacle "Prends bien garde aux Zeppelins" de Didier Flamand. Cette fois-ci, c'était dans une sorte de théâtre baroque rappelant ce petit écrin qu'est le théâtre d'Erlangen où j'avais joué un autre spectacle. Dans ce rêve, je ne me souvenais plus de l'ordre des séquences de la pièce, je n'avais pas mis en place tous mes accessoires, enfin bref j'étais un peu confus mentalement, jusqu'à ce que je m'aperçoive que si on reprenait ce spectacle il fallait forcément qu'on le répète, et que donc ce cauchemar était strictement dans ma tête et non dans la réalité. Je me suis tout de même réveillé un peu ébahi, de me retrouver dans une semblable disposition mentale, après tant d'années, alors que cette affaire n'est absolument plus d'actualité. Je me suis demandé si même mon inconscient n'était pas en train de radoter et que c'était peut-être là un signe de démence précoce. 
 

C'est malgré tout pour moi l'occasion de ressortir quelques unes de ces vieilles photos que j'avais prises en 1981 avant que nous nous produisions à l'Opéra Comique. Nous répétions alors dans les locaux du jeune théâtre national, rue des fossés Saint Paul. 
 

Comme dans certaines séquences de la pièce, je jouais un photographe, un soir de répétition, je me suis amusé à utiliser un véritable appareil au cours de la scène dite de "la réception d'Ambassade". C'est étrange de revoir tous ces visages. Comme nous étions jeunes alors (même ceux que je considérais alors comme des vieux :-) 
(de haut en bas et de gauche à droite Agnès Tiry, Fore Hoffmann, Jean Vallière, Jean Reno, Chritine Paolini, Pierre Carrive, Elisabeth Mortensen, Francis Lemonnier)

mercredi 8 janvier 2025

Se réfugier

 
Voilà,
Anne chez qui j'étais il y a dix ans le matin de la tuerie de Charlie Hebdo, et que je n'ai pas vue depuis fort longtemps m'écrit ce matin qu'elle s'est rendue hier soir place de la République espérant un hommage aux victimes. Au lieu de quoi, il n'y avait que des gens se réjouissant de la mort de Jean-Marie Le Pen. Que cette vieille crapule fasciste ait cassé sa pipe à la date anniversaire de la mort de Cabu  — qui l'avait beaucoup caricaturé — est bien étrange. "Le canard enchaîné" a d'ailleurs titré aujourd'hui "Le Pen allongé "Charlie" debout".
Autre curiosité, Dans son livre "Soumission", paru ce sinistre 7 janvier 2015, Houellebecq  imaginait pour 2022 qu'un président issu du parti Fraternité musulmane (le parti des musulmans de France, pure invention de l’auteur) avait nommé François Bayrou Premier ministre. On est en 2025, on n'a pas de parti musulman en France  — et c'est tant mieux — la fille de Le Pen est aux portes du pouvoir, mais on a quand même le pitoyable et médiocre François Bayrou premier ministre d'un président immature qui ayant joué avec les institutions de la République, a rendu cette dernière plus fragile que jamais. 
En Europe, l'Italie est gouvernée par une première ministre néo-fasciste, l'Autriche a depuis hier un chancelier issu du parti neo-nazi autrichien, les Pays-Bas sont gouvernés depuis l'été par une coalition entre la droite et l'extrême-droite. La Hongrie est dirigée par un populiste qui fait les yeux doux à Poutine. En Syrie al-Qaida pris le pouvoir. En Israel et en Palestine, la haine mutuelle n’a plus de limites. Poutine continue de laminer l'Ukraine, et enfin Trump dans un discours délirant et ubuesque envisage d'annexer le Canada, le Groenland le canal de Panama et le golfe du Mexique. En outre on apprend aujourd'hui, que Facebook n'aura plus de fact-checkers si bien que la désinformation va s’amplifier. On est en pleine tragifarce. Bref tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. 
 

Parfois j'aimerais me réfugier dans une peinture ancienne. Comme celle-ci, de Guiseppe Zaïs, (un vedutiste vénitien du 18ème siècle) que j'ai contemplée, il y a fort longtemps, lors de mon premier séjour à Venise en 1985. Lorsque je ressemblais à cela. Je travaillais beaucoup, je jouais le rôle de ma vie, j’avais du succès, j’étais aimé, je me projetais dans l’avenir.

vendredi 20 décembre 2024

Viviane

 
Voilà,
dans un précédent billet, j'avais parlé de cette fille, Viviane. J'ai retrouvé par hasard une photo d'elle sur une vieille planche contact, et je l'ai scannée. C'est la brune frisée qui tient serrée sa camarade. Je ne me rappelle pas les circonstances de cette photo. Prise après Avril 80, ça j'en suis certain, je venais tout juste de faire l'acquisition d'un 24x36 avec l'argent gagné sur un certain spectacle. Il y a quelque chose de troublant dans cette étreinte et dans la façon dont elle fixe l'objectif, qui correspond assez peu au souvenir de la fille exubérante qu'elle était. Elles sont devant une 2CV fourgonnette. Déjà à l'époque, ce genre de véhicule passait pour une antiquité. 

vendredi 21 juin 2024

Downtown Beirut

 
Voilà,
non loin de l'atelier que m'avait prêté cet été-là Yoshiko Chuma, une chorégraphe dont la compagnie de danse s'appelait "The school of hard knocks" — en échange je devais nourrir le chat —  , se trouvait au 158, 1st Avenue, le Downtown Beirut. Ce bar disposait d’un excellent jukebox les bières n'y étaient pas chères et la musique plutôt bonne. 
Le lettrage de l'enseigne était très en vogue dans les années 80. Cet oblique ascendant, je l’ai, dans des propositions d’affiches, quelquefois utilisé à la même époque. On utilisait ces feuilles en plastique sur lesquelles étaient surimprimés des lettres et des symboles que l'on décalquait ensuite sur un rhodoïd placé au dessus de l'illustration et que l'on appelait "Letraset", du nom de l'entreprise qui les fabriquait. Cette phase du travail était particulièrement pénible et chronophage et m'exaspérait souvent, surtout lorsqu'il y avait beaucoup de noms à disposer.

vendredi 26 avril 2024

Sun Sing Theatre


Voilà,
j'ai pris cette photo en février 1994, et franchement je ne me souviens absolument pas pourquoi je traînais la nuit dans Chinatown.
"Le Sun Sing Theatre était une salle situé au 75-85 East Broadway, sous le pont de Manhattan, dans le quartier chinois de New York. Comme quelques autres cinéma en langue chinoise, il offrait aux immigrés chinois la rare possibilité de se rencontrer en toute sécurité, de se rapprocher de leur pays d'origine, de découvrir la culture de la génération précédente ou de participer à l'engouement pour le cinéma dans leur langue maternelle.
La salle a ouvert ses portes en 1911 sous le nom de Florence Theater. Elle accueillit d'abord des spectacles de vaudeville et des films yiddish. Au fur et à mesure que la population du quartier changeait, la nature des pièces a évolué. En 1942, l'endroit a été rebaptisé New Canton et a commencé à présenter des spectacles d'opéra chinois. Une troupe professionnelle d'opéra de Hong Kong, bloquée à New York pendant la Seconde Guerre mondiale, contribua à maintenir le théâtre en vie pendant dix ans grâce à des représentations nocturnes. En 1950, le lieu devient un cinéma et passe à la projection exclusive de films. C'est alors qu'il est rebaptisé Sun Sing Theater.
En 1960, la ville ayant prévu d'ajouter un pont supérieur au Manhattan Bridge, la démolition du théâtre est programmée. Mais les ingénieurs parviennent à trouver un moyen de bâtir les supports du pont tout en sauvant la salle à condition de réduire la jauge. Passant d'environ 900 à un peu moins de 700 places, le théâtre survit. En 1972 pour tenter de concurrencer d'autres marchés du divertissement en pleine expansion, tels que le karaoké, les jeux d'argent, les programmes en langue chinoise sur la télévision par câble et les locations de vidéo, la direction rétablit des spectacles sur scène. Le Sun Sing Theatre finit toutefois par fermer définitivement ses portes en 1993, en même temps qu'un grand nombre de ses semblables.
Le Museum of Chinese in America (MOCA) a conservé un certain nombre d'objets du théâtre, notamment des billets, des panneaux de signalisation, des timbres, des uniformes et un tableau de cartes de titre manuscrites utilisées pour suivre les expéditions de films vers différents théâtres". (article du Museum of Chinese in America)

vendredi 22 décembre 2023

Leaders


Voilà
j'ai déjà évoqué mon goût pour les affiches lacérées, pour tout ce qui relève de la trace, du déchet, pour ce qui s'altère se dégrade et menace de disparaître. Pour ces accidents graphiques que peut nous offrir la réalité, pour ces choses ténues qui apparaissent parfois, et m'émeuvent à un point que je ne m'explique pas. Il arrive oui, qu'une fêlure dans un mur ou de la rouille sur une benne rappellent la précarité de notre condition, et que tout comme ce que nous fabriquons nous aussi sommes aussi appelés à disparaître. 
Cela illustre aussi la façon dont notre cerveau fonctionne
Il y a souvent une dimension accidentelle dans la photo. Soit, on se retrouve ici ou là par hasard, et quelque chose que l'on désire retenir, sans trop savoir exactement pourquoi, passe dans le regard. Soit on s'attarde et l'on guette pour saisir l'heureux hasard qui peut ne pas advenir. En retenant ces menus détails, à défaut d'agir sur le monde, on l'honore cependant. C'est la solution médiane entre l'agir et la contemplation.
Ces deux photos ont été prises sur des murs d'Alger en 1983. Je ne me souviens plus qui était la personne sur la photo de gauche. Un politicien local sans doute. Sur celle de droite, c'est l'ancien président Chadli Bendjedid

mercredi 13 décembre 2023

Bassoues

 
Voilà, 
c'était l'âge où l'on n'est pas sérieux selon le poète. Durant le mois de juillet, dans la région, l'écimage du maïs de semence constituait un job d'été. Il s'agissait de passer dans les rangées et d'enlever les fleurs mâles de plants de maïs en ôtant la panicule terminale afin de contrôler la pollinisation lors de la production d'hybrides, opération rendue possible par le fait que le maïs, contrairement à d'autres céréales, est une plante monoïque, c'est-à-dire dont les fleurs mâles et femelles sont séparées (tout en étant sur la même plante). Grâce à cette opération, les fleurs femelles (qui donnent les épis)  peuvent être fécondées par les fleurs mâles épargnées. Je crois que ce fut mon premier bulletin de salaire. Chaque dimanche soir avec ma mobylette, je me rendais de Belloc Saint-Clamens où mes parents avaient fait un an auparavant l’acquisition d’une petite maison jusqu’à Riscle près du département des Landes. Je passais par Bassoues,  un petit village moyenâgeux qui me fascinait. Je me disais que peut-être un jour, j'y achèterais une maison, ce que bien-sûr, je n'ai jamais pu faire.

jeudi 26 octobre 2023

Entre le regard et le monde

Belloc St Clamens, Février 1991
 
Voilà,
un fait constaté depuis longtemps : la mélancolie est toujours plus ou moins à l'œuvre en photographie. Elle compose en partie (en partie seulement) avec ce qui de toute façon est voué à disparaître ou à s'oublier. Elle tente de donner forme et sens à ce "presque-rien" ou ce "je-ne-sais-quoi" qui affleure soudain entre le regard et le monde. Elle substitue une image au récit qui manque et qui de toute façon ne pourrait s'élaborer dans l'instant. Elle figure ce qui dans l'immédiat échappe aux mots, à la trop laborieuse construction d'une narration. 
La photo s'apparente au "quoi-qu'il-en-soit". 
J'ai été là, un trouble m'a saisi. J'ai cadré plus ou moins vite. J'ai appuyé sur le déclencheur. On ne sait pas ce qu'il en adviendra, mais, sauf erreur de manipulation, maladresse à la prise de vue, l'image est "quoi qu'il en soit" dans le boîtier. ("Pourvu qu'elle ne soit pas abîmée ou annulée au tirage" espérait-on avant l'apparition du numérique). Elle sera un jour tirée, et deviendra un objet réel ayant la forme d'un souvenir.
Celle de cette grange à l’abandon a été prise il y a bien des années. Son négatif est demeuré longtemps entre deux fines couches de papier cristal, soigneusement rangé dans un classeur, lui même bien en place sur une étagère. Je ne me souviens pas du moment précis où je l'ai prise. Je peux la situer dans le temps grâce à la "planche contact" qui elle, par contre, permet de construire une vague narration du fait de l'agencement chronologique des images.
Pourquoi ai-je éprouvé le besoin de la ressortir ?
Je lui ai soudain trouvé une certaine beauté. Et puis la neige. Peut-être n'avais-je encore jamais vu la neige sur ce paysage avec lequel j'entretiens une relation ambigüe et où je n'ai plus guère l'occasion de retourner.  

vendredi 29 septembre 2023

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (13)

Voilà,
ça me revient, 
parfois au détour d'une rue, derrière la grille d'un terrain clôturé, d'étranges silhouettes s'offraient au regard. De quel mirage étaient-ils les gardiens, ces épouvantails de carton et de chiffons ? Qui les avait placés là ? Ce land art urbain et éphémère apportait, au mitan des années 80 un peu de poésie dans ces quartiers vétustes, à l'abandon, du lower east side. 
 
ça me revient, 
le jour de l'annonce de la mort de Léo Ferré en Juillet 1993, j'ai croisé plein de gens dans la rue qui sifflotaient ses chansons
 
ça me revient
avoir vu les petits chanteurs à la croix de bois à l'église de Fontenay-Rohan-Rohan, en compagnie de ma mère et de sa tante, en avoir été émerveillé, et espéré, le soir avant de m'endormir que Dieu (j'y croyais alors) me donne une belle voix
 
ça me revient
la première fois où j'ai opté pour le co-voiturage — et c'était une circonstance fort singulière — au cours du voyage, en conversant avec le conducteur, j'ai réalisé que nous avions lui et moi deux connaissances en commun.
 
ça me revient
que la série de billets intitulée "Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe" doit moins à Georges Perec qu'à Roland Barthes et ses passages en italiques intitulés anamnèses dans le "Roland Barthes par lui-même" qui fut vraiment le seul livre de la collection vraiment écrit par son auteur.
 
ça me revient 
Il y a cinquante j’avais vu, au Palais des Papes l'exposition des dernières toiles de Picasso peintes entre 1970 et 1972, que le maître avait offert à la ville d'Avignon. Un grand nombre d’entre elles (cent dix-neuf) furent volées trois ans plus tard, ce qui constitua le plus grand vol de tableaux jamais commis.
 
ça me revient
En 1996 lorsque nous jouions "La Cerisaie" au festival d’Avignon je logeais avec Christelle non loin de la place des Carmes et toutes les nuits je regardais le tournoi de foot des jeux olympiques d’Atlanta à la télévision. Cette année-là, le Nigeria avait gagné et c’était la première fois qu’une équipe africaine était victorieuse. 

ça me revient
avoir pensé en écoutant le morceau "misterioso", sur l'album du même nom enregistré en live au club Five spot en 1958, que Thelonious Monk "épluchait" la mélodie.
 
ça me revient, 
une fois j’ai vu les portraits de William Untermohlen peints tout au long de sa maladie d’Alzheimer, et j’en ai été très impressionné

ça me revient
Quand les guignols de l’info, la marionnette de Chirac appelait celle du chancelier Schröder Gérard avec l'accent français

ça me revient,
En 1985 alors que je jouais le spectacle Rêves de Kafka au Pepsico Summerfare Festival de Purchase, près de New-York j’ai rencontré deux vieilles dames qui, dans leur jeunesse avaient connu Max Brod qui leur avait parlé de Kafka.

ça me revient
Lorsque j’étais enfant il y avait des petits cadeaux dans les paquets de lessive « bonux »
 
ça me revient
c’est Jean-Pol F. qui m’a fait découvrir Tracy Chapman, en 1988 lorsqu’il était venu loger à la maison un peu plus longtemps qu’initialement prévu.
 
ça me revient
le premier spectacle que j'ai vu dans un théâtre subventionné ce fut au Théâtre de l'Est Parisien, avec Philippe et Dominique Tiry, et Agnès leur fille. On y donnait "La Tempête" de Shakespeare qu'avait mis en scène Bernard Sobel. Une seule fois auparavant, au cours d'une sortie scolaire, j'étais allé voir une pièce. Quelque chose de Jean Anouilh au théâtre Antoine. Il se peut que ce fut la pièce intitulée "Tu étais gentil quand tu étais petit", mais je n'en suis pas très sûr. Je n'en ai d'autre souvenir que cette façon ridicule, à mon goût, que les comédiens avaient de parler. De la mise en scène de Sobel, je n'ai que le souvenir d'un décor qui représentait une tente géante, et pour être tout à fait honnête, je n'avais pas compris grand chose à la pièce de Shakespeare. Mais bon, j'avais des excuses, bordel, je n'étais pas souvent sorti des casernes et des bases militaires où j'avais grandi. Enfin, je lisais quand même les poèmes d'Artaud, je connaissais par cœur " la lettre aux recteurs de l'université", grâce à un numéro spécial de la Revue Planète (il faudrait que j'écrive quelque chose un jour sur cette énigme éditoriale) que j'ai plus tard prêté à un mec qui s'appelait Jérôme Leclercq, un grand gars avec un gros nez qui me l'a jamais rendu. Mais mon amie Agnès de Cayeux a retrouvé un exemplaire chez un bouquiniste et me l'a offert.  Et Rimbaud  et Lautréamont, et même les poètes contemporains vivants je les connaissais bien et j'avais découvert les impressionnistes tout seul. À l'époque je piquais des bouquins à la librairie 73, bd St Michel pour me faire une culture. Mais Shakespeare c'était une marche un peu trop haute à ce moment-là.
 
ça me revient
en 2007, depuis la terrasse d'un café de Marseille non loin du vieux port, j'ai assisté à la retransmission du match de la coupe du monde de rugby Galles Fidji, gagné par les fidjiens
 
ça me revient
vers 1988, alors que j'étais très chagrin, trois livres en très peu de temps, m'ont bouleversé. "L'histoire du crayon" de Peter Handke, constitué de notes et d'aphorismes, "La fontaine pétrifiante" de Christopher Priest, et "Rituels" de Cees Noteboom. Je n'ai jamais osé relire ce dernier
 
ça me revient, en juillet 73 lorsque sur ma pétrolette, revenant de Riscle où j'écimais le maïs pour mon job d'été, peu après Beaumarchès, où la route commence à monter je m'engageais en direction de Bassoues à la nuit tombante et que je voyais alors les moissonneuses batteuses tous phares allumés sur les coteaux 
 
ça me revient
lorsque j'avais enregistré pour M.A. l'album "New-York state of mind" de Mark&Almond, elle m'avait dit quelques jours plus tard, "je ne savais pas que tu aimais le sucré". J'avais trouvé ça un peu vexant. Bon évidemment à l'époque elle écoutait en boucle ce morceau de Peaches.
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

vendredi 22 septembre 2023

Barber Shop

 
Voilà,
il y a très longtemps, à Manhattan, dans le haut de Broadway j'ai photographié cette boutique de barbier avec son enseigne traditionnelle appelée Barber Pole.
Le Barber Pole, littéralement bâton ou poteau de barbier, est au barbier ce que la carotte est au bureau de tabac, ou la croix verte à la pharmacie. Souvent bleu-blanc-rouge en spirale, parfois juste blanche et rouge, les barbiers l'installaient devant leur devanture.
Dans certains pays étrangers (Italie, USA, Turquie…), la tradition du barbier est toujours restée forte et cette enseigne est une évidence pour la population, Après avoir disparu en France, elle revient de plus en plus ces dernières années dans nos villes. 
Cette tradition remonte au Moyen-Âge. Comme à l'époque la majorité de la population était analphabète, on désignait son lieu d’activité par un signe ou un symbole universellement reconnu. En outre, les barbiers de l’époque non seulement coupaient les cheveux et taillaient les barbes, mais ils utilisaient leur savoir-faire, leurs outils et leur dextérité notamment pour pratiquer des saignées, des petites opérations chirurgicales ou des arrachages de dents. Ce service s’expliquait par l’interdiction faite aux membres du clergé d’effectuer de telles interventions. L’Eglise a le sang en horreur (« Ecclesia abhorret a sanguine »). Lors du concile de Tours en 1163, elle décrète la chirurgie pratique interdite au sein du clergé et la relègue à un rang inférieur à celui de la médecine. La plupart des médecins étant justement des hommes d’Eglise,  les barbiers en viennent à prendre la place des médecins pour réaliser toutes ces interventions de petite chirurgie. C’est la naissance du métier de chirurgien barbier : votre coiffeur barbier était alors aussi votre chirurgien. Souvent considéré comme le père de la chirurgie moderne en France, Ambroise Paré a d'ailleurs commencé sa formation en prenant une place d’apprenti barbier chez un chirurgien-barbier. Il y apprit à manier le rasoir et se familiarisa avec la saignée avant d’être admis en qualité de barbier infirmier à l’Hôtel Dieu de Paris en 1533 où il passa d’apprenti à maître-barbier-chirurgien et réalisa la carrière qu’on lui connait aujourd’hui.

 

 
Le poteau de barbier symbolisait le bâton que le patient tenait dans sa bouche pour rendre ses veines plus saillantes et favoriser la circulation sanguine. Et puis par la même occasion cela permettait de canaliser la douleur du patient car à cette période il n’y avait pas encore d’anesthésie et il fallait bien mordre dans quelque chose.
Pour les couleurs du poteau de barbier, le rouge et le blanc proviennent de la pratique répandue de la saignée qui consistait à prélever du sang chez le patient pour tenter de le guérir d’une maladie ou d’une infection. Les saignées et les sangsues étaient deux des pratiques médicales, très fréquentes à l'époque (souvenons-nous de Molière). Grâce aux progrès de la médecine moderne, nous savons désormais que ce n’était peut-être pas la meilleure idée. Cependant, cette méthode a été utilisée au Moyen Âge pour tout traiter, des simples rhumes aux maladies les plus mortelles. Les pansements blancs imbibés de sang associés à la saignée ont inspiré les rayures rouges et blanches. Les rayures bleues qui ne sont pas toujours présentes symbolisent également la couleur des veines coupées pendant les saignées. Selon une autre interprétation  la bande bleue serait due aux premiers barbiers américains comme un hommage aux couleurs du drapeau.
La sphère en laiton au sommet du poteau serait un rappel du bassin qui contenait les sangsues, tandis que la large base évoque le bol utilisé pour recueillir le sang. Quand le poteau est attaché au mur, la base est remplacée généralement par une boule rappelant celle de son sommet.
En rédigeant de billet, je me suis souvenu des enseignes du Pakistan, peintes sur des plaques de tôle qui permettent de repérer les dentistes. 
 
 

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