dimanche 30 décembre 2018

La Forêt


Voilà,
les éblouissements partagés ils sont là ils demeurent. Jamais je n'oublierai la première fois que m'est apparue la fascinante forêt de piliers de la Sagrada Familia. Ni la douceur de ce début d'année et nos pérégrinations dans Barcelone ensoleillée. Cela semble si loin désormais. En regardant cette photo, je songe à tout ce qui a changé en si peu de temps, et aussi à tout ce qui s'est éloigné de moi. Comme l'écrit si finement Brnard Pivot : "il y a dans une année qui se termine la nostalgie de ce qui n'est plus et la mélancolie de ce qui n'a pas été".

samedi 29 décembre 2018

Une certaine Honte


Voilà,
il y a quelques années j'ai photographié rue du Faubourg du Temple cette vitrine mêlant de hideuses figurines (celles aux grandes oreilles rappelant d'ailleurs le philosophe Raymond Aron) et d'autres qui représentaient des personnages de dessins animés de Walt Disney. Je me suis, depuis, souvent demandé qui pouvait acheter de telles horreurs et dans quel but, et puis aussi comment on pouvait avoir l'idée d'un tel agencement.
Curieusement, j'éprouve un certain malaise chaque fois que cette image me fait face, comme si une part de moi me reprochait secrètement de l'avoir prise. Cela pourrait être kitch (et c'est vraisemblablement ce que j'ai cru y déceler au premier abord) c'est plus simplement de mauvais goût. Un temps, j'ai songé à l'utiliser pour un montage, une Tentation de Saint-Antoine, par exemple mais je n'en ai rien fait. Je n'ai cessé dès lors de reporter la publication de cette chose, ne voyant guère la nécessité de la montrer. Mais au fond je sais très bien ce qui me relie à cette image du mauvais goût. C'est juste mon enfance, ma famille son absence de goût pour les belles choses et la laideur à laquelle j'ai été confronté durant les dix-sept premières années de ma vie. Et si elle m'est aussi dérangeante, c'est parce que j'éprouve toujours une certaine honte à être encore, en dépit des années, sous l'emprise de tout ce qui m'a autrefois sali, comme si l'empreinte sociale se révèlait indélébile.

mercredi 26 décembre 2018

L'Aura d'un lieu


Voilà
"Qu’est-ce que l’aura ? L’expérience de l’aura repose sur le transfert d’une forme de réaction courante au sein de la société humaine sur la relation de la nature à l’homme. Celui qui est regardé ou se croit regardé lève le regard, répond par un regard. Eprouver l’aura d’une apparition ou d’un être veut dire prendre conscience de sa faculté de lever un regard, de répondre à un regard. Cette faculté est pleine de poésie. Quand un homme, un animal ou une chose inanimée sous notre regard lève le sien, il nous attire d’abord vers le lointain ; son regard rêve et nous entraîne à la suite de son rêve. L’aura est l’apparition d’un lointain aussi proche soit-il. Les mots eux-mêmes ont leur aura : Kraus l’a décrite avec une exactitude particulière :  Plus on regarde un mot de près, plus il vous regarde de loin en retour." (Walter Benjamin in Archives)
Certains lieux certains moments semblent parfois surgir d'une autre réalité. Et c'est alors comme si le monde soudain s'adressait à moi de façon particulière, comme s'il me regardait. (Linked with the weekend in black in white)

mardi 25 décembre 2018

Hikikomorisme


Voilà,
en dépit de l'âge, je sens poindre une tendance à l'hikikomorisme, cette tentation de ne plus sortir de chez soi, très en vogue che les adolescents japonais. J'ai juste envie de bidouiller mes petites affaires entre mes murs. Tant de livres chez moi que je n'ai pas encore commencés, de projets esquissés et inachevés, d'affaires laissées en plan dont m'occuper, de choses à découvrir encore dans les livres, par la radio, les podcasts, de bricoles à entreprendre... D'ailleurs cette période entre Noël et le premier de l'an me conforte dans mes inclinations casanières tant le consumérisme ambiant m'exaspère. J'écoute au chaud des vieux chants anglais de circonstance, en poursuivant mes travaux. J'en profite au passage pour, avec cette image, rendre un petit hommage au peintre Pierre Soulages, dont j'ai quelquefois parlé dans ce blog, et même assez souvent pastiché avec les moyens de la photographie, mais pour lequel j'ai une sincère admiration, et qui vient de fêter hier ses 99 ans.

lundi 24 décembre 2018

Bref c'est Noël


Voilà,
je l'ai prise il y a quelque semaine passage des panoramas. C'est un peu kitsch, un peu encombré, mais bon il y a du rouge et du vert, des boules des guirlandes et des sapins, ça brille ça scintille, bref c'est Noël. Sinon cette nuit, j'ai entendu Philippe Tiry dans une rediffusion d'une émission consacré au Chef Michel Guérard qui datait de 1985. Toute la journée j'en ai été bouleversé. J'ai erré dans mon appartement en écoutant France Musique où pour célébrer le bicentenaire de la composition de "Still Nacht heilige Nacht", ont été diffusées de nombreuses versions de ce chant. Sinon je suis content que Carnival Selah ait enfin donné des nouvelles depuis son accident, qu'il aille mieux et qu'il soit entouré d'amour et d'attention. (Linked with our world tuesday)

vendredi 21 décembre 2018

"De tout il restera trois choses"


Voilà,
"de tout il restera trois choses :
la certitude que tout était en train de commencer
la certitude qu'il fallait continuer
la certitude que cela serait interrompu avant que d'être terminé.
faire de l'interruption un nouveau chemin
faire de la chute un pas de danse
faire de la peur un escalier
du rêve un pont
de la recherche
une rencontre"
(Fernando Pessoa)
linked with weekend reflections

mercredi 19 décembre 2018

L'Interview de Meadows


Voilà,
j'ai envie sur ce blog de donner à lire des choses utiles et nécessaires, pas simplement des états d'âmes. Je remets donc en ligne cet article de Laure Nouhalat paru dans Libération du 15 Juin 2012 et qui demeure plus que jamais d'actualité. La photo n'a pas de rapport particulier, si ce n'est qu'en 1972, année du premier "sommet de la terre" les chaises et les fauteuils du jardin du Luxembourg, que je traversais alors quotidiennement pour me rendre au collège, étaient les mêmes. Mais il fallait payer des chaisières très vigilantes pour avoir le droit de s'asseoir. Celles-ci ont cessé leur activité en 1974.

"Dès le premier sommet de la Terre de 1972, le chercheur américain Dennis Meadows partait en guerre contre la croissance. A la veille de la conférence «Rio + 20», il dénonce les visions à court terme et dresse un bilan alarmiste. En 1972, quatre jeunes scientifiques du Massachusetts Institute of Technologie (MIT) rédigent à la demande du Club de Rome un rapport intitulé "The Limits to Growth" (les Limites à la croissance). Celui-ci va choquer le monde. Leur analyse établit clairement les conséquences dramatiques d’une croissance économique et démographique exponentielle dans un monde fini. En simulant les interactions entre population, croissance industrielle, production alimentaire et limites des écosystèmes terrestres, ces chercheurs élaborent treize scénarios, treize trajectoires possibles pour notre civilisation. Nous sommes avant la première crise pétrolière de 1973, et pour tout le monde, la croissance économique ne se discute pas. Aujourd’hui encore, elle reste l’alpha et l’oméga des politiques publiques. En 2004, quand les auteurs enrichissent leur recherche de données accumulées durant trois décennies d’expansion sans limites, l’impact destructeur des activités humaines sur les processus naturels les conforte définitivement dans leur raisonnement. Et ils sont convaincus que le pire scénario, celui de l’effondrement, se joue actuellement devant nous. Rencontre avec l’un de ces scientifiques, Dennis Meadows, à la veille de la conférence de Rio + 20 Le sommet de la Terre démarre mercredi à Rio. 

Vous qui avez connu la première conférence, celle de Stockholm, en 1972, que vous inspire cette rencontre, quarante ans plus tard ? 
 Comme environnementaliste, je trouve stupide l’idée même que des dizaines de milliers de personnes sautent dans un avion pour rejoindre la capitale brésilienne, histoire de discuter de soutenabilité. C’est complètement fou. Dépenser l’argent que ça coûte à financer des politiques publiques en faveur de la biodiversité, de l’environnement, du climat serait plus efficace. Il faut que les gens comprennent que Rio + 20 ne produira aucun changement significatif dans les politiques gouvernementales, c’est même le contraire. Regardez les grandes conférences onusiennes sur le climat, chaque délégation s’évertue à éviter un accord qui leur poserait plus de problèmes que rien du tout. La Chine veille à ce que personne n’impose de limites d’émissions de CO2, les Etats-Unis viennent discréditer l’idée même qu’il y a un changement climatique. Avant, les populations exerçaient une espèce de pression pour que des mesures significatives sortent de ces réunions. Depuis Copenhague, et l’échec cuisant de ce sommet, tout le monde a compris qu’il n’y a plus de pression. Chaque pays est d’accord pour signer en faveur de la paix, de la fraternité entre les peuples, du développement durable, mais ça ne veut rien dire. Les pays riches promettent toujours beaucoup d’argent et n’en versent jamais. 

Vous n’y croyez plus ? 
 Tant qu’on ne cherche pas à résoudre l’inéquation entre la recherche perpétuelle de croissance économique et la limitation des ressources naturelles, je ne vois pas à quoi ça sert. A la première conférence, en 1972, mon livre "Les Limites à la croissance" (dont une nouvelle version enrichie a été publiée en mai) avait eu une grande influence sur les discussions. J’étais jeune, naïf, je me disais que si nos dirigeants se réunissaient pour dire qu’ils allaient résoudre les problèmes, ils allaient le faire. Aujourd’hui, je n’y crois plus ! 

 L’un des thèmes centraux de la conférence concerne l’économie verte. Croyez-vous que ce soit une voie à suivre ? 
 Il ne faut pas se leurrer : quand quelqu’un se préoccupe d’économie verte, il est plutôt intéressé par l’économie et moins par le vert. Tout comme les termes soutenabilité et développement durable, le terme d’économie verte n’a pas vraiment de sens. Je suis sûr que la plupart de ceux qui utilisent cette expression sont très peu concernés par les problèmes globaux. La plupart du temps, l’expression est utilisée pour justifier une action qui aurait de toute façon été mise en place, quelles que soient les raisons. 

Vous semblez penser que l’humanité n’a plus de chance de s’en sortir ? 
 Avons-nous un moyen de maintenir le mode de vie des pays riches ? Non. Dans à peine trente ans, la plupart de nos actes quotidiens feront partie de la mémoire collective, on se dira : «Je me souviens, avant, il suffisait de sauter dans une voiture pour se rendre où on voulait», ou «je me souviens, avant, on prenait l’avion comme ça». Pour les plus riches, cela durera un peu plus longtemps, mais pour l’ensemble des populations, c’est terminé. On me parle souvent de l’image d’une voiture folle qui foncerait dans un mur. Du coup, les gens se demandent si nous allons appuyer sur la pédale de frein à temps. Pour moi, nous sommes à bord d’une voiture qui s’est déjà jetée de la falaise et je pense que, dans une telle situation, les freins sont inutiles. Le déclin est inévitable.  En 1972, à la limite, nous aurions pu changer de trajectoire. A cette époque, l’empreinte écologique de l’humanité était encore soutenable. Ce concept mesure la quantité de biosphère nécessaire à la production des ressources naturelles renouvelables et à l’absorption des pollutions correspondant aux activités humaines. En 1972, donc, nous utilisions 85% des capacités de la biosphère. Aujourd’hui, nous en utilisons 150% et ce rythme accélère. Je ne sais pas exactement ce que signifie le développement durable, mais quand on en est là, il est certain qu’il faut ralentir. C’est la loi fondamentale de la physique qui l’exige : plus on utilise de ressources, moins il y en a. Donc, il faut en vouloir moins. 

La démographie ne sera pas abordée à Rio + 20. Or, pour vous, c’est un sujet majeur… 
 La première chose à dire, c’est que les problèmes écologiques ne proviennent pas des humains en tant que tels, mais de leurs modes de vie. On me demande souvent : ne pensez-vous pas que les choses ont changé depuis quarante ans, que l’on comprend mieux les problèmes ? Je réponds que le jour où l’on discutera sérieusement de la démographie, alors là, il y aura eu du changement. Jusqu’ici, je ne vois rien, je dirais même que c’est pire qu’avant. Dans les années 70, les Nations unies organisaient des conférences sur ce thème, aujourd’hui, il n’y a plus rien. 

Pourquoi ? 
 Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Aux Etats-Unis, on ne discute plus de l’avortement comme d’une question médicale ou sociale, c’est exclusivement politique et religieux. Personne ne gagnera politiquement à ouvrir le chantier de la démographie. Du coup, personne n’en parle. Or, c’est un sujet de très long terme, qui mérite d’être anticipé. Au Japon, après Fukushima, ils ont fermé toutes les centrales nucléaires. Ils ne l’avaient pas planifié, cela a donc causé toutes sortes de problèmes. Ils ont les plus grandes difficultés à payer leurs importations de pétrole et de gaz. C’est possible de se passer de nucléaire, mais il faut le planifier sur vingt ans. C’est la même chose avec la population. Si soudainement vous réduisez les taux de natalité, vous avez des problèmes : la main-d’œuvre diminue, il devient très coûteux de gérer les personnes âgées, etc. A Singapour, on discute en ce moment même de l’optimum démographique. Aujourd’hui, leur ratio de dépendance est de 1,7, ce qui signifie que pour chaque actif, il y a 1,7 inactif (enfants et personnes âgées compris). S’ils stoppent la croissance de la population, après la transition démographique, il y aura un actif pour sept inactifs. Vous comprenez bien qu’il est impossible de faire fonctionner correctement un système social dans ces conditions. Vous courez à la faillite. Cela signifie qu’il faut transformer ce système, planifier autrement en prenant en compte tous ces éléments. La planification existe déjà, mais elle ne fonctionne pas. Nous avons besoin de politiques qui coûteraient sur des décennies mais qui rapporteraient sur des siècles. Le problème de la crise actuelle, qui touche tous les domaines, c’est que les gouvernements changent les choses petit bout par petit bout. Par exemple, sur la crise de l’euro, les rustines inventées par les Etats tiennent un ou deux mois au plus. Chaque fois, on ne résout pas le problème, on fait redescendre la pression, momentanément, on retarde seulement l’effondrement. 

Depuis quarante ans, qu’avez-vous raté ? 
 Nous avons sous-estimé l’impact de la technologie sur les rendements agricoles, par exemple. Nous avons aussi sous-estimé la croissance de la population. Nous n’avions pas imaginé l’ampleur des bouleversements climatiques, la dépendance énergétique. En 1972, nous avions élaboré treize scénarios, j’en retiendrais deux : celui de l’effondrement et celui de l’équilibre. Quarante ans plus tard, c’est indéniablement le scénario de l’effondrement qui l’emporte ! Les données nous le montrent, ce n’est pas une vue de l’esprit.
Le point-clé est de savoir ce qui va se passer après les pics. Je pensais aussi honnêtement que nous avions réussi à alerter les dirigeants et les gens, en général, et que nous pouvions éviter l’effondrement. J’ai compris que les changements ne devaient pas être simplement technologiques mais aussi sociaux et culturels. Or, le cerveau humain n’est pas programmé pour appréhender les problèmes de long terme. C’est normal : Homo Sapiens a appris à fuir devant le danger, pas à imaginer les dangers à venir. Notre vision à court terme est en train de se fracasser contre la réalité physique des limites de la planète.
N’avez-vous pas l’impression de vous répéter ?
 Les idées principales sont effectivement les mêmes depuis 1972. Mais je vais vous expliquer ma philosophie : je n’ai pas d’enfants, j’ai 71 ans, j’ai eu une super vie, j’espère en profiter encore dix ans. Les civilisations naissent, puis elles s’effondrent, c’est ainsi. Cette civilisation matérielle va disparaître, mais notre espèce survivra, dans d’autres conditions. Moi, je transmets ce que je sais, si les gens veulent changer c’est bien, s’ils ne veulent pas, je m’en fiche. J’analyse des systèmes, donc je pense le long terme. Il y a deux façons d’être heureux : avoir plus ou vouloir moins. Comme je trouve qu’il est indécent d’avoir plus, je choisis de vouloir moins. 

Partout dans les pays riches, les dirigeants promettent un retour de la croissance, y croyez-vous ?
C’est fini, la croissance économique va fatalement s’arrêter, elle s’est déjà arrêtée d’ailleurs. Tant que nous poursuivons un objectif de croissance économique «perpétuelle», nous pouvons être aussi optimistes que nous le voulons sur le stock initial de ressources et la vitesse du progrès technique, le système finira par s’effondrer sur lui-même au cours du XXIe siècle. Par effondrement, il faut entendre une chute combinée et rapide de la population, des ressources, et de la production alimentaire et industrielle par tête. Nous sommes dans une période de stagnation et nous ne reviendrons jamais aux heures de gloire de la croissance. En Grèce, lors des dernières élections, je ne crois pas que les gens croyaient aux promesses de l’opposition, ils voulaient plutôt signifier leur désir de changement. Idem chez vous pour la présidentielle. Aux Etats-Unis, après Bush, les démocrates ont gagné puis perdu deux ans plus tard. Le système ne fonctionne plus, les gens sont malheureux, ils votent contre, ils ne savent pas quoi faire d’autre. Ou alors, ils occupent Wall Street, ils sortent dans la rue, mais c’est encore insuffisant pour changer fondamentalement les choses.
Le système reste un outil, il n’est pas un objectif en soi. Nous avons bâti un système économique qui correspond à des idées. La vraie question est de savoir comment nous allons changer d’idées. Pour des pans entiers de notre vie sociale, on s’en remet au système économique. Vous voulez être heureuse ? Achetez quelque chose ! Vous êtes trop grosse ? Achetez quelque chose pour mincir ! Vos parents sont trop vieux pour s’occuper d’eux ? Achetez-leur les services de quelqu’un qui se chargera d’eux ! Nous devons comprendre que beaucoup de choses importantes de la vie ne s’achètent pas. De même, l’environnement a de la valeur en tant que tel, pas seulement pour ce qu’il a à nous offrir.

mardi 18 décembre 2018

Devant la boutique du fleuriste


Voilà,
parfois, une devanture, une vitrine, la décoration d'une boutique — comme celle-ci — raniment des sentiments enfouis et presque inavouables. On en vient à s'émerveiller de choses un peu niaises desquelles on se pensait à l'abri depuis longtemps. On a tous les âges de sa vie. Pour ma part, il arrive parfois que les territoires abolis de l'enfance ressurgissent, presque à mon insu, particulièrement aux approches de Noël, en dépit du pessimisme radical qui souvent me saisit au misérable spectacle de l'humanité si acharnée à se détruire. (linked with our world tuesday)

dimanche 16 décembre 2018

Destino


Voilà,
sur un escalier de la rue du Chevaleret, cette fresque signée par un duo intitulé Fred et Sia spécialisé dans l'anamorphose, représente Walt Disney peignant un portrait de Dali, allusion au projet de dessin animé que les deux hommes ont imaginé  et qui s'appelle Destino. (linked with Monday Mural)

samedi 15 décembre 2018

Je suis de pierre



Voilà
"je suis de pierre, je suis comme ma propre pierre tombale, il n’y a là aucune faille possible pour le doute ou pour la foi, pour l’amour ou la répulsion, pour le courage ou pour l’angoisse en particulier ou en général, seul vit un vague espoir, mais pas mieux que ne vivent les inscriptions sur les pierres tombales." (Franz Kafka Journal 15/12/1910)

jeudi 13 décembre 2018

Grisaille


Voilà,
certaines photos sont comme des énigmes. Ai-je rencontré quelques chose de moi à cet instant et en ce lieu précis, pour que j'éprouve la nécessité de le retenir ? Qu'est ce qui me paraît digne d'intérêt dans cette banalité ? Ai-je éprouvé de la pitié pour la bicyclette abîmée ? De la fascination enfantine pour les grues qui m'évoquent toujours ce jeu de construction que je n'ai pourtant jamais désiré dans mon enfance et qui s'appelait "meccano" ? Ressenti de la tristesse à la vue des arbres dégarnis, ou de la frayeur devant ces édifices dépourvus d'humanité ? Il est possible que j'aie reconnu une certaine beauté tragique à la trivialité de ce lieu sans grâce ou que j'aie, dans cette grisaille, considéré le passant anonyme et lointain comme le digne représentant de ma condition. (Linked with Skywatch Friday)

mardi 11 décembre 2018

Les Dormeurs du Centre Georges Pompidou


Voilà
" Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels.
 " Gunther Anders

Et pourtant il suffit parfois d'une étincelle pour que la démoralisation devenue colère se propage en un grand incendie. (linked with our world tuesday)

lundi 10 décembre 2018

Portrait d'Aimé Césaire


Voilà,
dans le quartier latin on peut trouver quelques portraits peints de grands écrivains sur des murs ou des portes ou des boitiers de transformateurs électriques. Celui-ci se trouve je crois Rue saint Jacques non loin de la rue des Écoles et représente le poète antillais Aimé Césaire (Linked with Monday Mural)

dimanche 9 décembre 2018

Bien que nous vivions à peine

 


Voilà
je ne sais pas pourquoi regardant ces images je pense à ces vers de Roberto Juarroz
Bien que nous vivions à peine, 
la musique de fond de la vie 
nous permet pour le moins 
d’écouter la rumeur de vivre.
C'était donc il y a un an, les Champs-Elysées avaient été ouverts pour les obsèques de la vieille idole, celle qui chantait "allumer le feu", mais qui avait toujours sous son air rebelle voté plus ou moins à droite. Constituée de gens venus de toutes les régions, la foule massée le long des Champs-Elysées avait regardé passer le corbillard, escorté par un bien polluant cortège de bikers, puis ensuite s'était répandue sur l'avenue sous le regard bienveillant des flics. Le président s'était même fendu d'un petit éloge funèbre devant l'église de la Madeleine. La France communiait dans la nostalgie. Depuis, le paysage a sensiblement changé ; un vent d'insurrection souffle sur cette même avenue et dans le pays tout entier. D'ailleurs parmi tous ceux qui se trouvaient là, je me demande combien sont revenus cette année vêtus de gilets jaunes. Après tout, ne constituaient-ils pas une certaine version du peuple ? Elle est d'ailleurs difficile à définir cette notion de peuple. Surtout quand on a une tendance avérée à la misanthropie. Enfant, dans les casernes, je l'ai vu le peuple des couillons conscrits qui marchaient au pas avec une certaine résignation. Dans les stades de foot aussi on le voit, et ce n'est pas fameux. J'ai toujours eu du mal dans les manifs, les meetings politiques. Les masses se laissent facilement abuser. elles aiment les idoles, suivent les leaders, se courbent devant les tyrans qu'elle vont même parfois jusqu'à se choisir.  
En 2012, pendant la campagne électorale, j'avais fait deux meetings à la suite, celui de Sarkozy et celui de Hollande, pour y faire des photos. Malgré ma défiance, je m'étais quand plus reconnu dans les foules du meeting de Hollande que j'ai pourtant toujours considéré comme un médiocre crétin, que dans celles de Sarkozy qui est un sinistre pître, inculte de surcroît. La bêtise réactionnaire et conservatrice m'est insupportable. L'arrogance bourgeoise et le cynisme des possédants me dégoûtent et m'inspirent parfois de peu avouables pensées. Et l'opportunisme et l'hypocrisie des politiciens de tous bords m'exaspèrent. C'est pourquoi je comprends aujourd'hui la colère qui se manifeste. C'est celle d'une grande partie la nation qui demande simplement à ses représentants et aux responsables du pays de prendre en compte ses besoins. Elle le fait avec une relative colère parce qu'elle a le sentiment de ne pas être entendue. Espérons que notre président ne réagira pas comme Bachar El Assad. On vit dans une époque où tant de choses adviennent qui hier encore paraissaient invraisemblables. Inutile d'en faire la liste.

vendredi 7 décembre 2018

Sculpteur d'Ivoire


Voilà, 
le passant peut apercevoir Pierre Beckmann sculpteur sur ivoire qui officie à la lumière du jour derrière la vitrine de son atelier rue Bonaparte. Cette photo témoigne d'un monde en voie de disparition puisque bientôt plus personne, en France, ne saura pratiquer cet artisanat d'art et restaurer des pièces anciennes. Évidemment, on ne peut s'empêcher de songer aux éléphants désormais en voie de disparition que des braconniers abattent pour alimenter les réseaux de trafiquants d'ivoire. (Linked with weekend reflections)

mercredi 5 décembre 2018

Station Durock


Voilà
il y a un an, la station Duroc se rebaptisait l'espace d'une journée "Durock" en hommage à une idole disparue et depuis on ne cesse de nous casser les noix avec les péripéties de la famille Hallyday. Pas un jour sans qu'on en ait parlé : c'est Laetitia Hallyday qui apparait souriante en look pyjama pour pour une soirée entre amis, et malgré un train de vie réduit elle continue d'entourer Jade et Joy d'amour, Laetita nargue David et Laura avec le titre de l'album posthume, Laetitia et ses filles rayonnent à St Barth Jade et Joy sont vraiment en douleur selon un ami de johnny Sylvie Vartan donne des nouvelles de David mais pas de Laetitia c'est juste mon papa confie Laura Smet à propos de la mort de Johnny, Eddy Mitchell est contre ce qu'a pu faire Johnny pour son héritage, la veuve de Johnny craint pour sa sécurité des experts en com' jugent la prise de parole de Laetitia, Laetitia tout sourire avec le filleul de Johnny sur instagram Johnny a toujours été agacé quand il chantait avec Patrick Bruel, Johnny a caché de nombreux biens à ses enfants, sans nous Johnny serait mort bien avant et ruiné dit son beau-père, Laetitia était très émue à l'écoute de la chanson "pardonne moi, concernant l'héritage la signature de Laetitia est partout, au mariage de sa fille Laura son parrain Eddy Mitchell qui disait de Johnny trois jours avant sa mort qu'il était un robocop a brillé par son absence voilà un petit florilège des conneries parues dans la presse people et diffusées depuis un an par google actualité france...  L'idole, j'en reparlerai encore ce weekend et après ce sera fini

mardi 4 décembre 2018

Station Gaîté, la nuit


Voilà,
parfois il m'arrive encore de m'étonner de mon environnement immédiat. Je trouve une soudaine poésie à ce que j'aperçois chaque soir. Cette débauche de lumières qui rend belle la Tour Montparnasse ordinairement si laide le jour, entretient l'illusion désormais improbable d'un monde prospère. On sait pourtant que cela ne peut ne doit durer. Mais le factice nous préserve un temps de nos terreurs. Les villes ne sont pas faites pour la nuit. L'obscurité favorise la sauvagerie et la barbarie, elle lève les interdits, stimule les plus bas instincts. Pour des raisons écologiques il faudrait couper les lumières. On a d'ailleurs légiféré dans ce sens à Paris pour que les vitrines soient éteintes la nuit, et cependant personne ne peut s'y résoudre, car ce serait renoncer aux fruits du progrès. Mais comme le faisait remarquer Walter Benjamin, il y a bien des années déjà "il faut fonder le concept de progrès sur l’idée de catastrophe. Que les choses continuent à “aller ainsi”, voilà la catastrophe". (Linked with our world tuesday)

lundi 3 décembre 2018

Un grand geste n'est pas nécessaire pour mourir


Voilà
Un grand geste n'est pas nécessaire pour mourir.

Il suffit d'une séquence presque indécise
et de petits gestes
et de petites options
qui peu à peu nous écartent du chemin familier
sans que l'on cesse de voir les passants et les choses,
mais laissant lentement se former
un très mince cristal
entre ce qui a lieu et nous.

Au début on polira fréquemment le cristal,
Mais ensuite on oubliera cette tâche
et nos distractions consenties
laisseront se multiplier les ombres
comme dans un crépuscule interpolé de verre.

Et entre certaines négligences favorites,
le retrait furtif des mains
et les fatigues qui ne se combattent plus,
disparaîtra la transparence
pour que grandisse à sa place le silence

Et sans ruptures ni chutes
face au cristal qui s'est fait sombre,
nous trouverons passivement la sortie
sans nous soucier tant soit peu
de franchir le seuil avec les yeux ouverts.

Une faim de gestes presque neutres
sera moins asphyxiante
et plus proche des choses
qu'un coup étranger ou propre
qui bouleverse tout.

Alors il se peut au moins qu'ils ne se fende même pas,
le cristal déjà couvert de ténèbres

(Roberto Juarroz)

Mais bon, je le mets en ligne juste parce que  je trouve que c'est un beau poème, et que l'image va bien avec, il n'y a pas de message caché

dimanche 2 décembre 2018

In memoriam Charles Bradley


Voilà,
il y a quelques jours, rue Legouvé, dans le dixième arrondissement, j'ai aperçu cette fresque en hommage au bluesman Charles Bradley réalisée durant le mois de Novembre 2018 par Hachim Baous en l'honneur de la parution de son album posthume (linked with Monday Mural

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