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jeudi 4 décembre 2025

Crépuscule

 
Voilà,
"À quoi bon contempler des crépuscules, puisque j’ai en moi des milliers de crépuscules différents – sans compter ceux qui n’en sont pas – puisque non seulement, je les compte en moi, mais encore, puisque je les suis en moi-même ?"  Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

dimanche 30 novembre 2025

Café du centre

  

Voilà,
récemment, pour des raisons professionnelles j'ai séjourné non loin de Cruas, commune ardéchoise sur les bords du Rhône, où se trouve une centrale nucléaire, dont j'ai parlé il y a quelques années. Dans le bourg j’ai repéré cet attendrissant trompe-l'œil témoignage d’une forme de vie communautaire qui n’existe plus.
 

 
On dit qu’un village sans bistrot est un village sans cœur, Et pourtant leur nombre a considérablement baissé en France. Ils sont en train d’être rayés de la carte. De 200.000 en 1968, ils sont passés à 30.000 aujourd’hui. En cause, la diminution du nombre d'ouvriers — lesquels aimaient à se retrouver en groupe au "troquet" avant ou après le travail —, la concurrence des fast-food, qui font de l'ombre aux établissements anciens, ainsi que la dévitalisation des zones rurales où ils représentaient souvent les derniers lieux de vie de ces petites communes. Espaces de rencontres et de convivialité, ils servaient aussi parfois de dépôt de pain, d'épicerie.
 

 
Il est d'ailleurs tout à fait possible que le commerce fermé que l'on aperçoit sur la droite du bâtiment fut réellement le bistrot qui existait autrefois, et que l'artefact sur le mur ne soit là que pour en raviver le souvenir.

jeudi 21 août 2025

Vers le bleu du jour

 

Voilà,
Il y a des choses qui se refusent à ma raison comme un chat se refuse à l’eau. La foi par exemple. Bien qu’elle ait, en certaines époques et dans certaines communautés inspiré des merveilles, comme cette chapelle d'un village de Bourgogne – et ça c’est très concret –, elle reste une énigme. J'en ai déjà précédemment parlé, et j'y reviendrai sans doute. Ce n'est pas que je traverse une crise mystique, mais cela occupe mon esprit ces derniers temps. Certains lieux, certaines circonstances favorisent ce genre de supinations et pronations mentales. Il m'arrive de temps à autre d'interroger cette idée, de chercher, de la tourner dans tous les sens. Elle est, depuis que je suis en âge de réfléchir, toujours présente avec plus ou moins d'intensité enfouie dans mes pensées. Comme un vieux Rubik’s cube dont je ne serais jamais parvenu à me débrouiller mais que je garderais tout de même, au cas où, dans un tiroir...

Les églises se remplissent et se vident au gré des siècles, les dieux meurent et renaissent sous d’autres noms, mais la foi, elle, persiste, en dépit des objections. Elle n’exige pas de preuves, se moque des arguments. Elle est là, obstinée, comme l’herbe entre les pavés ou les pierres. Certains prétendent qu’elle console, qu’elle donne un sens, qu’elle réchauffe les nuits trop longues. Peut-être. Mais il est aussi possible qu’elle ne soit qu’un leurre, un déni de réalité une de ces belles histoires qu’on se raconte pour conjurer la peur du silence.
 
Des savants, des philosophes, des poètes l’ont justifiée au prix de contorsions intellectuelles. Ce n’est ni une équation, ni un théorème. Pour Kierkegaard elle se présentait comme un saut subjectif, un engagement personnel envers une vérité excédant la logique. Wittgenstein la considérait comme une forme de vie intérieure exprimée dans des pratiques des rituels et un langage spécifique et pour cela, pensait-il, elle ne pouvait être envisagée de l’extérieur.
D’autres y voient une réponse à l’appel d’un mystère qui nous dépasse. Certains la considèrent comme une illusion correspondant à un besoin de protection infantile. Il est toujours facile de la réfuter puisque la foi est une adhésion à l’Invérifiable.
 

 
 
Quoi qu’il en soit, elle échappe. Autant à ceux qui la possèdent qu’à ceux qui la refusent. Elle semble parfois surgir en des moments étranges où l’on se surprend à espérer sans savoir quoi.
Chercher à comprendre ? Peut-être vaut-il mieux l’observer de loin, comme on regarde un avion s’éloigner dans la nuit étoilée. On ne saura jamais où il va, mais on a la certitude qu’il mène quelque part. Après tout, le mystère qui désigne bien des choses n’est pas fait pour être percé, mais pour nous rappeler que le monde est plus grand que nos doutes et nos certitudes.

                                                         Marianne   : un mystère s’il vous plaît 
                                                         Le serveur : il n’y a plus de mystère 
                                                         Marianne   : alors un verre d’eau
                                                         In "Pierrot le fou" de Jean-Luc Godard

Et si la foi n’était, au fond, qu’une façon d’admettre qu’on ne sait pas, tout en constituant le meilleur moteur pour avancer dans la vie ? un pari, comme le suggérait Pascal — le seul où l’on mise tout en sachant qu’on ne verra jamais les dés. Après tout, dans un monde où tout s’explique, il reste bien peu de place pour l’émerveillement. Oui la foi c’est cette certitude tenace que quelque chose, quelque part, répond dans l’écho du silence.
Plutôt que d’y voir une lâcheté, une fuite devant l’absurde, on peut tout aussi bien y reconnaître une forme achevée de lucidité sur le fait que la raison, si puissante soit-elle, ne comble pas tout. Pourquoi, dès lors, ne pourrait on pas s’accrocher, non à une vérité, mais à l’idée qu’il y en a une. Moins par naïveté, que par défi. Parce que croire, même sans preuve, c’est encore une façon de refuser que le dernier mot revienne au néant. 
Faute de compréhension, tourner son regard vers le ciel. Vers le bleu du jour qui nous cache toutes les énigmes qui scintillent dans la nuit ouverte sur l'infini.

jeudi 31 juillet 2025

Paisible balade


Voilà
onze mois 
quand il y avait encore de l'espoir 
à moins que ce ne fut du déni
autour de cet étang, sous cette lumière,
nous fîmes une paisible balade
la dernière ensemble

jeudi 24 juillet 2025

L'Inadmissible


Voilà,
je cite in extenso cet article d’André Markowicz au sujet d’Israël, et auquel je pensais en me promenant dans cette rue, avant que je ne prenne cette photo. Je le fais car il est argumenté étayé et surtout parce qu’il est écrit par un auteur juif. Je m’aventure pour ma part assez peu à commenter ce qui se passe à Gaza en dépit des horreurs qui y sont perpétrées. Faire part de son indignation à ce sujet — surtout quand on est goy —, suscite aussitôt la réprobation de bien des gens. Je pense à quelques amies psychanalystes, dont les réactions m'ont, il y a quelques semaines, tout de même bien étonné. La possibilité d’une compassion également partagée pour toutes les victimes civiles de ce conflit, quelle que soit leur origine, semble encore difficilement acceptable pour nombre de personnes. On se retrouve très vite taxé d’antisémitisme. Daté du 8 Juillet cet article s’intitule "L’inadmissible."

J’ai découvert l’existence de Nissim Vaturi (en faisant des recherches dont je parlerai plus tard). Nissim Vaturi est un des vices-présidents de la Knesset, membre du Likoud (et non d’un des partis d’ultra-ultra-ultra-droite de Smotrich ou Ben Gvir). Et ce Nissim Vaturi répète, à quasiment chacune de ses déclarations publiques (et depuis octobre 23) qu’il faut « vider Gaza des Gazaouis ». Ce n’est pas pour cela qu’il a été au centre d’un débat de la commission d’éthique (il y a une commission d’éthique à la Knesset), mais parce qu’en octobre 2024, il a fait une série d’autres déclarations. Il disait qu’il fallait « brûler Gaza », qu’il n’y avait « pas d’innocents à Gaza », et que tous les Palestiniens étaient « des sous-hommes ». Il disait de même qu’il fallait régler le problème des Palestiniens en « faisant de Jénine une nouvelle Gaza », c’est-à-dire qu’il fallait réduire en ruines toute la Cisjordanie (Jénine était visiblement métonymique pour toute la Cisjordanie), et donc qu’il fallait tout brûler. Il ajoutait (mais, là, je n’ai pas trouvé de source que j’estime fiable, – était-ce le même jour ou dans une autre déclaration ?) qu’il fallait prendre l’ensemble de la population de Gaza, séparer les hommes des femmes et des enfants, fusiller l’ensemble des hommes et garder les femmes et les enfants dans des camps.

Cet homme est donc l’un des vices-présidents de la Knesset. Un député, communiste, que l’on nomme « radical », membre du parti Hadash (lequel est une coalition, électoralement insignifiante, de partis arabes et de communistes juifs), Ofer Cassif, a porté plainte devant la commission d’éthique. Le verdict de la commission d’éthique a été d’épargner la moindre sanction à Nissim Vaturi. Son jugement, cité par « Le Times of Israël » (journal conservateur, lié aux conservateurs américains), énonce ceci : « La commission estime que les remarques n’ajoutent pas de respect à la Knesset en tant qu’institution, en particulier à la lumière du fait qu’il est vice-président de la Knesset, mais en raison de l’importance de la sauvegarde de la liberté d’expression, rien ne permet de justifier qu’il a violé les règles d’éthique »

Donc, cet homme n’a pas violé, le Parlement israélien, les règles de l’éthique. Il est donc, aux yeux des députés d’Israel, d’énoncer, en tribune, que les Arabes sont des « sous-hommes », il est éthique de vouloir « vider Gaza des Gazaouis » et de brûler Gaza, et de vouloir brûler l’ensemble des habitations palestiniennes en Cisjordanie (ou peut-être seulement à Jénine ?), et il est n’est pas répréhensible, au nom de la « liberté d’expression », d’appeler au génocide (rappelons que l’exécution des hommes et l’enfermement des femmes et des enfants, c’était ce qui s’était passé à Srébrénica. Il y a eu des milliers de morts. Là, on parle, potentiellement, de millions). Nissim Vaturi continue donc d’occuper le poste qu’il occupe, quitte à souiller le parlement israélien, – ce que la commission accepte.

*

Là où les choses sont encore plus frappantes est le cas du député qui avait porté plainte, Ofer Cassif. – Et d’abord, cette évidence : il a été le seul à porter plainte. Les députés de la soi-disant gauche, les travaillistes et les autres, tous, sans aucune exception, ils n’ont pas réagi. La question est de savoir pourquoi : le discours de Vaturi s’est-il à ce point banalisé qu’il est devenu normal ?... Ofer Cassif, lui, est qualifié de "radical". Il est "radical" parce qu’il proclame sa solidarité avec les populations palestiniennes, qu’il a toujours dénoncé les colons (il s’est fait tabasser, a été envoyé à l’hôpital, s’est fait menacer de mort – par un policier), et , en octobre 23, a dit que la politique de l’État d’Israël avait amené au 7 octobre. Il n’a pas, un seul instant (du moins n’ai-je rien trouvé, – ne lisant pas l’hébreu) excusé le massacre du Hamas. Il a dit que ce massacre était le résultat de décennies et de décennies de la politique colonialiste de l’État d'israel. Après cette déclaration, lui, – et à l’unanimité des membres de la Knesset (je ne sais pas ce que faisaient ses quelques collègues de son parti), il a été sanctionné, pour « propos inadmissibles », et interdit, à l’unanimité, de débats au Parlement. Il a le droit de vote, mais il n’a pas le droit de parler.

Donc, d’un côté, des propos génocidaires – clairement génocidaires, – et prônant le crime contre l’humanité (le nettoyage ethnique). Ces propos-là sont « éthiques ». De l’autre, une dénonciation de la volonté génocidaire, – et cette dénonciation est, pour l’ensemble du parlement (pas seulement pour la droite au pouvoir) – « inadmissible ». 

Une image d’Israël aujourd’hui. 

Cela, c'est l’Israël de Trump. C’est aussi, hélas, l’Israel de l’Europe (et donc, d’un point de vue électoral, le nôtre ici), puisque l’Europe continue de collaborer, militairement et économiquement, avec Israël.
*

Deux poids deux mesures. Le boycott de la Russie poutinienne fait consensus (mais n’entrons pas dans les détails...). Ce boycott n’est pas anti-russe, il se veut, au contraire, une arme pour une transformation démocratique de la Russie... même si c’est peu de dire que nous en sommes loin. –  Il est absolument nécessaire, fondamental, que l’Union européenne boycotte, dans les conditions présentes et de la même façon, Israel, un pays qui, au nom de la liberté d’expression, accepte qu’on puisse considérer un homme comme un « sous-homme », et admet les appels au génocide énoncés par des membres éminents de son parlement. Ce boycott ne sera pas anti-israélien, il devrait être, au contraire, un appel à la dignité et à l’éthique. Vouloir « vider Gaza des Gazaouïs » (expression ressassée par Vaturi, mais pas que par lui) est vouloir perpétrer un crime contre l’Humanité, même au nom de la lutte contre le Hamas.
 
Il n'y a rien à ajouter. Sinon qu'on se sent sale d'appartenir à un pays complice de ces atrocités, et où certains députés voudraient considérer comme un délit le fait de mentionner qu'Israël entreprend un génocide dans la bande de Gaza. Alors on dira "un nettoyage ethnique".
Sinon, à part ça, aujourd'hui advient le jour de dépassement de la terre. C'est à dire que l'humanité a consommé à ce jour plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la terre n'est en capacité d'en produire ou d'en absorber au cours d'une année.

mardi 22 juillet 2025

Extra-Muros


Voilà,
c'est une vue dont on ne peut se lasser. C'est l'un des plus beaux panoramas d'Europe. Le pont d'Avignon. Le Rhône. La cité des Papes, le Mont Ventoux au loin. En cette fin d'après-midi j'ai déjà le départ dans la tête. J'ai commencé à faire ma valise. Je suis allé me promener extra-muros, au-delà des remparts vers l'île de la Barthelasse. Comme d'habitude, il y aura eu des jours où j'aurais trouvé le temps long et finalement ce mois aura vite passé. Je n'aurais pas eu le temps de faire ce que j'avais supposé. Visiter des amis à Nîmes, Arles... L'été, durant le festival, Avignon vous tient captif. 
Ce jour là, j'ai réfléchi à ma mélancolie. Mais ma mélancolie, je ne sais pas d’où elle vient exactement. Peut-être de la solitude, d’avoir été longtemps un enfant unique qui en outre, ne pouvait pas avoir beaucoup d’amis parce que la petite cellule familiale déménageait fréquemment. Je me suis toujours senti en quelque sorte coupé du monde, à part. De plus, j’avais des dispositions pour la nostalgie ce qui n’arrange rien. Contrairement à ce que j’ai lu dans un article du journal « Le Monde », il y a quelques mois, j’ai des souvenirs qui datent de bien avant l’âge de trois ans. Oh pas vraiment des souvenirs mais des images associées à des sensations comme ça, précises. 
Et puis à partir de trois ans je peux dérouler le film de mon histoire. Sans doute parce que, à cet âge-là je me suis retrouvé dans un environnement totalement différent. D'ailleurs, j’avais déjà changé d’environnement précédemment. Je suis né en Allemagne. J’ai quelques souvenirs de poussette que j’ai déjà évoqués par ci par-là. Je me suis ensuite retrouvé dans la région de Saumur dans la douceur angevine. Là aussi j’ai des images précises : un accident de voiture, la nuit, la rampe qui menait à la maison de mon grand-père, l'odeur de la Loire. Et puis ensuite ce fut l'Algérie. Je me souviens très bien, non pas de la première partie du voyage parce que la génitrice m’avait drogué au sirop de Phenergan ou de Théralène pour que je sois calme durant le trajet en 4CV de Saumur à Marseille. En fait je réalise à quel point je devais être défoncé. Mais ensuite dans le bateau je me souviens des sensations, des images, de l’arrivée sur Alger, la mer verte, la ville blanche, la découverte du géniteur que j'avais finalement assez peu vu dans les premières années. Très peu de temps après ma naissance il est allé en Algérie parce qu’il était militaire de carrière. Ma génitrice qui quelques années auparavant avait épousé un homme qui une semaine, après leur mariage était parti en Indochine. Donc elle avait passé 18 mois seule et avait décidé que cela ne se reproduirait pas. Elle l'a rejoint en Algérie. De l’Algérie, j’ai des souvenirs nombreux et très précis, parfois pénibles que j’ai déjà évoqués dans ce blog. Je me souviens que là-bas, j’avais déjà la nostalgie de paysages d’endroits que je ne connaissais pas, mais qui m’étaient suggérés par des chansons, en particulier, l’adaptation de green fields par les Compagnons de la Chanson. Et vers huit ans il me semblait avoir énormément de souvenirs comme si j'avais déjà vécu une longue vie. Tout s'imprimait, les chansons les visions les odeurs... Les images du passé remontent, je n’y peux rien, c’est comme ça, je suis goupillé comme ça. Aujourd’hui encore c’est la même chose. Le présent me renvoie souvent au passé. Avignon par exemple, je suis à Avignon  à l’époque du festival. J'y ai exercé mes premiers jobs d'été quand j’avais 17 ans, 18 ans. Eh bien tout ça remonte terriblement. A cause des murs, des rues. Les visages, les noms, les gens de l’époque, les spectacles vus à ce moment là, oui la jeunesse, les souvenirs de jeunesse ont la même densité, peut-être même plus de densité que le présent. Je ne prenais pas de photos à l'époque. Aujourd'hui les photos aident à se rappeler. En ce temps là, la sensation s'imprimait sans que je réalise que cela serait pour longtemps. Pourtant, j'ai toujours autant de mal à reconnaître les visages. C'est curieux... Mais finalement, j'aime bien avoir cette faculté de souvenirs. Je ne m'ennuie pas. C'est juste parfois que cela me rend un peu vague, tout ce temps qui me traverse.

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samedi 19 juillet 2025

Inquiet comme un enfant

 
Voilà,
pour penser, écrire, dessiner, bricoler des images, tenter de mettre en forme des idées — ce qui peut se révéler parfois chronophage et laborieux — il est souvent besoin de solitude. Mais il arrive que celle-ci pèse et devienne angoissante quand on n'a pas retrouvé un ou une presque-pareille qui soit dans de semblables dispositions. Et l'on se sent alors inquiet comme un enfant qui se réveille la nuit dans une maison vide. C'est à cela que je pensais, errant à une heure tardive parmi les rues désertes. Jusqu'à cette rencontre. 

mercredi 9 juillet 2025

Autrefois l'insouciance

 
Voilà,
c'était il y a dix ans. La plus grande nation occidentale n'était pas encore gouvernée par un malade mental complètement sénile. C'était même quelque chose d'inenvisageable. Elon Musk, quant à lui était encore un jeune entrepreneur "une sorte de gourou, un porteur de rêves qui aime se lancer des défis disait on de lui dans les gazettes. Les entreprises Paypal, Space X, Tesla, le projet Hyperloop... Autant de défis lancés ou relevés par celui qu'on considérait comme un entrepreneur génial bien que déjà controversé. Après un premier succès économique dans les années 2000 avec la revente de l'entreprise Paypal, Elon Musk s'était lancé dans le challenge technologique en pariant sur la voiture électrique avec la firme Tesla : «Je veux démontrer que la voiture électrique est la voiture la plus prometteuse de monde !», confiait-il alors. À l'époque, son projet c'était Hyperloop. Lancé en 2013, il rêvait au voyage ferroviaire à très grande vitesse avec une ligne reliant Los Angeles à San Francisco en moins de trente minutes. C'est à cette époque aussi qu'il lançait Open AI dont l'Objectif affiché était de développer des technologies d’intelligence artificielle et de les mettre à disposition de tous, pour qu'elle bénéficie à l'humanité « En tant qu’organisation à but non lucratif, notre but et de créer de la valeur pour tout le monde, plutôt que pour des actionnaires », pouvait-on lire dans le texte de présentation, sans réaliser à quel point cette nouvelle technologie serait gourmande en énergie.
Dix ans à peine, depuis cette photo sous le ciel bleu de Madère ; cela me paraît si loin, presque irréel. Ce n'est pas que les choses allaient particulièrement bien à l'époque, mais comparées à maintenant, c'est sans mesure. Ce qui est stupéfiant, c'est l'impression d'une inéluctable accélération vers le pire, dont on ne connaît pour le moment pas la nature exacte. 
On est désormais dans le temps de la force désinhibée, comme jamais peut-être auparavant. Au regard de la puissance de destruction dont l'humanité dispose, on ne peut que s’en inquiéter. Surtout quand la bêtise est à ce point plébiscitée. C’est quand même une sorte d’Amin Dada qui a été démocratiquement élu dans ce qui, voilà peu de temps encore, passait pour la première puissance mondiale. Si, pour l'humanité ce n'est pas encore la fin des temps, il est cependant possible que, comme l'écrit Pierre-Henri Castel dans son ouvrage "Le mal qui vient", ce soit déjà le temps de la fin. De toute façon, cela prendra une forme autre que ce que nous sommes en mesure d'imaginer.
 
 
Mais tout de même, à défaut d'être joyeux, apprécions — puisque de toute façon il ne nous reste guère d'autre alternative —,  le plaisir de pouvoir encore, sous un ciel radieux flâner en paix dans la splendeur d'une sainte et moyenâgeuse cité.

mardi 8 juillet 2025

Paisible campagne


 
Voilà, 
j'ai le souvenir de paysages de campagne, paisibles, mais de plus en plus incertains dans ma mémoire, comme si je les avais rêvés. Les oiseaux y brodaient leurs trilles. On y voyait des papillons. Des fleurs multicolores égayaient certaines prairies.
Aujourd'hui 8 juillet, Le parlement français risque d'adopter une des lois les plus dangereuses contre la biodiversité,. Les députés qui s’apprêtent à la voter sont supposés défendre l'intérêt général et le bien commun. Pourtant cette loi, initiée pas le député Duplomb, un ancien syndicaliste de la FNSEA, le syndicat agricole des grands producteurs, se propose de lever les "contraintes" concernant l'usage des pesticides ou le stockage de l'eau. Elle réintroduit un pesticide extrêmement dangereux de la famille des néonicotinoïdes : l’acétamipride, substance interdite en France depuis 2018 en raison de ses effets sur les pollinisateurs et du danger qu’elle représente pour la santé humaine.
Plus globalement la loi Duplomb si elle est votée définitivement à l'Assemblée nationale, contribuera à favoriser l’apparition de cancers et de maladies chroniques à échelle industrielle. 
Véritable bombe sanitaire, elle constitue un recul majeur pour la santé publique et témoigne d'une vision court-termiste de l'agriculture. Le choix du profit immédiat plutôt que celui de la vie.
Les députés approuvant cette loi  acceptent de protéger les intérêts de l'agriculture productiviste au détriment de notre santé et de l'intérêt général. Et tout cela en parfaite conscience de la catastrophe sanitaire et environnementale à venir. La surveillance de la qualité des cours d'eau et des nappes phréatiques montre que les pesticides y sont présents et qu'ils se retrouvent souvent dans l'eau du robinet et certaines eaux de sources. Des études estiment que nombre d'aliments vendus en France contiennent des pesticides. Jusqu'à présent l'usage de ces derniers était conditionné à l'avis de l'ANSAES (agence nationale pour la sécurité sanitaire de l’alimentation et de l'environnement). La loi prévoit une autre instance (probablement noyautée par le lobby de l’agroalimentaire) qui informera directement le ministre ayant autorité en matière de pesticides, contournant ainsi les préconisations des scientifiques. 

dimanche 6 juillet 2025

Pêle-mêle avignonnais (2)

 
Voilà,
ces jours-ci dans une rue d'Avignon, j'ai vu ce rideau de fer. Je l'ai trouvé, pour un commerce de bouche, assez peu engageant. L'image d'un bousier, dont l'encyclopédie nous dit que c'est un insecte coléoptère coprophage qui se nourrit presque exclusivement d'excréments et de résidus de parturitions, n'est peut-être pas la plus adaptée.
 
 
Je réalise que, voilà un an, suite à la stupide dissolution de l'assemblée nationale par notre crétin de président, tombait le résultat du deuxième tour. Depuis l'environnement international n'a cessé d'empirer, devenant de plus en plus anxiogène et délétère. Quant au contexte de politique intérieure il est toujours aussi inextricable. Sans parler de la situation budgétaire lamentable. Mais bon, ici c'est toujours le même cirque. Les années se suivent et se ressemblent. On vit dans une bulle. Je fais aussi partie de cette faune. Difficile de s'en extraire quand on est là. Avec le début du festival, les affiches ont submergé la ville. Devant ce nombre effroyable de spectacles, on se demande que faire de cette terrible frénésie à vouloir à tout prix signifier, à la fois pour le monde et en dehors du monde. C'est parfois du grand n'importe quoi. "Tchekhov en commedia dell’arte" par exemple. Pendant ce temps-là, les États-Unis où un autocrate idiot et sa bande de gangsters se sont emparés de tous les rouages du pouvoir, deviennent une nation policière. Le moyen-Orient ressemble à un feu de tourbe. Même quand on ne le voit pas ça continue de brûler. Poutine détruit l'Ukraine sans que plus personne s'en émeuve. L'Europe ne réalise pas encore qu'elle n'a plus aucune influence sur le monde. La situation climatique ne cesse de s'aggraver partout sur la planète à une vitesse qui surprend même les spécialistes. Mais ici, la seule obsession est d'attirer le potentiel spectateur en le harcelant dans la rue et en lui distribuant force tracts. 
Peut-être certains regretteront-ils l'année prochaine ce folklore. Ici aussi les temps vont devenir plus difficiles. Peut-être la plupart des festivaliers auront-ils d'autres préoccupations que le théâtre à pareille époque.


Quoi qu'il en soit, je continue de me promener, vaquant dans l'Incertitude qui est au principe de la condition humaine prise entre l'inéluctabilité de la mort et le mystère du moment où elle nous saisira. Ici, je ne peux m'empêcher de penser à des gens que j'ai aimés. et qui ne sont plus. Ils m'ont fait découvrir ce festival, il y a fort longtemps. Pour moi, les rues sont surtout peuplées de fantômes. 
Parfois, je m'attarde devant la beauté des pierres.

dimanche 18 mai 2025

En traînant dans Draguignan

  

 
Voilà,
alors que je me trouvais il y a quelques jours à Draguignan, je suis passé de bon matin par cette rue qui a la particularité d'être peinte au sol. C'est la rue de Trans. Trans est le nom d'un village en Provence (je crois que c'est là, que je suis allé pour la première fois de ma vie, un matin d'Août 1973 dans une salle de ventes, ou peut-être était-ce au village voisin des Arcs). 
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux Etats-Unis. Je me suis dit que si l'on était gouvernés par des tarés du même acabit que ceux qui sont aux affaires aux USA, il faudrait peut-être débaptiser ce village dont le nom paraîtrait désormais suspect. 
A propos des États-Unis, il faudrait qu'un cinéaste inspiré réalise, en contrepoint du film de Griffith, un autre qui s'intitulerait "Suicide d'une nation". Car depuis cinq mois c'est bien à cela que nous assistons. Quand je pense que Trump est persuadé que le fait d'avoir échappé à un attentat, est un signe que Dieu l'a désigné pour conduire les destinées de son pays, cela inciterait plutôt à l'apostasie. Il ne se passe pas une journée sans qu'une décision délirante ne soit prise par lui ou un de ses affidés outre-Atlantique. C'en est presque fatiguant. Jamais on aurait imaginé qu'autant de crétins soient aux responsabilités dans ce pays.
 

Sinon les motifs que les hasards de la promenade peuvent parfois offrir constituent une distraction opportune. Pour se reposer du flot incessant et accablant des nouvelles du monde, toutes plus anxiogènes les unes que les autres, le cerveau recompose à partir de menus détails une réalité intersticielle où trouver refuge et apaisement. Il suffit de se tenir comme un idiot devant le mur et attendre que la pression retombe.

jeudi 15 mai 2025

Une perspective insolite

Voilà,
je me souviens très bien, j'étais plutôt content lorsque j'ai réalisé ce cadre, l'été dernier. La perspective est plutôt insolite, prise sur le Rocher des Dombs où se trouve une modeste vigne. De la ville en contrebas on ne distinguait plus que la tour de l'horloge. Quelqu'un aurait pu, s'il s'était tenu au même endroit, voir la même chose deux siècles auparavant. 
J'ai aimé ce moment de suspension loin de l'agitation festivalière. 
Un moment j'ai oublié la fatigue et la peur.

dimanche 11 mai 2025

Pêle-mêle avec peintures murales

Voilà,
au cours de mes promenades bellevilloises évoquées précédemment, je suis passé par la rue de la Villette où j'ai aperçu ces oiseaux multicolores sur la façade d'un groupe scolaire. C'est un quartier très prisé des muralistes qui s'en donnent à cœur joie un peu partout. 
Rue des cascades, où je suis déjà passé il y a longtemps, j'ai trouvé un autre motif animalier sur le rideau de fer d'un café littéraire.
 

Bien que le quartier ait beaucoup changé depuis, j'ai repensé à ce film de Maurice Delbez intitulé "un gosse de la butte" et rebaptisé "rue des cascades". On y voit en particulier Suzanne Gabriello, cette comédienne pour qui Jacques Brel aurait écrit "Ne me quitte pas" dans un autre café, situé sur la butte Montmartre. L'action du film se passe dans un café épicerie "Le postillon" qui n'a pas survécu, à la différence du Vieux Belleville, rue des envierges.


Le film de Maurice Delbez est disponible en streaming sur le net et je le recommande. Il était particulièrement audacieux pour l'époque.  Il raconte l'histoire d'Hélène, séduisante veuve quadragénaire interprétée par Madeleine Robinson et mère du petit Alain,  qui tient un café-épicerie-crémerie à Ménilmontant, alors en pleine évolution en ce début des années 1960. Lorsqu’elle essaie de refaire sa vie avec Vincent, un Antillais de vingt ans son cadet, Alain témoigne d’abord de l’hostilité à ce dernier avant d’être conquis par sa gentillesse et de devenir son ami. À cause d’un drame de la jalousie où sa voisine et amie Lucienne est assassinée par son mari qui l'a surprise en flagrant délit d'adultère avec son neveu plus jeune, Hélène prend conscience de sa grande différence d’âge avec Vincent et décide de mettre fin à leur liaison.Le film évoque sans détour le désir féminin, montre un couple mixte.  Au début des années soixante, l'histoire d'une mère blanche qui refait sa vie avec un jeune Noir de vingt ans son cadet, dans le décor presque sauvage du Belleville des années 1960, cela devait être trop audacieux. Le film n'a guère séduit les critiques et les directeurs de salles ont refusé de montrer le film. Le réalisateur Maurice Delbez, a du éponger 40 millions de francs de dettes. Il a pu cependant revoir son film ressorti en 2017 dans une copie neuve peu de temps avant sa mort. Il repose à présent dans un charmant petit village de l'Aveyron.

jeudi 1 mai 2025

Sur un rocher, face à la mer

 
Voilà, 
l'orage est passé, le jour décline doucement, bientôt on ne fera plus la différence entre un fil noir et un fil blanc. Ils sont là, au pied de la corniche devant la mer étale. Il est possible que ce paysage magnifique ne les étonne plus guère tant il leur est devenu familier. 
Je ne fais que passer, mais je les vois de loin. Ils me semblent jeunes et — je ne sais pas pourquoi — cela m'émeut, qu'ils soient là, comme ça, tous les deux. Ils sont dans le temps des commencements. Ils ne se doutent pas que ça passe vite, une vie.

mercredi 23 avril 2025

Sur le toit de la cité radieuse

Voilà,
sur le toit terrasse de la "Cité radieuse" bâtie par Le Corbusier, immédiatement après guerre, — alors que radieuse, l'époque actuelle ne l'est pas vraiment —,  l’énergie et la candeur joyeuse de ces adolescents serrés les uns contre les autres, contemplant sur ce modeste promontoire un horizon lourd de nuages, m'a terriblement ému. Les heures qui suivirent — sans doute en raison de cette image que je ne parvenais à chasser de mon esprit — une insidieuse et trouble sensation de mélancolie m'a peu à peu submergé. J'ai repensé au film de Nicole Védrès "La vie commence demain", dont une partie se passe dans cet édifice en construction. Ce film, sorti en 1950, est, à ma connaissance, le premier dans l'histoire du cinéma français que l'on peut qualifier de documentaire-fiction (à 47:20 sur le film en lien, commence la séquence avec Le Corbusier). C'est l'histoire d'un jeune provincial (interprété par Jean-Pierre Aumont) incité par un mystérieux journaliste à rencontrer les sommités intellectuelles de l'époque afin de connaître leur vision du monde futur. On y croise outre l'architecte suisse, Sartre, Joliot-Curie, Jean Rostand, Picasso, André Gide. Une des personnes qui a le plus compté dans ma vie, y apparaît, jeune sur quelques plans

vendredi 11 avril 2025

Autos tamponneuses

Voilà,
cette photo prise à Saint-Gengoux-le-National, Bourgogne en mai 2022 n'est certes pas d'une actualité brûlante, mais les manèges déserts dans les fêtes foraines de province dégagent une mélancolie teintée d’ennui. Cela me fait penser à cette réflexion de Pessoa : "L’ennui… C’est peut-être, au fond, l’insatisfaction de notre âme intime, à laquelle nous n’avons pas donné de croyance, l’affliction de l’enfant triste que nous sommes, intimement, et auquel nous n’avons pas acheté son jouet divin. […] Oui, l’ennui c’est cela : la perte, pour l’âme, de sa capacité à se mentir, le manque, pour la pensée, de cet escalier inexistant par où elle accède, fermement, à la vérité." 

lundi 7 avril 2025

Pourvu que cela soit beau

 Voilà,
Il semblerait que désormais notre monde soit de plus en plus souvent couleur d'acier. 
Je me souviens de paysages anciens
mais
tel un Treplev vieillissant 
je songe à des formes nouvelles
je veux dire des formes nouvelles pour moi. 
 
 
Pendant que je les cherche et travaille à les faire émerger
je ne songe à rien d'autre 
le chaos du monde sort de mon esprit.
Ne m'occupent que des questions techniques
des histoires d'équilibre de masses
de grain et de lissage
Les angoisses pour un temps se dissipent 
oui se dissipent comme le cirrus s'effaçant dans le bleu du ciel
elles reviendront bien sûr 
mais pour le moment 
— et c'est tant mieux —
rien d'autre ne compte
que le mystère de cette image 
et ce mystère me comble me soulage
Bien sûr je sais que secrètement par là je conjure
 ce que l'on n'ose en général guère énoncer pour soi
ce mot qui trop a été prononcé à travers les âges
qui dit toute notre terreur d'être au monde
mais qu'importe pourvu que 
cela soit beau comme la mer et la lumière

dimanche 30 mars 2025

Vallon des Auffes

 
Voilà
dimanche dernier, en fin d’après-midi, j'étais au vallon des Auffes à Marseille. C'est un étroit petit port de pêche traditionnel et pittoresque situé sur la corniche Kennedy, dans le quartier d'Endoume. Il se situe à 2 km au sud-ouest du Vieux-Port, entre la plage des Catalans et l'anse de Malmousque. Il abrite de part et d'autre du pont, une cinquantaine de modestes maisons de pêcheurs, quelques restaurants, et environ 80 places de petits bateaux de pêche traditionnelle, dont quelques pointus typiques, qui réservent leurs prises aux restaurants locaux. Son accès est protégé par une jetée de roches d'une centaine de mètres de long. 
 
 
Peu avant d'accéder au port, j'avais remarqué cette grande fresque sur une maison au bord de la corniche. Inspirée d’une photo d’archives de l’association et réalisée par le street-artist Mahn Kloix elle rend hommage aux sauveteurs du navire-ambulance de SOS Méditerranée. Cette femme représentée regarde d’ailleurs vraiment la mer, Elle est à l’image de Marseille ouverte sur la Méditerranée et depuis toujours terre d'accueil.
 
 
SOS Méditerrannée est une association civile européenne de sauvetage en mer. Sa vocation est de porter assistance, sans aucune discrimination et à traiter avec dignité, toute personne en détresse, dans le respect du droit maritime international. 

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