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vendredi 27 février 2026

Attendre


Voilà,
le philosophe Nicolas Grimaldi est mort ce mois-ci. Il avait écrit quelque part "L’attente est constitutive de la conscience. Or toute attente porte en elle le sens de ce qui ne laisserait plus rien à attendre : l’infini, l’éternité, la perfection, la plénitude". La conscience, se révélant comme la pure attente de l’intuition à venir, il entrevoyait cependant le piège qu'elle peut se faire à elle-même : "vivre dans l’illusion que ce qui est important n’est pas encore commencé". et il ajoutait "quoi qu’un homme ait poursuivi et quoi qu’il ait attendu, rien ne le contente, puisque infinis sont les possibles ouverts à son attente. Alors de deux choses l’une : on n’attend plus rien de la vie, ce qui est une façon de la faire mourir, ou bien on en "attend tout", ce qui exige la médiation de l’imaginaire." 
Pour ma part, je ne sais plus trop où j'en suis de cette question. Mais sur les quais de métro, je laisse vagabonder la pensée qui va comme l'écrivait Montaigne "à sauts et à gambades". C'est ma façon à moi de tromper l'attente. 

samedi 21 février 2026

Nouveaux Parasites


 
Voilà,
J’aime assez la thèse du biologiste Robert Brooks et de la philosophe Rachael L. Brown selon laquelle nos smartphones du point de vue de l’évolution sont devenus des parasites. "De la même manière que certaines guêpes pondent leurs œufs dans des pucerons, et que ces œufs se développent en se nourrissant du puceron, le smartphone est littéralement une extension d’une entreprise privée qui se développe en envahissant son hôte (c’est-à-dire, nous)". Robert Brooks, également auteur de "Artificial Intimacy : Virtual Friends, Digital Lovers and Algorithmic Matchmaker" (2021), explique que prendre conscience de cette relation de parasitisme est aussi une manière de réclamer un meilleur contrôle de l’environnement numérique.
Oui on en est là. Ce que nous apparaissait comme une innovation, une avancée pratique n’est en fait qu'une forme supplémentaire de destruction, simplement plus douce, plus sournoise, presque aimable. Une forme de destruction qui ne fait pas de bruit qui ne remplace pas les autres, mais qui les accompagne, les prolonge, les perfectionne. Car désormais, le capitalisme ne se contente plus de broyer les corps et les paysages : il s’installe dans les heures creuses, il siphonne les instants de répit, il occupe le temps où l’on aurait pu dormir, parler, aimer, conspirer. Le temps libre devient une ressource. Il faut le capter, l’étirer jusqu’à l’épuisement. On vous garde connectés, immobiles, le regard penché, pendant que les plateformes engrangent des revenus publicitaires. Ce temps-là, vous ne l’emploierez pas à chercher des alliés, à forger des colères communes, ni à renverser quoi que ce soit. Vous ne manifestez plus. Vous voilà sans jambes, sans voix. Tout cela s'opère de façon ludique. Dans la distraction programmée. 
 On convoque la part infantile, la plus docile, celle qui réclame des récompenses immédiates, des couleurs vives, des sons brefs. Le téléphone, autrefois, servait à appeler. À dire : je suis là. Le smartphone, lui, ne dit plus rien. Il amuse. Il occupe. C’est un jouet sans repos. Un objet de dépendance quotidienne. On le consulte comme on attend une friandise. Et, sans qu’on s’en aperçoive vraiment, quelque chose cède : le rapport à l’autre se dégrade, l’autonomie s'amenuise. On s’installe dans un confort trompeur, une utilité factice. Une contrainte aussi discrète qu'insidieuse s'introduit, à laquelle l’individu, peu à peu, consent passif, presque reconnaissant.
 

lundi 2 septembre 2024

Un Bigot


Voilà,
un jour j'ai écrit cela que je n'ai pas immédiatement publié.
ils m'emmerdent les bigots. Qu'ils soient catholiques juifs ou musulmans hindouistes ou quoi que ce soit d'autre. Ceux qui sortent leur chapelets dans le train, les vieilles avec leur rosaire où celui-là qui psalmodiait son coran dans le tram, l'œil rivé sur un smartphone ou défilaient ses sourates et murmurant suffisamment fort ses versets pour que je l'entende. C'était au mois de Septembre 2015, à Saint Denis alors que je travaillais à un projet qui n'a jamais vu le jour. Je me traînais une putain de déprime parce que je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait à cause d'un certain "je préfèrerais ne pas". Deux mois plus tard, au nom d'une religion dont le texte qui la fonde porte en lui les germes d'une pensée totalitaire, eurent lieu les attentats de Paris et Saint-Denis. Et tant d'autres dans bien des pays. Depuis j'en ai revu pas mal de ces crétins décérébrés, qui psalmodient le matin dans les trains de banlieue. Ce sont eux qui méprisent les femmes, haïssent les homosexuels, les athées, les livres, la culture, la joie et tout ce qui de façon générale ne leur ressemble pas. Ils rêvent de vierges au paradis. Il faut vivre à côté de ça, de cette bêtise fanatique il faut côtoyer cette violence, qui peut s'abattre sur vous n'importe quand, comme à Orlando, comme à Nice, à Saint-Etienne du Rouvray où un prêtre a été égorgé, comme dans n'importe quel aéroport, n'importe quelle gare, sur n'importe quelle terrasse de café, dans un concert d'enfants comme à Manchester, dans un supermarché de la campagne française. Il faut supporter cette insondable bêtise tous les jours. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà maintenant, les extrémistes catholiques qui s'y remettent. Ils sont aussi cons, aussi bornés, aussi méchants et frustrés. Dans ma jeunesse, j'avais pensé qu'on en avait fini avec ces niaiseries de religion, avec ces fables absurdes et toutes ces conneries d'histoires ã dormir debout. Que ce n'étaient plus que de vagues excentricités. Je pense toujours que la religion est une question intime, et que toutes ces bondieuseries exhibées ne sont souvent que des tartufferies, et que les religions en tant que systèmes pour gouverner les hommes, l'usage de la religion à des fins politiques n'est qu'une grosse saloperie, une gigantesque entreprise de crétinisation quelque soit le dogme, qui souvent mène à l'obscurantisme puisque la plupart du temps la religion s'oppose au savoir. On le voit avec l'Islam aujourd'hui, avec le fondamentalisme chrétien américain et son dogme créationniste, voilà on en est encore là. On explore les planètes du système solaire, on en découvre d'autres à des milliers d'années-lumière, on fait des progrès incroyable en biologie, on fabrique de l'intelligence artificielle, mais cependant la connerie naturelle tient bon, ne recule pas, prend chaque fois de nouvelles formes. Sur cette planète agonisante pour laquelle à plutôt brève échéance on établit d'apocalyptiques pronostics, il y aura toujours des fanatiques religieux pour proclamer le jugement de Dieu qui, au nom de leurs idoles respectives s'égorgeront se massacreront avec un enthousiasme délirant, au lieu de se préoccuper des vrais problèmes . Enfin bon voilà c'est dit. 

mercredi 13 septembre 2023

Pas grand-chose

 
 
Voilà 
"Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste. Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose." (Louis-Ferdinand Céline in "Mort à crédit")

 


"Tout est beau dehors : l'air tiède, le chant des oiseaux, la musique indistincte. Il n'y a que moi qui n'en fais pas partie"  
(Peter Handke in "L'Histoire du Crayon")
shared with friday face off

dimanche 3 septembre 2023

Cynisme

 

Voilà,
il y a un certain cynisme de la part de la SNCF, de représenter, gare du Nord, sur le mur d'un quai d'une ligne de banlieue, deux amoureux tendrement enlacés et allongés, comme s'il profitaient de l'un de ces bancs précisément conçus pour qu'il soit, en raison de leur obliquité, impossible pour quiconque de s'y étendre.

dimanche 23 octobre 2022

Il y a un loup


Voilà, 
il m'arrive encore parfois de prendre le métro. Je vais d'un point à un autre, hanté par des songeries, des images. Quelques petits projets à court terme — à long terme nous sommes tous morts disait Keysnes — m'occupent l'esprit. Des pensées me traversent encore, mais sans continuité — des flashes, des réminiscences, des associations d'idées—. Depuis six mois, je suis surtout intéressé par l'art d'accommoder les légumes. Je m'essaie à la cuisine diététique. 
Je m'attarde dans les musées. Je vais au cinéma. Je me promène, à l'affût de quelque photo. Les meilleures balades, je les fais avec ma fille. En fait, le tour que prend le monde me terrifie et si je ne peux m'empêcher d'en être affecté, je me refuse à en parler. Je l'ai déjà tant fait. À quoi bon commenter, encore et encore. Des envies plus ou moins avouables me passent par la tête. Parfois la tristesse m'accable. Je lis. Des romans, des poèmes, des blogs, des articles de journaux. Un flot de mots, d'images auxquelles je contribue puisqu'il charrie aussi mes propres alluvions. Ou bien je me replie sur mes nécessités immédiates : dormir, ranger, nettoyer, marcher, ne pas faire de gras. Prendre soin de mon corps, de ce qui lui reste de santé. Maintenir des relations de bonne intelligence et plus si affinité avec des personnes dignes d'intérêt. Je continue d'accompagner, Sophie dans son projet, qui lui est si nécessaire de mener, et de faire entendre  — à raison, car il concerne tous ceux qui, un jour ou l'autre, ont affaire à l'hôpital —. Je suis heureux et fier d'y contribuer un tant soi peu, dans la mesure de mes moyens. Je l'admire pour son acharnement, sa ténacité, son énergie ses multiples compétences. Ses talents d'écriture (comme en témoignent ses carnets) m'impressionnent autant que ses qualités d'actrice. 
Sinon, dans l'attente de cet hiver que les politiciens et les journalistes se plaisent — non sans une visible jubilation — à nous promettre rude, en raison de l’inflation combinée aux restrictions énergétiques, je goûte aussi la douceur de cet automne qui ces derniers jours et pour quelque temps encore se donne des airs de printemps. Peut-être vais-je m'autoriser un modeste voyage, histoire de m'affranchir des vicissitudes de la capitale où parfois il m'arrive cependant de voir de jolies choses sur les murs.



Comme par exemples ces papiers collés, dans le XXème arrondissement, rue Boyer, évoquant le petit chaperon rouge, œuvres d'un artiste qui s'appelle Thomas au pseudo de loup-y-es-tu

mercredi 9 février 2022

Station Saint Michel


Voilà, 
sur la ligne 4 la station de métro Saint Michel a, en raison de sa singularité architecturale, toujours exercé sur moi une fascination particulière. Je crois que son éclairage à l'ancienne, dans le style art déco n'existe malheureusement plus désormais, car cette photo a été prises en 2011. Mais il y a toujours cette perspective qu'offre la hauteur de ses escaliers en fer forgé, depuis ce silo métallique qui la caractérise. Lorsque je passe par là, étrangement, je suis content de n'être qu'un passant de plus. J'oublie que ma vie n’a guère d’importance, guère de sens et que je compte pour si peu dans cette réalité, car il me semble qu'une multiplicité d'autres mondes est possible. Cela peut paraître bizarre, mais c'est comme ça. Je m'explique : ici plus qu'ailleurs, différentes époques de ma vie, me reviennent en mémoire. J'ai remarqué que certains lieux, excitent l'imagination et semblent aussi receler des accès vers d'autres dimensions où des réalités concomitantes pourraient s'enchâsser les unes aux autres. C'est une illusion, bien sûr à laquelle, maintenant que le corps se déglingue un peu plus chaque jour, je voudrais cependant me fier, afin que ma pensée puisse migrer dans un de ces hypothétiques mondes parallèles. Comme Mitterrand, je voudrais "croire aux forces de l'esprit". À ce propos comme cette expression n'a été prononcée qu'aux cours d'une allocution télévisée, et que je n'en connais pas le verbatim, a-t-il écrit "je crois aux forces de l'esprit" ou "je crois aux forces de l'Esprit". Ce qui convenons en, ne signifierait pas tout à fait la même chose
(...)
Me voilà à chercher sur le net la définition exacte du mot "Esprit". La première occurrence sur laquelle je tombe est celle-ci : Esprit.fr la boutique en ligne Esprit. Confortables & décontractés, chics & élégants. Trouvez vos looks chez Esprit! Essentiels intemporels et tendances actuelles. Vous trouverez tout chez Esprit. Retour jusqu'à 100 jours. Soyez durable avec Esprit. 10% de remise Newsletter. Livraison pour 0,99€.
"Soyez durables avec Esprit". Je suis tenté de laisser tomber. Et si ce monde n'était que la version dévoyée d'un autre où l'intelligence ne cesserait au contraire de se déployer.
Mais quand même. Je constate que la définition "principe et activité de la pensée" ne vient qu'en huitième position. En même temps le 8 ressemble au signe de l'infini.

vendredi 19 mars 2021

S'enfoncer


 
Voilà,
il faut s'enfoncer dans ce mois de mars froid et sans attrait avec les séquelles d'une maladie qui ne se laisse pas oublier et le cortège des morts plus ou moins proches qui ne cesse de grossir, parce que c'est comme ça, c'est une loi de la nature, désormais je suis bien plus souvent convié aux enterrements (même s'il est impossible de s'y rendre) qu'aux mariages. Il me faut donc faire avec les gestes encore peu assurés, la fatigue, les invitations SMS à la con envoyés par l'assurance maladie "participez à une visioconférence Digit'alz" quand Alzheimer touche les jeunes. Quoi ! Alzheimer était pédophile et on ne m'a rien dit. Ou alors j'ai peut-être oublié... Digit'alz. On paye vraiment des gens pour écrire de telles conneries ? 
Faire avec le peu d'enthousiasme et quoi qu'on en veuille, le peu de désir que suscite le monde. Il est loin le plaisir de traîner dans un musée pour laisser divaguer la pensée au contact du génie des autres. Ou celui de s'oublier dans un cinéma se laisser transporter dans le rêve et les paysages d'un(e) autre... Se faire une toile, profiter de de la soirée, du printemps naissant. 
Apparemment ce n'est pas pour tout de suite. 
Il y a un mois et demi, début février, les scientifiques incitaient à un confinement dur en raison du variant anglais au taux de propagation ultrarapide (j'en sais quelque chose). Les courbes étaient prévisibles, on pouvait faire des projections. Le durcissement était nécessaire, inéluctable. Il eût été judicieux de profiter de l'hiver pour reconfiner. Ce d'ailleurs à quoi tout le monde s'attendait plus ou moins.
Notre président, cela n’échappe désormais a personne est sous l'emprise d'un hubris démesuré. Ce grand phare de la pensée néo-libérale, chantre de la start-up nation, mais dirigeant d'une puissance nucléaire incapable de créer un vaccin pas plus que d’en produire, avait une autre idée sur la question. Agacé, il se serait alors emporté contre ceux qui étaient autrefois ses conseillers. "J’en ai marre de ces scientifiques qui ne répondent à mes interrogations sur les variants que par un seul scénario : celui du reconfinement," avait-t-il lancé au cours d'un récent Conseil de défense sanitaire. Il trouvait que les scientifiques ça commençait à bien faire. Désireux de reprendre la main, son choix, bien que considéré par beaucoup de commentateurs comme un pari périlleux, — notons au passage que ce sont les joueurs qui font des paris, pas les stratèges — fut cependant très vite présenté par la propagande officielle comme "une victoire du politique sur le scientifique". C'est intéressant : face à un accident industriel on peut d'ores et déjà imaginer que la réponse politique, serait une fois de plus mensonge et dissimulation, comme il y a un an d'ailleurs, lorsque nous ne disposions ni de masques, ni de tests.  La réponse politique était "cela ne sert à rien".
Mais revenons à  ce qui se disait il y a à peine trois semaines : "Un jour, il pourra briguer l’agrégation d’immunologie », s’émerveillait le président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand. Deux semaines après un article très commenté de France-Inter, c’est « le Parisien » qui, en amont du conseil de défense sanitaire de ce mercredi 24 février, relaie les louanges de la macronie sur l’étonnante expertise scientifique accumulée par le chef de l’Etat ces derniers mois. "Il va finir épidémiologiste", commentait déjà un ministre auprès de France-Inter début février, vantant sa décision de ne pas reconfiner le pays malgré la pression des experts sanitaires, et bien sûr sans consulter les institutions républicaines de la représentation citoyenne (Assemblée nationale, Sénat...). "Macron s’est tellement intéressé au Covid qu’il peut challenger les scientifiques", renchérissait un conseiller élyséen auprès de la radio publique. À se demander si la France des années 2020 ne ressemble pas à la Roumanie des années quatre-vingts. Le culte de la personnalité c'est bien mais il faudra dire un jour combien de morts sont directement liées aux caprices de notre autocrate en herbe, et à l'arbitraire de ses décisions. Pourtant selon les instituts de sondages —tous propriétés d'oligarques qui ont soutenu Macron, il est vrai —, notre président recueillerait la confiance de 40% des français. Sommes nous vraiment un peuple de veaux, ou veut on nous en convaincre ?
Seulement aujourd'hui, rien n'apaise la pression subie par de nombreux centres hospitaliers. Les services de réanimation des hôpitaux sont aussi saturés qu'en Novembre dernier, en raison de cette épidémie. Une fois de plus on a traité ceux qui y travaillent, et qui sont au plus près du terrain avec le plus grand mépris sans aucune considération pour la pénibilité de leur tâche. Et durant tout ce temps le pouvoir n'a cessé de mentir, continuant de supprimer des lits d'hôpitaux.
Mais si ce virus a, depuis un an, rendu obsolète la vision du réel de ceux qui nous dirigent, ces derniers n'en continuent pas moins de nous infantiliser, dissimulant leurs échecs, et essayant à la faveur de cette nouvelle maladie de nous imposer un nouveau système de contrainte, un nouvel ordre que Barbara Stiegler a bien décrypté. (Pour ceux qui sont allergiques à Ruffin, il y a aussi cet entretien fait à la librairie Mollat, vénérable et respectable institution bordelaise)
Eh oui… On ne négocie pas avec un virus, on ne gruge pas un virus, on ne fait pas du nudge avec un virus, on ne temporise pas en présence d'un virus, on ne calcule pas en fonction d’une stratégie électorale quand on est confronté à un virus. On fait face, ou bien on est submergé. C'est donc ça l'élite éclairée, qui s'autoproclame "premiers de cordée" ? des pauvres nazes prétentieux incapables d’intégrer une notion simple : face au covid, il n’est de stratégie dilatoire qui vaille, tout retard de décision entraîne une aggravation inéluctable de la situation dans les quinze jours. Il s'agit simplement d'écouter ceux qui savent ce qu'est une courbe exponentielle. Angela Merkel par exemple. On ne peut être sans cesse dans le déni et l'entêtement. Ça Jessica Arden, par exemple, la première ministre de Nouvelle-Zélande l’a bien compris, et a été capable de s'adapter à cette nouvelle situation au contraire de notre petit prétentieux qui reproduit les mêmes erreurs depuis un an. Et l'on s'aperçoit que ces gens qui ne cessent de nous exhorter à "sortir de notre zone de confort", à "changer notre logiciel" à "nous adapter", sont bien moins souples qu'ils veulent bien le prétendre, et disposent d'assez peu de plasticité intellectuelle.
Donc on va rester coincés à Paris pour quelques temps encore selon des modalités à peu près aussi difficiles à comprendre que "Finnegans wake" de Joyce. Nous allons donc "reconfiner mais sans confiner tout en confinant, une sorte de confinement déconfiné en quelques sorte", comme j'ai pu le lire sur un réseau social. Une sorte de confinement de Schrödinger. Tu confines et ne confines pas à la fois.
Si j'ai bien compris, on aura quand même le droit d'aller dans les jardins les parcs et les bois, et de marcher dans les rues avec une auto-attestation dérogatoire, cette forme d'humiliation de plus en plus insupportable.

vendredi 11 décembre 2020

Derrière la vitre du bus

 
Voilà,
cette photo a été prise il y a tout juste un an, durant les grandes grèves de décembre contre le projet de réforme du régime des retraites. Ce matin là, j'avais pu prendre un bus à son terminus, dont j'espérais qu'il m'amènerait assez loin, vers le nord de Paris, où je répétais avec plaisir, une pièce courte en compagnie de vieux camarades. Un an après, les salles de spectacles sont fermées, pendant que les lieux de cultes restent ouverts, ainsi que les grands temples de la consommation où le virus a plus de chance de se propager que dans les théâtres.
Je me souviens de l'indescriptible chaos de Paris, des embouteillages, des pistes cyclables dangereuses en raison de la circulation insensée (car j'ai aussi beaucoup pédalé à cette époque). Les rares bus bondés, en raison de l'absence de métros, étaient pris d'assaut par des gens qui voulaient monter à tout prix quand d'autres ne pouvaient en descendre. J'ai pris cette photo à l'un de ces arrêts. Bousculades mise en danger de la vie d'autrui, insultes, scènes parfois surréalistes d'où surgissaient violence et frustrations contenues. C'était le sinistre spectacle du salarié, esclave consentant soumis à la violence néolibérale pour laquelle il est capable d'endurer tant d'humiliations, de renoncer à sa vie de famille, à la sérénité, aux heures de sommeil, au plaisir sexuel, pour ne pas être en retard, ne pas risquer la sanction du patron, tout ça souvent pour un salaire de merde.
Je m'étais alors fait la réflexion que le comportement des gens face aux perturbations causées par la grève dans les transports parisiens démentait cruellement les théories de certains collapsologues-bisounours selon lesquelles l'Effondrement verrait advenir un nouvel humanisme basé sur l'entr'aide et la solidarité. Foutaises ! La connerie ontologique qui caractérise l'espèce ne se manifeste jamais avec autant d'éclat que dans ces moments où l'ordinaire des jours se trouve bouleversé. Et je comprenais ceux qui luttaient pour leur dignité.
Évidemment que c'était un problème pour l'usager, ces grèves. Mais tout de même les gens ne font pas ça pour le fun ou juste pour faire chier. Il se passait quand même quelque chose de grave non seulement avec les retraites, mais aussi avec le travail en général, dans les services publics, à l'hôpital, dans les transports, dans l'enseignement, à l'université, dans la Recherche. Et la crise du Covid qu'on ne soupçonnait alors même pas (car ce qui se passait en Chine et dans une partie de l'Asie, apparaissait alors comme un virus exotique de plus, qui ne viendrait jamais jusqu'à nous) a montré à quel point la dégradation du service public et les restrictions ont mis à mal le service hospitalier, qui a pu faire face grâce à l'esprit de solidarité et de responsabilité des "premiers de corvée" souvent mal payés, et qui pour certains l'ont fait au péril de leur vie. C'étaient souvent ces personnes qui avaient défilé dans les rues et manifesté leur mécontentement, et se faisaient tabasser par la maréchaussée.
 Mais à l'époque, il y avait quelques connards qui écrivaient, que la CGT est un lobby, les syndicats des preneurs d'otages, que la grève des transports cause la mort de gens. Il m'était même arrivé de lire sur un blog tenu par quelqu'un qui m'avait paru, quelques années auparavant, au premier abord plutôt fréquentable, un éloge de la police et des patrons qui prennent des risques. Il y parlait de la liberté dont on jouit en France, — oui s'il s'agit de consommer on l'a, mais pour le reste, c'est déjà grandement menacé, et ça m'avait vraiment foutu l'envie de gerber, surtout quand il suggérait que contre la violence il faudrait faire intervenir l'armée. Mais la violence policière et les tirs de Flash ball, évidemment, il n'en parlait pas ce gros naze.
J'avais alors envie de dire à tous ceux qui gueulaient contre les grèves, de ne surtout pas prendre leurs congés payés, de ne plus se faire rembourser par la sécurité sociale, de ne pas toucher de retraite quand en viendrait le temps, de ne pas percevoir les allocations prénatales ni le congé maternité, de ne plus pas utiliser la médecine du travail, de ne pas accepter, pour ceux qui travaillaient en entreprise le paiement de leurs heures supplémentaires et de ne bénéficier d'aucuns des acquis et avantages sociaux inscrits dans les conventions collectives, toute choses dont on sait qu'elles n'ont pas été accordées par philanthropie par de généreux patrons soucieux du sort de leurs employés, mais qu'elles ont été obtenues de haute lutte.
Ce qui fait sourire aujourd'hui, c'est que les même qui trouvaient qu'il y avait trop d'assistés, que les chômeurs étaient des branleurs qui n'ont qu'à traverser la route pour trouver du travail,  sont à réclamer, depuis la crise du Covid des aides de l'État et à implorer la solidarité nationale. 
Mais tout cela paraît si lointain. L'année qui vient de s'écouler nous a maintenus dans une sorte d'anesthésie, d'attente beckettienne. Sans le réaliser nous sommes passés dans le monde d'après. Celui des libertés restreintes, de l'impossibilité de circuler à sa guise, de la précarité généralisée, de l'exil intérieur, de la désagrégation sociale, du divertissement interdit 

vendredi 20 novembre 2020

Vieux Fichiers


Voilà,
parfois je fais ça, je parcours les vieux fichiers. Je comprends alors pourquoi je n'ai pas jeté certaines photos qui a priori auraient pu me sembler ratées. Sans doute voulais-je voir, si, à l'épreuve du temps, elles perdraient de leur attrait de leur mystère ou de leur enchantement. Il n'en est rien et longtemps après certaines continuent de m'intriguer : ainsi de ce reflet tremblé dans la vitre d'un train de banlieue, avec ces visages déformés évoquant des masques ou des fantômes. Avais-je pressenti que ce serait un jour la façon dont je percevrais pour de bon la réalité ? Avec une soudaine précipitation. (Linked with weekend reflections)

mercredi 30 octobre 2019

Dormir dans le Métro


Voilà
Il n'a pas choisi. S'est débrouillé pendant des années. A tenté de résister, de s'adapter. A bien fait semblant dans la mesure de ses moyens. Peu à peu les distractions s'étaient réduites. Il ne trouvait plus le moyen de donner le change. Et puis sa façade de rires a fini par se lézarder. Trop d'usure, trop de fatigue. Tout était devenu insipide. Emilio Tempranillo a senti ses forces décliner. Peu à peu il a fini par renoncer. Sans vraiment s'en rendre compte il s'est lentement laissé déchoir. L'espace étriqué de la petite chambre qu'il avait acquise pour ses vieux jours l'oppressait. Afin d'y échapper et de ne pas rester des heures allongé sur son lit, il s'est mis à voyager dans le métro, passant ses journées sur ce réseau qui n'était pas virtuel. Mais il n'y avait personne à qui parler. Ou plus exactement, personne qui voulait lui répondre lorsqu'il parlait. Alors de plus en plus souvent il a commencé à s'assoupir sur les banquettes. A se laisser transporter comme un vieux paquet abandonné. Le soir il retournait chez lui. Puis il a fini par rentrer de plus en plus tard. Un soir, c'était au cœur de l'été, il eut du mal à se souvenir de l'endroit où il demeurait. dans la journée il y avait eu comme un petit claquement dans son œil. Il avait éprouvé une certaine gêne. Tout paraissait un peu plus flou. Il s'est tassé sur lui lui-même, sans s'en rendre compte il s'est pissé dessus. A un moment il a cru entendre quelqu'un lui faire une remarque. Ou peut-être un reproche. Ou bien une menace. C'était une langue qu'il ne comprenait pas. Un enfant pleurait. Fini pensa-t-il. Et en effet il était déjà mort.

vendredi 25 octobre 2019

Bus de nuit à Montparnasse


Voilà,
ces reflets urbains et nocturnes dans la vitre du bus me ravissent. Je veux dire par là qu'ils m'emportent autant qu'ils me séduisent. Ils offrent un peu de poésie à la confusion du monde et aux désordres de la pensée. Dans ces superpositions fugitives glissant à la surface du verre, toutes choses — visages incertains ou enseignes lumineuses — s'égalisent et se renvoient les unes aux autres dans les dédales d'une réalité fantôme qui ne cesse de se dérober.
En outre, toutes ces apparitions disparaissantes, témoignent aussi d'un bref moment de l'humanité circonscrit à quelques régions du monde, où l'on s'est efforcé de conjurer la peur de la nuit par une débauche de lumière artificielles, d'éclairages, de néons... C'est dans la clémente parenthèse de cet espace-temps relativement préservé de la barbarie qu'il m'aura été donné de vivre et c'est tout de même une chance.
Certains, prédisant un vraisemblable effondrement de cette civilisation, augurent que cela ne saurait durer et que d'ici quelques décennies nous en serons de nouveau réduits à devoir affronter nos peurs ancestrales. Quoi qu'il en soit, la surprise toujours renouvelée de ces visions, de ces plans juxtaposés, de ces d de motifs, où bien des mystères semblent pour toujours cachés, continue d'étonner l'enfant qui a préservé sa demeure dans un corps qui certes n'est plus aussi alerte qu'autrefois, mais s'efforce encore, autant que faire se peut, de penser "à sauts et à gambades".(shared with weekend reflections)

jeudi 5 septembre 2019

We're the one to the sun


Voilà,
lors de ce lointain séjour à New York, j'ai souvent réalisé des photos volées, dans le métro, dans la rue où il pleuvait souvent. J'errais essayant d'oublier. Il me semblait que ma vie s'écroulait. J'avais tout le temps envie de pleurer. Évidemment, la plus belle et la plus métaphorique du séjour, je ne l'ai pas prise. Quand j'y pense encore aujourd'hui, je réalise à quel point j'étais perdu. Mon ami Pascal m'avait offert le voyage, et organisé à la hâte tout le séjour, pour ne pas me laisser dans cet état à Paris. Ce jour-là, j'ai trouvé que ce type ressemblait à William Burroughs, alors j'ai déclenché en espérant que le métro ne se transforme pas en machine molle.
Shared with the weekend in black and white

mercredi 28 août 2019

Dormir pour oublier (28)



 Voilà,
donc, pour nous enjoindre de jeter nos détritus dans la poubelle, le publiciste a choisi l'expression "ça ne mange pas de pain" qui signifie  — je le précise pour mes lecteurs étrangers — que cela n'exige pas d'effort particulier. Mais le sans-domicile que la société réduit à l'état de déchet, et qui a posé son carton à proximité de la poubelle, lui non plus ne mange pas de pain. Que le publiciste, puisse, vraisemblablement parce qu'il ne prend jamais le métro, imaginer un slogan aussi con, peut à la rigueur se concevoir, mais que les responsables de la RATP qui eux ne doivent pas ignorer le nombre croissant de sans-abri qui s'épavent dans le métro n'aient même pas songé que leur campagne pouvait relever de l'obscénité laisse un tantinet perplexe. Mais, peut-être finalement, ce message n'exprime-t-il rien d'autre que le cynisme plus ou moins conscient de ceux qui inventent et diffusent les mots d'ordre supposés nous édifier.

lundi 1 avril 2019

Dans le flottement des pensées confuses


Voilà,
Un moment d'inattention, tu poses, sans ton rendre compte ton smartphone sur un endroit inapproprié. Combustion lente, une odeur terrible. Tu es à côté. Heureusement tu es à côté. Tu comprends vite. Tu évites la catastrophe. Le possible court-circuit, l'incendie. L'odeur ne te quitte pas de la journée. Odeur tenace et toxique dans tes narines, tes poumons. Qui sait le lent ravage que peut-être elle commence à y propager. Toute la journée tu y repenses. Et si tu t'étais absenté, éloigné  de sorte que tu ne te rendes compte de rien dans l'immédiat ? Une journée commencée avec l'enchantement du premier merle qui aurait pu mal tourner. À cause d'une négligence, plus précisément d'un geste absurde, inadéquat, irréfléchi, et au fond complètement con, comme de laisser un fer à repasser chaud sur un vêtement. Ce qui te tourmente c'est que tu n'aies pas un instant songé que cela pouvait être dangereux, c'est ce relâchement qui heureusement n'a pas prêté à conséquence. Toute la journée tu n'as cessé d'y songer.
Le soir tu vas voir le film "Still recording". Évidemment ça relativise les choses. Avec cette scène finale terrible parce que d'une atroce banalité. Et aussi au milieu du film cette fille très belle qui dit qu'elle trouve tout ce chaos réjouissant. La guerre dans les faubourgs de Damas, et puis le centre ville où l'on vit relativement normalement. Et la possibilité de passer d'un endroit à l'autre pour peu que l'on parvienne à franchir les check-points.
Après la projection cette sensation de malaise dans la station de métro. Parce que ce monde en paix semble si vide, si artificiel, si dénué de beauté et d'élévation. Mais il demeure encore si désirable pour tous ceux qui fuient la misère et les zones de guerre. Pourtant, sous nos latitudes, on sent bien que la paix n'est pas dans les cœurs. Les émeutes hebdomadaires et la répression policière qui s'y rapporte, l'attestent. Quand un pouvoir politique refuse d'écouter le peuple qui l'a élu et se crispe à la moindre contestation, nul ne sait ce qui peut advenir.
Sur le quai, j'ai repensé à cette photo d'un homme riche et cultivé dans les ruines de son appartement d'Alep, et j'en ai pris une autre juste pour faire le point sur une fraction de seconde traversée d'idées confuses.
(linked with our world tuesday )

mercredi 19 septembre 2018

Bisous bisous


Voilà,
sur le boulevard deux jeunes gens. Ils s'embrassent s'éloignent l'un de l'autre et tout en se regardant encore chacun dit à l'autre "bisous". C'est une nouvelle manie qui se répand depuis quelques temps. Au lieu de se dire au revoir on se dit "bisous". Avec la bouche en cul de poule. C'est aussi absurde que ridicule. Comme si l'acte n'avait pas eu lieu et qu'il importait à tout prix le renommer. A moins que l'acte soit si dénué de sens ou de conviction qu'il s'avère absolument nécessaire de le confirmer. C'est peut-être un signe des temps où pour les "digital natives" hyperconnectés la virtualité semble plus consistante que le réel. D'ailleurs, l'un des grands entrepreneurs de ce monde, Elon Musk, fondateur et président de SpaceX, PDG de Tesla va même plus loin. Pour lui la réalité n'est qu'un monde simulé, où nous sommes l'incarnation imaginaire de la réalité virtuelle d'un tiers, à savoir une autre civilisation qui nous dépasserait. Cette réactualisation d'une hypothèse borgésienne a quelque chose de fascinant. Mais ne vivons nous pas déjà dans le rêve d'un autre ou de quelques autres. Ceux qui ont rêvé ces machines d'où j'écris, ont transformé la réalité, nos comportements, nos postures. Parce que quelques humains ont inventé le smartphone, la plupart des citoyens des pays riches se promènent désormais courbés l'œil rivé (comme ces deux-là aperçus dans un train de banlieue il y a quelques mois) sur un minuscule écran, dans l'attente de connections de messages d'informations de nouvelles, d'alertes qui stimulent leur sentiment d'appartenance, tout du moins son illusion.

vendredi 3 août 2018

Boulainvilliers

ris, Ligne C, Station Bougainvilliers

Voilà,
j'aime, depuis le quai de la station Boulainvilliers que j'ai longtemps appelé Bougainvilliers (de telles fleurs, il n'y en a pourtant guère dans les environs), la vue sur le "Front de Seine", cet ensemble architectural datant des années soixante-dix, quand Paris voulait se donner un petit air de Manhattan. D'ailleurs, une réplique miniature de la statue de la liberté de Bartholdi se dresse en contrebas sur l'île aux cygnes située au milieu de la Seine. Le front de Seine, me fait toujours penser à un plan du film "L'ami américain". On y voit le personnage interprété par Bruno Ganz, téléphonant dans une chambre d'hôtel située dans un de ces immeubles, alors que le quartier est encore en construction pendant que par la baie vitrée, en arrière plan, le bras d'une grue se déplace lentement autour de son axe.

dimanche 6 mai 2018

En descendant l'escalator


Voilà,
descendant l'escalator je songeais à tout ces gens qui manquent d'imagination. Ceux que T.S. Elliot appelait "les hommes vides". Il disait d'eux qu'ils "bouchent leur vide avec des brins de paille qu'ils ne sentent pas, et ne se rendent pas compte de ce qu'ils font. Et avec leurs mots creux ils essaient d'imposer leur propre insensibilité aux autres" Ce que je ne supporte pas, ajoutait-il, ce sont les gens creux. Pour ma part, ce n'est d'ailleurs pas tant le manque d'imagination qui m'accable, plutôt ceux qui, en sont dépourvus mais vous assènent cependant avec arrogance qu'il faut "faire preuve de pragmatisme". Le pragmatisme se réduisant pour eux à la répétition du pareil au même dans des tâches absurdes et dénuées de sens, qui leur assurent toutefois la possibilité d'acquérir des biens matériels et des services où ils trouvent une compensation au vide de leur existence. 

mardi 9 janvier 2018

Penser à Ella


Voilà,
ces matins où tu te réveilles avec ce sentiment d'incertitude, de vulnérabilité et d'insécurité, avec la sensation que le poids du monde est trop lourd et que cette journée va t'ensevelir. Mais il te faut avancer encore dans ce monde auquel tu ne comprends plus grand chose, tout en te demandant si c'est parce que tu vieillis ou bien si c'est parce que cette réalité est devenu réellement plus chaotique du fait de sa complexité croissante. Et puis tu penses à Ella Fitzgerald et ça va beaucoup mieux


dimanche 17 décembre 2017

Histoires de mots


Voilà,
Il y a quelques mois, Serge Volle, a envoyé à une vingtaine d'éditeurs une cinquantaine de pages du roman de Claude Simon "Le Palace", paru en 1962 aux éditions de Minuit. Le Huffington post rapporte ce résultat édifiant : 12 d'entre eux ont dit non, 7 n'ont même pas répondu. Serge Volle a raconté dans une radio publique qu'un éditeur avait justifié son refus en expliquant que "les phrases sont sans fin, faisant perdre totalement le fil au lecteur". "Le récit ne permet pas l'élaboration d'une véritable intrigue avec des personnages bien dessinés", a ajouté cet éditeur. Serge Volle constate que ces 19 refus attestent que les créations littéraires exigeantes ne visant pas à établir des records de ventes sont délaissées. Paraphrasant Proust, il a rappelé qu'avant d'écrire il fallait être "célèbre". ajoutant que "Aujourd'hui c'est le concept de livre jetable qui fait fureur". Claude Simon, mort en 2005, considéré comme un auteur difficile, y compris par ses admirateurs, demeure malgré son Nobel, obtenu en 1985, encore un écrivain plutôt confidentiel. Je profite de l'occasion pour rappeler ce très passionnant entretien avec Denis Roche où il aborde son activité de photographe. De nombreuses reproductions de son travail sont visibles. C'est un peu long mais vraiment intéressant, car évidemment il met tout cela en relation avec l'écriture, il y évoque aussi la notion de distance. Il existe aussi cet autre entretien concernant la relation entre le présent et le souvenir, la représentation par l'image, la perception de la réalité et son rapport à l'imaginaire en particulier au cinéma. Plus ancien, datant des années soixante, il mérite qu'on s'y attarde. Je ne sais pas pourquoi, en lien (très lointain) avec ce billet j'ai eu envie d'une photo bougée, imprécise, tremblée. Je devrais en réaliser de semblables plus souvent. Le bougé restitue la vie, et la dimension incertaine de la réalité lorsqu'elle passe au filtre du souvenir, il contribue à donner à l'image une dimension plus spectrale plus fantomatique. J'arrivais à faire cela très bien avec un autre appareil il y a quelques années. D'ailleurs au passage dans ce genre, il y a cette remarquable photo prise dans le grand ouest américain  dont je jalouse l'auteur.
Sinon hier j'ai aussi lu que la plus haute administration américaine en matière de santé publique devra désormais réduire son vocabulaire, au moins le temps du vote de son budget. Le gouvernement a en effet interdit aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC, qui forment ensemble une agence du Département américain de la santé) d'utiliser sept mots dans les documents officiels destinés à l'élaboration du budget de l'année prochaine. D'après une information du Washington Post publiée vendredi 15 décembre, lors d'un rendez-vous d'une heure et demi avec les directeurs des CDC en charge du budget, il a été demandé aux analystes de cet organisme de bannir de leurs notes et rapports  "fœtus", "transgenre", "diversité", "vulnérable", "prestation sociale", "fondé sur des données concrètes" et "fondé sur la science".
Dans certains cas, les analystes se sont vus proposer des formulations alternatives. Au lieu de dire "d'après des données concrètes" ou "d'après la science", ils leu est fermement suggéré par exemple d'écrire: "les CDC basent leurs recommandations sur la science en tenant compte des normes et des souhaits de telle communauté". La question du vocabulaire à utiliser pour parler d'orientation sexuelle, d'égalité des sexes ou d'avortement a refait surface avec l'élection de Donald Trump alors que ces sujets avaient une visibilité importante sous les mandats d'Obama, rappelle le quotidien américain. Le président américain se montre régulièrement hostile à l'évolution des droits des personnes transgenres et au mariage homosexuel. Le département américain de la santé et des services sociaux a même supprimé de son site internet les informations à destination des personnes LGBT. En octobre, l'administration Trump avait étendu à toutes les entreprises commerciales une exemption accordée à des institutions religieuses leur permettant, au nom de leurs convictions religieuses et morales, de refuser de proposer des moyens de contraception gratuits à leurs salariées. Le décret a été suspendu temporairement vendredi par une juge fédérale. D'après l'analyste interrogé par le Washington Post, les réactions de la salle lors de la réunion étaient "incrédules". "Vous êtes sérieux?", "Vous rigolez?", pouvait-on entendre.
"Brave new world"
Allez que ce dimanche ne soit pas maussade. Il y a Ella et Louis, pour le rendre plus doux, plus serein. J'ai découvert que cette interprétation a le même âge que moi.


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