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mercredi 24 septembre 2025

Se coucher tranquille

 
Voilà,
Claudia Cardinale avec qui j'ai partagé la scène il y a vingt ans est morte — le dernier album de Divine Comedy est beau et mélancolique — le débile orange débite tant de conneries qu'on se demande par quel prodige la nature a pu produire un tel concentré de bêtise — selon le Secrétaire général de L'ONU nous sommes entrés dans une ère de perturbations irréfléchies et de souffrance humaine impitoyable — Ousmane Dembélé a obtenu le ballon d'Or — dix ans après les pays scandinaves,  la France reconnaît enfin le droit de la Palestine à disposer d'un état, — notre pays n'a toujours pas de gouvernement — la Russie poursuit sa stratégie de provocation avec les pays européens — la loi contre la déforestation est reportée d'un an par la commission européenne — le prochlorococus, bactérie photosynthétique la plus abondante des océans essentielle au stockage de CO2 est menacée, — la France se prépare à une cyberattaque majeure — Méta a dévoilé des lunettes à écran intégré — une nouvelle stèle égyptienne instaurant l'année bissextile a été découverte —  une septième limite planétaire vient d'être franchie — hier je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter sur les quais chez un bouquiniste un vieux numéro de la revue Planète datant des années soixante-dix et consacré à René Guénon que plus personne ne lit – des figurines en peluche appelées labubu sont devenues un phénomène de mode en France — bref je peux aller faire une petite sieste tranquille 
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samedi 6 septembre 2025

Ou ce qui reste de singe en moi

 
Voilà,
depuis deux trois ans je vais au cinéma comme on se drogue. C’est la façon la moins toxique que j’ai trouvée de m’absenter de ma vie. Le spectateur que je suis adopte alors la position du rêveur qui se laisse traverser par des histoires. Cela me permet de tenir mes angoisses à distance. Pas toujours, mais la plupart du temps. Pendant ce temps là je ne parle pas, je n’écris pas, je n'ai pas de tentation morbide ni de prétention à produire de la pensée. Je vois des corps des paysages, je m'abandonne à ce transport si particulier. Je suis seul avec moi-même, parmi d'autres solitudes. Et pendant ce temps là, au moins, je n'essaye pas de paraître intellectuellement — et ce blog malheureusement participe en partie de cette pathétique tentation  — pertinent à l'attention des autres. Chacun ses failles narcissiques. Ce n’était pourtant pas le projet initial quand j'ai commencé. Je ne sais pas quand ça m’a pris exactement, cette tendance à commenter bien au delà des images. Au moment de Fukushima peut-être. Faudrait que je regarde.
En fait je suis un gros paresseux. Sans doute parce que je me suis toujours senti en porte-à-faux, autant avec les choses qu'avec les gens. Pour cette raison j'ai préféré éviter de trop sociabiliser.  C'est ce qui m'a amené à réaliser des collages des photos et bricoler des textes. Si j'avais été à l'aise dans la vie je ne me serais jamais engagé dans cette voie. 
En tout cas mon travail graphique est ce qui me ressemble le plus.  
J’aurais pu me contenter de simplement publier des images. Mais je ne pouvais m’empêcher d’y associer des mots. C’est stupide. Ça me bouffe tellement de temps. 
Je fais en outre l'acteur depuis longtemps parce que ça aussi me fait du bien. Et puis sans doute que je n'ai jamais eu envie d'abandonner l'enfant que j'ai été. Essayer de vivre comme dans une cour de récréation, alors que le monde est ce qu'il est (et j'ai compris assez tôt un certains nombre de trucs à ce sujet), c'est une façon comme une autre de sauver sa peau.
A moins que ce soit ce qui reste de singe en moi qui m'ait amené là.
D'ailleurs au passage, si tout se passe comme prévu, je remets ça pendant deux mois deux fois par semaine. 



Quoi qu'il advienne, j'aurais au moins fait quelques rencontres dans cette vie, avec des personnes qui souvent m'auront pris pour un autre. Toutefois quelques unes m'auront vraiment connu et compris, et certaines même m'auront aimé  — du moins je l'espère. En cette matière on n'est jamais sûr de rien.  

mercredi 8 janvier 2025

Se réfugier

 
Voilà,
Anne chez qui j'étais il y a dix ans le matin de la tuerie de Charlie Hebdo, et que je n'ai pas vue depuis fort longtemps m'écrit ce matin qu'elle s'est rendue hier soir place de la République espérant un hommage aux victimes. Au lieu de quoi, il n'y avait que des gens se réjouissant de la mort de Jean-Marie Le Pen. Que cette vieille crapule fasciste ait cassé sa pipe à la date anniversaire de la mort de Cabu  — qui l'avait beaucoup caricaturé — est bien étrange. "Le canard enchaîné" a d'ailleurs titré aujourd'hui "Le Pen allongé "Charlie" debout".
Autre curiosité, Dans son livre "Soumission", paru ce sinistre 7 janvier 2015, Houellebecq  imaginait pour 2022 qu'un président issu du parti Fraternité musulmane (le parti des musulmans de France, pure invention de l’auteur) avait nommé François Bayrou Premier ministre. On est en 2025, on n'a pas de parti musulman en France  — et c'est tant mieux — la fille de Le Pen est aux portes du pouvoir, mais on a quand même le pitoyable et médiocre François Bayrou premier ministre d'un président immature qui ayant joué avec les institutions de la République, a rendu cette dernière plus fragile que jamais. 
En Europe, l'Italie est gouvernée par une première ministre néo-fasciste, l'Autriche a depuis hier un chancelier issu du parti neo-nazi autrichien, les Pays-Bas sont gouvernés depuis l'été par une coalition entre la droite et l'extrême-droite. La Hongrie est dirigée par un populiste qui fait les yeux doux à Poutine. En Syrie al-Qaida pris le pouvoir. En Israel et en Palestine, la haine mutuelle n’a plus de limites. Poutine continue de laminer l'Ukraine, et enfin Trump dans un discours délirant et ubuesque envisage d'annexer le Canada, le Groenland le canal de Panama et le golfe du Mexique. En outre on apprend aujourd'hui, que Facebook n'aura plus de fact-checkers si bien que la désinformation va s’amplifier. On est en pleine tragifarce. Bref tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. 
 

Parfois j'aimerais me réfugier dans une peinture ancienne. Comme celle-ci, de Guiseppe Zaïs, (un vedutiste vénitien du 18ème siècle) que j'ai contemplée, il y a fort longtemps, lors de mon premier séjour à Venise en 1985. Lorsque je ressemblais à cela. Je travaillais beaucoup, je jouais le rôle de ma vie, j’avais du succès, j’étais aimé, je me projetais dans l’avenir.

dimanche 24 novembre 2024

Pêle-mêle en forme de bilan

 

Voilà,
cette fresque se trouve dans un café à l'angle de la rue Littré et de la rue de Vaugirard. J'ai pris la photo il y a quelques jours. Je l'avais aperçue, à travers la vitre de l'établissement il y a un peu plus d'un an, alors que je marchais à la nuit tombante, un soir d'Octobre, dans un état second, les yeux embués de larmes. L'idée m'avait effleuré qu'il faudrait que je revienne un jour la photographier, mais cela m'avait aussitôt paru stupide et absurde. Je venais d'apprendre la nature du mal sournois qui affectait ma fille. J'étais en état de choc. Le sol se dérobait sous mes pas, plus rien n'avait de sens. L'avenir s'ouvrait comme un gouffre. J'étais effrayé à l'idée de la perdre. 
Je l'avais appris de son médecin généraliste qui tenait l'information du spécialiste vers lequel elle nous avait envoyé et que nous allions rencontrer le lendemain ma fille, sa mère et moi. J'avais pris ce rendez-vous pour savoir les questions que nous pouvions poser au médecin, dans la mesure où ma fille était une très jeune adulte, et que l'annonce lui serait adressée en notre présence. J'avais déjà dans l'idée que cela ne serait pas très fameux. 
Dans son cabinet où elle m'avait accueilli après son dernier patient de la journée, elle s'était permis cette entorse à la déontologie, sans doute pour amortir le choc du lendemain. Je lui suis reconnaissant de cette délicatesse.
Je ne raconterai pas la journée qui a suivi. Elle est inscrite dans ma mémoire dans ses moindres détails. Tout au plus puis-je dire que c'était une radieuse journée d'octobre. La lumière était belle au parc Montsouris où j'étais venu marcher tout seul avant l'entretien.

 
Je ne parle pas non plus des mois qui ont suivi ,qui furent parfois éprouvants. Il m'arrivait dans ce blog de faire allusion à ce que j'éprouvais. J'en concevais autant d'envie que de réticence car après tout ce n'était pas "ma" maladie. Mais j'étais en souffrance, et il me fallait tout de même trouver un exutoire. Les mots ne m'étaient pas d'un grand secours, tout me semblait dénué de sens. Certaines images par leur fabrication m'ont apaisé. Elles sont encore là comme des talismans. Je n'oublie pas les nuits, rongées par la peur et l'incompréhension. L'hôpital, les cheveux de ma fille qui tombent, son crâne nu, sa fatigue, les effets secondaires du traitement, mais aussi son élégance, sa dignité dans l'adversité. Nos promenades quasi quotidiennes. La plupart de mon temps lui était dévolu. Je n'en continuais pas moins de prendre des photos. Mais parfois, lorsque je me retrouvais seul, je n'étais plus qu'une plaie ouverte.


Les nouvelles du monde étaient si affligeantes, que je n'écoutais pas la radio, évitais la télévision. Il y avait le cinéma, les expositions pour faire diversion. Quelques vieux ami.e.s m'ont témoigné du soutien. Certain.e.s sont apparu.e.s. Ils se reconnaîtront, s'ils me lisent. D'autres se sont défilés avec plus ou moins de délicatesse. Il y a eu des petites lâchetés. D'êtres qu'on pensait proches, on espérait des gestes simples qui ne sont jamais venus. Il en est même un qui s'est comporté de façon ignoble. C'était certainement le plus intelligent de tous, le plus vaniteux aussi. Comment ai-je pu à ce point me tromper sur certaines personnes ? 
 
 
Ma fille s'est rétablie. "Vous pouvez reprendre votre vie d'avant" lui a-t-on dit un jour. Depuis elle la croque à belles dents. Ces derniers mois elle n'a cessé de voyager en Europe. Aujourd'hui, je suis un peu apaisé. Soulagé, sans pour autant être rassuré. Je prends parfois la mesure de la catastrophe à laquelle nous avons échappé. Je ne suis ni heureux ni malheureux, dans une sorte de brume intérieure un peu comme cette image. Je parviens difficilement à reprendre le cours ordinaire des jours. Oui j'ai refait l'acteur, participé à quelques projets, je socialise un peu. Mais une part de moi est toujours absente, ailleurs, en retard, à côté, sur le bord, en marge, en vrac, en catimini. Aujourd'hui par exemple, je suis resté chez moi, en pyjama, alternant lectures, radio, scrolling débile sur mon smartphone et siestes. Je suis comme un instrument désaccordé. La mélodie du temps qui passe sonne un peu faux. J'essaie encore de comprendre le monde où je vis, comme hier, mais je n'y parviens pas. Et puis à quoi bon ? Même quand j'écris, j'ai plus l'impression de m'éloigner de moi-même que de m'en rapprocher.

dimanche 15 septembre 2024

Pêle-mêle avec dessin d 'enfant

 
Voilà,
la défaite de l'Occident est vraiment consommée dans la mesure où 48% de la population des États-Unis envisage d'accorder une fois encore ses suffrages à un type dont, durant la crise du covid, on a pu constater la bêtise crasse, et qui prétend dans un débat présidentiel que des immigrés haïtiens mangent les animaux domestiques. En Argentine, le président Milei, qui ne s'est jamais marié et n'a pas d'enfants, a décrit son chien mort Conan comme son ami le plus proche et son confident et prétend être en relation télépathique avec lui. 
Donc on a encore de la marge chez les gringos.
 
*
 

Je me sens de plus en plus en plus impuissant à écrire quoi que ce soit sur le monde où je vis. Il est tellement sordide le monde, de façon générale. Cela n'a aucune utilité. Aucun sens. À quoi bon s'insurger, maugréer. Je serais amené à répéter ce que j'ai déjà écrit. C'est pour cela qu'il m'arrive de plus en plus souvent de republier des vieux posts ou de surligner des liens avec des publications passées, écrites il y a bien des années. Il faudrait juste pouvoir en rire. Mais ça serait forcément de l'humour noir. Ça ne passe pas bien sur les réseaux, l'humour noir, le second degré, l'ironie. Et puis il n'est pas certain que j'aie beaucoup d'humour en ce moment. Enfin pour écrire. Je suis plus drôle à regarder qu'à lire.
 
*
 

 
C'est à cela que je ressemble en ce moment. Mon état intérieur. Effaré. Soulagé depuis quelques temps mais pas rassuré pour autant. Conscient d'avoir échappé à un grand malheur. Il y a un peu moins d'un an, je redoutais de perdre ma fille. La mort est passée près. C'est, après un long et pénible traitement une rescapée désormais. Une miraculée peut-être. Pour ma part je suis encore sonné. Ce n'est pas le lieu pour en parler. Ce n'est en fait le lieu nulle part je crois.
Tout déconne dans ce monde, mais elle est vivante. Je peux la voir, la serrer dans mes bras, l'entendre, passer du temps avec elle, la faire rire, sourire. La laisser vivre. S'éloigner à nouveau et reprendre sa liberté. Je l'admire secrètement pour la façon dont elle a traversé cette épreuve. Je ne sais pas comment ça l'a changée. Je n'ose pas lui demander. Peur d'être intrusif. Peut-être que ça ne me regarde pas.
Je dois garder pour moi les inquiétudes. Essayer de revivre. Je n'y parviens pas bien. Me laisse glisser. Je ne peux pas chasser le vieux moi, sceptique sarcastique désabusé. J'ai vu des comportement de merde durant cette période. Quand on a un enfant malade, des gens que l'on croyait fiables peuvent se révéler dénués d'empathie. Certains même très minables. Chacun ses problèmes n'est-ce pas. Il y a eu quelques bonnes surprises tout de même. Et les vieux amis.
Parce que les circonstances l'exigeaient, moi qui ne suis pas très optimiste j'ai espéré. Et mon espoir a été exaucé. Je ne crois pas en Dieu, en la providence. Je ne peux que dire "merci la science". Merci la chance dans cette adversité. Merci le système de santé français pourtant si menacé. Merci les médecins, les infirmiers et infirmières qui ont pris ma fille en charge. 
Je devrais sourire à la vie. M'émerveiller. Mais je suis cassé. Quelque chose en moi s'est cassé. J'avance dans un perpétuel étourdissement. Je n’ai plus de repères. je sens bien que je devrais penser autrement, changer ma grille de lecture. Mais je ne sais quoi mettre à la place. Je suis épuisé. Je me traîne.

*
 

cependant je regarde toujours les murs. L'autre jour passant devant un "jardin maternel" rue du Moulinet dans le treizième arrondissement, j’ai été intéressé par cette reproduction en mosaïque de dessins d'enfants. Évidemment j'ai cherché ce qu'est  un jardin maternel car je n'avais jamais entendu ni lu cette expression. La spécificité du jardin maternel est d’accueillir en priorité des enfants de 2 à 3 ans n’ayant jamais bénéficié d’un lieu d’accueil collectif avant leur 2 ans comme une crèche par exemple. Il s’agit d’un lieu de socialisation avant l’entrée à l’école maternelle. Ce qu'on appelait autrefois un jardin d'enfants. Je me suis souvenu des dessins de ma fille, et de celui-ci que j'aime particulièrement.
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mercredi 24 juillet 2024

Complexité


 
Voilà, 
"Les choses les plus simples, les plus réellement simples, que rien ne saurait rendre à demi-simples, deviennent d'une complexité extrême du seul fait que c'est moi qui les vis. Dire bonjour suffit parfois à m'intimider. Ma voix s'éteint subitement, comme si proférer ce mot à voix haute était d'une audace incongrue. C'est une sorte de pudeur d'exister, je ne vois pas d'autres nom "(Pessoa 135 LI-)
Je me reconnais tout à fait dans ces lignes de l'auteur du "Livre de l'Intranquillité". 
Quant à cette image, elle reflète bien mon état mental alors que j’attends l’anesthésiste.
On aimerait mieux paresser dans son plumard en écoutant la radio.
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dimanche 16 juin 2024

Pêle-mêle des heures oisives


Voilà,
Ce qui me préoccupe, c'est que je n'ai plus beaucoup de désir pour rien. Je ne dessine plus, je ne fais guère de photomontages. Je ne suis plus très inspiré. Même si je tente de ne pas y songer, la situation confuse que traverse le pays m'affecte. Difficile d'échapper sur les réseaux sociaux, à la radio, aux commentaires, aux invectives, aux gesticulations, aux prophéties de mauvais augures. Cela prend parfois un tour grotesque, et pourtant il reste difficile d'en rire. 
Ce dessin sur un mur  de la rue d'Avron, représentant un agneau jouant à saute-mouton sur le dos d'un loup prend aujourd'hui une drôle de sens. Car les loups sont dans le pays, dans la presse, les médias, la police, l'administration et désormais aux portes du pouvoir. C’est Thomas (@loup_y_es_tu), un enfant du vingtième arrondissement, qui y est né, y a grandi et vit encore près de la Place de la Réunion qui les dessine. J'avais déjà mis en ligne quelques une de ses productions il y a un an et demi

*
 

Nous essayons de trouver des réponses, et les réponses n'ont aucun sens. Nous ne sommes même pas prêt pour ce qui est déjà arrivé. Il faudrait s’attacher uniquement à ce qui se transforme, mais aussi à ce qui se dérobe, au fugace au fugitif, et se laisser glisser paisiblement avec patience et douceur vers l'intemporel. Ne pas s'effrayer de l'étrange pouvoir des choses et des objets appelés à nous survivre. Il faudra bien quitter le souffle quitter la lumière. "Si l’homme ne devait jamais s’effacer comme les rosées d’Adashino, jamais s’évanouir comme la fumée sur Toribeyama, comme les choses perdraient leur pouvoir de nous émouvoir ! Ce qu’il y a de plus précieux dans la vie, c’est son incertitude."  écrivait au quatorzième siècle Yoshida Kenko  dans "Le livre des heures oisives".
 
*
 
 
 
 
Oisives, mes heures le sont en effet. Ces temps-ci, le matin, je n’ai pas envie de sortir de mon lit. Paresser, face à mes livres en écoutant de la musique baroque à la radio me va très bien. Dehors, même si le calendrier nous dit que c’est bientôt l'été, reste frais gris et pluvieux. Je devrais m'occuper de choses concrètes, mais je suis trop fatigué pour le faire. Je n'ai aucunement envie de m'agiter. Je préfère rêvasser comme je le faisais enfant, le jeudi matin, lorsque mes géniteurs partaient travailler, et qu'une journée sans obligation s'ouvrait à moi. Mais alors mon corps n'était pas détraqué. Je commence à me résoudre à certaines fatalités.

*
 
 
cette chanson me bouleversait quand j'étais enfant. Celle qui la chantait avait une élégance naturelle et une classe assez rares. Il y a une semaine, elle a pris le large. Je l'aimais bien. Son spleen, sa mélancolie ne m'étaient pas étrangers. Moi aussi dans la solitude j'ai fait des ronds dans l'eau quand j'habitais non loin d'un lac. C'est cet enfant déjà nostalgique qui pleure encore en écoutant ces airs d'un autre temps.

mercredi 12 juin 2024

Hygiène des questions

 
Voilà 
Si affaissé, brimé, si fini que tu sois, demande-toi régulièrement – et irrégulièrement – " Qu’est-ce qu’aujourd’hui je peux encore risquer ?" (Henri Michaux in "Poteaux d'angle")

mardi 2 avril 2024

Un rien m'affecte

 

Voilà,
ces derniers temps un rien m'affecte. Récemment dans le bus, en écoutant "52 girls" au casque sur mon smartphone, j’ai fondu en larmes. J’étais à la place située derrière le chauffeur. Personne ne s'en est aperçu. J’ai repensé aux joies éprouvées avec les chansons de cet album à la couverture si éclatante qui repassaient sur la platine pendant que je faisais des collages et des photomontages, surtout durant l'année 1980. Oui "52 girls" avec les voix des filles aiguës derrière les guitares au son un peu rétro, ces paroles délicieusement stupides avec cette énumération de noms, la première fois où j'ai entendu ce morceau, cette légèreté cette futilité m'ont fait du bien à une époque où pourtant je n'étais pas particulièrement serein. J'étais encore jeune. Je côtoyais cependant des adultes fiables, secourables dignes de confiance. De bon conseil. Ils me manquent. Je n’y peut-être pas été assez attentif.
Contre toute probabilité j'ai vieilli. Mais aujourd’hui je n'ai pas pour autant trouvé la sagesse. Je m'étonne encore de la mesquinerie, de la lâcheté, de l'hypocrisie que certaines personnes m'ont révélé ces derniers mois. Je m'en veux surtout de ne pas l'avoir décelée, ou quand je la décelai de m'être efforcé de ne pas y croire.

vendredi 8 septembre 2023

Une étrange sensation

Voilà,
je suis plus bas, vraiment je suis plus bas, et plus lourd aussi. Qu’est-ce que je fais dans ce corps ? ce n'est pas le mien! Je suis gêné aux entournures. Le coude me fait mal, n'est pas à sa place. En plus j'ai une moustache. Ce matin en me levant je n'avais pas de moustache. Je n'ai rien senti et pourtant il semblerait bien que je sois un autre. Et puis ma main droite a une d'odeur comment dire, étrange, que je ne parviens pas à identifier, quelque chose comme une odeur de vieille bête. Je crois que les gens me regardent bizarrement. J'ai la vague sensation que tout déconne. C’est peut-être à cause de ce type là tout à l’heure qui promenait son chien en lui parlant. "Tu vas faire un gros popo et après j’irais au boulot". Je crois bien que c'est ça, j'ai vraiment entendu ça, j'ai pensé c'est dingue, c'est moi ou c'est le monde qui déconne, mais non j'ai vraiment entendu ça, après j’ai eu un moment d’absence je ne me souviens plus, j'ai marché j'ai continué de marcher en pensant à ce que je venais d'entendre, les rues les gens plus rien ne me semblait réel, tout est devenu un peu cotonneux, comment je vais faire qu'est ce que je vais devenir je ne peux pas finir mes jours comme ça il va falloir que je me regarde comment je vais supporter mon dieu dites moi que ce n'est pas vrai que c'est juste un cauchemar que je vais me réveiller...
—  tu Me parles à Moi, enfin tu Me parles, maintenant que tu es dans la merde, tu Me parles, J'existe enfin pour toi, tu crois que c'est aussi simple, que tu vas t'en sortir comme ça ? Tu veux que Je te dise, tu es mal barré, vraiment mal barré, ne compte pas sur Moi, tu peux te brosser, démerdes toi il fallait y penser avant espèce de mécréant...

mardi 29 août 2023

Déjà presque fini

 
Voilà,
le mois d'Août se termine donc. Il aura vite passé. Cette année, plus encore que l'année dernière, j'aurais traîné à Paris. Pas même une petite excursion au bord de la mer comme en 2022. Mais bon, après un mois à Avignon surchauffé et infesté de moustiques, les quinze premiers jours à Paris, où il ne faisait pas trop chaud, furent tout à fait bienvenus. J'ai bien glandé, c'est ce que je sais faire le mieux. J’ai beaucoup dormi, j'ai fait quelques promenades à vélo avec ma fille, dont celle-ci qui nous aura menés du côté du parc André Citroën où je n'étais pas retourné depuis plusieurs mois. Les jeux des enfants demeurent toujours les mêmes. C'est l'occasion pour les petites filles de découvrir de nouveaux plaisirs en enjambant les jets d'eau. Je n'aurais pas suffisamment marché à cause de ma jambe douloureuse, mais malgré tout j'aurais vu quelques expos, beaucoup de films, croisé d'autres aoûtiens à Paris, scanné et partagé des vieilles photos de New-York sur le groupe facebook "Manhattan before 1990". J'ai aussi lu quelques trucs bien intéressants, comme cet article sur le travail des enfants aux USA, par exemple, tout de même assez stupéfiant.  J'ai aussi souvent écouté cette formidable émission estivale "Retour de plage" qui, tous les étés propose une programmation réjouissante et de qualité. J’ai regardé des compétitions sportives à la télévision, du rugby de l'athlétisme du foot avec en particulier cette spectaculaire finale de la coupe du monde féminine, un des plus beaux matches que j'ai vu de ma vie, où les espagnoles ont excellé dans des séquences tout à fait sidérantes avec des passes à une touche de balle, en triangle dans un petit périmètre. Pour une fois, c'est l'équipe pratiquant le plus beau jeu qui a gagné. Mais à la remise de médailles, le comportement machiste du président de la fédération de foot espagnol m'avait intrigué. Il en profitait pour les peloter toutes plus ou moins de façon insidieuse et c'était vraiment malsain et dérangeant. Genre l'oncle aux mains un peu baladeuses dans les fêtes de famille, à qui l'on ose rien dire. Ça donnait l'impression qu'il était très intime avec chacune d'entre elles. Les joueuses espagnoles ont bien raison de se rebeller, d'autant que type ne s'est pas du tout excusé par la suite. Malheureusement il y a quand même encore beaucoup de femmes qui aiment ce genre de gros con. 
Tout ça me paraît très loin. Pourtant, c'était il y a dix jours à peine. 
Et cette photo du parc, c'était le weekend du 15 Août. 
C'est incroyable à quel point mon rapport au temps et à l'espace se modifie. Mon équilibre physique se dégrade sans que je comprenne pourquoi. Ma vue baisse. J'ai l'impression parfois de vivre dans un monde parallèle où je ne suis plus qu'un vague reflet de moi-même. Les pensées intérieures ont plus de densité que la réalité où je suis immergé. Je perd en créativité. J'ai de moins en moins de présence. Une certaine peur, parfois me rend visite sans que je puisse l'éconduire. 
 

Je n'écoute plus les actualités. Je les parcours sur le net et vraiment il n'y a pas de quoi pavoiser. Chaque année, c'est pire que la précédente. Tout cela me plonge parfois dans un état d'accablement qui peut durer plusieurs jours. Pour ne pas sombrer, je m'efforce d'écrire mais c'est très laborieux. J'ai quelques publications en préparation, mais cela me prend de plus en plus de temps à rédiger, à vérifier les sources, à ordonner les pensées. C'est comme ça.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes.

mardi 6 juin 2023

Soirs de Printemps


Voilà,
il y a aussi ces soirs de printemps où la solitude pèse un peu plus que de coutume. Comme l'inspiration ne vient pas, pour tromper l'ennui, pour ne pas tourner en rond seul dans la maison, où il y a pourtant bien des choses pratiques à faire, je me convainc qu'il faut sortir, marcher un peu, voir autre chose. Autre chose, c'est souvent le cinéma. Ça dépayse, ça transporte. On ressort de la salle, et c'est de nouveau Paris. La lumière est belle, les journées durent longtemps. Il ne fait pas trop chaud. Une étoile solitaire brille dans le ciel. C'est à la fois le jour encore et déjà la nuit. Les lieux ordinaires prennent une apparence plus insolite, se chargent de mystère.


Certains soirs, la jeunesse s'attarde bruyamment sur les trottoirs. Je traverse des groupes sans susciter la moindre attention. Mes jambes ne sont plus aussi alertes, ma démarche plus hésitante, mes pieds traînent malgré moi, et parfois je trébuche. Les faux pas, ça me connaît désormais. Je me sens plus vulnérable, et de plus en plus étranger à ce monde. Je n'avais pas imaginé autrefois que je verrais autant de filles tatouées avec un anneau dans le nez, ni que je me sentirais vieux, un jour. Je repense à cette phrase de Romain Gary, dans "Les Promesses de l'Aube": "... je vais souvent dans les endroits fréquentés par la jeunesse, pour essayer de retrouver ce que j'ai perdu. Parfois je reconnais le visage d'un camarade tué à vingt ans. Souvent ce sont les mêmes gestes, le même rire, les mêmes yeux, quelque chose toujours demeure. Il m'arrive alors de croire presque qu'il est resté en moi quelque chose de celui que j'étais à vingt ans, que je n'ai pas entièrement disparu".
 


Et puis il y a aussi tous ces restaurants, ces bars ouverts la nuit, toute cette animation joyeuse à côté de laquelle je passe, toute cette apparente insouciance, quand pour moi la légèreté n'est plus tout à fait de mise. Combien de temps cela va-t-il encore durer, combien me reste-t-il encore de printemps où pouvoir marcher, en relative bonne santé, malgré tout, sans trop d'embarras ? Enfin il y a ce contraste, entre ce dont on parle tous les jours – cette catastrophe collective de moins en moins sournoise, qu'il est impossible de ne pas voir, de ne pas entendre, de ne pas sentir – et la futilité, sans doute nécessaire pour tenir à distance l'idée de ce qui nous menace. Moi aussi je tâche de faire bonne figure. Mais en fait c'est à cela que je ressemble. Et toujours ces voix qui s'éteignent une à une, de plus en plus souvent.


samedi 25 février 2023

Dans le vacillement


Voilà
peu de gens lisent ces chroniques. Encore moins parmi eux les comprennent vraiment, du fait qu'ils sont étrangers. Je continue pourtant. Même si persévérer me paraît souvent absurde. Évidemment je pourrais garder tout ça pour moi. Mais sans doute, sans la conscience de m'exposer, sans le souci de l'autre, y accorderais-je moins de soin. Oui, cela prend du temps, mais cette hygiène m'est nécessaire. J'ai vraisemblablement besoin de cet exercice, de cette concentration. Cela me permet en outre de mettre à distance certaines pensées, certaines peurs, certaines angoisses, d'exorciser en quelque sorte. De partager aussi des points de vue, bien que je réalise qu'ils sont assez minoritaires dans le monde tel qu'il se transforme. Cependant il arrive parfois qu'ils suscitent quelque écho. Je me sens moins seul alors. A défaut de m'apaiser cela contribue à me réconforter, un peu. Un tant soit peu.
Je n'ai pas grand chose de positif à proposer, c'est sûr. Je n'ai pas beaucoup de message d'espoir. A moins de considérer que la tentative de donner forme à ce qui de temps à autre me traverse, que résister à la paresse, au laisser-aller, et en témoigner constitue en soi une forme de résistance, de résilience comme on dit aujourd'hui, qui mérite d'être affirmée, et pourquoi pas encouragée. 
J'essaie aussi, avec mes photos, de partager le regard que je porte sur le monde immédiat. Si je ne dis pas tout, je ne montre pas tout, non plus. Parfois, j'ai l'impression de me dé-civiliser malgré moi. Car je ne peux répondre à toutes les aumônes. Car il m'arrive de détourner le regard de la misère. Car je m'habitue à tout ces corps gisant sur l'asphalte. Ils font partie du paysage désormais. Ils sont de plus en plus nombreux à Paris. Autrefois je photographiais la misère. Désormais j'y parviens de moins en moins. Alors je me réfugie dans les paysages anciens, le jeu ds reflets dans les vitrines, les miroirs..
 
 
Tout change si vite. J'ai l'impression que depuis le premier confinement de 2020, tout ne cesse de se dégrader. Mon corps d'abord qui a deux fois attrapé une maladie qui n'existait pas il y a quatre ans. Et puis aussi le fonctionnement général de nos sociétés qui subissent le contrecoup de ce moment qui nous a laissés comme anesthésiés. C'est une sorte de lent vacillement généralisé. Les équilibres mondiaux se transforment. L'époque se fait turbulente. Ici en France, le système de répartition sociale mis en place à la Libération est petit à petit détruit par le Gouvernement en place. C'est la conséquence de l'incompétence d'une gauche qui a depuis longtemps failli à sa mission, et qui ne nous laisse plus le choix qu'entre une droite ultra libérale et l'extrême-droite. 
Même les petites joies en sont ternies. Je ne jubile plus autant à regarder les extraits de matches du Super Rugby Pacific Championship qui reprend aujourd'hui.
Des nouvelles toutefois émerveillent ce qu'il reste d'enfance en moi qui, vers onze douze ans, rêvais d'être astronome. Le télescope spatial James Webb a repéré six énormes galaxies "qui ne pouvaient pas exister". Cette découverte si inattendue pourrait bouleverser les théories actuelles sur l’origine de l’univers. La lumière captée de ces galaxies révèle qu'elles pourraient être âgées de 13 milliards d’années, ce qui signifie qu'elles existaient déjà 500 à 700 millions d’années après le Big Bang. On s’attendait à ne trouver que des petites et jeunes constellations, au lieu d'objets aussi lourds et adultes que notre Voie lactée. Elles abritent des étoiles jusqu’à 100 fois plus lourdes que ce à quoi on s’attendait. Cela contredit presque tous les modèles actuels au sujet de l’univers primitif. Pour expliquer leur existence, les scientifiques devront peut-être revoir certaines règles de base de la cosmologie. 
Étrange animal que l'homme. Il questionne l'origine de l'univers en même temps qu'il saccage son habitat. "L'homme, toujours lui, l'homme à la tête de chiffres et de supputations, sentant la voûte de sa vie d'adulte sans issue , et qui veut se donner un peu d'air, qui veut donner un peu de jeu à ses mouvements étroits, et voulant se dégager, davantage se coince" (Henri Michaux)

mercredi 8 février 2023

D'obscurs visages

  
Voilà,
en fait, les images n'ont d'autre fonction que d'apparaître. Il m’arrive d’en composer en agençant des fragments que je transforme. Je les regarde émerger avec autant d’étonnements que de curiosité. Elles m'inspirent toutes sortes de réflexions, pas toujours en relation avec ce qu’elles représentent ou suggèrent. Ainsi, cet après-midi j’ai songé au fait que nous étions particulièrement conditionnés par notre environnement. Ainsi, je me sens parfois très étranger à l'idée que les autres ont de moi autant qu'à l'idée que j'ai pu, en d'autres temps, quand j'étais autre que je ne le suis maintenant, me faire à mon sujet. Je me perçois moins comme une identité que comme un jeu de formes qui ne cessent de se modifier. Cette image, dans sa confusion et ses enchevêtrements, peut donc constituer une sorte d'autoportrait. Je m'y laisse vaguement deviner sans pour autant y être.

mardi 8 novembre 2022

Anniversaires


Voilà,
aujourd'hui fut une étrange journée. Ma fille a eu 21 ans. Cette nuit je me suis réveillé à l'heure de sa naissance. J'ai repensé à cette nuit si intense et qui aurait pu mal tourner et à cette apparition, précédée, pour moi, de tant de terreurs et d'angoisses durant neuf mois, et aussi à la promesse (je crois l'avoir tenue) que je lui fis au lendemain, lorsque je pus enfin la prendre dans mes bras, et plonger dans son regard.
Nous nous sommes parlés au téléphone dans la matinée. C'était bien. Je suis fier d'elle, de ce qu'elle est devenue. Je lui envie bien des qualités que j'aurais aimé posséder à son âge. Une chose est certaine, le meilleur de mon être, c'est elle qui me l'a révélé. 
 
Pourtant une vague mélancolie ne m'a pas quitté de la journée. 
Alors, j'ai écouté des disques des Beatles.
 
Je me suis aussi souvenu que cela fait donc treize ans que j'ai commencé ce blog sans savoir où ça me mènerait. Je me suis lancé là-dedans pour d'obscures raisons qui m'échappent plus ou moins à présent. Il devait y avoir une nécessité, sans quoi je ne me serais pas obstiné à ce point. J'ai fait ce que j'ai pu. Il y a eu des moments de frénésie et d'inspiration. Pas mal de radotages aussi. A force on finit par se fatiguer de soi autant que du monde alentour. Les motifs de se réjouir se font rares. Il n'y a guère que les manifestations de la bêtise pour susciter encore de l'étonnement. Elle prend malheureusement des formes effrayantes. Les élections de cette nuit aux USA, vont sûrement en offrir un exemple. 
Après j'ai cherché une image parmi toutes celles que j'ai réalisées. Je suis tombé sur celle-ci, prise cet été au cours d'une de mes excursions parisiennes. Je me suis dit que je devais ressembler à ça en ce moment. Un vieux chat grincheux, un peu casanier. 
Avec une chanson stupide qui lui trotte dans la tête et qu'il ne peut s'empêcher de bien aimer.
Un vieux chat grincheux qui aimerait qu'on lui foute la paix, qu'on le nourrisse, et lui gratte le dos de temps à autre.
 

mercredi 24 août 2022

Le sonnet 66


 
Voilà, 
parfois, je pense au sonnet 66 de Shakespeare
 
Tired with all these, for restful death I cry,
As to behold desert a beggar born,
And needy nothing trimm’d in jollity,
And purest faith unhappily forsworn,
And gilded honour shamefully misplac’d,
And maiden virtue rudely strumpeted,
And right perfection wrongfully disgrac’d,
And strength by limping sway disabled
And art made tongue-tied by authority,
And folly—doctor-like—controlling skill,
And simple truth miscall’d simplicity,
And captive good attending captain ill: 
Tir’d with all these, from these would I be gone, 
Save that, to die, I leave my love alone.
 
Las de tout j’aspire au repos de la mort :
De voir le mérite à l’aumône promis,
Et la vacuité en costume éclatant,
Et la plus pure foi, hélas, répudiée,
Et les honneurs honteusement accordés,
Et la vierge pure vilement prostituée,
Et la perfection à tort vilipendée,
Et la vigueur niée par un pouvoir boiteux,
Et l’art par l’autorité bien muselé,
Et la docte bêtise guidant le talent,
Et la vérité calomniée en sottise,
Et le bien captif du mal qui fait la loi :
 Las de tout ça, je voudrais m’en échapper,
 Sauf qu’à mourir je laisse mon amour seul.

jeudi 9 septembre 2021

Cendres sur les mains

 
 
Voilà,
quand même il faut bien parler de ce qui m'occupe en ce moment et me fait très plaisir. Retrouver mon camarade Olivier Hamel trois fois par semaine pour former un duo de sombres crétins — ce qui me réjouit vraiment —, dans une pièce à trois personnages mise en scène par Alexandre Tchobanoff, et que nous jouons au Studio Hébertot en compagnie de Prisca Lona notre talentueuse partenaire. Il s'agit de "Cendres sur les mains" de Laurent Gaudé, et c'est ma foi une bien plaisante entreprise qui mérite son public. De plus amples détails concernant la pièce et les dispositions pratiques, sont accessible par le lien. Pour ceux qui sont à proximité, et que le spectacle pourrait intéresser, ce serait aussi l'occasion de se rencontrer. C'est quand même l'activité que je sais le mieux exercer et qui me réjouit le plus lorsque le texte est bon et le propos pertinent. "Joindre le futile à l'agréable" comme le dit si joliment François Morel. En espérant que nous ne serons pas rattrapés par un nouveau confinement.


lundi 21 juin 2021

Aimez vous Brahms ?


Voilà,
je ne connais pas très bien la musique classique. Je veux dire que je n'ai pas baigné là-dedans. J'y suis venu peu à peu il y a longtemps grâce à un amour de jeunesse et à ses parents. Je me souviens que la première fois où j'ai assisté à un concert de musique classique c'était dans l'église de Châteaudouble, le quatuor Andrée Colson. J'avais été particulièrement transporté et ému par un adagio de Guillaume Lekeu.
 Mais ça reste toujours un peu opaque pour moi. Je ne pratique pas la musique, je ne lis pas beaucoup les notes. Je sais vaguement faire la différence entre une version et une autre, sans trop pouvoir justifier mes préférences. De toute façon j'évite d'en parler de peur que mon inculture se dévoile. C'est un peu comme les couverts à poissons. C'est là qu'on s'aperçoit qu'on vient de chez les pauvres : quand tout à coup il faut utiliser les couverts à poissons.
Je ne suis pas un spécialiste comme Brice, le frère de la cinéaste Claire Denis, qui, alors que nous étions passé chez lui dans l'après-midi le 10 mai 1981 (un coup de fil de son autre sœur qui travaillait au nouvel Observateur, nous avait d'ailleurs un peu après dix-sept heures donné en avance le résultat de l'élection de Mitterrand), avait fait l'analyse de la cinquième de Mahler en s'adressant surtout (il commençait un peu à m'agacer avec sa science) à Agnès qui était musicienne (elle jouait de la harpe). Il nous avait disséqué avec beaucoup d'enthousiasme, en long en large et en travers, la cinquième de Mahler, et j'avais quand même trouvé ça un peu gonflant, sa science. Aujourd'hui pourtant les émissions sur la musique classique me passionnent, et l'érudition de certains présentateurs m'émerveille.
J'écoute juste France-Musique, parfois des journées entières (surtout le dimanche quand je suis là) et tout à coup c'est comme si la laideur du monde s'effaçait. Je suis alors en terre étrangère. Et les sept semaines de confinement de l'année dernière ont contribué à atténuer mon ignorance en matière de musique classique.
Je regrette de ne pas avoir su transmettre cela à ma fille lorsqu'elle était petite. Pourtant, autrefois, pour l'endormir je lui mettais les partitas de Bach interprétées par Glenn Gould. Quoi qu'il en soit quand j'entends quelque chose qui me plaît je le shazame, (Shazam, c'est vraiment bien c'est une applications réjouissantes et nécessaire). Et souvent je m'aperçois qu'il s'agit de Brahms. Parfois j'arrive un peu à le reconnaître avant, mais je ne suis cependant jamais certain, à l'exception des danses hongroises qui me sont familières, et du sextuor pour violoncelle.
Françoise Sagan, vraiment douée pour les titres (du coup peut-être faudrait-il que je le lise) intitula un de ses roman "Aimez vous Brahms ?". Assurément oui, j'aime Brahms. Et n'oublions pas que, comme le fait remarquer un des piliers de bar chers à Gourio, dans ses Brèves de comptoir "Brahms, sans parler de sa musique, pour pas faire chier, il buvait du vin blanc". Quant à moi, je me repose dans ma bibliothèque, parmi mes fétiches. Ça sera my corner of the world pour un moment

lundi 19 avril 2021

Parmi tant d'autres choses


 
Voilà,
donc à la fin des vacances où j'ai — parmi tant d'autres choses — découvert la salade niçoise et le pan bagnat, au moment de se séparer on se jure de se retrouver. On s'échange les numéros de téléphone on se fait des promesses parce que c'est un temps où bien sûr il n'y a ni portable ni ordinateur on se dit "à bientôt" "à très vite" . Ce mois en Provence, c'était tellement bien, tellement intense qu'on n'a pas envie que tout ça reste sans lendemain. 
Alors début ou courant Septembre je me souviens plus très bien j'appelle Barbara et je lui demande si je peux passer. J'arrive donc dans l'appartement de la rue Madame. Elle m'ouvre, est là avec ses frères et sœurs. Elle me les présente. Mais moi, il y a un truc que j'ai pas compris en rentrant dans l'appartement. J'ai vu qu'il y avait des meubles précieux des vases chinois, enfin plein de trucs qui sentent le fric le luxe, et en même temps il y a ces PUTAINS DE PORTRAITS DU PRESIDENT MAO DANS CE PUTAIN DE SALON BOURGEOIS !!!! Je suis dans le sixième arrondissement, merde !!! et là il y a un truc que je ne comprends pas. En fait c'est seulement le troisième appartement bourgeois que je vois de ma vie à Paris. Le premier, c'est celui de la famille de mon copain de classe Eric, place St Sulpice, j'ai du y passer vingt minutes, oui bon, rien de particulier, c'est confortable, très meublé, ça sent un peu le rance. Il y a des bibelots, des rideaux défraîchis, aux murs des tableaux paysagers fleurant bon le XIXème siècle et des portraits de jeunes femmes d'un autre temps avec des  mantilles, le deuxième c'est celui des parents de ma première amoureuse. Je m'y suis fait peu à peu. Il est aménagé avec goût.  Peu de meubles. Beaucoup de livres. Des tableaux modernes sur les murs. C'est assez luxueux mais pas tape-à-l'œil. On mange dans la cuisine à la bonne franquette. Mais là dans cet appartement Mao, ça fait bizarre, un peu comme s'il y avait des portraits de Sade partout sur les murs de l'appartement de Finkielkraut. Bref, on se retrouve dans une chambre qui sent le shit, il y a Barbara, sa sœur D., I. petit frère, et A. la plus jeune qui passe par là. Il y a des piles de Charlie-hebdo, des numéros de "La cause du peuple" d'"Actuel", et d'autres feuilles de presse gauchiste ou alternative. On cause, je ne sais plus trop de quoi. A un moment, Barbara, qui est sortie de la chambre, me dit en revenant que son père aimerait me voir. Il m'attend dans on bureau. Il veut savoir qui je suis, bon je peux comprendre. C'est normal de savoir qui vient dans ta maison il m'accueille derrière son burlingue. Moi en face. On dirait un interrogatoire. Et derrière il y a toujours ces putains de portrait du président Mao. Il y en a partout c'est une manie c'est pas possible !  Donc lui, c'est un ami d'enfance de la mère de mon amoureuse. J'ai entendu parler de lui bien sûr. À 18 ans il a écrit un livre qui a été publié chez Gallimard. Dominique parlait toujours de lui comme d'un génie, et d'une certaine façon, si l'on considère les chose à présent, cela s'est révélé plutôt exact. Face à moi un type aux yeux clairs et aux cheveux ras. Une brosse courte presque militaire. C'est drôle. Je sais que maintenant il écrit des pièces de théâtre et qu'en même temps il est cadre dans une grande entreprise un truc comme ça. Il me demande si je connais la famille de Dominique depuis longtemps non je lui dis même pas un an. Il comprend que je fais partie de la bande d'ados qui était en vacances avec sa fille à Châteaudouble. Et puis un moment tout de go il me demande comme ça d'où je viens que font mes parents. Qu'est-ce que ça peut lui foutre pourquoi il me demande ça. Le métier de mes parents. Putain c'est vraiment embarrassant. Mais je vais pas mentir alors je lui dis. Militaire mon père est militaire. J'ai honte de ça. Parce que je déteste l'armée. C'est l'abêtissoir total. La machine à décerveler. Le truc auquel je veux absolument échapper. Parce que les ordres, la hiérarchie, la discipline, la soumission, l'esprit de troupe, l'esprit de corps, La défense de la nation, qui n'est jamais la défense de la nation, mais la défense des intérêts des riches, l'uniforme, toutes ces conneries dans lesquelles je vasouille depuis que je suis né, sans parler des trucs qui me hantent, des souvenirs des terreurs, vraiment j'en ai ma claque, plutôt crever que subir encore ça, j'y pense de plus en plus comment je vais faire pour y échapper, au service militaire, comment je vais sauver ma peau. Et là il me pose la question un peu humiliante. Il est officier ? Ah ouais putain parce qu'en plus il faudrait forcément qu'il soit officier. Non, que je dis il est adjudant-chef c'est un sous off, il est juste adjudant-chef. Je sens de la condescendance, ou c'est peut-être ma honte je ne sais pas. Mon père est un pauvre type, c'est comme ça que je le vois. En plus d'être un minable c'est un tueur. Toute mon enfance, j'ai croisé le regard d'un tueur mais lui là, le bourgeois de gauche je le regarde bien dans les yeux quand même. Et là derrière putain y'a Mao Avec sa tronche de cul. Ouais Mao m'a toujours fait penser à un cul. Et puis je vois tous ces vases chinois à tous ces objets précieux à la con. J'aurais envie de me lever et de balancer ça contre les murs de défoncer tout ça. Mais bon c'est l'ami d'enfance de Dominique, et Dominique c'est la mère de mon amoureuse, faudrait pas voir à déconner. Et puis quand même le mec il a une certaine autorité naturelle. Mais je comprends pas. Fils de militaire pourquoi pas, mais il faudrait que je sois un fils de la bourgeoisie militaire, c'est ça qu'il pense ?  Et ce n'est pas le cas mon gars je suis le fils d'un soudard. Je suis le fils d'un mec qui a fait l'Indo dans les rizières et l'Algérie dans le djebel. Un mec qui déteste les communistes les niakoués et les melons. Qui en a tué plein. Un mec qui est resté sept ans au même grade après l'Algérie parce qu'il ne s'était pas opposé au putsch des généraux. Qui a eu des sympathies pour l'OAS. Qui achète "Minute" l'hebdomadaire de l'extrême droite. Et moi, du coup, je lis "Minute" un journal facho aux chiottes. Un mec qui déteste les intellectuels de gauche. Qui lorsqu'il entend Lacouture ou Maurice Clavel à la télé cite Goebbels "quand j'entends le mot culture je sors mon revolver", mais je ferme ma gueule parce qu'il faut être poli. J'ose pas lui demander,  au grand bourgeois mais vous là c'est quoi ces conneries avec Mao ? Parce que bon attention, si je dégueule sur l'armée, je sens bien qu'il y a un truc qui déconne avec les chinois. Un peuple entier dont le destin est écrit dans un petit Livre rouge, et qui manifeste unanimement son soutien à son guide suprême comme ils disent, je trouve qu'il faut être assez con pour pas trouver ça louche. J'ai 17 ans, je ne suis pas très subtil mais quand même... Là pour moi c'est la confusion, je ne comprends rien, comment on peut avoir autant de thunes, habiter rue Madame dans le sixième arrondissement de Paris et avoir des posters de Mao, et c'est pas des posters de Warhol, parce que j'ai déjà lu des trucs sur Warhol à ce moment là. pour en savoir plus sur le type que à collé une banane sur la pochette du velvet. C'est des portraits avec des trucs écrits en chinois dessus. J'ai fumé mes premiers pétards trois semaines auparavant, mais au moins je comprenais pourquoi tout me paraissait bizarre. Là non. Le bourgeois là qui écrit des pièces de théâtre engagé sous un pseudo, il doit bien le savoir qu'il y a des camps de travail en Chine. Pasqualini a témoigné de ça à la radio, à la télévision. Son livre vient de sortir, on en parle, oui bien sûr surtout dans la presse bourgeoise conservatrice, mais on en parle quand même. Bon l'entretien dure un petit quart d'heure, et puis je retourne dans la chambre, des enfants, on fume un pétard et puis voilà, après je vais faire un tour au Luxembourg, et je rentre chez moi dans l'école polytechnique. Je mettrai des années à comprendre que les bourgeois, pour la plupart, savent très bien gérer leur contradictions. Ou peut-être que c'est juste une forme d'intelligence qui n'est pas forcément de classe, et dont je suis totalement dépourvu. Avec les enfants,on continuera à se revoir, un peu rue Madame, puis dans le quinzième, le premier endroit que j'ai vu où l'ascenseur arrivait directement dans l'appartement, très moderne, spacieux duplex baies vitrées... Après on s'est perdus de vue. Et puis les uns les autres on a grandi, suivi notre voie, mûri, plus ou moins facilement, et vieilli. Tous ces héritiers ont plus ou moins travaillé dans la culture. L'une est même devenue une actrice très talentueuse et vedette de cinéma. J'ai même appris que l'une des fille de I. est elle aussi actrice et qu'elle commence à avoir un peu de reconnaissance dans le métier. Le père, je veux dire le grand Auteur, la dernière fois que je l'ai vu, c'était à l'enterrement de Philippe. Il a fait un beau discours, très sobre, très émouvant, une adresse au défunt, qui se terminait par "A bientôt !". C'était il y a six ans et il est toujours de ce monde.
 
 
Quant à mon histoire, elle date du siècle dernier, à la fin d'un temps de prospérité, où l'on commençait tout juste à réaliser que si l'on y prenait pas garde le futur risquerait d'être assez pourri. C'était au temps du club de Rome, du premier choc pétrolier. Je ressemblais à cela. J'étais plutôt joli garçon, mais je ne le savais pas. Un peu sombre, un peu tourmenté. D'ailleurs deux trois jours après cette photo, et quelques semaines après l'entretien avec le grand auteur, et alors que les cours avaient commencé, je me suis tiré de chez moi. Je voulais m'enfuir, ne plus subir la soldatesque connerie familiale. J'avais une vague adresse d'un artisan qui travaillait le cuir. J'allais vivre ma vie. J'apprendrais un métier. Faire du cuir. Je devais être vraiment bien largué pour songer à de pareilles foutaises. Un avis de recherche a été lancé. Je me suis fais gauler par les flics du côté de Gardanne. Brigade des mineurs à Marseille. Je suis rentré en train de nuit entre deux pandores un peu cons qui roupillaient à tour de rôle pour m'avoir à l'œil. J'ai mal dormi. Quand ils me parlaient, c'était pour se foutre de ma gueule. On m'a retiré les menottes un peu avant Villeneuve Saint-Georges. Mon géniteur m'attendait à la gare. Quand je l'ai vu, il avait les yeux humides. Il m'a serré dans ses bras. Il a signé deux trois papiers, il  a remercié les deux képis quand ils sont partis. Pas moi. On est rentrés en taxi sans se parler. Je crois que c'est la première fois que j'ai pris un taxi parisien.

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