lundi 14 août 2017

Choisir ou non la couleur


Voilà,
en ce moment j'ai tendance à publier des photos en noir et blanc. Autrefois, avec l'argentique, on pensait immédiatement à l'image que cela ferait, parce que l'on savait le type de pellicule dont on disposait ainsi que sa sensibilité. Aujourd'hui c'est beaucoup moins évident. Il m'arrive, au moment de la prise de vue d'imaginer, comme pour celle-ci, que je la tirerai en noir et blanc, mais ce n'est pas toujours le cas. Il peut advenir que la décision se fasse après. Eviter la couleur donne peut-être l'illusion de te tenir la réalité à distance, d'être plus ouvertement dans l'interprétation de celle-ci, même s'il est depuis longtemps admis — et aujourd'hui plus que jamais, avec tous les outils de transformation dont on dispose — qu'une photographie ne constitue en rien une preuve de véracité. Mais, pour ma part, couleur ou pas je ne m'embarrasse pas de la fidélité à la réalité. Il y a dans le noir et blanc — c'est une hypothèse — une empreinte peut-être plus mélancolique, liée sans doute à la grande fatigue qui m'accable depuis quelques semaines, sinon quelques mois. Disons que j'ai tendance à voir le monde en gris. Je suis contraint, pour gagner ma vie, à des boulots alimentaires qui la plupart du temps ne me satisfont pas. Je ne mets ni mon intelligence, ni ma sensibilité au service de quelque chose de digne et je crois que cela me contrarie de plus en plus. Mon existence me semble totalement absurde. Tout comme cette scène, et le monde dans lequel je vis et qui ne vaut pas mieux. C'est à cause de l'inquiétude  — celle que j'ai déjà évoquée — et de l'Intranquillité plus générale qui gouverne mon existence que je continue cette entreprise. Parfois le découragement me saisit.

dimanche 13 août 2017

Le vieil Homme et Bugs Bunny



Voilà,
que ce soit clair, je ne me moque pas de cet homme. Bien au contraire, sa silhouette, je la trouve émouvante, et cette image, en dépit de ce que j'en sais, puisque c'est moi qui l'ai prise, me bouleverse. Elle raconte quelque chose de la solitude quand vient la vieillesse, et de l'enfance aussi qui ne nous quitte pas. Quand je l'aperçois, dans le jardin d'acclimatation, il marche seul, obstiné, déterminé avec son Bunny qui flotte au dessus de lui, retenu par une ficelle qu'il tient fermement. Sa dégaine a quelque chose d'incongru, mais il va d'un bon pas en dépit de ce corps qui semble un peu cassé. Son visage est lumineux. Je comprends très vite qu'il n'est pas si seul qu'il en a l'air. Il y a un couple non loin qui se promène quelques pas en arrière avec une petite fille. Le ballon d'hélium lui appartient vraisemblablement. D'ailleurs à un moment, le père de la fillette parle au vieil homme et s'éloigne. Vraisemblablement il doit les quitter plus tôt, ou peut-être va-t-il chercher la voiture garée un peu loin, pour reprendre à la sortie du jardin femme, enfant et grand-père. Peu importe. Ce qui me touche chez cet homme c'est qu'il reste dans son mouvement, dans son rythme. Il fait en sorte qu'on ne l'attende pas. Il y a une volonté de rester indépendant, malgré tout, malgré l'âge et la fatigue. Il ne veut pas lambiner. Mais parfois il s'arrête, intéressé par quelque chose qu'il a vu ou cru apercevoir, comme à ce moment précis, devant l'une des cages de la volière. Peut-être autrefois était-il un businessman avisé, dur en affaires et autoritaire. Maintenant, devant cette scène, je pense au père de Pierre que je ne connais pas, mais qu'il évoque parfois dans son blog, à l'oncle Jacques dans ses dernières années, et même à Giscard d'Estaing, autrefois si sûr de lui et souvent même très arrogant que, dans un documentaire qui lui était consacré il y a quelques mois, l'on voyait, trottiner à petit pas, dans un jardin public, l'air vaguement égaré. Cette fraction de seconde va bien au-delà de l'anecdote et condense tout ce qu'une vie peut avoir de pathétique de grotesque de tragique et dérisoire à la fois. (linked with The weekend in black and white

vendredi 11 août 2017

Jeux de Plage


Voilà,
plaisirs d'enfance. Sauter, rebondir. On pourrait faire ça des heures, j'imagine. Je suis trop vieux pour avoir connu les joies du trampoline. Je n'ai sauté, enfant, que sur des matelas posés sur des sommiers à ressorts. Mais je peux encore, en moi, par le souvenir, éprouver cette ivresse, ce sentiment exaltant de redessiner l'espace et de se sentir protégé, puisque même la chute est un plaisir, pourvu qu'on ne sorte pas du périmètre. (Linked with "The weekend in black and white")

jeudi 10 août 2017

En Marche


Voilà,
en fait je suis quelqu'un de très simple. La coïncidence de deux marcheurs possédant chacun un bagage, l'un dans le paysage fictif d'un tableau, l'autre dans l'espace réel d'un musée, qui se croisent dans des univers parallèles et donnent l'illusion d'aller en quelque sorte à la rencontre l'un de l'autre, et de se manquer, suffit à éclairer une journée, à lui donner un sens, une valeur singulière. C'était avant-hier, le mardi 8 août, à l'exposition réunissant des œuvres de Derain, Balthus et Giacometti. 
Le soir avec S. nous avons regardé ce remarquable documentaire sur Picasso, intitulé, "13 journées dans la vie de Picasso". Picasso, demeure pour moi, l'incontestable génie de la peinture occidentale, parce qu'il ne s'est pas contenté du don qu'il possédait, mais qu'il l'a exploité sans relâche pour sans cesse renouveler les formes, épuiser la représentation. Il me touche aussi par de menus détails, certains énigmatiques, comme cet attachement définitif pour l'œuvre du douanier Rousseau dont il acheta en 1908 des toiles qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie. Il y a décelé quelque chose que nul autre auparavant n'a su percevoir. Cette fidélité illustre, active même avant qu'elle ne soit prononcée, la formule de Marcel Duchamp "ce sont les regardeurs qui font le tableau". Picasso a aimé Rousseau et les autres l'ont suivi. Evidemment c'est bien étrange de parler de tout ça quand deux malades mentaux aux tronches de lugubres clowns, et détenteurs de pouvoir de destruction colossaux s'invectivent et menacent d'utiliser leurs armes atomiques.

mercredi 9 août 2017

Un autre Ciel


Voilà,
La femme que je n'ai pas connue
Les enfants que je n'ai pas eus
La vie que je n'ai pas vécue

mardi 8 août 2017

Dormir pour oublier (24)


Voilà, 
cette photo a été prise en juillet 2015 à Paris, je ne sais plus dans quelle rue. Au fond quelle importance. J'aurais pu tout aussi bien la prendre hier et elle sera toujours d'actualité dans un an et cela dans n'importe quel arrondissement parisien. Bien sûr elle ne sera pas tout à fait semblable, mais ce sera quand même toujours du pareil au même. Cela fait désormais partie du paysage urbain au même titre que les murs peints au pochoir. Le nombre de gens abandonnés dans la rue ne cesse de croître et cette population de se diversifier. Bien sûr il y a les clochards, mais aussi les SDF qui exercent des petits boulots et ne peuvent se loger, les réfugiés qui ont fui des pays en guerre ou économiquement sous-développés pour échouer ici, les gens qu'un accident de la vie jette dans la misère. Hier, j'ai même vu un jeune homme dans la rue avec un carton "je suis étudiant sans bourse et sans logement mais je ne lâcherai rien" et un un autre rue de Rennes avec un panneau "j'ai 57 ans, je n'ai aucune allocation faites un geste". Voilà, je me sens plus proche de ces gens-là que de mes amis qui laissent des photos de vacances sur facebook. Je veux dire par là, que, alors que plein de projets de boulots pour la rentrée se cassent la gueule les uns après les autres, la probabilité pour moi de finir sur un matelas est plus grande que de me vautrer sur une plage. 

samedi 5 août 2017

C'est toujours autre chose qu'on voit


Voilà,
ça pourrait en effet fonctionner ainsi à l'infini : des images redistribuées sur un mode aléatoire, combinées et recombinées s'agrègent en agencements fortuits. Il n'y a bien sûr aucun sens précis à tout cela, aucune signification dans ces recompositions, si ce n'est celui qu'on veut bien lui prêter parce que, n'est-ce-pas, on aimerait tant que les choses et les événements signifient, cela serait tellement plus rassurant. Mais de sens il n'y en a pas. Il n'y a que du chaos. Au mieux du contingent. C'est comme pour le rêve. La nuit le cerveau vidange les déchets du jour et produit des formes insolites à la manière de ces sculptures étranges et fascinantes que les stalactites ont, au cours des siècles, générées dans des grottes. Là on devine un visage une silhouette, un animal ou un groupe de personnages. Mais qui oserait sérieusement convenir que cela procède d'une volonté cachée ? Que la nature a eu le projet de fabriquer et sculpter ces monumentales apparitions ? Il en va de même pour les songes : depuis l'aube de l'humanité on leur prête  des vertus divinatoires que la psychanalyse a réactualisées. J'ai, pour ma part, souvent tendance à penser que nous ne sommes que des formes, des épiphénomènes en interaction avec d'autres formes qui nous traversent et que nous traversons. Je les accueille. Je ne les produis pas, je les perçois je les découvre, les dévoile. Elles sont là tapies dans le champ des possibles, et c'est toujours le même processus : agrégations, condensation, frottements, usure, saturation, réitération, duplication, réplications sédimentation distorsion, brouillages. Je ne fais que reproduire des processus qui existent dans la nature. Ce qui me séduit c'est le caractère organique  qui germine  dans ces images, comme s'il y avait du muscle du nerf du tissu. Mais encore une fois ce ne sont que des informations retraitées à l'aide d'une machine.
L'humain est la seule espèce vivante qui a besoin d'images. L'Amérique du Nord, pays fondé par d'austères colons protestants hostiles aux images les a vénérées, et leur voue encore de nos jours un culte effréné, et même les musulmans qui ne veulent pas que l'on représente leur prophète s'en abreuvent. Je m'interroge souvent sur ce besoin de transformer ou de reproduire ce qui existe déjà. L'espèce humaine est aussi la seule qui pense ou qui a longtemps pensé que des esprits hantent la nature. Il est possible qu'après tout une part importante de l'humanité ait aujourd'hui cessé d'y croire puisqu'elle s'acharne à détruire avec une allégresse suicidaire son environnement, cependant qu'elle fabrique des machines pour accroître àlson intelligence et manifester ainsi sa démoniaque volonté de puissance qui lui sera fatale. J'appartiens à une espèce prédatrice qui a programmé son extinction en saccageant la planète qui l'a vue naître, la transformant en enfer parce que depuis toujours elle rêve d'un dieu qui l'accueillerait dans un hypothétique paradis. Comme je ne crois pas ã ces conneries, pour ne pas désespérer, pour trouver quelque plaisir quelque satisfaction intellectuelle, parce que  – j'en ai déjà parlé –  ces étonnements, ces révélations, ces épiphanies me sont nécessaires, je fais venir les images. Je voyage peu désormais, et compenser par l'imagination ce que je ne trouve pas dans la réalité, me permet de me sentir vivant. Évidemment, j'aimerais ne pas avoir à me poser toutes ces questions, que ces pensées ne me viennent pas à l'esprit. Je préfèrerais vivre comme un de ces chats adespotes sur une île grecque, ne pas avoir besoin de simulacre, me satisfaire de peu, de l'éphémère, du passager me contenter de la forme et de l'odeur de ce qui est là, et jouir de mes rêves. Peut-être ai-je besoin de cela pour me sentir, sinon libre, du moins en mouvement, dans la transformation.

jeudi 3 août 2017

Pirosmani



Voilà,
En passant un jour devant ce restaurant situé rue Boutebrie j'ai repensé au film géorgien de Gueorgui Chengelaia vu autrefois au cinéma Cosmos situé rue de Rennes et qui s'appelle aujourd'hui l'Arlequin, où l'on ne projetait que des films des républiques socialistes soviétiques. Je ne me souviens que de très peu, si ce n'est de son découpage en séquences. Je n'avais à l'époque pas compris grand chose, et cette façon de filmer me paraissait étrange pour évoquer des épisodes de la vie du peintre Pirosmani. Pourtant j'étais ressorti ému et assez troublé. J'aimerais bien le revoir. Mais peut-être s'agit-il d'autre chose. Me voici, je suis bien obligé de l'admettre, à l'heure des bilans, (avec insistance, l'administration me somme déjà de faire celui de ma vie professionnelle). Il est possible qu'en fait j'aie simplement envie d'aller à la rencontre de qui-je-fus-alors et de m'excuser auprès de lui de n'avoir pas été à la hauteur de ses rêves, de ses curiosités, et d'avoir réduit ses espérances en illusions pathétiques. Mais bon, au moins je ne me suis pas soumis, je n'ai pas marché au pas, ne suis pas rentré dans l'ordre, ne me suis pas laissé embrigadé, n'ai pas suivi de leader. C'est déjà ça. Toujours à propose de Chengelaia, mais cette fois d'Eldar son frère aîné, j'ai vu plus tard, dans le même cinéma un film savoureux qui s'appelait "Les montagnes bleues" décrivant une maison d'édition où les employés s'acharnaient à en faire le moins possible. J'avais emmené avec moi mon frère cadet de passage à Paris, pour qu'il voit autre chose que les conneries qu'il avait l'habitude de regarder, mais je ne suis pas certain qu'il lui en soit resté grand chose.

mercredi 2 août 2017

Les Travaux en cours


Voilà,
Ces derniers temps je m'efforce de restituer dans les images que je fabrique la dimension trouble de certains états de veille où mémoire et inconscient se livrent ensemble un drôle de tango. Donc, des accumulations, du disparate, du bric-à-brac, des citations visuelles. Il me semble qu'il faudrait même que j'y ajoute des signes typographiques ou des fragments de textes ébauchés. 
Je cherche aussi à donner dans un même élan la sensation de l'opaque et du transparent, comme on peut l'éprouver quand on essaie de reconstituer un rêve par le récit qu'on veut en faire. Je suis traversé par tant d'énergies, non pas contraires, mais désordonnées. J'avance en proie à des pulsions si différentes et des désirs si variés qu'ils tendent parfois à se neutraliser. C'est aussi de cela que je souhaite rendre compte.
Je me sens souvent comme un champ de force et de tensions tel, que s'impose la nécessité de traduire ça, avec ce qui me paraît être le moyen le plus immédiat, le plus pratique, et le mieux adapté à mes capacités. Les mots, l'écriture ne peuvent y parvenir ou seulement en complément des images, et encore je n'en suis pas certain. Seul les cris les grognements les gémissements les râles, ou bien les notes précipitées rugueuses acérées de Steve Lacy ou bien d'Archie Shepp ou encore d'Ornette Coleman exprimeraient ce que j'éprouve et suis incapable d'expliquer, de conceptualiser, de décrire, en raison de mon manque de maîtrise du langage, sauf à y passer beaucoup de temps pour un résultat qui, je le sais, sera bien en deçà de mes attentes. 
Les images, bien sûr m'amènent ailleurs, elles suggèrent un état général plus qu'elles ne désignent avec précision des faits. Elles constituent une sorte d'écriture automatique, une série d'improvisations pour libérer la conscience des questions et des scénarios divers que l'angoisse du lendemain insinue plus ou moins sournoisement. J'ai tenté de m'obliger à un compte-rendu précis et factuel de la réalité de mes émotions ou de certaines situations sans toutefois y parvenir de façon satisfaisante. Il faudrait que je me sorte cette lubie de la tête. Je fabrique de images parce que c'est le moyen qui me semble le plus accessible pour exprimer ce que j'ai de brut, de sauvage et d'inaliénable en moi. 

mardi 1 août 2017

J'aime / Je n'aime pas (2)



Voilà,
j'aime quand l'inspiration me vient facilement et quelque chose m'apparaît au-dela de mes espérances
je n'aime pas être invité à des mariages
j'aime les confitures de la marque "saveurs attitudes" bien qu'elles coûtent fort cher
je n'aime pas, en général le comportement des garçons de cafés parisiens
j'aime écouter France-Musiques parce que j'y découvre des œuvres classiques que je ne connais pas
je n'aime pas devoir reconfigurer des appareils électroniques
j'aime cette grande femme courageuse admirable et talentueuse qui se reconnaîtra
je n'aime pas l'état dans lequel je me trouve quand mon équipe favorite perd (à mon âge quand même)
j'aime aller voir des vieux films à la cinémathèque
je n'aime pas faire les poussières
j'aime de façon générale me promener avec ma fille et plus particulièrement aller avec elle au cinéma dans les musées au restaurant
je n'aime pas les gens qui parlent fort dans les lieux publics
j'aime quand ressurgit une impression agréable qui n'avait pas été éprouvée depuis longtemps
je n'aime pas l'insomnie de quatre heures du matin
j'aime, dans un port de plaisance le tintement des haubans quand souffle le vent
je n'aime pas les gens qui, persuadés d'avoir deviné vos pensées, s'autorisent à finir vos phrases
j'aime faire la sieste à la plage
je n'aime pas les escalators qui ne fonctionnent pas et les portes à moitié fermées
j'aime quand les nuages passent en caravane dans le ciel
je n'aime pas les orages quand je suis en voiture
j'aime l'odeur des plants de tomates
je n'aime pas les femmes qui minaudent, encore moins quand elles ont passé la quarantaine, là c'est vraiment ridicule
j'aime apercevoir la mer à travers les pins
je n'aime pas que l'on publie sans mon consentement sur les réseaux sociaux des photos où j'apparais
j'aime les fougères dans les sous-bois
je n'aime pas cette façon qu'ont certaines personnes de se servir du malheur de leurs proches pour se mettre en valeur 
j'aime le climat océanique et les promenades solitaires en bord de mer 
je n'aime pas que mon géniteur apparaisse dans mes rêves alors que cela fait trois ans qu'il est mort
j'aime le crissement des morceaux de coquillages sous les pas
je n'aime pas la bourgeoisie catholique traditionaliste, elle me fait gerber
j'aime les blagues juives 
je n'aime pas sur les photos que la ligne d'horizon soit légèrement oblique
j'aime quand je peux dépenser sans compter 
je n'aime pas les gens qui font semblant de s'intéresser à vous en posant des questions dont ils n'écoutent pas les réponses 
j'aime aux beaux jours arroser très tôt le matin les plantes sur mon balcon
 je n'aime pas le jingle de la SNCF
j'aime retrouver ma maison bien rangée après quelques jours d'absence
je n'aime pas les gens qui assènent de façon péremptoire des contre-vérités cela me devient même insupportable
j'aime la musique javanaise du pays Sunda
je n'aime pas quand des personnes font semblant d'être familiers avec des gens qu'ils connaissent à peine
j'aime le truissotement des hirondelles dans les villes quand tombe le soir

vendredi 28 juillet 2017

Dérives

`
Voilà,
les étés se suivaient et se ressemblaient. Ces longues balades dans un Paris livré aux touristes le renvoyaient à son isolement et à son incapacité de s'extraire de cette ville. Le manque d'argent sans doute, et de perspective professionnelle, mais aussi la paresse et le goût de la solitude qu'il trouvait cependant souvent bien pesante l'empêchaient de partir et de se projeter ailleurs ou autrement. Il voulait toute chose et son contraire et finalement n'avait rien. Etre ceci et cela pour en fin de compte n'être personne. Désirer être ici et là et toujours se retrouver au même envers. Si longtemps qu'il s'était perdu, sans doute même l'avait-il toujours été plus ou moins. Il ne s'était jamais senti en adéquation avec la réalité. Oui bien sûr il avait eu des enfants, connu des femmes, vu malgré tout quelques pays. Mais que restait-il de cela. Il aimait pourtant ces moments de dérive urbaine sans but sans préméditation, mais rien de bien nouveau n'advenait. Parfois un irrépressible chagrin submergeait Pierre-François Joubertin, une poignante mélancolie lui serrait la gorge, lui nouait le ventre. Il se sentait si souvent défaillant non seulement au regard des autres, mais à son propre regard. Qu'avait il fait de sa vie qu'il avait laissé filer entre ses doigts ? Que restait il des amitiés anciennes ? Il avait trop souvent et trop mal dormi. Au lieu d'être un homme d'action il n'était demeuré qu'un contemplatif tourmenté. Rentré chez lui, il regardait ces livres alignés dans sa bibliothèque et songeait à tous ces voyages qu'il avait envisagés sans pour autant les faire. A présent les radios, les bilans sanguins, n'auguraient rien de bon quant à sa situation. L'horizon se rétrécissait considérablement. Il n'avait plus envie d'entreprendre quoique ce fut et parfois, le simple fait de devoir se rendre au Franprix du coin lui apparaissait comme une contrainte et un effort insurmontables. Il se souvint vaguement qu'en grec, existait le mot "aporia" pour qualifier cet état. (Linked with the weekend in black and white)

samedi 22 juillet 2017

Une soudaine Disparition


Voilà,
son écriture élégante traduisait une pensée fine subtile et nuancée à la fois sensible et toujours accessible et qui souvent s'avérait bien réconfortante. Il y avait eu ce livre comme une révélation, où, entre autres, elle racontait cette histoire de l'homme sauvant un enfant de la noyade. Elle y développait, s'appuyant sur Husserl, toute une réflexion sur la notion d'événement. Elle écrivait "l'événement transcende notre capacité à le penser puisque la pensée naît précisément de ce heurt entre le réel et ce qui nous parvient". Aujourd'hui, pour le moment, l'événement, c'est un fait divers dans un journal local. Je l'ai appris hier, en rentrant à la cinémathèque. J'étais abasourdi. Je me suis rappelé que pendant quelques mois j'ai gravi le raide escalier qui menait à son cabinet. Je me souviens de la photo de Cartier-Bresson des trois indiennes au bord du Gange et des fenêtres ouvertes donnant sur les toits. De sa voix douce. Il m'arrivait de pleurer parfois. Un jour je ne suis pas revenu. Le protocole ne me convenait pas, je crois. Peut-être n'étais-je arrivé là, simplement parce que je désirais la connaître. Quelques semaines après, j'ai commencé ce blog, et il est  fort probable qu'il y ait un lien. Plus tard, je lui ai envoyé une lettre, pour qu'elle sache qu'en dépit de sa brièveté, notre rencontre n'avait pas été pour moi sans suite. Je tenais à la remercier de ces quelques moments d'échange. Je suis content de l'avoir fait. Hier, elle a sombré.  "Addaghaya" est le mot sanskrit pour désigner une mort accidentelle ou prématurée.  Elle n'est plus de ce monde. Je n'arrive pas à réaliser. Ses livres toujours à portée de main, qu'il fait bon relire de temps à autre, parce que l'intelligence soulage parfois, cette nuit, je ne parviens pas à m'en saisir. 

vendredi 21 juillet 2017

J'aime / Je n'aime pas


Voilà,
j'aime et j'envie souvent l'insouciance apparente des touristes que je vois à Paris
je n'aime pas les robots téléphoniques qui vous laissent des appels en absence ou des SMS
j'aime les mauvaises herbes qui poussent sur le bitume
je n'aime pas l'expression "ton petit bout " pour désigner ton enfant
j'aime regarder les all blacks et les franchises néozélandaises jouer au rugby
je n'aime pas l'entre-soi des journalistes de la matinale de France Culture
j'aime les mochi glacés au thé vert
je n'aime pas l'expression "de quoi machinchose est-il le nom"
j'aime les chauffeurs de bus qui attendent les gens quand ils courent pour l'attraper 
je n'aime pas les commerciaux dans les entreprises
j'aime les filles qui sourient en marchant dans la rue
je n'aime pas les gens arrogants méprisants et les déclarations péremptoires non argumentées
j'aime les stations balnéaires l'hiver
je n'aime pas la novlangue de l'entreprise
j'aime me débarrasser d'objets inutiles et encombrants bien que j'ai du mal à le faire
je n'aime pas la mode des grosses montres au poignet
j'aime les caresses très douces qui effleurent plus qu'elles ne touchent la peau
je n'aime pas les jeunes cadres dynamiques
j'aime l'odeur du basilic
je n'aime pas les salles d'attente et surtout celles des hôpitaux
j'aime Duke Ellington, plus je l'écoute et plus je pense que c' est un génie à l'égal de Bach Mozart ou Stravinski
je n'aime pas les gens qui font la manche dans le métro en chantant faux
j'aime paresser au lit le matin lorsque la lumière inonde la chambre
je n'aime pas les jeux de mots dans les titres d'articles de télérama (genre "le regard perçant des photographes iraniens")
j'aime pourtant les jeux de mots des articles du "Canard enchaîné"
je n'aime pas les grosses molasses qui consultent leur smartphone en descendant du bus et encombrent le passage
j'aime la sérénade pour cordes op 3 n°5 de Haydn
je n'aime pas la voix ni les intonations de Christophe André lorsqu'il parle à la radio
j'aime les promenades à vélo sur les bords de Seine
je n'aime pas les militaires les nationalistes et les bigots de toutes obédiences 
j'aime les artichauts à la romaine
je n'aime pas l'emphase hystérique des commentateurs sportifs et leur propension à vouloir tout trouver historique
j'aime le parfum "l'ombre dans l'eau" de chez Dyptique
je n'aime pas quand les gens étalent leur bonheur et leur satisfaction sur facebook
j'aime les énumérations c'est reposant et je continuerai peut-être celle-ci à l'occasion

jeudi 20 juillet 2017

Restauration


Voilà,
je suis passé l'autre jour à proximité de l'église Saint-Eustache, et j'ignorais qu'elle était en restauration. J'ai beau savoir que les échafaudages en trompe-l'œil sont financés par des grandes marques, cette juxtaposition a tout de même quelque chose de surréaliste voire d'absurde. D'ailleurs à propos de surréalisme et d'absurdité, on exhume aujourd'hui le corps de Dali pour en prélever son ADN.

mercredi 19 juillet 2017

Parvis de l'Hôtel de Ville


Voilà,
hier était un jour de grosse canicule. Je me suis promené, ai vu aussi quelques personnes que je n'avais pas croisées depuis longtemps. j'ai pris des verres en terrasse. J'ai traîné, vraiment traîné. Aujourd'hui il fait de nouveau frais, avec quelques rafales de vent. Ce qui me tourmente je ne peux le formuler publiquement. Alors je fais des photos avec frénésie. Pas très satisfaisantes pour la plupart. Pas très utilisables non plus pour des montages. Ce dont j'ai besoin je ne le trouve pas et je commence à douter de le trouver un jour.

mardi 18 juillet 2017

Coaching


Voilà 
un matin j'ai entendu à la radio quelqu'un dire qu'il fallait "révéler son hack et le pitcher en mode start-up", et j'ai constaté que je n'avais aucun avis sur la question. Quelques jours plus tard me promenant sur les quais de Seine, le spectacle d'une jeune femme accomplissant des exercices physiques sous la direction de son coach, m'a laissé perplexe. Je crois que j'ai définitivement un problème avec l'enthousiasme et l'adhésion aux valeurs nouvelles de ce monde. "La vraie vie est ailleurs" disait Rimbaud. Mais tout comme lui je n'ai pas trouvé où. C'est, vraisemblablement notre seul point commun.

dimanche 16 juillet 2017

vendredi 14 juillet 2017

Regarder passer le défilé


Voilà,
ce n'est pas d'une actualité folle, il s'agit du 14 juillet 1983. Ici ou j'ai déjà publié de semblables photos. Il y a longtemps que j'ai renoncé à photographier les spectateurs du défilé. Aujourd'hui ils doivent tous avoir des perches et des smartphones, enfin, je dis ça, j'imagine. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 12 juillet 2017

La guerre et après


Voilà,
trois ans jours pour jour que mon géniteur est mort. J'y repense forcément ces temps-ci, car je lis en ce moment le livre de Pauline Maucort intitulé "La guerre et après". Après tout je suis issu d'un accouplement où l'homme était en état de stress post-traumatique. A l'époque il n'y avait ni nom ni cure pour cette situation. La mère m'a raconté qu'à son retour d'Indochine, il s'éjectait du lit en hurlant comme s'il montait à l'assaut, et qu'il s'écrasait lamentablement contre le mur avant de s'effondrer en pleurs et gémir "ce n'est pas ma faute si on a perdu le Tonkin et la Cochinchine". Lisant les récits des uns et des autres, qui sont pourtant terribles, je ne parviens cependant pas à compatir. Ayant été éduqué par des militaires, je connais tous les codes de cette institution. Pendant dix-huit ans je les ai subis, j'ai dû plier sans jamais rompre, ruser, contourner, dépenser une énergie folle pour me soustraire de cette bêtise crasse qui caractérise la troupe et les sous-officiers. L'armée est une machine à soumettre, à décerveler. Elle exige de ceux qui la constituent une soumission totale où le simple fait de réfléchir constitue déjà en-soi un acte de désobéissance. L'armée a droit de vie et de mort sur chacun de ses sujets. Elle dresse les hommes à tuer soit-disant au nom de La Défense nationale, alors que depuis longtemps elle n'est qu'un instrument au mains des politiques qui la mettent au service de leur volonté de puissance et de leurs misérables stratégies pour s'inscrire dans l'Histoire. Je ne me suis jamais senti à l'aise dans cette organisation. J'en faisais partie malgré moi. "C'est l'armée qui te nourrit" me rappelaient avec insistance les géniteurs. Voilà pourquoi entre autre la soldatesque m'a toujours fait gerber. Celui qui m'a ensemencé, a fini par devenir très bête. Je ne sais pas comment il était avant, mais bon, quoi qu'il en soit l'armée rend con. Il faut être vraiment stupide pour s'engager et surtout rester dans une organisation où l'on a pour devoir d'aveuglément répondre aux ordres. Le pire là-dedans ce sont les caporaux, les adjudants, toutes cette masse de sous-fifres, la plupart du temps ignorants et prétentieux qui vous font marcher au pas. Crédules les mecs pensent qu'ils vont se battre pour l'honneur de la France, ou pour défendre la veuve et l'orphelin alors que la plupart du temps on les envoie dans des pays auxquels ils ne comprennent que couic pour défendre des intérêts économiques dont ils ne profitent jamais, ou servir des stratégies géo-politiques dont les tenants et les aboutissants leur échappent totalement. Mais à quoi bon reparler de tout ça. J'ai très tôt compris que cette affaire-là n'était pas pour moi, même si mes premiers terrains de jeu furent dans des enceintes militaires. Je n'ai jamais eu le goût des armes, du combat, de la violence. Grandir sous le regard d'un tueur professionnel ne m'a pas spécialement épanoui. Il fallait à tout prix prendre la tangente, affaire de salubrité mentale, instinct de survie. Il y a des déterminismes auxquels il n'est pas si simple d'échapper. D'ailleurs Patrick et sa sœur Patricia Sliwanski que l'on voit sur la photo ont fini dans l'armée, paraît-il. Pour vérifier j'ai fait une recherche internet. J'en ai trouvé un de 1955 (ça correspond) et puis quand on voit la liste des pays visités, Côte d'Ivoire, Gabon, Liban, Centrafrique, Djibouti, Serbie, Tchad, Togo, il n'y a pas besoin d'être une lumière pour deviner le métier de cézigue. Du stress post traumatique, il doit sûrement en avoir sa dose lui. Et parmi ses liens il y a un Xavier Sliwanski, son fils, lui aussi militaire. 

vendredi 7 juillet 2017

Polytechnique


voilà,
au début des années soixante-dix, dans le périmètre ceint par la rue Descartes, la rue Clovis, la rue du Cardinal Lemoine un bout de la rue Monge et la rue des Écoles,  j'habitais avec mes parents à l'Ecole Polytechnique sise en haut de la Montagne Sainte Geneviève dans un appartement de fonction situé sous les combles du bâtiment Boncourt qui abrite aujourd'hui le ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Dans sa première affectation là-bas, mon père était responsable du matériel. C'est lui qui s'occupait de tout ce qui concernait les travaux à l'intérieur de cette vénérable institution. Il avait donc des ouvriers civils qui travaillaient sous ses ordres. L'un deux, un peintre en bâtiment qui s'appelait Robert Dijoux (je ne suis pas sûr de l'orthographe de son nom) que je croisais de temps à autre dans le bureau de mon père situé dans un petit renfoncement peu après l'entrée du 17 rue Descartes, lorsque parfois j'allais le rejoindre en fin de journée à l'occasion d'un pot qui se tenait là avec ses employés. Dijoux, était un rouquin frisé avec des cheveux épais qui le faisaient ressembler au chanteur de Slade un groupe de rock de ce temps-là. Je ne sais pas pourquoi il s'était pris de sympathie pour moi et m'avait prêté des disques sans doute pour parfaire mon éducation musicale. Il était venu peindre ma chambre, et peut-être avait il remarqué que je ne possédais que très peu de vinyles. Je me souviens particulièrement de l'album "Between the buttons" et du premier Stones avec Route 66. Je ne pouvais imaginer alors que cet homme resterait inoubliable pour cette raison là. Peut-être aussi est il associé à l'odeur de peinture qui imprégna longtemps ma chambre. C'est lui qui était venu la repeindre, d'un bleu pétrole que j'avais choisi sur un nuancier, et qu'il avait pris tout de même soin d'atténuer.

mercredi 5 juillet 2017

Dormir pour oublier (23)


Voilà,
c'est  la ville où je vis. Le capitalisme post moderne — celui dont notre nouveau jeune président est l'ardent thuriféraire — génère toujours plus de misère. Il y a cinq ans, en revenant de l'esplanade du chateau de Vincennes où le candidat Hollande avait organisé un meeting de campagne, j'avais pris, Avenue de Paris une photo saisissante d'un homme abandonné. Depuis cela n'a fait qu'empirer. La fin du droit d'asile, elle n'est même plus aux frontières, elle est à l'intérieur du pays. Ce que l'on appelait autrefois les hospices où l'on offrait l'hospitalité et le soin aux indigents, les asiles où l'on accueillait les vieux ou les fous, sont en voie de disparition. Je sais que ces établissements n'étaient pas toujours reluisants, mais aujourd'hui l'abandon est total. Ce qui est terrible c'est qu'au bout d'un moment tous ces gens cadavérés, privés de leur statut d'êtres humains, eh bien notre œil les a intégrés dans le paysage urbain, il font partie de notre quotidien. On a appris à ne plus s'en émouvoir, à détourner le regard, car sinon la réalité serait insupportable. L'Etat souhaite la mort de ces gens qu'il considère comme des encombrants. Il n'a pas encore le cynisme de créer des déchetteries humaines, d'institutionnaliser et programmer la mort de façon rationnelle, alors il les laisse déchoir dans les lieux publics, offerts au regard de tous. Chacun use de stratagème pour se détourner de cette obscène réalité. On se concentre sur son smartphone, on reste, casque vissé sur les oreilles dans sa bulle en écoutant de la musique. Et  par les rues, les couloirs souterrains, nous cheminons honteux et impuissants devant ce qui est la représentation même du désespoir. Ceux-là ont lâché l'affaire depuis longtemps. Leurs corps est encore là, mais leur esprit est loin, anéanti. Dans les années soixante-dix, un petit livre était paru, intitulé "L'aventure est au coin de la rue". Aujourd'hui, au coin de la rue, c'est le Néant, l'image du Néant que l'on rencontre désormais quotidiennement.

lundi 3 juillet 2017

Montmartre au petit matin


Voilà,
le matin, avant que les touristes n'affluent, Montmartre ressemble à un village. Il y a cette terrasse sous la tonnelle que j'aime particulièrement pour le dépaysement qu'elle suscite. On semble ailleurs qu'à Paris et presque dans un autre temps. En plus le monsieur avec sa casquette et sa veste de charpentier qui passe dans le champ accentue l'effet rétro. C'est un lieu apaisant, il ne me rappelle rien de particulier, même si je l'associe sans raison à la terrasse du bar de Châteaudouble, dont je n'ai malheureusement pas de photo. Il me fait aussi songer à une idée du Montmartre de la fin du dix-neuvième ou du début du vingtième siècle ainsi qu'à l'adaptation de "écoutez la chanson bien douce" de Verlaine par Léo Ferré. En fait ce lieu me transporte. Le japonais dit "natsukashii" pour évoquer le souvenir paisible, la nostalgie heureuse. 





dimanche 2 juillet 2017

Menus détails (2)






Voilà,
dans le courant des années 2009 et 2010, j'ai frénétiquement photographié des fragments de surfaces de toutes sortes dont le caractère, flou, énigmatique m'intriguait. Je les transformais ensuite en faux polaroïds pour des raisons déjà expliquées dans ce blog il y a longtemps de cela. Retrouvant ces formats rassemblés dans un dossier, il me vient l'envie d'en faire une grande page. Je ne suis pourtant pas ce que la langue allemande désigne sous le nom de Korinthenkaker : quelqu'un obsédé par les détails sans importance. Le fait qu'ils suscitent parfois mon attention me rassure et m'apaise. Contrairement à ce qu'affirme un proverbe, ce n'est pas le diable qui s'y cache, mais au contraire un ange bienveillant qui me rappelle que la beauté peut s'offrir au cœur de toute chose

samedi 1 juillet 2017

Touristes au Trocadero



Voilà,
c'était dimanche dernier, le jour où je suis allé au Musée de l'Homme. L'esplanade du Trocadero constitue toujours un excellent terrain pour photographier des gens qui photographient  —ce qui permet de contourner les problèmes évoqués dans le post précédent. Je les ai longtemps observés me demandant s'ils étaient Indonésiens. Lorsque je l'ai interrogé, l'un d'eux m'a répondu qu'ils venaient de Malaisie. Sans doute à cause de leurs habits chics et colorés, j'ai supposé que dans leur pays ils appartenaient à la haute société. Le ramadan ayant pris fin la veille ils pouvaient enfin s'affranchir des rigueurs que leur impose la religion. La joie de ce groupe faisait très plaisir à voir, et particulièrement celle de cette petite fille. Quant à cette grande femme, tête nue vêtue d'un ensemble rouge et jaune, je lui trouvai beaucoup de classe et d'élégance, et une façon tout à fait délicate de se déplacer que la photo malheureusement ne peut restituer. Est-ce donc ce genre de féminité que le japonais qualifie de "utsukushi" ?

jeudi 29 juin 2017

Sainte-Anne



Voilà,
Quelqu'un m'a fait remarquer, il y a peu, que "j'avais un drôle de truc" avec les souvenirs. J'ai perçu dans son intonation comme une nuance de reproche. En tout cas une façon de prendre avec dédain, peut-être un léger mépris ou une vague condescendance ma propension à me laisser revisiter par le passé. Comme si c'était une tare, la manifestation d'un manque d'appétence pour la vie, comme si la vie devait se réduire uniquement au présent et à l'action. Je suis par nature plutôt contemplatif. J'aime beaucoup ne rien faire. C'est à dire remplir ce rien de pensées d'images de sensations. J'aime me promener, apercevoir, cueillir ces fractions de secondes sur lesquelles je pourrais faire mon miel de pensées et de songeries. Je ne vois pas la nécessité de s'agiter, outre-mesure. Ce qui m'intéresse c'est d'accueillir ce qui émerge en moi, à partir de moi. D'ailleurs avec les ans et l'usure ce n'est pas maintenant que je vais faire des extravagances. Mais pour en revenir à cette histoire de souvenirs, c'est aussi que ma relation au temps est très espiègle. Par exemple sur ce blog, il y a des parutions programmées pour plus tard et même bien plus tard, en un temps ou peut-être je ne serai plus, et d'autres qui n'apparaissent que maintenant et qui ont été rédigées il y a des semaines des mois ou des années. On n'est pas obligé de coller à l'actualité n'est-ce-pas ? Les moments d'autrefois, je ne les cherche pas, mais s'ils ressurgissent je les attrape comme le ferait un chasseurs de papillons. Qu'y puis-je s'ils se posent sur moi, s'ils reviennent, s'ils se manifestent, s'ils se représentent ? Je ne vis pas dans le passé, mais c'est le passé qui se réactualise, c'est comme ça. Là cette  photo c'est une affaire de permission. J'ai pris ce cadre à la sauvette. Comme je voulais faire un truc un peu mieux, j'ai demandé au pêcheur si je pouvais le prendre en photo et là je me suis pris un râteau. j'avais voulu essayer la technique de James Nachtwey — j'avais vu ça dans un documentaire à son sujet — qui demande gentiment aux gens ( là il s'agissait d'estropiés et de mendiants vivant près d'une voie ferrée en Inde) leur autorisation, et en général il semble plutôt bien accueilli. Je ne sais pas, peut-être que je n'inspire pas confiance, que j'ai une sale gueule ou que je ne sais pas demander sans avoir l'air de trop m'excuser, enfin bref, maintenant je ne demande plus. Je n'arriverai sans doute jamais dans ma vie, — sauf à tomber sur des exhibitionnistes — à faire, comme Peggy ces incroyables portraits de rue, où les gens regardent l'objectif en souriant. (linked with the black and white weekend)

lundi 26 juin 2017

Un Dimanche au Musée de l'Homme


Voilà,
le dimanche passé seul, à visiter des lieux inconnus, comme le Mona Bismarck American Center ; je suis resté un moment lire à l'ombre d'un grand platane dans le jardin où des chaises longues ont été disposées, ainsi qu'une terrasse de restaurant. Puis le Musée de l'Homme dans son nouvel agencement, absolument remarquable, où je ne tarderai pas à revenir, tant il est agréable d'y déambuler. Cette envie de nouveauté, d'étonnement liée sans doute au sentiment accru ces derniers jours de la fragilité de l'existence. Toute la journée cependant j'ai eu du mal à reprendre mon souffle et n'ai cessé de me sentir inquiet, oppressé. Il m'est de plus en plus pénible de vieillir dans un air vicié.

dimanche 25 juin 2017

Little Wing



Voilà,
 en allemand il y a un mot pour désigner cela : l'Ohrwurm, le ver de l'oreille : depuis quelques jours, "Little Wing" me hante, s'insinue dans ma tête, au matin lorsque je me réveille, dans la rue quand je marche, ou bien encore au musée comme ce fut le cas lorsque j'ai pris cette photo au Palais de Tokyo hier dans la soirée, au supermarché, ou encore lors d'une conversation. Parfois même exige d'être fredonnée  — fort mal, mais qu'importe — sur le vélo quand je me promène ou sur le balcon quand j'arrose les plantes. Aucune raison à cela.. Mon cerveau me joue des tours. il ne produit plus beaucoup de pensées. Il n'aide pas à la concentration. Il ne donne pas volontiers les mots. Il fait des fautes d'orthographe. Il bat un peu la campagne. mais il se souvient de cette version si pure si parfaite sur l'album "In the West" : Well she's walking through the clouds / With a circus mind / That's running wild  / Butterflies and zebras and moonbeams / And fairly tales / That's all she ever thinks about / Riding the wind / When I'm sad she comes to me / With a thousand smiles / She gives to me free / It's alright, she says /It's alright / Take anything you want from me /Anything / Fly on, little wing, 



samedi 24 juin 2017

Et que ça saute !


Voilà,
Hier soir, après avoir vu "Leo the last" de John Boorman à la cinémathèque, — film qui a tout de même beaucoup vieilli —j'ai un peu traîné dans les jardin de Bercy où j'ai photographié ces gens qui suivaient un cours de gymnastique collective. J'ai ensuite loué un vélib' et suis rentré à la maison. Aujourd'hui a été une journée bizarre, assez oisive. Je n'ai pas fait grand chose à part regarder ce matin le match des All Blacks contre la sélection des Lions Britanniques et irlandais, et quelques courses pour remplir le congélateur. En fin d'après midi, vu une expo sur les Dioramas au palais de Tokyo. Quelques photos. N'ai de la journée parlé à personne à part ma fille qui est venue manger des mochis glacés à la maison en début d'après-midi. Je dors mal la nuit, la journée je me fatigue vite. Je n'ai pas beaucoup d'envie, je ne parviens pas à me concentrer, bref je suis loin d'avoir l'énergie de tous ces gens.

vendredi 23 juin 2017

Travesti


Voilà,
cette photo prise en juin 2012, lors de la Gay-Pride, je l'ai retrouvée en regardant celles réalisées durant le printemps de cette année-là un peu avant et tout de suite après les élections présidentielles. Parcourir du regard toutes ces images donne la mesure du temps qui passe et suggère aussi de se livrer à un petit bilan personnel. Elles rappellent d'autre part, combien le désenchantement a été énorme durant ce quinquennat, et François Hollande incapable de porter un programme, d'incarner une vision, un projet qui eût donné quelqu'élan à ce pays, en particulier concernant la question sociale, si négligée. Nous étions pourtant plutôt heureux de nous être débarrassés de Sarkozy... Aujourd'hui, nous avons un jeune président, qui aura sans doute au cours de son quinquennat à faire l'éloge funèbre de deux de ses prédécesseurs, et vraisemblablement aussi de Johnny Hallyday de Charles Aznavour et de quelques autres auxquels je ne pense pas. Lui qui a été élu pour empêcher une fasciste incompétente d'accéder au pouvoir par une population qui ne croit plus en grand chose, en tout cas assez peu au discours de ses dirigeants et mandataires, souhaitons simplement qu'il soit à la hauteur de la mission qui est lui est confiée et s'il ne l'est pas, qu'il ne soit en tout cas pas aussi nul que son prédécesseur. (linked with The weekend in black and white)

mardi 20 juin 2017

Message dans une Bouteille


Voilà,
la chanson il s'en souvient bien sûr ! Certains paysages, des situations précises y sont associées. Il peut même convoquer les sensations qui étaient alors les siennes. Mais tout à coup il ne se rappelle plus le nom du groupe, un groupe de chanteuses noires pense-t-il avec une soliste connue qui a fait carrière plus tard sous son propre nom. Il ne cherche plus, il n'insiste pas. Cela lui arrive de plus en plus souvent. Il faut se faire une raison. Les noms échappent, est-ce pour cette raison qu'il se retranche de plus en plus du monde. Pour ne pas être pris en flagrant délit d'oubli. C'est comme cette personne dont le nom se dérobe bien qu'il la connaisse depuis des années et qu'il l'ait croisée il y a peu. Cela n'ira pas en s'arrangeant il le sait. De plus en plus souvent, Pierre Barbaroux erre dans un état cotonneux, comme si il était transparent, fantomatique, non pas avançant avec densité dans le monde mais pareil à une brume, un nuage. Autrefois il avait aimé ces états là, les recherchant même. À présent ils le perturbent. Comme si la vie ou la conscience d'appartenir totalement à la communauté des vivants se dissipait. Certains lieux, cependant demeurent pour lui comme des îlots. Il ne s'y perd jamais et les souvenirs viennent à lui précis, intenses. Et c'est comme s'il recueillait, sur une plage, une bouteille jetée autrefois à la mer par l'enfant qu'il fut il y a bien longtemps.

dimanche 18 juin 2017

Une Femme perdue


Voilà
comment ç'est arrivé : c'était il y a quelques mois déjà je suis sorti du métro Denfert, et là passant devant le café "Le Rendez-vous" j'ai aperçu Benoît en terrasse. Il m'a invité à m'asseoir à sa table, et comme ça faisait un petit moment que nous nous étions vus, on a commencé à se donner des nouvelles. En buvant mon spritz, j'ai remarqué cette femme étrange et belle avec son livre de photos sur Kennedy qui non loin semblait faire les cent pas. J'ai tout d'abord pensé que c'était quelqu'un qui avait un rendez-vous genre Tinder ou Meetic. Elle marchait de long en large devant le café. Je ne pouvais m'empêcher de la regarder du coin de l'œil. Elle m'intriguait vraiment avec sa fourrure son chapeau et son livre. Elle avait un certain style. Nos regards se sont croisés et là elle s'est approchée. Elle nous a dit qu'il fallait se méfier des réseaux sociaux et de l'internet. Oui bon d'accord. Et puis là, tout de go elle a commencé à parler de Giscard d'Estaing et j'ai soupçonné que quelque chose clochait. Quand elle a évoqué Guichard, Boulin, Chaban-Delmas et tout un tas d'hommes politiques dont peu de personnes désormais se souviennent, j'ai compris qu'elle était vraiment naze et coincée au début des seventies. Elle devait être sous médicaments et tout son discours était une sorte de délire paranoïaque et complotiste assez incohérent. Je faisais parfois quelques relances, histoire de ne pas la laisser parler toute seule. Benoît était visiblement gêné, et je sentais bien qu'il me désapprouvait. Il avait envie qu'elle se casse, moi aussi d'une certaine façon, mais au fond, peut-être que je la trouvais plus intéressante qu'il ne l'était. En fait j'ai continué la conversation pour pouvoir voler discrètement une image. J'ai cadré un peu à la sauvette avec mon IPhone, sans contrôler et fait quelques photos. Ce n'était pas fameux, à part celle-ci, certes un peu floue, mais qui me plaît tout de même. Evidemment au bout d'un moment elle délirait tellement qu'on s'est dit qu'il fallait y aller. On s'est poliment excusés, et puis on a pris la tangente chacun dans sa direction, la laissant seule à ses élucubrations.

vendredi 16 juin 2017

La Fin du Jour


Voilà,
il y a deux jours pour me changer les idées je suis allé, dans la soirée, du côté de l'île Seguin autrefois bastion ouvrier (puisque c'est là que se trouvaient les anciennes usines Renault). Tout a été détruit ces dernières années de sorte que plus rien ne subsiste de ce passé. François Bon en a fait état il y a quelques années dans son blog et dans des publications. A une extrémité de l'île, le réaménagement a commencé par l'édification d'une salle de concert, un fort beau bâtiment des architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines. Je crois comprendre que l'île sera transformée en un vaste espace culturel essentiellement subventionné par le département qui est un des plus riches de France, et par des fonds privės. Elle est reliée à Boulogne-Billancourt par une très belle passerelle sur laquelle des gens ce soir là pique-niquaient. Juste en face, Billancourt qui était autrefois une ville ouvrière a fait l'objet d'un réaménagement urbain. À présent une sorte de ville nouvelle pour des résidents de haut standing a été bâtie en lieu et place d'usines qui s'y trouvaient. J'avais en rentrant par ce côté l'impression de me retrouver, comme au sud de Manhattan, dans un ghetto de riches dont je n'avais pas soupçonné l'existence, car je ne viens jamais dans ce coin. Je crois que j'y retournerai pour observer cela plus attentivement. J'ai pris cette photo au crépuscule, depuis un jardin en terrasse qui surplombe la salle de spectacles dont on n'aperçoit ici que le sommet. J'aime l'aspect futuriste de l'image qui me fait songer à des couvertures de livres de science-fiction de mon enfance. (Linked with the weekend in Black and White)

mardi 13 juin 2017

La Forêt


Voilà,
de nouveau chercher du répit dans l'exploration des formes. Se contraindre à des thèmes. Varier les techniques. S'imposer des procédures à respecter. Entretenir le trouble sur la surface. Multiplier les pistes. Que l'image ait un statut d'énigme. Qu'elle ne se livre pas en entier. Qu'elle soit comme une forêt trouble où l'on désire cependant s'enfoncer. Qu'elle ait la densité d'un cauchemar d'enfant. Echapper aux histoires aux anecdotes. Suggérer un chemin. Un état. Une confusion d'états et de sensations mêlés. Qu'elle soit aussi comme un exorcisme.

lundi 12 juin 2017

Hornes

 

Voilà,
c'est en 1988, à Londres et cela faisait dix ans que Margaret Thatcher était aux affaires. J'étais allé passer quelques jours chez Katie O., une jeune et riche anglaise à la santé mentale un peu fragile, dont j'avais fait la connaissance à Paris qu'elle avait quitté précipitamment quelques mois auparavant. A Kensington Gardens, quartier chic non loin de Portobello Road, elle partageait avec une copine un superbe appartement que lui avait acheté son père alors directeur d'un grand journal économique. En un an elle avait triplé de volume. Sans doute que sa consommation de bières combinée à celle d'antidépresseurs devait y être pour quelque chose. Son frigidaire rempli de bouteilles et de canettes ressemblait à celui de la cuisine de Nathalie Baye dans le film "Notre Histoire" de Bertrand Blier. Je jouais à l'époque "Les derniers jours de l'Humanité" de Karl Kraus, et j'avais profité d'un trou dans la tournée — c'était, je crois, après les représentations au Théâtre de la Bastille — pour un faire un saut là-bas. Après une longue période de tristesse, je commençais à me sentir un peu mieux. Durant cet intermède j'ai beaucoup traîné avec mon appareil en bandoulière. Un soir j'ai chopé ça. Cette femme avec son casque et son carton. Je ne sais pas pourquoi je n'ai jamais publié ces photos auparavant.

samedi 10 juin 2017

L'Essai de Sonny Bill Williams


Voilà,
L'essai de Sonny Bill Williams lors du match opposant la franchise néo-zélandaise des Blues d'Auckland à la sélection des Lions Britanniques et Irlandais exprime à merveille l'idée du surgissement en ce qu'il peut combiner puissance et vivacité. Son sens de l'anticipation ce flair qui l'amène à choisir de s'infiltrer au cœur du groupe adverse pour conclure l'action sidère parce qu'il allie l'audace à l'inspiration. A ce niveau là, cela tient autant du geste artistique que de l'exploit sportif. Il y a dans ce plongeon pour aplatir le ballon dans l'en-but adverse, toute la grâce de l'instant. L'esprit de ce jeu si singulier qu'est le Rugby tient dans cette action : le dépassement de soi, l'abnégation, la prise de risque. Sonny Bill Williams, connu pour être capable de passer la balle dans n'importe quelle position, et surtout quand l'adversaire croit l'avoir bloqué lui, peut aussi, à l'occasion s'affirmer comme un redoutable marqueur aussi efficace qu'intrépide.