mercredi 26 avril 2017

Le Parc de la Villa Borghese


Voilà,
cette fontaine dans le parc de la Villa Borghese, où nous nous sommes, ma fille et moi, un moment reposés pour y faire une petite sieste, j'y repense quelquefois, comme à d'autres. Lieux où nous n'avons fait que passer, mais qui nous ayant un instant saisis, donnent à éprouver une fugitive sensation d'éternité.

lundi 24 avril 2017

Aventures dans les îles


Voilà,
j'ai du mal à faire le lien entre la silhouette de cet enfant qui porte en ceinture une cartouchière de l'armée, et ce que je suis à présent. C'est le même corps, la même personne. Est ce pour autant la même identité. C'est à cette époque, nous vivions alors à Châlons sur Marne, devenu plus tard Châlons-en-Champagne, que les parents avaient d'abord loué avant de l'acheter un poste de télévision Grammont, derrière lequel se trouvait un boîtier où il fallait mettre des pièces. Comme ils travaillaient tous les deux, je passais les jeudi seul. Je regardais à midi, en mangeant ce que ma mère m'avait préparé et qu'il fallait juste réchauffer, la séquence du jeune spectateur qui retransmettait des extraits de films et ensuite dans ls programme jeunesse de l'après midi "Aventures dans les îles" et "Ivanhoe" avec Roger Moore. Je me souviens aussi d'une série qui s'appelait "les hommes volants" ("The sky diver" en anglais) et qu'un des personnages s'appelait Ken Curtis (longtemps j'ai cru que c'était Ted Curtiss). Sans doute est-ce pour cela qu'à l'époque je me suis inventé un héros, une sorte de double imaginaire qui s'appelait Jim Curtiss et qui m'a longtemps accompagné. Mais pour en revenir à "Aventures dans les îles", ces paysages me fascinaient et les aventures du capitaine Troy constituaient un moment que je ne voulais en aucun cas manquer. C'est comme ça que j'ai appris l'existence des requins-mangeurs-d'hommes. Je ne peux écouter la musique du générique sans en être encore aujourd'hui bouleversé. 



dimanche 23 avril 2017

samedi 22 avril 2017

A ce jour à cette heure


Voilà,
à ce jour et à cette heure 
l'impression de me changer un peu plus en une ombre 
de ce que j'avais autrefois espéré devenir
(linked with the weekend in black and white)

mercredi 12 avril 2017

Beau Blaireau

Paris, Carrefour Vavin Notre-Dame des Champs
Voilà,
c'est une photo prise début Avril à Paris, au premier jour vraiment chaud de l'année. Un type se selfie (on peut bien s'autoriser l'usage du verbe selfier, tout le monde comprendra) devant une belle américaine des années cinquante évoquant celles que conduit Belmondo dans le Paris de "À Bout de Souffle" de Jean-Luc Godard. Il passe cinq bonnes minutes à trouver son cadre avec sa perche. Moi je traîne sans grande envie ni but précis, juste parce qu'il faut bien marcher et sortir. Cette rencontre entre deux objets si emblématiques de deux époques bien différentes – une vie tient entre l'apparition de chacun d'eux – m'amuse et me distrait. Et puis l'homme à la perche a vraiment ce qu'on appelait dans le courant des années quatre-vingts un "tronche de blaireau". J'écris ça du milieu de la nuit, quand, après vous avoir réveillé, les fantômes se rappellent à vos douleurs.

dimanche 9 avril 2017

Les Pensées confuses


Voilà,
parfois les pensées passent, confuses. Je voudrais formuler, ne serait-ce que pour moi ce que  je comprends, perçois, imagine du monde tel qu'il m'apparaît. Préciser les raisons pour lesquelles, j'agis ou n'agis pas en telle ou telle circonstance, transcrire ce qu'il m'arrive d'éprouver à certains moments. Mais les mots virevoltent, insaisissables comme ces papillons que l'on tentait d'attraper enfant, ou bien s'enchâssent les uns les autres. Tant de choses à peines projetées demeurent à jamais dissipées. Où vont elles les idées qui se perdent ? Et les rêves qu'on oublie ? Existe-t-il un Ailleurs, un univers parallèle où toutes les idées ici perdues finissent par se retrouver et prendre forme ? Il me semble que ma vie durant, je n'aurais fait qu'entrevoir des possibilités et que je serais resté au seuil d'une vaste maison dont je n'ai pas su faire ma demeure. Plus le temps passe et plus je me sens submergé par ce que je n'ai pas pu transcrire, exprimer, transformer de mon raport au réel ou à la réalité, on m'a expliqué plusieurs fois la différence je n'ai jamais en fait bien rėussi à comprendre ou à retenir cette subtilité. C'est un des problèmes, auxquels je me suis souvent trouvé confronté. : je perçois bel et bien la complexité, mais je ne suis pas suffisamment outillé pour en rendre compte. La raison pour laquelle sans doute j'ai recours aux images par nature superficielles puisqu'elles ne rendent compte que de la surface des choses, et dans lesquelles je trouve cependant quelque mystère quand elles restituent des ombres et des reflets.

vendredi 7 avril 2017

Bien des années après


Voilà,
ils vivent dans la crasse et la négligence d'eux-mêmes. Leur maison est un désordre qui confine au chaos. Finalement la saleté de leur pensée est là tout entière dans l'environnement qu'ils se sont fabriqué. Ils ont transformé leur milieu naturel en poubelle. La jolie maisonnette qu'ils avaient autrefois acquise, ils l'ont simplement souillée comme ils ont souillé tout ce qu'ils touchent et aussi tout ce qu'ils ont engendré. Ils détestent les noirs les arabes les romanichels tout ce qui n'est pas comme eux mais l'idée qu'ils se font des noirs des arabes et des romanichels ils l'incarnent au centuple. C'est cela qui les rend abjects et répugnants, c'est cette tranquille certitude d'être clairvoyants alors que tout en eux n'est que haine et aveuglement. Cette croyance prétentieuse cette fierté déplacée qu'ils incarnent n'est que la révélation obscène de leur bêtise. Toute leur vie ils ont prôné l'ordre, le maintien de l'ordre, affirmé fièrement leur appartenance à l'armée, leur unique famille, et leur allégeance au drapeau. C'est vrai que l'armée les a pris en charge, et leur a assuré l'ordre qu'ils étaient incapable de maintenir en eux.
Manger à leur table est une épreuve au regard de la pièce répugnante qui tient lieu de cuisine. La poussière se mêle à la graisse. Bafouées, les règles de l'hygiène la plus élémentaire. Tout est sens dessus-dessous, sur la table crasseuse. La viande du chien à côté des épluchures de légumes. Tout est coupé avec le même couteau. Et quand on nettoie c'est avec des éponges si repoussantes que vous êtes aussitôt saisi par une pressante envie de vomir. A quarante ans le cadet continue de prendre régulièrement ses repas avec eux. Il mange à l'oeil et porte son linge a laver. Si tant est que laver ait un sens en ces parages. A table le père et le cadet s'invectivent en écoutant les nouvelles de la télé pendant que la mère fait le va-et-vient entre la cuisine et la salle à manger. C'est un rituel immuable. Chacun y trouve son compte. Pour la mère, ce fils célibataire qui n'aura pas de postérité reste sous sa tutelle. Tant qu'elle le nourrit il demeure sa chose, et ainsi sa vie a un sens. Quant au père il a encore quelqu'un sur qui asseoir son autorité. Cela distrait ces vieux parents de l'ennui et de l'agacement réciproques qu'ils éprouvent quand ils se retrouvent seuls en tête à tête. Ah oui, il y a aussi dans cette maison un ordinateur que personne ne sait vraiment faire marcher. Il est à espérer qu'il y ait moins de virus en circulation entre ces murs que dans le disque dur de la machine. L'aîné ne vient que très rarement. Il regarde cela avec consternation. C'est donc de cela qu'il vient. Il y a en lui, peut-être l'effrayante possibilité de devenir tôt ou tard de la sorte. Ça l'inquiète et le dégoûte à la fois. Cette angoisse et cette honte, et certaines images le poursuivront jusque dans son sommeil, demeurant encore présentes bien des années après. (linked with The weekend in black and white)

jeudi 6 avril 2017

Surprises



Voilà
pourquoi j'aime la vie : pour des journées comme celle d'hier où il y a eu de bonnes surprises. Ainsi la présence de Gao Bo et de son commissaire d'exposition à la Maison Européenne de la Photographie où je venais découvrir cet artiste que je ne connaissais pas. Ce fut donc une visite guidée dans ses pas et ses paroles et la découverte d'une œuvre puissante et essentielle. Par instants, alors qu'il nous parlait il m'est arrivé de croiser son regard, le regard d'un authentique génie. Il faut que je laisse infuser toutes les émotions éprouvées durant ce parcours avant d'en reparler, si toutefois j'en suis capable. Et puis le soir dans le train il y eut cette apparition, absurde et dérisoire, mais qu'il eût été dommage de laisser passer. J'ai discrètement fait plusieurs photos avant d'obtenir un cadrage satisfaisant. Est ce pour cette raison que cette nuit j'ai rêvé que je passais, en dépit de mon arachnophobie et sans même être effrayé du danger que je courais, un temps fou à tenter, sans pour autant parvenir à être satisfait du résultat, de cadrer dans un vaste appartement bourgeois meublé très sobrement, une mygale grosse comme un poing.
J'écris à présent cela en entendant à la radio la bande originale du film "Barry Lyndon" de Stanley Kubrick, qui m'émerveille toujours autant, mais qui me rend un peu nostalgique de cette époque où, dans la force de la vie, bien plus de choses qu'à présent m'étonnaient ; tout était découverte et me semblait riche de possibles. L'ennui même avait plus de consistance. Alors qu'aujourd'hui avec un corps souvent empêché qui cependant frémit des mêmes impatiences, il me faut composer, négocier, pactiser. Désormais je me dois à la vigilance car parfois le danger peut, simplement parce que mon temps de réaction est devenu plus long, surgir où il n'existait pas auparavant. Je ne cours plus après un bus, je renonce à passer au feu orange. Je commence à considérer certains escaliers avec circonspection. Et j'en passe. S'accommoder d'une multitude de menus inconvénients apparus peu à peu sans que je ne le réalise exige une forme de sagesse nouvelle où l'acceptation  — à ne pas confondre cependant avec la résignation — tient une grande part. Moi qui n'ai jamais pris le temps de devenir adulte, me voilà sommé de songer à la vieillesse et d'admettre non sans un certain vague à l'âme que dorénavant il y aura plus de dernières que de première fois. Aussi toute heureuse surprise est bienvenue, et des bonheurs les plus simples je fais mon miel.

mercredi 5 avril 2017

La Beauté


Voilà,
"La beauté est le nom qu'on donne à ce qui n'existe pas,
que je donne aux choses en échange du plaisir qu'elles me donnent.
Elle ne signifie rien"
                                                                             (Fernando Pessoa)

mardi 4 avril 2017

Un Air de Printemps au Jardin du Luxembourg


Voilà,
un air de printemps au jardin du Luxembourg qui me rappelle ce temps ou je le traversais en fredonnant "love her madly" des Doors.. j'avais 16 ans... C'est près du grand bassin que nous nous donnions rendez-vous avec Agnès, au premier temps de notre amour, lorsque nous habitions encore chez nos parents. Quelqu'un a dit que toute photo lutte contre le passage du temps. Je ne sais pas quel temps je préserve avec celle-ci. Celui de ma fille, sans doute, qui va sur ses 16 ans et retrouve désormais ses copains dans ce même jardin, alors que moi, je n'y marche plus d'un pas aussi allègre qu'autrefois.

dimanche 2 avril 2017

La Déception

Esplanade de Vincennes, Avril 2012
Voilà,
je regarde des photos de la période précédent la dernière élection présidentielle. Je m'étais rendu à quelques meetings de droite et de gauche pour y faire des images. Bien sûr je m'étais plus reconnu dans ceux qui s'étaient rassemblés à Vincennes que dans la bourgeoisie concentrée place de la Concorde. A Vincennes, ceux qui voteraient à gauche manifestaient une espérance nouvelle. Ils escomptaient de ceux à qui ils destinaient leurs suffrages qu'en retour on les prendrait en considération. Certains espéraient ce moment depuis dix-sept ans. Ils y croyaient. Même si j'avais du mal à adhérer à leur enthousiasme — c'est un problème croire n'est pas mon fort — je me reconnaissais dans leurs façons d'être, de se vêtir, dans leurs regards et parfois leurs sourires. Je me sentais quoiqu'à la marge, appartenir à leur communauté, du moins en partager la plupart des valeurs. J'étais comme eux, je faisais partie de ce qu'on nommait autrefois le peuple. Ceux qui n'ont pas de privilèges, qui sont obligés de veiller à ne pas s'endetter, qui sont contraints à la frugalité, à la prudence, et doivent supporter beaucoup de contrariétés. Sur l'image l'écran indique que la foule est nombreuse. Elle attend quelque chose du futur qui vient, elle est persuadée que les choses vont bouger, que le rapport de force avec le patronat va se rééquilibrer. (Je crois me souvenir qu'il y avait des choses comme cela qui se disaient). 
Il y avait aussi cette envie d'en finir avec un président agité, vindicatif et méprisant, vulgaire et affligé d'une mentalité de petit parvenu. Les gens aspiraient à être gouvernés par quelqu'un qui les comprendrait, proche d'eux. Alors ce petit homme replet, sans grand charme ni charisme, un peu bobet avec son air de notable de province et son nom de pays étranger, mais bon, pas vraiment antipathique malgré tout, ce n'était pas brillant mais ça pouvait bien faire l'affaire. Pour ma part, en proie à une crise d'optimisme totalement délirante, je supputais que peut-être il trouverait dans sa nouvelle fonction, un élan nouveau, une capacité à se hausser et à gagner en densité. Au lieu de quoi on eut juste droit à un nigaud satisfait de prouver à son ex-femme qu'il était capable de faire mieux qu'elle. Et puis très vite il fut clair que cet homme en accédant à la plus haute fonction avait aussi atteint son seuil d'incompétence En même temps que son absence d'audace et de courage, son incapacité à s'affirmer, se dévoilèrent aussi sa lâcheté, ses reniements, sa mollesse, sa bêtise. Son aspect tantôt Bouvard tantôt Pécuchet achevèrent peu à peu de le rendre ridicule. A peine au pouvoir il se préoccupait déjà de sa possible réélection en se livrant à de mesquins calculs de boutiquier, comptant sur la montėe en puissance de l'extrême droite. Une vision politique relevant de la myopie. Nulle perspective. Tout à court terme. La sortie sera misérable et vouée sinon à l'opprobre du moins au dédain, à la moquerie voire au mépris. Aujourd'hui ce peuple déçu et abandonné se désagrège pour se constituer en fractions partisanes. Chacune d'entre elles alimente, en s'efforçant de croire en un miracle, les ambitions aveugles de leaders peu soucieux au fond, des citoyens qui les soutiennent, préférant la division à l'union. On se crispe sur des certitudes sans lendemain. Certains prennent des postures radicales, mais ce ne sont que des postures. De toute façon, ces leaders politiques, quand les choses tourneront mal dans ce pays, auront les moyens de le quitter pour se parer du prestige des exilés. Ils veulent se mesurer à l'Histoire et se payent de mots. L'homme des foules, lui c'est au quotidien qu'il s'affronte, et les mots souvent lui manquent pour exprimer son désarroi. Parfois il redoute le pire. Il se dit que ce n'est pas possible. Pas ici. Mais il n'en est plus tout à fait certain. 

samedi 1 avril 2017

Pesanteur


Voilà,
un instant, j'ai été cette enfant. Un instant j'ai ressenti cette pesanteur du dimanche matin, quand vous êtes obligée d'accompagner les parents qui ont décidé de retrouver leurs amis sur la péniche alors qu'il aurait été tellement préférable de paresser dans son lit ou d'aller chez une copine. Ils parlent entre eux d'histoires de grandes personnes, ils prononcent tous ces noms qu'on entend souvent à la télévision, parfois ils parlent de la présidentielle, ils en parlent beaucoup, de l'avenir aussi ils disent c'est effrayant ou alors on verra bien, ou bien encore on n'y peut rien, parfois ils semblent s'énerver, certains disent que de toute façon on est baisés et comme ils le disent ça n'a pas l'air bien d'être baisé alors autant sortir, de toute façon on n'existe pas pour eux, c'est bien la peine d'être là, dehors il y a de gros oiseaux comme ceux qu'on voit en bord de mer, et des pigeons des cygnes aussi et des passants qui se promènent en famille et qui ont l'air tranquille. Et l'on se dit que ça serait bien d'être quelqu'un d'autre et d'avoir une autre vie.

vendredi 31 mars 2017

Sens interdit



Voilà,
ce qui fait qu'une photo me semble intéressante, je ne le sais pas vraiment. Celle-ci, je l'ai prise parce que je me sentais tout à fait étranger à ce paysage urbain. C'est une partie de Paris où je ne me rends que très rarement, et lorsque j'y vais c'est un peu une corvée. Pour moi, c'est à l'autre bout de la ville. Ensuite l'aspect décrépit de ce bâtiment voué à une destruction prochaine avec cette affiche en trompe-l'œil dans l'embrasure d'une porte condamnée, m'a retenu comme autrefois les bâtiments en ruines du quartier où j'habite depuis longtemps et qui a été totalement reconstruit dans les années 80. La photo a toujours à voir avec ce qui apparaît-aussitôt-disparaît et donc avec l'occasion qui jamais plus ne se reproduira telle quelle. Et puis cet instantané, je l'aime autant pour l'état dans lequel je me trouvais (l'Einstellung dont parle Wenders), mélange, ce jour là, de fatigue et de félicité, que pour le jeu des lignes et les détails que j'y vois et me paraissent absurdes. En outre, cette image, je l'ai immédiatement imaginée en noir et blanc, c'est à dire que j'ai anticipé le rendu de la composition, la transcription possible de ce que je voyais tout en appuyant sur le déclencheur. Peut-être la réalité rejoignait elle simplement quelque chose que j'avais déjà en tête, la sensation que tout ce que j'aperçois désormais relève des "pictures of the gone world", titre du plus célèbre recueil de poèmes de Ferlinghetti, qui m'a par ailleurs toujours fasciné, même si ce n'est pas le monde qui s'en va, mais moi qui, à plus ou moins brève échéance, serai inévitablement amené à le quitter. Linked with the weekend in black and white)

mardi 28 mars 2017

Sombre Reptile


Voilà,
la vie moderne, avec les machines qu'elle met à disposition permet de supporter les insomnies, du moins de les rendre un peu productives. De la nuit parfois, émergent des créatures monstrueuses comme surgies d'un âge antédiluvien. Il en est qui me rappellent celles que peignait Gérardo Chavez, un peintre péruvien dont j'avais découvert les œuvres à la Galerie Jean-Claude Gaubert vers 1973 ou 1974. C'est l'époque où j'ai commencé à oser franchir le seuil des galeries. J'avais même été lui rendre visite dans son atelier situé dans un immeuble du Boulevard Brune, près de la porte de Vanves. Le fait qu'il fut étranger, me rendait peut-être plus facile la rencontre, je ne sais pas. Il m'avait offert un livre où étaient reproduits quelques uns de ses pastels, et m'avait fait un dessin sur la page de garde. Bien sûr je le possède toujours. Consultant ce catalogue j'y trouve à la fin, un poème qu'il a écrit et que j'avais oublié : "Rappelons nous du grand sommeil. Nul ne pourra te séparer de ces fantômes dans ton propre miroir, spectateurs des autres, refusant ta douleur. Née comme un rêve de batailles, infatigable résurgence des tréfonds, la forme s'épanouit." 



vendredi 24 mars 2017

Monde Ancien


Voilà,
c'était il y a longtemps, un hiver, à Gray (Haute-Saône) dans un dépôt de locomotives et de michelines abandonnées. Ensevelis sous la neige les vestiges d'un monde ancien. je ne suis jamais retourné là-bas, mais déjà au début des années quatre-vingt-dix du siècle dernier, cette ville autrefois prospère (jusqu'à 1918, cela avait été un port fluvial important en France) dont la population ne cesse depuis de vieillir et de décroître donnait l'impression d'être en grande déshérence. J'ai passé beaucoup de temps et fait quelques photos dans cette gare abandonnée avec ces machines qui ressemblaient à celles du train électrique de mon enfance... (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 22 mars 2017

the gay deceiver


Voilà,
il y a une photo de Weegee qui s'appelle "The gay deceiver" et j'ai toujours été frappé par le fait que l'homme en question ressemblait à mon père jeune. Bien sûr ce dernier n'est jamais allé aux Etats-Unis (les seuls voyages qu'il a faits lui étaient "offerts" par l'armée). Celles qui est en haut a été prise quelques temps avant son mariage vraisemblablement dans le courant de l'année 1953. Il fait le pitre, il ne sait encore rien de la guerre pour laquelle il va partir début 54 huit jours après son mariage. Il est jeune et insouciant. Il doit souvent rire bêtement à des blagues triviales. Sur cette photo trouvée parmi d'autres entassées pêle-mêle dans une vieille boîte à biscuits en fer blanc, la ressemblance avec mon frère cadet est assez frappante, en particulier quelque chose dans la bouche. Je ne sais pas qui est cette femme plutot moche avec laquelle il danse.


lundi 20 mars 2017

Officiellement c'est le printemps


Voilà,
il paraît qu'aujourd'hui c'est le printemps. Il faut se méfier de ce que l'on essaie de nous faire croire. Tout à l'heure en sortant de la maison de la radio où je suis allé enregistrer un voice-over, je supportais bien ma parka et sa doublure en polaire. Bien que je n'avais guère envie de traîner à cause d'un petit vent froid, j'en ai tout de même profité pour faire quelques photos avant de retourner à la maison. J'aime bien cette perspective de la tour Eiffel. Les rails, les tours du front de Seine, les passerelles et les poteaux métalliques. Ce n'est pas que je trouve ça beau, mais il y a une âpreté séduisante dans cette vue de la tour qui n'est pas celle des cartes postales. Ce cadre bien sûr, je l'ai déjà pris plusieurs fois, sous des lumières différentes. Mais là, il y a une certaine gravité, quelque chose de gris et de menaçant qui s'accorde bien à ce que je perçois des temps obscurs que nous traversons. Parce que c'est sûr qu'on ne va pas trop se poiler dans les semaines qui viennent. On va en entendre des conneries et des promesses et des déclarations péremptoires. Et je crains que les mois suivants risquent d'être un sacré foutoir, en tout cas pas très favorables aux flâneurs de mon espèce. Ce n'est pas que je me complaise dans les humeurs sombres, mais tout de même il n'y a pas beaucoup de motifs de se réjouir non ? Ah si j'en ai entendu une bonne à midi sur la chaîne culturelle. Dupont-Aignan, ce politicien qui ne cesse de se plaindre de n'être pas considéré comme un grand candidat a, paraît-il annoncé dans son programme, qu'il souhaitait envoyer les français islamistes qui ont combattu en Syrie aux Iles Kergelen. Déjà, je ne sais pas combien de maçons accepteraient d'aller se geler les burnes pour y construire un bagne, mais en plus je ne suis pas certain qu'il y a beaucoup d'amateurs de vent de pluie et de froid qui accepteraient d'aller faire les garde-chiourmes là-bas.

dimanche 19 mars 2017

Café Campana au Musée d'Orsay


Voilà,
"il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente", c'est la phrase gravée au dessus de la porte cochère du quai Bourbon sur l'île Saint Louis où Camille Claudel avait son atelier. J'y songeais dans le cadre pourtant paisible du Café Campana situé tout en haut du musée d'Orsay. Cette phrase je pourrais la faire mienne tant il me semble être depuis longtemps dans cette disposition d'esprit. Qu'est-ce donc que cette absence pour moi ? Vraisemblablement, cette période lointaine, où sans pensée conceptuelle, alors que je n'étais qu'animal je me suis éprouvé sans aucun effort comme accompli Oui, il y eut donc un temps où je n'étais que perception pure, accord parfait avec le monde, conscience sans entrave. Le tourment tient au fait que jamais plus cela ne sera. Bien sûr, et c'est une chance, cette sensation fantôme, si lointaine, affleure en de rares moments, ou plus précisément ressurgit parfois de façon trop fugitive, dans ce corps, ce même corps pourtant si différent alors, qui ressentait ne faire qu'un avec le monde. Mais si cela revient parfois, c'est seulement comme un écho ténu, une trace ineffable pareille à un léger cirrus qui s'évanouit dans le bleu du ciel, ou à un parfum qui ne fait que passer et se dissipe aussitôt. Ce qui s'absente de nous à un moment de notre vie, et ne cesse ensuite de tourmenter les êtres doués de sensibilité, c'est l'innocence, l'innocence des bêtes que nous étions encore avant que ne viennent les mots.

mardi 14 mars 2017

Paradoxe


Voilà,
de bon matin à La Défense, sur un écran géant est projeté le trailer du film "Patriots Day". On y aperçoit des personnes couchée à terre, certaines blessées. "Multiples explosions, on a besoin d'aide" est-il écrit sur la bande de surtitrage. En-dessous des femmes passent, se rendant sans doute à leur travail. Un SDF assis sur les marches fait la manche ou ne fait rien. Outre l'obscénité de transformer en spectacle les catastrophes récentes, l'industrie du divertissement n'hésite pas à en faire la promotion sur les lieux mêmes où de possibles attentats sont à craindre. C'est en effet ici après les massacres de Novembre 2015 à Paris, que devait avoir lieu un autre projet criminel qui avait été découvert juste à temps. D'ailleurs, ce n'est jamais sans une certaine appréhension que je me rends là-bas, quand il s'agit pour moi d'y travailler.

samedi 11 mars 2017

Rosée du matin


Voilà,
en d'autres temps j'aurais pris un livre de chevet. Là, après m'être absorbé dans la contemplation de l'ombre de la rosée du vasistas projetée sur le mur, je me suis attardé sur le blog d'E. que je ne connais pas, mais dont les textes et les citations m'intriguent. Une petite allusion à la fermeture des magasins généraux me fait comprendre qu'elle est paloise. Peut-être nous sommes nous déjà croisés sans le savoir quand je m'y rendais si regulierement l'été. C'est une ville où j'aurais bien aimé me retirer. Mais je ne me retirerai vraisemblablement jamais nulle part. Je continuerai vaille que vaille. Il n'y aura pas de répit. C'est comme ça pour les cigales. Donc, j'ai cheminé à rebours traversant quelques mois de son existence. J'ai retrouvé l'odeur des vieilles cuisines, les senteurs des sentiers pyrénéens, le vent du grand large sur les chemins côtiers, repensé à l'école de mon enfance landaise où la vie s'écoulait apaisée et riche de possibles. Pendant une petite heure j'ai voyagé entre curiosité indiscrétion et nostalgie imaginant parfois une possible autant qu'improbable amie (paradoxe de ces étranges objets que sont les blogs, publications à la fois intimes et extimes qui nous rendent familiers des inconnu.e.s parfois très lointains) en passant de page en page comme un promeneur qui chemine dans le lit d'un calme torrent l'été et saute de rochers en rochers (Ah les excursions estivales dans les gorges de la Nartuby avec Agnès, Gérard, Delphine et Didier). Ces dérives dans les blogs des autres me plongent parfois dans la vertigineuse rêverie des virtualités inaccomplies. Ainsi sans doute à l'heure présente serais-je autre, ailleurs c'est certain et peut-être même d'une matière différente si un soir, autant par désœuvrement que par devoir, je ne m'étais rendu dans ce théâtre pour y assister à un spectacle dont je ne pouvais imaginer qu'il influerait à ce point sur le cours de ma vie.

vendredi 10 mars 2017

Boire à la Source voluptueuse d'Autrefois


Voilà,
Je me réveille et aussitôt je mets France Musique. Le trio Altenberg joue des pièces de Mendelssohn pour piano, violon et violoncelle. Je ne connaissais pas, c'est beau. Je pourrais me rėjouir de cette trouvaille que cela soit mon bonheur du jour et m'en satisfaire. Parfois j'essaie de croire que la musique va me protéger du monde, des mots, de toutes ces conneries propagées à longueur de journée sur les ondes et les medias de toutes sortes, qu'il va m'être possible d'échapper aux prises de positions des uns et des autres. Mais je suis à la merci des réseaux sociaux (que je consulte tout de même sachant pourtant qu'ils sont aliénants et déprimants) autant que de ma propre conscience historique : je sais que dans les années trente à quarante, la musique ne protégeait de rien. On interdisait de jouer Mendelssohn en Allemagne au prétexte qu'il était juif, et dans les camps de concentration on faisait interpréter la grande musique allemande par des orchestres de déportės avant de les gazer. Je voudrais me soustraire à la bêtise politique et plus généralement à la cruauté du monde et au pressentiment des temps obscurs qui semblent s'annoncer. Mais je sais que c'est illusoire. Tout comme échapper aux pensées morbides parce que de plus en plus de gens qui furent plus ou moins proches à différents moments de ma vie disparaissent ou sont très malades. Et les douleurs de mon corps dont je ne sais si elles sont prėoccupantes ou normales, d'elles aussi je me passerais bien. En ce sixième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, je ne parviens pas à songer à l'avenir avec sérénité ou même indifférence. Je ne parle pas du mien, mais de celui de ma fille et des enfants de mes amis. Je dois avancer vers ma vieillesse incertaine avec toutes ces inquiétudes. Le monde que j'ai connu s'effondre, tout comme disparaissent les valeurs qui m'ont en partie constitué. La nation où j'ai grandi semble renier sa devise inscrite au fronton des mairies. La radio continue de diffuser des pièces de Mendelsshon, ce sont les romances sans paroles pour piano seul. Il faut que je me lève, que j'aille travailler. Me reviennent en mémoire, sans que je puisse me l'explique des choses vues et entendues il n'y a pas si longtemps qui demeurent effrayantes. L'homme par exemple croisé il y a deux ans près de la gare Montparnasse alors que non loin les cheminots défilaient pour leurs revendications. Il disait à son copain que lui il avait deux modèles dans la vie : Hitler et Napoléon. Je m'étais mêlé à la conversation et lui avait demandé un peu plus sur Hitler, il m'avait expliqué que Hitler était un grand homme parce qu'il avait rétabli la situation économique dans son pays en 5 ans. Là je m'étais senti impuissant devant la force brute de la connerie. Mes livres, ma bibliothèque ma faculté d'analyse, ne m'étaient d'aucun secours. J'avais bien tenté quelques arguments mais aussitôt j'avais renoncé. Une sorte d'accablement m'avait envahi, comme lorsque j'avais vu dans ma rue ces deux noirs s'engueuler. L'un vêtu d'une combinaison verte de la mairie de Paris essayait d'empêcher l'autre au volant d'une BMW de se garer sur une place réservée aux handicapés. Le conducteur avait traité l'employé de la ville de pauvre nègre bon qu'à ramasser les poubelles. J'avais observé ça un peu interdit. Aujourd'hui, dans ce pays près de cinquante pour cent des gens hésitent dans leur choix entre deux d'escrocs, tous deux à la tête de partis devenus quasiment maffieux. Ce qui reste de la gauche se déchire malgré la consternation des quelques qui s'y reconnaissent encore. Les sociaux démocrates se laissent se jettent dans les bras d'un jeune arriviste qui dit tout et son contraire, et qui est l'otages des banques, et des grands industriels. Le fascisme n'est même plus rampant, il s'affiche sans complexe  dans les commisssariats, et dans les émissions de la télévision publique. Parfois, j'ai l'impression que je vis dans un monde en train de sombrer irrémédiablement dans le chaos et le non-sens. Je voudrais retourner à Venise, "boire à la source voluptueuse d'autrefois" comme l'a si joliment écrit Thomas Mann (Linked with the weekend in black and white

mardi 7 mars 2017

Quai St Michel


Voilà,
c'est un petit rituel depuis que je tiens ce blog : chaque année j'annonce l'éclosion de mon forsythia. Dans le milieu de l'après midi, il était tout fleuri. Je n'y avais pas vraiment prêté attention ces jours derniers. J'ai la tête ailleurs. Ou bien nulle part. Quoiqu'il en soit c'est la première fois que ses petites fleurs jaunes apparaissent aussi tôt dans l'année. Et chaque chaque fois à cette occasion je repense aux routes des Landes jaunies par le pollen des genêts. Sinon aujourd'hui je me suis promené du côté de l'île St Louis après être allé voir une exposition sans grand intérêt au Musée Cognacq-Jay où je n'étais encore jamais venu. Au retour je suis passé devant la maison où vécut Vladimir Jankélévitch, 1 quai au fleurs sur l'île de la Cité. Il y avait, en dépit du ciel couvert, un petit air de printemps dans l'air. J'ai poursuivi jusqu'a Saint-Michel et vu au passage cette pub au cul d'un bus. Il n'y a pas que Notre-Dame et les bouquinistes. C'est aussi ça Paris, de nos jours. La vulgarité s'affiche partout. A la veille du 8 Mars journée internationale du droit des femmes, on se rend compte que cette cause est encore et  plus que jamais à défendre.

vendredi 3 mars 2017

L'après-midi du premier jour


Voilà,
c'était l'après-midi du premier jour, l'étonnement d'être à nouveau là, après tant d'années. Un peu hébété, à cause du voyage, ma fille à mes côtés. Heureux, mais toujours ce fond de mélancolie teinté d'une vague inquiétude qui jamais ne me quitte. Très vite nous nous sommes éloignés de la foule, vers les petites rues, filant vers le Castello où nous avons senti la nuit tomber alors que nous abordions une piazetta non loin de Santi Giovanni e Paolo. On ne se perd jamais dans Venise, on s'égare. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 1 mars 2017

Tentation de Saint Antoine (4)


Voilà,
je continue avec mes tentatives de "Tentation de St Antoine". Je recommencerai tant que je pourrais. C'est un motif d'exploration intéressant dont pour le moment je ne me lasse pas. Pour suggérer les visions à connotation sexuelle qui assaillent et submergent le Saint, l'utilisation du procédé de l'image cachée dans l'image rend plus encore prégnante le caractère incertain et obsédant de la vision. Il permet en outre de jouer sur l'illusion que le paysage tout entier devient l'objet d'une hallucination. Dans ma jeunesse, j'ai passé de nombreuses heures - et parfois sous influence - à contempler la reproduction de la tentation peinte par Grünevald, qui selon moi est de loin la plus réussie, en particulier grâce à ses monstres, même si celle de Jérôme Bosch est aussi très impressionnante. Je me suis d'ailleurs souvent demandé si les farines de seigle avec lesquelles on fabriquait le pain, et qui sans doute étaient souvent contaminées par un champignon parasite dont les effets sont comparables à ceux du LSD, parce qu'ils en contiennent le principe actif, ne sont pas la cause de ces représentations monstrueuses, si fréquentes au moyen-âge en particulier pour décrire les enfers aux frontispices des cathédrales, ou sur les gargouilles. La version que je propose là s'inspire d'un tableau observé il y a quelques temps à la Ca' Rezzonico de Venise, dont j'ai plus ou moins reproduit le personnage central.

lundi 27 février 2017

La solution classique, éprouvée.


Voilà,
"L'humanité ne m'intéressait pas, elle me dégoûtait même, je ne considérais nullement les humains comme mes frères, et c'était encore moins le cas si je considérais une fraction plus restreinte de l'humanité, celle par exemple constituée par mes compatriotes, ou par mes anciens collègues. Pourtant en un sens déplaisant, je devais bien le reconnaître, ces humains étaient mes semblables, mais c'est justement cette ressemblance qui me faisait les fuir ; il aurait fallu une femme, c'était la solution classique, éprouvée, une femme est certes humaine mais représente un type légèrement différent d'humanité, elle apporte à la vie un certain parfum d'exotisme.". J'ai trouvé ces quelques lignes dans le dernier livre de Michel Houellebecq, "Soumission" dont la fable de politique fiction ou d'uchronie est une pochade plutôt ratée, dont rétrospectivement on comprend assez mal le tintouin qui en a été fait. Ou plutôt on réalise à quel point, cet auteur et sa production sont devenus un produit marketing, qui à ce titre, a rencontré son époque avec le massacre du 7 Janvier 2015,  jour de parution de ce livre, quand fut décimée la rédaction de Charlie-Hebdo, et tués des citoyens français d'origine juive dans un hypermermarché casher par des extrêmistes musulmans. Mais restent cependant quelques passages tout à fait réjouissants quand il évoque les universitaires, parle de Huysmans, ou encore lorsqu'il décrit les comportements de son héros, frustré dépressif misanthrope et sexiste. En fait une fois de plus, il brille surtout par sa description cynique de ce qui régit les rapports des hommes et des femmes dans la France de ce début de millénaire (d'où cette image de couple pour illustrer cette publication) et par la peinture des relations professionnelles entre "collègues" ou "collaborateurs". J'en citerai vraisemblablement d'autres dans les semaines à venir.

samedi 25 février 2017

Dans la Muqueuse du Sommeil


Voilà,
des mondes émergent de l'infra-nuit, des yeux paysagent et babouinent dans la muqueuse du sommeil. Vieux chiens au regard torve, qui glaçaient autrefois les enfants d'effroi, à présent les araignées vous ont mangés. Je les devine qui se crocodilent sous les lichens crabent dans les mousses, ou se dissipent dans le soyeux dessin d'une aile de papillon. Songeant aux temps obscurs où ils n'étaient que larve ou pourriture, les amants se murmurent de tendres obscénités. Le printemps darde sur les tiges. Mords ma chair je te l'offre please mange ma prière.

mercredi 22 février 2017

Étrange Sensation


Voilà,
étrange sensation, s'endormir dix minutes à peine se réveiller saisi par l'inquiétude d'être en retard en songeant qu'on est déjà le lendemain matin. La qualité du soulagement qui s'ensuit. Comme si on avait tout à coup gagné beaucoup de temps au cours de cette journée, alors qu'on n'a fait que s'abîmer dans un sommeil compensateur après un jour de labeur absurde. Mais très vite revient l'angoisse, sournoise et sans objet, et l'accablement de se sentir à ce point aliéné. Dehors le monde s'est assombri. Apercevoir la lumière derrière les autres fenêtres. Toutes ces vies. Comment font les autres ?

lundi 20 février 2017

Une vie entre les coulisses


Voilà,
"C'est une vie entre les coulisses. Il fait jour, c'est un matin en plein air, puis aussitôt la nuit tombe et c'est déjà le soir. Ce n'est pas une supercherie compliquée, mais il faut se soumettre tant qu'on est sur les planches. On n'a le droit de s'enfuir que si on a la force de se diriger vers le fond, de fendre la toile, de passer à travers les lambeaux de ciel peint, et d'enjamber un ou deux accessoires pour se réfugier dans la rue réelle, une rue obscure et étroite qui en raison de la proximité du théâtre, s'appelle encore rue du Théâtre, mais est vraie et possède toute les profondeurs de la vérité.  (Franz Kafka)

dimanche 19 février 2017

Figures de carnaval avec bouquet et smartphone


Voilà, 
le mariage de la tradition et de la modernité. Etrange comme la perception des êtres et du paysage urbain s'est transformée en un rien de temps. Il y a un peu plus de dix ans, les premiers smartphones ont fait leur apparition en France. Je me souviens très bien que c'est un régisseur du Théâtre de Vandœuvre qui m'en a le premier montré l'usage un soir dans une pizzeria de la place Stanislas à Nancy. La dernière fois que je suis venu à Venise on ne rencontrait pas de gens semblant parler tout seuls. On en voyait quelques uns marcher avec un portable mais c'était rare. Désormais même les gondoliers gondolent en téléphonant. Et les perches à Selfies quand ont-elles commencé à apparaître ? je dirai quatre ans à peine. Peut-être moins. Pourtant on a l'impression que cela a toujours été là, tant cela prend de place dans la vie quotidienne. Lorsque le transistor s'est démocratisé les gens qui avaient connu un monde sans ce dernier ont-il éprouvé la même sensation ? C'est la vie moderne. Pour ma fille c'est normal, pour moi c'est étrange. Quoiqu'il en soit, des ondes de toutes sortes nous traversent. Des particules aussi. Certaines nous intoxiquent. Mais il est une ville où les voitures sont absentes, où l'on ne fait que marcher et où l'on peut se perdre, se retrouver seul , loin de la foule des touristes (linked with the weekend in black and white)

vendredi 17 février 2017

Père et Fille



Voilà,
Plus tard dans la journée, nous sommes tout deux attablés l'un en face de l'autre, dans l'arrière-salle d'un bar de Venise où l'on diffuse du blues électrique. Parlant peu, nous regardant souvent, on partage des cicchetti. Je continue de m'étonner que la vie m'ait fait la faveur d'être le père de cet être si drôle et surprenant. Le chemin vers elle a été si difficile avant qu'elle ne vienne. Et parfois encore je me sens si démuni lorsque je ne la comprend pas. Nous sommes deux mondes si éloignés dans le temps. Mais cet écart est au principe de sa présence. Elle ne sait pas à quel point elle m'a transformé. Quoiqu'il en soit je fais comme je peux. Mais devant son sourire j'éprouve une joie intense et secrète. Et aussi un peu de fierté à lui faire découvrir cette ville à nulle autre pareille, si fragile et mystérieuse, comme un miracle toujours renouvelé. 

dimanche 12 février 2017

Hôtel Télémaque


Voilà,
c'est la devanture de l'hôtel Télémaque, rue Daguerre. C'est un hôtel bon marché pour touristes, dans une rue vraiment sympa. J'aime ces figurines, cette décoration. Je passe devant très souvent, et toujours ça attire mon regard. Je ne sais pas pourquoi ce soir j'ai pris une photo. Le buste de clown m'évoque Alain Gautré auquel je pense beaucoup ces derniers jours. Sa disparition m'affecte. On se croisait de temps à autre, et le début des années 90 durant lesquelles nous voyions assez souvent, me revient en mémoire. Voilà, c'est comme ça. Ce qui ne peut se dire doit se taire. essayons de songer plutôt aux menus étonnements de la vie.

vendredi 10 février 2017

Que ne suis-je


Voilà,
Que ne suis-je la poussière du chemin,
les pauvres me foulant sous leurs pieds...

Que ne suis-je les fleuves qui coulent,
avec les lavandières sur ma berge...

Que ne suis-je les saules au bord du fleuve,
n'ayant que le ciel sur ma tête et l'eau à mes pieds...

Que ne suis-je l'âne du meunier,
lequel me battrait tout en ayant pour moi de l'affection...

Plutôt cela plutôt qu'être celui qui traverse l'existence
en regardant derrière soi et la peine au coeur...
                                                                                   Fernando Pessoa "Le gardeur de troupeau"
                                                                                       Linked with "the weekend in black and white"

jeudi 9 février 2017

La lumière ouvrant son chemin


Voilà,
"Il ne dormait pas, il passait des heures aux aguets, finissant par distinguer dans l’enchevêtrement des sons les rumeurs les plus infimes, l’araignée tissant sa toile ou, encore moins perceptible, la lumière ouvrant son chemin à la force du poignet dans le velours épais des rideaux. Le silence venait tard, une fois disparu l’écho des derniers pas. C’est alors seulement que la netteté gagnait ces coups venus du fond de son corps. Ils avaient toujours été là, mais ce n’est que dans ces moments-là qu’ils surgissaient purifiés de tout autre bruit, chacun avec son profil de poignard. Jusqu’à quand allaient-ils durer? Car une heure viendrait, aucun doute là-dessus, où le désert de la nuit et le silence du corps formeraient une seule substance, inséparable à jamais de la fièvre de la rosée, quand matinale elle monte les dernières marches."
(Eugenio de Andrade Versants du regard et autres poèmes en prose, Patrick Quillier traducteur)

mercredi 8 février 2017

Basculer dans un abîme de vide mental : je pieuvre


Voilà,
"Dans le vertige physique, le monde extérieur tournoie autour de nous ; dans le vertige moral c'est notre monde intérieur qui tournoie. J'eus un instant l'impression de perdre la conscience des véritables rapports entre les choses, de ne plus comprendre, de basculer dans un abîme de vide mental. C'est une sensation horrible qui frappe d'une peur démesurée. Ces phénomènes deviennent fréquents. Ils semblent jalonner ma route vers une nouvelle vie mentale, qui sera naturellement la folie. (Fernando Pessoa - Fragments d'un voyage immobile)

lundi 6 février 2017

Contrebande


Voilà,
en fait je ne devrais parler que de cela puisque j'y consacre la plupart de mon temps, de mon énergie  – qui n'est plus très fameuse – et de ma réflexion. Cette contrebande, ce petit trafic avec les images est ce que j'ai trouvé de mieux pour atténuer l'angoisse d'être au monde et la peur d'y décrépir avant d'en disparaître à jamais. Mais j'entends les bruits de ce monde, les vociférations des uns et les prophéties des autres. Je ne peux que constater l'ahurissante bêtise qui gagne un peu partout et se propage plus vite qu'elle ne l'a jamais fait. Cela ne me rend pas très serein. Il faudrait que je me coupe des réseaux sociaux, que je ne lise pas les nouvelles, que je fasse comme si la catastrophe écologique n'existait pas, comme si la menace de l'accident nucléaire était absente, comme si notre alimentation n'était pas empoisonnée et que l'air que nous respirons demeurait pur et sain. Oui, faire l'autruche pour ne pas songer au fou qui gouverne les États-Unis et qui veut avec son administration faire en Europe ce que ses prédécesseurs ont fait au Moyen-Orient, rester dans ma bulle pour éviter de m'insurger contre les corrompus et les prévaricateurs qui prétendent aux plus hautes fonctions de ce pays, et font monter en moi, l'ami des nuages et des papillons de féroces pulsions meurtrières. Ce matin, comme cela m'arrive de plus en plus souvent, au lieu de subir le bulletin d'informations, j'ai changé de canal pour écouter France Musique. J'ai besoin de beauté, d'harmonie, même si ce n'est qu'une illusion. Tout comme ce temps consacré à interroger les œuvres du passé avec les techniques d'aujourd'hui, à les réinterpréter, comme le ferait un musicien de jazz d'un standard reconnu. Une fois encore je me détourne du réel. Le déni de réalité c'est une forme de folie. Mais comme je socialise encore, que je dis bonjour au gardien de l'immeuble, que je vais faire des exposés sur le cinéma dans le lycée de ma fille, que j'accepte des invitations à dîner ou au théâtre, que je participe å des comités de lectures, à des lectures publiques, que je réponds encore au téléphone je passe pour quelqu'un de relativement normal. Pourtant la plupart de mes heures je les dépense à explorer les virtualités que j'entrevois en liant des images les unes aux autres. Les possibilités sont infinies. Elles me libèrent de la contrainte d'une pensée structurée. J'établis une hypothèse. Au lieu de m'interroger sur la rencontre fortuite d'un parapluie et  – putain de quoi d'autre sur la table de dissection ? j'ai la mémoire qui flanche – ah oui d'une machine à coudre merci Google je mets en relation, par exemple un vieux collage réalisé dans les années quatre-vingts et un tableau de Kandinsky sur ma tablette. Je me livre ensuite à toute une série de transformations jusqu'à obtenir une image qui me convienne. Et pendant ce temps rien d'autre n'existe que la musique qui m'accompagne.  "Muzik zum Gedächtnis der Einzamen de Philip Jarnach. C'est la découverte du jour. Elle vaut bien des voyages. parfois j'aimerais me retirer totalement, être pris en charge et pouvoir comme les pensionnaires de Gugging me livrer à mes bricolages. Il y a peu au Goethe Institut, j'ai lu une pièce de Philipp Weiss concernant cet endroit et ces artistes. J'interprêtais le personnage de Walla, le peintre avec son drôle de chapeau. Je veux le même.

vendredi 3 février 2017

Bord-cadre


Voilà,
bien sûr on a beau savoir que, dans la vie, à partir d'un certain moment s'accroît la probabilité d'assister plus souvent à des enterrements qu'à des baptêmes (ou même des mariages), mais c'est à chaque fois un choc, lorsque vous parvient la nouvelle d'une disparition de quelqu'un que vous avez côtoyé, apprécié, admiré. Et lorsque ladite personne est à peine plus âgée que vous, au regret, au chagrin s'ajoute l'amère sensation que somme toute, fort peu reste à vivre, avant de sortir du cadre.

jeudi 2 février 2017

Rattrapé


Voilà,
à cet endroit, un deux février, le cours de ma vie a changé
c'était il y a bien longtemps
Aujourd'hui cette date me rattrape sans que je ne sache trop pourquoi.
Des années que je n'y avais pas repensé.

mardi 31 janvier 2017

Vœux


Voilà
Finalement par les temps qui courent les vœux se résument à cette attitude qui consiste à séparer le savoir de la croyance : nous savons que la catastrophe est possible, voire probable, mais nous refusons de croire qu’elle se produira, et nous perpétuons le rite comme si de rien n'était. Pour l'année qui commence j'ai eu plutôt du mal à formuler mes vœux. Il faudrait pouvoir la souhaiter "aussi bonne que possible au regard des circonstances". Ce que je fais en ce dernier jour de Janvier, avec cette photo douce : ombres de visiteurs croisant l'ombre d'une petite tête sculptée par Giacometti lors de l'exposition associant son œuvre à celle de Picasso. C'était extrêmement apaisant de cheminer parmi les créations de ces deux génies, d'aller de l'un à l'autre, de s'abandonner à la rêverie provoquée par la rencontre de ces deux œuvres. Tout à coup s'en trouvait quelque peu atténuée la misère morale et intellectuelle qui, ces derniers jours se manifeste de façon outrageuse en de nombreux endroits du globe, particulièrement dans ce pays, où la campagne électorale voit fleurir et s'épanouir de bien nauséabondes pensées

lundi 30 janvier 2017

Le Motif caché dans le tapis


Voilà,
j'aime particulièrement produire des images équivoques, qui ne se donnent pas d'emblée et suggèrent plus qu'elles ne montrent. J'apprécie qu'elles puissent un moment demeurer énigmatiques et qu'on ait à y chercher "the figure in the carpet" selon la belle expression de Henry James. Cela fait un an maintenant que je travaille sur cette question du motif caché, avec des variations plus ou moins subtiles, des tâtonnements, des tentatives. Un moment viendra où j'aurai sans doute envie d'une ligne claire et de plus de simplicité géométrique. Mais pour le moment ce chaos me convient

samedi 28 janvier 2017

Bien las


Voilà,
au fond tout cela n'a plus grande importance. Les jeux sont faits. Des choses ont été dites pensées ressenties produites, mais au fond en pure perte. Oui bien sûr un jour un clown m'a dit qu'il avait choisi cette activité après m'avoir vu sur scène. C'était au cours du réveillon, quelqu'un a prononcé mon nom, trente ans après il s'en souvenait encore. Il m'a longuement parlé. J'étais un peu embarrassé. Enfin, c'est toujours ça, même si c'est très modeste comme influence sur la marche du monde. Le problème, c'est que je n'ai jamais su choisir. Pour me défendre dans la vie, j'ai fait semblant d'être intelligent. Il m'est même arrivé d'être assez brillant, et de me prendre à on propre jeu. Pire même, de faire vraiment illusion. Mais au fond je suis du côté des idiots des nonoches, des simples d'esprit, de ceux qui regardent le doigt-qui-montre-la-lune. Je m'obstine encore à essayer d'argumenter, de justifier, de commenter. Mais au fond j'en ai un peu rien à battre. Je suis fatigué, très fatigué de ce monde et de toutes les questions qu'il suscite. Et de ce corps aussi je suis bien las.

mercredi 25 janvier 2017

A distance


Voilà,
Parfois il s'inquiète de la raison pour laquelle il se tient depuis si longtemps à distance des autres. Où il devrait reconnaître son semblable il ne voit la plupart du temps qu'un corps étranger. Il n'aime guère se mélanger à quiconque ne suscite un sentiment de reconnaissance d'admiration ou d'identification. Il aimerait se libérer de cette défiance, de cette circonspection permanente, mais peut-être en a-t-il besoin, qui sait si elle ne lui est pas nécessaire, indispensable fût-ce au prix de la solitude. Une chose est sûre, cette réticence l'a préservé de nombre de désillusions, et de quelques dangers. Sans doute en aurait il été autrement s'il n'avait pas grandi dans la proximité d'un prédateur. Il y aura toujours du sauvage en lui.

mardi 24 janvier 2017

Deux Histoires


Voilà,
pourquoi avoir la tentation d'écrire là-dessus, de se répandre là-dessus, comme si cela devait avoir de l'intérêt pour d'autres que moi, comme si même cela devait avoir de l'intérêt pour moi, comme si cette affaire avait quelque chose d'exceptionnel, comme si cela devait compter comme un événement public. Non ce qui compte c'est cette histoire rapportée par Badinter. Il a seize ans c'est la guerre, il roule à vélo sur une route en possession de faux papiers d'identité. Un soldat allemand l'arrête, lui demande sa carte, la regarde, le dévisage longuement, appelle un autre soldat lui montre la carte, puis sort de sa veste une photo et la montre à Badinter. C'est la photo d'un jeune homme, le fils du soldat, en uniforme des jeunesses hitlériennes, qui ressemble terriblement à Badinter. Le soldat voit dans le visage de Badinter, celui de son fils. Badinter voit dans le visage du soldat, celui de la mort. Le soldat finit par lui rendre ses papiers et le laisse partir. Cette anecdote en dit long sur l'absurdité des choses. De même que cette parabole.
- Maître je veux mourir
- Mourir n'est pas une solution
- Alors il me faut vivre ?
- Vivre n'est pas une solution
- Alors Maître quelle est la solution ?
- Mais qui t'a dit qu'il y avait une solution ?

lundi 23 janvier 2017

Un autre Hiver


Voilà,
C'était un autre hiver, j'étais passé rue Caulaincourt repensant à ma vieille camarade Elisabeth qui avait longtemps habité dans les parages. Il faisait froid et il avait beaucoup neigé. Je répétais pour une pièce de Jon Fosse, un rôle de père un peu égaré, muré dans son incapacité à verbaliser. Du temps a passé depuis. Je comprends à présent qu'on puisse ne plus avoir envie de parler. Parfois, je voudrais comme Oblomov, ou ce scénariste qui s'appelait Gérard Brach, opter, comme fit ce dernier à la fin de sa vie, pour le retrait caméral absolu. Cette phrase lue il y a longtemps, elle est de Saint Augustin je crois, "ce que je sais je ne le suis plus, ce que je suis je ne le sais pas" correspond tout à fait à ce que j'éprouve en ce moment.

dimanche 22 janvier 2017

Encore une Tentation


Voilà,
la réalité sécrète du rêve. Le corps sécrète du rêve. La culture sécrète du rêve. Je ne donne forme à mes rêves que sur les rêves de ceux qui m'ont précédé. Burin, gradines, ciseaux, ognettes, massettes, bouchardes, gratte-fond étaient les outils du sculpteur. Moi je sculpte de l'information et mon outil est d'une autre nature. Je travaille avec des machines, des machines-outils. Je travaille aussi contre la machine, car comme le disait Heiner Muller, "l'homme est l'ennemi de la machine. Pour tout système ordonné il est le facteur de perturbation" Dans un univers de plus en plus technicisé, la seule force de résistance est de détourner le projet des machines. En n'oubliant pas d'utiliser aussi des techniques très anciennes et très primitives. Le monde dans lequel je vis me fait penser différemment les formes et la production d'images. Mais il ne faut pas pour autant oublier les vieilles histoires, les vieux mythes. Il faut les réinterpréter les réinterroger, s'en nourrir. Ces vieilles histoires sont ce qui nous lie à nos origines, à notre culture, à notre humanité. Voilà pourquoi une fois encore j'ai voulu faire une "Tentation de Saint-Antoine". Celle-ci se rapproche beaucoup plus de ce que je souhaite, même si elle n'échappe pas non plus à la citation.

samedi 21 janvier 2017

Deviser avec les ombres


Voilà 
l'homme s'égarait dans les reflets, devisait avec les ombres. De plus en plus nombreuses d'ailleurs. Se frayer un chemin parmi elles n'allait plus toujours de soi. Oui bien évidemment les choses pour lui changeaient, il n'était pas complètement idiot, il le voyait bien quand même. Fallait-il pour autant s'en laisser compter. Il fixait le mur de longs moments. Des mondes en émergeaient plus consistants que celui dans lequel il traînait sa carcasse. Des formes, des êtres pas avares de secrets à partager. Mais des chimères aussi on se lasse. Cela manquait souvent de clarté. "Je te feuillemorte" vitupérait-il contre la pierre humide en la frappant du plat de la main. Le salpêtre s'effritait. Les rêves aussi finissent en poussière. 

mercredi 18 janvier 2017

Thyroïdiennes


Voilà,
il y a des gens en costume cravate qui rentrent dans le métro comme John Wayne pénétrait dans un saloon. Et puis ils s'asseyent sur un strapontin, dégainent leur portable et là laissent apparaître de pauvres chaussettes grisâtres dont trop de lessives ont épuisé les élastiques. Alors tu lèves les yeux, tu regardes autour de toi et les femmes que tu vois ont toutes le cou gonflé. Tu tu te demandes si elles ne se rendent pas un congrès de thyroïdiennes. Là tu t'inquiètes. Est-ce toi qui pars en vrille, ou bien as tu été enfermé dans une anomalique bulle d'espace-temps ? Tu songes aux visions de la nuit précédente, "au sommeil de la raison qui engendre des monstres", aux formes étranges que prend ta peur, de plus en plus irrépressible, et soudain tu réalises qu'il est possible que, sans même t'en apercevoir, tu aies parlé à haute voix parmi tous ces inconnus.

lundi 16 janvier 2017

Blue Monday


Voilà,
A quelques jours de l'investiture de Donald Trump, et à alors que paraissent dans le Times britannique le point de vue du président Américain sur l'Europe la brillante chronique de Michel Schneider sur France Culture ce lundi (surnommé par les anglo-saxons "Blue Monday" parce que selon des études le troisième lundi de janvier serait le jour le plus déprimant de l'année) semble plus que jamais s'imposer : 
"Cette semaine, la couverture du New Yorker montrera Trump, 45e président des Etats-Unis comme un gamin dans une voiture électrique lancé dans un tour de manège. Sur ce thème Michelle Obama a attaqué le successeur de son mari, en disant qu'il fallait "un adulte à la Maison Blanche". L'opinion éclairée ne comprend toujours pas comment le petit garçon a réussi à faire démarrer la voiture familiale et à traverser l'Amérique "coast to coast" . Mais dans quatre jours Donald Trump sera au volant des Etats-Désunis d'Amérique, avançant à grands coups de klaxon. Nous sommes bien du côté de Freud. Du petit pervers polymorphe qui somnole en chacun de nous. De l'enfant-roi que l'éducation des pulsions doit normalement amener à composer avec la réalité, et à différer la satisfaction de ses désirs. Mais Trump n'est pas un président normal. Et il n'est plus un enfant. C'est un adulte rusé, un fin tacticien, un prédateur conscient. Un fou ? Ce ne serait pas une première dans l'Histoire, américaine ou autre, qu'un fou accède au pouvoir suprême. La folie politique est toujours prête à resurgir dans les périodes de crise. Man of the year selon Time Magazine. Ou comme l'appelle le New York Times, tout en le qualifiant de demi-fasciste, ce qui n'est pas exclusif mais pas synonyme , Madman de l'année ? Trump, il est vrai, malade de medias, sut manier la télé-réalité comme les personnages de la série Madmen la publicité. Mais de quelle madness s'agit-il ? A voir Trump menacer de mort sa rivale et pointer son index comme une arme sur tout ce qui ne bouge pas dans son sens, à l'entendre hacher son propos d'injures et de propos scabreux, il semble que l'on soit plutôt dans le registre de la psychose que de la névrose banale. Apparemment, pas de refoulement, peu de surmoi, beaucoup de ça et énormément de moi. Paranoïaque, narcissique extrême, atteint de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité), borderline, psychopathe dangereux, sociopathe avéré, schizophrène compensé, bipolaire ? Les diagnostics fusent. A lui tout seul un vrai DSM5 (Manuel statistique des troubles mentaux). Malade sexuel, l'homme aux idées politiques aussi indéfinissables que la couleur et la coupe de ses cheveux, dont on se demande, si, des cheveux comme des idées, il en a vraiment, tant il donne l'impression de ne pas être là, d'être virtuel, tel un hologramme en 3D ?
La psychanalyse de ceux qui ne s'allongent pas sur un divan est un exercice périlleux et souvent illégitime. Ne psychiatrisons pas. Pour comprendre "le monstre ", plutôt que de fouiller l'étiologie sexuelle de ses symptômes et de traquer ce qui a pu se passer - ou non - entre lui et des prostituées moscovites, mieux vaut interroger l'inconscient collectif qu'il incarne désormais. J'avoue sur ce point que je ne comprend pas que les élites ne comprennent pas ce qui a permis à Trump d'arriver au pouvoir. L'été dernier, j'ai eu l'occasion d'interroger sur l'enjeu de l'élection et l'avenir de l'Amérique en crise quelques écrivains américains. Richard Ford, Rick Moody, Salman Rushdie, Russell Banks, Colum McCann, John Irving, Jay McInerney. Tous confiaient leur dégoût et leur peur de la fracture sociale, civile, matérielle - et certains n'hésitaient pas à dire, raciale - dont l'élection fut ensuite le révélateur. Tous excluaient la victoire de Trump. Trop fou. Trop bête. Ils avaient oublié la mise en garde de Raymond Aron : le plus souvent ce n'est pas la raison qui s'accomplit dans l'histoire, mais la bêtise. Ou la folie. Tous le disaient malade mental, mais aucun ne percevait que le déni du réel, manifeste chez Trump, était symétrique de celui latent chez Hilary Clinton. Business as usual¸ elle ne voyait pas le problème. Et lui voulait lui apporter des solutions aberrantes. La folie, dit Freud, n'est pas de nier la réalité, car c'est ce que nous faisons tous, névrosés fous ou pervers. La folie commence quand on reconstruit une réalité à la place de celle qu'on ne veut pas connaître et reconnaître. Cela s'appelle un délire mégalomaniaque ou en politique un programme démagogique 
Lorsqu'on regarde les foules acclamant Hitler, à qui l'humoriste Louis C. K. et le romancier Jerome Charyn comparaient Trump, on se demande un peu naïvement : mais comment tous ces gens ont pu ne pas voir qu'ils admiraient un fou ? Et si au contraire, ils la voyaient, cette folie, l'enviaient, la désiraient? Et que ça les faisait jouir par procuration de l'entendre dire tout haut les horreurs que tout bas ils rêvaient de faire ? Trump n'est sans doute pas plus raciste que la majorité des Américains blancs. Pas plus indifférent au sort de la planète et à la crise de l'environnement que la majorité des électeurs démocrates. Pas plus intoxiqué aux médias sociaux que la plupart de nos contemporains. A peine plus menteur que la généralité des hommes politiques occidentaux. La folie de Trump n'est-elle que l'image kitch ou l'écho bruyant de la folie banale et sourde de l'Amérique ? Avec 19 millions d'abonnés Facebook - après tout ce n'est jamais que deux fois plus que Kim Kardashian - Trump est l'incarnation des fantasmes américains 
Les sondages qu'on dit s'être trompés ne se trompent pas. Ils mesurent nos intentions conscientes et nos pulsions avouables. Le vote, lui, exprime à loisir dans le secret de l'isoloir l'inconscient et l'inavouable. L'inconscient, c'est ce qui nous fait faire ou dire ce qu'il ne faudrait pas. Ce qui nous amène à méconnaître nos intérêts réels et à les sacrifier à nos idéaux imaginaires. Ce qui nous pousse à faire le mal et à faire du mal, aux autres et à nous-mêmes. Dans l'inconscient, nous sommes tous plus ou moins racistes, pleins de haine pour le voisin, de peur face à notre semblable comme à notre dissemblable. Narcissisme phallique des mâles, admirant en Trump un pénis sur pattes, stupide et fier de l'être; misogynie inavouée chez nombre de femmes; admiration du pauvre pour l'escroc riche qu'il n'a pas eu les moyens d'être; attirance pour le mal; soumission masochiste à une autorité sans frein; goût pour les mots et les choses sales; désir de détruire un objet afin que l'autre ne s'en empare pas; sadisme pollueur anti-environnement; crainte d'être démographiquement minoritaire chez soi: tous ces traits sont bien partagés. Ils dorment dans le cerveau reptilien que l'éducation et la démocratie n'ont que peu civilisé. La politique n'est pas d'abord affaire de choix conscients, mais d'impulsions et d'aspirations inconscientes. La réalité compte moins que les images, la raison que les passions, les idées que les idéaux. On n'élit pas un dirigeant pour ce qu'il promet de faire, et fera peut-être, mais pour ce qu'il est. Ce qu'il représente pour l'inconscient collectif. Aujourd'hui, enfants tout puissants, la moitié des électeurs américains lance à l'autre et au monde: je vous emmerde. Trump représente la part sombre d'eux-même, leur image rêvée. Trump leur ment? Trump les trompe? Certes, mais s'il leur plaît à eux d'être trompés ? Pascal nous met en garde. Considérons tous avec quelle allégresse nous embarquons dans la nef des fous. Ecoutons-le: "Pour être aimés de nous, les puissants évitent de nous rendre un office qu’on sait nous être désagréable : on nous traite comme nous voulons être traités. Nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe. 
Les électeurs de Trump n'ont pas été trompés. Reste à savoir si lui-même ne se trompe pas sur ce qu'il pourra faire. Il annonce qu'il va supprimer les sanctions anti-Poutine et qu'il veut non seulement garder Guantanamo, mais le remplir à pleins bords. Son conseiller pour la sécurité nationale Mike Flynn recommande aux femmes de renoncer au pouvoir et de ne penser qu'à leurs robes, leurs talons hauts et leur maquillage. Malgré ces propos, certains espèrent que Trump, confronté à la réalité du pouvoir, devienne peu à peu un névrosé ordinaire, quelqu'un qui ne fait pas ce qu'il dit. Parce qu'il ne le veut pas vraiment ou ne le peut pas du tout. Un velléitaire qui n'avait pas de vrai désir de changer les choses, ni les moyens de réaliser ses délires. 
Souhaitons que l'enfant au volant de la première puissance du monde, confronté à des routes difficiles et à un code bornant de règles et de contraintes le narcissisme phallique des conducteurs soit contraint à la prudence. Mais il semble exclu que Trump devienne un président normal et abandonne le langage paranoïaque : moi la vérité je parle, pour celui du névrosé qui ne sait pas ce qu'il dit. Regardons-le tel qu'il est, un roi du divertissement, qui même montré nu, ne connaît pas ce qui nous retient souvent de mal faire: la honte. Face à son narcissisme de mort, espérons seulement que le narcissisme de vie qui anime la démocratie américaine - Démocrates et Républicains confondus - finisse par l'arrêter comme la police arrête un chauffard même s'il a son permis, avant qu'il y ait trop de dégâts. Cela s'appelle impeachment . "Le réel, c'est l'impossible", disait Lacan. Trump va s'y cogner, et vite."