mardi 17 octobre 2017

Tenter de savoir


Voilà,
"Écrire, c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait, si on écrivait" disait Marguerite Duras. S'agit-il pour moi de tenter de savoir ce que je dessinerais si je dessinais, lorsque je fabrique une image ? Quoiqu'il en soit, la douleur m'a réveillé au milieu de la nuit, et je ressemblais à cela. Ma tête, ma mâchoire, mes dents ma gorge me faisaient horriblement souffrir. J'avais envie de crier et peur de vomir. J'ai alors songé dans un état de confusion, qu'il me fallait ne pas perdre de temps et continuer d'écrire, de dessiner, aboutir un certain nombre de projets, parce que peut-être cette douleur plus tard ne ferait qu'empirer au point de rendre toute entreprise impossible. Le souvenir de Deleuze, qui s'est défenestré du fait d'une intenable souffrance, m'a traversé. Et puis celui de Chamfort aussi qui écrivait "Jouis et fais jouir sans faire de mal, ni à toi ni à personne, voilà je crois toute la morale". Jouir, faire jouir, travailler. Ai-je encore assez de forces, assez de temps ? Au petit matin, la radio annonce que le parc des centrales nucléaires française est dans un état de vétusté et de dégradation alarmant. Bon, ça relativise. Une chose est sûre, la journée va être difficile.

dimanche 15 octobre 2017

Dernier Soleil


Voilà,
Ce beau dimanche d'Octobre 2016 au jardin du Luxembourg, où tant de gens étaient venus profiter du soleil, je me suis demandé, alors que j'en captais quelques image, si certains, parmi ces promeneurs s'en souviendraient plus tard. Un an après, l'été indien est de nouveau au rendez-vous. L'époque demeure encore relativement supportable, en dépit de ce sentiment de catastrophe larvée qui ne me quitte pas. Les désagréments et des inquiétudes qui me préoccupaient l'année précédente, je les ai oubliés, et d'autres auxquels je ne songeais pas ont assombri ce présent. À ce moment là, comme la plupart des français, je supposais que Juppé allait gagner la primaire de droite et s'ouvrir un boulevard pour être le nouveau Président de la République, ce qui n'avait rien d'enchanteur, et je n'imaginais pas un instant la possibilité que Trump gouvernerait les États-Unis. 
Rien ne s'est donc passé comme prévu, et il n'y a pas pour autant beaucoup de mieux. La vie continue, donc, avec ses désastres écologiques, le pouvoir toujours accru des oligarchies partout dans le monde, la répression policière en Europe de plus en plus sauvage à l'égard des réfugiés venus toujours plus nombreux d'Afrique et du Moyen-Orient, la destruction des classes moyennes européennes dont le niveau de vie ne cesse de baisser, la pollution atmosphérique, la recrudescence de maladies chroniques, l'apparition d'épidémies nouvelles, la multiplication d'actes de barbarie au cœur des démocraties occidentales, la menace de conflits régionaux provoqués par des dirigeants instables imprévisibles et névrosés bref, j'arrête la cette énumération vous pouvez toujours la continuer comme l'a écrit Michaux, dans "L'époque des illuminés", car moi-même je ne me sens pas au mieux. 
Je ne trouve pour ma part que peu de motifs d'espoir et de raisons de me réjouir. Il me semble de plus en plus souvent que nous avons atteint ce moment où l'humanité finit par céder à ce tropisme qui l'entraîne, vers la chute, l'anéantissement, le ravage, en dépit de toutes les grandes œuvres que l'intelligence humaine a pu réaliser. L'hypothèse selon laquelle la beauté sauvera le monde comme le proclamait un personnage de Dostoievski, paraît plus improbable que jamais quand ce siècle semble s'enfoncer dans le chaos et la sauvagerie. En attendant, et faute de mieux, soyons moderne, bricolons dans l'incurable comme le recommande Cioran, dansons au bord du gouffre et du souvenir des jours heureux, tâchons de faire notre miel.

vendredi 13 octobre 2017

Touristes en terrasse


Voilà,
rue Thouin, non loin de la place de la Contrescarpe, Août 2017. Pour tromper ma neurasthénie, je flâne dans cet arrondissement où je n'étais pas revenu depuis longtemps et où j'ai habité lorsque je suis arrivé dans la capitale. J'espère y retrouver une librairie qui n'existe malheureusement plus. Depuis deux trois ans, beaucoup disparaissent, même aux alentours du quartier latin. J'aperçois ces jeunes gens attablés en terrasse. Une fine brume y est projetée pour la rafraîchir. Je voudrais être parmi eux qui me semblent si joyeux, insouciants. J'aimerais être un touriste. Je me sens terriblement épuisé, sans ressort, accablé. Je redoute de mourir seul à Paris au cœur de l'été. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 11 octobre 2017

Les vieux Camarades (portrait de groupe)


Voilà,
quand je m'ennuyais – pendant des lectures, des réunions, des débats, des conversations téléphoniques, des cours, des discussions dramaturgiques – la main cherchait à pallier le désœuvrement, et c'est alors qu'ils débarquaient, les vieux copains. Ni jamais vraiment les mêmes ni tout à fait autres, ils passaient me dire bonjour. Je crois que je les ai connus sur les bancs de la fac. Souvent, il m'est arrivé de m'agacer de leurs visites. Toujours un peu parasites plutôt très négligés, la plupart du temps ils rappliquaient à poil, ou dans des accoutrements stupides – ils adoraient les chapeaux chinois allez savoir pourquoi –. Mais je ne pouvais pas les empêcher. Aujourd'hui encore ils m'occupent d'une certaine façon, sans que je ne sache si c'est pour me distraire ou me coloniser. Plus rares ou plus discrets ces derniers temps, certes, mais pas moins sournois pour autant, ils préférent s'attarder en coulisses. Est-ce à cause de cette course contre la montre qui paraît s'engager ?  On le voit bien ce ne sont pas de grands sportifs. Ils n'aiment rien tant que bader. M'en suis-je lassé ? Ou eux de moi ? Tant qui se détournent ces derniers temps, me trouvant trop sombre sans doute, ou plus très utile. Je fais néanmoins tout mon possible pour donner le change. Je rassemble ce qu'il me reste de forces essayant d'en faire bon usage. Bien sûr, je ne pisse plus très dru à présent et j'ai les articulations douloureuses, je peine en côte, mais sur le plat j'ai encore un bon coup de pédale.

dimanche 8 octobre 2017

L'Etat policier


Voilà,
au risque de passer pour le mec ronchon et jamais content qui voit tout en noir, alors que bon oui quoi tout n'est pas si affreux quand même il suffit de s'asseoir et de méditer comme nous l'a benoîtement recommandé tout cet été Christophe André devenu une sorte de tête de gondole (je reste poli) dans le supermarché France Culture, il me paraît salutaire de relayer ce texte intitulé "Quand la liberté s'éteint en silence" paru dans Mediapart le 4 Octobre 2017 et signé d'Edwy Plenel. Si par ailleurs ce dernier me semble souvent contestable et quelquefois déplaisant à cause de son arrogance, il s'avère en la circonstance tout à fait pertinent dans cet article qui fait écho au lapsus de notre président
"L’Assemblée nationale a adopté, mardi 3 octobre, le projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. En faisant entrer dans le droit commun l’état d’urgence, une majorité de députés, socialistes compris, a ainsi choisi de sortir la France de l’État de droit.
Un État de droit est celui dont le droit protège n’importe lequel de ses résidents de l’arbitraire de l’État. C’est un État mis à l’abri de l’absolutisme administratif ou policier. C’est un État où l’État est subordonné à des règles de droit qui lui sont supérieures et qui s’imposent à son action. C’est un État dont les citoyens sont en sûreté parce qu’ils sont assurés de ne pas être livrés aux abus de pouvoir étatiques. C’est en somme un État où l’État ne fait pas la loi.
À cette aune, la France, depuis ce 3 octobre 2017, n’est plus un État de droit. Avec l’entrée dans le droit commun des principales dispositions dérogatoires aux droits fondamentaux et aux libertés essentielles qui caractérisaient l’état d’urgence, l’exception y est devenue la règle. Désormais, l’État, autrement dit ses préfets, son administration, sa police, pourra n’importe quand, n’importe où et contre n’importe qui, en prétextant du terrorisme, mettre en cause notre liberté de circulation, notre liberté de culte, notre droit à l’inviolabilité du domicile, notre droit à l’égalité devant la loi. Et le faire sans avoir à s’en justifier ou à en répondre devant un juge indépendant, dont la décision pourrait l’entraver ou le sanctionner. Avec ce vote écrasant, à l’Assemblée nationale, d’une majorité de la peur (415 voix contre 127, (lire ici le texte de loi adopté et là le dossier parlementaire), il y a désormais une loi des suspects en France. Sur de simples soupçons policiers qui, dans un véritable État de droit, seraient totalement insuffisants pour qu’ils se le permettent, l’administration étatique et son bras armé policier pourront dorénavant s’en prendre à un individu, l’immobiliser, l’entraver, le cibler, l’isoler, le mettre à part et à l’écart, bref le persécuter. Seuls juges du prétexte, le terrorisme, ils pourront, demain, après-demain, en étendre la notion, sans entraves aucune, au gré des émotions populaires et des idéologies dominantes.
La loi votée autorise en effet l’État, son administration, sa police, en dehors de tout contrôle judiciaire, à obliger un individu à « résider dans un périmètre déterminé », c’est-à-dire à ne plus pouvoir en bouger, à le frapper d’une « interdiction de paraître » dans un lieu précis, à soumettre son intimité domestique et familiale à des « visites domiciliaires », soit des perquisitions permettant des saisies, à étendre contrôles d’identité, fouilles de bagages et de véhicules à de vastes « périmètres de protection », à fermer un lieu de culte au seul motif des « idées et théories » qui y seraient diffusées, etc. Et ce n’est là qu’un résumé succinct d’une loi, la douzième loi sécuritaire en quinze ans, qui pousse jusqu’à son terme la corruption du droit par la police et de la preuve par le soupçon.
Aussi inconscients qu’égoïstes, aveugles aux autres et ignorants du passé, les apprentis sorciers qui ont ouvert cette boîte de Pandore liberticide se rassurent en se disant non concernés. Après tout, ne s’agit-il pas de combattre le terrorisme, ses crimes et ses réseaux ? C’est l’argument de l’urgence qui, prise pour l’essentiel, en vient toujours à perdre de vue l’urgence de l’essentiel – autrement dit des principes. C’est surtout l’argument aussi éculé que lâche de la fin qui justifie les moyens, au nom duquel, sous toute latitude, tout régime et toute époque, les libertés ont toujours été passées par pertes et profits. « Je considère que je n’ai pas à avoir peur des moyens de lutte contre le terrorisme parce que je ne me sens pas terroriste », a tôt déclaré le porte-parole du gouvernement, l’ex-socialiste Christophe Castaner, dont l’ancien parti (à cinq prudentes abstentions près) a soutenu sans réserve cette perdition qu’il avait lui-même initiée sous la présidence de François Hollande. Phrase terrible, qui résume ce sacrifice de l’idéal démocratique sur l’autel du terrorisme. Phrase aveugle, de gouvernants prêts à piétiner les libertés des autres pour tenter de justifier leur pouvoir.
« Nous cajolons la bête immonde », avertissait l’avocat François Sureau, défenseur intransigeant des libertés fondamentales, dans un entretien récent à Mediapart (lire ici). Sous l’état d’urgence prolongé mis en place par le gouvernement de Manuel Valls depuis la fin 2015, rappelait-il, « il y a eu 6 000 perquisitions administratives pour 41 mises en examen. Et sur les 41 mises en examen, 20 sont des mises en examen pour apologie du terrorisme, c’est-à-dire des crimes d’ordres intellectuel. Au cours de ces 6 000 perquisitions, vous avez parfois bousillé la vie des gens, vous êtes intervenu dans leurs libertés individuelles de manière brutale pour un résultat extrême faible ».
Et qui ne se souvient de l’utilisation de l’état d’urgence en 2015 et 2016 contre la société tout entière, d’abord les activistes écologiques lors de la COP21, puis les manifestants contre la loi El Khomri ? Qui oserait garantir que, sous ce pouvoir ou, après lui, sous un autre, ajoutant à l’obsession sécuritaire des obsessions idéologiques, autoritaires, identitaires, xénophobes, discriminatoires, etc., ce ne seront pas les militants de toutes les causes minoritaires, dissidentes et nouvelles, celles où s’inventent et se revendiquent des droits nouveaux, qui seront les victimes indistinctes de cet état d’urgence devenu permanent ? Qui pourrait jurer que, demain, ce ne seront pas eux les nouveaux « ennemis de la nation », terroristes en puissance ou terroristes en théorie, selon l’infernale logique des forces conservatrices et rétrogrades, décidées à faire la guerre à la société, à sa richesse et à sa diversité, à son autonomie et à ses luttes ?
Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles Nous connaissons évidemment la réponse, tant les gouvernants et les élus qui, aujourd’hui, sacrifient nos libertés ne sont que de passage. Irresponsables, ils sacrifient la longue durée d’une démocratie vivante, par conséquent exigeante avec elle-même, au court terme de leur survie. Présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Christine Lazerges avait pris date, dès juillet dernier, dans un entretien à Mediapart : « Si ce projet de loi est adopté et que l’extrême droite arrive un jour au pouvoir, la France serait dans une situation extrêmement difficile en matière de libertés. Un tel pouvoir n’aurait absolument rien à ajouter à ce texte. »
L’Histoire nous l’a appris, et notamment celle des circonstances – la guerre d’Algérie, guerre coloniale et guerre civile – où est né, en 1955, cet état d’urgence aujourd’hui définitivement légalisé et banalisé : l’introduction de dispositions liberticides est une gangrène qui finit par contaminer tout le corps légal, institutions, administrations, gouvernements. Nous venons de le vivre, en à peine deux ans : tout comme hier l’état d’urgence de 1955 avait débouché sur les pouvoirs spéciaux de 1956, où se déshonora une République tortionnaire, aujourd’hui l’état d’urgence prolongé de 2015 accouche sous nos yeux sidérés d’une remise en cause sans précédent de l’État de droit.
Dans son plaidoyer Contre l’état d’urgence (Dalloz, 2016), le juriste Paul Cassia (ici son blog sur Mediapart) rappelle cette mise en garde lucide d’un membre du Conseil d’État, Roger Errera : « Dès qu’une atteinte aux libertés apparaît, elle fait tache d’huile, elle est progressivement appliquée au-delà des limites fixées au début, quelles que soient les promesses, les barrières et les hésitations, et à d’autres que ceux qui étaient initialement visés. Il arrive même qu’elle s’institutionnalise et que, fruit de l’urgence, elle devienne permanente. » C’était en 1975, il y a plus de quarante ans, et nous y sommes, hélas ! Qui plus est avec un État qui ne peut même plus compter sur la génération de ces hauts fonctionnaires à principes qui, ayant souvenir de Vichy ou de l’Algérie, savaient que la banalisation de l’état d’urgence était la brèche par laquelle le totalitarisme ou, du moins, ses pratiques niant les droits humains avaient fait leur chemin, sous couvert d’une administration ou d’un régime républicains. Dans son entretien à Mediapart, François Sureau soulignait ce terrible renoncement qui, depuis trois décennies, a progressivement gagné presque tout le spectre politique : « Les grandes voix du passé portaient un projet collectif de liberté, et pas seulement un projet individuel. »
Comment ne pas interroger le silence collectif, abyssal, qui accompagne ce saut dans l’inconnu ? « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles » : attribuée à l’écrivain suisse Max Frisch, ce constat n’a jamais été aussi pertinent. L’ensemble des défenseurs des droits humains, rassemblés dans ses locaux par la CNCDH, tout comme les experts qui en ont officiellement la charge aux Nations unies, se sont solennellement dressés contre cette dérive. Ces experts des droits de l’homme mandatés par l’ONU n’y ont pas été de main morte, estimant que « plusieurs dispositions du projet de loi menacent l’exercice des droits à la liberté et à la sécurité personnelle, le droit d’accès à la justice, et les libertés de circulation, d’assemblée pacifique et d’association, ainsi que d'expression, de religion ou de conviction »
En vain, rien n’y a fait. Pas un écho, pas un regret, pas une nuance, pas une réserve, pas un recul. Pis, à l’Assemblée nationale, la majorité dévotement dévouée au président qui l’a fait élire s’est empressée de durcir les dispositions les plus controversées que le Sénat, dans sa vieille sagesse, avait tenté d’amoindrir. Cette prétendue société civile qui, surgie de nulle part, prétendait renouveler la politique, via la dynamique du mouvement En Marche! et de son dégagisme parlementaire revendiqué, se révèle sourde et aveugle à la société. Seule la gauche de la gauche – les députés communistes et insoumis reprenant le flambeau des six socialistes frondeurs et écologistes isolés qui, hier, avaient dit non à l’état d’urgence – aura sauvé l’honneur mais sans, pour autant, réussir à mobiliser la société. Aussi ne pouvons-nous nous contenter d’accabler ceux qui ont commis cet attentat aux libertés. Nous devons aussi interpeller l’indifférence, cette passivité massive, qui l’a permis. N’est-elle pas du même ordre que celle qui s’accommode de la détresse des migrants, réfugiés et autres exilés (lire mon précédent parti pris, Le devoir d’hospitalité) ? Cette indifférence, plus essentielle, à l’autre, au différent, au suspect, au musulman, bref au lointain, tandis que nous nous replions sur nous-mêmes ? Comme si nous n’étions pas concernés, sinon par le souci de nous protéger, coûte que coûte.
C’est ainsi que pas grand monde n’a sursauté en découvrant que cette loi dite antiterroriste entend faciliter, étendre, généraliser, bref banaliser encore plus les contrôles au faciès, cette discrimination quotidienne qui frappe la diversité de notre peuple, et notamment sa jeunesse. Même l’historien Patrick Weil, homme modéré par conviction autant que par métier, n’a pu réveiller l’opinion et les parlementaires en leur démontrant que « le projet de loi antiterroriste rappelait le code de l’indigénat », en destinant son dispositif policier à la surveillance d’une population particulière, les Noirs et les Maghrébins, aggravant le champ des discriminations qui blessent l’égalité.
De grandes sagesses philosophiques nous ont pourtant enseigné, notamment après les catastrophes européennes du siècle passé, que le meilleur chemin vers le prochain, c’est le souci du lointain. Que le souci de l’autre mène à soi-même. Si je ne suis pas au rendez-vous des libertés des autres, je ne serai pas au rendez-vous des miennes. Si je laisse mettre en cause des droits fondamentaux, au prétexte de prévenir une menace qui me serait étrangère, je découvrirai, un jour ou l’autre, que j’ai ainsi renoncé à mes propres droits."

vendredi 6 octobre 2017

Romans


Voilà,
désormais il ne parvient plus à finir les romans qu'il lit. Chacun d'entre eux lui semble correspondre à une sorte d'existence en soi. La simple sensation d'en approcher du dénouement l'embarrasse le désole et l'inquiète à la fois. Peut-être qu'à présent, toute idée de séparation ou d'abandon lui est devenue insupportable. Jeune homme Corentin Ribier avait lui aussi entrepris d'en écrire un. Mais, craignant que sa vie ne s'achevât en même temps que l'histoire qu'il s'était appliqué de raconter, il avait fini par renoncer, et d'un geste théâtral jeté son manuscrit au feu. C'était dans la grande maison de granit rose faisant face à la plage et qui a toujours été si difficile à chauffer. D'ailleurs dans l'âtre on a depuis peu disposé un appareil électrique au design élégant comme le dit la notice, pratique pour augmenter notablement la température intérieure. Une simulation de flamme LED, ajustable par un bouton avec un effet de bois de chauffage crée l'ambiance d'une véritable cheminée dans tous types de pièces. Un thermostat contrôle la température intérieure de l'appareil et prolonge, toujours selon la notice, la durée de vie. Aujourd'hui, marchant le long de la grève il trouve que cette angoisse de mort constituait là une bien médiocre excuse à sa paresse. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 5 octobre 2017

Considérations administratives


Voilà,
passé un certain âge, quand on renouvelle un passeport, on redoute toujours un peu d'expirer avant lui
(mais par chance aucun visa n'est requis pour mourir)

mercredi 4 octobre 2017

Cette folie qui gagne




Voilà,
ce qui épuise c'est ce chagrin toujours recommencé face aux effets de cette contagion de folie qui gagne nos latitudes. Impossible de regarder les gens sans céder à la méfiance ou à la suspicion. "L'être humain ne doit jamais cesser de penser. C'est le seul rempart contre la barbarie. Action et parole sont les deux vecteurs de la liberté. S'il cesse de penser, chaque être humain peut agir en barbare." écrivait Hannah Arendt dans "La Banalité du Mal". Il est probable si l'on considère le nombre impressionnant d'actes barbares commis à notre époque de par le monde que notre temps n'est pas celui de la pensée. Parfois il me semble que l'Epoque est ce qu'on appelle en basque un "Goibel", un ciel noir.

mardi 3 octobre 2017

Les Joies de la Géométrie


  
 
 


Voilà, 
depuis quelques jours je reviens à cette forme graphique que j'avais déjà un peu abordée il y a plusieurs mois. Ces trois images, joyeusement colorées avec leurs ces grands à-plats, je les trouve, du plus bel effet sur ce fond noir et, somme toute, assez reposantes. De plus cette figuration géométrique qui confine à l'abstraction séduit par son ambiguïté, puisqu'elle suggère sans pour autant montrer. Elle constitue aussi une forme d'hommage à toutes ces révolutions esthétiques (constructivisme et cubisme en particulier) qui en un siècle ont considérablement modifié notre rapport à la représentation. Et puis les images érotiques, nous relient à notre humanité. Elles ont existé de tous temps depuis l'art pariétal et dans toutes les cultures et toutes les civilisations. Celles-ci pourraient peut-être attendrir des robots, sait-on jamais. Voilà pour l'alibi culturel.
Ces lignes claires, ces dessins propres et ordonnées, ces représentations sommaires, dénuées de complexité, ces images en quelque sorte neutres, aseptisées et sans affect, me rassurent dans un monde chaotique et incohérent, dont jour après jour, les médias par écrans interposés nous somment  de nous accommoder. Oui oui, je sais il y a des gens qui œuvrent à des projets utiles pour améliorer le futur, ou qui consacrent leur fortune au salut de l'humanité, mais pour ma part, j'ai l'impression de plus en plus accablante que le désastre se généralise sans qu'il soit possible d'y faire grand chose. Alors je m'accroche à ces dérisoires activités, tel un idiot moderne (moderne au sens où je maîtrise quelques outils informatiques) pour donner un peu de consistance et de relief à mon existence. D'ailleurs je me beckettise à vue d'œil. Borgne et bien bas. Mais j'imagine encore. J'essaie de me renouveler. Pourquoi pas une vierge à l'enfant, une annonciation, ou une image de l'acrobate sur sa croix ? pour le salut de mon âme.

dimanche 1 octobre 2017

La Passe aveugle de Beauden Barrett


Voilà,
cette année je me serais souvent réveillé tôt le samedi matin pour regarder en streaming sur mon ordinateur des matches de rugby opposant des équipes de l'hémisphère sud, surtout des formations néo-zélandaises. Depuis la mi-août ce sont les équipes nationales qui s'affrontent : les All Blacks néozélandais, les Springboks d'Afrique du Sud, les Wallabies australiens, et les Pumas argentins. Les All Blacks manifestent dans ce jeu une maîtrise et une inventivité telles qu'ils le rendent non seulement spectaculaire mais qu'ils y ajoutent une dimension esthétique qui s'apparente à la chorégraphie, cet art de se mouvoir à plusieurs avec harmonie. Leur style est si accompli que, lorsqu'ils jouent, la question n'est, en général, pas de savoir s'ils vont gagner, mais quelle forme va prendre leur victoire. Bien sûr, et c'est heureux comme cela, il arrive parfois qu'ils perdent une partie car face à eux leurs adversaires sont contraints de se surpasser et de trouver des solutions pour les faire déjouer. La défaite des All Blacks constitue alors un événement, une rupture dans l'ordre de la logique. D'ailleurs, sans doute faut-il remonter loin dans le temps pour constater deux défaites consécutives de cette formation que nombre de nations ne sont d'ailleurs jamais parvenues à vaincre depuis que le rugby existe. 



Et puis, parfois des gestes surprennent, des fulgurances éblouissent par leur caractère imprévisible. Ainsi, cette passe aveugle au cours du match contre l'Afrique du Sud, il y a quinze jours, illustre parfaitement cette réflexion de Jankélévitch, quand il écrit : " la manière de donner vaut mieux que les dons, et la façon de faire est infiniment plus que la chose faite". Toute la philosophie du jeu en Nouvelle-Zélande où le rugby est un fait culturel, au même titre que le bel canto, autrefois en Italie, où tout le monde filles et garçons confondus, est éduqué à cette pratique dès le plus jeune âge,  repose sur la passe, sur la façon de se transmettre la balle, de créer en quelque sorte du lien entre les uns et les autres en dépit de l'adversité. Cette séquence par exemple montre que l'on peut ainsi se trouver sans se voir et que le don n'est pas juste de l'altruisme mais aussi du plaisir dans la reconnaissance de l'autre. Beauden Barrett alors qu'il pourrait, grâce à sa pointe de vitesse marquer tout seul, rend à son coéquipier Nehe Milner-Skuder la balle que ce dernier, quelques secondes auparavant, a interceptée à quatre-vingts mètres de là. Dans la grâce de cet instant, par cette offrande il lui rend ce qui lui revient : la possibilité d'achever ce qu'il a initié.

vendredi 29 septembre 2017

L'Excursion à Reims


Voilà,
j'étais allé à Reims voir un spectacle sur Yvette Horner. Rien que ça c'était déjà assez étrange. Pendant le voyage, dans le compartiment que je partageais avec cet homme sa femme et leurs deux filles, je me suis demandé quelle était leur origine et d'où ils pouvaient bien venir. Ils semblaient beaucoup s'aimer. Il était très tendre, très attentionné à son égard, lui prodiguant des caresses, passant sa main dans ses cheveux. Et elle, lascivement s'abandonnait à ses tendresses. Il y avait quelque chose de très adolescent dans leur comportement. Et les filles assises à mes côtés s'amusaient avec leur iPhone à filmer et photographier leurs parents si tendrement épris l'un de l'autre. Un instant j'ai envié cette famille unie qui de temps à autre, m'offrait des bonbons dans une boîte en fer blanc. Je supposais qu'il venaient de l'ancienne Yougoslavie, car la langue qu'ils parlaient entre eux me semblait du serbe ou du croate. Quand il est passé, le contrôleur leur a demandé  - sans doute parce qu'ils n'avaient pas poinçonné leur ticket - d'où ils venaient. J'ai compris qu'ils vivaient en Norvège. Sans doute y avaient-ils été accueillis dans le courant des années 90, pendant la guerre en Europe centrale. Ils sont descendus un peu avant moi, à la gare de Châlons en Champagne et je me souviens que cela m'avait alors semblé une drôle d'idée. Quel intérêt pouvait il y avoir à s'attarder à Châlons en Champagne ? (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 27 septembre 2017

Soleil pâle sur des pensées informulées


Voilà,
il y a quelques années, alors que j'étais moins esclave des machines, j'avais fabriqué à la main cette petite carte postale que je n'ai finalement jamais envoyée. Je ne me rappelle d'ailleurs même pas à qui elle était destinée ni pour quelle occasion, ni même si un destinataire précis lui était attribuée. Peut-être n'était-ce là, somme toute, qu'un moyen de figurer des émotions, des réflexions que j'étais incapable d'exprimer avec suffisamment de précision. Les mots sont un peu comme les chats. Ils font semblant de se laisser apprivoiser, mais ils dorment la plupart du temps ou bien sans prévenir, s'en vont vivre leur vie ailleurs et reviennent quand bon leur semble.

dimanche 24 septembre 2017

jeudi 21 septembre 2017

Future Forward (ou "comment le capital nous prend pour des cons")


Voilà,
il ne lui reste plus que les mots croisés les listes et les bagages de toute une vie. Les mots croisés sont des énigmes qu'elle a toujours aimé résoudre, et puis là ça lui permet d'oublier ce qui se passe. Elle montre sa misère, elle l'exhibe, et ce n'est pas dans sa nature, mais comment faire autrement pour se tenir loin de la honte. Lutins en sept lettres... Du levant au couchant... Soleil pharaonique en deux lettres... facile celui-là... fut mise à table... Argon pour le chimiste oui ça aussi bien sûr c'est simple "ar".. et grille après grille le monde extérieur s'efface dans le souvenir d'autres grilles...

(...)

Après c'est intéressant de savoir de quoi sont chargés les mots." Future forward" ça veut dire, le futur en attaquant, le futur en allant de l'avant. Il est sûr que notre petite dame n'a pas un grand ni joyeux futur devant elle. Mais dans le monde de la finance, Future et Forward, ont une tout autre signification : ils désignent des contrats de natures différentes, des produits, à  l’origine, créés pour se couvrir face à un risque de marché : risque de change, risque de taux d’intérêt, risque de variation de prix sur les matières premières, risque boursier. Les Forwards et les Futures sont également des produits utilisés pour spéculer. Ils permettent tous les deux d’acheter/vendre un actif à une date et à un prix prédéterminé. 
Toutefois, chaque contrat a ses spécificités. 
Les contrats Forwards sont des contrats de gré à gré entre deux entités. Il n’y a pas d’intermédiaire financiers entre les 2, le contrat est négocié directement. Les deux parties sont obligées d’aller au terme du contrat et de respecter leurs engagements. Ce type de contrat est essentiellement utilisé par les entreprises cherchant à se protéger d’un risque de marché. C’est le cas des entreprises ayant un accès à l’international. Prenons l’exemple d’une entreprise qui importe des matières premières pour son activité en France. Les matières premières sont côtées en Dollars (et l’entreprise devra donc payer en Dollar) et leur coût est donc directement lié au taux de change de l’EUR/USD. 
Admettons que l’entreprise anticipe une commande de matières premières dans 3 mois. Elle a alors deux choix possibles :
- Soit changer ses Euros en Dollars dans 3 mois sur ce qui s'appelle le marché spot (au comptant). Dans ce cas, l’entreprise fait face à un risque de change. Si l’Euro se déprécie face au Dollar sur le marché des changes (Forex pour foreign exchanges), les matières premières lui coûteront plus chères à importer. A l’inverse, si l’Euro s’apprécie face au Dollar, le coût des matières premières sera moins élevé.
- Soit changer ses Euros en Dollars dans 3 mois à un prix fixé à l’avance, pour un montant prédéfini en utilisant un contrat Forward. L’entreprise est alors couverte contre le risque de change sur l’EUR/USD. Le contrat Forward facilite la gestion de la trésorerie de l’entreprise. Elle sait par avance combien elle va débourser pour acquérir les matières premières. Les contrats Forwards offrent l’avantage d’être très flexibles. Les deux parties peuvent s’entendre sur un montant souhaité, sur la date le leur choix et il y a une négociation sur le prix. Les Forwards permettent donc de répondre avec exactitude aux besoins de l’entreprise. De plus, leur coût est réduit du fait qu’aucune commission n’est prise par un intermédiaire financier (comme c’est le cas sur les marchés organisés). En contrepartie, il y a un risque de défaut d’une des deux parties. En effet, les contrats Forwards ne sont pas garantis par une chambre de compensation. Mieux vaut faire un contrat avec un acteur solide financièrement surtout qu’il est impossible de sortir de l’opération avant l’échéance du Forward

Les contrats Futures sont des contrats passés sur les marchés organisés. Les contrats sont standardisés (échéance et montant fixes) et les acheteurs et vendeurs gardent l’anonymat. Contrairement aux contrats Forwards, des appels de marge sont réalisés quotidiennement par une chambre de compensation pendant toute la durée du contrat. Ces appels de marge sont fonction de l’évolution du spot (cours au comptant) par rapport au prix fixé sur le contrat Futures. Chaque jour, les gains/pertes sont donc encaissés/décaissés. Le risque de défaut de l’une des deux parties est donc quasi nul. A partir du moment où une partie ne peut pas répondre à un appel de marge, sa position est automatiquement coupée et le contrat rompu. 
Il faut savoir que sur les Futures, le contrat peut être rompu à tout moment par l’une des deux parties. Ce sont des produits financiers très liquides pour la plupart et il est donc possible d’acheter ou vendre à tout moment du contrat. La majorité des transactions sur les Futures sont à des fins spéculatives. Les futures vont très rarement jusqu’à l’échéance et la livraison du contrat n’arrive donc quasiment jamais. Les banques et les hedge funds utilisent essentiellement ce type de contrat sur les marchés financiers. Les Futures sont peu accessibles pour les particuliers du fait de la taille des contrats (Un contrat sur le DAX est par exemple compris entre 250 000 et 300 000€). Le courtier (broker) leader sur les Futures est Interactive brokers. Voilà, ce sont eux les trous-du-cul qui mènent le monde à sa ruine, eux ces mecs qu'il faudrait pendre par les couilles pour tous les ravages dont ils sont responsables. Ce sont en gros les connards qui nous baisent sans qu'on en tire aucun plaisir. 
Les futures ont des échéances fixes. Sur les indices par exemple, ces échéances sont Mars, Juin, Septembre, Décembre. L’arrivé à échéance de ces contrats est souvent annoncée comme un risque de forte hausse de la volatilité pendant la journée de clôture des contrats "futures" aussi appelée journées des 3 et 4 sorcières.
Notre petite dame, jetée à la rue, avec toute une vie qui tient dans ses sacs, elle n'a plus sa place dans ce monde, elle n'existe même pas pour tous ces spéculateurs. D'une certaine façon ceux qui vont acheter une paire de Nike non plus. Et ils ne se rendront même pas compte en enfilant leurs pompes le matin, que le Neolibéralisme s'offre aux yeux de tous une private joke à leurs dépens et se fout bien de leurs gueules en leur donnant l'illusion qu'il s'occupe de leurs pied. Par contre il est évident que le petit Pharaon, ancien banquier qui gouverne ce pays, connaît quant à lui parfaitement toutes les ficelles que je viens de décrire. Il vient de ce monde, il en est le valet. Derrière les mots et derrière cette affiche, il y a un message clair pour lui et ses semblables : "pendant qu'on vous fait acheter des pompes, on continue à vous faire marcher, car vous qui êtes bêtes comme vos pieds"  (Linked with the weekend in black and white)

mardi 19 septembre 2017

Un très mauvais rêve


Voilà, 
Je n'étais déjà plus tout à fait là. Mon corps gisait sur le chariot que poussait une jeune paysanne et je le contemplais de haut. Indifférent, je le laissais s'éloigner, s'enfoncer dans un couloir qui ressemblait aussi à une allée arborée. Peut-être au bout y trouverai-je une lumière une clarté un relief singulier qui donneraient une forme à ma délivrance, c'est du moins ce dont je voulais me persuader, sans pouvoir cependant me défaire d'une légère réticence, d'un doute à la fois vague et sournois. Il y avait encore des mots dans cet état résiduel où je me tenais ; des vers de Supervielle flottaient dans ce songe incertain : "Viens, sommeil, aide-moi / Tu saisiras pour moi / Ce que je n'ai pu prendre". Mais je craignais cependant la nature de ce sommeil. Il pourrait aussi bien ressembler à ces mares d'eau croupie et vaseuse qui semblent indéfiniment stagner. Quelque chose, un désir intense d'écouter encore une fois Otore No Nagane ni Sote, par l'orchestre de Koto de l'Ikuta School me dissuada soudain de m'attarder sur le chariot. L'idée que j'étais en train de me quitter m'était insupportable. Je me réveillai comme un qui vient de boire la tasse, le masque sur le visage n'avait pas bougé. La machine à côté du lit affichait un nombre élevé d'événements.

samedi 16 septembre 2017

Roger


Voilà,
hier, c'était l'anniversaire de Roger que je connais depuis plus de quarante ans. C'est un des êtres les plus drôles, les plus généreux et des plus attachants qui soit. Et un bon vivant qui met l'amitié au dessus de tout. Roger il adore rigoler, et son rire rend le monde plus léger. C'est un croisement de chinois et de bretonne, (son père avait été envoyé en France pour la guerre de 14-18 et puis avait choisi de rester en France la paix venue et avait à un moment travaillé sur les chaînes des usines Renault en même temps que Zhou En-Laï). Je l'ai rencontré quand j'étais encore adolescent par l'intermédiaire de la famille Tiry, parce que c'était un copain de régiment de Philippe. Autant dire que des verres des repas et des blagues on en a partagés depuis tout ce temps.  

vendredi 15 septembre 2017

Baigneuses


Voilà,
je me souviens, c'était sur la plage du Gosier, en Guadeloupe, en Février 2010, peu avant que le soleil ne se couche. Je me rappelle ces femmes trouvant l'eau un peu fraîche, alors que, pour moi qui séjournais pour la première fois sous ces tropiques, je n'avais jamais connu de bains si délicieux. J'ai aimé les voir passer toutes les  trois avec leur bébé, car, oui toutes me semblaient liées à lui. Je les trouvais si belles, chacune dans son genre, si accordées au paysage et à la douceur de ce jour déclinant que j'ai tenu à capter ce moment serein, paisible. Dans ces régions pourtant, la nature, quand vient la saison des ouragans, se révèle parfois d'une impitoyable cruelle et ravageuse violence. ( Linked with The week-end in black and white)

mardi 12 septembre 2017

Gluants fantômes


Voilà
"Procul recedant somnia et noctium phantasmata"
Qu'au loin s'enfuient les songes et les chimères de la nuit
chante l'hymne des complies de l'ancien bréviaire romain

lundi 11 septembre 2017

Bric-à-Brac


Voilà,
des mots échappent, et incidemment, bien qu'ils ne procèdent pas de cette volonté, ne visent pas cet objectif, ils assènent une vérité dont plusieurs fois on s'est détourné, à laquelle on ne voulait se résoudre, mais que l'on est bien contraint d'admettre. On s'en veut alors de son propre aveuglement, de cette pitoyable obstination à faire semblant de croire  - bien qu'on ait compris depuis longtemps que c'était là une absurdité - qu'on peut s'accommoder du mirage comme s'il était une réalité. On se rappelle d'autres moments, où l'on s'imaginait à une place que, sans pour autant le savoir, on ne tenait déjà plus ou que, pire même, on n'avait peut-être jamais tenue. Comme à Portobello Road, où je regardais les choses sans rien voir venir. Situations où l'on voudrait s'oublier tant on éprouve de honte à n'être que soi, rien que ce bric-à-brac de choses abandonnées.

vendredi 8 septembre 2017

Vérifier


Voilà,
le monde est sans cesse à vérifier. 
Est-ce parce qu'on n'y voit rien ? Qu'on croit donner forme et consistance à ce rien ? 
Veut on s'assurer que, malgré tout, dans ce rien, on est tout de même quelque chose ou quelqu'un ?
Faut voir, songeait l'enfant qui voulait n'y être pour personne.
(Linked with the weekend in black and white)

lundi 4 septembre 2017

Étude de Vert (autoportrait en poivron)


Voilà,
Ce rendu me plaît parce qu'il m'a semblé a posteriori (mais il est probable que cela soit qu'une illusion) que j'y apparaissais confusément en arrière plan, mon reflet noyé dans le feuillage, mais aussi en anamorphose sur la peau de ce luisant poivron posé devant la fenêtre de la cuisine. La lumière était belle et je voulais voir ce que cette forme et cette couleur donneraient sous cet éclairage. Ce n'est pas le genre de sujet que je traite habituellement. C'est une photo de vacances, prise à la sauvette autant par désœuvrement que par curiosité dans la maison de ma cousine pendant que tout le monde prenait l'apéritif sur la terrasse. J'étais content d'être arrivé là et d'y retrouver ma fille et sa mère, et aussi de la clarté dans les choses et les êtres après les quelques jours sombres qui avaient précédé.

vendredi 1 septembre 2017

Pédagogie de l'Attente


Voilà,
"L'espoir, cette très légère mais constante impulsion vers demain qui nous est communiquée de jour en jour, est le meilleur agent du maintien de l'ordre. On nous informe quotidiennement de problèmes à quoi nous ne pouvons rien, mais à quoi il y aura sûrement demain des solutions. Tout l'écrasant sentiment d'impuissance que cette organisation sociale cultive en chacun à perte de vue n'est qu'une immense pédagogie de l'attente. C'est une fuite du maintenant. Or il n'y a jamais eu, il n'y a et il n'y aura jamais que du maintenant. (...) Si nous sommes si enclins à fuir le maintenant, c'est qu'il est le lieu de la décision. Il est le lieu du "J'accepte" ou du "Je refuse". (...) Chacun voit bien que cette civilisation est comme un train qui va au gouffre et qui accélère. Plus il accélère, plus on entend les hourras hystérique du wagon-discothèque. Il faudrait tendre l'oreille pour déceler le silence tétanisé des esprit rationnels qui ne comprennent plus rien, celui des angoissés qui se rongent les ongles et l'accent de fausse sérénité dans les exclamations intermittentes de ceux qui jouent aux cartes, en attendant"  (in "Maintenant" Comité Invisible) Linked with the weekend in black and white)

mercredi 30 août 2017

Les Angoisses


Voilà,
chaque nuit, Stanislas Montils est dévoré par ses angoisses. Autrefois il se réfugiait dans le travail qu'il emportait chez lui. Un travail idiot d'ailleurs. Bilans comptables, feuilles de paie etc... Désormais cela même lui est devenu impossible. La fatigue l'aspire. Dans la cendre ardente de ses insomnies grésillent des rêves fauves. Il cherche son corps de femme dans les lambeaux d'un sommeil déchiré, il voudrait devenir Ida Lupino dans "Road House", Eiko Matsuda dans "L'Empire des sens" ou Audrey Hepburn dans "Breakfast at Tiffany's". Désormais il redoute les mois qui viennent. Il s'est fait licencier sans indemnités de son travail pour faute grave parce qu'un jour au lieu de lui envoyer un lien professionnel, il a, malencontreusement expédié à son responsable qui l'a très mal pris l'adresse d'un site porno qu'il avait coutume de consulter. "Vous qui êtes comptable vous devez savoir qu'il y a des erreurs qui se payent cash". Il était très content de sa trouvaille le gros con. Et il a ajouté "mais je vous remercie, le spectacle de ce transsexuel fermement busté s'ébattant avec un jeune latino très membré m'a ouvert des horizons insoupçonnés sur la complexité des rapports humains". 

vendredi 25 août 2017

Femmes de Chair, femmes de pierre.


Voilà,
Je n'aurais pas spontanément donné autant de grain à cette photo, mais cela permet ainsi de dissimuler l'identité des deux femmes de chair partageant le cadre avec les sculptures en pierre de Joseph Wouters exposées au château d'Excideuil, propriété de l'inventeur des  Kapla, Tom van der Bruggen. 
Je me souviens que, dans les années soixante-dix, nombre de photographes avaient adopté ce type de tirage et que la photo granuleuse et contrastée, constituait en soi une tendance. Et si ce n'est pas mon premier choix, je lui trouve à la réflexion un aspect rétro et suranné qui ne me déplaît pas – en dépit de la posture de la protagoniste du premier plan si caractéristique de ce début de vingt-et-unième siècle.
P.S. J'aimerais être plus souvent capable de cette neutralité objective qui caractérise ce post. Ça serait tellement préférable, de pouvoir toujours écrire ainsi, de façon plus distante. (Linked with The weekend in black and white)

mercredi 23 août 2017

La Vie confiante


Voilà,
j'ai retrouvé ces deux-là surgis par hasard du passé, alors que bien évidemment je cherchais tout autre chose. Ces deux petits inconnus – je les imagine frère et sœur – photographiés à Alger en Juin 1983 dans la douce lumière du Jardin d'essai du Hamma se sont alors docilement prêtés à l'objectif comme bien des enfants dans le monde. Ils venaient en grappe pour que je les photographie, certains brandissant des grenouilles attrapées dans des mares ou des fontaines, et qu'ils exhibaient avec une excitation cruelle. Mais eux, timidement m'ont offert ces sourires tendres et paisibles qui expriment le simple bonheur d'être là. C'est la vie confiante, la joie d'appartenir à un monde plein de promesses qu'on reconnaît dans le sourire ou le regard étonné de certains enfants. La tragédie finalement, c'est de devoir devenir adulte et de perdre la plupart du temps cette innocence. Que sont-ils devenus ? Quel a pu être leur destin ? Ont-ils survécu à la décennie noire des années 90 durant laquelle les Islamistes radicaux ont dans leur pays perpétré tant de massacres ? Par delà les années je les regarde avec attendrissement, parce qu'ils sont l'image même de la grâce, à laquelle si peu de choses en ce monde engagent à croire.

dimanche 20 août 2017

Boudjema


Voilà 
un jour de l'été dernier au mois d'août, j'ai reçu un message de mon agent m'expliquant que quelqu'un essayait de se mettre en relation avec moi. Boudjema avait laissé son téléphone. Je l'ai rappelé et nous nous sommes vus à la terrasse d'un café. Cela faisait plus de 30 ans que nous étions aperçus. J'avais fait sa connaissance en juin1983 lorsque j'étais retourné en Algérie, et quelques semaines plus tard il était passé à Paris où je l'avais hébergé avant qu'il n'aille retrouver un oncle dans la région de Metz. Et maintenant il était là avec sa femme à la terrasse du Maine Café. Nous avons parlé de nos vies, de ce que nous étions devenus de part et d'autre de la Méditerranée. On a un peu évoqué la guerre civile en Algérie dans les années 90, nos enfants aussi, nos métiers. Lui s'est investi dans la défense et l'étude de la langue et de la culture berbère. J'étais heureux de l'entendre me parler avec passion de son travail, et de celui de son épouse que je ne connaissais pas et qui est orthodontiste. J'ai trouvé qu'ils allaient bien ensemble. Il me semble qu'ils sont en quelque sorte des gens installés dans la société algérienne. Mais peut-être que je me trompe. Regardant cette photo, je repense aussi à l'appartement de la rue des Jonquilles. j'aimais bien le liséré noir que j'avais peint sur tous les angles. Je reconnais quelques uns de mes collages dans la bibliothèque. J'avais alors peu de possession, et sans doute encore bien des illusions. Et Boudjema plus de cheveux qu'il ne lui en reste.

lundi 14 août 2017

Choisir ou non la couleur


Voilà,
en ce moment j'ai tendance à publier des photos en noir et blanc. Autrefois, avec l'argentique, on pensait immédiatement à l'image que cela ferait, parce que l'on savait le type de pellicule dont on disposait ainsi que sa sensibilité. Aujourd'hui c'est beaucoup moins évident. Il m'arrive, au moment de la prise de vue d'imaginer, comme pour celle-ci, que je la tirerai en noir et blanc, mais ce n'est pas toujours le cas. Il peut advenir que la décision se fasse après. Eviter la couleur donne peut-être l'illusion de te tenir la réalité à distance, d'être plus ouvertement dans l'interprétation de celle-ci, même s'il est depuis longtemps admis — et aujourd'hui plus que jamais, avec tous les outils de transformation dont on dispose — qu'une photographie ne constitue en rien une preuve de véracité. Mais, pour ma part, couleur ou pas je ne m'embarrasse pas de la fidélité à la réalité. Il y a dans le noir et blanc — c'est une hypothèse — une empreinte peut-être plus mélancolique, liée sans doute à la grande fatigue qui m'accable depuis quelques semaines, sinon quelques mois. Disons que j'ai tendance à voir le monde en gris. Je suis contraint, pour gagner ma vie, à des boulots alimentaires qui la plupart du temps ne me satisfont pas. Je ne mets ni mon intelligence, ni ma sensibilité au service de quelque chose de digne et je crois que cela me contrarie de plus en plus. Mon existence me semble totalement absurde. Tout comme cette scène, et le monde dans lequel je vis et qui ne vaut pas mieux. C'est à cause de l'inquiétude  — celle que j'ai déjà évoquée — et de l'Intranquillité plus générale qui gouverne mon existence que je continue cette entreprise. Parfois le découragement me saisit.

dimanche 13 août 2017

Le vieil Homme et Bugs Bunny



Voilà,
que ce soit clair, je ne me moque pas de cet homme. Bien au contraire, sa silhouette, je la trouve émouvante, et cette image, en dépit de ce que j'en sais, puisque c'est moi qui l'ai prise, me bouleverse. Elle raconte quelque chose de la solitude quand vient la vieillesse, et de l'enfance aussi qui ne nous quitte pas. Quand je l'aperçois, dans le jardin d'acclimatation, il marche seul, obstiné, déterminé avec son Bunny qui flotte au dessus de lui, retenu par une ficelle qu'il tient fermement. Sa dégaine a quelque chose d'incongru, mais il va d'un bon pas en dépit de ce corps qui semble un peu cassé. Son visage est lumineux. Je comprends très vite qu'il n'est pas si seul qu'il en a l'air. Il y a un couple non loin qui se promène quelques pas en arrière avec une petite fille. Le ballon d'hélium lui appartient vraisemblablement. D'ailleurs à un moment, le père de la fillette parle au vieil homme et s'éloigne. Vraisemblablement il doit les quitter plus tôt, ou peut-être va-t-il chercher la voiture garée un peu loin, pour reprendre à la sortie du jardin femme, enfant et grand-père. Peu importe. Ce qui me touche chez cet homme c'est qu'il reste dans son mouvement, dans son rythme. Il fait en sorte qu'on ne l'attende pas. Il y a une volonté de rester indépendant, malgré tout, malgré l'âge et la fatigue. Il ne veut pas lambiner. Mais parfois il s'arrête, intéressé par quelque chose qu'il a vu ou cru apercevoir, comme à ce moment précis, devant l'une des cages de la volière. Peut-être autrefois était-il un businessman avisé, dur en affaires et autoritaire. Maintenant, devant cette scène, je pense au père de Pierre que je ne connais pas, mais qu'il évoque parfois dans son blog, à l'oncle Jacques dans ses dernières années, et même à Giscard d'Estaing, autrefois si sûr de lui et souvent même très arrogant que, dans un documentaire qui lui était consacré il y a quelques mois, l'on voyait, trottiner à petit pas, dans un jardin public, l'air vaguement égaré. Cette fraction de seconde va bien au-delà de l'anecdote et condense tout ce qu'une vie peut avoir de pathétique de grotesque de tragique et dérisoire à la fois. (linked with The weekend in black and white

vendredi 11 août 2017

Jeux de Plage


Voilà,
plaisirs d'enfance. Sauter, rebondir. On pourrait faire ça des heures, j'imagine. Je suis trop vieux pour avoir connu les joies du trampoline. Je n'ai sauté, enfant, que sur des matelas posés sur des sommiers à ressorts. Mais je peux encore, en moi, par le souvenir, éprouver cette ivresse, ce sentiment exaltant de redessiner l'espace et de se sentir protégé, puisque même la chute est un plaisir, pourvu qu'on ne sorte pas du périmètre. Jouer, et oublier les nuages qui s'amoncellent au loin. (Linked with "The weekend in black and white")

jeudi 10 août 2017

En Marche


Voilà,
en fait je suis quelqu'un de très simple. La coïncidence de deux marcheurs possédant chacun un bagage, l'un dans le paysage fictif d'un tableau, l'autre dans l'espace réel d'un musée, qui se croisent dans des univers parallèles et donnent l'illusion d'aller en quelque sorte à la rencontre l'un de l'autre, et de se manquer, suffit à éclairer une journée, à lui donner un sens, une valeur singulière. C'était avant-hier, le mardi 8 août, à l'exposition réunissant des œuvres de Derain, Balthus et Giacometti. 
Le soir avec S. nous avons regardé ce remarquable documentaire sur Picasso, intitulé, "13 journées dans la vie de Picasso". Picasso, demeure pour moi, l'incontestable génie de la peinture occidentale, parce qu'il ne s'est pas contenté du don qu'il possédait, mais qu'il l'a exploité sans relâche pour sans cesse renouveler les formes, épuiser la représentation. Il me touche aussi par de menus détails, certains énigmatiques, comme cet attachement définitif pour l'œuvre du douanier Rousseau dont il acheta en 1908 des toiles qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie. Il y a décelé quelque chose que nul autre auparavant n'a su percevoir. Cette fidélité illustre, active même avant qu'elle ne soit prononcée, la formule de Marcel Duchamp "ce sont les regardeurs qui font le tableau". Picasso a aimé Rousseau et les autres l'ont suivi. Evidemment c'est bien étrange de parler de tout ça quand deux malades mentaux aux tronches de lugubres clowns, et détenteurs de pouvoir de destruction colossaux s'invectivent et menacent d'utiliser leurs armes atomiques.

mercredi 9 août 2017

Un autre Ciel


Voilà,
La femme que je n'ai pas connue
Les enfants que je n'ai pas eus
La vie que je n'ai pas vécue

mardi 8 août 2017

Dormir pour oublier (24)


Voilà, 
cette photo a été prise en juillet 2015 à Paris, je ne sais plus dans quelle rue. Au fond quelle importance. J'aurais pu tout aussi bien la prendre hier et elle sera toujours d'actualité dans un an et cela dans n'importe quel arrondissement parisien. Bien sûr elle ne sera pas tout à fait semblable, mais ce sera quand même toujours du pareil au même. Cela fait désormais partie du paysage urbain au même titre que les murs peints au pochoir. Le nombre de gens abandonnés dans la rue ne cesse de croître et cette population de se diversifier. Bien sûr il y a les clochards, mais aussi les SDF qui exercent des petits boulots et ne peuvent se loger, les réfugiés qui ont fui des pays en guerre ou économiquement sous-développés pour échouer ici, les gens qu'un accident de la vie jette dans la misère. Hier, j'ai même vu un jeune homme dans la rue avec un carton "je suis étudiant sans bourse et sans logement mais je ne lâcherai rien" et un un autre rue de Rennes avec un panneau "j'ai 57 ans, je n'ai aucune allocation faites un geste". Voilà, je me sens plus proche de ces gens-là que de mes amis qui laissent des photos de vacances sur facebook. Je veux dire par là, que, alors que plein de projets de boulots pour la rentrée se cassent la gueule les uns après les autres, la probabilité pour moi de finir sur un matelas est plus grande que de me vautrer sur une plage. 

samedi 5 août 2017

C'est toujours autre chose qu'on voit


Voilà,
ça pourrait en effet fonctionner ainsi à l'infini : des images redistribuées sur un mode aléatoire, combinées et recombinées s'agrègent en agencements fortuits. Il n'y a bien sûr aucun sens précis à tout cela, aucune signification dans ces recompositions, si ce n'est celui qu'on veut bien lui prêter parce que, n'est-ce-pas, on aimerait tant que les choses et les événements signifient, cela serait tellement plus rassurant. Mais de sens il n'y en a pas. Il n'y a que du chaos. Au mieux du contingent. C'est comme pour le rêve. La nuit le cerveau vidange les déchets du jour et produit des formes insolites à la manière de ces sculptures étranges et fascinantes que les stalactites ont, au cours des siècles, générées dans des grottes. Là on devine un visage une silhouette, un animal ou un groupe de personnages. Mais qui oserait sérieusement convenir que cela procède d'une volonté cachée ? Que la nature a eu le projet de fabriquer et sculpter ces monumentales apparitions ? Il en va de même pour les songes : depuis l'aube de l'humanité on leur prête  des vertus divinatoires que la psychanalyse a réactualisées. J'ai, pour ma part, souvent tendance à penser que nous ne sommes que des formes, des épiphénomènes en interaction avec d'autres formes qui nous traversent et que nous traversons. Je les accueille. Je ne les produis pas, je les perçois je les découvre, les dévoile. Elles sont là tapies dans le champ des possibles, et c'est toujours le même processus : agrégations, condensation, frottements, usure, saturation, réitération, duplication, réplications sédimentation distorsion, brouillages. Je ne fais que reproduire des processus qui existent dans la nature. Ce qui me séduit c'est le caractère organique qui germine dans ces images, comme s'il y avait du muscle du nerf du tissu. Mais encore une fois ce ne sont que des informations retraitées à l'aide d'une machine.
L'humain est la seule espèce vivante qui a besoin d'images. L'Amérique du Nord, pays fondé par d'austères colons protestants hostiles aux images les a vénérées, et leur voue encore de nos jours un culte effréné, et même les musulmans qui ne veulent pas que l'on représente leur prophète s'en abreuvent. Je m'interroge souvent sur ce besoin de transformer ou de reproduire ce qui existe déjà. L'espèce humaine est aussi la seule qui pense ou qui a longtemps pensé que des esprits hantent la nature. Il est possible qu'après tout une part importante de l'humanité ait aujourd'hui cessé d'y croire puisqu'elle s'acharne à détruire avec une allégresse suicidaire son environnement, cependant qu'elle fabrique des machines pour accroître son intelligence et manifester ainsi sa démoniaque volonté de puissance qui lui sera fatale. J'appartiens à une espèce prédatrice qui a programmé son extinction en saccageant la planète qui l'a vue naître, la transformant en enfer parce que depuis toujours elle rêve d'un dieu qui l'accueillerait dans un hypothétique paradis. Comme je ne crois pas ã ces conneries, pour ne pas désespérer, pour trouver quelque plaisir quelque satisfaction intellectuelle, parce que  – j'en ai déjà parlé –  ces étonnements, ces révélations, ces épiphanies me sont nécessaires, je fais venir les images. Je voyage peu désormais, et compenser par l'imagination ce que je ne trouve pas dans la réalité, me permet de me sentir vivant. Évidemment, j'aimerais ne pas avoir à me poser toutes ces questions, que ces pensées ne me viennent pas à l'esprit. Je préfèrerais vivre comme un de ces chats adespotes sur une île grecque, ne pas avoir besoin de simulacre, me satisfaire de peu, de l'éphémère, du passager me contenter de la forme et de l'odeur de ce qui est là, et jouir de mes rêves. Peut-être ai-je besoin de cela pour me sentir, sinon libre, du moins en mouvement, dans la transformation.

jeudi 3 août 2017

Pirosmani



Voilà,
En passant un jour devant ce restaurant situé rue Boutebrie j'ai repensé au film géorgien de Gueorgui Chengelaia vu autrefois au cinéma Cosmos situé rue de Rennes et qui s'appelle aujourd'hui l'Arlequin, où l'on ne projetait que des films des républiques socialistes soviétiques. Je ne me souviens que de très peu, si ce n'est de son découpage en séquences. Je n'avais à l'époque pas compris grand chose, et cette façon de filmer me paraissait étrange pour évoquer des épisodes de la vie du peintre Pirosmani. Pourtant j'étais ressorti ému et assez troublé. J'aimerais bien le revoir. Mais peut-être s'agit-il d'autre chose. Me voici, je suis bien obligé de l'admettre, à l'heure des bilans, (avec insistance, l'administration me somme déjà de faire celui de ma vie professionnelle). Il est possible qu'en fait j'aie simplement envie d'aller à la rencontre de qui-je-fus-alors et de m'excuser auprès de lui de n'avoir pas été à la hauteur de ses rêves, de ses curiosités, et d'avoir réduit ses espérances en illusions pathétiques. Mais bon, au moins je ne me suis pas soumis, je n'ai pas marché au pas, ne suis pas rentré dans l'ordre, ne me suis pas laissé embrigadé, n'ai pas suivi de leader. C'est déjà ça. Toujours à propose de Chengelaia, mais cette fois d'Eldar son frère aîné, j'ai vu plus tard, dans le même cinéma un film savoureux qui s'appelait "Les montagnes bleues" décrivant une maison d'édition où les employés s'acharnaient à en faire le moins possible. J'avais emmené avec moi mon frère cadet de passage à Paris, pour qu'il voit autre chose que les conneries qu'il avait l'habitude de regarder, mais je ne suis pas certain qu'il lui en soit resté grand chose.

mercredi 2 août 2017

Les Travaux en cours


Voilà,
Ces derniers temps je m'efforce de restituer dans les images que je fabrique la dimension trouble de certains états de veille où mémoire et inconscient se livrent ensemble un drôle de tango. Donc, des accumulations, du disparate, du bric-à-brac, des citations visuelles. Il me semble qu'il faudrait même que j'y ajoute des signes typographiques ou des fragments de textes ébauchés. 
Je cherche aussi à donner dans un même élan la sensation de l'opaque et du transparent, comme on peut l'éprouver quand on essaie de reconstituer un rêve par le récit qu'on veut en faire. Je suis traversé par tant d'énergies, non pas contraires, mais désordonnées. J'avance en proie à des pulsions si différentes et des désirs si variés qu'ils tendent parfois à se neutraliser. C'est aussi de cela que je souhaite rendre compte.
Je me sens souvent comme un champ de force et de tensions tel, que s'impose la nécessité de traduire ça, avec ce qui me paraît être le moyen le plus immédiat, le plus pratique, et le mieux adapté à mes capacités. Les mots, l'écriture ne peuvent y parvenir ou seulement en complément des images, et encore je n'en suis pas certain. Seul les cris les grognements les gémissements les râles, ou bien les notes précipitées rugueuses acérées de Steve Lacy ou bien d'Archie Shepp ou encore d'Ornette Coleman exprimeraient ce que j'éprouve et suis incapable d'expliquer, de conceptualiser, de décrire, en raison de mon manque de maîtrise du langage, sauf à y passer beaucoup de temps pour un résultat qui, je le sais, sera bien en deçà de mes attentes. 
Les images, bien sûr m'amènent ailleurs, elles suggèrent un état général plus qu'elles ne désignent avec précision des faits. Elles constituent une sorte d'écriture automatique, une série d'improvisations pour libérer la conscience des questions et des scénarios divers que l'angoisse du lendemain insinue plus ou moins sournoisement. J'ai tenté de m'obliger à un compte-rendu précis et factuel de la réalité de mes émotions ou de certaines situations sans toutefois y parvenir de façon satisfaisante. Il faudrait que je me sorte cette lubie de la tête. Je fabrique de images parce que c'est le moyen qui me semble le plus accessible pour exprimer ce que j'ai de brut, de sauvage et d'inaliénable en moi. 

mardi 1 août 2017

J'aime / Je n'aime pas (2)



Voilà,
j'aime quand l'inspiration me vient facilement et quelque chose m'apparaît au-dela de mes espérances
je n'aime pas être invité à des mariages
j'aime les confitures de la marque "saveurs attitudes" bien qu'elles coûtent fort cher
je n'aime pas, en général le comportement des garçons de cafés parisiens
j'aime écouter France-Musiques parce que j'y découvre des œuvres classiques que je ne connais pas
je n'aime pas devoir reconfigurer des appareils électroniques
j'aime cette grande femme courageuse admirable et talentueuse qui se reconnaîtra
je n'aime pas l'état dans lequel je me trouve quand mon équipe favorite perd (à mon âge quand même)
j'aime aller voir des vieux films à la cinémathèque
je n'aime pas faire les poussières
j'aime de façon générale me promener avec ma fille et plus particulièrement aller avec elle au cinéma dans les musées au restaurant
je n'aime pas les gens qui parlent fort dans les lieux publics
j'aime quand ressurgit une impression agréable qui n'avait pas été éprouvée depuis longtemps
je n'aime pas l'insomnie de quatre heures du matin
j'aime, dans un port de plaisance le tintement des haubans quand souffle le vent
je n'aime pas les gens qui, persuadés d'avoir deviné vos pensées, s'autorisent à finir vos phrases
j'aime faire la sieste à la plage
je n'aime pas les escalators qui ne fonctionnent pas et les portes à moitié fermées
j'aime quand les nuages passent en caravane dans le ciel
je n'aime pas les orages quand je suis en voiture
j'aime l'odeur des plants de tomates
je n'aime pas les femmes qui minaudent, encore moins quand elles ont passé la quarantaine, là c'est vraiment ridicule
j'aime apercevoir la mer à travers les pins
je n'aime pas que l'on publie sans mon consentement sur les réseaux sociaux des photos où j'apparais
j'aime les fougères dans les sous-bois
je n'aime pas cette façon qu'ont certaines personnes de se servir du malheur de leurs proches pour se mettre en valeur 
j'aime le climat océanique et les promenades solitaires en bord de mer 
je n'aime pas que mon géniteur apparaisse dans mes rêves alors que cela fait trois ans qu'il est mort
j'aime le crissement des morceaux de coquillages sous les pas
je n'aime pas la bourgeoisie catholique traditionaliste, elle me fait gerber
j'aime les blagues juives 
je n'aime pas sur les photos que la ligne d'horizon soit légèrement oblique
j'aime quand je peux dépenser sans compter 
je n'aime pas les gens qui font semblant de s'intéresser à vous en posant des questions dont ils n'écoutent pas les réponses 
j'aime aux beaux jours arroser très tôt le matin les plantes sur mon balcon
 je n'aime pas le jingle de la SNCF
j'aime retrouver ma maison bien rangée après quelques jours d'absence
je n'aime pas les gens qui assènent de façon péremptoire des contre-vérités cela me devient même insupportable
j'aime la musique javanaise du pays Sunda
je n'aime pas quand des personnes font semblant d'être familiers avec des gens qu'ils connaissent à peine
j'aime le truissotement des hirondelles dans les villes quand tombe le soir

vendredi 28 juillet 2017

Dérives

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Voilà,
les étés se suivaient et se ressemblaient. Ces longues balades dans un Paris livré aux touristes le renvoyaient à son isolement et à son incapacité de s'extraire de cette ville. Le manque d'argent sans doute, et de perspective professionnelle, mais aussi la paresse et le goût de la solitude qu'il trouvait cependant souvent bien pesante l'empêchaient de partir et de se projeter ailleurs ou autrement. Il voulait toute chose et son contraire et finalement n'avait rien. Etre ceci et cela pour en fin de compte n'être personne. Désirer être ici et là et toujours se retrouver au même envers. Si longtemps qu'il s'était perdu, sans doute même l'avait-il toujours été plus ou moins. Il ne s'était jamais senti en adéquation avec la réalité. Oui bien sûr il avait eu des enfants, connu des femmes, vu malgré tout quelques pays. Mais que restait-il de cela. Il aimait pourtant ces moments de dérive urbaine sans but sans préméditation, mais rien de bien nouveau n'advenait. Parfois un irrépressible chagrin submergeait Pierre-François Joubertin, une poignante mélancolie lui serrait la gorge, lui nouait le ventre. Il se sentait si souvent défaillant non seulement au regard des autres, mais à son propre regard. Qu'avait il fait de sa vie qu'il avait laissé filer entre ses doigts ? Que restait il des amitiés anciennes ? Il avait trop souvent et trop mal dormi. Au lieu d'être un homme d'action il n'était demeuré qu'un contemplatif tourmenté. Rentré chez lui, il regardait ces livres alignés dans sa bibliothèque et songeait à tous ces voyages qu'il avait envisagés sans pour autant les faire. A présent les radios, les bilans sanguins, n'auguraient rien de bon quant à sa situation. L'horizon se rétrécissait considérablement. Il n'avait plus envie d'entreprendre quoique ce fut et parfois, le simple fait de devoir se rendre au Franprix du coin lui apparaissait comme une contrainte et un effort insurmontables. Il se souvint vaguement qu'en grec, existait le mot "aporia" pour qualifier cet état. (Linked with the weekend in black and white)