vendredi 31 juillet 2026

lundi 27 juillet 2026

Meurtrissure

Voilà,
j'ai passé les plus belles années de mon enfance à Biscarrosse dans les Landes. Je me suis promené en vélo sur des routes traversant des forêts de pins qui aujourd'hui sont réduites en cendres. J'ai puisé là des sensations et des souvenirs qui m'accompagneront jusqu'à ma mort. Je me suis en partie construit sur les émotions intenses que j'ai éprouvées au contact de cette nature. L'odeur de la forêt landaise me bouleverse, quel que soit le temps qu'il fait. Je me souviens aussi de mon bonheur d'avoir fait découvrir à Agnès cette région. Et puis aussi de ces quinze premiers jours de Septembre 1996 à Biscarrosse, avec Christelle qui plus tard m'a donné ma fille.
Et de ces années où ensemble nous descendions vers Pau. Nous faisions toujours étape à l'hôtel des grottes de Matata en Charente maritime. Le lendemain nous prenions le bac, pour traverser l'estuaire. C’était comme un rituel. Vraiment le début des vacances. Depuis le Verdon nous redescendions par la forêt de Gironde, sur les routes départementales. Souvent nous faisions halte à Hourtin ou Lacanau pour manger au bord du lac. C'est là que ma fille a, pour la première fois, marché pieds nus dans le sable. Là encore un souvenir puissant.

Ensuite nous descendions tout droit en contournant le bassin d'Arcachon, en direction du parc des Landes de Gascogne que nous traversions pour atteindre le Béarn. Merci la vie qui me permet encore d'être relié à ces moments si précieux.
Aujourd'hui, certains de ces endroits sont encore la proie des flammes après une semaine d'une lutte, rendue difficile pour les pompiers, à cause du vent et de la sécheresse. C'est une meurtrissure que de savoir cette forêt ravagée, cette région sinistrée et que tant de gens y ont perdu tout ce qu'ils possédaient.
Dans ce combat on s'est aperçu que la flotte des avions canadair n'a pas été renouvelée en dépit des nécessités qui avaient été pointées il y a quatre ans, lors d'un précédent méga-feu dans la région. De nouveaux appareils font terriblement défaut. Ces dernières années l'État a préféré investir dans des blindés pour que la police puisse violemment réprimer des manifestations écologistes en certains endroits sensibles du pays. 
Quant à l’Office national des forêts, dont le rôle est essentiel pour, dans un contexte de désordres climatiques, préserver les espaces boisés et œuvrer à leur adaptation, ses effectifs ont connu une chute vertigineuse, de 12 500 agents au début des années 2000 à environ 8 000 aujourd’hui, avec un budget en forte tension. Au point que même la Cour des comptes s’en alarme : "Les moyens humains de l’établissement apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées". Le choix d’investir massivement dans la répression plutôt que dans la préservation du vivant et dans l’adaptation au chaos climatique est aussi stupide qu’irrationnel. Il est à l’image de ceux qui nous gouvernent depuis dix ans : une petite caste de technocrates ultralibéraux au service d'Intérêts privés.
Heureusement depuis quelques jours on peut compter sur la solidarité européenne pour ce dur combat qui n'est pas encore gagné. Le feu s'approche de Bordeaux, recouverte depuis plusieurs jours d'un épais nuage de fumée. Et dans les prochaines heures est prévue une nouvelle vague de chaleur.

dimanche 26 juillet 2026

Paradis perdu

Voilà,
on s'émerveille et l'on a presque envie de pleurer devant un paysage champêtre naïvement peint sur un portail en fer. C'est comme une image de paradis perdu, alors que tout autour le monde brûle, et nous rappelle de façon de plus en plus pressante que nous sommes déjà bien avancés dans la catastrophe, comme nous l'indique cette carte qui répertorie au jour le jour tous les feux qui à cette heure ravagent la planète. Je pense à celles et ceux qui ont tout perdu. Ils sont vivants mais les traces de leur existence sont réduites en cendres.
 

On pourrait en outre ajouter que si les années qui viennent de s'écouler ont été les plus chaudes jamais enregistrées, que si la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'a jamais été aussi élevée depuis 3 millions d'années, le 23 Juillet 2026 aura aussi été, selon les données du service Flight radar, une journée record dans l'histoire de l'aviation. 153 359 vols y auront été comptabilisés, ce qui signifie que sur la planète un avion décolle toutes les 0,27 secondes. Ainsi dans ce monde chaud, des touristes voyagent d'un endroit trop chaud à un autre endroit trop chaud à bord d'engins brûlant des combustibles fossiles qui créent encore plus d'endroit trop chauds.
Selon qu'on soit cynique ou crédule, c'est avec délectation ou amertume qu'au regard de ce qui se passe aujourd’hui, on se rappelle l'époque du confinement et son cortège de soi-disant prises de conscience, de spéculations et de promesses au sujet du monde d'après.  
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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lundi 20 juillet 2026

Vivre du rêve

 

Voilà,
"Vivre du rêve et pour le rêve, en démontant l’univers et en le recomposant, discrètement, selon le flux et le reflux, des instants où nous rêvons. Faire cela, tout en étant bien conscient, parfaitement conscient, de la totale inutilité de cette activité.
 

Ignorer la vie avec tout son corps, se couper de la réalité avec tous ses sens, Renoncer à l’amour, avec toute son âme. Emplir de sable vain, les vases que nous portons à la fontaine, les vider, puis les remplir à nouveau, le tout avec la plus extrême futilité.
Tisser des guirlandes pour, sitôt, achevées, les défaire entièrement, minutieusement.
Prendre nos couleurs et les mélanger sur la palette, sans avoir devant nous, la moindre toile à peindre."  Fernando Pessoa, Livre de l'Intranquillité, 41 

dimanche 19 juillet 2026

Si l'on se fie aux apparences

 
Voilà,
au pied de la passerelle Simone de Beauvoir, en bord de Seine, sur le Quai de la Gare, j'ai aperçu il y a quelque temps ce mural représentant la paix avec des colombes. Images, ce ne sont que des images.

Oui, il est bien paisible ce paysage urbain, si l'on se fie aux apparences. Les gens devisent paisiblement au bord du fleuve, le ciel est bleu, l'ombre est revenue. Il fait bon flâner ou entretenir son corps.
 

Sur l'autre rive, on a même aménagé une piscine, car le fleuve a été nettoyé ces dernières années, si bien que depuis les jeux Olympiques on peut de nouveau se baigner dans la Seine, comme au cours des années cinquante.  
Profitons des choses qui nous sont données. C'est vers la fin qu'on s'aperçoit que la vie est courte et bien plus précaire qu'il n'y paraît.

mardi 14 juillet 2026

Regarder passer le défilé

 

Voilà,
ce quatorze juillet 1983 je m'étais tout de même bien régalé. J'avais fait une pellicule entière. J'aimais bien le principe de la série. J'en ai beaucoup publié des photos de ce jour-là sur ce blog. Celle-ci n'était pas encore apparue. J'aime beaucoup la tronche du type avec son programme à la main. Ce qui me réjouissait c'était les différents axes de regards. Ceux qui voient venir, ceux qui voient ce qui est passé, les suspicieux qui se méfient du photographe mais qui ne quitteraient leur place pour rien au monde de peur de la perdre. C'est fou tout de même cette fascination des gens pour les défilés militaires.
Si tu tapes, chère lectrice cher lecteur, sur la rubrique "spectateurs", eh bien oui, tu retrouveras parmi d'autres, toutes les photos de cette mémorable matinée. Et si tu cliques sur ce lien tu verras comme j'étais joli garçon (mais je ne le savais pas à l'époque et cela n'a qu'un relatif intérêt aujourd'hui). Je venais de passer un mois en Algérie, sur les traces de mon enfance, j'avais un peu d'argent devant moi, j'étais aimé, je savais que bientôt je partirais en Provence pour finir l'été, l'âge que j'ai aujourd'hui me paraissait une échéance improbable. Bref j'étais jeune, pas forcément insouciant, mais quand même assez souvent désinvolte. Aujourd'hui le monde brûle, et malgré les faits, l'on ne parvient pas tout à fait à se rendre à cette idée. La langue japonaise possède un mot pour exprimer ce que je ressens : yaruzenai : comprendre tout ce qui ne va pas, mais ne pas pouvoir faire grand-chose pour améliorer la situation, et garder ce sentiment à l’intérieur de soi. Enfin plus vraiment puisque je viens de l’écrire sur cette page.

dimanche 12 juillet 2026

Scène de genre

 
 
Voilà,
à Chomérac petit bourg de l'Ardèche, j'ai, au soir, d'une journée intense en émotions, pris un verre sur une petite place de village très sympathique, où s'agitaient des joueurs de pétanque. Non loin se trouvait cette fresque réalisée par le collectif "haut les murs" donnant à voir une fort bucolique scène de genre sous une arcade inexistante.
 

Ce paysage idyllique de fiction, j'aurais voulu m'y trouver et y prendre ma part. J'aurais aimé m'agiter parmi ces enfants absorbés dans leur partie, tout à la joie de l'instant présent.


Au lieu de quoi, je me tenais en terrasse, dans la réalité d'une soirée chaude, vaguement méditatif, m'attardant au spectacle de ces boulistes très concernés par leur affaire. J'étais encore bouleversé par ces échanges avec les détenus d'une maison d'arrêt où j'étais venu jouer le matin même, en particulier par le récit d'un kurde d'une trentaine d'années qui dans un français parfait avait déroulé son histoire dont l'implacable enchaînement des faits avait la funeste dimension d'une tragédie antique. 
Je ne sais pas si j'en parlerai un jour. Il faudrait trouver le temps, les mots justes, le courage et la force. L'actuelle canicule absorbe toute mon énergie. 

samedi 11 juillet 2026

Substituer l'intelligence à l'énergie

 
 
Voilà,
"Substituer l’intelligence à l’énergie, rompre le lien entre la volonté et l’émotion, en ôtant tout intérêt aux actes de la vie matérielle, voilà ce qui, une fois obtenu vaut plus que la vie même, car il est bien difficile de la posséder entièrement, et si triste de ne la posséder que partiellement". Pessoa (Le Livre de l'Intranquillité §124)
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mercredi 8 juillet 2026

Cette beauté-là


Voilà,
Il y a le ciel, bien sûr. Et c’est cela qui importe. Cette beauté-là que nous offre notre fragile planète en même temps que le don précieux d’être vivant. Une fraction de seconde les tracas s’effacent. On s’abandonne à la contemplation.
Dommage que l’espèce humaine, si laide si vicieuse, ne soit à la mesure de tant de splendeur et qu’elle s’acharne avec une telle obstination à détruire, au nom du profit, du pouvoir des puissants sur les faibles, ce qui la maintient en vie.
Mais il est probable que cela ne représente, à l’échelle des temps géologiques qu’une infime péripétie. La vie s’épanouira autrement, sans nous, et c’est tout aussi bien ainsi.

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