samedi 31 décembre 2011

A propos d'une photo de William Klein


Voilà
cette photo de William Klein prise en 1957 à Rome au pied de l'aqueduc de la via del Mandrione et de la via Porte Furba évoque ces scènes de genre que l'on trouve chez certains artistes du XVIIème et XVIIIème siècle lorsque les ruines deviennent un motif à la mode. On appelait "bambochades" ces représentations de la vie quotidienne avec des personnages du petit peuple se livrant à leurs activités dans un tel décor. Ce qui me touche c'est, malgré le poteau télégraphique, l'aspect ancien de l'image, souligné par le cheval et la porteuse d'eau... Il en existe une autre du même genre dans l'exposition : des enfants y jouent au foot près des ruines d'un palais de l'antiquité romaine. Ce que je vois, c'est moins la désolation de gens vivant parmi les vestiges que l'indifférence suggérée à ce qui reste d'une civilisation qui fut autrefois grandiose, indifférence nécessaire d'ailleurs pour survivre. Les tableaux eux, se présentaient en quelque sorte comme des "vanités monumentales", sortant du cadre de l'intime l'individu, le renvoyant cependant à sa finitude puisqu'il était condamné à se réduire en poussière plus vite que ces bâtiments. Ils rappelaient que les civilisations elles aussi sont mortelles, ou peut-être plus précisément qu'une civilisation païenne ne peut éternellement durer.

Ci-dessous une tableau de Pierre Patel (1604-1676), un de Giovanni Paolo Pannini (1691-1765), un autre de Marco Ricci (1676-1730), et enfin un dernier de Hubert Robert (1733-1808) le grand peintre des ruines.





Au moins y-a-t-il quelque chose de grandiose dans ces restes de Temples, d'Arènes, et d'ouvrages d'art. Du temple de l'argent que furent les Twin Towers et le WTC, il ne reste rien. Et du rêve prométhéen de l'humanité du XX ème siècle ceci : cette photo de David Guttenfelder de l'enceinte du Réacteur 4 de le Centrale de Fukushima, désormais une zone d'exclusion. Rien de bien spectaculaire somme toute, au regard du ravage qui s'y rapporte.


jeudi 29 décembre 2011

Un hasard providentiel



Voilà
peut-être parlait il trop fort dans la cafetaria presque déserte du musée. La femme qui lui faisait face tenait absolument à ce qu'il raconte ce qu'il était devenu durant de ces quatre années qu'elle avait passées comme journaliste dans les émirats du golfe, car disait elle "tu m'as trop fait causer, c'est ton tour maintenant". Il lui semblait pourtant qu'elle n'avait pas dit grand chose. Donc il s'essayait à donner un peu de relief à ce qui n'en avait guère, (le temps de sa splendeur était passé) sans pouvoir s'empêcher de jeter des coups d'œil furtifs vers cette jeune femme qui, attablée non loin en compagnie de son ami, semblait guetter son regard. A moins que ce ne fut qu'une impression ; ce visage qui lui semblait familier, peut-être ne l'était-il qu'à cause de sa  ressemblance avec celui d'une femme aimée et perdue dont le souvenir continuait de le hanter. Toutefois lorsqu'elle lui demanda s'il était bien Constantin Gouget il sentit une sorte de panique l'envahir. Il s'approcha donc de sa table pour la saluer ainsi que son compagnon. Elle eut, devinant son embarras, la délicatesse de décliner son identité, et de préciser les circonstances professionnelles qui les avaient réunis, une dizaine d'années auparavant, et aussi le poste qu'elle avait alors occupé. Il se souvenait parfaitement d'elle à présent, sans toutefois parvenir à se remémorer le nom de cette collaboratrice discrète et efficace qui l'avait à l'époque beaucoup impressionné et pour laquelle il avait éprouvé attirance et sympathie sans pour autant lui en faire part. Aussitôt, il évoqua deux ou trois choses qu'elle avait, au cours d'un repas, racontées au sujet de son enfance, ainsi qu'à propos d'un voyage qu'elle avait entrepris en curragh, ces vieux bateaux gaeliques, entre Ecosse et Irlande, histoire de lui signifier, qu'en dépit des apparences il ne l'avait pas vraiment oubliée. S'ensuivit une brève conversation ou chacun donna des nouvelles de soi mais aussi de ceux, parmi leurs collègues de l'époque avec qui ils étaient restés en relation. Ce n'étaient pas les mêmes. Son débit à lui était un peu précipité, car il essayait de donner le maximum d'informations dans un minimum de temps. Il lui faudrait retrouver celle qu'il avait délaissée à l'autre table et qui en profitait pour passer quelques SMS. A ce moment là, il aurait voulu rester avec ce couple, elle qu'il retrouvait et lui qu'il découvrait et semblait très sympathique. Plus tard dans la soirée, de nouveau seul, diverses questions l'assaillirent au sujet des cette ressemblance qu'il venait rétrospectivement de découvrir et qui suscitait en lui un trouble indéfinissable.

mercredi 28 décembre 2011

Deux ans déjà



Voilà
... je cherchais alors dans cette étrange agglomération - tentative d'un futur rêvé qui jamais n'a eu lieu - les quelques rares traces subsistant de la ville anéantie. Où que j'aille j'en ressentais la présence fantôme. Ainsi avait-on voulu reconstruire une cité nouvelle et moderne sur les décombres de l'ancienne. Les quelques rares bâtiments non historiques qui avaient survécu à la guerre, et à la crise économique n'allaient pas tarder non plus à céder sous les pelleteuses des entreprises de démolition. M'éloignant du rivage, j'essayais de retrouver le Bouville de Roquentin, et comme lui à ce moment j'aurais pu dire "ma pensée c’est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m’arrêter. J’existe parce que je pense…et je ne peux pas m’empêcher de penser". Quand même, 120 ha rasés, 12 500 maisons détruites, et 5000 morts m'avait on dit, ce n'était pas rien. Etait-il lié à cela le malaise lancinant que je ne cessais d'éprouver, ou bien à ce tournant que ma vie s'apprêtait à prendre contre mon gré ? Parfois il me semblait que des âmes en déshérence me frôlaient. Quelque chose en moi aussi était à l'agonie sans que je ne fus pour autant capable de m'y résoudre. Un vent froid et humide balayait les rues les rendant plus sinistres encore...

lundi 26 décembre 2011

L'Apaisement


Voilà
Cette douleur il l'avait accueillie comme un hôte généreux aurait hébergé un lointain parent. D'ailleurs ne s'était-elle pas montrée discrète au tout début ? Il ne l'avait d'abord crue que de passage, mais peu à peu elle s'était révélée d'une familiarité préoccupante et pour finir s'était installée sans qu'il ne s'en rendît vraiment compte. Pendant quelques temps, elle avait déchiré la plupart de ses heures, accaparant tout, entravant sa capacité de mouvement, de pensée. Tout cela paraissait si lointain désormais. La morphine heureusement et l'écoute de Bach, Vivaldi, Mozart, Schumann, Britten, mais aussi Fauré et Debussy l'apaisaient à présent, offrant à son esprit l'opportunité non seulement de vagabonder mais aussi de constater que somme toute, ce n'était pas grand chose ce qui lui arrivait. La perspective de retourner au néant ne l'effrayait plus comme autrefois. Il s'en accommodait comme d'une chose nécessaire et salutaire, et tant pis s'il n'avait pas fait grand chose de sa vie. Guy-Pierre Mauzac remerciait la providence de lui permettre de se préparer, dans de relativement bonnes conditions, eu égard aux circonstances, à sa fin qu'il savait désormais proche. Et, qui sait, songeait-il parfois, si la mort ne s'ouvrirait pas à lui comme le ferait une douce et bienveillante amante.

vendredi 23 décembre 2011

Homeless in NYC

Don't you know you're life itself ?
Voilà
La pluie de New York est une pluie d'exil. Abondante, visqueuse et compacte, elle coule inlassablement entre les hauts cubes de ciment, sur les avenues soudain assombries comme des fonds de puits. (...) Dans la brume grise, les gratte-ciels devenus blanchâtres se dressent comme les gigantesque sépulcres d'une ville de morts (...) ce sont alors les heures de l'abandon... (Albert Camus "Pluies de New York" in "Essais"). La lecture de ce passage me ramène à cette photo. C'était un triste mois de février, je déambulais dans les rues mon appareil photo et mon chagrin en bandoulière. Refaisant seul des itinéraires que j’avais empruntés deux ans auparavant alors accompagné, j'errais de musées en galeries avec en tête « wild is the wind » dans la version de Nina Simone que j'écoutais souvent chez Pierre et Annie qui m’avaient hébergé. En repensant à cette époque où j’étais si malheureux je ne ressens plus rien. Je me souviens juste encore avec incrédulité d’une certaine nuit dans un appartement étroit et encombré, et d'un comportement aussi étrange qu'inattendu dont j'avais alors été le témoin.

lundi 19 décembre 2011

Bric-à-brac

Rue des Orteaux, Paris 2011

Voilà
le mystère des choses se réduit ici au disparate mais poétique agencement des objets usés, anciens, qui par leur présence et leur état de conservation témoignent d'un monde aboli. Ils sont la survivance des rêves des fantaisies et des futilités de ceux qui nous ont engendrés. En ce lieu où le temps semble s'être arrêté, s'abîmer dans la contemplation muette de ce qui autrefois agrémentait le quotidien, se réfugier dans le bric-à-brac des résidus d'existence réconforte et rassure celui qui de plus en plus souvent s'interroge sur la nécessité de s'attarder en ce monde. Choses naguère tenues, passées de mains en mains, attendant là, désormais, d'être reprises.

mercredi 14 décembre 2011

Sur le point de dire au revoir

Voilà
soudain comme ça, alors que nous sommes sur le point de nous dire au revoir, lui que je connais à peine me confie que jamais il ne s'est senti aussi bien, et qu'à soixante-quatorze ans il trouve la vie légère, même s'il ne touche qu'une maigre retraite. Mais comme, il a monté une petite affaire, il donne des cours de dessin et que ça marche plutôt bien, il a de quoi vivre. Il m'apprend qu'il avait un fils qui a contracté le sida à dix huit ans et a mis quatorze ans à mourir (je n'ose pas lui demander quand c'est arrivé), et que ces années là ont été pesantes. Il s'est même marié il y a dix ans - et il me montre son alliance -avec la mère de ses deux filles qui dit-il sont devenues des sortes de pigeons-voyageurs. "Je mène une petite vie bourgeoise je vais à la campagne tous les week-end chez mes beaux-parents qui sont plus jeunes que moi". Ça l'amuse visiblement et dans son sourire et son œil malicieux on peut deviner ce qui a pu charmer sa femme d'une trentaine d'années sa cadette. Quelque chose de durablement adolescent, en dépit des épreuves ...

jeudi 8 décembre 2011

Possédé

You know what I mean
Voilà
cette nuit, l'éprouvante sensation d'être possédé, occupé par une force, une puissance hostile dont je ressentais l'emprise intérieure et que je ne parvenais cependant pas à dissoudre ou à évacuer en dépit de l'espèce d'auto-exorcisme que je tentais sur moi. J'avais aussi l'impression confuse d'être en train de pousser des cris des grognements, sans pour autant savoir si je les poussais réellement dans la vraie vie ou seulement dans mon cauchemar. A l'heure où j'écris ces lignes, je me dis que je suis peut-être encore possédé sans être toutefois en mesure de deviner précisément la nature de ce qui me hante. Bien sûr, j'ai quelques hypothèses à ce sujet et certaines ne manquent pas de m'inquiéter. J'espère que cela va passer...

mercredi 7 décembre 2011

Bobby le petit autocar


Voilà
"Bobby le petit autocar" fut l'un des tous premiers livres que j'ai lus. Je ne me souviens plus de son aventure, même si parfois, sans que je ne sache pourquoi, furtives, quelques illustrations ressurgissent, entre paupière et regard avec des façons de spectres. Mais ce dont je me rappelle, c'est qu'un jour de l'été 86 dans le nord de la Corse, je l'ai vu pour de vrai, il était bien fatigué certes, mais toujours de ce monde. Peut-être en fait m'attendait-il....

mardi 6 décembre 2011

Dernier métro


Voilà
je ne sais pas si cet homme est né sous une bonne étoile, mais moi à cette heure tardive, en ce lieu de fatigue et de résignation, cette étoile je l'ai trouvée bonne à prendre. Elle était là, légère comme un rêve, comme un bout d'enfance attachée au bagage de son propriétaire qui, absorbé dans la lecture de nouvelles déjà obsolètes, semblait presque en avoir oublié l'existence.

dimanche 4 décembre 2011

Rue Oberkampf


Voilà
de contretemps en contretemps j'ai fini par errer dans un quartier que je fréquente peu, avec pour objectif de meubler au mieux l'heure qui me séparait du moment où je rejoindrais des amis dans un restaurant. A la tombée de la nuit cet endroit m'est apparu, m'offrant la douce illusion d'être ailleurs et une vague sensation d'irréalité. Je suis resté un moment dans l'impasse, et j'ai tenté l'image malgré le peu de lumière. Voilà. Plus tard, j'ai aussi eu l'heureuse surprise de retrouver quelqu'un que je n'avais pas vu depuis longtemps et très vite ce fut comme si les années n'avaient jamais passé. 

samedi 3 décembre 2011

Entr'acte



Voilà
Une vieille connaissance depuis longtemps perdue de vue, mais que je reconnais néanmoins malgré ma prosopagnosie récurrente (je suis content de le placer ce mot là je viens tout juste de le découvrir) me dit que je dois souffrir. Je suis un peu déconcerté, la rumeur va vite. Comme je ne sais pas de quoi il s'agit je réponds "pas plus que d'habitude". Puis elle m'explique que ce que nous sommes en train de voir, ressemble beaucoup au spectacle sur les rêves de Kafka auquel j'ai participé il y a fort longtemps, autant dire dans une autre vie et dont elle garde un souvenir si intense. Ce qu'elle vient de voir est tellement moins bien dit-elle. Pour ma part, je ne vois pas trop le rapport. Je suis tenté par un peu de provoc'... Lui dire que de toute façon les gens qui sont dans la salle ne savent même pas que le spectacle qu'elle évoque a existé. Et aussi que ce n'est pas ce qu'on voit qui est moins bien mais nous probablement. Parce que nous n'avons plus la jeunesse qui anime ces acteurs sur le plateau, nous n'avons plus non plus pour les uns les couilles bien pleines, pour les autres les ovaires au top, ni les muscles tendus la peau fraîche et souple et tous nos cheveux. On ne peut plus danser des heures d'affilée, on a besoin de lunettes pour lire les programmes et on a perdu l'insolence de cet âge où on imagine que tout est possible sans savoir que le temps passe vite, envie de lui dire qu'à nottre époque aussi il devait y avoir des vieux cons pour trouver que ce qui se faisait avant était mieux, mais bon, je n'ai même pas envie de polémiquer... Est-ce la sagesse ou bien la fatigue ? Une chose est sûre, c'est dans ces années-là que j'ai fait cette photo de gens très intéressés par une sculpture de John de Andrea où on voit très distinctement je m'en rappelle une petite veine bleue sur l'un des seins du modèle. Une autre chose est certaine : dans vingt cinq ans ni la spectatrice croisée à l'entr'acte ni moi ne serons plus là pour parler de ce que nous avons vu aujourd'hui. Il y a toujours trop d'escaliers dans les théâtres.

jeudi 1 décembre 2011

Qui est Kazimir ?

Fondation HCB

Voilà
je ne sais pas qui est Kazimir, je sais seulement d'où il m'écrit. Sans doute se méprend-il sur mes propos me prêtant un statut et des intentions que je n'ai pas. Lui et moi vivons sous des latitudes différentes, dans des réalités ayant sans doute peu en commun. Sauf peut-être l'illusoire et trompeuse neutralité des écrans qui, si elle uniformise la représentation du Réel, nous permet aussi, à défaut d'échanger vraiment des impressions, de juxtaposer au moins des malentendus, et c'est toujours ça de pris. Kasimir m'est pour le moment aussi immatériel que cette ombre reflétée hier sur une des vitres de la Fondation Cartier-Bresson où, profitant de la gratuité du mercredi soir, je suis allé voir en voisin l'exposition Lewis Hine. Je ne désespère pas d'avoir encore de ses nouvelles et qu'il m'en dise un peu plus sur lui.

mercredi 30 novembre 2011

Zen Café

Lower East side (1985)

Voilà
je marchais, vaguement honteux dans les rues d'Alphabet City à la recherche d'Herbie Go à qui j'ai oublié de souhaiter son anniversaire cette année. Mais je ne reconnaissais plus rien de la ville, des pans entiers de rue disparaissaient parfois sous un épais et suffocant brouillard. Et c'était comme une atmosphère de fin du monde. Il faisait chaud, des corps décharnés erraient quasi nus, hébétés et toujours à la limite de la chute, bredouillant quelquefois des mots d'espagnol que je ne comprenais pas. L'élégant pantalon indien à rayures et le léger t-shirt que je portais, devaient, pensais-je, me rendre suspect à leurs yeux. Ou bien parfois des hommes d'affaires semblant échanger des secrets d'initiés apparaissaient brièvement pour s'évanouir aussitôt dans cette brume. En d'autres endroits au contraire, l'air était sec, pur et les rues désertes. Soudain, au détour d'un bloc j'ai revu ce plan, cadré il y a longtemps dans le lower East side entre avenues A et B. Aussitôt, m'apercevant que je n'avais aucun appareil sur moi, je me suis réveillé pris de panique.

mardi 29 novembre 2011

Salle d'attente


Voilà
je l'aime bien a salle d'attente de mon dentiste. C'est très joliment décoré, assez classe, sans ostentation, avec des beaux tableaux sur les murs. J'ai même tendance à venir un peu plus tôt parce qu'il y a aussi plein de revues intéressantes à lire : "Beaux arts magazine", "Diapason".... Mais bon là, cette fois-ci, je ne pensais pas que ce qui allait suivre serait si dur.

lundi 28 novembre 2011

samedi 26 novembre 2011

Arrêt du 38, place du Chatelet



Voilà
il y avait dans cet individu tout un concentré d'abjection de morgue et de méchanceté qui le rendait particulièrement répugnant. Je ne sais d'où il était, russe serbe ou polonais, mais avec un fort accent de l'Est en tous cas. Je le voyais et l'entendais s'oublier là, ivre, tenant encore à la main le gobelet de vin chaud que des bénévoles à quelques pas d'ici offraient aux sans-domicile qui errent dans le quartier. C'était un flot ininterrompu, mêlant à un idiome de l'est, des mots de français dans une insupportable loghorrée antisémite. Tous les clichés y passaient, sur les juifs voleurs et leurs femmes salopes, je ne développerai pas. Il s'imaginait policier en train de perquisitionner. Se représentait comme un bras du pouvoir, peut-être comme le pouvoir même. Dans son délire surgissait parfois le mot "Imperator". Mais ce qui revenait sans cesse à sa bouche c'était "tuer". Ce qui l'animait c'était ce désir là, irrépressible et obsessionel. Ce type effrayant avait dans la mâchoire quelque chose de brutal, cruel et prédateur. Je ne pouvais m'empêcher de penser à tous ces miliciens serbes, aux ravages commis par tous ces types pétris de haine envers tout ce qui ne leur ressemblait pas. Mais sa haine à lui devenait contagieuse, c'était ça le plus horrible, j'en venais à mon tour à le regarder comme un moins que rien une espèce nuisible, à lui dénier son statut d'être humain, à songer qu'il méritait déjà le couteau qui le crèverait. Je sortais d'un musée où j'avais vu de belles œuvres qui élèvent et apaisent, et à présent son comportement me souillait, faisant sourdre en moi de sombres idées qu'il me fallait au plus vite chasser de mon esprit. Quand je l'ai vu se lever pour se diriger d'un pas martial, les mains croisées dans le dos vers ce square du Chatelet où vraisemblablement il devait passer ses nuits, j'ai songé que le monde tout de même, était un sale endroit oui vraiment un bien sale endroit. Et j'ai repensé  à ce livre "les naufragés" de Patrick Declerk, qui à sa manière étrange et perturbante a tenté de construire une "ethnographie du désordre, du chaos et du néant" que chaque jour nous côtoyons.

jeudi 24 novembre 2011

Sans-abri au rond-point des Champs-Élysées


Voilà
la mode de nos jours, ce sont les acronymes. J'en ai découvert un particulièrement réjouissant ces derniers temps. Pour le pondre, on a probablement payé des communicants qui ont bien du se marrer quand ils ont touché leur chèque. Parce que là question cynisme c'est le top. Donc, ce qui autrefois était un dépot de mendicité ouvert en en 1887, est devenu aujourd'hui un hôpital général ouvert à tout public, un centre d'accueil de long séjour, une maison de retraite, un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, et le centre d'hébergement et d'assistance au personnes sans abris qui reçoit les SDF amenés par la polices et les services de la RATP. Je parle de Nanterre, du Centre d'Accueil et de Soins Hospitaliers de Nanterre. On dit  un CASH. Aujourd'hui quand va se faire soigner dans un établissement public, à l'heure où les soins coûtent de plus en plus chers où l'on réduit la couverture sociale où les démunis sont de plus en plus nombreux, on va se faire soigner dans un CASH. Si ce n'est pas du foutage de gueule ça.

mercredi 23 novembre 2011

Pendant la répétition


Voilà
le plaisir de retrouver les vieux camarades de jeu lors de ces rendez-vous stimulants que sont les lectures organisées chaque année par Heinz Schwarzinger autour du théâtre autrichien. Hier c'était au Goethe Institut "La maison du sang" excellente pièce de Händl Klaus auteur tyrolien (il parait qu'au Tyrol il est d'usage de décliner d'abord son nom puis son prénom) Les ombres des lecteurs faisaient au mur une étrange farandole.

dimanche 20 novembre 2011

Sur le pont de Choisy un autre matin


Voilà
je m'amusais alors à faire danser les lampadaires. C'était ma façon à moi d'intervenir sur le monde. Tordre les perspectives suffisait à mon plaisir. Je vivais alors joyeux dans un rêve eskimo. C'était quand déjà ? Aujourd'hui, cette image me raconte tout autre chose. L'espace n'a plus la même densité, le temps s'affaisse. Les objets parlent une langue que je ne comprends pas. D'ailleurs la théière ce matin n'était pas très amicale. Je m'efforce de tenir ma place, mais je peine à reconnaître mon ombre.

mercredi 16 novembre 2011

Banc

Adagio
Voilà
Des hommes sur des bancs solitaires, j'en ai photographiés beaucoup, dans la rue souvent, dans les jardins publics parfois. De loin, réduits à l'état de silhouettes pour la plupart. Sans doute suis-je incapable d'y voir autre chose que les figures de la fatigue de l'accablement ou de l'abandon. Je crois que la première fois que j'ai entendu dire que quelqu'un avait été mis "au ban de la société", c'est cette image qui m'est venue à l'esprit, et depuis je n'ai jamais pu m'en déprendre.

mardi 15 novembre 2011

Une vague sensation

Violences policières

Voilà
sur le parvis de la Défense, une vague sensation de catastrophe imminente me saisit devant le maigre campement de la petite centaine d'indignés qui, dans le froid et l'indifférence, essaient de faire entendre leurs voix. Comme si ces cartons ces bâches et ces parapluies annonçaient ce qui nous guette ; comme si c'était là désormais, pour s'abriter des ravages déjà visibles qui se répandent sous nos latitudes, la seule perspective possible. Et la noire silhouette de la tour d'Areva ("leader mondial de l'énergie atomique" comme il écrit sur le site de l'entreprise) se dresse, sentinelle menaçante d'un monde où l'homme, réduit à l'état de "ressource", n'est plus qu'une variable d'ajustement. Car telle est la cynique et funeste logique d'une minorité d'oligarques détentrice du pouvoir. Pour le conserver elle engrange des profits et amasse des fortunes sur le dos de la majorité de la population. Parfois le pouvoir politique asservi à cette toute-puissance, n'hésite pas à envoyer sa police et faire usage de violences à l'encontre d'une population dont le seul délit est d'exprimer pacifiquement son désaccord. A terme - c'est dans la logique de l'Histoire - ces agissements finiront bien par susciter leur lot d'émeutes et ouvrir la voie d'insurrections sans doutes salutaires dans un premier temps, mais probablement génératrices de chaos. Tel est aussi le prix à payer pour envisager de bâtir un monde plus juste, sans qu'il soit pour autant certain qu'il soit en mesure d'advenir. Mais plutôt courir ce risque que de  céder à la résignation. 

dimanche 13 novembre 2011

Une surface



Voilà
sur la vitre du train de banlieue stationné à quai, se réfléchit dans la démultiplication des lignes de fuite et des plans superposés ce que le monde peut, en une simple fraction de seconde, offrir de confusion et de complexité à un regard qui ne sait plus faire le point. Et alors que s'annulent dans le brouillage des perspectives, surface et profondeur, la pensée voyage vers d'autres paysages, imaginaires ceux-là, mais autrefois si intensément rêvés, qu'ils persistent dans la mémoire comme s'ils avaient réellement existé. Elle dérive aussi vers ces temps où bien plus rares étaient les miroirs et les vitres plus opaques, mais où les peintres inventaient alors des Jérusalem imaginaires, des Egypte fertiles et verdoyantes, couvertes de sombres forêts. Le monde était alors plus inaccessible et mystérieux, plus hostile aussi. La nature dictait sa loi et demeurait une énigme qui prodiguait bienfaits et catastrophes. On la respectait avec terreur car elle était l'œuvre de Dieu. Que signifiait alors "regarder", que voyait-on vraiment, que ressentait-on (pour ne parler que de l'Europe)  à la vue d'une œuvre d'art, d'un vitrail ou d'un tableau du Dominiquin par exemple? Et, de cette façon autre de percevoir, que reste-t-il aujourd'hui, dans un environnement devenu si différent, si artificiel et peuplé de tant d'écrans que de ce fait même il est difficile de savoir ce qui, du réel, se dissimule et ce qui s'en projette ?

Paysage avec fuite en Egypte (Domenico Zampieri 1581-1641)

jeudi 10 novembre 2011

Histoires de manèges

manège
Voilà
les manèges aussi, j'aime bien photographier les manèges. Même si une photo de manège en rappelle inévitablement une autre (c'est dans l'histoire de la photographie un motif récurrent, je crois). A chaque fois pour moi, c'est l'enfance qui vient s'insinuer dans l'image, la nostalgie d'un temps aboli, la reviviscence de quelques lointains moments de joie et de mélancolie mêlées, car il fallait bien se résoudre n'est ce pas, à ce qu'il y ait un dernier tour, et que cela s'arrête, cet enchantement de tourner en rond, cet abandon à la jouissance d'un temps circulaire et toujours trop court. Souvent la frustration l'emportait sur le plaisir. Dans la plupart des albums de famille, il y a le sourire, ou la mine sérieuse et concentrée d'un enfant sur un petit cheval une girafe, ou dans un avion, une voiture de pompiers, un carrosse de conte de fées. Et puis vient toujours un moment où la perspective de tourner en rond se révèle moins attrayante et l'on s'éloigne des manèges tout au moins tant qu'on n'y a personne à accompagner... 


Certains manèges, ont retenu mon attention. Je me souviens de celui que j'appelle le manège du bout des terres, photographié par une fin d'après midi d'été en Bretagne.


Ou encore de celui de Talmont si émouvant par ce petit matin tiède vraisemblablement au lendemain d'une fête de village... Etais je alors vraiment là, ou bien renvoyé à une autre période de mon existence, ou au désir d'une vie autre et inaccomplie? Wim Wenders a magnifiquement évoqué cela dans la préface de son livre "Une fois". Parlant de l'appareil photo, il dit que celui ci "voit devant lui son objet et derrière lui la raison pour laquelle cet objet devait être fixé" il dit aussi  - car c'est le même mot qui en allemand définit l'attitude par laquelle quelqu'un s'oriente vers quelque chose, et la façon dont on cadre une image en photographie - que "chaque Einstellung (c'est à dire chaque image) reflète aussi l'Einstellung (attitude) de celui qui a enregistré cette image". 

samedi 5 novembre 2011

Assemblage


Voilà,
il y avait chez Philippe et Dominique, posée sur la cheminée du salon, dans l'appartement de la rue de Vaugirard, cette petite statuette en bois, très ancienne et vermoulue, représentant une vierge à l'enfant dont il manquait la tête. Et puis aussi, ramené de Cayenne par Philippe, ce noyau de je ne sais plus trop quel fruit exotique sculpté par un bagnard. Je trouvais cette tête particulièrement émouvante. Un jour j'ai eu l'envie d'assembler ces deux œuvres conçues à plusieurs siècles d'écart par des mains anonymes dans des bois et sous des cieux dissemblables. En dépit de la différence d'échelle il me semblait qu'elles avaient quelque chose à voir l'une avec l'autre. Étais-je simplement séduit par l'idée d'une rencontre improbable ? Je ne crois pas qu'il ne se fût alors agi que de cela. Il est vraisemblable que secrètement j'ai désiré que ce noyau d'art brut, qui me semblait avoir une âme - sans doute était-ce la seule forme de liberté que son auteur avait pu se permettre -, fût associé à l'idée de sainteté de pureté et d'élévation que suggérait la statue acéphale portant l'enfant Jésus, que longtemps après on désignera aussi sous le nom de Rédempteur.

mercredi 2 novembre 2011

le rêve du matin


Voilà.
Lévite dans la pièce tout en haut coincé dans un coin. Le dos touche le plafond. Bras en croix comme un parachutiste en chute libre, sauf que là... bouge pas flotte juste. La pénible sensation d'être un ballon gonflé à l'hélium. Impossible articuler un mot. Grognements pousse des grognements. Par moments songe que ce n'est un rêve. Alors peut-être en train de grogner pour de bon ? Risque de réveiller ma fille donc dans la chambre à côté mais non pas là ma fille. M'angoisse aussi la possibilité que ce sortilège cesse d'un coup. M'écraserais au sol alors sur le ventre et le reste. En dépit de l'envie tenace, incapable de bouger de me déplacer dans la pièce putain dois avoir l'air un peu con tout de même. Si quelqu'un rentre et me trouve dans cette ridicule situation des problèmes ça posera des problèmes pour sûr. Péniblement, esquissant quelques approximatifs mouvements de brasse parviens à revenir (quel talent tout de même!) à une hauteur raisonnable. Encore un petit effort ! Accède à la pièce adjacente. Mais ne suis pas chez moi, croyais que... mais non pas chez moi. Dans un appartement haussmannien. Dingue! un appartement haussmannien !!! Dans une chambre faiblement éclairée maintenant à une hauteur déjà plus raisonnable, environ un mètre au dessus d'un lit. Deux vieillards y dorment. Mais descendre plus bas, ai beau insister, ça ne marche pas. Tiens mais au fait ces deux les connais non ?  Pas vrai! Pas eux!  Perds tout contrôle aussitôt sur eux m'écrase. Prends mes jambes à mon cou déguerpis illico presto. Ouvre les yeux. Erection et courbatures. J'émerge. Ce matin nouveau me rappelle au bon vieux principe de réalité. Passé un certain âge si on n'a pas mal quelque part c'est qu'on est mort. Je ne suis pas encore tout à fait décati certes, mais la décrépitude approche à grand pas. Voilà je suis dans ce qui s'appelait encore il y a quelques heures demain. Avec beaucoup de choses stupides à y faire. A n'en point douter, le temps manquera. Il faut s'y résoudre. Désormais le temps manquera.

lundi 31 octobre 2011

Halloween



Voilà
ça c'était il y a trois ans. Cette année aussi ils sont venus. Ça tombait plutôt mal. J'ai donné des bonbons, j'avais prévu le coup. Même si je la trouve un peu conne cette célébration. J'ai pensé aux petits voisins qui eux c'est sûr ne sont pas à la fête. A ce qu'ils ont du ressentir quand ils ont vu passer les masques sur la coursive. Peut-être même les enfants déguisés ont-ils sonné, tout joyeux, sans savoir. 

dimanche 30 octobre 2011

De nouveau l'heure d'hiver


Voilà
hier à la cinémathèque, j'ai vu un film tout à fait extraordinaire d'un réalisateur argentin Leopoldo Torrès Nilsson dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Malheureusement c'est la fin de la rétrospective ce soir, et je serai donc passé à côté d'une œuvre sûrement majeure du cinéma. J'aurais au moins vu "El secuestrador" (1958) qui, disent les spécialistes, n'est pas son meilleur film, ce qui me laisse d'autant plus de regrets, car cette façon de raconter une histoire m'a subjugué de même que les cadres qu'il compose, la temporalité articulant sa narration, l'humour décalé de certaines scènes ainsi que les fausses pistes où il nous entraîne.... Et c'est avec des images plein la tête que je suis ensuite allé me promener vers St Germain des prés. Une petite bruine fraîche tombait comme pour confirmer que l'été indien était peut-être vraiment fini. D'ailleurs ce matin au réveil j'ai réalisé que nous étions passés à l'heure d'hiver. J'avais complètement oublié cette affaire là.

jeudi 27 octobre 2011

Rêve de sable


Voilà
j'ai rêvé des villes improbables sur des rivages où jamais je ne retournerai. De souvenir il ne m'en reste plus que sable et poussière, et la lumière incertaine d'un hiver dont j'ignore à présent s'il m'est proche ou lointain.

mercredi 26 octobre 2011

Un jour historique, dit-on


Voilà
sommeil interrompu par un rêve absurde, où le voisin, moribond dans la réalité, cassait dans mon salon une bûche à coup de hachette. Mais avant d'ajuster son coup à chaque fois il tapait au sol, faisant des entailles sur mon parquet. Je lui disais donc que là c'en était trop et le poussais vers la sortie sans qu'il n'oppose une réelle résistance tant il paraissait hagard et comme absent. Je m'explique difficilement sa présence chez moi, et encore moins le fait que je le touchais alors que dans la vie il m'a toujours inspiré une vraie répulsion, rendue plus vive encore par le fait que depuis quelques mois c'est un vrai zombie, un cadavre ambulant. Ensuite me revient en mémoire cette séquence vue à la télévision, et à laquelle j'ai repensé plusieurs fois par flashes dans la soirée et qui suscite en moi un certain malaise dont je ne parviens à me débarrasser : c'est la parole d'un ouvrier qui travaille dans une entreprise de transport maritime, laquelle une fois de plus menace de licencier un grand nombre de ses employés. L'homme, manifestant sur un pont au dessus de la Seine dit devant un barrage de policiers ne pas comprendre  qu'on donne de l'argent à la Grèce et que l'on n'aide pas les gens qui ont un emploi en France, et se demande pourquoi les flics sont prêts à les tabasser comme des voyous. Tout cela se mélange avec les actualités radiophoniques qui brossent un tableau assez sombre des conséquences d'un échec du sommet de Bruxelles sur l'Euro, et ne se révèlent d'ailleurs guère plus optimistes en cas d'accord, puisque d'après le chroniqueur, cela ne serait là qu'une façon de différer à plus ou moins brève échéance les conséquences d'une catastrophe déjà présente. Puis c'est la lente litanie des mesures sociales adoptées par le parlement pour réduire le déficit en France. Je me lève. Insouciante,  ma fille, encore au lit dans sa chambre est en train de lire les dernières aventures de Jules "un plan sur la comète".  Elle me dit avec un grand sourire que cela fait une heure et demie qu'elle est réveillée. Dehors le ciel est d'un bleu très pur. Même s'il fait froid, il y aura, comme ces jours passés, probablement beaucoup de gens dans les jardins publics à profiter des ultimes rayons d'un beau soleil d'automne.

lundi 24 octobre 2011

Mon grand-père


Voilà
on arrivait par Saumur en empruntant la nationale qui longe la Loire. A la sortie on pouvait, sur la droite, après Notre-Dame-des-Ardilliers, apercevoir les caves Gratien & Meyer où l'on fabriquait du mousseux selon la méthode champenoise. Ce bâtiment perché sur la colline me faisait rêver. Je le trouvai immense et majestueux dans sa rigueur géométrique. Il semblait tout droit sorti d'un jeu de construction. On passait ensuite sous une ligne à haute tension (des boules étaient accrochés aux câbles électriques) puis c’était Dampierre (Mr Gentilleau y avait sa boucherie et vendait une viande délicieuse) et ensuite Souzay qu’il fallait en partie traverser avant de tourner sur la droite pour remonter en sens inverse une ruelle pentue jusqu'à la maison en tuffeau de mon grand-père construite au pied de la falaise crayeuse. Il était alors possible de garer la voiture dans une impasse au bout de laquelle se trouvait un grotte, ce qu’on appelle là-bas une cave où étaient entreposés des outils. C’était un endroit toujours abrité du soleil, entre la maison du grand-père et celle de Mr et Madame Séchet. Il y faisait perpétuellement frais. Souvent, le cyclomoteur jaune de la manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne appartenant à mon grand-père y était garé, posé sur sa béquille. Quand il voyait passer la voiture, il apparaissait par la fenêtre. Je pense encore à lui souvent. C'était un homme délicieux. Je l'aimais bien. 

vendredi 21 octobre 2011

Le photographe et son modèle


Voilà
La fille reculait faisant semblant d'aguicher le photographe qui avançait en la mitraillant avec son appareil, et je me suis alors demandé si c'était une idée à elle ou à lui. Je l'ai envié de  pouvoir ainsi photographier des gens avec leur consentement. Moi je n'y arrive pas bien, je suis mal à l'aise et je ne sais pas comment m'y prendre.

mercredi 19 octobre 2011

Traitement d'un détail d'une toile de Marc Bonnet


Voilà
on n'échappe pas à son époque. Je pense, j'imagine, je regarde et je projette avec les outils qui sont à ma disposition. Tout ce que je vois est une information que je peux interpréter et transformer à ma guise. Ainsi grâce aux techniques modernes, m'est il possible de travailler une image avec mes doigts, dans un geste primitif et enfantin. Un geste cependant, qu'il y a quelques années il m'était impossible d'accomplir ni même d'imaginer.

mardi 18 octobre 2011

Oups! Repéré...


Voilà
je l'aime bien ce dessin là. Je ne sais plus trop de quand il date. Il m'évoque une anecdote concernant Kafka. Obligé de traverser les chambres de ses sœurs afin de se rendre dans la sienne, il leur disait pour s'excuser du trouble causé par son passage "Faites simplement comme si j'étais un rêve"...

samedi 15 octobre 2011

La Folie


Voilà
il arrive parfois qu'un homme se réveille le matin sans savoir qu'au soir il sera devenu un assassin. Un coup de folie soudain et le voilà autre et pourtant si semblable à lui-même. Peut-être la folie rampait-elle insidieusement dans ses propos, ses pensées, des images qui le traversaient, de soudaines colères qu'il parvenait péniblement à maîtriser, mais il s'accommodait de cela, comme on le fait des petites douleurs, du sommeil difficile ou du désordre de l'appartement qu'on rangera plus tard. Et puis advient une contrariété, un événement qui déjoue ce qu'on avait prévu pour que la démence éclabousse le réel de façon indélébile. Olivier Roson, parce qu'on lui avait refusé un permis de port d'armes, a tué une policière à coups de sabre à la préfecture de Bourges, et blessé plusieurs autres personnes. Des témoignages rapportent que l'homme avait parfois pendant les cours de Sciences naturelles qu'il dispensait au Lycée Jacques Cœur, des comportements singuliers, fantasques, étranges. La presse a mentionné qu'il tenait un blog. Par curiosité je veux voir si celui-ci révèle quelques unes de ces bizarreries.

En guise de présentation (rubrique "A propos de moi") un texte de Jacques Lacarrière :
"Regarder, décrire, inventorier l'œuvre des Hommes, leurs entreprises pacifiques tant que d'autres, mus par le fanatisme et par l'intolérance, ne les ont pas encore détruites. Ecrivant après l'invasion romaine, et juste avant les destructions barbares, Pausanias n'apparaît pas seulement comme un voyageur au regard averti, mais surtout comme un homme, un témoin passionné, scrupuleux, vigilant des dernières heures de la Grèce."
Vient ensuite une épitaphe de Padiaménope, savant et prêtre de l'antiquité égyptienne :
"O les vivants, O ceux qui sont sur terre / ceux qui sont nés et ceux qui viendront à naître / qu'ils pénètrent en ce tombeau et qu'ils contemplent ce qui est en lui / parachevez ce monument et rétablissez ce qui est abîmé". Pour finir une citation de Serge Halimi "la lucidité est une forme de résistance". Une note aussi qui indique, que les propos de son blog sont disponibles gratuitement chez un éditeur.

Le blog est constitué d'images et de textes. A certaines dates correspond une célébration : journée internationale contre la torture, journée de la sagesse, journée internationale des casques bleus, journée internationale pour un tourisme responsable et respectueux, journée internationale des enfants victimes d'agression etc etc. Les photos sont de médiocres clichés, pris en de nombreux endroits de France et révèlent une inclination particulière pour les statues (c'est tout de même ce qu'il y a de plus facile à photographier). Quant aux textes, ce sont pour la plupart des "réflexions" liées à des extraits d'œuvres. On trouve pêle-mêle Char, Breton, Malraux, Pascal, Confucius, Camus, Bacon, Aung San Suu Kyi la résistante au pouvoir birman, Robert Capa évoquant le débarquement. Il y a des poèmes de Lorca, Byron, Nietzsche, des proverbes chinois.  L'homme a le goût de la citation pas toujours celui de l'orthographe. Il s'essaie parfois lui aussi à la maxime, l'aphorisme le plus souvent au pitch "game of death : confrontation entre les justes et le nihilisme", "fair game une histoire vrai (sic) pour la lutte contre les oppressions sur l'Esprit",  "occulter une réalité est un crime contre l'humanité" (sous une photo représentant un pochoir wikileaks). Il semble très soucieux du désordre du monde. Mais beaucoup de mes amis le sont. Ils manifestent souvent sur des réseaux sociaux leur indignation qu'il m'arrive parfois de partager, diffusent leurs commentaire que je relaye aussi volontiers lorsque je les vois passer et que cela me paraît pertinent. Ils ne sont pas fous pour autant. D'ailleurs rien dans ce blog ne suggère la possibilité d'une folie meurtrière. J'ai vu pire. 
Bien sûr dans son dernier billet, cette phrase, grammaticalement incohérente et vaguement prémonitoire. "N'oublions pas que nous ne sommes que des primates aux pulsions encore incomplètement contrôlées, encore dépendant du milieu naturel qui l'entoure, si ce dernier vient à hausser la voix".  En fait ce qui inquiète le plus dans ce blog, ce sont, postés par d'autres blogueurs, les réactions qui font suite à l'événement. Elles mettent en évidence le fait que la dinguerie est plutôt bien partagée. Il y a là un bouquet d'efflorescences délirantes assez chamarré qui suscite autant l'effroi que la nausée. Le bandeau publicitaire affiché sur la droite "explose un ballon et gagne un kdo", ajoute un peu d'incongruité à l'affaire. Un lecteur du blog révèle même que le 18/10/11 à 2 H 48 au dessus du titre "livre d'or" s'est affiché Ads by google Marbrerie Funéraire Nos conseillers vous guident dans le choix de Marbrerie www.3123-obsèques.fr/Marbrerie. Well well...

vendredi 14 octobre 2011

Roxas Bd


Voilà
depuis notre hôtel, il fallait, pour rejoindre le centre culturel philippin où nous animions un stage avec des acteurs locaux, longer le front de mer. Beaucoup de pauvres gens vivaient là, dormaient là. Le premier jour, au pied d’un de ces arbres, j’ai vu une toute petite tombe d’enfant surmontée d’une croix. Nous sommes passés devant avec Didier, sans rien dire. Lorsque quelques minutes après je lui ai demandé s’il avait vu la même chose que moi, il m’a simplement répondu qu’il ne fallait pas croire tout ce qu’on voyait. J'ai repensé à cette histoire hier au café Marly, en discutant avec Marie que j'ai eu plaisir à voir avant qu'elle ne reparte au Québec.

mercredi 12 octobre 2011

L'heure de la sieste (un souvenir)


Voilà
dehors dans l'air tiède, les oiseaux essaiment leurs trilles. Par la fenêtre ouverte de cet ancien presbytère qui donne sur la sacristie on peut apercevoir, lorsqu’il fait beau temps, la chaîne des puys qui se découpe au loin. Nonchalamment allongée près de moi, une jeune femme lit un recueil de vieilles chroniques provinciales. Son corps souple et harmonieux contraste avec la vétusté de la chambre aux murs constellés d'une multitude d'îles et d'archipels brunâtres que la moisissure y a déposés. Dans quelques jours l'armée irakienne va envahir le Koweït.

lundi 10 octobre 2011

dimanche 9 octobre 2011

Stars of Disco

Voilà
c'était un dimanche après-midi en Bohême, aux dernières années du communisme. Une fête foraine d'un autre âge, en bordure d'une forêt. J'accompagnais des amis venus se promener en famille. Soustraites de l'anonymat d'un corps, ces jambes sortant de cette petite cabine désuète ont attiré mon attention. Je n'ai vu ni le visage de la femme ni celui de l'enfant. Mais quelque chose là, me parvenait d'une histoire sans que je ne comprenne si ce que m'était caché tenait du bonheur ou de la résignation

vendredi 7 octobre 2011

So long


Voilà
je me souviens du Macintosh dont Enzo Cormann avait fait l'acquisition début 88, et avec lequel nous avions travaillé pour réaliser un montage de textes de Guattari.