mardi 31 janvier 2017

Vœux


Voilà
Finalement par les temps qui courent les vœux se résument à cette attitude qui consiste à séparer le savoir de la croyance : nous savons que la catastrophe est possible, voire probable, mais nous refusons de croire qu’elle se produira, et nous perpétuons le rite comme si de rien n'était. Pour l'année qui commence j'ai eu plutôt du mal à formuler mes vœux. Il faudrait pouvoir la souhaiter "aussi bonne que possible au regard des circonstances". Ce que je fais en ce dernier jour de Janvier, avec cette photo douce : ombres de visiteurs croisant l'ombre d'une petite tête sculptée par Giacometti lors de l'exposition associant son œuvre à celle de Picasso. C'était extrêmement apaisant de cheminer parmi les créations de ces deux génies, d'aller de l'un à l'autre, de s'abandonner à la rêverie provoquée par la rencontre de ces deux œuvres. Tout à coup s'en trouvait quelque peu atténuée la misère morale et intellectuelle qui, ces derniers jours se manifeste de façon outrageuse en de nombreux endroits du globe, particulièrement dans ce pays, où la campagne électorale voit fleurir et s'épanouir de bien nauséabondes pensées

lundi 30 janvier 2017

Le Motif caché dans le tapis


Voilà,
j'aime particulièrement produire des images équivoques, qui ne se donnent pas d'emblée et suggèrent plus qu'elles ne montrent. J'apprécie qu'elles puissent un moment demeurer énigmatiques et qu'on ait à y chercher "the figure in the carpet" selon la belle expression de Henry James. Cela fait un an maintenant que je travaille sur cette question du motif caché, avec des variations plus ou moins subtiles, des tâtonnements, des tentatives. Un moment viendra où j'aurai sans doute envie d'une ligne claire et de plus de simplicité géométrique. Mais pour le moment ce chaos me convient

samedi 28 janvier 2017

Bien las


Voilà,
au fond tout cela n'a plus grande importance. Les jeux sont faits. Des choses ont été dites pensées ressenties produites, mais au fond en pure perte. Oui bien sûr un jour un clown m'a dit qu'il avait choisi cette activité après m'avoir vu sur scène. C'était au cours du réveillon, quelqu'un a prononcé mon nom, trente ans après il s'en souvenait encore. Il m'a longuement parlé. J'étais un peu embarrassé. Enfin, c'est toujours ça, même si c'est très modeste comme influence sur la marche du monde. Le problème, c'est que je n'ai jamais su choisir. Pour me défendre dans la vie, j'ai fait semblant d'être intelligent. Il m'est même arrivé d'être assez brillant, et de me prendre à on propre jeu. Pire même, de faire vraiment illusion. Mais au fond je suis du côté des idiots des nonoches, des simples d'esprit, de ceux qui regardent le doigt-qui-montre-la-lune. Je m'obstine encore à essayer d'argumenter, de justifier, de commenter. Mais au fond j'en ai un peu rien à battre. Je suis fatigué, très fatigué de ce monde et de toutes les questions qu'il suscite. Et de ce corps aussi je suis bien las.

mercredi 25 janvier 2017

A distance


Voilà,
Parfois il s'inquiète de la raison pour laquelle il se tient depuis si longtemps à distance des autres. Où il devrait reconnaître son semblable il ne voit la plupart du temps qu'un corps étranger. Il n'aime guère se mélanger à quiconque ne suscite un sentiment de reconnaissance d'admiration ou d'identification. Il aimerait se libérer de cette défiance, de cette circonspection permanente, mais peut-être en a-t-il besoin, qui sait si elle ne lui est pas nécessaire, indispensable fût-ce au prix de la solitude. Une chose est sûre, cette réticence l'a préservé de nombre de désillusions, et de quelques dangers. Sans doute en aurait il été autrement s'il n'avait pas grandi dans la proximité d'un prédateur. Il y aura toujours du sauvage en lui.

mardi 24 janvier 2017

Deux Histoires


Voilà,
pourquoi avoir la tentation d'écrire là-dessus, de se répandre là-dessus, comme si cela devait avoir de l'intérêt pour d'autres que moi, comme si même cela devait avoir de l'intérêt pour moi, comme si cette affaire avait quelque chose d'exceptionnel, comme si cela devait compter comme un événement public. Non ce qui compte c'est cette histoire rapportée par Badinter. Il a seize ans c'est la guerre, il roule à vélo sur une route en possession de faux papiers d'identité. Un soldat allemand l'arrête, lui demande sa carte, la regarde, le dévisage longuement, appelle un autre soldat lui montre la carte, puis sort de sa veste une photo et la montre à Badinter. C'est la photo d'un jeune homme, le fils du soldat, en uniforme des jeunesses hitlériennes, qui ressemble terriblement à Badinter. Le soldat voit dans le visage de Badinter, celui de son fils. Badinter voit dans le visage du soldat, celui de la mort. Le soldat finit par lui rendre ses papiers et le laisse partir. Cette anecdote en dit long sur l'absurdité des choses. De même que cette parabole.
- Maître je veux mourir
- Mourir n'est pas une solution
- Alors il me faut vivre ?
- Vivre n'est pas une solution
- Alors Maître quelle est la solution ?
- Mais qui t'a dit qu'il y avait une solution ?

lundi 23 janvier 2017

Un autre Hiver


Voilà,
C'était un autre hiver, j'étais passé rue Caulaincourt repensant à ma vieille camarade Elisabeth qui avait longtemps habité dans les parages. Il faisait froid et il avait beaucoup neigé. Je répétais pour une pièce de Jon Fosse, un rôle de père un peu égaré, muré dans son incapacité à verbaliser. Du temps a passé depuis. Je comprends à présent qu'on puisse ne plus avoir envie de parler. Parfois, je voudrais comme Oblomov, ou ce scénariste qui s'appelait Gérard Brach, opter, comme fit ce dernier à la fin de sa vie, pour le retrait caméral absolu. Cette phrase lue il y a longtemps, elle est de Saint Augustin je crois, "ce que je sais je ne le suis plus, ce que je suis je ne le sais pas" correspond tout à fait à ce que j'éprouve en ce moment.

dimanche 22 janvier 2017

Encore une Tentation


Voilà,
la réalité sécrète du rêve. Le corps sécrète du rêve. La culture sécrète du rêve. Je ne donne forme à mes rêves que sur les rêves de ceux qui m'ont précédé. Burin, gradines, ciseaux, ognettes, massettes, bouchardes, gratte-fond étaient les outils du sculpteur. Moi je sculpte de l'information et mon outil est d'une autre nature. Je travaille avec des machines, des machines-outils. Je travaille aussi contre la machine, car comme le disait Heiner Muller, "l'homme est l'ennemi de la machine. Pour tout système ordonné il est le facteur de perturbation" Dans un univers de plus en plus technicisé, la seule force de résistance est de détourner le projet des machines. En n'oubliant pas d'utiliser aussi des techniques très anciennes et très primitives. Le monde dans lequel je vis me fait penser différemment les formes et la production d'images. Mais il ne faut pas pour autant oublier les vieilles histoires, les vieux mythes. Il faut les réinterpréter les réinterroger, s'en nourrir. Ces vieilles histoires sont ce qui nous lie à nos origines, à notre culture, à notre humanité. Voilà pourquoi une fois encore j'ai voulu faire une "Tentation de Saint-Antoine". Celle-ci se rapproche beaucoup plus de ce que je souhaite, même si elle n'échappe pas non plus à la citation.

samedi 21 janvier 2017

Deviser avec les ombres


Voilà 
l'homme s'égarait dans les reflets, devisait avec les ombres. De plus en plus nombreuses d'ailleurs. Se frayer un chemin parmi elles n'allait plus toujours de soi. Oui bien évidemment les choses pour lui changeaient, il n'était pas complètement idiot, il le voyait bien quand même. Fallait-il pour autant s'en laisser compter. Il fixait le mur de longs moments. Des mondes en émergeaient plus consistants que celui dans lequel il traînait sa carcasse. Des formes, des êtres pas avares de secrets à partager. Mais des chimères aussi on se lasse. Cela manquait souvent de clarté. "Je te feuillemorte" vitupérait-il contre la pierre humide en la frappant du plat de la main. Le salpêtre s'effritait. Les rêves aussi finissent en poussière. 

mercredi 18 janvier 2017

Thyroïdiennes


Voilà,
il y a des gens en costume cravate qui rentrent dans le métro comme John Wayne pénétrait dans un saloon. Et puis ils s'asseyent sur un strapontin, dégainent leur portable et là laissent apparaître de pauvres chaussettes grisâtres dont trop de lessives ont épuisé les élastiques. Alors tu lèves les yeux, tu regardes autour de toi et les femmes que tu vois ont toutes le cou gonflé. Tu tu te demandes si elles ne se rendent pas un congrès de thyroïdiennes. Là tu t'inquiètes. Est-ce toi qui pars en vrille, ou bien as tu été enfermé dans une anomalique bulle d'espace-temps ? Tu songes aux visions de la nuit précédente, "au sommeil de la raison qui engendre des monstres", aux formes étranges que prend ta peur, de plus en plus irrépressible, et soudain tu réalises qu'il est possible que, sans même t'en apercevoir, tu aies parlé à haute voix parmi tous ces inconnus.

lundi 16 janvier 2017

Blue Monday


Voilà,
A quelques jours de l'investiture de Donald Trump, et à alors que paraissent dans le Times britannique le point de vue du président Américain sur l'Europe la brillante chronique de Michel Schneider sur France Culture ce lundi (surnommé par les anglo-saxons "Blue Monday" parce que selon des études le troisième lundi de janvier serait le jour le plus déprimant de l'année) semble plus que jamais s'imposer : 
"Cette semaine, la couverture du New Yorker montrera Trump, 45e président des Etats-Unis comme un gamin dans une voiture électrique lancé dans un tour de manège. Sur ce thème Michelle Obama a attaqué le successeur de son mari, en disant qu'il fallait "un adulte à la Maison Blanche". L'opinion éclairée ne comprend toujours pas comment le petit garçon a réussi à faire démarrer la voiture familiale et à traverser l'Amérique "coast to coast" . Mais dans quatre jours Donald Trump sera au volant des Etats-Désunis d'Amérique, avançant à grands coups de klaxon. Nous sommes bien du côté de Freud. Du petit pervers polymorphe qui somnole en chacun de nous. De l'enfant-roi que l'éducation des pulsions doit normalement amener à composer avec la réalité, et à différer la satisfaction de ses désirs. Mais Trump n'est pas un président normal. Et il n'est plus un enfant. C'est un adulte rusé, un fin tacticien, un prédateur conscient. Un fou ? Ce ne serait pas une première dans l'Histoire, américaine ou autre, qu'un fou accède au pouvoir suprême. La folie politique est toujours prête à resurgir dans les périodes de crise. Man of the year selon Time Magazine. Ou comme l'appelle le New York Times, tout en le qualifiant de demi-fasciste, ce qui n'est pas exclusif mais pas synonyme , Madman de l'année ? Trump, il est vrai, malade de medias, sut manier la télé-réalité comme les personnages de la série Madmen la publicité. Mais de quelle madness s'agit-il ? A voir Trump menacer de mort sa rivale et pointer son index comme une arme sur tout ce qui ne bouge pas dans son sens, à l'entendre hacher son propos d'injures et de propos scabreux, il semble que l'on soit plutôt dans le registre de la psychose que de la névrose banale. Apparemment, pas de refoulement, peu de surmoi, beaucoup de ça et énormément de moi. Paranoïaque, narcissique extrême, atteint de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité), borderline, psychopathe dangereux, sociopathe avéré, schizophrène compensé, bipolaire ? Les diagnostics fusent. A lui tout seul un vrai DSM5 (Manuel statistique des troubles mentaux). Malade sexuel, l'homme aux idées politiques aussi indéfinissables que la couleur et la coupe de ses cheveux, dont on se demande, si, des cheveux comme des idées, il en a vraiment, tant il donne l'impression de ne pas être là, d'être virtuel, tel un hologramme en 3D ?
La psychanalyse de ceux qui ne s'allongent pas sur un divan est un exercice périlleux et souvent illégitime. Ne psychiatrisons pas. Pour comprendre "le monstre ", plutôt que de fouiller l'étiologie sexuelle de ses symptômes et de traquer ce qui a pu se passer - ou non - entre lui et des prostituées moscovites, mieux vaut interroger l'inconscient collectif qu'il incarne désormais. J'avoue sur ce point que je ne comprend pas que les élites ne comprennent pas ce qui a permis à Trump d'arriver au pouvoir. L'été dernier, j'ai eu l'occasion d'interroger sur l'enjeu de l'élection et l'avenir de l'Amérique en crise quelques écrivains américains. Richard Ford, Rick Moody, Salman Rushdie, Russell Banks, Colum McCann, John Irving, Jay McInerney. Tous confiaient leur dégoût et leur peur de la fracture sociale, civile, matérielle - et certains n'hésitaient pas à dire, raciale - dont l'élection fut ensuite le révélateur. Tous excluaient la victoire de Trump. Trop fou. Trop bête. Ils avaient oublié la mise en garde de Raymond Aron : le plus souvent ce n'est pas la raison qui s'accomplit dans l'histoire, mais la bêtise. Ou la folie. Tous le disaient malade mental, mais aucun ne percevait que le déni du réel, manifeste chez Trump, était symétrique de celui latent chez Hilary Clinton. Business as usual¸ elle ne voyait pas le problème. Et lui voulait lui apporter des solutions aberrantes. La folie, dit Freud, n'est pas de nier la réalité, car c'est ce que nous faisons tous, névrosés fous ou pervers. La folie commence quand on reconstruit une réalité à la place de celle qu'on ne veut pas connaître et reconnaître. Cela s'appelle un délire mégalomaniaque ou en politique un programme démagogique 
Lorsqu'on regarde les foules acclamant Hitler, à qui l'humoriste Louis C. K. et le romancier Jerome Charyn comparaient Trump, on se demande un peu naïvement : mais comment tous ces gens ont pu ne pas voir qu'ils admiraient un fou ? Et si au contraire, ils la voyaient, cette folie, l'enviaient, la désiraient? Et que ça les faisait jouir par procuration de l'entendre dire tout haut les horreurs que tout bas ils rêvaient de faire ? Trump n'est sans doute pas plus raciste que la majorité des Américains blancs. Pas plus indifférent au sort de la planète et à la crise de l'environnement que la majorité des électeurs démocrates. Pas plus intoxiqué aux médias sociaux que la plupart de nos contemporains. A peine plus menteur que la généralité des hommes politiques occidentaux. La folie de Trump n'est-elle que l'image kitch ou l'écho bruyant de la folie banale et sourde de l'Amérique ? Avec 19 millions d'abonnés Facebook - après tout ce n'est jamais que deux fois plus que Kim Kardashian - Trump est l'incarnation des fantasmes américains 
Les sondages qu'on dit s'être trompés ne se trompent pas. Ils mesurent nos intentions conscientes et nos pulsions avouables. Le vote, lui, exprime à loisir dans le secret de l'isoloir l'inconscient et l'inavouable. L'inconscient, c'est ce qui nous fait faire ou dire ce qu'il ne faudrait pas. Ce qui nous amène à méconnaître nos intérêts réels et à les sacrifier à nos idéaux imaginaires. Ce qui nous pousse à faire le mal et à faire du mal, aux autres et à nous-mêmes. Dans l'inconscient, nous sommes tous plus ou moins racistes, pleins de haine pour le voisin, de peur face à notre semblable comme à notre dissemblable. Narcissisme phallique des mâles, admirant en Trump un pénis sur pattes, stupide et fier de l'être; misogynie inavouée chez nombre de femmes; admiration du pauvre pour l'escroc riche qu'il n'a pas eu les moyens d'être; attirance pour le mal; soumission masochiste à une autorité sans frein; goût pour les mots et les choses sales; désir de détruire un objet afin que l'autre ne s'en empare pas; sadisme pollueur anti-environnement; crainte d'être démographiquement minoritaire chez soi: tous ces traits sont bien partagés. Ils dorment dans le cerveau reptilien que l'éducation et la démocratie n'ont que peu civilisé. La politique n'est pas d'abord affaire de choix conscients, mais d'impulsions et d'aspirations inconscientes. La réalité compte moins que les images, la raison que les passions, les idées que les idéaux. On n'élit pas un dirigeant pour ce qu'il promet de faire, et fera peut-être, mais pour ce qu'il est. Ce qu'il représente pour l'inconscient collectif. Aujourd'hui, enfants tout puissants, la moitié des électeurs américains lance à l'autre et au monde: je vous emmerde. Trump représente la part sombre d'eux-même, leur image rêvée. Trump leur ment? Trump les trompe? Certes, mais s'il leur plaît à eux d'être trompés ? Pascal nous met en garde. Considérons tous avec quelle allégresse nous embarquons dans la nef des fous. Ecoutons-le: "Pour être aimés de nous, les puissants évitent de nous rendre un office qu’on sait nous être désagréable : on nous traite comme nous voulons être traités. Nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe. 
Les électeurs de Trump n'ont pas été trompés. Reste à savoir si lui-même ne se trompe pas sur ce qu'il pourra faire. Il annonce qu'il va supprimer les sanctions anti-Poutine et qu'il veut non seulement garder Guantanamo, mais le remplir à pleins bords. Son conseiller pour la sécurité nationale Mike Flynn recommande aux femmes de renoncer au pouvoir et de ne penser qu'à leurs robes, leurs talons hauts et leur maquillage. Malgré ces propos, certains espèrent que Trump, confronté à la réalité du pouvoir, devienne peu à peu un névrosé ordinaire, quelqu'un qui ne fait pas ce qu'il dit. Parce qu'il ne le veut pas vraiment ou ne le peut pas du tout. Un velléitaire qui n'avait pas de vrai désir de changer les choses, ni les moyens de réaliser ses délires. 
Souhaitons que l'enfant au volant de la première puissance du monde, confronté à des routes difficiles et à un code bornant de règles et de contraintes le narcissisme phallique des conducteurs soit contraint à la prudence. Mais il semble exclu que Trump devienne un président normal et abandonne le langage paranoïaque : moi la vérité je parle, pour celui du névrosé qui ne sait pas ce qu'il dit. Regardons-le tel qu'il est, un roi du divertissement, qui même montré nu, ne connaît pas ce qui nous retient souvent de mal faire: la honte. Face à son narcissisme de mort, espérons seulement que le narcissisme de vie qui anime la démocratie américaine - Démocrates et Républicains confondus - finisse par l'arrêter comme la police arrête un chauffard même s'il a son permis, avant qu'il y ait trop de dégâts. Cela s'appelle impeachment . "Le réel, c'est l'impossible", disait Lacan. Trump va s'y cogner, et vite."

samedi 14 janvier 2017

Clown, ras et risible


Voilà,
comme autrefois lorsque je procédais de façon artisanale avec cutter, papier Canson et photos de magazines : un fond, un gros plan un plan moyen, des diagonales affirmées, et une image sale, sombre et inquiétante. Oui j'ai eu, hier soir, l'envie de faire ça, un truc comme je pouvais en faire à une époque mais il n'y avait pas le goût ni l'odeur de la colle Uhu dans son tube noir. Ce soir j'écoute "Discreet music" de Brian Eno, comme je le faisais alors. Le temps s'écoulait bien différemment, c'est sûr, oui, bien différemment. 

jeudi 12 janvier 2017

Une Histoire de Nuage


Voilà, 
Aujourd'hui encore, j'avais besoin de musée. Celui d'Orsay est un de ceux que je préfère. Je trouve magnifiquement réussie la transformation de cette ancienne gare. Et puis on peut y voir de nombreux tableaux impressionnistes, en particulier des Pissarro (dont une grande rétrospective est prévue pour la fin de l'année) et des Sisley qui m'émeuvent toujours autant. J'ai déjà raconté en d'autres circonstances, l'intérêt que j'éprouvais dans mon jeune âge pour ces peintres et ce mouvement. Après avoir visité l'exposition Frédéric Bazille, un peintre pré-impressionniste qui a côtoyé de près Renoir, Monet Berthe Morisot et les autres impressionnistes, mais qui a vingt-huit ans a stupidement décidé de s'engager comme soldat pour combatte les Prussiens et qui a trouvé la mort dès son premier assaut, laissant à la postérité les prémices d'une œuvre prometteuse qui commençait tout juste à s'affirmer, je suis allé voir les collections du musée. C'était l'occasion de revoir des œuvres découvertes dans ma jeunesse mais d'autres aussi, prêtées par des institutions étrangères pour le trentième anniversaire d'Orsay. Il y avait en particulier un magnifique Monet peint à Venise, prêté par le Musée des Beaux-Arts de San Francisco, et un Braque de 1932 dans les tons bruns, très cubiste. Puis je me suis promené sur les passerelles où j'ai pris quelques images pour obtenir cette vision déformée de l'intérieur du bâtiment.

(....)


En rentrant, j'ai repensé à cette histoire qui m'est revenue en mémoire il y a quelques jours concernant le dernier tableau peint par Braque à Varengeville, intitulé "La Barque échouée", et qui m'avait beaucoup ému lors de la grande exposition qui lui avait été consacrée il y a quatre ans déjà. Il paraît que Braque, quoique affaibli, est revenu pendant un mois vers son tableau le regardant insatisfait, bien qu'il semblât fini. Et puis à un moment il a rajouté, voyageant dans le ciel, un nuage un petit nuage aussi sombre que la barque sur la grève, Puis il est mort quelques heures après. Cette histoire me bouleverse tout comme l'hommage que prononça pour lui Malraux au nom de la France dans la cour carrée du Louvre. Et bien évidemment je ne peux m'empêcher d'établir un lien entre ce nuage noir porté par le vent et cette barque sur ce dernier rivage que Braque a si souvent peint aux derniers temps de sa vie. Peut-être même le nuage est il lui aussi une barque déformée renversée presque semblable à la barque échouée, au point qu'il est possible de penser qu'il s'agit de Braque lui-même dont le nom est l'anagramme de ce qui constitué le titre et le premier plan du tableau. Le peintre a-t-il pressenti sa propre mort et souhaité se représenter dans le tableau ? Lui qui a peint tant d'oiseaux, finit son œuvre en un nuage, un nuage noir dans un ciel orangé que le vent va porter hors du cadre de l'image.

mercredi 11 janvier 2017

Échapper aux mots

Machine désirante
Voilà,
une semaine passée à visiter des expositions m'a redonné envie de travailler la matière des images. Un moment déjà que je ne m'étais livré à cet exercice. L'insomnie de cette nuit a été propice à quelques expérimentations. Des frayeurs me visitent parfois vers trois quatre heures du matin, alors il faut que je m'occupe pour ne pas y songer. J'ai besoin d'échapper aux mots, au langage auquel se heurte la pensée. Je ne peux nommer avec une précision suffisante tout ce qui me traverse à ces heures. Incapable de structurer en un récit cohérent ce que j'éprouve et qui somme toute pourrait tenir en ces deux vers de Racine
 Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne
De quel côté sortir ? D'où vient que je frissonne ?
Donc afin que ces heures durant lesquelles rien de ce qui touche aux mots ne peut ni me secourir ni me soulager, ne soient pas totalement stériles, j'agence je transforme je condense je mixe je sature des photos plus ou moins anciennes. Je procède par découpages et recoupements. Mon attention ne se concentre que sur ça. Je suis libre, je peux divaguer. D'ailleurs ces jours-ci, non seulement je suis incapable d'écrire, mais tenir une conversation m'épuise. Je n'ai pas envie de parler d'expliquer de justifier de me heurter aux phrases de développer un raisonnement. L'être parlant que je suis me semble faux, à côté de la plaque. Même si les images me vouent à une solitude plus grande encore, au moins ont elles l'avantage d'éviter tout malentendu. Et puis elles me donnent l'impression, peut-être illusoire d'une plus grande adéquation à ce que je crois être et ressentir. Elles témoignent plus justement de l´incertitude où je me tiens ainsi que du silencieux tumulte qui parfois m'agite et souvent m'épuise quand se fait attendre une réponse qui jamais ne vient.

lundi 9 janvier 2017

Une Journée oisive


Voilà,
en ce moment je n'ai pas beaucoup d'obligations extérieures. Le travail alimentaire est rare, alors je profite du chômage pour visiter les musées gratuitement. on a encore ce luxe qui à mon avis ne va pas durer longtemps (je veux dire les allocations chômage ET la gratuité dans les musées). La semaine dernière j'ai vu l'éblouissante collection Chtchoutkine (ce nom est vraiment imprononçable) à la fondation Louis Vuitton, l'exposition "The color line" sur l'art Afro-américain au Musée du Quai Branly, le musée Delacroix, samedi l'exposition de Maurizio Cattelan à la Monnaie de Paris, hier le musée Rodin et aujourd'hui l'exposition sur l'art américain des années trente. Cela me change les idées et me tient lieu de voyages. J'ai ensuite longé la Seine, regardant les boîtes des bouquinistes et les péniches en contrebas qui m'ont fait penser à Delphine M. avec qui j'avais à une époque beaucoup marché sur les quais lorsque ses parents envisageaient d'éventuellement en acheter une. Delphine que j'avais perdue de vue et dont j'ai appris la disparition il y a quelques mois par une amie de ce temps-là. Donc au cours de ma flânerie, j'ai pris quelques photo, que je mettrai un peu plus tard en ligne. En particulier, un poster représentant Zappa en Joconde et quelques vieilles couvertures de Charlie, joyeusement irrespectueuses (le problème aujourd'hui, c'est que tu dessines un truc, et c'est immédiatement vu dans le monde entier, grâce ou à cause d'internet).
 J'aime bien traîner sur les quais. C'est une manie que j'ai prise dès que je suis arrivé à Paris, et je ne m'en lasse pas. C'est sur les quais que j'ai acheté, d'occasion mes premiers singles des Beatles et des Stones, trouvé de vieilles éditions poétiques pas cher, et même, bien plus tard le recueil des écrits de Milena Jesenská pour la presse, alors qu'il était épuisé.
J'ai fini par retrouver Luc dans un vieux bistrot avec son comptoir en zinc patiné par les ans, quai des Grands-Augustins, pas loin de l'endroit où Picasso avait son atelier – peut-être s'y est il accoudé – et l'on a passé une paire d'heures à bavarder, buvant du Chinon, en souvenir de "Pointête" son film qu'on avait tourné dans cette région. Et puis à un moment j'ai aperçu ce drôle de client. Bien sûr je n'ai pas pu résister, l'occasion était trop belle et comme disait Jankélévitch ne se représenterait plus. Ensuite, je suis rentré à pieds à la maison. Car il faut bien marcher n'est-ce pas ? Et manger des fruits, des légumes, et des putain de poissons gras...

dimanche 8 janvier 2017

Dans le Parc du Château de Versailles


Voilà,
dans le parc du château de Versailles, les statues qu'on emballe, sans doute afin de les protéger du froid, font penser à des œuvres de Christo. Ce jour là, j'avais eu envie de profiter du soleil pour marcher et changer d'air. C'était quand déjà, ah oui, le dernier jour de Novembre. J'ai simplement eu envie d'avoir un moment de répit. Trop de choses m'effraient, l'avenir est vertigineusement angoissant. De plus en plus d'endroits sombrent dans l'horreur et le chaos. Le château de Versailles avec son parc bien ordonné a traversé plus de trois siècles d'histoire. Oh bien sûr il témoigne de l'absolutisme royal et de la folie des grandeurs. Mais il est là. Il est probable qu'il finira en ruines lui aussi quand il n'y aura plus aucun sens de l'entretenir. Pour l'instant il attire encore de nombreux touristes. Je n'y étais pas retourné depuis plus de 40 ans, depuis cette matinée d'un dimanche de Septembre où Agnès avait pris l'initiative d'un pique-nique au Petit-Trianon. Pourtant ce n'est pas si loin, Versailles. Il faudrait que j'y retourne. Mais il y a encore tant de choses à faire, à finir. La fatigue mange le temps.

mardi 3 janvier 2017

Nombreux sont ceux qui vivent en nous


Voilà,
Nombreux sont ceux qui vivent en nous ; 
Si je pense, si je ressens, j’ignore 
Qui est celui qui pense, qui ressent. 
Je suis seulement le lieu 
Où l’on pense, où l’on ressent. 
Il est plus de moi que moi-même. J’existe cependant 
À tous indifférent. Je les fais taire : Je parle. 
Les influx entrecroisés 
De ce que je ressens ou ne ressens pas 
Polémiquent en celui que je suis.  
Je les ignore. Ils ne dictent rien 
À celui que je me connais : j’écris. 

 Fernando Pessoa 
Les joueurs d'échecs - Odes de Ricardo Reis ( hétéronyme ) - 1935