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lundi 31 août 2026

L'Innocence

 
 
Voilà,
c'est étrange tout de même, un peu de vent, une pluie froide et le corps oublie les journées caniculaires où il fallait prendre une douche fraîche toutes les deux heures, où l'on vivait à moitié nu, volets clos jamais loin du ventilateur à la recherche d'un courant d'air. On oublie ces heures chaudes et pesantes quand il était impossible de faire quoi que ce fut tant la fatigue engourdissait, et que même la perspective de s'endormir devenait angoissante parce qu'on redoutait que le cœur fatigué cessât de battre durant le sommeil. 
Sans doute dans les semaines à venir le chaos climatique prendra-t-il d’autres formes comme ces violentes et brèves tornades qui ces derniers jours ont saccagé en quelques minutes des bourgs en divers endroits de France. On aura droit à quelques inondations à des glissements de terrains, on parlera d'épisode méditerranéen, les chaînes d’infos en continu en feront un temps leurs choux gras avec leurs experts patentés, leurs journalistes sur le terrain posant comme à l’accoutumée des questions stupides et puis on passera à autre chose. 
Elle risque d’être bien pénible, sous ces latitudes, l’année qui vient. Des conneries, il va s’en dire beaucoup, à l'approche des élections présidentielles en France. C'est dans huit mois, mais, déjà sur les réseaux sociaux, ça a bien commencé. Et c'est souvent très nauséabond. De tous bords c’est déjà un florilège. Il va falloir tenter d’être zen. C’est pas gagné. 
Une chose est certaine, il sera — et je ne suis pour cela guère équipé — encore plus difficile d’avancer optimiste et léger. D’ailleurs pour nous mettre dans de bonnes dispositions, sur France-culture la première semaine de l'émission intitulée "Avec philosophie", est consacrée à la fin du monde. Voilà pour l’ambiance. 
J’essaierai de songer plutôt à cette merveilleuse apparition, qui m’a récemment été offerte, dans le quartier indien de Paris, lors des fêtes de Ganesh. L’impassible et pure beauté de ce jeune visage qui semble touché par une grâce indéfinissable, son insondable mystère son innocence m’ont bouleversé. Puisse un temps son souvenir constituer un rempart contre la laideur du monde et les effrois dont notre époque est si prodigue.

jeudi 13 août 2026

Éclipse

Voilà,
pour désigner des journées d’une chaleur accablante le japonais dit "kokushobi". Hier, comme aujourd'hui, ce fut très "kokushobi". Mais il y avait l'éclipse partielle qui, en fin de journée a poussé les foules dehors. Puisque l'occasion ne se représentera plus de mon vivant, je suis donc allé au parc André Citroën faire quelques photos.


Il y avait une foule considérable et j'ai pris pas mal de clichés intéressants, mais qui, à l’exception de ces deux là ne seront jamais publiés tels quels, pour éviter des problèmes de droit à l'image. Peut-être traficoterais-je quelques photos comme je l'ai déjà fait, afin que les visages ne soient pas identifiables. En même temps, il me semble que les lunettes protectrices anonymisent les sujets mais je n'en suis pas certain. Je me souviens de photos extraordinaires envoyées par l'amie Sophie, lors d'un séjour à New-York à l'occasion d'un semblable événement avec des spectateurs la tête dissimulée dans des cartons. 
 
 

Quoi qu'il en soit, pour revenir à ce début de soirée, il y avait de la bonne humeur, de la joie, l'atmosphère était détendue "bon enfant" comme on disait autrefois. Certaines personnes étaient venues pique-niquer en attendant l'événement. Après tout, en ces temps de chaos climatique, politique, intellectuel, ces menus plaisirs sont bons à prendre. Moi qui, hier encore faisait un éloge nostalgique de la futilité, je ne vois pas pourquoi je trouverais à y redire. Pour une fois que les gens peuvent se rassembler en foule à Paris sans que la police ne leur envoie des flash-ball à tir tendu...

mardi 14 juillet 2026

Regarder passer le défilé

 

Voilà,
ce quatorze juillet 1983 je m'étais tout de même bien régalé. J'avais fait une pellicule entière. J'aimais bien le principe de la série. J'en ai beaucoup publié des photos de ce jour-là sur ce blog. Celle-ci n'était pas encore apparue. J'aime beaucoup la tronche du type avec son programme à la main. Ce qui me réjouissait c'était les différents axes de regards. Ceux qui voient venir, ceux qui voient ce qui est passé, les suspicieux qui se méfient du photographe mais qui ne quitteraient leur place pour rien au monde de peur de la perdre. C'est fou tout de même cette fascination des gens pour les défilés militaires.
Si tu tapes, chère lectrice cher lecteur, sur la rubrique "spectateurs", eh bien oui, tu retrouveras parmi d'autres, toutes les photos de cette mémorable matinée. Et si tu cliques sur ce lien tu verras comme j'étais joli garçon (mais je ne le savais pas à l'époque et cela n'a qu'un relatif intérêt aujourd'hui). Je venais de passer un mois en Algérie, sur les traces de mon enfance, j'avais un peu d'argent devant moi, j'étais aimé, je savais que bientôt je partirais en Provence pour finir l'été, l'âge que j'ai aujourd'hui me paraissait une échéance improbable. Bref j'étais jeune, pas forcément insouciant, mais quand même assez souvent désinvolte. Aujourd'hui le monde brûle, et malgré les faits, l'on ne parvient pas tout à fait à se rendre à cette idée. La langue japonaise possède un mot pour exprimer ce que je ressens : yaruzenai : comprendre tout ce qui ne va pas, mais ne pas pouvoir faire grand-chose pour améliorer la situation, et garder ce sentiment à l’intérieur de soi. Enfin plus vraiment puisque je viens de l’écrire sur cette page.

lundi 9 mars 2026

Impressions de Taizé

 
Voilà,
comment ça s'est passé : j'étais dans les parages l'été dernier avec un copain qui possède une maison dans la région. C'était un samedi matin, nous étions allés au marché du côté de la ville de Cluny, un marché très chic d'ailleurs, avec beaucoup de "pârisiens" fortunés. Comme sur la route j'avais vu un panneau indicateur, j'ai dit et si on allait à Taizé
Taizé c'était un nom qui traînait depuis longtemps dans ma tête. Depuis le début des années 70. Oui vers 74 quelque chose comme ça. Dans ma classe se trouvait alors un certain Yves Krier, un beau garçon à la beauté un peu trouble. De longs cheveux blonds qui lui donnaient une grâce presque féminine. Un gars brillant, cultivé, parfois arrogant, mais traversée d’ombres et de tourments. Je pressentais chez lui, sans pouvoir le formuler dans les termes d’aujourd’hui, une inclination secrète vers les garçons – ou peut-être seulement une fluidité, une liberté – que l’époque n’autorisait à nommer. J'ai retrouvé sa trace sur le net. C'est peu dire que la vie nous change.
 Je le croisais parfois en dehors des cours avec un garçon sensiblement plus âgé, qui semblait être pour lui une sorte de mentor. Ils avaient l'air assez liés. Le gars en question s'appelait Jacques Legay, il était plus ou moins chanteur à texte et à guitare, genre Maxime Leforestier, plutôt bon d'ailleurs, avec de jolies mélodies et des chansons assez bien tournées selon mon souvenir. Il avait organisé à Salers, en 1974,  un petit festival de chansons et de théâtre, où je m'étais rendu. C'est par ces gens-là que j'ai entendu parler de Taizé pour la première fois. Il me semble qu'ils avaient en projet de s'y rendre, ou qu'ils y étaient allés dans le cours de l'année. Ces deux gars étaient du genre cathos progressistes et vaguement rebelles (enfin comme on peut l'être chez les cathos). Ils avaient du grandir dans des familles où la religion tenait une grande place. Toutefois ils étaient sensibles aux mouvements qui traversaient alors la jeunesse, l'écologie, les manifestations contre la réduction du sursis militaire, ils fumaient de temps en temps des pétards, adoptaient un code vestimentaire un peu hippie, baba-cool, ce genre de truc. Je me demandais bien à l'époque ce qui pouvait à ce point susciter leur enthousiasme. Plus tard j'ai rencontré d'autres personnes qui en parlaient aussi comme quelque chose d'extraordinaire. Mais bon question religion je me suis arrêté à la communion solennelle, et les cathos même progressistes, ne m'intéressaient pas vraiment. En fait je suis plutôt du genre mécréant et anticlérical. Pour moi, ce qui est écrit dans la Bible n’a jamais eu plus de véracité que les récits de la mythologie grecque, le Mahabarata ou les textes sacrés amérindiens. Les énigmes de l’astrophysique et les mystères de la biologie moléculaire répondent mieux à mes interrogations sur la transcendance. Mais je digresse… Bref, les années passèrent, emportant Taizé dans l’oubli, reléguant ce nom dans un coin obscur de ma mémoire
Mais là, cet été, l'occasion faisait vraiment le larron. C'était trop idiot de se trouver si près et de ne pas y jeter un œil. Ce n'est pas Lourdes, mais tout de même. Donc on est venu un samedi en fin d'après-midi.
J'ai plutôt été déconcerté par cette affaire.
Étonné par la foule que ça draine. Des gens de tous âges et de toutes nationalités. Une organisation et une logistique très au point. Comme un gigantesque camp de vacances autogéré qui fonctionne. Évidemment l'architecture de la communauté a un aspect vaguement concentrationnaire, avec des communs pour la cuisine et la restauration, des baraquement pour dormir. Un petit côté stalag des gens heureux, autogéré avec des chapelles, et une boutique de souvenirs. J'exagère ? Non. Il suffit de regarder une vue aérienne sur le net. Bon il y a aussi des campings alentours pour accueillir la foule des pèlerins.
Ce qui m'a le plus étonné c'est l'air serein et plutôt épanoui de toutes ces personnes. L'effet communauté de gens qui, vus de l'extérieur, semblent se reconnaitre dans un même élan, une même quête.
 
 
 
 Voici ce qu’écrivait l’historien suisse Henri Guillemin en 1992, à propos de Taizé. "Reste ce constat irrécusables que Taizé devient d’année en année, plus vivant, plus attirant. Et ce n’est pas rien, dans notre monde, tel qu’il est, que ces foules de jeunes gens issus de tous les milieux. – excepté, je crois, malheureusement, les milieux ouvriers –, de tous les continents, (y compris, nombre d’agnostiques), se réunissant pour autre chose que des compétitions sportives ou vacarmes  rythmés ; pour causer, ensemble du sens possible de la vie, de l’emploi des jours, de l’existence de Dieu, certaine ou problématique ( et quel Dieu ?), Du message de Jésus-Christ. Et j’ai toujours été frappé, oui, remué, par l’extraordinaire, qualité du silence, respecté par ces milliers d’êtres humains. Pas un bruit, pas même une toux ; une prodigieuse intensité de silence. Que nous sommes loin, – Dieu, merci !– de l’atmosphère irrespirable de certains groupes, dits charismatiques, peuplés de gesticulations convulsives, vociférations. Une grande et belle bonne réalité, cette vie spirituelle, ardente et calme, de Pâques à tout l’été, sur la colline."
Ceci dit, beaucoup de trucs m'ont tout de même paru bizarres. Par exemple, ce qu'on voit sur la photo du haut prise dans ce qui s'appelle la crypte, située sous l'église qui, quant à elle, ressemble à un gigantesque hangar. Là aussi aussi c'est étrange, tous ces gens allongés sur une moquette, certains corps abandonnés au sommeil, à la méditation ou à la contemplation distraite de leur téléphone portable. Scène à la fois paisible et incongrue, comme si l’élan mystique et la banalité la plus prosaïque s’étaient donné rendez-vous dans un même espace.
Évidemment je n'ai pas voulu en rester là sur ces premières impressions et j'ai un peu, comme à mon habitude creusé la question. Je me suis intéressé à l'historique de cette communauté, Et puis j'ai fini par trouver — bien qu'il se trouve sur le réseau Voltaire, un site néo-fasciste et complotiste — un article de Fabien Gaulué très complet, très bien rédigé, extraordinairement clair en ce qui concerne l'historique de cette communauté œcuménique et ses divers développements depuis sa création. Il  y donne même quelques éléments de sociologie sur les personnes qui fréquentent ce lieu. C'est en fait ce qui m'intrigue le plus. Qui sont ces gens ?
Le lendemain, avec mon copain Pascal on a décidé d'assister à la messe.
Il y a avait vraiment du monde, comme en témoigne cette photo prise à la fin de l'office.

 
 Office très étrange d'ailleurs. Les "fidèles" sont pour la plupart assis par terre ou sur de petits tabourets. Le long des murs se trouvent aussi  des bancs pour les gens un peu plus âgés. Des chants méditatifs très caractéristiques de Taizé, courts, répétés plusieurs fois, souvent en plusieurs langues (latin, français, anglais, etc.) sont régulièrement entonnés. J'ai remarqué que nombre des participants les connaissaient par cœur. Pour les débutants ou les étrangers il existe des livres de chants que 'on peut se procurer à l'entrée, et le numéro des cantiques proposés à l'office est inscrit sur des écrans vidéos. Des lectures bibliques, un psaume, un texte de l’Évangile ou de l’Ancien Testament, lus lentement suivi d'un long temps de silence parfois plusieurs minutes, au cœur de l’office. C’est un élément central. Des prières simples et universelles pour la paix, la réconciliation, l’unité des chrétiens, le devenir du monde. Une atmosphère très dépouillée. Quasiment pas de sermon, ou très bref. La communauté est œcuménique : catholiques, protestants et orthodoxes prient ensemble, ce qui explique sans doute la pauvreté du rite. On reste dans le plus petit commun dénominateur.. La communion n’est pas systématique ; elle est proposée selon les traditions et expliquée clairement aux participants. On peut juste être présent, écouter, chanter ou rester silencieux : aucune obligation.  
Tout cela tient à la fois du feu de camp et à d'un woodstock chrétien en plus clean, et paraît être au christianisme ce que les hare krishna sont à l'hindouisme. Cela m'a paru gentil, convivial, peu exigeant et plein de bonnes intentions. Et aussi, sans doute un bon spot de drague, pour jeunes gens en quête de spiritualité et désireux d'échanger leurs fluides.

vendredi 11 juillet 2025

Défilé nocturne

 
Voilà,
En choisissant d’offrir aux Français un "défilé nocturne" pour le 14 juillet 1982, François Mitterrand avait fait le choix de l’innovation protocolaire. De façon symbolique, c’était une manière pour ce premier président socialiste de la cinquième république élu depuis un peu plus d’un an seulement, de marquer la singularité de son septennat.


J'éprouvais alors un réel plaisir à saisir toutes ces personnes qui ne se préoccupaient absolument pas de moi tant elles étaient absorbées par le spectacle qui leur étaient offert. Ayant grandi dans l'armée, il va sans dire que je n'ai aucune appétence pour ce genre de manifestation, et j'ai toujours considéré les gens qui y trouvent quelque agrément, avec une certaine réticence.
 

L'occasion était trop tentante d'une série de clichés à la manière de Lisette Model, où les gens sont toujours plus ou moins ridicules. J'ai appris il y a peu, qu'elle déclarait photographier les choses qu'elles ne comprenait pas, et que, "appuyer sur le déclencheur était pour elle une façon de poser une question, dont la photo lui révèlerait possiblement la réponse". Je n'en crois évidemment pas un mot. J'ai plutôt tendance à considérer que dans l'Amérique puritaine, et au moment où la tendance était à la photographie humaniste, il lui était difficile d'admettre publiquement qu'on pouvait être fasciné par les tares, la laideur, les anomalies, les difformités, les comportements étranges qui se manifestaient dans une société d'abondance de loisirs et de confort.  
Pour en revenir à ces photos de défilés qu'on trouvera rassemblées sous le libellé spectateurs de ce blog, elles ne sont pas franchement généreuses, c'est sûr, mais plutôt effrontées. C'était une façon de montrer que le socialisme, dont le slogan  — pompé sur Arthur Rimbaud — était "changer la vie", ne changeait –de ce point de vue – rien du tout. Le populo quel que soit le régime en place, était comme avant, et comme il sera toujours, forcément assez con pour être au rendez-vous et regarder "défiler et complimenter" l'armée française.

lundi 2 juin 2025

Liesse populaire


Voilà,
donc samedi soir, c'était l'hystérie collective à Paris. Le club de la capitale a enfin gagné (de fort belle façon) la champions league d'Europe de football. Le journal Libération qui ne recule jamais devant un jeu de mots a titré "Paris vaut bien une liesse". 
A partir du début de ce mois, les chômeurs et les allocataires des minima sociaux font l'objet de nouvelles mesures coercitives, mais samedi soir, beaucoup de pauvres gens se sont extasiés devant les exploits de millionnaires en culottes courtes qui bénéficient de faveurs fiscales afin de ne pas succomber à la tentation de jouer dans des clubs étrangers. 
"Les gens" comme dit du côté de chez Mélenchon ont dansé, hurlé, se sont embrassés. Des gamins sur des scooters ont tiré des pétards pour fêter un club sponsorisé depuis quinze ans par le Qatar qui, durant cette période, a injecté presque cinq milliards d'Euros pour lui assurer un standing international. 
Cet argent ne choque personne. En fait tout le monde s'en branle, la victoire est belle. Qatar est écrit sur les maillots. Qatar qui peut acheter le président des États-Unis en lui offrant un avion, qui sponsorise l'islam politique du Hamas et des frères musulmans. Pourtant récemment en France, un rapport gouvernemental a été publié sur l'entrisme de ce mouvement dans de nombreuses associations, mais chut ! c'est la fête. 
Même Macron, qui n'est pourtant pas le maire de la ville a accueilli, à l’Élysée, les nouveaux champions du PSG.  Il est d'ailleurs probable que le club a décidé qu'il n'y aurait aucune rencontre avec la maire de la ville qui n'est pas en bons termes avec les dirigeants qataris.
Bien sûr le président du club était là. Macron était aux anges. Et vas-y que je t'étreins, que je te félicite, que je te prends par l'épaule comme si on était de vieux copains depuis longtemps. Peu importe d'ailleurs que Nasser al-KhelaÏfi se soit, selon un rapport de la DGSI (Service des renseignement français) et de l'IGPN (la police des police), livré à la destruction d'un ensemble de "documents, ordinateurs et téléphones contenant des données compromettantes concernant des informations relatives à l'attribution au Qatar de certaines compétitions sportives", et qu'il soit l'objet d'enquêtes diligentées par la justice française.

 
Le peuple quant à lui n'existe que lors des grandes manifestations sportives. C'est là qu'il descend dans la rue. Pas pour obtenir plus d'argent pour les retraites, l'hôpital, la culture, l'éducation nationale, la justice. Je le constate à chaque grande victoire. Le peuple est non seulement aliéné mais aussi un peu con. Le peuple du foot rassemble — entre autres — des racistes blancs qui applaudissent des joueurs noirs ou maghrébins et de pauvres noirs et maghrébins qui s'extasient devant les exploits de milliardaires dont ils sont les followers sur des réseaux sociaux. Tous crient "ici c'est Paris, on est chez nous"
 
 

Donc, alors que l'équipe parisienne menait déjà trois buts à zéro à un quart d'heure de la fin et que l'affaire était pliée, je suis allé faire quelques photos devant le bar "le Métro". Beaucoup de bruit et de fumée. Je ne suis pas resté bien longtemps. J'ai tendance à me méfier des enthousiasmes populaires. Au premiers feux d'artifices j'ai pris la poudre d'escampette.

vendredi 14 juillet 2023

Acrobaties patriotiques

Voilà,
cette photo a exactement quarante ans. Je n'ai jamais poursuivi ce projet, un moment envisagé, de photographier tous les défilés du quatorze juillet de l'ère Mitterrand. C'était un concept un peu con, qui de plus aurait nécessité que je fus à Paris, tous les ans à cette date. Il y a quand même d'autres choses à foutre en été. Jouer au festival d'Avignon par exemple, si tu aimes la chaleur caniculaire les moustiques-tigres et si ne t’effraie pas la perspective de croiser tous les crétins du métier que tu es parvenu à éviter durant l'année à Paris. 
À part ça – je l’avais écrit l’année dernière, mais il y a des vérités bonnes à rappeler – ce quatorze juillet, comme tous les ans, le Président de la République et son état-major vont célébrer en grande pompe, l'attaque à main armée d'une prison d'état par un groupe de casseurs radicalisés qui contestaient des lois et un système injustes ne servant que les intérêts d'une classe dominante au détriment de toutes les autres. Il se gardera pourtant bien d’honorer les émeutiers de la fin du mois Juin de cette année, qui avaient eux aussi de bonnes raisons de manifester leur colère. En outre, cette année l’invité d’honneur  – dont on espère sans doute qu’il nous achètera des armes – de cette soldatesque exhibition est le président de l’Inde, qui a aussi un penchant très prononcé pour le massacre de musulmans, ce qui ne manquera pas d’intéresser la police française encore petite joueuse de ce point de vue.

jeudi 24 novembre 2022

Par effraction

Voilà,
il suffit peut-être simplement de revenir au projet initial de ce blog. Si je me trouve dans une telle incapacité à écrire quoi que soit de neuf ces derniers temps ou à apparier des images à des textes, c’est sans doute parce que je me suis égaré en cours de route. Du monde je ne puis plus rien dire d’autre que je n’ai déjà écrit. C’est certainement la raison qui m’incite à republier de vieux articles. Bien sûr mon indignation, ma révolte ou mon chagrin peuvent toujours trouver d’autres motifs. Mais ce sera vraisemblablement du pareil au même. Tout risque à nouveau de prendre la forme du regret ou de la déploration, puisque mes constats sont sans effet sur ce monde. Celui de gens très intelligents ayant une plus grande couverture médiatique non plus d'ailleurs. De cela je me fatigue désormais. Je peux toujours considérer mon pessimisme comme une forme de lucidité, cela n'y change rien. L'Ecclésiaste avait raison : c’est irrémédiablement sans issue. Mais sans espoir de réponse il faut cependant continuer de poser des questions. Il ne reste que cela les questions.
Ma façon à moi de les poser, ce sont précisément les photos — les dessins les collages aussi — que j’introduis dans ces pages. C’est elles que je dois m’obstiner à sonder, à fouiller. J’écris au milieu de la nuit, depuis l’insomnie et la solitude, non loin d'un gouffre au bord duquel je m’agrippe pour ne pas tomber en songeant à l'image ci-dessous qui pourrait a priori sembler quelconque et qui justement ne l’est pas pour moi. 
 
 
Ma perception du réel se disloque parfois, s’effrite le plus souvent. Je perds les noms, je ne mets plus en relation les choses, les événements. Que je change de lieu ou d’espace et aussitôt s’installe une sorte de confusion. Par exemple, telle personne croisée quelques jours auparavant dans une ville, où je l’aurais tutoyée, je vais la voussoyer dans telle autre. Les noms disparaissent, les règles de grammaire que je croyais autrefois maîtriser deviennent énigmatiques.... Mais parfois une fraction de seconde retient toute mon attention ; c'est cette image que je veux raconter. Au début il s'agit simplement de photographier ce tableau de Walter Sickert qui m’intrigue à cause du rouge du personnage qui se tient debout sur une scène. Mais soudain entre la toile et mon regard, s'interpose cette chevelure argentée. J’ai tout de même envie d'isoler cet instant, à cause de la façon dont cette texture prend la lumière sur ce fond carmin, face à cette toile qui m’intrigue en raison des rapports de couleurs que le peintre y a introduits. L’existence de cette image tient à mon trouble devant les choix et les équilibres chromatiques de Sickert. Comme si soudain ces cheveux, occultant les visages au premier plan sur la toile, absorbaient, minoraient  ou déplaçaient  ce trouble. Tout à coup cette masse argentée, se substituant aux spectateurs du premier plan sur la toile m'est apparue comme "bienvenue" et "opportune". Elle introduit de la courbe où il n'y avait que des angles, elle injecte de l'oblique, où il n'y a que verticalité et horizontalité. Bien sûr à l'instant où je déclenche, je ne me formule rien de la sorte. C'est juste l'intuition que je n'ai rien à perdre si je saisis cette intrusion qui déplace mon attention. Soudain, la masse argentée me paraît nécessaire et indispensable et comme une valeur ajoutée à ce que je vois. C'est d'ailleurs bien de cela dont il s'agit, une valeur chromatique ajoutée, en quelque sorte par effraction. A présent, je n'ai plus envie de montrer le tableau dans son entièreté. Si quelqu'un.e veut vraiment trouver ce qui en est caché, qu'il ou elle cherche sur le net ; trouvera facilement. J'aurais peut-être en revanche, la tentation de photographier, dans les prochains jours, des gros plans de cheveux argentés. Pourquoi pas. Il faut que j'envisage ça un peu sérieusement.

mercredi 13 juillet 2022

Fête Nationale

 
Voilà,
ce quatorze juillet, comme tous les ans, le Président de la République et son état-major vont célébrer en grande pompe, l'attaque à main armée d'une prison d'état par un groupe de casseurs radicalisés qui contestaient des lois et un système injustes ne servant que les intérêts d'une classe dominante au détriment de toutes les autres. 
 En 1880, dix ans après la défaite de 1870 contre les Prussiens et la capture de Napoléon III, la France de la troisième république veut montrer qu'elle a reconstitué son armée et institue pour la fête nationale cette parade militaire devenue depuis une tradition. Ça réjouit le populo et les touristes en même temps que cela entretient chez certains l'illusion que ce pays compte encore dans le monde.  Sûrement ce défilé a-t-il aussi quelque chose à voir avec "l'art d'être français" concept fumeux dont notre président s'est gargarisé pendant un temps. Ce serait, d'après lui, "une manière très particulière d'être ce que nous sommes"  caractérisée par "la volonté de bâtir ensemble profondément résolument". Bâtir profondément, fichtre pour quoi faire ? Pour toucher le fond ? pour creuser notre tombe ? enfouir des déchets ? L'art d'être français, c'est surtout l'art d'être con, arrogant, prétentieux, de vouloir tout expliquer ("le français ne te parle jamais, il t'explique" constatait avec humour un éditorialiste suisse), tâche dont notre actuel leader s'acquitte avec un certain brio et sans crainte du ridicule. Il suffit de se rappeler qu'il y a bientôt deux ans — je ne sais toujours pas quelle mouche l'avait alors piqué —, mais tout à coup lui était venue l'idée de réformer le Liban. La France, où lui et sa clique d'incompétents avaient, – l'a-t-on déjà oublié ? – particulièrement brillé lors de la crise du Covid ne lui suffisait plus, il fallait qu'il aille faire le malin de l'autre côté de la Méditerranée. "Réformez vous où je vais me fâcher". Alors que la corruption régnait (et règne toujours) dans l'hexagone, et que bien des membres de sa majorité sont loin d'avoir les mains propres, il décidait de s'attaquer à celle qui gangrène le Liban. Et voilà qu'avec sa voix de fausset il jouait au Père Fouettard, dans un pays étranger, tançant ses dirigeants et invectivant même au passage un journaliste français qui, pour y avoir vécu, connaissait pourtant sûrement mieux que lui les arcanes du Moyen-Orient. 
Mais bon, sa Suffisance Manu le Premier qui fait souvent penser à Rusty le petit compagnon du chien Rintintin, l'a souvent dit, il se sent "porté par le destin". Persuadé que son verbe zozotant peut changer le monde, le voilà qui va prêcher et donner des leçons au delà de nos frontières, alors qu' il est incapable de convaincre la nation qui l'a élu par défaut. A ce titre, son attitude depuis le début du conflit en Ukraine est assez parlante. 
Ce pays est aussi celui de La Fontaine, qui a écrit la fable de "la grenouille un voulait se faire aussi grosse que le bœuf" et celui de Gide pour qui "c'est presque toujours par vanité qu'on montre ses limites en cherchant à les dépasser", mais peu s'en souviennent. 

*
 
Ces derniers jours, les uberfiles (une enquête reposant sur des milliers de documents internes à Uber, adressées anonymement au quotidien britannique The Guardian et transmis au consortium international des journalistes d'investigation et à 42 médias partenaires, dont le journal "Le Monde") laissent supposer que, lorsqu'il était ministre du budget, Macron a favorisé l'entreprise Uber au détriment de l'intérêt général et qu'il a activement œuvré pour tenter d'imposer une dérégulation du marché alors que le premier ministre de l'époque y était opposé. On apprend en outre que cette société utilisait en France et dans d'autres pays une technique (intitulée kill switch) lui permettant de verrouiller à distance ses ordinateurs, lors des visites des forces de l'ordre, tout en multipliant les pressions politiques.

*

Cette photo de la femme au périscope, prise en 1983, lors du défilé sur les Champs-Elysées, comme en atteste le programme qu'ell tient à la main, me touche. Simplement parce qu'elle me rappelle ma jeunesse, et que l'avenir était alors beaucoup plus riche de possible qu'il ne l'est maintenant. Et c'est comme si elle regardait par-delà les années ce que le monde où elle n'est sûrement plus et où je demeure encore, est devenu.
Ce jour là, j'avais passé la matinée à photographier des groupes sur des bancs regardant passer le défilé. Certains avaient dû arriver très tôt et pour rien au monde n'auraient quitté leur piédestal, même si le fait d'être photographié leur déplaisait.


J'étais alors maladroit, pas très bon pour faire un cadre. Ça me permettait de prendre mon temps pour faire le point, ajuster ma convenance. D'ailleurs la plupart du temps, absorbé par le spectacle, les gens ne s'apercevaient pas que j'existais. J'avais eu à l'époque, l'idée de me rendre à tous les défilés du 14 juillet tant que la présidence serait socialiste. J'avais en tête que les français ne changeaient pas, même sous un nouveau régime et que la fascination nationaliste demeurait intacte. Et puis j'ai vite laissé tomber. Je me suis lassé. Comme de bien des choses et de bien des gens. Je crois me souvenir que c'est cet été là que j'ai lu la trilogie de Céline, Rigodon - Nord - D'un château l'autre. 
Tiens, Céline, à propos du peuple qui aime les défilés. C'est dans "Voyage au bout de la nuit" : « Il n’y a de repos, vous dis-je, pour les petits, que dans le mépris des grands qui ne peuvent penser au peuple que par intérêt ou sadisme… Les philosophes, ce sont eux, notez-le encore pendant que nous y sommes, qui ont commencé par raconter des histoires au bon peuple… Lui qui ne connaissait que le catéchisme ! Ils se sont mis, proclamèrent-ils, à l’éduquer… Ah ! ils en avaient des vérités à lui révéler ! et des belles ! Et des pas fatiguées ! Qui brillaient ! Qu’on en restait tout ébloui ! C’est ça ! qu’il a commencé par dire, le bon peuple, c’est bien ça ! C’est tout à fait ça ! Mourons tous pour ça ! Il ne demande jamais qu’à mourir le peuple ! Il est ainsi. “Vive Diderot !” qu’ils ont gueulé et puis “Bravo Voltaire !” En voilà au moins des philosophes ! Et vive aussi Carnot qui organise si bien les victoires ! Et vive tout le monde ! Voilà au moins des gars qui ne le laissent pas crever dans l’ignorance et le fétichisme le bon peuple ! Ils lui montrent eux les routes de la Liberté ! Ils l’émancipent ! Ça n’a pas traîné ! Que tout le monde d’abord sache lire les journaux ! C’est le salut ! Nom de Dieu ! Et en vitesse ! Plus d’illettrés ! Il en faut plus ! Rien que des soldats citoyens ! Qui votent ! Qui lisent ! Et qui se battent ! Et qui marchent ! Et qui envoient des baisers ! À ce régime-là, bientôt il fut fin mûr le bon peuple. Alors n’est-ce pas l’enthousiasme d’être libéré il faut bien que ça serve à quelque chose ? Danton n’était pas éloquent pour les prunes. Par quelques coups de gueule si bien sentis, qu’on les entend encore, il vous l’a mobilisé en un tour de main le bon peuple ! Et ce fut le premier départ des premiers bataillons d’émancipés frénétiques ! Des premiers couillons voteurs et drapeautiques qu’emmena le Dumouriez se faire trouer dans les Flandres ! »

dimanche 26 décembre 2021

Vieux fantômes et résolutions

 
Voilà,
comme ces derniers temps, j'ai rapatrié tous mes posts sur un disque dur, il m'est arrivé de relire quelques uns d'entre eux. Je me suis donc aperçu qu'en fait, depuis plus de dix ans je radote, je ressasse, je raconte les même conneries,  je récrimine contre les mêmes absurdités, je traîne les mêmes vieux fantômes,  je tente d'exorciser les mêmes vieilles angoisses.
Ceux qui ne me connaissent pas personnellement doivent penser que je suis sinistre, alors qu'en fait je suis plutôt un gros déconneur, en compagnie. Bon c'est vrai que je fuis de plus en plus la société et que mes occasions de faire le mariole deviennent plutôt rares, mais quand même. Les différents confinements y sont bien sûr pour quelque chose, mais pas seulement. J'ai toujours été assez casanier, et je le suis de plus en plus. C'est comme ça quand on a longtemps été enfant unique. On se suffit à soi-même. On se raconte des histoires tout seul, ou bien on trouve du plaisir à écouter des choses instructives à la radio. Mais bref, là n'est pas la question. Dans ces deux mille billets, il y a quand même parfois d'assez jolies choses, surtout dans les premières années, qui rétrospectivement m'étonnent. Je ne pensais pas être aussi inspiré à l'époque. Je parle de la formulation, du style. Oui, il y a des trucs pas mal. Parfois. Le problème, c'est juste l'accumulation des idées noires. La vision sombre de la réalité. Et la répétition.
Cela dit, je ne me suis pas vraiment trompé, car la situation générale ne va vraiment pas en s'améliorant, c'est le moins qu'on puisse dire. Je n'en tire aucune vanité, j'aurais préféré cent fois me tromper. Mais il y a aussi des fois ou le pire peut prendre des formes inattendues. La crétinisation massive des élites de droite ou de gauche ça je ne l'avais pas vu venir. Du moins pas à ce point. Les ravages de l'inculture croissante, non plus. La bigoterie croissante en France que ce soit les catholiques les musulmans ou les juifs, ça non plus je ne l'avais pas imaginé. Que les fachos de toutes espèces se rassemblent derrière un juif sépharade xénophobe, chantre du grand remplacement et témoignant de la reconnaissance à Pétain, au point d'en faire leur candidat pour l'élection présidentielle, ça aussi c'est pas mal. Que les gens continuent en France d'être aussi cons, quand on a vu les ravages causés par Trump aux USA, quand les italiens se sont décidés à chasser les néo-fascistes qui ont pitoyablement gouverné quelques unes de leurs grandes villes, quand les pays du nord reviennent à la social démocratie, tout cela explique amplement que notre emblème soit un coq, cet animal qui chante tous les matins sur un tas de fumier. Sans doute qu'on ne veut pas croire aux erreurs des autres. On veut expérimenter les siennes propres. 
Si désormais je dois encore m'attarder sur l'actualité, il faudrait que je le fasse avec un peu d'humour, puisque de toute façon je n'y peux rien changer. Finalement, des posts que j'ai écrits, les plus intéressants sont évidemment ceux qui ne rendent pas spécialement compte de la réalité extérieure, sociale, politique, écologique. 
Puisqu'au début je n'avais pas beaucoup de lecteurs, il est probable que l'année prochaine, je republierai de temps à autre quelques billets, dont je pense qu'ils gagnent à être vus ou lus. Ce que j'ai d'ailleurs un peu commencé ces dernières semaines. Certaines photos anciennes, ont alors pu être vues et appréciées. Les textes les accompagnant, ne référaient qu'à la photo sans aucun lien avec l'actualité.
J'ai, en outre, constaté que, lorsque l'image était un collage ou un photomontage, ça ne suscitait pas beaucoup de réactions. Ça m' a un peu attristé, parce que je les aime bien moi mes collages, même les très vieux, réalisés avec des ciseaux et du papier, au siècle dernier. Au temps où on n'imaginait même pas internet, ni les gafa, — on imaginait d'ailleurs même pas l'association de ces deux syllabes — ni les smartphones ; au temps où Picard Surgelés était un truc nouveau et intéressant, lorsqu'il n'y avait pas des algorithmes à la con pour me suggérer d'écouter tel ou tel disque, quand le monde était plus lent, et moi plus vif, bref quand j'étais jeune, que le temps ne m'était pas compté et que je pouvais alors me permettre d'en perdre beaucoup.
je jette tout ça un peu pêle-mêle, dans le désordre, parce qu'en ce moment je n'ai pas les idées très claires. Je glande considérablement. Cela fait longtemps que je ne n'ai pas pris de photos intéressantes. Celle-ci date de 2006, je crois, peu après la rénovation du Petit-Palais.

mercredi 8 décembre 2021

Hors-Jeu

 
Voilà,
ce n'est pas simplement que je vieillis. Cette lassitude, cette fatigue a sans doute d'autres raisons. Le monde m'épuise, son spectacle, ses bavardages, ses rumeurs. L'aveuglement au désastre dont font preuve nos dirigeants, l'impuissance, l'indifférence ou le cynisme qu'ils manifestent face à la situation écologique qui réclame autre chose que des demi-mesures, m'affligent.
Il semblerait qu'aucune leçon n’ait été tirée de la crise récente provoquée par la première vague de covid. L’ultralibéralisme qui ne sait fonctionner qu’à flux tendus nous impose des hausses de tarifs pour avoir du gaz, de l’essence ou de l’électricité. Le prix des matières premières et de certaines denrées alimentaires flambe, en raison de l'épuisement des ressources et des sécheresses dues aux dérèglement climatiques. Les villes continuent d'être saturées par des embouteillages où les voitures sont de plus en plus lourdes, plus volumineuses et toujours aussi peu remplies. Suite au confinement généralisé qui a mis en relief les aberrations de l'économie globalisée, on aurait pu supposer une prise de conscience à l’échelon mondial, de la nécessité d’un ralentissement, mais au contraire, on se précipite pour compenser ce qui aurait été perdu lors des confinements. On s'acharne à produire plus, à rattraper le taux de croissance que la crise a fait baisser. Un penseur contemporain Byung-Chul Han, considère que "ce que nous nommons la croissance aujourd’hui est en fait une excroissance, une prolifération qui détruit l’organisme social. D’une vitalité inexplicable et mortelle, ces excès métastasent et prolifèrent à l’infini. Arrivée à un certain stade, la production devient destructrice. Ses pouvoirs destructeurs produisent non seulement des catastrophes écologiques ou sociales, mais aussi des catastrophes mentales." A partir de ce constat il élabore et développe le concept de thanatocapitalisme. 
 
Et pendant ce temps là, les personnels soignants qu'on a vraiment pris pour des cons, ces dernières années en France, désertent nos hôpitaux, par fatigue, par lassitude de se sentir méprisés. Alors on ferme le peu de lits qu'il reste dans ce pays parce qu'il n'y a plus suffisamment de personnel hospitalier. Rappelons juste les chiffres : en 1981 il y avait 392 641 lits d'hôpitaux pour une population de 56 millions d'habitants en 2018 il y avait 243 200 lits pour 67 millions d'habitants. Pourtant, il semblerait qu'une majorité de la population s'apprête à voter pour des politiciens qui vont continuer cette politique de dégraissage de la fonction publique et de privatisation de ce qui relevait ces soixante dix dernières années du bien commun (Santé, Éducation, Culture, Justice). C'est à n'y rien comprendre. Comment ne pas repenser à cette réflexion — datant pourtant de 1576, et malheureusement toujours d'actualité — d'Etienne de La Boétie, dans son "Discours de la servitude volontaire" : "Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté, qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais gagné sa servitude". 

Je devrais m'en foutre puisque je suis hors jeu, passé un peu plus dans la catégorie des improductifs. Je gagne encore vaguement ma vie. Je continue parfois de faire l'acteur,  — un peu. Il me semble cependant que rien de ce que j'accomplis, de ce qui m'a permis de survivre n'a encore de sens dans la réalité où je me trouve. D'ailleurs les gens viennent de moins en moins au théâtre, en tout cas celui que je pratique, qui a encore quelque prétention artistique. Est-ce la peur, la flemme, l'accoutumance à la claustration, l'absence de curiosité ? Ou peut-être les gens ont ils juste envie de s'amuser. 
Hier je suis passé devant la Nouvelle Eve, il y avait une file d'attente pour assister au stand-up de quelqu'un qui semble très populaire auprès d'un public jeune. Du monde, il y en a aussi à l'approche des fêtes, dans les magasins bondés, et le récent "black friday", coutume consumériste importée d'outre Atlantique il y trois ou quatre en France, confirme cette soif de consommation.
 
C'est un monde étrange que celui qui prend forme sous nos yeux. Il est possible que la réalité ait, aux personnes âgées, toujours semblé confuse et quelque peu énigmatique. Mais l'hyper-information propagée par le web, rend plus vive encore, et aussi plus absurde, la perception de ce qui nous entoure. Je me sens parfois comme ces passagers d'un autre temps contemplant à leur insu un futur qu'ils ne peuvent soupçonner.

vendredi 17 juillet 2020

Les visages me manquent


Voilà,
en fait, ce n'est pas simplement que je tenais alors à entreprendre une série sur les gens en train de photographier, c'est aussi que je trouvais cette fille plutôt belle et que j'aimais bien aussi ce premier plan avec l'homme de dos, et l'image sur son écran. À l'époque, il y a douze ans, il n'y avait pas encore beaucoup de smartphones, plutôt des appareils numériques. J'ai le souvenir que c'était au Centre Georges Pompidou, mais je ne sais plus à l'occasion de quelle exposition. Aujourd'hui, dans les musées, les visages disparaissent derrière les masques, et ils me manquent. Il est au demeurant possible que cette photo appartienne désormais à un passé tout à fait révolu.
Linked with the weekend in black and white

mardi 15 octobre 2019

Contemplation



Voilà, 
à nous (mes rares semblables et moi) qui vivons sans savoir vivre, 
que reste-t-il, sinon le renoncement pour mode de vie, 
et pour destin la contemplation ? 
(Fernando Pessoa)

jeudi 11 octobre 2018

Nympheaselfie


Voilà, 
en fait auparavant rien n'interdisait de réaliser un autoportrait dans un musée, je veux dire même au temps de l'argentique. Certes il était peut-être plus malaisé de tenir l'appareil et d'appuyer sur le déclencheur, mais c'était possible, même avec les appareils jetables. Pourtant on ne le faisait pas, ou que très rarement, sans doute parce que la pellicule était couteuse et limitée. Se photographier aurait en quelque sorte gâché du film. Maintenant avec le numérique, il n'y a plus de limite. Donc cet homme par exemple aura photographié les nymphéas, puis ensuite se sera fait un selfie devant les nymphéas, pour confirmer en quelque sorte qu'il y était. Considère-t-il que son portrait est une valeur ajoutée au tableau en arrière plan, ou pense-t-il au contraire qu'il peut bien se permettre une photo de lui en plus, puisque ça ne coûte rien ? Quoiqu'il en soit pour ma part, je trouve toujours assez pathétiques les voyageurs solitaires qui s'autoportraiturent et affichent leur solitude aux yeux de tous. Celui-ci, de l'espèce "Homo touristicus" représente une variété nord-américaine à chapeau et chemise, moins répandue que celle à casquette et T-Shirt.

jeudi 27 septembre 2018

Heureuses conjonctions


Voilà,
je l'ai souvent évoqué dans ce blog, j'adore musarder dans les musées. Il s'opère parfois d'étranges rapprochements entre les visiteurs et le tableau ou la sculpture qu'ils observent, et chaque fois cela me réjouit. La dame qui se penche vers les aquatiques nymphéas porte des motifs de rames imprimés sur sa robe. Sur la deuxième image, les lignes sur la robe de la visiteuse semblent un contrepoint à l'espace où elle déambule. Quant à la photo de la jeune fille en fleurs qui se photographie devant un papier peint de Takashi Murakami, elle se passe de commentaire.
shared with sunday postcards

dimanche 12 novembre 2017

Explosions nucléaires


Voilà,
cela se passe dans le stand d'une galerie renommée dans une foire internationale de photographie. Deux hommes en costume conversent devant un mur où sont disposées des photos d'explosions atomiques. On pourrait même imaginer qu'à ce moment précis les clichés qu'ils observent font l'objet d'une transaction. Je trouve qu'il y a quelque chose de particulièrement malsain dans cette scène. J'ai mis un certain temps à comprendre ce qui m'a mis mal à l'aise et incité à réaliser ce cliché : il s'agit vraisemblablement de tous ces encadrements qui modifient le statut de ces images. Autrefois documents, elles acquièrent ainsi une fonction d'objets décoratifs, sinon esthétiques. Une fois encore le désastre est transformé en spectacle et en marchandise. C'est étrange de constater cela, alors que depuis quelques mois, on recommence à évoquer le risque de conflit nucléaire, et qu'à l'heure où j'écris ces lignes on relève la présence de produits radioactifs dans l'atmosphère au-dessus de l'Europe sans que cette nouvelle ne fasse pour autant la une de l'actualité. On est passé de l'ère de "la banalité du mal" à celle de la banalisation de la Catastrophe. Comment, devant un tel déni, ne pas se ranger à l'idée que l'humanité court obstinément à sa perte, semblant même s'y précipiter avec impatience. Et n'y a-t-il pas plus de lucidité que de pessimisme à constater cela ?
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vendredi 25 août 2017

Femmes de Chair, femmes de pierre.


Voilà,
Je n'aurais pas spontanément donné autant de grain à cette photo, mais cela permet ainsi de dissimuler l'identité des deux femmes de chair partageant le cadre avec les sculptures en pierre de Joseph Wouters exposées au château d'Excideuil, propriété de l'inventeur des  Kapla, Tom van der Bruggen. 
Je me souviens que, dans les années soixante-dix, nombre de photographes avaient adopté ce type de tirage et que la photo granuleuse et contrastée, constituait en soi une tendance. Et si ce n'est pas mon premier choix, je lui trouve à la réflexion un aspect rétro et suranné qui ne me déplaît pas – en dépit de la posture de la protagoniste du premier plan si caractéristique de ce début de vingt-et-unième siècle.
P.S. J'aimerais être plus souvent capable de cette neutralité objective qui caractérise ce post. Ça serait tellement préférable, de pouvoir toujours écrire ainsi, de façon plus distante. (Linked with The weekend in black and white)

vendredi 14 juillet 2017

Regarder passer le défilé


Voilà,
ce n'est pas d'une actualité folle, il s'agit du 14 juillet 1983. Ici ou j'ai déjà publié de semblables photos. Il y a longtemps que j'ai renoncé à photographier les spectateurs du défilé. Aujourd'hui ils doivent tous avoir des perches et des smartphones, enfin, je dis ça, j'imagine. (linked with the weekend in black and white - Paris in July)

dimanche 2 avril 2017

La Déception

Esplanade de Vincennes, Avril 2012
Voilà,
je regarde des photos de la période précédant la dernière élection présidentielle. Je m'étais rendu à quelques meetings de droite et de gauche pour y faire des images. Bien sûr je m'étais plus reconnu dans ceux qui s'étaient rassemblés à Vincennes que dans la bourgeoisie concentrée place de la Concorde. A Vincennes, ceux qui voteraient à gauche manifestaient une espérance nouvelle. Ils escomptaient de ceux à qui ils destinaient leurs suffrages qu'en retour on les prendrait en considération. Certains espéraient ce moment depuis dix-sept ans. Ils y croyaient. Même si j'avais du mal à adhérer à leur enthousiasme — c'est un problème croire n'est pas mon fort — je me reconnaissais dans leurs façons d'être, de se vêtir, dans leurs regards et parfois leurs sourires. Je me sentais quoiqu'à la marge, appartenir à leur communauté, du moins en partager la plupart des valeurs. J'étais comme eux, je faisais partie de ce qu'on nommait autrefois le peuple. Ceux qui n'ont pas de privilèges, qui sont obligés de veiller à ne pas s'endetter, qui sont contraints à la frugalité, à la prudence, et doivent supporter beaucoup de contrariétés. Sur l'image l'écran indique que la foule est nombreuse. Elle attend quelque chose du futur qui vient, elle est persuadée que les choses vont bouger, que le rapport de force avec le patronat va se rééquilibrer. (Je crois me souvenir qu'il y avait des choses comme cela qui se disaient). 
Il y avait aussi cette envie d'en finir avec un président agité, vindicatif et méprisant, vulgaire et affligé d'une mentalité de petit parvenu. Les gens aspiraient à être gouvernés par quelqu'un qui les comprendrait, proche d'eux. Alors ce petit homme replet, sans grand charme ni charisme, un peu bobet avec son air de notable de province et son nom de pays étranger, mais bon, pas vraiment antipathique malgré tout, ce n'était pas brillant mais ça pouvait bien faire l'affaire. Pour ma part, en proie à une crise d'optimisme totalement délirante, je supputais que peut-être il trouverait dans sa nouvelle fonction, un élan nouveau, une capacité à se hausser et à gagner en densité. Au lieu de quoi on eut juste droit à un nigaud satisfait de prouver à son ex-femme qu'il était capable de faire mieux qu'elle. Et puis très vite il fut clair que cet homme en accédant à la plus haute fonction avait aussi atteint son seuil d'incompétence En même temps que son absence d'audace et de courage, son incapacité à s'affirmer, se dévoilèrent aussi sa lâcheté, ses reniements, sa mollesse, sa bêtise. Son aspect tantôt Bouvard tantôt Pécuchet achevèrent peu à peu de le rendre ridicule. A peine au pouvoir il se préoccupait déjà de sa possible réélection en se livrant à de mesquins calculs de boutiquier, comptant sur la montėe en puissance de l'extrême droite. Une vision politique relevant de la myopie. Nulle perspective. Tout à court terme. La sortie sera misérable et vouée sinon à l'opprobre du moins au dédain, à la moquerie voire au mépris. Aujourd'hui ce peuple déçu et abandonné se désagrège pour se constituer en fractions partisanes. Chacune d'entre elles alimente, en s'efforçant de croire en un miracle, les ambitions aveugles de leaders peu soucieux au fond, des citoyens qui les soutiennent, préférant la division à l'union. On se crispe sur des certitudes sans lendemain. Certains prennent des postures radicales, mais ce ne sont que des postures. De toute façon, ces leaders politiques, quand les choses tourneront mal dans ce pays, auront les moyens de le quitter pour se parer du prestige des exilés. Ils veulent se mesurer à l'Histoire et se payent de mots. L'homme des foules, lui c'est au quotidien qu'il s'affronte, et les mots souvent lui manquent pour exprimer son désarroi. Parfois il redoute le pire. Il se dit que ce n'est pas possible. Pas ici. Mais il n'en est plus tout à fait certain. 

jeudi 1 décembre 2016

Notre dernière illusion


Voilà,
"l'histoire est notre dernière illusion (...) ils sont venus, les salauds, effacer à coups d’obus, nous dire que tout simplement on n’existait pas. Alors, ils ont commencé par les oliviers, puis par les vergers, puis par les immeubles, puis toutes choses énumérées enfin disparues, pêle-mêle, ils ont jeté enfants, vieillards, et nouveaux mariés, morts ou à moitié morts, dans la fosse commune, et ont tout enfoui, et tout cela pour dire au monde des demi-vivants qu’on n’existait pas, qu’on n’avait jamais existé, et que donc, ainsi, ils avaient raison… de nous exterminer. Etel Adnan, in "Jenine" (2004).
Ce qui valait hier pour une région, vaut aujourd'hui pour d'autres. Otages d'enjeux qui les dépassent, ce sont les civils qui meurent, simplement parce qu'ils sont civils, et qu'ils ont le malheur de vivre là. L'histoire les réduira en chiffres, en nombre de victimes et rien ne subsistera d'eux. Pendant ce temps, ailleurs, la vie continue dans une sorte de crépuscule. Plus ou moins conscient mais toutefois impuissant on assiste à la débâcle généralisée du monde. On s'y contemple, on s'y admire, on essaie de trouver un peu de lumière ainsi que sa place sur la photo quand déjà nous ne sommes plus que des ombres qu'une grande nuit s'apprête à engloutir.

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