mercredi 30 novembre 2016

Promenade à Malaga



Voilà,
bien des années plus tard on se souvient de moments qui, comme ces étoiles mortes dont la lumière cependant continue de voyager, n'ont rien perdu de leur densité. Certains n'avaient pourtant rien d'exceptionnel, pouvaient même être d'une grande banalité.
Je me souviens par exemple être assis au fond bus 58 en compagnie d'Agnès et de passer, ors d'un dimanche caniculaire devant le restaurant du moulin vert. Il ne se passe rien de particulier, peut-être suis-je simplement bien, je ne sais pas.
Ou bien
Rue Jean Ferrandi, c'est le printemps, il y a Bente, il y a Renée et jean-Jacques qui fait le pitre en chantant kaya kaya la chanson de Bob Marley.
Ou bien
ce matin d'août qui vient tout juste de commencer. J'ai 17 ans je fais un long voyage en mobylette il est aux alentours de neuf heures je suis sur la nationale 624 un peu après Mazeres, je m'arrête pour refroidir le moteur. Il me semble que le paysage change. D'ailleurs on entend des cigales. L'instant est parfait. Je ne fais qu'un avec le monde.
Ou bien
ce déjeuner du dimanche chez Pierre Guyot, après son voyage en Tunisie d'où il avait ramené du sirop de violette, et qu'il nous avait offert du parfum à Agnès et moi. chaque fois quer je passe rue Cassette, je pense à lui et à ce que ma vie aurait été s'il avait vécu plus longtemps
Ou bien
cette descente dans le lit de la rivière Nartuby depuis Ampus
Ou bien
La fois où j'avais arrêté mon scooter sur le bord d'une route et qu'un papillon s'était longtemps posé sur mon sac
Ou bien
ces soirées de juin 1970 où nous jouions au foot sur la pelouse en face de l'immeuble en nous prenant pour les joueurs que nous voyions à la télé qui retransmettait les matches de la coupe du monde avec le grand Brésil de Pelé, Rivelino, Jairsinho, Gerson, Tostao, CarlosAlberto qui cette année là marqua le dernier but de la compétition
Ou bien
Ou bien
Ou bien
Ou bien

lundi 28 novembre 2016

Une merveilleuse actrice


Voilà,
c''était une rose qui lui avait été offerte le soir de sa dernière. Et puis ensuite elle était venue dormir chez moi. Au matin elle s'en était allée. Ses boucles d'oreille, cette fleur et le souvenir de douces étreintes étaient restés à la maison. Cette année là, il avait fait froid et neigé début mars. Elle était partie en vacances à la montagne et j'avais laissé la rose rouge devant la fenêtre de la cuisine en espérant qu'elle reviendrait souvent. J'ignorais alors de quoi mes lendemains seraient faits — je n'avais pas beaucoup de perspectives —, mais j'étais déjà terriblement épris de cette femme, si émouvante et si talentueuse.

mercredi 23 novembre 2016

L'année tirait à sa fin



Voilà
"Rien ne distingue les souvenirs des autres moments. Ce n'est que plus tard qu'ils se font reconnaître. À leurs cicatrices" 
(Chris Marker)

lundi 21 novembre 2016

Au réveil


Voilà
parfois l'inquiétude se résume à une image, absurde, incongrue, rêvée entre deux insomnies. La radio restée allumée durant la nuit suggère au cerveau de troublantes associations, qui laissent pantelant et déconcerté les yeux une fois ouverts. Et les nouvelles continuent de se mêler aux images alors que le corps s'éprouve comme une vieille machine rouillée. Une voix affirme "on nous a promis de la prospérité au motif que le secteur de la finance moderne possédait à la fois la partie à plus forte valeur ajouté du monde bancaire et du monde financier. Cette finance moderne a été présentée comme un moyen de mieux gérer les risques et de mener à davantage de prospérité et de croissance. Ainsi a-t-on a instauré des politiques de libéralisation des marchés de capitaux. Construites à partir de modèles sophistiqués et mathématisés ces politiques s'avèrent cependant une faillite intellectuelle totale et nous mènent au bord du précipice ." 
On se dit que oui c'est vrai, lorsqu'ons'intéresse à la théorie financière on ne peut que constater qu'elle est fragile et contestable et que sa représentation du fonctionnement des marché financiers est aussi trompeuse que dangereuse puisqu'elle minimise la notion de risque. 
Et cette voix, dont tu ne sais si elle est d'un homme ou d'une femme s'exalte "On nous fait croire que nous sommes actuellement dans une période de crise cyclique et que tout cela finira par se résorber. En fait si l'on réfléchit un peu, la crise est pour ainsi dire le moteur et le principe même du capitalisme moderne. Le capitalisme ne produit plus de richesses à partir du travail et de la transformation industrielle, mais par la spéculation sur des mouvements de capitaux pour la plupart fictifs dont est représentative la crise des subprimes de 2012 qui fut une crise de prêts hypothécaires à risques. Cette excroissance presque cancérigène de la finance devenue prédatrice s'est développée sous la conjonction de deux phénomènes : la libéralisation des marchés de capitaux qui ont permis aux banques de développer des produits financiers innovants présentés comme des outils de gestion de risque mais qui qui se sont en fait révélés comme des instruments de spéculation, et deuxièmement les politiques monétaires expansionnistes comme celle de la réserve fédérale des USA; depuis le krach de 87 ou il y a eu une chute très forte des valeurs. Cette politique engendre de la dette qui est le carburant de la spéculation, mais qui est aussi, comme le remarquait Michel Rocard, "une création artificielle créée par les banques avec le consentement des états afin de dépouiller les peuples et en faire des esclaves à leur solde". Une politique monétaire expansionniste implique une baisse des taux d'intérêt à des niveaux bas corrélée à l'injection de liquidités dans le système financier. La combinaison des produits innovants et des produits dérivés qui se financent par un endettement de plus en plus massif crée un cocktail détonnant. Toutes puissantes, les banques centrales encouragent les errements de la finance moderne et cette politique monétaire expansionniste. Lorsqu'une crise survient comme en 2000 avec l'éclatement de la bulle internet, ou en 2008 elles ne tolèrent ni une baisse du marché des actifs ni que les marchés financiers baissent sur une période trop longue. Alors pour remonter le niveau des valorisations boursières, elles injectent des liquidités dans le système et contribuent ainsi à préparer la crise suivante. Depuis 30 ans depuis le krach de 1987 ce n'est qu'une succession de crises : 1990 crise asiatique, 2000, éclatement de la bulle internet, 2008 crise des subprimes, et chaque fois chacune est un peu plus dévastatrice. Les politiques monétaires actuellement menées par la BCE et la réserve fédérale américaine, la banque du Royaume Uni et celle du Japon, nous amènent à une situation de bulle spéculative sur les marchés obligataires. Il est possible que le récent Brexit ou les dernières élections américaines, combinées aux tensions croissantes dans le moyen-orient, au bouleversement des équilibres géopolitiques avec le possible renversement d'alliance de la Turquie en direction de la Russie ajoutent au désordre économique une possibilité de chaos qui semble désormais irréversible..." Je saisis alors le réveil radio et l'expédie violemment contre le mur. Quelques cachets de mélatonine et hop ! je m'enfouis sous la couette.

samedi 19 novembre 2016

Ce matin-là


Voilà,
ce matin là avec Irina, juste avant de repartir (parce que le problème avec les vacances, c'est qu'elles ne durent jamais) nous sommes allés faire un dernier tour à la plage. La lumière était douce et le temps s'était rafraîchi. On s'est un dernière fois rempli les poumons d'iode en improvisant une petite chanson agrémentée d'une danse pour dire au revoir au sable, aux vagues, à la digue, aux traces de pas sur la grève, au port, aux rochers, aux coquillages, aux algues, à l'horizon, à la brume, aux cabines de plage et à tout ce que nous apercevions. C'était bon de faire les pitres ensemble sans qu'il n'y ait personne pour nous regarder. C'était un moment paisible et enjoué malgré la perspective de ne pas retrouver la mer avant quelque temps. Aujourd'hui Irina à neuf ans. Cette image est pour elle.

vendredi 18 novembre 2016

Rue Daguerre, Février 2007


Voilà,
en février 2007, il y avait ce support pour afficher la carte d'un restaurant rue Daguerre. Je trie, je classe des photos, j'en jette surtout. Il y a parfois des bonnes surprises. Ces choses anodines que l'on avait totalement oubliées, et devant lesquelles pourtant on passait si souvent. Le menu n'était vraiment pas cher à l'époque. (Linked with The weekend in black and white)

mercredi 16 novembre 2016

Servitude volontaire



Voilà, 
quand un peuple choisit de confier son destin à un leader brutal, cynique, violent, sexiste, arrogant et sans scrupule, il est probable que le leader considère que c'est c'est après tout ce que le peuple désire et attend de lui. Je ne peux m'empêcher de repenser ces derniers jours à ces lignes introduisant le "Discours de la servitude volontaire" écrit en 1549 par Etienne de la Boétie, "Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante - et pourtant si commune qu'il faut plutôt en gémir que s'en ébahir-, de voir un million d'hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient pas redouter - puisqu'il est seul - ni aimer - puisqu'il est envers eux tous inhumain et cruel". Que ce qui se passe aujourd'hui dans la plus grande nation occidentale, ressemble à ce point à ce qu'évoque La Boétie a quelque chose de sidérant. Ainsi, l'histoire, les leçons du passé ne tiennent pour rien. La Boétie considérait que "Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, la compensation de leur liberté ravie, les instruments de la tyrannie". Que quelqu'un qui fut aussi animateur d'émissions de télé-réalité accède à la magistrature suprême d'un si grand pays est assez révélateur de l'état de délabrement de la pensée dans ce pays. Le tyran séduit ses esclaves pour réduire les sujets dans la servitude. Il accorde des faveurs à son peuple incapable de se rendre compte que c’est avec l’argent même soutiré à ses sujets que ces divertissements sont financés. Ils font parfois, avant de commettre leurs crimes, de beaux discours sur le bien général et la nécessité de l’ordre public. D’autres utilisent la religion pour susciter la crainte du sacrilège, utilisant la tendance de l’ignorant à la superstition. L'ère nouvelle qui s'ouvre, est à n'en point douter non seulement pleine d'incertitude, mais chargée de lourdes menaces. Et je trouve magnifique ce projet de couverture de "Der Spiegel".

dimanche 13 novembre 2016

Ombres dans la Nuit


Voilà,
comment ne pas se rappeler cet effroi qui nous a saisi l'année dernière à la même date, cette stupéfaction cette incrédulité devant la violence aveugle qui frappait la ville. A l'époque après les tueries nombre de gens écrivaient sur les réseaux sociaux que désormais il faudrait beaucoup s'aimer et s'embrasser et prendre soin les uns des autres. Foutaises. Les dirigeants de ce pays sont de plus en plus cons, et ce qui s'annonce pour les mois à venir ne laisse rien augurer de bon puisque ceux qui briguent leur succession, certes d'un genre différents, ne valent guère mieux, ne nous laissant d'autre choix que la sottise et la stupidité, avec à chaque fois une bonne dose d'arrogance. La bêtise, l'ignorance, la vulgarité s'affichent de plus en plus en plus impunément sur les murs, dans les journaux, à la télévision, dans les discours sans que cela ne choque plus grand monde. De ce point de vue, le précédent américain devrait nous inciter à la vigilance, mais non au contraire les langues se délient. Quant à la générosité elle ne paraît guère en vogue ces derniers temps. Liberté, Egalité, Fraternité la devise de cette république semble aussi obsolète qu'un vieux moulin à café ou que nos centrales nucléaires. 

samedi 12 novembre 2016

Un heureux hasard


Voilà,
pendant ces quelques jours en Bretagne j'ai eu envie de recommencer à faire des photos avec un appareil à viseur, et j'étais plutôt content du résultat. Mais cette fois-ci il s'était enrayé ou je ne sais trop quoi, l'électronique s'est mise à déconner tant et si bien qu'il a fallu que je reconfigure la carte sur la plage. Rien ne se passait comme je le voulais et je commençais à être maussade. En plus j'avais un peu honte d'être obligé de me concentrer sur le bidule comme un ado sur son smartphone. Plusieurs fois j'ai déclenché l'engin faisant des photos à l'aveugle, juste parce que je voulais comprendre ce qui se passait. Je ne voyais rien sur mon écran de contrôle, rien dans le viseur c'était pénible. J'ai même cru que mon appareil était foutu. Le soir venu je me suis aperçu que certaines images étaient là, que je n'avais pas vraiment choisi de prendre. Comme celle-ci. Elle me rappelle les photos italiennes de Claude Nori. Cet accident est à la fois troublant et heureux. Y serais-je parvenu si j'avais vraiment voulu la faire ? (Linked with The weekend in black and white)

vendredi 11 novembre 2016

On the side of the ghost and the king


Voilà,
le recueil de poèmes et de chansons de Léonard Cohen, c'est un peu le livre de mes dix-sept ans, et du premier été de Châteaudouble. Il est usé fatigué mais toujours là. Il m'a beaucoup accompagné au cours de mes pérégrinations dans des poches dans des sacs, toujours fidèle. Pendant des années, même si j'ai toujours été un piètre joueur de poker, j'imaginais que je pouvais être l'étranger de la chanson "it's hard to hold the hand of someone who is reaching for the sky just to surrender". Sa poésie, autant que ses chansons, me transportait. Celle-ci par exemple qui m'émeut toujours autant sans que je ne comprenne pourquoi et qu'il m'arrive de fredonner encore parfois. j'aimais la qualité de ses images, la beauté de ses métaphores. Je me souviens de son roman "The favourite game". J'aimerais bien le relire. C'est Delphine à qui je l'avais prêté qui l'a gardé. Enfin j'espère qu'elle l'a gardé. Je me rappelle aussi des pages de "The beautiful losers" où il évoque Catarina Tekawitha, cette jeune algonquin-mohawk qui bien des années plus tard, béatifiée par le pape Jean-Paul II, devint la première sainte indienne. je me souviens aussi que la veille de mon départ aux Philippines, où j'étais un peu angoissé à cause d'un attentat et des avions à prendre, j'ai vu le clip de "First we take Manhattan" à la télévision


Cela devait donc arriver. Il nous quitte au moment où le monde devient décidément bien laid, de plus en plus dépourvu d'intelligence de beauté et de poésie. There is no more music on Clinton street and that's no way to say goodbye.

mercredi 9 novembre 2016

The unbelievable truth


Voilà,
After nine eleven, eleven nine, la même sensation de catastrophe
entre ce nouveau cauchemar américain et le naufrage de l'Europe, l'accablement et  l'impuissance face au suicide des démocraties occidentales


Souvent j'ai l'impression que le monde est devenu encore plus délirant que les bandes dessinées de mon enfance


Sept ans hier que j'ai commencé ce blog. Comme il a changé le monde, en si peu de temps

lundi 7 novembre 2016

Un petit matin


Voilà 
Il y aura eu ce paysage comme imprimé sur la vitre d'un petit matin humide sur lequel s'achevait un doux séjour ensoleillé. Et dans l'imminence du départ tout se parait des couleurs de l'automne. La nuit pourtant avait fécondé de troublants panoramas. J'avais voyagé en compagnie de Pascal dans des trains improbables, des agglomérations incertaines. Je me souviens d'une ville hypothétique dans une Corse qui ne l'était pas moins. Au pied d'un lac la cité descendait en pente douce vers la mer. Des décorations de Noël ornaient les rues. Non pas des guirlandes électriques mais des fleurs de papiers et des anges en bois sculpté, qui évoquaient à la fois une atmosphère de sud italien et d'Andes péruviennes. Me revient aussi le souvenir de bars bondés alors que les rues semblaient désertes. Le lac tout en haut, son eau était orange. Cela me paraissait curieux qu'on eût construit la ville en dessous plus tôt qu'au dessus-de-lit celui-ci (je voulais juste écrire au dessus de celui-ci, mais mon ordinateur a fait ce facétieux lapsus que je garde). Le plus étrange tout de même s'avérait cette gare avec des trains ultramodernes peints en rouge comme autrefois les wagons du Capitole et qui étaient supposés nous mener jusqu'en Inde. Malgré ces incohérences le rêve s'est prolongé longtemps, avec la sensation résiduelle que jamais nous n'arrivions au bon moment, que les horaires ne correspondaient en aucune façon à ce qui était prévu. Ce qui est remarquable est que dans la réalité, une semaine plus tard, alors que j'avais rendez-vous chez Pascal, celui-ci, bien que présent chez lui, ne m'a pas répondu. Il m'a expliqué par la suite qu'il dormait et qu'il n'avait rien entendu. Peut-être cheminait-il dans les mêmes envers. Peu après le réveil, je me suis souvenu d'un autre paysage plus exactement d'un itinéraire idéal dans une île peut-être, permettant d'accéder à sa côte sud. Pendant plusieurs jours la vision de ces étapes m'a hanté. Avais-je rêvé cela voilà plusieurs mois plusieurs semaines ou était-ce quelque chose que j'avais visualisé parce que ce souvenir était évoqué par quelqu'un dans mon rêve ? Était-ce le souvenir d'un vieux songe enfoui que je me m'étais remémoré en rêvant ? C'est étrange cette sensation, comme s'il y avait plusieurs strates de mémoire à l'intérieur du rêve, comme si, même oubliés, ceux-ci se renvoyaient les uns aux autres.

vendredi 4 novembre 2016

Se préparer


Voilà,
difficile de se résoudre non pas seulement à l'idée mais aussi à l'évidence qu'il est nécessaire désormais de mettre ses affaires en ordre — au moins pour éviter de laisser un chaos à ma fille et à sa mère — ; se débarrasser des brouillons inachevés et des projets en friche qui dorment dans des classeurs, jeter les mauvaises photos ou bien celles prises pour composer d'hypothétiques collages qui jamais ne verront le jour.  Accepter d'envisager sa propre disparition comme une probabilité à plus ou moins brève échéance. Admettre sa condition de mortel et le fait que l'espace des possibles se réduit considérablement. Mais après tout, n'est-ce pas, entre autres, aussi pour cela qu'on nous enseigne la philosophie ? Alors ne pas procrastiner. Le temps est compté. C'est là que commence le deuil des illusions. Je ne serai désormais que ce que je suis, mais avec de plus en plus de difficultés et dans une précarité physique grandissante. Parfois je songe que c'est une forme d'abdication. Mais, apprenant la mort soudaine de certaines personnes plus ou moins proches et parfois bien plus jeunes, je suis bien obligé d'envisager que cela pourrait tout aussi bien m'arriver. Bien sûr je ne le souhaite pas. J'aime la vie. Malgré tout. En dépit du pessimisme. Malgré cette lucidité acquise dès l'enfance où j'ai perçu la réalité sous le prisme de la guerre, en Algérie puisque j'y étais. Il y avait là les attentats, les fusillades nocturnes sur la place du marché entre les différents mouvements indépendantistes, les égorgements qu'on appelait "sourire kabyle", et puis aussi plus tard, une fois revenus en métropole les récits d'expéditions et la fascination pour la guerre de mon géniteur : le soir à table il commentait celle que menaient les américains au Vietnam, et dont la télévision diffusait quotidiennement des images. La guerre donc, a fait de moi un être anxieux, aux abois souvent, en tout cas méfiant et sans grande inclination pour l'enthousiasme, circonspect dans la plupart des cas et plus enclin à la fuite qu'au combat. Mais j'aime pourtant ce que la vie peut offrir de douceur et de beauté. J'aime le rire joyeux des enfants sur les plages, j'aime la beauté des paysages, j'aime tout ce qui exalte les sens et suscite le plaisir, et je n'ai absolument aucun envie de m'effacer de ce monde. Mais je dois m'y préparer, c'est ainsi et il n'y a rien de dramatique à cela.

jeudi 3 novembre 2016

Avec la douleur


Voilà,
il y a une question en Afrique que les gens se posent quand ils se saluent : "Comment ça va avec la douleur ?" Je crois d'ailleurs que c'est aussi le titre d'un film de Raymond Depardon. Pour ma part j'apprends à m'en accommoder. J'entends la douleur physique. Je peux la nommer, la situer, considérer ses différents seuils d'intensité, la supporter plus ou moins. Elle est là, toujours présente comme un bruit de fond. Les médecins disent que c'est étrange car les examens ne relèvent rien de particulièrement alarmant. Parfois j'ai l'impression qu'ils ne me croient pas. Mais elle persiste cependant, accompagnée d'une grande fatigue. Je tangue au jour le jour, entre vergue et raban dans une sorte d´étourdissement qui rend la réalité extérieure incertaine, comme poreuse et friable. Je ne songe qu'à dormir pour me soustraire à cette sensation de délabrement progressif que j'éprouve de plus en plus souvent. Je pense parfois à Dominique, à cette fatigue qui avait été la sienne avant qu'elle ne tombe malade. Ce n'est peut-être que le changement de saison qui me fait ressembler à un terrain vague. Mais qui sait aussi l'effet de toutes les merdes ingérées respirées, tous les poisons que la pollution et les grands complexes agro-alimentaires et industriels ont mis dans mon corps. Alors je bois du jus de curcuma, je bouffe des pommes puisque paraît-il "an apple a day keeps the doctor away" et je fredonne  "Dans la vie faut pas s'en faire" de Maurice Chevalier en prenant l'accent de ménilmuche et en roulant les R.

mardi 1 novembre 2016

Lire à la plage


Voilà,
la douce lumière d'un paisible après-midi d'automne au bord de l'océan. Les vagues s'échouent avec nonchalance sur le rivage comme elles l'ont toujours fait quand la mer est calme. Quelque chose qui ressemble à la paix, à la sérénité. Bien sûr comme la plupart des images celle-ci est trompeuse. Mais on voudrait tant y croire. L'homme dans sa solitude studieuse est aussi une image du répit qu'on se donne face à la cruauté de l'époque. Autrefois il aurait eu un livre entre les mains. Aujourd'hui une liseuse kindle. Et moi je note ces quelques lignes, non au crayon sur un carnet, mais sur un smartphone avec lequel j'ai aussi pris la photo. 
Bientôt le soleil va disparaître de l'horizon. L'air déjà fraîchit. Une petite fille bâtit des châteaux de sable au bord de l'eau. Pendant quelques heures, l'inquiétude s'est tenue à distance, et c'est très bien. Considérer tant que c'est encore possible chaque jour comme une opportunité d'étonnements peut-être vouée à demeurer sans lendemain, tel est désormais mon programme. À la fois modeste et ambitieux, en ces temps de déroute et de chaos,  il en vaut toutefois bien d'autres.