Affichage des articles dont le libellé est Hauts-de-France. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hauts-de-France. Afficher tous les articles

jeudi 30 novembre 2023

Maison à Beauvais


Voilà,
"datant de 1410 cette maison est la plus ancienne de Beauvais. Installée dans le centre ville, et menacée de destruction, elle fut démontée puis remontée au pied de la cathédrale, par l'association "Maisons paysannes de l'Oise.  Construite en pans de bois et torchis, recouverte de tuiles plates, elle témoigne du paysage urbain qui entourait la cathédrale avant la destruction de la ville en 1940. Ce quartier se composait alors de rues étroites bordées de maisons à colombages conférant à Beauvais, cette image de cité médiévale tant appréciée des voyageurs du XIXe siècle", indique le site de l'office de tourisme de la ville.
 P.S. I don't understand why I can't leave comments under certain publications.

jeudi 12 janvier 2023

Une autre ville

 
 
Voilà,
le nouveau quartier Europe de Lille. Notre époque. Récents immeubles de bureaux aux façades clinquantes. Sont-elles adaptés aux changements climatiques à venir ? La tour d’habitations résidentielle pour catégories socioprofessionnelles supérieures. La grille de protection qui ferme la nuit. Le livreur uber en vélo, parfait représentant du lumpen-prolétariat de ce début de siècle. Les descendants d’esclaves devenus les nôtres. Comme si de rien n’était. Une belle matinée ensoleillée. Un temps froid et sec comme j’aime. Plaisir de marcher dans une autre ville. Pourtant un journaliste russe de la chaîne officielle a déclaré qu’il fallait rayer la France de la carte du monde. Jeff Beck est mort. Une comète s’approche qui sera visible à l’œil nu. La dernière fois qu’elle est passée à proximité, la terre était peuplée de chasseurs cueilleurs.

lundi 18 janvier 2021

Culture et Barbarie


Voilà,
dès lors que survient un attentat perpétré par des fanatiques se réclamant de l’islam — généralement, des crétins décérébrés manipulés par des fanatiques religieux sectaires —  il y a toujours un clampin qui se pique d'un discours opposant la barbarie à la culture. Ça me gonfle un tantinet. Les mêmes genres de connards existent chez les juifs les bouddhistes et les chrétiens. Ils sont tout aussi nocifs et pareillement cons. D’où ça sort cette idée ? Il me semble au contraire que la culture et la barbarie ont toujours fait bon ménage. Les exemples sont légions. Heidegger s'est très bien accommodé du nazisme. On faisait jouer aux déportés de la musique classique allemande à l'entrée de chambres à gaz pour accompagner ceux qui allaient y trouver la mort. Et encore, les nazis font, a posteriori, figures d'enfants de chœur quand on connaît le raffinement dans la cruauté dont les japonais, à la même époque, firent preuve en Mandchourie. Le Japon n'est pas une nation acculturée à ma connaissance. Je ne parle pas de toutes les horreurs commises au nom du christianisme et de la civilisation sur à peu près tous les continents. Et le peuple qui a produit des génies comme Dostoievski, Tolstoï, Tchekhov, Borodine, Tchaikovski, Rachmaninov, s'est, lors de la période communiste accommodé d'une tyrannie qui ne relevait pas exactement de l'idée qu'on se fait d'un comportement civilisé. Je ne parle même pas du gouvernement chinois dont on sait le sort qu'il réserve à ses opposants.
Évidemment, constater cela ne constitue en rien, une excuse quelconque pour des horreurs récentes.
Il faudrait aussi se rappeler bien des civilisations se fondent sur la barbarie. La judéo-chrétienne, comme les autres. Combien d'abominations décrites dans la bible, combien d'horreurs dans l'Iliade ?  Attaché au char d'Achille, le corps d'Hector traîné autour des remparts, constitue un bien joli moment d'ignominie — certes mise en poésie — qu'il me fut donné de traduire en cinquième alors que je n'avais que onze ans. Alexandre Vialatte dans une de ses chroniques rappelle que "à Rome les spectacles du cirque ne soulevaient aucune objection.(...) Pline, qui était l'homme le plus civilisé de l'époque et le plus scrupuleux aussi, trouvait à ces massacres un sens éducatif : ils habituaient les spectateurs au mépris stoïque de la vie ; mais il s'agissait de celle des autres". Quelle illusion d'imaginer que l'éducation et la culture seraient une garantie de nous préserver de la barbarie. D'ailleurs toutes les civilisations ont maintenu un certain attrait pour la barbarie.
Nos musées et même nos églises sont remplis de scènes horribles génialement peintes ou magnifiquement sculptées, et l'on pourrait multiplier les exemples à l'envi. Et que dire de l'idée républicaine telle qu'elle s'est développée en Europe ? Ne s'est elle pas construite sur quelques massacres et une longue période de terreur commandités par des gens qui connaissaient la philosophes des Lumières et s'étaient entichés de la Grèce antique ? Tout ça pour qu'advienne un général ivre de pouvoir qui se proclama Empereur, et se doubla vite d'un criminel pour exporter sa vision de la civilisation. Mais consolons nous les rois qui le précédèrent n'étaient guère plus vertueux. Ne parlons pas des européens ayant migré en Amérique du Nord et qui ont bâti une nation grâce à l'importation d'esclaves africains et au génocide des populations indiennes.
Croire que que l'éducation et la culture constituent une barrière me paraît bien naïf. Nos technocrates, qui ont grandi dans de belles familles cultivées, fréquenté les grandes écoles, ne sont pas avares d'actes barbares, non plus. Mais c'est une barbarie plus moderne plus sophistiquée qui s'exerce par procuration et demeure impunie. Empoisonner les travailleurs de l'amiante en connaissance de cause, favoriser l'épandage de produits hautement cancérigènes pour ceux qui les utilisent, polluer les nappes phréatiques au seul nom du profit, c'est une barbarie qui s'érige en norme et parfois même en morale : "nous préservons l'emploi". Elle procède aussi d'une croyance fanatique : celle de l'ultralibéralisme. Notre barbarie à nous est d'une autre nature. Elle s'accommode de l'indifférence autant que du sarcasme. 
Nombre d'activités accomplies quotidiennement et qui ne semblent pas prêter à conséquence ne sont possibles que grâce à l'exploitation de nouveaux esclaves rendus tels pour satisfaire nos besoins. On bouffe des tomates collectées dans les Pouilles par des clandestins privés de droits et corvéables à merci. Le cacao cueilli par des enfants exploités en Côte d'Ivoire utilisé pour confectionner de la crème au chocolat dont raffolent nos bambins, nous l'achetons quand même. En République démocratique du Congo, des enfants âgés de 10 ans à peine, s’enfouissent dans des trous guère plus larges que leur corps. Ils y passent des heures, à déterrer de minuscules morceaux de cobalt pour en faire des batteries de téléphone portable. Le tout pour 2 dollars par jour. Offrir un diamant
 probablement extrait dans une mine de Centrafrique conquise grâce à la corruption, des guerres, des massacres, avec leurs lots de mains coupées et d'enfants soldats sacrifiés, passe pour un geste qui fait toujours plaisir à qui le reçoit, paraît-il. 
Remplir de carburant le réservoir de sa voiture est un acte anodin qui suscite peu de questions. Souvent pourtant ce carburant est extrait dans un pays africain ou au Moyen-Orient, et constitue une manière de financer des familles et des gouvernements qui, avec cet argent, gardent des millions d'êtres humains dans l'asservissement et la pauvreté. 
Faut-il aussi parler de toutes ces personnes que nous forçons à émigrer, à mourir, à s'appauvrir, puisque, avec notre confort, nous avons réchauffé la terre, causant des désertification et des inondations.
Et moi aussi je suis barbare. Parce que pour être honnête, j'y pense et puis j'oublie. Je sais que ça existe mais qu'y puis-je ? Bien sûr je signerai des pétitions, je pourrais apposer le petit émoticône qui fait Grrr au bas d'une notifications facebook. Mais force m'est d'admettre ma complicité, et que somme toute ne cela me préoccupe pas tant que ça, en tout cas beaucoup moins que la précarité grandissante dans laquelle je me trouve, et l'incertitude où me tient l'approche de la vieillesse. Tout au plus puis je, avec un cynisme désabusé, m'autoriser le luxe de ces contradictions, faute de mieux. (Linked with our world tuesday)

jeudi 5 novembre 2020

Je connais de grandes stagnations



Voilà,
 Je connais de grandes stagnations. C'est dans mon âme même que je stagne. Il se produit en moi une suspension de la volonté, de l'émotion, de la pensée, et cette suspension dure des jours interminables ; seule la vie végétative de l'âme – la parole, le geste, l'allure – peut encore m'exprimer aux autres et, à travers eux, à moi-même. ( Fernando Pessoa in " Le Livre de l'Intranquillité)
Linked with skywatch friday

lundi 26 octobre 2020

Lumière d'Automne


 Voilà,
 hier au cinéma (car les cinémas sont encore ouverts pour le moment) j'ai vu la bande annonce du film de Viggo Mortensen "Falling". Deux répliques m'ont particulièrement réjoui : "Quand un type de mon âge se dit qu'il a envie de pisser, c'est qu'il l'a déjà fait" et "le paradis ne veut pas de lui et l'enfer nous l'envoie". il ne m'en faut pas plus pour faire ma journée, ces temps-ci. Et aussi ce petit bonheur du jour : En ouvrant ma fenêtre (car il est très important d'aérer pour combattre le virus), à la fenêtre d'en-face, de l'autre côté de la rue, j'ai aperçu une jeune femme avec son copain dans la cuisine de l'appartement de ses parents. Elle m'a fait un petit bonjour de la main. Je me suis dit que cela devait une des filles que, de chez moi, j'ai vues grandir autrefois, dans cette maison sans jamais les connaître. Elles ne viennent plus très souvent, car elles doivent habiter dans une autre ville ou un autre pays. Je les ai aperçues adolescentes, essayer des looks différents, amener des potes chez elles, et devenir des femmes... Et puis à la réflexion, j'ai réalisé qu'il devait plutôt s'agir d'une fille de ces filles... Eh oui, le temps passe vite.
En attendant c'est l'automne et aujourd'hui la lumière est aussi belle que la semaine dernière à Chantilly. 
(linked with skywatch friday)

mardi 20 octobre 2020

Du côté des étangs de Commelles

  
 

Voilà,
c'était bon d'aller prendre l'air hier, à quelques kilomètres de Paris, du côté du domaine de Chantilly, aux étangs de Commelles près du château de la reine Blanche. Bon de marcher en bonne compagnie, de s'abstraire un moment de l'ambiance délétère qui plane sur ce pays, en raison de ce crime horrible commis par un fanatique islamiste contre Samuel Paty un professeur d'Histoire. Mais je n'étais pas aussi détaché que j'aurais voulu l'être. Je repensais à ce texte, lu le matin-même sur facebook, écrit par un certain Alexis Poschke et que je reproduis là in extenso (Linked with my corner of the world)
 
 "Il y a ce moment que craignent tous les enseignants dès lors qu’ils s’aventurent en-dehors de leur maigre zone de confort, à l’occasion d’un repas de famille, d’un verre avec des inconnus : ce moment que votre métier, que bien souvent vous faites par passion, parce que vous avez une vocation, en est réduit à de vagues préjugés : pour les uns, vous êtes au mieux un fainéant, au pire un lâche, et il s’agit de vous situer sur le dégradé de la planque. D’autres vous disent, croyant vous faire plaisir, qu’ils ne pourraient pas faire votre travail quand ils apprennent que vous enseignez en banlieue, puis déroulent un chapelet de préjugés sur vos élèves, ou alors remettent en question le bien-fondé de vos séquences si patiemment préparées, pensant secrètement mais sans vous le dire que vous êtes un idiot. À ce moment, vous savez que la soirée est gâchée. Tout en vous mordant les joues, vous apprenez à ne plus réagir que lorsqu’on attaque vos élèves : pour vous-même, c’est peine perdue ; parfois obtient-on, à la rigueur, un petit : « toi, c’est différent », semblant de compromis qui permet de clore un débat qui n’a pas vraiment eu lieu. Le mépris, c’est l’ordinaire des enseignants. Et puis, le mépris, c’est visqueux, c’est contagieux. À la fin, tout le monde se sent en droit de vous faire la leçon.
 
À la vérité, je crois que si les enseignants ont cette habitude de se marier entre eux, c’est parce qu’on ne vous comprendra jamais plus exactement dès lors que vous avez commencé à faire cours. Ce qu’il se passe dans une salle de classe est si complexe, subtil, que tous ceux qui en parlent à votre place vous agacent. Devenir enseignant, c’est devenir incompris dans un monde qui croit savoir mieux que vous ce qui fait votre quotidien, et ce que vous devriez dire, faire, enseigner. Les uns vous reprochent vos vacances, d’autres votre lâcheté supposée, et d’autres encore la teneur de vos cours. Que s’imaginent-ils ? Qu’on entre dans la fonction publique comme dans un grand lit douillet et qu’il n’y a plus qu’à y faire ce qu’on veut ? Le plus souvent, c’est simplement agaçant ; parfois, quand d’aucuns se sentent en droit de s’offusquer, c’est une porte ouverte au pire. C’est aussi le début d’une tragédie.

J’ai lu depuis hier bien des horreurs à propos de l’assassinat atroce de Samuel Paty. J’ai lu par endroits d’odieux commentaires qui osaient lui reprocher d’avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. Des larmes de rage me sont à nouveau montées aux yeux, venant ajouter plus d’horreur encore à l’horreur. L’accuser de cela, c’est ça le lit douillet ; il consiste à dire : le problème est réglé, puisqu’il venait de lui. Ces reproches sont des coups portés à sa mémoire, et à l’honneur aussi de ceux-là même qui les portent. Ils éclaboussent de honte ceux qui les tiennent.

Ils sont évidemment nombreux, les enseignants – et j’en suis – à aborder des sujets de société en classe. À l’occasion d’une remarque qui fuse, et qui nous pousse à interrompre le cours, parce qu’il faut faire un peu de ménage, parce qu’il y a des choses qui moisissent sous les crânes, des intolérances de tous bords qu’il faut pêcher dans les têtes pour les jeter au centre de la salle, et les voir se débattre et s’asphyxier, comme des poissons sur le pont d’un chalutier. Après un drame, aussi, quand les enseignants, parfois endeuillés eux-mêmes, doivent gérer une émotion qui les dépasse, mais qu’il n’y a qu’eux à la barre. Alors, pour un instant, ils deviennent des « héros », et on les pare d’attributs dont ils ne veulent pourtant pas, ils veulent surtout des classes moins chargées, et dont on parait aussi les soignants il y a quelques mois – ça ne coûte rien, des mots. Le mêmes qui n’avaient que du mépris pour le corps enseignant se rangent avec eux, et déguerpiront dès que l’actualité sera différente pour se ranger ailleurs, comme des pénibles lors des alarmes incendie.

Il faut parfois du courage, croyez-moi, pour tenir face à une classe qui déborde de questions, dont certaines sont de nature à vous heurter ; non pas que les élèves veuillent vous bousculer pour voir comment vous allez tomber, mais ils veulent parfois simplement éprouver un discours qu’ils avaient, le confronter au vôtre, celui de l’institution. Lorsqu’ils font ça, je me dis qu’on avance tous ; je préfère entendre des horreurs pour pouvoir ensuite en discuter qu’abandonner mes élèves à des discours d’intolérance. Il faut parler, de tout, d’absolument tout, dès lors que le besoin s’en fait sentir. Évidemment qu’il faut parler de la liberté d’expression. Évidemment qu’il ne faut pas avoir peur d’aborder un sujet, quel qu’il soit. Ou l’on crée des générations qui pensent que la Terre est plate, que l’évolution n’est pas scientifique, que tout brûle sauf le Coran, que quelque part on organise un « grand remplacement », que le génocide arménien n’a pas existé, et même que les sirènes, elles, existent. Figurez-vous que nos élèves ne sont pas les imbéciles qu’on croit parfois, qu’ils sont capables de débattre et de discuter, de se remettre en question, de réfléchir. S’interdire des sujets, c’est insulter leur intelligence, et oser les heurter, c’est une manière de respect.

La laïcité – mot que l’on trempe dans toutes les sauces – ne signifie pas, comme j’ai pu le lire, que la religion n’a pas sa place à l’école : elle l’a, au sein des programmes. Le monde contemporain ne serait pas ce qu’il est sans l’apport des monothéismes. On ne peut le comprendre sans comprendre les religions du Livre. Il faut toujours questionner la religion, et ça n’est pas un manque de respect que de le faire, ça n’est pas non plus une agression. Notre travail, c’est de donner aux élèves des rames pour avancer dans le monde que d’autres ont préparé – ou détruit, question de point de vue – pour eux, de les pousser à la réflexion. Je dis souvent à mes élèves qu’une idée, si forte soit-elle, si convaincu soit-on qu’elle est inattaquable, ne vaut rien tant qu’on n’a pas eu à la défendre par des arguments ; qu’il faut toujours chercher à l’attaquer par soi-même pour voir si elle tient debout, si elle a des failles, et qu’on en sort toujours gagnant, soit qu’on saura mieux défendre ce qu’on avait pensé sans savoir pourquoi, soit qu’on aura laissé tomber une pensée qui ne valait rien, ou qui ne nous allait pas. Un vrai débat ne fait que des gagnants, et tout ce qui est gagné autrement que par des arguments est en fait perdu.

L’esprit critique, c’est un cadeau que l’on fait à nos élèves. C’est un beau cadeau, peut-être la plus jolie chose qu’on puisse leur donner, parce qu’une fois qu’on l’a, on ne le perd pas de sitôt.

Il faut tenir bon et continuer de questionner le monde par tous les moyens ; il ne le faut pas par posture, pour faire les gros bras, mais il le faut parce qu’ils le méritent. Parce que nos élèves ne sont pas les hordes sauvages que nous décrivent les éditorialistes mais des êtres pensants, curieux, subtils, ambitieux aussi. Il faut toujours tout questionner. Samuel Paty avait indiscutablement raison de le faire.

Un homme hier parce qu’il croyait en l’intelligence et en l’esprit critique, a été décapité, en quittant son collège, par un lâche qui n’avait en manière d’argument qu’une lame. Comment en est-on arrivé là ? Je ne suis qu’enseignant, je n’en sais rien, je ne sais parler que de ce que je connais, pour le reste, je n’ai que des larmes. Je garde pour ailleurs ma colère et ma rage et mes cris étouffés. Pour demain, aussi, pour la place de la République qui peut-être en a assez de nos cris, et qui se demande pourquoi ils ne cessent pas, pourquoi on n’a pas réussi à faire en sorte qu’on puisse ne plus crier, ne plus pleurer. Je me le demande aussi, et la question me tourne dans la tête. Mais je ne suis qu’un enseignant, et nos épaules à tous sont lourdes ces temps-ci.

Aujourd’hui, je pense à mes élèves, et je regrette d’être en vacances ; j’aurais voulu être là pour eux lundi, pour faire ce qu’il faut faire de toutes les choses traumatisantes : en parler. Défaire les nœuds de la pensée, les aider à y voir plus clair, leur dire que les méchants, c’est pas eux. Ils vivront peut-être certains discours comme des attaques dans les jours à venir, parce qu’il est si facile d’écrire « musulman » sur une boîte et de mettre tout le monde dedans. Je pense aussi à cette petite fille, j’espère que ça ne vous choquera pas, dont on a jeté l’identité sur internet, et à la culpabilité qui va l’étreindre. Je pense aux élèves à qui les charognards de l’information ont tendu des micros pour abreuver leurs journaux. Je pense plus particulièrement aux élèves de Samuel Paty, je pense à eux maintenant et à eux plus tard, j’espère qu’ils seront entourés dans les jours à venir.

Et je pense avant tout à Samuel Paty et à tous ceux qui l’aimaient.

M. Paty, je ne vous connaissais pas, mais je vous pleure aujourd’hui. J’aurais voulu que tout le monde puisse recevoir l’esprit critique que vous vouliez offrir à vos élèves.

Moi, aujourd’hui, je n’ai que des larmes à vous offrir, à offrir à votre mémoire et à ceux qui vous connaissaient, et la promesse de ne pas vous oublier."

je songeais à de récentes conversations tenues il y a quelques semaines avec des gens pourtant estimables, avec D. avec A.  qui trouvaient que les enseignants avaient tort de se plaindre, "qu'ils avaient quand même des avantages", qu'ils étaient protégés et trop souvent à récriminer et qu'ils étaient quand même très privilégiés avec beaucoup de vacances. Et je me demandais, en regardant le paysage si ces conneries leur revenaient en mémoire. S'ils imaginaient la concentration que cela requiert et la fatigue qui en résulte et que c'est désormais un métier où l'on risque de plus en plus sa peau.
Ce sont des temps très mélancoliques que je traverse. Et je ne suis pas le seul. Bien sûr l'automne y est pour quelques chose, de même que la recrudescence des cas de covid, mais aussi cet état permanent de tensions sur les ondes, les réseaux sociaux, cette culture du clash et de l'invective, qui se substitue à la pensée, et cette impression tenace qu'on ne fait que s'enfoncer un peu plus chaque jour dans une sorte de chaos... Heureusement, il reste les petits bonheurs, même s'ils viennent de loin, ces choses futiles qui parfois aident à ne pas pleurer, comme la victoire des All Blacks contre une valeureuse équipe australienne chez eux devant un stade comble, dans un pays dirigé par une femme aimée de son peuple et triomphalement réélue parce qu'elle a su, dans l'adversité faire preuve de pragmatisme d'intelligence et d'humanité.

 
Et puis aussi cet incroyable composition de Sonny Clark interprétée par des musiciens d'exception, entendue à la nuit tombante sur l'autoroute, au retour, après une après-midi de marche. Et les beaux paysages du parc et du château de Chantilly, que je publierai ultérieurement si tout va bien.
 

vendredi 2 octobre 2020

Ruminations amiénoises

 
 
Voilà,
avant-hier dans une des salles du cinéma "les sept parnassiens" récemment rénové, on projetait l’excellent film de David Dufresne intitulé "Un pays qui se tient sage" consacré aux violences policières à l'encontre du mouvement de protestation des gilets jaunes apparus il y a deux ans bientôt. 
Beaucoup d'images difficilement soutenables prises à partir des smartphones des manifestants y sont montrées. André Gunthert a écrit des choses fort interessantes à ce sujet. Donc le film "confronte diverses personnalités aux récents dérapages de l’institution pour de fructueux dialogues" comme le rapporte son éminence "Le Monde". Des séquences crues, brutes et brutales donnent de la police une vision peu rassurante et particulièrement honteuse. Elles alternent avec des commentaires et de réflexions de personnalités d'horizons différents (avocats, ethnographe, historiens, représentant du syndicat de la police "Alliance", manifestants ayant subi des mutilations suites à ces interventions). Ensemble elles questionnent la notion de la violence légitime de l'Etat, telle que l'a définie le sociologue Max Weber, au début du XXème siècle. 
Des analyses assez fines et complexes de la situation dans laquelle se trouve notre pays, sont ainsi partagées. Elles attestent aussi l’état de dégradation de l’institution policière, instrument d'un pouvoir aux abois, qui ne trouve d'autre réponse au mécontentement légitime de sa population qu'une répression  sans discernement.
Mais revenons à cette soirée.  Ce cinéma accueille habituellement un public de la moyenne bourgeoisie intellectuelle. Pour faire simple celle qui lit "Télérama", "Le Monde", "Libération" ou "Les Inrocks". Cependant  dans la salle se trouvent quelques ardents supporters des gilets jaunes, venus en famille et en groupe. Leur comportement contraste avec la discrétion feutrée dont font ordinairement preuve les habitués de l'endroit. Avant la projection ils parlent fort, commentant ce qu'ils voient, peu soucieux du dérangement possiblement causé.
Très vite, à peine le film commencé avec l’apparition de victimes ayant perdu un œil à cause des tirs tendus de LBD, fusent des manifestations d'indignation et des invectives à l’égard de la police, redoublant lorsque apparaît à l'écran Macron aussitôt traité de "pédé", "enculé". Visiblement les codes du lieu ne leur sont pas familiers. Pas plus que la notion d'insulte homophobe. Ils réagissent au premier degré, sans distance. Mais le film raconte quelque chose qu'ils ont vécu, qu'ils ont vu. Peut-être est-ce là aussi le grand événement de leur vie, l'ivresse d'un sentiment collectif et partagé qui est réactualisée là, en même temps que leur ressentiment face dédain dans lequel ils se sentent relégués.
Je sens bien là qu'entre ceux qui manifestent  — pour la plupart victimes du déclassement, de la violence économique exercée par le pouvoir, France des provinces délaissées, des banlieues défavorisées, des espaces périurbains, majorité silencieuse qui ouvre enfin sa gueule, mais aussi parfois France frustre, peu cultivée, abêtie par les émissions de télé-réalité, (je la connais bien j'en viens) Cyrille Hanouna et Eric Zemmour, mais que l'Etat laisse crever la gueule ouverte, français asphyxiés qu'on méprise  et la première forme de mépris, c'est bien la télévision qui l'exerce à l'égard de citoyens transformés en consommateurs — entre eux donc et le public de cette salle, sûrement composé en majorité de bourgeois intellectuels, d'étudiants, de retraités, attentifs à la parole d’autres intellectuels qui  sur l'écran citent Foucault, Hannah Arendt,  Guy Debord, Bourdieu, la gauche bien pensante quoi, la coupure est manifeste. Pourtant...
je comprends la colère de tous ces gens, même s'ils ne sont pour la plupart pas des amis des arts et des lettres, avec lesquels je n'ai sans doute pas beaucoup d'affinités, qui sûrement doivent me considérer comme faisant partie de l'élite pourrie, parce que je connais le langage de l'élite sans pour autant en être.
Je suis effaré par le manque de considération de ceux qui sont en charge des affaires à l'égard des citoyens, devenu des variables d'ajustement du marché. Je suis consterné par le silence et la condescendance des élites intellectuelles à l'égard des foules de prolétaires (qui ne s'autodésignent plus comme ça), de classes moyennes en voie de paupérisation, de chômeurs, précaires, travailleurs intérimaires qui manifestent colère et inquiétude et auxquels le pouvoir ne répond que par la force et l'intimidation. Je suis consterné devant le climat délétère qui règne dans les plus hautes sphères du pouvoir ou des clans affairistes et semi-mafieux sont couverts par le chef de l'État sans que cela ne suscite de scandale. Je suis affligé de voir comme la presse et les médias, à quelques rares exceptions près, sont muselés par le pouvoir politique et financier. Je suis sidéré du comportement de ces anciens socialistes aujourd'hui au gouvernement qui font voter des lois liberticides sans précédent depuis la fin de la guerre d'Algérie. Enfin je suis navré du pitoyable spectacle offert par l'opposition de gauche et par son tropisme suicidaire. 
 Il y a plusieurs mois j'avais brouillonné ces lignes. Elles me paraissent encore d'actualité. Et la crise sanitaire où les premiers de corvée dont on a pu apprécier la nécessité autant que l'abnégation, d'ailleurs misérablement récompensée, alors que les "premiers de cordée" ont fait preuve d'une grande incompétence cependant gratifiée par des promotions (Agnès Buzyn, en est le parfait exemple), cette crise sanitaire n'y a rien changé bien au contraire. Aujourd'hui elle nous musèle un peu plus que ne l'avait fait le projet de loi du 3 octobre 2017 introduisant l'état d'urgence dans le droit commun. Mais ses implications économiques, mettant des millions de gens au rebut, ne seront vraisemblablement pas sans conséquences. Des colères s'additionnent sans rapport entre elles, dont l'agrégat constitue une bombe à retardement. Ils sont de plus en plus nombreux les gens qui bientôt n'auront plus rien à perdre. 
Dans la grisaille automnale des rues d'Amiens où a grandi notre actuel président, (mais Dorgelès y est né, Jules Verne y vécut et y mourut) au pied de cette majestueuse cathédrale à l'intérieur de laquelle pleure un angelot, je songeais à tout cela et aussi au fait que j'aurais bien besoin d'un ange en ce moment, comme celui-ci musicien ou plutôt celui-là, déguisé en libellule, qui m'était un jour apparu dans une rue de Lisbonne. (linked with skywatch friday)  (linked with weekend reflections)
 

samedi 27 avril 2019

Le Général et son épouse


Voilà,
c'est aujourd'hui le cinquantième anniversaire de la démission du général De Gaulle après le référendum perdu de 1969. Il mourut un an et demi plus tard, période durant laquelle il avait entrepris ses "mémoires d'Espoir" demeurés inachevés. Je me souviens avoir appris son décès alors que j'étais en troisième. Quelqu'un (un autre prof ou un surveillant) était rentré dans la classe pour l'annoncer au creux de l'oreille à Monsieur Brunel notre prof de français qui avait esquissé un petit sourire. J'avais entendu car j'étais au premier rang et mon pupitre était collé contre l'estrade. Je me rappelle aussi que j'avais vu une partie de ses obsèques sur un écran de télévision au rayon électroménager du Bon marché, qui était encore à l'époque un magasin populaire. J'ai très tôt et très bien su imiter le Général De Gaulle. Quand j'étais petit en Algérie, et encore maintenant. Je suis très bon aussi pour imiter, Jean-Luc Godard et François Mitterrand, mais c'est une autre histoire. La statue je l'ai photographiée en décembre 2015 à Calais. Je crois que Madame De Gaulle (celle que "Le canard enchaîné "surnommait "Tante Yvonne") était originaire de cette ville. 
Je me souviens aussi de ce rêve fait autrefois au siècle dernier dans les années 80, et que j'ai retranscrit. Le voici : "une fois, j'ai rencontré le général De Gaulle et sa femme, assis, parmi de rares voyageurs tout au fond d’un wagon de train de banlieue. Personne d’autre que moi ne semblait les reconnaître. Yvonne avait le chignon chancelant, elle semblait préoccupée, et comme bien des vieillards en voyage, paraissait un peu égarée. Sans doute ai-je une mine qui doit inspirer confiance, car elle s’est approchée de moi et m’a fait part de son inquiétude. Elle se demandait si la station où ils devaient descendre n’était pas déjà passée. Je lui ai répondu que c'était la prochaine et que je lui ferai signe. Lorsqu'ils se sont dirigés vers la sortie j'ai regardé les mains du grand vieillard. Je voulais savoir à quoi ressemblaient ces mains qui avaient fait l’histoire. Il a dû s’en apercevoir car, d’un geste auguste et détaché il a tendu la droite sans mépris ni affectation. Alors je l‘ai serrée en silence, puis il est descendu". Linked with the week-end in black an white)

lundi 12 décembre 2016

Un dimanche après-midi dans le Nord de la France


Voilà,
cette photo prise il y a maintenant dix ans je ne peux la regarder sans une certaine mélancolie. Je trouve pathétique l'image de ce jeune homme jouant devant un parterre de vieux. C'était le 70 ème anniversaire de Christian qui n'était déjà plus très vaillant. Je crois d'ailleurs que je l'ai vu pour la dernière fois à cette occasion. Tout un pan de ma vie s'effritait lentement sans que je puisse y faire quoique ce soit. Je me souviens que la veille un automobiliste fou aurait pu faire un carnage sur la bretelle d'autoroute et avoir alors éprouvé le sentiment de l'avoir échappé belle. Quand j'ai pris cette photo, j'avais la tête ailleurs. La peur - une peur ontologique - qui m'avait, quelques années auparavant, saisi et dont je ne m'étais pas caché, que j'avais extériorisée, nommėe, mais qui tout de même avait été surmontée, puisque je ne m'étais pas défaussé, que je n'avais pas fui, que je faisais face, et que j'assumais mes responsabilités et ce rôle pour lequel je n'étais pas fait, dans lequel je ne m'étais jamais projeté, cette peur on me la reprochait encore cinq ans après, au lieu de reconnaître que je m'étais transformé. Et là j'en avais ras le bol. Ailleurs je redevenais désirable, sans qu'on ne me reproche rien. Si j'avais été capable de jouer de la guitare comme ce jeune homme, j'aurais alors interprété "Hey bulldog" des Beatles juste pour la phrase "you don't know what it looks like to face to your fears"

mercredi 24 février 2016

Les Bourgeois de Calais

Grues sur le port de Calais
Voilà,
la première fois où j'ai entendu parler de Calais, c'était en cours d'histoire, avec l'épisode des bourgeois qui se rendent pour sauver la ville. Je rappelle l'affaire  en citant wikipedia : "en septembre 1346, Édouard met le siège devant la ville de Calais dont la garnison commandée par le chevalier Jean de Vienne résiste héroïquement à l'armée du roi d’Angleterre. Après onze mois de siège, la cité affamée négocie sa reddition. Édouard III, fatigué et énervé par la longue résistance calaisienne, accepte que six bourgeois lui soient livrés afin d'être exécutés. C'est à ce prix qu'il laissera la vie aux habitants toutefois contraints de déserter leur ville une fois les Anglais arrivés. Son épouse Philippa de Hainaut parvient cependant à le persuader d'épargner la vie de ces six malheureux, désespérés, venus devant le souverain en chemise, la corde au cou, les clefs de la ville et du château en mains. Par ce geste d’amour chrétien, Édouard épargne la vie d’Eustache de Saint-Pierre et de ses cinq compagnons d'infortune devant une reine en pleurs. Calais devient anglaise le  et le demeure jusqu’au  lorsque Henri II de reprend la ville à Marie Tudor"


illustration extraite de "L'Histoire de France racontée à tous les enfants"

Une célèbre statue de Rodin, illustre cet événement, qui suggère à la fois le courage, le sacrifice, la piété chrétienne, le sens du pardon et de la charité. Oui, le roman historique de l'Ecole républicaine exaltait aussi ces valeurs qu'elle désignait ainsi comme constitutives de l'esprit de notre Nation. Aujourd'hui ce qui caractérise ce pays, c'est que ses dirigeants se gargarisent de l'énoncé des grands principes, sans agir conformément à ceux-ci, mais c'est une autre histoire. 
Plus tard, au milieu des années soixante dix, Calais était surtout l'endroit d'où l'on embarquait à bord du Ferry en partance pour Douvres. On croisait dans les rues des hordes d'Anglais ivres et pas toujours sympathiques, mais les commerçants étaient contents ça faisait marcher le commerce. Depuis quelque temps l'évocation du nom Calais a quelque chose de triste et de sinistre. C'est un lieu de fracture de notre histoire contemporaine. Les gens qui vivent dans cette petite ville sans grand charme à part son beffroi, se retrouvent comme autrefois leurs ancêtres de "la guerre de cent ans" dans la tourmente de l'histoire et les tumultes du monde. Le XXI ème siècle sera celui des grands exodes, des pauvres vers les contrées riches. Dans un monde où selon l'organisation OXFAM, 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale on ne peut s'étonner que de grands bouleversements sont amenés à se produire. Pourtant sur place des réseaux de résistance de soutien d'entr'aide s'organisent. et ce ne sont pas les plus riches qui paient de leur personne.

dimanche 21 février 2016

Trouver du réseau


Voilà,
sur ce remblai deux hommes recherchent un peu plus de réseau pour leur téléphone portable. Derrière, en contrebas une vie précaire et provisoire s'est, depuis quelques mois, organisée en un village devenu de plus en plus vaste de planches et de bâches. À cette frontière, au bord d'une mer froide et sans vagues mais parcourue de dangereux courants, respirant un air toxique à cause des usines chimiques alentour, des réfugiés ayant fui les guerres du Darfour, d'Érythtrée, d'Afghanistan, d'Irak, de Lybie, de Syrie, d'Afrique centrale et tant d'autres encore ont échoué là dans l'espoir de se rendre en Grande-Bretagne pour un jour y trouver du travail. Tout autour de cette population en majorité constituée de jeunes adultes ont été érigées de hautes barrières métalliques surmontées de barbelés afin de barrer les accès à l'autoroute, au port, aux aires de parkings des poids-lourds, aux voies ferrées, aux usines situées non loin. On croise parfois dans les parages des policiers lourdement armés, en faction. Google street view ferait bien d'ailleurs de réactualiser ses panoramas qui ne correspondent plus en rien à la réalité actuelle.


Ces paysages se multiplient dans le monde entier. Ici, les conditions d'hygiène sont déplorables, intolérables dans un pays qui pourtant prétend être civilisé. Il y a une volonté politique évidente de rejeter ces gens. Je suis sûr que bien des dirigeants de ce pays pensent que la solution serait de les balancer à la mer ou les gazer. Bientôt on va les parquer dans des containers par groupe de dix. On va organiser la concentration de ces migrants. C'est à cela sans doute que ressemblera notre futur. D'un côté, une minorité de nantis surprotégée et paranoïaque avec des armées et des polices à leur service, de l'autre une population de déshérités sous-alimentés, confinée à l'intérieur d'enceintes plus ou moins salubres. Cette "jungle" de Calais compte environ 3500 migrants qu'une soit-disant grande nation comme la notre est incapable d'accueillir et d'héberger décemment. La Grèce, que les puissances européennes et bancaires ne cessent d'humilier, d'asservir recueille pourtant depuis des mois plus de 5000 migrants par semaine. 

mardi 30 juillet 2013

Grande-Synthe


Voilà,
Nous étions partis vers le Nord, et pour moi, c'était un truc vraiment étrange et nouveau de prendre cette direction en plein été, et même tout simplement de prendre cette direction. Cette jeune femme allait me présenter à sa famille, apparemment elle y tenait. Auparavant nous avions passé quelques jours à Leffrinckoucke. Il me paraît aussi improbable désormais de retourner à Leffrinckoucke qu'à Karachi, (je me demande si ce n'est pas la première fois que je mets autant de K dans une phrase en français), mais bon j'ai bel et bien passé quelques jours à Leffrinckoucke. Un après-midi nous sommes allés faire un tour à la Grande-Synthe dans la zone industrielle de Dunkerque où j'ai pris ce cliché. J'aimais bien sa façon de s'habiller en ce temps. Ce pantalon d'été à bretelles lui donnait un genre bohème qui lui allait à ravir. Elle avait le corps d'un petit Fragonard et la tête de Bibi Fricotin. Nous avions peu de choses en commun au fond, sauf un intérêt partagé pour le rugby, et que nous travaillions dans des secteurs d'activité voisins. On s'entendait pas mal alors. Comme deux bons copains. Au fond, c'est comme ça qu'on devrait toujours s'aimer, comme deux bon copains, ça serait tellement plus simple. En tout cas je me souviens avec bonheur de ces fois où nous partions ensemble en voyage. Elle était très organisée. Oui, ce sont des doux souvenirs. Et puis peu à peu on a fini par ne plus se comprendre au point qu'aujourd'hui, il est impossible de se parler sans un certain embarras. Tant de choses que nous n'avons su nous dire et qui ont suppuré. Pourtant cette femme, sans doute plus qu'aucune autre, a fait de moi — à mon corps défendant — un autre homme, et de cela je lui serai toujours reconnaissant. Bien sûr, à l'époque où j'ai pris cette photo, je ne l'imaginais même pas. Mais ça c'est une autre histoire.... 

Publications les plus consultėes cette année