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dimanche 3 août 2025

La Joie

 
Voilà,  
l'humanité est un organisme parasite qui vit à la surface de la terre. Elle y a bâti de plus ou moins complexes édifices qu'elle peint parfois ou bien couvre de photos ou encore souille de graffiti. De temps à autre elle s'interroge sur le sens de son existence. Tout en saccageant l'écosystème dans lequel elle a prospéré, elle peut à l'occasion échafauder de subtiles théories sur l'origine de l'univers. Depuis quatre-vingts ans, elle a en outre, développé la capacité de s'autodétruire. J'ignore quel est le plan de la Nature concernant cette étrange entité. Rien d'ailleurs ne dit que la Nature ait un plan. Il est possible que cela ne soit qu'un enchevêtrement de contingences qui dure depuis quelques milliards d'années. Pourquoi dès lors, chacun fait-il de son existence une telle affaire ? La vie, somme toute, n'a aucune obligation à notre égard. Pour échapper aux questions et aux tourments qui nous accablent parfois, il nous a été offert l'opportunité de la joie. Un philosophe a dit qu'elle nous permet de résister à tout ce qui est abominable et qu'il faut la faire grandir pour qu'elle touche le plus grand nombre de personnes. Ce serait, selon lui, le seul moyen de supporter collectivement la difficulté. À cause d'une insupportable douleur physique, ce philosophe a tout de même fini par se suicider. Qu'en tirer comme conclusion ? Que c'est bien le corps qui détermine essentiellement notre identité en ce bas-monde. Ils ont bien raison ces deux-là d’exulter dans les bras l’un de l’autre.
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mercredi 9 juillet 2025

Autrefois l'insouciance

 
Voilà,
c'était il y a dix ans. La plus grande nation occidentale n'était pas encore gouvernée par un malade mental complètement sénile. C'était même quelque chose d'inenvisageable. Elon Musk, quant à lui était encore un jeune entrepreneur "une sorte de gourou, un porteur de rêves qui aime se lancer des défis disait on de lui dans les gazettes. Les entreprises Paypal, Space X, Tesla, le projet Hyperloop... Autant de défis lancés ou relevés par celui qu'on considérait comme un entrepreneur génial bien que déjà controversé. Après un premier succès économique dans les années 2000 avec la revente de l'entreprise Paypal, Elon Musk s'était lancé dans le challenge technologique en pariant sur la voiture électrique avec la firme Tesla : «Je veux démontrer que la voiture électrique est la voiture la plus prometteuse de monde !», confiait-il alors. À l'époque, son projet c'était Hyperloop. Lancé en 2013, il rêvait au voyage ferroviaire à très grande vitesse avec une ligne reliant Los Angeles à San Francisco en moins de trente minutes. C'est à cette époque aussi qu'il lançait Open AI dont l'Objectif affiché était de développer des technologies d’intelligence artificielle et de les mettre à disposition de tous, pour qu'elle bénéficie à l'humanité « En tant qu’organisation à but non lucratif, notre but et de créer de la valeur pour tout le monde, plutôt que pour des actionnaires », pouvait-on lire dans le texte de présentation, sans réaliser à quel point cette nouvelle technologie serait gourmande en énergie.
Dix ans à peine, depuis cette photo sous le ciel bleu de Madère ; cela me paraît si loin, presque irréel. Ce n'est pas que les choses allaient particulièrement bien à l'époque, mais comparées à maintenant, c'est sans mesure. Ce qui est stupéfiant, c'est l'impression d'une inéluctable accélération vers le pire, dont on ne connaît pour le moment pas la nature exacte. 
On est désormais dans le temps de la force désinhibée, comme jamais peut-être auparavant. Au regard de la puissance de destruction dont l'humanité dispose, on ne peut que s’en inquiéter. Surtout quand la bêtise est à ce point plébiscitée. C’est quand même une sorte d’Amin Dada qui a été démocratiquement élu dans ce qui, voilà peu de temps encore, passait pour la première puissance mondiale. Si, pour l'humanité ce n'est pas encore la fin des temps, il est cependant possible que, comme l'écrit Pierre-Henri Castel dans son ouvrage "Le mal qui vient", ce soit déjà le temps de la fin. De toute façon, cela prendra une forme autre que ce que nous sommes en mesure d'imaginer.
 
 
Mais tout de même, à défaut d'être joyeux, apprécions — puisque de toute façon il ne nous reste guère d'autre alternative —,  le plaisir de pouvoir encore, sous un ciel radieux flâner en paix dans la splendeur d'une sainte et moyenâgeuse cité.

mercredi 14 mai 2025

Tirage ce soir

 
Voilà
j'ai pris cette photo il y a fort longtemps, non loin du marché des enfants rouges dans le troisième arrondissement de Paris. Là se trouve la boutique "images et portraits" de Fabien Breuvart, photographe plasticien. Il s'est spécialisé dans la revente de photos trouvées, anciennes  et anonymes. J'aime bien, lorsque dans une image, apparaissent d'autres images et aussi lorsqu'il y a de l'écriture ou de la typographie. Je m’étonne de ne l’avoir encore jamais publiée sur ce blog.

vendredi 26 janvier 2024

J'aime / Je n'aime pas (16)

 
 
 Voilà
J'aime cette tradition du grand nettoyage de printemps qui consiste à faire le ménage de fond en comble à la maison aux premiers beaux jours

Je n'aime pas devoir remettre les vêtements d'hiver

J'aime être surpris par une réflexion lumineuse et intelligente au hasard d'une émission de radio 

Je n'aime pas le mépris souvent répété que le président de ce pays manifeste à l'égard des citoyens qu'il est supposé représenter

J'aime regarder des vieux albums de photos ou de vieilles vidéos avec ma fille 

Je n'aime pas la tension croissante que je ressens dans la rue, les transports en commun

J'aime les maisons où l'on sent une bonne odeur de soupe 

Je n'aime pas au cours de la nuit rester coincé dans des images de rêves montées en boucle

J'aime regarder de temps à autre ces listes et m'apercevoir que j'ai des inclinations et des détestations récurrentes

Je n'aime pas les porte-mine dont la mine s'enfonce dans le stylo dès qu'on écrit
 
J'aime la chanteuse de jazz Helen Merill, parce qu'elle chante droit et ne fait jamais de trémolos (tout comme Jeanne Lee)

Je n'aime pas entendre à la radio tous ces trous du cul qui touchent des salaires qu'ils ne méritent pas demander à la majorité des gens de se serrer un peu plus la ceintures

J'aime l'épitaphe de Stanislaw Lem "J'ai fait ce que j'ai pu que ceux qui le peuvent fassent mieux"

Je n'aime pas que des gens proches et adultes s’imaginent que je peux répondre à toutes leurs questions

J'aime réécouter de temps en temps "Colossal Youth" l'unique album des Young Marble Giants

Je n'aime pas mais définitivement pas le festival off d’Avignon
 
J'aime quand vient la fin de l'été regarder par la fenêtre ouverte la pluie tomber

Je n'aime pas qu'on réponde à une question par une autre question

J'aime le goût le parfum de la violette

Je n'aime pas ces acteurs ou ces actrices qui tiennent à ressentir mais ne sont pas précis sur le texte

J'aime les femmes qui vont voir des matches de rugby

Je n'aime pas les gens qui se gaussent de mots qui vous font des grandes déclarations d'amitié et qui sont aux abonnés absents dans les moments difficiles

J'aime bien finalement le tirage de cette photo prise en Juillet 2012, depuis les escalators de Beaubourg, par un jour de pluie. 

lundi 6 mars 2023

Terrasses du Musée d'Art Moderne

Voilà,
les parasols encore en berne, les lampions prêts pour des nuits plus douces avant que d'être rallumés, les terrasses du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris attendent les beaux jours. Cette image que j'ai prise courant Janvier me laisse dans un état bizarre. Elle évoque l'attente de quelque chose qui ne viendra peut-être pas sous une forme qu'on lui a déjà connue.
Je sors d'un tunnel émotionnellement éprouvant, car cette aventure "Apnée", fut intense et émouvante. J'ai assisté à toutes les représentations et participé en tant que régisseur son à la plupart d'entre elles. La puissance du texte, ce qu'il raconte, et l'interprétation des actrices m'ont bien secoué. Je me trouve dans une sorte d'hébétude, et depuis deux jours je n'ai parlé avec personne, ni rencontré qui que ce soit. Cela m'arrive souvent de faire l'huître après un spectacle, mais là, c'est particulier. Je sais vaguement pourquoi, mais c'est assez difficile à formuler.
Des inquiétudes refoulées remontent à la surface. Il y a l'inventaire des nouveaux symptômes. J'avais, même si ses échos n'étaient guère rassurants, un peu mis le monde entre parenthèses ces dernières semaines. Seulement, le Réel recommence à cogner. L'audition des nouvelles n'est guère encourageante. Sécheresse à venir, nappes phréatiques au plus bas, canicule estivale, récoltes que l'on craint d'ores et déjà catastrophiques, prévisions météo alarmantes. Je ne parle que de la situation en France et bien évidemment je ne prends pas en considération la guerre aux portes de l'U.E ni des tensions sociales dans le pays. Et tout à coup, cette image de possibles plaisirs futiles à venir, ceux qui font le sel de la vie, semble incongrue voire irréelle...
J'écris cela en écoutant "Throughline" de Nico Muhly interprété par l'Orchestre symphonique de San Francisco et dirigé par Esa Peka Salonen, œuvre qui a été composée et enregistrée dans des conditions particulières, puisqu'elle a vu le jour au plus fort de la pandémie, en 2020. Seulement six musiciens pouvaient se trouver en même temps sur scène au Davies Symphony Hall. Aucun d'entre eux ne devait être un instrumentiste à vent, pour éviter toute propagation du virus par le souffle. Ces derniers ont dû se produire à distance, et à ceux-ci, Muhly a ensuite ajouté d'autres instrumentistes et chanteurs jouant "en visio", le tout sous la baguette du chef d'orchestre Esa-Pekka Salonen. 
L'œuvre composée de 13 mouvements fait appel à plusieurs invités de marque, dont le guitariste rock et compositeur classique Bryce Dessner et la chanteuse de jazz Esperanza Spalding. 
Muhly a déclaré que l'opus "fonctionne comme un concerto grosso, mais avec tout le monde qui change d'équipe". Il a crée une texture kaléidoscopique avec de nouveaux éléments qui apparaissent constamment dans un cadre plus large et un ensemble cohérent. Cet enregistrement peut être considéré comme une réponse emblématique à une époque étrange et triste.
C'est sans doute à cela qui faut s'astreindre au niveau individuel. Trouver des réponses artistiques à sa mesure en dépit de ce que l'Époque nous inflige. 

vendredi 6 mai 2022

Face à l’avenir


Voilà,
au bord du monde qui vient nous nous trouvons à présent bien désemparés. Nous ne nous étions pas préparés. Nous n’avions pas su ou voulu voir. Nous nous étions laissés bercer par l’illusion que nos problèmes, toujours, trouveraient une solution qui irait dans le sens de l’intérêt général. Et puis ne nous avait-on pas persuadés que nous serions toujours capables de faire face, que nous étions protégés, que nulle adversité ne saurait nous résister, que tout était sous contrôle, que ce qui n’était pas encore résolu serait en passe de l’être d’ici peu ? Qu’il fallait faire preuve d’optimisme, que le scepticisme n’était qu’une forme de frilosité, que de toute façon on s’en était toujours sortis. Nous étions la Civilisation. Certains même avaient inconsidérément clamé que l'Histoire était finie. Et cette niaiserie avait trouvé un écho favorable dans les gazettes de la Puissance Dominante d'alors. 
Les années ont passé, nous avons changé de siècle, et imperceptiblement l’ordre ancien s’est désagrégé. Des guerres locales se sont multipliées générant des zones de chaos toujours plus nombreuses. Des états se sont affaissés, des nations se sont fracturées. D’autres se sont consolidées gagnant en influence et en prospérité. L’intelligence a déserté certains empires et des armes de destruction massives sont désormais entre les mains de tyrans qui ne veulent pas que le monde leur survive. Pendant ce temps les conditions physiques et matérielles qui rendent possible la vie sur terre s’amenuisent. Des ressources se tarissent, des incendies se propagent toujours plus gigantesques et meurtriers, des canicules s’intensifient, des pluies torrentielles engloutissent des populations, des espèces animales et végétales disparaissent, des zones sont submergées, d’autres deviennent irrespirables, des sols autrefois durs et gelés fondent et se transforment en une boue d’où s’échappent des virus millénaires conservés dans le froid et des nuées de méthane toxiques. J’arrête là cette énumération, chacun peut la compléter à son gré, puisque chaque jour apporte sont lot de nouvelles alarmantes sur les écrans qui nous lient à ce qui autrefois nous demeurait lointain et ignoré et qui désormais nous éclabousse de sa permanente proximité. 
De ce point de vue nous avons progressé de façon fulgurante. Mais ce réseau d’information fait de nous des mouches prises au piège d’une toile d’araignée. Penchés sur eux ou cramponnés a nos smartphones, nous sommes comme  tétanisés, sidérés devant ce qui se révèle progressivement, à la façon de ces effets d’optique quand, au milieu d’une image confuse, émerge un motif clair. Mais notre cerveau ne veut s’y résoudre et nomme illusion l’effroi qui prend forme. Et nous demeurons pareils à des rêveurs qui dans leur paisible et confortable maison songeraient à changer les rideaux du salon quand déjà autour d’eux ne cesse de s'étendre un paysage de ruines et de désolation.

vendredi 3 septembre 2021

samedi 15 mai 2021

Comment va le monde Monsieur ?

 
Voilà,
le choc t'a bien tassé quand même, un refrain trottine dans ta tête Chico Buarque d'accord d'accord d'accord, tu flagades en retournant chez toi puis entre cuisine et salon, tu déballes tes courses, ne te souviens plus, c'est lui qui un temps fut ministre de la culture du Brésil ou un autre et tu te demandes pourquoi tu mets les fruits au réfrigérateur, ah penses tu quel con tu ne t'es pas lavé les mains en arrivant, et tu n'as pas encore enlevé ton masque tu ne te sens pas très bien tu voudrais dormir mais redoutes de ne jamais plus te relever si tu t'allonges. Allez un coup de gel hydroalcoolique et ça repart ! Et puis toujours ce froid ces giboulées. Merde on est en mai quand même. Saint Mamert, Saint Pancrace, et Saint Servais, allez vous faire foutre. Tu songes à ce sans-abri aperçu dans la rue sous son parapluie multicolore, vêtu en eskimo qui avait bien l'air de se les peler et ce dialogue dans "Timon d'Athènes" de Shakespeare affleure à ta mémoire :  
— Comment va le monde Monsieur ? 
— Il s'use à mesure qu'il dure Monsieur.

mardi 9 février 2021

Nuit, La Défense

 
Voilà,
"Pourquoi la forme est-elle belle ? Parce que, je crois, elle nous aide à contrer notre pire crainte, celle que la vie pourrait n’être que chaos, et que donc notre souffrance ne veuille rien dire." La formule de Robert Adams est touchante, parce que naïve, car oui la vie est un chaos où, quoi qu'on fasse notre souffrance est dépourvue de sens. So what ? Nous ne pouvons y faire grand chose. Cette pensée rappelle celle d'un personnage de Dostoïevski, "la beauté sauvera le monde". Je n'en crois rien bien sûr. D'ailleurs n'a-t-on pas trouvé de la beauté dans la plus effroyable catastrophe que l'homme ait engendré et trop souvent reproduite. 
Une image n'est qu'une image, elle permet de faire écho à la réalité, mais aussi de la transformer parfois. Il peut arriver que notre regard atténue l'emprise de ce monde trivial et y trouve matière à poésie. L'image agit alors telle un charme, comme on nommait au moyen-âge l'enchantement produit par la magie ou par le sort dans le but d'apaiser la douleur. Rien de plus. Et cela ne dure jamais longtemps.

vendredi 10 avril 2020

Juste un malaise diffus



Voilà,
ce n'est pas vraiment de l'angoisse ou de l'inquiétude. C'est juste un malaise diffus. Bien sûr il y a cette maladie nouvelle, dont on ne sait exactement comment elle se propage, ni quel est son temps de latence et d'incubation, ni, si une fois qu'on l'a contractée, on en est ensuite préservé ou pas, ni dans quelle mesure elle va muter.  Pour ma part, j'ai pour le moment l'impression d'être passée à travers sans pour autant être certain de ne pas en avoir une forme mineure. En tout cas ce n'est rien, en comparaison des deux ou trois épisodes plus ou moins grippaux, subis l'année dernière dont un m'a beaucoup effrayé par sa violence sa durée et son intensité. En conséquence de quoi, cette année dès le mois de septembre j'ai renforcé mes défenses immunitaires. J'ignore si cela sera suffisant. De toute façon il n'y a pas de test disponible, donc on en est réduit aux supputations
Alors oui il y a le confinement et chacun s'en accommode comme il peut. Comme je suis assez paresseux et contemplatif, et que par ailleurs je dispose d'une bibliothèque plutôt conséquente et variée, d'une discothèque qui ne l'est pas moins j'en prends mon parti sans trop d'embarras. Un documentaire récemment diffusé sur Arte, au sujet de l'histoire de l'Afghanistan met les choses à leur juste valeur, et ce que nous vivons là et sans commune mesure avec les malheurs qui accablent certains peuples depuis des générations. Rien pourtant ne dit qu'il en sera toujours ainsi.
Cependant cette épidémie est aussi le symptôme de quelque chose d'autre. Il y a cette sensation imprécise, ce pressentiment flou que tout ce sur quoi nos habitudes de vie reposaient ne vont pas pouvoir se reproduire de la sorte. Comme si un voile d'illusion se déchirait. Un peu comme dans ce film "the Truman show" où l'un des personnages s'aperçoit que la réalité dans laquelle il évolue, n'est qu'une construction fictionnelle. Ainsi notre pays qui se pensait comme une puissance économique, avec un système de santé que le monde était supposé lui envier, prouve à quel point il est incapable de faire face à une crise sanitaire majeure. Et puis nous découvrons chaque jour les ravages causés par la politique gouvernementale et le cynisme d'un pouvoir moins soucieux d'assurer le bien-être et la sécurité de ses citoyens que de préserver les privilèges des détenteurs de richesses ayant permis l'élection d'un président qui, à la faveur  de l'état d'urgence sanitaire, fait passer en catimini des lois liberticides et antisociales sans précédent depuis un siècle.
Quant à l'Europe, dont la construction laborieuse lorsqu'il ne s'agissait que du marché commun, fut un permanent sujet d'actualité au cours de mon enfance, elle justifie à présent les doutes qu'on pouvait entretenir à son propos. Pas de solidarité, aucune efficacité, nul accord sur des solutions communes. De nouveau se manifestent les replis nationalistes frileux, une bureaucratie inefficace, une incapacité à changer de paradigme. Il est fort à craindre qu'elle ne survive pas à cet épisode.
Le malaise tient donc à cette incertitude devant un avenir où à l'heure des comptes, les pauvres s'apercevront qu'ils le sont encore plus et découvriront que les riches se seront enrichis. 
Avenir d'autant plus angoissant qu'il est difficile à envisager. Une chose paraît sûre : il risque d'être très chaotique si l'on continue avec la même logique économique et industrielle. Car une autre crise se profile autrement plus grave puisqu'elle n'a pas été anticipée, et au regard de laquelle cette pandémie n'est rien. Cette transition écologique, dont on se rend compte aujourd'hui qu'elle est nécessaire, dans quel contexte va-t-elle s'effectuer ? Selon quelles conditions ? 
L'impréparation flagrante voire l'aveuglement et le déni de la plupart des décideurs de cette planète, offrent là bien des motifs de tourment. Et dans cette ville où il fait enfin bon respirer, en cette journée silencieuse, ensoleillée, où par les fenêtres ouvertes parviennent, comme une célébration de la lumière, les trilles allègres des oiseaux, c'est à des horizons plus sombres qu'on ne peut, quoi qu'on en veuille, s'empêcher de songer.

vendredi 5 juillet 2019

Un jour très particulier



Voilà,
Je n'ai jamais mis de photos de ma fille en ligne, pour la protéger. Mais celle-ci est assez ancienne pour que je puisse la publier. J'aime beaucoup ce portrait que nous avons pris ensemble en Calabre, durant l'été 2012. C'est elle qui, après avoir trouvé la fonction retardateur sur mon appareil a  souhaité voir ce que ça donnerait si on  activait le flash dans la lumière du jour. Elle avait alors 11 ans. Son sourire, cette façon qu'elle a de passer son bras autour de mon cou et son regard me bouleversent sans que je ne puisse trop expliquer pourquoi. 
Aujourd'hui, est un jour particulier. Elle a obtenu son bac avec la mention "Très bien". Je suis fier d'elle. Je suis heureux pour elle et pour sa mère. Ce succès nous remplit de joie. Lorsque je l'ai appris ce matin, j'ai été submergé par l'émotion. Je n'imaginais pas que cela me ferait tant d'effet.
C'était peu de temps avant que j'aille jouer devant une salle plutôt clairsemée pour ma deuxième représentation publique (hier nous avons fait une sorte de générale) et cela s'est plutôt bien passé. La satisfaction n'est en général pas mon fort, mais je trouve que j'ai plutôt bien assuré, et même mieux que ça. Bon évidemment c'est encore très perfectible, mais tout de même. Je ne suis pas mécontent d'en être déjà là. Et assez surpris. Le plus difficile maintenant c'est de ne pas se relâcher de garder la tension et la concentration et de continuer à progresser sur cette base. 
À part ça, cette débauche de spectacle sur Avignon, cette hallucinante quantité d'acteurs, tous ces gens qui ne cessent de vous solliciter, de vous proposer des tracts, de vous encourager à venir les voir a quelque chose d'absurde et de vertigineux tout à la fois. Cette fin d'après-midi, j'ai déambulé dans les rues encore chaudes de la ville, dans une sorte d'hébétude presque hallucinée. Jai croisé des gens que je connaissais, parfois accompagnés d'inconnus qui m'ont été présentés, et dont je ne me souviens déjà plus, parce que je souffre de prosopagnosie. J'ai serré des mains, fait des bises (c'est dingue le nombre d'inconnus qu'on peut embrasser dans cette profession, le côté "grande famille" sans doute), j'ai formé des phrases, j'ai parlé, j'ai moi aussi fait des présentations. Avec la femme de Pierre croisée par hasard, nous avons brièvement évoqués nos vingt ans, lorsque nous venions déjà au festival. C'est tellement étrange de me trouver là, cette année, si inattendu... 

vendredi 14 juin 2019

Le printemps qui manque


Voilà,
j'ai trouvé dans cette vitrine les couleurs qui manquent à cette fin de printemps. Quasiment tout le mois de Juin, à l'exception d'une journée caniculaire, a été gris et pluvieux en région parisienne avec quelques rares éclaircies entre deux ondées. Celle que j'ai vue au Palais-Royal mercredi dernier après une bonne saucée rendait une belle lumière. Il a même fait assez froid ces dernières semaines, et voilà qu'on annonce pour les jours à venir, un pic de chaleur avec des températures de 30°. Ces écarts sont assez pénibles pour l'organisme. mais peut-être enfin vais-je pouvoir remiser les pulls au placard.


Quoiqu'il en soit c'est un mois de Juin déjà étrange pour moi. Une fois de plus je n'ai pas fait ce que je me promets de faire depuis des années : prendre quelques jours de vacances à ce moment là, avant la saison touristique. Toujours, à pareille époque, des obligations professionnelles me retiennent ici, obligations auxquelles je ne peux me soustraire évidemment liées au fait que je manque toujours d'argent. Cette année, pourtant j'avais envisagé de passer quelques jours à la campagne dans le sud, mais des choses imprévues sont advenues. Cette fois-ci, c'est d'une bien étrange affaire dont il s'agit. J'en reparlerai plus en détails d'ici quelques jours. Une opportunité me fait renouer avec une activité que j'avais vaguement délaissée depuis quelques années. L'effort et l'énergie que cela requiert, je les avais oubliés. Et me voilà contraint de solliciter une part de moi-même longtemps demeurée en friche. Et c'est un gros travail pour obtenir le résultat que je souhaite car il y a beaucoup de vents contraires, paresse, fatigue et autres contingences. Je me demande parfois si je n'ai pas été un peu présomptueux. (Linked with weekend reflections - midweek muse challenge -)

samedi 18 mai 2019

Canard et parapluie


Voilà,
c'était une grosse pluie à la fin du mois de mai, l'année dernière, et bien à l'abri sous un auvent, j'avais réalisé cette image. Un an déjà, je réalise que pas grand chose de nouveau n'est arrivé dans ma vie, à part mes visites de plus en plus fréquentes au cabinet dentaire dont je me passerais volontiers. Pas grand chose d'intéressant de surprenant et de positif en tout cas. Une année blanche en quelque sorte. Ma vie n'est pas très exaltante et il m'est de plus en plus difficile de gérer mes propres contradictions. Mon ami Pascal, toujours en vadrouille à l'étranger dans des coins dangereux me manque. Vieillir en étant perpétuellement sur la brèche, et toujours plus ou moins dans la précarité me fatigue de plus en plus, et même m'accable parfois. La plupart du temps, ce que je vois ce que j'entends me consterne, les nouvelles du monde m'affligent. J'essaie de faire l'autruche, en écoutant de la musique classique lorsque je suis chez moi mais la condition de l'homme moderne, est de ne pouvoir échapper à la rumeur du monde. Et puis hier, ma fille m'annonce comme ça entre le Hoummous et une sorte tartare d'agneau libanais appelé kébé Nayé que je n'avais jamais mangé auparavant qu'elle a un copain avec lequel elle va passer une semaine dans la région de Montpellier en juillet. Je n'ai pas posé de question. J'ai pris l'information. Aujourd'hui je n'arrive pas trop à me concentrer sur les choses que j'ai à faire. Les cheveux blancs vont désormais vite venir, je sens. Mais bon, après tout j'ai moi aussi eu dix sept ans, et je n'étais alors pas aussi pertinent qu'elle ne l'est.

mardi 26 février 2019

A Rainy Day


Voilà,
j'ai au cours des années accumulé sur ce blog, des fragments, des brouillons, et même programmé de nombreux textes, en plus de ceux qui ont déjà été publiés. Certains jours j'ai la tentation de puiser là-dedans pour les mettre en ligne. Mais je m'aperçois alors qu'ils sont d'une noirceur, d'un pessimisme, et parfois même d'un désespoir tout à fait indécents. C'est surtout l'accumulation de ces sombres pensées et le ressassement devant quelque chose que tout le monde sait, tout en feignant de l'ignorer, ("on va vers le pire") qui me terrifie. Je suis donc ainsi ? j'en suis arrivé là ? Je ne crois donc plus en rien ? Enfin s'il ne s'agissait que de ça, je pourrais m'en accommoder. Suis-je donc cet être morbide et surtout lugubre ? Où est passé mon humour, mon mauvais esprit ? Il y a vraiment un clivage entre l'être parlant que je suis et celui qui écrit. J'aime plutôt déconner, dans la vie courante. Quand je fais l'acteur, j'ai plutôt tendance à chercher le comique d'une situation ou d'un texte. Au théâtre la tragédie m'exaspère. Les pièces de théâtre que j'ai écrites étaient certes d'un humour assez noir, mais elles avaient le mérite d'être drôles et distrayantes. Je ne comprends pas pas pourquoi, tout est si sombre dans ces billets.

Bien sûr vieillir n'aide pas. C'est chiant de sentir qu'on s'approche du bord. On compte ses douleurs, tout est plus laborieux, on laisse passer des fautes d'orthographe, on a du mal à trouver ses mots, on retrouve plus les noms, on ne reconnaît pas les visages, on cherche ses lunettes, quand t'es un mec, pisser n'est plus un acte léger et désinvolte, tu deviens forcément plus prudent, tu t'accroches à la rampe de l'escalier, tu ne cours plus après les bus, tu comptes de plus en plus de morts parmi tes connaissances, les conversations avec les gens de ta génération sont souvent casse-couilles parce qu'inéluctablement vient un moment ou l'on parle de la santé, tu as des médicaments dans toutes les pièces, tu perds tes dents tu perds tes cheveux. Quand il fait chaud la chaleur t'accable. Avant quand tu allais au cinéma dans la journée il n'y avait que des jeunes, maintenant que des vieux, comme toi. Tu es de plus en plus distrait. Après avoir quitté l'appartement te voilà sans certitude. As tu bien fermé, as tu éteint l'ordinateur ? Pourquoi n'as tu pas pris le chargeur de téléphone ? Tu as parfois des réactions que tu aurais qualifiées de réflexes de vieux cons en d'autres temps devant la bêtise arrogante et l'ignorance de certains jeunes gens. Tu ne connais plus les chanteurs à la mode, tu ne te rends pas compte que quand tu regardes les filles dans la rue tu n'as plus leur âge et que tu pourrais passer pour un vieux pervers. Parfois tu croises des vieilles copines que tu reconnais à peine tant elles ont changé — il y a longtemps vous échangeâtes vos fluides — et elles t'annoncent toutes guillerettes qu'elles sont grand-mères et que c'est vraiment formidable. La nuit il t'arrive de rêver que tu interceptes le ballon, que tu fais une belle percée et que tu aplatis entre les poteaux et tu te réveilles perclus de rhumatismes. Tu enrages souvent de ne pas pouvoir être suffisamment en forme physique pour aller manifester ta colère contre ceux qui gouvernent et te joindre aux émeutes. Une grippe te fait flipper, les tâches ménagères te sont de plus en plus pénibles, tu procrastines souvent et t'exaspères pour pas grand chose. Ce que tu as déjà dit ou écrit, tu ne t'en souviens pas toujours, autrement dit tu radotes, et si tu es chez toi tu fais de trop longues siestes et après une journée dehors tu as besoin de piquer un petit roupillon à peine rentré. 

En fait c'est ça le problème. Ce n'est pas d'être pessimiste quand on l'a toujours été. C'est d'être vieux et qui plus est, pessimiste par ces temps de grand désastre rampant. Le problème c'est de devoir s'apprêter à un horizon misérable dans une civilisation autodestructrice et agonisante et de ne pouvoir espérer laisser un monde meilleur à son enfant. Et puis le temps manque pour faire tout ce qu'on souhaite entreprendre. L'énergie décroît autant que l'intérêt que l'on suscite au regard des autres. Heureusement il y a toujours des enfants qui, dans la rue chantent "il pleut il mouille c'est la fête à la grenouille". Non que cela soit rassurant, mais l'émotion persiste tout de même en entendant par hasard une vieille comptine. (Linked with weekend reflections)

dimanche 9 décembre 2018

Bien que nous vivions à peine

 


Voilà
je ne sais pas pourquoi regardant ces images je pense à ces vers de Roberto Juarroz
Bien que nous vivions à peine, 
la musique de fond de la vie 
nous permet pour le moins 
d’écouter la rumeur de vivre.
C'était donc il y a un an, les Champs-Elysées avaient été ouverts pour les obsèques de la vieille idole, celle qui chantait "allumer le feu", mais qui avait toujours sous son air rebelle voté plus ou moins à droite. Constituée de gens venus de toutes les régions, la foule massée le long des Champs-Elysées avait regardé passer le corbillard, escorté par un bien polluant cortège de bikers, puis ensuite s'était répandue sur l'avenue sous le regard bienveillant des flics. Le président s'était même fendu d'un petit éloge funèbre devant l'église de la Madeleine. La France communiait dans la nostalgie. Depuis, le paysage a sensiblement changé ; un vent d'insurrection souffle sur cette même avenue et dans le pays tout entier. D'ailleurs parmi tous ceux qui se trouvaient là, je me demande combien sont revenus cette année vêtus de gilets jaunes. Après tout, ne constituaient-ils pas une certaine version du peuple ? Elle est d'ailleurs difficile à définir cette notion de peuple. Surtout quand on a une tendance avérée à la misanthropie. Enfant, dans les casernes, je l'ai vu le peuple des couillons conscrits qui marchaient au pas souvent avec enthousiasme, parfois avec une certaine résignation. Dans les stades de foot aussi on le voit, et ce n'est pas fameux. J'ai toujours eu du mal dans les manifs, les meetings politiques. Les masses se laissent facilement abuser. elles aiment les idoles, suivent les leaders, se courbent devant les tyrans qu'elle vont même parfois jusqu'à se choisir.  
En 2012, pendant la campagne électorale, j'avais fait deux meetings à la suite, celui de Sarkozy et celui de Hollande, pour y faire des photos. Malgré ma défiance, je m'étais quand plus reconnu dans les foules du meeting de Hollande que j'ai pourtant toujours considéré comme un médiocre crétin, que dans celles de Sarkozy qui est un sinistre pître, inculte de surcroît. La bêtise réactionnaire et conservatrice m'est insupportable. L'arrogance bourgeoise et le cynisme des possédants me dégoûtent et m'inspirent parfois de peu avouables pensées. Et l'opportunisme et l'hypocrisie des politiciens de tous bords m'exaspèrent. C'est pourquoi je comprends aujourd'hui la colère qui se manifeste. C'est celle d'une grande partie la nation qui demande simplement à ses représentants et aux responsables du pays de prendre en compte ses besoins. Elle le fait avec une relative colère parce qu'elle a le sentiment de ne pas être entendue. Espérons que notre président ne réagira pas comme Bachar El Assad. On vit dans une époque où tant de choses adviennent qui hier encore paraissaient invraisemblables. Inutile d'en faire la liste.

lundi 18 juin 2018

Le jour où sans le savoir


Voilà
Le jour où sans le savoir 
nous faisons une chose pour la dernière fois
 - regarder une étoile, passer une porte,
 aimer quelqu'un,
 écouter une voix -
 si quelque chose nous prévenait 
que jamais nous n'allons la refaire, 
la vie probablement s'arrêterait 
comme un pantin sans enfant ni ressort. 
Et pourtant, chaque jour 
nous faisons quelque chose pour la dernière fois
- regarder un visage, 
nous appeler par notre propre nom, 
achever d'user une chaussure, 
éprouver un frisson -
comme si la première fois ou la millième 
pouvait nous préserver de la dernière. 
Il nous faudrait un tableau 
où figureraient toutes les entrées et les sorties, 
où, jour après jour, serait clairement annoncé 
avec des craies de couleur et des voyelles 
ce que chacun doit terminer 
jusqu'à quand on doit faire chaque chose, 
jusqu'à quand on doit vivre 
et jusqu'à quand mourir. 
(Roberto Juarroz Quinzième poésie verticale, traduction Jacques Ancet)

mardi 10 avril 2018

Un autre Temps


Voilà,
il est possible que bientôt, ces menus plaisirs ces joies simples nous paraissent d'un autre temps. Non pour leur caractère désuet, mais parce qu'ils nous sembleront la trace d'une époque où l'on entretenait l'illusion qu'il ne pouvait en être autrement et qu'il en serait toujours ainsi. La Guerre était une chose lointaine qui n'aurait pas lieu. Bien sûr il y avait ces réfugiés de plus en plus nombreux, mais pour se voiler la face et non sans une certaine duplicité nombreux étaient ceux qui s'efforçaient de nous convaincre que la misère qu'ils fuyaient étaient "seulement" économique, comme si la Guerre n'avait jamais rien eu à voir avec l'économie. Ces migrants n'étaient pas des victimes mais des envahisseurs dont il fallait se débarrasser. On voulait pêcher tranquille, bronzer tranquille, profiter du soleil sans avoir de questions à se poser. Mais au fond, si on ne voulait pas se l'avouer on réalisait pourtant que tout allait de traviole et que tôt ou tard ça finirait par vraiment déconner. Le culte du présent amplifiait la capacité d'oubli. Un attentat chassait l'autre, un nouveau massacre faisait oublier le précédent. Certains pressentaient, supputaient, sans vraiment savoir par où ni comment cela se manifesterait. Une étincelle mettrait le feu au poudre, c'était possible. Mais on se voilait la face espérant que cela soit peu probable. C'est à cela qu'on pensera d'ici quelques années, et l'on se rappellera comme alors il avait semblé doux le premier soleil du printemps. Et charmante, avec son ombrelle, cette bourgeoise d'un autre temps ainsi que ce pêcheur paisible.


Et les gens attablés en terrasse, s'efforçaient de ne pas penser aux enfants gazés de Kahn Sheikhoun, aux morts du métro de Saint Petersbourg, à l'homme en voiture qui avait foncé dans la foule à Stockholm, à ceux qui quelques jours auparavant avaient fait de même à Londres, et qui, quelques semaines plus tard feraient pire encore. C'était un temps de campagne électorale aussi, plus affligeante et médiocre que toutes celles qui avaient précédé. L'arrogance le disputait à la bêtise, et l'homme à la tête d'enfant, comme je l'avais lu dans la traduction d'une publication chinoise, celui à qui personne un an auparavant n'accordait la moindre chance, avait fini par gagner. Espéraient-ils que le désenchantement serait plus supportable parce qu'il avait le visage de la jeunesse ?

samedi 1 avril 2017

Pesanteur


Voilà,
un instant, j'ai été cette enfant. Un instant j'ai ressenti cette pesanteur du dimanche matin, quand vous êtes obligée d'accompagner les parents qui ont décidé de retrouver leurs amis sur la péniche alors qu'il aurait été tellement préférable de paresser dans son lit ou d'aller chez une copine. Ils parlent entre eux d'histoires de grandes personnes, ils prononcent tous ces noms qu'on entend souvent à la télévision, parfois ils parlent de la présidentielle, ils en parlent beaucoup, de l'avenir aussi ils disent c'est effrayant ou alors on verra bien, ou bien encore on n'y peut rien, parfois ils semblent s'énerver, certains disent que de toute façon on est baisés et comme ils le disent ça n'a pas l'air bien d'être baisé alors autant sortir, de toute façon on n'existe pas pour eux, c'est bien la peine d'être là, dehors il y a de gros oiseaux comme ceux qu'on voit en bord de mer, et des pigeons des cygnes aussi et des passants qui se promènent en famille et qui ont l'air tranquille. Et l'on se dit que ça serait bien d'être quelqu'un d'autre et d'avoir une autre vie. (linked with Skywatch Friday)

mardi 30 août 2016

Légèreté


Voilà,
Pendant quelques jours, trop peu, j'ai retrouvé la légèreté. La légèreté c'est la plage. C'est le soleil. C'est se baigner. S'abandonner à ces joies simples. Marcher sur la berge, respirer le grand air. Prendre le temps. Retrouver les sensations de l'enfance. N'avoir de compte à rendre à personne. J'aimerais retourner là. Je m'aperçois que je ne m'autorise pas suffisamment de vacances et de changement d'air. Kafka disait de Prague que c'est une petite mère qui vous tient dans ses griffes. Peut-être ai-je le même rapport à Paris. Il faut que je me libère plus souvent de cette ville. (Linked with my corner of the world)

mercredi 9 mars 2016

Pêle-mêle, avec la pluie


Voilà,
Aujourd'hui j'ai repensé à Philippe. Il est rare que je n'y repense pas. Et à eux tous, Philippe et Dominique, Agnès Delphine et Laurence. Et puis, à cause de la nouvelle entendue ce matin à la radio avant que je ne parte, me sont revenus en mémoire le solo de trompette piccolo, les flûtes et le hautbois dans "Penny Lane" que j'adorais fredonner quand j'avais onze ans. Même si je n'en comprenais ni les paroles ni la joyeuse nostalgie, il y avait du soleil dans ce morceau. Les instruments classiques c'était paraît-il, une idée de George Martin. Une vraiment bonne idée. Et puis je suis sorti du métro. Un putain de vent froid cinglait sur l'esplanade avec la pluie qui giflait le visage. Mais bon, au moins allais-je me rendre utile durant cette journée et me mettre au service d'une juste cause, et ça tout de même ce n'était pas rien.


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