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mercredi 12 juin 2024

Hygiène des questions

 
Voilà 
Si affaissé, brimé, si fini que tu sois, demande-toi régulièrement – et irrégulièrement – " Qu’est-ce qu’aujourd’hui je peux encore risquer ?" (Henri Michaux in "Poteaux d'angle")

dimanche 19 mai 2024

En vrac

 
 
Voilà,
en regardant ces photos prises aux alentours de la rue du Temple il y a quelques semaines, je songe qu'il suffit de peu temps pour passer auprès de certaines personnes capricieuses (ce coin de rue m’évoque l’une d’entre elles) du statut de bonne surprise à celui d'indésirable. Mieux vaut s’en amuser que de le déplorer. La versatilité est un signe des temps. On voit d’ailleurs comment les gens votent.

  

Cette image est l'œuvre d'Andrea Aversa une plasticienne dont on peut admirer les intéressants travaux sur cette page. Je ne connaissais rien d'elle, et je trouve sa démarche artistique très pertinente.

 *

 Sinon, à l'angle de la rue Caumartin et de la rue Boudreau, dans le 9me arrondissement, j'ai aperçu cette mosaïque très champêtre, qui se trouve de fait à la terrasse de la brasserie « le Paris Madère ». L’idée que, tout comme moi, des gens, pouvaient, dès le milieu du siècle dernier et peut-être même avant) admirer et s’étonner de ce travail artisanal me touche..


  *
 
Que dire d'autre, si ce n'est que depuis huit mois je suis neutralisé, empêché, incapable d'écrire quoi que ce soit. Parfois j’ai l’impression que je ne serai jamais plus capable que de collecter des listes ou d’accumuler des recensions de faits.
Je vis désormais dans ce qu’il me reste de temps. Et ce reste du temps je l’occupe comme je peux. En fait je ne l’occupe pas, j’y dérive. Je m’abîme dans le sommeil. Je vais au cinéma. Je vois des expositions. Je travaille de temps à autre parce qu’il le faut bien.
Je croise des gens parfois. Je socialise en trompe l’œil sans vraiment y être.
 
 

Il faudrait que je fasse de nouvelles connaissances, mais c'est difficile, j'ai tant de mal à me projeter dans le futur. Autant taire ce qui me passe par la tête à ce sujet. 
Et tout seul je n'ai plus envie de rien. La plupart du temps je manque d'inspiration. Quand des idées affleurent il y a trop de fatigue pour passer à l'acte. Je me sens inutile.
Pendant ces derniers mois j’ai réalisé quelques images digitales abstraites et colorées. Par exorcisme. Même cela désormais je n’y parviens plus. 
Quant à ce blog, il m'embarrasse désormais. J’y programme de plus en plus souvent, de vieilles photos qui auraient mérité plus d’intérêt à leur première publication.
 
 
*

 
 
Je traîne donc beaucoup sur le net, par désœuvrement. Parfois on y découvre des phrases absurdes mais néanmoins pourvues d'une indéniable puissance poétique. Celle-ci, par exemple : "L'hypothèse de la désintégration du vide constitue l'un des scénarios les plus effrayants envisagés pour la fin de l'Univers. Des chercheurs ont récemment produit la première preuve expérimentale de ce concept". Il y a donc des gens qui ont des vies très remplies et des préoccupations à très long terme. 
Pour ma part, je suis incapable de me projeter sur le mois qui vient. 
Cette prose du monde, forme un continuum insensé d’informations toutes plus effrayantes les unes que les autres. 
Ceci par exemple : notre planète se dirige vers un réchauffement climatique catastrophique. Près de 80% des experts interrogés prévoient une augmentation des températures mondiales d'au moins 2,5°C d'ici la fin du siècle, bien au-delà des objectifs fixés par l'Accord de Paris.
Un sondage, réalisé auprès des principaux auteurs et éditeurs des’ rapports du GIEC depuis 2018, met en lumière l'ampleur du désespoir qui règne au sein de la communauté scientifique. Les experts, confrontés à l'inaction des gouvernements et aux intérêts des entreprises, se disent "désespérés", "en colère" et "effrayés".
"Je pense que nous nous dirigeons vers des perturbations sociétales majeures dans les cinq prochaines années", déclare Gretta Pecl, chercheuse à l'Université de Tasmanie.
Les conséquences d'un tel réchauffement sont déjà visibles, avec des vagues de chaleur, des incendies, des inondations et des tempêtes d'une intensité inédite. Mais ce n'est qu'un début. Les scientifiques interrogés prédisent un avenir "semi-dystopique", marqué par des famines, des conflits et des migrations massives.
Malgré ce constat alarmant, les scientifiques soulignent l'importance de poursuivre le combat. Chaque dixième de degré évité réduira les souffrances humaines. Il est désormais crucial de mettre en place des mesures d'adaptation massives pour protéger les populations des catastrophes à venir.
"Je suis extrêmement inquiète des coûts en vies humaines", déclare Leticia Cotrim da Cunha, de l'Université d'État de Rio de Janeiro. Les scientifiques appellent à une action urgente et ambitieuse pour limiter les dégâts, tout en se préparant à un avenir climatique de plus en plus chaotique.
Les raisons de cette inaction politique sont multiples. Les scientifiques citent notamment le manque de volonté politique, les intérêts corporatistes, les inégalités et l'incapacité des pays riches à aider les pays pauvres, qui sont les plus touchés par les conséquences du changement climatique.
Pourtant, certains scientifiques gardent un espoir ténu. Ils misent sur les nouvelles générations, plus conscientes des enjeux climatiques, et sur les solutions technologiques qui pourraient émerger. Mais le temps presse et la fenêtre d'opportunité pour éviter le pire se referme rapidement
Ainsi tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles 

dimanche 28 janvier 2024

Rien qu'en me prenant la main

 Voilà,
 
 
                                                         J’avance en âge mais vraiment
                                                         je recule en tout autre chose
                                                         et si l’enfance a pris du temps 
                                                         à trouver place en moi je pense
                                                         voilà qui est fait et je suis
                                                         devenu susceptible au point
                                                         qu'on peut me faire pleurer rien
                                                         qu'en me prenant la main Je traîne
                                                         en moi ne sais quelle santé
                                                         plus prompte que la maladie
                                                         à me faire sentir la mort
                                                         Tout m'émeut comme si j'allais
                                                         disparaître dans le moment
                                                         Ce n’est pas toujours amusant.
      
                                                                            (Georges Perros) 
 
 *
 
 
Sinon, récemment j'ai découvert, tout près de chez moi ce très beau mural d'inspiration surréaliste réalisé par Loraine Motti. Il a été peint sur l'un des murs d'une petite courette dissimulée et totalement inutilisée.
 

J'ai de la sorte réalisé qu'il y avait des directions que, dans mon environnement immédiat, je ne prenais plus, des lieux qui autrefois, pour moi, avait été de passage et que j'ai complètement déserté.
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mercredi 13 septembre 2023

Pas grand-chose

 
 
Voilà 
"Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste. Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose." (Louis-Ferdinand Céline in "Mort à crédit")

 


"Tout est beau dehors : l'air tiède, le chant des oiseaux, la musique indistincte. Il n'y a que moi qui n'en fais pas partie"  
(Peter Handke in "L'Histoire du Crayon")
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mardi 29 août 2023

Déjà presque fini

 
Voilà,
le mois d'Août se termine donc. Il aura vite passé. Cette année, plus encore que l'année dernière, j'aurais traîné à Paris. Pas même une petite excursion au bord de la mer comme en 2022. Mais bon, après un mois à Avignon surchauffé et infesté de moustiques, les quinze premiers jours à Paris, où il ne faisait pas trop chaud, furent tout à fait bienvenus. J'ai bien glandé, c'est ce que je sais faire le mieux. J’ai beaucoup dormi, j'ai fait quelques promenades à vélo avec ma fille, dont celle-ci qui nous aura menés du côté du parc André Citroën où je n'étais pas retourné depuis plusieurs mois. Les jeux des enfants demeurent toujours les mêmes. C'est l'occasion pour les petites filles de découvrir de nouveaux plaisirs en enjambant les jets d'eau. Je n'aurais pas suffisamment marché à cause de ma jambe douloureuse, mais malgré tout j'aurais vu quelques expos, beaucoup de films, croisé d'autres aoûtiens à Paris, scanné et partagé des vieilles photos de New-York sur le groupe facebook "Manhattan before 1990". J'ai aussi lu quelques trucs bien intéressants, comme cet article sur le travail des enfants aux USA, par exemple, tout de même assez stupéfiant.  J'ai aussi souvent écouté cette formidable émission estivale "Retour de plage" qui, tous les étés propose une programmation réjouissante et de qualité. J’ai regardé des compétitions sportives à la télévision, du rugby de l'athlétisme du foot avec en particulier cette spectaculaire finale de la coupe du monde féminine, un des plus beaux matches que j'ai vu de ma vie, où les espagnoles ont excellé dans des séquences tout à fait sidérantes avec des passes à une touche de balle, en triangle dans un petit périmètre. Pour une fois, c'est l'équipe pratiquant le plus beau jeu qui a gagné. Mais à la remise de médailles, le comportement machiste du président de la fédération de foot espagnol m'avait intrigué. Il en profitait pour les peloter toutes plus ou moins de façon insidieuse et c'était vraiment malsain et dérangeant. Genre l'oncle aux mains un peu baladeuses dans les fêtes de famille, à qui l'on ose rien dire. Ça donnait l'impression qu'il était très intime avec chacune d'entre elles. Les joueuses espagnoles ont bien raison de se rebeller, d'autant que type ne s'est pas du tout excusé par la suite. Malheureusement il y a quand même encore beaucoup de femmes qui aiment ce genre de gros con. 
Tout ça me paraît très loin. Pourtant, c'était il y a dix jours à peine. 
Et cette photo du parc, c'était le weekend du 15 Août. 
C'est incroyable à quel point mon rapport au temps et à l'espace se modifie. Mon équilibre physique se dégrade sans que je comprenne pourquoi. Ma vue baisse. J'ai l'impression parfois de vivre dans un monde parallèle où je ne suis plus qu'un vague reflet de moi-même. Les pensées intérieures ont plus de densité que la réalité où je suis immergé. Je perd en créativité. J'ai de moins en moins de présence. Une certaine peur, parfois me rend visite sans que je puisse l'éconduire. 
 

Je n'écoute plus les actualités. Je les parcours sur le net et vraiment il n'y a pas de quoi pavoiser. Chaque année, c'est pire que la précédente. Tout cela me plonge parfois dans un état d'accablement qui peut durer plusieurs jours. Pour ne pas sombrer, je m'efforce d'écrire mais c'est très laborieux. J'ai quelques publications en préparation, mais cela me prend de plus en plus de temps à rédiger, à vérifier les sources, à ordonner les pensées. C'est comme ça.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes.

mardi 23 mai 2023

Ma créature de tous les jours

 
 
Voilà
Je souffre avec ma créature de tous les jours 
et j'aime avec ma créature de toutes les nuits, 
 mais derrière elle deux il est une autre créature 
qui n'est pas forcément moins pauvre,
avec quoi je palpe un peu les alentours du monde.

Je ne sais quand sont nées mes trois créatures, 
ni quand elles ont appris à se connaître, 
mais les trois écoutent quelque chose qui les appelle 
de derrière le néant 
et savent que le visible est une faille de l'invisible 
et peut-être même un appel de l'invisible, 
qui peut être est seul 
comme une autre créature 
et les attend elles trois
(Roberto Juarroz)
 

samedi 2 octobre 2021

Comme un bruit de plumes


ESTRAGON
toutes les voix sont mortes
 
VLADIMIR
Ça fait un bruit d'ailes
 
ESTRAGON
De feuilles
 
VLADIMIR
De sable
 
ESTRAGON
De feuilles
 
Silence
 
VLADIMIR
Elles parlent toutes en même temps
 
ESTRAGON
chacune à part soi
 
VLADIMIR
Plutôt elles chuchotent 

ESTRAGON
Elles murmurent
 
VLADIMIR
Elles bruissent
 
ESTRAGON
Elles murmurent
 
VLADIMIR
Que disent elles ?
 
ESTRAGON
Elles parlent de leur vie
 
VLADIMIR
il ne leur suffit pas d'avoir vécu
 
ESTRAGON
il faut qu'elles en parlent
 
VLADIMIR
Il ne leur suffit pas d'être mortes
 
ESTRAGON
Ce n'est pas assez
 
VLADIMIR
Ça fait comme un bruit de plumes 

ESTRAGON
De feuilles
 
VLADIMIR
De cendres
 
ESTRAGON
De feuilles 

Samuel Beckett in "En attendant Godot"
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samedi 13 février 2021

En cherchant un livre


Voilà,
Chick Corea, Louis Pons, Jean-Claude Carrière... ces derniers temps des artistes, qui ont stimulé mon univers sensible et intellectuel, qui m’ont aidé à penser, ont accompagné des périodes de création, ou m’ont simplement offert des moments de plaisir, ont quitté cette réalité. Ils furent les compagnons du jeune adulte en formation que les années passées depuis m'ont rendu de plus en plus incertain — je parle de celui qui s’efforçait de se frayer un chemin dans un monde hostile, incompréhensible bien souvent énigmatique. Leur disparition me rappelle à quel point leur œuvre fut autrefois précieuse. Je n’imaginais pas vieillir à l’époque, je ne songeais pas que cela fût même possible. Il m’arrivait parfois, en de très rares moments de me projeter dans cette vague et abstraite hypothèse, mais sans être en mesure d’en imaginer la condition ni l’état. Je connaissais peu de vieux et n’avais aucune empathie particulière pour ceux que je croisais. Je ne voulais surtout pas leur ressembler. D’ailleurs je faisais commencer la vieillesse bien plus tôt que je ne le fais maintenant. J’éprouvais pourtant une admiration sans borne pour Henri Michaux — déjà bien âgé —, mais s’il me semblait le comprendre à l’aune de nos expériences communes, (les drogues et l'hypocondrie), j’étais incapable de vraiment le ressentir aussi intensément que je le supposais. Pourtant je m’en sors pas mal. Je fais encore illusion. Les fées Kératine et Mélamine se sont penchées sur mon berceau. Ce sont bien les seules d’ailleurs...  On me croit plus jeune que je ne le suis à cause de mes cheveux noirs. Peut-être le suis-je vraiment d'ailleurs. Après tout n'ai-je pas perdu ma dernière dent de lait à 64 ans ? Cette apparente jeunesse me permet d'entendre des gens de mon âge ou parfois même ne l'ayant pas encore atteint, pérorer du haut de leur "expérience" et même m'expliquer la vie. Prenant l'air un peu con, non sans une certaine jubilation, je les écoute dispenser leurs théories souvent vaseuses et leurs prétentieuses considérations. Quand je suis très lassé de ces conneries, il m'arrive parfois d'avoir envie de leur balancer qu'à cinq ans je savais déjà à quoi ressemble un type égorgé et les tripes à l'air qui gît dans un fossé et quelques autres détails mais à quoi bon. Où je m'aperçois que j'ai franchement pris un coup de vieux dans la tête, c'est que les gens me fatiguent avec leurs histoires. J'ai déjà tant de mal à me rappeler des miennes...
Sur la photo du haut, il manque un élément. Le livre de Louis Pons consacré au dessin. Un ensemble de notes et d'aphorismes, sur lequel je n'arrive pas à remettre la main. Rien ne m'agace tant que ce genre de situation. En le cherchant — sans succès donc —, je suis tombé sur d'autres documents. En particulier un petit carnet où la mère de ma fille a noté toutes les choses horribles que j'ai pu dire pendant sa grossesse, tant j'étais paniqué. J'ai éprouvé non seulement une immense honte, mais un terrible chagrin et le remords de lui avoir infligé ça, elle qui est une bonne et très courageuse personne. Il lui en fallu de la force pour résister. Même si je n'ai pas été pris par surprise et que j'ai acquiescé à son désir d'enfant, l'attente de celui-ci a été pour moi une source d'angoisse terrible, que j'ai extériorisée, sans discernement. Je m'en suis voulu par la suite de n'avoir pas été capable de manifester de l'amour pour l'être-à- venir, et d'avoir tant récriminé sans soutenir celle qui le portait. C'est sûr que j'ai irrémédiablement déchu à ses yeux. Dans ces circonstances les femmes préfèrent un mâle protecteur, même quand elles on demandé à un vieil enfant de les féconder. Je ne suis devenu père que lorsque j'ai tenu ma fille dans mes bras. C'est comme ça. La première fois, je lui ai tout dit, tout raconté du difficile chemin qui m'a conduit vers elle, je lui ai dit que je l'aimerai toujours et promis que je serai là pour l'aider. Sans doute était-ce un peu prétentieux, puisque désormais je ne lui suis d'aucune utilité en maths en physique en chimie en biologie, mais elle s'en sort très bien sans moi.
J'ai aussi retrouvé des pages que j'avais écrites pour et par elle, alors qu'elle n'avait que huit mois. Elles sont justes. Elles sont belles. Ça a atténué l'état dans lequel je me trouvais. En fouillant par-ci par là à la recherche de ce satané bouquin, je suis tombé sur ces graffiti dont je ne me souvenais plus. Impossible de savoir de quand ils datent exactement. Les années quatre-vingt sans doute. J'ai toujours eu besoin de laisser sortir mes monstres. Ceux que j'appelle mes clandestins.

 

dimanche 9 septembre 2018

Dans le monde des hommes



Voilà
"Faire preuve de raison crée des conflits. Laisser parler son cœur mène à la dérive. Imposer sa volonté est source de fatigue. Bref il n'est pas facile de vivre dans le monde des hommes". Natsume Soseki in Oreiller d'herbes)
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dimanche 8 avril 2018

Hypocondrie


Voilà,
pendant une grande partie de sa vie, il s'était beaucoup préoccupé de sa santé, manifestant même une propension certaine à l'hypocondrie. Puis après avoir compris que cette névrose ne lui appartenait pas, qu'elle avait été transmise par sa mère il était parvenu après bien des années à cesser de trop s'écouter, et de fréquenter les médecins pour un oui ou pour un non. C'est précisément à ce moment que la maladie s'insinua dans la vie de Louis-Hubert Argant.
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jeudi 8 février 2018

Une Tête



Voilà,
"on se demande parfois, si la grande erreur dans la vie n'est pas de croire que la tête a été faite pour penser"
(Ramon Gomez de la Cerna)
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jeudi 25 janvier 2018

J'appelle




Voilà
Qu’est-ce que je fais ?
J'appelle
J'appelle
J'appelle
Je ne sais qui j'appelle.
Qui j'appelle ne sait pas.
J'appelle quelqu'un de faible,
 quelqu'un de brisé
quelqu'un de fier que rien n'a pu briser.
J'appelle.
J'appelle quelqu'un de là-bas,
quelqu'un au loin perd
quelqu'un d'un autre monde
(C'était donc tout mensonge ma solidité ?)
J'appelle.
Devant cet instrument si clair,
ce n'est pas comme ce serait avec ma voix sourde.
Devant cet instrument chantant qui ne me juge pas,
qui ne m'observe pas,
perdant toute honte, j'appelle,
j'appelle
j'appelle du fond de la tombe de mon enfance,
qui boude et se contracte encore,
                du fond de mon désert présent                 
j'appelle
j'appelle.
L'appel m'étonne moi même.
Quoique ce soit tard, j'appelle.
Pour crever mon plafond sans doute surtout
j'appelle.
                                                                                 (Henri Michaux "Passages")
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première publication 25/01/2018 à 00:05
 

lundi 15 janvier 2018

Irréductibles



Voilà,
je me souviens du choc ressenti devant des dessins réalisés au début des années 70 par un chaman Yanomami auquel on avait donné crayons feuilles et stylos alors qu'il n'avait encore jamais vu d'images et ne connaissait pas l'écriture. La représentation de l'espace s'y apparentait nettement à celle des dessins d'enfants. Pourtant s'y donnaient à voir les paysages de la transe et de l'hallucination, ceux du voyage intérieur et des mythes ancestraux qu'il avait reproduits. Ces traces constituaient une rupture majeure dans un milieu au mode de transmission uniquement oral, témoignant de l'irruption violente de la modernité au sein de cette micro-société archaïque et jusque-là préservée. Il y a quelques années j'ai appris qu'il existe encore cependant de rares endroits toujours difficilement accessibles et hostiles comme les îles Adaman dans l'Océan Indien et en particulier l'îlot des Sentinelles, où une population indigène irréductible vit comme il y a quinze mille ans et se méfie des étrangers, les chassant à coup de flèches lorsqu'ils s'approchent du rivage. Moi aussi j'ai mes sauvages.

mercredi 11 octobre 2017

Les vieux Camarades (portrait de groupe)


Voilà,
quand je m'ennuyais – pendant des lectures, des réunions, des débats, des conversations téléphoniques, des cours, des discussions dramaturgiques – la main cherchait à pallier le désœuvrement, et c'est alors qu'ils débarquaient, les vieux copains. Ni jamais vraiment les mêmes ni tout à fait autres, ils passaient me dire bonjour. Je crois que je les ai connus sur les bancs de la fac. Souvent, il m'est arrivé de m'agacer de leurs visites. Toujours un peu parasites plutôt très négligés, la plupart du temps ils rappliquaient à poil, ou dans des accoutrements stupides – ils adoraient les chapeaux chinois allez savoir pourquoi –. Mais je ne pouvais pas les empêcher. Aujourd'hui encore ils m'occupent d'une certaine façon, sans que je ne sache si c'est pour me distraire ou me coloniser. Plus rares ou plus discrets ces derniers temps, certes, mais pas moins sournois pour autant, ils préférent s'attarder en coulisses. Est-ce à cause de cette course contre la montre qui paraît s'engager ?  On le voit bien ce ne sont pas de grands sportifs. Ils n'aiment rien tant que bader. M'en suis-je lassé ? Ou eux de moi ? Tant qui se détournent ces derniers temps, me trouvant trop sombre sans doute, ou plus très utile. Je fais néanmoins tout mon possible pour donner le change. Je rassemble ce qu'il me reste de forces essayant d'en faire bon usage. Bien sûr, je ne pisse plus très dru à présent et j'ai les articulations douloureuses, je peine en côte, mais sur le plat j'ai encore un bon coup de pédale.
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jeudi 5 octobre 2017

Considérations administratives


Voilà,
passé un certain âge, quand on renouvelle un passeport, on redoute toujours un peu d'expirer avant lui
(mais par chance aucun visa n'est requis pour mourir)
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mercredi 24 août 2016

L'Importun

Voilà,
il n'était pas attendu celui-là il a débarqué comme ça.
Il a convoqué ma main mon crayon à mon corps défendant.
Enfin non pas tant que ça il y avait de la tentation.
Un crayon un crayon tout de même. 
Un crayon.
La tentation des gestes anciens.
il me semble que parfois je les perds ce sont eux qui me sauveront c'est sûr ai-je alors songé.
Donc petit à petit il est apparu comme ça il a réclamé ses traits les a eus.
Mais quand même il a fallu que je le passe à la machine.
Pas pu m'empêcher non / je suis lié à la machine.
La machine est une extension de moi.
Je m'en méfie cependant / de plus en plus je m'en méfie.
Ses sollicitations sont sournoises.
Me happent parfois vers des enfers que je m'efforce de retranscrire à ma façon.
Mais c'est éprouvant.
Bref l'ai passé à la machine  assez bien passé je pense.
Me regarde d'un drôle d'air mais c'est comme ça.
Voilà je ne l'attendais pasmais il est là.
Va falloir consentir à un peu de sympathie pour lui. 
Pas très avenant semble-t-il au premier abord.
A l'air de me reprocher quelque chose mais n'y suis pour rien.
C'est lui qui est venu me chercher / a voulu que je l'aboutisse comme ça
L'a pas du envisager qu'il passerait à la machine.
Me promener dans les formes que me suggère la machine j'aime ça.
Jouer avec la machine lui faire des propositions absurdes incongrues J'aime ça aussi.
parce qu'elle répond.
La machine répond toujours quand il s'agit de générer des formes.
Se fout de savoir où et quand elle a été fabriquée.
Mais sollicitez là délicatement
et il est possible qu'elle vous soumette alors des visions auxquelles vous n'aviez pas songé.
Donc c'est sur lui que c'est tombé.
bah oui fallait pas apparaître.
Cette apparition m'a laissé perplexe.
Elle s'est improvisée comme ça.
Oui bien sûr je l'ai laissée venir je lui espérais une chance.
Et puis j'ai voulu voir un peu plus loin.
A un moment je me suis dit 
mais qu'est ce qu'il fait celui-là pourquoi il est là pourquoi il s'arrête ?
Il est là donc peut être las aussi peut-être ailleurs déjà.
Peut-être ne voulait-il que passer
Il n'avait pas conscience de sa forme
Peut-être était-il déjà prêt à se transformer encore mais non.
C'est comme ça que ça s'est passé


Donc il est là dans son cadre 
à ce stade de son évolution de sa métamorphose on peut appeler ça comme on voudra
ou ne pas l'appeler  / non ne pas l'appeler /c 'est aussi bien à ce stade
A moins 
à moins qu'il ne fut cet invité surprise dans le crayon.
Que sa forme ait été tout entière déjà dans le crayon.
Et que la forme dans le crayon savait qu'elle passerait à la machine.
Sans aucune idée toutefois de ce qui adviendrait après la machine.
car les formes pensent.
Les formes sont vivantes elles viennent vers nous
Elles se proposent comme un divertissement
Les formes nouvelles
comme disait Treplev
je les vois partout
Ce sont des sons ce sont des images ce sont des gens avec des petites machines dans lesquelles il se mirent.
Le monde des vivants a pris une autre forme depuis l'apparition des petites machines.
Les dos sont voutés, les pouces hypertrophiés, ils avancent aveugles et courbés.
Mais lui dans le cadre il me regarde.
Il me regarde.
Je lui trouve un air de lutteur fatigué.
Il est encore un peu coincé dans son ancêtre qui était un insecte.
Et puis cette tête sur ce corps c'est pas de chance.
Ce corps non plus c'est pas d'chance.
Mais il est assez abouti dans son pas-de-chance;
il est là donc
dans la réalité
Peut-être va-t-il en appeler d'autres.
C'est bien possible ça
Peut-être est il tribu tapie dans la page blanche.
Mais il est possible aussi que la tribu se trouve tranquille dans la page blanche.
Et qu'elle veuille y rester.
Juste un affaire de crayon.
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jeudi 21 avril 2016

Au dépourvu


Voilà,
le paradoxe est que je ne vois plus vraiment ce que je photographie. Je l'entrevois juste. Je ne perçois en fait qu'une partie du champ dont la profondeur m'échappe. Je ne saisis le relief que très approximativement. Il en a toujours été ainsi, même si désormais tout devient de plus en plus imprécis, non pas flou mais vague. Faire le point, et là je ne parle pas seulement de faire le point avec un appareil photo, non faire le point sur un visage ou un regard pendant une conversation, ou pour lire plusieurs pages d'affilée exige un intense et toujours plus difficile effort de concentration. A présent j'aperçois plus que je ne regarde ou ne distingue. Mon attention de plus en plus flottante n'opère que par intermittence et relève de fait plutôt de la distraction. Les choses sont là, d'accord, mais elles me parviennent plutôt comme une rémanence que comme une réelle apparition.
Parfois des genres de phosphènes (mais ils ne sont pas - du moins pas pour l'instant - aussi perturbants que les acouphènes peuvent l'être pour l'ouïe) se disséminent en de petits points brillants ou en de minuscules billes flottant entre regard et vision. Il arrive aussi que des sortes de filaments semblent glisser dans une substance aqueuse. C'est un peu embarrassant chez le boucher ou pendant une réunion professionnelle qui devient une sorte de dispositif à la Yayoi Kusama. Chose étrange, en rêve ce phénomène ne s'est encore jamais produit. Mais je sens bien que ça se modifie qu'il faut en profiter tant qu'il est encore temps. L'autre jour, dans le ciel, il m'a semblé qu'un oiseau se dédoublait. Sur un tableau de bord, je mélange les boutons, je ne reconnais plus les sigles, je ne mémorise plus les informations. Dans la salle de bains je confonds les étuis. Mais au fond, ce n'est peut-être pas simplement qu'une affaire d'usure des organes. Il se peut que cela soit aussi une disposition psychique pour me détourner de la réalité, la fuir. La transformer pour y trouver autre chose que ce que j'y vois et qui me semble souvent si tristement terne. Je peux encore m'émouvoir d'une belle lumière, d'un paysage, un détail peut me sauter aux yeux et prendre toute la place. Évidemment, je sais ce qui continue d'attirer mon regard dans les rues. De plus en plus souvent je pense au travail d'Evgen Bavcar, ce photographe aveugle. Peut-être faudrait-il que je m'intéresse d'un peu plus près à tout cela désormais, pour ne pas être pris au dépourvu. "Dépourvu", comme il me paraît soudait étrange ce mot dans ce contexte. Ça existe le verbe dépourvoir ? Faut que je vérifie.
(...)
Ben oui ça existe. La définition c'est "priver de ce qui est utile, indispensable". En fait c'est le contraire du verbe pourvoir dont la première définition est pour le Larousse "Donner quelque chose à quelqu'un, l'en doter, en parlant d'une puissance supérieure". Exemple : La nature l'a pourvu d'un physique agréable. Ouais bof. C'est vrai qu'il m'arrive parfois d'être beau gars quand je suis bien coiffé mais tout de même faut pas exagérer.

dimanche 17 avril 2016

Face aux Apparences



Voilà,
l'impossibilité de parler. Lui parfois si disert en certaines circonstances, si prompt à la conversation lorsque l'échange est organisé, cadré, en quelque sorte ritualisé, le voilà qui se heurte en d'autres moments (au téléphone surtout) à l'impossibilité de l'adresse. Le moindre coup de fil à passer lui paraît une épreuve insurmontable. Que l'on vienne à l'appeler,  malgré la solitude qui lui pèse, il ne se déplacera même pas vers l'appareil. Dans ces moments il voudrait totalement disparaître et même ne jamais avoir été. Souvent le gagne, lorsqu'il socialise, la pénible impression de jouer un rôle, de le surjouer même. C'est un effort terrible, même s'il n'en laisse rien paraître. L'enfant qu'il est resté n'a jamais été trop à l'aise dans son corps d'adulte. Alors il griffonne, dessine dans les marges. Les visages, les silhouettes qui viennent à lui sont ses compagnons clandestins, le peuple d'une région sauvage et fantôme où rien ne se dit, mais où dans le silence s'exprime cependant l'étonnement d'être là. 

lundi 18 mai 2015

Tenir, quoi qu’il en soit


Voilà,
"Je constate que je vieillis ; un signe qui ne trompe pas est le fait que les nouveautés ne m'intéressent pas ni ne me surprennent, peut-être parce que je me rends compte qu'il n'y a rien d'essentiellement nouveau en elles et qu'elles ne sont tout au plus que de timides variantes" écrit José Luis Borgès dans "Le livre de sable". Et si finalement je n'étais pas aussi vieux que me le suggère parfois mon corps ? Car je parviens tout de même à me réjouir de certaines applications graphiques nouvelles qui me rendent la tâche plus simple et immédiate, m'évitent de me salir les doigts, me permettent de dessiner, ou de traficoter des photos loin de chez moi, dans les transports, les chambres d'hôtel. Autant d'outils grâce auxquels je peux me maintenir en activité, bien qu'improductif au regard des critères actuels. C'est aussi ça qui me préserve de la folie dans un monde où les valeurs de l'humanisme tendent à disparaître, où le cynisme des grands capitalistes est sans borne, où tant de choses concourent au formatage et à l'asservissement généralisés. 
(première publication 18/5/2015 à 00:11)
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lundi 12 janvier 2015

Impuissante Colère


Voilà,
Je dois à Murièle Modély  — dont je recommande par ailleurs la consultation du site "l'œil bande" et la lecture de ses recueils de poésie — , la découverte de ce texte, qui me semble d'une effroyable actualité : "Une société en déficit de représentation oscille en effet entre la passivité et les peurs. Elle tend à être dominée par le ressentiment, qui marie la colère à l'impuissance, et ne peut donc penser concrètement l'action sur elle même. Elle doit en effet sans cesse simplifier et caricaturer le réel pour espérer le rendre malléable. La mal représentation conduit à gommer la réalité, à le rendre indicible. Un rapport simultanément magique et soumis au monde se durcit sur cette base. La société finit par ériger des boucs émissaires en uniques causes de tous ses maux et à ne plus pouvoir s'appréhender que sous les espèces d'un bloc indistinct en butte à des puissances maléfiques radicalement étrangères. En même temps la politique est de plus en plus violemment rejetée et assimilée à ce qui est structurellement extérieur à la vie des gens. C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise etc."
Le parlement des invisibles, Pierre Rosanvallon, (Raconter la vie), Seuil, 2014
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