jeudi 30 janvier 2020

Poussière


Voilà,
elle est partout la poussière, sur l'aspirateur supposé aspirer la poussière, sur le chiffon à poussière bien sûr, sous les meubles sur le dessus les meubles là-haut tout en haut, sur la tranche des livres, sur les enceintes, dans ma mémoire, sur les cadres des tableaux, sur la tranche des portes, sur les plainthes, sur le rebord des marches, en suspension dans l'air, entre la machine à laver et le mur, derrière le réfrigérateur, sur le disque dur externe, sous la table du salon, sous le canapé, sur les tissus d'ameublement dans le petit théâtre en carton, sur l'objectif de l'appareil photo, sur le rouleau de scotch, poussière tu es poussière tu retourneras à la poussière, m'en fous ne l'ai jamais quitté, respire la poussière depuis tout le temps et j'époussette au dessus de l'encadrement de la porte et je balaye devant la porte derrière la porte, le pire concerne les objets les bibelots, la poussière infatigable revient tout le temps quand tu crois aérer c'est encore de la poussière que tu invites et qui pénètre chez toi, elle se fixe sur les boîtes de crayons se colle au plafond de la cuisine à l'intérieur des abat-jour sur les ampoules électriques c'est pénible la poussière l'inépuisable poussière à nouveau, nous sommes tous poussière d'étoiles, paraît-il je veux bien c'est joli, c'est poétique, poussière des astres, désastres de la poussière, tant d'étoiles qui ne brillent plus, grisaille déjà, respire mal, sombre bientôt, sombre oui, corps et maux, bientôt noir, fondu au noir et fin de l'histoire
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dimanche 26 janvier 2020

Travailleur à domicile


Voilà,
"Tout le monde est d'une certaine manière occupée est employé comme travailleur à domicile. Un travailleur à domicile d'un genre pourtant très particulier. Car c'est en consommant la marchandise de masse – c'est-à-dire grâce à ses loisirs – qu'il accomplit sa tâche, qui consiste à se transformer lui-même en homme de masse. Alors que le travailleur à domicile classique fabriquait des produits pour s'assurer un minimum de biens de consommation et de loisirs, celui d'aujourd'hui consomme au cours de ses loisirs un maximum de produits pour, ce faisant, collaborer à la production des hommes de masse. Le processus tourne même résolument au paradoxe puisque le travailleur à domicile, au lieu d'être rémunéré pour sa collaboration, doit au contraire lui-même la payer, c'est-à-dire payer les moyens de production dont l'usage fait de lui un homme de masse (l'appareil et, le cas échéant, dans de nombreux pays, les émissions elles-mêmes). Il paye donc pour se vendre. Sa propre servitude, celle-là même qu'il contribue à produire, il doit l'acquérir en l'achetant puisqu'elle est, elle aussi, devenue une marchandise."  (Gunther Anders in "L'obsolescence de l'homme)"
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vendredi 24 janvier 2020

Paris contemporain


Voilà, 
tu te souviens ce jour là en compagnie de ta fille, t'être arrêté pour cadrer, et lui avoir confié, que tu n'aimais pas du tout prendre ce genre de scène mais que là tu ne pouvais t'en empêcher, car tu y voyais quelque chose de vraiment révélateur du Paris contemporain, avec d'un côté cette accumulation de trottinettes électriques encombrant les trottoirs et de l'autre une réfugiée du Moyen-Orient, comme il s'en trouve de plus en plus, même dans les quartiers bourgeois. Tu as ensuite ajouté reprenant ta marche, qu'il te semblait que les autorités préféraient les laisser crever à petit feu aux yeux de tous, plutôt que de les loger décemment en attendant qu'ils soient établis dans leurs droits au regard des règles internationales. C'était, disais-tu, une façon de susciter leur rejet par les habitants, afin que la population trouve normales les opérations de "nettoyage humain" qui ne manqueraient pas de se produire dans les prochaines années, pour rendre, par exemple à l'approche des Jeux Olympiques, à la ville un aspect plus présentable.
D'ailleurs, le Journal officiel a récemment relaté le fait que la France vient de rembourser plus d’un million d’euros d’argent européen destiné de l’accueil des réfugiés sur le territoire et qui n'a pas été utlisé. Si l'on n'a pas recouru à ces fonds, c'est principalement en raison de la complexité décourageante des dossiers administratifs d'appels d'offre de l'État français en direction des associations. Et sans doute aussi parce que la politique de maîtrise des flux migratoires a pris le pas sur la politique d'asile. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 22 janvier 2020

Quand viendra le printemps



Voilà,
Quand viendra le printemps, si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts
qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.
J'éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.

Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon
en son temps ?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même
si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et tout est précis.
 On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.
Fernando Pessoa

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dimanche 19 janvier 2020

Sage comme une image


Voilà,
La promenade c'est bien.
Souvent on y entend ou on y voit des choses surprenantes, et délicieusement incongrues.
Quelqu'un par exemple qui dit "ça fait un peu jeu paquet de céréales".
Ou un autre qui s'exclame "elle est trop belle elle a plein de sœurs"
En promenade les pensées s'agrègent de façon chaotique.
Est-ce pour cela que l'errance est un autre mot pour désigner la folie ?
Parfois les gens causent un peu trop fort.
Ecouter certaines personnes médire de de leurs connaissances permet de comprendre comment ils parlent aux autres de vous.  
De temps en temps, dans la rue des silhouettes que je crois reconnaître semblent jaillir du passé.
Mais cela peut aussi se produire dans la nature quand je suis seul.
Des visages autrefois familiers surgissent furtivement (il suffit d'une odeur de pins et de fougères humides)
On flâne souvent avec des morts
A Paris si je je vois écrit quelque part Pont Mirabeau alors la chanson me revient en tête.
Je peux ensuite la fredonner  pendant des heures sans même m'en rendre compte.
Il n'est pas nécessaire de sortir pour être ailleurs.
Parfois je revisite de vieux rêves, jadis consignés lorsque j'étais encore un homme sans postérité.
Il m'arrive aussi de tomber sur des notes énigmatiques répertoriées sur mon smartphone.
Ainsi :
le réflexe de Babinski, c'est quand on a les orteils en bouquet de violette
Le chameau a autant de bosses que de syllabes n'en déplaise au cigarettier.
Chez Verrocchio on préfère la peinture à l'œuf chez Pollaiuollo la peinture à l'huile
  les notes de Kafka sont à l'expérience historique, ce que la géométrie non euclidienne est à la géométrie empirique.
Comment parfois ne pas demeurer perplexe?
Quoiqu'il en soit
chaque journée est une nouvelle aventure mais chaque matin il faut aussi renouer avec le dépit d'être soi-même.
Et aussi avec toute une macédoine de pensées et d'images de réflexions à peine ébauchées
de réminiscences de constats
par exemple on se rappelle que l'actrice Maya Vignando ressemble au "Nu au divan" de Marquet,
et de fil en aiguille
que Gabriela Baumbrück avec qui je passais des après midi à tirer des photos et à bavarder
tout en buvant de la becherovka pendant que le lecteur de CD jouait en boucle l'album de John Coltrane et Duke Ellington
Gabriela donc ressemblait alors l'actrice Lucia Bosè qui a joué dans des films d'Antonioni
(mais je ne m'en suis rendu compte que bien plus tard)
Un souvenir en convoque un autre pour une raison indéterminée.
La fois où ma fille de cinq ans, voyant un champ d'éoliennes par la vitre de la voiture s'était exclamée "elles ont toutes la même manière".
Le jour où, peu avant la pause de midi, Michel par provocation sans doute,
avait, sur le plateau de la Scène nationale d'Alençon, déclaré
"J'éclaire l'espace pas les comédiens".
 Cette fin d'après-midi où dans une rue en terre battue de Djelfa, ma mère avec sa 4CV m'a renversé  et failli m'écraser.
Une triste nuit dans un hôtel d'Amsterdam.
Se remémorer que,
"Pays sans chapeau" de Denis Laferrière est un livre vraiment génial,
que
ce film de David Byrne, intitulé "True stories" que j'avais trouvé vraiment bien à sa sortie, ça vaudrait le coup de le revoir,
que
la fragrance sucrée qui me saisit parfois et me renvoie à l'enfance et celle du labdano.
(Je l'avais enfin identifiée au Palazzzo Mucenigo de Venise quand je visitais le musée des parfums en compagnie de ma fille)
qu'il
existe, au 26 rue Tiphaine à Paris, un restaurant coréen, paraît-il excellent et peu onéreux, où il faudrait déjeuner un de ces jours,
que,
un bouquiniste à l'accent marseillais qui a sa boite face à l'académie française m'a fait découvrir Lenny Tristano,
qu'à huit ans
 il me semblait n'avoir que des souvenirs, pas seulement les miens mais aussi ceux de mes parents, qui toujours parlaient du passé.
Et puis devant ce mur j'ai repensé à ça,
à l'expression sage comme une image et à la tentation de se taire définitivement pour ne plus rien faire d’autre qu'écrire et dessiner
Ou bien parler mais simplement pour interpréter les textes des autres.
Mais,
impossible je suis une vraie pipelette.
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vendredi 17 janvier 2020

Comme si de rien n'était



Voilà,
Il est difficile de marcher d'un pas léger. Il faudrait pouvoir faire abstraction du monde tel qu'il va, ou plus justement tel qu'il ne va pas. Impossible d'écouter une radio, de lire les actualités sur le net sans tomber sur des nouvelles alarmantes. Oh pas seulement les bruits de bottes au Moyen-Orient ou la prolifération des populismes, l'écart sans cesse grandissant entre les riches et les classes moyennes en voie de paupérisation dans les pays occidentaux ou encore les désastres écologiques disséminés sur la planète et j'en passe. Je sais bien qu'en être affecté ou pas ne change rien à la marche du monde. Que la vie n'en continue pas moins pour autant. Cela fait tant d'années que cela déconne. Une nouvelle chasse l'autre, un massacre succède à un carnage, on s'en émeut et puis on oublie. Les saisons rythment les catastrophes auxquelles on finit par s'habituer. Il y a la saison des naufrages de migrants en Méditerranée, celle des ouragans aux Caraïbes, des incendies estivaux dans chacun des hémisphères. De temps à autre une éruption volcanique ou une nouvelle pandémie fait événement et rompt le cycle prévisible des calamités. Ce qui est étrange ce que cela ne mobilise ni les peuples ni les politiques. C'est comme si on n'avait décidé qu'il n'y a pas d'alternative aux désastres en cours et que de toute façon les choses se règleront d'elles-mêmes. 
Donc je marche encore dans les rues de cette ville, je fais des photos, quelquefois. Mais, ces jours-ci, cette sensation d'Absurde, et d'Inéluctable me hante plus que d'habitude. Je fais comme si de rien n'était, mais le cœur n'y est pas vraiment. J'ai toujours la tête un peu ailleurs. Par exemple, quand je me suis attardé devant cette vitrine, c'est à l'Australie que je pensais. Oubliés les inondations de l'année dernières, les troupeaux noyés, les crocodiles dans les rues...
Les tragiques événements survenus là-bas ces dernières semaines donnent beaucoup à réfléchir. Comme le fait fait remarquer sur sa chaîne Youtube un dénommé Vincent que je cite largement ici à l'attention de mes correspondants non francophones, ce pays, l'un des plus riches de la planète (premier exportateur mondial de charbon, deuxième exportateur de gaz) doté d'un système de démocratie représentative s'est trouvé,  — d'ailleurs peu de temps après que ses représentants aient saboté les négociations de la COP 25 au nom d'intérêts économiques —  confronté à une catastrophe climatique d’une ampleur phénoménale provoquée et aggravée par le réchauffement climatique.
La réaction de ses dirigeants donne une idée de la manière dont la civilisation thermo-industrielle va dans les décennies qui viennent, se comporter face aux catastrophes qui en raison du désordre climatique ne manqueront pas de survenir et de proliférer, se manifestant sous des formes variées, que l'on peut d'ores et déjà observer : ouragans de plus en plus vastes, tempêtes surpuissantes, incendies gigantesques, inondations, phénoménales avec une infinité de dommages collatéraux dont chaque jour nous révèle l'ampleur insoupçonnée.

 Confronté au ravage de son écosystème, le pays, premier exportateur de charbon, ne modifie en rien le cours de sa production. Business as usual. On est à la fois dans le déni, l'impuissance, due en particulier à une absence totale d'investissement dans la prévision du risque, et à l'aveuglement résumé par cette remarque de Proust "les faits ne pénètrent pas le monde de nos croyances".  Autrement dit, plusieurs milliers d’animaux sauvages meurent, des espèces disparaissent à tout jamais parce qu'elles ne vivent que dans certains écosystèmes de l'Australie, et que se passe-t-il ?  le coût de ce désastre n'est évalué qu’à partir des pertes liées au tourisme. On ne  compte que les pertes du bétail et pas celles des animaux sauvages. Un gouvernement qui comptabilise en ces termes fait forcément fausse route.
Si on ce trompe dans la manière dont on évalue une situation, on se trompe évidemment dans les solutions qu'on va y apporter. C'est le diagnostic qui suggère le remède.
Ainsi lorsque les feux de brousse se sont rapprochées de Sydney, la ville a alloué 620 000 $ australiens à la lutte contre les incendies. Mais dans le même temps elle avait déjà déboursé 6,5 millions de dollars australiens pour l'organisation du feu d’artifice du Nouvel An. C'est ce qui s'appelle avoir le sens des priorités.
Il faut prendre la mesure de ce qui s'est passé. Les incendies Australiens se sont avérés si puissants qu’ils ont généré leur propre microclimat, leur propres orages, foudre, vents violents qui créent de nouveaux incendies. L’incendie  a créé de nouveaux incendies. C'est ce que les pompiers appellent un impossible opérationnel
Comme pour Fukushima (mais qui s'émeut, qui pense à Fukushima aujourd'hui, à part ses victimes collatérales et ceux qui tentent de circonscrire ses ravages) une fois de plus l’Humanité a vu un pays pourtant riche, incapable de faire face à une catastrophe qui va se répéter en raison des choix économiques des cent dernières années. Pire encore, elle a pu constater l'indifférence des dirigeants de ce pays face à la situation avec un premier ministre parti se bronzer à Hawaï qui n'est revenu que sous la pression de l'Opinion publique.
On a bien évidemment vu alors se multiplier, pour conjurer désespoir, le beau hashtag "pray for Australia", et les foules s'en remettre à une hypothétique puissance divine pour corriger les conséquences des choix économiques et politiques. Mais plutôt que de prier n'aurait il pas mieux valu écouter les scientifiques qui disent depuis des années que les feux de brousse sont  aggravée par le réchauffement climatique lui même causé par les émissions de CO2 liées aux activités humaines ? 
Si on les avait écoutés, l’Australie n’aurait pas augmenté ses émissions de cO2 de 46% depuis les années 90. Le vice-premier ministre a balayé cet argument avec morgue et mépris en déclarant que ceux qui faisaient le lien entre incendies et réchauffement climatique étaient des tarés de centre ville.  
Tous ces gouvernants détruisent leur propre pays pour répondre aux exigences des oligarchies financières et  servir les intérêts des groupes industriels soutenus par la presse de Murdoch. Et peu importent les "angry summers"
Le rendement agricole de l'Australie a été divisé par deux en 2019 en cause des cycles de sécheresse suivi d'inondations qui ravagent les sols. Il faut aussi ajouter à ce propos que ce pays est précurseur dans le domaine de la privatisation de l'eau. Le prix de l'eau ayant atteint des sommets avec cette canicule et ces incendies, les agriculteurs ne peuvent pas arroser comme il veulent leurs terres donc ils achètent le minimum d'eau. donc ce processus va aller croissant. Pour la première fois depuis 10 ans l'Australie importe des céréales. Mais le premier ministre a déclaré, à propos de la transition écologique "nous n'allons pas nous engager dans des objectifs irresponsables, destructeurs d'emploi et nuisibles à l'économie". L'emploi donc, avant l'autosuffisance alimentaire. Ils mangent quoi les employés ?
Et en même temps l'emploi c'est le business. Une petite comparaison d'ailleurs. Les feux actuellement en Australie c'est 350 millions de tonnes de CO2.  Les exportations annuelles de gaz et de charbon de l'Australie c'est 1200 millions de tonnes de CO2 émis dans l'atmosphère 
Ainsi lorsque l'économie fonctionne parfaitement bien, elle détruit toujours plus l'équilibre climatique que précisément  les catastrophes climatiques qui en découlent.
Faut-il en conclure que pour maintenir le statu quo il n'hésitent pas à détruire le monde ?
Quoiqu'il en soit ils ne savent pas réparer (comme à Fukushima).
Seulement détruire. Détruire toujours plus. 
Que des dromadaires sauvages, en quête d'eau s'approchent des habitations, la seule solution trouvée c'est d'en abattre 10 000 à l'aide de snipers depuis des hélicos.
Aujourd'hui les chameaux demain les humains.
C'est évident c'est comme ça que ça se passera.
C'est déjà la même logique qui est à l'œuvre en Méditerrannée avec les migrants qui fuient la misère.
On ne les tue pas encore, on les laisse juste se noyer.  
Une société qui ne sait pas répondre ou répond tellement mal, est une société en échec..
Le pire c'est qu'il est vraisemblable que de leur point de vue la catastrophe est bien gérée.  Il n'y a pas trop de pertes humaines, la pénurie alimentaire est évitée par les importations. Il n' y a pas vraiment de désordre, on peut maintenir le feu d'artifice et buter les dromadaires gênants, le secteur de l'économie qui est le plus important pour ce gouvernement n'est pas impacté, l'économie du charbon prospère. Et tant pis si dans dix ans des milliers de gens seront atteints de troubles respiratoires.
Combien de temps ce déni va-t-il durer ? Le coût est trop grand. On voudrait croire que ce coût pourrait bouleverser nos prétentions de toute puissance et nous rendre humble face à la nature.
Est ce que la croyance tes hommes dans l'ingéniosité la créativité le développement technologique pour faire face au dérèglement climatique s'effondre au regard des piètres résultats qui sont obtenus ? Non pas du tout.
La mentalité générale, est de penser qu'à un moment la situation sera tellement critique, qu'une prise de conscience s'opèrera. Mais on est déjà au seuil critique. Cependant comme on peut encore aller au restaurant, prendre l'avion, se chauffer, que nos habitudes ne sont pas encore bouleversées, que la catastrophe est toujours pour l'autre, on continue de procrastiner. Sauf évidemment, ceux qui ont tout perdu.
Ceux qui détiennent aujourd'hui le pouvoir pour défendre leurs intérêts et qui sont incapables de trouver des solutions au présent, ne lâcheront rien et s'accrocheront à leurs prébendes. Les pays riches érigent des murs pour refouler au loin les cohortes de miséreux. Et dans leurs frontières, ils s'efforcent de mater toute contestation. Ils maintiennent une partie des populations dans un servage consumériste, dressant les classes moyennes contre les plus pauvres  (celui qui gagne un million dit à celui qui gagne mille, que tous les problèmes sont dûs à ceux qui gagnent cent et ça marche).  Mais bon, à quoi sert il de ressasser tout ça, cela fait si longtemps que l'on sait... Peut-être y-a-t-il un tropisme destructeur  et suicidaire inhérent à la nature humaine... (Linked with weekend reflection)

jeudi 16 janvier 2020

Pas encore lus 積ん読


Voilà,
une liste de livres dont j'ai noté le titre sans pour autant les avoir encore lus, ni même achetés ou empruntés à la bibliothèque
et peut-êtte d'ailleurs ne le ferais-je jamais
"La persuasion et la réthorique" de Carlo Michelstaedter
"Personne(s)" de Sarah Chiche
"600 exercices à l'usage des acteurs" de Patrick Pezin
"Je vous laisse juge" de Luc Frémiot
"A la manière de " par Paul Reboux et Charles Muller
"Mes rêves" d'Adorno
"Train de nuit pour Lisbonne" de Pascal Mercier
"Vers une écologie sémiotique de la culture" Pierluigi Basso Fossali 
"De la visibilité" de Nathalie Heinich
"La chair interdite" de Diane Ducret
"Terre à ciel" de Carlos Drummond de Andrade
"Clavel Soldat" et "33 jours" de Léon Werth
"Le Sergent dans la neige" de Mario Rigoni Stern
"De la tragédie grecque comme art politique" de Christian Meier
"la langue du troisième Reich" de Viktor Klemperer
"Life" de Keith Richards
"Faits" de Marcel Cohen
mais j'en ai tant déjà qui sont empilés au pied de mon lit.
Il existe d'aillleurs un mot japonais pour désigner la pratique qui consiste à empiler les livres sans les lire
"Tsundoku"
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lundi 13 janvier 2020

Trois Motifs sombres





Voilà,
de quarts d'heure en quarts d'heure passés à des occupations ineptes et dénuées d'intérêt, on repousse l'idée de la mort, qui est cependant bien là au travail. Bien sûr ce n'est pas l'apaisement qu'on va chercher dans la contemplation de l'éphémère, du fugace, de l'à-peine-visible, de ce qui a priori ne mérite pas de retenir l'attention, tout au plus un répit. Enfant on pouvait s'émerveiller du frémissement d'une feuille, car ce frémissement-là semblait receler tout le mystère su monde. La caresse du vent sur la joue était une énigme, le mouvement des nuages toujours changeants un enchantement sans cesse recommencé.
Pour ma part je m'étonne encore des ombres, celles des chantiers, par nature transitoires, qui jamais ne se représenteront comme telles. Au fond ne suis pas déjà un peu comme elles ?



dimanche 12 janvier 2020

Nous sommes de trop



Nous sommes de trop.
Ici ou n'importe où :
quelque part nous sommes de trop.
Nous sommes l'excédent
de quelques pierres transversale du destin.

La musique est faite
des foulées d'un adroit animal
qui s'approche et soudain disparaît.
Les paroles sont les spasmes minuscules
d'une herbe menue qui a trop hâte de pousser
et ne trouve pas son propre soleil, sa propre pluie.
Les amours ou personne,
les amours avec personne,
ou personnes avec ses amours,
sont des orphelins qui tètent
à un sein depuis longtemps épuisé.

Les dieux qui sont tombés,
les dieux qui ne tombent pas
parce qu'ils n'ont jamais été en haut,
la forêt non végétale des dieux,
dialogue uniquement
avec la ligne d'horizon qui nous cerne.

Les mains, qui furent jadis
et les choses qui ne furent jamais
S'ajustent dans ce nœud
qui n'emprisonne rien.
Non, il n'y a pas que nous seulement :
tout est de trop.
Ici ou ailleurs.
(Roberto Juarroz)
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jeudi 9 janvier 2020

Menu Picasso


Voilà,
j'ai déjà évoqué ce séjour à Malaga, en compagnie de ma fille, de ma cousine et de son époux. Plazza de la Merced, à proximité de la maison natale de Picasso, tout est un peu sous le signe de l'illustre peintre, même les menus. Nous n'avons pas mangé dans ce restaurant. Ce jour là, j'ai eu, un certain flair en trouvant dans les parages une excellente cafétéria populaire et bon marché. J'y ai  d'ailleurs pris une photo qui me plaît encore.



 Toutefois nous avons aussi commis quelques clichés touristiques sur le banc représentant un Picasso adulte et dégarni qui n'est jamais venu là  dans sa maturité puisque son dernier séjour remonte à  la fin de l'année 1900 quand il tint à montrer à son ami peintre Carlos Casagemas les lieux de son enfance : la place de la Merced, l’église Santiago où il fut baptisé le 10 novembre 1881, les arènes de la Malagueta, où il avait coutume d'accompagner son père. Il quitta définitivement Málaga le 28 janvier 1901 pour Barcelone, puis pour Paris, en 1904. Quant à Casagemas, il remonta à Paris Fin Janvier 1901, et le 17 février après avoir tenté de tuer la femme qui lui refusait son amour, il se suicida dans une brasserie Bd De Clichy.


 Je me souviens aussi, sur cette même place peu après que ma fille eût pris la photo précédente, avoir volé ce plan. Cette femme absorbée dans la lecture de son smartphone m'intriguait. Elle semblait heureuse. Je l'imaginais aimée autant qu'éprise et l'enviais pour cela. Le monde n'existait plus autour d'elle.
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mardi 7 janvier 2020

Rendre les armes



Voilà,
Incendies monstres en Australie, inondations sans précédent en Indonésie, glaciers recouverts de suie en Nouvelle-Zélande – ce qui à terme en précipitera la fonte  –,  lacs formés dans les hauteurs de  la chaîne de l'Himalaya en raison du réchauffement climatique, et qui un jour ou l'autre se déverseront dans les vallée en contrebas ou provoqueront de considérables glissements de terrains, menaces de guerre sur le Moyen-Orient, folie contagieuse de dirigeants confits dans leur ego et sans autres visions que celles de leurs intérêts particuliers, soulèvements populaires en différents endroits de la planète contre les injustices croissantes que génèrent les oligarchies de tous poils ou des dictatures religieuses. Actes déments individuels, crimes de masse perpétrés un peu partout dans le monde, par des déséquilibrés plus ou moins illuminés
Tout cela vu depuis le chaos, certes encore bien modeste, mais déjà fort instructif, d'une ville à certaines heures saturée de véhicules et de pollution en raison des grèves de transports et où s'exacerbent alors les tensions, les réflexes hideux du chacun-pour-soi, du ressentiment, de la peur aussi, de sorte qu'il m'arrive de plus en plus souvent d'avoir l'impression que c'est plié, qu'il ne sert plus à rien de protester, de s'indigner, de s'insurger, que le genre humain est désespérant. Accablé, découragé, puisque de toute façon les virus de la discorde de la connerie semblent se propager partout dans le monde, la tentation me gagne de lâcher l'affaire, de rendre les armes, d'abandonner définitivement la partie.
Je n'ai plus la force ni les moyens de nager à contre-courant. De toute façon mon temps est passé.

(...)

"Cependant, je peux aisément citer avec reconnaissance tout ce dont la vieillesse nous fait grâce. Le présent le plus cher à mon cœur est le trésor d’images que nous gardons en mémoire après une longue vie et vers lequel nous nous tournons avec un nouvel intérêt lorsque notre activité décroît. Les silhouettes des visages évanouis depuis soixante, soixante-dix ans continuent de vivre en nous, font partie de nous-mêmes, nous tiennent compagnie et nous regardent avec des yeux vivants. Les maisons, les jardins, les villes que nous revoyons sont exactement comme autrefois, alors qu’ils ont disparu ou totalement changé entre-temps. Dans notre livre d’images nous retrouvons, vivants et colorés, les montagnes et les rivages éloignés que nous avons aperçus en voyage des décennies auparavant. Regarder, observer, contempler, devient progressivement une habitude, un exercice, et, insensiblement, l’état d’esprit, l’attitude que cela entraîne influencent tout notre comportement. Comme la majorité des hommes nous sommes poursuivis par nos désirs, nos rêves, nos envies, nos passions, propulsés à travers les années et les décennies de notre existence, impatients, curieux, plein d’espoir, violemment agités par tous nos bonheur et toute notre déception. Mais aujourd’hui, feuilletant avec précaution le grand album de notre vie, nous sommes étonnés de constater à quel point il est merveilleux et bon de se retirer de cette course poursuite, de cette course folle et d’accéder à la vita contemplativa", écrit dans "Éloge de la Vieillesse" Hermann Hesse.
Si nombre de ses livres accompagnèrent ma jeunesse, je dois bien admettre que pour justes que me semblent ses remarques, elles se révèlent cependant d'un piètre secours. Elles ont été écrites après la catastrophe de la seconde guerre mondiale, à un moment où l'histoire offrait en occident un peu d'espoir. Difficile aujourd'hui d'être contemplatif, quand on sait que le monde qu'on laisse à nos enfants ressemble déjà à l'enfer.
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dimanche 5 janvier 2020

Piafs, Quai de Loire


Voilà,
c'était début Décembre, quai de Loire, où je passais assez souvent sur le chemin de la salle de répétition. C'était le début du  mouvement de grève contre la réforme des retraites. Il y avait cette peinture, sans doute réalisée dans l'année, honorant à sa façon les gilets jaunes. Des gens ont tagué à la bombe, leur exaspération à l'égard de ce mouvement de protestation. La ville est vivante, son histoire s'écrit sur les murs. Toutefois s'y déplacer s'avère depuis un mois assez problématique sinon chaotique.
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vendredi 3 janvier 2020

Les Libraires



Voilà,
"Les libraires étaient les plus à plaindre de tous, parce que c'était sur eux plus que sur toute autre chose que pesaient toute l'abomination et l'abjection de l'histoire humaine et tout le désarroi et toute la pitoyable misère de l'art et qu'ils avaient toujours à craindre d'être écrasés par ce fardeau antihumain. Le libraire qui prend son affaire au sérieux est le plus à plaindre de toute l'espèce humaine, parce qu'il est confronté jour après jour et sans interruption à l'absolu non-sens de ce qui a jamais été écrit et éprouve comme aucun autre le monde en tant qu'enfer, avait dit Goldschmidt à Koller."
" (Thomas Bernhard in "'Les mange-pas-cher") 
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jeudi 2 janvier 2020

Heureux deux janvier



Voilà, 
je retranscris ce message du journaliste Alex Taylor, paru il y a deux ans et auquel je souscris pleinement : "Heureux 2 janvier à tous ceux qui n'aiment pas les fêtes ! Message un peu à contre-courant mais, je me suis dit - why not :) Comme pas mal de gens (et qui n'osent pas trop le dire sans doute) - quand on est célibataire et sans famille (j'ai la chance d'avoir de très bons amis of course !), mais les "fêtes" de fin d'année c'est plutôt franchement la galère, une épreuve à passer où l'on est mis face plutôt à des absences dans sa propre vie, que ce soit de son fait ou non. Donc je suis toujours ravi de retrouver la normalité le lendemain de tout ceci, où ces vides ne sont pas si "voyants" que lors de ces fêtes imposées par la foi d'autrui ou par l'arbitraire du calendrier. J'ose penser que, dans le tumulte de messages souriants ici qui sont vraiment extra, (et ce n'est pas du tout pour ne pas partager leur joie) je ne suis peut-être pas le seul qui pousse un grand "ouf" ! Du coup, j'attends toujours le 2 janvier pour renouer avec la vraie fête - celle de ma vie normale et quotidienne, celle de tous les jours où l'on peut trinquer avec des amis formidables tout simplement parce qu'ils sont toujours là, quoi qu'il en soit, hors guirlandes et sans feux d'artifices ! Donc je dis - Happy 2nd of January everyone !! :)"

mercredi 1 janvier 2020

Nouvel an



Voilà
"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant."
 (Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

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