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samedi 14 février 2026

J'aime / Je n'aime pas (19)

 
 
Voilà,
j'aime l'atmosphère paisible de cette photo prise au pays basque à Fontarrabie en Août 2012
 
Je n'aime pas les gens qui vous postillonnent dessus quand ils vous parlent. Ce sont souvent les mêmes qui n'ont pas le sens de la distance sociale et qui s'approchent toujours trop près de vous
 
J'aime ces petits rituels alimentaires qui s'installent pour quelques temps : boire un mélange de citron et de gingembre, acheter de l'araignée de porc tous les vendredis au marché,
 
Je n'aime pas le fait que les All Blacks dont le jeu est devenu prévisible et stéréotypé perdent autant ces dernières années et qu'ils ne soient plus la fantastique équipe de rugby qu'ils étaient il y a dix ans
 
J'aime la téoulette, ce fromage de brebis fabriqué en Lozère
 
Je n'aime pas les interviewers qui a la radio ou à la télévision essaient de briller au dépens de la personne qu'ils sont supposer interroger et faire parler
 
J'aime regarder de vieilles cartes routières "Michelin" surtout celles que j'utilisais dans ma jeunesse, avec mes itinéraires surlignés
 
Je n'aime pas, je ne supporte plus ces voix synthétiques qui se ressemblent toutes et toujours plus  nombreuses dans les "reels" et les stories inondant les réseaux sociaux
 
J'aime revoir cette vidéo où, lors de la cérémonie d'ouverture du festival de Cannes,  Zao de Sagazan chante "modern Love"  de David Bowie  en hommage à Greta Gerwig, présidente du jury cette année-là. La performance de Zaho de Sagazan a été conçue comme un clin d’œil à au  film, "Frances Ha" (2012), danse dans les rues de New York ou Greta Gerwig danse sur cette même chanson dans les rues de New York., reprenant le célèbre plan séquence dans "Mauvais sang" de Leos Carax. Le moment où les deux femmes se prennent la main est très émouvant.
 
Je n'aime pas relire les livres de Roland Barthes dont le maniérisme et le style pseudo-scientiste m'exaspèrent aujourd'hui et me rendre compte que oui, tout de même à une certaine époque, dans les années soixante-dix j'y ai tout de même été sensible, parce qu'il était à la mode dans le milieu universitaire.

J'aime cependant la structure fragmentaire et l'architecture du livre "Roland Barthes par lui-même" avec ses photos insérées
 
Je n'aime pas quand la grisaille froide et humide de l'automne s'installe durablement sur la ville et rend tout morose
 
J'aime à peu près autant les chansons de variété indienne que celle de variété italienne. Et même si ça peut paraître très ringard, je m'en fous
 
Je n'aime pas le bavardage des coiffeurs, surtout lorsqu'ils sont enrhumés
 
J'aime les livres de Chris Marker intitulés "Commentaires 1 & 2" parus aux aux éditions du Seuil en 1961 avec leur typographie si particulière, des Egyptiennes grasses avec des empattements solides et des Garamond.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
 
Je n'aime pas que des gens exigent de moi une attention qu’ils n’ont pas été capables de m’accorder quand j'en avais besoin
 
J'aime le jus de pommes pétillant "Apibul" au gingembre. C'est ma nouvelle boisson favorite depuis cet automne

Je n'aime pas les gens qui disent inclinaison à la place d’inclination, surtout lorsqu’ils s’expriment sur une chaîne culturelle.
 
J'aime la satisfaction éprouvée après avoir fait un grand ménage dans la maison
 
Je n'aime pas le comportement des gens qui portent un sac à dos dans les transports en commun et ne se rendent pas compte, de l'espace qu'ils occupent, et ne s'aperçoivent pas de votre présence derrière eux

J'aime le fait qu’en France, depuis quelques années, il puisse y avoir tous les dimanches matins un émission consacrée à Bach sans coupures publicitaires et avec quelques informations pédagogiques.
 
Je n'aime pas subir l’odeur des fumeurs dont le corps sent le tabac même quand ils ne sont pas en train de fumer
 
J'aime le goût citronné de certaines tomates, en particulier les zebra 
 
Je n'aime pas ces derniers temps entendre chaque matin une nouvelle connerie proférée par Trump ou une nouvelle menace de sa part adressée au reste du monde
 
J'aime les bandes dessinées de Daniel Clowes qui décrivent une Amérique profonde bien glauque
 
Je n'aime pas l’émission protestante le dimanche matin sur France-Culture. Je la trouve souvent niaise et compassée
 
J'aime l'Alexion cette mixture conçue à partir d’un mélange secret de 52 plantes naturelles. Cet élixir unique est reconnu pour ses bienfaits sur l’organisme et sa richesse en vitamines et minéraux. Fabriqué par les moines trappistes de l'Abbaye d'Aiguebelle dans la Drôme, on ne peut se le procurer que dans les boutiques d'artisanat monastique.

Je n'aime pas cette sensation que j’ai éprouvée récemment le matin au sortir d’un rêve où ma dernière phrase était "je n’ai plus envie de vivre" raison pour laquelle vraisemblablement je me suis réveillé. Mais peut-être après tout les rêves ne font ils qu’exprimer des vérités qu’on n’ose s’avouer même à demi-mots.

J’aime l'arrivée en train à Bordeaux lorsque l'on franchit la Garonne

jeudi 12 février 2026

Vacanciers

 
Voilà,
à vingt ans on regarde la mer sur un inconfortable rocher, on fait des projets, une vie passe et pour peu qu'on l'ait traversée sans trop d'encombre, on finit — si l'on est encore en relativement bon état — par emporter ses pliants avec soi pour paisiblement contempler le fleuve et la ville au loin. Je me souviens très bien de cette fin d’après-midi de Juillet sur l’île de la Barthelasse face à la cité des Papes. Les vieux, les familles et les fumeurs de joints se promenaient ou pique-niquaient sur les berges du Rhône. La température tombait doucement sans pour autant atteindre la fraîcheur. Je n'étais déjà plus tout à fait là, songeant à mon retour sur Paris.

mardi 11 novembre 2025

Mais il y a toujours quelque chose qui m’échappe (20)

 

 
Voilà,
ça me revient
la mélancolie de ce matin d'hiver au Havre en 2009, quand j'y répétais un spectacle qui ne m'a pas laissé un grand souvenir. A l'époque j'avais enchaîné deux créations et une reprise et j'étais vraiment au taquet, mais ma vie privée quant à elle pas au top. Quoi qu'il en soit, je suis reconnaissant à l'existence de me permettre encore de collecter et formuler toutes ces remembrances.
 
ça me revient
Olivia Granville avec sa combinaison rayée dansant dans "Strange days", la chorégraphie de Dominique Bagouet créée à partir du disque éponyme des Doors

ça me revient
les tartes tropéziennes que j’ai découvert grâce à Philippe et Dominique et que l'on achetait parfois à Draguignan

ça me revient
le CIDJ (Centre d'Information et de Documentation Jeunesse) qui se trouvait quai Branly non loin de la tour Eiffel

ça me revient
Agnès adorait le film "Le Viager" de Pierre Tchernia. C'est elle qui m'en a parlé la première fois et me l'a fait découvrir. Et c'est en effet un film très réjouissant, magnifiquement interprété et d'une drôlerie absolue. Michel Serrault y est formidable, ainsi que tous les autres acteurs. Gérard Depardieu jeune y interprète un petit rôle.
 
ça me revient 
Les assiettes que Gérard fabriquait lui-même et l’étonnement qui fut le mien en 1973, lorsque je découvris qu’il avait intégralement conçu au service de table. Je me suis souvenu qu’il avait appris la poterie avec une femme réputée en son temps pour son savoir-faire. Je ne me souvenais plus de son nom, j’ai appelé Agnès qui m’a dit, qu'il s’agissait de Suzanne Dauliach. J’ai fait des recherches sur le Net. Ses œuvres se caractérisaient par leur émail moucheté oscillant entre beige sableux et ocre brûlé, ainsi que par l’utilisation de couleurs chaudes comme l’orange à l’intérieur. Elle a produit divers objets, notamment des pichet, des vases, des assiettes, et autres pièces décoratives, souvent signées de son nom ou d’un monogramme, avec une signature incisée sous la base. Les assiettes de Gérard s’inspiraient de cette technique. Je crois me souvenir qu’on se demandait si Gérard n’avait pas eu une liaison avec elle.
 
ça me revient
avec ma cousine Cathy, lors d'un de ses passages à Paris, nous étions allés voir ensemble Uccellacci e uccellini avec son générique chanté composé par Ennio Morricone, mon film préféré (pour son humour et sa poésie) de Pier Paolo Pasolini dont l'histoire est la suivante : Innocenti Totò (Totò) et son fils Innocenti Ninetto (Ninetto Davoli) errent dans la périphérie et les campagnes qui entourent Rome. Faisant chemin, ils rencontrent un corbeau. Le film précise dans un sous-titre : « Pour qui aurait des doutes ou aurait été distrait, nous rappelons que le corbeau est un intellectuel de gauche, disons ainsi, d'avant la mort de Palmiro Togliatti. »
Le corbeau leur raconte l'histoire de frère Ciccillo et de frère Ninetto (eux aussi interprétés par Totò et Ninetto Davoli), deux moines franciscains à qui Saint François d'Assise ordonne d'évangéliser les faucons (les puissants) et les passereaux (les humbles). Si les deux moines réussissent à évangéliser les deux "classes" d'oiseaux, ils échouent à mettre fin à leur rivalité, les faucons continuant à tuer les passereaux : Saint François leur explique la guerre dans une perspective marxiste et les invite à reprendre leur évangélisation.
La parenthèse du récit du corbeau étant refermée, le voyage de Totò et Ninetto continue. Le corbeau les suit en continuant à pérorer. Les personnages rencontrent successivement des propriétaires terriens dans le champ desquels ils se soulagent et qui les chassent à coup de fusil, une famille vivant dans la misère et à qui Totò ordonne de le payer ou de quitter la maison, un groupe d'acteurs itinérants à bord d'une Cadillac, un congrès de "dentistes dantesques", un propriétaire à qui, cette fois, c'est au tour de Totò de devoir de l'argent. Enfin, ils se retrouvent aux funérailles du dirigeant communiste Togliatti et finalement rencontrent une prostituée.
À la fin du film, les deux, fatigués du bavardage du corbeau, le tuent et le mangent.
 
ça me revient
les premiers disques du groupe "Chicago" étaient des double-albums. Je me souviens aussi que Jimi Hendrix considérait que Terry Kath était le meilleur guitariste de sa génération 
 
ça me revient 
les derniers vœux de François Mitterrand le 31 Décembre 1994 lorsqu'il a dit "je crois aux force de l'esprit et je ne vous quitterai pas". Tout le monde savait qu'il était très malade.

ça me revient
les cigarettes des années soixante-dix, les "look" mentholées, les "Rothmans" et les "Dunhill",  qui étaient très classe et chères, les parisiennes, les "Craven A" très fortes et sans filtre, les "Chesterfield" qui avaient ma faveur
 
ça me revient  
ces quelques semaines durant lesquelles je photographiais les menus détails, tout ce qui me paraissait étrange saugrenu, comme si je voulais prélever des fragments de cette réalité qui me dépassait, où je n'avais plus la place d'agir, dans cet espace aseptisé devenu si vite familier, et où désemparé, mais sans rien en laisser paraître j'accompagnais mon enfant 
 
ça me revient
ce moment si émouvant que l'on voit dans ce film où les Beatles pendant les sessions de l'album "Get back" qui deviendra "Let it be" reprennent "You really got a hold on me" pour se ressouder
 
ça me revient 
de fil en aiguille l'album des Flying Lizards que j'écoutais en boucle en faisant, plus ou moins sous influence des collages  au format 13x18 fin 1979 début 80. C'est à Noël 79 qu'Agnès m'a offert un appareil photo Polaroïd
 
ça me revient
cette période de travail plutôt intense où non seulement il fallait dire tous les mots dans le bon ordre — avec un peu de travail, ça c'est sûr ça pouvait se faire c'est la moindre des choses et c'est la règle du jeu —, mais les gestes et les déplacements adéquats il fallait aussi les trouver. On essayait, on recommençait ce n'était jamais ça. On rechangeait le texte. Quand on parvenait à trouver une piste on faisait une pause. Au bout d'un moment on ne se souvenait plus. On avait tellement tricoté et détricoté sans jamais rien fixer on ne savait plus où on en était. Les intentions non plus ne correspondaient pas d'ailleurs. On se demandait parfois pourquoi on était là. D'autres apparemment auraient pu mieux correspondre. Elle, devant nous, passait son temps à regarder. Elle ne disait rien ne proposait rien pour restituer cette histoire qui semblait pourtant lui tenir à cœur. Peut-être croyait que nous étions dans sa tête. Des mois passèrent, le projet semblait en friche. Un jour elle a proposé de s'y remettre, mais au bout d'un moment sa mollesse d'intellectuelle petite bourgeoise a fini par me dégoûter. En plus elle n'avait guère fait évoluer son texte
 
ça me revient 
mon géniteur alors qu'il regardait Brassens à la télévision chanter "Les passantes" s'exclama un soir "il ne va pas très fort Brassens".
 
ça me revient
à une certaine époque, à la fin des années quatre-vingts ou au début des années quatre-vingt-dix, je me suis pris de passion pour les romans policiers de Stuart Kaminski, narrant les aventures du détective Toby Peters dans les milieux du cinéma hollywoodien.
 
ça me revient 
rue Littré, à Paris au milieu des années 70 il y avait une libraire qui moyennant une modique somme, organisait un système de prêt pour lire des livres plus ou moins récemment publiés. C'est ainsi que j'ai lu "terra amata" de Le Clézio, "le voyage à Naucratis" de Jacques Almira, "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar et quelques autres dont je ne me souviens pas
 
ça me revient
"Le comptoir de l'Orient et de la Chine" où dans les années soixante-dix on pouvait acheter des produits chinois fabriqués en Chine populaire, théières en argile, tasses, encensoirs, mais aussi pyjamas et vestes et casquettes bleues 

ça me revient 
à la fin des années 70, j'avais vu le premier film d'un certain Jean-Louis Daniel, très réussi, dont j'aimais beaucoup le titre "Trottoir des allongés" qui hélas fut en suite modifié par le distributeur en "La bourgeoise et le loubard"
 
ça me revient
enfant j'avais paraît-il un rythme cardiaque très lent. Mon géniteur trouvait ça très bien, parce que c'était le rythme qu'avaient les marathoniens et les coureurs de fond. J'ignore d'où il tenait cette information, et en quoi c'était bien pour moi.

ça me revient  
mon premier médecin fut Jacques Chautemps, le père de Dominique, Bien des années plus tard j'ai appris que c'est lui qui assista le poète Roger Gilbert-Lecomte dans ses derniers moments.

ça me revient
Lors de mon premier séjour là New-York un peintre nommé Kostabi dont j’avais vu quelques toiles à New York avait suscité ma curiosité

ça me revient 
Lorsque j’étais en troisième ou en seconde au collège, Saint-Sulpice, Monsieur Brunel, le professeur de français et Monsieur Paulin celui d’anglais animaient un ciné club. C’est là que j’ai vu pour la première fois "Le voyage fantastique" de Richard Fleischer, "Pas de printemps pour Marnie" d’Alfred Hitchcock, et "les Cheyennes" de John Ford.. Je me souviens aussi que mes camarades évoquaient aussi souvent le film "Cat Balou", qui avait dû être projeté à une séance à laquelle je n’avais pu assister, film que je n'ai d'ailleurs toujours pas vu.
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe 

vendredi 5 septembre 2025

Chibanis

Voilà,
Chibani vient de l'arabe maghrébin et signifie vieux, vieillard, ancien ou encore "cheveux blancs". Initialement le terme est utilisé pour désigner dans leur propre langue les familles de combattants harkis, émigrées en France au moment de l'indépendance et dont les membres sont parvenus à l'âge de la retraite.
À partir du début du vingt-et-unième siècle, le terme est appliqué à une catégorie de population originaire d'anciennes colonies françaises (majoritairement du Maghreb et dans une moindre mesure Afrique subsaharienne et Extrême-Orient), émigrés en France durant les Trente Glorieuses (1945-1975) sans réussir à se forger une situation stable dans le pays et parvenus à l'âge de la retraite dans des conditions précaires. Par extension, le mot, depuis quelques années qualifie, en langage familier — du moins dans les banlieues et les quartiers populaires à forte densité d'immigrés ou de descendants d'immigrés — n’importe quelle personne âgée. (sources wikipedia)

jeudi 10 avril 2025

J’aime / je n’aime pas (18)

 
 
Voilà,
j’aime la deuxième face de "yellow submarine" des Beatles avec les morceaux de Georges Martin orchestrés par lui et que je trouve délicieusement british. Ils ont le charme désuet de certains salons de thé peuplés de vieilles anglaises aux cheveux bleus sentant des parfums poudrés, ils évoquent des images d’Alice au pays des merveilles. Il me semble que Pepperland était aussi le générique (on disait alors indicatif musical) d’une émission de radio de Françoise Dolto ou de Ménie Grégoire.

Je n’aime pas, et c’est peu de le dire, tous ces "reels" avec leurs commentaires dits par une voix synthétique cheap (souvent la même) qui polluent les réseaux sociaux

J’aime réécouter des vieilles chansons de Robert Charlebois, surtout celles écrites par Réjean Ducharme, le célèbre romancier québecois

Je n’aime pas que les acteurs ou les actrices fassent des clics de langue ou tapent de la main sur la table lors d'une lecture par exemple pour appuyer leurs intentions. Je trouve cela atrocement ringard.

J’aime la photo de ce jeune couple prise à la fin de l'année dernière à la Fondation Vuitton lors de l'exposition consacrée à Tom Wesselman qui m'avait beaucoup plu

Je n’aime pas mais vraiment pas du tout que des artistes s’emparent de chansons populaires sur le mode lyrique comme par exemple les feuilles mortes chantées par Benjamin Bernheim, Robero Alagna. Il n’y a que Jessye Norman chantant des blues qui ne trahissait rien. Peut-être parce qu’en tant qu’afro-americaine elle avait le blues à la fois dans l’âme et chevillé au corps.

J’aime faire parfois la grasse matinée et profiter de journées où je ne m'assigne aucun objectif prédéfini, aucune contrainte. En fait je suis un gros paresseux et j'y trouve du plaisir

Je n’aime pas que les gens dans les expositions surpeuplées se posent devant une toile et continuent à tailler le bout de gras sans se préoccuper des gens autours d'eux et surtout derrière eux.

J’aime l'allegro du "Concerto pour violon et hautbois BWV 1060," de Jean-Sebastien Bach. Il a le pouvoir de me transporter bien des années en arrière, dans l'immense salon de l'appartement parisien de Philippe et Dominique. Il passait souvent le dimanche en fin d'après-midi lorsque nous arrivions pour le repas dominical en famille et avec des amis servi parfois à la grande table du salon avec ses deux bancs, quand il y avait du monde, mais le plus souvent dans la cuisine, parfois en comité restreint avec juste les parents les filles et leurs petits copains respectifs

Je n’aime pas quand les gens vous sollicitent et font des propositions remplies de restrictions qui laissent sous entendre qu'en fait ils n'ont aucune envie de vous associer à leur demande. Cette façon de faire miroiter une possibilité et de l'annuler dans le même temps et une forme de perversité mentale insupportable. J'ai connu un metteur en scène spécialiste de ce genre de pratique. 

J'aime regarder les matches de pré-saison du super rugby pacific qui opposent au cœur de l’été austral des équipes néo-zélandaises dans des petits stades de province devant des spectateurs assis sur des pelouses

Je n’aime pas que les gens descendent de la rame de métro ou bien y montent l’œil rivé sur leur smartphone

J’aime regarder le foot ou le rugby à la télé avec ma fille, confortablement vautré sur le canapé et gentiment persifler ensemble sur les joueurs ou les commentateurs 

Je n’aime pas lorsque les gens vous répondent "c’est une excellente question"  à celle que vous leur posez. C’est une formule prétentieuse, vaguement offensante, qui laisse supposer que toutes les questions précédentes étaient stupides ou médiocres, ou que l'on présume que vous puissiez en poser de mauvaises.

J'aime marcher dans de vieilles bonnes chaussures bien à mon pied que je n'ai pas utilisées depuis longtemps

Je n'aime pas ces gens qui, tant qu'on est d'accord avec eux vous témoignent de l'estime mais vous déconsidèrent dès que l'on l'on émet la moindre objection sur un de leurs propos

J'aime entendre chanter les oiseaux dans une ville juste avant l'aube

je n'aime pas devoir m'occuper de papiers administratifs

J'aime l'odeur de la pinède lorsque le ciel est gris et que l'air est doux

je n'aime pas, lorsque l'on photographie la mer, que la ligne d'horizon soit oblique sur l'image

J’aime savoir qu'en Suisse il y a encore des gens qui cultivent le safran selon des méthodes ancestrales

Je n'aime pas le fait que je doive prendre autant de médicaments chaque jour.

j'aime ce proverbe africain qui dit "c’est quand le fou n’est pas de ta famille que sa danse te fait rire"
 
Je n'aime pas succomber à des crises de boulimie
 

J'aime lorsque l'inspiration me visite et que le résultat me satisfait, comme c'est le cas pour cette image réalisée récemment
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vendredi 10 janvier 2025

Flânerie et perplexité

 

Voilà,
dans ce jardin désert, devant cette ligne sinueuse de bancs, je songeais — peut-être à cause des douleurs nouvelles, des symptômes inexpliqués et troublants — qu'à plus ou moins brève échéance, viendra un temps où je ne porterai plus aucun regard sur les choses, que je ne serai plus au monde. 
C'est dommage, parce que j'aime bien m'y promener dans ce monde, j'aime bien y flâner. J'aime bien y distinguer et en retenir des détails qui paraissent insignifiants. Un rien m'y surprend, ou du moins suscite mon intérêt. J'aime bien m'y poser des questions. 
Par exemple dans ma flânerie, longeant cette allée je m'étais en même temps demandé, si le deuxième théorème d'incomplétude de Gödel dont un ami, quelques jours auparavant, m'avait longuement parlé, pouvait laisser supposer que, étant donné que les ordinateurs sont essentiellement des systèmes formels, ils auraient donc toujours des limites fondamentales dans leur capacité à résoudre certains types de problèmes ou à formaliser toutes les vérités mathématiques. 
Le matin même pourtant j'avais entendu à la radio qu'une étude réalisée par des chercheurs allemands avait conclu que l’IA était capable d’identifier un whisky avec plus de précision que des experts. 
Bref, dans la grisaille et dans le froid le cerveau suggérait bien des motifs de perplexité.

mardi 24 septembre 2024

Désarroi

 
Voilà
"ce que j’éprouve surtout, c’est la lassitude, et ce désarroi qui est frère jumeau de la lassitude, quand celle-ci n’a d’autre raison d’être que celle, précisément d’exister. J’éprouve une peur intime, des gestes que je dois esquisser, une timidité intellectuelle, des mots que je dois prononcer. Tout, à l’avance, me semble manquer. Le dégoût insupportable de tous ces visages, rendus stupides par l’intelligence, comme par l’absence d’intelligence, et grotesques, à donner la nausée, à force d’être heureux ou malheureux, horribles, simplement parce qu’ils existent – cette marée, à part de choses vivantes, auxquelles je demeure étranger…"( Fernando Pessoa 337  in Le Livre de l'Intranquillité)
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dimanche 3 septembre 2023

Cynisme

 

Voilà,
il y a un certain cynisme de la part de la SNCF, de représenter, gare du Nord, sur le mur d'un quai d'une ligne de banlieue, deux amoureux tendrement enlacés et allongés, comme s'il profitaient de l'un de ces bancs précisément conçus pour qu'il soit, en raison de leur obliquité, impossible pour quiconque de s'y étendre.

samedi 11 mars 2023

Méprisant de la République


Voilà,
la semaine dernière, à l'issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, avait estimé que "mettre la France à l'arrêt" à partir du 7 mars, comme promis par les organisations syndicales mobilisées contre la réforme des retraites, serait "prendre le risque d'une catastrophe écologique, agricole ou sanitaire". 
Nos gouvernants sont des guignols au service des lobbies agroalimentaires et industriels, on le savait déjà. Ils s'acharnent à détrousser les pauvres et les classes moyens et à détruire tout ce qui relève, dans notre tradition sociale et politique, des "communs" (santé, éducation, culture, justice, recherche), ils ne s'en cachent même plus. Ils appauvrissent les plus démunis et les classes moyennes, en accordant toujours plus de privilèges fiscaux aux plus fortunés, la prospérité de la nation est selon eux, à ce prix. Mais qu'ils manifestent avec autant d'arrogance leur bêtise et leur mauvaise foi, voilà qui continue de me surprendre. Car tout de même, l'action de ce gouvernement en matière d'écologie se résume à des déclarations d'intentions jamais suivies d'effets. Que son porte-parole s'autorise à faire, en la matière, porter le chapeau au mouvement social, relève vraiment du foutage de gueule. "Les cons osent tout c'est à cela qu'on les reconnaît". On a l'impression qu'Olivier Véran s'obstine à illustrer cette maxime de Michel Audiard. Il oublie, Véran, que la conjonction de catastrophes naturelles et le spectacle trop visible de l'impunité et de l'accroissement des privilèges des classes aisées, favorise souvent des bouleversements sociaux qui ne sont pas toujours pacifiques. Il y a tout de même quelques exemples dans l'histoire passée et non des moindres.


Tout se passe comme si la crise du Covid avait effacé le souvenir des révoltes des gilets jaunes. Comme si la répression brutale de ces insurgés de tous bords avait effacé le malaise qui affecte ce pays, auquel d'ailleurs aucun parti politique ne semble vraiment en mesure de répondre. Car ce qu'il reste de la gauche ne brille pas non plus par la cohérence de sa pensée ni par son aptitude à offrir des propositions satisfaisantes. Je ne sais pas si un vent de fronde se lève sur le pays ou si quelque chose de plus insidieux rampe sournoisement sans qu'on s'en rende compte. Toujours est-il que 72% des français sont opposés à cette réforme qui s'ajoute à un nombre croissant d'injustices sociales. Mais Macron a choisi l'épreuve de force avec son peuple autant qu'avec les syndicats. Il s'obstine à faire passer cette réforme des retraites qui génèrera peu de profits alors que s'imposerait plutôt une révision de la fiscalité des entreprises et des grandes fortunes. Mais n'oublions pas que supprimer des acquis sociaux permet aussi de rassurer les investisseurs étrangers et les créanciers de notre dette nationale. Son mépris, sa suffisance, sa morgue et son obstination à protéger les grandes fortunes prouvent bien qu'il est totalement déconnecté des réalités quotidiennes qui affectent les citoyens de ce pays. Il parie sur leur fatigue et leur résignation. Sur le fait que la plupart d'entre eux sont liés aux banques par des crédits et que cela conditionne leur servitude volontaire. Il parie sur le pain et les jeux, que les gens continueront de grogner, plutôt que de se mettre véritablement en colère. Mais en ces temps déraisonnables une étincelle peut aussi suffire. Peu probable certes, mais néanmoins possible.
Pendant ce temps là, l'extrême-droite attend paisiblement son heure. Notre méprisant président symptôme d’une démocratie déjà défaillante, lui chauffe la place. Et par dépit, aveuglement, crédulité une majorité de votants portera ses suffrages à la candidate du Rassemblement National pendant qu’un plus grand nombre encore désertera les bureaux de vote. Ça c’est beaucoup plus vraisemblable.
D’ici là, du côté du pouvoir on nous aura certainement asséné que le mouvement social fait des citoyens en lutte des alliés de Poutine.

vendredi 3 septembre 2021

jeudi 20 mai 2021

La Force de l'Habitude


Voilà,
on peut imaginer qu'il leur est souvent arrivé, à ces deux là, de venir se poser sur ce banc pour y lire, à la fois ensemble et séparés. Cette scène, saisie avant la diffusion des vaccins me touche parce que deux temporalités semblent s'y frotter. En effet, elle évoque à la fois un monde ancien — il deviennent rares aujourd'hui, les gens tenant entre leur mains autre chose qu'un smartphone —, en même temps qu'elle nous assigne à l'étrangeté de cette époque nouvelle où les masques chirurgicaux sont devenus les accessoires obligés de notre quotidien. Il y a un an pourtant, les voix officielles affirmaient avec conviction qu'il ne servaient à rien. Passons. Cette proximité entre deux corps au visage à moitié dissimulé montre aussi comment la force de l'habitude que je prête à ce qui me paraît comme un "vieux couple" s'accommode de l'injonction serinée sans cesse depuis des mois, à la radio, à la télévision, de se soumettre aux gestes barrières et à la distanciation sociale.

vendredi 8 janvier 2021

Convivialité


 
Voilà
j'ai pris cette photo au parc de Bercy. Il y a peut-être deux ou trois ans. Elle suggère à quel point et à quelle vitesse notre époque se transforme. Quoique relativement récente, elle paraît déjà d'un monde révolu où “être ensemble” consistait en cela. Ce qui déjà paraissait à l'époque incongru et quelque peu absurde. Mais encore y avait-t-il au moins la possibilité de se côtoyer, de se frôler, de se toucher. Désormais, et pour quelques mois encore, "ensemble" signifie "peu nombreux, chacun masqué, et à une distance raisonnable les uns des autres". (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 25 décembre 2020

La petite photographe des Champs Élysées


Voilà,
dans un premier temps je m'étonne de ne l'avoir jamais publiée, celle-ci. Puis en regardant attentivement je devine bien ce qui a pu susciter mes réticences. Quelque chose dans le cadre ne me satisfait pas pleinement. Peut-être ai-je voulu y faire entrer trop de choses. J'aurais pu resserrer sur les personnages, afin qu'ils soient moins décentrés, mais au moment de déclencher, il est probable que je tenais à ce que la grille de l'entrée de la boutique "Abercrombie & Fitch", figure entièrement, de sorte qu'il y a un peu de vide à gauche de l'image que ne compense pas tout à fait la symétrie des deux arbres ni la croix que suggère la fenêtre. Dommage que personne ne soit passé en arrière plan entre l'arbre et la poubelle. Trois ans auront été nécessaires pour que je m'accommode de ces imperfections et que j'admette que, bien que pas complètement réussie cette photo demeure néanmoins honorable et mérite tout de même sa publication. Le regard de cette petite fille avec son gros appareil est si intense. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 5 août 2020

Sursitaires


Voilà
donc la planète brûle, l'épidémie s’étend
on s'interroge sur l’heure de la marée
Masqués on joue à cache-cache avec la peur
essayant de ne pas trop songer au lendemain
puisque tant de signes désormais nous rappellent notre condition de sursitaires

jeudi 18 juin 2020

Déconfinement


Voilà,
cette photo, exemple de distanciation physique sans port de masque, je l'ai prise au premier jour du déconfinement à proximité de l'église St Merri, non loin du centre Georges Pompidou. Il existe un mot japonais pour designer le fait de faire une sieste dans un lieu public : ça se dit Inemuri. Pour ma part, c'est une chose dont je suis incapable. Mais il y a tant de choses dont je suis incapable. Renoncer par exemple. En certaines circonstances c'est une forme de sagesse. Il y a des épreuves qu'on n'est pas tenu de s'infliger après tout. Par exemple, je ne m'explique pas cette obstination absurde et quasi maladive à vouloir écrire en dépit de tous les désagréments liés à ces laborieuses tentatives. Je ne parle même pas du temps passé à agencer trois malheureuses lignes pour tenter de donner une forme que j'espère au plus près de ma pensée. Pensée qui d'ailleurs se dissipe au fur et à mesure que je m'échine à la formuler. Trouver les mots justes, les accorder ensemble, les placer dans un ordre clair et judicieux, éviter les ambiguïtés, les redites, les lourdeurs, chercher une certaine musicalité sans être pour autant certain d'y parvenir, réfléchir à la ponctuation, je trouve ça épuisant ! Tout ça pour finalement sombrer dans l'insatisfaction et s'apercevoir que tous ces efforts ne concourent qu'à tailler un grossier silex au lieu du diamant espéré. Je devrais m'en foutre. Tant de gens qui font profession d'écrire graphouillent comme des sagouins et pondent des quantités de merdes affligeantes qui recueillent néanmoins l'adhésion. M'en foutre ou laisser tomber. Pourquoi donc, ne pas se contenter de fabriquer des images, activité beaucoup plus amusante, légère et indolore, ou simplement de prendre des photos, occupation qui agrémente la flânerie et favorise la marche à pied ? Pourquoi cette incapacité à rédiger avec nonchalance et spontanéité ? Sûrement y-a-t-il des enjeux cachés qui m'échappent, un truc psy qu'il me faudrait débusquer. Mais c'est trop tard. Tenter de comprendre comment poser une moustiquaire sur une fenêtre en consultant les fiches bricolage de Leroy-Merlin me pompe déjà un temps considérable et me plonge dans des abîmes de perplexité, alors fouiller mon inconscient pour analyser les causes et les raisons de cette contention intellectuelle, on oublie. J'espérais qu'avec les années l'exercice prendrait un tour plus détendu mais il n'en est rien. Du moins, est-ce là l'occasion de réviser ma grammaire, de diversifier mon vocabulaire, de me prêter à des gymnastiques mentales qui tiennent mon cerveau en éveil et activent ce qu'il me reste de neurones encore valides. C'est déjà pas mal. Quand même ! (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 22 mai 2020

Porte dorée


Voilà, 
juste une histoire de symptôme qu'on néglige de prendre en considération on sait que ça pourrait être grave mais on s'efforce de ne pas y croire Où que se porte l'attention, on n'entrevoit guère de salut Douleur dans le haut de la cuisse On ne veut surtout pas prendre de disposition Sensation que l'histoire repasse les plats que la catastrophe est imminente que l'on a peut-être même un pied dedans Comment se démerdent-ils les autres avec les nouvelles du jour Quand je suis ici je voudrais être ailleurs  On dirait une douleur musculaire  Il n'y a aucune raison pourtant on ne fait rien ne bouge pas on ne fait pas d'effort. Difficile de trouver la joie tout en sachant que rien ne semble devoir s'améliorer  Étrange d'assister à ce délitement où tout devient déraisonnable et de ne pouvoir rien faire d'autre que de le constater  Non en fait c'est un ganglion Quand je fais cela je voudrais faire autre chose quand je suis ici je voudrais être ailleurs  Et je vois ces deux types sur un grand banc la tête dans les mains et le grand nageur derrière  Ce que je lisais autrefois dans les livres d'Histoire lorsqu'il était question de la montée des périls, je le comprends mieux aujourd'hui, disons que je l'éprouve Et puis toute cette fatigue, est-ce d'avancer dans la vie avec la conscience que l'avenir est pauvre en promesses mais on ne veut pas y croire Il y a le Brexit il y a la montée des populismes sur tout le continent, et maintenant la pandémie on se dit qu'on ne doit pas qu'il ne faut pas y croire  On verra bien quand la maladie se déclarera mais peut-être est-elle déjà déclarée Je regarde les gens qui sourient dans la rue, ceux qui semblent heureux d'être là malgré tout comme si de rien n'était  Comment font ils ont-ils conscience d'être en sursis mais bon même avant-guerre on fredonnait des chansons drôles Le monde sur lequel je me suis construit, émotivement, intellectuellement, s'effondre  Cela sera d'ici peu le monde d'hier  On continue à boire, à fumer, on sait que c'est mauvais, mais on ne va pas changer son mode de vie. on continue à dépenser l'argent qu'on n'a pas On ne regarde pas les analyses des spécialistes, on retarde le temps d'effectuer les examens on fait comme si rien ne pouvait arriver oui comment font les autres comment  ? s'obligent-ils à ignorer ce qui se trame ou bien ne le voient ils pas c'est sans fin croit-on mais ça finira Pendre un jour après l'autre Tu la connais celle du vieux patient et du jeune médecin ? Non Après un bilan approfondi le médecin dit au patient vous êtes en bonne santé Je vous assure dit le patient j'ai mal partout, j'ai sûrement une maladie vous ne voulez pas me le dire c'est sûrement grave  Mais pas du tout répond le médecin tout va très bien Docteur vous croyez connaître les maladies mieux que moi ?  Bien sûr je suis médecin Ah oui depuis combien de temps ?  Depuis huit ans  Ah bah oui voilà c'est ce que je dis, vous n'êtes médecin que depuis huit ans, alors que moi ça fait quarante ans que je suis malade
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vendredi 27 mars 2020

Jardins urbains

 

Voilà
 "Je ne sais ce qu'il y a de pauvre, de bizarre dans la substance intime de ces jardins citadins, qui fait que je ne peux bien le percevoir que lorsque je ne me perçois pas bien moi-même. Un jardin est un résumé de la civilisation – une modification anonyme de la nature.  Les plantes sont bien là, mais il y a des rues tout autour. Il pousse bien des arbres, mais on a mis des bancs à leurs pied. Dans leur alignement tourné vers les quatre côtés de la ville – ici réduite à une petite place –,  les bancs paraissent plus grands, presque toujours occupés." écrit Fernando Pessoa dans "Le Livre de l'Intranquillité".
N'empêche j'aimerais bien pouvoir m'y attarder moi, dans un jardin ou sur une petite place.
(linked with the weekend in black and white)

jeudi 9 janvier 2020

Menu Picasso


Voilà,
j'ai déjà évoqué ce séjour à Malaga, en compagnie de ma fille, de ma cousine et de son époux. Plazza de la Merced, à proximité de la maison natale de Picasso, tout est un peu sous le signe de l'illustre peintre, même les menus. Nous n'avons pas mangé dans ce restaurant. Ce jour là, j'ai eu, un certain flair en trouvant dans les parages une excellente cafétéria populaire et bon marché. J'y ai  d'ailleurs pris une photo qui me plaît encore.



 Toutefois nous avons aussi commis quelques clichés touristiques sur le banc représentant un Picasso adulte et dégarni qui n'est jamais venu là  dans sa maturité puisque son dernier séjour remonte à  la fin de l'année 1900 quand il tint à montrer à son ami peintre Carlos Casagemas les lieux de son enfance : la place de la Merced, l’église Santiago où il fut baptisé le 10 novembre 1881, les arènes de la Malagueta, où il avait coutume d'accompagner son père. Il quitta définitivement Málaga le 28 janvier 1901 pour Barcelone, puis pour Paris, en 1904. Quant à Casagemas, il remonta à Paris Fin Janvier 1901, et le 17 février après avoir tenté de tuer la femme qui lui refusait son amour, il se suicida dans une brasserie Bd De Clichy.


 Je me souviens aussi, sur cette même place peu après que ma fille eût pris la photo précédente, avoir volé ce plan. Cette femme absorbée dans la lecture de son smartphone m'intriguait. Elle semblait heureuse. Je l'imaginais aimée autant qu'éprise et l'enviais pour cela. Le monde n'existait plus autour d'elle.
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mercredi 24 juillet 2019

Panorama


Voilà,
une photo prise en un temps où si l'on ne parlait pas de changement climatique dans les médias, même si des chercheurs avaient néanmoins déjà pris la mesure des dangers qui nous guettent aujourd'hui. Pour le commun des mortels, l'avenir semblait-il moins chargé de menaces, ou bien les angoisses d'alors se sont elles dissipées dans l'oubli du temps passé ? Il y a quarante ans, lorsqu'on manifestait contre la pollution des voitures (je me souviens du slogan "les autos ça pue ça pollue et ça rend con") ou qu'on citait René Dumont ou Pierre Fournier qui écrivait dans Charlie hebdo et avait créé le premier journal écologique "La gueule ouverte" (sous-titré le journal qui annonce la fin du monde) on passait pour des doux dingues et on avait droit au "vous voulez revenir à l'âge de pierre ?". Cette époque était très tourmentée tout de même : génocide au Cambodge, boat-people vietnamiens, guerre froide, risque de conflit nucléaire, tensions au moyen-orient, terrorisme international, brigades rouges en Italie, dictatures sanglantes en Amérique du Sud, guerre civile en Irlande, famines au Bengladesh et j'en oublie certainement... 
Mais la planète nous paraissait encore une orange bleue. Et nous étions autrement informés de ce qui se passait dans le reste du monde. Cela ne nous parvenait pas de façon aussi massive et constante.  Me revient soudain en mémoire, le sujet de dissertation que j'avais eu à traiter pour mon brevet d'études primaires : "s'informer est notre premier devoir"
La lecture des blogs des uns et des autres, l'été dernier a donné une perception différente de l'état de la planète. Untel en Rhodésie, racontait qu'après des pluies diluviennes avec des grêlons gros comme des balles de tennis, des maison vieilles de 200 ans avaient été détruites, et que maintenant c'était la sécheresse, Amy depuis la Nouvelle-Zélande exposait des photos de champs inondés, Orvokki depuis la Finlande expliquait qu'il faisait 30° en Laponie alors que d'ordinaire il en faisait dix de moins à la même époque, à Chicago il faisait chaud et très humide. Pareil à Montréal. En Tunisie des inondations ont dévasté certaines régions pendant le mois d'Aout. Et puis l'hiver est venu, féroce en Amérique du Nord, pendant qu'aux antipodes des inondations phénoménales noyaient le Nord est de l'Australie. Depuis l'été 2018, il ne se passe plus un jour, sans qu'on évoque un événement relatif au trouble climatique. Sans doute autant parce que cela fait vendre que par une réelle prise de conscience. Mais quoiqu'il en soit au mois de mai 2019, il a fait 30° sur le cercle polaire, en France des départements  étaient déjà en alerte sécheresse alors que l'été n'avait pas vraiment commencé. En Juin dernier, des incendies ravagaient la Colombie britannique au Canada, et l'on se rappelle que ah oui, il y a eu l'année dernière ds feux de forêts gigantesques en Californie et en Suède pendant l'été. En Inde, il a fait, à la même èpoque dans certaines régions jusqu'à 50°C. Comme il faisait un temps pourri ici à Paris en juin, où il ne cessait de pleuvoir (mais paraît-il le temps était aussi pourri en Floride) les climato-sceptiques voyaient là une preuve de l'absence de réchauffement. D'ailleurs le journal "Valeurs actuelles" a sorti un numéro spécial titrant "le catastrophisme écologique est devenu une religion ", et hier encore la jeune Greta Thunberg qui fait part des inquiétudes de sa génération á été accueillie avec beaucoup de condescendance par des députés français de droite qui ont raillé son jeune âge, alors que les mêmes vouent un culte un peu ridicule à Jeanne d'Arc. 
Pourtant ces derniers jours des records de température ont été battus dans certaines villes de France. Et une sécheresse alarmante touche notre pays.

Beaucoup parlent d'un effondrement imminent de la civilisation thermo-industrielle. Certains évoquent un chaos qui précèderait l'extinction massive ou du moins une réduction considérable de l'humanité, pendant que d'autres qui croient au progrès des sciences, et à la capacité d'adaptation de l'homme pensent qu'il n'en sera rien. Pourtant une population de près de 8 milliards de personnes, des températures jamais atteintes et qui ne cessent d’augmenter, voilà qui constitue aujourd’hui une situation unique, sans équivalent historique précis. Cela impliquerait que toutes les terriens travaillent et collaborent comme jamais auparavant pour éviter que les catastrophes ne se produisent. Mais au lieu de cela chacun préserve ses intérêts particuliers.
Des scientifiques estiment que les émissions de CO2 et de gaz à effets de serre culmineront en 2030, bien qu’elles soient réduites. Cependant, les réactions au cycle du carbone et l’utilisation continue des combustibles fossiles entraîneraient une augmentation de la température de 3 °C d’ici 2050. Nombre de climatologues s’accordent à penser que nous aurons, à cette date, atteint le point de basculement concernant les glaciers du Groenland et de l’Antarctique occidental, bien avant que les seuils de réchauffement global de 2 °C et du pergélisol de 2.5 °C ne soient atteints. Peu de temps après, 55% de la population mondiale sera soumise à plus de 20 jours de chaleur létale par an. L’Amérique du Nord et l’Europe pourraient souffrir de phénomènes météorologiques extrêmes, notamment d’incendies de forêt fréquents, d’intenses sécheresses et de vagues de chaleur. Les moussons en Chine risqueraient d'être perturbées, les grands fleuves d’Asie s’assècheraient et les précipitations en Amérique centrale seraient réduites de moitié. L’humanité atteindrait alors le stade de catastrophe planétaire. Les conditions de chaleur mortelles en Afrique de l’Ouest persisteraient plus de 100 jours par an et les pays les plus pauvres seraient incapables de fournir suffisamment d’environnements artificiellement refroidis pour que leurs populations persistent. En outre la production alimentaire serait gravement affectée et insuffisante pour nourrir la population mondiale. 
En dépit de toutes ces prévisions alarmistes et de tous les signes avant-coureurs qui apparaissent, on préfère nier les faits et se voiler la face en espérant un improbable miracle  (linked with the weekend in black and white

jeudi 18 avril 2019

Sans Toit



Voilà,
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cet incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris nous rappelle comme est fragile la beauté que l'humanité à su ajouter au monde, comme pour se dédommager de tous les ravages qu'elle a commis autant contre elle-même que contre la Nature, ravages que d'ailleurs elle continue d'infliger à cette planète qu'elle considère comme sa possession.
La folie des Talibans a détruit les bouddhas géants de la vallée de Bâmiyân qui avaient survécu plus de quinze siècles.
Les salafistes ont démoli les mosquées en terre de Tombouctou (rebâties depuis), en Syrie les ruines d'Alep ont été bombardées. Aujourd'hui Sanaa au Yemen, un des joyaux de l'humanité dont les constructions datent toutes d'avant le XIeme siècle est rasée par les bombes françaises vendues à l'Arabie Saoudite faisant ainsi le bonheur de l'industrie de l'armement et par la même renflouant les caisses de l'État.
A Séoul Namdaemun, la Grande porte du Sud, premier trésor national Coréen datant de 1398, a été détruite en 2008 à cause d’un incendie criminel. En 2013, la reconstruction s'est terminée, mais ce n’est plus tout a fait l’œuvre originale de Taejo désormais.
La citadelle de Bam, en Iran, construite au cinquième siècle avant Jésus-Christ a été intégralement détruite par un tremblement de terre en 2003. Pays sous embargo, l'Iran  voit l'aide internationale pour la reconstruction ne parvenir qu'au compte-gouttes.  
Dans la ville de Canton, en Chine, d’anciennes tombes, vieilles de 3000 ans, ont été démolies pour construire une ligne de métro. 
 Noh Mul, une pyramide maya, vieille de 2500 ans, située au Belize, a été pulvérisée par une entreprise de travaux publics. Le but de cette compagnie était de pouvoir utiliser les gravats pour la construction d’une route.
Pensons aussi à Bénin City qui était un grand ensemble urbain mondial. Son palais royal était l'un des plus importants complexes culturels d'Afrique et la cité avait l'importance d'une ville européenne. Elle disposait de squares, de galeries et les murs des maisons étaient décorés de nombreuses fresques. Le palais des Obas, la dynastie régnante, était si beau que les Hollandais l'ont reproduit en gravure comme ils l'auraient fait de Florence. Et puis en 1897 les Anglais sont venus et l'ont réduite en cendres en moins de 17 jours lors d'une expédition punitive.
Rappelons nous aussi la pierre de Singapour qui pouvait être considérée, avec  le même intérêt que la pierre de Rosette, déchiffrée par Champollion. Elle faisait trois mètres de haut sur trois mètres de large et était couverte, lors de sa découverte en 1819 d'une ancienne écriture que personne ne savait décrypter. On pense aujourd'hui que c'était du vieux javanais ou du sanskrit. Lorsqu'en 1843 l'armée britannique décida de construire un fort à cet endroit, elle fit exploser le bloc et utiliser les fragments pour des constructions ou le terrassement des routes. Seuls quelques fragments ont survécu et se trouvent désormais au musée de Singapour où elle est considérée comme un trésor national. On pourrait multiplier les exemples à l'infini.
Nous savons que les Civilisations sont mortelles écrivait Paul Valery. Certaines d'ailleurs se suicident. Notre mémoire est peuplée de ruines.

Mais revenons à Notre-Dame.

Aujourd'hui nos milliardaires se penchent à son chevet. Ils proposent, pour la restauration de la Cathédrale, un peu de leur fortune, comme autrefois la noblesse s'achetait des indulgences, pour gagner le Paradis. Donc soyons clairs, parlons chiffres : la fortune de Pinault, est évaluée à 34 milliards. Celle d'Arnault à 91 milliards. Pinault, dont on sait que le groupe Kering dont il est propriétaire a soustrait pour 2,5 milliards d'impôts au fisc français, débloque 100 millions, cela représente donc 0,3 % de sa fortune personnelle. Donc pour ceux qui gagnent comme moi 2000€ mensuels dans leurs moments fastes et de plus en plus rares, cela représente 6€. Bernard Arnault dont on sait qu'il a économisé 518 millions d'Euros d'impôts grâce à la fondation Louis Vuitton débloque 200 millions, cela représente, 0,2% soit 4€ pour moi. il paraît même que l'entreprise Total, qui souille et pollue avec frénésie la planète (qui est notre seule vraie cathédrale) un peu partout dans le monde y va de son obole. On va lancer un grand emprunt National. Il est probable que des personnes bien moins fortunées donneront proportionnellement une plus grande part de leur argent. 
Mais peut-être nos milliardaires en gardent ils de côté pour les vraies catastrophes à venir. Auquel cas ils devraient anticiper un peu. L'état de nos centrales nucléaires n'est pas fameux. Quand il y aura un problème, et l'on sait que tôt ou tard et avant que trente ans ne s'écoulent il aura lieu, l'accident sera autrement plus sérieux que ce que nous avons vu cette nuit et je crois qu'à ce moment là plus personne n'en aura rien à branler du toit de Notre-Dame. Et il y aura sûrement moins de gens pour se tenir dans les parages et faire des selfies devant la catastrophe (mais il y en aura tout de même).




Que ce soit clair. Je ne suis pas insensible au sort de notre Cathédrale. désormais sans toit, comme ceux qui vivent, pas très loin de l'Île de la Cité, sous ces bâches au pied de l'église Saint-Gervais qui fut d'ailleurs bombardée par la "Grosse Bertha" des Allemands en mars 1918 et où 98 personnes trouvèrent la mort. J'en suis sincèrement attristé et je souhaite ardemment qu'elle soit restaurée. Revenant hier sur les berges de la Seine, j'ai réalisé que je ne vivrais peut-être pas suffisamment d'années pour la revoir couverte d'un toit et de nouveau me promener à l'intérieur. Au passage j'ai réalisé que cette flèche datant du XIX ème, inspirée de celle de la Saine-Chapelle et ajoutée par Eugène Viollet-le-Duc, l'architecte de la première grande restauration était aussi ce qui donnait un cachet particulier à cet édifice. Désormais, Avril à Paris n'aura plus la même saveur et les promenades sur ce quai de Montebello que j'aime tant, auront toujours un parfum de mélancolie. 
Je partage pour une fois la réflexion poétique et inspirée de Mélenchon, cet homme politique imprévisible, irascible et sanguin, à l'ego hypertrophié et aux stratégies politiques confuses, parlant de la cathédrale. "Athées ou croyants, Notre-Dame est notre cathédrale commune. Le vaisseau, la nef qui nous porte tous sur le flot du temps. Et je crois que nous l’aimons de la même façon. Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y parait si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame. Et d’autres, ceux qui connaissent le vide de l’Univers privé de sens et l’absurde de la condition humaine, y voient par-dessus tout cette apothéose de l’esprit et du travail de milliers de femmes et d’hommes durant deux siècles et depuis plus de huit cent ans. Ils ressentent ce que la cathédrale a signifié depuis sa première heure, quand elle n’était encore qu’un plan, et à l’instant où fut planté le clou d’or d’où seront tirées toutes les lignes et commencés tous les calculs. (...)Notre-Dame est le signal d’un temps nouveau qui commençait. Il symbolise la douleur du savoir qui doute de lui-même pour avancer, l’inébranlable confiance dans l’esprit et dans sa victoire possible contre l’ombre qui masque, la mort qui soustrait et l’ignorance qui trompe. Notre-Dame est un message universel. Le peuple de France ne s’y est pas trompé. Tous ses grandes heures y ont transité. Des premiers États Généraux à la victoire sur les nazis, la nef a accueilli toutes nos clameurs libératrices. Je me dis qu’elle ne brûlera jamais tout à fait. Il en restera toujours un morceau qu’un être humain voudra continuer vers le ciel."

J'ai aussi été très touché par le texte d'Etienne Klein qui circulait sur le réseau social bleu : "Je ressens une vive émotion en voyant Notre-Dame brûler. Pourquoi notre émotion est-elle si intense, si singulière ?
Lorsque nous regardons un objet matériel, qu’il s’agisse d’une cathédrale, d’un immeuble, d’une pierre, d’une vieille montre, le seul fait d’y prêter attention nous porte en effet à nous enfoncer dans son histoire, à nous décaler, par l’imagination, de la surface de son présent. Nous percevons alors quelque chose qui semble encore l’attacher à sa lointaine provenance. Vladimir Nabokov évoquait à ce propos une « transparence des choses, à travers lesquelles brille leur passé » ?
Et puis il y a, surtout, ces phrases sublimes de Marcel Proust :
" Tout cela faisait pour moi [de l’église] quelque chose d’entièrement différent du reste de la ville : un édifice occupant, si l’on peut dire, un espace à quatre dimensions – la quatrième étant celle du temps – déployant au travers des siècles son vaisseau qui, de travée en travée, de chapelle en chapelle, semblait vaincre et franchir, non pas seulement quelques mètres, mais des époques successives d’où il sortait victorieux."

Elles disent que, sans en avoir forcément conscience, nous regardions Notre-Dame comme la théorie de la relativité d’Einstein, lue rigoureusement, invite à le faire : ce bâtiment somptueux n’était pas une chose statique dans l’espace, mais une suite d’événements dans l’espace-temps ; il n’était pas un volume à trois dimensions, mais un hypervolume à quatre dimensions qui a commencé de prendre corps dans la profondeur du passé et n’a jamais cessé de se translater dans le temps, instant après instant, tout en demeurant invariablement au même endroit. En somme, Notre-Dame a perduré en se répétant identiquement à elle-même, continûment, sans jamais s’absenter, sans rater le moindre instant présent passant par là. Fascinante mise en perspective, en abîme même : la persistance de cette grande chose immobile cachait une dynamique invisible, profonde, celle de la succession ininterrompue des instants qui ont transporté sa présence depuis sa première apparition. Notre-Dame était un morceau de notre passé projeté dans notre présent

touché aussi par les mots d'André Markowicz
"Nous perdons la beauté. — Ce que nous avions, là, sous nos yeux. Pas même sous nos yeux, parce que, de fait, combien d’entre nous ne regardions même pas quand nous passions devant ? Parce qu’elle était là, cette beauté. Cette beauté — que nous avions.
Parce que, vivre en présence de la beauté, de l’immense travail des gens à travers les siècles, c’est ce qui nous donne, à nous, pris que nous sommes dans nos passions quotidiennes, nos soucis, nos maladies, pris que nous sommes dans nos vies, la sensation que nous sommes vivants.
La sensation que nous vivons dans le temps. La sensation de joie et de réconfort d’être témoins de la durée. La sensation que le monde ne nous est pas donné pour notre usage à nous — que nous n’en sommes que les dépositaires, et que, notre bonheur, non, notre honneur, c’est ça, de savoir que nous ne sommes pas seuls, et que jamais nous n’avons été seuls.
Non, la sensation, terrible, que c’est elle, Notre-Dame, que nous avons laissée seule. Que nous avons brûlée, par incurie. Comme nous nous brûlons nous-mêmes, dans notre rage de détruire tout ce qui n’est pas nous." (André Markowicz)

Mais bon, cet effondrement du toit, cette charpente de bois quasi millénaire brûlant en quelques heures, cette flèche audacieuse s'affaissant sur elle même, beaucoup y ont vu une image de notre temps. Certains bien sûr se sont rappelés l'Apocalypse de Jean qu'on ressort à chaque grand événement où il y a du feu :  "Alors ils pleureront et se lamenteront sur elle, les rois de la terre qui ont partagé sa prostitution et son luxe, quand ils verront la fumée de son embrasement. Ils se tiendront à distance par crainte de son tourment, et ils diront: Malheur! Malheur! O grande cité, Babylone cité puissante, il a suffi d'une heure pour que tu sois jugée! "

Certains aussi comme le réalisateur Guillaume Brac se posent la question "ce pays mérite-t-il Notre-Dame ?  et  après tout son point de vue ne manque pas de pertinence
 "On me dira sûrement que je mélange tout, que je fais de la politique là où je devrais seulement me recueillir en silence. Qu’un joyau de l’humanité et le fruit du travail de tant d’hommes et de femmes vient de partir en fumée. Que c’est une tragédie pour tous les Français, pour tous les Chrétiens, et bien au-delà pour tous les amoureux de la beauté. C’est vrai bien sûr. Et l’émotion qui inonde médias et réseaux sociaux est – jusqu’à un certain point - légitime. Mais comment ne pas voir – aussi - dans cet incendie de Notre-Dame le triste symbole d’une faillite morale ? Un pays, qui au mépris de ses valeurs humanistes, ferme ses frontières et laisse périr des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants en Méditerranée, mérite-t-il Notre-Dame ? Un pays dont les élites piétinent l’intérêt général et ignorent une grande partie de leurs concitoyens mérite-t-il Notre-Dame ? Un pays qui laisse matraquer, éborgner, emprisonner celles et ceux qui ont le courage de résister mérite-t-il Notre-Dame ? Un pays qui trahit ses engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique et la destruction programmée de notre humanité mérite-t-il Notre-Dame ? Peut-être est-ce la raison pour laquelle je suis resté étrangement insensible devant des images qui auraient dû me bouleverser. Peut-être est-ce parce qu’à mes yeux une vie humaine restera toujours plus importante qu’une cathédrale, aussi sublime soit-elle. Peut-être est-ce parce que je ne peux m’empêcher de me dire que parmi les dizaines de milliers d’ouvriers, de compagnons, d’artisans, d’artistes qui ont œuvré à sa construction, qui lui ont consacré leur existence, beaucoup auraient porté un gilet jaune aujourd’hui. Et que pleurer la destruction de ce symbole des valeurs chrétiennes et humanistes, tout en restant sourd à la détresse et la colère que tentent désespérément de faire entendre les plus fragiles, les plus courageux, les plus lucides d’entre nous, me paraît un non-sens. Quelques minutes de BFM TV, hier soir, m’ont laissé un goût amer. Qu’y ai-je vu ? Un président, piètre comédien, rassemblant de force les Français dans un combat masquant opportunément tous les autres, suivi des jérémiades d’un hipster et d’une grande bourgeoise semblant considérer Paris comme le centre du monde. Je n’ai alors pu m’empêcher de me dire, que nombreux sont les Françaises et les Français qui ne voient pas Notre-Dame tous les jours en sortant de chez eux, qui n’ont peut-être même jamais vu Notre-Dame autrement qu’en photo, et qui n’ont pas envie de verser des larmes de crocodile au diapason de privilégiés, qui ne se souviennent de leur existence que lorsqu’ils ont besoin de leurs suffrages une fois tous les cinq ans ou lorsqu’une poignée d’entre eux a la géniale idée d'enfoncer avec un fenwick la porte d’un ministère. Sur ce, je me déconnecte, non pas pour fuir la discussion – que ces quelques lignes, qui n'engagent que moi, n’appellent d’ailleurs pas nécessairement – mais parce que j’ai un scénario à écrire…"

Ce que cet événement met tout à coup en relief, c'est qu'en France on trouve très vite de l'argent pour rebâtir un monument qui certes est plus qu'un monument, un symbole, aussi, alors que que cela fait des années qu'on nous dit qu'il n'y a plus d'argent pour nos infrastructures, nos hôpitaux, nos écoles et universités, pour la recherche, pour l'écologie, pour construire des logements décents et j'en passe. Et puis on a vu le spectacle obscène de ce jeune président manifestant plus d'émotion pour Notre-Dame, que pour les gens qui peinent à vivre décemment dans ce pays. Il aurait dû mettre le même empressement à réagir en novembre dernier lors des premières émeute populaires. Il n'est pas certain que tout cela calme les esprits. Notre-Dame a brûlé, mais le monde aussi brûle sans que cela suscite autant d'émotion.
Enfin pour conclure, j'ai bien aimé cette remarque savoureuse — qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux — d'Olivier Pourriol, enseignant de Philosophie : "Victor Hugo remercie les généreux donateurs prêts à sauver Notre Dame de Paris et leur propose de faire la même chose avec les Misérables" (Linked with the weekend in black and white )


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