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dimanche 20 avril 2025

Encore la Butte-aux-Cailles

 
Voilà,
il y a quelques semaines, je me suis promené du côté de la Butte aux cailles, un petit quartier du treizième arrondissement de Paris, non loin de la place d'Italie, dont j'ai déjà souvent parlé ici ou bien . C'est un spot pour les muralistes et chaque fois que je m'y rends je ne peux m'empêcher d'y prendre quelques photos. 
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lundi 14 avril 2025

Quelque chose d'organique



Voilà
je ne sais pas c'est quelque part dans les tissus dans les chairs dans la moiteur des organes dans le frémissement de la matière c'est un léger remuement une pulsation un battement c'est vivant depuis longtemps vivant se transforme se métamorphose s'éparpille se répand se contracte ça bat ça pulse c'est comme un souffle une effervescence et puis s'opacifie change de densité aussitôt devient fluide et furtif bientôt presque transparent puis de nouveau fibres filaments feuille aussi peut-être à la fois espace et temps où quelque chose de sensible se modèle sans parole mais non sans devenir comme une impalpable mémoire qui ne cesse de se recomposer c'est un univers invisible à travers les choses infra-réel dans lequel respire toute la mémoire du monde c'est le jardin des équations, la forêt des énigmes, la jungle des possibles et des virtualités inaccomplies

dimanche 23 mars 2025

Au musée Picasso

 
 
Voilà,
l'artiste argentin Guillermo Kuitka a créé, à l'invitation du musée national Picasso Paris, une  œuvre in situ dans la chapelle de l'hôtel Salé. Depuis son intervention à la biennale de Venise en 2007, Kuitka a mis en place, en lien avec l'architecture, un nouveau langage qu'il nomme "peinture cubistoïde" où se déploie, directement sur le mur, un ensemble de ligne entrecroisées comme autant de pliures sur le plan, formant un nouvel espace pictural à l'esprit baroque. 
 
 Dans ces expérimentations le cubisme est invoqué comme la trace d'un mouvement qui opère telle une diffraction du réel. "La peinture se fait alors mémoire" dixit le petit cartel qui accompagne l'œuvre.
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lundi 17 mars 2025

Formes et couleurs



Voilà
j'essaie toujours de trouver des raisons pour lesquelles en matière de dessin ou de graphisme, je fais ceci ou cela, alors que je n'ai à me  justifier de rien. Je m'étonne de ce que je trouve actuellement. Pourtant c'est bien parce que je cherche dans une certaine direction. En ce moment j'ai envie de formes pures. D'abstraction. Cela me rappelle que dans mon enfance, lorsque je suis arrivé à Paris, j'ai immédiatement été fasciné par les tableaux de Vasarely. Par cet art optique et abstrait qui fascinait le déficient visuel que je suis, borgne et dyschromate. Mais il n'y a pas que cela.

Ce que j'essaie de traduire à travers ces images c'est ma fascination pour ce qui relève du mystère, de l'énigme, de l'innommable. L'énigme, c'est "comment ça a commencé, tout ça, l'univers, la matière" ? Est ce que tout ça c'est la manifestation d'un Esprit ? L'innommable concerne ce qui, à plus ou moins brève échéance, finira bien par me happer. Je serai emporté au-delà de ce que je pense être, vers le Néant. J'aimerais que cela ressemble à cela :  

 
des champs de formes toujours colorées ; poreux et transparents comme des voiles, des espaces qui s’enchevêtrent ; et puis aussi des temporalités qui me traverseraient comme autant de brises légères, mêlant les douces sensations aux heureux souvenirs. Et puis aussi des nappes de musique toujours changeante. J'aimerais bien que la complexité ait le charme d'un délicat parfum de fleur éclose, que l'éternité ou l'oubli me saisissent dans un chatoiement de sensations et de couleurs. (shared with sunday smiles - wordless wednesday

lundi 10 mars 2025

Les mots se dérobent

 
Voilà, 
j’ai réalisé de semblables images parce que je ne sais pas jouer de musique, je ne sais pas composer, je n’ai pas d’instruments à la maison, rien qui m'aurait permis d’exprimer une sensation, une émotion sans pour autant avoir à l’expliquer. 
Enfin c’est comme ça que je me formule à présent les choses. 
Pour le moment. 
Il est possible que je trouve d'autres explications. Plus tard.
Je le voudrais mais ne parviens pas à concevoir un récit, formuler mes pensées. Exprimer ce qui m'a traversé, me traverse encore. Les mots se dérobent. Ils ne me permettent pas de trouver la distance juste. Toute mon existence ils m’ont posé un problème, me laissant insatisfait. Je suis incapable d’exploiter toutes leurs nuances, de les agencer de façon satisfaisante pour qu'ils soient au plus proche de l'émotion, de la sensation. Par contre je crois pouvoir assez subtilement interpréter les mots des autres. Je suis comédien, interprète, c'est mon métier.
 
(...)

En d’autres temps pour surseoir à l’angoisse je composais des collages.
Fabriquer désormais ces vignettes me permet d'une certaine façon, d'être évasif. De suggérer sans être trop explicite. D'échapper à l'embarras des phrases, qui exigent d'être pesées au mot près. 
Comme si j’écrivais une petite sonate, comme ces pièces pour piano de Chopin quand il était triste. À défaut de m’exprimer, je m’imprime. J’échappe à l’anecdote.  
C’est aussi en quelque sorte l’équivalent d’une calligraphie japonaise réalisée au pinceau d’un seul geste. Oui, c’est un peu ça. Une calligraphie électronique. Ça signifie quelque chose de secret qui, à la fois ne peut se dire sans pour autant devoir se taire. 
Un cri silencieux. 
 
 
Je ne sais pas si je parviendrai un jour à coller des mots là-dessus. Sur cet effroi, sur ces moments de panique, certaines nuits de ce terrible mois d'Octobre où l'on ne savait rien encore, ou si peu. Sur la peur chaque jour, les mois qui ont suivi. Sur les apparences qu'il fallait préserver. Sur cette inquiétude qui jamais, depuis ne me lâche.
 
(...)

Les heures où je l’accompagnais où je faisais semblant d’assurer, où je faisais même de l’humour. Où nous marchions en silence côte à côte. Où je faisais comme si tout ce que nous vivions était relativement maîtrisé. Nous faisions des selfies. Elle, coiffée de son bonnet, pour dissimuler son crâne. Je l’accompagnais chez l’acupuncteur, au laboratoire d’analyses médicales à l’hôpital là-bas de l’autre côté du fleuve. 
Pourtant dans cette terrible adversité, nous avons eu de la chance.
La chance, j'ai cru en sa possibilité ce jour ou dans une salle d'attente de l'hôpital — venions  nous pour une séance ? Était-ce au tout début je ne sais plus — une grande belle femme aux cheveux courts, est entrée avec son ami. J'ai tout de suite compris, à cause des cheveux, qu'il s'agissait du même genre de maladie. D'ailleurs que pouvait elle avoir eu d'autre pour venir dans ce service, dans cet hopital ? Maintenant je peux dire qu'elle devait en être à six mois après la fin du traitement. Cela devait être une visite de contrôle.


Elle discutait en anglais avec son ami. Il m'a semblé qu'elle était britannique. Elle avait un sourire radieux, tout son visage resplendissait de joie, et il émanait d'elle un puissante force vitale. J'ai alors pensé que oui, c'était possible une issue positive...
Je ne sais pas pourquoi je raconte cela maintenant.

dimanche 15 décembre 2024

Angoulême

 
Voilà,
Angoulême où j’ai fait une petite escale avant de prendre mon train est désormais une ville connue pour son festival de la bande dessinée qui, je crois, a dépassé nos frontières. C’est même devenu une partie de son identité puisque les noms de rues y sont déclinés sous forme de phylactères. Rien d’étonnant à ce qu’autant de murs peints évoquent des personnages de bd. Sur la première photo, on peut reconnaître au centre Goscinny, le dessinateur de la série "Astérix le gaulois" écrite avec Uderzo. Assis à sa table de dessin, e ses plus célèbres créations Astérix, Lucky Luke, Iznogoud, le Petit Nicolas, Oumpahpah semblent s'en échapper. Cette peinture murale a été  conçue par le dessinateur Boucq et réalisée par Moon.
 
 
En bas à gauche, c'est un dessin du bédéaste Frank Margerin avec son personnage fétiche Lucien, le rocker à la banane sur sa moto. .Je n'ai pas reconnu le dernier dessinateur. 
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lundi 16 septembre 2024

Au-delà de tout récit




Voilà,
toujours pas trouvé d'autre moyen pour libérer mon esprit de l'emprise de la réalité. Pour conjurer l'effroi qu'elle peut parfois susciter. Il me faut faire émerger cela, ces formes. Voyager dans leurs nuances, leurs surfaces changeantes. Chercher la douceur au-delà de tout récit, de tout paysage.

dimanche 12 mai 2024

Pêle-mêle avec zèbres et moustiques



 
Voilà,  
non loin de la mairie du XIV arrondissement, rue Boulard, le mur d'une école offre cette fresque étrange, de facture très classique signée Clémence Arnold. Je suis allé voir son site, très complet et j'ai été touché par la qualité de se travaux. Elle parle aussi de son parcours sur la page des ateliers Daguerre, qui lui ont commandé cette œuvre murale.
 
*
 
Hier soir, je suis resté un long moment abasourdi, sidéré devant la numération bien au dessus de la norme, apparue sur l'écran. Je ne m'y attendais pas. La fatigue des derniers mois était peut-être associée à d'autres causes que je ne soupçonnais pas. J'ai aussi réalisé que pendant quatre jours je n'avais parlé avec personne, à part une conversation avec Françoise M. que j'ai croisée par hasard (je ne l'ai pas immédiatement reconnue, elle était en scooter avec son casque, et s'est garée sur le bas côté) et une autre, brève, au téléphone avec ma fille, actuellement à Prague.
 

Je ne sais pas pourquoi, avant d'aller me coucher hier soir j'ai repensé à cette phrase de Peter Handke  dans son recueil de notes "L'histoire du crayon" : Ayant oublié la gaieté des formes il vivait dans l'inquiète légèreté de l'absence de forme. Je ne me sens pourtant pas particulièrement léger depuis huit mois.
 
*

 La semaine dernière, les rues de Paris étaient désertes en raison d'un pont (spécialité bien française) puisque c'était la fête de la victoire le 8 mai, et le jeudi de l'ascension le 9 qui sont deux jours fériés et ensuite le week-end. En posant un jour de congé le vendredi cela fait quatre jours de vacances. J'écris cela pour mes correspondant étrangers que cela pourrait étonner. La France est un pays soit-disant laïc mais les fêtes catholiques y sont pléthore ; il reste encore la pentecôte et son lundi. En fait en France le mois de Mai est un mois où l'on ne branle rien. Avec ces jours fériés cumulés, on est sûr qu'il n'y aura plus d'effervescence sociale comme en 1968. Alors, j'en ai profité pour — bien que je ne sois pas un as dans ce domaine là — bricoler, et j'ai installé des moustiquaires devant mes fenêtres. Cela faisait longtemps que cela me trottait dans la tête, de façon presque obsessionnelle. C'est un peu empirique mais ça tient. 
 

  - What need is there to stay in a world where you no longer have your place?
- oh dear, I have a feeling you're going to try a kamikaze raid
 
Je ne sais pas si c'est lié au traumatisme de l'année dernière où j'ai été attaqué durant tout le festival d'Avignon par des moustiques-tigres, dont on sait qu'ils remontent vers le Nord, ou bien parce que j'ai lu il y a quelques semaines que l'Argentine subissait sa pire épidémie de dengue dix fois plus puissante que l’année précédente à la même époque — selon des chiffres de la mi-avril plus de deux cents personnes en seraient mortes et 270 000 infectées —, j'ai donc été pris d'une frénésie d'aménagement local. 
 
*
 

Sinon parfois, dans la rue il arrive qu'on soit confronté à d'étranges apparitions, un peu déconcertantes, qui donnent de la fantaisie et de la poésie à ce monde qui en manque tant, car tout de même, on ne peut pas dire que les nouvelles de la planète soient particulièrement réjouissantes ces temps-ci.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

dimanche 31 décembre 2023

dimanche 30 juillet 2023

Wall drawing #538



Voilà,
en visitant la Collection Lambert, comme je le fais chaque fois que je me rends à Avignon, j'ai été très touché — sans doute l'avais déjà vue lors d'une visite précédente, mais je ne m'en souvenais pas — par cette pièce peinte par Sol LeWitt intitulée Wall drawing #538
Cette fresque déployée sur toute la hauteur des murs de la salle a été réalisée pour la première fois au château d’Oiron en 1984. Elle dialoguait alors parfaitement avec les fresques anciennes du lieu et s’inscrivait dans la grande lignée des œuvres in situ dont les peintres romains, puis ceux du Quatroccento avaient le secret pour embellir les villas et palais.
La notice pédagogique de la Collection précise en outre que "la méthode développée par Sol LeWitt dès le début des années 1960 trouve sa source dans de nombreuses influences. La plus évidente reste celle des artistes de la pré-Renaissance et de la Renaissance italienne, tels Giotto ou Piero della Francesca dont Il retient la manière de penser l’espace et la couleur. Après avoir recomposé le dessin original à partir des volumes proposés, Sol LeWitt et ses assistants ont tracé sur les murs les découpes qui créent ces impressions de perspective amplifiant l’espace. Ensuite vient le temps long et minutieux où les jus de couleurs sont passés au chiffon par tamponnage, comme une patine. Ce sont les différents passages des couleurs sur la surface qui donnent cette profondeur et cette transparence si particulières.
Sur le diagramme de l’œuvre, Sol LeWitt indique le tracé général mais aussi l’ordre des couleurs à appliquer."
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jeudi 13 avril 2023

De vieilles affiches lacérées


Voilà,
en septembre 1983 — je suis certain de la date car sur la planche contact se trouvent des photos de l'enterrement de Tino Rossi — j'ai réalisé une série à partir d'affiches lacérées que les murs et les palissades de Paris offraient au regard des passants. Bien sûr ma fascination pour le travail de Raymond Hains et de Jacques Villéglé dans les années soixante y était pour quelque chose. 
Curieusement, à l'époque où je réalisais ces images d'arrachages, je passais aussi beaucoup de temps à la maison à concevoir avec le plus grand soin au moyen de papiers et de ciseaux, des collages dont l'objet était la reconstitution de réalités imaginaires
Ces images vieilles de quarante ans, traces d'un monde qui ne signifie rien pour ma fille, convoquent de vagues souvenirs. Mais surtout je continue à leur trouver un certain charme. A moins qu'il ne s'agisse plus simplement que de l'émotion ressentie devant les tentatives du jeune homme que j'étais alors.
J'étais déjà séduit par la décrépitude, les ruines, l'effacement. Pour rentrer chez moi, je passais par un quartier en mutation dont on abattait tous les vieux immeubles pour en bâtir de nouveaux. J’ai fini par habiter dans l’un d’entre eux quelques années plus tard. Et j’ai continué de photographier si bien que je dispose à présent de nombreuses images de ces transformations urbaines que je n'ai pourtant jamais publiées sur ce blog. Il faudrait que je le fasse peut-être un jour, en mettant en contrepoint le bâti d'aujourd'hui.

mardi 4 avril 2023

Un fait divers belge

Voilà
une des nouvelles les plus désopilantes qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps (j'ai d'abord cru à un poisson d'Avril) : "un père de famille s'est donné la mort après avoir dialogué pendant six semaines avec un chatbot, un ordinateur doté d'une intelligence artificielle. L'homme était très éco-anxieux, la machine ne l'a pas beaucoup rassuré et la famille accuse désormais Eliza, cette intelligence artificielle de l'avoir poussé au suicide. Ce trentenaire, père de deux jeunes enfants, souffrait depuis plusieurs mois d'une dévorante angoisse de fin du monde causée par le réchauffement climatique. Il a choisi d'en parler avec cette IA, tout d'abord pour lui poser des questions sur les espoirs de survie de l'humanité. La conversation aurait ensuite pris une dimension beaucoup plus humaine. "Elle était devenue sa confidente, une drogue dont il ne pouvait plus se passer", rapporte son épouse au journal La Libre Belgique. Ce n'est qu'après son décès que sa famille découvre la conversation où la victime fait part de ses pensées suicidaires, de la manière dont il compte mourir. Elisa, intelligence spécialement programmée pour ne jamais contredire ses interlocuteurs, le soutient. Suite à ce drame, le secrétaire d'État à la digitalisation a annoncé le lancement d'une réflexion sur la régulation des intelligences artificielles." 
Mais contre la connerie naturelle, apparemment, rien ne semble avoir été prévu. Et, si l'on en croit les programmes de radio et de télé mainstream, on pourrait même supposer qu'elle est, au contraire, fortement encouragée. Quoi qu'il en soit, les commentateurs évoquent désormais avec beaucoup de sérieux, les trois lois de la robotique énoncées pour la première fois par Isaac Asimov en 1942 dans sa nouvelle de S.F. Cercle vicieux (Runaround) :  1) un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger  2) un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ; 3) un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.
J'ai donc, par curiosité, tapé la première phrase de cet article dans le prompt d'un générateur text-to-image, comme je l'avais déjà fait en décembre. J'ai obtenu ça : 

 
Qu'en conclure ? D'abord que ce générateur n'est pas si intelligent que ça. Je l'avais déjà constaté en décembre dernier, après un entretien avec un nouvel agent conversationnel dont on vantait alors les mérites. Je n'ai même pas publié ce que j'en pensais, tellement cela me semblait peu digne d'intérêt. J'avais l'impression de parler avec un prêcheur évangélique. C'est à dire le degré zéro de la pensée. Revenons à cette image : "un père de famille" c'est forcément un vieux avec une cravate. "Un ordinateur doté d'une intelligence artificielle", c'est une petite fille un peu difforme, blanche et blonde, avec une vague prothèse dans les cheveux. Je trouve même cette image sournoisement licencieuse. Cette petite fille à grosse tête, au cou étroit et au nez mal fini, ne serait-elle pas sur les genoux de ce vieillard pour que leurs visages soient ainsi à la même hauteur ? 
J'ai donc décidé de formuler ma requête avec le paragraphe allant de "un père de famille" jusqu'à "une drogue dont il ne pouvait plus se passer". Et là c'est le grand n'importe quoi :
 

D'une part la mort y semble toujours associé à la vieillesse. En outre, ce générateur d'images a toujours autant de problèmes avec la représentation des mains et les lois de la perspective. Quant à la représentation de l’IA par elle-même, je la trouve assez croquignolesque.
Évidemment, je suis un peu taquin, je propose délibérément des "prompts" vagues et abstraits, voire même confus. Je n'ignore pourtant pas qu'il existe déjà des banques de "prompts" qui s'affirment comme "la solution par défaut en matière d’achat-revente pour gagner du temps, obtenir de meilleures images et dépenser moins de crédits sur les services "d’IA et leurs API". Mais ce qui m'intéresse c'est le côté déconnant de l'affaire. Je cherche l'anomalie. Par exemple, ces générateurs ne prennent pas en considération ce qui choque. Tu files une description d'une scène d'orgie par le marquis de Sade, la machine refuse (mais qui sait peut-être cela marcherait-il avec la description du martyre d'un saint). Il y a malgré tout un certain charme au côté mal foutu, pas encore dégrossi. C'est d'ailleurs ce qui m'intéresse. Cette génération de "possibles totalement improbables" que produit la machine, avec des mains à sept doigts des bouches à cinquante dents, des tératologies numériques, des hasards algorithmiques, bref tout ce qui relève de l'anomalie.
Je me suis en outre livré à une autre expérience. J'ai tapé "elle se confond avec la pénombre. Une viscosité qui a une volonté, de la glu pétrie de haine ". Trois phrases relevées au hasard dans une page des "Travailleurs de la mer" de Victor Hugo. Cette image m'est apparue.
 

 Il est clair que le générateur Text-to-image n'est pour le moment guère compatible avec la poésie. Le résultat se révèle bien énigmatique. Néanmoins, l'image hasardeuse de ces silhouettes égarées dans un désert où se dressent de vastes monuments me plaît. Elle me rappelle ces collages d'architectures utopiques que je réalisais au début des années quatre-vingt.
J'ai ensuite fait d'autres tentatives, cherchant à obtenir des résultats plus scabreux. J'ai bidouillé, traficoté. J'en livrerai peut-être les résultats ultérieurement. Il faut que je laisse reposer. On doit toujours se méfier des enthousiasmes immédiats. 
Je ne peux guère sortir de chez moi, ces derniers temps. En attendant que je me rétablisse, c'est donc à cela que je m'occupe. Entre autres.

dimanche 19 mars 2023

Palissades du chantier du Louvre


Voilà,
au milieu des années 80, le chantier consacré à l'édification de la pyramide du Louvre, était ceint d'une palissade de bois. Elle se révéla un terrain de jeux et d'expérimentation pour nombre de muralistes et graffitistes parisiens, qui purent ainsi exposer leurs travaux sans enfreindre la loi ni risquer de poursuites pour dégradation ou vandalisme. Beaucoup débutaient comme Blek Le Rat, Jef Aérosol ou Miss-Tic. Reprenant les règles de conduite du graffiti, ils s’exprimaient en utilisant le pochoir, avec une esthétique militante et poétique. J'ai alors photographié les travaux de ces artistes aujourd'hui reconnus. Pendant quelques semaines, je proposerai un retour dans le passé en publiant certains de leurs travaux d'alors.
En premier lieu, je commencerai par ces dessins non signés mais qui rappellent beaucoup le style de Reiser, le célèbre dessinateur de Charlie Hebdo. Je n'en connais pas l'auteur.
 

 
J'en aime toutefois la spontanéité, le côté sauvage et caricatural, les couleurs aussi.
 
 
Ces photos sont les traces et les reliques d'une époque depuis longtemps révolue. Leur aspect trash rappelle aussi par certains aspects des peintures du groupe Cobra dans les années soixante. 

dimanche 12 février 2023

Jardin d'hiver



 
Voilà
quelques années j'avais publié une photo de la Tour aux figures qui se trouve sur l'île Saint Germain à Issy-les-Moulineaux. Le centre Georges Pompidou expose cette maison-sculpture, intitulée "le jardin d'hiver" conçue par Georges Dubuffet. Voici ce qu'en dit Sophie Duplaix, sur le site internet du Musée : Si le jeu de construction énigmatique et hautement mental de « L’Hourloupe » rendait toute surface instable et résistante à la fixité du regard, tant les circonvolutions des tracés et le traitement des zones sobrement colorées faisaient danser la toile, il restait à prouver que ce système pouvait aussi bien fonctionner en volume. Aussi, dès 1966, naît la tridimensionnalité, avec des sculptures, puis des projets d’édifices, dont plusieurs prendront corps. Le Jardin d’hiver (Fasc. XXIV, n° 100) est, comme beaucoup de ces tentatives, né d’une maquette en polystyrène peint au vinyle, de laquelle a été tirée une autre en époxy peint au polyuréthane (toutes deux datées du 16 août 1968). L’agrandissement a été réalisé de juin 1969 à août 1970. Dans ce « jardin », où il n’est en rien question de nature et qui s’apparente plutôt à une grotte, à une caverne, le décor se résume à de simples tracés noirs sur fond blanc. Mais l’entreprise est complexe : le sol et les parois sont bosselés, cabossés, et les dénivellations ou accidents sont tantôt soulignés, tantôt contredits par les tracés. Par-delà la leçon donnée à l’œil, c’est une remise en question de la perception toute entière que proposent ces architectures méditatives. 

mercredi 21 décembre 2022

Trois phrases

Voilà
comment j'ai procédé. Hier soir je me suis dirigé vers la bibliothèque qui se trouve sous l'escalier et qui est plutôt dévolue à la poésie. Un peu par hasard mon choix s'est porté sur "Lords and the new creatures" de Jim Morrison. J'avais envie de voir comment une Intelligence artificielle pouvait convertir une simple phrase qui ne soit pas descriptive en une image.
J'ai soumis à l'intelligence artificielle trois sentences de cet ouvrage. 
 
La première "the appeal of cinema lies in the fear of death". 
 

 
 
La seconde "Film confers a kind of spurious eternity". 

 
 
La troisième "film spectators are quiet vampires"
 
A chaque fois l'opération n'a pas duré plus d'une minute. J'ai pris ce qui apparaissait, sauf pour la troisième proposition, car la première image sortie était laide et sans intérêt. J''ai accepté la seconde. Je n'ai opéré aucune retouche par photoshop ou autre. J'ai seulement ajouté un cadre. 
J'ai laissé deux jours les images dans un dossier sans les regarder. Sur le coup je les ai trouvées plutôt à mon goût. Insolites, vraiment, surtout les deux premières. 
 
Mais, aussitôt j'ai ressenti une sorte de vertige. Un peu comme lorsqu'on prend une drogue, ou que l'on fait quelque chose de transgressif ou de dangereux pour soi.
Puis une soudaine envie d'aller me coucher, de m'ensevelir dans le sommeil. Étourdi, vacillant, groggy, tel était mon état.
Une terrible et immense tristesse m'a envahi, une grande envie de pleurer aussi. Vous savez, cette boule de chagrin dans la gorge.
J'aurais pourtant du trouver ça formidable, m'enthousiasmer. Me suis senti soudain effroyablement seul. Comme si le programme s’était insinué en moi, m’avait contaminé.
J'aurais voulu être avec quelqu'un qui me comprenne, qui vibre pour les mêmes choses que moi. Qui soit en mesure de me soutenir. J'ai regardé mon salon et il m'a semblé ne pas y être tout à fait.

jeudi 3 novembre 2022

Un dimanche à Majolan


Voilà,
sur un terrain acquis par un riche banquier, Jean Gustave Piganeau, grâce à son mariage avec la fille de Joseph Prom, propriétaire du domaine, le parc de Majolan, situé à Blanquefort, près de Bordeaux a été réalisé dans le goût romantique et baroque, entre 1870 et 1880, par le paysagiste Louis Le Breton
Ce terrain était initialement un marécage et la rivière Jalle dut être détournée afin de créer le lac. Imitant les parcs conçus par Adolphe Alphand à Paris, Majolan fût bâti, à la fois pour afficher la richesse de son propriétaire, mais aussi, dit-on, dans le but d'apaiser et consoler sa fille malade. 
J'y fus dimanche dernier. 
Heureux de le découvrir. On y trouve entre autres de fausses ruines, une grotte artificielle, un temple d’amour, quelques arbres remarquables aussi, comme ce sequoia aux dimensions encore modestes.
Le temps était toujours étrangement doux. 
Depuis la création des relevés météorologiques, aucun mois d'Octobre n'a été, en France, aussi chaud. 
 
 
 Là j'ai tout de même pensé (mais peut-on vraiment appeler ça une pensée) que "Un dimanche à Majolan" aurait pu faire un beau titre pour un roman de Simenon. Je ne sais pas pourquoi m'est aussi revenue à l'esprit cette réflexion de François Jullien dans son dernier essai " De la vraie vie " qui nous alerte en quelque sorte sur l’effacement de la capacité de vie qui est en nous. " je pense que nos vies sont toujours menacées de confinement. Il y a une menace qui pèse sur la vie en tant que telle, pas seulement sur la vie du vital mais sur la vie du vivant. C’est le fait qu’il y a au sein même de la vie cette tendance de la vie à se déserter elle-même". Je sais que cela me guette. Paresse, fatigue, résignation. Mais je m'obstine cependant. Il faut survivre à ses propres désillusions, remercier la vie de nous avoir malgré tout mené jusque là sans trop de dégâts, et persévérer, même s'il s'agit de "rater, rater encore, rater en mieux" comme disait Beckett, oui, continuer tant qu'on le peut, tant que c'est supportable. De toute façon, à la fin ne subsisteront que les vieux refrains les odeurs anciennes et de furtives réminiscences.

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