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jeudi 13 août 2020

Nu au rideau


Voilà,
avais-je en tête un certain cliché d'Edward Weston lorsque j'ai pris ou tiré cette photo, il y a longtemps, très longtemps au siècle dernier, ou bien est-ce un tropisme inévitable pour qui se pique de photo, de jouer avec les ombres d'un rideau sur un corps, comme l'a fait Alvarez-Bravo, et aussi Man Ray et sans doute bien d'autres. Je crois, bien que je n'en sois pas tout à fait certain, que cette photo a été prise chez Moli, comme nous appelions, (du nom abrégé de Molinario son ancien propriétaire) cette maison du belvédère que les parents d'Agnès avaient achetée en 1973, et qui fut cet été là, la maison où nous nous retrouvions entre jeunes : il y avait Delphine, Agnès, Pierre qui ressemblait à Neil Young, Barbara, Anthony, Jérôme et Amélie Mistler qui passaient de temps à autre. Parfois, plus petite que nous, Valérie, fille et sœur de comédienne, et qui l'est devenue venait créer des petits spectacles à notre intention (Il y a quelques mois, j’en ai vu un fort beau qu’elle a écrit et réalisé comme quoi des vocations viennent de fort loin). Ce fut l'été de mes dix-sept ans, un bien bel été.

mardi 10 mars 2020

Monk à Châteaudouble



Voilà,
j'ai fini, il y a quelques semaines la biographie de Monk écrite par Laurent de Wilde. Je me souviens très bien où et comment j'ai découvert Monk. J'avais 17 ans à Châteaudouble, le premier été que passé là-bas. Il y avait le disque "genius of modern music vol one", dans la discothèque du salon. La plupart des autres disques étaient des enregistrements de musique classique, en particulier beaucoup de concertos pour violons de Vivaldi. Je pense que Philippe et Dominique avaient fait l'acquisition du disque de Monk à l'occasion de son passage quelques années auparavant à la maison de la culture d'Amiens où il s'était produit en concert quand Philippe en était le directeur. Il existe d'ailleurs une photo de Martine Franck me semble-t-il, représentant Monk assis sur une banquette juste en dessous d'un tableau de Pierre Soulages et qui figurait dans le bilan d'activité de la Maison de la Culture avant que Philippe ne la quitte. 
 Je me souviens avoir été touché mais aussi très intrigué par cette musique qui était du jazz et aussi quelque chose d'autre de moins identifiable, un peu dérythmé (cela devait être le morceau "Ruby my dear"), qui donnait l'impression que les morceaux étaient train de s'inventer, de se chercher en même temps que s'affirmait la mélodie.  Je ne trouvais pas ça vraiment beau, bizarre plutôt, assez intrigant et légèrement dérangeant, mais pourtant dès qu'il n'y avait personne dans le salon, je l'écoutais. Le pouvoir de la musique, c'est cette faculté de nous dépayser, de nous téléporter dans un autre temps un autre lieu, de raviver des sensations et les sentiments qui étaient alors les nôtres.  Ce disque je l'associe à cette maison, après le 15 août quand le temps devient plus incertain, qu'il y a des orages que les jours raccourcissent presque brutalement et que l'on réalise en regardant par la fenêtre les nuages bien bas de l'autre côté des gorges, que l'été est vraiment trop vite passé. Je me souviens de l'escalier qui menait au grenier de Châteaudouble, du vieux coffre en bois et de ce tableau (une impression sur un support métallique dont je ne me rappelle plus l'auteur). Il m'arrivait alors de ressentir une vague tristesse sans trop savoir quoi faire. Les Indonésiens appellent cet état "Termangu-mangu"


Mais, revenons à Monk : bien des années plus tard, j'ai vu ce film "Straight no chaser" qui lui est consacré, où l'on perçoit quel genre d'homme étrange il pouvait bien être parfois. Cet extrait vidéo en rend compte un peu quand il se lève et se met à esquisser quelques pas d'une danse étrange. Mais ce qui me touche aussi, c'est cette relation brute qu'il entretient avec le clavier, qui suggère que le tempo est une affaire de corps, c'est sa façon de se situer par rapport à l'instrument, de se tenir face à lui. Mais avec un surplomb inhabituel alors que la mélodie se développe comme une équation en une suite d'instants travaillés comme de la matière.  Ce corps puissant m'émeut terriblement parce qu'il a quelque chose à la fois de brut et d'enfantin, d'inaliénable, de définitivement rétif aux conventions. Il se pose là comme un mystère, une énigme. Il est totalement déraisonnable. Il existe un film, ou l'on voit Monk jouer, alors que Count Basie est accoudé au piano que Monk martèle. À un moment Count Basie esquisse un sourire en regardant Monk. On dirait qu'il se moque de lui de sa façon de jouer qui est aussi une façon d'être. Et se sourire en une fraction de seconde révèle tout  l'écart, la distance qui peut exister entre un qui se considère comme un comte, un aristocrate, et l'autre qui est le moine de sa propre musique. Peut-être après tout Monk est-il au Jazz ce que François d'Assise fut à la religion catholique.

mercredi 20 novembre 2019

Poupée clouée et autres souvenirs


Voilà,
tu m'as demandé un soir si tous nos souvenirs étaient entreposés dans notre cerveau. Oui, sûrement avais-je répondu. Ce n'est bien sûr qu'une intuition, mais il me semble que si peu de cet organe est utilisé que ce qui est oublié doit être stocké quelque part. Sinon comment expliquer que me soit revenu comme ça, sans raison particulière, sur un quai de gare de banlieue, le souvenir d'Assunta, que les filles de la maison appelaient Sunt, cette vieille italienne austère, au visage émacié, toute de noire vêtue, qui parlait très lentement avec une voix grave. Elle venait quelquefois faire le ménage dans la maison de Châteaudouble, en tout cas, c'est sûr, le premier été de 1973. Elle ne souriait jamais et semblait promener un morne ennui sur toutes les choses qu'elle époussetait. Je ne me souviens pas de l'année où elle a cessé de venir. Dès cet été là, chaque fois que je me promenais dans la campagne, j'étais intrigué par les interventions de Marguerite, la chevrière sauvage que j'ai déjà évoquée il y a longtemps dans ce blog. Je crois que ce personnage fascinait particulièrement Agnès et elle m'avait immédiatement mené sur ses traces. Cette photo date de 1983, et l'on peut comprendre pourquoi j'ai été assez sidéré par cette vision. C'était à l'époque où nous aimions beaucoup les tableaux du peintre surréaliste yougoslave Dado, dont beaucoup représentaient des nouveaux-nés exposés sur des étals de bouchers, et il est possible qu'à ce moment-là j'y ai pensé. Ainsi donc un souvenir appelle une image, qui convoque d'autres souvenirs. Je crois que je suis en perpétuel état d'errance, qui est le nom qu'on donnait autrefois à certains état de folie. L'errance était bien ce qui caractérisait Marguerite, capable de parcourir des kilomètres pour accrocher ses objets et aussi ses imprécations qu'elle notait sur des cartons cousus ensemble et qu'elle attachait ensuite au tronc des arbres.
shared with the weekend in black and white)

mercredi 6 novembre 2019

Ces Retrouvailles



Voilà,
Je ne parviens pas à écrire sur ces retrouvailles début Septembre, lors de l'anniversaire de ma très chère amie Delphine, dans la maison du Loir et Cher, parce que j'en ai été fort secoué et que depuis je me sens dans un état étrange.  Delphine et moi nous connaissons depuis quarante-six ans. Nous nous croisons de temps à autre à Paris. Entre mes dix-sept et mes trente et un ans nous sommes beaucoup vus. C'est la petite sœur d'Agnès, mon premier amour avec laquelle, lorsque nous nous sommes séparés, nous avions passés la moitié de notre vie ensemble. Elle sont toujours là les trois sœurs. Les filles de Philippe et Dominique. Laurence, Agnès et Delphine. C'était ma famille.
La première image de Delphine qui s'est imprimée dans ma mémoire je m'en souviens très bien. Hilare, et plutôt moqueuse. Elle devait avoir quatorze ans. C'était un dimanche midi rue de Vaugirard. J'y avais été invité pour déjeuner. Pour mes parents c'était bizarre. C'était la première fois que j'étais invité chez des gens qu'il ne connaissaient pas. Ma génitrice avait insisté pour que je n'arrive pas les mains vides, et en effet lorsqu'elle m'a ouvert la porte Delphine a vu un gars légèrement emprunté avec un modeste bouquet de fleurs à la main, et elle m'a souhaité le bonjour en se foutant un peu de ma gueule. Je débarquai dans un monde étrange, dans une famille à la fois bourgeoise et assez anticonformiste. Le repas m'avait un peu décontenancé. Ce jour là le père n'était pas là. On ne mangeait pas une entrée, un plat principal et un dessert, mais on picorait dans une multitude de plats différents autour d'une table ronde dans la cuisine dont la fenêtre donnait sur la tour Montparnasse en construction, qui n'était encore qu'une colonne de béton centrale autour de laquelle on montait les différents étages.
Mais je reviens à ce week-end. Il y avait là beaucoup de gens que je n'avais pas revus depuis dix ans vingt ans et même quarante. Et puis ceux que j'avais connus enfants, qui jouaient dans mon salon et qui sont à présent parents. Pendant ces deux jours j'ai vu défiler une grande partie de mon existence, et aussi des possibilités inaccomplies de ma vie. C'était en même temps merveilleux, étrange, déconcertant, paradoxal. Je me sentais à la fois bien et complètement déconnecté. Intensément dans le présent tout autant que dans le passé, errant dans une familière étrangeté, comme si j'avais absorbé une substance hallucinogène. Moi qui ne vais pas souvent dans les fêtes, j'avais accepté l'invitation, sans doute parce que je me suis dit qu'il n'y aurait peut-être plus beaucoup d'occasion de s'apercevoir, parce que désormais bien des choses vont probablement avoir la saveur des dernières fois sans que je ne le réalise vraiment. Peut-être d'ailleurs m'avait on invité persuadé que de toute façon je déclinerais la proposition comme il m'est arrivé tant de fois de le faire. Enfin bref j'y étais. Je devais avoir l'air idiot. Je crois que je n'ai jamais autant souri bêtement.

En fait, Je n'avais rien anticipé, rien imaginé. À cause de ma prosopagnosie j'ai mis un certain temps à reconnaître des gens jeunes, à refaire des connections, à deviner qui est la fille ou le fils de qui. Pareil pour la maison. Il y avait des pièces que j'avais totalement oubliées. Ou qui avaient complètement changé. Les arbres dans le jardin avaient poussé. Tout me racontait que les années avaient passé sans moi, et plus que jamais je me sentais comme un vieil enfant qui somme toute s'est bien peu aventuré. Je réalisais que j'avais tout fait en dépit du bon sens et un peu trop tard. Ou peut-être n'avais-je rien fait rien choisi, Je m'étais laissé porter au gré de ma fantaisie, et parfois au gré de celle des autres. J'ai toujours eu l'impression de ne pas vraiment coïncider avec la réalité, d'être toujours plus ou moins en décalage, inadéquat. Au fond j'ai toujours pensé que ma présence au monde était une anomalie, un accident et que j'étais en trop. Du moins, tant que je vivais avec mes géniteurs. Ensuite beaucoup d'amour m'a été donné et d'amitié. Oui c'est pour ça que j'avais accepté l'invitation. Parce que certains parmi ces gens avaient été ma famille et que j'avais grandi avec eux. Et que même si nos chemins s'étaient séparés, ils étaient toujours là, et leur empreinte demeurait en moi, indélébile. Qu'ils devaient bien se souvenir quelle sorte d'infirme de l'existence je suis, et qu'ils ne m'en tiendraient pas trop rigueur. Mais quand même, il y a toujours eu ce sentiment d'être en inadéquation. Jamais à la bonne place. Peut-être même que lorsque je mourrais, j'aurais encore la sensation que ce n'est pas tout à fait à moi que cela arrive.

J'ai, en particulier revu Suzan, la correspondante anglaise de Delphine, qui était à Châteaudouble en 1973, lorsque Dominique avait transformé la maison en une colonie de vacances pour les amis et amies des filles. Nous ne sous étions pas retrouvés depuis, et ce fut quelque chose de fort et de chaleureux. Comme si ces quarante six ans n'avaient été qu'une parenthèse. C'est cela qui me trouble.

Dans cette parenthèse je suis tout de même devenu le père d'une fille intelligente et talentueuse qui m'émerveille qui d'ici peu sera déjà une adulte. Il a fallu donner plus d'amour que je n'en possédais et faire preuve d'un courage que je n'avais pas, pour qu'elle vienne au monde, pour qu'une femme qui n'a jamais pris la mesure de ce qui m'inquiétait, la porte et la délivre, et fasse de moi un homme que je n'imaginais pas être. Et pour cela, pour cette obstination, pour ce désir, qui n'était pas simplement pas juste un désir d'enfant, mais aussi que je sois le père de cet enfant, je lui suis reconnaissant. Ma fille a donné un autre sens à ma vie. Par la suite des choses, des comportements, des valeurs acquises au contact de cette famille, lui ont été transmises. Si ma fille lorsqu'elle était petite, s'est endormie en écoutant des suites de Bach, ou le concerto pour clarinette de Mozart, ou des pièces de Vivaldi, c'est que j'ai découvert ça grâce à eux qui m'ont en partie éduqué.
Ma vie a pris un autre tour... Je ne suis sûrement pas devenu ce que je souhaitais être. Sous bien des aspects je m'y suis pris comme un manche, j'aurais peut-être du faire quelques concessions à un moment donné, maisj'en étais bien incapable. Et puis je ne me suis jamais vraiment projeté dans le futur. Je crois que j'ai toujours eu un problème avec le temps. Je ne pensais pas que j'arriverai jusque là. J'ai oublié d'arriver à maturité. Je suis passé directement d'immature à blet.
 Tout cela est très confus. J'ai du mal en ce moment à faire la part des choses. La vie n'est pas simple ces temps-ci. Je pense à ces trois vers d'Aragon "La pièce était-elle ou non drôle / Moi si j'y tenais mal mon rôle / C'était de n'y comprendre rien". Plus que jamais, j'en suis là. Les temps redeviennent difficiles. Vieillir, je ne trouve pas ça terrible pour le moment. Ça passe trop vite une vie. Comme l'a dit je ne sais plus trop qui, la vieillesse vient trop vite et la sagesse trop tard.
Mais est-ce bien le lieu où raconter tout ça, et le moment de le faire ?
D'ailleurs est-ce bien nécessaire ? Et pourquoi ne puis-je m'en empêcher ?
Quoiqu'il en soit, ce fut un beau weekend. Deux mois déjà.
Depuis, j'ai retrouvé des images du temps où nous étions insouciants...
Quand je laissais les sœurs me maquiller et que je ne rechignais pas à me déguiser.
"Ah jeunesse ! (il marmonne quelque chose qu'on ne peut pas comprendre) la vie, elle a passé, on a comme pas vécu (il se couche)" . Firs, dans "La Cerisaie" de Tchekhov


mercredi 24 juillet 2019

Panorama


Voilà,
une photo prise en un temps où si l'on ne parlait pas de changement climatique dans les médias, même si des chercheurs avaient néanmoins déjà pris la mesure des dangers qui nous guettent aujourd'hui. Pour le commun des mortels, l'avenir semblait-il moins chargé de menaces, ou bien les angoisses d'alors se sont elles dissipées dans l'oubli du temps passé ? Il y a quarante ans, lorsqu'on manifestait contre la pollution des voitures (je me souviens du slogan "les autos ça pue ça pollue et ça rend con") ou qu'on citait René Dumont ou Pierre Fournier qui écrivait dans Charlie hebdo et avait créé le premier journal écologique "La gueule ouverte" (sous-titré le journal qui annonce la fin du monde) on passait pour des doux dingues et on avait droit au "vous voulez revenir à l'âge de pierre ?". Cette époque était très tourmentée tout de même : génocide au Cambodge, boat-people vietnamiens, guerre froide, risque de conflit nucléaire, tensions au moyen-orient, terrorisme international, brigades rouges en Italie, dictatures sanglantes en Amérique du Sud, guerre civile en Irlande, famines au Bengladesh et j'en oublie certainement... 
Mais la planète nous paraissait encore une orange bleue. Et nous étions autrement informés de ce qui se passait dans le reste du monde. Cela ne nous parvenait pas de façon aussi massive et constante.  Me revient soudain en mémoire, le sujet de dissertation que j'avais eu à traiter pour mon brevet d'études primaires : "s'informer est notre premier devoir"
La lecture des blogs des uns et des autres, l'été dernier a donné une perception différente de l'état de la planète. Untel en Rhodésie, racontait qu'après des pluies diluviennes avec des grêlons gros comme des balles de tennis, des maison vieilles de 200 ans avaient été détruites, et que maintenant c'était la sécheresse, Amy depuis la Nouvelle-Zélande exposait des photos de champs inondés, Orvokki depuis la Finlande expliquait qu'il faisait 30° en Laponie alors que d'ordinaire il en faisait dix de moins à la même époque, à Chicago il faisait chaud et très humide. Pareil à Montréal. En Tunisie des inondations ont dévasté certaines régions pendant le mois d'Aout. Et puis l'hiver est venu, féroce en Amérique du Nord, pendant qu'aux antipodes des inondations phénoménales noyaient le Nord est de l'Australie. Depuis l'été 2018, il ne se passe plus un jour, sans qu'on évoque un événement relatif au trouble climatique. Sans doute autant parce que cela fait vendre que par une réelle prise de conscience. Mais quoiqu'il en soit au mois de mai 2019, il a fait 30° sur le cercle polaire, en France des départements  étaient déjà en alerte sécheresse alors que l'été n'avait pas vraiment commencé. En Juin dernier, des incendies ravagaient la Colombie britannique au Canada, et l'on se rappelle que ah oui, il y a eu l'année dernière ds feux de forêts gigantesques en Californie et en Suède pendant l'été. En Inde, il a fait, à la même èpoque dans certaines régions jusqu'à 50°C. Comme il faisait un temps pourri ici à Paris en juin, où il ne cessait de pleuvoir (mais paraît-il le temps était aussi pourri en Floride) les climato-sceptiques voyaient là une preuve de l'absence de réchauffement. D'ailleurs le journal "Valeurs actuelles" a sorti un numéro spécial titrant "le catastrophisme écologique est devenu une religion ", et hier encore la jeune Greta Thunberg qui fait part des inquiétudes de sa génération á été accueillie avec beaucoup de condescendance par des députés français de droite qui ont raillé son jeune âge, alors que les mêmes vouent un culte un peu ridicule à Jeanne d'Arc. 
Pourtant ces derniers jours des records de température ont été battus dans certaines villes de France. Et une sécheresse alarmante touche notre pays.

Beaucoup parlent d'un effondrement imminent de la civilisation thermo-industrielle. Certains évoquent un chaos qui précèderait l'extinction massive ou du moins une réduction considérable de l'humanité, pendant que d'autres qui croient au progrès des sciences, et à la capacité d'adaptation de l'homme pensent qu'il n'en sera rien. Pourtant une population de près de 8 milliards de personnes, des températures jamais atteintes et qui ne cessent d’augmenter, voilà qui constitue aujourd’hui une situation unique, sans équivalent historique précis. Cela impliquerait que toutes les terriens travaillent et collaborent comme jamais auparavant pour éviter que les catastrophes ne se produisent. Mais au lieu de cela chacun préserve ses intérêts particuliers.
Des scientifiques estiment que les émissions de CO2 et de gaz à effets de serre culmineront en 2030, bien qu’elles soient réduites. Cependant, les réactions au cycle du carbone et l’utilisation continue des combustibles fossiles entraîneraient une augmentation de la température de 3 °C d’ici 2050. Nombre de climatologues s’accordent à penser que nous aurons, à cette date, atteint le point de basculement concernant les glaciers du Groenland et de l’Antarctique occidental, bien avant que les seuils de réchauffement global de 2 °C et du pergélisol de 2.5 °C ne soient atteints. Peu de temps après, 55% de la population mondiale sera soumise à plus de 20 jours de chaleur létale par an. L’Amérique du Nord et l’Europe pourraient souffrir de phénomènes météorologiques extrêmes, notamment d’incendies de forêt fréquents, d’intenses sécheresses et de vagues de chaleur. Les moussons en Chine risqueraient d'être perturbées, les grands fleuves d’Asie s’assècheraient et les précipitations en Amérique centrale seraient réduites de moitié. L’humanité atteindrait alors le stade de catastrophe planétaire. Les conditions de chaleur mortelles en Afrique de l’Ouest persisteraient plus de 100 jours par an et les pays les plus pauvres seraient incapables de fournir suffisamment d’environnements artificiellement refroidis pour que leurs populations persistent. En outre la production alimentaire serait gravement affectée et insuffisante pour nourrir la population mondiale. 
En dépit de toutes ces prévisions alarmistes et de tous les signes avant-coureurs qui apparaissent, on préfère nier les faits et se voiler la face en espérant un improbable miracle  (linked with the weekend in black and white

mercredi 26 septembre 2018

Opposition


Voilà,
il y a quelque temps, Châteaudouble, village cher à mon cœur, pour tous les bons souvenirs que j'en ai, a fait la une de l'actualité en raison de l'opposition de ses habitants à la visite de la cheffe du parti d'extrême-droite venue là pour contester l'installation temporaire de 72 migrants. L'occasion de revoir des visages connus dans mon adolescence et de constater avec fierté qu'il n'ont perdu ni leur humour ni leur insolence. À part ça, entendre cette femme prononcer "Châteaudouble", me choque terriblement. Autant que le le fait qu'elle ait pu tenter d'y mettre les pieds sans prévenir le maire du village pour tenter un coup médiatique. Je n'avais jamais imaginé que ces deux mondes puissent un jour se rencontrer.

vendredi 20 juillet 2018

Le Salut sur la Roche


Voilà,
le cédrat de chez Nicolaï acheté au printemps 2010 dans cette boutique juste parce la vendeuse, une brune quadragénaire assez stylée m'en avait aspergé le poignet avec un je-ne-sais-quoi d'un peu mutin, mais aussi parce qu'il m'évoquait ce lime de chez Crabtree&Evelyn offert par Pierre Guyot un dimanche matin rue Cassette où il venait d'emménager  (pour Agnès c'était un Ylang-Ylang de la même maison). Ce matin, associés à cette fragrance, me sont revenus des souvenirs de Châteaudouble. J'ai repensé au jardin de Gérard juste au dessus du tunnel. Les moments lointains se mêlent a d'autres plus récents sans que je ne puisse y faire grand-chose. Je ne vais pas les chercher ils remontent, c'est ainsi. Parmi eux, l'ombre de qui-je-fus m'adresse un amical salut. linked with the weekend in black and white)

samedi 17 septembre 2016

Gérard s'en est allé


Voilà,
j'en ai quelquefois parlé, par-ci ou bien par là, au sujet de sa merveilleuse maison qu'il avait bâtie de ses mains, avec l'aide de maçons du coin, au sujet des cabanons qu'il avait restaurés dans la forêt, et parce que c'était une personne incroyablement ouverte et curieuse. Cette photo a été prise en 1986, c'est la seule que j'ai en ma possession où l'on me voit en sa compagnie. Ce jour là nous avions remonté  à plusieurs le four à céramique qui était assez lourd dans la maison de Molinario. J'avais alors trente ans, et lui soixante cinq. Il a quitté ce monde hier. Lui aussi, comme son frère Philippe, faisait partie de ceux que Peter Brook a nommés "des hommes remarquables". Il a eu une longue et belle vie. Je suis heureux de l'avoir croisé. En octobre 2014 il m'avait envoyé une réédition du livre qu'il avait écrit sur Châteaudouble avec une dédicace écrite d'une main sûre. Son dernier souffle aura été dans ce village qu'il aimait tant. 

lundi 1 février 2016

De lointains souvenirs remontent à la surface


Voilà,
Paul Kantner l'ancien leader de Jefferson Airplane est mort. Encore des visages rattachés à des souvenirs qui s'en vont, pas les souvenirs les visages, quoique les souvenirs aussi finiront par s'effacer, c'est probable, pas forcément certain mais probable (j'ai le sens de la nuance à cette heure c'est fou on se demande ce que ça cache). 
En fait ça va devenir de plus en plus fréquent, les idoles d'autrefois qui cassent leur pipe à cause de la vieillesse. Si ça continue je vais peut-être bientôt devenir comme le petit monsieur que j'avais autrefois photographié à l'enterrement de Tino Rossi. Non je déconne. Mais quand même ces voix, convoquent quelques images du passé. Je me souviens que parfois, c'était vers 76, je passais chez Nicolas le fils de Pierre Guyot  — le parrain d'Agnès, si gentil et trop tôt disparu —. Nicolas habitait au métro Félix Faure, dans un appartement communautaire (maintenant on appelle ça une coloc). Il y avait toujours quelques substances illicites à consommer, et beaucoup de disques des groupes de la West Coast. C'est là que j'ai entendu pour la première fois l'Airplane. Nicolas travaillait à l'occasion. il faisait des renforts dans des théâtres, à Chaillot, au Théâtre de la ville, pour démonter et monter des décors. Ça payait bien à l'époque. Et quand il avait un peu d'argent, il partait avec ses potes faire la route comme on disait alors, au Mexique, en Amérique latine, un peu en Asie. L'un d'eux travaillait dans une boutique d'import de disques chez Gévaudan, Bd St Germain, non loin de Sciences-po et c'est là que j'ai acheté le livre Filipino food de Ed Badajos. Nicolas était toujours un peu à la ramasse. (trop d'acide, trop de drogues), un peu paumé, paresseux. Je crois qu'il est mort assez jeune avant la fin du XXème siècle. Du coup j'ai scanné cette photo prise à Châteaudouble, dans les premières années avec un vieil appareil  reflex allemand. C'est d'ailleurs la seule que j'ai de lui. Je me souviens aussi qu'un été (était-ce celui de la photo je n'en suis pas sûr), alors qu'il squattait la maison de son père avec ses copains, il y avait un chien qu'ils avaient baptisé "Chilom". Monsieur Peyre le vieux voisin, qui ne savait pas ce qu'était un chilom, comprenait "HLM". Il trouvait que "Achélèm", vraiment, c'était un drôle de nom pour un chien. 

  

lundi 9 mars 2015

Philippe Tiry


Voilà,
on s'est perdus de vue depuis longtemps, on reçoit de loin en loin, par des tiers, des nouvelles... On a beau avoir pris conscience que, à plus ou moins brève échéance, cela finira bien par arriver — c'est inéluctable, une loi de la nature —, on a beau s'y attendre, lorsqu'il advient, l'événement laisse décontenancé, abasourdi et plonge dans le chagrin.  Philippe n'est plus de ce monde. J'ai beau avoir aujourd'hui à quelques mois près, l'âge qu'il avait sur cette photo prise en Provence à l'été 1986, je me sens moi aussi comme orphelin. Je l'ai souvent évoqué ici ou . Le rencontrer, lui et son épouse Dominique, à l'âge des incertitudes, quand on ne peut plus, ne veut plus être enfant et que l'on ne sait comment devenir un adulte, a été une chance qui m'a sûrement évité bien des déboires, des fausses routes et des folies. Il m'a appris à regarder le monde autrement, à le goûter autrement aussi. Peter Brook a réalisé autrefois un film "Rencontre avec des hommes remarquables". Philippe Tiry, sans aucun doute, était lui aussi de cette espèce là. Il était merveilleux, de gentillesse, d'humour et d'intelligence. Et par dessus tout, il aimait partager la table et le vin, avec élégance imagination et fantaisie...

lundi 22 septembre 2014

Le Belvédère de Châteaudouble


Voilà,
je me suis aperçu que si je parle parfois de Châteaudouble, je n'en ai en fait jamais donné une vue d'ensemble. Ici on ne voit que la partie qu'on appelle le belvédère. Celle photo a été prise dans le courant des années soixante-dix une fin d'après midi alors que la brume gagnait les gorges en contrebas, vraisemblablement depuis le cimetière ou la tour sarrazine qui surplombent le village. On y aperçoit distinctement  une partie de la maison de Philippe et Dominique avec les deux fenêtres rectangulaires tout en haut qui sont celles du grenier que j'ai évoqué dans un autre billet. C'est la barrière de ce belvédère qu'enjambait Cigaloux dont j'ai parlé il y a longtemps lorsque je le vis la première fois en train de faire le pitre. De cet endroit on ne voit pas la merveilleuse maison de Gérard qui se trouve quasiment à la verticale de l'endroit où a été pris ce cliché. Il faut pour cela redescendre. 

 

C'est à cela que ressemblait la maison de Gérard lorsqu'il en fit l'acquisition. Au fil des ans il la transforma, ajoutant au bâtiment d'origine une dépendance bâtie au flanc du rocher. L'intérieur y est merveilleux. C'est une des maisons les plus étonnantes qu'il m'ait été donné de visiter, peuplée d'objets ramenés de différents voyages. Il existe même une pièce simplement constituée d'un matelas dont la fenêtre donne directement sur le vide. Les trois ouvertures que l'on aperçoit sur la photo dissimulent une terrasse couverte où sont disposées d'immenses jarres en terre cuite. Celles-ci sont plus grandes que les ouvertures. Elles y ont été d'abord posées puis les murs et le toit ont ensuite été construits...

jeudi 10 avril 2014

Dans la cuisine, à Châteaudouble


Voilà,
cette photo je l'ai restaurée il y a peu, je l'ai nettoyée de ses poussières : Dominique et Philippe dans leur cuisine à Châteaudouble. Elle date du milieu des années soixante-dix. S'agit-il ce jour-là de mettre en bouteille du vin que faisait Louis Peyre, ou celui que nous allions chercher à la coopérative de Figanières ? C'est Philippe qui m'a appris à apprécier le vin, entre autres. Mettre du vin en bouteille était un rituel réjouissant auquel on se prêtait aussi le dimanche à Paris, parfois. Ou bien a-t-il l'intention de fabriquer un pastis un peu sauvage ? Je ne sais plus.... J'aimais cette cuisine avec sa grande table, c'était alors le centre névralgique d la maison. Sur le mur de droite on aperçoit un morceau de bas-relief en plâtre représentant Adam et Ève au jardin d'Éden réalisé dans l'atelier des enfants de la Maison de la culture d'Amiens dont Philippe avait été le directeur de 1965 à 1970. Je ne le connaissais pas encore alors, mais il arrivait que lui ou Dominique évoquent ces années-là. Il existait alors en France une réelle effervescence culturelle et ce qu'ils en racontaient - et bien sûr aussi leurs filles qui avaient passé une partie de leur enfance là-bas - me faisait rêver d'une vie parallèle et imaginaire. J'ai photocopié un jour une brochure rendant compte du bilan d'activité de ces cinq années. Mnouchkine, Chéreau, Jean-Pierre Vincent y ont donné leurs premières mise en scène, Strehler, Jiri Menzel, Lavelli, Gatti, Vitez y sont aussi passés. Les spectateurs ont pu entendre Cathy Berberian chanter ou Lily Laskine jouer de la harpe, découvrir les œuvres de musique contemporaine de Mauricio Kagel, Luc Ferrari, Betsy Jolas, Ivo Malec, Iannis Xenakis, assister à des concerts d'Ella Fitzgerrald, de l'Art Ensemble of Chicago, Oscar Peterson, Thelonious Monk, Soft Machine, Coleman Hawkins et tant d'autres, parcourir de nombreuses expositions voir des films. Je me souviens d'une photo vue chez eux dans un album. Thelonious Monk est assis sur une banquette du hall de la Maison de la culture sous un tableau de Soulages. Mais revenons à Châteaudouble et à cette cuisine, où j'ai aussi goûté pour la première fois de la confiture de gingembre de chez Wilkin & Sons, de la "Rose's lime marmelade", du lemon curd et même du "Marmite" que Gérard le frère de Philippe ramenait de ses voyages à Londres. C'est aussi dans cette maison que j'ai pour la première fois entendu les concertos RV 454,  et RV 455 de Vivaldi que Philippe ou Dominique aimaient bien écouter en fin de la journée quand la chaleur tend à se dissiper et que l'on peut de nouveau ouvrir les volets. C'est étrange quand même comme une simple image peut raviver de souvenirs, pourtant si lointains, et comme ces visages demeurent si présents... parfois je me souviens aussi de Dominique fredonnant le poème d'Aragon mis en musique par Ferré "Je chante pour passer le temps..."

vendredi 19 juillet 2013

Le Grenier de Châteaudouble


Voilà
beaucoup de souvenirs me rattachent à cet endroit. Il m’est souvent arrivé de rêvasser dans ce grenier qui me liait à une histoire qui n’était pas la mienne. Longtemps je me suis senti chez moi ici. C’est là que j’ai ressenti ce que signifiait « luxe calme et volupté. »  La dernière fois où je suis venu j’ai passé des heures à feuilleter des vieux numéros de France Observateur, l’ancêtre du nouvel Obs, et des vieilles revues d’art. Il y faisait un peu chaud mais c’était bien. Je crois que c’est ici, que Michel Vinaver a écrit «Par dessus bord», il me semble avoir entendu dire qu'il avait beaucoup aimé ce grenier mais je n’en suis pas sûr, je recompose peut- être. Je réalise tout à coup que cela fait quarante ans que j'y suis venu pour la première fois. Quarante ans... Qui ont passé comme un battement de paupières. Il faudra que je demande à Delphine et Agnès si elle ont toujours des photos de cet été là. Notre bel été ... Je crois avoir connu le bonheur en cet endroit, et qu'une part de ce qui me constitue s'est fondée là. Il ne reste que l'image... Les sensations d'alors sont profondément enfouies mais persistent comme l'écho d'un lointain son de cloche. D'ailleurs je me souviens que le carillon de l'église du village sonnait tous les quarts d'heure. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 13 mars 2013

Louis Peyre


Voilà,
Louis, je l'aimais vraiment beaucoup. C'était un petit homme sec, sans une once de graisse, mais pétri d'humour. C'était le voisin de Philippe et Dominique. Quand je l'ai connu sa femme Caroline, était encore vivante. Ils formaient un duo étrange, elle assez volumineuse et très bigotte, lui tout petit et qui ne portait pas les curés dans son cœur. Enfant, le jour de sa confirmation, tenu par une oreille, il avait été raccompagné par l'un d'entre eux vers la sortie au prétexte qu'il avait manqué d'assiduité au catéchisme durant l'année. De cette humiliation, il avait gardé une rancune tenace vis à vis de tout ce qui portait soutane ou cornette. Ils n'avaient pas pu avoir d'enfant, mais lorsque dans les années cinquante ils avaient vu débarquer dans leur village ces jeunes parisiens qu'étaient Philippe et Dominique, ils les avaient accueillis avec bienveillance et leur avaient ensuite témoigné de l'affection. Et quand vinrent les enfants ils devinrent en quelque sorte des grands-parents estivaux. Lorsque j'ai connu Louis, il était déjà à la retraite (il avait je crois travaillé dans les chemins de fer) mais chaque matin, il se réveillait avec le soleil pour aller faire sa vigne. Vers neuf heures, il était assis sur son pas de porte à lire le journal. pendant ce temps non loin, celle qu'on surnommait la Pignate nettoyait son pas de porte. Il ne se parlaient pas. Elle avait eu soi-disant des sympathies avec l'occupant pendant les années sombres de la guerre, et il la méprisait. Louis avait un langage merveilleusement imagé. A dix-sept ans, Agnès et moi avions tendance à rester très près l'un de l'autre. Il disait "Ces deux là ils sont collés comme des arapèdes" (les arapèdes étant ces coquillages en forme de chapeau chinois qui demeurent fixés à leur rocher qu'on appelle je crois, berniques en d'autres régions). Ou bien quand je sortais de la sieste avec la marque du drap sur le visage il me demandait "tu as piqué une colère ?". Il surnommait la boulangère "Sourire d'Avril" parce que le sien était toujours un peu crispé, comme un printemps qui ne se déclare pas tout à fait. Lorsque son épouse revenait de la messe, il la taquinait "Alors Caroline, tu as croqué le matelot ?" pour savoir si elle avait communié. Un jour, alors qu'on avait fêté son anniversaire à la maison, il était rentré chez lui un peu éméché (il avait quinze mètres à faire) et il s'était alors exclamé "À moi les murs, la terre m'abandonne". Même dans des situations pénibles il gardait sons sens de l'humour. Il avait accompagné Caroline sur ces derniers jours et quand il arrivait à celle-ci d'être pénible alors il la menaçait gentiment "Caroline si tu continues comme ça, je te fais enterrer civilement". Et lui même lorsqu'on lui demandait vers la fin de sa vie, alors qu'il était malade si ça allait, il répondait "je m'accroche à la rampe" en mimant le geste des deux mains. Cette photo, qui est en fait un montage de deux expressions prises à quelques secondes d'intervalle, je crois l'avoir prise au cours d'une conversation qu'il avait eue avec Antonine Maillet, l'auteure acadienne de "La sagouine" qui avait obtenu un prix Goncourt en 1979 pour "Pélagie la charette". Elle était venue passer quelques jours de vacances à Châteaudouble. Bien que de nature et de deux mondes différents, Louis et Antonine avaient un soir longuement parlé ensemble, et tous deux avaient eu beaucoup de plaisir à se rencontrer. Cette photo a été prise sous l'auvent de la maison de Gérard, le frère de Philippe. Une construction assez merveilleuse dont je parlerai peut-être un jour
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mardi 9 octobre 2012

Regarder le mur, encore


 
Voilà,
on rêvasse, on veille à l'affût d'un indicible mystère, on voudrait traquer l’invisible pour le connaître ou mieux, pour qu’en surgisse le signe annonciateur d’une révélation qui abolirait la mélancolie. On aspire à se délivrer des anamorphoses de la pensée et des contradictions qui s'y enchevêtrent. Si du moins l'on pouvait comprendre tous les échanges secrets que celle-ci opère avec la nature.... On songe à tout ce qui a jailli de ce néant d'où la vie a émergé et où, irrévocablement, sans voix ni parole pour nommer ou appeler, on devra, on le sait, replonger tôt ou tard. Est-ce pour cela que, tel un fantôme, toujours en retard sur le mystère de l'idée naissante, on continue de se tenir à la lisière de soi, soucieux de saisir avec de trop misérables mots ce qui, à peine apparu, à peine constitué fuse et fuit aussitôt ? Peut-être que l’origine de la tristesse, c’est juste ça, ce pénible et permanent commerce avec le langage, cet ardent désir toujours contrarié de vouloir à toute force, en dépit de tout, s’y retrouver quand on ne peut que s’y chercher et s’y perdre. Vient un moment où, tandis que le Temps s’éparpille et se répand comme une tâche, l’on regarde le mur avec résignation. Alors, empli de la nostalgie du vide, du pur du clair de l’innommé, on se demande, s'il sera possible un jour de demeurer enfin dans la paix des choses..
(première publication 9/10/2012 à 12:00)

dimanche 30 septembre 2012

Les Lieux poignants

 

Voilà
je ne sais plus où j'ai entendu parler de ça, dans une émission de radio peut-être, à moins que je n'ai rêvé cette expression. Il était question des "Lieux poignants", ceux qui ne vous lâchent pas et reviennent parfois à la mémoire sans raison particulière. Non qu'au moment où l'on s'y trouvait on eût a révélation que la vie était d'une stupéfiante densité — ce qui peut arriver bien sûr — mais, souvent sans charme particulier, d'une grande banalité et en apparence totalement dénués de sens, leur souvenir s'immisce néanmoins dans certains moments d'ennui, au détour d'une phrase ou sur un chemin d'habitude cent fois refait. Je crois que c'est une des raisons (mais peut-être aussi à cause de cette boîte en fer blanc dans la bibliothèque familiale où s'entassaient des photos évoquant des lieux et des périodes d'un monde où je n'étais pas même une possibilité) une des raisons donc, pour lesquelles m'est venu le goût de la photographie. Certains clichés disent juste ceci : au lieu même de cette insignifiance —qui peut-être émergera plus tard par intermittence— quelque chose est en train d'advenir pour moi. Autant le fixer, le transformer en image, afin qu'il n'encombre pas la mémoire. (Shared with the weekend in black and white - Rain'sTADD  -

mardi 28 août 2012

Fétiche (une petite sculpture de Gérard Tiry)


Voilà
une petite sculpture en céramique modelée et émaillée par Gérard Tiry, l'oncle d'Agnès, et donc le frère de Philippe. Voyant l'intérêt que je lui portais, il me l'a offerte un jour (je ne sais plus si c'est en 86 la dernière fois que je suis venu en vacances à Châteaudouble. ou en 92, lorsque j'ai passé quelques jours avec Delphine et Didier qui s'y étaient installés). J'y tiens beaucoup parce que c'est la seule chose que je possède de Gérard, avec son livre aussi "Approche de l'événement", et celui qu'il a écrit sur Châteaudouble avec une dédicace, bien à l'abri dans ma bibliothèque de chevet, ainsi que quelques photos, les dernières étant celles de cette escapade dans le Mercantour en 86. Gérard est une des personnes les plus étonnantes que j'ai rencontrées, un des esprits les plus curieux, libre d'attaches, assoiffé de connaissances, voyageur, bâtisseur essayiste potier deltaplaniste navigateur... Sa maison du belvédère à Châteaudouble est à elle seule une œuvre d'art. Donc cette sculpture est là près de mon lit comme un fétiche. Et puis sa couleur me rappelle ces années ou Gérard partageait avec Guy Michelat un four à céramique. Souvent l'été il y avait, en fin d'après-midi, une sorte de cérémonial. On se réunissait devant le four pour assister à la sortie des pièces (assiettes, bols, saladiers) qui avaient cuit dans l'après midi. Il y avait toujours une part d'incertitude et de surprise relative à la couleur des émaux  et tout cela donnait lieu à de longs commentaires, ponctués d'exclamations d'interrogations, de supputations sur le caractère imprévisible de la cuisson... Ainsi avancions-nous doucement vers l'heure de l'apéritif où la conversation déviait alors vers d'autres sujets. Mais immanquablement dans la soirée, nous retournions voir les pièces que Gérard et Guy avait fabriquées.

Gérard Tiry  dans un des cabanons qu'il a rebâtis (1986)

vendredi 6 juillet 2012

Pas même vingt et un grammes


Voilà
juste ça, juste ce coin de fraîcheur et les senteurs du figuier, le crépitement des grillons, juste ce moment d'absence, le léger accablement de la chaleur, ce doux moment de vacuité d'égarement d'abandon, la vie rendue légère et insignifiante, pas même vingt et un grammes... il suffirait de juste ça. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 24 avril 2012

Le Fenestron de la cuisine


Voilà
j'aimais particulièrement ce lieu. La petite cour au seuil de la maison. Le fenestron de la cuisine. La paisible harmonie de ce coin d'ombre et de fraîcheur où s'épanouissaient des plantes aromatiques.  J'y découvrais la simple beauté des choses, et cela rassurait celui qui n'avait grandi que dans la laideur et le mauvais goût prétentieux. On y prenait parfois l’apéritif, on y mangeait aussi de temps à autre. Souvent il y avait quelqu’un derrière la fenêtre, (parce que c’est là que se trouve l’évier) quelqu’un en train de laver la salade par exemple. J’ai passé beaucoup d’étés dans cette maison. C’était une maison de famille, une famille dont j’ai longtemps fait partie, et qui de cœur est toujours restée la mienne. Mais comme dit la chanson, et comme on le voit à la fin de E.T., la vie sépare ceux qui s’aiment. Parfois, tellement je me sentais chez moi, j'imaginais que nous aurions pu grandir ensemble tous les quatre avec L. et D. qui étaient comme des sœurs pour moi, et A. qui devint bien plus qu’une sœur. Je m'inventais une vie passée autre songeant aux jeux qui auraient pu être alors les nôtres... J’avais dix sept ans la première fois où je suis venu... Ce fut un merveilleux été, autant qu'un total changement de paradigme. Il y a eu ça dans ma vie, la joie solaire de cet été là. Et de nouveau je songe à Dominique qui avait accueilli tous ces jeunes gens turbulents, imprévisibles et parfois inconséquents que nous étions alors. Agnès, Laurence, Delphine, Pierre, Barbara et son chat Tibulle, Suzan, Anthony, ceux de passage Jérôme et Amélie... (linked with the weekend in black and white)

lundi 11 juillet 2011

Pierre Guyot


Voilà,
c'est sûr elle est floue la photo, mal cadrée, complètement ratée en fait. Je ne me souviens pas exactement de l'année où elle a été prise, peut-être en 1973 ou 1974.... C'est l'été à Châteaudouble, tous les adultes qu'on y voit sont bien plus jeunes que je ne le suis aujourd'hui. Il y a Philippe, en premier plan, qui déploie une carte. C'est sur le belvédère au pied de la maison, sûrement la fin de l'après midi car avant, le soleil y tape trop fort. Peut-être envisageons nous une excursion pour le lendemain, peut-être la descente de la Nartuby depuis Ampus. Ce qui me touche sur cette photo, c'est surtout qu'on y aperçoit Pierre Guyot en arrière plan. C'était un ami d'enfance de Philippe. C'est la seule image que j'en ai. Je l'aimais bien. Il m'arrive encore parfois de penser à lui, à sa disparition brutale et prématurée. Il n'a pas eu le temps de voir "Prends bien garde aux zeppelins" de Didier Flamand, dans lequel on a joué avec Agnès qui était sa filleule. Je me rappelle, qu'il nous avait invités un dimanche à déjeuner elle et moi, dans l'appartement dont il venait de faire l'acquisition au 16 rue Cassette. C'était une nouvelle vie qui commençait pour lui. Je ne sais pas pourquoi je garde de ce jour un souvenir si particulier et ému. Il nous avait offerts à chacun une petite bouteille de parfum de Crabtree & Evelyn. La mienne était au citron vert, celle d'Agnès, à l'Ylang-Ylang. Quelques jours auparavant il était allé en Tunisie avec sa nouvelle amie, et en avait ramené du sirop de violette que nous avions goûté ce jour là. Une vie ce n'est pas grand chose, et ça ne dure pas longtemps. Une poignée de sable vous glisse entre les doigts. Des saveurs, des parfums me lient encore à lui qui ne se laisse pas oublier, et c'est tant mieux. J'ai acheté l'année dernière un "Cédrat intense" de chez NicolaÏ qui me fait penser à lui

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