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vendredi 19 juin 2026

Une sorte de petit chant


Voilà
"Mon corps ne se décide pas encore. Mais je crois qu’il pèse davantage sur le sommier, s’étale et s’aplatit. Mon souffle, quand je le retrouve, remplit la chambre de son bruit, sans que ma poitrine remue plus que celle de l’enfant qui dort. J’ouvre les yeux et regarde longuement, sans ciller, comme petit, tout petit, j’interrogeais les nouveautés, et ensuite les antiquités, le ciel nocturne. Entre lui et moi la vitre, embuée, marbrée de la souillure des années. Je soufflerais volontiers dessus, mais elle est trop loin. Ce n’est pas vrai. Peu importe, mon souffle ne la ternirait pas. C’est une nuit comme les aimait Kaspar David Friedrich, tempétueuse et claire. Ce nom qui me revient, et ces prénoms. Les nuages chassent, haillonneux, hachés par le vent, sur un fond limpide. Si je patientais je verrais la lune. Mais je ne patienterai pas. Maintenant que j’ai vu j’entends le vent. Je ferme les yeux et il se confond avec mon souffle. Mots et images tourbillonnent dans ma tête, surgissent inépuisables et se poursuivent, se fondent, se déchirent. Mais au-delà de ce tumulte le calme est grand, et l’indifférence. Plus jamais rien n’y mordra vraiment. Le sommier est creusé comme une auge. Je suis couché au fond, bien pris entre les deux versants. Je me tourne un peu, presse contre l’oreiller ma bouche, mon nez, y écrase mes vieux poils tout à fait blancs maintenant je suppose, tire la couverture par-dessus ma tête. Je ressens, au fond du tronc, je ne peux pas préciser davantage, des douleurs qui semblent nouvelles. Je crois que c’est surtout dans le dos. Elles sont comme rythmées, elles ont même une sorte de petit chant. Elles sont bleuâtres. Que tout ça est supportable, mon Dieu. J’ai la tête presque à l’envers, comme un oiseau. J’écarte les lèvres, maintenant j’ai l’oreiller dans ma bouche, je le sens contre ma langue, mes gencives. J’ai, j’ai. Je suce. J’ai fini de me chercher. Je suis enfoui dans l’univers, je savais que j’y trouverais un jour ma place, le vieil univers me protège, victorieux. Je suis heureux, je savais que je serais heureux un jour."  (Samuel Beckett in  "Molloy", 1951)
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mercredi 13 mai 2026

Noctambule

 
 
Voilà 
des promeneurs déambulent de part et d’autre des larges avenues dépourvues de trottoirs mais bordées par des pelouses. Nombre d'entre eux portent des masques de babouins. Je n'ose demander mon chemin. Pénétrant dans un tunnel supposé me permettre d’accéder au métro, je débouche dans une cour d’immeuble où des enfants jouent au foot pendant que d’autres incendient des poubelles. 
Plus tard, longtemps j'erre seul dans la nuit noire et les rues de Morlante. 
 
 
Je finis par accéder au centre ville. Ses néons multicolores bien que fort énigmatiques me rassurent néanmoins. Je pénètre dans une boutique illuminée où derrière des façades constituées d’aquariums de jeunes employées plutôt avenantes invitent les passants en à franchir le seuil. Leurs paroles sont inaudibles, mais leurs gestes sans équivoque. Dans ce quartier, les babouins semblent mieux s'orienter que les hommes.

lundi 25 août 2025

Au milieu de ce qui devient

 


Voilà,
les choses sont là, parmi les forces les mouvements les possibles. Elles demeurent au milieu de tout ce qui devient. 
Supposons un être humain, de ceux que l’on dit doué de raison. Imaginons-le ensemble, dans ce léger écart temporel qui fonde notre relation toi le lecteur ou la lectrice face à  ton écran et moi derrière mon clavier. Faisons pour une fois œuvre commune. Il est là donc, depuis un petit nombre d’années – du moins au regard de l’histoire de l’humanité. Mais, parce qu’elles se brouillent, les choses peu à peu s’effacent de son propre horizon. Elles ne se manifestent plus désormais que comme des signaux indicateurs de sa défaillance croissante, de sa débâcle prochaine. Bien évidemment il a du mal à se faire à cette réalité autant qu’à cette perspective. Cela le contrarie. S’il fait encore illusion, il lui arrive de plus en plus souvent de perdre pied. La terre tourne, sa tête aussi. Mais c’est comme si sa tête voulait tourner ailleurs que sur cette terre. Il va lui être bien difficile pense-t-il, de continuer à distraire – comme on le lui demande avec empressement (on lui reconnaîtrait quelques dispositions pour cela) – son prochain. Rien ne dit en outre que le prochain viendra. Il a tellement de trucs à  faire, le prochain. Lui aussi guette les signes, rassemble des indices et se soucie de son avenir. Il projette même de tout arrêter en récriminant. Tout arrêter, la bonne blague. Mais, d’ici-là, qui sait si cet être auquel nous avons encore le loisir de nous intéresser, ou plus précisément, la relation de cet être, aux choses qui l’entourent et au prochain qui s’éloigne, ne sera pas d’une tout autre nature. Ça s’est déjà vu. Alors, ne le négligeons pas et soyons indulgents avec lui, tant qu’il s’agite encore.

mardi 17 juin 2025

Les baleines pissent

 
Voilà,
c'est étrange tout de même cette obstination morbide des chaînes d'infos à vouloir nous vendre l'imminence d'une possible déflagration mondiale comme un spectacle à ne manquer à aucun prix. J'ai déjà — il y a fort longtemps — évoqué l'économie de la catastrophe, mais là c'est assez stupéfiant. 
Et puis il y a tout ce qu'on voit sur les réseaux. 
Par exemple, de brèves séquences nocturnes, prise depuis le Liban, où l'on aperçoit des gens la nuit sur une terrasse, face à la mer observant les missiles iraniens qui tombent sur Haïfa pendant qu'un D.J. s'affaire aux platines, et qu'un saxophoniste l'accompagne en jouant debout sur une table. Et bien sûr tous les convives ont leur putain de smartphone brandi vers le ciel nocturne pourenregister l'événement. 
Ou bien encore, filmés depuis l'Iran, des missile lancés en rafale depuis leur camion. 
Et aussi, des écrans géants disposés sur une place d'une ville du Yémen, pour retransmettre en direct les bombardements iraniens sur Israël, comme s'il s'agissait d'une finale de foot. 
Sur le flux d'images, on voit beaucoup moins de séquences dans les ruines de Gaza en ce moment, mais beaucoup d'arrestations de citoyens américains intimidés par des gros cons masqués en uniforme.
Et puis des drones en veux tu en voilà, des drones russes des drones ukrainiens, des immeubles éventrés par des missiles, des complexes chimiques qui brûlent, des films en infra rouge où explosent des dépôts de munitions. Le tout entrecoupé d'actions spectaculaires de joueurs rugby de l'hémisphère sud, de balades touristiques en Ousbekistan ou dans le Paris insolite, de recettes de cuisine improbables, de séquence caricaturales de Trump, de gens faisant des selfies pleins de sourires avant le décollage d'un boeing d'Air India qui va s'écraser d'ici quelques minutes. Et aussi un prêcheur évangéliste qui, au cours d’un prêche, danse en disant que Jésus fait bouger son corps, et qui plus tard dans sa vie tuera deux élus démocrates, Bref toute l'absurdité de la condition humaine en un montage sans queue ni tête, aléatoire.
Et puis dans tout ce bordel on tombe sur une information dont on ne comprend même pas d'où elle sort. 
Il paraît que chaque jour, une baleine peut rejeter jusqu'à mille litres d'urine. Un acte simple et nécessaire qui a des conséquences profondes sur l'équilibre de l'océan. Ce liquide contient de l'azote, du phosphore et du fer nous dit-on. Des substances précieuses qui servent à fertiliser les eaux de surface où vit le phytoplancton.
Et qu'on te raconte que le phytoplancton n'est pas seulement le premier maillon de la chaîne alimentaire marine. Et qu'on te précise qu'il est également responsable de plus de la moitié de l'oxygène que nous respirons sur Terre. Contrairement à de nombreux autres animaux marins, les baleines  — on apprend des choses tout de même — défèquent et urinent près de la surface. Là où la lumière arrive et où la vie se multiplie. C'est un processus appelé "pompe à baleines", une sorte de pompage écologique qui brouille les nutriments et les distribue dans les zones qui en ont le plus besoin. "Pompe à baleine", quand la réalité te semble juste une grosse pompe à merde
Lorsque les baleines migrent, elles transportent ces nutriments entre les pôles et les régions équatoriales. Ah ça me rend la vie plus légère c'est sûr. Elles créent des couloirs invisibles de fertilité. Des traces liquides invisibles qui nourrissent et soutiennent la vie d'une manière que nous commençons à peine à comprendre. Nous respirons à travers un animal qui pisse en route. Et ce n'est pas un paradoxe. C'est de l'écologie. Youpi vive l'écologie
Bref tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.   

dimanche 8 juin 2025

Pêle-mêle avec crocodiles

 

Voilà,
les crocodiles du marigot commencent à s'entredévorer. Musk accuse Trump d'être compromis avec Espstein et déclare avoir des preuves précises, Steve Banon veut expulser Musk au prétexte qu'il est Sud-Africain et drogué, et au passage lui "arracher la tête" . J.D.Vance ne dit rien mais reste en embuscade.
Vu d'ici, c'est grotesque. On se croirait dans un sitcom. 
En France aussi ils sont très cons ceux qui nous gouvernent, mais pas à ce point tout de même. Et puis c'est tout petit la France, ça n'a pas beaucoup d'influence sur le monde.
Ça serait risible s'il n'y avait par ailleurs tant d'urgences planétaires. 
Mais on en est là outre-Atlantique, on caligule et complote sur fond de désastre budgétaire, social, humanitaire. 
De plus en plus d'américains, paraît-il, commencent à paniquer et espèrent que le cauchemar s'atténuera après les élections de mi-mandat, dans un an et demi. Mais qui sait dans quel état sera leur démocratie dans un an et demi ? Et leur fédération ? Et quand bien même, parviendrait-on à rétablir un semblant de légalité, comment réparer les dommages causés par Trump et sa bande. Certains apparaissent d'ores et déjà comme irréversibles. 
L'effroi se mêle au ridicule. 
Depuis janvier, Trump profite de sa fonction pour s'enrichir au vu et au su de tous. Il vend des parrainages d'événements à la Maison Blanche. Il s'est emparé du Kennedy Center alors qu'il est d'une inculture crasse, qu'il n'y connaît rien aux arts et qu'il a un goût de chiottes, il suffit de voir la décoration de sa propriété de Mar-a-Lago . 
 
 
 
Il brade des bâtiments fédéraux. Il s'attaque à toutes les institutions. Il défie les décisions de justice. Il a manipulé les marchés financiers. Il a militarisé le ministère de la justice. Il a aboli la sécurité alimentaire et le contrôle des maladies. Il s'attaque à la science, à l'Université. Il veut détruire les terres publiques, exploiter les fonds marins dans les eaux internationales. Il extorque des minéraux à d'autres nations. Il a permis à un oligarque non élu d'accéder à des données gouvernementales. Il a rompu la confiance avec ses alliés. Il a souillé pour de nombreuses années l'image des États-Unis dans le monde. Il agit de façon capricieuse et incohérente, il rampe devant Poutine, il tweete à tour de de bras, il utilise son téléphone portable comme un quidam au mépris de toutes les règles de sécurité et de confidentialité. Il est dénué de classe, n'a aucune dignité. Il ferait passer Nixon pour un type sympa et Reagan et Bush Jr pour des lumières. Il est rude, grossier, vulgaire, inculte, vantard, stupide, cruel. C'est surtout un tyran, qui s'est entouré de gens encore plus maléfiques que lui. 
 
 

 
On peut supposer que des dirigeants comme Poutine ou Xi Jinping qui en matière de crapulerie ne valent guère mieux, mais qui cependant, pour les avoir subies, savent mesurer les revers et les vicissitudes de l'Histoire, observent ces péripéties avec une certaine jubilation.

samedi 22 mars 2025

Dindon de la farce

 
Voilà,
si une hirondelle ne fait pas le printemps, on peut cette année trouver un autre volatile. Il est probable que d'ici quelques mois, nombre de ceux qui ont voté pour Donald Krasnov Trump s'apercevront qu'ils auront été les dindons de la farce et il sera alors bien trop tard pour eux. Pour le moment ils pataugent dans leur propre merde, et bientôt ils n'auront plus que ça à bouffer. Il ne sera plus temps de se lamenter du prix des œufs. Qu'ils aillent se faire d'ores et déjà rissoler le fion en enfer. 
Trump restera dans la courte histoire de ce pays, le premier président à avoir été "retourné" par une puissance étrangère, le premier aussi à avoir des velléités expansionnistes délirantes, à déclarer la guerre  économique à ses alliés. Trump fait de la politique comme un joueur de golf. Poutine comme un joueur d'échecs. Xi-Jinping comme un joueur de go. Donc si les citoyens des États-Unis ne se ressaisissent pas il ne sont pas près d'avoir le cul sorti des ronces. Leur président leur a bien dit qu'ils n'auront plus jamais besoin de voter. S'ils ne se rendent pas compte qu'ils ont affaire à un dingue, à un fasciste qui est en train de s’attribuer les pleins pouvoirs, ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prévenus par celui là même qui aujourd’hui les bafoue.
"Nous devons attaquer honnêtement et agressivement les universités de ce pays. Ces mots ne viennent pas d’un régime ouvertement déclaré comme totalitaire, mais du vice-président américain J.D. Vance. Aux États-Unis, la science et la recherche sont devenues des cibles. Dès l’instant où un régime considère l’université la science ou la recherche comme des ennemis, il bascule dans l’obscurantisme. Comme ses dirigeants sont des tarés, il n’y aura pas de leur part de retour en arrière.
Quand je pense à tous ces blockbusters de merde où l’on voyait un héros  presque toujours solitaire délivrer les "USA-et-par-conséquent-le-monde-libre" d’affreux qui voulaient du mal au monde libre, en général des extraterrestres, des communistes, une internationale maffieuse, des cartels de drogues, des terroristes musulmans, et que personne n’est capable de virer ce gang de crapules, on ne peut que constater l'inanité d'une société qui tient "l'entertainment "pour une valeur cardinale. 
J'ai lu sur le net cette pertinente réflexion de Olivier Costa à propos de ce qui se passe actuellement aux States et je la partage donc.
Depuis son investiture, les analystes se perdent en conjectures pour comprendre les décisions de Donald Trump. Trois récits dominent.
Certains considèrent que Trump est un populiste un peu confus, qui prend ses décisions au gré de ses humeurs, règle ses comptes avec quiconque lui déplaît, et surestime ses talents de stratège et de négociateur. Il n’y aurait donc aucune rationalité dans ses décisions et déclarations : juste les lubies d’un histrion en roue libre auquel plus personne n’ose tenir tête.
D’autres estiment qu’au-delà de quelques provocations qui font le sel du personnage et détournent l’attention des médias, il y a un plan destiné à libérer les énergies de l’économie américaine, à secouer un État fédéral ankylosé, et à régler les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. L’action iconoclaste de l’administration Trump fera certes quelques dégâts à court terme, mais le pays en sortira gagnant d’ici quelques mois.
Les derniers considèrent que Trump, ses amis et leurs maîtres à penser sont perdus dans des divagations apocalyptiques libertariennes et asociales, et qu’ils sont décidés à engendrer une zizanie planétaire dans l’attente d’un événement salvateur et mystique dont eux seuls seraient informés.
L’histoire tranchera. Mais les résultats des deux premiers mois de mandat de Donald Trump sont pour le moins étonnants, en remettent en cause tout ce qui faisait des États-Unis la première puissance économique, militaire et culturelle.
En effet, les États-Unis sont en train de se brouiller avec l’ensemble de leurs alliés et passent désormais les plats à leur ennemi de toujours, la Russie. L’Union européenne, le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie sont contraints de réviser leurs alliances commerciales et leurs stratégies de défense. Les pays du sud, privés de l’US Aid et frappés comme ceux du nord de droits de douane arbitraires, sont incités à adhérer au récit du « Sud Global » que la Russie et la Chine promeuvent depuis 20 ans pour contester l’hégémonie de l’Occident, et tout particulièrement celle des Etats-Unis.
"Aux États-Unis, Donald Trump s’en prend à l’État Providence et au système de santé. Ils n’ont jamais été particulièrement généreux et efficaces, mais les restrictions budgétaires vont avoir des effets dévastateurs pour les citoyens les moins aisés et vont rapidement créer de profondes tensions sociales. Les coupes claires opérées par Elon Musk dans les programmes et les administrations fédérales ne feront qu’envenimer les choses.
En faisant la chasse aux immigrés, l’administration Trump va pénaliser des secteurs entiers de l’économie – construction, agriculture, industrie lourde, services… – qui n’offrent pas des salaires acceptables pour des citoyens américains, et bénéficiaient d’un avantage concurrentiel décisif en disposant d’une main d’œuvre docile et bon marché ;
En se ralliant au panache jaune de Donald Trump, les patrons des sociétés américaines les plus innovantes et les plus prospères ont déclenché un mouvement de boycott d’une ampleur inédite. Les 7 milliards de consommateurs non-américains peuvent en effet se passer des produits et services des États-Unis et décider de commercer entre eux. A Washington, la menace a fait sourire, mais les "7 magnifiques", principales entreprises américaines de la Tech, connaissent aujourd'hui un trou d’air boursier, et les commandes de F35 sont remises en question partout dans le monde.
Les Américains, qui sont historiquement les plus gros pollueurs de la planète et ont développé le mode de vie le moins écologique qui soit, ont renoncé à toute ambition en la matière. L’heure est à la dérégulation et à l’exploitation de toutes les énergies fossiles disponibles – aux États-Unis ou ailleurs – sans considération pour l’environnement et le destin du monde.
Les États-Unis sont depuis toujours la patrie des droits individuels et de la liberté de pensée et de parole. Dans ce pays, il était possible de tout dire et de tout écrire – pour le pire, mais aussi pour le meilleur. Cette liberté a en effet nourri la créativité de ses romanciers, philosophes, élus, musiciens, cinéastes, humoristes... Désormais, les leaders américains, champions autoproclamés de la libre expression décomplexée, entendent faire taire tous ceux qui critiquent leurs actions et leurs propos.
Enfin, le gouvernement fédéral s’attaque à ce qui a toujours fait la force des États-Unis : ses universités, qui attirent les cerveaux du monde entier, dominent la recherche internationale et ont nourri le leadership technologique du pays. En faisant de la science un ennemi, en s’en prenant plus largement au savoir et à l’éducation, en faisant de la Bible la mesure de toute chose, Donald Trump sabote ce qui a permis à son pays d’assoir une domination économique insolente.
On peut certes considérer que ce ne sont que quelques coups d’éclat de la part d’un leader qui a soif de revanche sur l’administration Biden et tous ceux qui se sont réjouis de son échec de 2020. Mais les dégâts qu’il provoque pour l’image du pays sont profonds et sans doute durables, car Donald Trump conforte avec méthode les clichés de l’anti-américanisme, qui décrit le pays comme une nation égoïste, vorace, brutale, bigote et irresponsable."

dimanche 2 mars 2025

Ces types sont fous

Voilà,
debout dans son salon elle regarde l'écran pendant que son mari finit de disposer les apéritifs. Je n'en crois pas mes oreilles dit-elle ce type est fou. C'est vrai. On pourrait aussi ajouter fat, malhonnête et cynique. Elle regarde ce jeune président s'obstinant à mentir comme un enfant devant un jouet qu'il a lui-même cassé et qui accuse "les autres". L'ensemble de son discours est aussi mensonger qu'immoral. Oui ce mec est vraiment un taré qui perd les pédales et tient des propos révélateurs d'une pensée à la dérive, à la limite de l'incohérence.
Évidemment, certains vont dire qu'il y a bien pire et bien plus inquiétant ailleurs. C'est vrai, mais ici comme ailleurs, nous ne sommes pas au bout de nos surprises et de nos effrois.

*

Les lignes qui précèdent, donc, je les avais écrites début Janvier. Je pensais qu'elles pourraient être encore d'actualité deux mois plus tard. Mais là, depuis hier, en matière d'ignominie télévisuelle assurée par des politiques, nous sommes passés dans une autre dimension. La nuit dernière j'ai mal dormi à cause d'une nouvelle d'un tout autre ordre dont je me serais volontiers passé, (bien que je la sentais venir depuis un moment). Et à un moment en scrollant sur mon téléphone j'ai eu connaissance de ce traquenard tendu à Zelensky, par Trump et Vance. Ça ressemblait à un très mauvais film, mais c'était la réalité. C'était là quasiment en direct, et totalement sidérant. Aussi stupéfiant que la chute des tours du WTC. Le truc que tu regardes sans parvenir à y croire. J'ai eu envie de faire une image (avec une typo american typewriter), tant j'étais dégoûté par ces deux ordures, ces deux tarés qui sont des fous dangereux, sans parler des journalistes courtisans qui eux sont des cons finis. C'est Dr Folamour puissance 10. Comme plein de gens, je n'avais imaginé qu'un telle ignominie fut possible à ce niveau de décision. Ça ressemblait aux procès staliniens, et aux auditions du temps de Mc Carthy.
 
 
Il n'est pas possible de réfléchir ou d'écrire sur ça. D'ailleurs je n'en ai pas envie, mais difficile de faire comme si ça n'existait pas. Tu essaies de prendre le temps de la réflexion, et aussitôt Trump balance un truc à la fois incohérent et débile, tu ne sais pas d'où ça sort. Tu te demandes si c'est inné ou s'il a beaucoup travaillé pour être aussi con. C'est le mec qui fait tout de même passer George Bush Jr pour un génie ! J'ai vu une vidéo, où il demandait si l'Espagne ne faisait pas partie des BRICS. Le mec est à peu près aussi nul en géographie que la plupart des citoyens de son pays, mais lui, il est président. Bref c'est pire qu'une version alternative de "The plot against America" de Philip Roth.
Allez encore une image et un texte écrit il y a deux ou trois jours que je voulais publier demain ou après demain. Je brade.

 

 
Ce montage rend bien compte de l'état de confusion mentale où je me trouve. Trop de choses se bousculent dans ma tête. Je ne pense pas être le seul dans ce cas. L'époque est anxiogène. Je devrais m'en foutre. J'approche du bout de la piste. Mais quand même. Parfois je me dis que j'ai commencé ma vie sous le signe de la guerre, et qu'elle finira de même. Cela ne m'enchante pas.
Alors je vais être plus futile pour une fois. Parler de cinéma. On va faire un saut dans le temps. À l'époque où l'on imaginait que la place de la Concorde à Paris pourrait ressembler à un un campus américain.
En début de semaine, après avoir assisté à une leçon de Wajdi Mouawad au Collège de France je suis allé voir "les quatre journées d’un rêveur" de Robert Bresson inspiré de la nouvelle "Les nuits blanches" de Dostoievski. Je ne l’ai jamais lue. En revanche,  je me souviens de l’adaptation cinématographique de Visconti découverte il y a quelques années à la cinémathèque. Ce fut une révélation et en même temps un grand bonheur de l’avoir partagée avec une certaine personne et qu'elle en ait été touchée, elle aussi. J’en garde un si puissant souvenir que la proposition de Bresson m’a semblé bien pauvre et bien terne en comparaison.
Autant le dire, je me suis souvent ennuyé pendant le film. Malgré Isabelle Weingarten qui est plutôt bien, le parti pris de l’interprétation m’a déplu. Cette neutralité atone m'exaspère. Pourtant j’ai bien apprécié des œuvres comme "Au hasard, Balthazar" ou "Mouchette" ou "Pickpocket " que j’ai vus dans ma maturité. 
Je tiens à rajouter ce détail parce que, en fait j’ai découvert Bresson quand j’étais adolescent, avec ses films en couleur : "Le diable probablement", "L’argent" et "Lancelot du lac". Je sais très bien qu’à l’époque je n'aimais pas sa façon. Je trouvais ses films mal interprétés. Tout sonnait faux à mes oreilles. Cette distanciation m'empêchait de rentrer dans l'histoire. Cela ne me parvenait pas. Cela ne parvenait pas au jeune homme que j’étais. Je trouvais ça maniéré, d'un formalisme creux. Dénué de vie. Quelque chose d'autre m'agaçait que je ne me formulais pas. J'y reviendrai.
Je me souviens très bien que Dominique à qui je dois tant, qui a contribué à ma formation, qui m’a éduqué intellectuellement artistiquement, bref cette femme merveilleuse à qui je dois tant de choses, et sûrement le meilleur de ce que je suis, eh bien elle aimait beaucoup Robert Bresson, et je ne comprenais pas son enthousiasme. Je me disais, "c'est bizarre, cette femme si intelligente, si sensible si cultivée, comment se fait-il qu’elle trouve ça bien, qu'est-ce qu'elle y trouve que je ne vois pas ?".
Que cela soit clair, je ne remets pas en cause le génie de Bresson. Si de grands cinéastes que j'admire par ailleurs (Tarkovski, Scorcese, Al Hartley, Wenders, et même Fassbinder) le tiennent pour un maitre c'est qu'il doit y avoir des raisons. L'une d'elles tient peut-être au fait au fait qu'ils ne l'entendent pas dans leur langue native.
Ce qui m'a immédiatement contrarié dans "Les quatre nuits d’un rêveur", c'est l'aspect compassé, un peu précieux, la diction à la fois scolaire et bourgeoise. Oui ces corps, la façon dont ils se tiennent, dont ils sont vêtus, même dans leur "négligé", transpirent malgré eux le discours de domination.  D’ailleurs c’est bien dans les milieux de la haute bourgeoisie que Bresson allait souvent chercher ses "modèles" comme il disait. 
Dans la façon dont, en marchant dans la nuit, ces personnages discutent de l’amour, des tourments du désir, de la passion, je ne vois que préciosité, artifice, et j'entends aussi beaucoup de poncifs. C'est déjà ce que j'éprouvais confusément quand j’étais adolescent. Oui, je vois un discours de classe qui, au fond me dégoûte et attise encore en moi une sorte de colère. 
Et puis les lieux aussi. Les extérieurs, de nuit la plupart du temps se passent en les bords de Seine. On a l’impression que c'est tourné entre la place Dauphine, le pont neuf le quai Voltaire, le drugstore St Germain. et si on s’aventure un peu plus loin, on sent bien que c’est le XVIème. Si les intérieurs sont modestes, les corps et les voix qui les occupent n’y sont pas accordés. 
Finalement ce qui m'a le plus touché dans ce film, ce sont les signes de l’époque. Tout ce qui dénote le début des années 70. Le mini K7 Phillips dans sa housse rigide en cuir noir, que le personnage principal utilise pour enregistrer ses pensées. J’en ai déjà parlé du mini K7. C’était l’objet à avoir absolument, le cadeau de Noël de 1969 que réclamaient tous les jeunes gens de ma génération. Autre signe de ces temps : les hippies (comme on les appelait alors) —bien propres cependant, des hippies de cinéma— jouant de la guitare, la nuit sur les quais de Seine. La musique est d'ailleurs plutôt bonne. Il a bien été conseillé par Michel Magne sur l'affaire. Mais quand même on a l’impression que ces jeunes gens, qui n'ajoutent rien à l'intrigue, sur les quais sont là juste pour l’ambiance pour le climat pour faire "à la mode".Ils décorent.
Et je ne peux alors m'empêcher de constater que c’est un regard de vieux que porte Bresson sur cette jeunesse. Je veux dire par là, nous n'étions pas comme ça.
C’est cela peut être ce qui est le plus touchant dans le film, et même temps un peu pathétique : ce désir de connivence et d'empathie pour une jeunesse qu'au fond il ne comprend certainement pas. Notre façon d'être dostoievskiens était beaucoup plus désepérée, incarnée, et risquée. Cette envie de faire jeune, d’utiliser des jeunes corps pour faire œuvre mais clairement c’est l’œuvre d’un vieux. Sa façon de tourner les scène de sexe, très chastes en fait, a tout de même quelque chose d'assez malsain. Elles ne sont pas d'une grande nécessité, elles sont bien gentillettes, mais pourtant cinquante ans après on sent quand même le regard un peu dégueulasse, un peu libidineux et voyeur.
Quand il tourne son film Bresson a l’âge que j’ai aujourd’hui. Donc je peux très bien comprendre le décalage dans sa perception des jeunes, même si j'ai une fille qui aujourd'hui a l'âge de ses protagonistes. Je peux comprendre le mélange d'étonnement, de curiosité, d'envie mêlée de regret.
En fait je réalise que je n'aime pas les films en couleur de Bresson. Peut-être que le noir et blanc, qui est déjà un formalisme qui éloigne de la réalité et la rend moins triviale, me permet d'accepter plus facilement le décalage qu'il opère en faisant jouer ses modèles de façon désincarnée. Je ne sais pas. C'est une hypothèse qui ne vaut que pour moi.
Malgré tout j'aimerais les revoir tout de même par curiosité. Et puis voir "Une femme douce" que je n'ai jamais vu. Je ne sais pas si l'occasion se présentera. 
Une anecdote au passage.
Je me souviens que pour un film, la directrice de casting, — jeune et que je connaissais suffisamment pour qu'elle me fit cet aveu — m'avait dit que le réalisateur, qui depuis a acquis une certaine notoriété, souhaitait que la scène fut jouée sur un mode bressonnien, tout en m'avouant qu'elle ne savait pas trop ce qu'il entendait par là. J'ai fait comme elle a dit, j'ai eu le rôle. Très modeste au demeurant. 
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dimanche 19 janvier 2025

Pêle-mêle avec miroir

Voilà,
pourquoi je tiens encore ce blog. Parce qu’il me permet d'écrire comme ci ou comme ça, sans contrainte de style de genre ou de sujet. Parce que je peux y proposer des images de nature et de facture différentes. Parce qu'il m’offre la possibilité de ne pas m’en tenir à une seule identité ou une seule forme d’expression. Parce qu’il est un terrain d’expérimentation où je peux raisonnablement m'extérioriser en étant relativement protégé. Parce qu'il y est loisible d’être indifféremment grave ou futile. Parce qu'il me contraint à formuler ce qui me passe par la tête (d'autres font des sports cérébraux comme les mots croisés). Parce qu'il m'offre en outre l’opportunité d’échanger  parfois avec des inconnus. Parce qu'il renvoie une image multipliée fragmenté de ce que je suis. Parce que cela me donne l'illusion d'être encore en lien avec ce monde.
"Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort" écrivait René Char. Il en va de même pour ces photos et aussi ces images dessinées ou trafiquées que j’accumule depuis quinze ans sur ces pages. Elles transforment le rapport que j’ai avec le monde. Elle ne racontent rien de particulier. Elles ponctuent des moments de réflexion, parfois, mais aussi des moments de vide, de songerie.
 


Ceci dit, je suis de moins en moins inspiré, et les brouillons qui s’accumulent n'offrent pas grand chose de nouveau. J’ai beaucoup ressassé. Ce sont toujours les mêmes obsessions, les mêmes terreurs et je me lasse de tout ça. En outre l’humour et la dérision semblent m'avoir quitté. Toutefois, je constate aujourd’hui que nombre de lecteurs ou de personnes de mon entourage qui me trouvaient autrefois pessimiste  — quand il me semblait n’être que lucide —, écrivent à présent des choses bien plus sombres que je ne l'ai fait. Je ne devais pas être tout à fait à côté de la plaque. Il est vrai que le futur immédiat est plus anxiogène que jamais pour ceux de ma génération. Que ce soit sur le plan politique, géostratégique, ou écologique. On s'apprête vraisemblablement à vivre des temps étranges.



Au lendemain des élections américaines David Lynch avait constaté dans une vidéo "what a great time to be alive if you like the theater of absurd. La mort l'a pourtant surpris avant le lever de rideau. On se rappellera simplement ce proverbe turc "when a clown moves into a palace he doesn't become a king, the palace becomes a circus". Nous en savons déjà un peu quelque chose dans ce pays où je vis.

 
En fait j'envie l'ami Pierre toujours prompt à imaginer une histoire ou Christine qui  chaque jour agence avec délicatesse un nouveau poème et une image apaisante, ou bien encore Bill qui quotidiennement dépose une vision enchanteresse de paysage. Tous regardent le monde avec sollicitude et soin y ajoutant un peu de beauté. Comme Agathe qui dans son paradis, fait dialoguer entre eux les objets et crée d'oniriques compositions. Mais pour ce qui me concerne l'imagination me fait de plus en plus défaut. 
 
 
 
Tout me paraît flou, incertain. J'essaie de composer des images qui rendent compte de cet état. Cependant ces tentatives me satisfont moyennement. Pas grand chose pour me stimuler ces derniers mois. Je subis le contrecoup de tout ce que j’ai du refouler entre Octobre et Avril. En fait ce qui est désagréable, c'est que désormais la mort approche. Et qu'elle se précise dans un monde tourmenté, traversé d'idées sales et d'affects troubles et malsains qui ne manquent pas de m'éclabousser. Bon, je ne suis pas complètement dépressif, ça ne m'empêche pas d'être futile, d'aller au cinéma, aux expositions, de regarder le rugby à la télévision et parfois au stade avec ma fille. Pendant ce temps là, je ne pense pas aux douleurs nouvelles.
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lundi 13 janvier 2025

Comme les rêves

 
 
Voilà,
"Les villes, comme les rêves, sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, si leurs règles sont absurdes, si leurs perspectives sont trompeuses et si tout cache autre chose". (Italo Calvino)

mercredi 17 juillet 2024

Négligence de l'État


Voilà,
"plus de la moitié des droits fondamentaux, comme la santé, l’accès à l’éducation ou à un logement digne sont menacés en France par la "négligence de l’Etat" en matière d’adaptation au changement climatique, un sujet auquel le nouveau gouvernement "devra s’attaquer d’urgence", estime Oxfam.
"Le sujet du climat […] a été totalement éclipsé pendant la campagne des législatives mais il ne peut être ignoré plus longtemps", dénonce ce lundi 15 juillet un rapport d’Oxfam France, alors que le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc-3), fondé sur l’hypothèse d’un réchauffement de 4 °C en France d’ici 2100, se fait toujours attendre.
Selon l’analyse de l’ONG, proche du Nouveau Front populaire (NFP), au moins 26 des 50 droits humains fondamentaux "sont directement menacés en  France […] du fait de l’improvisation des pouvoirs publics en matière d’adaptation » qui "attendent que les catastrophes se produisent pour tenter de les réparer".
Les impacts seront particulièrement importants pour "les plus précaires, les femmes, les enfants, les minorités, les personnes âgées ou isolées", prédit le rapport. 
 

 
Ainsi, 1,3 million d’écoliers de maternelle pourraient être exposés en classe à une chaleur excédant les 35 °C d’ici 2030, menaçant le droit à l’éducation, selon Oxfam qui s’appuie sur une étude du cabinet EcoAct. Plus d’une classe sur deux est concernée dans le pays, et même 100 % dans quatre départements (Bouches-du-Rhône, Seine-Saint-Denis, Paris et Gironde).
Dans une France à +4 °C, les jours de vague de chaleur seront multipliés par au moins cinq. En Ile-de-France, ils pourraient atteindre 94 jours, soit un quart de l’année, selon des projections de Météo-France.
Oxfam dénonce l’inadaptation du droit du travail à cette réalité dangereuse pour les travailleurs, dont 36 % sont déjà exposés aux chaleurs, notamment dans le bâtiment, l’agriculture ou chez le personnel soignant.
D’ici 2100, 5 % des hôpitaux seront menacés de fermeture car inadaptés aux évènements climatiques extrêmes (canicules, inondations ou incendies), selon une projection de l’administration (Cerema).
Selon Oxfam, "il faudrait plusieurs dizaines de milliards d’euros a minima par an" pour adapter la France aux effets du changement climatique.
Mais aujourd’hui, en plus de "jeter l’argent public par les fenêtres" en finançant des infrastructures qui « ne seront plus adaptées dans vingt ou trente ans », "67 milliards d’argent public […] subventionnent toujours des activités contribuant au dérèglement climatique", notamment dans les énergies fossiles, dénonce Quentin Ghesquière, chargé de plaidoyer climat chez Oxfam France.
L’ONG réclame donc des financements importants et des investissements publics "conditionnés à des critères d’efficacité et de réduction des inégalités", ainsi que de rendre le Pnacc "opposable et contraignant" en justice.  (Article du Nouvel Observateur 15 Juillet 2024). Avec un gouvernement démissionnaire chargé d’expédier les affaires courantes, alors que depuis quelques mois, tout revêt plus ou moins un caractère d’urgence, on n’est pas près de voir des améliorations sur ce point.

vendredi 27 octobre 2023

Un lien surprenant

 
Voilà,
parce qu’au cours d’une de mes insomnies j’ai, par hasard, entendu à la radio un morceau (introduction et variations sur une ronde populaire), d’un compositeur dont j’ignorais jusqu'à l’existence (Gabriel Pierné), de fil en aiguilles, comme on disait autrefois, cherchant à en savoir un peu plus sur ce musicien, j'ai découvert un lien tout à fait surprenant intitulé compositeurs négligés, atelier de reparations qui, non seulement répertorie des compositeurs tirés de l’oubli, mais propose aussi pour chacun d’entre eux, des liens renvoyant à certaines de leurs œuvres. 
En fait, ce site tenu par André Hautot est un exemple d'érudition généreusement partagée. J'ai commencé à musarder dedans et je le trouve vraiment exceptionnel. En cette période troublée où mes nuits sont si confuses  — comme cette image — j'ai trouvé un peu de joie à satisfaire ma curiosité autant qu'à la perspective de susciter la vôtre. 
shared with my sunday best wordless wednesday - 

lundi 31 juillet 2023

Revue de presse


 
Voilà,
le mois de Juillet tire à sa fin. J’ai rassemblé des titres d’articles trouvés sur Google News durant celui-ci. Je mets en outre en lien, pour les francophones que cela intéresse cette autre recension. Il semblerait que ce qui me préoccupe depuis des années, soit enfin en passe de devenir un sujet d'inquiétude désormais partagé. Ces articles sont de plus en plus alarmistes et ont un petit côté « chroniques de l’Apocalypse » tout à fait nouveau. Comment parvenir à rester joyeux dans ce qui semble le prologue d’une inévitable tragédie à venir ? En faisant l’autruche sans doute et en se réfugiant dans les vieux livres, les rêveries, et d'autres choses moins avouables.
Je lis sur le journal "Plus de 50 °C aux États-Unis et en Chine, autour de 45 °C en Italie, en Espagne ou en Grèce, des inondations meurtrières en Corée du Sud, des incendies qui font rage au Canada ou encore une température inédite de l’Atlantique Nord : la planète est soumise à des catastrophes climatiques en série. Le mois de juillet pourrait être le plus chaud jamais enregistré, après celui de juin. Le climatologue Michael E. Mann, directeur du centre pour les sciences et l’environnement de l’université de Pennsylvanie, réfute l’idée d’une accélération du réchauffement, mais prévient que nous pourrions franchir des points de bascule si nous continuons à utiliser des énergies fossiles". Mais le même jour les ministres de l’énergie des pays du G20, réunis en Inde samedi 22 juillet, n’ont pas réussi à s’accorder sur un calendrier permettant de réduire progressivement le recours aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon). Leur déclaration finale publiée à la fin de la rencontre à Goa, ne mentionne même pas le charbon, pourtant l’un des gros contributeurs au réchauffement climatique. Comment ne pas en être consterné, sinon accablé. L’humour me manque devant tant de bêtise. Cela laisse augurer qu’il n’y aura vraisemblablement pas de transition paisible. Tout cela risque d’être bien chaotique. Plus elles seront tardives et plus les décisions qui seront inévitablement prises dans l’urgence, susciteront panique et incompréhension. L’Histoire est prodigue de bouleversements sociaux précédés par de grandes perturbations écologiques ou des phénomènes climatiques inattendus. Évidemment, durant ce mois de Juillet, à l’endroit où je me trouvais, les gens parlaient moins du climat (bien qu’il y fît très chaud) que des spectacles à voir ou à éviter.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes.

samedi 18 février 2023

Mauvais film

 
Voilà,
franchement ces jours-ci, j'ai un sérieux coup de blues. J’aimerais pouvoir mettre un peu de distance, mais j’en suis incapable. Tout m’afflige et je suis en train de perdre pied. le matin je n'ai même plus envie de sortir de mon lit.
J'aimerais bien avoir l'inconscience de mes vingt ans. Me prendre un petit acide à la campagne, histoire d'avoir des extases mystiques, de faire un avec le cosmos, de me sentir dans un état sans mesure, traversé d'ondes, de particules ou bien feuille, lichen, poussière d'étoile, parler avec la fourmi, voyager dans l'écorce, me connecter aux racines, accepter l'étreinte de spectres bienveillants communier avec le grand-tout et autres foutaises comme ça. Mais à vingt ans mon inconscient était moins chargé. 
J'avais certes un bon petit bagage, amassé dans mon enfance algérienne qui ne m'incitait pas trop à l'optimisme concernant la nature humaine, mais tout de même, j'avais l'âge des illusions, et encore biens des fraîcheurs en moi qui rendaient solubles les angoisses. Je lisais de la poésie, les coïncidences me semblaient des énigmes à déchiffrer. Je croyais au mystère, aux connexions secrètes, à l'amour et aux forces de l'esprit comme disait Tonton. 
Les années ont passé en même temps que le monde s'est enlaidi, rétréci, et moi avec. Non seulement j'approche du bord, le sol devient friable, mais de plus en plus d'amis, de connaissances meurent. Question sérénité je ne suis pas au mieux. L'impression d'être sur une liste d'attente.
Non, peut-être que prendre un trip, à la réflexion, ne serait pas vraiment une bonne idée. Ou alors il faudrait qu'il soit très bon, pas speedé, avec une gentille doctoresse pour me tenir la main ou plus si affinités. Ou même à la rigueur une infirmière. Mais je crois qu'elles ont autre chose à foutre les doctoresses et les infirmières que de s'occuper de moi. C'est pas trop la fête pour elles non plus ces derniers temps. 
Et puis il y a toutes les choses que je ne peux pas ignorer, parce qu'elles sont là, elles sont là quoi ! Faut vraiment y mettre beaucoup de volonté pour pas les voir. La nuit, je me fais des mauvais films. Je rêve de choses effrayantes. On me poursuit dans des villes ravagées. Ils font comment les gens pour être bien dans leur tête ?  Pour ne pas y penser : feux de forêts et sécheresse au Chili, nappes phréatiques pas rechargées en France, tremblement de terre en Turquie et en Syrie, secours qui ne peuvent accéder à certaines zones, malhonnêteté des promoteurs et la corruption du régime d'Erdogan révélées par l’ampleur du désastre, histoires de ballons-espions chinois collectant des informations sur les sites sensibles américains, lâcheté des puissances occidentales ne soutenant l'Ukraine qu'en paroles, agissements des multinationales absolument pas à la hauteur des plans qu’elles annoncent pour réduire leur empreinte carbone, vents violents et abondantes précipitations sur l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande, l'idée de plus en plus répandue à Taïwan que la paix ne va pas durer longtemps, fort regain de climato-scepticisme sur les comptes français du réseau Twitter, troubles dépressifs en France pour un jeune sur cinq, manque de munitions en Ukraine alors que se profile une nouvelle offensive russe, pollution aux particules fines sur l’ensemble du territoire française, subventions de mille milliards accordées en 2022 par les États aux énergies les plus créatrices de gaz à effet de serre, soit le double de l'année précédente, déraillement à East Palestine, Ohio, d’un train transportant des produits toxiques, population inquiète des conséquences sanitaires de l'accident, annexion de territoires en Palestine par les colons israéliens avec neuf nouvelles colonies, répression en Iran qui continue et s'intensifie, record de fonte battu pour la deuxième année consécutive en Antarctique, "exode d’ampleur biblique" selon ses propres termes, prévu par l'ONU en raison de la montée des eaux dans les prochaines décennies, centrales nucléaires obsolètes et toujours en service et puis tout ce qu’on oublie d’évoquer car c’est sorti de l’actualité : les massacres impunis, les tyrans relégitimés à l’ère des mensonges exponentiels au nom de la real- politik…
Comme si ce n'était pas suffisamment le bousin sur terre, on s'aperçoit qu'autour de la planète c'est un peu dégueulasse aussi. Bien sûr il y a des gens qui essaient de trouver des solutions, du moins des aménagements. Steve Wozniak, par exemple. Le cofondateur d'Apple a créé une entreprise nommée Privateer. Son principal objectif est de proposer la prise en charge des centaines de milliers de déchets spatiaux en orbite autour de la Terre. Dans un premier temps, il s'agit de cartographier ce chaos qui tourne au-dessus de nos têtes, afin de rendre l'orbite terrestre basse plus cohérente et mieux exploitable.
L’aérodynamicien Moriba Jah, appelé à diriger cet ambitieux projet, a précédemment travaillé comme navigateur de vaisseau spatial au Jet Propulsion Laboratory de la NASA, ainsi que sur un certain nombre de projets d’exploration de Mars, notamment la mission Mars Reconnaissance Orbiter ainsi que sur le Mars Exploration Rovers, qui a envoyé Spirit et Opportunity sur la planète rouge. Expert dans la gestion des déchets spatiaux, il est en outre très engagé dans son domaine. Il compte au nombre de ceux qui, depuis longtemps exhortent l’humanité à veiller à la sûreté, la sécurité et la durabilité de l’exploitation de notre orbite afin de de laisser aux générations futures un ciel aussi propre que possible. L'entreprise dispose d'ores et déjà d'un impressionnant outil Wayfinder déjà en ligne qui permet de visualiser l'ampleur du problème. Soixante-cinq années, durant lesquelles au passage la population terrestre a doublé ont suffi pour en arriver là. D'une certaine façon c'est terrifiant. Quelque chose va bien finir par nous tomber sur la tronche.
On ne fera pas long-feu, c'est sûr. On ne battra pas le record de longévité des dinosaures c'est probable. Pour mémoire, les premiers hominidés sont apparus il y a neuf millions d'années, les dinosaures ont occupé la planète 170 millions d'années. 
A-t-on inventé des dieux pour à la fois se consoler et se punir d’être aussi cons ? L’humanité aurait du s’éteindre il y a 35 000 ans, à l’époque de l’art pariétal ça nous aurait évité l’affligeant spectacle de notre prétendue évolution. Si l’apothéose de l’espèce est, après tant de ravages écologiques et de massacres à grande échelle de se voir gouvernés par tous les pitres séniles et mégalomanes qui ces temps-ci décident plus ou moins de notre sort, alors mieux vaut-il peut-être en finir tout de suite et faire sauter toutes ces bombes fabriquées et entassées au cours de ces soixante-dix dernières années. Parce que tout de même l’objectif plus ou moins avoué c’est bien ça non ? Le suicide collectif comme rançon de l’hubris. 
Mais bon, les choses arrivent souvent autrement qu'on les imagine. Il est possible que le chaos prenne une forme singulière qu'on n'aura pas supposée. Quoi qu'il en soit, au milieu de tant d'anomalies, de dysfonctionnements, submergé par la conscience de tout ce qui nous menace, je ne peux avancer qu'abasourdi, c'est à dire littéralement saisi par l'absurdité de l'état présent du monde et des choses. Car l'homme a tout sali. Pas simplement son espace vital, mais aussi la mémoire de ses plus belles réalisations. Des reproductions d'œuvres d'art, des erzatz de musique autrefois composées servent désormais à vendre tout un tas de saloperies qu'on nous enjoint de consommer. Même les noms propres sont détournés. Picasso est un nom de bagnole, Wagner désigne une entreprise de mercenaires sanguinaires. Quand je pense que l’ouverture de Tannhauser qui illustrait l’arrivée de la nuit au planétarium du Palais de la Découverte fut mon sésame pour la musique classique… Well well…
Abasourdi oui pas mieux. Mais qu’importe. Dans ce chaos croissant qu'est devenu le monde contemporain le malaise de quelques européens vaguement tourmentés du XXI ème siècle, leur secrète inquiétude de ne pouvoir jouir plus longtemps de tant de futiles agréments – comme par exemple celui de la plainte –  offre juste le pitoyable spectacle d'une peu glorieuse tragédie virant la plupart du temps à la farce.

jeudi 19 janvier 2023

Pas un pas de plus

 
Voilà, 
Il ne fera pas un pas de plus. Il ne cherchera pas à fuir son bourreau. Il se tient face à lui, déterminé. Il n'enlèvera pas les mains de son dos lorsqu'on le lui demandera. Il attend. Simplement. Sans rien laisser deviner de sa peur.  Il se rappelle ces moments lointains où tout semblait si clair. Le monde alors était à ses pieds. Il ny aura bientôt plus rien à saisir. Pas même les clés serrées dans son poing fermé, inutiles, à présent. Ce qu'il reste de portes n'ouvre plus désormais que sur du vent, des cendres, des fantômes.
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