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lundi 27 juillet 2026

Meurtrissure

Voilà,
j'ai passé les plus belles années de mon enfance à Biscarrosse dans les Landes. Je me suis promené en vélo sur des routes traversant des forêts de pins qui aujourd'hui sont réduites en cendres. J'ai puisé là des sensations et des souvenirs qui m'accompagneront jusqu'à ma mort. Je me suis en partie construit sur les émotions intenses que j'ai éprouvées au contact de cette nature. L'odeur de la forêt landaise me bouleverse, quel que soit le temps qu'il fait. Je me souviens aussi de mon bonheur d'avoir fait découvrir à Agnès cette région. Et puis aussi de ces quinze premiers jours de Septembre 1996 à Biscarrosse, avec Christelle qui plus tard m'a donné ma fille.
Et de ces années où ensemble nous descendions vers Pau. Nous faisions toujours étape au grottes de Matata en Charente maritime. Le lendemain nous prenions le bac, pour traverser l'estuaire. C’était comme un rituel. Vraiment le début des vacances. Depuis le Verdon nous redescendions par la forêt de Gironde, sur les routes départementales. Souvent nous faisions halte à Hourtin ou Lacanau pour manger au bord du lac. C'est là que ma fille a, pour la première fois, marché pieds nus dans le sable. Là encore un souvenir puissant.

Ensuite nous descendions tout droit en contournant le bassin d'Arcachon, en direction du parc des Landes de Gascogne que nous traversions pour atteindre le Béarn. 
Aujourd'hui, certains de ces endroits sont encore la proie des flammes après une semaine d'une lutte, rendue difficile pour les pompiers, à cause du vent et de la sécheresse. C'est une meurtrissure que de savoir cette forêt ravagée, cette région sinistrée et que tant de gens y ont perdu tout ce qu'ils possédaient.
Dans ce combat on s'est aperçu que la flotte des avions canadair n'a pas été renouvelée en dépit des nécessités qui avaient été pointées il y a quatre ans, lors d'un précédent méga-feu dans la région. De nouveaux appareils font terriblement défaut. Ces dernières années l'État a préféré investir dans des blindés pour que la police puisse violemment réprimer des manifestations écologistes en certains endroits sensibles du pays. 
Quant à l’Office national des forêts, dont le rôle est essentiel pour, dans un contexte de désordres climatiques, préserver les espaces boisés et œuvrer à leur adaptation, ses effectifs ont connu une chute vertigineuse, de 12 500 agents au début des années 2000 à environ 8 000 aujourd’hui, avec un budget en forte tension. Au point que même la Cour des comptes s’en alarme : "Les moyens humains de l’établissement apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées". Le choix d’investir massivement dans la répression plutôt que dans la préservation du vivant et dans l’adaptation au chaos climatique est aussi stupide qu’irrationnel. Il est à l’image de ceux qui nous gouvernent depuis dix ans. une petite caste de technocrates ultralibéraux au service d'Intérêts privés.
Heureusement depuis quelques jours on peut compter sur la solidarité européenne pour ce dur combat qui n'est pas encore gagné. Le feu s'approche de Bordeaux, recouverte depuis plusieurs jours d'un épais nuage de fumée. Et dans les prochaines heures on va de nouveau subir une vague de chaleur.
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mercredi 8 juillet 2026

Cette beauté-là


Voilà,
Il y a le ciel, bien sûr. Et c’est cela qui importe. Cette beauté-là que nous offre notre fragile planète en même temps que le don précieux d’être vivant. Une fraction de seconde les tracas s’effacent. On s’abandonne à la contemplation.
Dommage que l’espèce humaine, si laide si vicieuse, ne soit à la mesure de tant de splendeur et qu’elle s’acharne avec une telle obstination à détruire, au nom du profit, du pouvoir des puissants sur les faibles, ce qui la maintient en vie.
Mais il est probable que cela ne représente, à l’échelle des temps géologiques qu’une infime péripétie. La vie s’épanouira autrement, sans nous, et c’est tout aussi bien ainsi.

lundi 30 mars 2026

Les Amis silencieux

 
 
Voilà,
pendant que le monde chavire lentement et semble-t-il inexorablement vers le chaos, je découvre depuis une semaine l'œuvre cinématographique si singulière de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi. Une rétrospective lui est consacrée à la cinémathèque. Elle coïncide avec la sortie sur les écrans parisiens du merveilleux film "Silent friend" que j'ai vu lundi dernier sur le grand écran de la salle Henri Langlois rue de Bercy.
À part Márta Meszáros, Miklós Jancsó et Belá Tar je connais peu le cinéma hongrois. J'avais pourtant été saisi par la profondeur d'un film que j'avais vu par hasard il y a quelques mois intitulé le cinquième sceau de Zoltan Fabri, cinéaste dont j'ignorais totalement l'existence et qui avec beaucoup de subtilité mettait en jeu des questions morales. 
Pour ce qui concerne Ildiko Enyedi je n'avais jamais entendu parler d'elle non plus, bien qu'elle ait été distinguée dans de prestigieux festivals (Cannes, Berlin). S'il est un thème récurrent dans son œuvre, c'est bien celui des connexions secrètes non seulement entre humains, mais entre les humains et la nature. Souvent les personnages de ses films se retrouvent en position d’observer secrètement un monde parallèle à travers une sorte de paroi invisible qui peut-être même parfois celle du rêve. Pour elle, la réalité, loin d'être immuable est au contraire mouvante, fragile et éphémère. "Nous hallucinons tous tout le temps dit-elle lorsque nous nous mettons d’accord sur nos hallucinations, nous appelons cela réalité". Souvent elle propose le point de vue des non-humains en contrepoint de celui des humains (une femme derrière sa fenêtre regarde un coucher de soleil au même moment qu'une vache destinée à l'abattoir, un arbre touché à différentes époques de son existence par des mains humaines).
La relation entre les humains et la nature ne se résume pas à une simple opposition entre deux mondes. Elle construit plutôt un dialogue silencieux entre eux. Filmée comme une expérience presque tactile, la nature devient une sorte de prolongement de l’intériorité humaine. Cette atmosphère contemplative invite le spectateur à ressentir plutôt qu’à analyser immédiatement. En cela son cinéma fait écho à tout un courant de pensée, qui émerge depuis quelques années à travers les travaux entre autres de Philippe Descola, Bruno Latour et Emanuele Coccia
Les grands platanes qui bordent la fontaine Médicis, sont parmi les plus âgés du jardin du Luxembourg. Des milliards de regards se sont posés sur eux, et depuis que j'ai quinze ans ils sont pour moi des amis silencieux. Voilà pourquoi j'ai choisi l'entrelac de leurs branches en ce printemps naissant pour accompagner cet article. Ils furent plantés vers 1810 et bordaient autrefois une allée menant à l’édifice. Lors du déplacement de la fontaine en 1862 pour créer la rue de Médicis, seuls les arbres situés devant la fontaine furent conservés, dont un spécimen encore visible aujourd’hui.

mardi 3 mars 2026

Le printemps qui vient



Voilà,
les lupins au bleu profond ont éclos de même que les calendulas oranges, le buisson de thym (c'est sa première floraison de l'année) et le romarin. Le forsythia aussi précoce qu'il y a deux ans donne ses premières fleurs, le mimosa illumine encore de son joyeux jaune, et le polygala dispense ses touches de mauve. Abeilles et bourdons viennent déjà butiner. Oui le printemps est arrivé sur mon balcon. Mais la rumeur du monde me parvient quand même. Je l'entends fort bien. je m'en passerais volontiers.

jeudi 25 septembre 2025

Le citronnier du Mexique


 
Voilà, 
dans la lumière de cet après-midi quelque chose de déjà lointain, comme appartenant à un autre temps flotte dans l'air tiède. Ce n’est pas encore l’automne, mais déjà plus l’été. Cet entre-deux qui fait souvent le charme de Septembre, révèle le poids de ce qui s’achève sans éclat, comme un livre que l’on a refermé sans être tout à fait sûr d’avoir compris tout ce qu'il signifiait.
Les jours ont filé, bien sûr. Mais cette fois, il y a dans leur fuite une gravité nouvelle. Ils se dérobent à toute promesse. Je regarde les feuillages dont la verdeur ne paraît plus aussi arrogante, j'entends les rires d'enfants lointains, dans une cour de récréation voisine. Les choses ont repris leur cours.
L’année dernière, à cette époque, nous étions attablés ensemble. Une fin d’après-midi dorée sur la terrasse, la lumière sur les verres, nos voix mêlées à la litanie des grillons. Nous parlions de tout et de rien, de ces riens qui prennent ensuite une densité démesurée quand on réalise qu'ils ne se reproduiront plus.. Et puis il y avait aussi eu cette promenade autour des étangs de la Jemmaye.
J'avais alors remarqué combien elle était attentive à de menus détails qu'elle tenait à partager : le clapotis de l’eau, les silhouettes des promeneurs s’effaçant derrière les roseaux, la buée flottant à la surface des eaux. Le lendemain il y avait encore eu cette balade à Saint-Émilion, la visite de l'église monolithe entièrement creusée dans la roche, la plus grande d'Europe avait dit la guide, les macarons achetés, puis un dernier verre à la gare de Libourne. Faisait-elle semblant d'espérer, y croyait-elle encore ?  Elle était fatiguée mais souriante.
Un peu plus tard en mars, elle avait envoyé un texto, sans doute adressé à tous ses proches pour les prévenir : "bon les amis c'est pas glop, le dernier contrôle a montré que la bête a réussi à contourner le traitement, nouvelle série de chimio ni rémission ni guérison en vue. Mon incorrigible optimisme en a pris un bon coup. Il paraît quand même que je suis très résistante et courageuse... ça ne fera pas tout , bises, j'essaie de ne pas trop y penser
L’automne commence sans elle. Son absence, étale, sans contour s’étire dans les heures lentes. Aujourd’hui, un mois seulement depuis son départ, il reste ce fil fragile de la mémoire, des instants suspendus qui me reviennent avec une précision étrange. Restent les images d’un été finissant d'où émane une douceur presque clandestine et quelque chose d'irrévocable aussi. Je ne la reverrai plus. Elle ne me téléphonera plus pour de longues conversations. Elle ne viendra plus ici avec son accent chantant, jamais plus je n'entendrai "alors comment il va mon cousin ?" Les saisons désormais recèlent plus de souvenirs que d'attentes.  Je me surprends à redouter l’an prochain, non par peur, mais à cause de ce doute désormais intime — celui de ne plus savoir si, comme avant, à pareille époque je reverrai vraiment les choses, les visages, ou même la lumière.
 
 

 Sur le balcon, il  y a ce citronnier du Mexique qu'elle m'avait rapporté de chez elle, lors d'une de ses visites.  Il continue de grandir.

jeudi 6 mars 2025

Un arbre

 
 
Voilà,
"je ne puis m'empêcher de considérer l'humanité comme l'une des toutes dernières écoles de peinture figurative de la Nature. Je ne distingue pas, fondamentalement, un homme d'un arbre ; et, sans aucun doute, ma préférence va à celui des deux qui produit le meilleur effet décoratif." Fernando Pessoa, ( Le Livre de l'Intranquillité. 161) 
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mercredi 12 février 2025

Bananes et Raisins

 
Voilà
une des choses qui m'avait tant étonné à Madère
les vignes poussant dans l'ombre des bananiers 
et c'était aussi émouvant que les fleurs splendides qu’on peut y trouver

jeudi 23 janvier 2025

C'est une chose étrange

 
C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix

D'autres qui referont comme moi le voyage
D'autres qui souriront d'un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages
 
II y aura toujours un couple frémissant 
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
II y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant
 
Aragon, in Les Yeux et la mémoire
 

jeudi 22 août 2024

En pensant à Madère

 
Voilà,
l'île de Madère est actuellement en proie à de gigantesques incendies. C'est un endroit merveilleux qui possède en son centre une forêt primaire aujourd'hui menacée. J'y ai marché, la tête parfois dans les nuages, et il arrivait qu'entre deux nuées on aperçoive l'océan. Je garde un souvenir émouvant de cette nature. Ce fut un bonheur d'y être. On rapporte qu'au printemps, lorsque l'île est en pleine floraison, c'est stupéfiant de couleurs et de fragrances. J'espère qu'elle ne sera pas trop ravagée.
 
 

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jeudi 25 juillet 2024

Liste des découvertes hasardeuses (1)


Voilà,
après une année 2023 inédite en terme de chaleur, juin 2024 a été le mois de juin le plus chaud jamais mesuré. Il s'agit du treizième mois consécutif à battre un record de température moyenne sur les mois équivalents. C'est Copernicus un programme de l'Union européenne qui collecte et restitue des données de qualité portant sur l'état de la Terre, actualisées en permanence, qui en fait état. Son directeur, lorsqu'il a commenté ces éléments, a jugé cette situation "particulièrement stupéfiante". Les experts constatent que le changement climatique, provoque d'ores et déjà, à l'instar des vagues de chaleur et des inondations, auxquelles 2024 n'a pas échappé, des événements météorologiques extrêmes à la fois plus longs, plus forts et plus fréquents
Mais on ne s'attardera pas là-dessus. Je ne veux pas fatiguer mes quelques lecteurs. J'ai tant et tant maugréé à ce sujet que rien ne sert de continuer. Le climat, la biodiversité, nos dirigeants s'en tapent. On envoie même en prison des gens, comme Paul Watson pour complaire à des états écocidaires
Assouvissant ainsi mon goût pour les listes,  je partagerai plutôt mes trouvailles hasardeuses au cours de ces dernières semaines.
ainsi
j'ai découvert il y a peu que le morceau intitulé "prélude" dans la musique de Fahrenheit 451 composée par Bernard Hermann pour le film de François Truffaut est très inspiré de l'aquarium de Camille Saint-Saens dans Le carnaval des animaux 
 
j'ai découvert il y a peu, que le célèbre air "greensleeves" aurait été composé par le Roi Henry VIII en l'honneur d'Ann Boleyn qui portait une robe aux manches vertes à l'époque où il la courtisait. Cela n' a pas empêché ce délicieux mélomane de la faire décapiter à la hache quelques années plus tard.

J’ai découvert il y a peu l’existence du terme point nemo qui désigne l’endroit sur terre le plus éloigné de toute présence humaine. Il se situe bien évidemment dans le pacifique sud. Cet endroit est si éloigné du continent et des îles, que les humains les plus proches sont des astronautes. Plus précisément, il s'agit des occupants de la Station spatiale internationale qui orbite autour de la planète à une distance maximale de 416 kilomètres. Tandis que la terre habitée la plus proche est à près de 2 700 kilomètres sur la côte chilienne. Dans cette zone, le fond de l'océan est parsemé de débris spatiaux. Beaucoup d'engins de retour de mission y sont largués volontairement car, selon les agences spatiales, la vie sous-marine y serait guère développée.
 
j'ai découvert il y a peu, que l’adagietto de la cinquième de Malher est très inspiré on peut même dire que c’est une adaptation de l’adagietto de l’Arlésienne de Bizet

j'ai découvert il y a peu que le modèle du personnage de Carl dans "Jours tranquilles à Clichy" d’Henry Miller, s’appelait Alfred Perlès, un juif autrichien né à Vienne en 1897 d'une mère française et d'un père tchécoslovaque et qu'il travaillait à l'époque à Paris pour le "Chicago Tribune". Juste avant que la guerre ne se déclare il se réfugia en Angleterre et prit la nationalité britannique. Il s'engagea pour la durée du conflit dans une compagnie composée pour l'essentiel d'émigrés juifs allemands

j'ai découvert il y a peu que Pierre Boulez (excellent chef d'orchestre, compositeur pénible, et homme d'une grande fatuité) détestait Erik Satie qu’il considérait comme un piètre compositeur du dimanche "un talent mineur et inexistant" (ce qui n'est pas très français du point de vue du sens)
 
J'ai découvert il y a peu qu'on doit l’invention de la souris, à un chercheur américain du nom de Douglas Engelbart qui en fit la démonstration en décembre 1968. Il dirigeait alors un laboratoire au Stanford Research Institute, en Californie. C’est lui, et l’équipe qu’il dirigeait, qui ont eu l’idée géniale de créer un petit appareil, équipé de deux roues perpendiculaires, relié par un fil à l’ordinateur, pour faire bouger un curseur sur l’écran selon des coordonnées X et Y

J’ai découvert il y a peu que Frida Kahlo avait été la maîtresse de Trotski et avait aussi couché avec Marcel Duchamp

J'ai découvert il y a peu que c'est aussi Henri Mancini qui a composé la musique de "Aventures dans les îles", qui est le premier feuilleton que j'ai regardé à la télévision quand j'étais tout seul le jeudi après-midi à Châlons sur marne
 
J'ai découvert il y a peu qu'un nouvel animal marin jusque là inconnu à été identifié et aussitôt baptisé Promachocrinus fragarius en raison de sa ressemblance avec une fraise. Il possède vingt bras et réside entre 100 et 1150 mètres de profondeur  dans les eaux de l'océan austral. 
 
J'ai découvert il y a peu qu'une équipe de chercheurs a récemment mis au point un nouveau matériau poreux capable d’absorber non seulement le CO2, mais aussi d’autres gaz à effet de serre ayant un impact significatif sur le réchauffement climatique.

J'ai découvert il y a peu cette incroyable version de Moon Indigo par Duke Ellington qui date des années 50

J'ai découvert il y a peu que les trompettes que l'on entend au début des spectacles du Festival d'Avignon et qui ont été proposées il y a longtemps par Maurice Jarre, sont quasiment les mêmes que celles qui introduisent l'œuvre de Aaron Copland "Fanfare for the common man" composée en 1942
 
J'ai découvert il y a peu que même dans la nature, la beauté peut tenir en trois couleurs.

Qui dira encore que la curiosité est un vilain défaut ?

mardi 11 juin 2024

Un vénérable ancêtre

 
Voilà
c'est flagrant, les événements prennent un tour particulièrement inquiétant en France. La perspective d'une grande confusion dans les trois semaines de campagne électorale à venir, et d'un possible désordre après le 7 juillet paraît probable. Bien des masques tombent parmi les élites politiques depuis ce coup de poker de Macron qui a décidé ces élections anticipées pour reprendre la main. Le marigot politique est plus nauséabond que jamais. Cette accélération de l'histoire et le tour irrationnel que tout cela prend ont quelque chose de sidérant et cauchemardesque à la fois.
Ce matin, je n'arrivais pas à me concentrer. J'ai eu envie d'aller rendre visite au robinier du square René-Viviani dans le cinquième, non loin de la librairie Shakespeare et Company et de la cathédrale Notre-Dame dont la restauration avance bien. 
C'est le plus vieil arbre de Paris. Il est un peu de guingois et a besoin d'une grosse béquille. Bien que bancal,  et soutenu par une structure de ciment, il est pourtant en parfaite santé ! En fait il est devenu plusieurs arbres soudés au sein d'un tronc vestige, haut de 11 mètres dont les racines aériennes se développent à l'intérieur du tronc d'origine. Issus de sa souche et de ses racines ces surgeons ainsi conservés assurent son avenir
Semé en 1601 ou 1602 par le botaniste et arboriste du Roi Jean Robin (1550-1629) avec des graines, en provenance des montagnes des Appalaches, offertes par le naturaliste britannique John Tradescant l'Ancien (1570-1638) il appartient à la famille des Fabacées. En hommage à celui qui l'a planté, Linné l'a baptisé Robinier. Ils sont plusieurs à avoir été plantés à Paris. Un autre en 1601 place Dauphine désormais disparu, ainsi qu'un rejet de cet arbre semé par son fils Vespasien Robin au Jardin des Plantes en 1636, que l'on peut toujours voir. 
Quatre siècles donc qu'il se tient là. Toujours vivant avec ses faux airs d'acacia. 
Songer à tout ce qui, durant ce temps a été découvert, prêché, écrit, peint, sculpté, composé en musique, à tout ce qui a été procréé, massacré aussi, à la somme des conquêtes, des exodes, des civilisations, détruites...

samedi 1 juin 2024

Champs de bataille jardin et odyssée

 
Voilà, 
bien sûr les événements au Moyen-Orient sont aussi effrayants que préoccupants, et je suis stupéfait par le tour sanglant que prend cette affaire depuis huit mois. Si les forces brutes de la bêtise de l'ignorance et de la haine sont à l'œuvre un peu partout dans le monde, elles trouvent depuis près de quatre vingts-ans, un terrain d'élection fertile sur ce minuscule territoire que les trois religions monothéistes sont supposées partager. Ceci doit sûrement expliquer cela, même si d’autres paramètres entrent en jeu. 
J'évite d'en parler car, dès qu'on essaie d'être à ce sujet, dans la nuance et l'analyse, on se retrouve vite diabolisé par les défenseurs de l'une ou de l'autre partie. Tous pensent que ce que ce que chacun de ces peuples a subi est si terrible que tout leur est permis. Sur les réseaux sociaux les gens sont devenus  hystériques à ce propos.
Quoi qu'il en soit, — à moins que la frénésie autodestructrice et la tentation mutuelle de nettoyage ethnique exprimée par les leaders de chacun des camps n'entraîne à terme la disparition de ces deux peuples sémites — tout espoir n'est pas perdu pour Israéliens et Palestiniens. Il suffit d'un peu de patience. Français et Anglais n'ont-il pas mis près de cinq-cents ans avant de cesser de se faire la guerre
 
*
 

 
Le biologiste John Burton Danderson Haldane pensait que "la réalité est étrange, bien plus étrange que nous le pensons, bien plus étrange que nous sommes en mesure de le penser". On ne saurait mieux dire. Aujourd'hui, un peu partout en Occident, les gens semblent désireux d'être dirigés part des pères-fouettards sinon des tyrans qui leur font croire que la médiocrité de leur situation tient à la présence d'étrangers sur leur sol et à d'obscurs complots qui menacent leur intégrité. La société marchande qui régit nos comportements a engendré une telle misère intellectuelle et morale, que leaders populistes et autoritaires n'ont pas besoin de prendre le pouvoir par la force. Ils disposent de l'adhésion paresseuse d'une majorité de leurs concitoyens. Qu'importent qu'ils aient à plusieurs reprises fait preuve de leur incompétence (ils peuvent se prévaloir de celles des dirigeants actuels), ils font le buzz sur les réseaux sociaux, le show dans les medias. Leurs programmes se résument la plupart du temps à des punchlines. 
Ce mural, intitulé  "L'odyssée du XXIme siècle"  — d'ailleurs je note avec stupéfaction qu'on en est déjà au premier quart — illustre l'émergence d'une figure monstrueuse à l'image des temps que nous nous apprêtons à vivre.
 
 

J'ai toujours la nostalgie de ce jardin situé dans l'abbaye d'Ardenne, où je suis allé il y a une dizaine de jours. Cela m'a fait du bien de sortir de Paris, ces derniers temps. Dans cet endroit je me suis formulé ceci : le mon-corps est ce par quoi j'appartiens à l'ordre et à la connexion des choses. Je pense ce que je peux penser à présent parce que je suis lié à un certain état du mon-corps. Mais ce mon-corps n'a cessé de se transformer et produit différents états de pensée, et de facultés d'appréhension du réel cours de son existence. Je suis venu au monde avec le mon-corps. Je suis depuis, déterminé par lui, par ses transformations. C'est lui qui m'a donné la conscience et la sensation du monde. Il est ce par quoi je peux sentir éprouver et de là plus ou moins concevoir quelques outils de compréhension du monde. Il est un dispositif organique sans cesse en transformation par quoi je peux composer mon rapport à la réalité. Il est ma condition et ma contingence. Juste un vertige entre deux abîmes.

jeudi 2 mai 2024

Rien qui m’appartienne

 

Voilà,
j'aimerais pouvoir dire et penser comme Kobayash Issa
Rien qui m'appartienne
Sinon la paix du cœur
Et la fraîcheur de l'air.
Je n’ai hélas ni cette légèreté ni cette capacité d’abandon
Un paysage parfois peut me donner l’illusoire et furtive impression
d’accéder à une forme de sérénité.
Mais ce qui se dissipe un moment ne tarde pas à revenir 
Et il est bien lourd le poids des fantômes dans la sarabande des souvenirs

lundi 15 avril 2024

La Vie

 Voilà
 un jour singulier  
aujourd'hui
tant espéré
durant ces six derniers mois
un jour de délivrance
je suis si heureux 
si désemparé
aussi
je ne parviens pas à y croire 
(je ne suis pas doué pour le bonheur)
 c'est tellement miraculeux
oui
miraculeux
elle revient de si loin
ma fille

jeudi 11 avril 2024

Près du bosquet


Voilà,
près du bosquet, là-bas, peut-être dénicherait-il un coin pour s'asseoir boire s'assoupir un temps, oublier. Mais impossible de trouver le repos. Toujours ses pensées le ramenaient à la sourde angoisse de son temps. Même dans ce coin retiré, il ne pouvait s'empêcher de s'abreuver aux nouvelles du monde. Sur son ordiphone il consultait ses notes, les publications des uns et des autres sur les réseaux sociaux, les dernières nouvelles, les bulletins de guerre où il était question de nouveaux bombardements, de civils massacrés. C'était épuisant, cette accumulation. Sans espoir. Il repensa à cette phrase d'Alphonse Allais qu'il avait lue par hasard, quelques temps auparavant : "Ne nous prenons pas au sérieux il n'y aura aucun survivant".  

samedi 6 avril 2024

Abeilles et bourdons




Voilà,
"si les abeilles disparaissaient de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre". Cette citation, faussement attribuée à Albert Einstein, contient au moins une part de vérité. Le rôle des insectes pollinisateurs est vital pour les humains. Philippe Grandcolas, directeur adjoint scientifique du CNRS écologie et environnement et co-auteur d’un rapport de l’Académie des sciences sur le déclin des insectes, nous éclaire : « Lorsque les abeilles vont visiter des fleurs, elles transportent le pollen et fécondent une fleur avec le pollen d’une autre. Ce service de pollinisation est indispensable à l’humanité ! Les 3/4 des plantes cultivées dépendent de pollinisateurs, essentiellement des insectes, pour leur reproduction. C’est le cas de la tomate dont la fleur a besoin d’être secouée par le bourdon terrestre pour que la pollinisation soit bien assurée. Même quand les plantes sont auto-fertiles, comme certains colza, la pollinisation croisée entre fleurs permet d’obtenir jusqu’à 30% de rendement en plus. Ce service gratuit est rendu par les abeilles domestiques, mais aussi et surtout par les abeilles sauvages et d’autres insectes.
Sur les 5 500 insectes pollinisateurs recensés en France métropolitaine, environ 1 000 sont des abeilles sauvages. Ces abeilles solitaires dépendent d’habitats particuliers, mis à mal par nos activités. Partout, on a simplifié le paysage à l’extrême en supprimant haies, bosquets et prairies qui sont autant d’habitats naturels. L’épandage massif de pesticides est aussi l’une des causes majeures de leur déclin. Sans compter les aléas climatiques… Le bourdon est ainsi sensible aux sécheresses qui affectent la ressource en eau et en fleurs.Penser que l’on peut se passer des pollinisateurs sauvages revient à se voiler la face. Il ne suffit pas d’emmener des ruches d’abeilles domestiques quelque part pour que ce service soit rendu. On le voit aux Etats-Unis où des milliers de ruches sont déplacées d’un état à un autre, pour polliniser des fleurs d’amandiers plantés sur des parcelles arrosées de pesticides. Le bilan environnemental est désastreux. Polliniser à la main, comme dans certaines régions de Chine, ou espérer le faire avec des drones est aussi une coûteuse absurdité ! 
En France, on utilise des bourdons élevés en ruchettes pour polliniser les tomates cultivées sous serre. C’est un système sous cloche, non durable ! On parle là de bourdons sélectionnés, élevés et vendus, alors que d’autres bourdons sauvages, à la diversité génétique plus grande, rendent ce même service gratuitement.
 
 
 
Il est urgent d’enrayer le déclin des insectes pollinisateurs avant qu’il ne soit trop tard. Dans certains endroits, nous sommes déjà arrivés à un point de bascule. Le cas de la production de colza est emblématique. Dans les grandes plaines, les populations d’abeilles s’effondrent ou deviennent moins efficaces en raison de leur exposition aux pesticides. 
Le colza étant auto-fertile, la plante peut se passer du service de pollinisation croisé rendu par les abeilles, mais cela diminue la production d’environ 30%. On essaie de compenser cela avec des intrants, mais cela représente un coût considérable et cela a des conséquences environnementales détestables. En grande culture, on raisonne trop ainsi : le sol est détruit ? Ce n’est pas grave, ajoutons de l’engrais. Le sol ne retient plus l’eau de pluie ? Ce n’est pas grave, irriguons ! Les grandes cultures sont typiques d’un système sous perfusion qui coûte cher. Il a non seulement un coût économique affiché lié aux achats d’intrants, mais aussi un coût caché lié au bilan de l’eau ou au coût sanitaire lié à l’impact des polluants chimiques sur la santé des sols, des hommes et des animaux.
Si les abeilles disparaissent, l’humanité ne disparaîtra pas, mais notre vie va être de plus en plus difficile. Il importe d’en prendre conscience, et d’agir pour inverser cette tendance, à l’échelle collective et individuelle. En privilégiant chaque fois que c’est possible, la production de produits bio, locaux et de saison, le consommateur a le pouvoir d’agir ! » 
Propos recueillis 
par Alexandrine Civard-Racinais pour le site curieux

mercredi 3 avril 2024

Un bruissement de feuilles

 
Voilà 

juste un bruissement de feuilles. Ce n’est plus moi qui frémit et c’est très bien ainsi. Le vent murmure de vieux secrets, convoque des souvenirs à travers les ramures. Semblaient à jamais oubliés. Il m’emporte avec eux m’éparpille me dissémine comme poussière ou pollen. Les yeux pulsent sous les paupières tremblantes, des songes fragiles pareils à des amibes flottent dans une lumière orange. Douce couleur de l’abandon. De fugitives fantasmagories tissent dans la rétine des formes continûment changeantes. 

 

 


Suis au monde m’en remets à lui. Si la mort pouvait ressembler à cela, ce doux acquiescement ce flottement cette légère et paisible dérive où s’effacent chagrins et douleurs, alors oui, sans regret. L’oiseau essaime sa trille joyeuse dans l’air tiède. À peine entrevue, la voie de la pureté. Bien là. Rien de triste. Toutes choses égales.

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jeudi 21 décembre 2023

Sigy-le-Châtel

 
Voilà,
ce jour de printemps, il y avait eu cette vague inquiétude éprouvée quand on est encore au soleil et qu’on voit l’averse approcher. Dans ce paisible paysage de Bourgogne qui aurait pu paraître immuable, les oiseaux pourtant étaient moins nombreux à chanter. Et c’était comme si ces vieilles pierres survivaient encore dans un monde où la possibilité de croire semble chaque jour vouée à disparaître un peu plus. Mais la lumière, la lumière quand même, il y avait cette lumière.

jeudi 14 décembre 2023

Ciel de Corse






 
Voilà, 
prise durant le mois d'Août 2014 lors d'un séjour en Corse passé en compagnie de ma fille avec de nombreuses autres personnes dont beaucoup d'enfants, cette photo me rappelle des jours heureux. Oui ce fut vraiment une parenthèse enchantée, Ça j'en suis certain. Il y eut même des moments de pure félicité. Mais j'ai quand même voulu vérifier. Savoir si je n'enjolivais pas les choses. Après tout je tenais déjà ce blog, c'est facile. 
Je n'étais certes pas d'un très grand optimisme, mais ça, ce n'est n'est pas nouveau. Il y a presque dix ans, l'état du monde n'était déjà pas bien brillant. Il n'y a d'ailleurs toujours pas de quoi pavoiser. Je suis retombé sur ce post. Il faut bien l'admettre, il y a des lieux vraiment maudits. Même que ça s'appelle Terre Sainte. Et la pire injustice et souvent de naître en tel lieu plutôt qu'en tel autre.
 

Sinon, ici il pleut, même si les températures sont plutôt douces. "La joie de Noël" a envahi les rues. Bientôt on fêtera la naissance d'un sauveur. Car c'est bien ça qu'il doit faire, nous sauver n'est-ce pas ? 

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