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lundi 19 octobre 2026

Les jours frisquets reviennent

  
Voilà,
comme 85% de mon lectorat vit hors de France, une petite mise au point concernant les émeutes du week-end dernier qui ont été parfois évoquées en commentaires, me semble utile. Il est probable que des images spectaculaires ont été diffusées à l'étranger. Ces faits existent c'est indéniable. Ils suscitent néanmoins quelques réflexions.
On peut se poser des questions. Depuis quelques années la police française fait preuve de beaucoup de zèle pour réprimer violemment des rassemblements pacifiques, autorisés, légaux, n’hésitant pas à cibler les manifestants à tir tendu. Il semble que sa mission consiste désormais à protéger le pouvoir plutôt que les citoyens et une stratégie de maintien de l’ordre s'est depuis longtemps substituée à celle du compromis politique et de l’arbitrage.
Voici neuf ans, depuis l'arrivée de Macron au pouvoir que les lois de notre pays relèvent déjà de celles d’un état policier. C'est à ce moment là que les foules auraient dû descendre dans la rue. Lorsque la justice sera mise au pas — ce qui semble le prochain objectif des partis de droite, dont presque tous les leaders sont visés ou condamnés pour  corruption — nous ne serons pas loin d’une dictature.
Pour ce qui est des émeutes du week-end, on peut raisonnablement se demander pourquoi les renseignements généraux n’ont pas anticipé ou fait remonter les informations sur la présence de casseurs.  On peut aussi s’interroger sur le fait que la police soit si peu efficace à protéger les biens communs. Au vu des images et des informations rapportées, comment expliquer l'absence apparente des forces de l'ordre, et leur sous-effectif manifeste, dans plusieurs lieux particulièrement sensibles ? Une seule compagnie de CRS aurait été mobilisée à Marseille, deuxième ville de France. À Bordeaux, la résidence du préfet, pourtant a priori facile à sécuriser, a été mise à sac. À Marseille comme à Limoges et à Lyon, des bâtiments municipaux, symboles de la République, auraient été laissés pratiquement sans protection.
On veut faire passer le souvent grincheux Mélenchon et son mouvement — que la plupart des médias qualifient de représentants de l'extrême-gauche au seul prétexte qu'ils veulent taxer les grandes fortunes et s'attaquer à l'évasion fiscale — pour responsable de ces exactions. La ficelle est un peu grosse. Il a eu beau jeu de remarquer que  le pouvoir est "capable de mettre 14 000 personnes à Paris pour accueillir dignement le pape quand il n’y en a que 10 000 dans toute la France" lors d'une journée de protestation sociale annoncée de longue date. Il est aussi possible que les responsables au gouvernement, soient incapables d’assurer à la fois l’ordre public et la liberté de manifester
On peut aussi s'étonner du fait que la police ait fait preuve de beaucoup moins de célérité à charger les casseurs alors qu'elle ne manquait pas une occasion d'agresser les manifestants pacifistes souvent jeunes lors des dernières semaines. Il est probable aussi que l’infiltration d’agents provocateurs au service du pouvoir ait été importante. La simultanéité d’émeutes dans tant de villes de France a tout de même de quoi surprendre.
"A qui profite le chaos ?" Cette question n'est, dans les médias mainstream aux mains d'oligarques qui monopolisent la télévision, les instituts d'opinion et la presse écrite, bien évidemment jamais posée.
Les violences, les dégradations et les scènes d'émeutes ont éclipsé les revendications initiales. On ne parle plus des causes de la colère, mais du rétablissement de l'ordre. Une manière commode d'éviter de relayer les demandes exprimées par les manifestants. D'ailleurs le pouvoir n'a pas réellement les moyens politiques et financiers d'y répondre.
Le chaos n'est pas seulement un échec de l'État. Il peut aussi, pour certains, devenir une formidable opportunité politique. La violence des pillards et des émeutiers profite surtout à la droite et à l’extrême droite. Les chaînes d’information continue ont, ce week-end, fait tourner en boucles les images de destruction plutôt que celles des manifestations pacifiques contre la vie chère, la casse de l’hôpital de l’école de l’université de la recherche de la sécurité civile (en particulier les pompiers). Et les  intervenants invités sur les plateaux étaient tous de droite et d’extrême-droite. Pour en finir avec ce sujet, je citerai cette réflexion du sociologue Pierre Bourdieu qui me paraît toujours d’actualité et d'une extrême pertinence : "je dirai seulement pour donner à réfléchir, qu'il y  une loi de conservation de la violence et que si l'on veut faire diminuer véritablement la violence la plus visible, crimes vols viols et voire attentats, il faut travailler à réduire globalement la violence qui reste invisible (en tout cas à partir des lieux centraux ou dominants), celle qui s'exerce au jour le jour, pêle-mêle, dans les familles, les usines, les ateliers, les commissariats, les prisons ou même les hôpitaux ou les écoles, et qui le produit de la "violence inerte" des structures économiques et sociales et des mécanismes impitoyables qui contribuent à les reproduire".
Sinon il semble que l'été soit définitivement derrière nous. Certes il ne fut pas des plus sereins, et les questions qu'il a soulevées sont plus que jamais d'actualité, mais elles ne seront sûrement pas à l'ordre du jour pendant la campagne électorale. Quoi qu'il en soit, il est fini le temps des pantalons de lin, des chemises hawaïennes, des salades grecques et des tomates-mozarella, des boissons rafraichissantes au citron et au gingembre. Les jours frisquets reviennent avec l'envie de s'emmitoufler de ne pas sortir, de rester chez soi, de boire du thé avec du pain d'épices, et que la maison sente le potage, la cannelle, la mandarine et le chocolat. Le corps oublie cette sensation d'accablement qui ne l'a pas quitté de tout l'été en raison des vagues de chaleur qui s'y sont succédées. De nouveau le temps des rhumes et des angines approche.
Bientôt nous allons changer d'heure ; les jours seront encore plus courts et nous nous enfoncerons dans l'hiver. Rien qu'à écrire ces mots j'ai envie de me mettre sous la couette. Je n’ai plus le tonus des insurgés ; les années commencent à peser.

lundi 12 octobre 2026

Histoire d'eau


 
Voilà,
alors que le réchauffement climatique impose de boire d'avantage d'eau, la majorité de droite de l'Assemblée nationale, invoquant un prétexte écologique, a voté cet été une hausse de la TVA de 5,5% à 20% sur les bouteilles d’eau, ce qui représentera 285 millions d'euros de recettes supplémentaires pour l'État.
On estime en outre que durant l'année 2025, les data-centers liés l'IA ont consommé dans le monde l'équivalent de la consommation annuelle mondiale d'eau en bouteille.
Autre nouvelle. On sait depuis peu que les émissions de gaz à effet de serre de Google et Amazon ont considérablement augmenté cette année au lieu de diminuer. Ainsi n’ont-ils pas tenu leurs engagements en matière de lutte pour le climat. Pour Google, elles ont augmenté de 82% depuis 2019 et de 18% rien que sur l’année écoulée. Quant à Amazon c’est 58% sur la même période et de 16% en un an. Ce groupe avait pourtant promis (mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient) d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.  Tout cela en raison d’investissements dans l’intelligence artificielle. De plus, le taux de pollution de ces mega-entreprises augmente plus vite que le retour sur investissement lié à l'IA.
C’est cela qui me traversait l'esprit alors que je longeai paisiblement les bords de Marne avec en tête le refrain d'une très vieille chanson qui parle d'été indien, que je trouvai pourtant très bête quand j’étais jeune.

jeudi 1 octobre 2026

Au Bord du Lac


Voilà,
Le jour déclinait et, traînant dans cette banlieue bourgeoise où tu n'étais venu qu'en de rares occasions, tu te mis soudain à rêvasser de tropiques, de mangroves et d'un ailleurs improbable où il ferait mieux vivre. Et "Soul Samba", l'album de Ike Quebec réécouté le matin même, et dont les airs ne t'avaient pas quitté depuis, t'avait alors paru un disque qui, oui vraiment, demeurait toujours aussi plaisant à entendre. première publication 3/11/2017 à 04:47

mercredi 16 septembre 2026

Liste des découvertes hasardeuses (5)



Voilà
j'ai découvert il y a peu la notion de "Sentiment océanique" définie par l'écrivain Romain Rolland et inspiré par sa lecture de Spinoza. Elle se rapporte à l'impression ou à la volonté de se ressentir en unité avec l'univers (ou avec ce qui est "plus grand que soi"). Ce sentiment peut être lié à la sensation d'éternité. Il s'agit même d'une sorte d'expérience-limite ou de révélation intime et fulgurante, où celui qui en est l'objet se sent comme élément d'une mosaïque insondable. J'ai ressenti cela il y a fort longtemps sous l'effet de psychotropes.
 
J’ai découvert il y a peu que la ville de Cheyenne constituait la plus grande gare de triage et le plus vaste nœud ferroviaire des États-Unis

J’ai découvert il y a peu que les émissions de gaz à effet de serre de Google et Amazon n’avaient considérablement augmenté cette année au lieu de diminuer les conduisant à ne pas tenir leurs engagements en matière de lutte pour le climat. Pour Google elles ont augmenté de 82% depuis 2019 et de 18% rien que sur l’année écoulée. Quant à Amazon c’est 58% sur la même période et de 16% en un an, alors que le groupe avait promis (mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient) d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.  Tout cela en raison d’investissements dans l’intelligence artificielle. Pour chaque dollar gagné. Leur pollution augmente d’avantage que leurs ventes.

J’ai découvert il y a peu que, sur 4500 espèces de mammifères, les homos sapiens sont la seule où les mâles sont aussi violents avec les femelles
 
J'ai découvert il y a peu que dans les années 1970, plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs furent immergés par plusieurs pays européens dans l’Atlantique Nord-Est à des profondeurs atteignant plus de 4 700 mètres. La localisation exacte de ces barils, et surtout leurs impacts possibles sur l’environnement des grands fonds restaient à ce jour largement inconnus depuis des études des années 1980.  Observés par le sous-marin Nautile, on a constaté que  plusieurs dizaines de ces fûts, sont dans un degré avancé d'usure et que de nombreux containers sont particulièrement corrodés. Le contenu de certains d’entre eux se répand sur le fond marin environnant. Différents organismes, notamment des anémones, des éponges et des crabes se trouvent à proximité et parfois même les colonisent.
 
J'ai découvert il y a peu que, suite à la célèbre exposition de Niki de Saint Phalle en 1966 à Stokholm, intitulée "Elle - une cathédrale" où le public pouvait pénétrer dans une statue géante de femme, le taux de natalité avait particulièrement augmenté dans la capitale suédoise.
 
j'ai découvert il y a peu un vieux morceau de Franco Battiato, un chanteur italien à la mode à la fin des années 70 et dans les années 80, qui dure près de 18 mn et qui ressemble par moment à certaines pièces de Morton Feldman et aussi un peu à du Steve Reich. Cela s'appelle Sud afternoon
 
J'ai découvert il y a peu que Jimmy Page jouait de la guitare sur "Downtown" de Petula Clark

j'ai découvert il y a peu cette anecdote : un jour Glenn Gould ayant rencontré Errol Garner, lui fait part de son admiration "votre musique me rappelle un peu Debussy" ce à quoi le jazzman répond "c'est qui ce type ?" 
 
J'ai découvert il y a peu, grâce à l'émission "Retour de plage" un morceau de Paul Mc Cartney "Distraction" dont les arrangements sont de Clare Fisher et c'est vraiment beau 

J'ai découvert il y a peu que, avec le confinement de 1500 bateaux pendant plusieurs mois dans le détroit d’Ormuz, le danger d’une "super-propagation" d’espèces invasives se profile. Les eaux chaudes du corridor maritime et ses fonds sablonneux favorisent l'apparition d'organismes marins sur les coques et les hélices, compliquant leur entretien. Ce serait aussi potentiellement une catastrophe écologique à retardement, car ces espèces pourraient ensuite proliférer dans les eaux du reste du monde et particulièrement dans les ports où ces navires mouilleront. La prolifération du crabe bleu en Méditerranée est de nature à nous inciter à prendre la menace (très) au sérieux.
 
J'ai découvert il y a peu que lors de la sécheresse extrême causée par El Niño en 2023-2024, la forêt amazonienne a doublé ses émissions de sesquiterpènes et introduit de nouveaux alcools sesquiterpéniques dans l'atmosphère. Ce phénomène représente une réponse métabolique unique au stress oxydatif, mesurée pour la première fois sur le terrain.
 
J'ai découvert il y a peu la Symphonie N°3 de Gorecki, dite "Symphonie des chants plaintifs" et c'est beau
 
J’ai découvert il y à peu qu'à 45 km de Kyiv, des chercheurs testent la capacité du miscanthus géant à régénérer les sols dégradés et pollués par la guerre. Cette plante pourrait séquestrer du carbone et capturer les métaux lourds, un défi majeur pour le grenier à blé de l’Europe.

J’ai découvert il y a peu que le modèle qui a servi pour représenter la ville de Strasbourg sur la place de la Concorde n’est autre que Juliette Drouet qui était la maîtresse du sculpteur — un certain Pradier — qu’elle quitta avant de devenir par la suite l’amante de Victor Hugo
 
J’ai découvert il y a peu l’œuvre musicale insolite de Percy Granger, ainsi que sa biographie qui ne l’est pas moins

J’ai découvert il y à peu qu’il n’y avait officiellement plus de rhinocéros blanc sur terre
 
J'ai découvert il y a peu une étude de l'Institut national de santé américain selon laquelle les Américains des États-unis sont beaucoup plus gras que les cochons.  Ils ont 28 % de graisse corporelle, l'Américaine moyenne est à 40 %. En contraste saisissant, les cochons sont à 16 % de graisse corporelle. J'ai repensé à cette phrase de Pierre Dac "le gras double c'est du gras simple multiplié par six et divisé par trois.
 
j'ai découvert il y a peu la parabole du moine bouddhiste qui me plaît beaucoup. Dans un village lointain un couple donne naissance à un enfant "puisse-t-il vivre longtemps et heureux s'exclame les parents. Le moine bouddhiste dit "on verra". Une dizaine d'années plus tard l'enfant  a un accident et sa jambe est cassée "jamais plus il ne marchera normalement, il boitera toute sa vie disent les parent désormais  sa vie sera terrible. Le moine bouddhiste dit "on verra". Quelques années plus tard une guerre est déclarée l'armée réquisitionne les enfants en âge de combatte. Mais par chance grâce à son infirmité l'enfant n'est pas mobilisé. Les parents disent " c'est bien il pourra avoir une longue vie. Le moine bouddhiste dit "on verra".  Un soir le père de l'enfant rentre ivre mort  à la maison et là sur un accès de folie il tue sa femme et égorge son enfant. Lorsqu'il apprend cela le moine bouddhiste s'exclame "c'est horrible c'est vraiment affreux" et il ajoute "je ne sais vraiment pas quoi dire". Cela prouve que même la pensée bouddhiste a ses limites. 
 
j'ai découvert il y a peu que Bob Woodward, l'un des deux journalistes investigateurs du Washington Post ayant couvert l'affaire du Watergate était devenu une crapule Trumpiste. 

j'ai découvert il y a peu, dans une librairie qui vend des livres d'occasion, un volume des œuvres complètes de Jean Reverzy et j'ai fait une bonne affaire car il est désormais quasi introuvable
 
J'ai découvert il y a peu les berges de la Seine à Conflans Sainte-Honorine, un endroit près de Paris où je ne m'étais pas encore rendu et ce fut  l’occasion d’une plaisante excursion.

Qui dira encore que le curiosité est un vilain défaut.

mercredi 12 août 2026

Futilité


 
 Voilà,
je rêvais autrefois d'étés sereins
de paisibles villégiatures
et d'improbables bords de mer 
je trouvais souvent bon d'être futile, sinon frivole

dimanche 19 juillet 2026

Si l'on se fie aux apparences

 
Voilà,
au pied de la passerelle Simone de Beauvoir, en bord de Seine, sur le Quai de la Gare, j'ai aperçu il y a quelque temps ce mural représentant la paix avec des colombes. Images, ce ne sont que des images.

Oui, il est bien paisible ce paysage urbain, si l'on se fie aux apparences. Les gens devisent paisiblement au bord du fleuve, le ciel est bleu, l'ombre est revenue. Il fait bon flâner ou entretenir son corps.
 

Sur l'autre rive, on a même aménagé une piscine, car le fleuve a été nettoyé ces dernières années, si bien que depuis les jeux Olympiques on peut de nouveau se baigner dans la Seine, comme au cours des années cinquante.  
Profitons des choses qui nous sont données. C'est vers la fin qu'on s'aperçoit que la vie est courte et bien plus précaire qu'il n'y paraît.

mardi 23 juin 2026

L'Institut de France depuis le quai du Louvre

 
 
Voilà,
sur les quais de Seine la lumière est belle aux alentours de huit heures, et la chaleur, encore supportable pour peu qu'on se tienne à l'ombre. Le fleuve est comme un miroir d'eau sur lequel glissent les péniches. Seul bémol, les odeurs d'urine des gens qui ont pissé là durant la nuit.
Donc, ce pays vient de connaître la nuit la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés. En effet, l’indicateur thermique national pour les températures minimales a atteint 21,6 degrés. Le précédent record remontait au 25 juillet 2019, lorsque l’indicateur avait atteint 21,4 °C. Après les plus de 450 records de chaleur battus hier après-midi, il faut s’attendre à de nouvelles dizaines, voire centaines, de records de chaleur aujourd’hui. Je crois qu'il en va de même pour une bonne partie de l'Europe occidentale. 
 

 
L'année dernière déjà, à la même époque, je rédigeais un semblable article. Je me souviens de la première fois où j'ai édité une carte météo alarmiste elle datait de Aout 2018. Je constate que ce qui paraissait exceptionnel il y a moins de 10 ans, est largement en-deça de ce qui nous arrive aujourd'hui. Vraisemblablement j'irai sans doute au cinéma dans la journée pour profiter de la climatisation et me mettre au frais.

dimanche 21 juin 2026

Pont Neuf revisité

 
Voilà,
ces derniers temps l'attraction parisienne c'est cette œuvre (une structure gonflable recouverte d'une bâche peinte) de l'artiste JR qui avait déjà réalisé il y a quelques années ce trompe l'œil géant au Trocadero, ainsi que cette toile bâchée durant les travaux de restauration de la façade de l'Opéra Garnier.  Il s'est cette fois-ci attaqué au Pont neuf, comme l'avaient fait autrefois Christo et son épouse Jeanne-Claude. Il paraît que c'est un hommage. Je m'y suis rendu tôt ce matin vers sept heures avant que la chaleur ne s'abatte sur la ville, car — j'écris cela pour mes lecteurs étrangers — nous vivons en ce moment en France une période de canicule intense et peut-être même plus grave que les précédentes vagues de chaleur. Mais les climato-sceptiques continuent de proclamer que les scientifiques sont alarmistes.

 
La mise en place de cette installation ne s'est pas faite sans difficulté, puisque, voilà trois semaines, une partie de la toile a été arrachée par une violente tornade. Les travaux ont pris du retard ainsi que la possibilité de visite de "la grotte". C'est spectaculaire, mais sans doute beaucoup moins que le fiasco des travaux de rénovation commandés par Donald Trump pour le bassin réfléchissant du Lincoln Memorial, dont le fond supposé arborer le "bleu du drapeau américain", a très vite pris une teinte verdâtre. Tout cela est dû à une prolifération d’algues favorisée par la couleur sombre et les composants chimiques de la peinture utilisée. En outre, l'eau pompée dans le Potomac tout proche n'a pas été préalablement traitée.

Trump encore. Son "génie" stratégique et diplomatique à la mesure de ses talents de superviseur paysagiste a inspiré il y a quelques jours dans le quotidien "Libération" cette excellente caricature de la merveilleuse et toujours très acerbe Coco. Le dessin peut paraître vulgaire, mais il ne le sera jamais autant que ce sinistre connard qui par sa bêtise son arrogance et son incompétence plonge le monde dans un chaos toujours plus inquiétant. 

samedi 13 juin 2026

Au Vert-Galant

 

 
Voilà,
Duane Michals et David Hockney sont morts à deux jours d'intervalle. Je suis heureux que mon regard ait croisé leurs œuvres. A bien y réfléchir il est probable que bien des gens dans le monde n'en aient jamais eu l'occasion. Même ici dans ce pays. C'est sûr qu'on peut très bien vivre sans. D'ailleurs il y a plein de responsables politiques locaux, et nationaux en ce moment par chez nous qui aimeraient que nous vivions sans art. Sans cet art là en tout cas. Moi les histoires photographiques de Duane Michals m'ont réjoui. Je ne sais plus si c'est grâce au magazine Photo qui existait dans les années 70 ou par mon ami Jean-Jacques que je l'ai découvert. David Hockney, j'y ai eu accès par ses tableaux de piscines californiennes. C'est, me semble-t-il, le premier qui a fait entrer la piscine dans le champ de la peinture pour en faire un motif récurrent. Il a aussi réalisé beaucoup de montages avec des polaroïds pour lesquels j'ai une grande passion. Je réalise qu'inconsciemment je leur ai à chacun rendu un hommage. A Duane Michals ici à Hockney plus discrètement là. 
J'ai soudain très envie d'aller, avant que la chaleur ne soit trop accablante, sous l'un des saules de la pointe de l'île de la cité au square du Vert-Galant méditer sur la vanité des choses et la fragilité de nos existences. Allez hop ! hop ! hop ! En route.

mardi 19 mai 2026

Les souvenirs et la couleur

Voilà,
j'ai de nouveau envie d'images granuleuses et saturées comme celle-ci réalisée en 2011 lors d'un séjour à l'île de Ré. Je m'en fous du bon goût, de ce qui se fait ou ne se fait pas. C'est une photo prise et développée par un dyschromate qui cherchait juste à se faire plaisir et qui me plaît encore.
Il ne me reste que les souvenirs et la couleur que j'étais alors en mesure de leur donner.
Donc, je me promenais en vélo avec ma fille. 
Un instant je me suis arrêté au bord de ce marais-salant. Je crois que j'aime bien les marais-salants. Et les îles aussi.
La lumière était belle et j'ai voulu retenir ça. Ce paysage que nous avions en partage. 

mardi 21 avril 2026

Stade de France

Voilà 
c'était en Mai dernier et cependant cela me paraît étrangement lointain. Revenant de Beauvais, où avait été jouée la petite forme de "Apnée" dont j'assurais la conduite sonore, j'avais demandé à Sophie de me déposer à Saint-Denis. Je m'étais un peu égaré, avant de retrouver enfin une station de métro sur la ligne 13 directe jusqu'à chez moi. C'était une belle journée de printemps et la vision du Stade de France, (réalisation du cabinet d'architectes Zublena-Macary) posé là comme une soucoupe volante sur le bord du canal Saint-Denis m'avait soudainement ému. 
La lumière, découpait les éléments du panorama avec une précision presque suspecte. Un instant j'étais resté là, immobile, comme saisi. Quelque chose d'insoupçonné, s’était alors opéré en moi. Comme si j’avais déjà vu tout cela, ailleurs, dans une autre version du monde où les choses suivent une logique légèrement différente. Une fraction de seconde avait suffi et une brèche infime s'était ouverte sur un mystère. Ce n’était pas le stade en lui-même, mais la manière dont il m'apparaissait : comme une anomalie ; autrement qu'il aurait dû vraiment être.
Je m'étais demandé, sans y croire tout à fait, si ce n’était pas moi qui avais changé d’âge, si je ne m'étais pas glissé sans transition dans une vie parallèle dont j’ignorais tout. Il y avait cette sensation étrange — familière et pourtant dérangeante — d’être à la fois présent et en retard sur moi-même. Puis un léger coup de vent effaça cette intense et bizarre sensation. Le stade était redevenu ce stade. Mais quelque chose avait eu lieu, j’en étais certain. Et le plus troublant, c’est que je ne pouvais pas dire quoi — un léger déplacement, une vague translation. J'eus alors la certitude fugace — presque douce — qu'un être, quelque part, à cet instant précis, se souvenait de moi avec une ferveur particulière, sans toutefois se rappeler mon nom, se demandant même s'il n'était pas en train de m'imaginer.

mardi 14 avril 2026

Près du saule pleureur


 
Voilà

Certaines croyances politiques — et j'écris bien croyances plutôt que opinions — ont ceci de remarquable qu’elles épargnent à leurs adeptes tout examen de conscience. Elles ont le mérite rare de simplifier la vie intellectuelle ; elles dispensent de réfléchir tout en donnant l'impression flatteuse d'avoir compris. Elles fonctionnent comme ces meubles en kit dont il manque toujours une vis : on peut les monter quand même, mais il ne faut pas trop s’étonner si tout finit par pencher dangereusement.

Je n'ai jamais éprouvé beaucoup d’enthousiasme pour ces constructions idéologiques qui promettent la clarté et invitent surtout de la complaisance. Elles ressemblent à ces vitres déformantes où chacun contemple une version arrangée de la réalité — suffisamment fidèle pour être crédible, raisonnablement altérée pour demeurer confortable.

Des gens prétendûment "très intelligents" m’expliquent souvent avec le sérieux requis en de telles circonstances que les situations historiques sont complexes. Le mot est pratique. Si la complexité est une chose précieuse ; encore faut-il ne pas s’en servir comme d’un paravent. Car enfin, il y a des complexités qui éclairent, et d’autres qui obscurcissent avec méthode. Ces dernières sont particulièrement prisées : elles permettent d’expliquer longtemps ce qu’on souhaite éviter de regarder même brièvement. 

Le spectacle du monde contemporain offre à cet égard un exemple presque pédagogique. Le Moyen-Orient par exemple. Les faits s’y accumulent avec une obstination fâcheuse : destructions massives, populations déplacées, violences répétées sont commis par les dirigeants suprémacistes d'un jeune pays abritant pourtant un vieux peuple, lequel ne reconnaît que la loi d'un Dieu dont il se prétend l'élu. Depuis sa création ses dirigeants se sont toujours considérés au dessus des règles qui régissent le droit international. Ceci peut-être explique cela. Ce peuple que l'on pensait — en raison du martyre subi en Europe durant la seconde guerre mondiale — peu enclin à commettre des abominations cautionne dans sa grande majorité des politiciens et des responsables militaires coupables depuis deux ans de crimes de guerre quasi quotidiens. Rien de très original, hélas ; l’espèce humaine n’a jamais manqué d’imagination dans ce domaine. Ce qui est plus remarquable, en revanche, c’est la capacité intacte de certains esprits à contempler ces événements comme on observe un phénomène météorologique : avec intérêt, parfois avec inquiétude, mais toujours avec cette distance qui évite d’en tirer des conclusions trop précises. 

Il existe ainsi toute une rhétorique de l’atténuation, une sorte d’art délicat qui consiste à dire beaucoup sans jamais nommer clairement. On y parle de "contexte", de "sécurité", de "nécessité", de "réponses proportionnées" — vocabulaire admirablement extensible qui épouse toutes les circonstances sans jamais se rompre. À force d’élasticité, toutefois, cela finit par ne plus rien susciter du tout, sinon une certaine fatigue morale.

Il est en outre de bon ton de "distinguer". On distingue alors avec une application méritoire. On distingue les intentions des résultats, les dirigeants des citoyens, les principes affichés des pratiques observées. L’exercice est louable en théorie ; il devient problématique lorsqu’il sert à diluer indéfiniment ce qui, dans d’autres circonstances, apparaîtrait avec une évidence désarmante. À ce stade, la distinction cesse d’être un outil d’analyse pour devenir une technique d’évitement. A force il ne reste plus rien à voir. C’est un peu comme ces cartes trop détaillées qui finissent par masquer le territoire.

Il faut reconnaître à notre époque ce talent particulier : produire des consciences parfaitement informées et remarquablement inoffensives. Elles savent, elles lisent, elles comparent, elles contextualisent — et, ce faisant, elles parviennent à une forme de sérénité intellectuelle qui confine parfois à l’indifférence. Rien n’est nié, bien sûr. Tout est compris. Ce qui revient, dans certains cas, à neutraliser toute réaction un peu trop vive.

On rencontre même une variante plus raffinée encore : celle qui consiste à concilier une sensibilité individuelle irréprochable avec une indulgence théorique étonnamment robuste. On peut ainsi se montrer d’une grande délicatesse dans la vie quotidienne — attentif aux souffrances proches, scrupuleux dans les petites choses — tout en développant, à distance, une capacité d’abstraction qui rend supportables des réalités autrement plus massives. C’est une souplesse morale qui force, sinon l’admiration, du moins la curiosité.

On objectera qu’aucune situation ne se réduit à un jugement simple. C’est vrai. Mais il est des moments où la recherche obstinée de la nuance conduit à une manière très élaborée de ne pas conclure. Comme si conclure était devenu, en soi, une faute de goût.

Le plus étonnant, au fond, n’est pas que des politiques produisent des effets contestables — cela relève d’une tradition bien établie — mais que ces effets puissent être indéfiniment accompagnés d’un discours explicatif qui les rend presque acceptables. À force de commentaires, les faits perdent de leur netteté, comme une photographie trop retouchée. On ne nie pas l’image ; on la rend simplement moins dérangeante.

Il y a pourtant une limite, discrète mais tenace, au-delà de laquelle l’intelligence elle-même devrait se méfier de ses propres raffinements. Non pas renoncer à comprendre — ce serait céder à la facilité inverse — mais admettre que comprendre n’implique pas nécessairement d’absoudre, ni même de suspendre indéfiniment son jugement.

Car enfin, si l’on peut tout expliquer sans jamais rien juger, il devient possible de tout accepter sans jamais l’avouer. Et cette forme de tolérance universelle, si elle a l’élégance de ne froisser personne, présente aussi l’inconvénient de laisser le réel parfaitement intact.

En somme, il n’est pas indispensable d’élever la voix pour constater que certaines situations perdent à être interminablement commentées. Il suffit parfois de réduire légèrement le volume des explications pour entendre ce que les faits disent déjà très bien par eux-mêmes. Car  les faits, ont la désagréable habitude d’insister. Ça tombe, ça explose, on brûle, on déporte, on efface. Il suffit de s'en tenir à ça. Ne pas l'admettre nous range du côté de l'ignominie. "L’humanité aura un jour à répondre non seulement des actes des hommes malfaisants, elle aura aussi à répondre du silence des gens de bien" disait Jean Rostand. Il semblerait qu'en ces temps l'humanité ne réponde plus de rien. 

Mais le printemps revient, et je remercie la vie de m'accorder un nouveau printemps et que je puisse encore m'y promener, même si ce n'est pas le cœur léger. La Seine coule indifférente. Et les touristes sur les bateaux-mouche photographient la ville que l'Histoire a si miraculeusement préservée jusqu'à présent.

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mardi 24 mars 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (22)

 
 
 
Voilà,
ça me revient,
il m'arrivait parfois de me rendre à Nantes pour animer des formations sur la prise de parole et la communication persuasive à destination des cadres d'une grande banque. Je m'arrangeais toujours pour partir tôt la veille et m'octroyer une petite journée de détente pour  musarder dans la ville ou les alentours. C'est en 2015 que j'ai pris cette photo, sur un ancien site industriel reconverti en zone de loisirs. Cette immense grue témoigne d'une activité portuaire passée. Toute l'activité se trouve désormais concentrée à St Nazaire au bout de l'estuaire.
 
ça me revient
quand j'habitais à l'École Polytechnique les généraux qui dirigeaient l'école s'appelaient le général Buttner, puis il y eut le général Briquet
 
ça me revient
mon oncle  Philippe et sa copine Aline avaient une amie qui s'appelait Pingala, qui est tout de même un prénom pas très commun
 
ça me revient
au lieu de dire aller aux toilettes la grand-mère d’Agnès utilisait expression aller chez snob 
 
ça me revient 
le rire de Philippe quand il évoquait les films anglais "Noblesse oblige" et "Tueurs de dames" dont l'humour le réjouissait
 
ça me revient
pendant les répétitions des "précieuses ridicules" à Genevilliers, c'était la période de ramadan. A proximité de la station de métro porte de Genevilliers se trouvait un marché où il était possible d'acheter des pastillas, des pâtisseries et des plats de fêtes pour l'occasion. C'était très bon. C'est à cette époque aussi que j'ai fait faire des travaux dans ma cusine
 
ça me revient
avoir découvert chez Guillaume Gronier, un des jeunes collègues de travail de Philippe à L’Onda, l’office de diffusion théâtrale qu'il avait créé, les versions moyenâgeuses des carmina burana, transcrites et enregistrées par le Clémencic Consort.  Carmina Burana est le titre que le linguiste allemand Johann Andreas Schmeller a donné à un manuscrit découvert en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern (Bavière) et dont la première édition date de 1847. Il s’agit de la compilation, partiellement notée en neumes et rédigée entre 1225 et 1250, de 315 chants profanes et religieux composés en latin médiéval — certaines parties étant en moyen haut-allemand, arpitan, ainsi qu'en français —, majoritairement par les goliards, des ecclésiastiques défroqués ou des étudiants vagabonds. Le manuscrit comporte des chansons d’amour, des chansons à boire et à danser ainsi que des pièces religieuses. C'est là que j'appris que "le petit château" était à l'époque  une métaphore du sexe féminin (prendre ton petit château).

ça me revient
J’ai vu Lakmé de Léo Delibes à l’Opera comique vers 1993 quelques jours après avoir acquis mon premier PC, un IBM. Pendant toute la représentation je ne cessais de penser à la façon de faire fonctionner "Windows 3.1"
 
ça me revient que la chaufferie de l'école polytechnique avait été baptisée le Styx. les élèves y avait aménagé une boîte de nuit, à laquelle on pouvait accéder par l'extérieur, en utilisant certain souterrains de paris aujourd'hui bien connus des cataphiles. Le responsable de la chaufferie était un type que tout le monde appelait le grand Laye en raison de sa taille. Ce type était assez effrayant. Il portait en lui une violence qui ne demandait qu'à éclater. Plus tard, en lisant "le roi des Aulnes", le roman de Michel Tournier, c'esrt sa silhouette et son visage que je prêtais à Abel Tiffauges.
 
ça me revient
Les cinq épuisantes dernières minutes du quart de finale de rugby 2023 entre l’Irlande et les All Blacks et l’héroïque défense de ces derniers qui s’est conclue par un grattage de Sam Whitelock me semble-t-il

ça me revient
Ce comportement de grande classe de l’entraîneur allemand du PSG, Thomas Tuchel, avec son employée de maison phillipine. Au fil du temps, ayant sympathisé avec elle jusqu’à échanger sur leur vie privée, il avait appris au travers de leurs échanges, que celle-ci travaillait dans l’objectif de payer les frais médicaux d’un de ses enfants, souffrant d’un dysfonctionnement cardiaque nécessitant une intervention. Il avait alors pris la décision de payer tous les frais de santé pour cet enfant. En outre lors de son départ du PSG en décembre 2020, Tuchel sachant que son employée souhaitait retourner vivre dans son pays d’origine l’aida à s’y installer en lui achetant une maison là-bas.
 
ça me revient
le gentil guitariste et compositeur Marcel Dadi mort accidentellement le  lors du vol TWA 800  dans l'avion qui explosa peu après son départ de New York.

ça me revient
mais peut-être l'ai-je déjà évoqué, car c'est une séquence qui reste dans ma mémoire sans que je ne me l'explique. Un garçon de ma classe, sous le préau de l'école communale de Biscarrosse plage s'était, au cours d'une récréation, debout sur un banc mis à chanter "la ferme du bonheur" de Claude François en imitant sa gestuelle, et tout le monde s'était assemblé pour le regarder. J'étais resté un peu en retrait observant tout cela avec circonspection. Déjà tout petit je n'aimais pas ce chanteur sautillant survolté (qui est d'ailleurs mort en s'électrocutant) qui dégageait pour moi quelque chose de déplaisant bien qu'il fût une idole
 
ça me revient
pour m’endormir enfant je remuais la tête de gauche à droite de droite à gauche assez violemment. C’est étrange que j’aie à ce point si longtemps refoulé ce souvenir
 
ça me revient
ce pique-nique un matin sur la plage de Sainte-Anne en Guadeloupe où des jeunes antillaises se demandaient  "et toi tu sais près de quel arbre est enterré ton placenta ?"
 
ça me revient
le souvenir du merveilleux petit livre de Frédéric Mitterrand, lu il y a quelques années qui s’appelle "Tous désirs confondus" où il commente des photos de famille. Je l'ai retrouvé dans ma bibliothèque ; cela s'achève ainsi : "C’est assez simple, en somme, il suffit d’écouter, de regarder, et puis de se laisser guider en veillant à ce que nul souvenir, jamais ne manque, parce que les souvenirs ouvrent mille chemins de traverse inattendus, à chacun des sons que l’on perçoit, à chacune des vues que l’on découvre…

Alors, avec le temps qui passe, les chagrins personnels et les drame du monde s’estompent aussi peu à peu. Oh, cela ne veut pas dire qu’ils disparaissent, ni qu’on ne veuille plus savoir qu’ils existent, malgré tout, non, il s’agit d’autre chose ; de sentir seulement qu’il est temps d’entrer à son tour dans la grande photo du monde, d’y apporter intacts, les élans et les joies de son enfance, de témoigner enfin du bonheur, unique de vivre".

 
ça me revient 
le Général Bigeard, lorsqu'il était ministre de la Défense nationale, appelait le président de la république d'alors, "le président Giscard" au lieu de le désigner par son patronyme complet Giscard d'Estaing
 
ça me revient,
Didier F. qui s'était invité à Châteaudouble en disant qu'il viendrait accompagné, et lorsqu'il avait débarqué ce n'était pas du tout la personne qu'on supposait qui était à ses côtés.
 
ça me revient  
dans la première décennie des années 2000, je me suis pris de passion pour l'œuvre graphique de Jiro Taniguchi
 
ça me revient
la première fois où j'ai entendu la chanson "Love calls you by your name" de Léonard Cohen, c'était un soir,  lors de l'émission "Campus" animée sur Europe1 par Michel Lancelot. J'en avais été très bouleversé. Bien plus tard j'appris le parcours chaotique et ambigu de cet animateur qui avait été le compagnon radiophonique de mes soirées solitaires quand j’avais quatorze quinze ans.

ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe
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