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lundi 17 août 2026

Terres d'asile

 

Voilà,
lorsque j'ai vu ça la semaine dernière dans une brocante, j'ai été à deux doigts de succomber à la tentation de les acheter. Ces images autrefois exposées dans les salles de classes me fascinent encore. Quoique rien ne soit à l'échelle, tout est cependant bien à sa place. Je crois que ces planches naïves et colorées (mais qui faisaient la joie du daltonien que je suis) me rassuraient autrefois. Elles représentaient un monde paisible, un monde irréel mais que j'espérais possible, un monde où la guerre n'existait pas, et où tout allait pour le mieux, Ces images masquaient certains souvenirs, et diluaient en quelque sorte l'inquiétude que ceux-ci avaient générée. elles appelaient la contemplation. J'aurais voulu me fondre dans ces paysages, y figurer, comme j'en ai eu le fort désir en certaines circonstances, être un de ces scouts, le petit pêcheur sus sa barque, un promeneur sur le port. Les regardant, je comprenais l'expression "sage comme une image"   première publication 30/09/2013 à 00:16
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mercredi 12 août 2026

Futilité


 
 Voilà,
je rêvais autrefois d'étés sereins
de paisibles villégiatures
et d'improbables bords de mer 
je trouvais souvent bon d'être futile, sinon frivole

samedi 8 août 2026

C'est moi qui suis l'univers


 
Voilà,
"Éternels passagers de nous-mêmes, il n’est pas d’autres paysages que ce que nous sommes. Nous ne possédons rien, car nous ne nous possédons pas nous-mêmes. Nous n’avons rien parce que nous ne sommes rien. Quelle main pourrais-je tendre et vers quel univers ? Car l’univers n’est pas moi, c’est moi qui suis l’univers." (Fernando Pessoa 123 Livre de l'Intranquillité)
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samedi 30 mai 2026

Edgar Morin et l'inattendu

 
Voilà.
Edgar Morin est mort. 104 ans en ayant gardé toute sa tête, c'est remarquable. Ma vie durant il aura été dans le paysage intellectuel français, et ses points de vue n'auront jamais perdu de leur acuité ni de leur pertinence, (ce qui n'est pas le cas de tout le monde) et il aura su, sans compromission, se tenir tout au long de sa vie avec droiture et une grande rigueur morale. Il constitue, pour moi, la quintessence de ce qu'est le métier de penser. En cela, il est la continuation de Vladimir Jankélévitch qui fut son professeur de philosophie dans sa jeunesse à Toulouse.
Les nécrologies sont prêtes depuis longtemps et facilement accessibles sur le net, pour ceux que cela intéresse. Je reproduis simplement cet article paru il y a quelques années à la veille de ses cent ans.
′′J'ai été surpris par la pandémie mais dans ma vie, j'ai l'habitude de voir arriver l'inattendu. L'arrivée de Hitler a été inattendue pour tout le monde. Le pacte germano-soviétique était inattendu et incroyable. Le début de la guerre d'Algérie a été inattendu. Je n'ai vécu que pour l'inattendu et l'habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise énorme mais qui a toutes les caractéristiques de la crise. C'est-à-dire que d'un côté elle suscite l'imagination créative et de l'autre des peurs et des régressions mentales. Nous recherchons tous le salut providentiel, mais nous ne savons pas comment.
Il faut apprendre que dans l'histoire, l'inattendu se produit et se reproduira. Nous pensions vivre des certitudes, des statistiques, des prévisions, et à l'idée que tout était stable, alors que tout commençait déjà à entrer en crise. On ne s'en est pas rendu compte. Nous devons apprendre à vivre avec l'incertitude, c'est-à-dire avoir le courage d'affronter, d'être prêt à résister aux forces négatives.
La crise nous rend plus fous et plus sages. Une chose et une autre. La plupart des gens perdent la tête et d'autres deviennent plus lucides. La crise favorise les forces les plus contraires. Je souhaite que ce soient les forces créatives, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin qui s'imposent, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre mais ne devons pas nous enfermer dans l'indignation.
Il y a quelque chose que nous oublions : il y a vingt ans, un processus de dégradation a commencé dans le monde. La crise de la démocratie n'est pas seulement en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens. La maîtrise du profit illimité qui contrôle tout est dans tous les pays. Idem la crise écologique. L ' esprit doit faire face aux crises pour les maîtriser et les dépasser. Sinon nous sommes ses victimes.
Nous voyons aujourd'hui s'installer les éléments d'un totalitarisme. Celui-ci n'a plus rien à voir avec celui du siècle dernier. Mais nous avons tous les moyens de surveillance de drones, de téléphones portables, de reconnaissance faciale. Il y a tous les moyens pour surgir un totalitarisme de surveillance. Le problème est d'empêcher ces éléments de se réunir pour créer une société totalitaire et invivable pour nous.
À la veille de mes 100 ans, que puis-je souhaiter ? Je souhaite force, courage et lucidité. Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité."
Source Franceinfo : Interview publiée le 1/01/2021
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mercredi 6 mai 2026

Pas trop tard



Voilà
je continue malgré tout je vais mon chemin 

je m’approche du bout je suis bien moins gaillard

qu’autrefois un peu bancal et ne vois plus bien

pour le yoga me dit-on ce n’est pas trop tard

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lundi 4 mai 2026

Assomption du tardigrade


 
Voilà,
certains de mes occasionnels lecteurs trouvent excessive ma sensibilité aux aléas de ce monde. Ils considèrent que je remâche trop de pensées sombres. D'ailleurs, quand l’occasion se présente ils ne rechignent pas à ironiser comme ce fut le cas il y a une quelques semaines. Sans doute ont ils raison de se gausser sinon de mes inquiétudes, du moins de mon obstination à les ressasser. Rien ne sert de "vitupérer l'Époque", puisque malgré tout, de nos jours, il existe bien des motifs de se réjouir. L’existence des tardigrades par exemple, en est un. 
Ils sont exceptionnels — on le sait déjà en long et en large — : quasiment invincibles, même dans des conditions extrêmes. Les radiations dans l’espace ? Peu leur chaut ! les tardigrades survivent. Et même à des doses plusieurs milliers de fois supérieures à ce que les autres êtres vivants, (dont les humains) peuvent endurer. Ils disposent en effet d’une sorte de bouclier chimique très utile, qui intéresse les scientifiques. Une nouvelle étude parue le 26 février 2025 montre comment ces recherches pourraient conduire à l'amélioration des thérapies contre le cancer.
Les radiothérapies — notamment utilisées pour des tumeurs au niveau de la tête, du cou, de la poitrine —  nécessitent l’usage de radiations pour détruire les cellules cancéreuses. Sauf que ces denières ne détruisent pas seulement les cellules cancéreuses, elles génèrent aussi des effets secondaires très importants et dangereux. "Cela affecte un très grand nombre de patients et peut se manifester par quelque chose d’aussi simple que des plaies buccales, qui peuvent limiter la capacité d’une personne à manger en raison de la douleur et des saignements qui s’ensuivent", explique James Byrne, l’un des chercheurs en oncologie ayant participé à cette étude. « Cela peut être très dangereux, et c’est quelque chose que nous souhaitons vraiment résoudre." Ces effets graves peuvent pousser certains patients à interrompre temporairement et parfois même définitivement ces traitements. S'il existe quelques solutions, très imparfaites, telles que des médicaments ou des gels, la recherche médicale reste en quête de nouvelles solutions pour protéger les patients et les patientes, afin de limiter le plus possible les dommages.
Des chercheurs se sont donc concentrés sur la protéine Dsup, celle qui, chez les tardigrades, participe activement à la suppression des dommages liés aux radiations. Ils ont eu l'idée  de délivrer une dose d’ARN messager, comportant le code génétique de la protéine Dsup, dans les tissus des patients, en amont de la radiothérapie. Grâce à l’ARN messager et ses particularités, les cellules pourraient alors apprendre à exprimer d’elles-mêmes la protéine Dsup au bon moment afin de protéger l’ADN pendant la thérapie. L’un des points forts de notre approche est que nous utilisons un ARN messager, qui ne fait qu’exprimer temporairement la protéine, ce qui s'avère beaucoup plus sûr que quelque chose comme l’ADN, qui peut être incorporé dans le génome des cellules", expliquent les auteurs. En clair : comme l’ARN messager est temporaire, il ne modifie pas l’ADN, ce qui permet de protéger l’ADN des radiations sans l’altérer. 
Les tests effectués chez des souris ont été concluants. On a pu observer une réduction de 50 % du nombre total de "cassures" génétiques causées par des doses de radiation similaires à celles reçues par les patients en radiothérapie. Autre réussite déterminante : la précision de l’ARN messager porte aussi ses fruits, puisque la protéine Dsup ne semble pas étendre sa protection au-delà du site d’injection. Il est donc possible de contourner le site de la tumeur afin que celle-ci puisse être détruite, comme prévu, par les radiations. On détruit le cancer  tout en protègeant le reste du corps, en somme. La prochaine étape de ces recherches consistera à étudier la réaction du système immunitaire face à l’injection de cette protéine par ARN messager. Pouvoir mobiliser cette solution à l’échelle humaine reste encore un défi. Certes, je n’en profiterai pas, mais, ce sont là des résultats plus qu’encourageants pour les générations futures.
Illustration : L'Assomption du tardigrade d'après Le Titien

samedi 18 avril 2026

Le futur n’a pas eu lieu


 
Voilà,
lové dans un véhicule qui tient à la fois du bobsleigh capitonné et de la pantoufle géante, je glisse dans le futur qu’imaginait mon enfance, un futur qui n’a pas eu lieu. La vitesse elle-même semble s'être assouplie pour m’accueillir. La carlingue, à l’extérieur, comme vêtue — oui, vêtue — d’une étoffe d’anorak, peau souple et légèrement mate, donne à l’engin une apparence plus textile que mécanique. Ainsi enveloppé, je me tiens à quelques mètres du sol, cinq ou six tout au plus, dans une suspension aussi énigmatique qu'enivrante.
Je pourrais m’élever davantage, m’arracher délibérément à la gravité, mais je préfère cette fidélité au monde d'en bas : je surplombe légèrement les autres véhicules, leurs flux continus sur des autoroutes mesquines et trop prévisibles. Je les accompagne sans les toucher, tel un témoin distant, une ombre détachée.
Reste ce problème, tenace et vaguement embarrassant : les tunnels. Vaut-il mieux s’y engager, consentir à leur obscurité, ou bien les franchir par-dessus, dans un surplomb qui serait une forme d’évitement ? Entre la pénétration et l’esquive, mon cœur balance. Mais, depuis La Grande Épidémie, n’en est-il pas ainsi de toute mon existence ?

jeudi 2 avril 2026

Une autre version du mythe

 
 
Voilà
donc une version du mythe digne d’intérêt même si la plupart des historiens et des traducteurs s’accordent à la considérer comme apocryphe. Colportée croit-on, depuis Thèbes ou l’Épire, on en a trouvé quelques traces jusqu’à J’baïl sise dans la gloire passée de l’ancienne Byblos. Elle raconte qu’Apollon, dieu des clartés exactes et des prophéties impeccables, fut condamné à une tâche dont l’humilité défie toute théologie sérieuse : arroser un arbre.
Cet arbre, on le sait, était Daphné.
Il existe des interprétations où la métamorphose illustre le triomphe de la pudeur ; d’autres où elle constitue une fuite élégante hors du désir. Il n'en est guère, toutefois, qui éclairent ce détail tardif et sans doute essentiel : le petit arrosoir.
Apollon, désormais, chaque matin traverse une forêt qui ne lui doit rien. Il remplit son récipient dans un modeste ruisseau — il y a quelque ironie à ce que le dieu qui a tant étanché sa soif aux plus secrètes sources, dépende d’une eau sans légende — ; puis il s’approche du laurier.
Il verse. Verse. Verse.
Parfois, par distraction, par mégarde, et peut-être aussi avec le vague espoir que la parole puisse encore atteindre ce qui s’est retiré dans la fixité végétale, il parle. Daphné, quant à elle, persiste obstinément dans le silence, chose que les oracles n’avaient pas prévue.
Certains exégètes mineurs ont considéré ce rituel comme une punition. D’autres, plus subtils ou plus acharnés, ont reconnu là, sinon une manifestation de sagesse du moins une forme de connaissance sur le point d'être acquise ; Apollon apprend enfin ce que les dieux ignorent depuis toujours : la répétition.
Quant à l’arrosoir, les commentaires divergent. Une hypothèse mentionne (elle a ma préférence) qu’il n’était, à l'origine, destiné à personne,  — ni au dieu ni à l’arbre — mais qu'en secret, implorant la chaste et fière Artémis il réclama d’être rempli chaque jour afin d'épargner au monde de plus amples malheurs.
C’est ainsi qu’il devint le premier objet contribuant à ce que depuis l'on nomme la force des choses

lundi 16 mars 2026

Entre deux attitudes détestées


Voilà,
"il me faut choisir entre deux attitudes détestées - ou bien le rêve que mon intelligence exècre, ou bien l'action, que ma sensibilité a en horreur ; ou l'action, pour laquelle je ne me sens pas né, ou le rêve, pour lequel personne n'est jamais né.
Il en résulte, comme je déteste l'un et l'autre, que je n'en choisis aucun, mais comme, dans certaines circonstances, il me faut bien ou rêver, ou agir, je mélange une chose avec l'autre."
Fernando Pessoa " Le livre de l'Intranquillité" 

mercredi 4 mars 2026

Un dernier rêve de galop


Voilà,
la vallée irradiait.
Entre deux versants sévères pareils à des gencives d’ombre, s’étendait sous une lumière tranchante et limpide, une langue d’eau stagnante. Devant moi, couché sur le flanc, un cheval – alezan pâli, crinière d’écume – gisait avec la solennité d’un monument renversé. 
Dans ce rêve cette bête m'en rappelait une autre qui m'avait hanté durant des années. Son ventre entrouvert, n'offrait pas pas l'abjecte obscénité d’une blessure ;  comme par une porte cédant sous la poussée d’une invisible foule, s’en échappait un essaim de papillons.  Tous semblaient participer d’une respiration secrète. Montant en spirale, colonne fragile, fumée chatoyante et multicolore, ils jaillissaient, surgis d’un ultime et invisible galop, puis s'éparpillaient en désordre.
Je me souviens avoir pensé : voilà donc ce que je contiens, je suis ça aussi.
Chaque papillon révélait une nuance de rouille, de cendre, de fleur fanée. Les regardant, je songeais que chacun emportait avec lui un moment de ma vie où j'avais éprouvé de la honte : une parole trop vive lancée à un ami, un désir tû, un geste retenu par lâcheté qui eût pourtant été apaisant, une situation inconfortable et risible. Ils tournoyaient avec une légèreté gracile et capricieuse un peu dégoûtante aussi, parce que née de la décomposition même.
Sa tête reposant sur l’herbe, le cheval dans son abandon avait la langueur d’un enfant fatigué. Les papillons frôlaient mon visage. Le battement de leurs ailes évoquait le son discret d’une page qu’on tourne.  Je songeai à un livre se feuilletant tout seul... Plus ils s’élevaient, plus la vallée semblait s’élargir. Les montagnes reculaient, comme intimidées par cette ascension d’apparence futile. Je voulus toucher le flanc du cheval. Le contact de ma main suscita un violent spasme. Je me reprochai aussitôt d'avoir esquissé ce geste. Quelque chose vivait encore dans cette charogne. Je devais absolument me réveiller.

dimanche 8 février 2026

Une nuit je fus papillon


Voilà,
sur un mur de l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne, j'ai aperçu ce papillon peint par l'artiste C215, connu pour ses portraits de célébrités disséminés un peu partout dans Paris. J'en ai déjà montré ici, et encore , et aussi sur cette page.
Le  groupe hospitalier souhaitait donner poésie et couleurs à des sites a priori rébarbatifs, chargés du tabou de la maladie mentale. Désireux, selon un des responsables du projet, de déstigmatiser les troubles mentaux, et de remettre l'hôpital dans la ville afin que celui-ci ne soit plus un lieu à part, il a été demandé à C215 d'intervenir. Il a tout de suite pensé au papillon, car selon lui "sa dimension métaphorique correspond bien à l'idée initiale. Le papillon c'est l'évasion, c'est éphémère, insaisissable et léger… C'est aussi la transformation, comme les gens qui viennent ici pour évoluer, se transformer". Il paraît qu'il y en a d'autres, mais je n'ai aperçu que celui-ci. 
M'est alors revenu en mémoire l'apologue de Zhuāng Zhōu, un penseur taoïste chinois du quatrième siècle siècle av. J.-C.  Il dit en substance ceci : Jadis, une nuit, je fus un papillon, voltigeant content de son sort. Puis je m'éveillai, étant Zhuāng Zhōu. Je me demandai alors suis-je bien le philosophe Zhuāng Zhōu qui se souvient d'avoir rêvé qu'il fut papillon, ou suis-je un papillon qui rêve maintenant qu'il est le philosophe Zhuāng Zhōu ? Qui suis-je en réalité ? Dans mon cas, y a-t-il deux individualités réelles ? Y a-t-il eu transformation réelle d'une individualité en une autre ? Ni l'un ni l'autre, est la réponse. Il y a eu deux modifications irréelles de l'être unique, de la norme universelle, dans laquelle tous les êtres dans tous leurs états sont Un. "
 
 
Sinon, pour passer à un sujet plus léger, le tournoi de rugby des six nations a commencé ce weekend. À ce propos j'aimerais rappeler que si l'on connaît bien Montaigne pour ses Essais, on a tendance à oublier qu'il a aussi claqué quelques bons drops. Il est probable que cette plaisanterie n'atteindra que peu de gens, — essentiellement francophones — mais bon, je fais ce que je peux pour démentir ceux qui me considèrent comme un esprit chagrin qui voit toujours tout en noir.
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jeudi 5 février 2026

Psycho the rapist


Voilà,
pas une journée sans quelque éructation. Rien jamais n'épuise cette diarrhée verbale. Psycho the rapist donne son avis sur tout avec le vocabulaire d'un enfant de six ans. Il occupe le terrain à longueur de journée. Certains spéculent que ce sinistre clown a perdu la raison. L’a-t-il jamais eue ? Quoi qu’il en soit c’est le visage que l’amerikkka s’est aujourd’hui choisi et qui fait l’affaire des capitalistes libertariens. 
Menaces, vociférations, décisions tonitruantes, visées expansionnistes, dérapages plus ou moins maîtrisés, brutalité administrative : le chaos, mais en costume cravate. Avec toujours un brin de mégalomanie : projet d'un arc de triomphe, d'institution culturelle à son nom, d'un défilé militaire ridicule. Sinon quoi d’autre ? Ah oui, l'État fédéral transformé en games center. Pour recruter, l'administration dite "républicaine" a publié des clips inspirés de jeux vidéo. Les migrants comme des silhouettes à abattre. ICE en mode joystick. Elle terrorise sa population pour la dissuader d'aller voter dans dix mois. Milices privées, intimidations, assassinats ciblés, mépris du peuple. Toutes les fraudes et tous les coups sont permis. C’est à la fois grotesque et effrayant.
Quand il ne tweete pas, Donnie le taré parle parle... partout, à n’importe quelle heure, dans son bureau, à l'étranger, dans son avion. C'est toujours stupéfiant de connerie, de bassesse, de vulgarité. Il fait le show. Mais il suscite encore l’adhésion d’un grand nombre de ses compatriotes. Gênés devant le triste spectacle de ce concentré de bêtise qui se pavane avec arrogance et se perd parfois dans des logorrhées délirantes, les dirigeants "alliés" de lOTAN qui soudain découvrent qu'ils n'ont toujours été que des vassaux et qu'ils seront désormais traités sans ménagement, le regardent, l’écoutent, sidérés. Lapsus en série, messages privés publiés par erreur. Gouverne-t-il encore ?  Improvise-t-il ? Quoi qu'il en soit l'ordre ancien vacille, une certaine idée du monde s’effondre.
La Chine calcule. Poutine sourit. Pour se soustraire des scandales, à quelques mois des midterms, Donnie le taré qui prétend avoir réussi haut la main tous ses tests cognitifs, les plus beaux les plus merveilleux que les médecins ont jamais vus, s'en va-t-en guerre. Un coup au Vénézuela, un autre en Iran. Menaces par-ci, invectives par là. Propositions indécentes ailleurs.  
Pendant que l’Américain moyen compte ses centimes, que l’inflation grignote les salaires, que le plein d’essence devient un luxe, la Maison-Blanche, elle, regarde vers le Nord. Très au Nord. Le gangster orange ne lâche pas son idée d’acquérir le Groenland au prix d’un gros chèque. Un million de dollars pour chacun des 57 000 Groenlandais. Soit plus de 40 milliards de dollars au total. De quoi faire rêver. Surtout quand on vit dans l’Ohio ou le Michigan, où le niveau de vie baisse mais où personne ne recevra jamais un chèque à sept chiffres. 
L’idée dit-on serait à l’étude. Un référendum, un vote et un virement bancaire géant. Une méthode présentée comme une alternative élégante et pacifique à la force militaire. Moins de missiles, plus de dollars, il suffit de faire marcher la planche à billets croit-on encore. L'administration républicaine juge l’opération raisonnable. Après tout, 40 milliards, ce n’est presque rien. Comparé aux 600 milliards du budget du Ministère de la Guerre (puisque c'est ainsi qu'il a été rebaptisé). Une broutille stratégique. Pendant ce temps, les citoyens ordinaires regardent leurs factures et se serrent la ceinture. Ils pourraient se dire que, décidément, mieux vaut être Groenlandais qu’américain. Aux premiers, on propose un vote et une prime ; aux seconds, on explique tranquillement que leur droit de vote, en novembre prochain, est une option négociable. Mais bon la vie continue : bientôt la cérémonie des oscars et la finale du super bowl… That’ s entertainment !
Haut les cœurs ! en ces temps déraisonnables, on n'est pas au bout de nos surprises. Mais cela me donne toutefois l'occasion de réaliser un collage comme j'en faisais dans mes jeunes années...
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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samedi 24 janvier 2026

Omission

 
Voilà,
parfois, un film intrigue moins par ce qu’il montre que par ce qu’il dissimule. Un détail s’immisce dans l’esprit grossit et révèle quelque chose de l'ordre du point aveugle. 
Ici donc, il est question de la genèse de "Hamlet", et de son lien avec la mort du fils de Shakespeare. Passons sur le traitement du personnage de Shakespeare. Il apparaît surtout comme un banlieusard appliqué, dont le travail l'occupe à Londres et qui revient à son foyer éloigné quand son agenda le permet.
Une représentation bourgeoise du travail artistique en somme.
On comprend qu'au cours des ans Les affaires s’améliorent. Bientôt il envisage ce qu'aujourd'hui on appellerait un "projet immobilier" à Stratford : une maison plus vaste pour sa famille. Comme quoi on peut-être un génie littéraire et gérer ses affaires "en bon père de famille". Sans doute aussi pour lui une façon de se dédommager de ses absences.
Je passe rapidement sur l'histoire, essentiellement centrée sur la femme et les enfants de Shakespeare. Le fils meurt alors que son père n'est pas là. Il y a du reproche dans l'air, du deuil impossible, le couple s'étiole, et William revient de moins en moins chez lui.
La matérialité du théâtre, elle, reste abstraite. Peu de planches. Peu de corps. Une seule scène de répétition, chichement offerte. Puis arrive le moment où la femme de Shakespeare assiste à la première représentation d'Hamlet dont elle ne sait rien. Cela occupe les dernière vingt minutes du film. On y montre surtout le premier acte ou Hamlet rencontre le spectre de son père joué par Shakespeare. Puis le duel de l'acte V qui révèle la vérité et à l’issue duquel les principaux protagonistes de l’histoire meurent.
Ophélie, en revanche, n’y est jamais évoquée. Aucune scène. Aucun regard. Pas même la première scène de l'acte III entre Hamlet et Ophélie, qui est une scène qui parle du couple de l'amour et du mariage. Étrange oubli, alors que la femme de Shakespeare est présente dans la foule des spectateurs. La correspondance possible entre la fiction et la réalité est écartée.
 Gertrude la mère de Hamlet dans la pièce n'a, elle non plus, droit à aucun gros plan. Même lors de la scène où elle boit par inadvertance la coupe empoisonnée.
Même si les acteurs sont britanniques, le film est une production américaine. Cela s’entend. Malgré quelques belles scènes, le pathos déborde. La musique souligne, insiste là où il faudrait laisser respirer. C'est en outre une production d’un pays qui censure ses archives, réécrit l'histoire, et bannit des milliers de livres de ses bibliothèques. Une question s’insinue alors. Est-ce parce que les rôles féminins étaient à l’époque élisabethaine, 
tenus par des hommes qu’on ne les montre pas ? Cela pourrait-il offenser aujourd'hui les femmes que leurs rôles soient joués par des hommes ? Ou bien, si l'on l'on respectait strictement la réalité historique n'y aurait-il pas un risque à montrer — ce qui pourrait être préjudiciable à l'exploitation du film — des travestis à l'écran ? Dans ce pays puritain qui, en toute connaissance de cause, a pourtant porté au pouvoir un prédateur sexuel et pédophile notoire, la question du genre est devenue si politique, si inflammable, que la représentation historique elle-même semble devoir être effacée. Comme si l’on préférait l’omission au trouble et à la vraisemblance.  
pendant la projection j'ai repensé à ce très beau film intitulé "Stage Beauty" que j'avais vu et aimé à sa sortie en 2004, et qui raconte précisément le moment où les femmes ont en Angleterre, acquis le droit de monter sur scène.
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dimanche 4 janvier 2026

Mustn't panic ⸮

 

Voilà 
l’ONU récemment a lancé son alerte la plus grave depuis longtemps : la planète va mal.
C’est touchant.
Mais qui écoute l’ONU ? On la respecte comme une horloge cassée qu'on ne regarde plus mais dont on sait qu'elle a raison deux fois par jour.
Son dernier rapport — l’un des plus complets, donc l’un des plus ignorés — annonce que le changement climatique avance plus vite que nos excuses. Les systèmes naturels fatiguent. Ils ne protestent pas, ils s’épuisent. C’est plus poli.
Les scientifiques parlent de seuils irréversibles. Autrement dit : bientôt, même la mauvaise foi ne suffira plus.
Deux cent quatre-vingt-sept experts, quatre-vingt-deux pays, des milliers de pages… pour conclure que tout va plus vite que prévu. Une information qui, curieusement, ne surprend personne. Le réchauffement accélère, les catastrophes s'amplifient, les écosystèmes perdent patience. Les récifs coralliens meurent avec élégance, le pergélisol fond sans demander l’avis de personne. La planète, elle, ne s’adapte plus : elle encaisse.
À ce rythme, nous irons allègrement vers +3°, peut-être +4°. Un monde plus chaud, mais pas plus chaleureux. L’agriculture hésite, la santé chancelle, l’économie s’inquiète — car elle ne s’émeut que lorsqu’elle tousse. La planète ne se contente plus de se réchauffer : elle se désaccorde.
 L’ONU nous explique que nous sommes entrés en territoire inconnu. C’est vrai : nous avançons avec inconscience dans ce que nous ne comprenons plus. 40 % des terres sont dégradées, les océans s’essoufflent, l’air tue neuf millions de personnes par an. Discrètement, sans faire de vagues.
Quatre crises s’entremêlent : climat, biodiversité, sols, pollution. Une belle équipe. Chacune affaiblit l’autre avec une parfaite solidarité. Quand tout s’écroule en même temps, on appelle cela un système.
Un résumé politique devait accompagner le rapport. Il a été bloqué. Certains pays n’aiment pas les mots "fossiles", "plastiques", "crise", "transformation". Ils préfèrent les termes vagues, comme "croissance", "sécurité," ou "intelligence artificielle".
La science parle. La politique répond  "changeons de sujet".
Les auteurs s’en désolent. Ils sont bien naïfs. Depuis quand la vérité est-elle compatible avec les égoïsmes nationaux et les intérêts économiques à court terme ? Chaque degré compte, dit-on. Certes, certes... Chaque baril aussi.
L’ONU propose malgré tout une transformation profonde : énergie, alimentation, finance, gouvernance… Tout changer, donc. Autant dire : rien. On promet 20 000 milliards de bénéfices futurs si l'on suit ces prescriptions. Trop loin pour être crédible, trop abstrait pour être désirable. À un salut différé l’humanité préfère un désastre immédiat,
On suggère de cesser d’adorer le PIB comme un veau d’or fiévreux. Mauvaise idée : c’est le seul dieu qui accepte les sacrifices humains sans qu'on lui demande d’explication.
Il resterait une fenêtre d’opportunité. Elle se referme. Nous regardons ailleurs. C’est notre manière de méditer.
 Le rapport conclut qu’un autre version de ce monde est encore possible. Mais certains se disent que l'herbe sera plus verte sur Mars où il n'y a que des cailloux.
À en juger par leurs actes, le suicide collectif est le projet qui conserve la faveur de nos dirigeants. Ils sont vieux. Ils veulent que leur no Future soit le nôtre. Ce n’est plus le temps des solutions, mais celui de l’accumulation. Problèmes sur problèmes, conflits sur conflits. Au lieu d'écouter ceux qui cherchent  et suggèrent des solutions L'Humanité par le truchement de ses dirigeants sombre à nouveau dans son vieux tropisme guerrier.  Le droit international, né après le second conflit mondial sert désormais d'ornement dans les discours

 
Je ne me réjouis pas de voir ceux qui se gaussaient de mon pessimisme s'effrayer à présent des jours que nous traversons. J’aurais préféré avoir tort. Même les optimistes commencent aujourd'hui à envisager — avec la même candeur qu’ils mettaient hier à l’ignorer — un conflit sous nos latitudes .
Nous vivons déjà dans la catastrophe : environnementale, intellectuelle, politique. Les accidents nucléaires, climatiques, pandémiques ne sont plus des menaces, mais des hypothèses plausibles. La guerre n’est qu’un souci supplémentaire. Une option parmi d’autres dans le chaos ambiant. La barbarie est déjà là : au Moyen-Orient, en Ukraine que le fasciste Poutine tente de détruire, parfois chez nous, ponctuellement, quand le terrorisme s'y exprime. Elle finira par nous atteindre aussi, malgré nos musées, nos bibliothèques, nos cathédrales restaurées et nos philosophes. L’Europe a déjà connu cette musique. Elle avait juste oublié les paroles.
Rien n’arrivera exactement comme prévu. Mais cela viendra. Le retour de l'époque des illuminés...
 Hier, le président des États-Unis a décidé sans consulter son parlement d'une opération militaire au Vénézuela pour destituer le président de ce pays et faire main basse sur la plus grande réserve pétrolière du monde. Demain la Chine s'occupera de Taïwan, et qui sait ce qui peut se tramer d'autre.
Tout cela coïncide avec le début de l’année, ce moment charmant qui relève moins de la raison que de la pensée magique, où l’on échange des vœux. Alors, payons nous encore de cette illusion  Croire que les mots peuvent réparer ce que les actes s'acharnent méthodiquement à détruire.  

lundi 29 septembre 2025

Camembert le petit menteur

 
Voilà 
qu’aujourd’hui, les sensibles gardiens de l’ordre moral et pénal, les grands inquisiteurs de la "fermeté républicaine" se drapent dans l’indignation, face à "l'outrage" qui est commis à l'encontre de leur caste. Nicolas Sarkozy, ancien président corrompu a été enfin condamné. C'est un vœu que j'exprimai il y a longtemps dans un précédent photomontage. Il aura tout de même fallu dix ans d'enquête. Les lenteurs de la justice ne s'expliquent pas seulement par le manque de moyens. Elles sont aussi garantes du sérieux de l'investigation.  Mais ils sont nombreux dans la presse, les médias (détenus par une poignée de milliardaires) à pousser des cris d’orfraie comme s’il s’agissait d’un coup d’État judiciaire. Pour eux ce n'est rien moins qu’un complot ourdi par des juges gauchistes.
Il ne s’agit pourtant pas de n’importe quel délit. Association de malfaiteurs dans le cadre de l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Ce n'est tout de même pas rien. Le tribunal a estimé qu’il avait laissé ses collaborateurs du premier cercle solliciter des soutiens financiers auprès du dictateur lybien Kadhafi et des ses proches (dont Abdallah Senoussi un terroriste organisateur de l’attentat contre l’avion d’UTA qui fit 170 morts dont 54 français), en vue de financer sa campagne. Cela constitue une préparation à un délit de corruption. Et l’on oublie que ce verdict s’ajoute à deux condamnations précédentes où il était question de corruption, de trafic d’influence, d’atteintes lourdes à l’intégrité de la justice. 
Ce sont pourtant les mêmes qui, à longueur de plateaux télé et de tribunes rageuses, réclament des peines "exemplaires" pour la moindre incartade d’un pickpocket ou d’un môme pris avec un scooter volé ou un joint dans la poche, qui stigmatisent les fraudeurs aux allocations et j'en passe. "Pas de faiblesse ! Pas d’excuses ! La justice doit être implacable !" proclament-ils, la mâchoire serrée et le menton haut. Mais quand un ancien président de leur camp est rattrapé par les faits — ces détails agaçants qui contreviennent aux lois — soudain la justice devient politisée, excessive, voire "persécutrice". Le deux poids, deux mesures, élevé au rang d’art national. Et comme par miracle, l’empathie leur revient alors, mais exclusivement pour ceux qui ont un carnet d’adresses et un patrimoine planqué dans une holding au Luxembourg. L’égalité devant la loi ? Oui, bien sûr… mais en option premium, accessible uniquement par réseau.
Ce sont en outre les mêmes qui expriment leur opppsition à toute tentative d’imposer une contribution aux fortunes XXL et se proclament apôtres de la rigueur budgétaire. Larmoyants quand un ex-chef d’État se fait rattraper par la justice, impitoyables quand un smicard demande la retraite à soixante ans et un minimum de justice fiscale. 
La taxe proposée par Gabriel Zucman ? Bien timide à mon goût : elle se monte à 2% touche 1800 foyers fiscaux dont les patrimoine dépassent 100 millions d'Euros. Il s'agit en outre d'un impôt différentiel (impôt minimum) : si les ultra-riches paient déjà plus de 2% de leur patrimoine en impôts, ils ne paient rien de plus.
On crie au sacrilège ! "On veut punir la réussite", "assassiner l’économie", "exiler les talents" ou "attaquer la liberté " — ils en perdraient presque leur latin, s’ils en avaient encore un souvenir. Leur morale tient sur un format de carte de visite : implacable avec le faible, servile avec les puissants. Et quand la justice cesse d’obéir à leurs préférences, ils s’indignent bruyamment, comme si le vrai scandale n’était pas la corruption, mais le fait d’y répondre. Quand il s’agit d’étrangler les minima sociaux, on parle de "responsabilité collective". Mais quand on effleure les portefeuilles millionnaires, c’est la fin du monde civilisé.
C'est toujours la même histoire, ils sont allergiques à la justice dès lors qu'elle change de cible.  On peut matraquer les précaires, mais toucher à un portefeuille de milliardaire, c’est visiblement franchir la ligne rouge du sacré. 
Le pire, c'est quand le populo souscrit à ces conneries parce qu'en échange on lui promet qu'on va bouter tous les migrants hors de France. 
Ainsi vont les choses dans le meilleurs des mondes possibles.
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samedi 27 septembre 2025

Il y a peu de chance qu'on détrône le roi des cons



Voilà
je n’imaginais vraiment pas voir cela de mon vivant. Malgré toutes mes réserves sur ce pays, je ne pensais pas que cela arriverait de la sorte et même que cela surviendrait un jour. Bien sûr, il y avait eu le mac-carthysme, le Ku Klux Klan, les guerres impérialistes un peu partout dans le monde au nom de la liberté et de la démocratie. Mais les adversaires n'étaient pas non plus des exemples et les États-Unis offraient malgré tout une image de bien-être et de liberté.  
Oui bien sûr, la conquête spatiale avait été assurée grâce au savoir d’un ancien ingénieur nazi, mais c'était aussi le pays où Einstein, Hannah Arendt avaient trouvé refuge comme tant d'autres artistes exilés européens qui avaient pu exprimer leur talent et parfois leur génie.
Évidemment il y avait aussi tous ces westerns à la con exaltant la violence de la conquête de l'Ouest, et l'extermination des peuples autochtones et plus tard vers les années 90 ces super productions idiotes, où les États-Unis sont menacées d’invasion par des aliens, des terroristes des communistes, des méchants, de toutes sortes et qu’après moult bagarres, péripéties, explosions tueries poursuites, spectaculaires cascades, un gentil américain parvenait à sauver l'Amérique donc le monde. Mais quand même il y avait eu le nouvel Hollywood des années soixante-dix.
Je me disais bien que cette paranoïa était le "retour du refoulé" d’une société édifiée sur le génocide indien et enrichie grâce à l'esclavage des peuples déportés d'Afrique. Bien sûr, il y avait la maffia, la corruption, il y avait même eu un président qui s’était comporté comme un gangster, mais l’obstination de quelques journalistes, avait conduit à sa démission. C’était ça aussi ce pays, la liberté de la presse. 
Il ne m’échappait pas non plus que la bigoterie était souvent au rendez-vous que c’était bien louche qu’on parle si souvent de Dieu au point de l'invoquer sur des billets alors que Dieu n'est qu'une conjecture que rien ne prouve mais bref, il y avait eu aussi le rock, les grands mouvements pacifistes et de l'égalité des droits, les poètes de la beat génération, Bob Dylan... Et aussi des écrivains prodigieux, capables de raconter les histoires stupéfiantes. Sans parler de ces jeunes, ingénieurs en informatique, en mesure de révolutionner la pensée, et changer le monde depuis un garage. Il y avait cette formidable vitalité, cette faculté de surmonter les échecs et de rebondir. 
Et puis ça a commencé à déconner je ne sais quand exactement, avec Reagan peut-être. On a commencé à voir apparaître de plus en plus de gros, parce que les lobbies de l’industrie alimentaires, au nom du profit empoisonnaient les citoyens américains en toute impunité. Et puis il y a eu des présidents de plus en plus stupides, surtout chez les républicains, avec ces histoire d'axe du mal, le mensonge d'État pour inciter à mutualiser la guerre d'Irak et j'en passe. On a vu la bêtise au travail durant la pandémie s’exposer avec une indécence incroyable. Puis on s’est dit que c’était bizarre quand même, ces massacres de masse dans des écoles perpétrés par des enfants, la circulation des armes, le poids grandissant de sectes religieuses de plus en plus réactionnaires, le créationnisme, les théories  complotistes. 
J'ignore si c'est la faillite du système scolaire américain qui est à la base de ça. Où l'abrutissement des médias. Et puis il y a aussi le narcissime national. Avec ces bannières américaines partout. Cette auto-contemplation permanente. Et puis le manque de curiosité à l'égard du reste du monde. D'ailleurs la plupart des citoyens de cette nation ne savent même pas où se trouve le reste du monde. Surtout les supporteurs MAGA. Et ne pas oublier non plus la passivité du peuple si persuadé de sa supériorité et de la pérennité de ses institutions. Mais voilà la démocratie en Amérique c'est une démocratie où 60% de la population ne vote pas et un système électoral en décalage avec la répartition démographique de la Nation. 
Ce que je ne pouvais imaginer, c'est qu'après quatre ans de trumpisme, les gens pourraient en redemander, avoir envie d'être représentés par un tel crétin, capable de débiter des âneries comme "à tel endroit les migrants mangent les chiens domestiques". Il y a donc des américains qui se reconnaissent en lui qui est, à l'heure actuelle, une des plus grandes menaces pour le progrès humain. Aujourd'hui j'ai l'impression que ce sont les insurgés du Capitole qui ont gagné. Un coup d'État rampant a été perpétré avec la bénédiction des oligarques américains. Et c'est tout le monde occidental qui vacille.
La cité sur la colline plus personne ne peut y croire.
Les États-Unis sont plongés dans la crise la plus démente depuis la guerre de sécession. Et d'ores et déjà leur leadership est irrémédiablement passé à la trappe. Tout ce qui faisait la force de ce pays a été en dix mois démantelé. Les services secrets n'ont plus aucune crédibilité. Plus personne désormais ne voudra être espion aux service des USA. Ils sont tous cramés auprès des renseignements russes depuis la nouvelle présidence. C’est un virage à 180 degrés dans un contexte de cyberguerre latente. L’administration Trump a demandé aux agents fédéraux de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA) d’arrêter de suivre les activités de cybermalveillance des acteurs russes. "Tout le travail lié à la Russie est annulé"», a confirmé au quotidien britannique The Guardian une source anonyme au sein de la CISA. La raison ? L’État de Vladimir Poutine et ses groupes de hackers ne sont plus considérés comme une nation hostile ni une menace pour les infrastructures américaines depuis mars 25.
Sur le plan économique social c'est déjà un cataclysme. Ce mélange lunaire de protectionnisme commercial, de dérégulation, de relance budgétaire, de capitalisme d’Etat et de politique migratoire restrictive a créé beaucoup d’incertitudes, qui commencent à se lire dans les statistiques macroéconomiques.
Ce qui fascine, c'est la dimension grotesque, ubuesque de l'affaire. Taco Trump est un concentré de tout ce qu'on peut trouver de pire, mais de dispersé aux USA. Lui il coche toutes les cases. Et les membres de son cabinet ne valent pas mieux. Il n'y en a pas un pour racheter l'autre. Ils sont tous cons, méchants, ignares, grotesques. Mais revenons à Trump. On en rirait s’il ne passait son temps, avec le maigre vocabulaire dont il dispose, à nous inonder de merde au point qu’il soit nécessaire d’en parler. Le crétin en chef de l’Occident ne peut même pas  nommer correctement les pays dont il parle ni les situer sur un atlas géographique, il débite des discours incohérents sur tout et n’importe quoi, confond par exemple l’Arménie et l’Albanie ou encore l’Azerbaïdjan qu'il est incapable de prononcer et le Cambodge. C'est vraiment le roi des cons. Il ne se passe pas un jour où il ne dise une nouvelle ânerie. Ce type est inépuisable. C'en est devenu stupéfiant. L'adage "les cons osent tout, c'est à cela qu'on les reconnaît" lui colle à merveille.
Mais s'il n'y avait que lui. Les agissements des dirigeants qui l'entourent sont aussi placés sous le signe de l'irrationnel. La théocracie fasciste qu'avait anticipée Frank Zappa, est réellement en marche. Les récentes funérailles de la crapule Kirk, un homme favorable aux exécutions capitales en public mais hostile à l'avortement, anti vaccins, raciste, défenseur des armes à feu, partisan du maintien des femmes "à leur place" (au foyer donc bien sûr) —il a bien mérité la balle qui l'a tué —, devenu "héros des États-Unis" et "martyr de la foi chrétienne" en sont la preuve.  "Nous sommes la tempête et nos ennemis ne peuvent comprendre notre force, notre détermination, notre résolution, notre passion (…). Nous sommes du côté du bien, nous sommes du côté de Dieu" dit  Stephen Miller conseiller diplomatique de la Maison Blanche. Il ne vaut guère mieux qu'un mollah, quand il exprime ainsi sa mission civilisationnelle. "Nous défendons ce qui est bon, vertueux et noble. A ceux qui essaient de susciter de la violence contre nous (…), vous avez quoi ? Vous n’avez rien. Vous n’êtes rien. Vous êtes le vice, vous êtes la jalousie, vous êtes la haine, vous n’êtes rien. Vous ne pouvez rien construire, rien produire, rien créer" s'adressant ainsi vraisemblablement à tout ce qui ne pense pas comme lui. Tous ces faux prophètes sont la lie de l'Amérique. ils rappellent, comme l'a fait remarquer marie Lavin dans une de ses publications, ceux qui sont évoqués dans La Bible, et que fustigeaient Michée ("ces prophètes prédisent l'avenir pour de l'argent") ou Esaïe ("Dites-nous des choses flatteuses. Révélez-nous des chimères"), ou encore l'apôtre Pierre écrivant aux premiers chrétiens ( "En proférant des énormités vides de sens, ils séduisent..."). 
Ces sinistres bouffons qui ont ici aussi en Europe leurs pendants sont le véritable signe du déclin de l'Occident. Ici aussi ils suscitent l'adhésion des masses populaires à leurs discours d'extrême droite.
Trump fait tout ce qu'il a dit qu'il ferait. Il a menacé la planète d’un torrent de mesures économiques et politiques  dites "choc et effroi". Il s'en tient à son programme : droits de douane sur les alliés comme sur les adversaires ; tentative d'expulsion de millions d'immigrants sans papiers ; représailles contre les efforts de dédollarisation par de nouveaux droits de douane ; déploiement de nouvelles réductions d'impôts pour les plus riches ; création d’un Département de l’efficacité gouvernementale visant à éliminer les adversaires politiques, déréglementation des protections de travail ; menaces contre la presse d’opposition ; arrêt des aides à la protection de l’environnement ; suppression des aides aux facultés réticentes et expulsion des étudiants contestataires ; extension de l’interdiction du droit à l’avortement ; attaques contre les transgenres. Il a toujours en tête d'acheter ou conquérir du Groenland et de faire du Canada le 51e État des États-Unis
 Il est difficile de se faire une idée du futur. Tout au plus peut-on constater que la Chine semble la mieux préparée à affronter les décennies qui viennent. Si ce n'est pas non plus un modèle de démocratie, ses dirigeants ont toutefois le sens de l'Histoire et le sens politique, ses infrastructures sont récentes et de qualité. Elle dispose en outre d'un programme de recherche et d'éducation excellents, ses ingénieurs ses savants sont ultra-compétents, ses ressources énergétiques considérables. Son économie prospère. Sa diplomatie subtile. L'État y est fort et programme des plans cohérents. La question écologique est prise en compte dans ses projections. Enfin ce n'est pas un pays où l'injonction à prier tient lieu de solution quand on traverse une crise. Après le monologue délirant que Trump a livré à La Tribune des Nations-Unies qui a prouvé au monde entier qu’il était un taré incapable d’articuler la moindre pensée cohérente et qu'il était du même calibre que Jean-Bedel Bokassa, celui qui dans le courant des années soixante-dix s'était fait couronner empereur de Centrafrique, on est bien obligé de constater que si l'humanité doit progresser, cela ne passera plus par les États-Unis.
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samedi 16 août 2025

Pressé d’écrire


 
Voilà,
"tu es pressé d'écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s'il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir
celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci
hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière
si tu rencontres la mort durant ton labeur
reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
en t'inclinant
si tu veux rire
offre ta soumission
jamais tes armes
tu as été créé pour des moments peu communs
modifie-toi disparais sans regret
au gré de la rigueur suave
quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
sans interruption
sans égarement" 
suggérait au cours des années trente René Char dans son recueil le "Marteau sans maître". Je ne sais si ces consignes s'adressaient à lui-même ou au lecteur éventuel, mais elles me semblent toujours aussi pertinentes. Cela ne vaut d'ailleurs pas que pour les écrivains. Je m'efforce — dans la mesure de mes moyens — d'y souscrire depuis longtemps. Les années amassées et la présente époque chaque jour plus tumultueuse angoissante et confuse, donnent plus d'intensité à ce poème. C'est pourquoi, moi aussi, sommé par je ne sais quelle obscure nécessité, je m'obstine à continuer de bricoler dans mon coin. Je n'ai pas le choix. Je ne peux pas faire autrement. 

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