lundi 31 janvier 2011

Un dessin retrouvé


Voilà
en classant des photos, je retrouve un dessin au feutre datant de 2007. C'est une peinture de Gauguin que ma fille a reproduite. Elle dessinait beaucoup à l'époque, elle ne le fait presque plus aujourd'hui et je le regrette un peu, mais elle a tant d'autres choses à apprendre et découvrir. Elle occupait le salon, où ses feuilles et ses crayons étaient éparpillés au sol. J'aimais la regarder travailler, voir apparaître le motif sur la feuille.... C'était un temps  d'apparitions et d'étonnements.... Pour elle bien sûr, mais pour moi surtout... J'aimais l'intensité de cette époque que je n'arrive pas à retrouver ces temps-ci...

mardi 25 janvier 2011

Carquefou

 
Voilà
un de ces lieux impersonnels où l'on peut tout à coup se sentir terriblement seul et démuni. Trente balles de taxi depuis la gare de Nantes, pour arriver à Carquefou dans un hôtel en travaux, qui sent l'enduit et la peinture et dont les couloirs recouverts de bâches en plastique ne sont pas très accueillants. La chambre est conforme  au standard idéal conçu pour ce genre d'endroit : des murs blancs légèrement crépis, une large fenêtre donnant sur un paysage de zone commerciale, un écran plat de télévision, un lit vaste et même un canapé. Sinon les inévitables bouches d'aération et la penderie  à l'entrée où je n'accrocherai rien. Le restaurant abominablement triste, avec ses murs verdâtres décorés de photos de bananes, cerises et fraises géantes qui dans ce contexte en deviennent presque effrayantes, exsude une impression de lassitude et de morosité que confirme le pas nonchalant des garçons de salle et leur peu d'empressement à passer les commandes. Ils ont néanmoins l'œil goguenard car non loin de moi dîne un couple de belges d'une cinquantaine d'années qui semble beaucoup les amuser. Lui, en s'alimentant, consulte son ordinateur, sans vraiment regarder sa femme qui, parce que son mari ne l'écoute même pas, interpelle de temps à autre le serveur pour formuler ses appréciations sur la qualité du plat qu'elle consomme ou du liquide qu'elle ingurgite. J'essaie de vivre ce moment comme une expérience, mais la médiocrité de mon repas, en constitue déjà une que mon estomac pourrait bien me reprocher d'ici quelques heures. J'essaie de trouver du réconfort dans cette pensée de Jules Renard :  "la vie est courte écrivait-il mais l'ennui l'allonge cependant et aucune vie n'est assez courte pour que l'ennui n'y trouve sa place.

lundi 24 janvier 2011

Transaction

Voilà
il ne comprend toujours pas l'intérêt ni le sens de cette transaction. Ni pourquoi il a été convié à y assister. Sa présence a été en quelque sorte requise, mais toute suggestion d'aide ou de solution qu'il avait pu préalablement proposer,  s'est heurtée à un aimable mais ferme refus. Il lui semble que tout s'est fait dans la précipitation et avec une certaine incohérence. Comme si, plutôt que de réfléchir au problème il s'était agi de s'en débarrasser au plus vite. Là de ce point de vue c'est assez réussi ça n'a pas duré plus d'un quart d'heure. 
Jean-Louis Meunier a l'impression vague qu'il y a eu plus de perte que de gain dans cette opération. Des chiffres ont été avancés bon les chiffres ce n'est pas vraiment son affaire mais tout de même. Il voit les litiges qui ne tarderont pas à se profiler. Certains nomment pessimisme, ce que lui appelle plutôt lucidité inutile de revenir sur cette affaire.
Plus tard dans la rue, incapable de dissiper son malaise il n'ose regarder l'ami qui lui a demandé de l'accompagner. Lui si clairvoyant parfois sur les problèmes des autres ne s'aveugle-t-il pas sur les siens propres ?
Une peine indéfinissable le submerge. Il fait froid, le ciel est bas. Après tout à lui aussi il est arrivé d'être inconséquent persuadé cependant que son intuition était juste. Mais bon, son ami a tout à la fois le privilège de la jeunesse et celui des héritiers ; le monde lui appartient.
Il souhaiterait juste que cet ami lui accorde un peu d'attention et le serre dans ses bras. Mais l'ami, celui là même qui lui avait fait une fois reproché d'être trop souvent dans la plainte, dit qu'il se sent faible et fatigué, et demande que l'on ralentisse le pas. Alors il ralentit le pas, lui aussi. Un douloureux secret le ronge mais qu'importe. il ne peut se débarrasser de cette peur. il voudrait que quelqu'un l'entende, mais il n'y a personne. C'est étrange, d'ici peu le monde continuera sans lui, il ne sera plus là, le monde existera, mais plus lui, des gens peut-être parleront de lui, diront des mots qu'il a prononcés, mais lui sera cendre ou pourriture il n'a pas décidé, il ne marchera plus sur ce parquet, n'allumera plus la lumière, ne redisposera plus les coussins sur le divan, ne saisira plus les livres dans la bibliothèque, et l'ami qui se sent aujourd'hui fatigué, marchera vers son avenir... Mais se souviendra-t-il des jours autrefois partagés, avec autant d'intensité que celle qui le saisit aujourd'hui ?



jeudi 20 janvier 2011

Des trains des avions

Voilà
des trains se croisent dans la nuit à toute vitesse, des avions aussi. A l'intérieur, les corps ont pour la plupart la même posture. Inconfortablement assis on tente de trouver une parade à ce confinement subi qu'impose le voyage banalisé. Certains essayent de dormir mais ce n'est jamais la bonne position. D'autres se concentrent sur leur travail, le regard rivé à l'écran pendant que les doigts affolent le clavier. On peut aussi épouiller son ennui avec les nouvelles du jour... Ou bien le regard vague, écouteurs sur les oreilles, se laisser glisser dans la rêverie et les souvenirs que charrient les refrains. Le front appuyé au hublot ou a la vitre il arrive aussi que le regard se dilue dans le paysage, s'émerveille d'un moelleux tapis de nuages dont on voudrait tant croire encore que là est la demeure des anges... Toutes ces vies en transit dans des habitacles pressurisés, toujours plus affairées à combler ce rien qui, avec ses accumulations de codes de chiffres de signes inutiles et d'informations déjà obsolètes, palpite entre ses deux néants. Un rien si précieux cependant auquel un simple regard un geste attentif une voix oubliée qui ressurgit, une lettre qu'on n'attendait plus peuvent donner comme une illusion d'éternité...

jeudi 13 janvier 2011

Ispe

                

Voilà
il y a des endroits comme ça où l'on se souvient n'avoir fait qu'un avec le monde. Il y eut une période dans ma vie, où la petite baie d'Ispe sur le commune de Biscarrosse au bord du lac de Sanguinet représentait un modèle d'équilibre, de paix et d'harmonie, l'équivalent de la note bleue pour les musiciens. Lorsque j'y suis revenu, bien des années plus tard, j'ai retrouvé ce même sentiment de plénitude et de sérénité, d'abandon à la douceur des choses. Et c'était bon de partager le simple bonheur d'être là avec un être aimé. Le grand bâtiment au fond était un hôtel restaurant qui s'appelait "la caravelle" je crois. Peut-être y suis-je allé  prendre une fois, avec mes parents qui ne sortaient guère ou des amis de mes parents, un apéritif. Cet hôtel représentait alors pour moi, le comble du luxe. Hors saison, il m'apparaissait comme un lieu de villégiature propice à la réflexion. Je n'y suis jamais allé. Parfois, je me dis que c'est là que j'aimerais que soient dispersées mes cendres. Dans ce paradis de l'enfance. 

mercredi 12 janvier 2011

Le bout du voyage


Voilà
un jour, vers la fin de sa vie, Franz Kafka rencontre dans un parc une petite fille qui pleure parce qu'elle a perdu sa poupée. Pour la consoler, Kafka, lui raconte que sa poupée a décidé s'entreprendre un long voyage pour découvrir le monde, et que s'il le sait, c'est parce qu'elle le lui a écrit. Le lendemain, il retrouve la petite fille avec la lettre que la poupée lui a envoyé, et lui en fait la lecture, car elle ne sait pas lire. Et tous les jours suivants il revient, avec à chaque fois une autre lettre donnant des détails sur la nouvelle vie de la fugueuse. Comme au bout de quelques jours il faut bien conclure, ce qui devait arriver arrive. La poupée finit bien sûr par rencontrer un prince charmant et se marie avec lui. Ainsi rassurée la petite fille en oublie son chagrin.

mardi 11 janvier 2011

Bords de Seine

Paris, Janvier 2005

Voilà
j'aime Paris. J'aime les bords de Seine. J'adore me promener dans cette ville. Il y existe certains endroits où je me sens toujours comme un touriste, comme un visiteur. J'aime aussi regarder les gens se photographier. J'imagine ce qui a pu les amener là, ce qui les lie. Cette photo que j'ai prise en janvier 2005, (j'étais heureux alors, je me refaisais la cerise après une période difficile), m'en rappelle une autre, prise par un grand photographe, mais je ne sais plus lequel. Il m'arrive parfois d'essayer de reproduire des cadrages, plus ou moins consciemment. Au fond je crois que je suis un promeneur. Il faudrait que je me décide enfin à lire des livres d'André Dhôtel.

dimanche 9 janvier 2011

Old Navy


Voilà
en repassant un soir devant l'Old Navy Bd St Germain, me sont revenus les souvenirs de ces années lointaines où il m'arrivait d'aller chercher des cigarettes au milieu de la nuit, quand il n'y avait plus de tabac pour rouler. Je me suis rappelé de ces heures vagues faites de dérives solitaires où je me récitais à moi même des poèmes de Franck Venaille que je connaissais par cœur, de ces errances et de ces états incertains de cette sensation de naufrage qui m'envahissait parfois sur une banquette au fond du café. A l'époque il y avait Jean-Pierre, Laurence, Olivier les voyages en Angleterre les petites pyramides bleues et les monstres verts, les textes de Michaux, le fantôme d'Adamov et cette vague impression qui ne me lâchait pas : tout n'était qu'affaire de circonstances, et une vie de toute façon ça ne tenait pas à grand chose... Un mauvais trip, une distraction, un horaire qu'on change et l'affaire pouvait prendre une tout autre dimension

jeudi 6 janvier 2011

Paradise

Murree, Penjab (1991)
Voilà
bien des années après j'essaie de retrouver ce qui m'a incité à vouloir retenir cette image, dont sans doute je ne me souviendrais plus si je n'avais à ce moment appuyé sur le déclencheur. Le mot "paradis" sans doute. Des milliers de cinémas de par le monde doivent s'appeler ainsi. Il y a ce très beau film "cinéma paradiso".... Que le cinéma soit lié à une certaine idée du Paradis, et que l'entrée du paradis puisse n'être que cela, un modeste bâtiment de planches avec un toit en tôle ondulée, au bout d'un chemin de terre qu'il faut gravir pour y accéder, c'est cela sans doute qui m'a touché. Que l'image d'une femme plutôt laide, à mon goût, maladroitement peinte, selon mes critères, orne cette entrée, voilà aussi un autre élément qui a du retenir mon attention. Ici donc, c'est le paradis. c'est écrit.  L'image ne dit pas autre chose. Si peut-être. Elle dit aussi à quelle distance je me tiens du paradis. Que je suis incapable de m'en approcher plus. Je suis un étranger. Ici plus qu'ailleurs.

mardi 4 janvier 2011

Reflections


Voilà
dans le livre VII de la République, Platon imagine, enchaînés dans une caverne souterraine où il leur est impossible de se mouvoir, des hommes qui, n'ayant jamais vu directement la lumière du jour, n'en connaissent que le faible éclat qui parvient à pénétrer jusqu'à eux.  Comme ils tournent le dos à l'entrée de leur prison ils ne leur est possible d'apercevoir seulement que leurs ombres et celles, projetées, d'objets au loin derrière eux. Le monde où je vis, dans lequel je me déplace est tout à l'opposé. C'est un monde composé d'une multitude de surfaces lisses, de miroirs, de transparences où s'accumulent et se juxtaposent reflets illusions et déformations. Ces surimpressions soudaines mélangeant corps, objets et paysages dans un complexité où s'enchâssent différents points de vue et profondeurs de champs, aperçues l'espace d'un instant, rendent tangibles la sensation de vertige qui me saisit lors de mes vagabondages et me laisse parfois totalement désemparé.

lundi 3 janvier 2011

Ça n'est pas sûr que ça aille mieux en le disant


Voilà
eh bien les mots manquent, c'est comme ça. Ou alors ils affluent en désordre, par bribes. A moins que ça ne soit la pensée oui la pensée qui n'accède plus aux mots, qui n'en trouve plus le chemin. Enfin toujours est il que les récits résistent et que les histoires ne veulent pas advenir, ne peuvent se construire. D'ailleurs je ne rêve même plus. Autrefois mes nuits étaient fertiles pourtant. Ça serait bien une histoire raconter une histoire... Même sèche, plutôt sèche, de peu de mots. Une histoire qui surgirait de ce dessin. C'est un vieux dessin il a été fait il y a cinq ans parmi d'autres dans une sorte d'urgence rageuse. C'était à la campagne. Chez l'Imbécile, sur le pas de sa porte. Il faisait très beau. J'ai pris des photos des photos je me souviens, parce que malgré le beau temps il y avait quelque chose d'un peu triste, ennuyeux. Le paysage sans doute. Il y en a comme ça, des paysages, avec de l'espace, de l'horizon, mais on a  quand même l'impression qu'on ne peut pas en sortir, que c'est sans issue. Alors on s'accroche à un relief, une lumière sur un pan de mur d'une grange abandonnée. Enfin, c'est ce que je fais dans ces cas là. Je parle d'une ou plusieurs photos que je ne montre pas. C'est le dessin que je montre, qu'est ce qu'il a ce dessin ?