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mercredi 14 mai 2025

Tirage ce soir

 
Voilà
j'ai pris cette photo il y a fort longtemps, non loin du marché des enfants rouges dans le troisième arrondissement de Paris. Là se trouve la boutique "images et portraits" de Fabien Breuvart, photographe plasticien. Il s'est spécialisé dans la revente de photos trouvées, anciennes  et anonymes. J'aime bien, lorsque dans une image, apparaissent d'autres images et aussi lorsqu'il y a de l'écriture ou de la typographie. Je m’étonne de ne l’avoir encore jamais publiée sur ce blog.

mardi 15 avril 2025

En pensant à Moholy-Nagy

Voilà, 
parfois l'espace n'est plus que géométrie. 
L'instant impose sa forme.
Des idées germent alors 
qui plus tard deviennent des images
 

vendredi 14 mars 2025

Proposition 5.6

 

Voilà,
"Les limites de mon langage signifient les limites de mon univers"
écrivait Wittgenstein 
Quoi qu'il en soit aujourd'hui ou peut-être hier, 
les premières fleurs du forsythia sont apparues

dimanche 2 mars 2025

Ces types sont fous

Voilà,
debout dans son salon elle regarde l'écran pendant que son mari finit de disposer les apéritifs. Je n'en crois pas mes oreilles dit-elle ce type est fou. C'est vrai. On pourrait aussi ajouter fat, malhonnête et cynique. Elle regarde ce jeune président s'obstinant à mentir comme un enfant devant un jouet qu'il a lui-même cassé et qui accuse "les autres". L'ensemble de son discours est aussi mensonger qu'immoral. Oui ce mec est vraiment un taré qui perd les pédales et tient des propos révélateurs d'une pensée à la dérive, à la limite de l'incohérence.
Évidemment, certains vont dire qu'il y a bien pire et bien plus inquiétant ailleurs. C'est vrai, mais ici comme ailleurs, nous ne sommes pas au bout de nos surprises et de nos effrois.

*

Les lignes qui précèdent, donc, je les avais écrites début Janvier. Je pensais qu'elles pourraient être encore d'actualité deux mois plus tard. Mais là, depuis hier, en matière d'ignominie télévisuelle assurée par des politiques, nous sommes passés dans une autre dimension. La nuit dernière j'ai mal dormi à cause d'une nouvelle d'un tout autre ordre dont je me serais volontiers passé, (bien que je la sentais venir depuis un moment). Et à un moment en scrollant sur mon téléphone j'ai eu connaissance de ce traquenard tendu à Zelensky, par Trump et Vance. Ça ressemblait à un très mauvais film, mais c'était la réalité. C'était là quasiment en direct, et totalement sidérant. Aussi stupéfiant que la chute des tours du WTC. Le truc que tu regardes sans parvenir à y croire. J'ai eu envie de faire une image (avec une typo american typewriter), tant j'étais dégoûté par ces deux ordures, ces deux tarés qui sont des fous dangereux, sans parler des journalistes courtisans qui eux sont des cons finis. C'est Dr Folamour puissance 10. Comme plein de gens, je n'avais imaginé qu'un telle ignominie fut possible à ce niveau de décision. Ça ressemblait aux procès staliniens, et aux auditions du temps de Mc Carthy.
 
 
Il n'est pas possible de réfléchir ou d'écrire sur ça. D'ailleurs je n'en ai pas envie, mais difficile de faire comme si ça n'existait pas. Tu essaies de prendre le temps de la réflexion, et aussitôt Trump balance un truc à la fois incohérent et débile, tu ne sais pas d'où ça sort. Tu te demandes si c'est inné ou s'il a beaucoup travaillé pour être aussi con. C'est le mec qui fait tout de même passer George Bush Jr pour un génie ! J'ai vu une vidéo, où il demandait si l'Espagne ne faisait pas partie des BRICS. Le mec est à peu près aussi nul en géographie que la plupart des citoyens de son pays, mais lui, il est président. Bref c'est pire qu'une version alternative de "The plot against America" de Philip Roth.
Allez encore une image et un texte écrit il y a deux ou trois jours que je voulais publier demain ou après demain. Je brade.

 

 
Ce montage rend bien compte de l'état de confusion mentale où je me trouve. Trop de choses se bousculent dans ma tête. Je ne pense pas être le seul dans ce cas. L'époque est anxiogène. Je devrais m'en foutre. J'approche du bout de la piste. Mais quand même. Parfois je me dis que j'ai commencé ma vie sous le signe de la guerre, et qu'elle finira de même. Cela ne m'enchante pas.
Alors je vais être plus futile pour une fois. Parler de cinéma. On va faire un saut dans le temps. À l'époque où l'on imaginait que la place de la Concorde à Paris pourrait ressembler à un un campus américain.
En début de semaine, après avoir assisté à une leçon de Wajdi Mouawad au Collège de France je suis allé voir "les quatre journées d’un rêveur" de Robert Bresson inspiré de la nouvelle "Les nuits blanches" de Dostoievski. Je ne l’ai jamais lue. En revanche,  je me souviens de l’adaptation cinématographique de Visconti découverte il y a quelques années à la cinémathèque. Ce fut une révélation et en même temps un grand bonheur de l’avoir partagée avec une certaine personne et qu'elle en ait été touchée, elle aussi. J’en garde un si puissant souvenir que la proposition de Bresson m’a semblé bien pauvre et bien terne en comparaison.
Autant le dire, je me suis souvent ennuyé pendant le film. Malgré Isabelle Weingarten qui est plutôt bien, le parti pris de l’interprétation m’a déplu. Cette neutralité atone m'exaspère. Pourtant j’ai bien apprécié des œuvres comme "Au hasard, Balthazar" ou "Mouchette" ou "Pickpocket " que j’ai vus dans ma maturité. 
Je tiens à rajouter ce détail parce que, en fait j’ai découvert Bresson quand j’étais adolescent, avec ses films en couleur : "Le diable probablement", "L’argent" et "Lancelot du lac". Je sais très bien qu’à l’époque je n'aimais pas sa façon. Je trouvais ses films mal interprétés. Tout sonnait faux à mes oreilles. Cette distanciation m'empêchait de rentrer dans l'histoire. Cela ne me parvenait pas. Cela ne parvenait pas au jeune homme que j’étais. Je trouvais ça maniéré, d'un formalisme creux. Dénué de vie. Quelque chose d'autre m'agaçait que je ne me formulais pas. J'y reviendrai.
Je me souviens très bien que Dominique à qui je dois tant, qui a contribué à ma formation, qui m’a éduqué intellectuellement artistiquement, bref cette femme merveilleuse à qui je dois tant de choses, et sûrement le meilleur de ce que je suis, eh bien elle aimait beaucoup Robert Bresson, et je ne comprenais pas son enthousiasme. Je me disais, "c'est bizarre, cette femme si intelligente, si sensible si cultivée, comment se fait-il qu’elle trouve ça bien, qu'est-ce qu'elle y trouve que je ne vois pas ?".
Que cela soit clair, je ne remets pas en cause le génie de Bresson. Si de grands cinéastes que j'admire par ailleurs (Tarkovski, Scorcese, Al Hartley, Wenders, et même Fassbinder) le tiennent pour un maitre c'est qu'il doit y avoir des raisons. L'une d'elles tient peut-être au fait au fait qu'ils ne l'entendent pas dans leur langue native.
Ce qui m'a immédiatement contrarié dans "Les quatre nuits d’un rêveur", c'est l'aspect compassé, un peu précieux, la diction à la fois scolaire et bourgeoise. Oui ces corps, la façon dont ils se tiennent, dont ils sont vêtus, même dans leur "négligé", transpirent malgré eux le discours de domination.  D’ailleurs c’est bien dans les milieux de la haute bourgeoisie que Bresson allait souvent chercher ses "modèles" comme il disait. 
Dans la façon dont, en marchant dans la nuit, ces personnages discutent de l’amour, des tourments du désir, de la passion, je ne vois que préciosité, artifice, et j'entends aussi beaucoup de poncifs. C'est déjà ce que j'éprouvais confusément quand j’étais adolescent. Oui, je vois un discours de classe qui, au fond me dégoûte et attise encore en moi une sorte de colère. 
Et puis les lieux aussi. Les extérieurs, de nuit la plupart du temps se passent en les bords de Seine. On a l’impression que c'est tourné entre la place Dauphine, le pont neuf le quai Voltaire, le drugstore St Germain. et si on s’aventure un peu plus loin, on sent bien que c’est le XVIème. Si les intérieurs sont modestes, les corps et les voix qui les occupent n’y sont pas accordés. 
Finalement ce qui m'a le plus touché dans ce film, ce sont les signes de l’époque. Tout ce qui dénote le début des années 70. Le mini K7 Phillips dans sa housse rigide en cuir noir, que le personnage principal utilise pour enregistrer ses pensées. J’en ai déjà parlé du mini K7. C’était l’objet à avoir absolument, le cadeau de Noël de 1969 que réclamaient tous les jeunes gens de ma génération. Autre signe de ces temps : les hippies (comme on les appelait alors) —bien propres cependant, des hippies de cinéma— jouant de la guitare, la nuit sur les quais de Seine. La musique est d'ailleurs plutôt bonne. Il a bien été conseillé par Michel Magne sur l'affaire. Mais quand même on a l’impression que ces jeunes gens, qui n'ajoutent rien à l'intrigue, sur les quais sont là juste pour l’ambiance pour le climat pour faire "à la mode".Ils décorent.
Et je ne peux alors m'empêcher de constater que c’est un regard de vieux que porte Bresson sur cette jeunesse. Je veux dire par là, nous n'étions pas comme ça.
C’est cela peut être ce qui est le plus touchant dans le film, et même temps un peu pathétique : ce désir de connivence et d'empathie pour une jeunesse qu'au fond il ne comprend certainement pas. Notre façon d'être dostoievskiens était beaucoup plus désepérée, incarnée, et risquée. Cette envie de faire jeune, d’utiliser des jeunes corps pour faire œuvre mais clairement c’est l’œuvre d’un vieux. Sa façon de tourner les scène de sexe, très chastes en fait, a tout de même quelque chose d'assez malsain. Elles ne sont pas d'une grande nécessité, elles sont bien gentillettes, mais pourtant cinquante ans après on sent quand même le regard un peu dégueulasse, un peu libidineux et voyeur.
Quand il tourne son film Bresson a l’âge que j’ai aujourd’hui. Donc je peux très bien comprendre le décalage dans sa perception des jeunes, même si j'ai une fille qui aujourd'hui a l'âge de ses protagonistes. Je peux comprendre le mélange d'étonnement, de curiosité, d'envie mêlée de regret.
En fait je réalise que je n'aime pas les films en couleur de Bresson. Peut-être que le noir et blanc, qui est déjà un formalisme qui éloigne de la réalité et la rend moins triviale, me permet d'accepter plus facilement le décalage qu'il opère en faisant jouer ses modèles de façon désincarnée. Je ne sais pas. C'est une hypothèse qui ne vaut que pour moi.
Malgré tout j'aimerais les revoir tout de même par curiosité. Et puis voir "Une femme douce" que je n'ai jamais vu. Je ne sais pas si l'occasion se présentera. 
Une anecdote au passage.
Je me souviens que pour un film, la directrice de casting, — jeune et que je connaissais suffisamment pour qu'elle me fit cet aveu — m'avait dit que le réalisateur, qui depuis a acquis une certaine notoriété, souhaitait que la scène fut jouée sur un mode bressonnien, tout en m'avouant qu'elle ne savait pas trop ce qu'il entendait par là. J'ai fait comme elle a dit, j'ai eu le rôle. Très modeste au demeurant. 
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dimanche 16 février 2025

Père Trumpubu


Voilà, 
donc si je comprends bien Trump et son gang ont décidé de foutre la merde partout. Pas seulement dans leur pays mais partout. Avec des méthodes de mafieux, de patrons voyous. Dans la jouissance du "you're fired" qui concluait souvent son émission "The apprentice". Le monde comme une gigantesque émission de téléréalité. Leur jouissance est d'abord dans l’expression de leur pouvoir, donnée comme un spectacle. Outre s'accaparer les richesses, ils n’ont pas d’autres projet politique, que d’asseoir leur pouvoir  et de montrer qu’ils sont les boss, les maîtres et que seule importe leur volonté. Étaler le spectacle de leur puissance, prime sur le reste, et en particulier sur le confort des citoyens et leur bien-être. Mais bon pour le moment la majorité est contente. Elle tient sa revanche. Elle va sûrement déchanter. Les peuples déchantent toujours.
Pour Trump et sa bande il n’y a pas d’Histoire. Ce qui a été tissé avant eux n’a pas de sens puisqu’il n’y ont aucunement pris part. Ils sont dans la logique "du passé, faisons table, rase". C’est étrange que ce slogan que braillaient les jeunes maoïstes occidentaux de la fin des années soixante, soit devenu aujourd'hui leur mode d'action. Paradoxalement cela va de pair avec le fantasme d'une grandeur passée. Grandeur acquise grâce aux élites et à la main d'œuvre européennes qui avaient fui le nazisme dans les années trente.
Les liens entre l’Europe et l’Amérique, le lien historique, les liens culturels, l’origine des États-Unis tout ça, ça n’existe pas pour eux. Pas seulement parce que ce sont des ignorants, mais simplement parce que ça va à l’encontre de leur volonté de puissance. 
En 2016, Michel Schneider dans le journal Le Monde brossait un portrait assez juste de Trump. Mais il faisait preuve d’optimisme en imaginant que les contre-pouvoir du système politique américain, pourraient éviter ce qu’il pressentait et qui pourtant est bien en deça de ce à quoi nous assistons
Ce que propose Trump, ce n’est plus ni moins qu’une révolution culturelle, un changement de paradigme. Évidemment. Il ne le formule pas comme cela. Ce sont des mots trop difficiles pour lui. Il est juste dans la logique commerciale, celle du deal. Celle de Corleone. "Je vais te faire une proposition que tu ne peux pas refuser." et aussi "si tu n'es pas à mon service tu es contre moi"
Hier en une soirée, avec les propos insultants de David Vance lors d’une conférence européenne, initialement consacrée à l'Ukraine, on a compris qu’il n’y avait plus d'alliance historique, de défense commune. Mais que les États-Unis, par la voix de leurs représentants crachaient sur l’Europe et la méprisaient autant que Poutine en utilisant les mêmes mots que lui. 
Il faut comprendre que désormais l’équilibre des forces géostratégiques patiemment établi depuis 80 ans n’a plus cours. L’Europe est considérée comme un vassal un peu prétentieux qu’il faut mettre au pas. Les dirigeants américains la virent comme une vieille maîtresse trop longtemps entretenue et devenue un peu encombrante. On est un peu dans le genre "t’as une semaine pour faire tes valises. J’ai beaucoup fait pour toi. Maintenant tu dégages ou tu fermes ta gueule.
Les dirigeants américains sont strictement dans la logique de la vengeance. De la rancune. La logique de "tu vas me le payer. Je n’oublie pas que tu as fait ça que tu as dit ça. J’ai été trop gentil maintenant tu vas en baver."
Évidemment, il est plus facile d’humilier ses amis en décrétant soudain qu’ils sont devenus des ennemis que de s’opposer à ses véritables ennemis. Le véritable ennemi des États-Unis et des démocraties du monde occidental jusqu’à présent c’était entre autres la Russie. Mais maintenant Poutine est devenu le grand ami de Trump. 
C'est normal. Poutine tient Trump par les couilles. Ils y a des vidéos de lui avec des putes russes dans une chambre d’hôtel alors qu'il n'était pas encore un homme politique. Est ce pour cela que Trump est prêt à tout brader ?
De toute façon Poutine est bien plus malin que lui, bien plus rusé. C’est un monstre froid. Poutine est patient. C’est un joueur de poker. C’est un fou sanguinaire, mais pour lui, contrairement à Trump, la vengeance est un plat qui se mange froid. 
Bref ici en Europe on est vraiment comme des cons. On s'aperçoit que sans le parapluie nucléaire U.S. on n'est rien. On a toujours nourri l'illusion que, à défaut d'aimer l'Europe, l'administration américaine y avait des intérêts, qu'on représentait un marché et qu'elle assurait notre défense pour cela. Bah non.
Pendant ce temps là, la Chine, prospère. En trente ans seulement elle est devenu une puissance en essor. Ce qu’étaient les USA dans la première moitié du siècle passé.
La Chine est mieux armée pour affronter les nombreux défis du XXIe siècle. Son Produit Intérieur Brut est actuellement plus de 30 % plus élevé et atteindra le double du PIB états-unien d’ici à 2035. 
Elle a des infrastructures neuves. Elle a investi dans la science dans la recherche dans l'éducation dans la défense. Elle dispose d'ingénieurs compétents. Les hommes qui sont au pouvoir ont le sens de l’histoire et de la politique et sont visiblement plus intelligents que les dirigeants occidentaux, et américains cela fait aucun doute.  Ils ont  juste à attendre que l’Amérique et l’Occident s’effondrent tout seul. Ils n’ont rien à faire. Juste regarder et être patients. 
Je n’ai aucune idée de ce à quoi le monde va ressembler dans la décennie qui vient. D’ailleurs personne n’en a aucune idée. On sent juste que cela va être assez chaotique, sanglant, guerrier, débile et le tout sur fond de catastrophes naturelles. En tout cas on ne sent pas une intelligence collective à l'œuvre, ça c’est bien certain. Si une météorite menaçait la terre on serait encore assez cons pour continuer à se taper sur la gueule en espérant que ça tombe chez l'adversaire.
Goddam ! C'est donc dans ce monde là que je vais devoir mourir ? Fichtre! autrefois le futur était bien plus rigolo


C’est incroyable d'assister à cela, cette décomposition accélérée, cet effondrement intellectuel, économique, politique. Cette accélération de l’histoire, l'émergence de ce chaos. Un truc équivalent à ce que les habitants du bloc soviétique ont connu à partir de 1986.
Pour en revenir à Trump, quelqu'un a quand même soumis cette proposition à la chambre des représentants. Ubuesque non ?
 
 
 
 
Sinon, je joins la liste des mots clés désormais proscrits dans les documents officiels aux USA 
Et puis aussi les pages et sites supprimés  sur ce lien.
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mardi 28 janvier 2025

Faire comme si


 
Voilà,
il me faut bien admettre que la phrase prêtée au Prince Mychkine par Dostoievski dans son livre "L'Idiot" la beauté sauvera le monde est moins que jamais d'actualité. Pour autant puis-je nourrir l'illusion que, à défaut d'échapper au monde absurde et cruel où nous vivons, l'art permet au moins d' y faire face. C'est ce que nous suggèrent les œuvres réalisées par des marginaux, des simples d'esprit, des fous, tous ceux qu'en anglais on appelle les "outsiders"  et dont, en France, le peintre Jean Dubuffet — quelquefois évoqué dans ce blog — a désigné les productions sous le nom d'"Art brut".
Toutefois, pour peu qu'on ait encore un brin de mémoire, une vague conscience historique, une attention à l'actualité, pour peu qu'on s'efforce de faire le point sur la situation globale du moment, on peut être amené à regretter de ne pas être un simple d'esprit, un de ceux qui ne prêtent aucune attention à ce qui sous nos yeux est en train de se faire et de se défaire.


Le raisonnement que j'ai développé par la suite, je ne vous le livre que sous forme d'image. On ne peut pas écrire sur tout. Il faut éviter certains sujets, politiques en particulier, car le risque de mésinterprétation est très fréquent, j'ai déjà pu le constater. Je ne vcous en livre que la conclusion
... Quoi qu'il en soit, l'accumulation de tous ces faits ajoutée à la confusion idéologique qui règne un peu partout — sans parler des périls écologiques jusque là inédits menaçant la population mondiale — n'incite pas à la sérénité ni à l'optimisme. Bien sûr les choses n'adviennent jamais comme on s'y attend. Si l'horizon est plutôt à la catastrophe on ignore quelle en sera l'exacte nature. Des dirigeants fous disposent d'une puissance de feu inédite dans l'histoire de l'humanité. Des déréglements climatiques et des anomalies écologiques comme la dégradation de la biodiversité constituent des menaces que l'on ne prend guère en considération. Des virtualités effrayantes sommeillent comme des volcans qui ne demandent qu'à s'éveiller. Nous tentons de faire comme si tout cela n'avait qu'une importance toute relative. Nous protestons parfois bien sûr. Nous nous insurgeons, exprimons nos indignations pour ceci ou cela — il y a tant de motifs —, mais nous avons si peu de prises sur les événements. Nous essayons d'être heureux malgré tout, de faire la fête quand c'est possible, de voir des films des amis des paysages. Nous nous efforçons d'oublier ou du moins de ne pas y penser. Car il faut bien vivre n'est-ce pas...
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dimanche 15 septembre 2024

Pêle-mêle avec dessin d 'enfant

 
Voilà,
la défaite de l'Occident est vraiment consommée dans la mesure où 48% de la population des États-Unis envisage d'accorder une fois encore ses suffrages à un type dont, durant la crise du covid, on a pu constater la bêtise crasse, et qui prétend dans un débat présidentiel que des immigrés haïtiens mangent les animaux domestiques. En Argentine, le président Milei, qui ne s'est jamais marié et n'a pas d'enfants, a décrit son chien mort Conan comme son ami le plus proche et son confident et prétend être en relation télépathique avec lui. 
Donc on a encore de la marge chez les gringos.
 
*
 

Je me sens de plus en plus en plus impuissant à écrire quoi que ce soit sur le monde où je vis. Il est tellement sordide le monde, de façon générale. Cela n'a aucune utilité. Aucun sens. À quoi bon s'insurger, maugréer. Je serais amené à répéter ce que j'ai déjà écrit. C'est pour cela qu'il m'arrive de plus en plus souvent de republier des vieux posts ou de surligner des liens avec des publications passées, écrites il y a bien des années. Il faudrait juste pouvoir en rire. Mais ça serait forcément de l'humour noir. Ça ne passe pas bien sur les réseaux, l'humour noir, le second degré, l'ironie. Et puis il n'est pas certain que j'aie beaucoup d'humour en ce moment. Enfin pour écrire. Je suis plus drôle à regarder qu'à lire.
 
*
 

 
C'est à cela que je ressemble en ce moment. Mon état intérieur. Effaré. Soulagé depuis quelques temps mais pas rassuré pour autant. Conscient d'avoir échappé à un grand malheur. Il y a un peu moins d'un an, je redoutais de perdre ma fille. La mort est passée près. C'est, après un long et pénible traitement une rescapée désormais. Une miraculée peut-être. Pour ma part je suis encore sonné. Ce n'est pas le lieu pour en parler. Ce n'est en fait le lieu nulle part je crois.
Tout déconne dans ce monde, mais elle est vivante. Je peux la voir, la serrer dans mes bras, l'entendre, passer du temps avec elle, la faire rire, sourire. La laisser vivre. S'éloigner à nouveau et reprendre sa liberté. Je l'admire secrètement pour la façon dont elle a traversé cette épreuve. Je ne sais pas comment ça l'a changée. Je n'ose pas lui demander. Peur d'être intrusif. Peut-être que ça ne me regarde pas.
Je dois garder pour moi les inquiétudes. Essayer de revivre. Je n'y parviens pas bien. Me laisse glisser. Je ne peux pas chasser le vieux moi, sceptique sarcastique désabusé. J'ai vu des comportement de merde durant cette période. Quand on a un enfant malade, des gens que l'on croyait fiables peuvent se révéler dénués d'empathie. Certains même très minables. Chacun ses problèmes n'est-ce pas. Il y a eu quelques bonnes surprises tout de même. Et les vieux amis.
Parce que les circonstances l'exigeaient, moi qui ne suis pas très optimiste j'ai espéré. Et mon espoir a été exaucé. Je ne crois pas en Dieu, en la providence. Je ne peux que dire "merci la science". Merci la chance dans cette adversité. Merci le système de santé français pourtant si menacé. Merci les médecins, les infirmiers et infirmières qui ont pris ma fille en charge. 
Je devrais sourire à la vie. M'émerveiller. Mais je suis cassé. Quelque chose en moi s'est cassé. J'avance dans un perpétuel étourdissement. Je n’ai plus de repères. je sens bien que je devrais penser autrement, changer ma grille de lecture. Mais je ne sais quoi mettre à la place. Je suis épuisé. Je me traîne.

*
 

cependant je regarde toujours les murs. L'autre jour passant devant un "jardin maternel" rue du Moulinet dans le treizième arrondissement, j’ai été intéressé par cette reproduction en mosaïque de dessins d'enfants. Évidemment j'ai cherché ce qu'est  un jardin maternel car je n'avais jamais entendu ni lu cette expression. La spécificité du jardin maternel est d’accueillir en priorité des enfants de 2 à 3 ans n’ayant jamais bénéficié d’un lieu d’accueil collectif avant leur 2 ans comme une crèche par exemple. Il s’agit d’un lieu de socialisation avant l’entrée à l’école maternelle. Ce qu'on appelait autrefois un jardin d'enfants. Je me suis souvenu des dessins de ma fille, et de celui-ci que j'aime particulièrement.
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mercredi 28 août 2024

Choses bizarres

 

Voilà, 
parfois sur ton smartphone tu vois des choses bizarres. Tu as du mal à y croire. C'est un gag ou une vraie proposition ? Alors tu gouguelises pour vérifier. Bah oui, ça existe. Vraiment. Ce n'est pas une plaisanterie. Un journal de droite propose réellement une application pour simuler des coalitions à l'assemblée nationale. Et là tu te dis que tu es passé pour de bon dans une autre dimension.
Ce matin, tu t'es réveillé, très perturbé, parce que tu étais convaincu que cette grande île entre le Danemark et le Groenland où tu passais des heures exquises, à pédaler sur des pistes cyclables merveilleuses, existait en réalité. Tu avais mis du temps à sortir de ce rêve où elle te semblait familière, terriblement présente. Comme si tu avais passé ton enfance là-bas. Mais là ce soir tu vas t'endormir dans un monde encore plus absurde que celui dans lequel tu t'es réveillé. Cependant tout y est effroyablement concret. Et en particulier, la bêtise. 
Tu songes qu'il y a sans aucun doute quelque chose qui déconne. Et tu n'y es pour rien. Toi de ton côté, au jour le jour, tu essaies d'être le plus cohérent possible. Mais le président de ton pays lui ne l'est pas. Il est en roue libre, hors sol. Bien que désavoué dans les sondages et dans les urnes — je raconte ça pour mes quelques lecteurs étrangers,  pour qu'ils se rendent compte un peu — il veut être à la fois président, premier ministre et chef de parti. S'il pouvait dissoudre les électeurs il le ferait. Depuis le résultat des législatives il ne cesse d'attendre de tergiverser. Deux mois que le gouvernement précédent, gère les affaires courantes.  Bon comme ça la ministre des Sports aura au moins pu assister aux jeux olympiques. C'est qu'on a découvert qu'il y a des trous dans la constitution. L'intérim d'un gouvernement n'est pas prévu. La notion d'affaires courantes est floue. Les constitutionnalistes s'en donnent à cœur joie. A la radio, la télévision ça piapiate à tout crin. C'est là que tu comprends que le droit c'est tordu. 
Mais le président préside, il monarchise même. Il continue de prendre son temps. Il ne nomme toujours pas de premier ministre, et refuse ce qu'on lui propose. Il justifie ses décisions présentes par la nécessité d'une "stabilité institutionnelle". C'est pourtant lui qui, il y a trois mois, sans consultation, dans la hâte, a semé le bordel et l'instabilité en précipitant des élections. Son obsession, pour le moment c'est de disloquer la gauche. C'est pour cela vraisemblablement qu'il a anticipé les législatives avec le succès que l'on sait (son parti a beaucoup moins de sièges et personne ne veut vraiment s'allier à lui). Et maintenant le voilà comme un daltonien dyslexique devant un Rubik's cube. Bref c'est l'impasse.
Ces conneries donnent juste envie de se couper de tout et d'aller se mettre au vert.
 

Par exemple du côté du Parc Naturel Régional de Brière, l'un des plus anciens parcs régionaux français. Situé à quelques kilomètres de l'Océan Atlantique, au cœur de la presqu'île de Guérande,  réputée pour ses marais-salants, il s'étend sur 56 500 hectares. C’est un territoire sauvage et protégé dont les marais constituent une zone humide parmi les plus riches d'Europe sur le plan de la biodiversité. On y fabrique aussi du pain à la farine de petit épeautre doré. Depuis que j'en ai mangé j'ai envie d'y goûter à nouveau. Je n'en ai pas encore trouvé à Paris. C'est aussi difficile que d'y dégotter une majorité de gouvernement à l'assemblée nationale.
Mais tu ne bougeras probablement pas. Tu le sais. Trop fatigué. Tu vas continuer à regarder le monde depuis mon lit.

vendredi 21 juin 2024

Downtown Beirut

 
Voilà,
non loin de l'atelier que m'avait prêté cet été-là Yoshiko Chuma, une chorégraphe dont la compagnie de danse s'appelait "The school of hard knocks" — en échange je devais nourrir le chat —  , se trouvait au 158, 1st Avenue, le Downtown Beirut. Ce bar disposait d’un excellent jukebox les bières n'y étaient pas chères et la musique plutôt bonne. 
Le lettrage de l'enseigne était très en vogue dans les années 80. Cet oblique ascendant, je l’ai, dans des propositions d’affiches, quelquefois utilisé à la même époque. On utilisait ces feuilles en plastique sur lesquelles étaient surimprimés des lettres et des symboles que l'on décalquait ensuite sur un rhodoïd placé au dessus de l'illustration et que l'on appelait "Letraset", du nom de l'entreprise qui les fabriquait. Cette phase du travail était particulièrement pénible et chronophage et m'exaspérait souvent, surtout lorsqu'il y avait beaucoup de noms à disposer.

dimanche 12 mai 2024

Pêle-mêle avec zèbres et moustiques



 
Voilà,  
non loin de la mairie du XIV arrondissement, rue Boulard, le mur d'une école offre cette fresque étrange, de facture très classique signée Clémence Arnold. Je suis allé voir son site, très complet et j'ai été touché par la qualité de se travaux. Elle parle aussi de son parcours sur la page des ateliers Daguerre, qui lui ont commandé cette œuvre murale.
 
*
 
Hier soir, je suis resté un long moment abasourdi, sidéré devant la numération bien au dessus de la norme, apparue sur l'écran. Je ne m'y attendais pas. La fatigue des derniers mois était peut-être associée à d'autres causes que je ne soupçonnais pas. J'ai aussi réalisé que pendant quatre jours je n'avais parlé avec personne, à part une conversation avec Françoise M. que j'ai croisée par hasard (je ne l'ai pas immédiatement reconnue, elle était en scooter avec son casque, et s'est garée sur le bas côté) et une autre, brève, au téléphone avec ma fille, actuellement à Prague.
 

Je ne sais pas pourquoi, avant d'aller me coucher hier soir j'ai repensé à cette phrase de Peter Handke  dans son recueil de notes "L'histoire du crayon" : Ayant oublié la gaieté des formes il vivait dans l'inquiète légèreté de l'absence de forme. Je ne me sens pourtant pas particulièrement léger depuis huit mois.
 
*

 La semaine dernière, les rues de Paris étaient désertes en raison d'un pont (spécialité bien française) puisque c'était la fête de la victoire le 8 mai, et le jeudi de l'ascension le 9 qui sont deux jours fériés et ensuite le week-end. En posant un jour de congé le vendredi cela fait quatre jours de vacances. J'écris cela pour mes correspondant étrangers que cela pourrait étonner. La France est un pays soit-disant laïc mais les fêtes catholiques y sont pléthore ; il reste encore la pentecôte et son lundi. En fait en France le mois de Mai est un mois où l'on ne branle rien. Avec ces jours fériés cumulés, on est sûr qu'il n'y aura plus d'effervescence sociale comme en 1968. Alors, j'en ai profité pour — bien que je ne sois pas un as dans ce domaine là — bricoler, et j'ai installé des moustiquaires devant mes fenêtres. Cela faisait longtemps que cela me trottait dans la tête, de façon presque obsessionnelle. C'est un peu empirique mais ça tient. 
 

  - What need is there to stay in a world where you no longer have your place?
- oh dear, I have a feeling you're going to try a kamikaze raid
 
Je ne sais pas si c'est lié au traumatisme de l'année dernière où j'ai été attaqué durant tout le festival d'Avignon par des moustiques-tigres, dont on sait qu'ils remontent vers le Nord, ou bien parce que j'ai lu il y a quelques semaines que l'Argentine subissait sa pire épidémie de dengue dix fois plus puissante que l’année précédente à la même époque — selon des chiffres de la mi-avril plus de deux cents personnes en seraient mortes et 270 000 infectées —, j'ai donc été pris d'une frénésie d'aménagement local. 
 
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Sinon parfois, dans la rue il arrive qu'on soit confronté à d'étranges apparitions, un peu déconcertantes, qui donnent de la fantaisie et de la poésie à ce monde qui en manque tant, car tout de même, on ne peut pas dire que les nouvelles de la planète soient particulièrement réjouissantes ces temps-ci.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

jeudi 28 décembre 2023

Au lendemain de Noël

Voilà,
au lendemain de Noël vers midi je me suis retrouvé là, dans le vingtième arrondissement rue de Ménilmontant au dessus des voie de l'ancienne petite ceinture, dont j'ai déjà parlé autrefois, qui était une voie ferrée circulant autour de Paris. C'était une journée douce pour la saison, un peu grise. J'étais invité à manger chez A.de C, mais le caviste local était fermé et j'ai un peu galéré pour trouver du vin. Finalement, je me suis rabattu sur des pâtisseries orientales. Je me suis arrêté pour prendre cette photo, saisi par l'émouvante banalité de ce point de vue. Peut-être parce que j'y voyais là l'image même de l'abandon, de la désaffection, que je ne pouvais traduire en mots, et que je m'identifiais à ce qui s'offrait à mon regard. Mais tout de même, dans la nuit j'avais trouvé de nouvelles idées que j'avais commencé d'expérimenter et, dans toute cette confusion, ceci compensait en partie cela.

dimanche 29 octobre 2023

Mélanges et considérations éparses


Voilà,
une de mes histoires juives préférées qui résonne de façon étrange ces derniers temps.
"des journalistes partent faire un reportage à Jérusalem. Ils filment un peu partout et arrivent au Mur des Lamentations. Après avoir interrogé les gens alentour, ils se dirigent vers un vieil homme qui a prié longuement...
 - Bonsoir Monsieur, vous venez souvent prier au Mur des Lamentations ?
 - Oui Messieurs, je viens ici tous les soirs depuis plus de 40 ans.
- Et pour quoi priez-vous ?
- Je prie pour tout : pour la fin de la guerre dans le monde, pour que la famine cesse, pour endiguer les maladies, la misère, la malnutrition...
- Vous priez vraiment pour tout cela ?
- Et bien plus encore... je prie pour la préservation de la planète, je prie pour ma famille, je prie pour mes amis, je prie pour l'humanité, je prie pour qu'on trouve une solution aux problèmes humains, à la pollution, aux maladies...
- Et qu'est-ce que cette prière vous apporte ?
- Peu de choses... j'ai l'impression de parler à un mur !"
 
 
A Paris, à l'église Notre-Dame des Victoires, les murs sont tapissés d'ex-voto en remerciement des prières exaucées.
shared with  monday murals -
 
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Sinon,  la coupe du monde de rugby s'est terminée. Aucune de mes équipes préférées n'a gagné. Hier en passant du côté de la rue Princesse, j'ai pris cette photo. Au moins au rugby les supporters se respectent. Ils boivent des coups ensemble avant et après les matches. Ils se photographient. Je repense aussi à ce tableau peint en 1912 par Eugène Pascau que j'ai photographié au musée des arts décoratifs représentant Fernand Forgues, capitaine de l'aviron bayonnais.
 

 C’était à la mi-septembre, j'étais un autre homme. Mes soucis étaient d'une nature différente et me semblent bien dérisoires à l'heure qu'il est.
 
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J'avais et j'ai encore de nombreuses publications rédigées à l'avance pour ce blog. J'avais programmé celle-ci pour un de ces jours prochains, qui commençait par un rêve qui m'avait traversé il y a longtemps, sans doute à l'époque du confinement. 



"Après m'être couché à minuit, anxieux à cause des symptômes de rhinite ou de pharyngite que j'ai ressentis, je me réveille deux heures plus tard parce qu'un gros crétin avec une grande gueule, se fout de deux types que je lui aurais recommandés. Ils se font passer pour mes frères, enfin c'est comme ça qu'il me les présente. Il paraît qu'ils commettent, en mêlée fermée des fautes de débutants, chacun à son poste de pilier. En voilà une affaire ! Qu'est ce que j'y peux moi si ces deux guignols poussent de traviole et n'assurent pas leurs appuis. Je ne sais pas d'où ils sortent. Je ne les connais même pas. D'ailleurs leur gabarit peut difficilement faire illusion, et en plus ils ont l'air sacrément cons, et deux trois questions me confirment qu'ils ne sont pas plus rugbymen que je ne suis épidémiologiste et c'est sans doute ça qui me réveille". 
Du coup ça m'a rappelé à ces deux là, bien dépités et pas très frais, mais bien sympathiques cependant, que j'avais croisés en Octobre 2011 rue Princesse au matin, peu après la défaite des français lors la finale de la coupe du monde de Rugby contre les All Blacks. Ils avaient absolument tenu à ce que je les photographie.  
Il existe une théorie dite des six degrés de séparation (aussi appelée théorie des six poignées de main)  établie par le Hongrois Frigyes Karinthy en 1929 qui postule que toute personne sur le globe peut être reliée à n'importe quelle autre, au travers d'une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons. Avec le développement des technologies de l’information et de la communication, le degré de séparation a été mesuré de 4,74 sur le réseau social Facebook en 2011, 3,5 degrés en 2016, et à 6,6 sur l’échange de plusieurs milliards de messages instantanés étudiés en 2008 par Eric Horvitz et Jure Leskovec, chercheurs chez Microsoft, en analysant des discussions de Windows Live Messenger.
Donc si quelqu'un parmi mes lecteurs reconnaît un de ces deux lascars, je peux lui faire parvenir cette photo, s'il me joint par l'intermédiaire du formulaire de contact.
 
*
 
Différentes temporalités s'enchevêtrent. Il faudrait qu'à nouveau je fabrique des images qui rendent compte de cela. Mais je ne sais plus de quoi je suis encore capable. Tout me semble obscur.
 

 
L’essayiste américain, John Koenig dans son "Dictionary of obscure sorrows" a inventé de nombreux mots parmi lesquels "Occhiolisme" qui signifie  "Être conscient de la faiblesse de sa propre perspective dans ce vaste monde".
 
(Paris, Mai 2007)




 
Le terme "Sonder" mérite aussi d’attirer l’attention. Il permet en effet d’exprimer cette impression métaphysique désagréable que l’on éprouve lorsque l’on comprend que "chaque personne que l’on croise vit une vie aussi pleine et complexe que la nôtre". Le sonder est un sentiment qui nous submerge : il exprime le fait d’admettre qu’il est impossible de se mettre complètement à la place de l’autre. Et aussi que personne ne peut se mettre à notre place.
 

mercredi 30 août 2023

Méfiez vous de la réalité


Voilà,
en voyant ce tableau de Marcel Gromaire au Musée d'Art Moderne je me suis souvenu de ce poème particulièrement mélancolique de Franck Venaille auteur que j'aimais beaucoup dans ma jeunesse, lorsque je ne lisais que de la poésie. J'habitais une petite chambre de bonne rue Saint Placide, et, même si une famille aimante m'avait quasiment adopté, il y avait malgré tout beaucoup de solitude dans ma vie. La première ligne du poème m'est revenue à l'esprit, ainsi que des images que sa lecture souvent recommencée suscitait en moi, à cette époque. J'avais vingt ans, et ce n'était pas facile. J'étais obsédé par l'idée qu'il fallait que je me fasse réformer, que j'échappe absolument à toute cette merde militaire dans laquelle j'avais trempé depuis ma naissance. C'était difficile de s'en débarrasser, et je n'avais aucune envie de m'y replonger, de refoutre les pieds dans une caserne, que des connards de sous-officiers bas de plafond me donnent des ordres, que des trous-du-cul bornés tentent de me faire marcher au pas. Plutôt crever. J'étais prêt à tout pour échapper aux servitude de la vie de troufion. J'avais parfois des conduites à risque tellement j'étais angoissé par cette affaire. Finalement ils ne m’ont pas eu. J’ai eu de la chance, je m'en suis sorti sans trop de séquelles. Venaille justement évoquait beaucoup, à mots plus ou moins couverts ce qu'il avait subi, comme appelé du contingent en Algérie. On y sentait comme il avait été cassé, par tout ce qu'il avait vu et éprouvé là-bas. Sa douleur ne m'était pas étrangère. J'avais connu, enfant les mêmes cieux que lui à la même époque. Le sort m'avait été plus favorable. Je n'avais perdu personne de proche. Par deux fois, à quelques secondes près, le malheur aurait pu survenir. Je m'étais accommodé de ce que j'avais pu ressentir, parce qu'au début de sa vie on a beaucoup plus de force vitale pour s'arranger avec les mauvais souvenirs, même si le poison de la mélancolie continue d'infuser tout le reste de l'existence. Comme lui je sais que "l'état de guerre n'en finit pas".
Venaille, je l'avais découvert, comme nombre de poètes contemporains de l'époque grâce à cette revue de poésie au format de poche qui s'appelait Poésie 1 parce que chaque numéro ne coûtait qu'un franc. Il y avait de nombreuses publicités à l'intérieur, surtout pour RTL, la radio, mais c'était une entreprise éditoriale vraiment intéressante. J'ai pu ainsi découvrir des tas d'auteurs passionnants, qui m'ont rendus la vie plus supportable. J'ai gardé tous ces livres. J'y tiens. Je les ouvre parfois, j'y retrouve les peurs, les espérances, et les incertitudes d'alors qui m'ont longtemps accompagné. J'ai donc retrouvé l'intégralité de ce poème que je vous livre tout entier.
 
C'était bon d'avoir trente ans et de vivre à paris où tant de femmes ressemblent à des Gromaire
de caresser des nuques devenues timidement amies
en prononçant des paroles sans suite sans fin ni importance
banales et sereines parfois même imprévues
au rythme de la locomotive du sang des hardiesses et des désespoirs fulgurants
qui faisaient tituber maudire et regretter, parfois pleurer
souvent pleurer et nous réfugier dans une indifférence factice
prête à laisser jaillir ce feu qui nous consumait 
au premier sourire à la première parole simplement aimable
à ce geste de la main vers notre main notre bras sur notre épaule
à nous qui marchions dévorés de tendresse et d'envies contradictoires
C'était bon de rire avec elles de parler avec elles de souffrir avec elles
et de tenter sa chance sans louvoyer
de dire notre détresse et notre solitude
et d'appeler encore plus de détresse et de solitude
déjà muré dans l'inextricable déchéance d'une vie aux espérances saccagées — 
 
 

  
Pour ma part je n'ai plus trente ans depuis longtemps, mais je suis toujours prêt à laisser jaillir un feu qui me consume, même s'il est trop tard. Malheureusement on a beau avoir lu les bons philosophes, on en esquive pas moins le réel pour s'illusionner. C'est toujours une faiblesse de croire. De s'obstiner à croire. Et c’est difficile ensuite d’admettre qu’on s’est trompé. On a un peu honte. On ne s'en remet jamais tout à fait. Les gens qui calculent s'en sortent mieux. A condition de bien compter. On devrait plus souvent faire confiance aux murs.

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