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dimanche 22 septembre 2024

De la stupidité


 
Voilà 
les récents événements politiques en France m’ont rappelé cet article paru en 2017 sur "Slate", que j'avais mis de côté et que je restitue tel quel. Il me semble tout à fait correspondre à la situation qui est la notre depuis trois mois en particulier à ce qui se passe à la tête de l'État mais aussi dans les états majors de certains partis et les rédactions de la plupart des chaînes d'informations.
"En 1976, un professeur d’histoire économique de l’Université de Californie à Berkeley, Carlo M. Cipolla, a publié un livre décrivant les lois fondamentales de ce qui est pour lui la plus grande menace pour l’humanité : la stupidité. Les règles établies par Carlo Cipolla n’ont jamais été aussi pertinentes qu’aujourd’hui. Nous sommes plus que jamais menacés de vivre dans une «idiotcracy».
Carlo Cipolla, mort en l’an 2000, soulignait que les gens stupides sont nombreux, irrationnels et qu’ils créent des problèmes pour les autres sans en tirer le moindre bénéfice ce qui affaiblit la société. Il n’y a aucune protection contre la stupidité. La seule façon pour une société de ne pas être emportée par le poids de ces idiots est, pour ceux qui ne le sont pas, de travailler plus et plus intelligemment.
Carlo Cippolla avait établi 5 lois immuables de la stupidité.
Loi 1: Toujours et inévitablement nous sous-estimons le nombre d’individus stupides en «liberté».
Peu importe le nombre d’idiots que vous imaginez autour de vous, vous sous-estimez invariablement le total. Pourquoi? Parce que vous partez du principe faux que certaines personnes sont intelligentes en fonction de leur travail, de leur niveau d’éducation, de leur apparence, de leur réussite… Ce n’est pas le cas.
Loi 2: La probabilité qu’une personne soit stupide est indépendante des autres caractéristiques de cette personne. 
La stupidité est une variable constante dans toutes les populations. Toutes les catégories qu’on peut imaginer – de genre, ethnique, religieuse, de nationalité, de niveau d’éducation, de revenus – possède un pourcentage fixe de personnes stupides. Il y a des professeurs d’université stupides. Il y a des gens stupides au Forum de Davos, à l’ONU et dans toutes les nations de la terre. Combien y en a-t-il ? Personne ne sait. Voir la Loi 1.
Loi 3: Une personne stupide est une personne qui crée des problèmes à une autre personne ou à un groupe de personnes sans en tirer soi-même le moindre bénéfice. 
Cette loi implique qu’il y ait trois autres sortes de personnes. Celles intelligentes dont les actions bénéficient à elles-mêmes et aux autres. Les voyous qui tirent des avantages pour eux-mêmes au détriment des autres. Et ceux qui enrichissent les autres à leur détriment. Les non stupides agissent de façon inconsistantes. Parfois, nous nous comportons intelligemment, parfois comme des voyous et parfois contre nos intérêts.
Mais les stupides sont eux constants. C’est pour cela qu’ils sont si dangereux pour Marco Cipolla.
« Les personnes stupides sont dangereuses et créent des dommages avant tout parce que les gens raisonnables ont du mal à imaginer et à comprendre des comportements aberrants. Une personne intelligente peut comprendre la logique d’un voyou. Une rationalité détestable, mais une rationalité… Vous pouvez l’imaginer et vous défendre… Avec une personne stupide, c’est absolument impossible. Une personne stupide va vous harceler sans aucune raison, pour aucun avantage, sans aucun plan et aucune stratégie… Vous n’avez aucune façon rationnelle de savoir quand, où, comment et pourquoi une créature stupide va attaquer. Quand vous êtes confronté à un individu stupide vous êtes complétement à sa merci…».
C’est votre oncle qui ne peut pas s’empêcher de répandre des «fake news» sur les réseaux sociaux ou l’employé du service en ligne qui va vous raccrocher trois fois au nez et va finir par ne pas régler votre problème et vous en créer d’autres.
Loi 4: les personnes non stupides sous-estiment toujours les dégâts que peuvent faire les individus stupides. Elles oublient en permanence que conclure un marché ou s’associer avec des personnes stupides est une erreur très coûteuse. 
Nous sous-estimons le stupide à nos risques et périls
Loi 5: Une personne stupide est la plus dangereuse des personnes.
Elle est plus dangereuse qu’un voyou car nous ne pouvons rien faire ou presque contre la stupidité. La différence entre les sociétés qui s’effondrent sous le poids de leurs citoyens stupides et celles qui surmontent cette difficulté tient à une chose: leur capacité à produire des citoyens se comportant de façon intelligente dans l’intérêt de tous. Si dans la population non stupide, la proportion de voyous et de personnes agissant à l’encontre de leurs propres intérêts est trop importante : « le pays devient alors un enfer » conclut Marco Cipolla.
 


 
sinon, je ne me souviens plus (et cela n'a d'ailleurs aucune importance) où j'ai pris cette photo d'un oiseau qui a l'air bien moins stupide que celui qui ouvre cette page et que j'ai, à l’orée de ma lointaine jeunesse  – quand la France pompidolait encore mollement – dessiné dans un état qui devait être sûrement très "intermédiaire" .

vendredi 3 novembre 2023

Cerné par les ordures


 
Voilà
en février 2023 dernier, le procès de Clément Baur, Mahiedine Merabet et dix autres hommes ayant participé à un un attentat déjoué à Marseille, à l’aube de l’élection présidentielle de 2017, a été renvoyé «à une session ultérieure». Cela faisait pourtant deux semaines qu’ils étaient jugés devant la cour d’assises spécialement composée de Paris. L'absence d’une de ses assesseures, «pas en capacité au vu des avis médicaux de nous rejoindre avant plusieurs semaines», et l'impossibilité de trouver un remplaçant désigné en amont de l’audience, la présidente, Corinne Goetzmann a été contrainte au renvoi. La cour compétente en matière de terrorisme ne peut délibérer si elle n’est pas formée de cinq magistrats professionnels ayant suivi l’intégralité des débats. Aucun assesseur supplémentaire n’avait, comme il est pourtant d’usage pour de telles audiences, été désigné lors de ce procès prévu pour durer quatre semaines. Il se tient à nouveau depuis le 30 Octobre et doit se poursuivre jusqu’au 1er Décembre.
Ce naufrage s’ajoute à celui de l’Éducation nationale, et de notre système de santé. Quand les gens comprendront-ils que les grandes fraudeurs fiscaux nous volent l’argent des communs et qu'ils sont les responsables à punir le plus sévèrement possible ? Mais évidemment vu les moyens de la justice, et l'absence de volonté de nos gouvernants à la botte du patronat, tout est fait pour que cela ne puisse se produire. La France est le pays d'Europe où les crédits alloués à la justice sont parmi les plus bas.
En outre, l'année passée, en France, la fortune des milliardaires a augmenté de 200 milliards et la fréquentation des restaus du cœur de 12% en 6 mois.
La France ressemble à cette photo prise en mars dernier à Paris, lors de la grève des éboueurs. Si on regarde le ciel, c'est joli, mais à hauteur d'homme on est cerné par les ordures.
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mardi 4 avril 2023

Un fait divers belge

Voilà
une des nouvelles les plus désopilantes qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps (j'ai d'abord cru à un poisson d'Avril) : "un père de famille s'est donné la mort après avoir dialogué pendant six semaines avec un chatbot, un ordinateur doté d'une intelligence artificielle. L'homme était très éco-anxieux, la machine ne l'a pas beaucoup rassuré et la famille accuse désormais Eliza, cette intelligence artificielle de l'avoir poussé au suicide. Ce trentenaire, père de deux jeunes enfants, souffrait depuis plusieurs mois d'une dévorante angoisse de fin du monde causée par le réchauffement climatique. Il a choisi d'en parler avec cette IA, tout d'abord pour lui poser des questions sur les espoirs de survie de l'humanité. La conversation aurait ensuite pris une dimension beaucoup plus humaine. "Elle était devenue sa confidente, une drogue dont il ne pouvait plus se passer", rapporte son épouse au journal La Libre Belgique. Ce n'est qu'après son décès que sa famille découvre la conversation où la victime fait part de ses pensées suicidaires, de la manière dont il compte mourir. Elisa, intelligence spécialement programmée pour ne jamais contredire ses interlocuteurs, le soutient. Suite à ce drame, le secrétaire d'État à la digitalisation a annoncé le lancement d'une réflexion sur la régulation des intelligences artificielles." 
Mais contre la connerie naturelle, apparemment, rien ne semble avoir été prévu. Et, si l'on en croit les programmes de radio et de télé mainstream, on pourrait même supposer qu'elle est, au contraire, fortement encouragée. Quoi qu'il en soit, les commentateurs évoquent désormais avec beaucoup de sérieux, les trois lois de la robotique énoncées pour la première fois par Isaac Asimov en 1942 dans sa nouvelle de S.F. Cercle vicieux (Runaround) :  1) un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger  2) un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ; 3) un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.
J'ai donc, par curiosité, tapé la première phrase de cet article dans le prompt d'un générateur text-to-image, comme je l'avais déjà fait en décembre. J'ai obtenu ça : 

 
Qu'en conclure ? D'abord que ce générateur n'est pas si intelligent que ça. Je l'avais déjà constaté en décembre dernier, après un entretien avec un nouvel agent conversationnel dont on vantait alors les mérites. Je n'ai même pas publié ce que j'en pensais, tellement cela me semblait peu digne d'intérêt. J'avais l'impression de parler avec un prêcheur évangélique. C'est à dire le degré zéro de la pensée. Revenons à cette image : "un père de famille" c'est forcément un vieux avec une cravate. "Un ordinateur doté d'une intelligence artificielle", c'est une petite fille un peu difforme, blanche et blonde, avec une vague prothèse dans les cheveux. Je trouve même cette image sournoisement licencieuse. Cette petite fille à grosse tête, au cou étroit et au nez mal fini, ne serait-elle pas sur les genoux de ce vieillard pour que leurs visages soient ainsi à la même hauteur ? 
J'ai donc décidé de formuler ma requête avec le paragraphe allant de "un père de famille" jusqu'à "une drogue dont il ne pouvait plus se passer". Et là c'est le grand n'importe quoi :
 

D'une part la mort y semble toujours associé à la vieillesse. En outre, ce générateur d'images a toujours autant de problèmes avec la représentation des mains et les lois de la perspective. Quant à la représentation de l’IA par elle-même, je la trouve assez croquignolesque.
Évidemment, je suis un peu taquin, je propose délibérément des "prompts" vagues et abstraits, voire même confus. Je n'ignore pourtant pas qu'il existe déjà des banques de "prompts" qui s'affirment comme "la solution par défaut en matière d’achat-revente pour gagner du temps, obtenir de meilleures images et dépenser moins de crédits sur les services "d’IA et leurs API". Mais ce qui m'intéresse c'est le côté déconnant de l'affaire. Je cherche l'anomalie. Par exemple, ces générateurs ne prennent pas en considération ce qui choque. Tu files une description d'une scène d'orgie par le marquis de Sade, la machine refuse (mais qui sait peut-être cela marcherait-il avec la description du martyre d'un saint). Il y a malgré tout un certain charme au côté mal foutu, pas encore dégrossi. C'est d'ailleurs ce qui m'intéresse. Cette génération de "possibles totalement improbables" que produit la machine, avec des mains à sept doigts des bouches à cinquante dents, des tératologies numériques, des hasards algorithmiques, bref tout ce qui relève de l'anomalie.
Je me suis en outre livré à une autre expérience. J'ai tapé "elle se confond avec la pénombre. Une viscosité qui a une volonté, de la glu pétrie de haine ". Trois phrases relevées au hasard dans une page des "Travailleurs de la mer" de Victor Hugo. Cette image m'est apparue.
 

 Il est clair que le générateur Text-to-image n'est pour le moment guère compatible avec la poésie. Le résultat se révèle bien énigmatique. Néanmoins, l'image hasardeuse de ces silhouettes égarées dans un désert où se dressent de vastes monuments me plaît. Elle me rappelle ces collages d'architectures utopiques que je réalisais au début des années quatre-vingt.
J'ai ensuite fait d'autres tentatives, cherchant à obtenir des résultats plus scabreux. J'ai bidouillé, traficoté. J'en livrerai peut-être les résultats ultérieurement. Il faut que je laisse reposer. On doit toujours se méfier des enthousiasmes immédiats. 
Je ne peux guère sortir de chez moi, ces derniers temps. En attendant que je me rétablisse, c'est donc à cela que je m'occupe. Entre autres.

samedi 11 mars 2023

Méprisant de la République


Voilà,
la semaine dernière, à l'issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, avait estimé que "mettre la France à l'arrêt" à partir du 7 mars, comme promis par les organisations syndicales mobilisées contre la réforme des retraites, serait "prendre le risque d'une catastrophe écologique, agricole ou sanitaire". 
Nos gouvernants sont des guignols au service des lobbies agroalimentaires et industriels, on le savait déjà. Ils s'acharnent à détrousser les pauvres et les classes moyens et à détruire tout ce qui relève, dans notre tradition sociale et politique, des "communs" (santé, éducation, culture, justice, recherche), ils ne s'en cachent même plus. Ils appauvrissent les plus démunis et les classes moyennes, en accordant toujours plus de privilèges fiscaux aux plus fortunés, la prospérité de la nation est selon eux, à ce prix. Mais qu'ils manifestent avec autant d'arrogance leur bêtise et leur mauvaise foi, voilà qui continue de me surprendre. Car tout de même, l'action de ce gouvernement en matière d'écologie se résume à des déclarations d'intentions jamais suivies d'effets. Que son porte-parole s'autorise à faire, en la matière, porter le chapeau au mouvement social, relève vraiment du foutage de gueule. "Les cons osent tout c'est à cela qu'on les reconnaît". On a l'impression qu'Olivier Véran s'obstine à illustrer cette maxime de Michel Audiard. Il oublie, Véran, que la conjonction de catastrophes naturelles et le spectacle trop visible de l'impunité et de l'accroissement des privilèges des classes aisées, favorise souvent des bouleversements sociaux qui ne sont pas toujours pacifiques. Il y a tout de même quelques exemples dans l'histoire passée et non des moindres.


Tout se passe comme si la crise du Covid avait effacé le souvenir des révoltes des gilets jaunes. Comme si la répression brutale de ces insurgés de tous bords avait effacé le malaise qui affecte ce pays, auquel d'ailleurs aucun parti politique ne semble vraiment en mesure de répondre. Car ce qu'il reste de la gauche ne brille pas non plus par la cohérence de sa pensée ni par son aptitude à offrir des propositions satisfaisantes. Je ne sais pas si un vent de fronde se lève sur le pays ou si quelque chose de plus insidieux rampe sournoisement sans qu'on s'en rende compte. Toujours est-il que 72% des français sont opposés à cette réforme qui s'ajoute à un nombre croissant d'injustices sociales. Mais Macron a choisi l'épreuve de force avec son peuple autant qu'avec les syndicats. Il s'obstine à faire passer cette réforme des retraites qui génèrera peu de profits alors que s'imposerait plutôt une révision de la fiscalité des entreprises et des grandes fortunes. Mais n'oublions pas que supprimer des acquis sociaux permet aussi de rassurer les investisseurs étrangers et les créanciers de notre dette nationale. Son mépris, sa suffisance, sa morgue et son obstination à protéger les grandes fortunes prouvent bien qu'il est totalement déconnecté des réalités quotidiennes qui affectent les citoyens de ce pays. Il parie sur leur fatigue et leur résignation. Sur le fait que la plupart d'entre eux sont liés aux banques par des crédits et que cela conditionne leur servitude volontaire. Il parie sur le pain et les jeux, que les gens continueront de grogner, plutôt que de se mettre véritablement en colère. Mais en ces temps déraisonnables une étincelle peut aussi suffire. Peu probable certes, mais néanmoins possible.
Pendant ce temps là, l'extrême-droite attend paisiblement son heure. Notre méprisant président symptôme d’une démocratie déjà défaillante, lui chauffe la place. Et par dépit, aveuglement, crédulité une majorité de votants portera ses suffrages à la candidate du Rassemblement National pendant qu’un plus grand nombre encore désertera les bureaux de vote. Ça c’est beaucoup plus vraisemblable.
D’ici là, du côté du pouvoir on nous aura certainement asséné que le mouvement social fait des citoyens en lutte des alliés de Poutine.

mardi 3 janvier 2023

Marché de Montreuil

 
 
Voilà,
en Iran, depuis trois mois, chaque jour, au péril de leur vie, des femmes manifestent et s'opposent à la police parce qu'elles ont décidé de se libérer du voile et de réagir aux diverses formes d'oppression qu'exerce à leur encontre un clergé sénile et réactionnaire. C'est aussi une grande partie de la jeunesse de ce pays qui se rebelle contre les mollahs. Ailleurs, en Afghanistan depuis plus d’un an, les talibans interdisent aux filles d’aller à l’école et aux femmes de se rendre à l’Université. Alors je peux bien écrire que ça me casse vraiment les couilles de voir ce genre de choses ici au marché de Montreuil à une demi-heure en métro des Champs-Élysées et de la résidence du Président de la République.
Il y aura certainement, parmi les quelques lecteurs de ce blog, des gens pour s'offusquer de cet article, mais qu'ils sachent que je n'en ai rien à foutre car je déteste la bêtise de la bigoterie qui n'est pas simplement le fait de musulmans traditionalistes, mais aussi des juifs orthodoxes, des popes russes, des catholiques rétrogrades des évangélistes réactionnaires et j'en passe, en fait de tous ces trous-du-cul qui se permettent au nom de la religion de dire comment les autres doivent vivre. Et aussi parce que sous toutes les latitudes ce sont toujours les femmes les premières victimes de ces institutions patriarcales et rétrogrades.
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lundi 12 décembre 2022

Pour les enfants

Voilà
on dispose des vitrines pour les enfants d'ici. Pour les faire encore rêver. Pour qu’ils croient que quelque part des lutins espiègles vivent dans un monde certes un peu froid mais où l’on est cependant toujours bien couvert. Un monde où des chaumières accueillantes, bien chauffées sentent bon le chocolat chaud et offrent un abri réconfortant. Et que, dans une atmosphère joyeuse et débonnaire, on y fabrique tous les jouets du monde.
On le fait aussi peut-être pour les adultes qui passent, afin qu'ils n'oublient pas tout à fait leurs illusions et les songes qui les traversaient autrefois, il y a bien longtemps avant que leurs pensées ne soient encombrées de chiffres et de rapports, de contraintes stupides et d'injonctions à être rentables et performants.
On le fait sûrement aussi pour rappeler aux passants qu'ils doivent remplir leur fonction de consommateurs serviles voués à céder, lors de périodes bien définies, à des compulsions d'achats massifs.
On le fait pour que nous détournions notre regard de ceci et de cela.
Pour entretenir l'illusion que tout va bien, que le monde est paisible, qui rien ne change, alors que les pouvoirs publics nous enjoignent de réduire notre consommation d'électricité, de baisser le chauffage, de "faire preuve de sobriété énergétique et de vivre dans une frugalité heureuse et créative" comme ils disent.
On le fait pour nous faire oublier qu'à deux mille kilomètres d'ici, la population ukrainienne est quotidiennement bombardée, ainsi que les hôpitaux et leurs infrastructures et qu'ils doivent se défendre avec des moyens limités, car comme l'a récemment déclaré un général russe "une puissance atomique ne peut pas perdre une guerre" 

mercredi 31 août 2022

Laisser tomber


Voilà,
je voulais écrire un billet sur le mode de celui que j'ai rédigé le mois dernier qui se serait intitulé "un mois d'Août sur la terre". Mais à quoi bon tout ça aujourd'hui ? J'ai préféré laisser tomber. Personne ne veut s'entendre rappeler ce genre de truc. La plupart des gens préfèrent qu'on leur donne, au mieux, des motifs d'espérer, au pire, qu'ont les distraie, qu'on les anesthésie, qu'on leur promette du bon temps, qu'on ajoute un peu de couleur dans le quotidien. "Faisons comme si ça n'existait pas, et peut-être que rien n'arrivera". Et puis un jour c'est ta maison qui brûle, ton puits qui est asséché.
Je le publierai peut-être plus tard, si je suis encore de ce monde, à contretemps, en décembre ou en février, ou en mars ou à la Saint Glinglin, histoire de voir tout ce qu'on aura oublié dans les mois qui viennent, car, comme on dit, une nouvelle chasse l'autre.
 
C'est donc la rentrée. La fin des grilles d'été sur les radios. De nouveau, les habituels animateurs avec leur vulgarité, leurs certitudes de gens bien en place, leur connerie assumée. Heureusement, il reste encore la matinale de France Musique, sobre, élégante, où le présentateur n'est pas démangé par le prurit de l'autosatisfaction ni accablé d'egomanie aigüe comme son voisin de France Culture.
 
Sinon, comme tous les ans, les opposants politiques, les syndicalistes, sont remontés. "On va voir ce qu'on va voir, on ne laissera rien passer. La rentrée sera chaude". Enfin non ça ils ne le disent plus, ça ne serait pas du meilleur effet, vu ces derniers temps de canicule. 
Chacun joue son rôle. C'est toujours plus ou moins le même casting. Même les gilets jaunes font désormais partie du décor. Ils vont reprendre leurs manifestations hebdomadaires à ce qu'il paraît. A chaque fois, c'est la même rengaine. 
Cet été j'ai rencontré une amie que j'ai connue autrefois chercheuse, et qui s'investit à présent dans la lutte politique. Elle m'a un peu raconté comment ça se passait dans le syndicat où elle est minoritaire, et ça m'a déprimé. Toujours les mêmes histoires de pouvoir, de luttes internes, de fractionnisme, de divergences sur les moyens d'action. Ça m'a rajeuni. C'était déjà pareil il y a cinquante ans. Elle prend ça très à cœur. Grand bien lui fasse. Elle n'est sûrement pas au bout de ses peines.
 
Je pense au Liban, au marasme dans lequel, depuis des années se trouvent ses habitants. Face à la corruption généralisée et l'incompétence des gouvernants, il y a eu des colères,  des révoltes collectives il y a deux ans. Et puis c'est retombé. Les gens n'y croient plus, ils sont épuisés. L'humain a une grande capacité d'encaissement. Une grande disposition à la servitude aussi. Les deux tiers de l'humanité sous-vivent dans des conditions insupportables (je ne sais pas pourquoi on s'acharne à dire survivre). 
 
Ça me rappelle cette exposition que j'avais vue un été à Avignon.
 Il y a quelques mois, j'avais d'ailleurs entrepris une recherche à ce sujet. J'en avais éprouvé la nécessité  à cause de tous ces gens, des intelllos pour la plupart, qui nous bourraient le mou avec le nouveau monde, le monde de demain, le monde d’après qui serait forcément mieux, parce qu'on serait guéri, qu'on avait trouvé un vaccin sur le point d'être commercialisé, et qu'évidemment, tous les autres problèmes avaient comme par miracle disparu. C'était  vers le mois d'avril 21 je crois. On nous promettait le retour "des jours heureux". En France des gens occupaient des théâtres. Ils souhaitaient que tout recommence comme avant mais en mieux, alors que rien dans les faits ne laissait augurer du "mieux", c’était évident, mais bon "les faits ne pénètrent pas dans le monde de nos croyances".
C'est alors que j'avais repensé à cette installation de photos d’Afrique dans laquelle on déambulait avec un casque diffusant un texte en relation avec chacune des 49 photos. En fait cela avait été présenté en 2013  — je pensais ça plus récent —. Ce spectacle-exposition, ce parcours théâtral et photographique s'intitulait "La porte du non-retour", œuvre de Philippe Ducros un auteur et photographe québécois. En fait cette déambulation m’a beaucoup marqué et je crois que d'une certaine façon elle me hante.  
J'imaginais d'ailleurs que ce serait facile d'en retrouver des traces sur le net. Mais, bien qu'ayant plutôt une bonne mémoire, j'ai eu du mal. D'abord je pensais que cet événement avait eu lieu  à la fondation Lambert, et non rue Violette à l'école d'art. Je me souvenais de séquences vidéo et non de photos. Je pensais que cela ne concernait que le Congo Kinshasa, à cause d'un plan — une photo — de l'hôtel Apocalypse à Kinshasa. Comme quoi, il faut immédiatement noter les choses qui vous importent avant qu'elles ne se déforment dans la pensée.
Il y avait en tout cas cette phrase "La fin du monde n’est pas à la même heure pour tout le monde". L'auteur postulait grosso modo que la fin du monde a déjà commencé et que les Africains en sont en quelque sorte les premiers protagonistes. Ils sont les premières victimes des trafics, de l’absence d’infrastructures, de la pollution, des guerres ultra violentes qui s’y déroulent depuis des années et qui comptent déjà plus de morts que celle de 14-18 en Europe. Je renvoie à cet excellent article qui rend compte du projet de Philippe Ducros. Et je crois qu'il existe aussi un livre avec les textes et peut-être les photos
 
Bref, cette longue digression, pour rappeler combien, lutte ou pas lutte, on aura du mal à se sortir le cul des ronces. Il est probable que nous soyons amenés à encaisser de plus dures périodes sans trop broncher. Nous avons ici, en Occident, pour l'instant, une relative marge de confort eu égard aux standards africains ou de certaines régions d'Orient, du Moyen-Orient ou d'Asie. Rien ne dit que cela va durer. Les sécheresses, les canicules, les baisse de matières premières, les mauvaises récoltes, la guerre et un possible désastre nucléaire à nos portes, l'inflation galopante, la réduction des services publics (santé, éducation culture, recherche) nous font soudain prendre conscience de la précarité de ce confort. Mais il semble que, pour réagir collectivement,  nous ne soyons pas encore dans la conscience collective du seuil critique. Le capitalisme et le néolibéralisme, ont encore assez d'armes puissantes et abrutissantes pour anesthésier les masses, et leur donner l'illusion que la fête peut encore durer. Je souhaite me tromper bien sûr. Après tout, au Royaume-Uni où de nombreuses grèves s'étendent, les leaders syndicalistes prônent la désobéissance civile non violente. Je ne suis pas pour autant certain que cela suffise. 
 
Demain pour changer on parlera un peu moins d'écologie, et un peu plus de morale

mercredi 7 avril 2021

Le confinement c'était mieux avant

  
 
Voilà,
c'était l'année dernière, le 7 Avril, pour être précis, au début du printemps donc. Il faisait beau durant ce confinement strict qui nous autorisait tout de même une heure de promenade. Ce jour là, je l'avais faite en compagnie de ma fille. Trois semaines avant, le président nous avait expliqué qu'on était en guerre contre le virus. On allait voir ce qu'on allait voir. Ce fut la débâcle que l'on sait. On y est encore.
Ce jour-là, j'avais aperçu cet homme qui, dans la partie commune de la villa Louvat, située au 38 bis rue Boulard, profitait de la douceur de ce tiède après-midi en lisant une biographie de Michel Jarre. Il y avait soudain ce temps de vacance obligée, ce droit à la paresse  — si cher à Paul Lafargue, qui était le gendre de Karl Marx —, et dont Malevitch considérait qu'elle est la vérité essentielle de l'homme. Tout à coup, pour les plus privilégiés des parisiens qui n'avaient pas émigré à la campagne, (ceux qui disposaient d'un appartement assez vaste, qui n'étaient ni médecins, ni infirmier(e)s, ni aide-soignant, et dont aucun proche n'était atteint de cette maladie qui abrégeait impitoyablement les vieux et les malportants), cette oisiveté imposée — dont on nous disait qu'elles ne durerait que quelques semaines — devenait une vertu cardinale, et même un signe de civisme, puisqu'elle permettrait de faire barrage au virus. On n'imaginait pas encore qu'un an plus tard, dans ce pays on en serait, question inorganisation, sensiblement au même point, et qu'entre-temps, nombre de gouvernements de par le monde auraient profité de cet effet d'aubaine pour, au prétexte de l'urgence sanitaire, et à la faveur de l'hébétude et de la sidération des citoyens face à l'événement, faire subrepticement passer de nombreuses lois liberticides. A ce moment là donc quelque chose advenait, sans précédent. Le monde entier était paralysé. Les optimistes se plaisaient à imaginer que cette situation inédite engendrerait de nouvelles solidarités, une réflexion sur le mode de fonctionnement de nos sociétés en matière d'écologie de soins et de protection sociale. Hélas, en ces temps, pas grand chose à attendre de l'espèce. Elle ne s'est pas mise encore assez en péril. La situation n'est pas assez critique. Elle ne se sent toujours pas menacée. Comme elle se pense au dessus de toutes les autres, son illusion de puissance lui donne un sentiment d'impunité en même temps que l'assurance qu'elle s'en sortira comme elle l'a toujours fait. Aujourd'hui, me reviennent ces mots de Michaux dans "Epreuves, exorcismes" : "Je n’ai pas entendu le chant de l’homme, le chant de la contemplation des mondes, le chant de la sphère, le chant de l’immensité, le chant de l’éternelle attente. 
Mais j’ai entendu son chant comme une dérision, comme un spasme, semblable à celle du tigre, lequel se charge en personne de son ravitaillement et s’y met tout entier. 
J’ai vu les visages de l’homme. Je n’ai pas vu le visage de l’homme comme un mur blanc qui fait se lever les ombres de la pensée, comme une boule de cristal qui délivre des passages de l’avenir, mais comme une image qui fait peur et inspire la méfiance".
J'écris donc cela un an après. Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Aujourd'hui en dépit du soleil, il fait froid. Hier quelques flocons sont même tombés sur Paris. Le confinement est moins strict, mais il n'y a plus d'excitation. La dimension universelle de l'événement s'est atténuée. On s'est habitué dans ce pays aux 300 victimes du covid par jour. L'équivalent quotidien d'un crash d'avion. On n'applaudit plus les personnels hospitaliers le soir. Il paraît cependant qu'on a commencé à vacciner à tour de bras. Mais au cours de cette dernière année on nous a tellement menti. Les français s'aperçoivent peu à peu que leur pays n'est qu'une petite province où plus grand chose ne fonctionne et par bien des aspects qu'elle est très en retard sur nombre de pays voisins. Ah oui bien sûr, nous fabriquons des armes mais pas de vaccins, d'objets manufacturés. Nos chercheurs s'exilent parce qu'ils sont mal payés, nous envoyons nos soldats à l'étranger, mais notre système de soin est à l'agonie, autant que nos écoles et nos universités. Je n'ai jamais cru à la grandeur de la France, mais je n'imaginais pas qu'elle fût à ce point de délabrement. Une vieille maison rongée par les termites. J'ai même entendu récemment des éditorialistes de télévision évoquer le spectre d'un soulèvement populaire. Cela m'a rappelé cette histoire que les anglais adorent raconter. "Pourquoi les français font-ils si souvent des guerres civiles ? Ce sont les seules qu'ils sont certains de gagner."
 

Ah oui, à tout hasard, je précise quand même que le titre de ce post est ironique. Sa conclusion aussi.
D'ailleurs au passage je déplore que le point d'ironie ne soit pas plus accessible sur les claviers. Ou alors je suis trop con, trop déphasé pour le trouver. J'ai essayé pourtant. Sans succès. N'y aurait-il que le point d'interrogation arabe pour faire l'affaire ؟

dimanche 28 mars 2021

L'État des lieux

 

Voilà,
il y a de la contestation dans l'air. En dépit de l'épidémie de covid, des gens se rassemblent ou manifestent. La direction du théâtre de l'Odéon tolère à contrecœur une occupation partielle et pacifique du bâtiment depuis bientôt un mois. Le mouvement a fait tâche d'huile et désormais une centaine d'autres théâtres en France ont été investis. Aux revendications corporatistes, se mêlent d'autres plus générales, en particulier le retrait de la réforme de l'assurance chômage, particulièrement pénalisantes pour les travailleurs précaires aux emplois discontinus. Comme c'est le 150ème anniversaire de  la Commune de Paris, dont il n’y a bien évidemment pas de commémoration officielle, certains, souvent ignorant de l'Histoire, mais démangés par le prurit de l'insurrection s'exaltent. De même qu'Hamlet était fou par vent de Nord-Nord Ouest, il en est qui sentent monter en eux la fièvre révolutionnaire à partir de 18° centigrades sous abri. Mais qui vient là sur le parvis ? la plupart du temps un attroupement clairsemé de quelques intellectuels petits-bourgeois bohèmes, peu de jeunes, peu de prolétaires — je sais c'est un mot hors d'usage, mais qui désigne pourtant une réalité bien réelle et grandissante —,  en tout cas, peu de ceux qui sont concernés par ce terrible projet de loi qui passera par décret à l'assemblée nationale si les syndicats et le patronat ne trouvent pas d'accord.  Ceux qui ont un CDI et ne se sentent pas menacés par le chômage et ne s'intéressent pas à la question, ceux qui sont précarisés et à la merci d'un licenciement ne mesurent pas encore l'ampleur du danger. Pourtant des gens travaillent à rendre information claire. Quand aux vrais pauvres, ils sont trop occupés à survivre — il suffit de constater le nombre d'Uberistes opérant en Vélib — et généralement peu politisés.
Pendant ce temps là, non loin, au jardin du Luxembourg, d'autres, sans trop respecter les distanciations sociales et le port du masque, profitent du grand air et du soleil qui perce derrière les nuage d'un printemps encore timide. On ne pense hélas plus guère aux soignants qui, au risque de leur santé triment dans les hôpitaux. Il y un an on les applaudissait chaque soir à vingt heures depuis nos fenêtres. Mais la série "Covid" à moins de succès que "game of thrones". À la deuxième saison on se lasse. Il faut bien admettre que nous sommes une nation de crétins. Chaque heure, chiffres à l'appui, sont assénées les mêmes nouvelles aussi alarmistes qu'à l'heure précédente ; des professionnels de la santé et de l'éducation nationale expliquent leur détresse, et pourtant la plupart des gens continuent à demeurer incrédules.
 
 

Donc, en raison de la saturation des hôpitaux et de la recrudescence des cas dans les écoles on évoque de plus en plus un reconfinement prochain, semblable à celui de l'année dernière. Je raconte cela pour mes lecteurs étrangers, mais ici le virus continue de se propager et l'on ne vaccine pas encore assez. La politique du gouvernement, ou plutôt de notre président qui a tendance à décider tout seul, est assez incohérente. Sans doute a-t-il misé sur une vaccination intensive, mais il n'y a pas assez de vaccins. Et comme fin janvier il n'a pas voulu écouter les scientifiques qu'il trouvait trop alarmistes (alors qu'ils anticipaient juste ce qui est précisément en train de se produire) nous voici, en ce qui concerne la gestion des malades dans une situation plus critique qu'en Mars dernier. Celui qui fanfaronnait alors, "nous sommes en guerre avec le virus, et nous allons le vaincre", s'est révélé un piètre stratège. On reconnaît là un autre tropisme bien français : une certain goût pour la forfanterie et une grande aptitude à la débâcle.
 

Fin Juillet, de gros ours en peluche étaient disposés pour maintenir la distanciation sociale si l'on souhaitait boire un verre en terrasse devant le théâtre. Les optimistes espéraient des jours meilleurs. On se pensait être sortis de l'auberge comme on dit. Force est de constater qu'on est loin du compte. Une certaine morosité, de la résignation et beaucoup de rancœur infusent parmi certaines franges de la population. Pour la plupart des gens l'avenir s'assombrit. Les ours eux s'en fichent.

jeudi 11 février 2021

Joggeuse


 
Voilà,
il songeait que le capital va toujours où il fait un maximum de profit, c’est-à-dire où les frais de production sont les plus bas. De là à en conclure que le principe de la maximisation du profit agit comme un principe meurtrier, il n'y avait qu'un pas. Et puis dans le jardin du Luxembourg dépeuplé, il pensa aussi que ces derniers mois, avec cette épidémie, entre le moment où une décision de confinement est prise, et son effet, il se passe bien trois semaines. Et que durant ces trois semaines, — à moins d'être directement concernés par la maladie, eux ou leur entourageles gens, pour la plupart,  sont impatients et ne comprennent pas le sens des sacrifices auxquels ils doivent déjà consentir ni pourquoi on leur en impose d'autres. Évidemment les médecins et les personnels soignants n'évaluent pas la situation pareillement, eux qui sont en prise directe avec les incidences du virus sur le fonctionnement des hôpitaux. C'est alors qu'il réalisa que comme en matière d’écologie le temps de latence est de trente à cinquante ans, on ne s'en sortirait pas puisque les décisions que devraient prendre aujourd’hui les gouvernants n’auront d’effet que lorsqu'ils ne seront plus de ce monde. D'ailleurs c’est pour cela qu’elles n’ont jamais été prises par le passé. Il faudrait que la catastrophe soit évidente. Peut-être d'ailleurs l'est-elle déjà sans que nous nous en rendions compte. Ou peut-être sommes nous dans le déni. Personne ne se fait à l’idée que ça peut changer, que ça va changer. En fait on voudrait que les efforts soient pour les autres. La solidarité d’accord mais à condition que ça ne coûte pas. Apercevant la joggeuse qui venait à sa rencontre, il réalisa qu'il l'avait déjà croisée quelques minutes auparavant. Elle courait vraiment vite. C'est sans doute à ce moment là qu'une idée folle commença à germer dans le cerveau de Léonardo Vaccarèse.

dimanche 20 décembre 2020

Changer de lunettes


Voilà,
il faut être positif m'a-t-on récemment fait remarquer en commentaire au bas d'une publication, et c'est vrai que je peine à saisir les nombreux motifs d'allégresse qui s'offrent à moi. Aussi vais-je derechef réparer cette erreur, changer de lunettes, observer le monde autrement, et sur-le-champ me réjouir de n'être pas Ouïghour du Xinjiang en ce début de vingt et unième siècle. Parce que franchement quand tu es Ouïghour en ce moment, pas grand monde se préoccupe de ton sort. Tu as beau être respectueux du Coran, aucune des monarchies pétrolières du Moyen-Orient, aucun grand pays musulman ne lève le petit doigt pour toi. Aucun Imam de banlieue ne se soucie de tes problèmes. Pas de Jihad pour te sauver. Pas de protestation officielle. Mon pauvre, tu n'as pas la chance d'être une caricature de papier, pour justifier une indignation. Tu peux crever la gueule ouverte comme esclave dans des champs de coton, te faire dépecer et prélever tes organes pour constituer des banques de greffons, on peut te traquer grâce à des logiciels de reconnaissance faciale qui te sont exclusivement destinés, personne n'en a rien à branler. Puisque toi aussi tu es turcophone tu pourrais espérer un peu d'aide sinon de compassion de la part de ce président toujours prompt, depuis son palais d'Ankara à traiter d'islamophobes les démocraties européennes. Mais pas de bol, si tu as eu la naïveté de penser que tu trouverais un asile politique dans la région, comme tu ne pèses pas grand chose en comparaison d'accords commerciaux, te voilà immédiatement réexpédié en Chine où tu rejoindras un de ces camps de concentration astucieusement renommé camp de rééducation par le travail et de transformation par l'éducation. Le monde ne se préoccupe pas plus de toi, pauvre Ouïghour qu'on ne se préoccupait des juifs européens dans les années trente et au début des années quarante. La plupart des gouvernements des grandes démocraties fermaient alors les yeux en se réjouissant secrètement que quelqu'un, sans aucune mauvaise conscience, fasse le boulot qu'ils n'osaient pas faire. Je me réjouis donc, non de ton malheur, mais de ne pas avoir jusqu'à présent subi l'injustice qu'il y a à naitre en telle époque et tel endroit plutôt qu'ailleurs ou en autre temps. Même si sous ces latitudes et ces jours-ci, il y a quand même de sérieuse raisons de douter de la possibilité d'une intelligence collective, quand on voit les gens se précipiter dans les magasins par temps de pandémie.
Je me demande si c'est typiquement parisien ou bien juste un ravage de la société de consommation, ces attroupements. Cette bêtise est-elle particulièrement française  ? Les gens ne se rendent-ils pas compte de l'affront fait à tous les soignants qui sont en première ligne ? Ou est-ce simplement la nature humaine, cette connerie là, alors qu'on sait que les courbes de contamination ne baissent plus depuis une semaine et que tout laisse augurer d'une troisième vague ?
Peut-être ne s'agit-il que de la manifestation de ce qu'on appelle un biais cognitif, c'est à dire "une distorsion que subit une information en entrant dans le système cognitif ou en sortant. Dans le premier cas, le sujet opère une sélection des informations, dans le second, il réalise une sélection des réponses"(Jean-François Le Ny). Il existe ainsi des biais d'attention lorsque les perceptions sont influencées par nos propres centres d'intérêts, par exemple, mais aussi des biais de raisonnement comme préférer les éléments qui confirment une hypothèse plutôt que ceux qui l'infirment, ou bien encore travestir la réalité d'un problème en le transformant en fonction des réponses (les outils) dont on dispose. De nombreux autres biais ont été répertoriés. La période que nous vivons offre bien des occasions d'observer ces travers autant que d'en être victimes. Ce n'est pas nouveau, mais cela atteint désormais un seuil critique. Le point positif, c'est que cela me donne l'occasion de réfléchir, m'incite à construire des phrases pour me frayer un chemin à travers de confuses pensées quand tout m'incite à me coucher et à me retrancher "du cocotier de l'espèce" comme écrivait Beckett
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vendredi 4 décembre 2020

Coincé

 

Voilà,
il a commis une erreur de jugement et se trouve à présent coincé dans un reflet qui le déforme. Il aimerait bien fuir à toute jambes, loin très loin, mais, en raison de considérations morales qui l'encombrent, il est désormais bien tard pour rebrousser chemin. Il n'a toutefois pas envie de se rendre malade pour autant. Après tout pourquoi devrait-il continuer, si cela prend un tour qui ne l'intéresse plus. Quelle nécessité y a-t-il de le faire ? Cette perspective le consterne. Il n'a plus l'âge de perdre du temps. Il pèse le pour et le contre. Ne discerne plus l’endroit de l’envers. Se tait à tort et travers.

vendredi 23 octobre 2020

Masque parmi les masques

Voilà,
elle s'est insinuée dans notre quotidien l’étrangeté. Tout particulièrement dans les villes. On cherche des issues hors de chez-soi. Ce n'est pas sans une certaine fatigue, que las, résignés, nous cheminons dans un environnement bizarre, devenu hystériquement hygiéniste. On se surprend de plus en plus souvent à y percevoir l'autre avec méfiance, redoutant son éventuelle puissance contaminante. Et l'on avance incertain dans un labyrinthe de frayeurs et de songes rugueux. (Linked with weekend reflections)

mercredi 14 octobre 2020

"Hâte d'être démasquée"


 

Voilà,
j'avais réalisé ces photos en Mai dernier, peu avant la fin du confinement, rue du Moulin-Vert dans le quatorzième arrondissement de Paris. C'était à l'époque où nous n'avions le droit qu'à une promenade d'une heure dans un rayon d'un km à la ronde. Le printemps était doux et les rues désertes où chantaient les oiseaux avaient quelque chose d'insolite. Le mot de l'époque c'était "inédit". La situation était "inédite". Faute de masques chirurgicaux, des masques en tissu avaient été confectionnés et distribués. Mais l'espoir d'un retour à la vie normale était en train de poindre. Le nombre de victimes allait décroissant. Le proche été verrait une embellie. Nous sortirions peu à peu de cette étrange parenthèse et nous cesserions de paniquer au moindre raclement de gorge, à la plus petite toux, au plus infime picotement nasal. Et comme on est en France, on pourrait bientôt se retrouver dans les bistrots qu'aucune guerre n'avait jamais empêchés d'ouvrir jusqu'à ce satané virus auquel au passage on avait, dans la conversation courante, du mal à attribuer un genre. On allait enfin respirer. Lors d'un de ces débuts de soirée où nous allions prendre l'air ma fille et moi, cette modeste installation sur un rebord de fenêtre avait attiré mon attention. Quatre mois plus tard, en cet automne pluvieux, il semblerait que la situation se dégrade à nouveau. Dans les milieux bien informés, comme on dit, circulent des rumeurs de couvre-feu. Et le vœu d'être enfin démasqué ne semble plus vraiment d'actualité avant longtemps.
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dimanche 4 octobre 2020

Dans l'instabilité

 

 
Voilà,
désormais, nous sommes, durant un temps indéterminé, condamnés à vivre dans l'instabilité, sinon dans une forme de débâcle. A quoi bon s'illusionner, plus rien ne sera comme avant. Et la promesse des jours heureux, que nous adressa notre président au début du confinement, va exiger de ceux qui sont encore assez naïfs pour les espérer, beaucoup de patience. Nous ne pourrons pas continuer à vivre sur le même système de valeurs, ni dans l'ordre, ou l'illusion d'ordre que nous avons connu, même si certains, inébranlables malgré les circonstances, continuent pourtant de l'affirmer. 
En raison de cette épidémie — que l'on s'obstine à nommer pandémie — la réalité doit se reconfigurer. Comment ? On ne sait trop encore, mais c'est sans alternative. Et il est vraisemblable que cela se fera dans la douleur, que cela engendrera beaucoup de révolte, de colère et aussi beaucoup de désespoir et de souffrances.
C'est tout un écosystème basé sur la circulation des marchandises, l'accumulation des biens, l'exploitation des ressources naturelles, l'organisation des services, la mondialisation des échanges qui depuis quelques mois se trouve perturbé et déstabilisé. Nos sociétés capitalistes apparaissent soudain vulnérables, fragiles. Et cette pandémie fait vaciller, mais vaciller seulement, l'idéologie de la croissance continuant de prévaloir pour le moment qui ne repose que sur l'ingénierie financière essentiellement spéculative.
Elle agit aussi comme un retour de refoulé. Et ce qu'on a refoulé jusqu'à présent c'est le principe de réalité. Le réel c'est, a écrit John Warren, paraphrasant Lacan, ce qui fait mal quand on a éteint l'ordinateur. Par exemple s'apercevoir que les tâches de maintenance du bien commun ne peuvent plus être convenablement exercées parce qu'on a tout fait pour les détruire ainsi que ceux qui les assurent. C'est principalement la raison pour laquelle nous sommes tous plus ou moins assignés à résidence.
Pourtant cette épidémie ce n'est pas grand chose au regard des désastres écologiques qui nous attendent et qui se manifestent déjà ici et là, et l'on peut d'ores et déjà entrevoir tout ce que les calamités à venir entraîneront de dérèglements économiques et de désordres croissants. Il est possible alors, qu'au sentiment de peur qui permet aux pouvoirs politiques en place de tenir pour le moment les populations dans un état de servitude sinon volontaire du moins consentie, succèdent paniques révoltes conflits migrations. C'est déjà le lot de bien des populations d'Afrique qui, en matière d'enfer, ont quelques années d'avance sur leurs anciens colons. Il est cependant à craindre que, d'ici peu, même en enfer, il n'y ait de place pour tout le monde. 
En attendant réjouissons nous que, par ces temps indécis, certains recouvrent d'un peu de couleur et de motifs étranges le morne horizon de notre intranquillité. (linked with monday murals).

vendredi 2 octobre 2020

Ruminations amiénoises

 
 
Voilà,
avant-hier dans une des salles du cinéma "les sept parnassiens" récemment rénové, on projetait l’excellent film de David Dufresne intitulé "Un pays qui se tient sage" consacré aux violences policières à l'encontre du mouvement de protestation des gilets jaunes apparus il y a deux ans bientôt. 
Beaucoup d'images difficilement soutenables prises à partir des smartphones des manifestants y sont montrées. André Gunthert a écrit des choses fort interessantes à ce sujet. Donc le film "confronte diverses personnalités aux récents dérapages de l’institution pour de fructueux dialogues" comme le rapporte son éminence "Le Monde". Des séquences crues, brutes et brutales donnent de la police une vision peu rassurante et particulièrement honteuse. Elles alternent avec des commentaires et de réflexions de personnalités d'horizons différents (avocats, ethnographe, historiens, représentant du syndicat de la police "Alliance", manifestants ayant subi des mutilations suites à ces interventions). Ensemble elles questionnent la notion de la violence légitime de l'Etat, telle que l'a définie le sociologue Max Weber, au début du XXème siècle. 
Des analyses assez fines et complexes de la situation dans laquelle se trouve notre pays, sont ainsi partagées. Elles attestent aussi l’état de dégradation de l’institution policière, instrument d'un pouvoir aux abois, qui ne trouve d'autre réponse au mécontentement légitime de sa population qu'une répression  sans discernement.
Mais revenons à cette soirée.  Ce cinéma accueille habituellement un public de la moyenne bourgeoisie intellectuelle. Pour faire simple celle qui lit "Télérama", "Le Monde", "Libération" ou "Les Inrocks". Cependant  dans la salle se trouvent quelques ardents supporters des gilets jaunes, venus en famille et en groupe. Leur comportement contraste avec la discrétion feutrée dont font ordinairement preuve les habitués de l'endroit. Avant la projection ils parlent fort, commentant ce qu'ils voient, peu soucieux du dérangement possiblement causé.
Très vite, à peine le film commencé avec l’apparition de victimes ayant perdu un œil à cause des tirs tendus de LBD, fusent des manifestations d'indignation et des invectives à l’égard de la police, redoublant lorsque apparaît à l'écran Macron aussitôt traité de "pédé", "enculé". Visiblement les codes du lieu ne leur sont pas familiers. Pas plus que la notion d'insulte homophobe. Ils réagissent au premier degré, sans distance. Mais le film raconte quelque chose qu'ils ont vécu, qu'ils ont vu. Peut-être est-ce là aussi le grand événement de leur vie, l'ivresse d'un sentiment collectif et partagé qui est réactualisée là, en même temps que leur ressentiment face dédain dans lequel ils se sentent relégués.
Je sens bien là qu'entre ceux qui manifestent  — pour la plupart victimes du déclassement, de la violence économique exercée par le pouvoir, France des provinces délaissées, des banlieues défavorisées, des espaces périurbains, majorité silencieuse qui ouvre enfin sa gueule, mais aussi parfois France frustre, peu cultivée, abêtie par les émissions de télé-réalité, (je la connais bien j'en viens) Cyrille Hanouna et Eric Zemmour, mais que l'Etat laisse crever la gueule ouverte, français asphyxiés qu'on méprise  et la première forme de mépris, c'est bien la télévision qui l'exerce à l'égard de citoyens transformés en consommateurs — entre eux donc et le public de cette salle, sûrement composé en majorité de bourgeois intellectuels, d'étudiants, de retraités, attentifs à la parole d’autres intellectuels qui  sur l'écran citent Foucault, Hannah Arendt,  Guy Debord, Bourdieu, la gauche bien pensante quoi, la coupure est manifeste. Pourtant...
je comprends la colère de tous ces gens, même s'ils ne sont pour la plupart pas des amis des arts et des lettres, avec lesquels je n'ai sans doute pas beaucoup d'affinités, qui sûrement doivent me considérer comme faisant partie de l'élite pourrie, parce que je connais le langage de l'élite sans pour autant en être.
Je suis effaré par le manque de considération de ceux qui sont en charge des affaires à l'égard des citoyens, devenu des variables d'ajustement du marché. Je suis consterné par le silence et la condescendance des élites intellectuelles à l'égard des foules de prolétaires (qui ne s'autodésignent plus comme ça), de classes moyennes en voie de paupérisation, de chômeurs, précaires, travailleurs intérimaires qui manifestent colère et inquiétude et auxquels le pouvoir ne répond que par la force et l'intimidation. Je suis consterné devant le climat délétère qui règne dans les plus hautes sphères du pouvoir ou des clans affairistes et semi-mafieux sont couverts par le chef de l'État sans que cela ne suscite de scandale. Je suis affligé de voir comme la presse et les médias, à quelques rares exceptions près, sont muselés par le pouvoir politique et financier. Je suis sidéré du comportement de ces anciens socialistes aujourd'hui au gouvernement qui font voter des lois liberticides sans précédent depuis la fin de la guerre d'Algérie. Enfin je suis navré du pitoyable spectacle offert par l'opposition de gauche et par son tropisme suicidaire. 
 Il y a plusieurs mois j'avais brouillonné ces lignes. Elles me paraissent encore d'actualité. Et la crise sanitaire où les premiers de corvée dont on a pu apprécier la nécessité autant que l'abnégation, d'ailleurs misérablement récompensée, alors que les "premiers de cordée" ont fait preuve d'une grande incompétence cependant gratifiée par des promotions (Agnès Buzyn, en est le parfait exemple), cette crise sanitaire n'y a rien changé bien au contraire. Aujourd'hui elle nous musèle un peu plus que ne l'avait fait le projet de loi du 3 octobre 2017 introduisant l'état d'urgence dans le droit commun. Mais ses implications économiques, mettant des millions de gens au rebut, ne seront vraisemblablement pas sans conséquences. Des colères s'additionnent sans rapport entre elles, dont l'agrégat constitue une bombe à retardement. Ils sont de plus en plus nombreux les gens qui bientôt n'auront plus rien à perdre. 
Dans la grisaille automnale des rues d'Amiens où a grandi notre actuel président, (mais Dorgelès y est né, Jules Verne y vécut et y mourut) au pied de cette majestueuse cathédrale à l'intérieur de laquelle pleure un angelot, je songeais à tout cela et aussi au fait que j'aurais bien besoin d'un ange en ce moment, comme celui-ci musicien ou plutôt celui-là, déguisé en libellule, qui m'était un jour apparu dans une rue de Lisbonne. (linked with skywatch friday)  (linked with weekend reflections)
 

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