dimanche 21 juin 2026

Pont Neuf revisité

 
Voilà,
ces derniers temps l'attraction parisienne c'est cette œuvre (une structure gonflable recouverte d'une bâche peinte) de l'artiste JR qui avait déjà réalisé il y a quelques années ce trompe l'œil géant au Trocadero, ainsi que cette toile bâchée durant les travaux de restauration de la façade de l'Opéra Garnier.  Il s'est cette fois-ci attaqué au Pont neuf, comme l'avaient fait autrefois Christo et son épouse Jeanne-Claude. Il paraît que c'est un hommage. Je m'y suis rendu tôt ce matin vers sept heures avant que la chaleur ne s'abatte sur la ville, car — j'écris cela pour mes lecteurs étrangers — nous vivons en ce moment en France une période de canicule intense et peut-être même plus grave que les précédentes vagues de chaleur. Mais les climato-sceptiques continuent de proclamer que les scientifiques sont alarmistes.

 
La mise en place de cette installation ne s'est pas faite sans difficulté, puisque, voilà trois semaines, une partie de la toile a été arrachée par une violente tornade. Les travaux ont pris du retard ainsi que la possibilité de visite de "la grotte". C'est spectaculaire, mais sans doute beaucoup moins que le fiasco des travaux de rénovation commandés par Donald Trump pour le bassin réfléchissant du Lincoln Memorial, dont le fond supposé arborer le "bleu du drapeau américain", a très vite pris une teinte verdâtre en raison d’une prolifération d’algues favorisée par la couleur sombre de la peinture utilisée et par le fait que l'eau pompée dans une rivière proche n'a pas été préalablement traitée.

Trump encore. Son "génie" stratégique et diplomatique a inspiré il y a quelques jours dans le quotidien "Libération" cette excellente caricature de la merveilleuse et toujours très acerbe Coco. Le dessin peut paraître vulgaire, mais il ne le sera jamais autant que ce sinistre connard qui par sa bêtise son arrogance et son incompétence plonge le monde dans un chaos toujours plus inquiétant. 

vendredi 19 juin 2026

Une sorte de petit chant


Voilà
"Mon corps ne se décide pas encore. Mais je crois qu’il pèse davantage sur le sommier, s’étale et s’aplatit. Mon souffle, quand je le retrouve, remplit la chambre de son bruit, sans que ma poitrine remue plus que celle de l’enfant qui dort. J’ouvre les yeux et regarde longuement, sans ciller, comme petit, tout petit, j’interrogeais les nouveautés, et ensuite les antiquités, le ciel nocturne. Entre lui et moi la vitre, embuée, marbrée de la souillure des années. Je soufflerais volontiers dessus, mais elle est trop loin. Ce n’est pas vrai. Peu importe, mon souffle ne la ternirait pas. C’est une nuit comme les aimait Kaspar David Friedrich, tempétueuse et claire. Ce nom qui me revient, et ces prénoms. Les nuages chassent, haillonneux, hachés par le vent, sur un fond limpide. Si je patientais je verrais la lune. Mais je ne patienterai pas. Maintenant que j’ai vu j’entends le vent. Je ferme les yeux et il se confond avec mon souffle. Mots et images tourbillonnent dans ma tête, surgissent inépuisables et se poursuivent, se fondent, se déchirent. Mais au-delà de ce tumulte le calme est grand, et l’indifférence. Plus jamais rien n’y mordra vraiment. Le sommier est creusé comme une auge. Je suis couché au fond, bien pris entre les deux versants. Je me tourne un peu, presse contre l’oreiller ma bouche, mon nez, y écrase mes vieux poils tout à fait blancs maintenant je suppose, tire la couverture par-dessus ma tête. Je ressens, au fond du tronc, je ne peux pas préciser davantage, des douleurs qui semblent nouvelles. Je crois que c’est surtout dans le dos. Elles sont comme rythmées, elles ont même une sorte de petit chant. Elles sont bleuâtres. Que tout ça est supportable, mon Dieu. J’ai la tête presque à l’envers, comme un oiseau. J’écarte les lèvres, maintenant j’ai l’oreiller dans ma bouche, je le sens contre ma langue, mes gencives. J’ai, j’ai. Je suce. J’ai fini de me chercher. Je suis enfoui dans l’univers, je savais que j’y trouverais un jour ma place, le vieil univers me protège, victorieux. Je suis heureux, je savais que je serais heureux un jour."  (Samuel Beckett in  "Molloy", 1951)
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mardi 16 juin 2026

Le tombeau d'un saint homme

Voilà,
parfois au Pakistan sur le bord d'une route, des drapeaux plantés en terre signalent qu'un dirigeant politique (tant de l'époque précédant l'indépendance que de celle qui lui a succédé), ou un chef religieux ou un pirs — "saint" selon la tradition musulmane —, repose dans un mausolée voisin désigné sous le terme de marabout. Les gens viennent s'y recueillir en disposant sur sa sépulture des pétales de roses. Il arrive aussi que des vasques remplies de sel soient disposées à l'entrée. Les pèlerins s'en imprègnent alors les mains avant de se signer.

lundi 15 juin 2026

Dans sa vie

 
Voilà,
"la mort dut le soulever pour le tirer de la vie comme on tire un infirme de son fauteuil à roulettes. Il était immobilisé dans sa vie aussi solidement, aussi posément que l’infirme dans son fauteuil à roulettes." Quand même, quel joyeux luron, ce Franz Kafka !
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samedi 13 juin 2026

Au Vert-Galant

 

 
Voilà,
Duane Michals et David Hockney sont morts à deux jours d'intervalle. Je suis heureux que mon regard ait croisé leurs œuvres. A bien y réfléchir il est probable que bien des gens dans le monde n'en aient jamais eu l'occasion. Même ici dans ce pays. C'est sûr qu'on peut très bien vivre sans. D'ailleurs il y a plein de responsables politiques locaux, et nationaux en ce moment par chez nous qui aimeraient que nous vivions sans art. Sans cet art là en tout cas. Moi les histoires photographiques de Duane Michals m'ont réjoui. Je ne sais plus si c'est grâce au magazine Photo qui existait dans les années 70 ou par mon ami Jean-Jacques que je l'ai découvert. David Hockney, j'y ai eu accès par ses tableaux de piscines californiennes. C'est, me semble-t-il, le premier qui a fait entrer la piscine dans le champ de la peinture pour en faire un motif récurrent. Il a aussi réalisé beaucoup de montages avec des polaroïds pour lesquels j'ai une grande passion. Je réalise qu'inconsciemment je leur ai à chacun rendu un hommage. A Duane Michals ici à Hockney plus discrètement là. 
J'ai soudain très envie d'aller, avant que la chaleur ne soit trop accablante, sous l'un des saules de la pointe de l'île de la cité au square du Vert-Galant méditer sur la vanité des choses et la fragilité de nos existences. Allez hop ! hop ! hop ! En route.

vendredi 12 juin 2026

Groupe, Boulevard de Rochechouart


voilà,
celle-ci, je l'ai prise en mai 2017, le même jour que cette autre. C'était le jeudi de l'Ascension, et j'avais fait le touriste à Paris, je m'en souviens. J'avais marché à pied depuis Montmartre, passant par le boulevard Rochechouart qui est quand même un des endroits les plus laids et les plus hostiles de Paris, afin de rejoindre Rachel et Sophie vers Stalingrad au bord du canal. Nous avions pris un verre là-bas, avant de nous rendre tous les trois à Bobigny pour assister à un spectacle de danse d'Alain Platel. Et ce billet que tu es en train de lire, je l'ai rédigé l'année dernière, le 29 Décembre au soir. Je n'avais pas un gros moral, me sentant bien seul, et n'ayant pourtant guère envie de voir du monde. Je relisais "Narcisse et Goldmund", ayant beaucoup de mal à me concentrer et à échapper à l'addiction des réseaux. première publication 11/5/2018 à 9:55

jeudi 11 juin 2026

Liste des découvertes hasardeuses (4)



Voilà,
j'ai découvert il y a peu que selon certains  physiciens le temps serait une illusion et que le passé, le présent et le futur coexisteraient. Certains modèles, suggèrent que l'univers dans son ensemble serait immobile et que ce que nous appelons évolution ne serait qu'un effet d'intrication entre systèmes, donnant naissance à une impression de mouvement. Chaque instant de temps correspondrait à un univers distinct. Passer du présent au futur reviendrait simplement à se déplacer d'un univers à l'autre dans cet ensemble infini. Ce glissement ramène à l'expérience du fameux chat de Schrödinger, simultanément vivant et mort par effet d'intrication. Être dans un univers où le chat est vivant ou dans celui où il est mort serait équivalent à exister dans deux instants différents du temps. Albert Einstein paraît-il partageait cette vision apaisée du temps. Dans une lettre adressée à la femme de son ami Michele Besso, après la mort de ce dernier, il écrivait: "Pour ceux qui croient en la physique, la distinction entre passé, présent et futur n'est qu'une illusion, aussi tenace soit-elle." Pourquoi pas,  se consoler ainsi à l'approche de la mort. Dans un univers intemporel, tout coexiste dans un vaste ensemble de possibles sans que rien vraiment ne disparaisse.
 
j'ai découvert il y a peu — plus exactement on me l'a rapporté — qu'une équipe de recherche vient de mettre en évidence le fait que ce sont exactement les mêmes neurones cérébraux qui s’activent lorsqu’on regarde un objet et lorsqu’on imagine ce même objet. Autrement dit, penser à un objet réactive les neurones qui avaient été stimulés la première fois qu’on l’a vu. Ce phénomène “donne aux images mentales une base biologique plus solide et permet d’expliquer pourquoi les souvenirs, l’art et les visions intrusives semblent parfois si réels

J’ai découvert il y a peu que cette ponctuation (qui tient de plus en plus souvent lieu de parenthèse) celle des longs tirets – et dont je me suis entiché, je l’avoue, il y a quelques années –  encadrant une proposition insérée dans un longue phrase, s’appelle "les tirets cadratins". Son usage fréquent laisserait supposer — paraît-il — que le texte serait écrit au moyen de l’IA. Je trouve que "les tirets cadratins" pourraient constituer un excellent titre pour une nouvelle, ou pour désigner un nom de square d’une ville imaginaire.

J’ai découvert il y a peu, que Jean Jaurès a écrit une thèse de philosophie intitulée  "La réalité du monde sensible". Je ne savais pas qu’il était entré à Normale Sup devant Bergson et avait fini troisième à l’agrégation derrière lui. Les érudits considèrent que son œuvre philosophique à la fois théologique et métaphysique est de toute première importance à l’égal de celle de Spinoza et Leibniz. S'y manifeste une haute vision de l’homme inséparable de la nature et du divin. On réduit souvent son œuvre pourtant déjà considérable à son action et ses écrits politiques. L’édition de ses écrits représente à l’heure actuelle dix-sept forts volumes, lui qui mourut jeune à cinquante sept ans, assassiné, ne l'oublions pas, par un nationaliste fanatisé à la veille de la guerre de 1914. Bien que sa culpabilité ne fît aucun doute, lui-même ayant avoué son acte, il fut acquitté en 1919, dans un contexte de ferveur nationaliste. Exilé en Espagne, des anarchistes l'assassinèrent durant la guerre civile. Tant mieux. Pour ce qui est de Jaurès il est trop tard pour que je me penche avec attention sur cette œuvre.

J’ai découvert il y a peu que si l’on surnomme Pipelet et Pipelette, sans méchanceté d'ailleurs, les gardiens d'immeubles, c’est parce que le concierge du roman d’Eugène Sue Les Mystères de Paris s'appelait Monsieur Pipelet et que ce nom est passé à la postérité">J’ai découvert il y a peu  grâce à une mise en garde jeudi 23 avril l’Organisation panaméricaine de la santé (PAHO) que les cas de rougeole enregistrés sur le continent américain sont en nette hausse depuis 2025 . Et cela principalement dans les pays d’Amérique du Nord, qui avaient jadis éliminé cette maladie hautement contagieuse et mortelle.

J'ai découvert il y a peu que Danny Elfmann, le génial compositeur, entre autres, des musiques des films de Tim Burton, et du générique des Simpsons avait, en 1971, fait partie du Grand Magic Circus de Jérôme Savary où il jouait du violon 

J'ai découvert il y a peu que du 31 mai au 1 Juin 1921 s'est déroulé un grand massacre racial dans le quartier de Greenwood à Tulsa, en Oklahoma — un quartier commercial et résidentiel afro-américain prospère surnommé « Black Wall Street » en raison de la concentration d'entreprises, de cabinets professionnels, d'hôtels et d'institutions culturelles détenus par des Noirs. Les violences ont éclaté après qu’un jeune homme noir nommé Dick Rowland a été accusé d’avoir agressé une femme blanche nommée Sarah Page dans un immeuble du centre-ville — une accusation dont les détails étaient ambigus et que Page elle-même a refusé de porter devant les tribunaux. Une confrontation au palais de justice entre des résidents noirs armés défendant Rowland contre une foule menaçant de le lyncher et des civils blancs a dégénéré en une attaque généralisée contre le quartier de Greenwood par une foule blanche, à laquelle se sont ensuite joints des civils blancs investis de pouvoirs par les autorités municipales.L'attaque s'est poursuivie toute la nuit et jusqu'au lendemain matin, lorsque des avions — dont il a été établi par la suite qu'ils appartenaient à la Garde nationale de l'Oklahoma et à des propriétaires privés — ont survolé le quartier de Greenwood dans des circonstances dont le rôle précis dans les violences a fait l'objet de débats parmi les historiens, certaines preuves suggérant qu'ils avaient été utilisés pour tirer sur le quartier ou y larguer des engins incendiaires. Environ 35 pâtés de maisons du quartier de Greenwood ont été réduits en cendres. On estime à 1 256 le nombre de maisons détruites et entre 8 000 et 10 000 le nombre de résidents noirs laissés sans abri. L'enquête officielle qui a suivi a fait état de 36 morts. Les témoignages des survivants et les récits journalistiques de l'époque décrivent des corps transportés hors de la ville et jetés dans des fosses communes ou dans la rivière Arkansas. Une commission d'État créée en 1997 a conclu que le nombre réel de morts se situait probablement entre 100 et 300. Le massacre a été exclu des programmes scolaires et des récits historiques officiels de l'Oklahoma pendant des décennies. Le rapport final de la commission d'État a été publié en 2001, quatre-vingts ans après les faits.

J'ai découvert il y a peu, pas tout à fait par hasard, puisque j'écoute régulièrement l'émission de Laurent Valéro et Thierry Jousse, "Retour de plage", le musicien Bud Shank, que je ne connaissais pas du tout. J'ai appris que c'est lui qui joue le solo de flûte dans "California dreaming". Et en furetant un peu j'ai aussi découvert ce duo avec Bob Cooper au hautbois

j'ai découvert il y a peu  que les 65 plus grandes banques françaises ont investi 906 milliards de dollars (783 milliards d’euros) s dans les énergies fossiles en 2025. Ce calcul est effectué chaque année par huit ONG, dont Reclaim Finance en France, et publié dans le rapport Banking on climate chaos, publié ce 9 juin. Cela correspond à une hausse de 8 % par rapport à 2024, et ça m'a bien déprimé

j'aurais préféré conclure sur une note un peu plus optimiste. Pourtant le ciel est encore bleu et c'est le printemps.   

mardi 9 juin 2026

Simples passagers


 
 Voilà
"ces incidents malheureux de notre vie, où nous nous sommes montrés ridicules, sordides ou lents d'esprit, il nous faut les considérer, à la lumière de notre intime sérénité, comme de simples ennuis de parcours. En ce monde, voyageurs que nous sommes (volontaires ou non) entre néant et néant, ou bien entre tout et tout, nous sommes de simples passagers et ne devons pas attacher trop d'importance aux désagréments du voyage ou aux cahots de la route" écrit Fernando Pessoa dans Le livre de l'Intranquillité.
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dimanche 7 juin 2026

La tête ailleurs

 
Voilà, 
cette fresque située rue du faubourg du temple est l'œuvre d'une artiste qui se fait appeler Kashink, pseudonyme de Maëva Martinez, née le à Alès, graffeuse, street artiste et musicienne française, ayant des origines slaves et hispanique. Je crois que c'est la première fois que je publie une photo d'une de ses peintures murales.
J'avais, quand je me suis trouvé face à ce mur, l'esprit ailleurs . En un autre temps, avec des gens qui ne sont plus. Cela m'arrive de plus en plus souvent. Hermann Hesse a quelque part écrit ceci qui me semble très juste : "les disparus ainsi que l'essentiel de leur être qui nous a influencé vivent à travers nous aussi longtemps que dure notre existence. Parfois nos entretiens et nos discussions avec eux sont plus fructueux qu'avec les vivants, et ils nous dispensent de meilleurs conseils". Est-ce l'un d'eux qui m'a suggéré de garder  dans le cadre les mannequins sans têtes de dos en premier plan, face à cette juxtaposition de visages ?

vendredi 5 juin 2026

Spectateurs



Place de l'hôtel de Ville, Paris Juin 2010
Voilà,
parce que ce blog va au gré des humeurs sans souci d'ordre ou de cohérence, qu'il se joue des temporalités relevant plutôt de la logique du coq-à-l'âne, de l'association libre — quoique il m'arrive souvent de ne pas en dire autant que je le souhaiterais — eh bien pour aujourd'hui ce sera cette photo prise il y a quelques années sur la place de l'hôtel de ville à Paris. Un écran géant y avait été installé pour permettre aux passants de suivre le tournoi de tennis de Roland-Garros qui — du moins si la météo le permet, puisqu'après une brève embellie d'une semaine, il pleut de nouveau et que la température est retombée de cinq degrés — cette année s'achève aujourd'hui. Outre le fait que l'image suggère qu'il puisse aussi faire beau fin mai début juin à Paris (c'est fou ce qu'on oublie vite) ce qui me plaît là — comme sur bien d'autres photos publiées sur ce blog — c'est le rapport qui, dans ce moment fugace, s'établit entre ces spectateurs qui en regardent d'autres en train de voir quelque chose qui nous échappe. De plus, la distorsion d'échelle entre ceux qui sont au loin dans l'écran, que l'image projetée rend plus grands et ceux qui se trouvent au pied de l'écran, spectateurs de ce qu'ils ne sont pas, crée un vague effet d'étrangeté qui me séduit. Cette fraction de seconde dévoile aussi un rapport de classe. Il y a les spectateurs privilégiés souvent des "people" confortablement assis dans les gradins au bord du court et que la retransmission nous montre parfois en plan de coupe quand les joueurs se reposent, et les autres réduits à la condition de badauds, tournés vers l'écran, ceux que l'ancien Premier Ministre Raffarin  — personnage français bien grotesque — appelait "la France d'en-bas", celle en somme du parterre qui autrefois au théâtre levait la tête vers les loges pour y apercevoir les nobles assistant à la représentation. première publication 9/6/2013 à 8:36)

jeudi 4 juin 2026

Qu'il est vieux ce monde


Voilà,
"Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s'anéantit, tout périt, tout passe. Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure. Qu'il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités. De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m'entourent m'annoncent une fin, et me résignent à celle qui m'attend. Qu'est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de celle de ce rocher qui s'affaisse, de ce vallon qui se creuse, de cette forêt qui chancelle, de ces masses suspendues au-dessus de ma tête, et qui s'ébranlent ? Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière ; et je ne veux pas mourir ! et j'envie un faible tissu de fibres et de chair à une loi générale qui s'exécute sur le bronze ! Un torrent entraîne les nations les unes sur les autres, au fond d'un abîme commun ; moi, moi seul, je prétends m'arrêter sur le bord, et fendre le flot qui coule à mes côtés !
Si le lieu d'une ruine est périlleux, je frémis. Si je m'y promets le secret et la sécurité, je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi. C'est là que j'appelle mon ami. C'est là que je regrette mon amie. C'est là que nous jouirons de nous sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux. C'est là que je sonde mon cœur. C'est là que j'interroge le sien, que je m'alarme et me rassure. De ce lien, jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte, au séjour de l'intérêt des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y a loin.
 

 
 Si mon âme est prévenue d'un sentiment tendre, je m'y livrerai sans gêne. Si mon cœur est calme, je goûterai toute la douceur de son repos.
Dans cet asile désert, solitaire et vaste, je n'entends rien, j'ai rompu avec tous les embarras de la vie. Personne ne me presse et ne m'écoute. Je puis me parler tout haut, m'affliger, verser des larmes sans contrainte."
Denis Diderot, Salon de 1767 à propos du tableau d'Hubert Robert "Grande galerie antique".
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mercredi 3 juin 2026

Petite nature

 

Voilà,
Les vieux qui parlent tout seuls dans les cimetières me font peur. 
Les brusques changements de températures m’incommodent.
Les chiens solitaires attachés qui attendent docilement leur maître
m’arrachent des larmes.
Je suis une petite nature
certes
mais les gens qui consacrent leur vie
 à détecter les infimes secousses de l’espace-temps 
n’en continuent pas moins de me fasciner.

mardi 2 juin 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (23)

 
Voilà,
ça me revient : j'ai pris cette photo à la kermesse de la paroisse St Sulpice qui se tient rue Cassette, en général vers la fin du mois de Mai. J'aime y passer tous les ans, en dépit du fait que je sois un affreux mécréant.
 
ça me revient : la photo du "Hirschsprung im Hollental" sur mon livre d'allemand de sixième, le "Chassard & Weill".
 
ça me revient : en 1988, le dramaturge et scénariste Jean-Pol F., qui ordinairement vivait à Marseille était venu loger chez moi, et il avait vraiment tapé l'incruste plus que de mesure ne participant pas beaucoup aux frais parce qu'il était assez pingre de nature. Il ne cessait à l'époque d'écouter le premier disque de Tracy Chapman qui venait de sortir, celui ou se trouve le morceau "talkin' bout revolution".
 
ça me revient : lorsque "les shadoks" sont apparus à la télévision, j'adorais imiter la voix de Claude Piéplu, qui assurait le commentaire. Je me souviens que ces petites vignettes de deux à trois minutes avaient déclenché des réactions complètement disproportionnées. Il y avait les proshadoks et les antishadoks. Certains criaient même au scandale ne comprenant ni ne supportant cet humour absurde.

ça me revient :  ce prof de musique alors que j’étais en troisième qui nous avait fait écouter "Pacific 231" d’Arthur Honneger. De façon générale il voulait nous prouver que le rock que nous aimions, ou la musique pop, n'était pas si novateurs que cela. Il acceptait de diffuser en classe un morceau de notre choix, mais c'était pour aussitôt essayer de nous convaincre qu'il y avait plus de train chez Honneger que dans "big railroad blues" du Dead, plus d'audace chez Pierre Henry que chez Pink Floyd. Il avait certainement raison, mais sa tactique n'était pas très convaincante

Ça me revient : le sous-titre et le slogan du journal "Pilote" à la fin des années soixante et au début des années 70.  "Pilote mâtin quel journal". Mâtin était à l'époque une interjection vieillie déjà sortie du dictionnaire, exprimant en même temps l'étonnement et l'admiration. On le trouve dans "le dictionnaire des 100 mots à sauver" de Bernard Pivot, mais j'étais étonné qu'on ne trouve le slogan de Pilote en guise d'exemple;
 
Ça me revient : avoir été pris d’une violente crise d’angoisse un matin sur ma moto, lors d’un embouteillage rue du faubourg Montmartre parce que j’avais imaginé que la camionnette devant allait exploser

ça me revient : quand j’étais enfant alors que j’habitais à Chalons sur Marne, être allé voir avec mes géniteurs, le château de Godefroy de Bouillon près de Sedan

ça me revient : Proust écrivait dans la Recherche du Temps perdu : "Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables que celles que l’imagination avait formées et la réalité détruites".

ça me revient :  l'époque  où Joe Allen était le seul restaurant américain de Paris, qu'il n'y avait pas encore de Mac Do en France, et que le Harry's bar  était l'un des rares bar de nuit fréquentable avec le "rosebud" où l'on pouvait rencontrer des yankees pur jus

ça me revient  : lorsque j'allais parfois avec des adultes boire un verre à la caravelle dans la baie d'Ispe. Cet endroit me semblait alors paradisiaque ou plus précisément hors du temps.
 
ça me revient : les billets de Robert Escarpit dans le journal "Le Monde", lorsque je commençais à le lire et que Philippe Tiry appréciait particulièrement

Ça me revient : le slogan de publicité "tout à coup un inconnu vous offre des fleurs dans la rue c’est l’effet Impulse"
 
ça me revient : Agnès avait dans sa chambre un corail orange et aussi un tapas tahitien que son père avait acheté juste en face de chez eux, rue de Vaugirard à la mission des îles

ça me revient : avoir visité l’exposition sur les papiers collés de Matisse en étant fort contrarié, parce que juste avant de m'y rendre j'avais après avoir reçu de la part d’une amie un mail avec une pièce jointe qu’elle trouvait intéressante et qui n'était autre qu'une communication de l’ELNET un lobby pro-israélien critiquant la position du gouvernement français par rapport à la guerre déclarée à l'Iran par Israël et les Etats-Unis

ça me revient : un nom, Gérard Engelbach, c’était un ami d’enfance de Dominique, un poète qui écrivait des textes très délicats, que j’ai du croiser une ou deux fois, je m'en souviens comme d'un homme très courtois
 
ça me revient : dans les années soixante-dix un documentaire sur le varan de Komodo  qui s'appelait je crois "L'île des dragons" avait été réalisé par Maurice Ronet, l'acteur du feu-follet de Louis Malle et de nombreux autres films. je cois qu'il avait été diffusé à la télévision et il m'avait fort impressionné. C'est là que j'avais découvert l'existence de ces monstres quasi- préhistoriques

ça me revient : une amie m'avait raconté que lorsqu'elle était petite, ses parents, pour lui faire manger du lapin — idée qui la répugnait — avaient inventé un stratagème : ils lui disaient que c'était du "poulet américain". Bien des années après, elle en voulait encore à ses parents d'avoir ainsi trahi sa confiance

ça me revient, lors d'une pause de notre petit cabaret au théâtre de l'Athénée, elle m'avait suivi dans les rayons de la FNAC Saint Lazare Opera, où les vendeurs étaient de vrais disquaires très compétents, et j'avais acheté ce jour-là "Riverruns" de Toru Takemitsu, ainsi que aussi "Farewell to Philosophy" de Gavin Bryars, et aussi peut-être "the Repentant Thief" de John Taverner. Au retour à un carrefour, devant un passage clouté, elle m'a dit "Quand est-ce que tu m'embrasses ?". Je l'ai donc embrassée. C'était une fille déterminée.

ça me revient : j'ai dîné en Mai 1989 au Hilton de Manille avec Didier Flamand, Patrick Bauchau et Jennifer Beals. Au cours du repas, Bauchau nous avait parlé du cimetière chinois de Manille, nous encourageant à le visiter et aussi du petit livre vert de Khadafi qu'il avait récemment acquis dans une édition en anglais et dont il nous lut ensuite quelques pages dans sa chambre où nousétions allés boire un dernier verre. 
 
ça me revient, mais peut-être l’ai-je déjà évoqué, en 1976, j’ai participé au recensement national en tant qu’enquêteur et j’ai recensé Georges Franju qui habitait une petite piaule assez misérable quai des grands-Augustins. Il était très étonné que je sache qui il était
 
ça me revient les numéros des plaques d'immatriculation des voitures familiales de mon enfance 542HM51 et 711FR40 et aussi celle de l'Algérie dont je ne me souviens que de la fin... elles se terminait par K9E et je pensais toujours à neuf œufs de cane

ça me revient : Lucien Rosengart un musicien qui travaillait avec le metteur en scène Philippe Adrien avait paraît-il produit et enregistré un disque avec Anthony Braxton dans une église en France.
 
ça me revient Donald Campbell avait établi en 1964 un record de vitesse sur un lac salé en Australie, le Lac Eyre avec un véhicule aux formes étranges qui s’appelait le bluebird. Je l'avais lu dans le journal de Tintin
ça me revient quand j’étais enfant la chanson "le petit cheval" de Georges Brassens d'après un poème de Paul Fort me faisait pleurer

ça me revient le duo Fontaine et Areski aujourd’hui qu’Areski est mort. Je crois que sa tombe est prête depuis longtemps au cimetière du Montparnasse.

ça me revient quand je me réveillais chez M-A, j'aimais aller à la boulangerie de la rue Ramey et ramener du pain frais et de la fouace pour le petit déjeuner.  

Publications les plus consultėes cette année