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mardi 9 juin 2026

Simples passagers


 
 Voilà
"ces incidents malheureux de notre vie, où nous nous sommes montrés ridicules, sordides ou lents d'esprit, il nous faut les considérer, à la lumière de notre intime sérénité, comme de simples ennuis de parcours. En ce monde, voyageurs que nous sommes (volontaires ou non) entre néant et néant, ou bien entre tout et tout, nous sommes de simples passagers et ne devons pas attacher trop d'importance aux désagréments du voyage ou aux cahots de la route" écrit Fernando Pessoa dans Le livre de l'Intranquillité.
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jeudi 28 mai 2026

Komorebi

 
Voilà,
le japonais a le mot Komorebi pour évoquer non seulement le doux chatoiement de la lumière qui filtre à travers les feuilles des arbres, mais encore l’éphémère beauté des motifs ainsi créés. Dans l'esthétique japonaise, ce n'est pas seulement un moment visuel, mais aussi une expérience du temps, de la nature et de la présence, car le komorebi n'est jamais le même deux fois. Il reflète une sensibilité à la l'impermanence et une profonde conscience du temps qui passe. 
Ces derniers jours, cette expérience est altérée par une chaleur parfois suffocante. La canicule inédite qui s'est abattue sur nos régions frappe par son intensité, avec des températures supérieures à 35 °C, par sa précocité, par sa durée (une dizaine de jours) mais aussi par son étendue régionale : il touche toute l’Europe de l’Ouest, dont le Royaume-Uni et l’Irlande. Selon Christophe Cassou, climatologue au CNRS, il s'agit d’un événement sans précédent, dans le millénaire passé, ayant la probabilité d’une chance sur 1 000 de survenir à cette période de l’année, si l'on s'en réfère aux données couvrant la période de 1979-2025. 
Dans un entretien au journal "Le Monde" il constate que le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus précoces. En outre, toutes ont été favorisées ou amplifiées par le carbone accumulé dans l’atmosphère. Désormais, la question n’est plus de savoir si, en France, l’on va dépasser les 50 °C, mais quand cela adviendra.  
Magali Reghezza-Zitt a une formule extrêmement percutante pour illustrer la situation climatique actuelle : "Nous vivons certainement une des années les plus froides du reste de notre vie "
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

mercredi 8 avril 2026

Au fou !


 
Voilà,
je suis souvent d'accord avec les articles que publie régulièrement André Markowicz sur son compte facebook dont il fait un usage tout à fait intelligent et pertinent. Outre la clairvoyance de ses observations et de sa pensée sur le cours du monde, j'admire son opiniâtreté dans cette activité où il est tout à fait légitime, puisqu'il dispose d'une notoriété méritée dans les milieux intellectuels. Pour ceux qui l'ignorent, ou qui sont étrangers à la culture française, c'est un traducteur très reconnu. Il a retraduit tout Dostoïevski, Tchekhov, Pouchkine, Erdmann et de nombreux autres auteurs russes. Il traduit aussi depuis l'anglais, et poursuit aussi une activité de poète et d'éditeur. C'est vraiment un forcené du travail intellectuel. Et je suis heureux de trouver dans ses publications quelque chose qui se rapproche de certaines de mes intuitions que je ne puis formuler avec autant de justesse. Je me permets de relayer in extenso ses deux dernières chroniques parues au cours des derniers jours à propos d'un dangereux connard.
La première intitulée "Disgrâce"
 
"Les insultes de Trump. – Celle contre Macron, d’abord, à propos de "sa femme qui le traite très mal", – venue on ne sait pas de quoi, – , et ,ce ton, et, ça, on en avait l’habitude, le jeu sur l’accent français. On sait très bien pourquoi elle est lancée, cette phrase : parce que, sans doute, l’Europe refuse d’endosser la responsabilité de la nouvelle guerre du Golfe. Ensuite, cette phrase, hallucinante, sur Mohammed Ben Salmane, l’héritier (le dictateur réel) de l’Arabie Saoudite. Dans un forum économique organisé avec l'argent de l’Arabie Saoudite, Trump a dit, – et c’était son discours officiel, pas un aparté : "now [une fois que les USA a retrouvé sa grandeur, pas avec un président "raté"]  he is kissing my ass". Et, un peu plus tard, il a ajouté que, ce fait-là, qu’il devait être en train de baiser le cul du président des USA, il fallait le lui rappeler encore. 
La phrase est à mettre dans les livres d’histoire, me semble-t-il, parce qu’elle explique l’essence même du colonialisme. Le colonialisme, c’est arriver dans un pays et obliger ses dirigeants  à baiser le cul du chef. – Il se trouve que celui qui est censé "baiser le cul" du président américain – pas de n’importe lequel, pardon, seulement, le "cul de moi"  (je l’écrirai comme ça, parce que tout ce que fait Trump est de s'édifier, par ses propres mots, une statue à soi-même – un soi-même qu’il admire tellement qu’il se considère, en cette période de Pâques, comme un nouveau Christ..), – que celui, donc, qui lui baise le cul était le meilleur allié des USA, et, objectivement, que cet homme – comme ses prédécesseurs – n’a existé jusqu’à présent qu’en tant qu’il était un agent des USA. Que, donc, ce que dit Trump est factuellement vrai. C’est le rapport normal qu’instaurent les puissances coloniales avec les pays amis dont elles garantissent l’indépendancez : le pouvoir fantoche baise les pieds, – ça, c’est l’image traditionnelle, ou le cul – c’est l’image trumpienne, – du donneur d’ordre."
Sauf que le fait de le dire, et dans ces termes, dénués de sur-moi (dès lors que rien n’existe au monde qui puisse être, littéralement, au-dessus de Moi) casse la porcelaine dans laquelle tu étais censé boire le thé qu’elles étaient en train de t’offrir.  – La phrase montre surtout non seulement la rupture, mais l’impuissance actuelle où se trouve – non pas Trump mais la puissance des USA, à imposer quoi que ce soit. L’insulte est là pour montrer la déchéance : telle a d’ailleurs été la réaction officielle de l’Arabie Saoudite, qui a fait savoir que, dorénavant, elle achèterait ses armes ailleurs qu’aux USA. 
 
*
 
L’impuissance de la puissance américaine éclate encore davantage dans le dernier tweet sur le  fuckin’ strait" toujours fermé par les Iraniens... Il ne dit même pas le Détroit d’Ormuz. Il dit juste « le détroit », ce qui montre qu’il ne pense qu’à ça.  Et ce détroit, il est "fuckin’" – mot que je n’arrive pas à traduire (j’ai souvent parlé de la difficulté de traduire le mot "fuck", tellement il est, dirons-nous, vaste...) Pas même "fucking" , mais  "fuckin’ ", forme qui montre, par la vulgarité dans la vulgarité, le sens réel : c’est bien l’opération américaine, dans son ensemble, qui est en train d’être "fucked up", parce que, malgré la supériorité militaire, quasiment absolue, d’Israël et des USA, la crise est là, – dans le monde entier, à cause de la bêtise de ce Moi-là. À cause de ce gosse jamais grandi qui s’est fait embarquer dans une aventure dont, visiblement, il ne peut pas sortir vainqueur, – d’où, j’ai l’impression, les frictions que nous sentons entre Israël et les USA ces derniers jours, – ces phrases aberrantes prononcées par un gamin pris en faute : « c’est pas moi qui a commencé... c’est "eux" (les "eux" étant les agents israéliens dans son entourage, et en particulier son beau-fils, Jared Kushner) – il s’est fait baiser, si je puis dire, par les Israéliens... Et il le dit. Dès lors, les Iraniens sont-ils des "crazy bastards", et c’est Trump lui-même qui leur décerne ainsi ce qui peut apparaître comme leur légion d’honneur. – Ils ont la force de faire perdre son sang-froid, et ses moyens, à ce qui se considère comme la première puissance du monde."
 
*
 
Il y a là quelque chose qui tient d’un autre mot que je n’arrive pas à traduire, "disgrace", et qui n’est pas seulement une honte. Je sens dans le mot anglais quelque chose de bien plus fort, et, je dirais, comme de plus impuissant. La constatation d’une déchéance irrémédiable. – Un homme capable d’entraîner la planète entière dans une disgrâce comme on n’en avait pas vu depuis la guerre de 39-45."
Or face à lui qu'y a-t-il ?
Que se passe-t-il aux USA ? Je suis frappé par le fait que, ces derniers temps, les protestations les plus fortes semblent venir non pas des démocrates, mais des républicains, – ou de certains républicains (encore très très minoritaires), alors que tous les autres se taisent, ou applaudissent. Et que cela arrive au moment où, au plus haut niveau de l’armée américaine, une purge élimine je ne sais combien de généraux et d’amiraux, dont le chef d’état-major de l’armée de terre...
Ensuite, quel est le pouvoir du reste du monde une fois que Trump a dit la vérité toute crue, et toute puante, – qu’il a cassé la porcelaine des gens bien éduqués ? L'Occident a bien passé son temps a baiser le cul des USA, avec reconnaissance, et, oui, avec plaisir. Sauf qu’une fois que la chose est dite dans ces termes, et que la phrase dite signifie que, volens-nolens, il n’y a plus de cul à baiser, – forgive my french, n’est-ce pas... – que faisons-nous pour sortir de la honte ?
 
La seconde s'intitule "L'obscène"
 
On se couche en se demandant si, au réveil, il n’aura pas envoyé une bombe atomique sur l’Iran, s’il n’aura pas fait sauter le monde. La première chose qu’on fait en se réveillant, avant même de se lever, c’est d’essayer de voir ce qui s’est passé, et l’impression de soulagement, comme quoi, non, ça continue toujours, est mélangée quand on comprend qu’en fait, s’il veut vraiment négocier, il a accepté comme base de départ les dix points proposés par le régime des mollahs, dix points qui comprennent la légitimation du nucléaire et la reconnaissance que le détroit d’Ormuz est iranien, c’est-à-dire des points qui, s’ils étaient acceptés, signeraient la capitulation des USA, de cette armée qui est, et de très loin, – je ne mets même pas de guillemets, – la plus puissante du monde (je veux bien le croire). Mais tant mieux s’ils négocient, ça va de soi. Et tant mieux s’il y a, ne serait-ce qu’une trêve.
Toujours cette sensation de jamais vu. On n’a jamais vu qu’un président des USA, dans un tweet (ou comment s’appelle un post de "Truth Social" – quel nom quand on y pense !) explique qu’il regretterait beaucoup de détruire une civilisation, "qui ne pourrait plus revenir", qu’il annonce donc un génocide, et, je ne sais pas comment dire, une éradication culturelle, – et qu’il le fasse, juste, pour faire monter les enchères, comme on marchande aux Puces. Non, on n’avait jamais vu ça. Jamais, surtout, on n’avait eu la sensation que la chose était tellement possible, genre Docteur Folamour. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un général qui serait devenu fou, mais du maître actuel du monde, et d’un maître du monde qui, autant sa puissance réelle devient de plus en plus fragile, reste toujours capable de le détruire, le monde, – parce qu’il aura toujours des lâches et des assassins, des larbins avides de pouvoir et d’argent, pour suivre ses ordres et continuer de le flatter : il est, n’est-ce pas, l’envoyé du Christ sur terre, le plus beau, le plus intelligent, enfin, je ne sais pas ce qu’il est, mais il l’est. Être à la merci, concrètement, d’un homme qui, en fait, passe ses journées à vitupérer les pommeaux de douche de la Maison blanche, parce que leur pression n’est pas suffisante (c’est, je l’ai appris, statistiquement, le sujet le plus traité dans ses prises de parole publiques), et ses feutres Sharpie  ("c’est pas cher mais ça écrit très bien, j’ai téléphoné au directeur de la boîte pour le féliciter")– avec, quelques heures plus tard, un communiqué de la boîte en question, visiblement très gênée, parce que jamais Trump n’a téléphoné au directeur, – ce long aparté sur les feutres dure, devant les caméras, pendant plusieurs minutes pendant une réunion consacrée à la guerre avec l’Iran... – Et comprendre que ce n’est pas drôle du tout. Que ce grotesque-là ne peut pas faire rire : ce n’est pas celui d’un Lubitsch ou de qui que ce soit. Que ce grotesque est la forme absolue du réalisme. Il est, oui, la réalité de notre vie. Nous vivons entre les mains de ça.
Comprendre aussi, et surtout, que, là, l’histoire se répète vraiment, et pas du coup sous forme de farce, – pas du tout sous une forme comique ou amoindrie. Avoir vu la magnifique mise en scène de Jean Bellorini au Vieux-Colombier, "L’ordre du jour"  d’Eric Vuillard, – une mise en scène, justement, qui joue sur les codes du grotesque... Mais Vuillard montre une réunion des grands capitalistes allemands avec Hitler, et la complicité tranquille de ces "capitaines d’industrie" avec le nazisme. Pas seulement leur complicité, mais les profits qu’ils ont fait, et que, tranquillement, ils font toujours, puisqu’aucun des Krupp, Thyssen et autres n’a jamais été inquiété en 1945, alors même qu’ils avaient ouvert des usines dans les camps.
La question est celle de la responsabilité. – Qu’il y ait un fou à la Maison blanche est une chose (et, déjà, en soi, c’est sidérant), mais qui l’a mis au pouvoir, ce fou ? Et, une fois qu’il a exercé le pouvoir, qui, parmi les grands entrepreneurs américains, lui aura résisté, n’aura pas fait allégeance ? Qui, donc, n’est pas responsable de ce qui pourra se produire ? – Et s’il n’y avait qu’eux... Eric Vuillard évoque le sort, et la responsabilité (même s’il en est victime), du chancelier autrichien Schuschnigg qui, au bout du compte, amène au pouvoir les nazis, même s’il les combat, du bout des lèvres. Et comment ne pas faire le parallèle avec les caciques démocrates aux USA qui ont accepté que Biden s’acharne à vouloir se re-présenter, contre tout bon sens – pour quelles raisons ? Simplement, sans doute, par veulerie, pour ne pas déplaire à leur chef à eux, même si ledit chef, temporaire, était dans un état de délabrement physique accéléré...
Les monstres viennent toujours d'un ventre mou.
Oui, on a vu 8 millions de personnes défiler dans les rues du pays tout entier pour le dernier  "No Kings" et c’est énorme. Ça ne suffit pas, évidemment, même si c’est, là encore, du jamais vu, je crois, dans l’histoire récente. Allez savoir si elles auront lieu, les élections de mi-mandat, si Trump ne trouvera pas quelque chose pour ne pas subir le raz-de-marée d’une débâcle annoncée. Allez savoir ce qu’il trouvera encore pour détourner l’attention de la moitié des dossiers Epstein encore non publiée, et la moitié, visiblement, la plus épouvantable (3 millions, donc, de documents encore inconnus) qui répertorient les meurtres, les actes de torture, – enfin, on ne sait pas quoi, mais quelque chose dans quoi, lui, le président Trump est trempé (pardon du jeu de mots) jusqu’au cou et bien plus. Allez savoir si, finalement, cette folie qui laisse le monde pantois n’est pas aussi jouée, en prévision des poursuites, – si elle n’est pas le seul moyen, à terme, de lui faire éviter la prison...
L’ordre, non pas du jour, mais des choses, mis à nu, – obscène.
Sauf qu’il est devant tous, – engluant tous les yeux. Et donc, qu’il ne l’est plus, obscène. il est la scène même. La seule réalité.
 
 
On peut aussi rajouter qu'il y a, chez le chancre orange,  — persuadé que Dieu l'observe et le soutient — un mépris de tout ce qui n'est pas lui, et même une haine sans mesure de l'autre qui est l'essence même de sa nature psychopathe. Et pourtant près de 40% des américains le soutiennent, et se reconnaissent en lui. Il représente quelque chose de profondément ancré dans la culture et la mentalité de ce pays. Et pas un jour ne passe sans qu'il ne se livre sur son réseau social à une de ses diatribes délirantes. La récente menace d'exterminer toute une civilisation dans un ultimatum terrifiant à l'adresse de l'Iran dans lequel, en proie à une folie génocidaire il s'engageait à commettre des crimes contre l'humanité indescriptibles, n'en est qu'une parmi d'autre. On s'est tellement habitué aux outrances de ce connard obscène vulgaire et méprisant qui confond la force et la puissance (dont il est dépourvu) que l'ampleur de ses propos passera d’ici peu à l'as comme le reste. "Flood the zone" comme l'a théorisé Steve Bannon un de ses mentors, stratège bien connu de l’extrême droite américaine et ancien conseiller particulier lors de sa première présidence. Son idée – qui a fait ses preuves – est d’inonder les médias de “shit” et d’empêcher la vérification des faits afin de remplacer la vérité par des flux de délires. Le message est bien passé. Et quand ce n'est pas trump en personne, ses ministres s'en chargent. Ainsi son ministre de la guerre bigot, qui a comparé un pilote abattu et sauvé  grâce à une mission spéciale au Christ ressuscité. 
Bref aujourd'hui 8 Avril, l'enfer ne s'est pas déchaîné sur le sol et le peuple iranien, et le chaos mondial est encore dans les limites du tolérable si tu n'es pas dans une zone de guerre immédiate. Peut-être existe-t-il encore au Pentagone des esprits lucides ayant convaincu le fou de la Maison Blanche de ne pas déclencher un cycle de destruction mutuelle qui mènerait à l’effondrement des installations de production pétrochimiques mondiales, à la possibilité de rendre le golfe Persique inhabitable et au risque de plonger l’économie mondiale toute entière dans un insurmontable chaos.
Donc c'est un répit. Mais depuis quelques temps nous allons de répits en répits semble-t-il. Cette chronologie de l'incessante victoire de Trump contre l'Iran en témoigne :
 3 mars : "Nous avons gagné la guerre" 7 mars : "Nous avons vaincu l'Iran." 9 mars : "Nous devons attaquer l'Iran." 9 mars : "La guerre touche à sa fin, et de façon magnifique." 11 mars : "Il ne faut jamais crier victoire trop tôt. Nous avons gagné. En une heure, c'était fini." 12 mars : "Nous avons gagné, mais la victoire n'est pas encore totale."13 mars : "Nous avons gagné la guerre." 14 mars : Aux alliés : "Aidez-nous, s'il vous plaît." 15 mars : Aux alliés  : "Si vous ne nous aidez pas, je m'en souviendrai." 16 mars : En réalité, nous n'avons besoin d'aucune aide. 16 mars : "Je testais juste qui m'écoutait." 16 mars : "Si l'OTAN n'intervient pas pour nous aider, ils subiront de graves conséquences." 17 mars : "Nous n'avons ni besoin ni envie de l'aide de l'OTAN." 17 mars : "Je n'ai pas besoin de l'approbation du Congrès pour me retirer de l'OTAN. " 18 mars : "Nos alliés doivent coopérer à la réouverture du détroit d'Ormuz." 19 mars : "Les alliés des États-Unis doivent se ressaisir, prendre leurs responsabilités et contribuer à la réouverture du détroit d'Ormuz." 20 mars : "L'OTAN est lâche." 21 mars : "Le détroit d'Ormuz doit être protégé par les pays qui l'utilisent. Nous ne l'utilisons pas, nous n'avons donc pas besoin de l'ouvrir." 22 mars : "C'est la dernière fois. Je donne 48 heures à l'Iran. Ouvrez le détroit !"22 mars : "L'Iran est mort." 23 mars : "Nous avons eu des discussions très fructueuses avec l'Iran." 24 mars : "Nous progressons dans les discussions." 25 mars : "Ils nous ont fait un cadeau, et il est arrivé aujourd'hui. C'était un très gros cadeau, d'une valeur inestimable. Je ne vous dirai pas de quoi il s'agit, mais c'était un cadeau de grande valeur." 26 mars : "Concluez un accord, sinon nous continuerons à les anéantir." 27 mars : "Nous n'avons pas à être là pour l'OTAN." 28 mars : Pas de déclaration majeure. 29 mars : "Les négociations progressent bien". 30 mars : "Ouvrez immédiatement le détroit d'Ormuz, sous peine de conséquences dévastatrices." 31 mars : "Un accord est imminent et  l'Iran va faire ce qu'il faut pour ça". 1er avril : "Nous verrons bientôt ce qui se passera." 2 avril : Un accord est très probable. S'il n'y en a pas nous poursuivrons les frappes. 3 avril : "Quelque chose d'important va se produire." 4 avril : "L'Iran doit se soumettre « immédiatement » sous peine de graves  conséquences".  5 avril : "Ouvrez ce putain de détroit, bande de cinglés, sinon vous irez en enfer ! Vous allez voir ! Louange à Allah ! 
Y-a-t-il un docteur dans la salle ? 


C'est pourtant bien dans ce monde et avec ces gens qu'il faut encore s'efforcer de vivre. Et pendant ce temps là, une chaleur presque estivale s'est, pour quelques jours, abattue sur la ville. Les arbres de Judée du jardin des Tuileries sont en fleurs, et leur beauté rend ces temps incertains plus supportables.

lundi 30 mars 2026

Les Amis silencieux

 
 
Voilà,
pendant que le monde chavire lentement et semble-t-il inexorablement vers le chaos, je découvre depuis une semaine l'œuvre cinématographique si singulière de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi. Une rétrospective lui est consacrée à la cinémathèque. Elle coïncide avec la sortie sur les écrans parisiens du merveilleux film "Silent friend" que j'ai vu lundi dernier sur le grand écran de la salle Henri Langlois rue de Bercy.
À part Márta Meszáros, Miklós Jancsó et Belá Tar je connais peu le cinéma hongrois. J'avais pourtant été saisi par la profondeur d'un film que j'avais vu par hasard il y a quelques mois intitulé le cinquième sceau de Zoltan Fabri, cinéaste dont j'ignorais totalement l'existence et qui avec beaucoup de subtilité mettait en jeu des questions morales. 
Pour ce qui concerne Ildiko Enyedi je n'avais jamais entendu parler d'elle non plus, bien qu'elle ait été distinguée dans de prestigieux festivals (Cannes, Berlin). S'il est un thème récurrent dans son œuvre, c'est bien celui des connexions secrètes non seulement entre humains, mais entre les humains et la nature. Souvent les personnages de ses films se retrouvent en position d’observer secrètement un monde parallèle à travers une sorte de paroi invisible qui peut-être même parfois celle du rêve. Pour elle, la réalité, loin d'être immuable est au contraire mouvante, fragile et éphémère. "Nous hallucinons tous tout le temps dit-elle lorsque nous nous mettons d’accord sur nos hallucinations, nous appelons cela réalité". Souvent elle propose le point de vue des non-humains en contrepoint de celui des humains (une femme derrière sa fenêtre regarde un coucher de soleil au même moment qu'une vache destinée à l'abattoir, un arbre touché à différentes époques de son existence par des mains humaines).
La relation entre les humains et la nature ne se résume pas à une simple opposition entre deux mondes. Elle construit plutôt un dialogue silencieux entre eux. Filmée comme une expérience presque tactile, la nature devient une sorte de prolongement de l’intériorité humaine. Cette atmosphère contemplative invite le spectateur à ressentir plutôt qu’à analyser immédiatement. En cela son cinéma fait écho à tout un courant de pensée, qui émerge depuis quelques années à travers les travaux entre autres de Philippe Descola, Bruno Latour et Emanuele Coccia
Les grands platanes qui bordent la fontaine Médicis, sont parmi les plus âgés du jardin du Luxembourg. Des milliards de regards se sont posés sur eux, et depuis que j'ai quinze ans ils sont pour moi des amis silencieux. Voilà pourquoi j'ai choisi l'entrelac de leurs branches en ce printemps naissant pour accompagner cet article. Ils furent plantés vers 1810 et bordaient autrefois une allée menant à l’édifice. Lors du déplacement de la fontaine en 1862 pour créer la rue de Médicis, seuls les arbres situés devant la fontaine furent conservés, dont un spécimen encore visible aujourd’hui.

lundi 2 mars 2026

Hakanai

 
Voilà,
je ne peux que trouver salutaire l’élimination de Ali Khamenei. Ce criminel religieux de la pire engeance opprimait son pays depuis trente-cinq ans et n’a pas hésité à ordonner que ses milices tirent à balles réelles sur des foules pacifiques. Mais voir Ben G'vir le ministre de La Défense et boucher de Gaza se réjouir de sa mort en remerciant Dieu pour sa "victoire", ou le fasciste Trump jouer triomphalement au chef de guerre me consterne. Car sur l’échelle de l’ignominie, il n’y a guère de différence entre ces trois là. 
Cela m'embarrasse d'écrire ces noms sous une si délicate image.
Pour désigner la beauté et la fragilité de quelque chose qui peut disparaître à tout moment (comme la lumière dans ce jardin), le japonais possède le mot hakanaï. C'est le monde — et les instants de répit qu'il peut parfois nous offrir — qui me semble désormais hakanaï. Et pendant que j'écris cela, un "earworn" s'est insinué dans ma tête alors que rien ne le laissait présager. Si longtemps que je n’ai pas entendu cette chanson.

mardi 24 février 2026

Quatre ans

 
Voilà
quatre ans que le peuple ukrainien résiste avec courage et détermination à l'envahisseur russe. Hélas le reste du monde semble de moins en moins s'intéresser à son sort, aux crimes de guerre dont il est victime, aux bombardements systématique des populations civiles. Comment ne pas penser à tout ce que celles-ci endurent quotidiennement, alors qu'ici, pour quelque temps encore, il est possible de profiter des premiers beaux jours dans une relative insouciance, en tous cas sans craindre que dans l’immédiat des drones ou des missiles ne s'abattent sur nous.

mercredi 7 janvier 2026

Épisode neigeux

 
Voilà
deux ans qu’il n’y avait eu d’épisode neigeux un peu sérieux sur Paris et sa région, je veux dire de ceux qui transforment pour quelques jours le paysage urbain au point qu’on ne puisse s’empêcher de prendre des photos. Le six au cours de l’après-midi la ville est devenue toute blanche et hier il faisait un soleil radieux. Je suis passé en fin d'après-midi par le jardin du Luxembourg ; la lumière était très belle et de nombreux visiteurs se promenaient dans les allées principales et balisées, les autres étant interdites à la circulation. Comme c’est souvent le cas en pareilles circonstances on avait fermé les abords du grand bassin. 
 
 

En dépit de l'incertitude et de l'inquiétude  liées à la situation internationale – j’ai entendu des gens hier matin évoquer près de moi dans le tram les récents événements et commenter tout le long du trajet les déclarations des uns et des autres – il y avait tout de même un je-ne-sais-quoi de facétie et de légèreté. 


Pour ce qui est des joueurs de pétanque du jardin du Luxembourg, rien ne semble contrarier leurs habitudes et ils continuent de se faire plaisir, grand bien leur fasse. Souvent j'envie leur quête : placer les boules — d'ailleurs je propose un petit jeu "retrouver la boule lancée" — au plus près du cochonnet. Je ne suis pas resté à les observer comme j'aime à le faire quelquefois. De ce côté-ci du parc, l'ombre gagnait doucement à mesure que déclinait le soleil. L’air devint un peu plus frisquet. Je me hâtai de rentrer à pied chez moi.

lundi 27 octobre 2025

L'avenir serait-il dans les champignons ?

  

Jardin Botanique de Lisbonne

Voilà,
aux dernières nouvelles l'avenir serait dans les champignons. Pourvu que ce ne soit pas un champignon atomique
Au cœur de la forêt amazonienne, des scientifiques ont découvert un champignon qui se nourrit de plastique. Pestalotiopsis microspora est un champignon particulier. Il peut survivre exclusivement grâce à l'un des types de plastique les plus courants (et les plus persistants) : le polyuréthane  et ce, même dans des environnements dépourvus d'oxygène, comme les décharges enfouies. 
Cette capacité remarquable en fait un recycleur naturel, capable de réaliser ce que les systèmes créés par l'homme ont encore du mal à accomplir : décomposer les déchets plastiques de manière efficace et durable. On pourrait imaginer un monde où les bouteilles en plastique jetées ne dureraient pas des siècles, mais se décomposeraient en quelques semaines, grâce à un allié microscopique caché dans le sol forestier. Les chercheurs espèrent désormais exploiter cette espèce pour la bioremédiation, c'est-à-dire le nettoyage des sols pollués, des côtes envahies par le plastique et même de nos océans. 
Mais il paraît aussi que les ruines de Tchernobyl, recèlent elles aussi un champignon tout à fait particulier. Lui c'est de radiations dont il se nourrit, d'après certains scientifiques qui l'on découvert. Le Cladosporium Sphaerospermum est un champignon noir découvert sur les parois du réacteur 4 de Tchernobyl, l'un des environnements les plus radioactifs de la planète. Au lieu de mourir, cet étrange organisme prospère en absorbant les radiations gamma mortelles qu'il convertit en énergie métabolique. Ce processus, appelé radiosynthèse, est similaire à la photosynthèse des plantes. Simplement au lieu d'utiliser la lumière du soleil, ce champignon utilise les radiations pour sa croissance. C'est l'un des rares organismes connus sur Terre à le faire. Cette espèce fongique pourrait non seulement empêcher la contamination nucléaire de se propager, mais serait aussi potentiellement en mesure d'absorber et de neutraliser complètement les radiations dans ces zones. 
Des recherches sont encore nécessaires avant de d'envisager l'utilisation de ce processus. 
 Les scientifiques explorent son potentiel de biorestauration en l'utilisant pour nettoyer les sites radioactifs trop dangereux pour l'accès humain. Sa capacité à tolérer, voire à absorber, les radiations pourrait en faire un outil précieux pour la reconstruction après une catastrophe nucléaire. "C'est comme si la nature avait conçu un bouclier biologique contre les radiations", a observé un chercheur. En outre, ce champignon pourrait être utile dans l'espace. Des chercheurs ont déjà envoyé le Cladosporium sphaerospermum vers la Station spatiale internationale. Non seulement il a survécu mais il s'est développé. Plus impressionnant encore, il a bloqué jusqu'à 84 % des radiations cosmiques incidentes. Cela laisse augurer qu'il pourrait un jour servir de bouclier naturel contre les radiations pour les astronautes en mission dans l'espace lointain, où l'exposition représente un risque sanitaire majeur. Des retombées nucléaires à l'exploration spatiale, ce modeste champignon noir pourrait détenir la clé de la survie dans certains des environnements les plus extrêmes de l'univers. On peut être reconnaissant au reste de la nature de proposer des solutions aux méfaits que l'humanité lui inflige.
Est ce que l'industrie est prête à investir pour passer au stade du développement qui permettrait d'absorber certaines pollutions déjà existantes ?

lundi 20 octobre 2025

La rivière enchantée


Voilà,
Il y a des souvenirs comme ça qui s'accrochent. Ils ne lâchent plus. Lorsque j'ai découvert la rivière enchantée, je n’étais pas tout jeune j’avais plus de 17 ans. C’était un de ces dimanches où nous allions au musée en famille. Ce n’était pas ma famille, mais c’était la famille rêvée. Il y avait les trois sœurs. L’une d’elle était mon amoureuse, et puis leurs doux parents, Philippe et Dominique. Ce jour là, donc, ce fut d'abord la visite du Musée des Arts et Traditions Populaires qui n’existe plus aujourd’hui. Seule demeure sa carcasse. Il va être reconfiguré et deviendra une annexe de la fondation Vuitton. Il présentait une vision synthétique de la société française traditionnelle, rurale et artisanale pour l'essentiel, depuis le dix-neuvième siècle jusqu'aux années 1960. Y étaient exposés des choses anciennes de la vie passée, des objets usuels, dont l’usage s’est perdu. Dominique aimait beaucoup ce musée. Pour ma part, je le trouvais étrange, étonnant. Il ne correspondait pas tout à fait à l’idée que je me faisais d’un musée, (mais du reste, avais-je vraiment une idée de ce que devait être un musée ?). Quoi qu’il en soit, il évoquait des façons de vivre anciennes dans la France d'autrefois, celle des champs et des campagnes.
Après la visite, nous nous sommes promenés au jardin d’acclimatation. Je n’y étais jamais venu mais les filles avaient l’air de bien connaître. Elles parlaient surtout de la rivière enchantée et je crois que cela leur rappelait des souvenirs d’enfance. Nous y sommes allés Nous nous sommes entassés dans la même barque, tous les six. Tout le monde riait. C'était tellement étrange et tellement bon d'être là, au milieu de cette famille si accueillante et qui n'était pas la mienne, sur cette rivière qui n' en était pas vraiment une. Je me sentais en sécurité.
En Mai 2015 j'y suis retourné en compagnie de Sophie, ses enfants et ma fille. Une autre barque, d'autres rires. Discrets et tenaces les souvenirs continuent de voguer, d’une barque à l’autre. 

mercredi 8 octobre 2025

Jardin Atlantique

 

Voilà,
certains visages croisés au cours de mon existence, auxquels je n’ai su répondre par un mot, un regard, une attention plus prolongée, je me demande, avec une sorte de remords déjà posthume, s’ils n’exprimaient pas quelque secrète sollicitation à laquelle ma timidité ou ma distraction m’auraient empêché de répondre. Ils sont là dans ma mémoire comme une dette qui n’a pas été honorée.
Ainsi, je me trouve partagé entre ce que j’ai vécu et cette autre vie, en suspens, qui m’accompagne comme une ombre sournoise. Elle n’a ni événements ni contours précis, mais parfois, au détour d’un souvenir, elle surgit devant moi avec une surprenante clarté. L'occasion qu'on n'a pas saisie un soir d’été, une conversation interrompue trop tôt, la proposition à laquelle on n'a pas jugé bon de répondre — autant de moments simples dont la suite m’a échappé, mais qui ont durablement inscrit leur empreinte dans ma mémoire.
J'ai entendu dire que les regrets les plus persistants ne viennent pas de ce que nous avons perdu, mais de ce que nous n’avons pas osé tenter. C'est possible. Ce qui a existé s’use, finit par se fondre dans l’habitude ou dans l’oubli ; mais ce qui n’a pas eu lieu reste intact, comme un possible figé, d’autant plus vif que la réalité ne l’a pas entamé. Une pensée cependant apaise les regrets. Sans ces détours, ma route eût été différente. Mais le hasard de mes atermoiements a tracé un chemin plus énigmatique que mes décisions. Il m’a guidé jusqu’à l’apparition de ma fille. La présence au monde et dans ma vie de cet être si lumineux justifie tout ce que je n’ai pas accompli.
C'est à ces divagations que je m'abandonnais ce jour là en cet étrange jardin où je l'ai si souvent promenée lorsqu'elle était petite.

dimanche 14 septembre 2025

Du travail de pro

 
 
Voilà 
Charlie Kirk. Un fasciste de compétition. Le modèle d’exportation. Antisémite mais favorable au massacre des Palestiniens — On en a de semblables ici aussi en France. Misogyne, suprémaciste, homophobe, climatosceptique, pro-arme, anti-avortement, bref : la totale. 
À l’affiche quotidienne du stand-up trumpiste, colporteur professionnel de fake news, animateur en chef de l’attaque du Capitole. Son CV : la haine comme fond de commerce, la bêtise comme capital symbolique.
Porter une arme à feu selon lui était un droit issu de la volonté de Dieu. Dieu est parfois un foutu galopin avec ceux qui y croient ou professent d'y croire. 
Pour celui qui disait  "En fait, je ne supporte pas le mot empathie. Je pense que l'empathie est un terme New Age, inventé, qui fait beaucoup de mal" une balle dans la gorge. 
Une seule. Du travail de pro. 
Pas d'empathie donc.

Trump le sauveur autoproclamé de la nation, ce concentré de bêtise, de méchanceté, d'arrogance, d'infatuation, d'ignorance, de brutalité, de racisme, de corruption, de mensonge, d'incompétence qui, au mépris du droit américain a décidé de saper un a un tous les principes fondateurs de son pays avec la complicité des élus républicains du Sénat et de la chambre des représentants, Trump donc jaillit sur les ondes.
Kirk mort
Trump furieux. 
Pathos en cascade, lamentation réglée, hymne à la victime qu’on hisse en martyr. Les caméras tournent, la machine pleure. Trump lyrique (enfin, dans la mesure de ses moyens). Trump en mode oratorio apocalyptique : "la gauche radicale assassine nos héros". Ben voyons. C’est toujours elle, la main invisible, l’ennemie de la liberté — leur liberté, plus exactement : celle de pouvoir massacrer sans entrave, arrêter de façon arbitraire au seul motif d'un faciès pas trop blanc. Étonnant tout de même : Trump est nettement moins lyrique quand Melissa Hortman, représentante d’État est abattue avec son mari dans leur maison. Quand John Hoffman, sénateur est troué de balles aux côtés de sa femme. 
Moins lyrique pour ce qui concerne les morts à l’école, aussi — enfants et professeurs. Litanie américaine du carnage. 309 fusillades de masse en un an, pour la plupart d’entre elles perpétrées par des blancs. Plus de 300 morts depuis le début de l’année. Mais pas d’allocution pour ça. Trop banal, trop quotidien, trop peu rentable en émotion nationale. 
Ce qui mérite une parole, c’est le corps d’extrême-droite tombé. Ce qui ne vaut rien, c’est le sang des démocrates, c’est l’abattoir scolaire. Les États-Unis du Spectacle trient leurs cadavres : les bons pour l’écran, les autres pour la fosse commune de l’oubli. Et tout le monde continue — on pleure sur commande, on oublie sur consigne. Le pouvoir s’exerce même dans le chuintement du silence 
 Silence présidentiel. Silence comme politique, silence comme choix.
 La hiérarchie des morts, c’est sacré.
 
Le scénario est connu. Hitler a eu des son Reichstag. Trump a la balle dans la gorge de Kirk. Prétexte prêt-à-porter. Sacraliser le cadavre. Poursuivre le projet : déchaîner la Garde nationale dans les villes démocrates. Liquider l’opposition au nom de la Pureté Américaine. Recycler le crime en mythe, la peur en régime, la haine en politique. 
Pendant ce temps : le scandale pédophile colle aux basques de l'orange canker. La faillite économique est patente. La popularité fuit par tous les trous. Mais peu importe : un martyr ça occupe l’écran, ça fait de l'audimat. Un martyr ça détourne. Un martyr ça donne des forces aux fascistes. Les républicains pointent du doigt leurs ennemis habituels — la gauche radicale, les trans, les démocrates, les immigrés. C’était écrit d’avance, comme une pièce qu’ils jouent les yeux fermés. Et tout un appareil de propagande s’empresse de transformer la gorge perforée en drame national. Drapeaux en berne.

Seulement voilà : le récit s’écroule

la grand-mère du tueur — Debbie Robinson — parle. On se retrouve dans un sitcom façon Dallas. Mais là ça s'appellerait "Utah" "Toute la famille est républicaine, pro-Trump. Je ne connais pas de démocrate" , dit-elle.
Le discours vacille.
Le suspect : vingt-deux ans, blanc, mormon, Utah. Pas un infiltré, pas un "autre". Il aimait jouer à Halo un jeu de sci-fi populaire et à "call of duty". Il aimait la chasse. 
L’un des leurs. Et les balles ? Gravées de slogans, non pas antifas mais références à l’univers groyper. Cette tendance animée par Nick Fuentes, un autre leader de la jeunesse d’extrême droite qui juge Kirk trop tiède, trop compromis, pas assez pur pour "America First". Une photo de Tyler Robinson publiée sur Facebook suggère qu'il s'intéressait aux mèmes Groyper.
Ainsi, Kirk, s'il n'est pas tombé sous les balles d’un conservatisme plus extrême que le sien, aura trouvé le feu d'un type aussi taré que lui.
Trump, Trump Jr, les influenceurs MAGA criaient hier à la guerre civile. Aujourd’hui, silence. La réalité est moins commode. Car le tireur n’est pas trans, pas démocrate, pas migrant. C’est un jeune homme blanc, instable, né et armé aux États-Unis. Le problème est intérieur. Le problème est républicain. Le problème est américain.
c'est en regardant, il y a bien des années le documentaire "into the abyss" de  Werner Herzog, que j'ai réalisé que ce pays était foutu pour bien longtempsOn y trouve ce qui caractérise cette société : le culte de la violence et la bigoterie. Le gun et la bible. Et sous couvert de religion l’indigence morale et la misère intellectuelle. La vision du film "America" de Claus Drexel était aussi édifiante à sa façon. 
Cet événement qui secoue les États-Unis exprime une fois encore la folie de cette nation en pleine débâcle, fondamentalement malsaine, et obsédée fascinée gangrenée par le Mal. 
Les vieux hippies américains doivent broyer du noir. 
Ici au jardin du Luxembourg le ciel est gris.
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mardi 26 août 2025

Poço iniciático

Voilà,
conçu, entre 1904 et 1910 tout comme le palais et l'ensemble des jardins par l'architecte italien Luigi Manini, le puits initiatique (en portugais : poço iniciático) est une construction située dans le jardin du palais de la Regaleira de Sintra (Portugal) qui "conduit"  symboliquement l'initié des ténèbres vers la lumière en passant par plusieurs "paliers".  S'il porte ce nom c'est qu'on suppose qu’il a été utilisé dans les rituels d’initiation à la franc-maçonnerie Il a l'aspect d'une tour inversée de 27 mètres de haut qui s'enfonce dans la terre. C’est une galerie souterraine avec un escalier en colimaçon, soutenu par des colonnes aux chapîteaux sculptés, qui descend au fond du puits. La terre est le symbole de l'utérus maternel, en même temps que le lieu de la sépulture, où chacun retournera. Ses neuf paliers pourraient être une évocation des neuf cercles, de l'Enfer, du Paradis et du Purgatoire, de la Divine Comédie de Dante. Au fond du puits se trouve encastrée une rose des vents de marbre à huit pointes, disposée sur une croix des Templiers. Parvenu en bas, il faut cheminer à travers un labyrinthe de grottes humides où l'on est contraint de progresser en se penchant, avant de retrouver l'air libre. J’ai déjà évoqué les circonstances de cette excursion avec ma fille. Cela demeure l’un des plus beaux souvenirs de ma vie. Telle était la couleur du ciel ce jour-là.


jeudi 7 août 2025

Péché mignon

 
Voilà, 
j'aime bien le hameau que Marie-Antoinette s'est fait construire à Versailles, non loin du Petit-Trianon. Oui j'y vais et j'aime y retourner comme un diabétique revient chez Ladurée. J’ai grignoté Bourdieu, lu Marx, Piketty Descola et Lordon. N’empêche. La ferme de Marie-Antoinette, c’est mon plaisir honteux. Mon péché mignon, mon fantasme bucolique. Je m'y rends comme d’autres vont à Lourdes. Pas pour y croire, mais pour goûter l’illusion.
Les rochers semblent en carton, les chèvres d'opérette. Qu'importe. Ce kitsch pastoral, ce luxe rustique, d'un disneyland d’Ancien Régime me charme. Bien sûr on peut qualifier d'obscène l'élégance factice de cette campagne qui fut aménagée pendant que le peuple crevait de faim. Mais elle me ravit tout de même. C'est bon parfois quand l'hyperréalité nous caresse dans le sens du velours. 
 
 
La ferme ?  Ce n’est pas une ferme. C’est l’idée d’une ferme. C’est le faux qui ne cherche même plus à faire semblant. J’ai le goût du paradoxe. Je déteste l'ordre établi mais j’admire les rosiers taillés au cordeau. Je préfère ça à un jardin ouvrier sponsorisé par la mairie. Au moins ici, le mensonge est baroque.
Marie-Antoinette jouait à la bergère, moi, je joue au touriste égaré. Et Tant pis si tout cela est trop. Trop propre. Trop parfait. Trop ridicule. Ce trop, rappelle une vérité historique. Le pouvoir se rêve enfant, il joue à la vie simple, il finit sous la lame.
On peut rêver non ? 

dimanche 22 juin 2025

Tourisme à Belleville (2)

 

Voilà,
début mai, lors de mon weekend dans le quartier de Belleville, dont j'ai déjà parlé j'avais remarqué ces minuscules collages muraux dont l'absurde proposition m'avait amusé. Je n'en connais malheureusement pas l'auteur. C'était il y a presque deux mois, et je n'ai aucune conscience du temps qui a passé. Est-ce en raison de la folie mondiale, de l’avalanche de nouvelles toutes plus délirantes chaque jour et de toute cette actualité chaotique qui nous bouffe plus ou moins l'attention sans qu'on ne s'en aperçoive ? Ou faut-il mettre ça sur le compte d'une disposition plus personnelle, d'un "égarement" qui me serait propre ?
 


J'ai aimé ce temps de vacances et de solitude méditative que je m'étais alors accordé. Je me souviens de cette balade solitaire matinale du côté de la butte Bergeyre et du parc des Buttes Chaumont,  — où j'ai pris cette photo qui donne l'impression qu'on n'est absolument pas dans une ville —  et cette impression de dépaysement alors que je n'étais, en métro qu'à une demi-heure de mon appartement. Ma fille y hébergeait les amies qu'elle s'était faites, il y a deux ans, lors d’un séjour Erasmus à Barcelone. J'étais heureux de lui faire ce cadeau là. 
Aujourd'hui, la solitude me pèse
Hier, je me suis retrouvé dans une fête parmi des gens que je n'avais pas vus depuis très longtemps. Personne ou presque  (car peu de mes connaissances lisent ce blog) ne savait ce qu'il m'était arrivé au cours de ces deux dernières années, la maladie de ma fille et comment j'ai du traverser ça. J'ai éprouvé une ou deux fois la nécessité de m'en ouvrir. Puisque l'on me demandait de mes nouvelles je donnais de mes nouvelles donc. Et puis à un moment j'ai senti venir l'angoisse j'ai décidé de partir très vite. Mon état intérieur ne pouvait s'accorder au côté festif. Je me suis aperçu que j'étais perdu, que je ne parvenais toujours pas à vraiment me défaire de cet état de stress lié à l'épreuve que ma fille a enduré et surmonté, grâce à la médecine, mais aussi grâce à son incroyable tempérament. 
Je devrais m'en inspirer pourtant, prendre exemple. Faire comme elle, m'enivrer de choses neuves, me frotter à des paysages inconnus, tant que je vois encore. Ne céder ni à la dépression ni à la tristesse. Tout s'est bien passé après tout. Nous avons échappé au pire. Cela seul importe. Il faudrait oublier ceux qui se sont révélés minables, quand j'aurais eu tant besoin d'eux, et cesser de m'en vouloir de mon manque de perspicacité à leur égard. 
D'autres ont été présents et secourables. C'est vers eux qu'il faut se tourner. 
Mais pour le moment, je ne parviens pas à voir beaucoup de monde. Je suis encore largué. Il faudrait que je suive une thérapie, mais je n’en ai pas les moyens. A la place je passe mon temps au cinéma grâce à un forfait qui me permet de voir autant de films que je le souhaite pour une modique somme. C’est comme une addiction pour compenser. Et pourtant je n’écris jamais rien sur les films que je vois.
Quoi qu’il en soit, ma fille et moi sommes vivants. Nous nous voyons, nous nous parlons. C’est bien le plus important. Et puis, la vie peut encore me réserver d’autres bonnes surprises, qui sait ?

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