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jeudi 28 mai 2026

Komorebi

 
Voilà,
le japonais a le mot Komorebi pour évoquer non seulement le doux chatoiement de la lumière qui filtre à travers les feuilles des arbres, mais encore l’éphémère beauté des motifs ainsi créés. Dans l'esthétique japonaise, ce n'est pas seulement un moment visuel, mais aussi une expérience du temps, de la nature et de la présence, car le komorebi n'est jamais le même deux fois. Il reflète une sensibilité à la l'impermanence et une profonde conscience du temps qui passe. 
Ces derniers jours, cette expérience est altérée par une chaleur parfois suffocante. La canicule inédite qui s'est abattue sur nos régions frappe par son intensité, avec des températures supérieures à 35 °C, par sa précocité, par sa durée (une dizaine de jours) mais aussi par son étendue régionale : il touche toute l’Europe de l’Ouest, dont le Royaume-Uni et l’Irlande. Selon Christophe Cassou, climatologue au CNRS, il s'agit d’un événement sans précédent, dans le millénaire passé, ayant la probabilité d’une chance sur 1 000 de survenir à cette période de l’année, si l'on s'en réfère aux données couvrant la période de 1979-2025. 
Dans un entretien au journal "Le Monde" il constate que le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus précoces. En outre, toutes ont été favorisées ou amplifiées par le carbone accumulé dans l’atmosphère. Désormais, la question n’est plus de savoir si, en France, l’on va dépasser les 50 °C, mais quand cela adviendra.  
Magali Reghezza-Zitt a une formule extrêmement percutante pour illustrer la situation climatique actuelle : "Nous vivons certainement une des années les plus froides du reste de notre vie "
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

vendredi 10 avril 2026

Pas être à sa place

 
 
Voilà,
dans son dictionnaire des obscure sorrows John Kœnig appelle monachopsie "le sentiment subtil mais persistant de ne pas être à sa place, d'être aussi mal adapté à son environnement qu'un phoque sur une plage, lourdaud et maladroit, blotti en compagnie d'autres inadaptés, rêvant d'une vie dans son habitat naturel, d'un endroit où l'on serait chez soi avec fluidité, brio et sans effort." J’ignore par quelle association d’idées j’en suis venu à penser à cela, à Marseille, sous l'immeuble construit par Le Corbusier appelé "La Cité radieuse" et que les gens du coin ont longtemps surnommé "la maison du fada"

lundi 2 mars 2026

Hakanai

 
Voilà,
je ne peux que trouver salutaire l’élimination de Ali Khamenei. Ce criminel religieux de la pire engeance opprimait son pays depuis trente-cinq ans et n’a pas hésité à ordonner que ses milices tirent à balles réelles sur des foules pacifiques. Mais voir Ben G'vir le ministre de La Défense et boucher de Gaza se réjouir de sa mort en remerciant Dieu pour sa "victoire", ou le fasciste Trump jouer triomphalement au chef de guerre me consterne. Car sur l’échelle de l’ignominie, il n’y a guère de différence entre ces trois là. 
Cela m'embarrasse d'écrire ces noms sous une si délicate image.
Pour désigner la beauté et la fragilité de quelque chose qui peut disparaître à tout moment (comme la lumière dans ce jardin), le japonais possède le mot hakanaï. C'est le monde — et les instants de répit qu'il peut parfois nous offrir — qui me semble désormais hakanaï. Et pendant que j'écris cela, un "earworn" s'est insinué dans ma tête alors que rien ne le laissait présager. Si longtemps que je n’ai pas entendu cette chanson.

vendredi 22 août 2025

Silience


  
Voilà,
dans son dictionnaire des obscure sorrows
 John Koenig désigne sous le terme de silience
l'art caché autour de soi

jeudi 26 décembre 2024

Réminiscence


Voilà,
quand il m'arrive d'évoquer cela, je sens bien que la plupart du temps, mes interlocuteurs pensent que ce n'est pas possible, que j'affabule. Pourtant — et je peux l'éprouver de nouveau en me concentrant bien, et mieux encore, lorsque je suis dehors et qu'il fait froid, sec, et un grand ciel bleu — je me souviens de cette sensation de transport d'émerveillement et de toute puissance, quand assis dans ma poussette et bien emmitouflé, je voyais le monde bouger autour de moi. C'était en Allemagne. C'est alors que je commence à me constituer en tant qu'être. C'est à ce moment que je prend conscience que je suis au monde et que je ressens. Je crois que c'est dans la densité de ces moments-là, que s'est formée ce que a langue allemande nomme, l'Innerlichkeit, qui désigne tout à la fois la lumière intérieure, la profondeur de l'âme et l'intensité des sentiments  Et que, ressentir fait plaisir. Prendre conscience, avoir du plaisir, n'a rien à voir avec le langage. Je ne le sais pas encore, puisque, à l'époque je ne sais pas ce qu'est le langage. Ce que j'éprouve c'est l'épanouissement dans le pur instant qui se déploie en durée, l'intensité du bien-être éprouvé. Je ne peux le nommer. Je ne sais pas que ça s'appelle un délice. Sans doute ai-je l'impression de ne faire qu'un avec le monde qui s'imprime dans mon regard, dans mes poumons. Je vois je respire ça me plaît. Ce qui me traverse me plaît. C’est cela donc qui inaugure la lignée des souvenirs. Il y en a un  autre en Allemagne à travers les vitres d’une voiture. Je suis à l'avant, sur les genoux de ma génitrice et je vois un fleuve en contrebas avec des péniches et une ville. Mais de celui-là je ne suis pas sûr qu'il ne soit pas une recomposition. Qu'importe. Pour revenir au premier, il m'arrive parfois d'avoir envie de l'éprouver complètement encore. Mais cela voudrait dire que je suis sur un fauteuil et que l'on me pousse, perspective tout à fait inacceptable. J'ai repensé à cela il y a quelques semaines sur les bords de la Côle.

mercredi 11 septembre 2024

J'aime / je n'aime pas (17)

 
 
 
Voilà,
J'aime la couleur verte que prend l'eau après qu'on ait fait chauffer des fonds d'artichauts
 
je n'aime pas les brushing des femmes dans les films des années 80. Par exemple la vedette féminine de "Terminator". Quand tu revois le film longtemps après, sa coupe c'est vraiment un truc abominable
 
j'aime réaliser une nouvelle recette de cuisine
 
je n'aime pas devoir faire dégivrer le congélateur
 
j'aime arracher les feuilles mortes des géraniums
 
je n'aime pas quand tout à coup le ciel devient très gris et que l'orage menace
 
j'aime entendre par hasard Stéphane Grappelli et Django Reinhardt et le hot club de France
 
je n'aime pas que des gens toussent dans les lieux public sans mettre leur main devant la bouche
 
j'aime regarder les abeilles et les bourdons butiner les fleurs de mon balcon
 
je n'aime pas que les filles disent "ça me casse les couilles", c'est aussi absurde qu'inélégant
 
 
je n'aime pas l’usage de plus en plus répandu de ces néologismes comme "auteurice" ou "spectateurice" pour désigner en un seul mot le genre. Peut-être que je  n’aime pas le mélange des genres parce que je suis trop vieux
 
j'aime le Gambetta, ce sirop de figue qu'on ne trouve qu'en Provence et que je ne bois plus que lorsque je me trouve au festival d'Avignon. Autrefois quand je passais mes vacances dans le sud, j'en ramenais systématiquement après chaque été.
 
je n'aime pas ouvrir le réseau social bleu et apprendre la mort d'une connaissance perdue de vue depuis longtemps.
 
j'aime sortir dans la rue, et imaginer que j'ai le visage de ma fille, que je suis elle en train de sourire
 
je n'aime pas cette tristesse que j'éprouve lorsque je parviens à la fin d'un bon livre. les allemands ont un mot pour cela : "Buchendschmerz". Les allemands peuvent avoir un mot pour tout.
 
j'aime écrire des listes
 
je n'aime pas que ces gens qui se prétendaient mes "ami(e)s", qui étaient aux abonnés absents quand ils me savaient en grande détresse et qui me rappellent aujourd'hui au téléphone comme si rien ne s'était passé.
 
j'aime l’ambiance des Lounge d'hôtels haut de gamme avec des pianistes jouant des vieux standards de Jazz

je n'aime pas cette bande annonce de la tranche du matin de France Culture "des artistes, des experts des intellectuels" qui exhale tellement l'entre-soi
 
j'aime entendre jean-Pierre Rampal jouer Mozart à la flûte, c'est réconfortant
 
je n'aime pas les W.C dont la porte s’ouvre sur l’intérieur et où l’on n’a pas suffisamment de place entre le mur et la porte
 
j'aime les tableaux de Victor Brauner. ce qui est étrange c'est que je me souviens que je les aime uniquement quand je les vois
 
je n'aime pas le ton de cette présentatrice d'une émission scientifique sur France Culture qui pose ses questions comme si elle vous susurrait des propos obscènes
 
j'aime absolument toute l’œuvre de Jean-Jacques Sempé, sa douce ironie, son regard tendre poétique et généreux 
 
je n'aime pas la plupart des film réalisés par John Casavettes, pourtant appréciés par nombre de gens intelligents et recommandables. Ils m'ennuient presque aussi souvent qu'ils m'agacent par leur complaisance.
 
j'aime le paysage paisible sur cette photo prise en Dordogne

je n'aime pas que les gens appellent au téléphone sans laisser de message, ou qui laissent juste un "rappelle moi" sans donner d'explication
 
j'aime le pain au petit épeautre doré fabriqué par Fabrice Guilbaud dont la boulangerie se trouve 25 rue du colonel du Halgouët à Renac et que l'on trouve aussi à la halle du marché de Redon. C'est le pain le plus étonnant qu'il m'ait été donné de goûter. Cela tient à la qualité de sa farine, peut-être au four qu'il utilise, et plus vraisemblablement à un incomparable talent de boulanger.

je n'aime pas l'argument de certains artistes prétentieux qui pondent une grosse merde sans intérêt mais tentent de vous convaincre que c'est bon parce qu'ils ont beaucoup travaillé.
 
j'aime bien être surpris par une saveur ancienne qui me rappelle un bon moment de ma vie. Par exemple, celle du "Thé des Moines" et cette époque du début des années 90 
 
je n'aime pas que les gens mangent du pop corn ans les cinémas. Cette coutume importée des États-Unis est une des formes les plus obscènes de la société de consommation. Cette incitation à se baffrer de junk food devant un écran est une des formes les plus grotesques de l'aliénation. Heureusement en France, il reste encore des "cinémas d'art et d'essai" où l'on ne vend rien à manger
 
j'aime le fait qu'un nouveau fromager ouvre boutique à deux pas de chez moi
 

mardi 16 juillet 2024

Modeste contribution


 
Voilà,
je ne sais pas si cela tient à la disposition particulière où je me trouve pour des raisons très personnelles ou bien au fait que j’évolue depuis maintenant trois semaines dans une sorte de bulle où je ne croise que des gens obsédés par les jauges de leurs spectacles, le nombre de professionnels de critiques et d’acheteurs potentiels qui y assistent, mais ma perception du temps et des événements me paraît particulièrement altérée. Tout se révèle absurde, incohérent et chaotique. Je ne comprends rien, ni à ce que je vois ni à ce que j’entends. Dans "The dictionnary of obscure sorrows", John Koenig désigne par le mot Wytaï ce sentiment utilisé pour décrire l’étrangeté, l’absurde ou le grotesque ressenti face aux phénomènes de la vie moderne. À mesure que je lis la presse, la confusion ne cesse de croître. Je ne perçois que désaccords, dissonances. Pas seulement en France, mais un peu partout dans le monde. C’est comme si les gens n’étaient plus en mesure de faire communauté. L’humanité se trouve confrontée à des périls de tous ordre qu’elle a elle même générés  — guerres, désastres écologiques, maladies de plus en plus nombreuses liées aux substances toxiques absorbées par tout la chaîne alimentaire —, mais aucune volonté commune ne semble émerger pour endiguer cette tendance. Les idées de toutes parts se dressent comme des herses, plus acérées les unes que les autres. Chacun y va de ses menaces, de ses invectives.  Tout se passe comme si un grand désir d’abîme et de naufrage s’était emparé de notre espèce. Je ne vois pas beaucoup d’intelligence et de générosité dans le spectacle du monde, plutôt des gens, des groupes qui cherchent à tirer profit de toute cette confusion. Il en a sans doute été ainsi de tout temps, mais nous vivons une époque où tout est plus visible. Ce spectacle sidère autant qu’il effraie. Et aussitôt il se perd, il s’oublie. Un événement chasse l'autre. La situation intérieure par exemple. C’est à cela que je songeais en commençant cette rubrique. Il y a une semaine, on parlait beaucoup du péril politique auquel nous étions supposés avoir échappé. Certains se congratulaient d'avoir été en mesure de s'unir pour dresser un front républicain. Aujourd'hui c'est la foire d'empoigne entre les anciens alliés de tous bords. L'intérêt du pays, l'amélioration du bien-être des citoyens, semble le cadet de leurs soucis.
 
 

 
Je vais aller "jouer". Je vais juste essayer de faire en sorte que les spectateurs qui seront venus ressortent contents, émus, heureux d'avoir assisté à un événement certes mineur, mais cependant singulier. Ce sera ma manière de dispenser un peu de bien, de sourire de poésie, de réflexion aussi, par ma présence et celle de mes camarades sur scène. C'est le moins que je puisse faire. Après tout, c'est pour cela, pour ce partage, pour cette communauté éphémère que nous constituons à chaque représentation, que je suis ici. Pour représenter, c'est à dire remettre, chaque jour au présent, ces petits signes noirs disposés par un auteur sur une page blanche. Pour leur donner de la chair et du corps. C'est ma modeste contribution à la lutte contre la dégradation générale de la situation ambiante. Tant que je peux encore le faire.

mardi 28 mai 2024

Adolescences


Voilà,
Hier alors que j’allais faire des courses, j’ai remarqué deux adolescents un garçon et une fille qui discutaient sur le trottoir devant une porte d’entrée d’immeuble. Je les ai trouvés touchants, car ils étaient l’un et l’autre et l’un par l’autre intimidés et puis j’ai continué mon chemin. Au retour, alors que je trimballais mon cabas plein de provisions, je les ai retrouvés au même endroit. C’est clair ils n’avaient pas envie de se quitter. J’ai eu envie de leur dire allez-y prenez vous la main, frottez vous le museau embrassez vous, ne perdez pas de temps. Mais bon ces propos là auraient été bien inconvenants. On ne se mêle pas des affaires des gens n'est-ce pas ?  De toute façon ils étaient seuls au monde.
J’ai repensé à Agnès quand elle parlait, il y a cinquante ans, des adultes comme si c’était une espèce aussi étrangère que les rhinocéros les autruches ou les kangourous. Et aussi à cette promenade avec elle et sa petite sœur à la fin d'un certain mois de Mai. Nous étions allés au polytope de Cluny. Ce fut un weekend intense plein de surprises et d'émerveillement, un de ces moments poignants, si heureux, qui ne se laissent oublier. Dans le "Dictionnary of obscure Sorrows" John Koenig désigne par Yu-Yi (un terme de chinois ancien qui s'écrit 余忆 ) l'envie de ressentir à nouveau les choses intensément.

lundi 6 mai 2024

Gentillesse


Voilà,
j'avais rencontré beaucoup de gentillesse cette fin d'après-midi de Janvier au fond de ce café. Juste une heure partagée, une présence, quelques mots de réconfort dont j'avais tant besoin et ce sourire si singulier. Je fus vraiment désarmé par tant de bonté, de générosité et de désintéressement. En chinois le mot Cheng désigne l'authenticité parfaite.

mercredi 1 mai 2024

Un autre premier Mai


Voilà,
c'était le premier mai 2019 sur la place Edgar Quinet, cinq ans déjà. J'avais alors entrepris une liste des étonnements. Je devrais recommencer. Les listes c'est bien pratique lorsqu'on n'a pas d'idée. En ce moment j'éprouve ce que les grecs nommaient Aporia qui ne signifie pas simplement une difficulté à résoudre un problème, une contradiction insoluble dans un raisonnement, sens que le français a donné au mot aporie. Non c'est quelque chose de plus ample. C'est aussi l'incapacité de se rendre quelque part, de joindre quelqu'un. C'est le doute réel éprouvé concernant ce qu'on est, ce qu'on doit faire, qu'on doit dire. C'est la sensation de désarroi, d'angoisse même, face aux trois questions kantiennes "Que puis je croire ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ?". Questions qui autrefois constituaient un motif de blague. La réponse se résumait en général à "pas grand chose". 
À présent,
je consulte des sites spécialisés, je cherche des réponses. Des raisons d'espérer. Mais lorsqu'elles me sont données elles sont si complexes qu'elles me paraissent incompréhensibles.
Je n'ai plus envie de me lever, de bouger. Je prends du poids. Fatigue, torpeur. Insomnie.
Comment cette fois-ci en sortir ? 

dimanche 29 octobre 2023

Mélanges et considérations éparses


Voilà,
une de mes histoires juives préférées qui résonne de façon étrange ces derniers temps.
"des journalistes partent faire un reportage à Jérusalem. Ils filment un peu partout et arrivent au Mur des Lamentations. Après avoir interrogé les gens alentour, ils se dirigent vers un vieil homme qui a prié longuement...
 - Bonsoir Monsieur, vous venez souvent prier au Mur des Lamentations ?
 - Oui Messieurs, je viens ici tous les soirs depuis plus de 40 ans.
- Et pour quoi priez-vous ?
- Je prie pour tout : pour la fin de la guerre dans le monde, pour que la famine cesse, pour endiguer les maladies, la misère, la malnutrition...
- Vous priez vraiment pour tout cela ?
- Et bien plus encore... je prie pour la préservation de la planète, je prie pour ma famille, je prie pour mes amis, je prie pour l'humanité, je prie pour qu'on trouve une solution aux problèmes humains, à la pollution, aux maladies...
- Et qu'est-ce que cette prière vous apporte ?
- Peu de choses... j'ai l'impression de parler à un mur !"
 
 
A Paris, à l'église Notre-Dame des Victoires, les murs sont tapissés d'ex-voto en remerciement des prières exaucées.
shared with  monday murals -
 
*
 

 
Sinon,  la coupe du monde de rugby s'est terminée. Aucune de mes équipes préférées n'a gagné. Hier en passant du côté de la rue Princesse, j'ai pris cette photo. Au moins au rugby les supporters se respectent. Ils boivent des coups ensemble avant et après les matches. Ils se photographient. Je repense aussi à ce tableau peint en 1912 par Eugène Pascau que j'ai photographié au musée des arts décoratifs représentant Fernand Forgues, capitaine de l'aviron bayonnais.
 

 C’était à la mi-septembre, j'étais un autre homme. Mes soucis étaient d'une nature différente et me semblent bien dérisoires à l'heure qu'il est.
 
*
 
J'avais et j'ai encore de nombreuses publications rédigées à l'avance pour ce blog. J'avais programmé celle-ci pour un de ces jours prochains, qui commençait par un rêve qui m'avait traversé il y a longtemps, sans doute à l'époque du confinement. 



"Après m'être couché à minuit, anxieux à cause des symptômes de rhinite ou de pharyngite que j'ai ressentis, je me réveille deux heures plus tard parce qu'un gros crétin avec une grande gueule, se fout de deux types que je lui aurais recommandés. Ils se font passer pour mes frères, enfin c'est comme ça qu'il me les présente. Il paraît qu'ils commettent, en mêlée fermée des fautes de débutants, chacun à son poste de pilier. En voilà une affaire ! Qu'est ce que j'y peux moi si ces deux guignols poussent de traviole et n'assurent pas leurs appuis. Je ne sais pas d'où ils sortent. Je ne les connais même pas. D'ailleurs leur gabarit peut difficilement faire illusion, et en plus ils ont l'air sacrément cons, et deux trois questions me confirment qu'ils ne sont pas plus rugbymen que je ne suis épidémiologiste et c'est sans doute ça qui me réveille". 
Du coup ça m'a rappelé à ces deux là, bien dépités et pas très frais, mais bien sympathiques cependant, que j'avais croisés en Octobre 2011 rue Princesse au matin, peu après la défaite des français lors la finale de la coupe du monde de Rugby contre les All Blacks. Ils avaient absolument tenu à ce que je les photographie.  
Il existe une théorie dite des six degrés de séparation (aussi appelée théorie des six poignées de main)  établie par le Hongrois Frigyes Karinthy en 1929 qui postule que toute personne sur le globe peut être reliée à n'importe quelle autre, au travers d'une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons. Avec le développement des technologies de l’information et de la communication, le degré de séparation a été mesuré de 4,74 sur le réseau social Facebook en 2011, 3,5 degrés en 2016, et à 6,6 sur l’échange de plusieurs milliards de messages instantanés étudiés en 2008 par Eric Horvitz et Jure Leskovec, chercheurs chez Microsoft, en analysant des discussions de Windows Live Messenger.
Donc si quelqu'un parmi mes lecteurs reconnaît un de ces deux lascars, je peux lui faire parvenir cette photo, s'il me joint par l'intermédiaire du formulaire de contact.
 
*
 
Différentes temporalités s'enchevêtrent. Il faudrait qu'à nouveau je fabrique des images qui rendent compte de cela. Mais je ne sais plus de quoi je suis encore capable. Tout me semble obscur.
 

 
L’essayiste américain, John Koenig dans son "Dictionary of obscure sorrows" a inventé de nombreux mots parmi lesquels "Occhiolisme" qui signifie  "Être conscient de la faiblesse de sa propre perspective dans ce vaste monde".
 
(Paris, Mai 2007)




 
Le terme "Sonder" mérite aussi d’attirer l’attention. Il permet en effet d’exprimer cette impression métaphysique désagréable que l’on éprouve lorsque l’on comprend que "chaque personne que l’on croise vit une vie aussi pleine et complexe que la nôtre". Le sonder est un sentiment qui nous submerge : il exprime le fait d’admettre qu’il est impossible de se mettre complètement à la place de l’autre. Et aussi que personne ne peut se mettre à notre place.
 

mercredi 25 octobre 2023

En écoutant la radio

 
Voilà,
dans l"Innommable", Beckett écrivait : "Il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, (…) il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer".
Avec les images aussi.
Dehors il pleut. L’automne semble enfin arrivé pour de bon. Je n’ai pas beaucoup d’énergie.
Je suis toujours plus ou moins dans un état de sidération.
Je bidouille des images, sans grande conviction. Je me souviens des années d'enfance. J'essaie de retrouver le graphisme qui avait cours à l'époque. Sans succès. Rien ne me satisfait. L'inspiration ne vient pas. Alors je donne du lisse à des photos énigmatiques.
Je fais ça en écoutant la radio.
c'est comme ça que je découvre à midi après une salade d’endives préparée sur le pouce, la déconcertante musique du compositeur américain Ned Rorem disparu en Novembre 2022. C'est une rediffusion sur France Musique d’un entretien enregistré par Mildred Clary en 1984. Je n’en avais jamais entendu parler, alors que c’est une figure majeure de la musique américaine. Très bien intégré à la vie musicale française de l’immédiate après-guerre, il passa cinq ans à Paris où certaines de ses œuvre furent même créées.
J’ai bien évidemment fait quelques recherches et découvert qu’il fut en outre un diariste opiniâtre puisque la publication de son journal intime s’étale sur plus de cinquante années de sa vie de 1950 à 2005
Dans un entretien  il notait à ce sujet "Un journal intime n’a de portée que par l’accumulation d’observations illimitées (dont beaucoup sont obsessionnelles et récurrentes), et jamais à travers le développement de thèmes (car alors, ce ne serait plus un journal). Les œuvres d’art doivent avoir un plan, un commencement, une fin. Par nature, un journal n’a pas de forme au-delà de celle, accidentelle, de l’improvisation ; c’est pourquoi, même s’il ne peut être une œuvre d’art (l’improvisation l’exclut), il peut être un chef-d’œuvre."
C'était un homme très sûr de lui, de son art, de son pouvoir de séduction et de conviction. 
Je regarde aussi des documentaires à la télévision sur Philip Guston, Mark Rothko...
Je me sens très seul. 
Il existe un mot turc  — Bingildamak — qui signifie trembler comme de la gelée.
Je voudrais que quelqu'un me serre dans ses bras.
J'avais une âme sœur autrefois, il y a longtemps, très longtemps. 

lundi 20 février 2023

Mimosas

Voilà
les menus plaisirs de la vie ordinaire. Les rites domestiques : aller au marché Edgar Quinet le samedi matin par exemple. Les joies simples liées au cycle des saisons. Le retour de la lumière et du ciel bleu, même s’il fait encore froid. Les jours rallongent. S'étonner encore et toujours de l'incongruité de cette tour et s'émerveiller en même temps de l’apparition des mimosas comme une promesse de printemps sur les étals.


De semblables circonstances remontent du tréfonds de la mémoire. J'ignorais alors que ces moments anodins demeureraient aussi présents bien des années plus tard. Je crois qu'il existe un poème de Rilke évoquant ce genre de sensation. Ou c'est peut-être quelqu'un d'autre. Des visages de ma jeunesse, dont certains trop tôt disparus n’ont pas connu les flétrissures de l’âge, passent furtivement dans la transparence du jour. Nos frayeurs étaient différentes, alors. Elles tenaient en quatre lettres. La menace toujours planait sur le désir. Autre chose maintenant avance à bas-bruit, qu'on perçoit confusément sans trop vraiment comprendre. Et puis l'odeur et la couleur des mimosas, chasse un temps les mauvaises pensées. Pas au point toutefois que j'en vienne à éprouver ce que le japonais nomme Seijaku, la sérénité au milieu du chaos.

lundi 6 février 2023

Bar du 104

 
Voilà,
nous ne nous étions pas vus depuis longtemps. Était-ce la mort récente au cœur de l'été d'une relation commune qui nous a incités à nous recroiser ? Ce fut un déjeuner sympathique. Je regardais cet homme qui avait influencé le cours de ma vie, avec amitié mais en même temps je constatais qu'en dépit des années et de l'inévitable altération physique, il ne changeait pas. Il avait toujours autant de projets personnels de films et de spectacles qui jamais n'aboutiraient, mais en parler semblait lui faire du bien. Des années que cela durait. Toutefois il continuait de vivre confortablement en poursuivant sa carrière "d'acteur de second rôle" dans des films de cinéma ou de télévision plus ou moins prestigieux qui, outre de confortables revenus, lui assuraient reconnaissance et visibilité non seulement dans sa profession mais auprès du public. pour ma part, ça m'aurait suffi.
 Sans enfant, d'ailleurs au passage il me fit remarquer — comme il l'avait déjà fait vingt ans auparavant lorsque j'étais devenu tardivement père — que j'avais fini par "y passer" selon son expression non dénuée d'un fond d'ironie, il ne s'est jamais occupé que de lui-même, de son confort de son bien-être. Il est très représentatif de cette génération de baby-boomers narcissiques et hédonistes dont la vie à coïncidé avec les soixante dix années de paix relative qui (à l'exception de l'Irlande du nord, et plus tard de la Yougosavie) se sont écoulées en Europe occidentale. Même si c'est l'un des êtres les plus égoïstes que je connais, je ne peux m'empêcher de l'aimer bien, sans doute en raison des quelques aventures artistiques et professionnelles que nous avons vécues ensemble, et aussi de ce séjour à Manille en 1989, lorsque nous étions allés travailler au centre Culturel Philippin. J'avais alors la moitié de l'âge que j'ai maintenant. Et puis quand même, je lui dois mes premiers cachets de comédien.
Vers trente ans, il avait réalisé un merveilleux spectacle auquel j'avais eu la joie de participer. Le tout-Paris artistique était alors à ses pieds qu'il s'est ensuite pris dans le tapis, car il voulait faire à la fois, l'acteur au cinéma, et aussi la mise en scène de spectacles coûteux, nécessitant une grande mobilisation, et de soutiens dont il ne pouvait disposer. Bref il a finalement préféré faire l'acteur, où l'on est choyé, bien payé, et a continué de nourrir des rêves irréalisables. Et puis peut-être appartient-il à cette catégorie de gens qui trouvent plus de jouissance à dire "non" plutôt que "oui".
 Dans ce restaurant, il parlait, il parlait... particulièrement de ce nouveau projet qu'il avait en tête. Une adaptation absolument improbable au regard du budget que cela nécessite en ces temps de pénurie et d'incertitude, d'une pièce de Shakespeare rarement montée. Je le regardais, un peu médusé par ce flot de paroles (la concision n'a jamais été son fort), et ce débit frénétique qui l'avaient toujours caractérisé. Était-ce pour lui, une façon de tenir la mort à distance, de nier la vieillesse ? me demandais-je en regrettant ce que j'avais choisi sur la carte.  Mahlneid est le mot allemand qui exprime ce sentiment de convoitise pour le plat commandé par votre voisin de table au restaurant.

mardi 29 novembre 2022

Hiraeth


 
Voilà,
ici à Paris les jours fraîchissent, mais c'est encore un automne supportable. Il pleut de temps à autre, et ça c'est plutôt bien. En une journée il arrive que le temps change très vite. 
Parce que je me suis créé ces dernières semaines un certain nombre d'obligations qui exigent un temps dont je me sens dépossédé, je suis parfois contraint de devoir sortir plus que je ne le souhaite. Je n'ai pas tant d'activités que cela, mais elles constituent un divertissement que probablement je m'impose pour éviter d'affronter mes terreurs et mes angoisses.
La vie quotidienne est difficile. Évidemment tout est relatif. Ce n'est rien au regard de ce que doivent supporter les Ukrainiens quotidiennement bombardés par le dictateur Poutine et sa clique de généraux fous. Mais on commence à ressentir ici, les effets liés à la crise énergétique qu'amplifie la nécessaire rupture des relations commerciales avec la Russie. Les courses coûtent de plus en plus cher et, sans pourtant commettre d'excès, je vis largement au-dessus de mes moyens. Je veille à l'électricité que je consomme (j'en consomme de moins en moins, mais les factures augmentent tout de même). 
Sinon, je vis dans une sorte de vacillement et d'étourdissement permanent. Ce n'est pas si désagréable que ça d'ailleurs, mais parfois quelque peu perturbant. Il faut se résoudre à n'être plus aussi résistant qu'autrefois aux virus et aux bactéries, accepter les vicissitudes croissantes du corps, consentir aux défaillances de la mémoire autant qu'à la modification des facultés intellectuelles. Parfois une sorte d'indifférence aux choses et aux événements me gagne, en même temps qu'une certaine mélancolie. Il me semble alors éprouver ce que les gallois appellent Hiraeth : la nostalgie d’un lieu et d’une époque qui n’existent plus, le regret de n’avoir aucune prise sur le temps qui s’écoule, l’impression de n’avoir su trouver sa juste place et d’être passé à côté du bonheur. 
Et puis il y a les jours de rédemption. On se retrouve à un endroit où l'on s'est déjà attardé bien des fois, et l'on s'arrête encore. Parce que la lumière est belle, le paysage toujours aussi étonnant. Je refais la même photo. Je crois que j'ai déjà publié le même cadre, en noir et blanc peut-être — cela me dit vaguement quelque chose il faudrait que je fasse une recherche —, je me sens touriste dans ma ville, et c'est comme un bref moment de répit qui n'a pas de prix. Il y a de la beauté dans l'air. Elle ne sauve pas le monde, mais elle me préserve, un bref instant de sa cruauté, de sa sauvagerie, et du sentiment que cela ne va pas aller en s'améliorant.  

mercredi 28 septembre 2022

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (10)


 
Voilà,
ça me revient, 
en Juin 84, j'étais allé passer quelques jours dans cette maison de bord de mer avec Jean-Jacques et Chantal et d'autres amis. On fumait beaucoup, on faisait des parties de ping-pong endiablées, on allait se baigner parfois. Je n'y étais pas retourné depuis, et la vue y est toujours aussi belle, et j’étais content de retrouver mes amis qui s’aiment toujours depuis tout ce temps. Une certitude : je n'aurais pas l'occasion d'y retourner dans quarante ans.
 
Ça me revient
dans ma petite tente canadienne, ce mois de juillet 1973 où j'écimais le maïs pour me faire un peu d'argent, il y avait la photo de mon amoureuse, et j'écoutais l'album "Dark side of the moon" sur mon mini K7, je crois que mon morceau préféré était "Us & Them". J'avais aussi le recueil de poèmes et de chansons de Léonard Cohen dans la collection de poche 10-18. Lorsque je roulais de Riscle à Mirande sur ma mobylette, et qu'à la nuit tombée je passais par Bassoues, j'apercevais les moissonneuses batteuses illuminées travailler dans les champs, et ce spectacle me fascinait. J'aimais cette liberté. Et cette région si belle où j'espérais alors un jour y élire domicile.

Ça me revient  
dans les années soixante-dix, il existait la maison d'édition P.J. Oswald, qui publiait de la poésie et en particulier les textes tristes et nostalgiques de Franck Venaille que j'aimais particulièrement. Me sont aussi revenus les noms d'autres poètes que je lisais alors, Daniel Biga, Robert Champigny
 
Ça me revient,
ces années où j'ai découvert l'amour sans exigence de retour, l'amour que l'on porte à un enfant, où je suis devenu père, moi qui avais tant redouté de l'être, où j'ai décidé de consacrer le plus de temps possible à ma fille, et le bonheur que j'en ai éprouvé. Ceux qui me lisent savent que je suis peu doué pour l'autosatisfaction, mais là, pour une erreur de casting, je m'en suis plutôt bien sorti

Ça me revient
aussi le fait que de toutes les femmes avec lesquelles j'ai eu une relation durable, sa mère était probablement celle qui qui m'a le plus pris pour quelqu'un que je n'étais pas, et le moins bien compris, mais aussi sans doute celle dont la différence m'était sinon la plus nécessaire du moins la plus attendrissante. Je ressens parfois ce que les japonais appellent le natsukachii, cette nostalgie du passé mêlant le bonheur de se souvenir de certains instants et la tristesse que ces instants soient révolus
 
Ça me revient
lorsque je me rendais à la cartoucherie de Vincennes en 2005 pour y jouer "Meurtre" de Hanokh Levin, j'écoutais souvent l'album Human de Nitin Sawhney et en particulier la chanson "Waiting (o mistress mine)" qui insère une chanson au cœur des paroles d'une autre chanson écrite par Shakespeare, et aussi "Chaos and Creation in the Backyard" de Mac Cartney qui est particulièrement réussi et excellemment produit par Nigel Godrich
 
Ça me revient 
Catherine Ribeiro + Alpes. C'était une chanteuse de rock française dans les années 70, originaire de Grenoble très politisée et libertaire, une belle brune racée aux cheveux longs et raides avec une sacrée voix.  Alpes était le nom du groupe qui l'accompagnait. Je me souviens qu'elle a fait plusieurs tentatives de suicide. Aux dernières nouvelles elle est toujours vivante
 
Ça me revient
ce surplus américain au croisement de la rue Monge et de la rue des Écoles où j'allais acheter mes fringues dans les années soixante-dix
 
Ça me revient
la mélancolie éprouvée sous la dernière douche des vacances, lorsqu'on se débarrasse du sel et du sable et que l'on n'a pas du tout envie de rentrer et qu'il faut dire au revoir pour un temps à la rêvasserie, la désinvolture et la paresse de l'été
 
Ça me revient
Ce dessin qui était sorti dans Pilote (le journal qui s’amuse a réfléchir) représentant des insectes écrasés sur un pare brise après un long trajet, chacun étant désigné par son nom savant. Aujourd’hui ce dessin n’a plus aucun sens. On peut faire des kilomètres l'été, sans que plus aucun insecte ne s'écrase
 
Ça me revient 
après le massacre de Las Vegas qui a avait fait une soixantaine de mort début octobre 2017, les actions des fabricants d'armes côtés à Wall Street avaient bondi en bourse dès le début de la semaine suivante. Les marchés s'étaient d'ailleurs attendus à une hausse des ventes auprès des américains désireux de mieux se protéger suite à cette tuerie la plus meurtrière de l'histoire des États-Unis, au cours de laquelle précisément, posséder une arme n'aurait en l'occurrence été d'aucune utilité pour se défendre .
 
Ça me revient
l'Aqua alta historique (la plus puissante depuis 53 ans) qui avait inondé Venise fin 2019 était survenue après qu'en eût constaté peu de temps auparavant des inondations sans précédent ayant ravagé cinq pays de l'est de l'Afrique
 
Ça me revient
parfois je dis à voix haute "je vais aller faire sécher mon linge" en prenant l'accent québecois, juste parce que je me souviens de Dominique Daoust qui était venue de Montréal passer quelques semaines à Paris, chez Philippe et Dominique, et qu'elle disait souvent ça.
 
Ça me revient
parce que ces deniers temps on en a beaucoup entendu parler de la reine d'Angleterre, la chanson de Jacques Higelin "I love the queen" écrite dans les années 70 sur ce disque que j'ai beaucoup écouté sous influence dans des états que la loi réprimait alors. Je peux raisonnablement considérer que ce morceau a d'ailleurs été conçu et chanté lui aussi sous influence.
 
Ça me revient
Dominique chantonnant dans le salon de la rue de Vaugirard "il n'y a plus d'après à Saint Germain des prés". Chaque fois que j'entends cette chanson je pense à elle.
 
Ça me revient
parce qu'Alain Tanner est mort il y a peu de temps, d'avoir vu en octobre 1973 au studio Raspail, avec Agnès et Laurence, et peut-être aussi Delphine, "Le retour d'Afrique", un film avec François Marthouret et Juliet Berto. C'était peu de temps après mon retour de fugue.
 
Ça me revient  
le jour où Jean-Luc Godard est mort, je suis retombé pour quelques heures en dessous de 70 kg, mais il n'y a aucune relation de cause à effet
 
Ça me revient
les voisins de mon grand-père à Souzay-Champigny s'appelaient les Séché. La mère de madame Séché qui vivait avec eux s'appelait madame Boilève. Elle aimait les voyages organisés en car.  Elle en avait fait en "Nollande" — dont elle parlait souvent — pour y voir les champs de tulipes
 
Ça me revient
en 1976, je crois, j'ai, à la chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, été régisseur en coulisse du spectacle "Les assiettes" de Pierre Byland et Philippe Gaulier, un duo de clowns suisses qui cassaient des assiettes en scène pendant une heure. Ils étaient très drôles, à la scène comme à la ville. Je me souviens qu'ils avaient déformé le slogan "nous sommes tous des juifs allemands" en scandant "nous sommes tous des suisses allemands"
 
Ça me revient 
mais il y a toujours quelque choses qui m'échappe 

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