vendredi 21 août 2026

La femme la dune le parasol



Voilà,
c'était au siècle dernier, un été à Leffrinckoucke. Bien qu'il y fit souvent soleil, je ne m'aventurai pas à me baigner tant la mer me semblait un peu trop fraîche à mon goût. J'étais venu accompagner une femme à qui des amis avaient prêté un appartement sur cette côte qu'on dit, je crois, d'Opale. Pour des raisons professionnelles, elle passait beaucoup de temps au téléphone (les portables n'existaient pourtant pas à l'époque) et moi pendant ce temps-là, je vaquais à l'extérieur, photographiant des blockhaus affaissés sur les dunes, des éoliennes qui ne rentraient pas dans le cadre, des cheminées de raffineries au loin ou bien des joggers sur les plages désertes, ou encore des poupées cassées dans des brocantes locales. C'est dans ces circonstances que j'ai aperçu cette jeune femme près de son parasol première publication 17/1/2016 à 20:04

mercredi 19 août 2026

Prosopagnosie (2)

 
 
Voilà,
il y a quelques jours, traversant le cimetière après être allé voir un film dans une salle climatisée, j'ai croisé une femme qui avait l'air de bien me connaître. Alors je l'ai embrassé sur les joues pour lui dire bonjour. Peut-être était-ce un peu trop ai-je pensé après coup. Pour ma part, son visage m’évoquait bien quelque chose, mais je n'étais pour autant pas en mesure de l’identifier. Bien sûr je ne l'avais jamais vue en tenue d'été avec une casquette et des lunettes de soleil, mais tout de même ! Heureusement elle était pressée car elle aussi allait se mettre à l’abri dans un cinéma, et nous n’avons échangé que quelques mots. J’espère que mon embarras devant une familiarité que je ne comprenais pas n’a pas été trop perceptible.
J’ai passé un certain temps à chercher d'où je la connaissais. Je me suis posé de nombreuses questions. Fait-elle partie du groupe des amis de Chris Marker, (mais si c'est celle à qui je pense elle habite fort loin d'ici) ? Est-ce quelqu'un du quartier ? Mais je connais fort peu de gens dans le quartier. Je suis toujours pris au dépourvu dans ces conditions. Bref je ne sais toujours pas de qui il s’agit.
Il m'est arrivé quelque chose de semblable à Avignon, voilà quelques semaines quand je n'ai pas reconnu la jeune femme qui s'occupait du bar au théâtre où je jouais l'année dernière, alors qu'elle était exactement à la même place. Son visage me disait bien quelque chose, mais je n'osais la saluer parce que je n'étais pas certain que ce fut elle. Du coup j'ai du passer pour un grossier personnage. 
Ce genre d’épisode m’arrive de plus en plus souvent et ne manque pas de me préoccuper. Comme si cela s’aggravait.
Mais bon pour les paysages et les monuments ça va. Celle-là je la reconnais et je la retrouve toujours avec plaisir. La tour Montparnasse.

lundi 17 août 2026

Terres d'asile

 

Voilà,
lorsque j'ai vu ça la semaine dernière dans une brocante, j'ai été à deux doigts de succomber à la tentation de les acheter. Ces images autrefois exposées dans les salles de classes me fascinent encore. Quoi que rien ne soit à l'échelle, tout est cependant bien à sa place. Je crois que ces planches naïves et colorées (mais qui faisaient la joie du daltonien que je suis) me rassuraient autrefois. Elles représentaient un monde paisible, un monde irréel mais que j'espérais possible, un monde où la guerre n'existait pas, et où tout allait pour le mieux, Ces images masquaient certains souvenirs, et diluaient en quelque sorte l'inquiétude que ceux-ci avaient générée. Elles appelaient la contemplation. J'aurais voulu me fondre dans ces paysages, y figurer, comme j'en ai eu le fort désir en certaines circonstances, être un de ces scouts, le petit pêcheur sus sa barque, un promeneur sur le port. Les regardant, je comprenais l'expression "sage comme une image"   première publication 30/09/2013 à 00:16
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samedi 15 août 2026

Mon drian est mieux que le tien


Voilà,
j'ai toujours trouvé que c'était pas mal, 
mais que ça manquait un peu de relief tout ça.
J'ai donc décidé d'intervenir
première publication 29/11/2012 à 18:43
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vendredi 14 août 2026

Coïncidence


Call me


Voilà
ce jour là, au musée d'Art Moderne, près d'une grande toile d'Arroyo, j'ai croisé un sosie de Jim Morrison lorsqu'il était encore dans l'insolente beauté de sa jeunesse. Je n'ai pas osé lui demander si je pouvais le photographier, ni faire un cliché à la dérobée. C'était tellement évident, cette ressemblance, que lui-même devait le savoir. J'ai supposé que bien des gens avaient du déjà lui faire la réflexion et que cela peut-être à la longue devait lui peser, même s'il est vrai que dans le genre il y a des fardeaux plus difficiles à supporter moi par exemple je n'aimerais pas ressembler à Raffarin. Ai-je  voulu me consoler de ce manque d'audace, de cette incapacité à m'adresser de façon générale aux inconnus, en prenant ce cliché? (première publication 14/8/2011 à 11:47)

jeudi 13 août 2026

Éclipse

Voilà,
pour désigner des journées d’une chaleur accablante le japonais dit "kokushobi". Hier, comme aujourd'hui, ce fut très "kokushobi". Mais il y avait l'éclipse partielle qui, en fin de journée a poussé les foules dehors. Puisque l'occasion ne se représentera plus de mon vivant, je suis donc allé au parc André Citroën faire quelques photos.


Il y avait une foule considérable et j'ai pris pas mal de clichés intéressants, mais qui, à l’exception de ces deux là ne seront jamais publiés tels quels, pour éviter des problèmes de droit à l'image. Peut-être traficoterais-je quelques photos comme je l'ai déjà fait, afin que les visages ne soient pas identifiables. En même temps, il me semble que les lunettes protectrices anonymisent les sujets mais je n'en suis pas certain. Je me souviens de photos extraordinaires envoyées par l'amie Sophie, lors d'un séjour à New-York à l'occasion d'un semblable événement avec des spectateurs la tête dissimulée dans des cartons. 
 
 

Quoi qu'il en soit, pour revenir à ce début de soirée, il y avait de la bonne humeur, de la joie, l'atmosphère était détendue "bon enfant" comme on disait autrefois. Certaines personnes étaient venues pique-niquer en attendant l'événement. Après tout, en ces temps de chaos climatique, politique, intellectuel, ces menus plaisirs sont bons à prendre. Moi qui, hier encore faisait un éloge nostalgique de la futilité, je ne vois pas pourquoi je trouverais à y redire. Pour une fois que les gens peuvent se rassembler en foule à Paris sans que la police ne leur envoie des flash-ball à tir tendu...

mercredi 12 août 2026

Futilité


 
 Voilà,
je rêvais autrefois d'étés sereins
de paisibles villégiatures
et d'improbables bords de mer 
je trouvais souvent bon d'être futile, sinon frivole

samedi 8 août 2026

C'est moi qui suis l'univers


 
Voilà,
"Éternels passagers de nous-mêmes, il n’est pas d’autres paysages que ce que nous sommes. Nous ne possédons rien, car nous ne nous possédons pas nous-mêmes. Nous n’avons rien parce que nous ne sommes rien. Quelle main pourrais-je tendre et vers quel univers ? Car l’univers n’est pas moi, c’est moi qui suis l’univers." (Fernando Pessoa 123 Livre de l'Intranquillité)
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vendredi 7 août 2026

Elisabeth


Voilà,
ça me revient, la première rencontre avec Elisabeth, ce fut dans la salle de ce qui s'appelait alors l'ARC, sous le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, en Avril 81, pour la création de la pièce « Société1 » sur une partition de Luc Ferrari que mettait en scène Didier Flamand. C'était un spectacle assez barjo. Nous n’étions pas une grosse distribution pour un spectacle de Didier. À peine huit sur le plateau. Il y avait cinq comédiens plus ou moins musiciens de la bande à Didier, deux musiciens de la compagnie de Georges Aperghis qui co produisait l’entreprise et Elisabeth qui ne connaissait aucun autre comédien et qui débarquait là avec sa clarinette. Elle avait, quelques années auparavant travaillé assez longtemps avec le Grand Magicien Circus de Jérôme Savary. Elle s’est immédiatement intégrée à notre équipe avec son charme et sa fantaisie et ce fut un bonheur de l’avoir parmi nous. Très vite elle s’est prise d’affection pour Agnès et moi. Ces répétitions et ce spectacle demeurent dans ma mémoire comme un des meilleurs moments de ma vie professionnelle.

Ça me revient l’appartement du 60 rue Caulaincourt (une des plus belles rues de Paris qui constitue une vaste boucle ombragée sur les contreforts de Montmartre) qu’elle partageait avec son époux et ses enfants.

ça me revient à la naissance de ma fille, Élisabeth lui avait offert un petit chien en peluche. Il est toujours là.
 
ça me revient, quand je jouais à Béziers au début des années 90, il y avait encore dans les loges l'affiche du film "Le boucher, la star et l'Orpheline" de Jérôme Savary, et sur le dessin de l'affiche on reconnaissait bien Elisabeth que j’avais alors perdue de vue.
 
ça me revient, Elisabeth et Agnès s'aimaient beaucoup. Il existe une photo où elles sont toutes les deux vêtues en alsaciennes. Je l'avais prise lors d'un essayage costume dans la salle de répétition du JTN rue des fossés-St Paul dans le marais.
 
ça me revient Elisabeth n'avait jamais perdu son accent norvégien
 
ça me revient la photo ci-dessus fut prise lors d'une répétition de "prends bien garde aux Zeppelins" en Octobre 1981. J'interprétais, dans un des tableaux du spectacle, un photographe lors d'une réception d'ambassade, et un soir, j'avais utilisé un vrai appareil pour faire des photos de mes camarades en situation.
 
ça me revient Elisabeth m'appelait parfois Arnito en roulant le R et en prolongeant la voyelle sur le i ça donnait arrrniiito
 
ça me revient Elisabeth conduisant sa Rancho verte
 
ça me revient, lors de Société 1, nous avions du mal, les membres de la troupe à nous séparer après les répétitions, et nous prolongions la soirée au Grand Corona, près du pont de l'Alma. Nous étions aussi allé y boire un verre un fin d'près midi, et je me souviens qu'on y avait entendu "Sunny afternoon" des Kinks et c'était tout à fait de circonstances

ça me revient Maxime Ferrier le mari d'Elisabeth l'appelait souvent Mortensen, et pour beaucoup de ses relations elle était Mortensen
 
ça me revient Elisabeth avait, dans sa jeunesse, suivi des cours chez Jacques Lecoq 

ça me revient, il y a quelques années j'avais mis en relation Elisabeth et Sophie qui allait à Oslo pour un événement autour de Jon Fosse où des compagnies françaises avaient été invitées. Je crois qu'Elisabeth s'était proposée comme traductrice en certaines circonstances
 
ça me revient nos conversations à propos de l'écrivain Kjell Askildsen, dont elle était la seule parmi mes amis à connaître l'œuvre
 
ça me revient, comme Elisabeth, au début où nous nous connaissions nous racontait à Agnès et moi comme c'était bien d'avoir des enfants.
 
ça me revient, Elisabeth comme la plupart des norvégiens de Paris, se procurait à la période des fêtes du saumon de Norvège grâce à une association dont le siège se trouve je crois au Vésinet

ça me revient, alors que nous nous étions perdus de vue depuis des années, un jour une femme m'a sollicité pour une lecture de textes de Nicolas Vatimbella, et lorsqu'elle m'a dit qu'elle attendait la réponse d'une comédienne norvégienne qui jouait de la clarinette j'ai tout de suite pensé que c'était Mortensen, et lorsque j'en eu la confirmation je n'avais plus qu'une hâte : la revoir 
 
ça me revient, après s’être installée en Norvège, Élisabeth revenait souvent à Paris pour visiter sa fille et son petit fils et chaque fois elle me prévenait et nous nous retrouvions toujours au même bar "au pause-café" 41 rue de Charonne.

Elisabeth connaissait bien Isabelle Nanty, elle aussi ayant de la famille norvégienne, et avec qui j’ai tourné il y a fort longtemps.
 
ça me revient Elisabeth me parlant de sa sœur avec qui les relations ne semblaient pas faciles
 
ça me revient le père d'Elisabeth avait habité en Suisse et avait été un musicien de jazz
 
ça me revient après être retournée en Norvège, Elisabeth travaillait comme clown dans les hôpitaux d'Oslo
 
ca me revient Elisabeth était amie avec Luca, un metteur en scène italien qui m'a mis en scène en 1989, et j'ignorais à l'époque qu'ils se connaissaient 

ça me revient c'est Claire Denis qui avait recommandé Elisabeth à Didier, car Claire avait aussi travaillé avec le Grand Magic Circus de Jérôme Savary
 
ça me revient la fête surprise organisée par sa fille pour ses 75 ans. Nous nous sommes vus l'année suivante, et peu après une maladie neuro-dégénérescente a rapidement détérioré sa santé. Elle a quitté ce monde le premier jour d’Août. Depuis la tristesse ne me quitte pas

Ça me revient mais il y a tant de choses qui m’échappent
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mercredi 5 août 2026

Weltschmerz

 
 
Voilà,
je ne suis pas le seul à être moralement laminé par la montée de l'extrême-droite, par la destruction de Gaza, par la famine au Soudan, par l’impérialisme russe et ses cries de guerre, par la folie meurtrière de certains dirigeants, par le mépris croissant à l’égard de la culture, par le triomphe de politiques stupides et arrogantes, par la pauvreté qui augmente, par la loi de présomption d’innocence de la police récemment votée en France dans un contexte d'explosion des violences policières, par le désordre climatique, la sécheresse et les incendies par-ci les inondations et les glissements de terrains par là, et par tant et tant de choses encore que je n'ai même plus la force de nommer. Weltschmerz désigne, en allemand, un état de souffrance morale né du décalage entre le monde tel qu’il est et celui auquel on aspire. La langue allemande est vraiment formidable, tu assembles des mots pour en faire des nouveaux, comme dans un jeu de construction. La langue allemande a une solution à tout, sauf aux pulsions génocidaires qui peuvent saisir tout un peuple en peu de temps.  "C'est donc ça je suis en plein Weltschmerz" pensai-je, ce soir là, en passant devant la mairie du quatorzième après une trop brève et à peine rafraîchissante, pluie d’été. À défaut de soulager, ça réconforte un tantinet de savoir qu'un mot existe déjà pour nommer une sensation qu'on éprouve. On se sent moins égaré, n'est-ce pas ⸮
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mardi 4 août 2026

Ce qui me gomme

 

Voilà
ce qui me gomme
à grande rafale 
me lacère au-dedans
me chignole et me tronçonne
ce qui m’esquiche me pèle me râpe 
ce qui me ronge les os
me dévore la moelle me grignote et me mastique
avide gourmand
ce qui file rapide sous la viande
Comme un arc électrique 
 quand je cherche les mots
pour savoir où j'en suis
si je suis encore
ce qui me pousse et me presse
me piétine et m’écrase
ce qui m’étire me tord me vrille
m’explose comme grenade
et me brûle et me glace tout à la fois
m'émiette me calcine me disperse 
cendres que vent éparpille
ce qui hurle en moi, me perce, m’assourdit
me chavire, dérive dans l’incertain dans l’opaque puis se dilue
ce qui enserre et comprime le thorax 
ce qui arrache griffe déchire
ce qui saigne en silence
me transforme en ombre me rend étranger
à moi-même autant qu'aux autres
que je ne reconnais plus
ce qui me cherche autant que je le cherche
ce qui me défie, m’épuise, me hante
ce qui, toujours, m’échappe.
ce qui me broie m’émiette me précipite
sans fin s’effondre s’écrase sans fin éclate 
pas silence mais bruit fracas tambourin.
ce qui me pompe la sève 
pas lentement
non vite bien trop vite 
qui tout aspire tout avale tout engloutit 
moi ni dedans ni dehors 
moi rien  
moi rien .
ce qui tourne 
non pas tourne mais vrille en boucle 
non pas boucle mais spirale 
Ce qui
creuse tire tout hors moi 
dedans plus rien.
ce qui charcle 
pas la peau mais dedans 
chair os moelle 
qui sans fin craque me vide me ronge 
me crie dedans-dehors partout.
Ce qui ne court pas mais hurle fond 
non pas comme neige 
mais plomb bouillant 
coule dans veines casse crâne fait éclat dedans.
Ce qui moi plus moi mais éclat poussière 
cri sans son mais hurlement constant fracture.
arraché
harassé
ce qui
ce qui

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