dimanche 27 septembre 2020

J'aime / je n'aime pas (11)

 

Voilà
J'aime les bains de mer l'été
Je n'aime pas quand les gens mâchent bruyamment leur chewing-gum
J'aime découvrir des paysages que je ne connaissais pas
Je n'aime pas l'incertitude dans laquelle nous tient actuellement la pandémie de covid
J'aime rencontrer dans la réalité des correspondant(e)s de blog
Je n'aime pas l'usage abusif du mot "historique" dans les commentaires sportifs
J'aime retrouver mon appartement bien rangé après une longue absence
Je n'aime pas quand facebook me propose de fêter l'anniversaire de quelqu'un qui est mort
J'aime particulièrement cet objet qu'on appelle cuiller à pamplemousse mais qui est aussi très pratique pour les melons et les kiwis
Je n'aime pas qu'on laisse un message sur le répondeur où l'on me demande de rappeler sans m'en donner la raison
J'aime la chanteuse de jazz Jeanne Lee parce qu'elle ne fait pas de trémolos ni de fioritures. Et puis c'est elle qui chante "Blasé" d'Archie Shepp
Je n'aime pas la nouvelle version de blogger qui est totalement contre intuitive
J'aime les longues marches dans la campagne
Je n'aime pas l'accumulation de signes inquiétants concernant le devenir des USA contaminés par la folie et l'incompétence d'un seul homme
J'aime regarder les résumés des matches de rugby de la Mitre10 cup
Je n'aime pas devoir me peser, faire un régime, prendra régulièrement ma tension
J'aime recevoir des SMS ou des appels téléphoniques de ma fille pour des rendez-vous surprise
Je n'aime pas les douleurs nouvelles et inconnues
J'aime les nuits où, concentré sur une tâche précise, je ne vois pas le temps passer
Je n'aime pas la sensation de rentrer dans l'hiver
J'aime réentendre le générique de l'émission radioscopie si populaire dans les années 70
Je n'aime pas les bigots de quelque religion que ce soit
J'aime réussir une bouture
Je n'aime pas lorsque les gens font semblant de s'intéresser à vos problèmes
J'aime réaliser une nouvelle recette de cuisine
Je n'aime pas la violence croissante des rapports sociaux entretenue par les classes dirigeantes
J'aime retrouver des vieux amis perdus de vue depuis longtemps
Je n'aime pas les trous de mémoire
j'aime le décor étrange de cette porte de l'hôpital Saint-Louis
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jeudi 24 septembre 2020

Arc-en-ciel

 
Voilà, 
c'est l'automne. L'air devient plus frais, humide. Les jours raccourcissent. De nouveau, des mesures restreignant le droit de circuler de se rassembler, de s'attarder au prétexte que l'épidémie reprend de la vigueur. La situation sanitaire se dégrade en Europe de l'Est ainsi qu'en Espagne. On parle de deuxième vague. Des gens disent que c'est vrai d'autres que non. Pourtant ce weekend dans les hôpitaux de Paris, on reporte des opérations prévues. Il faut libérer des lits de soins critiques, afin d'accueillir de possibles patients covid. On ferme les salles de sports, les piscines. Je répète pour un projet de pièce dont je me demande bien si elle pourra voir le jour. Sans doute les mois prochains faudra-t-il hiberner, je vois ça venir gros comme une maison. Tout à l'heure dans la rue, j'ai entendu un enfant crier "papa il y a un arc-en-ciel, un arc-en-ciel !". Il y avait tant de joie et d'émerveillement dans cette voix. L'innocence s'extasiait et c'était bon à prendre. (linked with skywatch friday

mardi 22 septembre 2020

Les trois filtres


Voilà,
le jeune disciple d’un sage arrive chez celui-ci et lui dit :
– Maître, un de tes amis a parlé de toi avec malveillance.
– Attends ! L’interrompt le Maître. As-tu déjà fait passer par les trois filtres ce que tu vas me raconter ?
– Les 3 filtres ?
– Oui. Le premier est celui de la vérité. Es-tu sûr que ce que tu veux me rapporter est absolument certain ?
– Non, je l’ai entendu dire à quelques voisins.
– L’auras-tu au moins fait passer par le deuxième filtre, qui est celui de la bonté ? Ce que tu veux me dire, est-il bon pour quelqu’un ?
– En réalité, non. Au contraire…  
– Le dernier filtre est celui de la nécessité. Est-il nécessaire de me faire savoir ce qui t’inquiète tellement ?
– A dire vrai, non.
– Alors, dit le sage en souriant, si ce n’est ni vrai, ni bon, ni nécessaire, enterrons-le dans l’oubli.

lundi 21 septembre 2020

Pendant le grand Confinement


 
Voilà,
pendant le grand confinement, par une douce fin d’après-midi je me suis, conformément aux règles en vigueur, autorisé une petite virée dans mon quartier en écoutant au casque « Dove » de Cymande, et c’était très bien. C'est là que j'ai pris cette photo avec ces vers d'Apollinaire écrits sur le mur. A l'époque on pouvait sortir une heure par jour, sans masque, puisqu'il n'y en avait pas de disponibles ni dans les pharmacies ni dans les supermarchés
 
pendant le grand confinement j'ai appris le mot "ultracrépidarianisme" qui désigne le comportement qui consiste à donner son avis sur des sujets sur lesquels on n'a pas de compétence crédible ou démontrée.
 
pendant le grand confinement j'ai été content que mon impuissance à agir soit considérée comme une vertu et je suis donc resté à la maison à ne rien foutre sans aucun problème
 
pendant le grand confinement, tout au début, les Rolling Stones ont sorti un de leurs meilleurs morceaux depuis longtemps intitulé "living in a ghost town" qui collait terriblement à l'actualité.
 
pendant le grand confinement, je suis devenu retraité, et j'ai compris que ma vie basculait dans une plus grande précarité
 
pendant le grand confinement j’ai appris que notre économie s’effondre dès qu’elle cesse de vendre des trucs inutiles à des gens surendettés, qu’il est possible de réduire la pollution, et que ce sont les personnes les moins bien payées qui sont les plus nécessaires à la population,
 
pendant le grand confinement j'ai pour la première fois entendu parler de "la théorie du nudge" autrement nommée théorie du paternalisme libéral un concept des sciences du comportement, de la théorie politique et d'économie issu des pratiques de design industriel, qui fait valoir que des suggestions indirectes peuvent, sans forcer, influencer les motivations, les incitations et la prise de décision des groupes et des individus, au moins de manière aussi efficace sinon plus efficacement que l'instruction directe, la législation ou l'exécution. C'est ainsi que les petites mouches peintes dans les urinoirs de certains cafés participent de ce concept pour inciter les mecs à pisser bien au milieu de l'urinoir
 
pendant le grand confinement j'ai sensiblement amélioré ma culture musicale et considérablement mon tour de ventre
 
pendant le grand confinement j'ai appris que Maurice Martenot l'inventeur des ondes, dispensait gratuitement ses cours, qu'il donnait aussi des cours de yoga, et qu'il organisait des séances d'écoute  ayant permis à des musiciens de découvrir le son du gamelan
 
pendant le grand confinement un jour en fin de journée j'ai poussé à pied jusqu'à Saint Germain-des-prés. Dans la lumière déclinante un parfum de violette se répandait sur la place Furstemberg déserte. Des pétales de fleurs secouées par la pluie tapissaient le sol encore humide au pied des quatre grands paulownias qui, lorsque le soleil est au rendez-vous dispensent, au passant qui s'attarde dans les parages leur ombre bienveillante et chargée de senteur. Les fantômes de Delacroix, de Monet de Bazille qui eurent leur atelier ici, rôdaient peut-être aux alentours, maintenant que la ville était rendue à un silence de couvre-feu
 
pendant le grand confinement, j'ai assez peu écouté les nouvelles à la radio et encore plus rarement à la télévision, mais bon cela m'arrivait tout de même parfois. On y voyait des journalistes dispenser leurs analyses leurs points de vue, parfois même des leçons de savoir-vivre depuis chez eux, et l'on pouvait s'apercevoir à quel point ils vivaient, dans des endroits raffinés parfois luxueux, et combien ces gens là, toutes tendances confondues, constituent une aristocratie bien éloignée du populo auquel ils s'adressent
pendant le grand confinement, j’ai beaucoup regardé instagram, et facebook
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vendredi 18 septembre 2020

Formes silencieuses


Voilà
"Leur enfance disparue avait pourtant déposé sur la pellicule des traces de sa réalité aussi tangible et immédiate que l'empreinte d'un pas dans un sol d'argile et il semblait, que tous les lieux familiers et, depuis ces lieux, l'immensité du monde entier, s'emplissaient de formes silencieuses comme si tous les instants du passé subsistaient simultanément, non dans l'éternité, mais dans une inconcevable permanence du présent. Pourtant, Antonia savait bien que tous les adultes ont été des enfants, elle savait que les morts ont un jour vécu et que le passé, si lointain qu'il fût, a d'abord été présent ; en quoi la preuve de la vérité de ces lieux communs pouvait-elle se révéler énigmatique ou bouleversante ? Il était vain de chercher une réponse intelligente ou profonde à cette question: les photographies opposaient l'impénétrabilité de leur surface à toute quête de profondeur" 
Jérôme Ferrari in  "A son image"

jeudi 17 septembre 2020

Sans raison

 Voilà, 
"Peut-être que si je pleure sans raison, c'est la preuve que mon cœur est dans un tel état de faiblesse que je ne peux même pas me venir en aide moi-même. Mais pas du tout. C'est plutôt le contraire. Votre cœur revendique de toutes ses forces son existence" (Yoko Ogawa in "Cristallisation secrète")
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mardi 15 septembre 2020

Vaches



Voilà,
s'il y a une figure vraiment tragique c'est bien la vache. Elle est là paisible à l'abri dans son pré sans avoir autre chose à faire que de se nourrir. Nous la regardons et voyons bien bien qu'elle ne sait pas ce qui l'attend. Nous non plus, en ce qui nous concerne ne savons pas trop, mais nous avons tout de même une vague idée de sorte que l'inquiétude nous saisit parfois. Pas la vache. Contemplative, broutant, lâchant parfois une bouse ou pissant dru, agitant sa queue pour chasser les mouches – son grand souci – , la vache se répand dans le présent de son ignorance, imperturbablement placide, peut-être même confiante. Son inexpressivité autorise toutes les hypothèses. C'est ce qui la rend si pathétique. Dans la splendeur de paysages découpés en prairies et façonnés pour son épanouissent, l'abattoir est pourtant son unique horizon
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samedi 12 septembre 2020

Et rien de plus



Voilà,
Il est bien regrettable de se retrouver en si piteux état devant un tel paysage.
On tousse dans son coude comme l'exige le nouveau protocole
Songeant devant cette parfaite symétrie à un un certain poème de Roberto Juarroz

Etre.

Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessous.

Ne pas être.
Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessus.

Ensuite,
entre ces deux puits,
le vent s'arrêtera un instant .

mercredi 9 septembre 2020

Ajoutez un peu de nature à vos journées


Voilà, 
parfois sur ta boîte mail tu reçois des messages un peu weirdo comme "expiration imminente". Ça fout les jetons, en particulier par les temps qui courent. Tout ça pour t'avertir qu'une réduction, un crédit favorable ou un code d'accès à je ne sais quelle connerie, va bientôt prendre fin. Ou bien — est-ce le signe annonciateur d'un prochain confinement ? — ton navigateur t'envoie ce petit memo  "Travailler à la maison, c’est tristounet ? Ajoutez un peu de nature à vos journées avec nos vidéos apaisantes et le mode d'incrustation vidéo". Et chaque jour est fait de telles injonctions qui en d’autres temps t’auraient semblé aussi absurdes que déplacées. Désormais tu t’en accommodes comme d’une chose ordinaire, inévitable. Tu es un homme de ton temps. Le big data connaît tous tes secrets même si l'époque t'enjoint de retourner masqué dans le souterrain. Et tu te souviens qu'allongé sur la plage, enfant, aux nuages, tu donnais des noms de tribus indiennes : comanches, sioux, arapahos, seminoles ou iroquois....

dimanche 6 septembre 2020

Des Images fugaces de films



Voilà,
à Chartres, voyant ce mur peint représentant un plateau de tournage, je me suis efforcé dans les heures qui ont suivi de me remémorer quelques scènes de film parmi les nombreux que j'ai pu voir
des nains très nombreux et très méchants dans un paysage grec
un chien qui erre sur une dune déserte à la recherche de nourriture.
les trois amis accrochés aux grilles d'une vaste propriété appartenant à un de leurs amis d'enfance qu'ils ont perdu de vue depuis longtemps
la femme qui regarde dans la rue un marionnette à fil en forme de squelette qui danse un rock effréné. Elle s'accroupit l'observe longuement et pose une pièce dans le béret qui est à ses côté
les deux petites filles avec un tutu orange qui courent sur un muret, font un de ces jeux où l'on se tape dans les mains. Cela dure assez longtemps, puis elles repartent en riant
l'homme qui chie au pied de son camion apercevant une Volkswagen qui roule à toute vitesse et se jette dans un fleuve
le jeune homme qui dit à la jeune fille devant un dancing "j'aime bien votre style de poitrine"
les amis vus de dos devant un paysage brumeux qui est supposé être le lac Michigan
la scène sur la gare dans "crépuscule à Tokyo", une femme marche parmi des permissionnaires
le chauffeur de taxi chez lui faisant basculer avec son pied la télévision qu'il est en train de regarder
l'homme allemand sur son lit d'hôpital qui articule péniblement  le mot "muß" en touchant la poitrine de l'infirmière
l'enfant qui parle à ses petits doigts
la jeune fille qui se lève la nuit pour tenter de démarrer une voiture
l'homme qui regarde par l'œil de bœuf à l'intérieur d'un hôtel celui qui se fait flageller
le motocycliste qui de nuit traverse à toute vitesse un petit village italien
les enfants qui volent les photos d'actrice à l'entrée d'un cinéma
le vieux sage africain qui parle à une chèvre perchée dans un arbre
celui très défoncé qui se retourne dans le bar de l'hôtel et aperçoit des animaux préhistoriques en costumes en train de partouser
Le ballon dirigeable désamarré, devenu un peu fou qui vole dans tous les sens au dessus d'une rue de  Londres en ruines
l'homme portant un cadavre dans la foule pour l'amener vers un grand feu de joie lors de la Guy Fawkes night où l'on brûle des mannequins à son effigie
le cheval blanc que chevauche un petit garçon qui avance dans la mer vers la noyade 
le rhinocéros dans les cales du transatlantique
l'homme au pardessus et l'enfant qu'il tient par la main se dirigeant vers une frontière barbelée
des hordes barbares pénétrant à cheval dans une église pour massacrer les villageois qui s'y sont réfugiés
le spectateur qui soudain aperçoit un homme armé sur le toit d'une tribune où va se dérouler un match de football américain 
l'homme qui revient avec ses bières et découvre que sa maison où se trouve sa famille est en train de brûler
la femme qui chaque jour trouve une cassette vidéo posée ur le palier de sa luxueuse demeure
la femme nue sous son imperméable qui court apeurée la nuit sur une route déserte et manque de se faire écraser
l'homme sur son lit d'hôpital qui se penche pour voir passer les jambes d'une infirmière et en meurt
le jeune homme et la jeune fille qui prennent un petit bateau la nuit pour se rendre sur une île aux alentours de Stokholm
le vieil homme si heureux de parcourir des routes suisses sur son vélomoteur 
lors de la guerre d'Indochine le chef de section qui fait une pipe au soldat mourant au bord d'une rizière 
le couple qui devait partir en Afrique et vit les volets clos dans l'appartement qu'il n'a finalement pas quitté
l'homme qui se castre avec un couteau électrique
l'homme qui s'approche du grizzly et lui intime de se tenir tranquille
etc etc, mais vous pouvez continuer cette liste
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vendredi 4 septembre 2020

Un petit tour à Chartres


Voilà,
puisque la journée avait mal commencé, je me suis dit qu'il valait mieux mettre les bouts. J'ai jamais vu Chartres ni sa cathédrale alors que c'est à peine à un peu plus d'une heure de Paris et si je le faisais pas maintenant je le ferai peut-être jamais. Donc je me suis cassé. Au moins ça serait une journée où j'aurais fait quelque chose de nouveau. Je n'ai pas grand chose à dire pour le moment sur la cathédrale, puisque j'ai choisi de faire vite plutôt que de faire bien. C'est en tout cas très bien expliqué dans wikipedia. C'est, avec ses deux tours dissymétriques, un édifice assez étonnant, gothique à l'intérieur et avec des aspects romans à l'extérieur, qui a beaucoup brûlé, a souvent été rebâti. Ses vitraux datent du XIII ème siècles et sont absolument extraordinaires, et la restauration intérieure, encore inachevée consistant à redonner aux murs leur blancheur initiale permet de voir tous les détails du tour de chœur en pierre sculptée qui est sûrement un des plus bel ensemble de bas-reliefs que l'on puisse voir en France.  J'ai été très touché de savoir et là je cite wikipedia que "la cathédrale a été sauvée de la destruction le , pendant la Seconde Guerre mondiale grâce au colonel américain Welborn Griffith. Celui-ci a remis en question l'ordre reçu de détruire la cathédrale, ses chefs croyant que les Allemands s'y abritaient. Il se porta volontaire pour aller vérifier avec un autre combattant la présence de soldats allemands à l'intérieur. Constatant que la cathédrale était vide, il sonna les cloches pour avertir de l'absence d'ennemi. Il fut tué au combat le même jour à Lèves près de Chartres. Il a été décoré à titre posthume de la Croix de Guerre avec palme, de la Légion d'Honneur et de l'Ordre du Mérite par le gouvernement français, ainsi que de la Distinguished Service Cross du gouvernement américain". Je trouve pour ma part l'Eglise catholique apostolique  et romaine bien ingrate, car cet homme mérite d'être au moins béatifié sinon canonisé pour avoir sauvé un joyau de la chrétienté.
Parole de mécréant.
Je me suis ensuite baladé sans masque, dans la vieille ville car la zone est considéré comme verte, et j'y ai fait quelques photos. C'était agréable de voir des visages pour la plupart découverts. J'ai repensé au médecin que j'ai vu ce matin, qui n'est pas mon médecin traitant, qui émettait de sérieux doutes sur la nécessité de masquer toute la population. Vraiment je ne comprends rien à cette affaire. Je suis rentré en fin d'après midi à Paris et dans le train, j'ai vu sur mon smartphone que l'on donnait dans un cinéma près de chez moi "Manchester by the sea" un film de Kenneth Lonergan, dont j'avais à sa sortie entendu dire beaucoup de bien mais je l'avais manqué. Casey Affleck dans le rôle principal y est tout à fait prodigieux. C'était peut-être pas la meilleur idée, cependant, de regarder ça. C'est certes un chef d'œuvre comme je n'en ai pas vu depuis longtemps, mais toutefois d'une tristesse abominable, et à l'heure où j'écris ces lignes, je crois qu'il me faudrait une dose massive d'euphorisant pour m'en remettre. J'ai beaucoup pleuré. Il me reste un fond de CBD je crois que je fais finir le flacon.
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mercredi 2 septembre 2020

Hasard constructiviste


Voilà
de l'anomalie, du détail, du fugace. Une légère altération de la perception. Comme si, sous la fine pellicule du cours des choses, une autre réalité exigeait d'apparaître. On s'émerveille d'un rien. On croit se rappeler que très petit enfant c'était déjà le cas. Qu'on éprouvait un certain plaisir à être jeté ainsi dans la confusion provoquée par les reflets. Et aujourd'hui encore, retrouvant par hasard une vieille photo, alors qu'on en cherchait une autre, on se réjouit de ce paradoxe : une surface ajoute de la profondeur. (Linked with weekend reflections)

mardi 1 septembre 2020

Un souvenir de cet été


Voilà,
c'est donc la rentrée, avec masques de protection gestes barrières, et moi ce matin à Paris je songe aux images de l'été, à ce dimanche de juillet sur le modeste champ de courses de Cluny en Bourgogne, si paisible et désuet avec son ambiance familiale. Pour occuper mes journées je me fabrique de nouveaux rituels, je fais plus d'exercice physique que je n'en ai jamais fait, mais pour être franc je n'ai pas vraiment envie d'être là. J'ai envie de nature où pouvoir me déplacer librement, musarder, flâner, me laver les yeux à de nouveaux paysages. Je ne veux plus me fixer d'objectifs ou de contrainte


J'ai envie d'être ailleurs, parce qu'ici bien des choses me contrarient. Des phrases me hantent comme celle-ci entendue récemment : "nous allons dans le mur, mais nous avons allumé les phares". Je suis incapable d'écouter les bavardages à la radio, avec ces journalistes qui parlent fort, et souvent de façon péremptoire. Le monde fait trop de bruit. J'ai besoin d'air de musique et de chant.


Je ne parviens pas à me projeter dans le futur, même proche. J'ai du mal à faire le point sur ces derniers mois. Je suis désemparé parce que les neuf semaines de confinement, mais aussi tout ce qui a précédé, ont acquis un caractère d'irréalité. Tant de choses se sont dites pendant ce moment exceptionnel, et maintenant tout semble effacé.
Et puis le chemin des mots est bordé de ronces. Je m'y écorche.

jeudi 27 août 2020

Un vent de sud, sud-ouest


Voilà,
hier, un vent chaud soufflait fort sur la ville. Comme un vent venu du désert, mais le désert est loin pourtant. J'ai vérifié sur mon smartphone. C'était un vent de sud sud-ouest, un truc anticyclonique donc. Je ne me souvenais pas avoir vu quelque chose comme ça, dans les rues de Paris depuis que j'y habite. Cela créait une étrange ambiance.

(...)

Il semblerait que les gens soient rentrés. La  ville se repeuple. La circulation est plus dense. Les piétons plus nombreux. Beaucoup de gens portent des masques. Quelques uns s'en dispensent. Les terrasses sont encore bondées, surtout le soir. Certaines petites rues sont même devenues des cafés et des restaurants à ciel ouvert en raison du dispositif adapté pour compenser les pertes des cafetiers durant le confinement. Bientôt ces terrasses provisoires qui empiètent sur les places de parking seront démontées. Il paraît que la vie doit reprendre son cours. Mais les informations sont confuses concernant une éventuelle reprise de l'épidémie. Tout le monde semble dans l'expectative. C'est un temps suspendu.

(...)

On semble avoir ou vouloir oublier le traumatisme de la première vague d'épidémie. Personne ne parle plus des mensonges de l'appareil d'État, comme si le remaniement ministériel de juillet avait suffit à résoudre les incohérences de l'époque. Plus rien concernant les sacrifices des médecins et des infirmières dans les hôpitaux, des aide-soignants dans les Ehpad dont le dysfonctionnement et la dimension carcérale se sont révélés au grand jour. La "raison économique" semble sournoisement avoir repris le dessus. Rien non plus au sujet des professions sinistrées par la pandémie et pour lesquelles des solutions peinent à être trouvées. C'est comme si ces visages d'infirmières marqués par les lunettes de protection et la fatigue, comme si ces vidéos de soignants vêtus de sacs-poubelle en guise de surblouses, ces messages désespérés de médecins éreintés, ces morgues provisoires dans le marché de Rungis, ces empoignades à propos de la chloroquine, ces parents désemparés avec leurs enfants à la maison, ces profs incapables d'assurer leurs cours, comme si tout cela s'était dilué dans l'été

(...)

On regarde le monde, la résistance populaire en Biélorussie, les velléités expansionnistes turques au large de la Grèce, la banquise qui fond, les incendies en Sibérie en Californie, les troubles civils aux USA, avec leurs cortèges d'émeutes, de meurtres, de revendications racistes perpétuelles, de menaces plus ou moins larvées de coup d'état, et l'on se prend à imaginer que ce pays peut possiblement imploser comme autrefois l'URSS, mais dans une violence et une folie sans commune mesure.

(...)

On ne peut pas faire autrement que de subir ça. On éprouve un terrible besoin d'amour. On en vient presque à envier les amis qui meurent dans leur sommeil. On songe à de calmes paysages.
(Linked with skywatch friday and weekend reflections)

lundi 24 août 2020

Les Fresques de Pietro de Ricchi


Voilà,
comme elles ont vite passé ces vacances en cet étrange été du coronavirus où j'aurais fait des sauts de puce en différents endroits de la France... Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autorisé tant d'escapades. Je suis de retour depuis moins d'une semaine et je n'ai qu'une envie, c'est de repartir. Paris ne m'enchante plus autant qu'avant. La ville devient sale, la misère y est de plus en plus visible, les incivilités trop fréquentes, et la vie bien chère.
Ces photos ont été réalisées en Bourgogne, début Juillet au château de Fléchères. datant du XVIIe siècle, centre de la seigneurie puis de la  baronnie de Fléchères, qui se dresse sur la commune de Fareins dans le département de l'Ain à 6 kilomètres au nord-est de Villefranche sur Saône. Il succède à une ancienne maison forte du XIIe siècle.
Longtemps dissimulées derrière des boiseries du XVIIIème siècle ou des enduits du XIXème ces fresques colorées en trompe-l'œil, œuvre de Pietro Ricchi réapparues lors d'une restauration datant de 1998, constituent un ensemble d'une grande valeur artistique et historique. Ayant passé quatre années en France, à Lyon, à Paris et dans diverses villes de Provence, de toutes les fresques que réalisa Pietro, ne restent que quelques-unes au château de Bagnols sur Cèze et celles du château de Fléchères, qui composent le plus grand ensemble de ce type en France à cette époque. Elles demeurent un témoignage unique de peinture décorative sous Louis XIII, l’une des plus raffinées et des plus précieuses de tout le XVIème siècle, paraît-il.
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vendredi 21 août 2020

Ma Fatigue


Voilà,
il y a peu, au détour d'une rue, j'ai aperçu ma fatigue. Elle portait ces chaussures que je n'ai jamais mises et qui traînent dans un de mes placards. Essoufflée, en silence elle réclamait un peu de répit. Dans son petit bagage auquel elle semblait s'agripper, il y avait toute ma vie. Ça ne prend pas tant de place que ça une vie, et pourtant c'est fou comme on y tient. J'ai voulu aller à sa rencontre pour la récupérer de peur qu'elle ne l'oublie quelque part, et puis je ne sais pas j'ai eu la flemme, j'ai rebroussé chemin. J'ai laissé ma fatigue, j'ai laissé ma vie. Désormais je traîne. Les passants parfois me considèrent avec suspicion, le plus souvent m'ignorent. Je parle aux chiens, je parle aux piafs, les feuilles mortes sont mes amies. Je suis un courant d'air. C'est pas plus mal comme ça.

lundi 17 août 2020

Jeu de piste



Voilà,
donc, à Biscarrosse-Plage, l'année scolaire 1964-1965 il y avait Danielle Dubosc, qui devait avoir une vingtaine d'années. Elle habitait derrière la librairie Gendron, me semble-t-il, tout près de notre école. Je crois me souvenir qu'elle avait perdu sa mère et qu'elle vivait seule avec son père, que l'on apercevait de temps à autre souvent vêtu d'une salopette bleue, d'une chemise à carreaux et la casquette vissée sur la tête. Je cois que c'était un homme triste qui n'arrivait pas à se remettre de la disparition de son épouse. Danielle avait organisé une section de louveteaux — ce que le curé du village n'avait pas vu d'un très bon œil considérant cela comme une concurrence, et peut-être même comme un affront, puisque lui s'occupait du patronage des "Cols-verts". Ma génitrice, m'avait donc inscrit aux louveteaux au prétexte qu'elle avait été "jeannette" dans sa jeunesse. Cette affaire ne m'enthousiasmait pas des masses, parce que j'aurais préféré être tranquille pénard tout seul, les jeudi après-midi, mais Danielle était si belle si gentille si douce et attentionnée que finalement c'était plutôt bien. Je crois que le reste de la semaine, elle suivait des cours par correspondance, mais je n'en suis pas certain. Parfois elle venait nous voir à la récréation de l'autre côté du grillage, sans doute parce qu'elle faisait coïncider ses pauses avec les nôtres. 
Je me souviens d'un jeu de piste qu'elle avait organisé une fois, dans la forêt à la sortie du village à proximité de la route d'Arcachon. On avait passé la journée avec nos sacs à dos, le mien était kaki, avec des poches partout, c'était celui que mon père avait utilisé quelques années auparavant lorsqu'il crapahutait dans le djebel algérien. Ma mère m'avait confectionné une espèce de salade de tomates, ou de patates pommes de terre je ne me souviens plus, dans un tupperware parce que c'était tout nouveau et soi-disant bien pratique  — si tu savais bien les fermer de sorte qu'ils demeurent étanches — ce que la mère n'avait évidemment pas bien fait de sorte que la sauce s'était répandue dans mon sac. Ce jeu de piste c'était vraiment formidable, c'était la grande aventure. Notre groupe était composé de deux sizaines, j'étais le second de l'une d'elles ce qui m'allait très bien, car je n'ai jamais trop aimé les responsabilités ni le pouvoir. J'ai toujours eu plus de goût pour les bordures, les marges et la solitude. Et puis notre sizenier, était un garçon raisonnable, pondéré, un bon élève de la classe, sérieux, et qui lui aussi lisait le journal de Tintin qui paraissait tous les mercredi, et ça quand même ça crée des liens. Il s'appelait Pascal Loiseleux et sur la photo de classe il est tout en haut à gauche. Il habitait  alors dans cette grande maison où je ne suis jamais entré — mais dont je me disais que cela devait être rudement bien d'y habiter — et que j'ai photographiée en 1996. À cette époque là France Gall avait seize ans et chantait « N’écoute pas les idoles » composé par Serge Gainsbourg. Cette première année à Biscarrosse, fut vraiment un enchantement. Il me semblait alors que le paradis était à portée de main, simplement à cause de l’omniprésence de la nature, mais aussi parce l’ambiance était beaucoup moins kakie que celle dans laquelle j’avais précédemment grandi. Et puis il y avait la présence de l’océan tout près, les senteurs d’iode et de pin, tout un univers olfactif que j’ai retrouvé ces deux dernières semaines passées sur un autre bord de mer et qui m’ont ramené vers les rivages de cette enfance. (Linked with the weekend in black and white

jeudi 13 août 2020

Nu au rideau


Voilà,
avais-je en tête un certain cliché d'Edward Weston lorsque j'ai pris ou tiré cette photo, il y a longtemps, très longtemps au siècle dernier, ou bien est-ce un tropisme inévitable pour qui se pique de photo, de jouer avec les ombres d'un rideau sur un corps, comme l'a fait Alvarez-Bravo, et aussi Man Ray et sans doute bien d'autres. Je crois, bien que je n'en sois pas tout à fait certain, que cette photo a été prise chez Moli, comme nous appelions, (du nom abrégé de Molinario son ancien propriétaire) cette maison du belvédère que les parents d'Agnès avaient achetée en 1973, et qui fut cet été là, la maison où nous nous retrouvions entre jeunes : il y avait Delphine, Agnès, Pierre qui ressemblait à Neil Young, Barbara, Anthony, Jérôme et Amélie Mistler qui passaient de temps à autre. Parfois, plus petite que nous, Valérie, fille et sœur de comédienne, et qui l'est devenue venait créer des petits spectacles à notre intention (Il y a quelques mois, j’en ai vu un fort beau qu’elle a écrit et réalisé comme quoi des vocations viennent de fort loin). Ce fut l'été de mes dix-sept ans, un bien bel été.

lundi 10 août 2020

Rêverie à la Fondation Vuitton


Voilà
apprendre créer 
m’abandonner à des sensations nouvelles me confronter à des complexités jusque là ignorées
tel est mon premier besoin et sans doute aussi mon unique désir
un rempart contre la peur et la solitude aussi
Mais quoi qu’il en soit je m'effacerai de ce monde
sans en avoir compris grand chose

mercredi 5 août 2020

Sursitaires


Voilà
donc la planète brûle, la pandémie s’étend
on s'interroge sur l’heure de la marée
Masqués on joue à cache-cache avec la peur
essayant de ne pas trop songer au lendemain
puisque tant de signes désormais nous rappellent notre condition de sursitaires

dimanche 2 août 2020

Histoires de Guignols


Voilà,
Le Guignol Guérin est la plus ancienne famille de marionnettistes Guignolistes de France, toujours en activité. Depuis 6 générations, à Bordeaux et partout en France, la famille Guérin propose des spectacles et des pièces de théâtre dans la pure tradition du répertoire lyonnais. Ces photos prises au Parc bordelais il y a quelques jours, lors de mon passage dans cette ville ont quelques chose de désuet et de si anachronique que cela en paraît presque absurde. Août commence sans que je ne puisse me déprendre d'une vague inquiétude comme souvent à cette époque. J'aimerais avoir ce détachement de Kafka, qui le 2 Août 1914 notait dans son journal "La Russie déclare la guerre à l'Allemagne. Après-midi piscine".   
Sinon, j'ai vu qu'un blockbuster intitulé "Greenland" allait bientôt sortir en France. Une histoire d'astéroïdes qui s'écrasent sur terre. Etrange, cette fascination américaine pour les fictions apocalyptiques. Aucune autre société contemporaine n'a une telle appétence pour la violence et la destruction. Pourtant, on est là-bas déjà en plein film d'horreur, et l'astéroïde leur est déjà tombé dessus, il y a un peu moins de quatre ans, comme l'avait constaté le journal allemand "Der Spiegel". Dans les films il y a toujours un héros solitaire, un super Jesus Mc Gyver, capable de sauver l'Amérique sinon le monde de la catastrophe. Dans la réalité, les américains sont incapables de se débarrasser d'un malade mental qui ne veut pas que le monde lui survive et auquel ils ont précisément confié leur destin. A se demander si Dieu bénit vraiment l'Amérique. Mais il est vrai que c'est aussi une fiction qui justifie bien des folies. Il existe en français une expression "faire le guignol" qui signifie "amuser les autres volontairement ou non". Mais le guignol qui gouverne la première puissance occidentale n'amuse plus. On songe plutôt à Shakespeare. "C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles"...
 
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samedi 1 août 2020

Jeune visiteur au Musée de l'Homme


Voilà,
une de ces photos de cet été 2018 où pour la première fois, je n'avais pas du tout quitté Paris, sans doute par manque d'argent, mais aussi par flemme, parce que finalement je trouvais aussi bien d'être chez moi à ne rien faire en restant au frais dans un appartement aux volets clos, par ces temps de grande chaleur. J'avais visité des musées parisiens (me réjouissant que certains aient l'air conditionné, comme le nouveau musée de l’homme) je m’étais baladé, intra-muros et dans quelques endroits de l'Ile-de-France, j'avais pris beaucoup de photos, oui beaucoup. Pas toujours intéressantes, mais tout m'intriguait. C'est à se moment là qu'ont commencé à se propager de façon insistante dans la presse les premières analyses sur l'Effondrement et que le terme de collapsologie encore relativement confidentiel s’est propagé plus largement. Cet été là, fut celui la tardive prise de conscience par les médias des perturbations climatiques en cours et de toutes ses implications, à moins que ce soit précisément à ce moment là qu'ils ont réalisé que cela pouvait faire vendre. Je me souviens de cette carte des températures début Août 2018.


Pourtant l'hiver précédent les températures en Arctique avaient été de 30° supérieures aux normales saisonnières et l'été austral lui aussi particulièrement chaud (faiblement en comparaison de celui de 2018-2019), sans qu'on en fit pour autant les gros titres. Non, je crois qu'à l'époque on parlait en France, surtout des querelles autour de l'héritage de Johnny Hallyday, et du mercato concernant Neymar. Bref, j'ai pensé à l'avenir de ce jeune homme qui semblait si absorbé dans son observation. je crois qu'il était étranger, américain, mais je n'en suis pas certain. Deux ans plus tard, on ne peut pas dire que les choses se soient particulièrement arrangées sur le plan climatique. Cette année en Juin, il a fait 38°C en Sibérie. pourtant c'est autre chose qui préoccupe le monde. La récession liée au covid, la pandémie qui n'en finit pas, les migrants qui continuent de s'échouer au sud de l'Europe. Tout semble si précaire. Sans lendemain et l'avenir si imprévisible. Cette année je vais de-ci de-là. J'ai l'impression de faire ma tournée d'adieux. Il n'y en aura pas pour tout le monde.

mardi 28 juillet 2020

Madère


Voilà,
Je ne me souviens plus du village, mais c'était au centre de l'île de Madère, les guirlandes tendues au dessus de la rue ajoutaient de la couleur au bleu du ciel. Il faisait très chaud. Ce qui me manque à présent lorsque vient l'été, c'est ce sentiment d'insouciance que je pouvais éprouver en d'autres temps. Mais je suppose que cette sensation est assez communément partagée désormais. (Linked with Our world Tuesday)

dimanche 26 juillet 2020

Liste des douleurs


Voilà,
les réveils ne sont jamais fameux. Trop de terreurs macèrent dans la nuit. Les anciennes suintent, de plus récentes suppurent. Le tout bien fétide. C'est cela sans doute vieillir. On ne s'y fera jamais, à cette réalité, et aux désagréments qu'elle suscite. Évidemment il faut bien finir, c'est dans l'ordre de la nature. Mais rien ne dit qu'on finira paisiblement, c'est cela qui taraude. Et toutes ces douleurs qui deviennent le noyau du monde. La fulgurante qui surgit parfois partant de la cheville et remontant dans le mollet. Celle comme un poing enserrant le cœur. L'autre comme une boule d'épingles appliquée à la surface de la peau. Et puis le nœud de fil de fer barbelé qui bouge tout seul à la racine du pouce. Le minuscule et dense brasier de feu froid irradiant dans le biceps. Et aussi la térébrante qui telle un canif fouaille dans l'entraille. Et celle pareille à un nid de guêpes au creux de l'aisselle. Et encore l'urticante et vive comme un jet de venin qui remonte le long de la moelle épinière. Sans compter ce minuscule caillou irradiant la mâchoire de ses piqûres. Ou ce vide étourdissant parfois dans la tête comme si le cerveau n'était plus qu'un grand courant d'air. La plus récente, irradiant depuis l'aine qui endolorit la jambe au point de rendre la marche pénible. Alors tenir le mur, s'accrocher à la rampe. Du vacillement permanent, faire une aventure. Et toutes les autres infimes innombrables, les fugitives, étoiles filantes, météorites... Parfois cette peur d'être malade sans le savoir. Parce que tout de même ce n'est pas possible ce n'est pas ça être en bonne forme. Se rassurer, penser à tous ceux qui n'ont cessé de se plaindre, tiens Michaux par exemple, qui malgré tout avait une mauvaise santé de fer. C'est aussi que, il n'est plus de semaine qui n'instruise de la maladie de l'un, du décès de l'autre. Le réseau social devient une putain de gigantesque rubrique nécrologique. Le téléphone un pourvoyeur de sinistres nouvelles... On passe plus de temps à rédiger des condoléances que des billets d'humeur. Et ce qui n'était qu'une abstraction une vague idée qu'on repousse à plus tard, encombre désormais. On a du mal à trouver la légèreté. Particulièrement au cœur de l'été. On voudrait bien pourtant. On se dit qu'il faudrait mettre des couleurs un peu plus chaudes dans la maison. On écoute de la disco des années soixante dix. On dansotte tout seul mais le souffle se fait court et le cœur n'y est pas. D'ailleurs il fatigue, lui aussi.
Et  désormais, cette épidémie qui relègue aux oubliettes tout le reste. C'est masqué que nous allons à notre fin.
Quel rapport avec la photo ?
J'ai lu, il y a peu, que l'écrivain Charles Dantzig avait déjà pensé à son épitaphe  : "Un taxi m'attend".
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vendredi 17 juillet 2020

Les visages me manquent


Voilà,
en fait, ce n'est pas simplement que je tenais alors à entreprendre une série sur les gens en train de photographier, c'est aussi que je trouvais cette fille plutôt belle et que j'aimais bien aussi ce premier plan avec l'homme de dos, et l'image sur son écran. À l'époque, il y a douze ans, il n'y avait pas encore beaucoup de smartphones, plutôt des appareils numériques. J'ai le souvenir que c'était au Centre Georges Pompidou, mais je ne sais plus à l'occasion de quelle exposition. Aujourd'hui, dans les musées, les visages disparaissent derrière les masques, et ils me manquent. Il est au demeurant possible que cette photo appartienne désormais à un passé tout à fait révolu.
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jeudi 16 juillet 2020

Sous le ciel de Bourgogne


Voilà,
ces derniers temps, en regardant le ciel de Bourgogne – une Bourgogne devenue presque sèche et aride –, je me faisais la réflexion que je n'avais pas résolu l'équation "comment être positif et lucide à la fois".  Je songeais qu'en ces temps moroses il me faudrait apprendre à être futile et léger, à ne pas m’appesantir sur les périls qui menacent l’humanité, puisque désormais on en parle même à la radio — sans pour autant que cela parvienne vraiment aux oreilles des politiques et des industriels — ni m’attarder sur les trop nombreuses injustices qui se donnent à voir et à entendre et qui, tôt ou tard, entraîneront, comme c'est actuellement le cas au Liban, l'explosion des cadres sociaux.
Ou alors le faire avec humour, mais c'est plus difficile quand on a soi-même fort peu d'espoir d'en réchapper.  Tout ça parce que je constate de plus en plus, en lisant les billets de mes correspondants de blog un peu partout dans le monde que, cette pandémie a sérieusement entamé le moral des uns et des autres. Il n'est guère que du côté de Perth, ou en Nouvelle-Zélande qu'on ne déprime pas trop. Il est possible que le statut d'île ou de ville la plus isolée du monde atténue la rumeur du monde. On recommence d'ailleurs à jouer au rugby dans les stades néozélandais (à mon plus grand plaisir d'ailleurs, puisqu'il est possible de les voir en streaming), et là-bas, faute de matches internationaux, on s'apprête à une rencontre entre l'île du nord et celle du Sud, qui semble sous ces latitudes, un événement considérable. Pour moi aussi. Ça sera comme voir jouer les All blacks contre les All blacks.
 Donc, j'en étais là ce matin de mes réflexions,  lorsque j'ai vu passer le message d'un certain Thierry Janssen que mon ostéopathe a relayé sur son réseau social : "Plus le temps passe, plus j’éprouve un malaise face à ce qui est en train de se passer dans le monde. Mon instinct d’être humain me dit que quelque chose ne tourne pas rond. Il y a comme une menace et celle-ci n’est pas due à un virus. C’est comme si nous étions déconnectés de notre bon sens, déviés sur un chemin qui nous éloigne de la Vie, privés du droit de réagir avec la vitalité qui a sauvé l’humanité de bien des mauvais pas par le passé, réduits au statut d’automates auxquels il est défendu toute créativité. La résignation se répand dans les populations, elle nous conduit droit vers la dépression psychologique et physique. Tout cela n’est pas bon pour notre système immunitaire. Nous sommes fragiles. Étant d’une nature profondément optimiste, j’hésite à partager ce que mon corps me dit... car il s’agit bien de mon corps et non pas de mon mental... Ne sentez-vous pas, vous aussi, la mort qui plane au-dessus de nos têtes?"Je l'ai donc relu plusieurs fois. Heureusement que le type se prétend optimiste.
J'ai repensé au "Congrès de Futurologie" du génial Stanislas Lem. En voici un extrait : "Récemment,  Science News avait brièvement mentionné l'apparition de nouveaux psychotropes du groupe dit des bénignateurs (ou bonines) capables d'imposer à notre psychisme une gaieté et une sérénité sans objet. Mais oui ! Je revoyais encore cette notice avec les yeux de l'esprit. Hédonidol, bénéfactorine, empathiane, euphorasol, félicitol, altruisane, bonocarésine et toute une série de dérivés..."
Bon, je vais peut-être faire un tour à la pharmacie. (Linked with skywatch friday)
Ou écouter un air de Count Basie.

mardi 14 juillet 2020

Drôle de sensation



Voilà,
"si je me souviens bien, j'étais toujours sur le qui-vive dans ce quartier. L'autre jour, je l'ai traversé par hasard. J'ai éprouvé une drôle de sensation. Non pas que le temps avait passé mais qu'un autre moi-même, un jumeau, était là dans les parages, sans avoir vieilli, et continuait à vivre dans les moindres détails, et jusqu'à la fin du temps, ce que j'avais vécu ici pendant une période très courte." Patrick Modiano. "L'Herbe des Nuits". (linked with Paris in July)

vendredi 10 juillet 2020

Et je vais, j'avance, je marche au hasard





Voilà
"Et je vais, j'avance, je marche au hasard. Rien dans mes mouvements (je remarque ce que les autres ne remarquent point) ne trahit dans l'observable, l'état de stagnation dans lequel je me trouve. Et cet état d'absence d'âme, qui serait commode, étant opportun, chez quelqu'un se trouvant étendu ou confortablement assis, est singulièrement incommode, et même pénible, chez un homme en train de marcher dans la rue.
C'est une impression d'ivresse à force d'inertie, de soûlerie sans joie, ni en elle-même ni dans sa source. C'est une maladie qui ne rêve même pas de convalescence. C'est une mort gaie" Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité". (Linked with the weekend in black and white )

dimanche 5 juillet 2020

La liste de quelques pochettes de disques

 

Voilà
je continue avec une autre liste. C’est une expression tout à la fois de la futilité et de la paresse. Ça me va très bien. Cette fois-ci ma liste des pochettes de disque préférées. J’aurais adoré réaliser une pochette de disque dans ma vie. J'ai essayé à une époque. Dans les années quatre-vingts. Sans succès.
Half mute de Tuxedo Moon parce que j’ai trouvé alors très fort ces figures inspirées du constructivisme sur ce fond d’aquarelle. En plus l’album est génial
Flying lizards. Acheté sensiblement à la même époque que le précédent. A cause des xérographies au format cartes postales comme celles que je réalisais alors. J’avais acheté le disque sans l'écouter juste pour la pochette. Et je l’avais beaucoup aimé. En plus il était en vinyl blanc
La pochette de "Drums and wires" d’XTC. Un pur chef d’œuvre de graphisme. Et aussi un superbe album
L’album "Fear of music" des Talking Heads. Avec son papier gaufré noir impossible à reproduire sur l'écran
"Sticky fingers" des Stones par Andy Warhol. Je l’ai avec une vraie braguette !!!
Celle du Off the coast of me le premier album de Kid Creole and the Coconuts pour ce qu’elle apportait d’exotisme de pacotille dans la grisaille des jours parisiens et pour la nonchalance du morceau qui donne son titre à l'album
la pochette de One step beyond premier LP de Madness, à cause de la jeunesse perdue 
Celle d'Abraxas de Santana, sur laquelle on pouvait passer beaucoup temps à explorer les détails quand on avait un peu trop fumé
Celle de l’album  5 de soft machine dont j'ai déjà parlé avec le chiffre noir sur fond noir, remarquable travail de graphisme et d'impression, principe réutilisé plus tard par Art Spiegelman pour la couverture du new-Yorker après l’attaque terroriste sur New York  et la destruction des Twin towers
Celle du premier album des B52's à cause du jaune et des silhouettes des membres du groupe retouchées en à-plats de couleurs, et pour la futilité dansante. Et d'ailleurs la chanson 52 girls n'est elle pas une liste ?
Celle du premier album de Cure, avec l'aspirateur contre le frigidaire, que je trouvais délicieusement prosaïque et banale. Et aussi à cause de la typographie du nom du groupe qui n'a jamais changé
Tarkus d'Emerson Lake and Palmer que j'avais acheté d'occasion à dix-sept ans,  pour la vivacité de certains souvenirs associés à cet album, en dépit du surréalisme de pacotille qui frôle le kitsch et
le mauvais goût.
Who's next j'adore ce montage en dépit du mauvais goût certain de l'image
Breakfast in America pour son côté rétro et sa citation des années cinquante, et parce que beaucoup de bons et de moins bons souvenirs me lient à ce disque et à un certain été 79 qui fut éprouvant à bien des points de vue et aussi très fécond sous d'autres aspects.
Meddle de Pink Floyd qui représente un gros plan d'oreille plongée dans l'eau, et m'évoque irrésistiblement une certaine chambre
Close to the edge à cause de ce magnifique dégradé de vert réalisé à l'aérographe, et aussi à cause du lettrage neo-psychédélique aussi. Je me souviens qu'à l'époque j'aimais beaucoup les dessins de Roger Dean qui illustrait leurs pochettes. Et puis même si de nombreuses connaissances considèrent que c'est une faute de goût j'adore cet album qui m'a beaucoup fait planer en dépit des textes pseudo poétiques lourdingues. Et ce disque me fut offert pour mes vingt ans par un être cher.
Penguin Café Orchestra, parce que j'aime ce genre d'image surréaliste, et j'adore les pingouins, le mot pingouin me ravit, — et dans ces exercices de théâtre à la con où il s'agit de s'identifier à un animal, j'adorais faire le pingouin, c'est très facile pas fatigant et particulièrement efficace je peux faire ça pendant des heures — et puis cet ensemble orchestral délicieusement british me ravit.
Ummagumma à cause de l'image dans l'image dans l'image
Weasels ripped  my flesh des Mothers of invention avec ce dessin représentant un homme qui se rase avec une belette
"Wish you were there"  réalisée par Storm Thorgerson avec l'homme d'affaire qui serre la main d'un autre en train de brûler
allez je m'arrête là, même si c'est ce dont on est le plus sûr il n'est jamais bon de réveiller certains souvenirs 
(Linked with monday mural)

mercredi 1 juillet 2020

Nouvelle maladie mentale


Voilà
"Est-ce que l'anticonformisme et le franc-parler sont une maladie mentale ?
Selon la dernière édition du DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) il semblerait que oui.
Rappelons que le DSM est le manuel publié par l'association américaine de psychiatrie décrivant et classifiant les troubles mentaux. Il est de plus en plus utilisé dans le monde entier pour diagnostiquer les maladies mentales.
Rappelons aussi qu'à chaque nouvelle édition, il y a des dizaines de ces nouvelles maladies. Sommes-nous en train de devenir de plus en plus malades ? Est-ce qu’il devient plus difficile d’être en bonne santé mentale ? Les auteurs du DSM-5 déclarent que c’est parce qu’ils sont plus à même d’identifier ces maladies aujourd’hui.
Étrange coïncidence on a constaté que très vite, après chaque parution du DSM, de nouveaux médicaments apparaissaient qui comme par hasard soignaient ces nouvelles maladies. 
Donc ce manuel a identifié une nouvelle maladie mentale appelée « trouble oppositionnel avec provocation » ou TOP. Cette maladie est définie comme un « schéma continu de désobéissance, d’hostilité et de provocation » et les symptômes incluent la remise en question de l’autorité, la négativité, la défiance, la contradiction. Et aussi le fait d’être facilement agacé, comme cette dame aux cheveux blancs qui fixe l'objectif.
Souvenons nous juste qu'au temps de l'Union Soviétique on incarcérait les opposants politiques dans des hôpitaux psychiatriques.
(linked with the weekend in black and white)

mardi 30 juin 2020

Tour de France


Voilà,
le Tour de France aurait du commencer samedi dernier... Cela fait partie des choses qui rythment la vie de ce pays, et relèvent en quelque sorte de notre folklore national. Un été sans tour de France c’est, dirait Leonard Cohen, «comme un tiroir sans opium, comme un œillet d’Inde transformé en vulgaire marguerite». Les derniers étés sans tour de France advinrent pendant l’occupation nazie. C'est à ce genre de détails que l'on comprend l'ampleur de la crise que nous traversons. Je ne suis pas particulièrement passionné par le cyclisme, mais les étapes de montagne, par exemple ont toujours quelque chose de fascinant. Je me souviens de l'été 1967 à Biscarrosse qui fut celui où j'appris à faire de la voile avec la fille et le gendre de nos voisins qui possédaient un petit Jeanneau ammarré à Port Maguide sur le lac de Sanguinet. Un jour dans la voiture (une très vieille Mercédès qui possédait un autoradio), alors que nous revenions d'une journée sur le lac nous apprîmes la mort  du cycliste Anglais Tom Simpson sur les côtes du mont Ventoux, dûe à une overdose de produits dopants. Je me souviens aussi de mois de juillet 1972 à Paris, où je regardais le duel entre Eddie Merckx et Luis Ocana en mangeant des pop corn que je m'étais préparé, dans l'appartement de l'école polytechnique que j'avais pour moi tout seul puisque mes parents travaillaient et que mon jeune frère était chez sa nourrice. Et depuis il m’est souvent arrivé de suivre ces étapes de montagne à la télévision. Même si l’on sait que la plupart de ces coureurs sont dopés à mort, le spectacle de la souffrance qu’ils s’infligent à l’assaut de certains cols demeure attrayant. « Du pain et des jeux », le vieil adage romain reste actuel. Néanmoins, de grands auteurs comme Albert Londres ou Antoine Blondin ont écrit sur cette épreuve chantant la geste de ses martyrs et de ses héros, contribuant ainsi à lui donner des lettres de noblesses, ce qui dans un pays autrefois si épris de littérature n’est pas rien.
Plus tard dans ma vie, j'ai rencontré des gens qui passaient leurs vacances l'été dans les Alpes afin de pouvoir assister aux étapes de montagne. Ils avaient même dans leur salon une assiette à l'effigie de Raymond Poulidor, l'éternel second du tour de France. Pour ma part je n’ai, enfant, jamais beaucoup possédé de ces figurines de cyclistes. Je leur préférais les voitures de courses de la marque Dinky Toys, même si les premières que je me suis achetées était de la marque majorette. Il est possible que j’ai déjà évoqué cet épisode. Je me rappelle que lorsque nous allions à Bordeaux, Chez ma grand-mère qui habitait rue de la Devise, nous passions souvent au magasin de jouets de Maurice Verdeun (qui d’ailleurs était un ancien champion cycliste) dans ce passage couvert appelé je crois la galerie bordelaise. Elle m’offrait souvent une de ces miniatures. Aujourd’hui encore la vision d’une boîte jaune Dinky Toys continue de m’émouvoir. Elle réactive les convoitises qui me saisissaient alors devant certaines devantures.
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dimanche 28 juin 2020

Palais de la Porte dorée



Voilà,
il y a deux semaines j'avais publié la peinture murale de Pointe-à-Pître, commémorant un massacre perpétré par la police française en 1967. Aujourd'hui j'ai choisi de montrer des fragments des monumentales fresques de l'ancien Palais des colonies de la Porte Dorée, conçu et édifié pour l'exposition qui eut lieu en 1931 afin d'exalter "la mission civilisatrice de la France" dans les outremers et dont il reste encore quelques vestiges éparpillés dans le bois de Vincennes. Aujourd'hui reconverti en musée de l'histoire de l'immigration, le bâtiment abrite toujours ces scènes peintes, dans les années 30, par Pierre Ducos de la Haille, sorte de Puvis de Chavannes de la propagande colonialiste. On ne va pas épiloguer la dessus et ressasser les lieux-communs relatifs à cette période historique. Louis-Ferdinand Céline a, dans "Voyage au bout de la nuit" décrit avec suffisamment d'ironie et une implacable clairvoyance la réalité coloniale et la connerie des petits blancs venus tenter l'aventure en Afrique.
Néanmoins, ces fresques m'intéressent. Destinées à vendre de l'illusion, elles étalent les mensonges et les croyances des occidentaux de la première moitié de XXème siècle persuadés de leur supériorité sur le reste du monde et décrivent les outremers comme autant de lieux peuplés de gens n'attendant que la bonne parole de l'homme blanc. Ce vaste ensemble constitue une sorte d'iconographie de cette prétention à l'universalisme qui n'a jamais abouti. Il est possible que ces peintures murales soient un jour saccagées, parce qu'elles témoignent d'un passé désormais considéré par la plupart de nos contemporains comme honteux. Il y a quelques semaines on a bien barbouillé la statue de Voltaire au motif que ce dernier aurait tenu des propos racistes au XVIIIème siècle. 
Oui bien évidemment, esclavagisme et racisme sont indéfendables. Ils demeurent cependant ce qu'il y a de mieux partagé au monde et au cours des temps par tous les peuples et les civilisations de cette terre. Souvent sommaire, l'approche essentialiste, anachronique et moralisante constitue une forme de paresse intellectuelle, palliant bien des ignorances ; elle se refuse à mettre en perspective les événements et les pensées dans le temps long de l'histoire. L'époque a tendance à réfuter la complexité. Pour ma part je me méfie des iconoclastes. On commence à renverser des statues, on finit par brûler les bibliothèques. Quoiqu'il en soit, je n'oublie pas que j'écris ceci sur une machine sûrement assemblée dans une de ces gigantesques usines-casernes où s'échinent des cohortes d'ouvriers chinois soumis à des cadences infernales ni que la plupart des composants de cette machine proviennent de minerais dont les gisements sont creusés dans des conditions effroyables en Afrique et en Asie du Sud-Est. Je n'oublie pas non plus qu'un occidental tourmenté est quelqu'un qui a la possibilité de pouvoir encore s'accommoder de ses contradictions. (linked with monday mural)

Publications les plus consultėes cette année