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mardi 2 juin 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (23)

 
Voilà,
ça me revient : j'ai pris cette photo à la kermesse de la paroisse St Sulpice qui se tient rue Cassette, en général vers la fin du mois de Mai. J'aime y passer tous les ans, en dépit du fait que je sois un affreux mécréant.
 
ça me revient : la photo du "Hirschsprung im Hollental" sur mon livre d'allemand de sixième, le "Chassard & Weill".
 
ça me revient : en 1988, le dramaturge et scénariste Jean-Pol F., qui ordinairement vivait à Marseille était venu loger chez moi, et il avait vraiment tapé l'incruste plus que de mesure ne participant pas beaucoup aux frais parce qu'il était assez pingre de nature. Il ne cessait à l'époque d'écouter le premier disque de Tracy Chapman qui venait de sortir, celui ou se trouve le morceau "talkin' bout revolution".
 
ça me revient : lorsque "les shadoks" sont apparus à la télévision, j'adorais imiter la voix de Claude Piéplu, qui assurait le commentaire. Je me souviens que ces petites vignettes de deux à trois minutes avaient déclenché des réactions complètement disproportionnées. Il y avait les proshadoks et les antishadoks. Certains criaient même au scandale ne comprenant ni ne supportant cet humour absurde.

ça me revient :  ce prof de musique alors que j’étais en troisième qui nous avait fait écouter "Pacific 231" d’Arthur Honneger. De façon générale il voulait nous prouver que le rock que nous aimions, ou la musique pop, n'était pas si novateurs que cela. Il acceptait de diffuser en classe un morceau de notre choix, mais c'était pour aussitôt essayer de nous convaincre qu'il y avait plus de train chez Honneger que dans "big railroad blues" du Dead, plus d'audace chez Pierre Henry que chez Pink Floyd. Il avait certainement raison, mais sa tactique n'était pas très convaincante

Ça me revient : le sous-titre et le slogan du journal "Pilote" à la fin des années soixante et au début des années 70.  "Pilote mâtin quel journal". Mâtin était à l'époque une interjection vieillie déjà sortie du dictionnaire, exprimant en même temps l'étonnement et l'admiration. On le trouve dans "le dictionnaire des 100 mots à sauver" de Bernard Pivot, mais j'étais étonné qu'on ne trouve le slogan de Pilote en guise d'exemple;
 
Ça me revient : avoir été pris d’une violente crise d’angoisse un matin sur ma moto, lors d’un embouteillage rue du faubourg Montmartre parce que j’avais imaginé que la camionnette devant allait exploser

ça me revient : quand j’étais enfant alors que j’habitais à Chalons sur Marne, être allé voir avec mes géniteurs, le château de Godefroy de Bouillon près de Sedan

ça me revient : Proust écrivait dans la Recherche du Temps perdu : "Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables que celles que l’imagination avait formées et la réalité détruites".

ça me revient :  l'époque  où Joe Allen était le seul restaurant américain de Paris, qu'il n'y avait pas encore de Mac Do en France, et que le Harry's bar  était l'un des rares bar de nuit fréquentable avec le "rosebud" où l'on pouvait rencontrer des yankees pur jus

ça me revient  : lorsque j'allais parfois avec des adultes boire un verre à la caravelle dans la baie d'Ispe. Cet endroit me semblait alors paradisiaque ou plus précisément hors du temps.
 
ça me revient : les billets de Robert Escarpit dans le journal "Le Monde", lorsque je commençais à le lire et que Philippe Tiry appréciait particulièrement

Ça me revient : le slogan de publicité "tout à coup un inconnu vous offre des fleurs dans la rue c’est l’effet Impulse"
 
ça me revient : Agnès avait dans sa chambre un corail orange et aussi un tapas tahitien que son père avait acheté juste en face de chez eux, rue de Vaugirard à la mission des îles

ça me revient : avoir visité l’exposition sur les papiers collés de Matisse en étant fort contrarié, parce que juste avant de m'y rendre j'avais après avoir reçu de la part d’une amie un mail avec une pièce jointe qu’elle trouvait intéressante et qui n'était autre qu'une communication de l’ELNET un lobby pro-israélien critiquant la position du gouvernement français par rapport à la guerre déclarée à l'Iran par Israël et les Etats-Unis

ça me revient : un nom, Gérard Engelbach, c’était un ami d’enfance de Dominique, un poète qui écrivait des textes très délicats, que j’ai du croiser une ou deux fois, je m'en souviens comme d'un homme très courtois
 
ça me revient : dans les années soixante-dix un documentaire sur le varan de Komodo  qui s'appelait je crois "L'île des dragons" avait été réalisé par Maurice Ronet, l'acteur du feu-follet de Louis Malle et de nombreux autres films. je cois qu'il avait été diffusé à la télévision et il m'avait fort impressionné. C'est là que j'avais découvert l'existence de ces monstres quasi- préhistoriques

ça me revient : une amie m'avait raconté que lorsqu'elle était petite, ses parents, pour lui faire manger du lapin — idée qui la répugnait — avaient inventé un stratagème : ils lui disaient que c'était du "poulet américain". Bien des années après, elle en voulait encore à ses parents d'avoir ainsi trahi sa confiance

ça me revient, lors d'une pause de notre petit cabaret au théâtre de l'Athénée, elle m'avait suivi dans les rayons de la FNAC Saint Lazare Opera, où les vendeurs étaient de vrais disquaires très compétents, et j'avais acheté ce jour-là "Riverruns" de Toru Takemitsu, ainsi que aussi "Farewell to Philosophy" de Gavin Bryars, et aussi peut-être "the Repentant Thief" de John Taverner. Au retour à un carrefour, devant un passage clouté, elle m'a dit "Quand est-ce que tu m'embrasses ?". Je l'ai donc embrassée. C'était une fille déterminée.

ça me revient : j'ai dîné en Mai 1989 au Hilton de Manille avec Didier Flamand, Patrick Bauchau et Jennifer Beals. Au cours du repas, Bauchau nous avait parlé du cimetière chinois de Manille, nous encourageant à le visiter et aussi du petit livre vert de Khadafi qu'il avait récemment acquis dans une édition en anglais et dont il nous lut ensuite quelques pages dans sa chambre où nousétions allés boire un dernier verre. 
 
ça me revient, mais peut-être l’ai-je déjà évoqué, en 1976, j’ai participé au recensement national en tant qu’enquêteur et j’ai recensé Georges Franju qui habitait une petite piaule assez misérable quai des grands-Augustins. Il était très étonné que je sache qui il était
 
ça me revient les numéros des plaques d'immatriculation des voitures familiales de mon enfance 542HM51 et 711FR40 et aussi celle de l'Algérie dont je ne me souviens que de la fin... elles se terminait par K9E et je pensais toujours à neuf œufs de cane

ça me revient : Lucien Rosengart un musicien qui travaillait avec le metteur en scène Philippe Adrien avait paraît-il produit et enregistré un disque avec Anthony Braxton dans une église en France.
 
ça me revient Donald Campbell avait établi en 1964 un record de vitesse sur un lac salé en Australie, le Lac Eyre avec un véhicule aux formes étranges qui s’appelait le bluebird. Je l'avais lu dans le journal de Tintin
ça me revient quand j’étais enfant la chanson "le petit cheval" de Georges Brassens d'après un poème de Paul Fort me faisait pleurer

ça me revient le duo Fontaine et Areski aujourd’hui qu’Areski est mort. Je crois que sa tombe est prête depuis longtemps au cimetière du Montparnasse.

ça me revient quand je me réveillais chez M-A, j'aimais aller à la boulangerie de la rue Ramey et ramener du pain frais et de la fouace pour le petit déjeuner.  

lundi 1 décembre 2025

Un gant


Voilà,
Il n’a aucune prétention à être retrouvé. 
Il ne réclame pas sa place. 
L'air de vaguement insulter le monde, il repose à présent
 dans l’angle aveugle des choses qui ne reviennent pas. 
Il y a peu, il était encore dans l’hiver de quelqu’un.
L‘objet tombé, le poids d’une saison.
Enroulée dans de la fausse fourrure, juste une absence réduite à la forme tourmentée d’une main. Mais d'une main qui se donnerait des airs de tortue.
La fenêtre n’a rien retenu. Les gants les mouchoirs les promesses, même les gens la laissent indifférente. Son rebord non plus ne fait pas dans le sentiment. Il est rare que les murs compatissent. 
On oublie toujours. Les petites choses d’abord. Ensuite viennent les grandes
. 
J’imagine le froid mordant, 
le pas précipité,
 le cœur ailleurs.
 
Une distraction peut devenir une perte.

 On s’arrête parfois dans sa propre vie
 sans trop comprendre pourquoi et il vous prend soudain comme une terrible envie de pleurer.

vendredi 4 juillet 2025

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (19)

 
Voilà,
ça me revient 
j'étais au stade Charléty pour voir sur grand écran la demi finale de la coupe du monde 1998 opposant la France à la Croatie durant laquelle Lilian Thuram a marqué les deux seuls buts de sa carrière internationale. Je me souviens de la joie des guadeloupéens et guadeloupéennes présents. Et de cet inexplicable moment de grâce qui tenait du miracle
 
ça me revient ,
Une anecdote rapportée il y a longtemps par Philippe Tiry. Une compagnie bordelaise « Fartov et Belcher » du nom de deux personnages de Beckett avait du changer de nom, pour la programmation d’une tournée aux USA, parce que l’intitulé de la compagnie signifiait Pêteur et Roteur, et certains théâtres américains menaçaient de refuser d’accueillir une compagnie ainsi nommée 
 
ça me revient
dans les années 70 au théâtre, il y avait une imagerie récurrente dans bien des spectacles, celles d'hommes vêtus de noir avec des chapeaux melons et des parapluies
 
ça me revient 
Patrick Busignies, un jeune homme qui perdait progressivement la vue et qui venait souvent manger chez Philippe et Dominique vers 1974-75. Il était associé avec un groupe de gens et ils avaient créé le théâtre Essaïon dans une cave, située rue du Renard
 
ça me revient
enfin non, ça ne me revient pas, j'y pense souvent, à la gentillesse de Michel Jacquelin qui s'était mis en relation avec ma fille, parce qu'il avait eu la même maladie qu'elle, et qui l'appelait après chaque période critique de son traitement pour prendre de ses nouvelles.
 
ça me revient 
la sidération éprouvée à la lecture du livre de Jean Rouaud, "Les champs d'honneur" lorsque je suis arrivé à ces quelques pages de description de toutes les variétés de pluies qui peuvent tomber en pays nantais
 
ça me revient 
je possédais "L'astronomie populaire" de Camille Flammarion vers l'âge de 13 ans. Je crois que j'avais demandé à ma mère de me l'acheter à Arcachon, après une visite chez le médecin. C'était une de ces fois où j'avais simulé un terrible mal de ventre pour échapper à quelque composition de math
 
ça me revient
"Miroir du cyclisme" et "Miroir du football" des revues sportives dans le courant des années soixante. Plus tard j'ai appris que ces revues appartenaient à un groupe de presse proche du parti communiste, et qu'on y faisait des analyses marxistes du jeu. Ainsi considérait-on que la défense en ligne constituait l'acte progressiste alors que le catenaccio symbolisait "le fric pour ne pas perdre, soit le capitalisme le plus ordurier".
 
ça me revient  
Le Villars ce café en face du lycée Victor Duruy qui a depuis été remplacé par un "Monceau fleurs"

ça me revient
j'ai découvert l'existence du papier d'Arménie à 17 ans parce qu' Agnès en avait dans sa chambre
 
ça me revient 
une finale du championnat de France de rugby à l’époque où c’était encore un sport amateur que les joueurs du Racing avaient joué avec des nœuds papillons sur leur maillot et s'étaient fait servir du champagne à la mi-temps. Je crois que dans l'équipe il y avait Franck Mesnel et Jean-Baptiste Lafont (un joueur qui fut d'abord sélectionné chez les barbarians anglais, avant de l'être en équipe de France). Par contre je ne me souviens plus de l'année.

Ça me revient, 
la première fois où j’ai tiré directement de l’argent en devise locale avec une carte bleue. C’était à Hong Kong en 1989

ça me revient,
les réveils le matin à Londres lorsque nous étions venus avec Agnès passer des vacances dans la maison que sa sœur partageait avec des copains, au 41 Westbere road, dans le quartier de Kilburn. Quelqu'un posait le disque des doors sur la chaine et l’intro de "L’america" nous réveillait

Ça me revient 
lors de mon séjour en Guadeloupe à Gosier, j’achetai souvent de la boisson à l’Aloé vera à la boutique du chinois

Ça me revient 
comme c’était bon d’avoir seize ans et d’écouter "Exile on main street" des Stones. De la fenêtre de ma chambre, au loin on pouvait apercevoir le rocher des singes du zoo de Vincennes
 
ça me revient
il y avait un monsieur dans les années 80 et 90 qui venait voir les acteurs à la fin des spectacles pour qu'on lui signe des programmes, il connaissait le nom des acteurs ce qu'ils avaient fait il nous déclinait notre carrière
 
ça me revient 
le souvenir de Philippe Tiry chantant "l'alouette" pour nous faire rire
 
ça me revient
les noms bizarres entendus dans l'enfance, des collègues de régiments de mon père, et qui surgissent parfois comme cela Strapazon surnommé strapa, Lolivrel, Slivenski surnommé Sli, le capitaine Pompée en Algérie, le colonel Trébel
 
ça me revient 
ce prof de musique en troisième pour nous convaincre d'aimer autre chose que le rock nous faisant écouter "Pacific 231" d'Arthur Honneger, ou "variation pour une porte et un soupir" de Pierre Henry, alors que messe pour le temps présent aurait autrement suscité sinon notre adhésion du moins notre intérêt
 
ça me revient
dans la bibliothèque de Lestiou, il y avait un livre intitulé "Dieu est il français", publié dans les années trente. J'ai fait des recherches. Son auteur était allemand et s'appelait Friedrick Sieburg. Sous ce titre provocant l'auteur dresse un tableau pertinent de l'état moral et culturel des Français. Des études légères côtoient des réflexions sur le catholicisme ou le face-à-face France-Allemagne.
 
ça me revient 
il n'y a pas si longtemps j'ai vu un documentaire sur Pierre Boulez. C'est le seul homme qui en vieillissant a eu de plus en plus de cheveux sur la tête
 
ça me revient
dans la bibliothèque de mes parents les douze césars de Suétone et les pages concernant Caligula
 
ça me revient
la première fois — c'était au début des années 80, sur France-musique ou France-Culture — où j'ai entendu un enregistrement de musique javanaise du pays sunda, le début de ce disque précisément, de la collection "ocora musique du monde produit par Radio France". J'en fus saisi, et cela m'arrive encore souvent de le réécouter et cela me met dans un état de suspension tout à fait salutaire, cela touche une part de moi que je ne sais nommer,
 
ça me revient 
l’odeur du buis dans les jardins de la cité universitaire  en juin 1996 lorsque nous y répétions « la cerisaie de Tchekhov avec les metteurs en scène Margarta Mladenova et Ivan Dobchev pour les festival d’Avignon
 
ça me revient 
les camemberts de chez Barthélémy, un fromager situé au début de la rue de Varenne que Philippe ramenait de temps à autre rue de Vaugirard
 
ça me revient
c'est sous la halle du marché de Pau, à la fin des années 90 que j'ai découvert les pêches plates (paraguayo)  que j'adore et qu'on ne trouvait pas encore à Paris. 
 
ça me revient 
"locomotive d'or" de Claude Nougaro,  en 1973 un long morceau sur des rythmes africains, un truc complètement insensé qui durait 9 mn et qui constituait un tournant dans la discographie du chanteur, et que j'écoutais le soir sur mon magnétophone , c'était l'année de l'amour, l'année de la vie enfin, l'apprentissage de la liberté et de l'émancipation intellectuelle
 
ça me revient 
la fête pour les 19 ans de Laurence qui est née avec l'été. De la sangria avait été servie dans des pastèques. Le jour même j'avais passé l'oral de mon bac français au lycée Camille Sée.
 
 
ça me revient 
la boutique "Crabtree & Evelyn" boulevard St Germain, non loin de chez Lipp, avec une vasque pour pouvoir se laver mains et poignets après avoir testé crèmes et parfums. J'ai appris il y a peu que le nom de l’enseigne  désignait deux botanistes anglais du XVIIIe siècle (George Crabtree et John Evelyn) Rien que de voir une ancienne bouteille, cela me procure la même senstion que lorsque je vois une boîte de Dinky-toys 
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

mercredi 28 mai 2025

vendredi 11 avril 2025

Autos tamponneuses

Voilà,
cette photo prise à Saint-Gengoux-le-National, Bourgogne en mai 2022 n'est certes pas d'une actualité brûlante, mais les manèges déserts dans les fêtes foraines de province dégagent une mélancolie teintée d’ennui. Cela me fait penser à cette réflexion de Pessoa : "L’ennui… C’est peut-être, au fond, l’insatisfaction de notre âme intime, à laquelle nous n’avons pas donné de croyance, l’affliction de l’enfant triste que nous sommes, intimement, et auquel nous n’avons pas acheté son jouet divin. […] Oui, l’ennui c’est cela : la perte, pour l’âme, de sa capacité à se mentir, le manque, pour la pensée, de cet escalier inexistant par où elle accède, fermement, à la vérité." 

lundi 17 février 2025

Au milieu de la nuit


 
Voilà,
de plus en plus souvent je me réveille au milieu de la nuit avec la sensation d’être passé à deux doigts de la mort, d’avoir senti comme une force intérieure qui voulait me happer m’aspirer dans une sorte de gouffre, d’absence sans contour. Tôt ce matin, c’était très étrange. Dans mon rêve je lisais un texte vraiment bizarre que je prononçais à mesure que les mots apparaissaient. J’avais la sensation d’être particulièrement juste dans mon interprétation et que je ne pourrais pas faire mieux. En même temps je m’apercevais que ce texte racontait ma propre fin que j’étais en quelque sorte en train de la commenter. Je me suis réveillé, désolé d’être confronté malgré moi à des pensées morbides. Il m’arrive de penser parfois que mon cerveau est en train de me préparer à quitter ce monde à plus ou moins brève échéance. Cela me contrarie un tantinet bien sûr, mais tant qu’à faire ça serait somme toute pas mal que cela se passe comme ça. Que la mort me cueille sans souffrance et que je me déploie dans une fugace et très légère surprise.
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dimanche 19 janvier 2025

Pêle-mêle avec miroir

Voilà,
pourquoi je tiens encore ce blog. Parce qu’il me permet d'écrire comme ci ou comme ça, sans contrainte de style de genre ou de sujet. Parce que je peux y proposer des images de nature et de facture différentes. Parce qu'il m’offre la possibilité de ne pas m’en tenir à une seule identité ou une seule forme d’expression. Parce qu’il est un terrain d’expérimentation où je peux raisonnablement m'extérioriser en étant relativement protégé. Parce qu'il y est loisible d’être indifféremment grave ou futile. Parce qu'il me contraint à formuler ce qui me passe par la tête (d'autres font des sports cérébraux comme les mots croisés). Parce qu'il m'offre en outre l’opportunité d’échanger  parfois avec des inconnus. Parce qu'il renvoie une image multipliée fragmenté de ce que je suis. Parce que cela me donne l'illusion d'être encore en lien avec ce monde.
"Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort" écrivait René Char. Il en va de même pour ces photos et aussi ces images dessinées ou trafiquées que j’accumule depuis quinze ans sur ces pages. Elles transforment le rapport que j’ai avec le monde. Elle ne racontent rien de particulier. Elles ponctuent des moments de réflexion, parfois, mais aussi des moments de vide, de songerie.
 


Ceci dit, je suis de moins en moins inspiré, et les brouillons qui s’accumulent n'offrent pas grand chose de nouveau. J’ai beaucoup ressassé. Ce sont toujours les mêmes obsessions, les mêmes terreurs et je me lasse de tout ça. En outre l’humour et la dérision semblent m'avoir quitté. Toutefois, je constate aujourd’hui que nombre de lecteurs ou de personnes de mon entourage qui me trouvaient autrefois pessimiste  — quand il me semblait n’être que lucide —, écrivent à présent des choses bien plus sombres que je ne l'ai fait. Je ne devais pas être tout à fait à côté de la plaque. Il est vrai que le futur immédiat est plus anxiogène que jamais pour ceux de ma génération. Que ce soit sur le plan politique, géostratégique, ou écologique. On s'apprête vraisemblablement à vivre des temps étranges.



Au lendemain des élections américaines David Lynch avait constaté dans une vidéo "what a great time to be alive if you like the theater of absurd. La mort l'a pourtant surpris avant le lever de rideau. On se rappellera simplement ce proverbe turc "when a clown moves into a palace he doesn't become a king, the palace becomes a circus". Nous en savons déjà un peu quelque chose dans ce pays où je vis.

 
En fait j'envie l'ami Pierre toujours prompt à imaginer une histoire ou Christine qui  chaque jour agence avec délicatesse un nouveau poème et une image apaisante, ou bien encore Bill qui quotidiennement dépose une vision enchanteresse de paysage. Tous regardent le monde avec sollicitude et soin y ajoutant un peu de beauté. Comme Agathe qui dans son paradis, fait dialoguer entre eux les objets et crée d'oniriques compositions. Mais pour ce qui me concerne l'imagination me fait de plus en plus défaut. 
 
 
 
Tout me paraît flou, incertain. J'essaie de composer des images qui rendent compte de cet état. Cependant ces tentatives me satisfont moyennement. Pas grand chose pour me stimuler ces derniers mois. Je subis le contrecoup de tout ce que j’ai du refouler entre Octobre et Avril. En fait ce qui est désagréable, c'est que désormais la mort approche. Et qu'elle se précise dans un monde tourmenté, traversé d'idées sales et d'affects troubles et malsains qui ne manquent pas de m'éclabousser. Bon, je ne suis pas complètement dépressif, ça ne m'empêche pas d'être futile, d'aller au cinéma, aux expositions, de regarder le rugby à la télévision et parfois au stade avec ma fille. Pendant ce temps là, je ne pense pas aux douleurs nouvelles.
shared with  mosaic monday

vendredi 10 janvier 2025

Flânerie et perplexité

 

Voilà,
dans ce jardin désert, devant cette ligne sinueuse de bancs, je songeais — peut-être à cause des douleurs nouvelles, des symptômes inexpliqués et troublants — qu'à plus ou moins brève échéance, viendra un temps où je ne porterai plus aucun regard sur les choses, que je ne serai plus au monde. 
C'est dommage, parce que j'aime bien m'y promener dans ce monde, j'aime bien y flâner. J'aime bien y distinguer et en retenir des détails qui paraissent insignifiants. Un rien m'y surprend, ou du moins suscite mon intérêt. J'aime bien m'y poser des questions. 
Par exemple dans ma flânerie, longeant cette allée je m'étais en même temps demandé, si le deuxième théorème d'incomplétude de Gödel dont un ami, quelques jours auparavant, m'avait longuement parlé, pouvait laisser supposer que, étant donné que les ordinateurs sont essentiellement des systèmes formels, ils auraient donc toujours des limites fondamentales dans leur capacité à résoudre certains types de problèmes ou à formaliser toutes les vérités mathématiques. 
Le matin même pourtant j'avais entendu à la radio qu'une étude réalisée par des chercheurs allemands avait conclu que l’IA était capable d’identifier un whisky avec plus de précision que des experts. 
Bref, dans la grisaille et dans le froid le cerveau suggérait bien des motifs de perplexité.

dimanche 22 décembre 2024

Tout fuit

 
 
Voilà
"Je ne pleure pas la perte de mon enfance ; je pleure parce que tout, y compris mon enfance, se perd. C'est la fuite abstraite du temps – et non la fuite concrète du temps qui m'appartient – qui me meurtrit, dans mon cerveau physique" Pessoa (L.I. 266)

lundi 2 décembre 2024

Projet modeste

 
Voilà,
quel bonheur d'entendre Mélodie Gardot, qui parle un français parfait. Interviewée lors de l'émission du matin de France-Musique, à l'occasion de la parution d'une compilation elle évoque ses vingt ans de carrière. C'est une pause après les informations du matin alarmantes, les messages laissés sur des réseaux sociaux par des amis vivant à Beyrouth, les nouvelles des États-Unis, avec les nominations de l'administration Trump, qui vues d'ici paraissent absolument délirantes, la chute annoncée du gouvernement en France, et la crise de régime inédite sou cette constitution, la progression de Al-quaida en Syrie, la rupture des équilibres politiques sur la planète... 
Dans la nuit j'avais repensé au journal intime de L.S. parcouru il y a quelques mois à l'IMEC. Elle y faisait de longs développements sur l'invasion de l'Abyssinie par les italiens en 1935, des analyses géopolitiques passionnantes sur la SDN et les positions des puissances européennes. Elle livrait sa perception des événements qui bouleversaient alors le monde, se prêtant parfois à quelques prédictions qui ne se sont pas vérifiées. Cela m'avait paru étrange, toutes ces pensées à soi-même, à presque un siècle d'écart, avec la sensibilité de l'époque et le mode de diffusion des nouvelles de ce temps. Aujourd'hui l'information est partout, en temps réel, un événement chasse l'autre, de sorte que l'on vit sans possibilité de recul dans un perpétuel présent. Et que toute chose passée semble très vite lointaine. La crise du Covid si exceptionnelle par son ampleur, sa singularité et son impact stupéfiant semble rétrospectivement anodine et lointaine sauf sans doute pour ceux qui ont eu à en souffrir directement, ou qui furent au cœur de l'événement. Pourtant que de choses se sont dites alors, en particulier sur les réseaux qui faisaient souvent fonction de journal extime. Et que n'a-t-on lu. Plus rien ne serait pareil. Une prise de conscience s'opérait. Foutaises.
Ces derniers temps, je ne peux m'empêcher des rapprochements absurdes, même si je sais bien que jamais l'histoire ne se répète exactement à l'identique. Je m’interroge (je ne dois pas être le seul). Sommes nous plutôt en 1936 en 1938 ou 1939 ?  Car de plus en plus de voix nous promettent la guerre pour bientôt. On verra bien. La marche du monde m'intéresse de moins en moins. Je n'y ai quasiment plus cours. En ce qui me concerne, je n'ai que des projets modestes pour les mois qui viennent.
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mardi 19 novembre 2024

Quitter à présent toutes ces choses confuses


 
Voilà
"Quitter à présent toutes ces choses confuses

tout ce que nous possédons et qui pourtant ne nous appartient pas,
ce qui telle l’eau des vieilles fontaines
nous reflète en tremblant et décompose notre image ;
toutes ces choses qui telles des plantes armées d’épines
s’accrochent à nous une dernière fois, – ne pas s’arrêter,
et ceci et celui-là
que l’on ne voyait plus
(tant ils étaient quotidiens et ordinaires)
les regarder tout à coup en face et de près ;
d’un œil doux et conciliant comme pour la première fois ;
sentir confusément combien impersonnelle
et s’abattant sans choix allait la douleur
dont l’enfance était jusqu’aux bords remplie – :
et partir tout de même, arrachant la main à la main
comme si on rouvrait une plaie déjà guérie
et aller plus loin : mais où ? vers l’inconnu,
profondément dans un pays étranger et chaud,
qui derrière tous nos affairements démêlés
se tiendra indifférent comme un décor : jardin ou mur ;
et continuer : mû par quoi ? par nécessité ou tempérament,
par impatience ou attente obscure,
par impossibilité de comprendre ou sottise :

Prendre tout cela sur soi et en vain,
laisser tomber des choses que peut-être on tenait
pour mourir tout seul et sans savoir pourquoi – :

Est-ce là l’entrée d’une vie nouvelle ?"
(Rainer Maria Rilke)

vendredi 5 juillet 2024

Mal à la tête

 
Voilà,
"J’ai mal à la tête et à l’univers entier. Les douleurs physiques – plus nettement douleurs que les souffrances morales – entraînent, en se reflétant dans notre esprit, des tragédies qui leur sont étrangères. Elles provoquent une impatience à l'égard de tout qui, concernant tout, n'exclut aucune étoile" Pessoa "Le livre de l'Intranquillité (331)"

samedi 29 juin 2024

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (15)


 
Voilà,
ça me revient : les slogans publicitaires des années soixante à la télévision française "ça serait meilleur avec du concentré de tomates" ou encore "on a toujours besoin de petits pois chez soi", vous vous changez changez de kelton" "la blancheur c'est ça le premier cadeau bonux"
 
ça me revient, le vélo que l'on m'a offert pour me dix ans était un vélo rouge "hirondelle" de la manufacture des armes et cycles de Saint-Étienne

ça me revient, lorsque j'ai connu Didier F. vers 1976 il s'habillait toujours en blanc. Il avait des chemises Lacoste et une petite Austin Rouge avec un siège baquet et un volant de course

ça me revient entre 1977 et le début des années 80 j’ai beaucoup écouté l’album "The survivors suite " de Keith Jarrett surtout lorsque je travaillais à mes collages
 
ça me revient, Didier à la conférence de presse du festival d'Avignon en 1978 devant un parterre de journalistes intellos de gauche qui se demandent pourquoi il est là invité dans le in alors que personne ne le connaît, et qui déclare son inculture en disant "je suis un enfant de FIP et de la bande dessinée"
 
ça me revient lorsqu'il fallait composer un numéro de téléphone spécial pour avoir la référence d'un morceau sur fip justement

ça me revient, le film "Images" de Robert Altman, qui fut un des premiers films d'art et d'essai comme on disait à l'époque que j'ai vu. Il m'avait alors beaucoup impressionné, mais aujourd'hui je ne me souviens d'aucun plan, ni de ce que cela racontait

ça me revient, lorsque Philippe était pris à table en flagrant délit de gourmandise

ça me revient à dix ans, j'avais acheté au marchand de journaux un supplément de France football qui racontait toutes les coupes du monde depuis la création de la compétition. C'était l'année où l'épreuve fut organisée en Grande Bretagne. Je savais à l'époque que Botafogo avait été le club de Garrincha qui avait brillé en 1962 à la coupe du monde du Chili, et Santos celui de Pelé

ça me revient, j'ai possédé le 45 tours de Jésus-Christ superstar

ça me revient lorsque vers 1964-1965 "baby elephant walk" de Mancini, dans l'orchestration de Quincy Jones était un générique d'émission mais je ne sais plus laquelle ni si c'était à la radio ou à la télé

ça me revient que Lee Krasner a sacrifié sa carrière de peintre pour son époux Jackson Pollock

ça me revient, un nom soudain je ne comprends pas pourquoi, si longtemps que je n'y ai pas pensé, Christian Delacampagne que j'ai lu jeune homme, et qui était si brillant, je me rappelle des articles fort intéressants sur l'Art Brut, bien que ce ne fut pas là son principal champ d'investigation

ça me revient le fait que le velcro partout présent dans la cabine d'Apollo 1 brûlait cinq fois plus rapidement sous forte pression, ce qui était le cas sur le pas de tir, et même explosait littéralement. C'est en partie à cause de cela que White, Grissom et Shafee sont morts au cours d'un exercice de routine. Je m'en souviens, c'était en 1967 j'ai beaucoup pleuré

ça me revient "Au chat huant", rue Galande, j’allais acheter les petits cadeaux de première

ça me revient qu’à une époque de la vie, pour rien au monde je n’aurais manqué le départ des 24 heures du Mans, surtout lorsque pour le départ les voitures étaient disposées en épis (ce qui a cessé en 1971) et que les pilotes couraient vers leurs bolides

ça me revient aussi que le seul pilote à avoir gagné à la fois le grand prix de Monaco, les 24 heures du mans, les 500 Miles d'Indianapolis (dont j'ai appris l'existence en 1965 grâce à la lecture des aventures de Michel Vaillant) fut le britannique Graham Hill

ça me revient Sara M. qui m’avait dit, me voyant avec une chemise blanche, qu’elle aimait les hommes qui osaient la chemise blanche

ça me revient,  un jour lors d’un repas une fille, une étrangère avait dit qu’elle adorait lire les modes d’emploi et tout le monde en avait été très étonné

ça me revient une sérigraphie de Fromanger intitulée Hymnen dans le long couloir qui menait de l'entrée à la cuisine chez Dominique et Philippe, rue de Vaugirard

ça me revient "Les Shadoks". Cette série fit scandale en France. Certains trouvaient ça génial, d’autres complètement stupide. Moi j’adorais. La voix de Claude Piéplu et aussi les sons.

ça me revient cette boîte de nuit after hours qui s’appelait "Save the robots", 25 avenue B au coin de la deuxième rue. C’est là je crois que j’ai rencontré Paul de Vries, qui habitait en Hollande et à Majorque, et qui était venu juste pour un weekend à New York.

ça me revient, au Carbon-blanc, près de Bordeaux, il y avait dans les années soixante, toujours beaucoup de bouchons sur la route des vacances

ça me revient, la première fois où j'ai bu du vinho verde, c'était à Châteaudouble, lorsque Giancarlo et Angelo, revenant du Portugal en voiture pour rejoindre Florence, avaient fait une haltr chez Philippe et Dominique. Je pense toujours à eux chaque fois que j'en bois

ça me revient, chez Agathe, il y eut un moment où, en vitrine, il y avait beaucoup de lampes et de photophores en plus des capipotes. 

ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

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dimanche 12 mai 2024

Pêle-mêle avec zèbres et moustiques



 
Voilà,  
non loin de la mairie du XIV arrondissement, rue Boulard, le mur d'une école offre cette fresque étrange, de facture très classique signée Clémence Arnold. Je suis allé voir son site, très complet et j'ai été touché par la qualité de se travaux. Elle parle aussi de son parcours sur la page des ateliers Daguerre, qui lui ont commandé cette œuvre murale.
 
*
 
Hier soir, je suis resté un long moment abasourdi, sidéré devant la numération bien au dessus de la norme, apparue sur l'écran. Je ne m'y attendais pas. La fatigue des derniers mois était peut-être associée à d'autres causes que je ne soupçonnais pas. J'ai aussi réalisé que pendant quatre jours je n'avais parlé avec personne, à part une conversation avec Françoise M. que j'ai croisée par hasard (je ne l'ai pas immédiatement reconnue, elle était en scooter avec son casque, et s'est garée sur le bas côté) et une autre, brève, au téléphone avec ma fille, actuellement à Prague.
 

Je ne sais pas pourquoi, avant d'aller me coucher hier soir j'ai repensé à cette phrase de Peter Handke  dans son recueil de notes "L'histoire du crayon" : Ayant oublié la gaieté des formes il vivait dans l'inquiète légèreté de l'absence de forme. Je ne me sens pourtant pas particulièrement léger depuis huit mois.
 
*

 La semaine dernière, les rues de Paris étaient désertes en raison d'un pont (spécialité bien française) puisque c'était la fête de la victoire le 8 mai, et le jeudi de l'ascension le 9 qui sont deux jours fériés et ensuite le week-end. En posant un jour de congé le vendredi cela fait quatre jours de vacances. J'écris cela pour mes correspondant étrangers que cela pourrait étonner. La France est un pays soit-disant laïc mais les fêtes catholiques y sont pléthore ; il reste encore la pentecôte et son lundi. En fait en France le mois de Mai est un mois où l'on ne branle rien. Avec ces jours fériés cumulés, on est sûr qu'il n'y aura plus d'effervescence sociale comme en 1968. Alors, j'en ai profité pour — bien que je ne sois pas un as dans ce domaine là — bricoler, et j'ai installé des moustiquaires devant mes fenêtres. Cela faisait longtemps que cela me trottait dans la tête, de façon presque obsessionnelle. C'est un peu empirique mais ça tient. 
 

  - What need is there to stay in a world where you no longer have your place?
- oh dear, I have a feeling you're going to try a kamikaze raid
 
Je ne sais pas si c'est lié au traumatisme de l'année dernière où j'ai été attaqué durant tout le festival d'Avignon par des moustiques-tigres, dont on sait qu'ils remontent vers le Nord, ou bien parce que j'ai lu il y a quelques semaines que l'Argentine subissait sa pire épidémie de dengue dix fois plus puissante que l’année précédente à la même époque — selon des chiffres de la mi-avril plus de deux cents personnes en seraient mortes et 270 000 infectées —, j'ai donc été pris d'une frénésie d'aménagement local. 
 
*
 

Sinon parfois, dans la rue il arrive qu'on soit confronté à d'étranges apparitions, un peu déconcertantes, qui donnent de la fantaisie et de la poésie à ce monde qui en manque tant, car tout de même, on ne peut pas dire que les nouvelles de la planète soient particulièrement réjouissantes ces temps-ci.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

jeudi 29 février 2024

Le temps qui passe et le temps qui reste

 
Voilà,
depuis longtemps, j'aime accoster à cet endroit, où tout ce qui s'y expose demeure une source d'étonnement. J'y assiste aux noces toujours recommencées de la magie et de la poésie. Derrière cette vitrine et dans ses reflets, ressurgit le temps d’avant niché dans le temps présent. Et parfois je crois reconnaître à sa surface l'image inversée du jeune homme curieux, inquiet, aux aguets qui, voilà maintenant bien longtemps, promenait sa silhouette dans les parages. Souvent mes pérégrinations dans le quartier me ramenaient à cette fenêtre ouvrant, me semblait-il, par des voies invisibles et secrètes sur un monde parallèle et propice à toutes les rêveries. Et il en est encore ainsi aujourd'hui.
Des sensations anciennes, des souvenirs de lectures, des rêves dont l'empreinte demeure encore vivace, des visions fugitives qui continuent de me hanter ( je ne sais toujours pas si elles relèvent de mon imagination ou si elles sont réellement advenues), émergent puis s'abolissent aussitôt comme autant d'énigmes dont j'espère, qu'un jour peut-être, une fin paisible pourra m'offrir la résolution. Quoi qu'il en soit, ici dans les reflets de la rue mêlés au fatras savamment organisé des choses anciennes, le temps qui passe et le temps qui reste se fondent dans la douceur d'un mystère toujours recommencé.

mardi 27 février 2024

L'art n'a rien fait

 
Voilà,
"et l'art n'a rien fait sinon nous montrer le trouble dans lequel nous sommes la plupart du temps. Il nous a inquiétés, au lieu de nous rendre silencieux et calmes. Il a prouvé que nous vivons chacun sur son île ;  seulement les îles ne sont pas assez distantes pour qu'on y vive solitaire et tranquille. L'un peut déranger l'autre, ou l'effrayer, ou le pourchasser avec un javelot – seulement personne ne peut aider personne". (R.M. Rilke "Notes sur la mélodie des choses")

samedi 25 février 2023

Dans le vacillement


Voilà
peu de gens lisent ces chroniques. Encore moins parmi eux les comprennent vraiment, du fait qu'ils sont étrangers. Je continue pourtant. Même si persévérer me paraît souvent absurde. Évidemment je pourrais garder tout ça pour moi. Mais sans doute, sans la conscience de m'exposer, sans le souci de l'autre, y accorderais-je moins de soin. Oui, cela prend du temps, mais cette hygiène m'est nécessaire. J'ai vraisemblablement besoin de cet exercice, de cette concentration. Cela me permet en outre de mettre à distance certaines pensées, certaines peurs, certaines angoisses, d'exorciser en quelque sorte. De partager aussi des points de vue, bien que je réalise qu'ils sont assez minoritaires dans le monde tel qu'il se transforme. Cependant il arrive parfois qu'ils suscitent quelque écho. Je me sens moins seul alors. A défaut de m'apaiser cela contribue à me réconforter, un peu. Un tant soit peu.
Je n'ai pas grand chose de positif à proposer, c'est sûr. Je n'ai pas beaucoup de message d'espoir. A moins de considérer que la tentative de donner forme à ce qui de temps à autre me traverse, que résister à la paresse, au laisser-aller, et en témoigner constitue en soi une forme de résistance, de résilience comme on dit aujourd'hui, qui mérite d'être affirmée, et pourquoi pas encouragée. 
J'essaie aussi, avec mes photos, de partager le regard que je porte sur le monde immédiat. Si je ne dis pas tout, je ne montre pas tout, non plus. Parfois, j'ai l'impression de me dé-civiliser malgré moi. Car je ne peux répondre à toutes les aumônes. Car il m'arrive de détourner le regard de la misère. Car je m'habitue à tout ces corps gisant sur l'asphalte. Ils font partie du paysage désormais. Ils sont de plus en plus nombreux à Paris. Autrefois je photographiais la misère. Désormais j'y parviens de moins en moins. Alors je me réfugie dans les paysages anciens, le jeu ds reflets dans les vitrines, les miroirs..
 
 
Tout change si vite. J'ai l'impression que depuis le premier confinement de 2020, tout ne cesse de se dégrader. Mon corps d'abord qui a deux fois attrapé une maladie qui n'existait pas il y a quatre ans. Et puis aussi le fonctionnement général de nos sociétés qui subissent le contrecoup de ce moment qui nous a laissés comme anesthésiés. C'est une sorte de lent vacillement généralisé. Les équilibres mondiaux se transforment. L'époque se fait turbulente. Ici en France, le système de répartition sociale mis en place à la Libération est petit à petit détruit par le Gouvernement en place. C'est la conséquence de l'incompétence d'une gauche qui a depuis longtemps failli à sa mission, et qui ne nous laisse plus le choix qu'entre une droite ultra libérale et l'extrême-droite. 
Même les petites joies en sont ternies. Je ne jubile plus autant à regarder les extraits de matches du Super Rugby Pacific Championship qui reprend aujourd'hui.
Des nouvelles toutefois émerveillent ce qu'il reste d'enfance en moi qui, vers onze douze ans, rêvais d'être astronome. Le télescope spatial James Webb a repéré six énormes galaxies "qui ne pouvaient pas exister". Cette découverte si inattendue pourrait bouleverser les théories actuelles sur l’origine de l’univers. La lumière captée de ces galaxies révèle qu'elles pourraient être âgées de 13 milliards d’années, ce qui signifie qu'elles existaient déjà 500 à 700 millions d’années après le Big Bang. On s’attendait à ne trouver que des petites et jeunes constellations, au lieu d'objets aussi lourds et adultes que notre Voie lactée. Elles abritent des étoiles jusqu’à 100 fois plus lourdes que ce à quoi on s’attendait. Cela contredit presque tous les modèles actuels au sujet de l’univers primitif. Pour expliquer leur existence, les scientifiques devront peut-être revoir certaines règles de base de la cosmologie. 
Étrange animal que l'homme. Il questionne l'origine de l'univers en même temps qu'il saccage son habitat. "L'homme, toujours lui, l'homme à la tête de chiffres et de supputations, sentant la voûte de sa vie d'adulte sans issue , et qui veut se donner un peu d'air, qui veut donner un peu de jeu à ses mouvements étroits, et voulant se dégager, davantage se coince" (Henri Michaux)

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