vendredi 24 novembre 2017

Blue Lagoon


Voilà,
sans doute ai-je tendance à montrer autre chose que ce que j'ai vraiment vu, ou plus précisément, j'entrevois toujours autre chose que ce qui s'offre réellement à mon regard. L'image de la réalité ne me suffit pas, ne m'a jamais suffi. J'ai besoin que cela soit autrement, à ma convenance. Si je ne transforme pas un tant soit peu, j'ai l'impression que cela ne vaut pas la peine d'être là. Déjà, que toutes ces photos ne représentent en fait qu'une poignée de secondes dans mon existence (comptons en un bon millier sur ce blog, prises au 125ème de seconde et faites le calcul ça ne fait pas bézef). Evidemment, je ne suis pas architecte et je n'interviens que fort modestement sur le monde. Je suis plutôt du genre contemplatif voire paresseux, alors les photos c'est très bien. Mais revenons à celle-ci. Elle a été prise au blue lagoon, considéré par ses promoteurs comme une des vingt-cinq merveilles du monde. Oui c'est vrai, c'est bien, ça m'a plu, j'ai adoré, en dépit de l'odeur d'œuf pourri, me tremper dans cette boue chaude et soufrée dont la couleur fait vraiment la joie du daltonien que je suis, mais bon faut pas exagérer non plus, ce n'est pas la barrière de corail, ni les Marquises. Comme je n'avais que du noir et blanc, et que je ne pourrais pas faire la même photo que tout le monde, j'ai plutôt imaginé ça. D'ailleurs, il s'agissait moins pour moi de garder le souvenir de ce paysage que d'en imaginer une possibilité (the weekend in black and white)

mercredi 22 novembre 2017

Main gauche


Voilà,
c'est moi, un bout de moi,  de ma peau, un carré de ma peau
la peau de ma paume 
cette main que je n'ai pas vu vieillir se rider se friper c'est moi
ce paysage de plis de sillons c'est moi 
c'est moi encore vivant

vendredi 17 novembre 2017

Musée du Jeu de Paume


Voilà,
être là sans pour autant paraître indifférent.
S'en tenir à la simple présence des choses ou des formes.
Juste leur attribuer une densité particulière

mardi 14 novembre 2017

Plus rien à battre


Voilà,
tu ne penses plus à rien, seulement à ce qui fuit, se dérobe. Tu n'as plus envie d'essayer de faire semblant d'être efficace, performant. D'ailleurs tu ne l'as jamais été. Tu n'en as plus rien à battre. Les ombres sur la surface granuleuse de la vitre suffisent à t'enchanter quelques minutes au moins. Tu te parles à toi-même comme si tu t'étais déjà quitté. Tu retournes te coucher en te disant qu'il faudra quand même bien que tu lises un jour "L'Essai sur la Fatigue" de Peter Handke, avant précisément d'être trop fatigué pour pouvoir le faire. Désormais, bien des livres te tombent des mains. Allez vas piquer un petit roupillon, pour le reste il sera bien temps de voir après. Une fois dans ton lit bien au chaud sous les couvertures, des trucs idiots te reviennent en mémoire, comme la vision de cet enfant, par exemple, il y a quelques semaines, agrippé à la main de sa mère qui l'accompagnait à l'école. Il fredonnait "un kilomètre à pied ça use ça use un kilomètre à pieds ça use les souliers". Tu les avais d'abord vus de dos et, parvenu à leur hauteur, t'étais retourné sur eux. La mère semblait exténuée et comme ailleurs, le regard perdu dans ses pensées. Lui continuait sa ritournelle. Tu t'es rappelé ces vieilles gens d'autrefois qui disaient le mot soulier, semble-t-il tombé en désuétude et aussi avoir entendu il y a fort longtemps, l'expression "les souliers du dimanche", la mère oui, elle ne le regardait même pas son gamin, (pourquoi mettent-elles tant d'acharnement à se reproduire si c'est pour en arriver là) et puis tu as repensé sans comprendre pourquoi, à ce peintre portugais dont tu avais vu, l'année dernière une exposition qui t'avait particulièrement ému, c'était quoi on nom cardoso, quelque chose comme ça ah oui Amadeo de Souza-Cardoso, artiste peintre portugais génial, mort à trente ans de la grippe espagnole et dont l'œuvre portait en elle des possibles et des promesses qui ne sont pas advenus. Un peu comme si Picasso était mort en 1911. Et puis tu t'es endormi, oh pas très longtemps tu as vaguement somnolé, te laissant bercer par la radio qui diffusait de la musique baroque italienne, oui vraiment tu n'es plus bon à rien mais au fond ce n'est pas si grave, il est si doux de ne rien faire quand tout s'agite autour de soi, c'était le titre d'une émission de radio sur France Inter dans les années soixante-dix. A ta façon tu es devenu très vintage

dimanche 12 novembre 2017

Explosions nucléaires


Voilà,
cela se passe dans le stand d'une galerie renommée dans une foire internationale de photographie. Deux hommes en costume conversent devant un mur où sont disposées des photos d'explosions atomiques. On pourrait même imaginer qu'à ce moment précis les clichés qu'ils observent font l'objet d'une transaction. Je trouve qu'il y a quelque chose de particulièrement malsain dans cette scène. J'ai mis un certain temps à comprendre ce qui m'a mis mal à l'aise et incité à réaliser ce cliché : il s'agit vraisemblablement de tous ces encadrements qui modifient le statut de ces images. Autrefois documents, elles acquièrent ainsi une fonction d'objets décoratifs, sinon esthétiques. Une fois encore le désastre est transformé en spectacle et en marchandise. C'est étrange de constater cela, alors que depuis quelques mois, on recommence à évoquer le risque de conflit nucléaire, et qu'à l'heure où j'écris ces lignes on relève la présence de produits radioactifs dans l'atmosphère au-dessus de l'Europe sans que cette nouvelle ne fasse pour autant la une de l'actualité. On est passé de l'ère de "la banalité du mal" à celle de la banalisation de la Catastrophe. Comment, devant un tel déni, ne pas se ranger à l'idée que l'humanité court obstinément à sa perte, semblant même s'y précipiter avec impatience. Et n'y a-t-il pas plus de lucidité que de pessimisme à constater cela ?

jeudi 9 novembre 2017

Tribune de la grande ligne droite

turfistes dans les tribunes de l'hippodrome d'Auteuil 
Voilà,
Merci pour vos sympathiques messages et vos encouragements qui évidemment font très plaisir
(the weekend in balck and white)

mercredi 8 novembre 2017

Huit ans, seize ans

Paddock de l'hippodrome d'Auteuil, Novembre 2009
Voilà,
Huit ans donc que je tiens ce blog. En fait pour être plus juste huit ans que c'est lui qui me tient. Au point que je m'efforce de m'en affranchir en me fixant pour objectif de réduire le nombre de mes posts annuels. Là je crois que je suis sur la bonne voie. Si je me débrouille bien j'en aurais publié moins que l'année précédente. Mais on n'est pas à l'abri d'une rechute. Quoiqu'il en soit d'autres sont déjà programmés, dispersés sur les années futures. Je sais c'est complètement absurde. Non que je veuille conjurer l'incertitude où, je me trouve quant à mon propre avenir, mais c'est ma façon de faire diversion de ne pas trop encombrer le présent. Et aussi de ne pas trop coller à l'actualité. Pourtant, là en ce moment j'aurais bien envie.

Évidemment je ne peux m'empêcher de dresser un état des lieux. Le jour où j'ai commencé, ma fille avait la moitié de l'âge qu'elle a aujourd'hui. C'était sa période où elle dévorait les aventures de Tintin. C'est presqu'une jeune femme à présent, qui conquiert son autonomie, et va devenir indépendante d'ici peu. Quelques jours avant de commencer, j'étais allé avec Constance, Christelle, Maria et Odette, passer un après-midi à l'hippodrome d'Auteuil, et c'est la seule fois où je suis allé sur un champ de courses, c'est là que j'ai pris cette photo. J'en avais fait beaucoup d'autres ce mois de Novembre 2009 avec un nouvel appareil que je ne maîtrisais pas vraiment. A l'époque, j''étais encore ce qu'on appelle un comédien qui travaille, je sortais d'une création, je répétais un spectacle l'après-midi, j'en jouais un autre le soir. Mais je pressentais un bouleversement dont finalement je ne me suis jamais vraiment remis. Sans doute ce blog fut il un moyen de ne pas totalement sombrer. Au fur et à mesure il est devenu une sorte d'addiction, en même temps qu'il se constituait en bureau de dépôt et consignation des pensées qui me traversaient, même si ce n'était pas mon projet initial. Je m'en suis tenu au principe qu'il devait y avoir un texte et une image.

L'image me paraissait essentielle et le texte nécessaire. Ou plutôt s'affronter à l'écriture avec le danger d'être lu, voilà ce qui constituait vraiment la nécessité. Mais de ça je m'en suis déjà expliqué. Chaque date anniversaire donnant lieu à des bilans. Sauf l'année dernière où la mort de Léonard Cohen et l'élection de Trump m'ont accablé. Finalement je n'ai rien de plus à évoquer que ce que j'écrivais déjà il y a cinq ans à ce sujet. Je regrette souvent, mais après coup, ma propension à la plainte et au ressassement, jurant que je ne recommencerais plus, ainsi que ma tendance à commenter l'actualité, alors que cela ne sert à rien puisque je n'ai aucune prise dessus, (je ne fais pas partie du ICIJ, le consortium international des journalistes d'investigation, qui sont l'honneur du Journalisme).

Heureusement grâce à ce blog, des liens se sont créés, et des échanges, et des partages. Et finalement c'est cela qui importe : cette possibilité de reconnaissance mutuelle avec des étrangers plus ou moins lointains qui me sont devenus familiers et dont je guette les nouvelles. Maintenant ils font partie de mon paysage sensible. Et c'est bien ainsi.

Et aussi
je me souviens surtout, aujourd'hui à neuf heures du matin, de l'état dans lequel je me trouvais il y a seize ans, après cette nuit étrange, et de cet événement qu'un homme n'éprouve que de manière inévitablement périphérique, parce qu'il ne peut en être que le spectateur ou au mieux l'accompagnateur. Je me rappelle cette petite créature exténuée apparue au cœur de la nuit, et fugitivement posée sur le ventre de sa mère avant d'être mise en couveuse, le retour en moto, le message changé sur le répondeur, cette stupéfaction teintée d'inquiétude, et ce puissant sentiment de réalité, le sommeil bref, le retour au matin à la clinique, le passage à la pharmacie de la porte d'Orléans, les premiers envois de faire-part de naissance que j'avais fabriqués avec photoshop, et ce frémissement permanent, qui m'a fait comprendre une certaine didascalie de Tchékhov...

vendredi 3 novembre 2017

Au Bord du Lac


Voilà,
Le jour déclinait et, traînant dans cette banlieue bourgeoise où tu n'étais venu qu'en de rares occasions, tu te mis soudain à rêvasser de tropiques, de mangroves et d'un ailleurs improbable où il ferait mieux vivre. Et "Soul Samba", l'album de Ike Quebec réécouté le matin même, et dont les airs ne t'avaient pas quitté depuis, t'avait alors paru un disque qui, oui vraiment, demeurait toujours aussi plaisant à entendre. (the weekend in black and white). 

mercredi 1 novembre 2017

J'aime / je n'aime pas (3)


Voilà,
J'aime cette femme à son balcon
je n'aime pas préparer ma valise pour un voyage ni le jour qui précède le départ
j'aime une belle envolée de trois-quarts dans un beau match de Rugby
je n'aime pas les titres d'articles à la con du nouvel obs comme "Helsinki destination parfaite pour un weekend festif et healthy"
j'aime le concerto en sol majeur de Maurice Ravel (surtout l'adagio)
je n'aime pas cette façon de plus en plus répandue d'achever une conversation téléphonique par le mot "bisou"
j'aime écosser les haricots verts en bonne compagnie
je n'aime pas les blockbusters américains
j'aime me promener à Paris et dans sa proche banlieue durant les quinze premiers jours d'Août
je n'aime pas la prétention et la bêtise des commentateurs de football qui refont le match après qu'il se soit terminé
j'aime le parfum de la violette
je n'aime pas les expression "culture d'entreprise", ni "c'est notre ADN", ni "changer de logiciel" pour changer de comportement
j'aime regarder pousser mon lierre au printemps
je n'aime pas Halloween ni qu'à la radio on me souhaite bonne journée en m'annonçant aussitôt un nouvel attentat

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