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dimanche 28 juin 2026

Pêle-mêle avec canicule

Voilà,
au cimetière du Montparnasse, les tilleuls qui ombragent certaines allées perdent leurs feuilles à cause de la canicule et leur donnent ainsi une couleur jaune. Certainement en raison de ces fortes chaleurs précoces. Il parait que des oiseaux tombent du ciel, que des transformateurs électriques s'embrasent, des trains ne circulent plus pour cause de dilatation des rails


 

Nous sommes fin Juin, c'est la première semaine de printemps et on aura connu ça. C'est étrange que tout cela advienne dans un pays qui en 2015 a accueilli des représentants du monde entier pour finaliser l'accord qui promettait de sauver la planète du réchauffement climatique incontrôlé. Près de 200 pays avait signé un engagement historique à maintenir la température mondiale en-dessous de 2° centigrades à l'horizon 2100. C'est sous les lumières du centre des congrès du Bourget que la France était devenue synonyme d'ambition climatique et siège symbolique contre le réchauffement global. Onze ans plus tard c'est la France, (où on en est déjà à +1,7° de moyenne annuelle)  qui fond. Ce mois de juin, le pays a battu ce record absolu de température depuis le début des mesures en 1947. En un seul jour 122 records de chaleur absolue ont été battus sur le territoire  et 332 records mensuels supplémentaires. Paris a connu la plus chaude nuit jamais enregistrée en juin  avec des températures ne descendant pas en dessous de 24°2 tôt le matin. Des dizaines de personnes se sont noyées en essayant de se rafraîchir dans les rivières sont surveillance. Les écoles sont fermées, les hôpitaux en alerte rouge. Ainsi la ville qui a accueilli le traité, est devenu selon le classement des températures en temps réel, la ville la plus chaude de la planète. Plus chaude que 98 % de surface terrestre en un seul jour. C'est la preuve que la signature d'un accord ne suffit à lui seul à refroidir quoi que ce soit. L'Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 80, et la France pays hôte du traité environnemental le plus cité de l'histoire, fait partie de ceux qui s'en ressentent le plus. Pourtant, durant ces dix dernières années, le climat ne fait pas les gros titres et l'intervention du gouvernement français reste bien modeste. Pire, la police, les médias, le patronat, les partis politiques font passer les écologistes pour des terroristes anticapitalistes lorsqu'ils entreprennent des actions sur le terrain.
Ceux qui participaient au congrès du Bourget en 2015 nous promettaient un avenir dont la priorité serait la lutte contre le réchauffement global. L'avenir est là, il ressemble aux portes de l'enfer. Nous sommes à 14° au-dessus des normales saisonnières. 
 
 


Je repense à ce mural si beau et si triste aperçu à Lisbonne en Novembre 2014.  
Aujourd'hui on réalise que le climat dans lequel nos sociétés se sont construites et développées n'existe plus. Les morgues parisiennes sont saturées, les hôpitaux sont débordés, le nombre de morts à domicile ne cesse d'augmenter. On envisage l'ouverture d'une chambre funéraire au marché de Rungis comme ce fut le cas à l'époque du COVID. Mais cet hiver on aura oublié. Notre gouvernement n'a-t-il pas gelé 20% du Fonds vert destiné à aider les régions pour faire face au changement climatique (après avoir divisé par 3 ce fonds en trois ans). On se contente d'effets d'annonce mais la volonté politique ne suit pas et les banques continuent de soutenir les entreprises qui investissent dans l'énergie fossile. J'avais, fin juillet 2023, fait quelques recensions de titres concernant le climat aux États-Unis. C'était déjà alarmant, on sait ce qu'il s'est passé depuis. Ici nos politiciens sont juste un peu plus hypocrites, mais cela ne vaut guère mieux.
Mais bon, la grande nouvelle c'est qu'on va prolonger la saison des soldes contrariée par la canicule, car l'essentiel n'est-il pas de consommer ?
Tout cela est tellement absurde et serait bien risible si la situation ne s’avérait aussi dramatique. 
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles

vendredi 3 avril 2026

Comme une prière


 
Voilà,
en Janvier 2012, j'ai pris, au Père-Lachaise, cette photo d'un employé du cimetière durant sa pause. Bien que dans une attitude de prière, il était évidemment en train de consulter son téléphone portable. C'est étrange comme cette manie nous rapproche de la position fœtale. Cela dit, je suis pour ma part assez mal placé pour critiquer, car je passe pas mal de temps à chercher des informations, et il m'arrive même de noter des choses sur ce petit appareil, ou d'en recopier certaines, puisque souvent des informations lues, s'évanouissent et se perdent dans la logosphère sans qu'il soit ensuite possible de les retrouver. Par exemple, hier, alors que j'étais dans le métro, et dans une posture guère différente de celle du protagoniste de ma photo, j'ai noté cet article de Marie Bardiaux-Vaïente très intéressant et instructif et que je livre in-extenso bien qu'il soit assez long. 
 
Je vais écrire un des statuts les plus difficiles en 18 ans de présence sur Facebook, que j'ai eu à écrire. Je coupe les coms, car trop d'enjeux et de sujets connexes que je ne veux pas avoir à subir. Je m'exprime ici avant tout comme historienne spécialiste de ce sujet (ma thèse de doctorat est en ligne et accessible pour qui voudrait saisir plus loin les mécanismes).
"Celui qui aide à conserver la vie d’un homme a le même mérite que s’il avait aidé à conserver le monde entier, et que celui qui laisse détruire une vie quelconque en est responsable comme s’il avait contribué à la perte de tout le genre humain ; qu’un sanhédrin qui prononce une condamnation à mort tous les sept ans, ou même, suivant un docteur, tous les soixante-dix ans, est réputé sanguinaire […] Si nous avions fait partie du sanhédrin, nous n’aurions jamais prononcé une sentence capitale." {Rabbi Akiba et Rabbi Tarphon. (Dans Talmud, « Traité de Maccoth », Chap. I, § 8)}.
En 1978, Joseph Kaplan, Grand Rabbin de France, condamne la peine de mort dans un article du journal Le Monde. De même, le 30 mars 1979, devant le Comité d’étude parlementaire sur la peine de mort réuni sous la présidence du député Pierre Bas, Joseph Kaplan rappelle que le respect de la vie et de la dignité humaine est proclamé dès les premières pages de la Bible, puisque « l’Homme a été créé à l’image de Dieu » :  "Le Grand Rabbin de France souligne que depuis vingt siècles, la conscience juive a condamné la peine de mort, faisant remarquer que si la peine capitale figure dans les textes bibliques, les rabbins, dès le début de notre ère, se sont efforcés de la rendre inapplicable, cherchant, par la critique des témoignages, toutes les raisons possibles pour l’écarter. Il n’en demeure pas moins, a ajouté Monsieur Kaplan devant les Parlementaires, que la société a besoin d’être protégée contre les criminels. Mais si elle a le devoir de punir les coupables, elle a également l’obligation de préserver les innocents de l’erreur judiciaire."{Agence télégraphique juive, bulletin quotidien d’informations, 30 mars 1979.}
Dans l’ouvrage de Jean Toulat, "La Peine de mort en question" publié en 1977, on trouve un passage sur la conception du judaïsme vis à vis de la peine de mort : "Notre position sur la peine capitale […] est un grand aspect de notre conception du respect de la vie humaine, qui doit être absolu. C’est Dieu qui donne la vie. Aucune autorité humaine ne peut se permettre d’en disposer." 
Dès le Ier siècle, la question de la peine de mort s’est posée dans le judaïsme. La peine de mort existe dans la Bible. Les rabbins du Talmud ont tendu à la rendre inapplicable. Les conditions de constat d’un homicide ont tout d’abord été multipliées : les témoignages sont passés au crible et invalidés à la moindre contradiction. La sentence ne devait être rendue que le lendemain et ainsi toute la nuit, les 23 juges tentaient de trouver toute raison d’éviter la peine capitale. "En fait il y a vingt siècles que la conscience juive prend position contre la peine de mort."
Le grand Rabbin Sirat fait une déclaration reproduite par l’AFP en 1981 : "Pour nous la peine de mort doit être vue comme ce qu’elle est : un homicide. Elle relève donc d’un interdit qu’aucun être humain ne peut enfreindre. On trouve dans le Talmud cette remarque d’un rabbin illustre : ″On ne doit nommer membre d’un tribunal qu’un homme capable de trouver de la pureté à un insecte″. Le même Talmud qualifie de sanguinaire le tribunal qui prononce une seule condamnation à mort en soixante-dix ans."
L’État d’Israël est abolitionniste pour les crimes ordinaires (dits de droit commun) depuis 1954. Depuis la proclamation de l’État d’Israël en 1948, la peine de mort a été appliquée 2 fois : en 1948 contre Meir Tobiansky, un officier de l'armée israélienne, accusé de trahison fusillé cette année-là mais réhabilité par la suite, et la très célèbre et médiatique application de la peine capitale en 1962, lorsqu’Adolph Eichmann est exécuté sur la base de la loi de 1950 sur la peine de mort pour les nazis et pour les collaborateurs de nazis.
{Cf à ce propos notre ouvrage : L'enfer est vide et tous les démons sont ici (Malo Kerfriden  au dessin) : https://www.glenat.com/glenat-bd/lenfer-est-vide-tous-les-demons-sont-ici-9782344040041/
Les cinq autres délits capitaux relevant du droit militaire comprennent une sentence discrétionnaire, et sont le génocide, l’homicide de personnes persécutées commis pendant le régime nazi, les actes de trahison sur la base de la loi militaire et de la loi pénale commis en temps d’hostilité, l’emploi et le port illégal d’armes. L’extradition vers Israël n’a vu de condamnation à mort que dans des cas exceptionnels, comme pour Ivan Demjanjuk, un citoyen ukrainien extradé par les États-Unis et condamné à mort en 1988 par un tribunal spécial à Jérusalem, parce que reconnu par quelques survivants comme étant "Ivan le Terrible", un garde nazi du camp de concentration de Treblinka en Pologne. La décision a été annulée en 1993 par la Cour suprême après qu’il a été prouvé qu’il y avait eu confusion sur la personne. 
Israël a ratifié : le Pacte international sur les droits civils et politiques en 1991 ; la Convention sur les Droits de l’Enfant en 1991 ; la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants en 1991 et signé le Statut de la Cour Pénale Internationale, qui interdit le recours à la peine de mort, en 2000. Israël a voté en faveur de la Résolution des Nations unies, du 18 décembre 2008, pour un moratoire mondial sur les exécutions.
Hier, alors que nous étions nombreuses et nombreux à suivre les derniers déploiements de ce qui se tramait depuis plusieurs mois face à une loi qui va à l'encontre de tout ce que le judaïsme préconise depuis ses origines, et par ailleurs de tout ce qui représente le progrès de l'humanité, soit l'abolition de la peine de mort, hier, alors que nous fêtions les 98 ans de la naissance de Robert Badinter, la Knesset a adopté en 3e lecture, par 62 voix contre 48, une loi rétrograde, inique, raciste, immorale, inconstitutionnelle et qui contrevient aux traités internationaux signés par Israël. Il n'est pas acceptable de valider cette loi particulièrement délétère, il n'est pas acceptable de penser qu'elle pourrait être juste et justifiée.
Il est nécessaire de la réprouver pour ce qu'elle est : la seule loi sur la peine de mort au monde qui utilise le critère de l'origine ethnique/la nationalité/l'appartenance à un peuple, une loi qui discrimine de facto, une loi d'apartheid face à la justice et à l'assassinat légal, pour décider à qui elle s'appliquerait ou non. Il n'est pas possible d'accepter la décision prise hier à la Knesset.
Selon le texte : "quiconque cause intentionnellement ou par indifférence la mort d’un citoyen israélien pour des motifs de racisme ou d’hostilité envers une communauté, et dans le but de nuire à l’Etat d’Israël et à la renaissance du peuple juif dans son pays, sera passible de la peine de mort ». La loi instaure la peine capitale pour les hommes et les femmes reconnus coupables de meurtres commis au nom du refus de « l’existence d’Israël". Les Juifs n’y sont donc, de fait, pas soumis, notamment les colons auteurs d’actes de terreur contre les Palestiniens en Cisjordanie occupée. C'est aussi un point qui relève donc de la possibilité d'exécution extra judiciaires dans un territoire sur lequel l'Etat d'Israël n'a aucune souveraineté.  Je parle ici comme historienne, certes, mais aussi...
Comme activiste contre l'antisémitisme et militante antiraciste,
Comme défenseuse des droits humains,
Et enfin et surtout, je parle ici comme militante pour l'abolition universelle de la peine de mort. Il est de notre devoir de nous révolter avec force contre ce qui relève d'une aberration morale, juridique, humaine. La peine de mort n'est jamais une solution. Défendre l'abolition universelle est la seule voie possible. 
 
Il est vraiment étrange et par bien des aspects inquiétant, ce retournement de l'Histoire. Le peuple qui eut à subir des lois raciales voilà un peu moins d'un siècle, avec les résultats que l'on sait, en vient à son tour — et avec la même célérité, le même aveuglement et la même adhésion populaire — à en adopter de semblables. On assiste ainsi à la chute éthique d'un pays qui, en légalisant l'arbitraire à l'encontre de la population palestinienne, s'enfonce un peu plus dans la violence et la discrimination. Voir la figure de proue du suprémacisme juif Ben G'vir — celui-la même qui dans sa jeunesse appelait au meurtre de Shimon Pérès — ,  trinquer une kippa sur la tête (en hébreu en trinquant on s'exclame leh’ayim" ce qui signifie "à la vie") et célébrer une loi qui légalise la mise à mort des Palestiniens a quelque chose de vraiment répugnant. En perdant ainsi son âme il est possible que cette nation, si elle ne se ressaisit pas, ne finisse à plus ou moins brève échéance par s’autodétruire complètement.
J'écris cela depuis un pays où d'ici une quinzaine de jours sera soumis au Parlement un projet de loi qui pourrait amener les juges à opérer un amalgame entre antisémitisme et antisionisme, et faire taire ainsi toute critique contre Israël.

mercredi 14 janvier 2026

Tant que c'est possible

 
Voilà.  
ça ne prévient pas ça n'explique pas ça s’installe. Calmement. Je vais rester un peu semble-t-elle suggérer. Au bout de quelques jours tu comprends que cela ne va pas être aussi simple que ça, cette affaire. 
Au début, tu  penses que ça va se régler tout seul, comme beaucoup de choses qu’on préfère ne pas regarder de trop près, qu’il ne s’agit que d’une confusion passagère. Puis les jours passent. Sans tout à fait te le formuler, tu commences à modifier tes plans. Tu annules, tu reportes, tu renonces. Pas par choix réfléchi, plutôt par fatigue. Le corps, jusque-là relativement fiable, devient imprévisible. Certains jours, il coopère. D’autres, non. Impossible de planifier quoi que ce soit avec assurance. Certaines activités quittent discrètement l’agenda. Définitivement, parfois.
Peu à peu, une sensation dérangeante s’installe : tu ne te reconnais plus vraiment. Il te reste le souvenir de qui tu étais. Celui qui agissait sans calculer, qui décidait sans anticiper les conséquences physiques.  Sa présence obsédante épie cette version actuelle avec une curiosité mêlée de perplexité. Qui tu es devenu passe une partie non négligeable de son temps à évaluer des options très simples : rester debout ou s’asseoir, maintenant ou plus tard ?
  
La douleur chronique a des manies de petit fonctionnaire. Elle dresse des listes. Réprtorie avec soin ce qui disparaît : énergie, liberté de mouvement, projets, légèreté. Tout est enregistré. Elle agit aussi avec discrétion. À l’extérieur, rien de flagrant.  Pour ceux que tu croises tu as bonne mine. On s'en tient là pas de commentaire on passe à autre chose.
Quand il t'arrive de socialiser, tu évites les explications, tu simplifies. Par lassitude, surtout. Trop longues, elles fatiguent, les explications ; trop précises, elles pourrait inciter l'interlocuteur à prodiguer des conseils. Les gens n'en sont jamais avares, surtout lorsqu'ils sont inutiles. Alors tu dis avec un petit sourire : ça va, je tiens la rampe, les gens font "ah! ah!  quel déconneur tu fais". Le sujet est clos. 
Les relations se réorganisent. Certaines tiennent. D’autres s’effacent sans conflit. Pas de dispute, pas de scène. Juste moins de messages, moins d’invitations, moins de disponibilité. Tu découvres que la compréhension est une ressource inégalement répartie. Et que l’absence de mauvaise intention n’empêche pas l’incompréhension. 
Avec le temps, tu développes des aptitudes nouvelles. Pas celles que tu aurais désirées, ni ce qui impressionne en société. Plutôt des compétences pratiques et modestes : repérer les chaises disponibles, évaluer la durée acceptable d’une conversation debout, prévoir des sorties de secours. Tu deviens stratège à petite échelle adepte de l’efficacité. Rien d’héroïque ni de spectaculaire, mais du concret.
Progressivement, tu te coupes des gens. Tu apprends à dire au revoir. Sans cérémonie. Un jour, tu peux encore envisager beaucoup de choses. Le lendemain, beaucoup moins. Cette alternance devient familière. L’espoir revient, repart, revient encore, sans prévenir, sans logique apparente. Tu ne sais plus qui tu es vraiment. L'as-tu jamais su d'ailleurs ?
Change aussi ton rapport au temps. Avant, tu pensais en semaines, en projets, en échéances. Maintenant, tu raisonnes par plages supportables. Une heure correcte devient une réussite. Deux, un luxe. Le futur s’organise à court terme, avec des hypothèses prudentes. Tout engagement s'accompagne d’un astérisque mental. 
 Et puis il y a aussi cette comparaison permanente avec toi-même. Les autres, tu les as déjà mis hors concours. Mais ta version antérieure ? Elle se rappelle avec insistance. Chaque journée devient un exercice d’évaluation : est-ce suffisant ? est-ce acceptable ? Puis, parfois, sans que tu ne saches pourquoi, quelque chose se décale. Pas une amélioration franche, non. Plutôt une forme d’ajustement. Tu cesses d’attendre le retour à l’identique. Tu commences à composer avec ce qui est là. Non par sagesse, plutôt par pragmatisme. Ce n’est pas un renoncement glorieux. C’est un accord tacite. On fait avec. Avec ce qui reste possible et surtout  sans tout ce qui manque désormais. Tu avances autrement. Lentement, souvent. Pas pour te rassurer, mais parce que c’est plus viable ainsi.

Renoncer devient donc un principe récurrent. Tu ne t'es pas levé un matin avec cette résolution. C’est plus discret que ça. Tu t'aperçois un beau jour que malgré toi tu as simplement cessé d’insister. Tu ne forces plus certaines situations. Tu arrêtes de chercher à prouver. Te prouver. Tu laisses tomber des objectifs qui demandaient une énergie dont tu es désormais dépourvu. A peine en as tu pris conscence que le mot t'effraie. Renoncer sonne comme un aveu d’échec, une capitulation mal formulée. Puis, à l’usage, il perd un peu de sa charge morale. Tu réalises que renoncer, dans certains cas, consiste surtout à arrêter de se battre contre des contraintes réelles. A quoi bon ? l’entêtement coûte si cher. Il y a les renoncements visibles. Ceux que parfois tu expliques. Une activité qu’on abandonne, un rythme qu’on ralentit, une ambition qu’on met en pause pour une durée indéterminée pour ne pas dire définitive. Et il y a les autres. Ceux que tu ne te formules même pas. Les projections que tu ne fais plus. Les comparaisons que tu évites. Les phrases commençant par plus tard, tu les rayes de son vocabulaire. Renoncer oblige à trier. Tout ne peut plus rester. Certaines choses deviennent non négociables : le repos, les limites, une forme minimale de stabilité. Le reste est soumis à conditions. Ce n’est pas une philosophie élaborée, plutôt une gestion serrée des ressources. Étrangement, renoncer ne produit pas que de la perte. Il y a un soulagement discret à ne plus poursuivre l’impossible. À ne plus expliquer pourquoi on n’y arrive pas. À ne plus promettre ce qu’on ne pourra peut-être pas tenir. Le regard sur soi se modifie légèrement. Moins de reproches, un peu plus de lucidité. Ce n’est pas une victoire. Ce n’est pas non plus une défaite claire. C’est un ajustement permanent. Une manière de rester debout sans s’acharner. Renoncer, n'est pas abandonner toute perspective. Cela consiste juste à choisir ce qui mérite encore d’être tenté — et accepter, sans discours excessif, que tout le reste n’en fait plus partie. 

Vient bien sûr le moment où la mort entre dans le champ de ta réflexion et s’ajoute simplement à la liste des sujets qui méritent qu'on s'y attarde. Avant, elle appartenait à une catégorie abstraite, relevant de l'hypothèse, réservée aux autres, aux statistiques faisant l'objet de considérations métaphysiques entre amis à des heures d'ébriété tardives. Maintenant, elle est là comme une possibilité concevable, en exclusivité pour toi. Pas imminente, certes mais pas si lointaine. Suffisamment pour modifier légèrement les calculs. Ce n’est pas une pensée constante. Elle apparaît par intermittence. Souvent quand le corps rappelle ses limites, ou quand la fatigue rend les projections moins crédibles. Tu ne te dis pas nécessairement je vais mourir bientôt. Tu penses plutôt : et si je ne récupère pas. La nuance est importante. Elle évite le pathos tout en restant inconfortable. La peur, quand elle se manifeste, est assez pragmatique. Pas tant de disparaître que de laisser des choses en suspens. Des phrases non dites. Des décisions repoussées. Des mécompréhensions irrésolues. Des explications jamais formulées parce qu’il restait, pensais-tu, du temps. La mort ne fait pas peur pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle interrompt. Et cette idée devenue présence change aussi le rapport au reste. Certaines préoccupations perdent de leur poids. L’énergie manque pour les maintenir. Les conflits inutiles, les attentes excessives, les obligations sociales mal choisies passent à la trappe sans grand débat intérieur. Il n’y a pas de révélation. Pas de paix définitive. Juste une conscience plus nette de la finitude. Elle ne rend pas la vie plus belle au sens habituel du terme. Elle la rend plus précise. Plus limitée. Et, d’une certaine façon, plus honnête. La mort, finalement, ne devient ni une ennemie déclarée ni une idée réconfortante. Elle reste là, en arrière-plan, rappel silencieux que tout ne sera pas réglé, que tout ne sera pas accompli, et que vivre, dans ces conditions, consiste peut-être simplement à continuer tant que c’est possible. Et tout ne tient plus dès lors que dans ces cinq dernières syllabes. Tant que c'est possible.

lundi 9 juin 2025

La Tombe de Carlos Fuentes

 
Voilà
"Je n'ai rien contre les cimetières, je m'y promène assez volontiers, plus volontiers qu'ailleurs je crois, quand je suis obligé de sortir. J'erre les mains derrière le dos parmi les pierres, les droites, les plates, les penchées, et je butine les inscriptions. Elles ne m'ont jamais déçu les inscriptions, il y en a toujours trois ou quatre d'une telle drôlerie que je dois m'agripper à la croix, à la stèle ou à l'ange, pour ne pas tomber" écrit Samuel Beckett dans "Premier amour". 
Comme je vis non loin du cimetière où se situe sa tombe (sobre et sans grand intérêt), où en outre, reposent, comme on dit, de nombreuses autres célébrités, et que parfois, surtout aux beaux jours, cela offre un excellent raccourci pour me rendre à Montparnasse ou pour revenir chez moi (lorsque par exemple je me rends au marché Edgar Quinet, le samedi matin), je me retrouve parfois dans des dispositions semblables à celles décrites dans ce passage.
Il y a quelques temps, passant, avec mon cabas plein de légumes de fruits et de poissons, devant la stèle de Carlos Fuentes, où n'est inscrite que sa date de naissance, j'ai soudain réalisé qu'il devait être pourtant bien mort, et en effet, il a trépassé en Mai 2012 au Mexique. Il paraît que ses cendres ont été ramenées à Paris mais personne n'a pris soin de graver sur sa tombe l'année de son décès. J’ai aussi été étonné par le fait que ses deux enfants soient morts si prématurément.
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lundi 8 avril 2024

L'Huître et le Néant


 
Voilà,
j'ignore qui repose sous cette tombe ni si les coquilles d'huîtres sont destinées à demeurer dessus. 
Je me suis beaucoup questionné sur cette"installation". 
Est-ce la sépulture d'un écailleur d'une des grandes brasseries du quartier ?
Celle de quelqu'un qui avait souhaité que ses amis dégustent des huîtres au jour de son inhumation.
J'ai retrouvé des épitaphes de gens plus ou moins célèbres notées sur mon smartphone
Ici repose celui dont le nom était écrit dans l'eau (John Keats)
je meurs vraiment au dessus de mes moyens (Oscar Wilde)
Je perds mes dents je meurs en détail (Voltaire)
Huit jours avec la fièvre j'aurais eu encore le temps d'écrire un livre (Balzac)
maintenant je sais quelque chose que tu ne sais pas
ici repose un athée tout habillé qui ne sait où aller
Ils étaient bons ces champignons
Je vous l'avais dit que j'étais malade
Mon dernier rôle est un rôle de décomposition 
Enfin seul (Arman)  
J'ai fait ce que j'ai pu, que ceux qui le peuvent fassent mieux ( Stanislaw Lem)

mardi 5 décembre 2023

Cimetière de Guéthary

 
 
Voilà,
le cimetière de Guéthary compte parmi les plus charmants de ceux que je connais. Selon le philosophe François Jullien, "le paysage est de l’ici, mais traversé d’au-delà". Sa définition s'oppose à la conception occidentale qui considère le paysage comme la partie d’un pays qui s'offrirait à nous comme un spectacle. Il y a beaucoup d’au-delà en ce lieu ouvert sur le grand large. Les vents et les eaux se mêlent dans l’air qu'on y respire. Cette vue se laisse appréhender comme une construction mentale, en résonance, en "connivence" avec soi. C'est peut-être après tout ce vers quoi veut tendre chaque photo.

mercredi 1 novembre 2023

Il y a peu de morts entières

 
Voilà
Il y a peu de morts entières. 
Les cimetières sont pleins de fraudes.
les rues sont pleines de fantômes.

Il y a peu de morts entières.
Mais l'oiseau sait sur quelle ultime branche il se pose
et l'arbre sait où prend enfin l'oiseau.

Il y a peu de morts entières. 
La mort est chaque fois plus incertaine.
La mort est une expérience de la vie. 
Et l'on a besoin parfois de deux vies
 pour pouvoir compléter une mort.

Il y a peu de morts entières.
Les cloches sonnent toujours de même.
Mais la réalité n'offre plus de garantie 
et il ne suffit pas de vivre pour mourir.
(Roberto Juarroz)

vendredi 23 septembre 2022

Face à Face


Voilà,
choses qui semblent pas si mal bien des années après : en cherchant dans mes fichiers, une toute autre photo pour ce blog, photo que bien évidemment je ne retrouve pas, en dépit du soin que je mets à les classer (mais il y en a beaucoup), je suis tombé sur celle-ci, prise au Père-Lachaise en octobre 2012, dont je ne me souvenais plus. C'est la sépulture de Fernand Arbelot, né en 1880, décédé en 1942 et seulement connu pour sa tombe !  Forgée dans le bronze par le sculpteur et peintre belge Adolphe Wansart, elle représente le gîsant d’un homme (s'agit-il du défunt ?) tenant entre ses mains le visage d’une femme, peut-être son épouse qui repose dans le même caveau. Au pied du gisant une épitaphe : "Ils furent émerveillés du beau voyage qui les mena jusqu'au bout de la vie"

mercredi 26 mai 2021

Le Mur des Fédérés

Voilà,
ces jours-ci marquent le 150ème anniversaire de la semaine sanglante de la Commune. Comme l'histoire est écrite par les vainqueurs, et qu'aujourd'hui en France la gauche est moribonde, il n'en est guère fait mention ces derniers temps et on ne le commémore plus. Le mur des Fédérés, constitue une partie de l'enceinte du cimetière du Père-Lachaise. Là, 147 fédérés, combattants de la Commune, ont, à la fin du mois de , été fusillés par l'armée versaillaise puis jetés dans une fosse commune ouverte au pied du mur. Depuis lors, ce lieu symbolise la lutte pour la liberté, la nation et les idéaux des communards. Ce bas-relief créé en 1909 par Paul Moreau-Vauthier avec les pierres originales du mur portant encore les impacts de balles surprend par ces nombreuses silhouettes fantomatiques comme moulées dans la pierre. Il se veut cependant un  hommage à toutes les victimes des révolutions. En son centre, une allégorie de la Justice tente d’arrêter les deux clans ennemis. Une citation de Victor Hugo  y proclame aussi "Ce que nous demandons à l’avenir, ce que nous voulons de lui, c’est la justice ce n’est pas la vengeance". L'occasion de rappeler ici cette histoire que les britanniques aiment bien raconter à propos de notre nation : "si les français aiment tant les guerres civiles c'est que ce sont les seules qu'ils sont sûrs de pouvoir gagner". On ne louera jamais assez, l'humour anglais et les vertus de ce peuple qui nous a débarrassé de Napoléon.
(Linked with Monday Murals

jeudi 22 octobre 2020

Transformer les morts en diamants

 

Voilà,
j'ai lu qu'à Hong-Kong, faute de place on transforme les morts en diamants. Comme ne l'a pas dit Confucius, "si ta vie n'a pas été brillante ta mort peut le devenir". Et je me suis rappelé ces larges avenues du cimetière chinois de Manille, ses tombes bâties comme des villas, et l'allée des nouveaux-nés avec son panier de basket. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 26 septembre 2018

Opposition


Voilà,
il y a quelque temps, Châteaudouble, village cher à mon cœur, pour tous les bons souvenirs que j'en ai, a fait la une de l'actualité en raison de l'opposition de ses habitants à la visite de la cheffe du parti d'extrême-droite venue là pour contester l'installation temporaire de 72 migrants. L'occasion de revoir des visages connus dans mon adolescence et de constater avec fierté qu'il n'ont perdu ni leur humour ni leur insolence. À part ça, entendre cette femme prononcer "Châteaudouble", me choque terriblement. Autant que le le fait qu'elle ait pu tenter d'y mettre les pieds sans prévenir le maire du village pour tenter un coup médiatique. Je n'avais jamais imaginé que ces deux mondes puissent un jour se rencontrer.

mardi 15 mai 2018

Retouche au billet de la veille


Voilà,
c'est toujours pareil, chaque fois que je cède à un petit accès d'optimisme, oh pas grand chose, une timide invocation à la beauté, une modeste tentative, comme je l'ai fait hier, d'évoquer le sel de la vie et la douceur des choses simples — ce qui n'est pas dans ma nature, bien des publications de ce blog l'attestent —, l'actualité me rattrape. Clément Rosset écrivait "Je suis le mot de Terrtullien, "credo quia absurdum", je crois parce que c'est absurde. Aussi paradoxal que cela puisse paraître la conception tragique de la vie peut nourrir du pessimisme, mais peut aussi attiser la joie de vivre en ce que celle-ci peut entendre les raisons de condamner la vie, de maudire toutes les tristesses et les misères qui lui sont attachées et cependant résister à toutes les raisons qui lui sont contraires. C'est une expérience ultime de la joie.". Mais intégrer la connaissance du pire à un exercice jubilatoire de la vie me semble nécessiter une force physique et morale qui me fait défaut. Les signes de plus en plus nombreux de détérioration de l'Etat du monde, la folie meurtrière qui s'empare des dirigeants de certains pays, et bien d'autres choses ont plutôt tendance à m'accabler. Alors j'écoute de la musique.  C'est une façon illusoire de se couper du monde. Cette nuit j'ai découvert la messe pour double chœur de Frank Martin (la connais-tu Bill ?), et hier le minuscule cimetière de Charonne où je n'étais encore jamais venu, dans le quartier Saint Blaise, et où je repasserai car je n'avais pas beaucoup de temps devant moi pour m'y attarder. J'ai tout de même réalisé une vue qui sous un certain angle donne l'illusion d'un autre temps (que j'ai accentué par un tirage sépia), puisqu'on n'y aperçoit pas les hautes tours qui cernent le quartier. W.G. Sebald écrivait :  "J'ai toujours ce sentiment, avec les photographies, qu'elles exercent un attrait sur le spectateur, et qu'elles le font sortir pour ainsi dire prodigieusement du monde réel dans un monde irréel, un monde dont on ne sait pas exactement comment il est constitué, mais dont on pressent néanmoins qu'il est là". Et pas tout à fait, serais-je tenté d'ajouter.


Au fond du cimetière, il y a une petite dalle surélevée de trois marches avec cette statue sur le socle de laquelle sont inscrits les mots suivants : "Ycy repose Bègue dit Magloire, peintre en bâtiments, patriote, poète, philosophe et secrétaire de Monsieur de Robespierre, 1793".  Je ne sais pas pourquoi ce petit monument m'a touché. En fait après une brève recherche, j'ai appris que ce Père Magloire était ce qu'on appelle aujourd'hui, un "gros mytho".

mardi 13 février 2018

Marcher, dit-il (pastiche)



Voilà,
marcher dit-il, il faut faire cela. Il le faut. Marcher. Manger moins, aussi, bien sûr. Ne pas grignoter. Mais surtout marcher. D'un bon pas. Il me regarde par en-dessous. Il a son petit sourire en coin. Il a souvent ce petit sourire, le médecin. Un petit sourire qui en dit long sans vraiment le dire. En coin. Il insiste. Il n'y a pas de secret. L'exercice. Il répète "l'exercice". Trois fois, oui trois fois le tour du Luxembourg, Deux fois par semaine. C'est sa proposition. Je l'entends. Je ne peux pas ne pas l'entendre. Le Luxembourg c'est loin. Pense-t-il vraiment que j'habite près du Luxembourg. Le jardin je veux dire. Car c'est du jardin dont il a parlé. Pas le duché. Ça non, cela ne peut pas être le duché. Je ferai trois fois le tour. Il a suggéré cela. Non, pas suggéré, fermement indiqué. Oui, il se peut qu'il y ait eu de la fermeté dans la voix. Je ne sais plus. C'est comme ça pourtant que je m'en souviens maintenant. Trois fois le tour. Mais pas du Luxembourg. Du cimetière plutôt. C'est cela que je décide. J'ai mon mot à dire. Du cimetière Montparnasse. C'est plus près. Pour marcher. Pour moi, marcher d'un bon pas comme il a dit. Avec insistance. Marcher. Mettre un pied devant l'autre. Et avancer. Je crois que c'est possible d'y arriver.
Je l'ai fait. Pas tout de suite. Il a fallu laisser venir le besoin. Ou la peur. Pas la peur de marcher. Celle d'engraisser plutôt. Oui c'est ça, en fait. Faire du gras, faire du bide, gonfler, se déformer. Alors marcher dans un cimetière parmi les allongés. Il y a de la Mort dans un cimetière. Une mort régnante sans nom. Il y a de la peur aussi. Beaucoup. C'est là qu'ils reposent les morts. Nombreux il sont nombreux. Ils savent eux. Désormais. La mort c'est une question dont on ne peut pas faire le tour. Non. Jamais. Le tour du cimetière on peut le faire. Il faudrait oser le dire. Au médecin, qu'on a choisi le cimetière plutôt que le jardin. Mais peut-être n'est ce pas nécessaire. Au jardin elle n'y est pas. Au cimetière oui, elle est là. Avec la mendiante. On la voit parfois. La mendiante de Savanaketh. Qui marche parmi les tombes. Toute maigre. C'est cela, ressembler à la mendiante et marcher. Et aussi Anne-Marie Stretter. Là-bas. Dans une autre division. Elle y est aussi. C'est bien, qu'elle y soit. Son nom de Stretter dans Montparnasse désert. Seule, forcément seule, sous sa pierre blanche qui n'a jamais marqué de jour. Où personne jamais ne vient se recueillir. Mais là quand même. Trop loin de Marguerite allongée près de la sortie, qui est aussi une entrée. Près de la sortie ou de l'entrée comme Sartre, mais pas du même côté. Sartre il n'a jamais affronté l'écriture pure. Pas de chair chez Sartre elle a dit Margot, un jour. C'est ça qu'elle a dit. Elle non plus maintenant, elle n'a plus de chair. il faut le crier ça. Comme le vice-consul. Il n'y a plus de chair sous la tombe. Sur la tombe, il y a ce pot. Avec des stylos. Beaucoup. Beaucoup oui, de stylos. Pour écrire. Pour vouloir écrire. Il y a les deux lettres M et D.  ça fait M.D. Et Yann Andréa. Il y est. Il est venu. Il a fini par venir. Elle n'est pas seule Margot. Je regarde le pot. Sous le pot il y a Yann il y a Margot. A-t-elle a gardé ses lunettes Margot. Ça pourrait faire une chanson. Il faudrait que j'y pense. En marchant, que j'y pense, oui avec de bonnes chaussures.

vendredi 9 février 2018

Tombe de Jacques Demy

cimetière Montparnasse

Voilà,
au cimetière Montparnasse, discrète à l'ombre d'un pin, se trouve la tombe de Jacques Demy, le réalisateur, parmi de nombreux autres, du film "Les Demoiselles de Rochefort". Sa veuve Agnès Varda, elle aussi réalisatrice, l'y rejoindra. c'est écrit sur la pierre. C'est à ma connaissance la seule tombe près de laquelle se trouve un banc. Je je me suis toujours demandé si c'est elle  — dont j'ai souvent l'impression que rien ne peut lui résister — qui a réussi à obtenir l'autorisation de le faire installer. Le fait qu'il soit un peu comme elle, très bas, me le laisse supputer. Aux beaux jours, c'est indiscutablement un endroit plutôt paisible, et comme dirait ma fille "c'est bien il y a du réseau." 

mardi 30 janvier 2018

Tombe de Cesar Vallejo

Poète déclamant sur la tombe de Cesar Vallejo

Voilà,
passant samedi dernier par le cimetière Montparnasse pour rentrer chez moi, j'ai consulté le plan avec les tombes des célébrités et j'ai découvert à ma grande surprise que Cioran y était enterré. Alors que je cherchais l'emplacement de son caveau sans toutefois pouvoir le trouver, non loin de là je perçus un grand vacarme. Très exalté et avec une emphase qui me parut plutôt ridicule, un péruvien au visage simiesque déclamait en espagnol des poèmes de Cesar Vallejo près de sa sépulture. A ses côtés, la femme qui l'accompagnait mimait parfois certains vers, agitant les mains et faisant des mines avec son visage.  Quelqu'un les filmait. A un moment, l'homme perdit sa page à cause d'un coup de vent, et il fallut recommencer la prise.

vendredi 13 avril 2012

Cimetière chinois


Voilà,
en cherchant autre chose je suis retombé sur cette photo prise il y a longtemps au cimetière chinois de Manille, un vendredi après midi, ce détail a son importance. Le cimetière chinois ressemble à un petit village de vacances. Les tombes sont en fait de véritables villas aux architectures contrastées, certaines traditionnelles en forme de pagodes, d'autres plus récentes dans le genre pavillonnaire avec des jardinets. Le week-end, les riches familles qui ont des concessions là, viennent tenir compagnie aux ancêtres et y partager leur repas. Parfois, on y amène le cochon que l'on va griller au barbecue. Celui-là, ne passerait pas la semaine c'était sûr. Je crois que l'enfant le savait. Ce moment si redouté, auquel il ne voulait pas penser, il n'allait pas tarder à arriver. Depuis ce jour, dans mon existence il y a ce petit garçon grave, méditatif et peut-être mélancolique, qui partage les dernières heures du condamné afin de le réconforter. Peut-être lui adresse-t-il de secrètes prières en le caressant affectueusement. Bien sûr c'est une interprétation. C'est ce que j'ai cru comprendre de cette scène aperçue entre les tombes, dans le silence de ma promenade, par une chaude après-midi d'avril. C'était si surprenant et incongru comme ce panier de basket à Baby lane, la section réservée aux enfants morts-nés relégués dans leurs limbes de pierre. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 14 février 2012

La tombe de Franz Kafka


Voilà
une curieuse coïncidence. A. me fait parvenir hier soir et sans que je n'en comprenne vraiment la raison, un extrait de "La lettre au père" de Franz Kafka. Or dans les heures qui précèdent je viens tout juste de scanner cette photo prise à Prague durant l'été 86. A l'entrée du cimetière de Straschnitz, des gens vendaient des fruits enveloppés dans des caissettes à pâtisserie. Nous en avions acheté afin d'utiliser faute de kippa, l'emballage pour nous couvrir comme il est d'usage dans un cimetière juif. Que Kafka, dont l'œuvre témoigne d'une singulière solitude, fût enterré dans le même caveau que ses parents, et en particulier avec son père, m'avait à l'époque je m'en souviens, quelque peu perturbé. Deux saisons de suite j'avais joué le spectacle "Rêves de Kafka" et j'étais très ému de me retrouver là. J'ai déposé quelques cailloux sur sa tombe. J'aime cette photo prise par la Primevère. Je ne réalisais pas alors à quel point Pascal était le sosie de Franz... 

lundi 30 janvier 2012

Père-Lachaise


Voilà
"Si l'on exprime la grande défaite inévitable qui nous attend tous, cela doit être fait dans les limites strictes qu'imposent la dignité et la beauté" (Léonard Cohen). Puisqu'une fois encore, L.C nous gratifie d'un opus aussi déluré que les précédents, plein de joie et d'optimisme, je m'autorise à publier cette photo, qui je crois, répond à la fois à sa consigne, à mon goût des ruines et des choses abandonnées, ainsi qu'à une utilisation vertueuse du grand angle et de la contre plongée. Après tout, moi aussi je peux céder à un moment d'auto-congratulation néo-gothique.

lundi 23 janvier 2012

Près de la tombe de Jim Morrisson



Voilà
le tronc de l'arbre qui se dresse près de la sépulture de Jim Morrisson, est recouvert de graffiti et de chewing-gum collés. La tombe elle-même est protégée par des barrières pour qu'elle ne soit pas dégradée comme ce fut le cas à plusieurs reprises. Depuis, me dit un gardien chargé de surveiller l'endroit, il y a 24 maîtres-chiens avec leurs bergers allemands qui font des rondes la nuit au Père-Lachaise. Même un lundi de janvier entre midi et deux, beaucoup de monde s'attarde. L'arbre est très photographié. D'ailleurs pour ma part, j'étais content d'y retrouver un peu de K.Weil et de Brecht...
 

Alabama Song
 
Je me souviens des matins au 41 Westbere Road à Londres et de ce que faisait Olivier pour réveiller toute la maisonnée : il posait l'aiguille sur le disque, mettait le volume à fond. C'était l'intro à la guitare, quasi métallique avec une légère réverbération, puis le son aigrelet et un peu cristallin de l'orgue, la lourde entrée de basse relayée par une batterie assez martiale, ensuite "I took a trip down to l'America, l'America l'America" etc... Si tu n'avais pas la pêche après.... Ecrivant cela je réalise que cela fait quarante ans que ce disque est sorti. Putain quarante ans déjà !

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