Voilà,
je ne suis pas le seul à être moralement laminé par la montée de l'extrême-droite,
par la destruction de Gaza, par la famine au Soudan, par l’impérialisme russe et ses crimes de guerre, par la folie meurtrière de certains dirigeants, par le mépris croissant à l’égard de la culture, par le triomphe
de politiques stupides et arrogantes, par la pauvreté qui augmente, par
la loi de présomption d’innocence de la police récemment votée en France
dans un contexte d'explosion des violences policières, par le désordre
climatique, la sécheresse et les incendies par-ci les inondations et les glissements de terrains par là, et par tant et tant de choses encore que je n'ai même plus la force de
nommer. Weltschmerz désigne, en allemand, un état de souffrance morale né du décalage entre le monde tel qu’il est et celui auquel on aspire. La langue allemande est vraiment formidable, tu assembles des mots pour en faire des nouveaux, comme dans un jeu de construction. La langue allemande a une solution à tout, sauf aux pulsions génocidaires qui peuvent saisir tout un peuple en peu de temps. "C'est donc ça je suis en plein Weltschmerz" pensai-je, ce soir là, en passant devant la mairie du quatorzième après une trop brève et à peine rafraîchissante, pluie d’été. À défaut de soulager, ça réconforte un tantinet de savoir qu'un mot existe déjà pour nommer une sensation qu'on éprouve. On se sent moins égaré, n'est-ce pas ⸮
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