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mercredi 21 juin 2023

Pour quelques jours


Voilà

Été : être pour quelques jours
le contemporain des roses ;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette sœur
en d'autres roses absente.

Rainer Maria Rilke 

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lundi 31 octobre 2022

Trick-or-treat

 
Voilà  
cette nuit j'ai rêvé que quelqu'un m'insultait presque, pour la simple raison que je n'écrivais que des choses sinistres sur mon blog et que, disait-elle, ça commençait à bien faire ces conneries. Aujourd'hui à Kiev, temps clair, vitesse du vent 11 km/h. La température était de 12°. Cette nuit le thermomètre descendra en dessous de 0. Durant la journée, du fait de frappes massives russes sur l'ensemble du territoire, plusieurs quartiers de la ville ont été privés d’électricité tout comme des centaines de localités dans les sept régions d'Ukraine. En outre, à ce jour , et pour les mêmes raisons, 80 % des habitants de la capitale ne disposaient toujours pas d' approvisionnement en eau. Ce soir, un peu partout en Europe de l'ouest et aux USA les gens fêteront Halloween. Citrouilles, toiles d'araignées, squelettes, trik-or-treat, Joker.

samedi 20 février 2021

Tisanes onguents et gargarismes


Voilà,
tu te lèves au milieu de la nuit. Fièvre. Tu prends la résolution de laver ton linge. Au cas où. Sait on jamais. Ton cerveau comme une boule de mousse qu'une main hargneuse s'emploierait à lacérer à coups de fourchette. Maladresse. Lessive liquide, tu la renverses. Te reviennent en mémoire les insultes de la Prédatrice lorsque tu étais enfant. Tu en es encore là penses tu. Allez du nerf ! Absolument pas question que cette vieille carne te survive. Programme à 60°. Puis tisanes, onguents, gargarismes. Puis marcher dans l'appartement monter et redescendre l'escalier pour se sentir vivant. Puis au passage un petit coup de Rhum de la Dominique avec du miel dans la tisane de thym. D'ailleurs c'est peut-être elle la correctrice anonyme, celle qui te l'avait ramené lors de ce funeste et lointain décembre. Puis contempler le chaos de cet appartement. toutes les choses en plan. La semaine dernière tu étais bien parti pourtant. Maintenant incapable de lire.  Quelques vidéos. Hier matin, ce documentaire sur le Caravage. Une bonne raison pour aller à Naples, Syracuse, Malte. Mais quand ? Tiens une petite inhalation. Assainir les bronches. Retourner se coucher. Souvenirs. Autrefois tu réalisais des Polareliefs. Tu étais bien plus vigoureux alors. Il y avait encore dans ta vie, place pour la désinvolture.
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mercredi 4 novembre 2020

Mes nouveaux copains


Voilà,
l’automne est un peu frais, mais lumineux. Sur la première photo on peut apercevoir mes deux nouveaux copains qui me permettent, dans le cadre légal de l'heure de sortie que je suis en droit de m'octroyer, d’accomplir un effort physique bref et intense. Sur le vélo elliptique je peux observer le bleu du ciel entre les frondaisons et contempler ce petit hêtre tortillard (tel est son nom) en me rappelant quelques enfants riches qui peuvent profiter d'une telle présence dans le jardin de leur propriété familiale, et pour lesquels l'été, il est bien agréable d'y trouver un abri sous le feuillage, et de s'y faire une cabane naturelle. 
Pour accompagner ce laborieux exercice, j'écoutais ce matin une de ces vieilles playlists dont j'ai déjà parlé, me laissant emporter dans des divagations que favorise le mouvement répétitif. Je songeais aux possibilités demeurées virtuelles, aux occasions qui ne furent pas saisies, aux fausses routes et au contingences qui m'ont mené là, doutant d'avoir maîtrisé grand chose dans ma vie.

dimanche 25 mars 2018

Reconnaître


Voilà,
je me demande souvent pourquoi je parviens à identifier – péniblement – certaines personnes et pas d'autres. Comment se fait-il que je sois dans cet état de distraction permanent vis-à-vis des visages ? Distraction qui confine à l'angoisse lorsque l'un d'entre eux m'évoque vaguement quelque chose sans que je ne puisse pour autant le situer, et qui redouble si je réalise que ce visage, lui par contre, me reconnaît. Oui, bien sûr je peux mettre cette confusion sur le compte de ma vue déficiente, et que longtemps hypermétrope, j'ai plutôt eu tendance à me focaliser sur le lointain. À moins que cela soit lié à ma méfiance viscérale des autres, ou au sentiment de solitude éprouvé dès l'enfance, quand je me sentais étranger à ces géniteurs qui très tôt m'ont fait honte, bien avant que je sois en mesure d'en formuler les raisons, et dans lesquels je ne voulais précisément pas me reconnaître, sentiment de solitude qui a fait de moi un être souvent reclus, dès l'enfance et même par la suite lorsque je faisais un métier public. De là peut-être, mon goût pour les reflets, les images indécises, transformées déformées, déréalisées...
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samedi 22 juillet 2017

Une soudaine Disparition


Voilà,
son écriture élégante traduisait une pensée fine subtile et nuancée. À la fois sensible et toujours accessible elle contribuait souvent au réconfort. Il y avait eu ce livre un jour, comme une révélation, où, entre autres, elle racontait cette histoire de l'homme sauvant un enfant de la noyade. Elle y développait, s'appuyant sur Husserl, toute une réflexion sur la notion d'événement. Elle écrivait "l'événement transcende notre capacité à le penser puisque la pensée naît précisément de ce heurt entre le réel et ce qui nous parvient". Aujourd'hui, pour le moment, l'événement, c'est un fait divers dans un journal local. Je l'ai appris hier, en rentrant à la cinémathèque. J'étais abasourdi. Je me suis rappelé que pendant quelques mois j'ai gravi le raide escalier qui menait à son cabinet. Je me souviens de la photo de Cartier-Bresson des trois indiennes au bord du Gange et des fenêtres ouvertes donnant sur les toits. De sa voix douce. Il m'arrivait de pleurer parfois. Un jour je ne suis pas revenu. Le protocole ne me convenait pas, je crois. Peut-être n'étais-je arrivé là, simplement parce que je désirais la connaître. Quelques semaines après, j'ai commencé ce blog, et il est  fort probable qu'il y ait un lien. Plus tard, je lui ai envoyé une lettre, pour qu'elle sache qu'en dépit de sa brièveté, notre rencontre n'avait pas été pour moi sans suite. Je tenais à la remercier de ces quelques moments d'échange. Je suis content de l'avoir fait. Hier, elle a sombré.  "Addaghaya" est le mot sanskrit pour désigner une mort accidentelle ou prématurée.  Elle n'est plus de ce monde. Je n'arrive pas à réaliser. Ses livres toujours à portée de main, qu'il fait bon relire de temps à autre, parce que l'intelligence soulage parfois, cette nuit, je ne parviens pas à m'en saisir. 

dimanche 2 juillet 2017

Menus détails (2)






Voilà,
dans le courant des années 2009 et 2010, j'ai frénétiquement photographié des fragments de surfaces de toutes sortes dont le caractère, flou, énigmatique m'intriguait. Je les transformais ensuite en faux polaroïds pour des raisons déjà expliquées dans ce blog il y a longtemps de cela. Retrouvant ces formats rassemblés dans un dossier, il me vient l'envie d'en faire une grande page. Je ne suis pourtant pas ce que la langue allemande désigne sous le nom de Korinthenkaker : quelqu'un obsédé par les détails sans importance. Le fait qu'ils suscitent parfois mon attention me rassure et m'apaise. Contrairement à ce qu'affirme un proverbe, ce n'est pas le diable qui s'y cache, mais au contraire un ange bienveillant qui me rappelle que la beauté peut s'offrir au cœur de toute chose

dimanche 1 mai 2016

Volumes


Voilà,
les nazis, interdisaient au déportés auxquels ils infligeaient de déterrer des cadavres d'autres juifs de les nommer en tant que corps mais plutôt en tant que "figuren" ou "puppen". Dans l'entreprise, les employés sont des collaborateurs. Si un collaborateur sollicite du renfort pour son service il demandera à la direction des ressources humaines un "Equivalent temps plein" une "ressource" ou même des jours/hommes. Le jour-homme est une unité de mesure correspondant au travail d'une personne pendant une journée. Ainsi un projet qui demande dix jours-hommes peut théoriquement nécessiter le travail d'un homme pendant dix jours, de dix hommes pendant un jour ou encore de deux hommes pendant cinq jours. Le langage de l'entreprise relève de la même logique comptable et concentrationnaire. L'homme y est détruit moins brutalement et accepte sa servitude pour un salaire dont la valeur se réduit au fil des ans. Mais la tendance au démantèlement des lois sur le travail répond aux exigences d'un patronat dont l'objectif est de réduire toute main d'œuvre à l'esclavage. Mais un esclavage consenti dont la contrepartie serait le droit sinon le devoir de consommer toute la merde qu'on lui intime de fabriquer à bas coût et de faire circuler. Quoiqu'il en soit aujourd'hui c'est la fête du travail.

lundi 9 novembre 2015

Journal d'un bourgeois de Paris sous la révolution


Voilà,
un été à Chateaudouble, j'ai lu avec plaisir ce "Journal d'un bourgeois de Paris sous la révolution" qui était dans la bibliothèque de Philippe et Dominique. Je l'ai retrouvé récemment sur le net et en ai fait l'acquisition. Relisant certains passages je crois me souvenir que Roland Barthes a écrit quelque part que durant mai 68, il jouait du piano, mais je n'en suis plus très sûr. Cela me fait aussi penser à un texte de Benchley dans "Le supplice des weekend" où il est question de ces gens qui passent à côté des événements historiques sans même s'en rendre compte.

mercredi 16 septembre 2015

lundi 7 septembre 2015

Lectures à venir


Voilà,
ne reste plus qu'à dégager ce qui encombre inutilement l'esprit et trouver du temps 
ce soir peut-être je me coucherai tôt

dimanche 23 août 2015

Transpiration


Voilà,
le jeune homme porte un paquet plutôt encombrant, contenant semble-t-il une machine à café. Sans doute sort-il du magasin d'électroménager tout proche. Marchant deux pas derrière lui, les bras ballants, une femme beaucoup plus âgée, peut-être sa mère s'exclame "comment ça se fait que tu transpires comme ça, c'est nouveau ?!" Il fait quand même 26°, il est midi, et en plus cette connasse (oui il n'y a qu'une mère pour faire une réflexion aussi conne) semble ignorer quelques détails sur l'époque. Non mais franchement il y a des tartes dans la gueule qui se perdent. Un peu plus tard, me voilà face à ce mur. Je me souviens alors des Polaroïds qu'on prenait il y a une trentaine d'années quand on faisait des repérages. Ce mur, ce pauvre mur me paraît tout à coup digne d'intérêt, sans doute à cause de cette mauvaise herbe, seul signe de résistance dans cet univers minéral absurde. En même temps je m'aperçois que moi aussi je transpire beaucoup 

lundi 27 avril 2015

La voix de Michel Boujut

Voilà,
tout à coup dans la nuit, il y a la voix de Michel Boujut... Miracle des podcasts, la radio rediffuse un entretien qu'il a donné autrefois et que j'avais relaté fin 2012. Et c'est comme si jamais il ne nous avait quittés. Il y évoque Wim Wenders qui, dit-il, a été une révélation pour lui. Raconte que ses films l'ont accompagné ainsi que ceux de sa génération. Se rappelle en avoir entendu parler pour la première fois sur une autoroute la nuit, alors qu'il écoutait le pop-club de José Artur. Pour ma part, je m'en souviens comme d'un baba cool un peu arrogant, interviewé pour la télévision sur la croisette au sujet de son film "Au Fil du temps". Je l'avais à première vue trouvé assez déplaisant. Mais la vision de son film quelques semaines après, avait constitué un véritable choc esthétique. A la projection, il y a quelques semaines de son dernier opus "Every thing will be fine", il était là, gentil, aimable détendu et plein d'humour. Je me suis rendu compte que sans le connaître je l'aimais beaucoup, que depuis longtemps j'avais pour lui et pour son œuvre si tendre sensible et généreuse une sympathie immédiate.



Je me souviens aussi de "Alice dans les villes" où Rüdiger Vogler prenait beaucoup de polaroïds et ce plan incroyable où il rentre dans un café au fond duquel se trouve un Jukebox. À côté de l'appareil et l'oreille collée contre celui-ci se tient un enfant assis sur une chaise. Ses pieds ne touchent pas le sol et battent la mesure. Il fredonne. C'est un plan fixe qui dure le temps du morceau : "On the road again"de Canned Heat .



Et bien sûr "L'Ami américain", dont l'affiche avait longtemps décoré mon salon, j'en ai déjà parlé dans le Post consacré à ce film, mais j'ai retrouvé une image. Wenders donc, mais Boujut encore, de sa voix en off dans la formidable émission "Cinémas cinémas", et lui encore une autre fois à la radio parlant de son admiration pour Chaissac, chez qui, lorsqu'il était enfant, il se rendait avec son père  poète et éditeur de la revue "La Tour de Feu" (j'ai dans mon adolescence acheté des plaquettes de poètes éditées là bas). Souvenir mêlés, femmes images photos, le premier livre offert par C. avec sa délicate dédicace —dont la calligraphie si belle si ample, m'a toujours ému —"Une fois", de Wim Wenders précisément, auquel ce blog doit beaucoup, peut-être même son principe.


il y a aussi ce polaroïd qui date de fin 79 ou début 80, avec Agnès, dans l'appartement de la rue des Jonquilles où nous vivions alors ensemble, devant l'affiche dessinée par Guy Pellaert, ... J'aime beaucoup cette image d'elle.... Agnès que j'ai revue il y a peu lors de l'enterrement de son père...

lundi 8 décembre 2014

Il faut que l'un veille


Voilà,
ce soir en rentrant - je ne sais pas pourquoi (ou peut-être ne le sais-je que trop bien sans toutefois vouloir me le formuler) - je me suis rappelé de cette image conçue au début des années 80 et j'ai réalisé que je ne l'avais jusqu'à présent jamais mise en ligne. Elle me ressemble vraiment. Aujourd'hui encore, je la considère comme une sorte d'autoportrait. Il est possible d'ailleurs que je sois toujours plus ou moins à la même place à convoiter la sagesse de la pierre, impassible au bord du chemin.
En même temps je ne peux m'empêcher de l'associer à ce bref texte de Kafka qui continue de m'émouvoir : "Tout autour dorment les hommes. Une petite comédie, une innocente illusion qu'ils dorment dans des maisons, dans des lits solides, sous des toits solides, étendus ou blottis sur des matelas, dans des draps, sous des couvertures! Ils se sont en réalité rassemblés comme jadis et comme plus tard dans le désert, un camp en plein vent, un nombre incalculable d'hommes, une armée, un peuple sous un ciel froid, sur la terre froide ; des hommes que le sommeil avait jetés à terre à l'endroit même où ils se trouvaient, le front pressé sur le bras, le visage contre le sol, respirant tranquillement... Et toi, tu veilles, tu es un des veilleurs, tu aperçois le plus proche à la lueur de la torche que tu brandis du feu brûlant à tes pieds... Pourquoi veilles-tu ? Il faut que l'un veille, dit-on! Il en faut un!". Ce fut un temps heureux, celui ou nuit et jour, je baignais dans l'œuvre de Kafka

samedi 5 avril 2014

Explorez vos limites


Voilà,
c'était un beau programme et bien sûr que j'en avais envie, mais même la réalité me semblait inaccessible

jeudi 5 septembre 2013

Alerte rouge

Polarelief (1990)

Voilà,
souvent j'étais hanté par des visions catastrophiques. Mes lectures d'enfance, les bandes dessinées d'E.P. Jacobs ou bien encore les brochures de Science Fiction éditées par Artima dont le géniteur était si friand, devaient y être pour beaucoup. Les reproduire tenait lieu d'exorcisme. Comme si "représenter" le malheur suffisait à en conjurer la peur à la tenir à distance. J'utilisais le format Polaroïd à l'intérieur desquels je composais des collages pour créer des "Instantanés de souvenir", j'avais déjà le goût de l'oxymore. Je réactualisais de vieilles images. Je passais le temps comme on passe l'éponge.


  

dimanche 12 mai 2013

Éric Doye

Eric Doye, et Joop Doren en arrière plan Février 1987
Voilà,
je voudrais arrêter un moment, calmer le jeu, il y a tant d'autres choses à faire et le temps manque, le temps manque de plus en plus, mais il y a une nécessité à dire les noms, ne pas les oublier, c'est à cela que je pensais hier en lisant le très bel article de Hélène Hazéra sur Michel Cressolle journaliste à Libération dans les années 70 et 80, quand elle évoque la terrible maladie de ces années-là et tous ces gens disparus, oui à des visages je pensais à des visages des noms, Eric, c'est à Éric d'abord que j'ai repensé. Éric Doye, qui pour moi était parmi les plus doués des comédiens de sa génération et d'une émouvante singularité. Il possédait un charisme inouï et un style à nul autre pareil. Il avait la grâce. Eric que j'ai trop peu croisé. Nous n'étions pas familiers, ne fréquentions pas les mêmes bandes, ou alors occasionnellement, nous n'avions pas le même mode de vie sans doute. Nous nous retrouvions parfois, à des premières, dans des restaurants de comédiens. Nous avions joués ensemble sur un spectacle, nous nous étions bien entendus, alors cela crée au moins des connivences. En tournée, ils nous avait hébergé, Philippe Faure, Etienne Pommeret et moi dans la maison de ses parents absents. J'ai quelques photos de cet épisode. Celle-ci je l'ai prise dans un restaurant. Nous nous étions balladés dans la région avec la voiture de ses parents et je me rappelle, que lorsqu'il s'était agi de rejoindre le théâtre des treize vents qui nous accueillait, et qui est situé en dehors de Montpellier à Gramont, une file ininterrompue de véhicules occupait la nationale. Il y avait un concert au Zénith de je ne sais quelle vedette de variétés, et nous commencions à flipper à l'idée de ne pas arriver à l'heure pour la représentation (je parle d'une époque sans portables). Tout s'était finalement bien passé, nos partenaires avaient placé nos accessoires, les costumes étaient prêts et la représentation avait été un peu plus rock and roll que d'habitude. De ce passage chez lui, je me souviens de films qu'il avait faits lorsqu'il était plus jeune, de dessins, de photos, toute une production artistique en devenir, dont je me demande ce qu'il reste.  
Plus tard nous avions failli travailler ensemble dans un spectacle en Italie, et puis au dernier moment j'avais eu une autre opportunité et cela ne s'était pas fait. Mais à la reprise à Paris, comme il s'était blessé on m'avait proposé de reprendre le rôle qu'il avait créé. C'était un spectacle de théâtre dansé, dans l'esprit de Pina Bausch comme cela se faisait beaucoup à l'époque, et j'avais repris sa partition en une semaine. J'avais dû me glisser dans ses inventions dans le chemin qu'il avait tracé au cours d'improvisations, et cela avait été une expérience singulière que de se conformer à son imaginaire. Après la première – c'était dans ce restaurant du marais très fréquenté par les comédiens qui s'appelait "Le dos de la baleine"–, en fin de soirée - sans doute étions nous embarrassés l'un et l'autre par la situation -, il était venu me voir, pour me dire "le spectacle m'a plu, et en même temps ça me fait un peu chier j'aurais préféré détester". J'avais répondu que je comprenais tout à fait son point de vue, d'une certaine façon ma place était plus confortable que la sienne. Et il avait ajouté "mais je préfère que ce soit toi plutôt qu'un autre qui l'ait fait". On en était resté là, on avait bu un verre, et on était allés retrouver nos copains respectifs. Plus tard, il était rentré à la Comédie Française, ce qui m'avait étonné car cela ne cadrait pas tout à fait avec sa personnalité. Sans doute avait-il alors besoin de sécurité se sachant malade, ce que j'ignorais et que j'ai appris très tard. Un jour, cela devait être au début des années 90, je l'avais rencontré par hasard, et je lui avait parlé de Mastroïanni jeune, qui je ne sais plus dans quel film m'avait fait penser à lui, sur quelques attitudes. Je lui avais dit tu es beau comme lui et cela l'avait fait gentiment sourire. Tout ça est loin. S'il n'avait pas chopé cette saloperie, je suis sûr qu'il serait devenu une vedette. 

lundi 25 mars 2013

Le monde s'effondre

Voilà,
cette nuit en parcourant les nouvelles, j'ai appris la récente disparition de Chinua Achebe dont j'avais, il y a quatre ans, grâce à mes camarades africains Paulin Tadié et Mary qui travaillaient sur le "Projet Conrad", découvert le si puissant livre "Le monde s'effondre" ("Things fall apart"). Grace à Etienne aussi, tellement passionné d'Afrique et si érudit concernant l'histoire de ce continent. Il dirige en ce moment l'Alliance française de Bangui, et vu la situation sur place sans doute ne va-t-il pas tarder à être rapatrié d'ici peu. Je ne peux m'empêcher d'associer ce bouquin à cette période étrange où je croulais sous le travail, à ce moment de confusion dans ma vie, à tous ces événements intimes (disparitions deuils pertes) qui sont alors survenus. Qu'ai je fait depuis en quatre ans ? Peu et beaucoup me semble-t-il.  Je suis beaucoup allé à la cinémathèque. J'ai fait des photos. Quoique branché sur un réseau social, je me suis quand même petit à petit désocialisé. Mais bon je me suis efforcé d'écrire, plus précisément de donner publiquement à lire ce qui pouvait me traverser. Je me suis contraint à ce blog - en dépit de la crainte d'être jugé - pour m'ouvir un peu sur le monde, mais aussi pour réaliser qu'il n'y avait peut-être pas lieu de tant s'angoisser sur cet acte-là. Que je pouvais le faire. Tant pis si ça m'échappait. C'est toujours ça.... Cela m'a permis de belles découvertes. Mais maintenant il faut que je remettre le nez à la fenêtre. La vie intérieure c'est bien, mais on peut y moisir. J'ai retrouvé cette photo de ma table de travail prises lors de ces longues séances de discussions dramaturgiques où l'on passait de Brecht à l'Afrique. C'est aussi un monde en moi qui s'écroulait mais je ne le savais pas encore.

dimanche 24 février 2013

Je serai dedans


Voilà
(...) il est impossible que j'ai des pensées, et je parle et pense, je fais l'impossible, ce n'est pas possible autrement, c'est lui qui a vécu, moi je n'ai pas vécu, il a mal vécu à cause de moi, je vais raconter ça (...) la fin de sa vie, au fur et à mesure au présent (...) s'il râle c'est lui qui râlera, moi je ne râlerai pas, c'est lui qui mourra moi je ne mourrai pas (...) comment il va faire pour finir, il est impossible que je le sache, je le saurai au fur et à mesure, il est impossible que je le dise, je le dirai au présent, il ne sera plus question de moi, seulement de lui, de la fin de sa vie et de sa mort (...) il ne dira plus jamais rien, il ne parlera à personne, personne ne lui parlera, il ne parlera pas tout seul, il ne pensera pas, il ira, je serai dedans, il se laissera tomber pour dormir, pas n'importe où, il dormira mal à cause de moi, il se lèvera pour aller plus loin, il ira mal à cause de moi, il ne pourra plus rester en place, il n'y a plus rien dans sa tête, j'y mettrai le nécessaire (Samuel Beckett in "Pour finir encore")
première publication 24/2/2013 à 14:00
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