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mardi 1 septembre 2026

L’Été 2026


 
Voilà,
La rentrée officielle commence. Et même s’il reste trois semaines avant l’automne, et que l’été n'est pas fini, c'est toutefois la fin de la trêve estivale. Les programmes des radios, des chaînes de télévision retrouvent leurs animateurs vedettes et leurs créneaux horaires réguliers ; les écoliers, collégiens et lycéens s'apprêtent à regagner le chemin des classes. La saison théâtrale va recommencer, le cours habituel des choses reprend. Le train-train de la vie quotidienne quoi. C'est à dire que l'on s'efforce de faire comme si le monde n'allait pas de mal en pis. On continue de se voiler la face. Sept des neuf limites planétaires ont été franchies, — soit trois de plus qu' il y a quatre ans sur notre pauvre planète — ; on doit se dire en hauts lieux que ce n'est pas si terrible puisqu'il en reste encore deux

Cet été aura commencé en France par une vague de chaleur d’une précocité sans précédent qui m’aura fait comprendre que je suis devenu un vieux corps bien fragile en de telles circonstances 

cet été les commémorations du 250eme anniversaire de l’indépendance des États-Unis auront surtout mis en valeur s’il en est besoin, le grotesque du Président de cette nation en plein effondrement

cet été je n’aurai pas joué à Avignon et ne m'en serai pas porté plus mal

Cet été fin juin, près de 6500 personnes auront trouvé la mort dans un tremblement de terre au Vénézuéla et cela n’aura fait les grands titres que quelques jours 

Cet été j’aurais, grâce à la coupe du monde de football, découvert le drapeau des Îles du Cap-Vert
 
Cet été j'aurais — entre autres— lu "Tous Immortels " l'excellent livre de Paul Pavlowitch, le neveu de Romain Gary, qui dut endosser l'identité de Emile Ajar, l'écrivain imaginaire que Gary s'inventa pour écrire tout autrement sans être exposé à la vindicte des critiques qui ne l'aimaient pas. Le livre retrace la complexité de leur rapport et décrit Romain Gary sous l'angle familial. C'est très intéressant et émouvant. J'aurais aussi lu un recueil de poèmes de Raoul Ruiz, un livre de Pascal Quignard "il n'y a pas de place pour la mort" une monographie très conséquente du peintre Erro, relu "le mal qui vient" de Pierre Henri Castel
 
Cet été durant la première semaine d'Août, trois anciennes partenaires de jeu seront passées de vie à trépas et cela m'aura bien déprimé

Cet été, au parlement français, une loi contraire au droit européen visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions aura été adoptée. Un amendement gouvernemental instaurant une présomption de légalité des tirs ayant déjà été adopté en première lecture le 22 janvier 2026, cela revient à légitimer un régime policier en France et à soustraire la police à toute enquête. Cela en dit long sur le fascisme rampant dans ce pays.

Cet été La France aura été sèche et brûlée. Après avoir déjà dépassé 2003 avec la journée la plus chaude jamais observée en France, l’année 2026 aura dépassé désormais les sécheresses de 1976 et 2022. L’indice d’humidité des sols aura atteint son niveau le plus bas jamais mesuré pour un 9 juillet. Et la situation n’aura pas cessé de se dégrader. Vue du ciel, la France apparaît encore aujourd'hui littéralement brûlée : prairies desséchées, défoliation des forêts, cultures d’été en grande souffrance (maïs, soja, tournesol), et moissons d’hiver précoces contribuent à cette couleur. Comme si cela ne suffisait pas, le record national de la nuit la plus chaude jamais observée a été battu avec 30.6°C à Céret dans les Pyrénées Orientales au plus "frais" de la matinée.

Cet été les frappes nocturnes ordonnées par le dictateur russe Poutine visant les populations civiles de Kiev auront été chaque nuit plus intenses et meurtrières, et quotidiennement les ukrainiens auront répondu par de massives attaques de drones sur des objectifs stratégiques russes
 
Cet été l'agence américaine d'observation océanique et atmosphérique a constaté que le phénomène climatique El Niño devrait très probablement "se classer parmi les plus importants jamais enregistrés lors de son pic prévu entre octobre et décembre. On estime désormais à 81 % les probabilité que cet épisode d’El Niño soit très fort, ce qui en ferait l’un des plus intenses enregistrés depuis le début des mesures en 1950.
 
Cet été, Donald Trump aura sans ciller, offert une nouvelle fois au monde une leçon de géographie improvisée, aussi grotesque que révélatrice de son état mental. Lui qui tient entre ses mains le feu nucléaire aura évoqué une attaque de "111 missiles tirés par la République islamique du Japon". Dans la même conférence de presse, il se sera aussi adressé à Zelenski en l'appelant Poutine

Cet été l'Espagne aura connu son pire incendie depuis quarante ans 
 
Cet été aux États-Unis et en Espagne on aura enregistré le mois de juillet le plus chaud depuis que les relevés existent. De même que selon le site Copernicus, les océans auront franchi un nouveau record de chaleur
 
Cet été, en République démocratique du Congo, le virus Ebola se sera propagé à une vitesse alarmante. Trois mois auront suffit pour que le nombre de morts atteigne le bilan de l'épidémie de 2018 qui avait duré vingt-deux mois

Cet été la Chine aura pour la première fois fait revenir et atterrir un lanceur de fusée sur une plateforme en pleine mer afin de le réutiliser par la suite

Cet été une guerre piteusement conclue quelques semaines auparavant aura recommencé pour le contrôle du détroit d’Ormuz sans succès d'ailleurs
 
Cet été, la banque mondiale aura abandonné un objectif crucial pour le financement climatique suite à une pression intense des Etats-Unis. Les pays actionnaires européens, aux côtés de nombreux pays en développement, avaient plaidé pour le maintien de l'objectif et le sauvetage du plan d'action pour le climat, tandis que les États-Unis – qui détiennent un droit de veto actif est le plus grand vote de contrôle à la banque mondiale – ont insisté pour qu'il disparaisse
 
Cet été, Le lac Powell, deuxième plus grand réservoir des États-Unis situé en Arizona et dans l’Utah, approche des niveaux d’eau critiques, comme le montrent les dernières données.Sa gestion peut devenir « très compliquée » dès que le niveau descend en dessous de 3 500 pieds et que le volume d’eau utile passe sous la barre des 4,3 millions d’acre-pieds, selon Jack Schmidt, directeur du Centre d’études sur le fleuve Colorado à l’université d’État de l’Utah. À ce stade, le Bureau of Reclamation serait "gravement préoccupé", a-t-il ajouté. Le réservoir pourrait atteindre un "niveau de mort" lorsque son niveau d’eau descendra à 3 370 pieds ; à ce stade, l’eau ne pourra plus s’écouler par gravité au-delà du barrage de Glen Canyon. Dans un "dead pool", environ 240 pieds d’eau seraient piégés au fond du canyon, incapables d’alimenter les millions de personnes qui en dépendent en Arizona, en Californie et au Nevada, a rapporté le Lake Powell Chronicle.

Cet été au Japon on a introduit une nouvelle terminologie pour qualifier les canicules exceptionnelles. On parle désormais de températures "cruellement chaudes". Une expression qui aurait semblé exagérée il y a encore quelques années, mais qui correspond de plus en plus à la réalité vécue par les habitants. Ceux qui souffrent le plus sont, sans surprise, les personnes âgées aux revenus insuffisants pour acquérir la climatisation.
 
cet été, depuis la canicule européenne, on aura appris que le Chili faisait, durant son hiver, face à l'une des tempêtes les plus intenses de ces trois dernières décennies, et que de fortes pluies des inondations et des vents extrêmes avaient causé de graves dégâts aux habitations et aux infrastructures 
 
Cet été on aura autorisé à Paris la baignade au canal St Martin  dès le courant du mois de Juin

Cet été l'équipe d'Espagne de football aura gagné sa deuxième coupe du monde avec brio

Cet été, en France, François-Noël Buffet, figure liberticide de la droite réactionnaire, aura été nommé par Macron au poste de défenseur de droits et des libertés 
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Cet été, la loi écocide d'urgence agricole, portée par une ministre, pantin de la FNSEA, qui ment et se comporte d'une manière vulgaire et déplacée lors des débats de l'assemblée, loi servant juste à favoriser l'agro-industrie votée par l'assemblée nationale en pleine canicule alors que les fleuves et les rivières sont à sec, que les forêts brûlent et que des milliers d'animaux crèvent dans les fermes usines — une loi donc, conçue pour maintenir des modèles qui deviennent intenables et même les amplifier,  et qui favorise l'agro-industrie tout en étranglant les petites exploitations agricoles...

Cet été j'aurais pour la première fois prêté attention à la chanson "les amis d'autrefois" d'Anne Sylvestre, et je me serai aussi souvenu des étés de mon enfance et des vacances impatiemment attendues comme une promesse d'éternité

cet été en France une repris de justice a annoncé qu'elle se présenterait à la présidentielle, alors que son comportement "interroge sur sa capacité à exercer un mandat électif et à en respecter tous les devoirs, le premier étant celui du respect de la loi" selon les attendus du jugements.
 
cet été de considérables inondations seront survenues à Surat, ville indienne peuplée de cinq millions d'habitants, dite la capitale du diamant puisque 90% des diamants du monde y sont taillés 

cet été j'aurai passé beaucoup de temps — sans doute à cause du confinement lié à la canicule — à regarder les événements sportifs à la télévision, la coupe du monde de football, les championnat des nations de Rugby, un peu le tour de France, des championnats d'Europe d'Athlétisme, de natation, la tournée des All Blacks en Afrique du sud

Cet été le le jour du dépassement de la terre qui signifie que l'humanité a consommé à ce jour plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la terre n'est en capacité d'en produire ou d'en absorber au cours d'une année sera passé inaperçu à cause des canicules des incendies de la sécheresse et de l'étiage très bas des grands fleuves européens.

cet été sur France Musique, une série d'émissions aura été consacrée à Martha Argerich,  une autre sur la musique brésilienne et une autre sur France Culture à François d'Assise ce qui dans le contexte ambiant aura apporté un peu de baume au cœur. 
 
Cet été près de 600 000 hectares seront partis en fumée en Europe ce qui représente la taille moyenne d'un département en France et 160 millions dans le monde, ce qui représente trois fois la taille de l'Espagne; 

Cet été l’armée américaine aura cessé des manœuvres conjointes avec la Corée du Sud

cet été de nombreuses personnes du milieu du théâtre plus ou moins proches auront quitté ce monde, Elisabeth Mortensen, Doncheva, Stephane Ricordel, Dominique Frot, Bérengère Bonvoisin ou des personnalités importantes pour ma génération (Raoul Vaneigem auteur du "traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations")

Cet été des centaines de jeunes marocains bernés par une rumeur selon laquelle l’Espagne ouvrait ses frontières pour une journée seront morts au large des côtes de Ceuta une enclave espagnole en Afrique du Nord. Ils espéraient ainsi pouvoir rejoindre ensuite l'Europe
 
Cet été comme l'été dernier plusieurs réacteurs de la centrale de Gravelines au nord de la France auront été mis à l'arrêt en raison de présence de méduses bloquant les tambours filtrants des stations de pompage d’eau de mer servant au refroidissement.
 
 Cet été il y aura une éclipse solaire partielle à Paris

Cet été le ministre de la sécurité nationale israélien Ben G’vir aura dit qu’il fallait éliminer entre 30 ou 40 palestiniens chaque nuit à Gaza en précisant qu'il ne faut pas uniquement viser les personnes représentant un danger."
 
Cet été Poutine aura mené de plus en plus d’actions menaçantes en direction de l’Europe et proférées des menaces dont on dit qu’elles sont assez fondées 

Cet été l'administration des USA aura tenté d’imposer d’ignobles conditions commerciales au Canada, ainsi que la suppression de subventions du Canada à la culture française, à la présence de medias francophones en ligne et aura refusé de se soumettre à l'exigence du Canada d'étiquettes bilingues sur les produits vendus dans le pays, manifestant ainsi une volonté hégémonique à laquelle les canadiens refusent de se soumettre. Et c'est ainsi ue les Étas-Unis se seront fâchés avec leur meilleur allié

Cet été à la Ferme aux crocodiles, de Pierrelatte, dans la Drôme, dix bébés crocodiles du Nil auront éclôt sans aucune assistance humaine. Pour la première fois, leur incubation s’est intégralement passée dans des conditions naturelles en raison de la longue canicule sur la région qui a créé les conditions idéales permettant à cette espèce subtropicale de se reproduire naturellement dans un sable conservant la chaleur du jour.

Cet été une crue phénoménale probablement liée à l'effondrement d'un glacier au dessus d’un lac de montagne auront ravagé l’amont de la vallée de la rivière Trishuli à la frontière du Népal et du Tibet faisant au moins 903 morts et 4 247 disparus, de part et d’autre de la frontière, à l’heure où sont rédigées ces lignes. Avec le réchauffement climatique ces tsunami d’altitude seront de plus en plus fréquents 
 
Cet été, la planète n’aura, selon les scientifiques, probablement jamais connu de telles températures depuis cent vingt-cinq mille ans. Les conséquences humaines et environnementales se sont partout aggravées. Particulièrement en Août, la chaleur a atteint des niveaux jamais vus partout sur le globe, a rapporté, le service météorologique européen Copernicus. Cela aura été le mois le plus chaud jamais mesuré à l’échelle du globe et le pire été pour l’Europe occidentale.

Je repense à ce que j'avais écrit au début de cette année. Les faits semblent confirmer ce qui était plus que prévisible. Cet été aura juste été juste un peu plus inquiétant que le précédent
Pas de surprise donc — nos étés sont pourris depuis un moment —, mais une évidente sidération. Comme au jour de l'éclipse. Et puis une actualité chassant l'autre tout sera oublié. Et on continuera notre course vers l’abîme étonné à chaque fois des formes nouvelles plus ou moins attendues que cela prendra. 
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lundi 27 juillet 2026

Meurtrissure

Voilà,
j'ai passé les plus belles années de mon enfance à Biscarrosse dans les Landes. Je me suis promené en vélo sur des routes traversant des forêts de pins qui aujourd'hui sont réduites en cendres. J'ai puisé là des sensations et des souvenirs qui m'accompagneront jusqu'à ma mort. Je me suis en partie construit sur les émotions intenses que j'ai éprouvées au contact de cette nature. L'odeur de la forêt landaise me bouleverse, quel que soit le temps qu'il fait. Je me souviens aussi de mon bonheur d'avoir fait découvrir à Agnès cette région. Et puis aussi de ces quinze premiers jours de Septembre 1996 à Biscarrosse, avec Christelle qui plus tard m'a donné ma fille.
Et de ces années où ensemble nous descendions vers Pau. Nous faisions toujours étape à l'hôtel des grottes de Matata en Charente maritime. Le lendemain nous prenions le bac, pour traverser l'estuaire. C’était comme un rituel. Vraiment le début des vacances. Depuis le Verdon nous redescendions par la forêt de Gironde, sur les routes départementales. Souvent nous faisions halte à Hourtin ou Lacanau pour manger au bord du lac. C'est là que ma fille a, pour la première fois, marché pieds nus dans le sable. Là encore un souvenir puissant.

Ensuite nous descendions tout droit en contournant le bassin d'Arcachon, en direction du parc des Landes de Gascogne que nous traversions pour atteindre le Béarn. Merci la vie qui me permet encore d'être relié à ces moments si précieux.
Aujourd'hui, certains de ces endroits sont encore la proie des flammes après une semaine d'une lutte, rendue difficile pour les pompiers, à cause du vent et de la sécheresse. C'est une meurtrissure que de savoir cette forêt ravagée, cette région sinistrée et que tant de gens y ont perdu tout ce qu'ils possédaient.
Dans ce combat on s'est aperçu que la flotte des avions canadair n'a pas été renouvelée en dépit des nécessités qui avaient été pointées il y a quatre ans, lors d'un précédent méga-feu dans la région. De nouveaux appareils font terriblement défaut. Ces dernières années l'État a préféré investir dans des blindés pour que la police puisse violemment réprimer des manifestations écologistes en certains endroits sensibles du pays. 
Quant à l’Office national des forêts, dont le rôle est essentiel pour, dans un contexte de désordres climatiques, préserver les espaces boisés et œuvrer à leur adaptation, ses effectifs ont connu une chute vertigineuse, de 12 500 agents au début des années 2000 à environ 8 000 aujourd’hui, avec un budget en forte tension. Au point que même la Cour des comptes s’en alarme : "Les moyens humains de l’établissement apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées". Le choix d’investir massivement dans la répression plutôt que dans la préservation du vivant et dans l’adaptation au chaos climatique est aussi stupide qu’irrationnel. Il est à l’image de ceux qui nous gouvernent depuis dix ans : une petite caste de technocrates ultralibéraux au service d'Intérêts privés.
Heureusement depuis quelques jours on peut compter sur la solidarité européenne pour ce dur combat qui n'est pas encore gagné. Le feu s'approche de Bordeaux, recouverte depuis plusieurs jours d'un épais nuage de fumée. Et dans les prochaines heures est prévue une nouvelle vague de chaleur.

dimanche 26 juillet 2026

Paradis perdu

Voilà,
on s'émerveille et l'on a presque envie de pleurer devant un paysage champêtre naïvement peint sur un portail en fer. C'est comme une image de paradis perdu, alors que tout autour le monde brûle, et nous rappelle de façon de plus en plus pressante que nous sommes déjà bien avancés dans la catastrophe, comme nous l'indique cette carte qui répertorie au jour le jour tous les feux qui à cette heure ravagent la planète. Je pense à celles et ceux qui ont tout perdu. Ils sont vivants mais les traces de leur existence sont réduites en cendres.
 

On pourrait en outre ajouter que si les années qui viennent de s'écouler ont été les plus chaudes jamais enregistrées, que si la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'a jamais été aussi élevée depuis 3 millions d'années, le 23 Juillet 2026 aura aussi été, selon les données du service Flight radar, une journée record dans l'histoire de l'aviation. 153 359 vols y auront été comptabilisés, ce qui signifie que sur la planète un avion décolle toutes les 0,27 secondes. Ainsi dans ce monde chaud, des touristes voyagent d'un endroit trop chaud à un autre endroit trop chaud à bord d'engins brûlant des combustibles fossiles qui créent encore plus d'endroit trop chauds.
Selon qu'on soit cynique ou crédule, c'est avec délectation ou amertume qu'au regard de ce qui se passe aujourd’hui, on se rappelle l'époque du confinement et son cortège de soi-disant prises de conscience, de spéculations et de promesses au sujet du monde d'après.  
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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mercredi 8 juillet 2026

Cette beauté-là


Voilà,
Il y a le ciel, bien sûr. Et c’est cela qui importe. Cette beauté-là que nous offre notre fragile planète en même temps que le don précieux d’être vivant. Une fraction de seconde les tracas s’effacent. On s’abandonne à la contemplation.
Dommage que l’espèce humaine, si laide si vicieuse, ne soit à la mesure de tant de splendeur et qu’elle s’acharne avec une telle obstination à détruire, au nom du profit, du pouvoir des puissants sur les faibles, ce qui la maintient en vie.
Mais il est probable que cela ne représente, à l’échelle des temps géologiques qu’une infime péripétie. La vie s’épanouira autrement, sans nous, et c’est tout aussi bien ainsi.

dimanche 28 juin 2026

Pêle-mêle avec canicule

Voilà,
au cimetière du Montparnasse, les tilleuls qui ombragent certaines allées perdent leurs feuilles à cause de la canicule et leur donnent ainsi une couleur jaune. Certainement en raison de ces fortes chaleurs précoces. Il parait que des oiseaux tombent du ciel, que des transformateurs électriques s'embrasent, des trains ne circulent plus pour cause de dilatation des rails


 

Nous sommes fin Juin, c'est la première semaine de printemps et on aura connu ça. C'est étrange que tout cela advienne dans un pays qui en 2015 a accueilli des représentants du monde entier pour finaliser l'accord qui promettait de sauver la planète du réchauffement climatique incontrôlé. Près de 200 pays avait signé un engagement historique à maintenir la température mondiale en-dessous de 2° centigrades à l'horizon 2100. C'est sous les lumières du centre des congrès du Bourget que la France était devenue synonyme d'ambition climatique et siège symbolique contre le réchauffement global. Onze ans plus tard c'est la France, (où on en est déjà à +1,7° de moyenne annuelle)  qui fond. Ce mois de juin, le pays a battu ce record absolu de température depuis le début des mesures en 1947. En un seul jour 122 records de chaleur absolue ont été battus sur le territoire  et 332 records mensuels supplémentaires. Paris a connu la plus chaude nuit jamais enregistrée en juin  avec des températures ne descendant pas en dessous de 24°2 tôt le matin. Des dizaines de personnes se sont noyées en essayant de se rafraîchir dans les rivières sont surveillance. Les écoles sont fermées, les hôpitaux en alerte rouge. Ainsi la ville qui a accueilli le traité, est devenu selon le classement des températures en temps réel, la ville la plus chaude de la planète. Plus chaude que 98 % de surface terrestre en un seul jour. C'est la preuve que la signature d'un accord ne suffit à lui seul à refroidir quoi que ce soit. L'Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 80, et la France pays hôte du traité environnemental le plus cité de l'histoire, fait partie de ceux qui s'en ressentent le plus. Pourtant, durant ces dix dernières années, le climat ne fait pas les gros titres et l'intervention du gouvernement français reste bien modeste. Pire, la police, les médias, le patronat, les partis politiques font passer les écologistes pour des terroristes anticapitalistes lorsqu'ils entreprennent des actions sur le terrain.
Ceux qui participaient au congrès du Bourget en 2015 nous promettaient un avenir dont la priorité serait la lutte contre le réchauffement global. L'avenir est là, il ressemble aux portes de l'enfer. Nous sommes à 14° au-dessus des normales saisonnières. 
 
 


Je repense à ce mural si beau et si triste aperçu à Lisbonne en Novembre 2014.  
Aujourd'hui on réalise que le climat dans lequel nos sociétés se sont construites et développées n'existe plus. Les morgues parisiennes sont saturées, les hôpitaux sont débordés, le nombre de morts à domicile ne cesse d'augmenter. On envisage l'ouverture d'une chambre funéraire au marché de Rungis comme ce fut le cas à l'époque du COVID. Mais cet hiver on aura oublié. Notre gouvernement n'a-t-il pas gelé 20% du Fonds vert destiné à aider les régions pour faire face au changement climatique (après avoir divisé par 3 ce fonds en trois ans). On se contente d'effets d'annonce mais la volonté politique ne suit pas et les banques continuent de soutenir les entreprises qui investissent dans l'énergie fossile. J'avais, fin juillet 2023, fait quelques recensions de titres concernant le climat aux États-Unis. C'était déjà alarmant, on sait ce qu'il s'est passé depuis. Ici nos politiciens sont juste un peu plus hypocrites, mais cela ne vaut guère mieux.
Mais bon, la grande nouvelle c'est qu'on va prolonger la saison des soldes contrariée par la canicule, car l'essentiel n'est-il pas de consommer ?
Tout cela est tellement absurde et serait bien risible si la situation ne s’avérait aussi dramatique. 
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles

mardi 23 juin 2026

L'Institut de France depuis le quai du Louvre

 
 
Voilà,
sur les quais de Seine la lumière est belle aux alentours de huit heures, et la chaleur, encore supportable pour peu qu'on se tienne à l'ombre. Le fleuve est comme un miroir d'eau sur lequel glissent les péniches. Seul bémol, les odeurs d'urine des gens qui ont pissé là durant la nuit.
Donc, ce pays vient de connaître la nuit la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés. En effet, l’indicateur thermique national pour les températures minimales a atteint 21,6 degrés. Le précédent record remontait au 25 juillet 2019, lorsque l’indicateur avait atteint 21,4 °C. Après les plus de 450 records de chaleur battus hier après-midi, il faut s’attendre à de nouvelles dizaines, voire centaines, de records de chaleur aujourd’hui. Je crois qu'il en va de même pour une bonne partie de l'Europe occidentale. 
 

 
L'année dernière déjà, à la même époque, je rédigeais un semblable article. Je me souviens de la première fois où j'ai édité une carte météo alarmiste elle datait de Aout 2018. Je constate que ce qui paraissait exceptionnel il y a moins de 10 ans, est largement en-deça de ce qui nous arrive aujourd'hui. Vraisemblablement j'irai sans doute au cinéma dans la journée pour profiter de la climatisation et me mettre au frais.

jeudi 28 mai 2026

Komorebi

 
Voilà,
le japonais a le mot Komorebi pour évoquer non seulement le doux chatoiement de la lumière qui filtre à travers les feuilles des arbres, mais encore l’éphémère beauté des motifs ainsi créés. Dans l'esthétique japonaise, ce n'est pas seulement un moment visuel, mais aussi une expérience du temps, de la nature et de la présence, car le komorebi n'est jamais le même deux fois. Il reflète une sensibilité à la l'impermanence et une profonde conscience du temps qui passe. 
Ces derniers jours, cette expérience est altérée par une chaleur parfois suffocante. La canicule inédite qui s'est abattue sur nos régions frappe par son intensité, avec des températures supérieures à 35 °C, par sa précocité, par sa durée (une dizaine de jours) mais aussi par son étendue régionale : il touche toute l’Europe de l’Ouest, dont le Royaume-Uni et l’Irlande. Selon Christophe Cassou, climatologue au CNRS, il s'agit d’un événement sans précédent, dans le millénaire passé, ayant la probabilité d’une chance sur 1 000 de survenir à cette période de l’année, si l'on s'en réfère aux données couvrant la période de 1979-2025. 
Dans un entretien au journal "Le Monde" il constate que le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus précoces. En outre, toutes ont été favorisées ou amplifiées par le carbone accumulé dans l’atmosphère. Désormais, la question n’est plus de savoir si, en France, l’on va dépasser les 50 °C, mais quand cela adviendra.  
Magali Reghezza-Zitt a une formule extrêmement percutante pour illustrer la situation climatique actuelle : "Nous vivons certainement une des années les plus froides du reste de notre vie "
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

dimanche 24 mai 2026

Le courage des Ukrainiens 🇺🇦

 
Voilà, 
de terribles menaces pèsent sur le peuple ukrainien, ces temps-ci. L'envahisseur russe, incapable de mener à bien ce qui n'était au départ qu'une "opération militaire spéciale", pour asservir son voisin, s'apprête à envoyer des bombes de destruction massive encore plus létales que celles qu'il a utilisées depuis quatre ans. À défaut de pouvoir en piller les ressources, Poutine veut anéantir l'Ukraine dont le peuple continue  — ce que peu de gens avaient imaginé au début de la guerre —de résister avec héroïsme et sans beaucoup d'aide extérieure.
J'ai repensé aujourd'hui à ces trois images que j'avais photographiées sur les murs de l'ambassade d'Ukraine, il y a un peu plus d'un an.
La première réalisée par Romana Romayishin et Andriy Lesiv illustre le fait qu'en raison de l'invasion à grande échelle opérée par les russes, de nombreuses familles ukrainiennes ont été contraintes de fuir et de devenir des réfugiés. Cela constitue un grand défi et une tragédie pour elles. Leur maison restera à jamais dans leur cœur tout comme l'espoir d'un retour à la paix et la possibilité de retourner dans leur patrie.
La seconde image d'Olga Shtonda suggère que dans cette période sombre, ce qui aide le plus les victimes de l'agression, ce sont l'humanité et les bonnes actions. Un tel soutien n'a ni frontières ni barrières linguistique.
la troisième illustration d'Anna Andreeva rappelle le blason de l'Ukraine, symbole de résistance et d'héroïsme des combattants ukrainiens qui luttent pour la liberté et la démocratie.
Le courage des Ukrainiens face à l'impérialisme russe, me rappelle celui du peuple vietnamien dans les années soixante résistant contre les américains.
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mardi 14 avril 2026

Près du saule pleureur


 
Voilà

Certaines croyances politiques — et j'écris bien croyances plutôt que opinions — ont ceci de remarquable qu’elles épargnent à leurs adeptes tout examen de conscience. Elles ont le mérite rare de simplifier la vie intellectuelle ; elles dispensent de réfléchir tout en donnant l'impression flatteuse d'avoir compris. Elles fonctionnent comme ces meubles en kit dont il manque toujours une vis : on peut les monter quand même, mais il ne faut pas trop s’étonner si tout finit par pencher dangereusement.

Je n'ai jamais éprouvé beaucoup d’enthousiasme pour ces constructions idéologiques qui promettent la clarté et invitent surtout de la complaisance. Elles ressemblent à ces vitres déformantes où chacun contemple une version arrangée de la réalité — suffisamment fidèle pour être crédible, raisonnablement altérée pour demeurer confortable.

Des gens prétendûment "très intelligents" m’expliquent souvent avec le sérieux requis en de telles circonstances que les situations historiques sont complexes. Le mot est pratique. Si la complexité est une chose précieuse ; encore faut-il ne pas s’en servir comme d’un paravent. Car enfin, il y a des complexités qui éclairent, et d’autres qui obscurcissent avec méthode. Ces dernières sont particulièrement prisées : elles permettent d’expliquer longtemps ce qu’on souhaite éviter de regarder même brièvement. 

Le spectacle du monde contemporain offre à cet égard un exemple presque pédagogique. Le Moyen-Orient par exemple. Les faits s’y accumulent avec une obstination fâcheuse : destructions massives, populations déplacées, violences répétées sont commis par les dirigeants suprémacistes d'un jeune pays abritant pourtant un vieux peuple, lequel ne reconnaît que la loi d'un Dieu dont il se prétend l'élu. Depuis sa création ses dirigeants se sont toujours considérés au dessus des règles qui régissent le droit international. Ceci peut-être explique cela. Ce peuple que l'on pensait — en raison du martyre subi en Europe durant la seconde guerre mondiale — peu enclin à commettre des abominations cautionne dans sa grande majorité des politiciens et des responsables militaires coupables depuis deux ans de crimes de guerre quasi quotidiens. Rien de très original, hélas ; l’espèce humaine n’a jamais manqué d’imagination dans ce domaine. Ce qui est plus remarquable, en revanche, c’est la capacité intacte de certains esprits à contempler ces événements comme on observe un phénomène météorologique : avec intérêt, parfois avec inquiétude, mais toujours avec cette distance qui évite d’en tirer des conclusions trop précises. 

Il existe ainsi toute une rhétorique de l’atténuation, une sorte d’art délicat qui consiste à dire beaucoup sans jamais nommer clairement. On y parle de "contexte", de "sécurité", de "nécessité", de "réponses proportionnées" — vocabulaire admirablement extensible qui épouse toutes les circonstances sans jamais se rompre. À force d’élasticité, toutefois, cela finit par ne plus rien susciter du tout, sinon une certaine fatigue morale.

Il est en outre de bon ton de "distinguer". On distingue alors avec une application méritoire. On distingue les intentions des résultats, les dirigeants des citoyens, les principes affichés des pratiques observées. L’exercice est louable en théorie ; il devient problématique lorsqu’il sert à diluer indéfiniment ce qui, dans d’autres circonstances, apparaîtrait avec une évidence désarmante. À ce stade, la distinction cesse d’être un outil d’analyse pour devenir une technique d’évitement. A force il ne reste plus rien à voir. C’est un peu comme ces cartes trop détaillées qui finissent par masquer le territoire.

Il faut reconnaître à notre époque ce talent particulier : produire des consciences parfaitement informées et remarquablement inoffensives. Elles savent, elles lisent, elles comparent, elles contextualisent — et, ce faisant, elles parviennent à une forme de sérénité intellectuelle qui confine parfois à l’indifférence. Rien n’est nié, bien sûr. Tout est compris. Ce qui revient, dans certains cas, à neutraliser toute réaction un peu trop vive.

On rencontre même une variante plus raffinée encore : celle qui consiste à concilier une sensibilité individuelle irréprochable avec une indulgence théorique étonnamment robuste. On peut ainsi se montrer d’une grande délicatesse dans la vie quotidienne — attentif aux souffrances proches, scrupuleux dans les petites choses — tout en développant, à distance, une capacité d’abstraction qui rend supportables des réalités autrement plus massives. C’est une souplesse morale qui force, sinon l’admiration, du moins la curiosité.

On objectera qu’aucune situation ne se réduit à un jugement simple. C’est vrai. Mais il est des moments où la recherche obstinée de la nuance conduit à une manière très élaborée de ne pas conclure. Comme si conclure était devenu, en soi, une faute de goût.

Le plus étonnant, au fond, n’est pas que des politiques produisent des effets contestables — cela relève d’une tradition bien établie — mais que ces effets puissent être indéfiniment accompagnés d’un discours explicatif qui les rend presque acceptables. À force de commentaires, les faits perdent de leur netteté, comme une photographie trop retouchée. On ne nie pas l’image ; on la rend simplement moins dérangeante.

Il y a pourtant une limite, discrète mais tenace, au-delà de laquelle l’intelligence elle-même devrait se méfier de ses propres raffinements. Non pas renoncer à comprendre — ce serait céder à la facilité inverse — mais admettre que comprendre n’implique pas nécessairement d’absoudre, ni même de suspendre indéfiniment son jugement.

Car enfin, si l’on peut tout expliquer sans jamais rien juger, il devient possible de tout accepter sans jamais l’avouer. Et cette forme de tolérance universelle, si elle a l’élégance de ne froisser personne, présente aussi l’inconvénient de laisser le réel parfaitement intact.

En somme, il n’est pas indispensable d’élever la voix pour constater que certaines situations perdent à être interminablement commentées. Il suffit parfois de réduire légèrement le volume des explications pour entendre ce que les faits disent déjà très bien par eux-mêmes. Car  les faits, ont la désagréable habitude d’insister. Ça tombe, ça explose, on brûle, on déporte, on efface. Il suffit de s'en tenir à ça. Ne pas l'admettre nous range du côté de l'ignominie. "L’humanité aura un jour à répondre non seulement des actes des hommes malfaisants, elle aura aussi à répondre du silence des gens de bien" disait Jean Rostand. Il semblerait qu'en ces temps l'humanité ne réponde plus de rien. 

Mais le printemps revient, et je remercie la vie de m'accorder un nouveau printemps et que je puisse encore m'y promener, même si ce n'est pas le cœur léger. La Seine coule indifférente. Et les touristes sur les bateaux-mouche photographient la ville que l'Histoire a si miraculeusement préservée jusqu'à présent.

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mercredi 8 avril 2026

Au fou !


 
Voilà,
je suis souvent d'accord avec les articles que publie régulièrement André Markowicz sur son compte facebook dont il fait un usage tout à fait intelligent et pertinent. Outre la clairvoyance de ses observations et de sa pensée sur le cours du monde, j'admire son opiniâtreté dans cette activité où il est tout à fait légitime, puisqu'il dispose d'une notoriété méritée dans les milieux intellectuels. Pour ceux qui l'ignorent, ou qui sont étrangers à la culture française, c'est un traducteur très reconnu. Il a retraduit tout Dostoïevski, Tchekhov, Pouchkine, Erdmann et de nombreux autres auteurs russes. Il traduit aussi depuis l'anglais, et poursuit aussi une activité de poète et d'éditeur. C'est vraiment un forcené du travail intellectuel. Et je suis heureux de trouver dans ses publications quelque chose qui se rapproche de certaines de mes intuitions que je ne puis formuler avec autant de justesse. Je me permets de relayer in extenso ses deux dernières chroniques parues au cours des derniers jours à propos d'un dangereux connard.
La première intitulée "Disgrâce"
 
"Les insultes de Trump. – Celle contre Macron, d’abord, à propos de "sa femme qui le traite très mal", – venue on ne sait pas de quoi, – , et ,ce ton, et, ça, on en avait l’habitude, le jeu sur l’accent français. On sait très bien pourquoi elle est lancée, cette phrase : parce que, sans doute, l’Europe refuse d’endosser la responsabilité de la nouvelle guerre du Golfe. Ensuite, cette phrase, hallucinante, sur Mohammed Ben Salmane, l’héritier (le dictateur réel) de l’Arabie Saoudite. Dans un forum économique organisé avec l'argent de l’Arabie Saoudite, Trump a dit, – et c’était son discours officiel, pas un aparté : "now [une fois que les USA a retrouvé sa grandeur, pas avec un président "raté"]  he is kissing my ass". Et, un peu plus tard, il a ajouté que, ce fait-là, qu’il devait être en train de baiser le cul du président des USA, il fallait le lui rappeler encore. 
La phrase est à mettre dans les livres d’histoire, me semble-t-il, parce qu’elle explique l’essence même du colonialisme. Le colonialisme, c’est arriver dans un pays et obliger ses dirigeants  à baiser le cul du chef. – Il se trouve que celui qui est censé "baiser le cul" du président américain – pas de n’importe lequel, pardon, seulement, le "cul de moi"  (je l’écrirai comme ça, parce que tout ce que fait Trump est de s'édifier, par ses propres mots, une statue à soi-même – un soi-même qu’il admire tellement qu’il se considère, en cette période de Pâques, comme un nouveau Christ..), – que celui, donc, qui lui baise le cul était le meilleur allié des USA, et, objectivement, que cet homme – comme ses prédécesseurs – n’a existé jusqu’à présent qu’en tant qu’il était un agent des USA. Que, donc, ce que dit Trump est factuellement vrai. C’est le rapport normal qu’instaurent les puissances coloniales avec les pays amis dont elles garantissent l’indépendancez : le pouvoir fantoche baise les pieds, – ça, c’est l’image traditionnelle, ou le cul – c’est l’image trumpienne, – du donneur d’ordre."
Sauf que le fait de le dire, et dans ces termes, dénués de sur-moi (dès lors que rien n’existe au monde qui puisse être, littéralement, au-dessus de Moi) casse la porcelaine dans laquelle tu étais censé boire le thé qu’elles étaient en train de t’offrir.  – La phrase montre surtout non seulement la rupture, mais l’impuissance actuelle où se trouve – non pas Trump mais la puissance des USA, à imposer quoi que ce soit. L’insulte est là pour montrer la déchéance : telle a d’ailleurs été la réaction officielle de l’Arabie Saoudite, qui a fait savoir que, dorénavant, elle achèterait ses armes ailleurs qu’aux USA. 
 
*
 
L’impuissance de la puissance américaine éclate encore davantage dans le dernier tweet sur le  fuckin’ strait" toujours fermé par les Iraniens... Il ne dit même pas le Détroit d’Ormuz. Il dit juste « le détroit », ce qui montre qu’il ne pense qu’à ça.  Et ce détroit, il est "fuckin’" – mot que je n’arrive pas à traduire (j’ai souvent parlé de la difficulté de traduire le mot "fuck", tellement il est, dirons-nous, vaste...) Pas même "fucking" , mais  "fuckin’ ", forme qui montre, par la vulgarité dans la vulgarité, le sens réel : c’est bien l’opération américaine, dans son ensemble, qui est en train d’être "fucked up", parce que, malgré la supériorité militaire, quasiment absolue, d’Israël et des USA, la crise est là, – dans le monde entier, à cause de la bêtise de ce Moi-là. À cause de ce gosse jamais grandi qui s’est fait embarquer dans une aventure dont, visiblement, il ne peut pas sortir vainqueur, – d’où, j’ai l’impression, les frictions que nous sentons entre Israël et les USA ces derniers jours, – ces phrases aberrantes prononcées par un gamin pris en faute : « c’est pas moi qui a commencé... c’est "eux" (les "eux" étant les agents israéliens dans son entourage, et en particulier son beau-fils, Jared Kushner) – il s’est fait baiser, si je puis dire, par les Israéliens... Et il le dit. Dès lors, les Iraniens sont-ils des "crazy bastards", et c’est Trump lui-même qui leur décerne ainsi ce qui peut apparaître comme leur légion d’honneur. – Ils ont la force de faire perdre son sang-froid, et ses moyens, à ce qui se considère comme la première puissance du monde."
 
*
 
Il y a là quelque chose qui tient d’un autre mot que je n’arrive pas à traduire, "disgrace", et qui n’est pas seulement une honte. Je sens dans le mot anglais quelque chose de bien plus fort, et, je dirais, comme de plus impuissant. La constatation d’une déchéance irrémédiable. – Un homme capable d’entraîner la planète entière dans une disgrâce comme on n’en avait pas vu depuis la guerre de 39-45."
Or face à lui qu'y a-t-il ?
Que se passe-t-il aux USA ? Je suis frappé par le fait que, ces derniers temps, les protestations les plus fortes semblent venir non pas des démocrates, mais des républicains, – ou de certains républicains (encore très très minoritaires), alors que tous les autres se taisent, ou applaudissent. Et que cela arrive au moment où, au plus haut niveau de l’armée américaine, une purge élimine je ne sais combien de généraux et d’amiraux, dont le chef d’état-major de l’armée de terre...
Ensuite, quel est le pouvoir du reste du monde une fois que Trump a dit la vérité toute crue, et toute puante, – qu’il a cassé la porcelaine des gens bien éduqués ? L'Occident a bien passé son temps a baiser le cul des USA, avec reconnaissance, et, oui, avec plaisir. Sauf qu’une fois que la chose est dite dans ces termes, et que la phrase dite signifie que, volens-nolens, il n’y a plus de cul à baiser, – forgive my french, n’est-ce pas... – que faisons-nous pour sortir de la honte ?
 
La seconde s'intitule "L'obscène"
 
On se couche en se demandant si, au réveil, il n’aura pas envoyé une bombe atomique sur l’Iran, s’il n’aura pas fait sauter le monde. La première chose qu’on fait en se réveillant, avant même de se lever, c’est d’essayer de voir ce qui s’est passé, et l’impression de soulagement, comme quoi, non, ça continue toujours, est mélangée quand on comprend qu’en fait, s’il veut vraiment négocier, il a accepté comme base de départ les dix points proposés par le régime des mollahs, dix points qui comprennent la légitimation du nucléaire et la reconnaissance que le détroit d’Ormuz est iranien, c’est-à-dire des points qui, s’ils étaient acceptés, signeraient la capitulation des USA, de cette armée qui est, et de très loin, – je ne mets même pas de guillemets, – la plus puissante du monde (je veux bien le croire). Mais tant mieux s’ils négocient, ça va de soi. Et tant mieux s’il y a, ne serait-ce qu’une trêve.
Toujours cette sensation de jamais vu. On n’a jamais vu qu’un président des USA, dans un tweet (ou comment s’appelle un post de "Truth Social" – quel nom quand on y pense !) explique qu’il regretterait beaucoup de détruire une civilisation, "qui ne pourrait plus revenir", qu’il annonce donc un génocide, et, je ne sais pas comment dire, une éradication culturelle, – et qu’il le fasse, juste, pour faire monter les enchères, comme on marchande aux Puces. Non, on n’avait jamais vu ça. Jamais, surtout, on n’avait eu la sensation que la chose était tellement possible, genre Docteur Folamour. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un général qui serait devenu fou, mais du maître actuel du monde, et d’un maître du monde qui, autant sa puissance réelle devient de plus en plus fragile, reste toujours capable de le détruire, le monde, – parce qu’il aura toujours des lâches et des assassins, des larbins avides de pouvoir et d’argent, pour suivre ses ordres et continuer de le flatter : il est, n’est-ce pas, l’envoyé du Christ sur terre, le plus beau, le plus intelligent, enfin, je ne sais pas ce qu’il est, mais il l’est. Être à la merci, concrètement, d’un homme qui, en fait, passe ses journées à vitupérer les pommeaux de douche de la Maison blanche, parce que leur pression n’est pas suffisante (c’est, je l’ai appris, statistiquement, le sujet le plus traité dans ses prises de parole publiques), et ses feutres Sharpie  ("c’est pas cher mais ça écrit très bien, j’ai téléphoné au directeur de la boîte pour le féliciter")– avec, quelques heures plus tard, un communiqué de la boîte en question, visiblement très gênée, parce que jamais Trump n’a téléphoné au directeur, – ce long aparté sur les feutres dure, devant les caméras, pendant plusieurs minutes pendant une réunion consacrée à la guerre avec l’Iran... – Et comprendre que ce n’est pas drôle du tout. Que ce grotesque-là ne peut pas faire rire : ce n’est pas celui d’un Lubitsch ou de qui que ce soit. Que ce grotesque est la forme absolue du réalisme. Il est, oui, la réalité de notre vie. Nous vivons entre les mains de ça.
Comprendre aussi, et surtout, que, là, l’histoire se répète vraiment, et pas du coup sous forme de farce, – pas du tout sous une forme comique ou amoindrie. Avoir vu la magnifique mise en scène de Jean Bellorini au Vieux-Colombier, "L’ordre du jour"  d’Eric Vuillard, – une mise en scène, justement, qui joue sur les codes du grotesque... Mais Vuillard montre une réunion des grands capitalistes allemands avec Hitler, et la complicité tranquille de ces "capitaines d’industrie" avec le nazisme. Pas seulement leur complicité, mais les profits qu’ils ont fait, et que, tranquillement, ils font toujours, puisqu’aucun des Krupp, Thyssen et autres n’a jamais été inquiété en 1945, alors même qu’ils avaient ouvert des usines dans les camps.
La question est celle de la responsabilité. – Qu’il y ait un fou à la Maison blanche est une chose (et, déjà, en soi, c’est sidérant), mais qui l’a mis au pouvoir, ce fou ? Et, une fois qu’il a exercé le pouvoir, qui, parmi les grands entrepreneurs américains, lui aura résisté, n’aura pas fait allégeance ? Qui, donc, n’est pas responsable de ce qui pourra se produire ? – Et s’il n’y avait qu’eux... Eric Vuillard évoque le sort, et la responsabilité (même s’il en est victime), du chancelier autrichien Schuschnigg qui, au bout du compte, amène au pouvoir les nazis, même s’il les combat, du bout des lèvres. Et comment ne pas faire le parallèle avec les caciques démocrates aux USA qui ont accepté que Biden s’acharne à vouloir se re-présenter, contre tout bon sens – pour quelles raisons ? Simplement, sans doute, par veulerie, pour ne pas déplaire à leur chef à eux, même si ledit chef, temporaire, était dans un état de délabrement physique accéléré...
Les monstres viennent toujours d'un ventre mou.
Oui, on a vu 8 millions de personnes défiler dans les rues du pays tout entier pour le dernier  "No Kings" et c’est énorme. Ça ne suffit pas, évidemment, même si c’est, là encore, du jamais vu, je crois, dans l’histoire récente. Allez savoir si elles auront lieu, les élections de mi-mandat, si Trump ne trouvera pas quelque chose pour ne pas subir le raz-de-marée d’une débâcle annoncée. Allez savoir ce qu’il trouvera encore pour détourner l’attention de la moitié des dossiers Epstein encore non publiée, et la moitié, visiblement, la plus épouvantable (3 millions, donc, de documents encore inconnus) qui répertorient les meurtres, les actes de torture, – enfin, on ne sait pas quoi, mais quelque chose dans quoi, lui, le président Trump est trempé (pardon du jeu de mots) jusqu’au cou et bien plus. Allez savoir si, finalement, cette folie qui laisse le monde pantois n’est pas aussi jouée, en prévision des poursuites, – si elle n’est pas le seul moyen, à terme, de lui faire éviter la prison...
L’ordre, non pas du jour, mais des choses, mis à nu, – obscène.
Sauf qu’il est devant tous, – engluant tous les yeux. Et donc, qu’il ne l’est plus, obscène. il est la scène même. La seule réalité.
 
 
On peut aussi rajouter qu'il y a, chez le chancre orange,  — persuadé que Dieu l'observe et le soutient — un mépris de tout ce qui n'est pas lui, et même une haine sans mesure de l'autre qui est l'essence même de sa nature psychopathe. Et pourtant près de 40% des américains le soutiennent, et se reconnaissent en lui. Il représente quelque chose de profondément ancré dans la culture et la mentalité de ce pays. Et pas un jour ne passe sans qu'il ne se livre sur son réseau social à une de ses diatribes délirantes. La récente menace d'exterminer toute une civilisation dans un ultimatum terrifiant à l'adresse de l'Iran dans lequel, en proie à une folie génocidaire il s'engageait à commettre des crimes contre l'humanité indescriptibles, n'en est qu'une parmi d'autre. On s'est tellement habitué aux outrances de ce connard obscène vulgaire et méprisant qui confond la force et la puissance (dont il est dépourvu) que l'ampleur de ses propos passera d’ici peu à l'as comme le reste. "Flood the zone" comme l'a théorisé Steve Bannon un de ses mentors, stratège bien connu de l’extrême droite américaine et ancien conseiller particulier lors de sa première présidence. Son idée – qui a fait ses preuves – est d’inonder les médias de “shit” et d’empêcher la vérification des faits afin de remplacer la vérité par des flux de délires. Le message est bien passé. Et quand ce n'est pas trump en personne, ses ministres s'en chargent. Ainsi son ministre de la guerre bigot, qui a comparé un pilote abattu et sauvé  grâce à une mission spéciale au Christ ressuscité. 
Bref aujourd'hui 8 Avril, l'enfer ne s'est pas déchaîné sur le sol et le peuple iranien, et le chaos mondial est encore dans les limites du tolérable si tu n'es pas dans une zone de guerre immédiate. Peut-être existe-t-il encore au Pentagone des esprits lucides ayant convaincu le fou de la Maison Blanche de ne pas déclencher un cycle de destruction mutuelle qui mènerait à l’effondrement des installations de production pétrochimiques mondiales, à la possibilité de rendre le golfe Persique inhabitable et au risque de plonger l’économie mondiale toute entière dans un insurmontable chaos.
Donc c'est un répit. Mais depuis quelques temps nous allons de répits en répits semble-t-il. Cette chronologie de l'incessante victoire de Trump contre l'Iran en témoigne :
 3 mars : "Nous avons gagné la guerre" 7 mars : "Nous avons vaincu l'Iran." 9 mars : "Nous devons attaquer l'Iran." 9 mars : "La guerre touche à sa fin, et de façon magnifique." 11 mars : "Il ne faut jamais crier victoire trop tôt. Nous avons gagné. En une heure, c'était fini." 12 mars : "Nous avons gagné, mais la victoire n'est pas encore totale."13 mars : "Nous avons gagné la guerre." 14 mars : Aux alliés : "Aidez-nous, s'il vous plaît." 15 mars : Aux alliés  : "Si vous ne nous aidez pas, je m'en souviendrai." 16 mars : En réalité, nous n'avons besoin d'aucune aide. 16 mars : "Je testais juste qui m'écoutait." 16 mars : "Si l'OTAN n'intervient pas pour nous aider, ils subiront de graves conséquences." 17 mars : "Nous n'avons ni besoin ni envie de l'aide de l'OTAN." 17 mars : "Je n'ai pas besoin de l'approbation du Congrès pour me retirer de l'OTAN. " 18 mars : "Nos alliés doivent coopérer à la réouverture du détroit d'Ormuz." 19 mars : "Les alliés des États-Unis doivent se ressaisir, prendre leurs responsabilités et contribuer à la réouverture du détroit d'Ormuz." 20 mars : "L'OTAN est lâche." 21 mars : "Le détroit d'Ormuz doit être protégé par les pays qui l'utilisent. Nous ne l'utilisons pas, nous n'avons donc pas besoin de l'ouvrir." 22 mars : "C'est la dernière fois. Je donne 48 heures à l'Iran. Ouvrez le détroit !"22 mars : "L'Iran est mort." 23 mars : "Nous avons eu des discussions très fructueuses avec l'Iran." 24 mars : "Nous progressons dans les discussions." 25 mars : "Ils nous ont fait un cadeau, et il est arrivé aujourd'hui. C'était un très gros cadeau, d'une valeur inestimable. Je ne vous dirai pas de quoi il s'agit, mais c'était un cadeau de grande valeur." 26 mars : "Concluez un accord, sinon nous continuerons à les anéantir." 27 mars : "Nous n'avons pas à être là pour l'OTAN." 28 mars : Pas de déclaration majeure. 29 mars : "Les négociations progressent bien". 30 mars : "Ouvrez immédiatement le détroit d'Ormuz, sous peine de conséquences dévastatrices." 31 mars : "Un accord est imminent et  l'Iran va faire ce qu'il faut pour ça". 1er avril : "Nous verrons bientôt ce qui se passera." 2 avril : Un accord est très probable. S'il n'y en a pas nous poursuivrons les frappes. 3 avril : "Quelque chose d'important va se produire." 4 avril : "L'Iran doit se soumettre « immédiatement » sous peine de graves  conséquences".  5 avril : "Ouvrez ce putain de détroit, bande de cinglés, sinon vous irez en enfer ! Vous allez voir ! Louange à Allah ! 
Y-a-t-il un docteur dans la salle ? 


C'est pourtant bien dans ce monde et avec ces gens qu'il faut encore s'efforcer de vivre. Et pendant ce temps là, une chaleur presque estivale s'est, pour quelques jours, abattue sur la ville. Les arbres de Judée du jardin des Tuileries sont en fleurs, et leur beauté rend ces temps incertains plus supportables.

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