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lundi 27 juillet 2026

Meurtrissure

Voilà,
j'ai passé les plus belles années de mon enfance à Biscarrosse dans les Landes. Je me suis promené en vélo sur des routes traversant des forêts de pins qui aujourd'hui sont réduites en cendres. J'ai puisé là des sensations et des souvenirs qui m'accompagneront jusqu'à ma mort. Je me suis en partie construit sur les émotions intenses que j'ai éprouvées au contact de cette nature. L'odeur de la forêt landaise me bouleverse, quel que soit le temps qu'il fait. Je me souviens aussi de mon bonheur d'avoir fait découvrir à Agnès cette région. Et puis aussi de ces quinze premiers jours de Septembre 1996 à Biscarrosse, avec Christelle qui plus tard m'a donné ma fille.
Et de ces années où ensemble nous descendions vers Pau. Nous faisions toujours étape à l'hôtel des grottes de Matata en Charente maritime. Le lendemain nous prenions le bac, pour traverser l'estuaire. C’était comme un rituel. Vraiment le début des vacances. Depuis le Verdon nous redescendions par la forêt de Gironde, sur les routes départementales. Souvent nous faisions halte à Hourtin ou Lacanau pour manger au bord du lac. C'est là que ma fille a, pour la première fois, marché pieds nus dans le sable. Là encore un souvenir puissant.

Ensuite nous descendions tout droit en contournant le bassin d'Arcachon, en direction du parc des Landes de Gascogne que nous traversions pour atteindre le Béarn. Merci la vie qui me permet encore d'être relié à ces moments si précieux.
Aujourd'hui, certains de ces endroits sont encore la proie des flammes après une semaine d'une lutte, rendue difficile pour les pompiers, à cause du vent et de la sécheresse. C'est une meurtrissure que de savoir cette forêt ravagée, cette région sinistrée et que tant de gens y ont perdu tout ce qu'ils possédaient.
Dans ce combat on s'est aperçu que la flotte des avions canadair n'a pas été renouvelée en dépit des nécessités qui avaient été pointées il y a quatre ans, lors d'un précédent méga-feu dans la région. De nouveaux appareils font terriblement défaut. Ces dernières années l'État a préféré investir dans des blindés pour que la police puisse violemment réprimer des manifestations écologistes en certains endroits sensibles du pays. 
Quant à l’Office national des forêts, dont le rôle est essentiel pour, dans un contexte de désordres climatiques, préserver les espaces boisés et œuvrer à leur adaptation, ses effectifs ont connu une chute vertigineuse, de 12 500 agents au début des années 2000 à environ 8 000 aujourd’hui, avec un budget en forte tension. Au point que même la Cour des comptes s’en alarme : "Les moyens humains de l’établissement apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées". Le choix d’investir massivement dans la répression plutôt que dans la préservation du vivant et dans l’adaptation au chaos climatique est aussi stupide qu’irrationnel. Il est à l’image de ceux qui nous gouvernent depuis dix ans : une petite caste de technocrates ultralibéraux au service d'Intérêts privés.
Heureusement depuis quelques jours on peut compter sur la solidarité européenne pour ce dur combat qui n'est pas encore gagné. Le feu s'approche de Bordeaux, recouverte depuis plusieurs jours d'un épais nuage de fumée. Et dans les prochaines heures est prévue une nouvelle vague de chaleur.

dimanche 26 juillet 2026

Paradis perdu

Voilà,
on s'émerveille et l'on a presque envie de pleurer devant un paysage champêtre naïvement peint sur un portail en fer. C'est comme une image de paradis perdu, alors que tout autour le monde brûle, et nous rappelle de façon de plus en plus pressante que nous sommes déjà bien avancés dans la catastrophe, comme nous l'indique cette carte qui répertorie au jour le jour tous les feux qui à cette heure ravagent la planète. Je pense à celles et ceux qui ont tout perdu. Ils sont vivants mais les traces de leur existence sont réduites en cendres.
 

On pourrait en outre ajouter que si les années qui viennent de s'écouler ont été les plus chaudes jamais enregistrées, que si la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'a jamais été aussi élevée depuis 3 millions d'années, le 23 Juillet 2026 aura aussi été, selon les données du service Flight radar, une journée record dans l'histoire de l'aviation. 153 359 vols y auront été comptabilisés, ce qui signifie que sur la planète un avion décolle toutes les 0,27 secondes. Ainsi dans ce monde chaud, des touristes voyagent d'un endroit trop chaud à un autre endroit trop chaud à bord d'engins brûlant des combustibles fossiles qui créent encore plus d'endroit trop chauds.
Selon qu'on soit cynique ou crédule, c'est avec délectation ou amertume qu'au regard de ce qui se passe aujourd’hui, on se rappelle l'époque du confinement et son cortège de soi-disant prises de conscience, de spéculations et de promesses au sujet du monde d'après.  
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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mercredi 8 juillet 2026

Cette beauté-là


Voilà,
Il y a le ciel, bien sûr. Et c’est cela qui importe. Cette beauté-là que nous offre notre fragile planète en même temps que le don précieux d’être vivant. Une fraction de seconde les tracas s’effacent. On s’abandonne à la contemplation.
Dommage que l’espèce humaine, si laide si vicieuse, ne soit à la mesure de tant de splendeur et qu’elle s’acharne avec une telle obstination à détruire, au nom du profit, du pouvoir des puissants sur les faibles, ce qui la maintient en vie.
Mais il est probable que cela ne représente, à l’échelle des temps géologiques qu’une infime péripétie. La vie s’épanouira autrement, sans nous, et c’est tout aussi bien ainsi.

dimanche 28 juin 2026

Pêle-mêle avec canicule

Voilà,
au cimetière du Montparnasse, les tilleuls qui ombragent certaines allées perdent leurs feuilles à cause de la canicule et leur donnent ainsi une couleur jaune. Certainement en raison de ces fortes chaleurs précoces. Il parait que des oiseaux tombent du ciel, que des transformateurs électriques s'embrasent, des trains ne circulent plus pour cause de dilatation des rails


 

Nous sommes fin Juin, c'est la première semaine de printemps et on aura connu ça. C'est étrange que tout cela advienne dans un pays qui en 2015 a accueilli des représentants du monde entier pour finaliser l'accord qui promettait de sauver la planète du réchauffement climatique incontrôlé. Près de 200 pays avait signé un engagement historique à maintenir la température mondiale en-dessous de 2° centigrades à l'horizon 2100. C'est sous les lumières du centre des congrès du Bourget que la France était devenue synonyme d'ambition climatique et siège symbolique contre le réchauffement global. Onze ans plus tard c'est la France, (où on en est déjà à +1,7° de moyenne annuelle)  qui fond. Ce mois de juin, le pays a battu ce record absolu de température depuis le début des mesures en 1947. En un seul jour 122 records de chaleur absolue ont été battus sur le territoire  et 332 records mensuels supplémentaires. Paris a connu la plus chaude nuit jamais enregistrée en juin  avec des températures ne descendant pas en dessous de 24°2 tôt le matin. Des dizaines de personnes se sont noyées en essayant de se rafraîchir dans les rivières sont surveillance. Les écoles sont fermées, les hôpitaux en alerte rouge. Ainsi la ville qui a accueilli le traité, est devenu selon le classement des températures en temps réel, la ville la plus chaude de la planète. Plus chaude que 98 % de surface terrestre en un seul jour. C'est la preuve que la signature d'un accord ne suffit à lui seul à refroidir quoi que ce soit. L'Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 80, et la France pays hôte du traité environnemental le plus cité de l'histoire, fait partie de ceux qui s'en ressentent le plus. Pourtant, durant ces dix dernières années, le climat ne fait pas les gros titres et l'intervention du gouvernement français reste bien modeste. Pire, la police, les médias, le patronat, les partis politiques font passer les écologistes pour des terroristes anticapitalistes lorsqu'ils entreprennent des actions sur le terrain.
Ceux qui participaient au congrès du Bourget en 2015 nous promettaient un avenir dont la priorité serait la lutte contre le réchauffement global. L'avenir est là, il ressemble aux portes de l'enfer. Nous sommes à 14° au-dessus des normales saisonnières. 
 
 


Je repense à ce mural si beau et si triste aperçu à Lisbonne en Novembre 2014.  
Aujourd'hui on réalise que le climat dans lequel nos sociétés se sont construites et développées n'existe plus. Les morgues parisiennes sont saturées, les hôpitaux sont débordés, le nombre de morts à domicile ne cesse d'augmenter. On envisage l'ouverture d'une chambre funéraire au marché de Rungis comme ce fut le cas à l'époque du COVID. Mais cet hiver on aura oublié. Notre gouvernement n'a-t-il pas gelé 20% du Fonds vert destiné à aider les régions pour faire face au changement climatique (après avoir divisé par 3 ce fonds en trois ans). On se contente d'effets d'annonce mais la volonté politique ne suit pas et les banques continuent de soutenir les entreprises qui investissent dans l'énergie fossile. J'avais, fin juillet 2023, fait quelques recensions de titres concernant le climat aux États-Unis. C'était déjà alarmant, on sait ce qu'il s'est passé depuis. Ici nos politiciens sont juste un peu plus hypocrites, mais cela ne vaut guère mieux.
Mais bon, la grande nouvelle c'est qu'on va prolonger la saison des soldes contrariée par la canicule, car l'essentiel n'est-il pas de consommer ?
Tout cela est tellement absurde et serait bien risible si la situation ne s’avérait aussi dramatique. 
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles

mardi 23 juin 2026

L'Institut de France depuis le quai du Louvre

 
 
Voilà,
sur les quais de Seine la lumière est belle aux alentours de huit heures, et la chaleur, encore supportable pour peu qu'on se tienne à l'ombre. Le fleuve est comme un miroir d'eau sur lequel glissent les péniches. Seul bémol, les odeurs d'urine des gens qui ont pissé là durant la nuit.
Donc, ce pays vient de connaître la nuit la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés. En effet, l’indicateur thermique national pour les températures minimales a atteint 21,6 degrés. Le précédent record remontait au 25 juillet 2019, lorsque l’indicateur avait atteint 21,4 °C. Après les plus de 450 records de chaleur battus hier après-midi, il faut s’attendre à de nouvelles dizaines, voire centaines, de records de chaleur aujourd’hui. Je crois qu'il en va de même pour une bonne partie de l'Europe occidentale. 
 

 
L'année dernière déjà, à la même époque, je rédigeais un semblable article. Je me souviens de la première fois où j'ai édité une carte météo alarmiste elle datait de Aout 2018. Je constate que ce qui paraissait exceptionnel il y a moins de 10 ans, est largement en-deça de ce qui nous arrive aujourd'hui. Vraisemblablement j'irai sans doute au cinéma dans la journée pour profiter de la climatisation et me mettre au frais.

jeudi 28 mai 2026

Komorebi

 
Voilà,
le japonais a le mot Komorebi pour évoquer non seulement le doux chatoiement de la lumière qui filtre à travers les feuilles des arbres, mais encore l’éphémère beauté des motifs ainsi créés. Dans l'esthétique japonaise, ce n'est pas seulement un moment visuel, mais aussi une expérience du temps, de la nature et de la présence, car le komorebi n'est jamais le même deux fois. Il reflète une sensibilité à la l'impermanence et une profonde conscience du temps qui passe. 
Ces derniers jours, cette expérience est altérée par une chaleur parfois suffocante. La canicule inédite qui s'est abattue sur nos régions frappe par son intensité, avec des températures supérieures à 35 °C, par sa précocité, par sa durée (une dizaine de jours) mais aussi par son étendue régionale : il touche toute l’Europe de l’Ouest, dont le Royaume-Uni et l’Irlande. Selon Christophe Cassou, climatologue au CNRS, il s'agit d’un événement sans précédent, dans le millénaire passé, ayant la probabilité d’une chance sur 1 000 de survenir à cette période de l’année, si l'on s'en réfère aux données couvrant la période de 1979-2025. 
Dans un entretien au journal "Le Monde" il constate que le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus précoces. En outre, toutes ont été favorisées ou amplifiées par le carbone accumulé dans l’atmosphère. Désormais, la question n’est plus de savoir si, en France, l’on va dépasser les 50 °C, mais quand cela adviendra.  
Magali Reghezza-Zitt a une formule extrêmement percutante pour illustrer la situation climatique actuelle : "Nous vivons certainement une des années les plus froides du reste de notre vie "
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.

dimanche 24 mai 2026

Le courage des Ukrainiens 🇺🇦

 
Voilà, 
de terribles menaces pèsent sur le peuple ukrainien, ces temps-ci. L'envahisseur russe, incapable de mener à bien ce qui n'était au départ qu'une "opération militaire spéciale", pour asservir son voisin, s'apprête à envoyer des bombes de destruction massive encore plus létales que celles qu'il a utilisées depuis quatre ans. À défaut de pouvoir en piller les ressources, Poutine veut anéantir l'Ukraine dont le peuple continue  — ce que peu de gens avaient imaginé au début de la guerre —de résister avec héroïsme et sans beaucoup d'aide extérieure.
J'ai repensé aujourd'hui à ces trois images que j'avais photographiées sur les murs de l'ambassade d'Ukraine, il y a un peu plus d'un an.
La première réalisée par Romana Romayishin et Andriy Lesiv illustre le fait qu'en raison de l'invasion à grande échelle opérée par les russes, de nombreuses familles ukrainiennes ont été contraintes de fuir et de devenir des réfugiés. Cela constitue un grand défi et une tragédie pour elles. Leur maison restera à jamais dans leur cœur tout comme l'espoir d'un retour à la paix et la possibilité de retourner dans leur patrie.
La seconde image d'Olga Shtonda suggère que dans cette période sombre, ce qui aide le plus les victimes de l'agression, ce sont l'humanité et les bonnes actions. Un tel soutien n'a ni frontières ni barrières linguistique.
la troisième illustration d'Anna Andreeva rappelle le blason de l'Ukraine, symbole de résistance et d'héroïsme des combattants ukrainiens qui luttent pour la liberté et la démocratie.
Le courage des Ukrainiens face à l'impérialisme russe, me rappelle celui du peuple vietnamien dans les années soixante résistant contre les américains.
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mardi 14 avril 2026

Près du saule pleureur


 
Voilà

Certaines croyances politiques — et j'écris bien croyances plutôt que opinions — ont ceci de remarquable qu’elles épargnent à leurs adeptes tout examen de conscience. Elles ont le mérite rare de simplifier la vie intellectuelle ; elles dispensent de réfléchir tout en donnant l'impression flatteuse d'avoir compris. Elles fonctionnent comme ces meubles en kit dont il manque toujours une vis : on peut les monter quand même, mais il ne faut pas trop s’étonner si tout finit par pencher dangereusement.

Je n'ai jamais éprouvé beaucoup d’enthousiasme pour ces constructions idéologiques qui promettent la clarté et invitent surtout de la complaisance. Elles ressemblent à ces vitres déformantes où chacun contemple une version arrangée de la réalité — suffisamment fidèle pour être crédible, raisonnablement altérée pour demeurer confortable.

Des gens prétendûment "très intelligents" m’expliquent souvent avec le sérieux requis en de telles circonstances que les situations historiques sont complexes. Le mot est pratique. Si la complexité est une chose précieuse ; encore faut-il ne pas s’en servir comme d’un paravent. Car enfin, il y a des complexités qui éclairent, et d’autres qui obscurcissent avec méthode. Ces dernières sont particulièrement prisées : elles permettent d’expliquer longtemps ce qu’on souhaite éviter de regarder même brièvement. 

Le spectacle du monde contemporain offre à cet égard un exemple presque pédagogique. Le Moyen-Orient par exemple. Les faits s’y accumulent avec une obstination fâcheuse : destructions massives, populations déplacées, violences répétées sont commis par les dirigeants suprémacistes d'un jeune pays abritant pourtant un vieux peuple, lequel ne reconnaît que la loi d'un Dieu dont il se prétend l'élu. Depuis sa création ses dirigeants se sont toujours considérés au dessus des règles qui régissent le droit international. Ceci peut-être explique cela. Ce peuple que l'on pensait — en raison du martyre subi en Europe durant la seconde guerre mondiale — peu enclin à commettre des abominations cautionne dans sa grande majorité des politiciens et des responsables militaires coupables depuis deux ans de crimes de guerre quasi quotidiens. Rien de très original, hélas ; l’espèce humaine n’a jamais manqué d’imagination dans ce domaine. Ce qui est plus remarquable, en revanche, c’est la capacité intacte de certains esprits à contempler ces événements comme on observe un phénomène météorologique : avec intérêt, parfois avec inquiétude, mais toujours avec cette distance qui évite d’en tirer des conclusions trop précises. 

Il existe ainsi toute une rhétorique de l’atténuation, une sorte d’art délicat qui consiste à dire beaucoup sans jamais nommer clairement. On y parle de "contexte", de "sécurité", de "nécessité", de "réponses proportionnées" — vocabulaire admirablement extensible qui épouse toutes les circonstances sans jamais se rompre. À force d’élasticité, toutefois, cela finit par ne plus rien susciter du tout, sinon une certaine fatigue morale.

Il est en outre de bon ton de "distinguer". On distingue alors avec une application méritoire. On distingue les intentions des résultats, les dirigeants des citoyens, les principes affichés des pratiques observées. L’exercice est louable en théorie ; il devient problématique lorsqu’il sert à diluer indéfiniment ce qui, dans d’autres circonstances, apparaîtrait avec une évidence désarmante. À ce stade, la distinction cesse d’être un outil d’analyse pour devenir une technique d’évitement. A force il ne reste plus rien à voir. C’est un peu comme ces cartes trop détaillées qui finissent par masquer le territoire.

Il faut reconnaître à notre époque ce talent particulier : produire des consciences parfaitement informées et remarquablement inoffensives. Elles savent, elles lisent, elles comparent, elles contextualisent — et, ce faisant, elles parviennent à une forme de sérénité intellectuelle qui confine parfois à l’indifférence. Rien n’est nié, bien sûr. Tout est compris. Ce qui revient, dans certains cas, à neutraliser toute réaction un peu trop vive.

On rencontre même une variante plus raffinée encore : celle qui consiste à concilier une sensibilité individuelle irréprochable avec une indulgence théorique étonnamment robuste. On peut ainsi se montrer d’une grande délicatesse dans la vie quotidienne — attentif aux souffrances proches, scrupuleux dans les petites choses — tout en développant, à distance, une capacité d’abstraction qui rend supportables des réalités autrement plus massives. C’est une souplesse morale qui force, sinon l’admiration, du moins la curiosité.

On objectera qu’aucune situation ne se réduit à un jugement simple. C’est vrai. Mais il est des moments où la recherche obstinée de la nuance conduit à une manière très élaborée de ne pas conclure. Comme si conclure était devenu, en soi, une faute de goût.

Le plus étonnant, au fond, n’est pas que des politiques produisent des effets contestables — cela relève d’une tradition bien établie — mais que ces effets puissent être indéfiniment accompagnés d’un discours explicatif qui les rend presque acceptables. À force de commentaires, les faits perdent de leur netteté, comme une photographie trop retouchée. On ne nie pas l’image ; on la rend simplement moins dérangeante.

Il y a pourtant une limite, discrète mais tenace, au-delà de laquelle l’intelligence elle-même devrait se méfier de ses propres raffinements. Non pas renoncer à comprendre — ce serait céder à la facilité inverse — mais admettre que comprendre n’implique pas nécessairement d’absoudre, ni même de suspendre indéfiniment son jugement.

Car enfin, si l’on peut tout expliquer sans jamais rien juger, il devient possible de tout accepter sans jamais l’avouer. Et cette forme de tolérance universelle, si elle a l’élégance de ne froisser personne, présente aussi l’inconvénient de laisser le réel parfaitement intact.

En somme, il n’est pas indispensable d’élever la voix pour constater que certaines situations perdent à être interminablement commentées. Il suffit parfois de réduire légèrement le volume des explications pour entendre ce que les faits disent déjà très bien par eux-mêmes. Car  les faits, ont la désagréable habitude d’insister. Ça tombe, ça explose, on brûle, on déporte, on efface. Il suffit de s'en tenir à ça. Ne pas l'admettre nous range du côté de l'ignominie. "L’humanité aura un jour à répondre non seulement des actes des hommes malfaisants, elle aura aussi à répondre du silence des gens de bien" disait Jean Rostand. Il semblerait qu'en ces temps l'humanité ne réponde plus de rien. 

Mais le printemps revient, et je remercie la vie de m'accorder un nouveau printemps et que je puisse encore m'y promener, même si ce n'est pas le cœur léger. La Seine coule indifférente. Et les touristes sur les bateaux-mouche photographient la ville que l'Histoire a si miraculeusement préservée jusqu'à présent.

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mercredi 8 avril 2026

Au fou !


 
Voilà,
je suis souvent d'accord avec les articles que publie régulièrement André Markowicz sur son compte facebook dont il fait un usage tout à fait intelligent et pertinent. Outre la clairvoyance de ses observations et de sa pensée sur le cours du monde, j'admire son opiniâtreté dans cette activité où il est tout à fait légitime, puisqu'il dispose d'une notoriété méritée dans les milieux intellectuels. Pour ceux qui l'ignorent, ou qui sont étrangers à la culture française, c'est un traducteur très reconnu. Il a retraduit tout Dostoïevski, Tchekhov, Pouchkine, Erdmann et de nombreux autres auteurs russes. Il traduit aussi depuis l'anglais, et poursuit aussi une activité de poète et d'éditeur. C'est vraiment un forcené du travail intellectuel. Et je suis heureux de trouver dans ses publications quelque chose qui se rapproche de certaines de mes intuitions que je ne puis formuler avec autant de justesse. Je me permets de relayer in extenso ses deux dernières chroniques parues au cours des derniers jours à propos d'un dangereux connard.
La première intitulée "Disgrâce"
 
"Les insultes de Trump. – Celle contre Macron, d’abord, à propos de "sa femme qui le traite très mal", – venue on ne sait pas de quoi, – , et ,ce ton, et, ça, on en avait l’habitude, le jeu sur l’accent français. On sait très bien pourquoi elle est lancée, cette phrase : parce que, sans doute, l’Europe refuse d’endosser la responsabilité de la nouvelle guerre du Golfe. Ensuite, cette phrase, hallucinante, sur Mohammed Ben Salmane, l’héritier (le dictateur réel) de l’Arabie Saoudite. Dans un forum économique organisé avec l'argent de l’Arabie Saoudite, Trump a dit, – et c’était son discours officiel, pas un aparté : "now [une fois que les USA a retrouvé sa grandeur, pas avec un président "raté"]  he is kissing my ass". Et, un peu plus tard, il a ajouté que, ce fait-là, qu’il devait être en train de baiser le cul du président des USA, il fallait le lui rappeler encore. 
La phrase est à mettre dans les livres d’histoire, me semble-t-il, parce qu’elle explique l’essence même du colonialisme. Le colonialisme, c’est arriver dans un pays et obliger ses dirigeants  à baiser le cul du chef. – Il se trouve que celui qui est censé "baiser le cul" du président américain – pas de n’importe lequel, pardon, seulement, le "cul de moi"  (je l’écrirai comme ça, parce que tout ce que fait Trump est de s'édifier, par ses propres mots, une statue à soi-même – un soi-même qu’il admire tellement qu’il se considère, en cette période de Pâques, comme un nouveau Christ..), – que celui, donc, qui lui baise le cul était le meilleur allié des USA, et, objectivement, que cet homme – comme ses prédécesseurs – n’a existé jusqu’à présent qu’en tant qu’il était un agent des USA. Que, donc, ce que dit Trump est factuellement vrai. C’est le rapport normal qu’instaurent les puissances coloniales avec les pays amis dont elles garantissent l’indépendancez : le pouvoir fantoche baise les pieds, – ça, c’est l’image traditionnelle, ou le cul – c’est l’image trumpienne, – du donneur d’ordre."
Sauf que le fait de le dire, et dans ces termes, dénués de sur-moi (dès lors que rien n’existe au monde qui puisse être, littéralement, au-dessus de Moi) casse la porcelaine dans laquelle tu étais censé boire le thé qu’elles étaient en train de t’offrir.  – La phrase montre surtout non seulement la rupture, mais l’impuissance actuelle où se trouve – non pas Trump mais la puissance des USA, à imposer quoi que ce soit. L’insulte est là pour montrer la déchéance : telle a d’ailleurs été la réaction officielle de l’Arabie Saoudite, qui a fait savoir que, dorénavant, elle achèterait ses armes ailleurs qu’aux USA. 
 
*
 
L’impuissance de la puissance américaine éclate encore davantage dans le dernier tweet sur le  fuckin’ strait" toujours fermé par les Iraniens... Il ne dit même pas le Détroit d’Ormuz. Il dit juste « le détroit », ce qui montre qu’il ne pense qu’à ça.  Et ce détroit, il est "fuckin’" – mot que je n’arrive pas à traduire (j’ai souvent parlé de la difficulté de traduire le mot "fuck", tellement il est, dirons-nous, vaste...) Pas même "fucking" , mais  "fuckin’ ", forme qui montre, par la vulgarité dans la vulgarité, le sens réel : c’est bien l’opération américaine, dans son ensemble, qui est en train d’être "fucked up", parce que, malgré la supériorité militaire, quasiment absolue, d’Israël et des USA, la crise est là, – dans le monde entier, à cause de la bêtise de ce Moi-là. À cause de ce gosse jamais grandi qui s’est fait embarquer dans une aventure dont, visiblement, il ne peut pas sortir vainqueur, – d’où, j’ai l’impression, les frictions que nous sentons entre Israël et les USA ces derniers jours, – ces phrases aberrantes prononcées par un gamin pris en faute : « c’est pas moi qui a commencé... c’est "eux" (les "eux" étant les agents israéliens dans son entourage, et en particulier son beau-fils, Jared Kushner) – il s’est fait baiser, si je puis dire, par les Israéliens... Et il le dit. Dès lors, les Iraniens sont-ils des "crazy bastards", et c’est Trump lui-même qui leur décerne ainsi ce qui peut apparaître comme leur légion d’honneur. – Ils ont la force de faire perdre son sang-froid, et ses moyens, à ce qui se considère comme la première puissance du monde."
 
*
 
Il y a là quelque chose qui tient d’un autre mot que je n’arrive pas à traduire, "disgrace", et qui n’est pas seulement une honte. Je sens dans le mot anglais quelque chose de bien plus fort, et, je dirais, comme de plus impuissant. La constatation d’une déchéance irrémédiable. – Un homme capable d’entraîner la planète entière dans une disgrâce comme on n’en avait pas vu depuis la guerre de 39-45."
Or face à lui qu'y a-t-il ?
Que se passe-t-il aux USA ? Je suis frappé par le fait que, ces derniers temps, les protestations les plus fortes semblent venir non pas des démocrates, mais des républicains, – ou de certains républicains (encore très très minoritaires), alors que tous les autres se taisent, ou applaudissent. Et que cela arrive au moment où, au plus haut niveau de l’armée américaine, une purge élimine je ne sais combien de généraux et d’amiraux, dont le chef d’état-major de l’armée de terre...
Ensuite, quel est le pouvoir du reste du monde une fois que Trump a dit la vérité toute crue, et toute puante, – qu’il a cassé la porcelaine des gens bien éduqués ? L'Occident a bien passé son temps a baiser le cul des USA, avec reconnaissance, et, oui, avec plaisir. Sauf qu’une fois que la chose est dite dans ces termes, et que la phrase dite signifie que, volens-nolens, il n’y a plus de cul à baiser, – forgive my french, n’est-ce pas... – que faisons-nous pour sortir de la honte ?
 
La seconde s'intitule "L'obscène"
 
On se couche en se demandant si, au réveil, il n’aura pas envoyé une bombe atomique sur l’Iran, s’il n’aura pas fait sauter le monde. La première chose qu’on fait en se réveillant, avant même de se lever, c’est d’essayer de voir ce qui s’est passé, et l’impression de soulagement, comme quoi, non, ça continue toujours, est mélangée quand on comprend qu’en fait, s’il veut vraiment négocier, il a accepté comme base de départ les dix points proposés par le régime des mollahs, dix points qui comprennent la légitimation du nucléaire et la reconnaissance que le détroit d’Ormuz est iranien, c’est-à-dire des points qui, s’ils étaient acceptés, signeraient la capitulation des USA, de cette armée qui est, et de très loin, – je ne mets même pas de guillemets, – la plus puissante du monde (je veux bien le croire). Mais tant mieux s’ils négocient, ça va de soi. Et tant mieux s’il y a, ne serait-ce qu’une trêve.
Toujours cette sensation de jamais vu. On n’a jamais vu qu’un président des USA, dans un tweet (ou comment s’appelle un post de "Truth Social" – quel nom quand on y pense !) explique qu’il regretterait beaucoup de détruire une civilisation, "qui ne pourrait plus revenir", qu’il annonce donc un génocide, et, je ne sais pas comment dire, une éradication culturelle, – et qu’il le fasse, juste, pour faire monter les enchères, comme on marchande aux Puces. Non, on n’avait jamais vu ça. Jamais, surtout, on n’avait eu la sensation que la chose était tellement possible, genre Docteur Folamour. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un général qui serait devenu fou, mais du maître actuel du monde, et d’un maître du monde qui, autant sa puissance réelle devient de plus en plus fragile, reste toujours capable de le détruire, le monde, – parce qu’il aura toujours des lâches et des assassins, des larbins avides de pouvoir et d’argent, pour suivre ses ordres et continuer de le flatter : il est, n’est-ce pas, l’envoyé du Christ sur terre, le plus beau, le plus intelligent, enfin, je ne sais pas ce qu’il est, mais il l’est. Être à la merci, concrètement, d’un homme qui, en fait, passe ses journées à vitupérer les pommeaux de douche de la Maison blanche, parce que leur pression n’est pas suffisante (c’est, je l’ai appris, statistiquement, le sujet le plus traité dans ses prises de parole publiques), et ses feutres Sharpie  ("c’est pas cher mais ça écrit très bien, j’ai téléphoné au directeur de la boîte pour le féliciter")– avec, quelques heures plus tard, un communiqué de la boîte en question, visiblement très gênée, parce que jamais Trump n’a téléphoné au directeur, – ce long aparté sur les feutres dure, devant les caméras, pendant plusieurs minutes pendant une réunion consacrée à la guerre avec l’Iran... – Et comprendre que ce n’est pas drôle du tout. Que ce grotesque-là ne peut pas faire rire : ce n’est pas celui d’un Lubitsch ou de qui que ce soit. Que ce grotesque est la forme absolue du réalisme. Il est, oui, la réalité de notre vie. Nous vivons entre les mains de ça.
Comprendre aussi, et surtout, que, là, l’histoire se répète vraiment, et pas du coup sous forme de farce, – pas du tout sous une forme comique ou amoindrie. Avoir vu la magnifique mise en scène de Jean Bellorini au Vieux-Colombier, "L’ordre du jour"  d’Eric Vuillard, – une mise en scène, justement, qui joue sur les codes du grotesque... Mais Vuillard montre une réunion des grands capitalistes allemands avec Hitler, et la complicité tranquille de ces "capitaines d’industrie" avec le nazisme. Pas seulement leur complicité, mais les profits qu’ils ont fait, et que, tranquillement, ils font toujours, puisqu’aucun des Krupp, Thyssen et autres n’a jamais été inquiété en 1945, alors même qu’ils avaient ouvert des usines dans les camps.
La question est celle de la responsabilité. – Qu’il y ait un fou à la Maison blanche est une chose (et, déjà, en soi, c’est sidérant), mais qui l’a mis au pouvoir, ce fou ? Et, une fois qu’il a exercé le pouvoir, qui, parmi les grands entrepreneurs américains, lui aura résisté, n’aura pas fait allégeance ? Qui, donc, n’est pas responsable de ce qui pourra se produire ? – Et s’il n’y avait qu’eux... Eric Vuillard évoque le sort, et la responsabilité (même s’il en est victime), du chancelier autrichien Schuschnigg qui, au bout du compte, amène au pouvoir les nazis, même s’il les combat, du bout des lèvres. Et comment ne pas faire le parallèle avec les caciques démocrates aux USA qui ont accepté que Biden s’acharne à vouloir se re-présenter, contre tout bon sens – pour quelles raisons ? Simplement, sans doute, par veulerie, pour ne pas déplaire à leur chef à eux, même si ledit chef, temporaire, était dans un état de délabrement physique accéléré...
Les monstres viennent toujours d'un ventre mou.
Oui, on a vu 8 millions de personnes défiler dans les rues du pays tout entier pour le dernier  "No Kings" et c’est énorme. Ça ne suffit pas, évidemment, même si c’est, là encore, du jamais vu, je crois, dans l’histoire récente. Allez savoir si elles auront lieu, les élections de mi-mandat, si Trump ne trouvera pas quelque chose pour ne pas subir le raz-de-marée d’une débâcle annoncée. Allez savoir ce qu’il trouvera encore pour détourner l’attention de la moitié des dossiers Epstein encore non publiée, et la moitié, visiblement, la plus épouvantable (3 millions, donc, de documents encore inconnus) qui répertorient les meurtres, les actes de torture, – enfin, on ne sait pas quoi, mais quelque chose dans quoi, lui, le président Trump est trempé (pardon du jeu de mots) jusqu’au cou et bien plus. Allez savoir si, finalement, cette folie qui laisse le monde pantois n’est pas aussi jouée, en prévision des poursuites, – si elle n’est pas le seul moyen, à terme, de lui faire éviter la prison...
L’ordre, non pas du jour, mais des choses, mis à nu, – obscène.
Sauf qu’il est devant tous, – engluant tous les yeux. Et donc, qu’il ne l’est plus, obscène. il est la scène même. La seule réalité.
 
 
On peut aussi rajouter qu'il y a, chez le chancre orange,  — persuadé que Dieu l'observe et le soutient — un mépris de tout ce qui n'est pas lui, et même une haine sans mesure de l'autre qui est l'essence même de sa nature psychopathe. Et pourtant près de 40% des américains le soutiennent, et se reconnaissent en lui. Il représente quelque chose de profondément ancré dans la culture et la mentalité de ce pays. Et pas un jour ne passe sans qu'il ne se livre sur son réseau social à une de ses diatribes délirantes. La récente menace d'exterminer toute une civilisation dans un ultimatum terrifiant à l'adresse de l'Iran dans lequel, en proie à une folie génocidaire il s'engageait à commettre des crimes contre l'humanité indescriptibles, n'en est qu'une parmi d'autre. On s'est tellement habitué aux outrances de ce connard obscène vulgaire et méprisant qui confond la force et la puissance (dont il est dépourvu) que l'ampleur de ses propos passera d’ici peu à l'as comme le reste. "Flood the zone" comme l'a théorisé Steve Bannon un de ses mentors, stratège bien connu de l’extrême droite américaine et ancien conseiller particulier lors de sa première présidence. Son idée – qui a fait ses preuves – est d’inonder les médias de “shit” et d’empêcher la vérification des faits afin de remplacer la vérité par des flux de délires. Le message est bien passé. Et quand ce n'est pas trump en personne, ses ministres s'en chargent. Ainsi son ministre de la guerre bigot, qui a comparé un pilote abattu et sauvé  grâce à une mission spéciale au Christ ressuscité. 
Bref aujourd'hui 8 Avril, l'enfer ne s'est pas déchaîné sur le sol et le peuple iranien, et le chaos mondial est encore dans les limites du tolérable si tu n'es pas dans une zone de guerre immédiate. Peut-être existe-t-il encore au Pentagone des esprits lucides ayant convaincu le fou de la Maison Blanche de ne pas déclencher un cycle de destruction mutuelle qui mènerait à l’effondrement des installations de production pétrochimiques mondiales, à la possibilité de rendre le golfe Persique inhabitable et au risque de plonger l’économie mondiale toute entière dans un insurmontable chaos.
Donc c'est un répit. Mais depuis quelques temps nous allons de répits en répits semble-t-il. Cette chronologie de l'incessante victoire de Trump contre l'Iran en témoigne :
 3 mars : "Nous avons gagné la guerre" 7 mars : "Nous avons vaincu l'Iran." 9 mars : "Nous devons attaquer l'Iran." 9 mars : "La guerre touche à sa fin, et de façon magnifique." 11 mars : "Il ne faut jamais crier victoire trop tôt. Nous avons gagné. En une heure, c'était fini." 12 mars : "Nous avons gagné, mais la victoire n'est pas encore totale."13 mars : "Nous avons gagné la guerre." 14 mars : Aux alliés : "Aidez-nous, s'il vous plaît." 15 mars : Aux alliés  : "Si vous ne nous aidez pas, je m'en souviendrai." 16 mars : En réalité, nous n'avons besoin d'aucune aide. 16 mars : "Je testais juste qui m'écoutait." 16 mars : "Si l'OTAN n'intervient pas pour nous aider, ils subiront de graves conséquences." 17 mars : "Nous n'avons ni besoin ni envie de l'aide de l'OTAN." 17 mars : "Je n'ai pas besoin de l'approbation du Congrès pour me retirer de l'OTAN. " 18 mars : "Nos alliés doivent coopérer à la réouverture du détroit d'Ormuz." 19 mars : "Les alliés des États-Unis doivent se ressaisir, prendre leurs responsabilités et contribuer à la réouverture du détroit d'Ormuz." 20 mars : "L'OTAN est lâche." 21 mars : "Le détroit d'Ormuz doit être protégé par les pays qui l'utilisent. Nous ne l'utilisons pas, nous n'avons donc pas besoin de l'ouvrir." 22 mars : "C'est la dernière fois. Je donne 48 heures à l'Iran. Ouvrez le détroit !"22 mars : "L'Iran est mort." 23 mars : "Nous avons eu des discussions très fructueuses avec l'Iran." 24 mars : "Nous progressons dans les discussions." 25 mars : "Ils nous ont fait un cadeau, et il est arrivé aujourd'hui. C'était un très gros cadeau, d'une valeur inestimable. Je ne vous dirai pas de quoi il s'agit, mais c'était un cadeau de grande valeur." 26 mars : "Concluez un accord, sinon nous continuerons à les anéantir." 27 mars : "Nous n'avons pas à être là pour l'OTAN." 28 mars : Pas de déclaration majeure. 29 mars : "Les négociations progressent bien". 30 mars : "Ouvrez immédiatement le détroit d'Ormuz, sous peine de conséquences dévastatrices." 31 mars : "Un accord est imminent et  l'Iran va faire ce qu'il faut pour ça". 1er avril : "Nous verrons bientôt ce qui se passera." 2 avril : Un accord est très probable. S'il n'y en a pas nous poursuivrons les frappes. 3 avril : "Quelque chose d'important va se produire." 4 avril : "L'Iran doit se soumettre « immédiatement » sous peine de graves  conséquences".  5 avril : "Ouvrez ce putain de détroit, bande de cinglés, sinon vous irez en enfer ! Vous allez voir ! Louange à Allah ! 
Y-a-t-il un docteur dans la salle ? 


C'est pourtant bien dans ce monde et avec ces gens qu'il faut encore s'efforcer de vivre. Et pendant ce temps là, une chaleur presque estivale s'est, pour quelques jours, abattue sur la ville. Les arbres de Judée du jardin des Tuileries sont en fleurs, et leur beauté rend ces temps incertains plus supportables.

vendredi 3 avril 2026

Comme une prière


 
Voilà,
en Janvier 2012, j'ai pris, au Père-Lachaise, cette photo d'un employé du cimetière durant sa pause. Bien que dans une attitude de prière, il était évidemment en train de consulter son téléphone portable. C'est étrange comme cette manie nous rapproche de la position fœtale. Cela dit, je suis pour ma part assez mal placé pour critiquer, car je passe pas mal de temps à chercher des informations, et il m'arrive même de noter des choses sur ce petit appareil, ou d'en recopier certaines, puisque souvent des informations lues, s'évanouissent et se perdent dans la logosphère sans qu'il soit ensuite possible de les retrouver. Par exemple, hier, alors que j'étais dans le métro, et dans une posture guère différente de celle du protagoniste de ma photo, j'ai noté cet article de Marie Bardiaux-Vaïente très intéressant et instructif et que je livre in-extenso bien qu'il soit assez long. 
 
Je vais écrire un des statuts les plus difficiles en 18 ans de présence sur Facebook, que j'ai eu à écrire. Je coupe les coms, car trop d'enjeux et de sujets connexes que je ne veux pas avoir à subir. Je m'exprime ici avant tout comme historienne spécialiste de ce sujet (ma thèse de doctorat est en ligne et accessible pour qui voudrait saisir plus loin les mécanismes).
"Celui qui aide à conserver la vie d’un homme a le même mérite que s’il avait aidé à conserver le monde entier, et que celui qui laisse détruire une vie quelconque en est responsable comme s’il avait contribué à la perte de tout le genre humain ; qu’un sanhédrin qui prononce une condamnation à mort tous les sept ans, ou même, suivant un docteur, tous les soixante-dix ans, est réputé sanguinaire […] Si nous avions fait partie du sanhédrin, nous n’aurions jamais prononcé une sentence capitale." {Rabbi Akiba et Rabbi Tarphon. (Dans Talmud, « Traité de Maccoth », Chap. I, § 8)}.
En 1978, Joseph Kaplan, Grand Rabbin de France, condamne la peine de mort dans un article du journal Le Monde. De même, le 30 mars 1979, devant le Comité d’étude parlementaire sur la peine de mort réuni sous la présidence du député Pierre Bas, Joseph Kaplan rappelle que le respect de la vie et de la dignité humaine est proclamé dès les premières pages de la Bible, puisque « l’Homme a été créé à l’image de Dieu » :  "Le Grand Rabbin de France souligne que depuis vingt siècles, la conscience juive a condamné la peine de mort, faisant remarquer que si la peine capitale figure dans les textes bibliques, les rabbins, dès le début de notre ère, se sont efforcés de la rendre inapplicable, cherchant, par la critique des témoignages, toutes les raisons possibles pour l’écarter. Il n’en demeure pas moins, a ajouté Monsieur Kaplan devant les Parlementaires, que la société a besoin d’être protégée contre les criminels. Mais si elle a le devoir de punir les coupables, elle a également l’obligation de préserver les innocents de l’erreur judiciaire."{Agence télégraphique juive, bulletin quotidien d’informations, 30 mars 1979.}
Dans l’ouvrage de Jean Toulat, "La Peine de mort en question" publié en 1977, on trouve un passage sur la conception du judaïsme vis à vis de la peine de mort : "Notre position sur la peine capitale […] est un grand aspect de notre conception du respect de la vie humaine, qui doit être absolu. C’est Dieu qui donne la vie. Aucune autorité humaine ne peut se permettre d’en disposer." 
Dès le Ier siècle, la question de la peine de mort s’est posée dans le judaïsme. La peine de mort existe dans la Bible. Les rabbins du Talmud ont tendu à la rendre inapplicable. Les conditions de constat d’un homicide ont tout d’abord été multipliées : les témoignages sont passés au crible et invalidés à la moindre contradiction. La sentence ne devait être rendue que le lendemain et ainsi toute la nuit, les 23 juges tentaient de trouver toute raison d’éviter la peine capitale. "En fait il y a vingt siècles que la conscience juive prend position contre la peine de mort."
Le grand Rabbin Sirat fait une déclaration reproduite par l’AFP en 1981 : "Pour nous la peine de mort doit être vue comme ce qu’elle est : un homicide. Elle relève donc d’un interdit qu’aucun être humain ne peut enfreindre. On trouve dans le Talmud cette remarque d’un rabbin illustre : ″On ne doit nommer membre d’un tribunal qu’un homme capable de trouver de la pureté à un insecte″. Le même Talmud qualifie de sanguinaire le tribunal qui prononce une seule condamnation à mort en soixante-dix ans."
L’État d’Israël est abolitionniste pour les crimes ordinaires (dits de droit commun) depuis 1954. Depuis la proclamation de l’État d’Israël en 1948, la peine de mort a été appliquée 2 fois : en 1948 contre Meir Tobiansky, un officier de l'armée israélienne, accusé de trahison fusillé cette année-là mais réhabilité par la suite, et la très célèbre et médiatique application de la peine capitale en 1962, lorsqu’Adolph Eichmann est exécuté sur la base de la loi de 1950 sur la peine de mort pour les nazis et pour les collaborateurs de nazis.
{Cf à ce propos notre ouvrage : L'enfer est vide et tous les démons sont ici (Malo Kerfriden  au dessin) : https://www.glenat.com/glenat-bd/lenfer-est-vide-tous-les-demons-sont-ici-9782344040041/
Les cinq autres délits capitaux relevant du droit militaire comprennent une sentence discrétionnaire, et sont le génocide, l’homicide de personnes persécutées commis pendant le régime nazi, les actes de trahison sur la base de la loi militaire et de la loi pénale commis en temps d’hostilité, l’emploi et le port illégal d’armes. L’extradition vers Israël n’a vu de condamnation à mort que dans des cas exceptionnels, comme pour Ivan Demjanjuk, un citoyen ukrainien extradé par les États-Unis et condamné à mort en 1988 par un tribunal spécial à Jérusalem, parce que reconnu par quelques survivants comme étant "Ivan le Terrible", un garde nazi du camp de concentration de Treblinka en Pologne. La décision a été annulée en 1993 par la Cour suprême après qu’il a été prouvé qu’il y avait eu confusion sur la personne. 
Israël a ratifié : le Pacte international sur les droits civils et politiques en 1991 ; la Convention sur les Droits de l’Enfant en 1991 ; la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants en 1991 et signé le Statut de la Cour Pénale Internationale, qui interdit le recours à la peine de mort, en 2000. Israël a voté en faveur de la Résolution des Nations unies, du 18 décembre 2008, pour un moratoire mondial sur les exécutions.
Hier, alors que nous étions nombreuses et nombreux à suivre les derniers déploiements de ce qui se tramait depuis plusieurs mois face à une loi qui va à l'encontre de tout ce que le judaïsme préconise depuis ses origines, et par ailleurs de tout ce qui représente le progrès de l'humanité, soit l'abolition de la peine de mort, hier, alors que nous fêtions les 98 ans de la naissance de Robert Badinter, la Knesset a adopté en 3e lecture, par 62 voix contre 48, une loi rétrograde, inique, raciste, immorale, inconstitutionnelle et qui contrevient aux traités internationaux signés par Israël. Il n'est pas acceptable de valider cette loi particulièrement délétère, il n'est pas acceptable de penser qu'elle pourrait être juste et justifiée.
Il est nécessaire de la réprouver pour ce qu'elle est : la seule loi sur la peine de mort au monde qui utilise le critère de l'origine ethnique/la nationalité/l'appartenance à un peuple, une loi qui discrimine de facto, une loi d'apartheid face à la justice et à l'assassinat légal, pour décider à qui elle s'appliquerait ou non. Il n'est pas possible d'accepter la décision prise hier à la Knesset.
Selon le texte : "quiconque cause intentionnellement ou par indifférence la mort d’un citoyen israélien pour des motifs de racisme ou d’hostilité envers une communauté, et dans le but de nuire à l’Etat d’Israël et à la renaissance du peuple juif dans son pays, sera passible de la peine de mort ». La loi instaure la peine capitale pour les hommes et les femmes reconnus coupables de meurtres commis au nom du refus de « l’existence d’Israël". Les Juifs n’y sont donc, de fait, pas soumis, notamment les colons auteurs d’actes de terreur contre les Palestiniens en Cisjordanie occupée. C'est aussi un point qui relève donc de la possibilité d'exécution extra judiciaires dans un territoire sur lequel l'Etat d'Israël n'a aucune souveraineté.  Je parle ici comme historienne, certes, mais aussi...
Comme activiste contre l'antisémitisme et militante antiraciste,
Comme défenseuse des droits humains,
Et enfin et surtout, je parle ici comme militante pour l'abolition universelle de la peine de mort. Il est de notre devoir de nous révolter avec force contre ce qui relève d'une aberration morale, juridique, humaine. La peine de mort n'est jamais une solution. Défendre l'abolition universelle est la seule voie possible. 
 
Il est vraiment étrange et par bien des aspects inquiétant, ce retournement de l'Histoire. Le peuple qui eut à subir des lois raciales voilà un peu moins d'un siècle, avec les résultats que l'on sait, en vient à son tour — et avec la même célérité, le même aveuglement et la même adhésion populaire — à en adopter de semblables. On assiste ainsi à la chute éthique d'un pays qui, en légalisant l'arbitraire à l'encontre de la population palestinienne, s'enfonce un peu plus dans la violence et la discrimination. Voir la figure de proue du suprémacisme juif Ben G'vir — celui-la même qui dans sa jeunesse appelait au meurtre de Shimon Pérès — ,  trinquer une kippa sur la tête (en hébreu en trinquant on s'exclame leh’ayim" ce qui signifie "à la vie") et célébrer une loi qui légalise la mise à mort des Palestiniens a quelque chose de vraiment répugnant. En perdant ainsi son âme il est possible que cette nation, si elle ne se ressaisit pas, ne finisse à plus ou moins brève échéance par s’autodétruire complètement.
J'écris cela depuis un pays où d'ici une quinzaine de jours sera soumis au Parlement un projet de loi qui pourrait amener les juges à opérer un amalgame entre antisémitisme et antisionisme, et faire taire ainsi toute critique contre Israël.

lundi 2 mars 2026

Hakanai

 
Voilà,
je ne peux que trouver salutaire l’élimination de Ali Khamenei. Ce criminel religieux de la pire engeance opprimait son pays depuis trente-cinq ans et n’a pas hésité à ordonner que ses milices tirent à balles réelles sur des foules pacifiques. Mais voir Ben G'vir le ministre de La Défense et boucher de Gaza se réjouir de sa mort en remerciant Dieu pour sa "victoire", ou le fasciste Trump jouer triomphalement au chef de guerre me consterne. Car sur l’échelle de l’ignominie, il n’y a guère de différence entre ces trois là. 
Cela m'embarrasse d'écrire ces noms sous une si délicate image.
Pour désigner la beauté et la fragilité de quelque chose qui peut disparaître à tout moment (comme la lumière dans ce jardin), le japonais possède le mot hakanaï. C'est le monde — et les instants de répit qu'il peut parfois nous offrir — qui me semble désormais hakanaï. Et pendant que j'écris cela, un "earworn" s'est insinué dans ma tête alors que rien ne le laissait présager. Si longtemps que je n’ai pas entendu cette chanson.

mardi 24 février 2026

Quatre ans

 
Voilà
quatre ans que le peuple ukrainien résiste avec courage et détermination à l'envahisseur russe. Hélas le reste du monde semble de moins en moins s'intéresser à son sort, aux crimes de guerre dont il est victime, aux bombardements systématique des populations civiles. Comment ne pas penser à tout ce que celles-ci endurent quotidiennement, alors qu'ici, pour quelque temps encore, il est possible de profiter des premiers beaux jours dans une relative insouciance, en tous cas sans craindre que dans l’immédiat des drones ou des missiles ne s'abattent sur nous.

mercredi 28 janvier 2026

Déliquescence


Voilà,

quand on me traitait de pessimiste je répondais souvent que j’étais simplement lucide. En réalité je n’étais ni l’un ni l’autre, mais plutôt nigaud, puisque je n’imaginais pas que la bêtise pourrait se déployer avec une telle puissance et recueillir aussi vite autant d’adhésion un peu partout dans le monde. L’hégémonie du délire évoquée par Cioran dans un de ses aphorismes semble définir assez justement les temps que nous vivons.

Se réveiller tous les matins assailli par les annonces toujours renouvelées de massacres perpétrés contre des civiles un peu partout dans le monde est déjà pénible. Constater l’indifférence des décideurs et des masses face aux problèmes écologiques et environnementaux qui ne cessent de s’amplifier de manière irréversible, accable. Se confronter à la sottise ordinaire et assumée chez des gens dont l’histoire familiale devrait pourtant les en préserver, consterne. Si l'on est ici pour quelques temps encore préservé des bombes, on est tout de même submergé par la connerie.

Ici en France dimanche soir, avec sa belle tête de con l’avocat Arno Klarsfeld, juif et petit-fils de déportés, dont les parents ont consacré leur vie à la traque des bourreaux nazis et à la mémoire des victimes de la Shoah, faisait, la veille de la journée internationale dédiée aux martyrs du génocide, l’apologie de Trump et des méthodes de ICE proposant même d’organiser "de grandes rafles un peu partout contre les asociaux étrangers qui sont OQTF (obligation de quitter le territoire français), même si on commet des injustices".

Donc aujourd'hui en France, (pays qui en la matière a un certain passif), un homme peut à une heure de grande écoute, se sentir autorisé à prononcer le mot "rafle" sur un plateau de télévision nationale, et à le justifier sans que ne lui soit opposée la moindre objection. Cela prouve une fois encore, après sa complaisance à l'égard du délinquant Sarkozy, l'état de déliquescence intellectuelle et morale qui caractérise une partie de l’espace médiatique français, en particulier celui détenu par Bolloré. Cela montre aussi que dans le peuple soi-disant élu il y aussi une bonne proportion d'abyssale connerie.

Klarsfeld, en un étrange renversement sémantique qui tiendrait de la farce grotesque, si ce n'était aussi navrant, congédie la tragédie historique de la déportation et de l'extermination des juifs d'Europe au siècle dernier pour verser dans l'abjection et l'indignité. C'est étrange tout de même de vouloir, avec tant d'ardeur et au mépris du droit, infliger à d'autres ce que ses aïeux ont subi. Comme l’a constaté la LICRA (ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), le fascisme n’est pas à nos portes, il est déjà dans la maison.

Le lendemain, il était aussi à l’Académie des Sciences morales (où l'on a intronisé il y a peu le milliardaire et fraudeur fiscal Bernard Arnault). L’un des plus gros investisseurs dans la tech américaine, Peter Thiel, figure libertarienne, cofondateur de PayPal  et surtout de l’entreprise Palantir Technologies – géant de l’analyse des données pour les gouvernements –, a été convié par Chantal Delsol, philosophe catholique tenante de l’union de la droite et de l’extrême droite, à intervenir lundi 26 janvier pour parler de l’Antéchrist devant un groupe de travail sur la démocratie. Là encore on est en plein délire, puisque selon lui "l'Antechrist prendrait la forme d’une personne qui répand “des rumeurs de guerres” et effraie les populations “pour que vous lui donniez le contrôle sur la science” et que parmi les figures qui agitent les peurs il pointe dans sa présentation "Greta [Thunberg]” ou encore “les altruistes anti-IA".

Eh oui on en est là. Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles où se mêlent, paraît-il quatre espèces d'hommes ...

Pour oublier cela, je me réfugie dans la paix de ces formes douces, abstraites et colorées, un peu molles, ectoplasmiques. Leurs apparitions m'offrent un vague répit.

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